368 – Commentaire d’Hadrien

Merci Hadrien


Cher André-Jacques,

Heureux de constater que tes analyses sont toujours prémonitoires de l’actualité, à l’heure où l’insurrection des gilets jaunes bat son plein, alors que le billet ci-dessus est antérieur de dix semaines, date à laquelle personne ne présentait la précipitation des événements.
Mieux: personne ne peut nier que s »y entremêlent les trois aspects énumérés:
– L’effondrement financier,
– L’effondrement économique,
– L’effondrement climatique,
J »oserai même en ajouter un quatrième:
– L’effondrement démocratique,
qui renvoie au partenariat avec Etienne Chouard et sa croisade pour une réhabilitation de la démocratie directe à l’Athénienne (stochocratie), plus que jamais d’actualité.
En regard, ta remarque « Moi, j’ai l’impression d’avoir fait tout mon possible pour prévenir, depuis de longues années, tous ceux qui me lisent ou m’écoutent » prend tout son sens et paraît même bien modeste…
J’avais moi-même été initié au premier des trois thèmes par la lecture de « La dette publique…, A qui profite le système? » et amené à m’interroger naturellement aux autres, dans mes interventions antérieures sur ce blog. Ma retraite et mon retour à mes anciennes amours scientifiques, m’ont paradoxalement éloigné des blogs mais je profite d’un bref séjour au vert pour y déroger en empruntant l’e-mail de mon hôte.
Sur le premier thème, je ne résiste pas au plaisir d’une récapitulation dans laquelle tu reconnaîtra tes petits:
On a fait sans le marché financier pendant les « Trente glorieuses » et on s’en est très bien portés, avec une croissance moyenne annuelle de 5,6%. De Gaulle avait déclaré « je ne gouverne pas à la corbeille » et la période Gaulliste jusqu’à la mi-mandat Pompidou fut effectivement caractérisée par une longue décrue des cours boursiers, comme en atteste leur historique.
Il est donc intéressant de savoir comment on en est arrivés aujourd’hui là… où l’on a voulu nous mener, c’est à dire à « la servitude volontaire » des Etats en faveur du « monde de la finance » !

Mais rappelons tout d’abord l’origine des temps qui nous concernent:

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367 – Phase terminale?

Pour Pablo Servigne, co-auteur de l’ouvrage « Comment tout peut s’effondrer », le mot crise n’est plus approprié à notre situation présente. C’est le terme d’effondrement total qu’il convient désormais d’évoquer.

En l’occurrence, dit Pablo Servigne il n’est plus possible de revenir en arrière, plus possible d’enrayer la chute. L’effondrement en cours est trop avancé. D’autant qu’il existe plusieurs foyers d’effondrement qui se complètent et se renforcent :

  • L’effondrement financier,
  • L’effondrement économique,
  • L’effondrement climatique,

Pourquoi allons-nous vers une crise monétaire, financière et économique « terminale » ?

Quelques chiffres issus du livre de  François Morin,  [Professeur émérite en sciences économiques à l’Université de Toulouse 1, qui  a également été membre du Conseil Général de la Banque de France  (de 1985 à 1993) et du Conseil d’analyse économique]

Une poignée de banques dites systémiques – 28 sur les 8 000 établissements bancaires exerçant actuellement dans le monde – sont constituées en un oligopole bancaire. La puissance économique et politique de cet oligopole nous prive des moyens d’empêcher l’avènement d’un cataclysme d’ampleur inédite. Si l’une de ces banques tombe, elle entraînera TOUT le système bancaire et financier dans sa chute. Les Etats n’auront aucun moyen d’intervenir sur ces montants .

– Le montant total des bilans de ces 28 banques représente à fin 2012,  50 350 milliards de dollars soit # 45 000 milliards d’euros (PIB France = 2000 milliards d’euros). Quasiment le montant de la dette publique mondiale.

– 10 des plus grosses parmi les 28 banques dites « systémiques »  ont une taille de bilan qui dépasse le PIB de la France . Dans celles ci, 4 américaines, 2 françaises, 1 allemande, 1 anglaise,  1 japonaise, 1 chinoise

– Mais il y a mieux, ce sont les produits dérivés, hors bilan.

Un produit dérivé ou contrat dérivé est un instrument financier  :

·     dont la valeur fluctue en fonction de l’évolution du taux ou du prix d’un autre produit appelé sous-jacent ;

·     qui ne requiert aucun placement net initial ou peu significatif ;

·     dont le règlement s’effectue à une date future.

Ce produit consiste en un contrat entre deux parties,  fondé sur un actif sous-jacent, réel ou théorique, généralement financier.

L’actif sous-jacent, ce sur quoi porte l’option, peut être par exemple :
·     une action cotée en Bourse ;
·     une obligation ;
.    un indice boursier, comme le CAC 40  ;
·     une  matière première (blé, pétrole, cuivre, sucre…) ;
·     un taux de change ;
·     un taux d’intérêt
·     des flux financiers liés à la réalisation d’un événement prévu dans le contrat, comme le défaut de paiement d’une entreprise, un événement climatique, une catastrophe naturelle, etc.

L’instrument principal est le credit default swap dit CDS. Il s’agit d’un contrat entre un vendeur de protection et un acheteur de protection sur une entité (entreprise, collectivité locale, pays, etc.) de référence pour une durée fixée par lequel :
·     l’acheteur s’engage à payer un montant périodique et régulier pendant la durée du swap ;
·     en échange du paiement par le vendeur d’une certaine somme dans le cas où se produirait, pendant la durée du CDS, un certain type d’événement, prévu par le contrat, affectant le crédit de l’entité de référence (défaut de paiement d’intérêts, surtout).

90 % des transactions de produits dérivés sont négociées de gré à gré. Ce type de négociation est plus discret et moins cher que le passage par des marchés organisés. Il est notamment utilisé par les hedge funds et des sociétés créées par les banques. Les engagements pris n’affectent pas les bilans ni les chiffres officiels de solvabilité

– Fin 2014, seulement 18 des 28 banques systémiques détenaient pour 720 000 milliards de produits dérivés.  Pour prendre un élément de comparaison, le PIB  de la France se monte à 2000 milliards soit quasiment 300 fois moins !

– Rien que pour la France : le bilan des 4 banques systémiques françaises est égal à 3 fois le PIB français et leurs produits dérivés à 44 fois (pour  86 fois au Royaume Unis)

Prenons un exemple, celui du marché des changes :

Le volume des transactions sur le marché des changes atteints 5.300 milliards de dollars par jour en avril 2013.

5.300 milliards de dollars par jour, c’est presque 2 millions de milliards par an, soit 25 fois le PIB mondial nominal en 2013 (73.000 milliards), rien que pour les échanges de devises !

Cela revient à dire que les simples échanges de devises représentent 25 fois l’économie réelle ! Si l’on ajoute à cela l’ensemble des transactions qui ne sont pas directement rattachées à l’économie réelle des ménages et des entreprises, c’est-à-dire à l’activé économique traditionnelle, nous atteignons des sommes qui dépassent l’entendement.

Ce que l’auteur, François Morin,  démontre dans son ouvrage c’est que les banques systémiques occupent des positions dominantes sur plusieurs marchés fondamentaux de la finance globale. Il met en évidence les liens d’interdépendance entre les membres de cet oligopole bancaire, tant financière qu’institutionnelle, à travers leurs participations aux institutions internationales. Tout cela leur donne la capacité réelle de déstabiliser la planète entière à travers leurs abus qui ont été mis en évidence lors des nombreux scandales révélés ces derniers temps : subprimes, manipulation du Libor, du marché des changes ou des produits dérivés. Ce fonctionnement frauduleux est à l’origine d’une partie du surendettement public actuel et les amendes que se sont vues infliger certains établissements ne changeront rien aux pratiques en vigueur.

