288 – Scenarii dissolution de l’euro

Les scenarii de dissolution de l’Euro (étude pour la fondation RES PUBLICA)

 

Couv-2tudeCette étude a été réalisée par Philippe Murer et Jacques Sapir avec la collaboration de Cédric Durand. Elle est disponible à la Fondation RES PUBLICA, 52 rue de Bourgogne, 75007 Paris (info@fondation-res-publica.org) ou en téléchargement sur http://www.fondation-res-publica.org/docs/etude_euro_respublica.pdf

RÉSUMÉ DE L’ÉTUDE

La crise de l’Euro pèse sur l’économie de l’ensemble de la zone. Elle a induit des politiques d’austérité qui l’ont plongée dans une profonde récession, sans aucune garantie qu’elles ne résolvent la crise. Dans les faits, les problèmes structurels de la zone Euro ont continué à s’aggraver. Dans cette situation, il est important de considérer ce que pourraient être les conséquences réelles d’une dissolution de la zone Euro et de se demander si elles seraient aussi catastrophiques qu’annoncées.
I. Le modèle et ses résultats
Nous supposons que les tensions au sein de la zone Euro atteignent un niveau tel que les pays concernés décident, d’un commun accord ou de manière dispersée, de renoncer à la monnaie unique. Dans ce cas, les pays de l’ex-zone Euro adoptent, ne serait-ce que de manière transitoire, des mesures drastiques de contrôle des capitaux afin de pouvoir « piloter » la dépréciation ou l’appréciation de leur mon­naie. On suppose aussi que des mécanismes résiduels de coordination se main­tiennent – au niveau des Ministères des Finances et des Banques Centrales – et que chaque pays peut collaborer avec ses voisins pour éviter une explosion dite désordonnée de la monnaie unique. Cela implique que les taux de change effectifs correspondent à des taux de change « cibles » qui permettent aux pays de l’Europe du Sud de rééquilibrer le plus rapidement possible leur balance commerciale. Ces deux postulats correspondent à ce que nous appelons une dissolution « contrô­lée » de la zone Euro (hypothèse H1). Nous ne nous limitons pas à l’étude de ce cas de figure et étudions aussi la possibilité d’une scission de la zone Euro en deux (hypothèse H2 connue sous le nom des « deux Euros » ou combinaison Euro du sud/Euro du nord), tout comme nous envisageons la possibilité d’une dissolu­tion « non contrôlée » de la zone Euro (hypothèse H3). Dans le cas d’une scission de la zone Euro en deux, nous estimons que la France serait le pays pivot de la zone « Euro du Sud ». Pour chacun des trois scenarii ainsi retenus, nous testerons trois options de politique économique : l’option a sera qualifiée de « pro-consommation » ; l’option b de « pro-investissement » ; et l’option c de « pro-réduction des déficits ». Nous obtenons donc un ensemble de neuf trajectoires qui seront ensuite comparées sous leurs différents aspects.
À partir de la structure du commerce extérieur, du montant des importations et des exportations dans le PIB et des élasticités, on recalcule pour un taux de déva­luation – ou de réévaluation – donné, la variation de la balance commerciale et son apport au PIB en tenant compte de l’existence de l’ex-zone Euro, d’une zone Dollar et d’une zone intermédiaire. On corrige cependant à la hausse les impor­tations à partir de la constatation qu’une forte augmentation des exportations entraînera nécessairement celles des importations compte tenu du phénomène de re-export des matières importées (énergie et matières premières) mais aussi de certains sous-ensembles. On corrige aussi les importations et les exportations en fonction de la croissance ou de la récession des pays partenaires dans la zone Euro. On obtient ainsi un premier niveau de PIB. Ce niveau de PIB fait apparaître un gain fiscal potentiel, dont on estime qu’une partie sera redistribuée à l’écono­mie. Entre en compte alors le multiplicateur des dépenses publiques, que l’on a estimé à 1,4 sur la base de travaux récents. L’application de ce multiplicateur nous donne alors un deuxième état du PIB. Toutefois, suivant les scenarii, on a aussi une hausse plus ou moins forte de l’investissement productif. Or, cette hausse entraîne mécaniquement une hausse du PIB, ce qui nous fournit un troisième et définitif état du PIB et donc par comparaison un aperçu de la croissance.
