311 – Ph. Desbrosses, sur le livre de Servigné

Quelques extraits du livre : COMMENT TOUT PEUT S’EFFONDRER à lire d’urgence !

Crises, catastrophes, effondrement, déclin… l’apocalypse se lit en filigrane dans les nouvelles quotidiennes du monde.
Alors que certaines catastrophes sont bien réelles et nourrissent le besoin d’actualité des journaux – accidents d’avion, ouragans, inondations, tremblements de terre, déclin des abeilles, chocs boursiers, guerres et famines, est-il pour autant justifié de prédire que notre société « va droit dans le mur », d’annoncer une « crise planétaire globale » ou de constater une « sixième extinction de masse des espèces » ?

Il est devenu paradoxal de subir ce déferlement médiatique de catastrophe, mais de ne pas pouvoir parler explicitement de « Grandes catastrophes », sans passer pour un « catastrophiste » !
Tout le monde, par exemple, a su que le GIEC (Groupe International d’Etudes sur le Climat » avait publié un nouveau Rapport en 2014, mais a-t-on vu un réel débat sur ces nouveaux scénarios climatiques et sur leur implication terrible dans le changement des conditions de vie sur Terre… ?

Vous avez dit EFFONDREMENT !

Il ne s’agit pas de la fin du monde, ni de l’apocalypse. Il ne s’agit pas non plus d’une simple crise dont on sort indemne, ni d’une catastrophe ponctuelle que l’on oublie en quelques mois comme un tsunami ou une attaque terroriste…
Un effondrement est un processus à l’issue duquel les besoins vitaux comme : l’eau, l’alimentation, le logement, l’habillement, l’énergie… ne sont plus accessibles à la majorité de la population. Il s’agit donc bien d’un processus à grande échelle irréversible comme « la fin du monde », sauf que ce n’est pas la fin ! Mais la suite s’annonce longue et il faudra la vivre avec une certitude : nous n’avons pas les moyens de savoir de quoi elle sera faite. Par contre si nos besoins de base sont touchés, alors la situation pourrait devenir incommensurablement catastrophique.

Mais jusqu’où ? qui est concerné ? les pays les plus pauvres ? la France ? l’Europe ? l’ensemble des pays riches ? le monde industrialisé ? la civilisation occidentale ? l’ensemble de l’humanité ? ou même comme certains scientifiques l’annoncent, la grande majorité des espèces vivantes ? Il n’y a pas de réponses claires à ces questions, mais une chose est certaine, aucune de ces possibilités n’est à exclure.
Les crises que nous subissons touchent toutes les catégories : par exemple la fin du pétrole concerne l’ensemble du monde industrialisé (mais pas les petites sociétés paysannes traditionnelles oubliées de la mondialisation) , les changements climatiques en revanche menacent l’ensemble des humains ainsi que la majorité des espèces vivantes.
Les publications scientifiques qui envisagent des évolutions catastrophiques et une probabilité croissante d’effondrement se font de plus en plus nombreuses et étayées.
Les comptes – rendus de l’Académie des Sciences de Grande-Bretagne ont publié un récemment article de Paul et Anne Ehrlich qui laisse peu de doute sur l’issue de la situation.
Les conséquences des changements environnementaux planétaires que l’on estimait plausibles pour la deuxième moitié du XXIème siècle se manifestent aujourd’hui avec une accélération des chiffres de plus en plus précis et accablants :
Le climat s’emballe, la biodiversité s’effondre, la pollution s’étend partout et devient persistante, l’économie risque un arrêt cardiaque à chaque instant, les tensions sociales et géopolitiques se multiplient partout… Il n’est pas rare de voir quelques décideurs éclairés au plus haut niveau ou des rapports officiels de grandes institutions : NASA, Banque Mondiale, Armée, GIEC, Banques d’affaires, ONU, ONG, etc, évoquer la probabilité d’un effondrement (collapsus) ou de ce que le Prince Charles appelle « un acte de suicide collectif à grande échelle » .
Plus largement l’anthropocène est le nom donné à cette nouvelle ère géologique qui caractérise notre présent récent (2 siècles d’effervescence industrielle appelés progrès) – nous les humains – sommes sortis de l’l’Holocène, une époque de remarquable stabilité climatique qui a duré environs 12.000 ans et qui a permis l’émergence de l’agriculture et des civilisations. Depuis quelques décennies les humains sont devenus capables de bouleverser les grands cycles biogéochimiques de l’écosystème terrestre, créant ainsi une nouvelle époque de changements profonds et imprévisibles…

Mais forte de ses performances et ses conquêtes récentes l’espèce humaine veut se croire invincible et invulnérable aux bouleversements qu’elle a elle même suscité.
Et dans une arrogance digne d’un colosse aux pieds d’argile, elle oublie que son existence et sa pérennité dépendent des 3 cm de terre fertile qu’on appelle l’humus et d’où provient toute la substance nourricière dont elle a besoin.

