367 – Phase terminale?

Pour Pablo Servigne, co-auteur de l’ouvrage « Comment tout peut s’effondrer », le mot crise n’est plus approprié à notre situation présente. C’est le terme d’effondrement total qu’il convient désormais d’évoquer.

En l’occurrence, dit Pablo Servigne il n’est plus possible de revenir en arrière, plus possible d’enrayer la chute. L’effondrement en cours est trop avancé. D’autant qu’il existe plusieurs foyers d’effondrement qui se complètent et se renforcent :

  • L’effondrement financier,
  • L’effondrement économique,
  • L’effondrement climatique,

Pourquoi allons-nous vers une crise monétaire, financière et économique « terminale » ?

Quelques chiffres issus du livre de  François Morin,  [Professeur émérite en sciences économiques à l’Université de Toulouse 1, qui  a également été membre du Conseil Général de la Banque de France  (de 1985 à 1993) et du Conseil d’analyse économique]

Une poignée de banques dites systémiques – 28 sur les 8 000 établissements bancaires exerçant actuellement dans le monde – sont constituées en un oligopole bancaire. La puissance économique et politique de cet oligopole nous prive des moyens d’empêcher l’avènement d’un cataclysme d’ampleur inédite. Si l’une de ces banques tombe, elle entraînera TOUT le système bancaire et financier dans sa chute. Les Etats n’auront aucun moyen d’intervenir sur ces montants .

– Le montant total des bilans de ces 28 banques représente à fin 2012,  50 350 milliards de dollars soit # 45 000 milliards d’euros (PIB France = 2000 milliards d’euros). Quasiment le montant de la dette publique mondiale.

– 10 des plus grosses parmi les 28 banques dites « systémiques »  ont une taille de bilan qui dépasse le PIB de la France . Dans celles ci, 4 américaines, 2 françaises, 1 allemande, 1 anglaise,  1 japonaise, 1 chinoise

– Mais il y a mieux, ce sont les produits dérivés, hors bilan.

Un produit dérivé ou contrat dérivé est un instrument financier  :

·     dont la valeur fluctue en fonction de l’évolution du taux ou du prix d’un autre produit appelé sous-jacent ;

·     qui ne requiert aucun placement net initial ou peu significatif ;

·     dont le règlement s’effectue à une date future.

Ce produit consiste en un contrat entre deux parties,  fondé sur un actif sous-jacent, réel ou théorique, généralement financier.

L’actif sous-jacent, ce sur quoi porte l’option, peut être par exemple :
·     une action cotée en Bourse ;
·     une obligation ;
.    un indice boursier, comme le CAC 40  ;
·     une  matière première (blé, pétrole, cuivre, sucre…) ;
·     un taux de change ;
·     un taux d’intérêt
·     des flux financiers liés à la réalisation d’un événement prévu dans le contrat, comme le défaut de paiement d’une entreprise, un événement climatique, une catastrophe naturelle, etc.

L’instrument principal est le credit default swap dit CDS. Il s’agit d’un contrat entre un vendeur de protection et un acheteur de protection sur une entité (entreprise, collectivité locale, pays, etc.) de référence pour une durée fixée par lequel :
·     l’acheteur s’engage à payer un montant périodique et régulier pendant la durée du swap ;
·     en échange du paiement par le vendeur d’une certaine somme dans le cas où se produirait, pendant la durée du CDS, un certain type d’événement, prévu par le contrat, affectant le crédit de l’entité de référence (défaut de paiement d’intérêts, surtout).

90 % des transactions de produits dérivés sont négociées de gré à gré. Ce type de négociation est plus discret et moins cher que le passage par des marchés organisés. Il est notamment utilisé par les hedge funds et des sociétés créées par les banques. Les engagements pris n’affectent pas les bilans ni les chiffres officiels de solvabilité

– Fin 2014, seulement 18 des 28 banques systémiques détenaient pour 720 000 milliards de produits dérivés.  Pour prendre un élément de comparaison, le PIB  de la France se monte à 2000 milliards soit quasiment 300 fois moins !

– Rien que pour la France : le bilan des 4 banques systémiques françaises est égal à 3 fois le PIB français et leurs produits dérivés à 44 fois (pour  86 fois au Royaume Unis)

Prenons un exemple, celui du marché des changes :

Le volume des transactions sur le marché des changes atteints 5.300 milliards de dollars par jour en avril 2013.

5.300 milliards de dollars par jour, c’est presque 2 millions de milliards par an, soit 25 fois le PIB mondial nominal en 2013 (73.000 milliards), rien que pour les échanges de devises !

Cela revient à dire que les simples échanges de devises représentent 25 fois l’économie réelle ! Si l’on ajoute à cela l’ensemble des transactions qui ne sont pas directement rattachées à l’économie réelle des ménages et des entreprises, c’est-à-dire à l’activé économique traditionnelle, nous atteignons des sommes qui dépassent l’entendement.

Ce que l’auteur, François Morin,  démontre dans son ouvrage c’est que les banques systémiques occupent des positions dominantes sur plusieurs marchés fondamentaux de la finance globale. Il met en évidence les liens d’interdépendance entre les membres de cet oligopole bancaire, tant financière qu’institutionnelle, à travers leurs participations aux institutions internationales. Tout cela leur donne la capacité réelle de déstabiliser la planète entière à travers leurs abus qui ont été mis en évidence lors des nombreux scandales révélés ces derniers temps : subprimes, manipulation du Libor, du marché des changes ou des produits dérivés. Ce fonctionnement frauduleux est à l’origine d’une partie du surendettement public actuel et les amendes que se sont vues infliger certains établissements ne changeront rien aux pratiques en vigueur.

Le constat étant fait, on en arrive à la question fondamentale de savoir si nous avons les moyens d’éviter le scénario catastrophe qui se profile à l’horizon, provoqué soit par l’éclatement de la bulle obligataire ou du marché des actions, soit plus probablement par la faillite d’une banque systémique, et qui verrait toutes les tensions internes et géopolitiques existantes, pour le moment, contenues, provoquer des affrontements en tout genre.