Le constat étant fait, on en arrive à la question fondamentale de savoir si nous avons les moyens d’éviter le scénario catastrophe qui se profile à l’horizon, provoqué soit par l’éclatement de la bulle obligataire ou du marché des actions, soit plus probablement par la faillite d’une banque systémique, et qui verrait toutes les tensions internes et géopolitiques existantes, pour le moment, contenues, provoquer des affrontements en tout genre.

François Morin propose une solution pour remédier aux graves dysfonctionnements de la finance : la mise en place d’une monnaie commune internationale et la réintroduction des taux de change fixes. Mais comme il l’écrit lui-même, cela « suppose une communauté internationale suffisamment rassemblée pour définir ses intérêts collectifs ». En aurons nous les capacités et les volontés internationales? Certainement pas à mon sens.

J’ai prôné en son temps  la pure et simple nationalisation de la monnaie et la limitation de l’émission de celle ci par la seule Banque de France au bénéfice du Trésor Public (cette proposition impose une souveraineté totale que nous n’avons plus avec l’euro) donc l’interdiction pour les banques commerciales de créer leur propre monnaie de crédit, simultanément à une garantie totale par la Banque de France de l’ensemble des comptes de transaction (les montants des « dépôts à vue » des particuliers et des entreprises) qui seraient, à partir de cette décision politique,  totalement garantis.

Que ce soit l’une ou l’autre des solutions proposées par quelques économistes, elles ne seront malheureusement pas mises en place avant un effondrement, et après il sera trop tard.

Il est difficile de prévoir toutes les conséquences d’un tel « crash », mais on peut citer l’arrêt des transactions économiques induisant à très faible délai l’effondrement des réseaux de distribution (alimentaire, eau, électricité, gaz, carburants). Le traitement des eaux grises, l’assainissement en général, la production et distribution de médicaments et de soins, etc., ne seront plus assurés. Le « sauve qui peut » sera général et les pires « hordes sauvages » feront tout pour survivre.

On peut répondre et argumenter qu’en cas de prémisses d’un tel crash les Gouvernements réagiraient rapidement… je ne le pense pas; ce sera trop brutal.

Aujourd’hui, vous le savez, l’économie fonctione à « zéro stocks » ce qu’on appelle aussi le « flux tendu » ; l’autonomie alimentaire d’une ville moyenne n’est que de quelques jours.

Pour ma part je suggère à mes amis de mettre de coté, dans la mesure de leurs moyens, une somme importante en espèce, quelques pièces d’or et des biens échangeables, d’organiser pour leurs enfants ou petits enfants des « bases autonomes durables » en les orientant vers les métiers indispensables dans des sociétés qui pourraient très bien se retrouver « féodales » ou dictatoriales. Je leur dis aussi de s’équiper de quoi survivre plusieurs mois et se défendre, enfin de ne surtout pas rester en ville dès que les premiers « symptomes » apparaîtront (fermeture des banques, DaB vidés, magasins fermés, queue aux pompes à essence, panique consumériste, voitures brulées, grève des transports, blocage d’autoroutes, etc) : lorsque la loi martiale sera décrétée, il sera déjà trop tard !

Mais l’attitude majoritaire reste sans conteste au déni de la réalité, tous étant obnubilés par leurs profits à courte vue. Moi, j’ai l’impression d’avoir fait tout mon possible pour prévenir, depuis de longues années, tous ceux qui me lisent ou m’écoutent.

 

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366 – écomonétarisme

Je pense vraiment qu’il est trop tard comme je le signale dans le précédent billet : les 0,001% ont gagné ! Leur but est de s’accaparer tous les actifs des banques qui feront faillite, tout en imposant aux débiteurs (ceux qui ont des dettes envers les banques) de payer celles ci. Bien sur, toutes les banques qui auront fait faillite ne rembourseront pas leurs dettes : les comptes bancaires et les épargnes. Il en sera sans doute de même des assurances-vie et peut être des pensions versées par les fonds de pension.

Quel système social, écologique et monétaire pourrions-nous espérer sur le très long terme, quand le balancier de l’histoire chassera cette caste ?

Application du système monétaire préconisé dans l’Ecosociétalisme: l’écomonétarisme.
Explications (1) selon 
Brieuc Le Fèvre

Par écomonétarisme, nous entendons le système monétaire propre à l’écosociétalisme, qui est lui-même l’architecture économique propre à la société sociétale. L’écomonétarisme est donc un système monétaire sociétal, et se trouve au coeur de la seule l’alternative socio-économique aujourd’hui crédible pour remplacer le système capitaliste ultra-libéral: l’écosociétalisme.

Pour entrer dans l’écomonétarisme avec quelque chance de le comprendre, il faut commencer par abandonner tous nos préjugés, toute notre culture, toutes nos croyances et certitudes actuelles sur la monnaie, car l’ensemble des concepts présents n’est applicable qu’aux monnaies capitalistes. La monnaie écosociétale est tout autre, et, hormis le nom de monnaie et la fonction d’échange, elle ne possède rien de commun avec les monnaies capitalistes.

En particulier, la monnaie écosociétale, appelée le « merci », ne possède pas de valeur en elle-même, ce qui interdit tout jeu boursier où elle pourrait s’échanger, se coter, s’achèter et se vendre. La monnaie écosociétale n’a de valeur que parce qu’elle permet d’acheter un bien ou un service, que parce qu’elle est, dès l’origine, la contre-partie d’un travail.

De fait, l’écomonétarisme propose que chacun, pour son travail, reçoive une certaine quantité de mercis, créés pour l’occasion. Cette rémunération est variable en fonction de critères écosociétaux (utilité, pénibilité, dangerosité du travail, qualification du travailleur), et surtout indexée sur le temps. Le travail lui-même, ou plutôt la production résultante a pour prix de vente brut la somme des mercis reçus par le producteur pour le réaliser. Ainsi, il y a sur le marché juste autant de monnaie en possession des citoyens que la valeur des production disponibles.

La monnaie reste dans le portefeuille électronique de chaque travailleur jusqu’à ce que celui-ci décide d’acquérir quelque chose, bien ou service. Alors, la monnaie est purement détruite, effacée. En effet, la monnaie « dépensée » à cette occasion correspond à la somme des mercis émis pour « remercier » le producteur du bien. Une fois ce bien acquis, il est retiré du marché. La monnaie ayant rempli son office, elle n’a plus lieu d’être. Elle est donc détruite.

Le principe écosociétal de création/destruction de la monnaie fait que sans production, la monnaie, non seulement n’a pas de valeur, mais même elle n’existe pas, puisqu’elle n’est créée qu’à l’occasion d’un travail!

Pas de travail, pas de richesse, pas de monnaie symbolisant la richesse. Ce constat simple et lumineux est au coeur de l’écomonétarisme. Nous devons soigneusement le conserver dans un coin de notre esprit, car nous aurons bientôt à affronter de nouveau le lien qui subordonne le symbole à la richesse, et qui interdit au symbole d’exister quand la richesse n’est pas.

La monnaie ainsi créée à l’occasion d’un travail permet l’échange direct et immédiat entre praticuliers-producteurs, et n’est guère à ce stade qu’une amélioration du troc. Elle doit donc trouver le moyen de répondre également aux nombreux transferts de matières et produits du monde industriel d’aujourd’hui. Nous pouvons y arriver, mais à condition là encore de rejeter vigoureusement nos réflexes capitalistes.