L’impact des différentes hypothèses d’explosion de la zone Euro sur le taux d’inflation – et donc sur le taux de change réel – s’avère être important et se révèle l’un des principaux facteurs engendrant les résultats du modèle. Néanmoins, on observe un fort mécanisme de convergence des taux d’inflation dans le temps, quelles que soient les hypothèses de situation adoptées (H1, H2 ou H3). La convergence de l’inflation est la plus marquée dans l’hypothèse H1 et l’hypothèse H3. L’hypothèse H2 dite des « deux Euros » se caractérise par une inflation extrê­mement forte pour la Belgique mais aussi pour l’Irlande. Inversement, l’hypo­thèse H3 – explosion « non contrôlée » – aurait un fort effet déflationniste sur la Belgique et un effet inflationniste très faible sur l’Irlande. L’impact de la disso­lution de la zone Euro sur la croissance des différents pays est immédiat. Si l’on considère uniquement les effets directs sur les deux premières années, on voit que les pays de l’Europe du Sud sont largement avantagés. Dans l’hypothèse H3 on constate un recul de 4% du PIB de l’Allemagne sur deux années. A l’inverse, on observe toujours sur deux années de forts taux de croissance tant pour la France, l’Espagne et l’Italie que pour la Grèce (+19%) et le Portugal (+15%). En fait, quelle que soit l’hypothèse retenue, une dissolution de l’Euro ne se ferait pas au détriment des pays de l’Europe du Sud mais bien au détriment de l’Allemagne dont le PIB baisserait par effet direct de 1,7% à 4% sur deux ans.
II. Une forte croissance pour l’économie française
Le passage du calcul des taux de croissance pour la France de l’effet direct à la somme des effets indirects implique naturellement de prendre en compte les dif­férences de politique économique que l’on a représentées sous la forme de trois options : (a) (« pro-consommation »), (b) (« pro-investissement ») et (c) (« pro-­réduction des déf-cits »). Nous obtenons donc un ensemble de neuf trajectoires qui seront ensuite comparées sous leurs différents aspects. Ce cumul des effets a des résultats spectaculaires. On constate alors que l’option (b) dite « pro-investissement » est celle qui engendre la croissance la plus forte dans les trois hypothèses de taux de change. L’écart de croissance est le plus important entre l’option (b) et l’option (c) qui apparaît dans le moyen terme (cinq périodes de douze mois chacune) comme la plus mauvaise. Suivant les hypothèses de taux de change, cet écart varie de 11,3 points à 11,55 points de croissance. L’option (c) donne les plus mauvais résultats sauf dans le cas d’une option « pro-investissement » à court terme (deux ans), mais elle décline ensuite rapidement. En fait, la combinaison d’une stratégie pro-investissement de type (b) aboutit à des résultats très compa­rables dans les hypothèses H2 et H3. Globalement, l’hypothèse H3 semble même préférable à l’hypothèse H2.
La hausse du PIB est en partie entraînée par l’accroissement des exportations et l’existence d’une balance commerciale excédentaire. Or, les produits manufactu­rés sont ceux dont les exportations augmenteraient le plus. Dans le même temps, il est clair que la baisse des coûts apparents induit une dévaluation, en particulier en comparaison avec l’Allemagne, et entraînerait un mouvement de délocalisa­tion vers la France et un mouvement de relocalisation en France d’une partie des activités de sous-traitance. Il semble évident que l’industrie, au sens large et avec les services associés, sera la grande bénéficiaire de cette situation créée par la sor­tie de l’Euro et la dévaluation. On peut donc estimer l’impact sur l’industrie de ces scenarii à un taux de croissance – pour ce secteur – égal à 1,5 à 2 fois le taux de croissance du PIB. En fait, l’expérience historique montre une relation stable entre la croissance du PIB et la croissance de la production industrielle d’environ 1,8 sur la période 1992-2013. Dans ces conditions, et sur la base de ce coefficient, la part de l’industrie manufacturière (hors services associés) en France dans le PIB passerait de 11,1% du PIB à 11,7% dans la plus mauvaise des trajectoires, et à 12,7% dans les meilleures des trajectoires. La dévaluation consécutive à l’ex­plosion ou à la dissolution de la zone Euro effacerait les évolutions que l’on a connues depuis les années 2004-2005.
L’effet de la forte croissance du PIB engendrée par le cumul des effets directs et indirects d’une forte dévaluation devrait être très important sur l’emploi et le chômage. Nous avons pris ici l’hypothèse que toute croissance supérieure à 1,3% la première année et à 1,5% les années suivantes induisait des créations d’emploi au prorata de la croissance. Ces hypothèses entraînent des mouvements de réduc­tion du chômage qui sont très forts au cours des deux premières périodes. La création d’emplois pouvant même, dans certains des scenarii, épuiser les réserves de travail existantes. C’est un bouleversement considérable pour la société fran­çaise qui retrouverait ainsi une situation de chômage modéré voire faible. Les conséquences de ce bouleversement sur l’équilibre des différents budgets sociaux – maladie, retraite – sont potentiellement considérables.
