361 – l’impossible équation

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Environnement : l’impossible équation décroissante |

Article d’Alexandre Delaigue

Alors que se termine la COP23, que plus de 15000 scientifiques ont lancé un cri d’alarme sur l’état de la planète, les appels à changer de mode de vie se multiplient. Réduire la consommation, limiter la population, réduction des émissions de carbone, sont discutées. La question de la décroissance se pose. Mais lorsqu’on regarde les chiffres de près, de tels scénarios ne semblent guère plausibles.

Sur son blog, l’économiste Branko Milanovic essaie de chiffrer la décroissance. Supposons déjà que l’on bloque le PIB mondial au niveau actuel. Avec le niveau actuel d’inégalités mondiales cela signifierait condamner, à perpétuité, 15% de la population mondiale à vivre dans un état de pauvreté abjecte, à moins d’1.9 dollars par jour; et un quart de la population sous les 2.5 dollars par jour. Bloquer la pauvreté mondiale à un tel niveau serait inacceptable : il faudrait donc réduire le niveau de vie des habitants des pays riches pour compenser.

Milanovic envisage différents objectifs de réduction des inégalités. Premièrement, amener la population mondiale au niveau de vie médian des pays riches, environ 14600 dollars par an par personne. C’est insoutenable : le niveau de vie médian des pays riches vous place aux 91% mondiaux les plus riches. résultat, pour en arriver là, le PIB mondial serait multiplié par 2.7. Si l’on souhaite maintenir le PIB mondial constant et faire disparaître les inégalités, il faudrait viser le PIB mondial moyen, soit 5500 dollars par an par personne [nota: il s’agit de 5500dollars  en « Parité de Pouvoir d’Achat »], qui vous place dans les 73% plus riches mondiaux. Cela correspond au niveau des 10% les plus pauvres des pays riches; pour rappel cela correspond à la moitié de l’actuel seuil de pauvreté français qui est d’environ 1000 euros par mois pour une personne seule.

Il ne s’agit donc pas de réduire les seuls revenus des « riches » mais d’un quart de la population mondiale, qui inclut 90% de la population des pays développés. En moyenne, le revenu des habitants des pays développés devrait diminuer des deux tiers. Les riches perdraient le plus; mais au niveau mondial, un habitant des pays développés se trouve rapidement très haut dans le classement. Vous pouvez aller voir ici ou vous vous situez dans l’échelle mondiale des revenus. Il y a de bonnes chances que vous vous retrouviez avec un revenu qui diminuerait de 80% ou plus.

Milanovic constate qu’une telle réduction des inégalités mondiale est inenvisageable. Les inégalités mondiales sont tout simplement trop élevées pour pouvoir être significativement réduites sans croissance économique. Et on ne sait pas comment faire : historiquement seules des catastrophes majeures ont permis de réduire significativement les inégalités. En Europe, seules les deux guerres mondiales et la peste noire ont réduit significativement les inégalités. Une politique dont le principe est de réduire des deux tiers le revenu de l’ensemble des habitants des pays riches est de la plus haute fantaisie. En guise de comparaison, depuis la crise le PIB grec a diminué d’un tiers environ; même le Venezuela qui s’effondre n’en est pas arrivé à ce point.

Une autre manière de voir les choses est de se focaliser sur les émissions de gaz à effet de serre. En 2015, Chancel et Piketty se sont posé la question des inégalités d’émission de carbone. Leur point de départ est de se demander combien d’émissions de carbone supplémentaires nous pouvons nous permettre si nous voulons limiter à deux degrés la hausse des températures mondiales d’ici 2100.Sur la base de cette estimation, ils déduisent que chaque humain sur la planète peut émettre 1.3 tonnes d’équivalent CO2 par an d’ici 2100. C’est 6 fois moins que le niveau actuel moyen d’émissions par personne, qui se situe à 6 tonnes de CO2 par personne.