N.B. les tenants du système productiviste qui n’hésitent pas à qualifier d’utopistes les adversaires de leur « sacrée croissance » ne se rendent pas compte de leurs schizophrénie, lorsqu’ils affirment que tous les problèmes créés seront résolus par la science et les progrès futurs…c’est tirer un chèque en blanc dont leurs enfants subiront
plus tard les conséquences…

Que nous apprennent les civilisations passées ?

Toutes les civilisations qui nous ont précédé, aussi puissantes soient-elles, ont subi des déclins et des effondrements. Aucune n’a pu résister à l’épreuve du temps et à l’usure de l’histoire.
Les causes des effondrements sont habituellement regroupés en deux catégories. Les causes endogènes générées par la société elle-même : instabilité d’ordre économique, politique ou social ; et les causes exogènes, c’est-à-dire liées à des catastrophes externes, comme un changement climatique trop abrupt, un tremblement de terre, un tsunami, une invasion étrangère, etc .
Jared Diamond a identifié cinq facteurs d’effondrement – récurrents et souvent synergiques – des sociétés qu’il a étudiées : les dégradations environnementales ou déplétions des ressources, les changements climatiques, les guerres, la perte soudaine de partenaires commerciaux, et les mauvaises réactions de la sociétés aux problèmes environnementaux.
Pour lui les conditions écologiques seraient le principal facteur qui expliquerait l’effondrement des grandes cités Mayas à l’aube du IXè siècle, des Vikings au XIè siècle ou de l’île de Pâques au XVIIIè siècle.
Mais on aurait tort de réduire ces causes écologiques à de simples facteurs externes, puisqu’il précise (et il n’est pas le seul) que le seul facteur commun à tous les effondrements est bien le cinquième, celui d’ordre socio-politique : les dysfonctionnements institutionnels, les aveuglements idéologiques, le niveau des inégalités, et surtout l’incapacité de la société – et particulièrement des élites – à réagir de manière appropriée – aux évènements catastrophiques.
Dans la fin de son livre, Jared Diamond s’interroge sur les raisons qui poussent les sociétés à prendre les mauvaises décisions. Il explique donc que les groupes humains subissent des catastrophes, parce qu’ils n’arrivent pas à les anticiper, parce qu’ils n’en perçoivent pas les causes, parce qu’ils échouent dans leurs tentatives de les résoudre, parce qu’il n’y a pas de solutions adaptées dans l’état de leurs connaissances.
En fait ce fameux cinquième facteur accentue la vulnérabilité d’une société et son manque de résilience au point de la rendre sensible aux perturbations qu’elle encaisse habituellement sans problème –
En fait les grandes civilisations sont prises dans un piège entropique dont il est presqu’impossible d’échapper. Alors que les quantités disponibles de ressources et d’énergie ne permettent plus de maintenir les niveaux de complexité atteinte par un développement fulgurant et sans limite, la civilisation commence à se consumer en empruntant au futur et en se nourrissant du passé, préparant ainsi la voie à une implosion. S’ensuit une grande période de « simplification » de la société comme ce fut le cas en Europe après l’effondrement de l’Empire Romain, durant tout le Moyen-Age :
– moins de spécialisation économique et professionnelle, moins de contrôle centralisé, moins de flux d’information entre les individus et entre les groupes, et moins de commerce et de spécialisation entre les territoires.
Des historiens Russes et Américains ont généralisé ce phénomène en modélisant l’histoire récente comme une succession de surplus et de déficits économiques et énergétiques, c’est-à-dire en cycles d’essors et de déclins structurellement semblables, qui peuvent faire croire à une « reprise » comme celles qui émaillent notre crise économique depuis 30 ans, alors qu’il ne s’agit que d’un hoquet de l’histoire qui ne modifie en rien la dynamique de l’effondrement en cours…

Quelles leçons peut-on d’ores et déjà tirer de ces expériences pour comprendre la situation aujourd’hui ?