François Morin propose une solution pour remédier aux graves dysfonctionnements de la finance : la mise en place d’une monnaie commune internationale et la réintroduction des taux de change fixes. Mais comme il l’écrit lui-même, cela « suppose une communauté internationale suffisamment rassemblée pour définir ses intérêts collectifs ». En aurons nous les capacités et les volontés internationales? Certainement pas à mon sens.

J’ai prôné en son temps  la pure et simple nationalisation de la monnaie et la limitation de l’émission de celle ci par la seule Banque de France au bénéfice du Trésor Public (cette proposition impose une souveraineté totale que nous n’avons plus avec l’euro) donc l’interdiction pour les banques commerciales de créer leur propre monnaie de crédit, simultanément à une garantie totale par la Banque de France de l’ensemble des comptes de transaction (les montants des « dépôts à vue » des particuliers et des entreprises) qui seraient, à partir de cette décision politique,  totalement garantis.

Que ce soit l’une ou l’autre des solutions proposées par quelques économistes, elles ne seront malheureusement pas mises en place avant un effondrement, et après il sera trop tard.

Il est difficile de prévoir toutes les conséquences d’un tel « crash », mais on peut citer l’arrêt des transactions économiques induisant à très faible délai l’effondrement des réseaux de distribution (alimentaire, eau, électricité, gaz, carburants). Le traitement des eaux grises, l’assainissement en général, la production et distribution de médicaments et de soins, etc., ne seront plus assurés. Le « sauve qui peut » sera général et les pires « hordes sauvages » feront tout pour survivre.

On peut répondre et argumenter qu’en cas de prémisses d’un tel crash les Gouvernements réagiraient rapidement… je ne le pense pas; ce sera trop brutal.

Aujourd’hui, vous le savez, l’économie fonctione à « zéro stocks » ce qu’on appelle aussi le « flux tendu » ; l’autonomie alimentaire d’une ville moyenne n’est que de quelques jours.

Pour ma part je suggère à mes amis de mettre de coté, dans la mesure de leurs moyens, une somme importante en espèce, quelques pièces d’or et des biens échangeables, d’organiser pour leurs enfants ou petits enfants des « bases autonomes durables » en les orientant vers les métiers indispensables dans des sociétés qui pourraient très bien se retrouver « féodales » ou dictatoriales. Je leur dis aussi de s’équiper de quoi survivre plusieurs mois et se défendre, enfin de ne surtout pas rester en ville dès que les premiers « symptomes » apparaîtront (fermeture des banques, DaB vidés, magasins fermés, queue aux pompes à essence, panique consumériste, voitures brulées, grève des transports, blocage d’autoroutes, etc) : lorsque la loi martiale sera décrétée, il sera déjà trop tard !

Mais l’attitude majoritaire reste sans conteste au déni de la réalité, tous étant obnubilés par leurs profits à courte vue. Moi, j’ai l’impression d’avoir fait tout mon possible pour prévenir, depuis de longues années, tous ceux qui me lisent ou m’écoutent.

 

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Le blog d'André-Jacques Holbecq
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8 commentaires pour 367 – Phase terminale?

  1. Renaud dit :

    Je suis sur la même longueur d’onde. D’autant que : « si tu veux la paix, prépare la guerre », autrement dit, si tu cherches un minimum de sécurité sur les plans vitaux, il faut t’y préparer. Tout est là.

    Tout ceci le mieux compris possible, il est difficile de s’y retrouver dans la cacophonie (depuis longtemps habituelle) de la sphère économique et financière dont traitent maints économistes, financiers et gestionnaires de fortunes, etc. Parmi eux Olivier Delamarche auquel j’accorde une certaine confiance qui a dit (il l’a beaucoup répété depuis déjà longtemps) que les banques centrales (en particulier la BCE) — ne peuvent pas faire autrement — que de balancer à jet continu des QE. La BCE (comme d’autres [ sauf la FED?] ) serait condamnée aux QE, rien d’autre n’étant possible sous peine de naufrage certain… Les marchés ne peuvent aucunement se permettre de faire autre chose, il en va de leur (sur)vie, mais pas sûre du tout! … et du « reste » …

    Mais le même Olivier Delamarche dit ironiquement qu’il n’y aura pas de crash, parce que un crash, quand il se produit, ne s’annonce jamais…

    Quant à l’inénarrable Marc Fiorentino, il a dit il y a peu, d’une voix affirmative et admirative, que la puissante BCE a tous les moyens assurés pour sauver et dépanner le « système » bancaire et monétaire autant qu’il le faudra … pas de problème …

    Il vaut mieux entendre ça que d’être sourd comme disait mon père.

    Amitiés

    Renaud

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    • A-J Holbecq dit :

      Salut Renaud
      En fait Marc Fiorentino a raison « en théorie » , Les BC peuvent empêcher les banques de tomber, mais dans ce cas il y aura nécessairement une forte inflation.

      Mais, à mon avis, si les Banques Centrales interviennent, ce sera après le crash, quand le système aura été nettoyé. Je pense seulement que ce jour là nous aurons une privatisation « militaro bancaire » des Banques (y compris de la Banque Centrale), donc une surveillance « policière » de l’utilisation de la monnaie.

      AJH

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  2. brunoarf dit :

    Chômage : catégories A, B, C, D, E :

    6 611 600 inscrits à Pôle Emploi.