Bien sûr ce niveau d’émission actuel moyen est très inégalement réparti : ils montrent que les émissions actuelles sont d’environ 20t/hab par an en Amérique du Nord, 9t/hab en Europe, 8t/hab en Chine, 5.2 en Amérique du Sud, 2.4 en Asie du Sud et en Afrique. En d’autres termes, aucun continent n’est dans la limite et tous devraient réduire leurs émissions (en France on en est actuellement à 5t).

Pour se faire une idée de l’ampleur de l’effort que cela représente individuellement, on peut aller se référer à un calculateur d’empreinte environnementale. Si l’on considère simplement l’alimentation, une grande part de nos émissions provient de la consommation de viande, en particulier de viande bovine. Vous pouvez aller voir sur ce lien l’estimation des émissions de carbone correspondant à quelques types de régime alimentaire. Il en ressort qu’un régime vegan vous place à 1.5 tonnes de carbone par an; 1.7 pour un régime végétarien.

En d’autres termes: rien qu’avec une alimentation végane vous êtes déjà à la limite à ne pas dépasser. Vous devez donc pour tenir le quota renoncer définitivement à la viande, mais aussi cesser toute autre émission de gaz à effet de serre. Cela signifie, plus de trajet en voiture, plus de voyage en avion, plus de possibilité de chauffer votre maison au gaz ou au fioul. Et 100% de l’électricité que vous consommez devrait être non émettrice (donc solaire, vent, ou nucléaire).

Il est possible de vivre avec un tel niveau d’émissions : il suffit d’être plus pauvre que le Vietnam en 2009. Mais il suffit d’en décrire concrètement les implications pour voir l’irréalisme de cette proposition.

Ces différentes estimations nous amènent au même point. Il n’y a pas de moyen crédible de réduire les inégalités mondiales significativement sans croissance économique (jointe à une meilleure distribution des revenus à l’intérieur des pays). Et il n’y a pas de moyen crédible de lutter contre le changement climatique sans envisager des changements technologiques majeurs qui toucheraient l’intégralité de notre consommation et de notre production. Il n’y a pas d’autre voie pour préserver l’environnement et réduire les inégalités mondiales qu’une combinaison de croissance économique, de redistribution, et de progrès technologiques majeurs. La seule décroissance qui marche, c’est une bonne guerre.

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Le blog d'André-Jacques Holbecq
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3 commentaires pour 361 – l’impossible équation

  1. brunoarf dit :

    La construction européenne est anti-démocratique et anti-écologique.

    La construction européenne, c’est uniquement une affaire de politique intérieure allemande.

    Si nous voulons comprendre pourquoi il y aura encore du glyphosate dans nos assiettes, dans nos bouteilles, dans nos verres, nous devons observer la politique intérieure de l’Allemagne.

    Le ministre de l’Agriculture allemand s’appelle Christian Schmidt. Il est membre d’un parti conservateur de droite, la CSU.

    Pour préparer les élections régionales de Bavière de septembre 2018, le ministre conservateur Christian Schmidt a choisi de plaire à ses alliés la Fédération des fermiers allemands (DBV) et la Fédération de l’industrie des pesticides et engrais (Industrie Agrar), qui sont pour le glyphosate. La Bavière est une terre d’agriculteurs, les agriculteurs sont pour le glyphosate, et Christian Schmidt veut conserver leurs votes.

    (Pour l’anecdote, la ministre de l’Environnement allemande, Barbara Hendricks, était contre le glyphosate. Elle est membre du parti social-démocrate, le SPD.)

    Une élection régionale en Bavière ! Voilà comment une élection régionale en Bavière entraîne comme conséquence le maintien du glyphosate dans toute l’Union européenne !

    La construction européenne est anti-écologique.