L’écosociétalisme instaure la liberté d’entreprendre sans propriété privée de l’outil de production et sans capital d’investissement. L’entrepreneur, comme dans le capitalisme, commence par établir un dossier, qui prouve que le marché existe pour la production envisagée, et que la dite production est respectueuse de l’environnement et de la société (voire est bénéfique, donc sociétale). Dans ce cas, la communauté autorise l’entrepreneur à recevoir les équipements nécessaires pour démarrer immédiatement son entreprise.

La gestion écomonétaire comptabilise tout ce qui entre dans l’entreprise (machines, consommables, matière première, équipement, mobilier, etc), et y fait correspondre le prix brut de vente de la production, avec étalement du report de prix sur la période d’amortissement présumé de chaque item. Il s’agit donc de reporter le prix de chaque bien entrant dans l’entreprise, divisé par le nombre présumé d’objets qui seront produits au cours du temps présumé de vie de l’équipement, sur le prix de chaque objet fabriqué. Il faut aussi, bien sûr, ajouter à ce prix brut de production l’ensemble des salaires versés au sein de l’entreprise durant le temps de la production de l’objet (par exemple: 10000 mercis quotidiens de salaire, 1000 objets fabriqués par jour, prix de vente brut de l’objet, hors amortissement: 10 mercis).

L’écomonétarisme est donc organisé pour pouvoir « transférer » sur le prix de vente final l’ensemble des mercis utilisés pour transformer une matière première en objet fini. Il est par conséquent possible d’appliquer le schéma de création/destruction de la monnaie présenté ci-dessus à chaque étape de la transformation impliquant un travail humain, y compris la fabrication des machines, des outils, des bâtiments, etc.

Le consommateur final paiera, au total, une somme de mercis qui correspondra assez fidèlement au nombre d’heures de travail qui auront été nécessaires pour produire l’objet convoité, puisque chaque intervenant est payé en relation directe avec son temps de travail.

En conséquence du report des amortissements sur le prix de vente final, ce sont les consommateurs qui détruisent, in fine, la monnaie créée pour remercier les travailleurs qui ont fabriqué les machines, équipements, consommables, etc. L’entreprise, elle, les a reçus sans rien débourser, et n’est donc en rien propriétaire de ses outils; elle n’en est que le dépositaire, sous contrat avec la communauté. L’entrepreneur n’est donc pas propriétaire de son entreprise, mais il n’est pas non plus responsable financièrement en cas de problème! Il est un salarié comme les autres, dont le rôle est d’organiser au mieux le production.

Cette situation, éventuellement moins gratifiante sur le plan personnel, est aussi beaucoup plus reposante, et permet d’envisager des actions qui, pour la capitalisme, seraient qualifiées de « risquées ». En effet, l’écomonétarisme supprimant le recours aujourd’hui obligatoire à des fonds d’investissement privés, et libérant de ce fait l’entreprise aussi bien de la nécessité de remboursements à échéance que du contrôle absolu d’actionnaires anonymes, rend au chef d’entreprise toute sa liberté de mouvement quant à ses choix stratégiques.

Ce schéma de production est cohérent et satisfaisant, mais ne prend pas en compte le fait qu’une grande partie de la population ne travaille pas encore, ne travaille plus, ou bien ne peut travailler, pour quelque raison que ce soit. Sachant qu’il est impossible de créer du symbole monétaire sans contre-partie réelle, comment permettre la répartition de la richesse commune entre tous les membres de la société?

Le capitalisme crée des taxes. L’écomonétarisme crée le transfert de valeur, bien supérieur à la taxation en ceci que la somme des symboles distribués (la monnaie) ne dépend pas de la production, ce qui implique que la monnaie n’est jamais trop rare. Par contre, le pouvoir d’achat des symboles sera fonction de la quantité de biens produits. Ceci est exactement le contraire d’une taxe, dont le montant dépend de la production, mais qui ne fait pas varier le pouvoir d’achat des symboles.

Notre transfert de valeur est appelé ainsi car il transfère sur les biens produits la valeur des symboles créés pour celles et ceux qui ne travaillent pas. Cette monnaie constitue le Revenu Sociétal, qui est unique et inaliénable pour tous les humains, sauf les enfants pour lesquels il est proportionnel à l’âge (besoins croissants avec l’âge).

L’écomonétarisme possède donc une « anti-taxe » unique, le Transfert EcoSociétal, que nous appelons toutefois, par souci de compréhensibilité « Taxe EcoSociétale » ou TES (parfois noté « Contribution Eco Sociétale » => CES) , qui permet en fait de « diluer » le pouvoir d’achat des travailleurs, en en donnant un peu aux non-travailleurs. Ce Revenu Sociétal, aussi appelé « viatique », est donc de la monnaie créée sans travail, ce qui semble contraire à notre principe primordial: pas de symbole sans richesse. Sauf que, par le jeu de la TES, les dits symboles sont désormais « assis » sur la richesse.

Comme conséquence, il y a qu’une société écosociétale ne saurait faire vivre ses membres du seul viatique. En effet, si il n’y a pas de travail, donc pas de richesse, les symboles pourront toujours être créés, mais ils n’auront pas de pouvoir d’achat. Ce sera de la monnaie de singe. Ainsi, par un mécanisme auto-régulateur, une société qui verrait son activité ralentir verrait parallèlement le pouvoir d’achat de ses symboles diminuer, ce qui imposerait à ses membre de travailler pour en acquérir plus (car le salaire s’ajoute au viatique). Par suite, la richesse augmente, donc le pouvoir d’achat des symboles aussi.

Mais allons encore un peu plus loin. Puisque l’écomonétarisme permet de créer des symboles monétaires en les « asseyant » sur la richesse, il va être possible de créer des revenus pour du travail qui ne crée pas de richesse marchande, palpable, commerciale. C’est-à-dire qu’il est possible de fonder une société civilisée complète en finançant l’indispensable service public. En effet, par le jeu du TES, il est possible de transférer sur la richesse « marchande » la valeur des symboles créés pour remercier tous ceux qui travaillent au service de la communauté, comme les médecins, les infirmières, les professeurs et éducateurs, les chercheurs, les artistes, etc.

Toutes les personnes qui travaillent pour l’ensemble de la communauté reçoivent de la monnaie, laquelle sera in fine détruite par la consommation de biens et de services par l’ensemble de la même communauté. L’écomonétarisme est un système économique réellement solidaire, puisque les producteurs de biens et services « marchands » construisent, en travaillant, l’assise du TES. Par suite, ils permettent de « remercier », par la création de monnaie, les producteurs de biens et services « non marchands » dont tous profiteront (routes, ponts, réseaux d’eau, de télécom, d’électricité, hôpitaux, garderies, personnel d’accompagnement, de santé, etc).

Ces quelques lignes ont déjà défini l’essence de l’écomonétarisme, et les bases d’un système sociétal. En effet, il suffit désormais d’énoncer ces trois règles simples pour inventer l’écosociétalisme:

(1) Le salaire est proportioné à la sociétalité de la production, et maintenu dans une fourchette de 1 (salaire de base) à 3 (salaire maximum), afin d’éviter la création de profondes inégalités anti-sociétales, sources de conflits.

(2) La Taxe EcoSociétale (TES) est proportionné à la sociétalité de la production, de telle sorte que les productions les plus sociétales soient favorisées.

(3) Le viatique (« revenu de base » ou « revenu citoyen ») est fixé de telle sorte qu’il permette une vie digne à ceux qui ne vivent que de cette monnaie (nourriture, vêtement, logement).