Notons d’abord que le monde présente des signes alarmants au moins pour trois des cinq facteurs identifiés par Diamond :
Dégradations environnementales, changements climatiques, et surtout dysfonctionnements socio-politiques (verrouillage socio-technique, aveuglement des élites, niveaux ahurissants d’inégalités, etc.)
La civilisation thermo-industrielle, quant à elle, qui ne concerne qu’une partie de la population du globe, présente en plus, les signes caractéristiques d’un effondrement par une complexité croissante très énergivore, couplée à des rendements devenus décroissants…

Comment s’enfonce-t-on ?

La réponse est claire : certainement pas de manière homogène, ni dans le temps ni dans l’espace, en voici quelques modèles :
L’ingénieur russo-américain Dmitry Orlov s’est rendu célèbre en étudiant l’effondrement de l’Union soviétique et en le comparant à l’effondrement – imminent, inévitable selon lui – des Etats-Unis. Il a récemment proposé un cadre théorique dans lequel les effondrements peuvent être décomposés en cinq stades, par ordre de gravité croissant : financier, économique, politique, social, culturel.
1 – l’effondrement financier se produit lorsque l’espoir du « business as usual » est perdu. Le risque ne peut plus être évalué et les avoirs financiers ne peuvent plus être garantis.
Les institutions financières deviennent insolvables. L’épargne est annihilée et l’accès au capital est perdu. Adieu donc Livret A, crédit, investissements, assurances et fonds de pension ! comme cela s’est produit en Argentine en 2001. La confiance, ainsi que la valeur de la monnaie s’évanouissent rapidement. Les banques restent fermées jusqu’à nouvel ordre et le gouvernement met en place des mesures d’urgence (nationalisations, assouplissements monétaires, assistance sociale etc.) pour tenter d’éviter les émeutes.
Dans ce cas, suggère Orlov, mieux vaut apprendre à vivre avec peu ou pas d’argent…

2 – Un effondrement économique est déclenché lorsque l’espoir « que le Marché y pourvoira » est perdu. Les marchandises s’entassent. Les chaînes d’approvisionnement sont rompues. Les pénuries de biens essentiels deviennent la norme…
Les quantités et la diversité des échanges commerciaux et des informations diminuent drastiquement. L’économie se « décomplexifie » progressivement. Comme cela s’est passé à Cuba dans les années 1990, les importations chutent, et les centres commerciaux finissent par fermer, faute de marchandises. Il n’y a plus d’abondance matérielle et « l’économie informelle » explose : troc, réparation en tout genre, recyclage, brocante, etc. Pour maîtriser le cours des évènements le gouvernement tente de réguler les marchés en imposant un contrôle des prix ou des politiques de rationnement.
Dans ce cas , mieux vaut savoir subvenir aux besoins de base de sa famille et de sa communauté, avec ses propres moyens…

3 – Un effondrement politique se produit lorsque l’espoir que « le gouvernement s’occupera de vous » est perdu. Les mesures du gouvernement ont échoué. La classe politique perd sa légitimité et sa pertinence. C’est le processus de « déstructuration ».
Invoquant le maintien de l’ordre, les gouvernements décrètent les couvre-feux et les lois martiales. Comme dans le cas de l’ex-URSS, la corruption locale finit par remplacer les services autrefois garantis par l’administration. Les services publics ne sont plus assurés, les routes ne sont plus entretenues, les ordures ne sont plus, ou mal évacuées, etc. Selon Orlov, pour les Etats-Unis et pour la majorité des pays riches, ces trois premiers stades sont désormais inévitables.

4 – Un effondrement social se produit lorsque « l’espoir que vos pairs s’occuperont de vous » est perdu. Les institutions sociales, locales, que ce soit les organisations caritatives ou d’autres groupes (comme les restos du cœur) qui se précipitent pour combler le vide des institutions, tombent à court de ressources ou échouent à cause de conflits internes. On entre donc dans un monde de bandes « claniques », de guerres civiles et de « chacun pour soi ».
A ce stade un processus de « dépeuplement » se met en place : conflit, déplacement, malnutrition, famines, épidémies, etc. Mieux vaut donc faire partie d’une des petites communautés encore soudées, dans lesquelles la confiance et l’entraide sont des valeurs cardinales.

5 – Un effondrement culturel se produit lorsque « la foi dans la bonté de l’humanité » est perdue. Les gens perdent leurs capacités de gentillesse, de générosité, de considération, d’affection, d’honnêteté, d’hospitalité, de compassion, de charité…
Dans ce contexte il devient de plus en plus difficile de s’identifier à l’autre et, en perdant cette capacité d’empathie, on perd ce qu’on appelle habituellement « notre humanité »…
Malheureusement, les sciences humaines et sociales ont très peu étudié ces situations exceptionnelles.

