354 – Rachat des dettes publiques par la B.C.

Un article de  Laurent Herblay, paru sur Agoravox le samedi 24 juin 2017 et sur (son site) sous le titre « La monétisation des dettes publiques, même forte, c’est possible »

C’est un sujet fondamental dont nous devrions débattre, mais que la sortie des banques centrales du périmètre démocratique ne permet pas : le rachat par les banques centrales de la dette publique des Etats, soulageant à la fois les taux et le poids de la dette. Au sein de l’OCDE, de 10 à 40% de la dette publique a été rachetée par la banque centrale selon The Economist.

Ce pouvoir qui peut tout changer

C’est un sujet qu’André-Jacques Holbecq a cherché à populariser avec son livre, mais qui ne parvient pas à véritablement franchir le plafond de verre de ce débat public de plus en plus lyophilisé. Pourtant, les chiffres sont extraordinairement révélateurs. Le niveau de la dette publique du Japon, à 250% du PIB, peut sembler intenable, mais il ne faut pas oublier que la Banque Centrale du Japon en détient aujourd’hui près de 40%, ce qui signifie qu’en réalité, la dette nette de l’Etat japonais est plutôt autour de 150% du PIB. Mieux, en achetant pour l’équivalent de 13 à 15% du PIB de dette par an, avec un déficit budgétaire de 5% du PIB, la dette nette du pays recule de 8 à 10 points par an !

Le graphique de The Economist montre que tous les grands pays de l’OCDE ont recourt à la monétisation de la dette publique. Les chiffres de la zone euro varient entre 8 et 17% du total de la dette publique, ce qui s’explique sans doute par le fait que les banques centrales de la zone euro rachètent un même montant à proportion du PIB, mais qui représentent donc des parts différentes de la dette publique du fait de niveaux d’endettement différents. De manière intéressante, on constate aussi que la zone euro monétise moins que les autres, avec seulement 12% de dette publique détenue par les banques centrales, contre plus de 20% aux Etats-Unis, et même plus de 30% en Grande-Bretagne.

L’intérêt de la période actuelle, et du rachat grandissant de dette publique par les banques centrales, montre que ceux qui défendent cette idée (tout en ayant conscience des limites d’une utilisation exagérée, comme au Vénézuela) ont raison. Malheureusement, encore une fois, le cadre étroit, anti-social et totalitaire de UE et de l’euro empêche nos Etats d’avoir recours à ce puissant outil.

AJOUT de A-J HOLBECQ

Il faut noter que le rachat des titres de dette arrivant à échéance (dans notre cas de 711 milliards pendant la mandature 2017/2022) n’augmenterait pas la masse monétaire totale en circulation mais transfèrerait simplement ce montant au bilan de la Banque de la Banque de France, diminuant progressivement les intérêts sur le solde de la dette, intérêts qui sont la cause première des déficits budgétaires (# 40 milliards par an pour l’Etat).
Il faudrait donc parallèlement que la Banque de France « couvre » les déficits par émission monétaire (là,  nous aurions une augmentation faible et raisonnable de la masse monétaire en circulation).
N’oublions pas que les intérêts cumulés depuis près de 50 ans sont responsables de 75% du stock de dette publique de 2200 milliards.

Publicités

A propos postjorion

Le blog d'André-Jacques Holbecq
Cet article, publié dans Dette publique, Monétisation, Pinsolle, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour 354 – Rachat des dettes publiques par la B.C.

  1. brunoarf dit :

    A propos de l’Europe allemande :

    Yanis Varoufakis était le ministre des Finances grec. Dans un livre, il raconte les coulisses de l’Europe allemande.

    La phrase terrible qui résume tout est prononcée par le ministre des Finances français, Michel Sapin, qui explique à Yanis Varoufakis :

    « Yanis, vous devez comprendre une chose. La France n’est plus ce qu’elle était. »

    Cet article montre que l’Union Européenne est comparable à un bus : la Grèce et la France sont assises sur la banquette arrière. Elles n’ont pas leur mot à dire. Elles ne disent rien. L’Allemagne est au volant. L’Allemagne conduit le bus. L’Allemagne va où elle veut, quand elle veut.