    Vous avez bien lu :

    6 611 600 inscrits à Pôle Emploi.

    https://dares.travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/di-t3-2018_w10cpp.pdf

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  3. Hadrien dit :

    Cher André-Jacques,

    Heureux de constater que tes analyses sont toujours prémonitoires de l’actualité, à l’heure où l’insurrection des gilets jaunes bat son plein, alors que le billet ci-dessus est antérieur de dix semaines, date à laquelle personne ne préssentait la précipitation des évènements.
    Mieux: personne ne peut nier que s »y entremêlent les trois aspects énumérés:
    – L’effondrement financier,
    – L’effondrement économique,
    – L’effondrement climatique,
    J »oserai même en ajouter un quatrième:
    – L’effondrement démocratique,
    qui renvoie au partenariat avec Etienne Chouard et sa croisade pour une réhabilitation de la démocratie directe à l’Athénienne (stochocratie), plus que jamais d’actualité.
    En regard, ta remarque « Moi, j’ai l’impression d’avoir fait tout mon possible pour prévenir, depuis de longues années, tous ceux qui me lisent ou m’écoutent » prend tout son sens et paraît même bien modeste…
    J’avais moi-même été initié au premier des trois thèmes par la lecture de « La dette publique…, A qui profite le système? » et amené à m’interroger naturellement aux autres, dans mes interventions antérieures sur ce blog. Ma retraite et mon retour à mes anciennes amours scientifiques, m’ont paradoxalement éloigné des blogs mais je profite d’un bref séjour au vert pour y déroger en empruntant l’e-mail de mon hôte.
    Sur le premier thème, je ne résiste pas au plaisir d’une récapitulation dans laquelle tu reconnaîtra tes petits:
    On a fait sans le marché financier pendant les « Trentes glorieuses » et on s’en est très bien portés, avec une croissance moyenne annuelle de 5,6%. De Gaulle avait déclaré « je ne gouverne pas à la corbeille » et la période Gaulliste jusqu’à la mi-mandat Pompidou fut effectivement caractérisée par une longue décrue des cours boursiers, comme en atteste leur historique.
    Il est donc intéressant de savoir comment on en est arrivés aujourd’hui là… où l’on a voulu nous mener, c’est à dire à « la servitude volontaire » des Etats en faveur du « monde de la finance » !

    Mais rappelons tout d’abord l’origine des temps qui nous concernent:

    Lois du 24 Juillet 1936 (Front populaire)
    et du 2 Décembre 1945 (De Gaulle):
    Elles font de la Banque de France un “service public” et prévoient que son capital sera transféré à l’Etat le 1er Janvier 1946. De Gaulle nationalise par ailleurs le secteur du crédit des banques commerciales privées.
    Commencent alors les « Trentes Glorieuses », et le « Circuit du Trésor » mis au point par
    son Directeur Bloch-Lainé (1947-1952), ancien trésorier de la Résistance, qui prévoit:
    – les prêts et avances directs de la Banque de France au Trésor
    – la souscription obligatoire des banques aux bons du Trésor à taux fixe imposé, leur montant minimum constituant un « plancher » révisable chaque année.
    Ces trente glorieuses vaudront à la France une croissance double de celle des Etats-Unis.

    LA DETTE:
    COMMENT ON EN EST ARRIVE LA …..

    Note en 1963 du Premier ministre Georges Pompidou, ancien fondé de pouvoir du Groupe Rothschild, à son ministre des Finances Valéry Giscard d’Estaing:
    « Les émissions du Trésor à court, moyen et long terme doivent s’adapter, par des mécanismes appropriés, aux conditions existant sur le marché monétaire et le marché financier ».
    La note recommande les émissions « réalisées par voie d’adjudication, au détriment de celles correspondant à des souscriptions obligatoires à taux fixe pour se rapprocher davantage des conditions du marché », traduisant déjà la volonté de son auteur de renvoyer l’ascenseur à ses anciens maîtres en rendant la main au lobby bancaire.

    Loi du 3 Janvier 1973:
    Après la disparition de De Gaulle, l’ancien banquier devenu Président de la République (ça nous rappelle des choses!) fait entrer la « City » dans le Marché Commun le 1er Janvier 73 et fait inscrire deux jours après, avant de disparaître à son tour l’année suivante, la loi qui stipule notamment: “Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France”.
    Cet article (N°25) ne faisait qu’interdire un certain type de financement de la part de Banque de France, tout en laissant la possibilité d’utiliser d’autres instruments, sous réserve d’approbation parlementaire. Mais ces encours furent désormais limités à un montant maximal de 20,5 milliards de francs qui n’a pas été réévalué malgré l’inflation qui a suivi, de sorte qu’il a fallu augmenter les appels aux marché avec des taux d’intérêts qui ont fini par devenir importants et fait croître la dette d’une façon exponentielle.
    Mais la Banque de France a ainsi perdu son statut de service public et l’Etat doit emprunter désormais auprès des banques commerciales, encore nationalisées… pas pour longtemps! Car on va bientôt inaugurer « Les Trente Piteuses »:

    1976-1981, Raymond Barre “meilleur économiste de France”, selon Giscard d’Estaing:
    Après le premier élargissement européen, il abandonne “la préférence européenne” sous la pression libérale du Royaume Uni, tout en s’engageant d’emblée à respecter « la discipline monétaire” à l’allemande… ; il fera connaître au pays une inflation record jusqu’à 16%!
    Parallèlement, la croissance chute alors de moitié à 2,5% et ce, comme le montrera plus tard Maurice Allais , de façon indépendante du choc pétrolier, car la croissance américaine, elle, resta inchangée, repassant au-dessus de la notre jusqu’à la période actuelle.