Plus récemment, Orlov a proposé d’ajouter un sixième et dernier stade à ce modèle, celui de l’effondrement écologique où l’espoir est perdu de redémarrer une société dans un environnement épuisé… C’est globalement ce que nous allons connaître dans de nombreuses contrées de la Terre ou la frénésie d’une existence artificielle (hors-sol) a prévalu ces dernières décennies.

En conclusion de cette analyse, je partage l’alerte qui est donnée :
LA FAIM N’EST QUE LE DÉBUT, (entendez le début de la fin du système en place…)

« Une surpopulation mondiale, une surconsommation par les classes aisées, un gaspillage généralisé des ressources et de mauvais choix technologiques pour satisfaire les puissances économiques en place (Bayer, Monsanto, BASF, l’industrie pétrolière, l’industrie nucléaire, pour ne citer que quelques-uns des dinosaures qui imposent leurs choix et leur dérives aux gouvernements de la Terre, ont mis notre civilisation militaro-industrielle sur une trajectoire d’effondrement.
Des chocs systémiques majeurs et irréversibles peuvent très bien avoir lieu demain, et l’échéance d’un effondrement de grande ampleur apparaît bien plus proche qu’on ne l’imagine habituellement, quand on parle de 2050 – 2100.
C’est plutôt les prévisions du Club de Rome en 1970, qui annonçaient déjà la situation dans laquelle nous sommes ! en pronostiquant la fin de la civilisation vers 2020 – 2030… C’est demain !
Personne ne peut connaître le calendrier exact des enchaînements qui transformeront aux yeux des futurs archéologues un ensemble de catastrophes en effondrement, mais il est plausible que cet enchaînement soit vécu par les générations présentes.
Telle est l’intuition que nous partageons avec bon nombre d’observateurs, qu’ils soient experts scientifiques, philosophes ou activistes écologistes.
Il est gênant de le dire, tant la posture est souvent ridiculisée, que nous sommes devenus catastrophistes.
Soyons clairs, cela ne signifie nullement que nous souhaitons les catastrophes, ni que nous renonçons à nous battre pour en atténuer les effets, ou encore que nous sombrons dans un pessimisme stérile et irrévocable. Au contraire ! Même si l’avenir est sombre, « nous devons nous battre car il n’y a aucune raison de nous soumettre passivement aux faits »
Etre catastrophiste, pour nous, c’est simplement éviter une posture de déni et prendre acte des catastrophes qui sont en train d’avoir lieu. Il faut apprendre à les voir, accepter leur existence, et faire le deuil de tout ce dont les évènements vont nous priver.
C’est selon nous une attitude de courage, de conscience et de calme, les yeux grands ouverts qui permettra de tracer des chemins d’avenir réalistes et efficaces. Ce n’est pas du pessimisme !
La certitude est que nous ne retrouverons plus jamais la situation normale que nous avons connue au cours des décennies précédentes.
Premièrement le moteur de la civilisation thermo-industrielle, le couple énergie-finance est au bord de l’extinction. Des limites sont atteintes. L’ère des énergies fossiles, abondantes, à bon marché touche à sa fin comme le montre la ruée vers les énergies nouvelles malgré leurs coûts prohibitifs. Cela enterre définitivement toute possibilité de retrouver un jour la croissance économique, et donc signe l’arrêt de mort d’un système basé sur des dettes… qui ne seront tout simplement jamais remboursées.

Deuxièmement, l’expansion matérielle exponentielle de notre modèle de civilisation a perturbé irrémédiablement les systèmes complexes naturels sur lesquels elle reposait.
Des frontières ont été franchies. Le réchauffement climatique et l’extinction des espèces à eux seuls annoncent des ruptures imminentes de systèmes alimentaires, sociaux, commerciaux ou de santé. C’est-à-dire concrètement des déplacements massifs de populations, des conflits armés, des épidémies et des famines…
Dans ce monde devenu imprévisible où des évènements de forte intensité seront la norme, il faut s’attendre à ce que les solutions que l’on tentera d’appliquer perturbent encore davantage les grands équilibres précaires.

