346 – Jean Jegu sur monnaie commune

L’EURO MONNAIE COMMUNE  ?
Le grand n’importe quoi ?

             Si un candidat à la Présidence le dit, surtout un candidat  énarque et de surcroit connu pour avoir  oeuvré   quelques années  en milieu bancaire,  si  donc ce candidat à la Présidence de notre République le dit, on peut penser que le concept même de monnaie commune n’est qu’une grosse bêtise. Pour ma part je ne le pense pas.

Cette situation pourrait bien illustrer la difficulté de communiquer sur les réalités monétaires.  Ce texte est une tentative de clarification, elle-même sujette à la difficulté signalée. Si un lecteur y trouvait une erreur, voire une ambiguïté ou bien une  imprécision, je l’invite à me le faire savoir.

Traditionnellement   la monnaie est définie, non par sa nature comme il serait souhaitable, mais par  ses trois principales  fonctions : unité de compte pour  exprimer la valeur des biens et services, moyen de paiement et réserve de valeur.  Mais, comme le dit wikipédia à l’article « unité de compte  » :  la monnaie est une unité de compte mais il existe également des unités de compte qui ne sont pas de la monnaie.  En d’autres termes tant qu’il s’agit de discuter de la valeur des choses, il est souhaitable de l’exprimer dans une valeur commune aux interlocuteurs mais quand il faudra payer , chacun ne pourra utiliser que la monnaie véritable dont il dispose c’est à dire, le plus souvent, celle dont il fait régulièrement usage.  En principe et dans tous les cas, chacun doit aussi respecter la loi dont il relève.

Un exemple bien vivant d’unité de compte est celui des  DTS (« droits de tirages spéciaux » créés en 1969 par le FMI) Il suffit de consulter l’article correspondant sur wikipédia. On y lit par exemple :  »  Le DTS sert aussi d’unité de compte au FMI et à certains autres organismes internationaux »  ;  » Néanmoins, le DTS n’est pas une devise à proprement parler. Le FMI n’est pas un émetteur et ne garantit pas les valeurs en DTS par ses propres réserves ; les fonds de réserves déposés au FMI par les États ne sont pas libellés en DTS mais dans chacune des devises composant le panier. ».

Ainsi donc, il serait bien plus clair d’utiliser deux termes et de les utiliser à bon escient. L’euro « monnaie unique » dans la zone euro exprime le fait qu’aucun des pays de cette zone n’utilise de monnaie nationale. Mais si cette zone de coopération économique revenait en totalité aux monnaies nationales, rien ne s’oppose à ce qu’elle maintienne néanmoins une « unité de compte monétaire commune » et qu’elle la nomme « euro commun ». En ce cas le terme « euro monnaie commune » me parait inapproprié. Cependant,  si une partie seulement  de la zone euro  revenait aux monnaies nationales, l’autre partie conservant l’euro comme monnaie unique, rien ne s’opposerait à ce que les pays revenus à leurs monnaies nationales ne conviennent entre eux et avec les autres d’user de la « monnaie euro » comme « unité de compte monétaire commune ». En ce cas et à terme, les uns continueraient à effectuer leurs paiements en euros, mais pas les autres.

Sur ce dernier point, il faut néanmoins ajouter un complément indispensable. Une monnaie nationale n’a de sens que si sa maitrise revient à la nation (engagements publics dans cette monnaie et perception des impôts dans cette monnaie )  et si les nationaux l’utilisent quotidiennement.  Mais les contrats et paiements à l’international peuvent, à ma connaissance, se faire en monnaies prévues aux contrats. A chacun de gérer ses risques de change, avec les contraintes et les secours  légaux. Il est notamment tout à fait envisageable pour la France d’accorder, au moins temporairement, des facilités de paiement dans ce qui serait l’ancienne monnaie si elle continue d’exister. Ignore-t-on que le pétrole que nous importons, est semble-t-il systématiquement payé en dollars.