    1982/83: Le “tournant de la rigueur”
    Après les nationalisations de 1981, François Mitterand et son premier ministre Pierre Mauroy étaient censés remettre en selle l’ordre keynesien au service du plus grand nombre. L’espoir est rapidement étouffé, sacrifié sur l’autel de la construction européenne et de la « convergence » de ses économies, notamment en vue de la monnaie unique, à terme.
    Mais laissons parler Jean Peyrelevade qui, dans son ouvrage de 2008, est plus disert qu’à l’habitude sur son rôle de principal protagonistede ce tournant auprès de Pierre Mauroy::
    “En fait, les plans de redressement de 1982-1983 permirent à la fois de corriger les fantaisies des premiers mois de la gestion mitterandienne et, plus structurellement, de terminer l’adaptation de l’économie française à la nouvelle donne internationale: il y eut dans notre action, pour une part significative, comme une sorte de relicat de correction barriste…[On ne saurait mieux dire!]
    Bien entendu, la brutalité de la thérapeutique, appliquée sur un temps relativement court, n’alla pas sans effets secondaires. De 1982 à 1984, le taux de croissance de l’économie française fut divisé [encore et toujours, comme pour Monsieur Barre!] par deux (de 2,4% à 1,2%) tout en restant positif, à un niveau que nous considérerions aujourd’hui comme médiocre mais acceptable. Simultanément, en 1983 et 1984, le pouvoir d’achat des ménages subit une légère diminution (-0,1% puis -1,1%), ce qui était conforme à la politique suivie” [sic}!

    1986 : Acte unique européen (J. Delors)
    « Le marché intérieur comporte un espace sans frontières intérieures dans lequel la libre circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux est assurée [… Le Conseil] s’efforce d’atteindre le plus haut degré de libération possible. L’unanimité est nécessaire pour les mesures constituant un recul en matière de libération des mouvements de capitaux. »

    1986 : Loi Bérégovoy sur la dérèglementation financière (déréglementation, désintermédiation, décloisonnement, désinflation).
    Le chef de Cabinet du ministre, le très libéral Jean-Charles Naouri,dépêché auprès de lui à cet effet, a été récompensé depuis par le système qui l’a nommé PDG du Groupe Casino. Bérégovoy, lui, s’est suicidé après l’échec mémorable de la gauche aux élections législatives.

    1988 : la France accepte le principe de la fin du contrôle des changes et la liberté de circulation des capitaux – sans créer une harmonisation fiscale entre Etats. La directive Delors-Lamy prévoit la libéralisation complète du marché des capitaux pour 1990.

    1990 : forte diminution de la fiscalité sur les revenus du capital

    1992 : le traité de Maastricht institue l’Union économique européenne, prélude à la monnaie unique: «toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites»
    L’article 104 du Traité de Maastricht (mis en application le 1 er janvier 1993) spécifiait « Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des Etats membres, ci-après dénommées « banques centrales nationales », d’accorder des découverts ou tout autre type de crédits aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales,aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la BCE ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. »

    1993 : Emprunt Balladur (ancien chef de cabinet de l’ancien banquier Pompidou)
    Celui-ci entreprend de vendre les « bijoux de famille » que De Gaulle et le Conseil National de la Résistance avaient nationalisés à la Libération, en commençant par le secteur bancaire.
    Parallèlement, il réussit durant son mandat le tour de force de la plus forte augmentation de la dette publique…!

    1998 (Chirac / Jospin / Strauss-Khan):
    Achèvement des privatisations.et création d’un régime fiscal avantageux pour les stock-options. Lorsqu’intervient l’introduction de l’euro en 1999, il ne reste plus aucune des grandes entreprises nationalisées à la Libération et en 1981.

    Mai 2005, Referendum sur la Constitution européenne:
    Adoubée par tous les notables et l’immense majorité des parlementaires, la constitution qui voulait graver cela dans la marbre est rejetée par les peuples français et hollandais. La Commission Européenne arrête les frais et interrompt la consultation originellement prévue dans le reste de l »Europe.

    Décembre 2007, Traité de Lisbonne (Sarkozy et Merkel):
    Les deux s’entendent pour faire voter aux seuls parlementaires, dans toute l’Europe, l’adoption des mesures économiques rejetées par voie referendaire, ceci par dessus la tête des peuples… et de notre Conseil Constitutionnel dont les membres éminents n’y voient rien à redire !
    Son article 123, entérinant l’article 104 du traité de Maastricht, stipule notamment:
    “Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des Etats membres, ci-après dénommées banques centrales nationales, d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des états membres; l’acquisition directe auprès d’eux, par la BCE, ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite.”
    On inaugure ainsi « Les Calamiteuses »

    ….. OU L’ON A VOULU NOUS MENER:

    Maurice Allais, dès 1976:
    “En abandonnant au secteur bancaire le droit de créer de la monnaie, l’Etat s’est privé en moyenne d’un pouvoir d’achat annuel représentant environ 5,2% …”

    Maurice Allais, Prix Nobel d’économie en 1988:
    “Dans son essence, la création de monnaie ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique à la création de monnaie par des faux monnayeurs. Concrètement, elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents.”

    André-Jacques Holbecq, Philippe Derruder :
    (La dette publique, une affaire rentable. A qui profite le système? Editions Yves Michel, Mai 2008)
    “Délibérément, l’Etat a transféré sur le système bancaire privé son droit régalien de création monétaire. Sans que cela ait donné lieu au moindre débat public, on a privatisé l’argent de sorte que nous, peuple soit-disant souverain, devons maintenant acheter notre propre monnaie auprés des banques…
    Depuis, l’Etat, c’est à dire nous tous, doit payer un intérêt à ceux qui achètent des instruments de cette dette (40% de résidents, 60% de non-résidents). Au fil des années, cet argent distribué aux plus riches plombe les finances publiques et nous voila entraînés dans une spirale infernale: recourir sans cesse à de nouveaux emprunts pour couvrir le déficit qui, comme par hasard est toujours proche du montant des intérêts…
    En réalité, le transfert, qu’il soit celui d’aujourd’hui ou de demain, ne se fait pas d’une génération aux suivantes, mais entre couches sociales: ce sont les contribuables d’aujourd’hui qui paient les rentes versées aujourd’hui à ceux qui en bénéficient; ce seront les contribuables de demain qui verseront ce qui sera dû, demain aux héritiers des détenteurs de la dette….Le risque est que les travailleurs pauvres de la génération suivante soient obligés de payer ces intérêts (par leurs impôts indirects, par exemple) aux détenteurs déjà riches peu imposés sur leurs revenus du capital.”