Et troisièmement, les systèmes toujours plus complexes qui fournissent l’alimentation, l’eau, l’énergie, et qui permettent à la politique, la finance et la sphère virtuelle de fonctionner, exigent des apports croissants d’énergie.
Ces infrastructures sont devenues tellement interdépendantes, vulnérables et souvent vétustes, que de petites ruptures de flux ou d’approvisionnement peuvent mettre en danger la stabilité du système global en provoquant des effets en cascade disproportionnés.

Ces trois états (approche des limites, dépassements des frontières et complexité croissante) sont irréversibles et, combinés, ils ne peuvent déboucher que sur une issue fatale.
Il y a eu par le passé de nombreux effondrements de civilisations qui restaient confinés à certaine régions, (ce sont les déserts que nous voyons sur la planète, sans comprendre leurs origines…) Aujourd’hui la mondialisation a créé des risques systémiques globaux, et c’est la première fois que la possibilité d’un effondrement à très grande échelle, presque globale, est devenue envisageable.
Penser que tous les problèmes seront résolus par le retour à la croissance économique est une grave erreur stratégique. A la fois cela pré-suppose qu’un retour à la croissance est possible, mais surtout, aussi longtemps que les dirigeants se concentreront sur cet objectif chimérique, aucune politique sérieuse de préservation de la planète et de stabilité du climat ne pourra avoir lieu.
Tous les débats actuels entre relance et austérité ne sont que des distractions qui détournent les questions de fond.
En fait il n’y a même pas de solution à notre situation inextricable. Il y a juste des chemins à emprunter pour s’adapter à notre nouvelle réalité.
Se rendre compte de tout cela c’est entamer un renversement. C’est voir que, soudainement, l’utopie à changé de camp :
– est aujourd’hui utopiste, est celui qui croit que tout peut continuer comme avant.
– Le réalisme au contraire, consiste à mettre toute l’énergie qui nous reste dans une transition rapide et radicale.

Ph. Desbrosses – Cormeray, 1er mai 2015.
Synthèse des réflexions pour un catastrophisme éclairé, effectuée à partir de notes personnelles mais surtout de l’excellent livre de Pablo Servigné et Raphaël Stevens :
COMMENT TOUT PEUT S’EFFONDRER éditions Seuil. A lire d’urgence !

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10 commentaires pour 311 – Ph. Desbrosses, sur le livre de Servigné

  1. brunoarf dit :

    Février 2016 ressemble à septembre 2008.

    Un spectre hante le monde.

    Ce spectre, c’est le spectre de la crise financière.

    Jeudi 11 février 2016 :

    Le spectre de la crise financière plane sur les marchés et l’économie mondiale.

    L’effondrement des marchés depuis le début de l’année ravive le spectre d’une crise financière, avec le risque que cette angoisse se répercute sur l’économie et plombe les espoirs de reprise économique.

    « Si ce n’est pas une crise, c’est tout du moins des mouvements extrêmement violents », résume René Defossez, stratégiste chez Natixis.

    Les marchés craignent « un risque systémique imminent à l’instar de celui causé par la faillite de Lehman Brothers en 2008 », note Sylvain Loganadin, analyste du courtier britannique FXMC.

    Et « plus les marchés font faire baisser les prix des actifs, plus les risques économiques vont s’accroître », prévient M. Defossez.

    Aucun marché n’est épargné par ces secousses qui affectent particulièrement les places boursières et les marchés des matières premières.

    « La volatilité est à des niveaux très élevés, ce qui entraîne souvent des mouvements de panique assez importants », relève Aymeric Diday, gérant de Skylar Group.

    « Le spectre de 2008 est là. Il est difficile de se positionner face à de tels flux vendeurs », selon lui.

    Le ralentissement chinois, la fragilité de certaines banques européennes, les doutes sur la croissance américaine, la chute des matières premières, tout concourt à nourrir la peur des investisseurs.

    « Jamais depuis 2011 le marché n’avait montré de tels signes de nervosité », préviennent les gérants chez Oddo Meriten AM, en référence à la crise de la dette en zone euro.

    Le patron d’un fonds spéculatif américain Hayman Capital Management a notamment mis le feu aux poudres, dans une lettre dévoilée par Bloomberg mercredi 10 février, en indiquant que le secteur bancaire chinois pourrait subir des pertes quatre fois supérieures à celles essuyées par les banques américaines pendant la crise de Lehman Brothers.

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  2. brunoarf dit :

    Il n’y a pas qu’en Grèce que les banques sont en faillite.

    Il n’y a pas qu’en Italie que les banques sont en faillite.

    Il n’y a pas qu’en Espagne que les banques sont en faillite.