Le détail des manières de fixer les salaires et le TES, ou encore le montant du viatique ou la façon de le calculer, ainsi que les biens et services entrant dans le « service public », peuvent être variables d’une communauté à l’autre. Mais le noyau dur, incontournable, de l’écosociétalisme est bien là: l’écomonétarisme fonde le seul système socio-économique post-capitaliste qui soit aujourd’hui crédible.

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365 – Trop tard

Les 0,01% , c’est-à-dire les grands banquiers, les grands capitalistes et autres « grands » qui travaillent pour eux, ont gagné, c’est pour moi évident. Voyant que la population continue à croître et veut augmenter son niveau de vie (donc sa consommation globale), que la pollution s’installe, que les réserves d’énergie fossiles et celles de matériaux s’amenuisent, que le climat se réchauffe trop, que les océans s’acidifient et leurs ressources naturelles disparaissent, que voulez vous qu’ils fassent pour sauver leur classe, leur mode de vie et leurs descendants, puisqu’il n’est pas question de partager et que même le partage ne suffirait pas?

Selon moi, et sans chercher à être complotiste, leur seule solution – je dis bien « de leur point de vue » – consiste à créer les troubles amenant partout aux guerres et aux guerres civiles, afin de laisser se réduire drastiquement les populations et peut être ensuite de se poser en sauveurs / dictateurs avec la pauvreté installée partout mais beaucoup d’argent à prendre en taxes et reconstruction.

C’est à mon avis le plan mis en œuvre: attendez vous dans un délai très court à un effondrement global (voir lien wikipédia) de nos sociétés de consommation,et nous ne pourrons rien y faire si ce n’est « sauver les meubles »

C’est dans cet esprit que nous avons créé sos maires, parce que les Maires des communes rurales restent le seul canot de sauvetage collectif.

Et c’est dans cet esprit que nous avons créé   entraide-humanum parce que la coopération entre ruraux et urbains sera pour beaucoup le gilet de sauvetage individuel.

N’attendez pas trop!

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364 – S.O.S.

Vous le savez: comme des dizaines d’économistes , de chercheurs, de politiques, je considère que nous nous rapprochons dangereusement d’un effondrement.

A mon avis, celui-ci sera double. D’une part un effondrement de long terme du au réchauffement climatique, à la pollution, au pic des produits pétrolier, à la surpopulation, et donc je rejoins Meadows sur ces points (faites une recherche sur ce nom dans ce site, il y a plusieurs articles), d’autre part , au sein de cet effondrement long, un effondrement brutal qui sera causé comme la plus part des crises financières et économiques : spéculation effrénée, effondrement d’une banque « systémique », effondrement marché boursier / devises / obligations, suivi d’un effondrement du système bancaire, lui même suivi d’un effondrement économique et des réseaux (électricité, eau, alimentation, santé, etc… ). … je vous laisse imaginer ce futur dystopique qui, a mon avis, ne devrait pas tarder et sera extrêmement brutal, de l’ordre de quelques jours.

Avec quelques amis, nous avons considéré que si nous n’avons aucun espoir d’empêcher ce collapse, nous pouvons au moins essayer d’en limiter les conséquences pour quelques uns de nos concitoyens qui auront bien voulu nous écouter. Pour ce faire, nous avons créé deux sites internet:
https://entraide-humanum.org/ qui propose de mettre en relation urbains et ruraux
https://sosmaires.org/ qui propose d’alerter et d’aider les Maires des communes rurales

Merci à mes lecteurs de diffuser ces deux adresses.

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363 – Yves Cochet

Sans commentaire

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362 – PLF 2018

DISPOSITIONS RELATIVES À L’ÉQUILIBRE
DES RESSOURCES ET DES CHARGES

Article 28

I. – Pour 2018, les ressources affectées au budget, évaluées dans l’état A annexé à la présente loi, les plafonds des charges et l’équilibre général qui en résulte sont fixés aux montants suivants :

(En millions d’euros *)
Ressources Charges Solde
Budget général

Recettes fiscales brutes / dépenses brutes

406 573 446 248

À déduire : Remboursements et dégrèvements

119 967 119 967

Recettes fiscales nettes / dépenses nettes

286 605 326 280

Recettes non fiscales

13 232

Recettes totales nettes / dépenses nettes

299 837 326 280

À déduire : Prélèvements sur recettes au profit des collectivités territoriales et de l’Union européenne

60 259

Montants nets pour le budget général

239 579 326 280 –86 702
(dont 41,5 d’intérêts de la dette)

Évaluation des fonds de concours et crédits correspondants

3 332 3 332

Montants nets pour le budget général, y compris
fonds de concours

242 910 329 612

Budgets annexes

Contrôle et exploitation aériens

2 127 2 132 –4

Publications officielles et information administrative

186 173 13

Totaux pour les budgets annexes

2 313 2 305 8

Évaluation des fonds de concours et crédits correspondants :

Contrôle et exploitation aériens

57 57

Publications officielles et information administrative

0 0

Totaux pour les budgets annexes, y compris fonds de concours

2 370 2 362 8

Comptes spéciaux

Comptes d’affectation spéciale

77 662 75 581 2 080

Comptes de concours financiers

128 225 129 392 –1 167

Comptes de commerce (solde)

45

Comptes d’opérations monétaires (solde)

62

Solde pour les comptes spéciaux

1 021

Solde général

–85 673
(dont 41,5 d’intérêts de la dette)
* Les montants figurant dans le présent tableau sont arrondis au million d’euros le plus proche ; il résulte de l’application de ce principe que le montant arrondi des totaux et sous-totaux peut ne pas être égal à la somme des montants arrondis entrant dans son calcul.

II. – Pour 2018 :

1° Les ressources et les charges de trésorerie qui concourent à la réalisation de l’équilibre financier sont évaluées comme suit :

(En milliards d’euros)
Besoin de financement

Amortissement de la dette à moyen et long termes

116,6

Dont amortissement de la dette à moyen et long termes

115,9

Dont suppléments d’indexation versés à l’échéance (titres indexés)

0,7

Amortissement des autres dettes

Déficit à financer

85,7
(dont 41,5 d’intérêts de la dette)

Autres besoins de trésorerie

0,3

Total

202,6
Ressources de financement

Émission de dette à moyen et long termes, nette des rachats

195,0

Ressources affectées à la Caisse de la dette publique et consacrées au désendettement

1,0

Variation nette de l’encours des titres d’État à court terme

Variation des dépôts des correspondants

1,0

Variation des disponibilités du Trésor à la Banque de France et des placements de trésorerie de l’État

2,1

Autres ressources de trésorerie

3,5

Total

202,6  ;

2° Le ministre chargé des finances est autorisé à procéder, en 2018, dans des conditions fixées par décret :

a) À des emprunts à long, moyen et court termes libellés en euros ou en autres devises pour couvrir l’ensemble des charges de trésorerie ou pour renforcer les réserves de change ;

b) À l’attribution directe de titres de dette publique négociable à la Caisse de la dette publique ;

c) À des conversions facultatives et à des opérations de pension sur titres d’État ;

d) À des opérations de dépôts de liquidités auprès de la Caisse de la dette publique, auprès de la Société de prise de participation de l’État, auprès du Fonds européen de stabilité financière, auprès du Mécanisme européen de stabilité, auprès des institutions et agences financières de l’Union européenne, sur le marché interbancaire de la zone euro et auprès des États de la même zone ;

e) À des souscriptions de titres de créances négociables émis par des établissements publics administratifs, à des rachats, à des échanges d’emprunts, à des échanges de devises ou de taux d’intérêt et à l’achat ou à la vente d’options, de contrats à terme sur titres d’État ou d’autres instruments financiers à terme ;

3° Le plafond de la variation nette, appréciée en fin d’année, de la dette négociable de l’État d’une durée supérieure à un an est fixé à 79,1 milliards d’euros .