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  4. Hadrien dit :

    LE PROGRAMME MACRON (Rapport PISANI-FERRY) EN MARCHE…VERS LA MONDIALISATION :
    Uberisation des actifs au travail et érosion programmée des retraites.

    Tous les observateurs avaient noté le retard et la parcimonie avec lesquels le candidat Macron avait livré son programme en cours de campagne, dont les éléments lui ont été fournis par l’économiste Pisani-Ferry, à peine libéré de sa nomination de commissaire à « France-Stratégie » au service de l »ex-ministre de l »économie, avant de rejoindre les rangs «en marche» pour celui-ci, et qui sont consignés dans le rapport « 2017-2027, ENJEUX POUR UNE DECENNIE ».
    Il est intéressant d’extraire de ce rapport, désormais public (cf. La Documentation Française), les meilleurs passages illustratifs de l’analyse prospective sur laquelle s’est appuyé en « off » le candidat Macron et s »appuie encore aujourd’hui le président pour définir les « réformes » qu’il envisage.
    Les « Gilets Jaunes » y trouveront matière à alimenter amplement leur détermination:

    CHAPITRE « NOUVELLES FORMES DU TRAVAIL »…

    » LA REMISE EN CAUSE DE L’EMPLOI SALARIE STABLE A PLEIN TEMPS »
    (pp.58-62)
    – « Transitions par le chômage…plus fréquentes.
    – De plus en plus d’embauches… en contrat à durée limitée et sur des périodes d’emploi de plus en plus courtes.
    – L’entrée dans la vie active… marquée par l’instabilité.
    – Le temps partiel accompagné… d’une insuffisance du revenu.
    – La polyactivité… : des non-salariés cumulant plusieurs activités. »
    « Cette situation… crée des conditions propices au développement des nouvelles formes d’emploi – auto-entrepreneurs, travailleurs sur plateformes, contrats courts – en complément ou en substitut du salariat traditionnel. »

    « LE MODELE SOCIAL FACE AUX TRANSFORMATIONS DU TRAVAIL »
    (pp. 62-63)
    « On peut citer l’augmentation de la durée retenue pour le calcul du salaire de référence ou l’allongement de la durée d’assurance requise. Dans un contexte où le niveau des pensions par rapport aux salaires devrait décroître à long terme…
    Il faut noter que le statut d’indépendant peut s’accompagner d’un niveau et d’une variabilité des revenus comparables à ceux des salariés précaires, sans que la faiblesse des droits sociaux soit compensée par la détention d’un patrimoine. »

    « DIVERSIFICATION DES FORMES D’EMPLOI DEMAIN… LES OPTIONS EN DEBAT » (pp. 64-69)
    » Une rupture plus radicale… non seulement l’émergence de nouveaux modèles de coordination du travail de type plateformes, mais aussi une demande des employeurs enclins à se délier de leurs coûts salariaux fixes.
    Il pourrait aussi en découler une mise en concurrence accrue des travailleurs et, partant, une plus grande volatilité de leurs revenus.
    Il n’est pas souhaitable d’allonger la liste des situations partiellement assimilables au salariat et au régime général, et envisager plutôt la création d’un statut juridique intermédiaire, hybride entre salarié et indépendant. Certains pays l’ont fait en définissant par exemple une catégorie de « travailleurs indépendants économiquement dépendants », c’est à dire réalisant une part majoritaire de leur chiffre d’affaires avec un seul donneur d’ordre. »

    CHAPITRE « VIEILLISSEMENT, QUELLES POLITIQUES ? »

    Au premier rang des rares propositions programmatiques du candidat présidentiel, s’est trouvée la décision étonnante de supprimer la part de cotisation des salariés, pour la compenser par une augmentation de la CSG… appliquée à tous. Il n’a point échappé à tous ceux qui ont payé leur cotisation retraite durant toute leur carrière que cela revient pour eux à la payer deux fois, cette augmentation de CSG venant en réduction sèche de leur pension.
    C’est en effet pour que l’uberisation programmée des actifs n’apparaisse pas trop criante qu’il faut « en même temps » programmer la paupérisation des retraités afin d’éviter l’évidence d’une France à deux vitesses: les « progressistes » progressant vers leur ubérisation et les « conservateurs » conservant leurs avantages acquis.
    Mais les surprises réservées aux retraités ou futurs retraités ne s’arrêtent pas là quant aux réformes à opérer, comme on va le voir…

    » LES ENJEUX: Un niveau de vie qui décroche par rapport à celui des plus âgés (pp. 184-186)
    La pauvreté a longtemps touché davantage les personnes âgées que les jeunes. C’est aujourd’hui l’inverse…
    Alors que le niveau relatif de consommation des adultes à différents âges était plutôt stable jusqu’en 2000, on observe ainsi un décrochage « au bénéfice » des plus de 60 ans depuis cette date.
    Aujourd’hui, en France, le taux de pauvreté a tendance à décroître avec l’âge, ce qui n’est pas le cas dans les pays du Nord, de l’Allemagne et du Royaume Uni, où la pauvreté est stable ou croît avec l’âge. »
    [ Il est donc urgent d’y remédier, avec un nivellement par le bas que détaille le rapport ] :

    » LES CHOIX COLLECTIFS: Dépenses publiques et évolution démographique (pp. 194-198)
    Il n’y a rien d’anormal à ce que les plus âgés absorbent une part importante des dépenses de protection sociale puisque… les retraites sont la contrepartie de cotisations passées. Néanmoins, la « générosité » de notre système de retraite a beaucoup reposé… sur un recours de plus en plus systématique aux déficits. Le vieillissement démographique rend la poursuite de cette tendance non soutenable pour les années à venir…
    [Déjà] les plus âgés sont deux fois plus mis à contribution pour le financement de la protection sociale qu’il y a trente ans, notamment avec la création de la CSG…, avec la création de la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie, l’imposition des majorations familiales de retraite, etc. »