    Il n’y a pas qu’au Portugal que les banques sont en faillite.

    Il n’y a pas qu’à Chypre que les banques sont en faillite.

    Il n’y a pas qu’en France que les banques sont en faillite.

    Il n’y a pas qu’en Allemagne que les banques sont en faillite.

    En Inde aussi.

    Vendredi 12 février 2016 :

    Inde : « chirurgie profonde » des créances des banques (gouverneur RBI).

    Le gouverneur de la banque centrale indienne (RBI), Raghuram Rajan, a estimé que les banques et autres prêteurs en Inde pourraient avoir besoin d’une « chirurgie profonde » pour venir à bout des prêts douteux et nettoyer leur bilan.

    M. Rajan, qui s’est fait connaître en particulier en anticipant l’éclatement d’une crise financière en 2008, a donné jusqu’en mars 2017 aux banques indiennes pour faire le ménage dans leur portefeuille d’actifs non performants.

    Il a prévenu jeudi, devant un parterre de dirigeants de banques à Bombay, que ce nettoyage « pourrait nécessiter une chirurgie profonde » et non des « pansements ».

    « Les prêts en cours pourraient devoir être dépréciés en raison des changements de circonstances depuis qu’ils ont été accordés », a dit Raghuram Rajan.

    http://www.romandie.com/news/Inde-chirurgie-profonde-des-creances-des-banques-gouverneur-RBI/675978.rom

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  3. brunoarf dit :

    A propos des bulles de dette :

    Arrivées à ce niveau, les bulles de dette vont finir par éclater. Ou alors elles vont finir par être effacées.

    Que va-t-il se passer ? Le Plop ? Ou le Jubilé ?

    On va voir.

    En l’an 2000 :
    Dette des ménages : 19 000 milliards de dollars.
    Dette des entreprises : 26 000 milliards de dollars.
    Dette publique : 22 000 milliards de dollars.
    Dette des banques : 20 000 milliards de dollars.
    Total : dette mondiale de 87 000 milliards de dollars.

    En juin 2014 :
    Dette des ménages : 40 000 milliards de dollars.
    Dette des entreprises : 56 000 milliards de dollars.
    Dette publique : 58 000 milliards de dollars.
    Dette des banques : 45 000 milliards de dollars.
    Total : dette mondiale de 199 000 milliards de dollars.

    Vous avez bien lu : en juin 2014, la dette mondiale totale était de 199 000 milliards de dollars !

    Source : rapport McKinsey de février 2015 « Debt and (not much) deleveraging. »

    mckinsey.com/~/media/McKinsey/Global%20Themes/Employment%20and%20Growth/Debt%20and%20not%20much%20deleveraging/MGI%20Debt%20and%20not%20much%20deleveragingFullreportFebruary2015.ashx

    William White est l’ancien économiste en chef de la BRI, la Banque des Règlements Internationaux. Aujourd’hui, il est président du Comité d’examen des situations économiques et des problèmes de développement (Comité EDR) de l’OCDE à Paris. Lors du forum de Davos, il a déclaré :

    « La dette a continué de s’accumuler durant les huit dernières années. La dette a atteint des niveaux si élevés dans chaque région du monde qu’elle risque de déboucher sur des conséquences déplaisantes. (…) Il deviendra évident durant la prochaine récession qu’une grande partie de cette dette ne sera jamais remboursée. Ce sera très inconfortable pour des tas de gens qui pensent détenir des actifs valant quelque chose. (…) La seule question est de savoir si nous sommes en mesure de voir la réalité en face et de nous préparer à ce qui nous attend, ou si nous gérerons la crise de façon désordonnée. Les effacements de dette [ jubilé ] remontent à 5000 ans, depuis le temps des Sumériens. »

    http://www.telegraph.co.uk/finance/financetopics/davos/12108569/World-faces-wave-of-epic-debt-defaults-fears-central-bank-veteran.html

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  4. brunoarf dit :

    Il n’y a pas que la bulle boursière dans la vie.
    Il n’y a pas que la bulle bancaire.
    Il n’y a pas que la bulle italienne.
    Il n’y a pas que la bulle chinoise.
    Il n’y a pas que la bulle immobilière.
    Il n’y a pas que la bulle de l’art contemporain.
    Il n’y a pas que la bulle obligataire.
    Il n’y a pas que la bulle du secteur de l’acier.
    Il y a la bulle du secteur pétrolier aussi.
    Pouvons-nous en parler ?
    Après tout, le secteur pétrolier est aujourd’hui une gigantesque bulle, qui ne demande qu’à éclater.

