332 – évidences sur l’import/export-article de B. Lemaire

Article de Bruno Lemaire paru le vendredi 10 février 2017 sur  http://monnaiepublique.blogspot.fr/2017/02/quelques-evidences-sur-limportexport.html

à propos de la prestation de Madame GAL (Tanneries GAL) sur France 2

Quelques évidences sur l’import/export

Le rôle de la monnaie dans les questions d’Import/export

Par Bruno Lemaire, ancien doyen associé d’HEC

J’ai toujours un peu de mal à accepter, en tant qu’ex-enseignant, que l’idéologie permette à ce point de travestir la réalité, du moins celle des chiffres. D’où ma stupeur face à une exportatrice française qui, dans l’émission politique de France 2, affirmait avec aplomb qu’une dépréciation de l’euro français de 21% vis-à-vis de l’euro allemand (pour ne pas dire franc 2017 vs mark 2017) conduirait à la faillite de son entreprise.

Un petit rappel avant de montrer cette grossière erreur (à son insu de son plein gré, mais on peut supposer que ce chef d’entreprise a été choisi pour cela) : Les importations représentent environ 25% du PIB, les exportations 22,5% du PIB, d’où un taux de couverture export/import voisin de 90%

Nous allons donc prendre 2 cas, l’un moyen, l’autre extrême en prenant l’exemple de la Tannerie Gal, dont la gérante, comédienne par ailleurs, est intervenue sur France 2

Cas moyen : Madame Gal importe 25% de ses matériaux de base, des peaux, d’Allemagne, en cas de dépréciation, cela renchérirait donc ses coûts de 0,21 fois 25%, soit 5.25%.

Trois possibilités/scénarios : la tannerie Gal exporte toute sa production en Allemagne, avec un avantage de change de 21%. Dans ce contexte ses prix à l’export, en « mark ou euro allemand », auront baissé de l’ordre de 15.5%. Tout va bien pour la tannerie Gal

Deuxième possibilité : la moitié de sa production va en Allemagne, l’autre moitié reste en France, ou dans un pays dont le taux de change n’a pas changé vis-à-vis du « nouveau franc »

Vis-à-vis de l’Allemagne, les prix ont baissé de 15.5%, vis-à-vis de la zone franc, les prix ont augmenté de 5.25%. Là encore, tout va bien pour la Tannerie Gal, qui aura vu son chiffre d’affaires augmenter de 5%

Troisième possibilité : le quart de sa production va en Allemagne, un autre quart va dans une zone appréciée de 6% (valeur de l’euro actuel), la dernière moitié reste en zone « franc nouveau »

Vis-à-vis de l’Allemagne, prix en baisse de 15.5%, vis-à-vis de la « zone euro », prix en baisse de 1.5%, vis-à-vis de la zone franc, prix en hausse de 5.25%. Dans l’ensemble, les prix auront baissé de 3.25%. Là encore aucun problème.

Dans le cas extrême, en supposant que 50% – ce qui est énorme, vu ce qui est indiqué sur le site de cette tannerie qui ne « traite » pas que des peaux venues d’Allemagne, mais aussi des « peaux françaises » – de ses achats viennent d’Allemagne, nous pourrions faire des raisonnements analogues

Ses coûts auraient augmenté de 10,5%, et en reprenant nos trois scénarios, dans le premier cas la tannerie Gal aurait des prix moyens (exprimés en monnaie allemande) en baisse de 10.5%. Dans le deuxième scénario les prix auraient baissé de 2.75%. Ce n’est que dans le troisième scénario que nous pourrions avoir une très légère augmentation de prix.

Tous ces calculs, un peu fastidieux mais à la portée d’un élève de CM2 ancien régime (ou d’un bachelier régime Najat Vallaud Belkacem) montrent une chose. Une dépréciation d’une monnaie conduit dans la plupart des cas à une amélioration de la production et à une baisse des prix vis-à-vis des nations dont la monnaie est appréciée.

Cela montre aussi, soit que Madame Gal est une très mauvaise chef d’entreprise, soit une très grande menteuse (et une excellente comédienne)

Remarque complémentaire   n°1 (rajoutée le 11/02 suite à un commentaire de A.J. Holbecq)
En prenant des chiffres officiels pour la production réellement exportée par la Tannerie Gal, qui tourne autour de 5% de son chiffre d’affaire, et en prenant une estimation réaliste pour les matériaux « nobles » importés d’Allemagne (peaux plus épaisses que les peaux de vaches françaises) de l’ordre de 15% (sachant que d’autres matières et d’autres coûts existent) nous arrivons à un surcoût en monnaie locale de 3%, pour une dépréciation de 21% vis à vis du Mark allemand (ou de l’euro germain). Pour l’export, c’est en fait une diminution de prix de 1%. Difficile de croire que la Tannerie Gal courre à la faillite de ce seul fait.