Ajoutons que je m’étais livré dès 2010 à une modélisation  pour  rechercher de quelle manière la coopération monétaire pourrait être conçue dans une zone coopérante où chacun conserverait sa monnaie nationale. La réponse est simple : avec une gestion contractuelle et périodiquement révisable des taux de change entre les monnaies de la zone. Le modèle reste d’ailleurs tout à fait valable pour le cas envisagé consistant à choisir une des monnaies de la zone comme unité de compte monétaire commune pour l’ensemble de la zone. Il suffit de noter que ceci impose simplement de fixer  à  1  le taux de change entre l’unite monétaire commune et la monnaie choisie en référence, ce que permet justement l’indétermination du modèle.

Gardons-nous donc de taxer de « grand n’importe quoi », fut-ce par un candidat qui fut banquier, ce qui pourrait bien  ne pas l’être du tout. Ignorance ou volonté de brouiller les pistes ?

J.J. le 04/05/2017

Publicités

A propos postjorion

Le blog d'André-Jacques Holbecq
Cet article, publié dans Débat monétaire, ECU, Jégu, Monnaie commune, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour 346 – Jean Jegu sur monnaie commune

  1. DidierF dit :

    Brouiller les pistes. Il va nous faire du Hollande au carré au point que ce dernier sera considéré plus tard comme un bon président. Hollande a fait du bon travail, comme pourrait le dire son ministre Fabius. Macron va finir le travail. Ici et maintenant, Assad, c’est la France.

    J'aime

  2. André59 dit :

    Bonjour

    il y a là une autre construction de la monnaie commune. Qu’est ce que vous en pensez?

    https://www.herodote.net/Comment_la

    J'aime

  3. Jégu dit :

    @ André59

    Bonjour.

    Comme il n’y a pas grand monde à s’emparer de votre question, je me demande si en fait vous ne me l’adressiez pas.

    je voudrais d’abord dire que, quand j’ai envoyé mon texte à André-Jacques H., je n’avais pas consulté récemment son blog. En particulier j’ignorais la présence des contributions n° 343 ( jacques Sapir ) et suivantes, à savoir celles de Buno La Maire et celle d’Andé-Jacques lui-même. Ayant pris connaissance de cet ensemble, je pense pouvoir répondre négativement à votre question. Non, je ne vois pas que mon texte porte une autre construction de la monnaie commune.

    En écartant le texte de J. Sapir ( pourtant si indispensable et convaincant mais qui traite du droit d’un état à changer sa monnaie et non pas de la question d’une monnaie commune ), je ne vois pas de différence de fond entre ce que je dis et ce que les autres ont dit.

    Pour aller un peu plus dans le détail, je persiste à trouver inopportun le terme de « monnaie commune » comme l’utilise Bruno Le Maire. Cependant celui-ci explique bien qu’  » il n’y aura toujours qu’une seule monnaie circulant dans chaque pays  » et que  » la monnaie commune ne serait pas une monnaie » . Nous sommes donc bien d’accord qu’elle n’est qu’une « unité de compte monétaire »

    Quant au texte de André-Jacques, il s’efforce précisément de proposer un vocabulaire plus proche de notre conception commune, à savoir : on peut sortir de l’euro pour établir un  » franc souverain » et continuer à coopérer pour peu qu’il y ait accord sur une UCC (Unité de Compte Commune ) entre au moins deux partenaires. La seule nuance que je peux signaler serait celle-ci. On peut comprendre qu’il faudrait que nous soyons au moins deux à sortir de l’euro. J’examine de mon coté le cas ou nous serions seul et ajoute que même dans ce cas, nous pourrions coopérer malgré tout avec ceux qui resteraient utilisateurs de la monnaie euro. On pourrait même pour cela choisir pour UCC la valeur de la monnaie euro Pour payer, nous utiliserions notre « franc souverain » ; le reste de la zone euro continuerait de payer en euro ( la monnaie euro ) mais notre UCC, notre langage commun , serait la valeur de l’euro. pour notre coopération.

    Cette question de terminologie n’est pas sans importance. Elle peut à la limite compliquer la compréhension mutuelle ou bien introduire des clivages tout à fait factices. Bien sûr l’affaire ne se limite pas à cela et André-Jacques eu parfaitement raison d’expliciter les termes d’un loi qui serait à abroger au plus vite. Et je n’aborde pas le problème du « 100 % monnaie », bien qu’il faudra bien finir par le faire.
    J.J.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s