Les options de politique économique favorisant la réduction la plus rapide de la dette (option c) engendrent en réalité les résultats les plus mauvais (le neu­vième, huitième et sixième) tandis que les options (a) et (b) de l’hypothèse H3 et l’option (b) de l’hypothèse H2 fournissent les meilleurs résultats. Ce résultat n’est paradoxal qu’en apparence. Le poids de la dette dans le PIB dépend du taux de croissance. Or, on verra que les options de type (c) sont celles qui engendrent la croissance la plus faible. Dans toutes les hypothèses, l’option pro-investisse-ment (b) s’avère plus intéressante que l’option de réduction des déficits (c). Une première conclusion s’impose : en cas d’explosion de l’Euro, quelle que soit l’hy­pothèse dans laquelle on se place, le gouvernement a tout intérêt à retenir une option « pro-investissement » (b). Si l’hypothèse coopérative H2 dite des « deux Euros » est intéressante pour la France, elle présente en revanche des problèmes insurmontables pour les autres pays censés être membres de « l’Euro du Sud ».
Les trajectoires que l’on a étudiées ici partent de la constatation que l’Euro n’est plus viable dans sa forme actuelle. Elles fournissent cependant des indications sur la possibilité de conserver, à terme, une « monnaie commune » venant s’ajouter aux monnaies nationales. La constitution d’une « monnaie commune » venant s’ajouter aux monnaies nationales pourrait être une solution logique, dans la mesure où elle n’interfèrerait pas dans la possibilité de flexibilité des changes mais en réglementerait la modalité d’application. Le passage à une telle solution serait d’autant plus facile que le cadre réglementaire encadrant les marchés financiers serait maintenu, au moins en partie.
III. Le problème de la « monnaie commune »
Une dissolution de l’Euro pose le problème des monnaies de réserve utilisées tant par les Banques Centrales que par des agents privés. Il faut donc dans un premier temps revenir sur les conséquences de l’introduction de l’Euro sur la situation internationale. Le système monétaire international est ainsi passé dans les années 2000 d’une situation d’oligopole dominée par le Dollar à une situation de quasi-duopole, ici encore dominée par le Dollar. C’est cette situation qui semble être aujourd’hui en train de s’effondrer et ce alors que l’Euro est toujours présent.
On constate en effet plusieurs phénomènes. D’une part, l’effondrement des « autres monnaies », effondrement dû pour l’essentiel à la chute du Yen japonais et des autres monnaies européennes servant de monnaies de réserve. Ce sont ces monnaies qui ont le plus souffert de l’introduction de l’Euro. D’autre part, avant la mise en place de l’Euro, le Deutsche Mark jouait un rôle non négligeable, qu’il devrait retrouver après la dissolution. On constate aussi que dans la phase du passage de l’Euro scriptural à l’Euro fiduciaire, la part du Dollar américain a aug­menté.
En fait, l’aspect le plus intéressant de l’évolution actuelle est que la chute de l’Euro depuis 2010 ne se fait pas tant en faveur du Dollar, comme on aurait pu s’y attendre et peut-être le craindre, mais en faveur des « autres monnaies ». Néan­moins, la composition de ce groupe – comprenant essentiellement des monnaies de la zone Asie-Pacifque – a radicalement changé et s’est largement renforcé depuis la crise de 2007-2008.
Le Deutsche Mark devrait donc retrouver et même améliorer sa position de 1995, et représenter entre 16% et 18% des réserves. Les « autres monnaies » devraient atteindre, quant à elles, environ 18% à 20%, avec une forte hausse des « nouvelles monnaies », qui pourraient représenter 11 à 13% du total. Le Franc Français devrait au moins retrouver sa position de 1995 avec 2% du total. Il n’est cependant pas impossible – et les mouvements sur les taux d’intérêts que l’on constate aujourd’hui rendent plausible cette hypothèse – qu’il puisse mon­ter vers 4% à 5%.