    Lisez cet article :

    Glyphosate : les dessous de la volte-face de l’Allemagne.

    en dupant le SPD, qui l’a accusé dès lundi soir de « rupture de confiance grave », le ministre conservateur a pris le risque de détériorer le climat déjà délétère qui règne entre les deux camps. « Peut-être espère-t-il conserver des votes », s’interroge un rival politique bavarois. Après son mauvais score aux élections fédérales de septembre, la CSU a les yeux rivés sur les élections régionales qui auront lieu en Bavière en septembre prochain.

    Siège des industriels Siemens, BMW ou Audi, la Bavière est aussi une terre d’agriculteurs. Et la CSU est la première alliée de la puissante Fédération des fermiers allemands (DBV) et de la Fédération de l’industrie des pesticides et engrais (Industrie Agrar).

    https://www.lesechos.fr/monde/europe/030946867173-glyphosate-les-dessous-de-la-volte-face-de-lallemagne-2133968.php

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  2. brunoarf dit :

    Qui est l’homme de l’année 2017 ?

    L’homme de l’année 2017, c’est … le réchauffement climatique.

    Jeudi 7 décembre 2017 :

    La Californie de nouveau face à des flammes dévastatrices.

    L’incendie Thomas touche depuis lundi le nord de Los Angeles. Il a fait un mort. Le gouverneur a déclaré l’état d’urgence dans le comté de Ventura, en proie aux flammes

    L’année 2017 a été la plus mortelle en Californie à cause d’incendies. Plus de 40 personnes sont mortes en octobre dans plus d’une dizaine de feux qui ont ravagé une partie du nord viticole et ont rasé plus de 10 000 bâtiments.

    Et aussi :

    Le réchauffement climatique devrait être plus fort que prévu.

    La hausse de la température moyenne de la planète pourrait se situer 15% au-dessus de la projection la plus pessimiste attendue pour 2100.

    Encore une mauvaise nouvelle pour le climat. En tenant compte des dernières mesures sur Terre et dans l’atmosphère, la hausse moyenne de la température de la planète bleue devrait être plus importante que ce qui était attendu jusqu’à présent vers la fin du siècle, prévoit un article publié mercredi soir dans Nature.

    Les auteurs de la publication, deux chercheurs du département d’écologie globale de l’Institution pour la science de Carnegie à Stanford (États-Unis), tablent sur une hausse globale de la température moyenne de 4,8°C vers 2100 par rapport au début de l’ère industrielle soit un relèvement de 0,5°C, par rapport au scénario le plus sombre du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat) qui projette pourtant une hausse de 4,3°C avec des émissions de gaz à effet de serre augmentant à un rythme élevé et provoquant ainsi un important «forçage radiatif» (une hausse accrue de l’effet de serre).

    De plus, la marge d’erreur serait réduite, toujours par rapport aux scénarios du Giec, car certains modèles mathématiques (qui ne sont pas adaptés aux observations) ont été éliminés. Elle serait de 0,4°C autour de la hausse attendue de la température, au lieu de 0,7°C qui avait été calculé jusqu’à présent.

    En 2100, ou peut-être dès 2081, la hausse moyenne de la température serait donc comprise entre 4,4°C et 5,2°C.

    http://www.lefigaro.fr/sciences/2017/12/06/01008-20171206ARTFIG00282-le-rechauffement-climatique-devrait-etre-plus-fort-que-prevu.php

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  3. brunoarf dit :

    Cinq ministres sont millionnaires : Muriel Pénicaud, Nicolas Hulot, Françoise Nyssen, Edouard Philippe, Bruno Le Maire.

    C’est la nouvelle aristocratie.

    Depuis mai 1974, la nouvelle aristocratie dirige la France.

    Samedi 16 décembre 2017 :

    La Haute autorité pour la transparence de la vie publique, qui a publié vendredi les déclarations de patrimoine des membres du gouvernement, a révélé que plusieurs ministres étaient millionnaires, parmi lesquels Muriel Pénicaud, Nicolas Hulot et Françoise Nyssen.

    https://www.romandie.com/news/Quelques-ministres-millionnaires-au-gouvernement_RP/873370.rom

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