    « LES OPTIONS EN DEBAT: Identifier les leviers de réforme (pp.200-202)
    Dans l’hypothèse d’un rééquilibrage des transferts publics des âgés vers les jeunes et les actifs, deux leviers peuvent être mobilisés:
    – Le principal arbitrage concerne les dépenses de retraite, avec deux grandes options qui auraient des effets différenciés suivant les générations… Agir sur le niveau relatif des retraites, ce qui implique d’accélérer ou d’accroître l’érosion du niveau de vie relatif des bénéficiaires…, ou agir sur le nombre de retraités en continuant à retarder l’âge de départ ? Cette seconde option préserve le niveau de vie relatif des retraités mais pèse sur les actifs actuels.
    – Une plus grande mise à contribution des plus âgés peut passer par une réduction des différences de taxation selon l’âge dans le système actuel sans en modifier la structure. [C’est, en clair, la surprenante proposition évoquée en introduction, ce qui n’exclue pas le reste…]. Elle peut aussi passer par une réforme plus profonde visant à transférer le financement des dépenses sociales du travail vers d’autres assiettes détenues par les plus âgés (ensemble des revenus, patrimoine).
    Il est également envisageable d’accompagner une réorientation des transferts publics par une action visant à modifier – notamment par la fiscalité – les flux de transferts privés (aides familiales, donations, successions, développement du viager). »

    [ On comprend pourquoi Macron n’a jamais explicité pareils détails de cette brillante philosophie qui sous-tend le programme «En marche» ! ]

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  5. Hadrien dit :

    NOTRE EFFONDREMENT CLIMATIQUE… ?

    Dans mes précédents commentaires, j’ai tenu à illustrer deux des trois aspects énumérés en introduction du billet:
    – notre effondrement financier (par soumission des politiques aux lobbies de la finance mondiale)
    – notre effondrement économique (par complicité des mêmes avec la globalisation libérale)
    Si le troisième aspect reçoit un gros point d’interrogation de ma part, c’est qu’il risque fort d’être l’alibi d’une diversion face au plus grave effondrement, social et démocratique celui-là.
    Sa particularité est d’être propice à l’enrôlement convaincu des meilleures volontés, comme c’est souvent le cas sur les questions touchant à l »écologie.
    J’en veux pour preuve ce que l’on a pu lire à ce sujet sur le blog d’Olivier Berruyer, élu naguère meilleur blog de France (économie/finance) pour la qualité de sa documentation et de son illustration. Il s’était pourtant, déjà, opposé aux thèses d’AJ Holbeck sur le rôle crucial de la monnaie comme instrument de la politique publique, citant comme exemple à ne pas suivre l’inflation de l’immédiat après-guerre, en oubliant que c’est cette abondante création monétaire qui remit la France au travail dès la Libération et permit la Reconstruction ainsi que la mise en oeuvre des mesures sociales dictées par le CNR que Macron veut aujourd’hui mettre à bas.
    C’était mettre dans un même sac la cause et ses effets secondaires.
    O. Berruyer a depuis lors élargi sa thématique (et son audience), notamment aux thèmes de l’environnement et singulièrement celui du réchauffement climatique, bien fait pour exacerber les mêmes erreurs d’optique si l’on n’y prend garde.
    Sa série impressionnante de billets sur le climat est la suivante, d’abord quant aux causes présumées :
    1 – Les gaz à effet de serre
    2 – CO2 et Méthane
    3 – Les pays émetteurs
    4 – Le Cycle du Carbone
    5 – Concentration atmosphérique des gaz à effet de serre
    6 – Le réchauffement climatique global
    7-1 – Le réchauffement climatique local (Europe, France…)
    7-2 – Le réchauffement climatique local (Paris)
    8 – Analyse du réchauffement climatique
    9 – Le Soleil
    10 – Les taches solaires
    11 – En direct du Soleil…
    12 – Les cycles solaires courts
    13 – Les cycles solaires longs
    14 – Les cycles de Milankovitch
    15 – Modélisation millénaire des températures
    16 – El Niño et La Niña
    17 – Modélisation des températures récentes
    La série continue ensuite, par autant (ou presque) de billets supplémentaires sur le réchauffement qui développent abondamment les conséquences envisagées dans tous les domaines, constituant un résumé du bréviaire GIEC auquel se réfèrent tous les décideurs « progressistes » à l’instar de Macron.
    Et voici la conclusion essentielle terminale (billet 17) sur laquelle tout repose:
    –  » Les scientifiques ont montré que la tendance à la hausse est très probablement liée à l’effet de serre du CO2. Rapprochons donc cette tendance de celle de la concentration en CO2 (cf fig.) impressionnant, non ?
    …il y a une incroyable corrélation entre les deux. [Et] la tendance récente est criante…
    On peut donc dire qu’il semble bien que 100 ppm de CO2 induisent 1°C de plus à conditions identiques. »

    J’y retrouvais l’essentiel de mon très antérieur commentaire, posté dès les billets 4,5 et rappelé au billet 8 :

    CORRÉLATION CO2 ET RÉCHAUFFEMENT

     » Je suis fort aise de retrouver ici sous la plume d’Olivier Berruyer l’essentiel de mes remarques faites il y a plusieurs mois […]. Je retrouve également avec plaisir les deux courbes d’évolution durant les dernières centaines de milliers d’années, permettant de remettre sur la sellette la question essentielle restée sans réponse :
    – les concentrations reconstituées du CO2 (ppm) au cours des millénaires font apparaître des variations totales de 100 ppm, périodiques tous les 100 000 ans, pour une variation totale de température de l’ordre de… 10°C.
    – une variation supplémentaire des mêmes 100 ppm depuis 1880 a donné une variation totale de la température… de 0,9°C, soit plus de dix fois plus faible !  »