    Mardi 16 février 2016 :

    Un tiers du secteur pétrolier menacé de faillite, dit Deloitte.
    Environ un tiers des producteurs de pétrole sont exposés à un risque élevé de cessation de paiements cette année, conclut une enquête du cabinet Deloitte. Ils souffrent en effet d’un accès restreint aux liquidités et d’une capacité réduite de désendettement.
    Fondée sur l’étude de plus de 500 entreprises d’exploration et de production de pétrole et de gaz naturel cotées dans le monde, elle estime à plus de 150 milliards de dollars la dette globale des quelque 175 sociétés jugées menacées.

    http://www.romandie.com/news/Un-tiers-du-secteur-petrolier-menace-de-faillite-dit-Deloitte/676945.rom

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  5. brunoarf dit :

    Depuis septembre 2008, pour éviter l’effondrement, toutes les banques centrales du monde injectent des centaines de milliards dans le secteur financier. Mais ces liquidités ne descendent pas en bas, dans l’économie réelle.

    Ces liquidités vont s’investir en haut : dans les actions, dans les obligations d’Etat, etc.

    En clair : ces centaines de milliards ont formé des gigantesques bulles boursières, des gigantesques bulles obligataires, etc, qui continuent de gonfler.

    Depuis septembre 2008, toute l’économie mondiale repose sur ces gigantesques bulles.

    Exemple : la bulle obligataire française.

    – Jeudi 18 février 2016, la France a lancé un emprunt à 3 ans. Résultat : la France va payer un taux d’intérêt négatif ! C’est – 0,31 % ! Les prêteurs vont payer la France sur cet emprunt !

    – La France a lancé un emprunt à 4 ans. Résultat : taux d’intérêt négatif ! C’est – 0,15 % ! La France gagne de l’argent quand elle emprunte !

    – La France a lancé un emprunt à 11 ans. Résultat : taux d’intérêt négatif ! C’est – 0,20 % !

    – La France a lancé un emprunt à 24 ans. Résultat : taux d’intérêt de 0,16 %.

    Source :

    http://www.romandie.com/news/Bonds-la-France-a-emprunte-un-total-de-8496-mrd-EUR-a-moyenlong-terme-jeudi/677806.rom

    En France, plus l’économie réelle s’effondre, plus la France s’endette … plus les taux d’intérêt baissent !

    En France, il y a une différence énorme entre la valeur théorique d’une obligation d’Etat et sa valeur réelle.

    Cette différence énorme, c’est une bulle.

    Quand cette bulle obligataire éclatera, la France tremblera.

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  6. brunoarf dit :

    Il ne faut pas confondre une construction démocratique et une construction anti-démocratique.

    Le référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne se tiendra le jeudi 23 juin 2016, a annoncé samedi le Premier ministre David Cameron à l’issue d’un conseil des ministres, le qualifiant de « l’une des plus grandes décisions d’une génération. »

    Et en France ?

    Nous allons avoir un référendum sur l’appartenance de la France à l’Union européenne ?

    Ou alors, en France, il n’y aura plus jamais de référendum sur la construction européenne ?

    Et aux Pays-Bas ?

    Ils vont avoir un référendum sur l’appartenance des Pays-Bas à l’Union Européenne ?

    Ou alors, aux Pays-Bas, il n’y aura plus jamais de référendum sur la construction européenne ?

    Le suspens est insoutenable.

    Si la construction européenne était démocratique, il y aurait 28 référendums, dans les 28 pays membres de l’Union européenne, le jeudi 23 juin 2016.

    Je dis bien : « Si la construction européenne était démocratique … »

    Malheureusement, dans le monde réel, la construction européenne est anti-sociale, anti-populaire, anti-démocratique.

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  7. brunoarf dit :

    Dimanche 21 février 2016 :

    Le maire de Londres annonce qu’il fera campagne pour une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

    Le maire de Londres, le conservateur Boris Johnson, a annoncé aujourd’hui qu’il fera campagne en faveur d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/02/21/97001-20160221FILWWW00132-le-maire-de-londres-annonce-qu-il-fera-campagne-pour-une-sortie-du-royaume-uni-de-l-union-europeenne.php

    Vendredi 19 février 2016 :

    Grande-Bretagne. Les partisans du Brexit en tête des sondages.

    Si le référendum pour le maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne se tenait aujourd’hui, les partisans du « non » l’emporterait avec 36 % des suffrages.