Remarque complémentaire n°2 (elle aussi rajoutée le 11/02) en guise de « morale de l’histoire »
Vu notre déficit commercial actuel 2,5% du à des importations de l’ordre de 25% du PIB et à des exportations de l’ordre de 22.5%, toute dépréciation de notre monnaie nationale ne peut qu’être bénéfique. Une dépréciation de 21% (le maximum de ce qui est envisagé vis à vis de l’Allemagne) peut entraîner une hausse (moyenne) de 5% pour les prix internes mais serait accompagnée d’une diminution moyenne des prix à l’export de 16%, d’où une augmentation des dites importations, et donc une diminution, voire une annulation de notre déficit commercial et une relance de l’activité. La baisse associée du chômage (produire français ET exporter davantage) donc aussi des charges ASSEDIC compenserait en grande partie les éventuelles augmentations des prix « domestiques ».

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10 commentaires pour 332 – évidences sur l’import/export-article de B. Lemaire

  1. A-J Holbecq dit :

    Vérifications faites, la Tannerie Gal ne fait que 5% de son CA à l’export
    http://linkis.com/www.societe.com/bila/5LTTT

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  2. yann dit :

    De toute façon tout ceci est de la mauvaise foi. On a affaire à des gens qui défendent leurs intérêts de classe et rien d’autre. Si les dominants craignent les dévaluations, c’est avant tout parce que l’effort nécessaire pour la réduction du déficit commerciale serait alors équitablement réparti. Il est même probable que ce soit les couches sociales aisées qui soient le plus touchées par les dévaluations. En effet les habitudes de consommation des riches et des classes moyennes aisées sont plus portées sur les produits d’importations que la population dans son ensemble.

    Étant donné que ces couches sociales vivent généralement dans des métiers protégés où le carnet d’adresses importe plus que les compétences réelles, ils préfèrent les baisses de salaires comme moyens de réduction des déficits commerciaux. Car comme le disait déjà Keynes à son époque les baisses de salaires touches surtout les couches sociales les moins protégées, alors que les dévaluations touchent tout le monde plus ou moins à égalité.

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  3. bebecadum dit :

    Cher Bruno
    Quand nôtre monnaie sera si dévaluée au point de ne plus rien valoir, à l’exportation nos produits se vendrons comme des petits pains…….mais pour rien!
    Cordialement.

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    • A-J Holbecq dit :

      « si dévaluée » … non, quelques pourcents face à l’euro, mais si l’euro n’existe plus, ce sera au moins 25% face au DM … à peu près à la valeur actuelle du dollars (terriblement dévaluée, n’est ce pas!)

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  4. bebecadum dit :

    « Quelques innombrables que soient les fléaux qui d’ordinaire amènent la décadence des royaumes….les 4 suivantes sont , à mon sens les plus redoutables :la discorde, la mortalité, la stérilité de la terre et le détérioration de la monnaie ». (page 49)

    « Il est incontestable que les pays qui font usage de bonne monnaie brillent par les arts, possèdent les meilleurs ouvriers, et ont tout en abondance. tout au contraire dans les états qui se servent d’une monnaie dégradée règnent la lâcheté, la paresse et l’indolence ; on y néglige les arts et la culture de l’esprit, et l’on y subit la plus triste indigence » (page 65)

    Extraits de : Traité des monnaies par Nicolas Copernic.
    (Celui qui s’était rendu compte que c’était bien la terre qui tournait atour du soleil.) et qui d’après Osinski « ….. a tracé ce plan nouveau du monde dont la simplicité dépasse le grandeur »

    https://books.google.fr/books?id=gxC_2um_MysC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

    Sil est vrai que pas mal d’eau a coulé sous les pont depuis Copernic, en astronomie, à ce jour ses calculs restent d’application.
    Il faut donc lui reconnaitre une certaine capacité a regarder plus loin que le bout de son nez.
    Bien à vous.

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    • yann dit :

      Copernic était spécialisé en économie? Je ne le savais pas. On peut être savant dans un domaine et raconter n’importe quoi dans un autre. Après tout Newton croyait à l’alchimie, cela veut-il dire que l’alchimie est aussi scientifique que la loi sur la gravitation ? Dévaluer pour rééquilibrer une balance commerciale déficitaire découle du bon sens. Les Chinois et les Japonais ne se gênent pas pour le faire figurez-vous. Votre sacralisation de la monnaie ressemble étrangement à du fétichisme.

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  5. bebecadum dit :

    -Si MA monnaie était le khôr ( monnaie de Syldavie dans Le Sceptre d’Ottokar ) je ne pourrais que vous encourager à dévaluer. Faites-le, nous verrons bien. Ce qui me turlupine, c’est que VOTRE monnaie est aussi la mienne. Cette monnaie nous enchaîne.

    -Sur le plan factuel, une dévaluation favorise les exportation. Malheureusement elle ne fait pas que ça (et rien que ça). Elle a aussi des effets secondaire, prévisibles et non prévisibles. Une dévaluation nous entraine AUSSI vers « Le temps des incertitudes » ou si vous voulez dans les zones de turbulences.

    -Tous les commandant, à bords, sont « maître après Dieux » mais eux ont une obligation de résultats. Ils ont l’obligation de conduire le vaisseau à bon port « corps et biens ». Ce qui n’est pas le cas des économistes, je le regrette vivement.
    Bien cordialement

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    • En Avant Perpignan dit :

      Oui, une dépréciation entraîne des incertitudes, ce peut être inquiétant. Mais ne rien faire conduit à une certitude: nous ne nous en sortirons pas, car l’euro est adapté à l’Allemagne, mais pas à la France. Alors rester immobile me fait plus peur que d’aller de l’avant.

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