    Face à cette anomalie qui crève les yeux, Olivier Berruyer conclue néanmoins:
    –  » Il n’est guère besoin de long commentaire : la corrélation est jusqu’à présent parfaite… »

    J’avais pourtant accompagné cela de quelques attendus instructifs:
    “L’astronome Milutin Milankovitch (1879 – 1958) a étudié les variations de la rotation de la terre autour du soleil ainsi que l’inclinaison de l’axe de la terre. Il a développé une théorie expliquant comment ces variations cycliques et les interactions qui existent entre elles sont à l’origine des variations climatiques à long terme.
    À sa suite, quelques scientifiques russes comme Khabiboullo Abdoussamatov, ont expliqué le réchauffement global du climat de la Terre varie par l’intensité de l’énergie diffusée par le Soleil.
    Et l’augmentation de la concentration de gaz carbonique qui en découle dans l’atmosphère, comme une conséquence de l’élévation de la température de l’océan mondial, due à l’augmentation de l’intensité du rayonnement solaire.
    Il y a 40 000 milliards de tonnes de CO2 dissous dans les océans, en interaction permanente avec l’atmosphère, car le phénomène est réversible, sans compter 100 000 000 de milliards de tonnes sédimentées.
    Or, l’homme n’a brûlé que 200 milliards de tonnes de pétrole durant l’ère industrielle depuis 1880.
    Par conséquent, l’idée, largement répandue, du rôle déterminant de l’activité industrielle de l’homme dans le réchauffement climatique global, serait due au fait que l’on a pris la conséquence pour la cause, explique le chercheur cité.”
    Si, comme le pense le scientifique russe Khabiboullo Abdoussamatov, c’est la température qui est la cause et non l’effet, l’inertie étant exclue (cf. site CNRS), cela expliquerait que nos rejets anthropiques actuels n’aient qu’une influence si marginale sur elle…
    Ce qui devrait inciter à la prudence tous les extrapolateurs hatifs. »

     » Cela explique sans doute pourquoi, depuis le début de l’ère industrielle, la température ne s’est élevée que de 0,9°C malgré les 200 Gt de pétrole déjà brûlé, soit la moitié du stock total estimé !
    Cela explique aussi, inversement, pourquoi le passé récent post-glaciaire a connu des variations de température moyenne dix fois plus importantes, avec moins de gaz à effet de serre qu’aujourd’hui.
    L’effet causal primaire est en effet dans l’autre sens: 10°C de plus ont produit l’équivalent nos rejets anthropiques de façon naturelle (dégagements des gaz dissous dans les mers), mais cette même quantité de rejets apportée en supplément par l’homme ne produit, en sens inverse, que 0,9°C d’augmentation !
    Il serait donc sage, pour une information objective, de représenter sur les mêmes graphiques (i.e. depuis 800 000 ans) les variations de température en même temps que les concentrations. On y verrait la faible correlation inverse évoquée, sous la forme d’une température qui ne suit pas l’augmentation de concentrations brutale affichée à l’âge industriel.

    Ces attendus justifièrent plus tard les billet 14 (Les cycles de Milankovitch) et 15 (Modelisation millénaire des températures) de la part d’O. Berruyer, ce qui ne l’empêchait pas de déclarer, au stade précoce sus-dit :
    “les modèles montrent que ces variations d’ensoleillement devraient entraîner des variations de température d’environ 0,5 à 1°C”
    Apparemment, la nature, tous les 100 000 ans environ, faillit gravement à de tels modèles…
    Avertissons-là d’urgence de bien vouloir s’y conformer et marcher dans les clous !

    AMPLITUDE DES VARIATIONS

    Dans un autre billet précédent, je relevais les remarques pertinentes de l’intervenant Kandide
    (C’était moi, sous un autre pseudo, pour ne point encourir les foudres de la censure qui s’était déjà manifestée) :
     » L’abondance de considérations savantes sur le passé et le présent cache mal l’insignifiance relative des projections finales.
    C’est la même impression de malaise qu’à la lecture du dernier numéro de La Recherche qui titre en couverture “Climat, ce qui nous attend vraiment” pour introduire la paléanto-climatologue V. Masson-Delmotte dont le livre (Climat, le vrai et le faux) est pourtant plus qu’ambigu à cet égard, comme on peut en juger::

    Idées reçues (encadré dans le texte):
    “L’accélération du réchauffement: L’impact radiatif des rejets… n’est pas proportionnel à leur concentration, mais au logarithme de leur concentration” (donc, effet de forte saturation et non d’amplification exponentielle).
    “L’emballement par rejets de méthane: Les mesures récentes de la composition isotopique du méthane emprisonné dans les glaces suggèrent qu’une telle déstabilisation ne s’est pas produite pendant la dernière déglaciation, qui représente pourtant une réorganisation massive du système climatique.”

    Cela rend d’autant plus incrédule à la lecture du passage, dans ce billet:
    “On estime que l’extinction massive d’espèces lors du Permien-Trias il y a 250 millions d’années (disparition de 95 % de la vie marine et 70 % des espèces terrestres) pourrait avoir été causée par un tel emballement”,
    surtout lorsqu’on apprend (Wikipedia) que cela fut d’origine tellurique, provoqué par une vague d’éruptions volcaniques liées à la tectonique des plaques, et privant l’athmosphère de la majorité de son oxygène.
    On est loin de l’échelle anthropique !