I V. Les conséquences de la dissolution de la zone Euro
La dissolution de la zone Euro et les mouvements de parité relative des monnaies vont entraîner des modifications non négligeables dans la structure des chaînes de valeur concernant des produits fabriqués dans la zone Euro. Dans le cas d’Air­bus, le prix de l’avion théorique baisse à la suite de l’éclatement de la zone Euro sous l’effet de la forte variation des parités relatives. Le renchérissement – par rap­port au Dollar – du nouveau Deutsche Mark est en effet plus que compensé par la baisse de valeur du Franc, de la Lire et de la Peseta. La baisse du prix (en Dollar) sur le marché mondial va de 4,4% du prix initial à 3,6%. Les hypothèses coopé­ratives H2 et non-coopératives H3 donnent en fait des résultats plus mauvais que l’hypothèse modérément coopérative H1. Cela n’est cependant vrai que pour la première année. Or les parités relatives se déforment dans le temps.
L’évolution dans le temps des parités relatives sous l’effet de l’inflation a des effets très positifs sur le prix total. Ce dernier va baisser d’un peu moins de 10 points de pourcentage au bout de 5 ans.
Si l’on considère l’industrie automobile, on constate que les chaînes de valeur varient énormément suivant les modèles produits et suivant les firmes qui seront concernées. De ce point de vue, il y a des différences notables entre la situation du groupe Renault et de PSA. Certaines productions de sous-ensembles – moteurs et transmission – sont communes à plusieurs modèles et à plusieurs firmes. Même si l’on peut considérer aujourd’hui que les effets de la dissolution de l’Euro seront favorables à une firme comme PSA, l’évaluation de l’impact global de la dissolu­tion de l’Euro sur cette situation sera importante.
La capacité des banques et des compagnies d’assurance à résister à une disso­lution de la zone Euro constitue l’une des principales interrogations soulevées par cette éventualité. La situation des banques a soulevé une certaine inquiétude car ces dernières ont déjà fait l’objet d’un plan d’aide de grande ampleur à la suite de la crise de 2008. Celle des compagnies d’assurance est aussi un sujet de préoccupation. Pour la France, une dissolution de la zone Euro coûterait à l’en­semble du secteur bancaire de 3,5 milliards à 5,5 milliards suivant les scenarii. En ce qui concerne les compagnies d’assurance, elles se sont recentrées sur le marché français et ont cherché à fonder le développement de leurs activités dans les pays potentiellement « à risque » sur une collecte de l’épargne. Les pertes potentielles seront limitées mais pourront exiger une intervention de l’État en soutien aux compagnies d’assurance.
La dissolution de la zone Euro et l’évolution des parités des taux de change qui en découlera sera l’acte fondateur d’un redéploiement tant interne qu’externe de l’économie française. Cet acte devrait entraîner l’arrêt du processus de désindustrialisation de notre pays mais aussi une rupture importante avec de longues années de très faible croissance, de chômage de masse et de détérioration conti­nue de notre système social.
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CONCLUSION
L’étude présentée permet, dans les limites de la modélisation, de tirer un certain nombre de conclusions qui pourraient servir de base à une politique économique de la France qui soit tournée vers la croissance.
Tout d’abord, un éclatement de l’Euro ne serait nullement une « catastrophe » et n’aurait pas les conséquences dramatiques qui sont généralement mises en avant par les adversaires d’une telle solution.
La dissolution de la zone Euro et le retour au Franc, accompagnés d’une forte déva­luation, laisseraient les revenus et les dépenses réalisés sur le territoire absolument inchangés. Le pouvoir d’achat dans les biens et services produits sur le terri­toire ne serait pas modifié. La « valeur » des comptes bancaires ne serait pas dévaluée comme certains l’affirment. Pour ce qui est des produits importés, certains – d’origine allemande ou venant de la zone Dollar – augmenteraient et d’autres – venant d’Italie et d’Espagne – baisseraient. Au total, l’inflation -même dans l’hypothèse d’une indexation des salaires et des pensions – n’ex­cèderait pas 5% la première année et 4% la deuxième. Elle reviendrait rapi­dement vers son niveau structurel. Les hypothèses retenues dans ce modèle ont d’ailleurs été volontairement pessimistes sur le taux d’inflation.
Cependant, un strict contrôle des capitaux devrait être mis en place pour gérer cette dévaluation. Il pourrait s’inspirer des mesures prises par le gouverne­ment chypriote avec l’accord de l’Union européenne et de la zone Euro.