    C’est ça, l’Europe allemande.

    Lisez cet article :

    Quand Varoufakis dévoile les coulisses de l’Europe.

    En préparation de son premier Eurogroupe, le nouveau ministre des Finances grec Yanis Varoufakis fait la tournée de plusieurs capitales européennes. Il rencontre Michel Sapin à Paris pour lui expliquer son plan pour la Grèce.

    Le Grec et sa petite délégation sont accueillis à Bercy par un homme jovial et chaleureux, « typiquement latin dans sa gestuelle et son langage corporel ». Tout le monde s’asseoit, y compris les traducteurs appelés en renfort car Michel Sapin est « le seul ministre de l’Eurogroupe ne parlant pas anglais », rapporte Varoufakis. Le ministre d’Alexis Tsipras est invité à exposer ses idées  : il évoque son plan de restructuration de la dette grecque et, espérant sans doute faire mouche, propose de bâtir « une nouvelle relation entre son pays et l’Union européenne inspirée du contrat social de Jean-Jacques Rousseau ».  

    La réponse de Michel Sapin le comble au-delà de ses attentes : « Le succès de votre gouvernement sera aussi le nôtre. Il est important que nous changions l’Europe ensemble et que nous remplacions cette obsession de l’austérité par un agenda pro-croissance. La Grèce en a besoin, la France en a besoin, l’Europe en a besoin ». Encouragé, Yanis Varoufakis se met à détailler des mécanismes un peu complexes par lesquels la BCE et BEI pourraient efficacement soutenir l’économie européenne, en réduisant la dette et encourageant l’investissement. Son interlocuteur acquiesce et réaffirme avec emphase la promesse de François Hollande « Ensemble, nous devons redémarrer l’Europe.»

    Victoire ! Yanis Varoufakis sent un vent de révolution se lever dans l’enceinte de Bercy. « C’est tout juste si Michel ne m’a pas attrapé la main pour qu’on aille prendre la Bastille en chantant la Marseillaise », raconte-t-il avec une pointe d’ironie.

    Mais l’atmosphère va rapidement changer et le souffle révolutionnaire retomber. Dans le couloir qui mène à la salle de presse, le locataire de Bercy avertit son homologue que Berlin, avec qui il est en contact, n’a pas du tout apprécié que les Grecs viennent à Paris sans passer par la capitale allemande. Une faute que Michel Sapin lui conseille de réparer au plus vite. « Allez-les voir », lui dicte le Français, avec une petite tape dans le dos.

    Deux pupitres côte à côte, placés devant les drapeaux français, grec et européen, les attendent dans la salle de presse. Le ministre français parle le premier et souhaite la bienvenue à son nouvel homologue, tout en reconnaissant les sacrifices énormes consentis par le peuple grec. Et tout d’un coup, plus aucune trace de jovialité et de camaraderie. Yanis Varoufakis croit entendre une voix venue d’outre-Rhin : « obligations à l’égard des créanciers », « discipline », Michel Sapin rappelle les Grecs à leurs devoirs et balaie tout espoir de changements significatifs dans l’accord qui lie Athènes à la Troïka (Commission, BCE et FMI). Pour le ministre grec, c’est un véritable « coup dans l’estomac ».

    Sitôt sorti de la salle, le locataire de Bercy remet le masque du sympathique « cousin, que l’on n’a pas vu depuis longtemps », en prenant la main de Varoufakis. Ce dernier l’interroge : « Mais qui êtes-vous, qu’avez-vous fait à mon Michel ? » Cette fois, le Français comprend sans avoir besoin de traduction. Et lui répond « Yanis, vous devez comprendre une chose. La France n’est plus ce qu’elle était. »
    Un aveu terrible qui, dans les mois qui suivent, sera étayé par de nombreuses preuves.

    Les dirigeants français (à l’exception d’Emmanuel Macron, le seul qui trouvera grâce aux yeux du Grec) ne veulent prendre aucun risque et certainement pas abîmer leur crédibilité en soutenant un gouvernement de Gauche radicale, alors qu’ils jouent eux-mêmes gros dans cette partie: Paris sait qu’il est dans le viseur de Berlin et de la Commission sur les questions de discipline budgétaire.