    En définitive, ce n’est pas la concentration en rejets qui est indicative pour nos conditions de vie, mais la variation de température elle-même, et surtout ses conséquences.
    Or, les prévisions les plus pessimistes à ce égard restent très inférieures au réchauffement qu’a connu l’homme à la dernière déglaciation, il y a moins de vingt mille ans.
    A titre indicatif, V.Masson-Delmotte rappelle que la variation du “niveau moyen des océans” fut alors “de 120 à 130 m”, alors que le GIEC prévoyait en 2007 pour la fin du siècle une fourchette de 18 à 59cm (à peine celle de la marée moyenne en méditerranée, qu’on considère habituellement comme négligeable voire inexistante). Même pas de quoi reculer sa serviette en bord de plage ! Sans doute est-ce la raison des révisions du GIEC en 2013: la fourchette devient
    26 à 98cm en 2100. Là, il faudra être carrément en bord de plage atlantique ! On tremble à l’idée des migrants de la Côte d’azur demandant l’asile en Côte basque, au nom du droit au moindre effort…

    C’est cette insignifiance relative des projections finales qui m’a fait dire en commentaire du billet “Cycle du carbone” qu’elles laissent une impression de malaise, face à l’activisme déployé par certains (GIEC, etc).
    En revanche, l’épuisement des ressources fossiles elles-mêmes est en vue pour bientôt, et personne ne semble en prendre la mesure: ainsi, cette semaine, un député écologiste intervenait à l’assemblée pour critiquer les crédits alloués au programme ITER ! Là, les arguments inverses sont évoqués: une issue en 2050, voire la fin du siècle, semble alors une éternité aux impatients, plus nostalgiques, semble-t-il, de “la lampe à huile et la marine à voile”, comme disait le Général !

    RAPIDITE DES VARIATIONS

    Je ne voudrais pas laisser l’impression d’une quelconque « roublardise » d’O. Berruyer, qui fait montre, au contraire d’une honnêteté peu commune chez les auteurs en mettant en exergue lui-même (billet 8) un autre commentaire apocryphe critique (Jérémie), et non des moindres puisqu’il détruit l’une des dernières lignes de défense des « alarmistes » :

     » Dans la série de graphiques, vient celui de l’évolution des températures sur 800 000 ans. A première vue, ce graphique prouve que sur une échelle de temps suffisamment grande, la situation qui nous “affecte” aujourd’hui n’a probablement rien d’anormale, surtout que nous voyons tous qu’elle correspond en gros au cycle (en fait, toutes ces données ont achevé de me convaincre).
    Vous le savez, et reprenez alors le contrôle du lecteur :
    – Ce que nous vivons est unique, car le réchauffement s’opère à une vitesse jamais vu : le réchauffement observé durant les 30 dernières années s’observait dans le passé plutôt sur 1 500 à 3 000 années !
    Puis, plus loin :
    – Ce qui se passe actuellement est sans conteste possible de nature différente de ce qui se passait lors des périodes de glaciations-déglaciations.

    Pour commencer, si, désolé, mais c’est parfaitement contestable. Et j’entends même démontrer que votre affirmation ne repose sur rien à la lumière des données présentées.

    Je voudrais m’adresser à tous et rendre une chose parfaitement claire sur les graphiques et les données à grande échelle de temps. Si vous constatez que les courbes sont nettement plus lisses à mesure qu’on s’éloigne de notre ère, c’est parce que lorsqu’on remonte loin dans le temps, il n’est POSSIBLE d’estimer la température moyenne QUE sur de très longues périodes. C’est pour CETTE raison que les 4 précédents réchauffements majeurs apparaissent si joliment réguliers (sur le graphique 800k ans), et EN AUCUN CAS parce qu’ils l’étaient réellement.
    Il est impossible, étant donné les moyens à notre disposition, d’estimer les variations de la température moyenne il y a 100 000 ans sur des périodes inférieures à 5 000 ans (et je suis gentil).
    PERSONNE, sur cette PLANÈTE, ne peut affirmer quoique ce soit sur les variations, de l’ordre du degré à peine et sur des périodes de 30 ans, qui s’opéraient il y a 20 000 ans et ne parlons pas de 200 000 ou 800 000.
    Vous ne pouvez donc absolument pas affirmer que “le réchauffement observé durant les 30 dernières années s’observait dans le passé plutôt sur 1 500 à 3 000 années” dans le cadre de cette démonstration. Ni dans aucun autre cadre, puisqu’il n’existe pas de moyens de collecter les données qui permettrait cette affirmation.
    La seule chose que ces graphiques prouvent, c’est qu’il est PROBABLE que notre situation actuelle n’ait rien d’anormale au vue des cycles à grande échelle qui rythment la Terre.
    Pour le percevoir, il faut garder en tête : l’échelle des variations “anormales” observées dans le présent et le passé proche (< 1°), l'amplitude des variations à très grande échelle de temps (~12°) et l'imprécision des données quand on dépasse quelques milliers d'années.

    Pour finir, mesdames et messieurs, je vous prie de croire que la communauté scientifique ne serait pas divisée si quoi que ce soit était prouvé (revoir la définition d'une preuve scientifique). D'autre part, les "spécialistes" que les médias choisissent d'éclairer ne sont pas forcément ceux qui ont raison ; en revanche vous savez tous que les prophéties de fin du monde font couler plus d'encre et imprimer plus de papier que les "ben non tout va bien en fait". Just saying.
    J'aimerai donc vous soumettre une devinette pour conclure mon argumentaire :
    A votre avis, quelle espèce, après 7000 magnifiques années d'Histoire et de développement technologique, décide en une décennie et sur la foi d'hypothèses, qu'il faut drastiquement réduire sa production globale et mettre au rebut les technologies assurant 80% de sa production d'énergie et de ses transports ?
    Mon avis à moi ? Une espèce menacée."

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  6. Hadrien dit :

    ERRATUM:
    Dans ma blague:
    « On tremble à l’idée des migrants de la Côte d’azur demandant l’asile en Côte basque, au nom du droit au moindre effort… »,
    C’est évidemment l’inverse (de Côte basque à Côte d’azur) qu’il faut lire !

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