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361 – l’impossible équation

blog.francetvinfo.fr
Environnement : l’impossible équation décroissante |

Article d’Alexandre Delaigue

Alors que se termine la COP23, que plus de 15000 scientifiques ont lancé un cri d’alarme sur l’état de la planète, les appels à changer de mode de vie se multiplient. Réduire la consommation, limiter la population, réduction des émissions de carbone, sont discutées. La question de la décroissance se pose. Mais lorsqu’on regarde les chiffres de près, de tels scénarios ne semblent guère plausibles.

Sur son blog, l’économiste Branko Milanovic essaie de chiffrer la décroissance. Supposons déjà que l’on bloque le PIB mondial au niveau actuel. Avec le niveau actuel d’inégalités mondiales cela signifierait condamner, à perpétuité, 15% de la population mondiale à vivre dans un état de pauvreté abjecte, à moins d’1.9 dollars par jour; et un quart de la population sous les 2.5 dollars par jour. Bloquer la pauvreté mondiale à un tel niveau serait inacceptable : il faudrait donc réduire le niveau de vie des habitants des pays riches pour compenser.

Milanovic envisage différents objectifs de réduction des inégalités. Premièrement, amener la population mondiale au niveau de vie médian des pays riches, environ 14600 dollars par an par personne. C’est insoutenable : le niveau de vie médian des pays riches vous place aux 91% mondiaux les plus riches. résultat, pour en arriver là, le PIB mondial serait multiplié par 2.7. Si l’on souhaite maintenir le PIB mondial constant et faire disparaître les inégalités, il faudrait viser le PIB mondial moyen, soit 5500 dollars par an par personne [nota: il s’agit de 5500dollars  en « Parité de Pouvoir d’Achat »], qui vous place dans les 73% plus riches mondiaux. Cela correspond au niveau des 10% les plus pauvres des pays riches; pour rappel cela correspond à la moitié de l’actuel seuil de pauvreté français qui est d’environ 1000 euros par mois pour une personne seule.

Il ne s’agit donc pas de réduire les seuls revenus des « riches » mais d’un quart de la population mondiale, qui inclut 90% de la population des pays développés. En moyenne, le revenu des habitants des pays développés devrait diminuer des deux tiers. Les riches perdraient le plus; mais au niveau mondial, un habitant des pays développés se trouve rapidement très haut dans le classement. Vous pouvez aller voir ici ou vous vous situez dans l’échelle mondiale des revenus. Il y a de bonnes chances que vous vous retrouviez avec un revenu qui diminuerait de 80% ou plus.

Milanovic constate qu’une telle réduction des inégalités mondiale est inenvisageable. Les inégalités mondiales sont tout simplement trop élevées pour pouvoir être significativement réduites sans croissance économique. Et on ne sait pas comment faire : historiquement seules des catastrophes majeures ont permis de réduire significativement les inégalités. En Europe, seules les deux guerres mondiales et la peste noire ont réduit significativement les inégalités. Une politique dont le principe est de réduire des deux tiers le revenu de l’ensemble des habitants des pays riches est de la plus haute fantaisie. En guise de comparaison, depuis la crise le PIB grec a diminué d’un tiers environ; même le Venezuela qui s’effondre n’en est pas arrivé à ce point.

Une autre manière de voir les choses est de se focaliser sur les émissions de gaz à effet de serre. En 2015, Chancel et Piketty se sont posé la question des inégalités d’émission de carbone. Leur point de départ est de se demander combien d’émissions de carbone supplémentaires nous pouvons nous permettre si nous voulons limiter à deux degrés la hausse des températures mondiales d’ici 2100.Sur la base de cette estimation, ils déduisent que chaque humain sur la planète peut émettre 1.3 tonnes d’équivalent CO2 par an d’ici 2100. C’est 6 fois moins que le niveau actuel moyen d’émissions par personne, qui se situe à 6 tonnes de CO2 par personne.

Bien sûr ce niveau d’émission actuel moyen est très inégalement réparti : ils montrent que les émissions actuelles sont d’environ 20t/hab par an en Amérique du Nord, 9t/hab en Europe, 8t/hab en Chine, 5.2 en Amérique du Sud, 2.4 en Asie du Sud et en Afrique. En d’autres termes, aucun continent n’est dans la limite et tous devraient réduire leurs émissions (en France on en est actuellement à 5t).

Pour se faire une idée de l’ampleur de l’effort que cela représente individuellement, on peut aller se référer à un calculateur d’empreinte environnementale. Si l’on considère simplement l’alimentation, une grande part de nos émissions provient de la consommation de viande, en particulier de viande bovine. Vous pouvez aller voir sur ce lien l’estimation des émissions de carbone correspondant à quelques types de régime alimentaire. Il en ressort qu’un régime vegan vous place à 1.5 tonnes de carbone par an; 1.7 pour un régime végétarien.

En d’autres termes: rien qu’avec une alimentation végane vous êtes déjà à la limite à ne pas dépasser. Vous devez donc pour tenir le quota renoncer définitivement à la viande, mais aussi cesser toute autre émission de gaz à effet de serre. Cela signifie, plus de trajet en voiture, plus de voyage en avion, plus de possibilité de chauffer votre maison au gaz ou au fioul. Et 100% de l’électricité que vous consommez devrait être non émettrice (donc solaire, vent, ou nucléaire).

Il est possible de vivre avec un tel niveau d’émissions : il suffit d’être plus pauvre que le Vietnam en 2009. Mais il suffit d’en décrire concrètement les implications pour voir l’irréalisme de cette proposition.

Ces différentes estimations nous amènent au même point. Il n’y a pas de moyen crédible de réduire les inégalités mondiales significativement sans croissance économique (jointe à une meilleure distribution des revenus à l’intérieur des pays). Et il n’y a pas de moyen crédible de lutter contre le changement climatique sans envisager des changements technologiques majeurs qui toucheraient l’intégralité de notre consommation et de notre production. Il n’y a pas d’autre voie pour préserver l’environnement et réduire les inégalités mondiales qu’une combinaison de croissance économique, de redistribution, et de progrès technologiques majeurs. La seule décroissance qui marche, c’est une bonne guerre.

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360 – Patrimoine des Administrations Publiques

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359 – Un seul graphique

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358 – Dette: la sonnette d’alarme est tirée

Dette: la sonnette d’alarme est tirée
14 octobre 2017 Par Philippe Riès

Avant la crise de 2007-2008, le monde politico-financier a ignoré les mises en garde de la BRI. Dans un livre réquisitoire, Revolution Required, deux anciens hauts responsables de la « banque des banques centrales » avertissent que la prochaine implosion du « modèle de croissance financé par la dette » sera encore plus catastrophique.

• Désormais retraités de l’institution, deux anciens hauts dirigeants de la Banque des règlements internationaux (BRI – la « banque des banques centrales ») ont substitué au microphone des colloques internationaux le mégaphone des appels au peuple. Leur manifeste, Revolution Required (« On demande une révolution »), est un réquisitoire implacable contre le « modèle de croissance financé par la dette » suivi aveuglément par les principaux pays industrialisés (le G7) et tout spécialement contre les politiques monétaires dites « non-conventionnelles » de leurs banques centrales, accusées d’être les fourriers d’une nouvelle et inéluctable implosion d’un système financier hors de contrôle.