    Les Britanniques favorables à une sortie de l’Union européenne ont deux points d’avance sur les partisans du maintien, selon un sondage de l’institut TNS publié vendredi. Dans le cadre du référendum promis par le Premier ministre David Cameron, 36 % voteraient « No » et 34 %, « Yes ». Les indécis représentent 23 % et 7 % n’ont pas l’intention d’aller voter.

    Sans tenir compte des abstentions, le rapport de force, encore plus favorable au Brexit, passe à 39 % pour la sortie, contre 36 % pour le maintien.

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  8. brunoarf dit :

    Samedi 27 février 2016 :

    Le G20-Finances appelle à utiliser tous les outils pour soutenir l’économie, cite le choc d’un éventuel Brexit.

    Selon le G20-Finances, les cinq risques géopolitiques sont les suivants :

    1- La sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne (Brexit). Ce risque géopolitique est cité dans le communiqué final du G20, dès le premier paragraphe du texte.

    2- La volatilité des mouvements de capitaux, qui se déplacent d’une seconde à l’autre, d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre, et qui déséquilibrent toute l’économie mondiale.

    3- La chute des cours des matières premières.

    4- Les tensions géopolitiques accrues.

    5- L’afflux de migrants dans certaines régions (Turquie, Union Européenne).

    http://www.romandie.com/news/Le-G20Finances-appelle-a-utiliser-tous-les-outils-pour-soutenir-leconomie-cite-le-/680512.rom

    Conclusion :

    Le G20-Finances dit qu’il faut continuer à faire ce qui est fait sans interruption depuis septembre 2008 : les banques centrales doivent continuer à injecter des centaines de milliards dans le secteur financier.

    Depuis septembre 2008, c’est toujours la même politique de tarés.

    Depuis septembre 2008, on ne change pas une politique qui échoue.

    Cette politique ne sert à rien, elle ne résout aucun problème, elle n’empêche pas l’économie réelle de s’effondrer, … mais au moins elle gonfle des bulles boursières et des bulles obligataires ! Et lors de la prochaine crise, l’éclatement de toutes ces bulles sera dévastateur.

    Des génies.

    Les participants du G20-Finances sont des génies.

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  9. brunoarf dit :

    Alerte !

    Bulle obligataire !

    Alerte !

    La bulle obligataire gonfle de plus en plus !

    Lundi 29 février 2016 :

    Les analystes sont perplexes. Les rendements obligataires s’enfoncent sous le seuil de 0 % à une vitesse effroyable.

    Ce lundi, les taux des obligations européennes poursuivent cette décrue que rien ne semble pouvoir arrêter. Les taux de l’Allemagne sont négatifs jusqu’à 9 ans (-0,013 %), ceux de la France jusqu’à 7 ans (-0,023 %), ceux de la Suisse jusqu’à 20 ans (-0,018 %). Et, en dehors de l’Europe, les taux japonais sont aussi passés sous la barre de zéro sur la maturité à 10 ans.

    http://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/021731449795-les-taux-demprunt-des-etats-senfoncent-plus-loin-en-territoire-negatif-1203646.php

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  10. brunoarf dit :

    Il n’y a pas que la bulle boursière dans la vie.

    Il n’y a pas que la bulle bancaire.

    Il n’y a pas que la bulle chinoise.

    Il n’y a pas que la bulle immobilière.

    Il n’y a pas que la bulle de l’extraction pétrolière.

    Il n’y a pas que la bulle de l’art contemporain.

    Il n’y a pas que la bulle du secteur de l’acier.

    Il y a aussi la bulle obligataire.

    Mercredi 2 mars 2016 :

    La bulle obligataire gonfle de plus en plus.

    Le Japon gagne de l’argent quand il emprunte !
    Taux à 10 ans : – 0,024 %

    Le Japon emprunte à 10 ans à un taux négatif.

    http://www.lesechos.fr/journal20160302/lec2_finance_et_marches/021735307143-le-japon-emprunte-a-10-ans-a-un-taux-negatif-1204033.php

    La Suisse gagne de l’argent quand elle emprunte !
    Taux à 10 ans : – 0,428 %

    L’Allemagne gagne de l’argent quand elle emprunte !
    Taux à 8 ans : – 0,121 %

    La France gagne de l’argent quand elle emprunte !
    Taux à 6 ans : – 0,119 %
    Taux à 5 ans : – 0,215 %
    Taux à 3 ans : – 0,375 %
    Taux à 2 ans : – 0,434 %

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