    Dans l’ascenseur, Michel Sapin confie à Varoufakis qu’il n’a pas fait d’études d’économie. «Savez-vous quel était le sujet de ma thèse ? L’histoire de la monnaie ancienne d’Egine». Grand sourire de l’Enarque. Enfin, au moment où la petite délégation athénienne s’apprête à sortir, le ministre s’élance vers eux pour leur livrer un précieux enseignement: comment nouer une cravate à la française.

    L’Eurogroupe du 11 février 2015 est le premier sommet du nouveau ministre grec. Il le sait, c’est le rendez-vous de tous les possibles et de tous les dangers. Yanis Varoufakis, à qui les Grecs ont confié la mission de renégocier l’accord avec la Troïka, l’a préparé en allant présenter son plan pour la Grèce à un certain nombre de ministres des Finances européens.

    «L’Eurogoupe est une créature intéressante. Il n’a aucune base légale dans les traités européens et pourtant c’est le lieu où sont prises les décisions les plus cruciales pour l’Europe», analyse le nouveau venu. A quoi ressemble une réunion de cette instance si peu connue du grand public? Yanis Varoufakis explique que tout se passe autour d’une «immense table rectangulaire» et que les ministres des Finances, chacun accompagnés d’un conseiller, s’installent de part et d’autre de la table.

    «Mais le vrai pouvoir est assis à chaque extrémité»: d’un côté, Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe, et le FMI (Christine Lagarde, Poul Thomsen). De l’autre, le letton Valdis Dombrovskis alors vice-président de la Commission européenne «dont le rôle véritable consiste à contrôler – à la demande de Wolfgang Schäuble – Pierre Moscovici, le commissaire aux affaires économiques et financières». A leurs côtés, les représentants de la BCE. Son président Mario Draghi se trouve ainsi tout proche du ministre allemand Schaüble, une zone où l’atmosphère est chargée d’électricité, à en croire l’outsider plongé dans le coeur du réacteur européen.

    Yanis Varoufakis identifie un groupe particulier: celui qu’il baptise ironiquement la bande de « groupies ». A savoir, les ministres finlandais, slovaque, autrichien, portugais, slovène, letton, lithuanien et maltais. Autrement dit, ceux qui ne vont faire qu’appuyer Schaüble et Dijsselbloem.

    «Dans les réunions normales de l’Eurogroupe, un fascinant rituel illustre la manière avec laquelle la Troïka a pris le pouvoir dans la gouvernance européenne». Ce rituel consiste à donner d’abord la parole aux personnalités non élues, Commission, FMI, BCE donc. Mais le sommet du 11 février, crucial pour le nouveau gouvernement grec, va introduire un peu de nouveauté. «Pour la première fois un pays (est) représenté par un ministre des Finances élu sur la base d’un programme consistant à s’opposer à la Troïka», relève Yanis Varoufakis. Par ailleurs, Dijsselbloem a contacté le Premier ministre grec pour l’inciter à envoyer trois personnes et non deux, comme le veut la règle. Le trublion Varoufakis est ainsi flanqué de deux autres représentants de la Grèce. Deux hommes qui ne partagent pas totalement ses idées, et encore moins son plan de marche.

    Le moment tant attendu arrive: le Grec prend la parole et détaille les changements que la Grèce souhaite introduire dans l’accord précédemment signé avec la Troïka. Il demande à ce que soit distribué le texte qu’il a rédigé et qui résume ses propositions. Premier couac. Le secrétariat lui explique qu’il y a un problème. Le président de l’Eurogroupe confirme: c’est impossible. Varoufakis a du mal à comprendre. Mais la réponse ne tarde pas à venir: si un tel document circule, alors le ministre des Finances allemand Wolfgang Schaüble sera contraint légalement de le présenter au Bundestag. Et cela, personne ne peut le souhaiter, compte tenu des tensions politiques qu’un tel enjeu peut créer outre-Rhin.