Hervé Hannoun, ancien directeur de cabinet de Pierre Bérégovoy à Bercy et à Matignon, a été directeur général adjoint de la BRI de 2006 à 2015, tandis que l’économiste allemand Peter Dittus a occupé le poste de secrétaire général de cette institution multilatérale bâloise entre 2005 et 2016. C’est depuis l’étage supérieur de cette vigie du système financier international qu’ils ont pu en analyser les dérives fatales, adossés à un travail de recherche dont certains lecteurs de Mediapart peuvent être familiers (voir la liste des articles annexés).
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Vidéos

Mise à jour le 13 novembre 2017

Vous verrez que je ne suis pas très optimiste pour la période qui se profile à l’horizon de quelques années.

Vous avez d’abord ceci

Puis

Vient ensuite la série sur Youtube, de mes chroniques (presque mensuelle) pour la Radio « Ici et Maintenant » , chroniques intitulées « Maintenant ou Jamais » et en 2 parties.
(Les deux premières sont un peu « poussives » .. manque d’habitude ! )


Septembre 2016
, et tous ceux qui suivent.

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357 – Overshoot

La Terre est en « overshoot » le 2 août cette année… c’est une moyenne. Ce n’est pas partout la même date. Par exemple, pour la France, c’était le 3 mai dernier !

Précision: Le jour du dépassement calculé par pays est le jour auquel le jour du dépassement mondial se produirait si toute la population consommait comme la population du pays en question.

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356 – Hélène Rey : retour vers Allais?

Article paru sur "le Temps" le 20 juillet 2017 . Lien

Les jours de la libre circulation des capitaux sont-ils comptés?

En remettant en cause le cadre de la liberté totale de circulation des capitaux, l’économiste française Hélène Rey marche sur les traces d’un géant des sciences économiques: Maurice Allais. Ses travaux pourraient faire date, juge Ludovic Greiling

Référendum sur le Brexit, élection d’un président américain s’affichant comme protectionniste, débat sur l’euro en France… la «déglobalisation» fait parler d’elle depuis un an. Et elle s’invite désormais dans les sciences économiques. Pour la première fois en quarante ans, un économiste établi remet en cause le dogme de la liberté de circulation des capitaux.

Dépendance à l’égard du système américain

Professeure à la London Business School, Hélène Rey étudie depuis dix ans les mouvements des masses monétaires et les corrélations financières entre les différentes régions de la planète. Sa conclusion? Le poids hégémonique du système bancaire américain conduit à une dépendance des pays tiers dans leur choix de politique économique. Contrairement à ce qui est enseigné dans les universités, il n’existe aujourd’hui pas, ou peu, de compensations automatiques dans les échanges entre les nations ouvertes. Ainsi, cette dépendance économique serait valable quelle que soit l’évolution des changes (qui peut être favorable aux pays tiers), et même si leurs banques centrales fixent elles-mêmes les taux d’intérêt à court terme.

Dans le cadre actuel de la libre circulation des capitaux flottants, toute souveraineté monétaire est fortement perturbée, affirme Hélène Rey. Ses travaux ont fait parler d’elle. Invitée aux réunions des banquiers centraux ou aux colloques du FMI, elle a reçu en mai dernier, à Paris, le prix de la Fondation Maurice Allais, une structure visant à remettre au goût du jour les découvertes du premier Prix Nobel français d’économie.

Aujourd’hui considéré comme un pionnier visionnaire, le chercheur avait très tôt critiqué les réformes voulues par les Etats-Unis après la fin du système de Bretton Woods. «Maurice Allais ne s’était jamais départi de son rejet de la liberté totale des mouvements de capitaux», souligne le professeur Bertrand Munier, président du conseil scientifique de la fondation. Et pour cause: celui qui «a parfois publié des théories géniales dans des revues de quatrième ordre» y voyait l’une des causes majeures de la désindustrialisation et du chômage. Dès le début des années 80, il avait montré, graphiques et modèle économique à l’appui, que l’absence de freins domestiques aux mouvements monétaires conduisait à délocaliser les placements financiers en incitant les investisseurs à maximiser les revenus de capitaux, provoquant ici des bulles du crédit et là un assèchement soudain de liquidités. Selon Maurice Allais, ces réformes étaient responsables d’un sous-emploi et d’une désindustrialisation chroniques en Europe. Elles tendaient également à déposséder les Etats de tout pouvoir sur la politique économique et monétaire.

Les leçons de Maurice Allais

Progressivement ignorés, les travaux du grand chercheur sont aujourd’hui remis au goût du jour et de l’époque par Hélène Rey. Dans «Dilemma not Trilemma: The Global Financial Cycle and Monetary Policy Independence» (2015), complété par des analyses récentes, l’économiste montre qu’il existe des cycles mondiaux du crédit qui dépendent d’abord et avant tout de la politique monétaire des Etats-Unis et des choix de placement opérés par les gérants américains. L’Europe, l’Australie, le Japon et même la Chine protectionniste sont fortement «dollarisés», détaille-t-elle, et le moindre mouvement de taux aux Etats-Unis se répercute assez vite sur leurs économies. A leur détriment.

Les études empiriques ne montrent guère les effets positifs de la libre circulation des capitaux, mais plutôt que cette libre circulation perturbe à la fois les politiques des pays et les marchés d’actifs financiers

Bertrand Munier, président du conseil scientifique de la Fondation Maurice Allais

«Le cycle financier global ne peut pas être apprivoisé en se basant seulement sur les taux d’intérêt domestiques pour parvenir à une stabilité de la production et du système financier [local]. Il est donc nécessaire d’utiliser d’autres instruments, comme des règles macro-prudentielles et parfois des contrôles de capitaux», affirme Hélène Rey. Un pavé dans la mare de la recherche économique actuelle. «En contradiction avec les enseignements du modèle de croissance orthodoxe, les études empiriques ne montrent guère les effets positifs de la libre circulation des capitaux, mais plutôt que cette libre circulation perturbe à la fois les politiques des pays et les marchés d’actifs financiers», insiste le professeur Munier.

On l’oublie souvent, mais des contrôles de capitaux étaient appliqués jusque dans les années 70. Ils participaient à la stabilité économique locale, si l’on en croit les modèles économiques développés par Maurice Allais. Dans ce cas, pourquoi avoir mis fin à l’ancien système? Selon le Prix Nobel, des acteurs économiques en ont tiré un profit considérable. Ce sont les multinationales américaines qui ont incité Washington à imposer de telles réformes financières, dénonçait-il il y a une quinzaine d’années. Le fait est que la mondialisation financière semble avoir provoqué une importante concentration de richesse et de pouvoir. En 2011, une étude de l’Ecole polytechnique de Zurich («The network of global corporate control») avait détaillé la toile des propriétés des 43 000 plus grandes entreprises transnationales. Il en ressortait que seules 147 d’entre elles contrôlaient près de la moitié du réseau. On y trouvait principalement des sociétés financières, au premier rang desquelles… les géants états-uniens.

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355 – Création monétaire, par Romaric Godin

Reprendre le contrôle de la création monétaire pour échapper à l’austérité

10 juillet 2017 par

Source : Mediapart, https://www.mediapart.fr/journal/economie/100717/reprendre-le-controle-de-la-creation-monetaire-pour-echapper-l-austerite

Dans un ouvrage récemment paru outre-Manche, l’économiste Ann Pettifor explique pourquoi le monde ne saurait être « à court d’argent » pour financer les grands défis qui lui font face, comme l’égalité sociale et le changement climatique. La seule condition reste d’ôter aux banques le pouvoir de création monétaire qu’elles détiennent seules et sans vrai contrôle. Une lecture qui permet de relativiser les « urgences » prétendues de l’actuel gouvernement français en matière économique et financière. 

Quelques jours avant les élections générales britanniques du 7 juin dernier, la première ministre Theresa May répondait à la télévision à une infirmière qui demandait des hausses de salaires pour le personnel du service national de santé (NHS) : « Il n’y a pas d’arbre magique à argent (there is no magic money tree) que nous pourrions secouer pour disposer de l’argent que les gens désirent. » Cette réponse est un grand classique de la pensée libérale pour justifier l’austérité budgétaire sous le couvert d’un prétendu « bon sens ». Il est d’ailleurs repris ces jours-ci par le gouvernement français, qui estime que, parce que le déficit public pourrait être en 2017 de 3,2 % du PIB, plutôt que de 2,8 %, la France est entrée dans « l’état d’urgence budgétaire ».

 

En septembre 2014, le commentateur politique Jean-Michel Apathie pensait avoir liquidé en un tweet tout débat économique autour de cette réflexion : « À ceux qui disent qu’une autre politique est possible : Y A PLUS DE SOUS ! C’est clair, non ? »

 

Comme celle de Theresa May, cette prétendue clarté ne laisserait d’autre option que l’austérité budgétaire. Mais cette évidence n’est qu’apparente et dénote au mieux une incompréhension complète du système économique et financier dans lequel nous vivons. Du reste, pour financer les exigences de son allié au Parlement de Westminster, le parti ultra-conservateur unioniste nord-irlandais DUP, <a « href= »https://www.theguardian.com/commentisfree/2017/jun/27/magic-money-tree-queen-dup-theresa-may-northern-ireland &raquo; target= »_blank » rel= »noopener »>Theresa May a soudainement découvert un « arbre magique à argent » et promis un milliard de livres pour les six comtés nord-irlandais.

Quant à la France, elle n’a pas regardé s’il y avait ou non encore « des sous » lorsque, comme les autres grands pays occidentaux, elle a sauvé en quelques jours son système bancaire dans la foulée de la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008.

Bref, l’argument de « l’épuisement des caisses » ne tient pas. Pour une raison simple : le système monétaire ne fonctionne pas avec des « caisses » et l’argent est créé ex nihilo. Le comprendre permet d’avancer et d’ouvrir considérablement un débat que d’aucuns, effectivement, voudraient tant tenir fermé.

Pour ce faire, un ouvrage récemment paru en langue anglaise aux éditions Verso à Londres, The Production of Money : How To Break the Power of Bankers, est hautement précieux. Signé de l’économiste britannique Ann Pettifor, ce livre est sans doute la meilleure – et la plus claire – explication sur notre système monétaire et sur ses conséquences. Pour elle, la compréhension par les citoyens du mécanisme de la création monétaire est un moyen de faire des choix éclairés en se libérant de l’idéologie austéritaire qui s’est abattue depuis 30 ans sur le monde occidental, avec le soutien du système financier.

Dans son ouvrage, l’économiste montre avec brio que l’idée que l’argent existe en quantité limitée (et que, donc, à un moment ou à un autre, il ne puisse plus y « avoir de sous ») n’a en réalité pas de sens. Certes, l’école néoclassique a longtemps défendu cette idée que la monnaie était une « matière première » dont le prix était le taux d’intérêt. Les emprunteurs étaient donc sur un marché avec les épargnants, échangeant leurs actifs monétaires comme toute autre marchandise. Dans ce système, les banquiers ne seraient que les intermédiaires entre ces deux acteurs du marché de la monnaie. Et, effectivement, dans cette vision, lorsque l’argent manque, son prix augmente à défaut d’augmentation de l’épargne, donc de la production d’argent. Il faut donc réduire la dépense pour rétablir l’équilibre. D’où l’austérité.

Cette vision, qui sous-tend la réponse de Theresa May et la réflexion de Jean-Michel Apathie, est cependant en décalage complet avec toute réalité. Ann Pettifor souligne que « l’on ne peut jamais être à court d’argent ». Dès ses débuts, le système bancaire a, d’ailleurs, eu comme vocation de résoudre ce problème du « manque d’argent » en créant de la monnaie par le crédit pour compenser le manque d’épargne disponible. Ce crédit constitue aujourd’hui l’essentiel de la création monétaire : 95 % de la monnaie en circulation a été créée par les banques commerciales, 5 % par les banques centrales. Le système est simple : les banques accordent des crédits sur des fonds qu’elles ne possèdent pas « en caisse ». Ces fonds sont alors immédiatement crédités en dépôts et l’immense majorité de ces fonds n’est pas transformée en argent fiduciaire, concret, dont la création est du seul apanage de la banque centrale. L’argent créé n’a donc pas majoritairement besoin d’être créé par la banque centrale. Sa production relève principalement de la seule volonté des banques commerciales.

Pendant longtemps, cette création monétaire était certes en théorie limitée par des contraintes de quantité physique d’or et d’argent, ce qui limitait cette croissance du crédit. Aujourd’hui, elle l’est par les réserves et les taux de refinancement définis par les banques centrales, mais ces cadres sont peu contraignants. Le taux de refinancement durcit certes le cadre, mais si la demande est là malgré ce durcissement, comme en 2005-2006, rien n’empêchera une banque de créer encore de la monnaie.

Les banques disposent donc bien de cette capacité de créer de la monnaie « à partir de rien » (« out of thin air », écrit l’auteur) en quantité en réalité illimitée. D’autant que les banques centrales, en cas de besoin, peuvent créer également « à partir de rien » de la monnaie pour les acteurs du système financier. C’est ainsi que, chaque mois, la BCE déverse 60 milliards d’euros sur les marchés financiers et que la Fed a pu trouver 85 milliards de dollars pour sauver en 2008 la compagnie d’assurance AIG. Cette réalité, longtemps contestée, a été reconnue par la Banque d’Angleterre en 2014, et, un peu plus implicitement, encore plus récemment en avril 2017, par la Bundesbank.

Dans ce contexte, les vrais freins à la création monétaire, la vraie régulation, sont de deux ordres. Le premier, c’est la confiance. Si les banques n’ont pas confiance dans leurs débiteurs, elles ne créeront pas de monnaie en leur refusant un crédit. Le second frein, c’est la volonté des emprunteurs de disposer de fonds supplémentaires. Si elles n’ont pas de clients, les banques ne pourront pas créer de monnaie, quand bien même elles en auraient la possibilité. C’est ce qui s’est passé en zone euro entre 2013 et 2016, lorsque la BCE a ouvert les vannes du crédit, mais que les banques ont manqué d’abord de confiance, puis de demande. Le problème alors n’était pas le manque de « sous », ni le « prix de l’argent ». C’est bien la preuve que la première force de la création monétaire réside dans les banques commerciales et dans les relations avec leurs clients.

Comment reprendre le contrôle de l’argent ?

Tout ceci change considérablement la donne. L’argent ne saurait manquer. Pour l’auteur, c’est là une « bonne nouvelle ». C’est ce qu’elle appelle le « miracle d’une économie monétaire développée : l’épargne n’est PAS nécessaire au financement des achats ou de l’investissement« . Lorsque le premier ministre Édouard Philippe prétend donc vouloir favoriser l’investissement productif en modifiant la fiscalité de l’épargne, il considère que la France est une économie sous-développée et non monétarisée. « La disponibilité des moyens financiers dans une économie monétaire est à placer en contraste avec une économie pauvre et peu développée où l’épargne est la seule source de financement de l’investissement », explique Ann Pettifor.