    Le projet de communiqué final de l’Eurogroupe – le but ultime de la réunion – est en revanche distribué. «Un seul regard (suffit) à comprendre qu’il est impossible de l’accepter puisqu’il engage explicitement la Grèce à aller au bout du deuxième programme d’ajustement et à mettre en oeuvre l’intégralité du Memorandum of Understanding (MoU)», déplore Varoufakis. Il est simplement mentionné qu’une « flexibilité maximale » sera accordée mais dans le strict respect du programme. Autrement dit : 0 flexibilité.

    Le ministre grec s’en émeut et tente le compromis: ajouter le mot « amendé » derrière le terme « programme ». Ses deux compatriotes acquiescent. Dijsselbloem demande une interruption de la réunion. Quand elle reprend, Schaüble allume son micro et explique pourquoi il ne peut pas accepter. Un terme ajouté au communiqué supposera d’aller devant le… Bundestag!

    Entre le Grec et l’Allemand s’engage un véritable bras de fer. Lequel des deux va plier et donc soumettre son Parlement à la décision de l’autre? Varoufakis est bien décidé à ne pas céder, malgré les regards furieux et l’hostilité évidente de Dijsselbloem. Pour accentuer la pression, on lui rappelle que si le communiqué n’est pas publié le jour même, les délais de ratification par les différents parlements seront impossibles à tenir et qu’il n’y aura donc aucune extension de l’aide à la Grèce avant le 28 février, date à laquelle la BCE sera donc obligée «de débrancher la prise»… autrement dit d’arrêter les prêts aux banques grecques. Et donc de pousser la Grèce vers la sortie de l’euro.

    Christine Lagarde se décide à jouer les médiatrices et fait une suggestion. «Est-ce que l’on pourrait mettre le terme ‘ajusté’ ?» Le ministre grec accepte, à condition d’évoquer aussi la «crise humanitaire» qui secoue la Grèce. Dijsselbloem refuse catégoriquement. Cela fait dix heures que la réunion a commencé. Schaüble sort de la salle. Tout le monde s’interroge. Le tout-puissant ministre revient. La discussion reprend, mais de manière complètement désordonnée. Le clan des «groupies» demande à Varoufakis s’il a l’intention de faire sortir la Grèce de l’euro. Et finalement, sans qu’aucun communiqué final ne soit validé, tous les participants s’en vont. Reste à affronter la presse et minimiser le drame qui vient de se nouer.

    Yanis Varoufakis, « Adults in the Room, My Battle with Europe’s Deep Establishment », The Bodley Head, 2017

    https://www.lesechos.fr/monde/europe/030420449881-quand-varoufakis-devoile-les-coulisses-de-leurope-2099055.php#xtor=CS1-33

    J'aime

  2. brunoarf dit :

    Le Royaume-Uni va quitter l’Union européenne.

    A propos de ce Brexit, la Commission européenne a évalué à 60 milliards d’euros la somme que le Royaume-Uni devra payer à l’Union européenne.

    La réponse du ministre des Affaires étrangères Boris Johnson est claire : « ils peuvent toujours courir ! »

    Mardi 11 juillet 2017 :

    Brexit : l’UE peut « toujours courir » pour sa facture, selon Johnson.

    Les responsables européens peuvent « toujours courir » pour que Londres paye la facture du Brexit, évaluée à plusieurs dizaines de milliards d’euros, a lancé mardi le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson devant le Parlement.

    « Les sommes qu’ils (les responsables européens : NDLR) proposent de réclamer à ce pays me semblent exorbitantes, et je pense que « ils peuvent toujours courir » est une expression tout à fait appropriée », a ajouté Boris Johnson, héros de la campagne en faveur du Brexit.

    Aucun chiffre officiel concernant le règlement financier des engagements de Londres envers l’Union européenne n’a été publié, mais un haut responsable européen avait indiqué à l’AFP en avril que la Commission européenne l’avait évalué entre 55 et 60 milliards d’euros.

    https://www.romandie.com/news/Brexit-l-UE-peut-toujours-courir-pour-sa-facture-selon-Johnson_RP/813983.rom

    J'aime

  3. Charles Myrase Riffasten Martel dit :

    Est-ce que le Royaume de France, du Rhin à l’Ebre, s’apprête à verser toutes les larmes de son corps ?!?!?!?

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s