Couverture de l'ouvrage d'Ann Pettifor © VersoCouverture de l’ouvrage d’Ann Pettifor © Verso

Le système financier a été créé pour cela : dépasser les limites de l’épargne et offrir des moyens nouveaux à l’économie. Et l’auteur de poursuivre : « Un système monétaire développé peut financer de très grands projets, des projets qui dépasseraient de loin la somme de l’épargne d’une économie. […] Cela signifie qu’une société fondée sur un système monétaire sain pourrait s’offrir une éducation gratuite et un système de santé ; elle pourrait financer le soutien aux arts autant qu’à la défense ; elle pourrait faire face aux maladies et renflouer les banques dans une crise financière. Alors que nous pouvons manquer de ressources humaines et physiques pour sortir nos économies des énergies fossiles, les besoins de la société ne devraient jamais manquer de relations financières pour faire face à ces changements vastes. » Le problème n’est pas, dès lors, de savoir « où trouver de l’argent » pour faire face aux grands défis sociaux, économiques et environnementaux, mais de savoir comment maîtriser la création monétaire. L’enjeu, dès lors, est de créer un système monétaire « sain ».

Or, comme le rappelle Ann Pettifor, notre système ne l’est pas, sain. Car le problème est évidemment que, disposant de ce pouvoir, le système financier ne l’utilise pas dans l’intérêt général, mais uniquement en faveur d’intérêts particuliers. La création monétaire favorise alors les marchés financiers eux-mêmes, et les rendements élevés et rapides qu’ils promettent. Et lorsque la mécanique se casse, il suffit de demander l’aide des États, auxquels l’on prêtera l’argent nécessaire à son propre sauvetage et dont on assurera le remboursement par une politique centrée sur le respect des créanciers, l’austérité, alors même que l’économie réelle voit son potentiel réduit par la concurrence de l’investissement financier et par les exigences de rendements. Progressivement, « les valeurs du secteur financier l’emportent sur toute autre considération », estime l’auteure, qui explique : « Ce n’est pas un hasard si la dérégulation financière a mené à la dérégulation des heures de travail. » Dans cette logique, les financiers ont évidemment tout intérêt à défendre l’idée d’une quantité limitée de monnaie qui, en réalité, leur serait réservée.

Pour Ann Pettifor, c’est cette prise de contrôle de la puissance créatrice de la monnaie par la finance qui amène aux maux actuels. Outre l’austérité, ceci conduit nécessairement à un recul de l’investissement productif sur le long terme et à un monde où les besoins essentiels ne sont pas satisfaits. En revanche, l’économie mondiale est à la merci d’un système financier centré sur lui-même et qui fait payer à« l’économie réelle » les crises causées par ses brusques pertes de confiance entre ses acteurs, comme en 2007 et 2008. Des crises destructrices qui font le jeu des nationalistes et des extrémistes, selon Ann Pettifor, en détruisant l’aptitude du politique, donc de la démocratie, à résoudre les problèmes, à combler les besoins sociaux et à orienter l’économie vers ces besoins. L’enjeu est donc majeur.

La deuxième partie de l’ouvrage propose d’explorer des solutions et l’auteure y discute les diverses propositions visant à reprendre le contrôle de la création monétaire. Elle y défend ses positions, fondées principalement sur un retour à la pensée de Keynes. Pour elle, la pensée keynésienne, limitée à un simple exercice de relance par la dépense publique, a été caricaturée afin de la discréditer. Keynes est principalement un penseur de la monnaie et du système monétaire. Son point de départ est de constituer un système monétaire sain, notamment par l’alliance entre un taux d’intérêt réel bas et une distribution de crédit réduite, un système où « la finance est soumise aux intérêts plus larges de la société ». L’inverse du système actuel, selon l’auteur. « L’abandon de Keynes a été payé d’un prix élevé : le chômage et l’appauvrissement de millions de personnes », estime-t-elle.

Cette vision lui fait REJETER les propositions de maîtrise de la création monétaire, notamment celle qui consiste à donner à la seule banque centrale la capacité de créer de la monnaie et qui sera discutée l’an prochain en Suisse, dans le cadre d’une votation baptisée « initiative monnaie pleine ». Selon elle, ce système transfère à une commission bureaucratique la création monétaire, alors même qu’elle est inspirée par la « théorie quantitative de la monnaie » qui édicte la nécessité, parfois, de réduire autoritairement la masse monétaire. Ceci comporte, selon l’auteure, le risque de prises de décisions sans contrôle démocratique inspirée par une vision dangereuse de ce qu’est la monnaie.

https://player.vimeo.com/video/130103974

Initiative monnaie pleine – Partie 1 : Emission monétaire uniquement par la Banque nationale ! from Vollgeld-Initiative on Vimeo.

Vidéo de présentation de l’initiative suisse « monnaie pleine » qui sera soumise au peuple helvétique en 2018. © Vollgeld-initiative.

Elle préfère des moyens plus simples, qui n’enlèvent rien au fonctionnement du système, mais réduisent le pouvoir autonome de la finance : établir un contrôle étroit de la distribution du crédit, renforcer les ratios de solvabilité, assurer un endettement public à taux faible pour agir plus généralement sur les taux et surtout mieux maîtriser les flux de capitaux. Ce dernier élément, qui serait réalisé par une taxe sur les transactions financières ou taxe Tobin, est la proposition la plus forte. Il s’agit non seulement de « ramener les fonds offshore dans les nations où la richesse est créée », mais aussi de retrouver des moyens d’agir. « La mobilité du capital ôte aux autorités d’un pays le pouvoir d’organiser la prospérité économique en déterminant les taux d’intérêt les plus appropriés », estime Ann Pettifor.

On notera, et ce n’est pas un hasard, que l’essentiel de ces propositions est aujourd’hui rejeté par la plupart des autorités politiques. En France, par exemple, le nouveau gouvernement soutient une moindre régulation bancaire et a abandonné tout projet européen de taxe Tobin. Ann Pettifor estime que la première condition pour ôter le « pouvoir des banquiers » est donc de développer une meilleure compréhension des mécanismes de création monétaire, en dépit de l’opposition de la majorité des universitaires. C’est seulement une fois ce travail effectué que la mobilisation citoyenne et politique pourra s’organiser.

Et, pour l’auteure, l’enjeu est particulièrement urgent pour deux causes : celle des femmes, souvent les premières victimes des coupes dans les dépenses de l’État et de la précarisation de l’emploi, et celle des défenseurs de l’environnement, qui ne peuvent espérer des politiques vraiment efficaces contre le réchauffement climatique avec l’actuel système monétaire.

 

Et c’est bien là l’essentiel actuellement pour nous, Français. La lecture de l’ouvrage d’Ann Pettifor met en relief les contradictions essentielles de la politique envisagée par le nouveau pouvoir : assurer un engagement environnemental fort et défendre et renforcer les logiques de l’actuel système monétaire et financier. Une logique suivie par Emmanuel Macron, comme jadis désirée par François Fillon qui, à l’image de Theresa May, refusait de donner plus de moyens à des infirmières « pour ne pas faire de la dette ». Mais cette lecture permet aussi d’envisager une alternative réformiste, féministe et environnementaliste à la domination actuelle du centre droit, autour de cette réforme du système monétaire.

Aussi sa traduction française pourrait-elle s’avérer indispensable.

Romaric Godin.

Source : Mediapart, https://www.mediapart.fr/journal/economie/100717/reprendre-le-controle-de-la-creation-monetaire-pour-echapper-l-austerite?onglet=full

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