Le poids de la dette diminuerait rapidement tandis que le déficit résiduel des dépenses publiques pourrait parfaitement être couvert par l’épargne nationale. On remarque d’ailleurs que le poids de la dette baisse d’autant plus vite que l’on ne fait pas de la réduction de la dette une priorité de politique économique. Ce paradoxe s’explique par l’impact du taux de croissance – et du taux d’infla­tion – sur le calcul du ratio Dette/PIB qui se fait aux prix courants. La France pourrait ainsi stabiliser sa dette publique entre 75% et 80% de son PIB.Le gain en croissance et en emploi serait spectaculaire. Selon les hypothèses et les options de politique économique retenues, on obtiendrait une croissance allant de 8% à 21% sur les quatre années consécutives à la dissolution de l’Euro et à la dévaluation du Franc. L’option d’une politique économique en faveur de l’investissement (option b) est de loin la plus intéressante et donne les meilleurs résultats. Les effets sur l’emploi seraient très importants. À partir d’un niveau de 3,2 millions de chômeurs (catégorie A), on passerait à la troisième année après la dissolution de l’euro et la dévaluation au pire à 2,2 millions et plus raisonnablement à un niveau entre 1,5 et 1,2 millions de chômeurs. Les effets sur les comptes sociaux seraient eux aussi absolument spectaculaires. Les comptes de l’assurance chômage et de l’assurance maladie redeviendraient positifs, voire selon les hypothèses massivement positifs.
A court terme, la valeur du patrimoine des ménages serait affectée en fonction de la composition de ce patrimoine, mais à moyen terme retrouverait sa valeur.
De même l’épargne sous forme d’assurance-vie pourrait perdre de 3 à 5% la première année et 2% la deuxième, mais se rétablirait au bout de cinq ans. Les placements immobiliers connaîtraient probablement une hausse en raison de l’accroissement de l’activité économique.
Le taux d’imposition général de l’économie française pourrait lui aussi baisser, compte tenu des « gains » mécaniques qu’engendreraient la forte croissance et l’inflation pour les recettes fiscales. Le taux d’imposition général de l’écono­mie, qui est de 45% du PIB aujourd’hui pourrait passer à 43% voire 41% dans un délai de cinq ans.
Par ailleurs, une dissolution de la zone Euro et une forte dévaluation auraient des effets très bénéfiques sur l’industrie française, qui non seulement aug­menterait ses exportations et sa production mais surtout redeviendrait un secteur très attractif pour les investissements français comme étrangers.
Néanmoins, la dissolution de l’Euro et la dévaluation ne résoudraient pas tout. Subsisteraient d’importants problèmes qui nécessiteraient des actions spécifiques de politique économique. La mise en place d’un contrôle des changes implique­rait une réforme en profondeur des banques et des assurances, et plus générale­ment un accroissement du contrôle de l’État, direct et indirect, sur ce secteur. L’un des effets induits par une dissolution de l’Euro puis par une dévaluation pourrait être une « dé-financiarisation » de l’économie française. Qu’il le veuille ou non, le gouvernement français sera contraint de mettre fn à la grande libéralisation fnancière qui a commencé dans les années 1980.
Pour pouvoir tirer tout le parti d’une dévaluation, un programme de développe­ment industriel et économique devra être établi en coopération avec les entre­prises. C’est implicitement ce que nous décrivons dans l’option b de politique économique dite « pro-investissement ». Cela impliquera une définition du cadre de la stratégie générale des firmes à l’horizon de 2025 ou 2030. De même, les dispositifs de soutien et de promotion de l’innovation devront être repensés. L’opportunité pour que ce redémarrage de l’industrie française ne se fasse pas « à l’identique » doit être saisie.
La formation professionnelle et la formation continue devront très probablement être réformées pour que l’économie française puisse résorber rapidement le chô­mage. Attirons ici l’attention du lecteur sur le fait que les évolutions, certes très favorables, de l’emploi dans nos scenarii supposent un ajustement quasi-parfait de l’offre à la demande. Si l’on veut éviter des tensions inflationnistes indues et si l’on veut profiter pleinement des opportunités ouvertes par une dissolution de l’Euro et par une dévaluation, un effort particulier concernant la formation devra être consenti.
Enfin, la question de la coordination monétaire entre les pays européens devra être repensée. L’adoption par une majorité voire par la totalité d’entre eux de mécanismes de contrôle des capitaux rendra plus facile l’émergence d’une coor­dination des fluctuations des taux de change. L’émergence d’une monnaie com­mune destinée aux échanges avec le reste du monde pourrait alors voir le jour et servir de base à une refondation du Système monétaire international.
Il apparaît donc clairement que la dissolution de l’Euro et une forte dévaluation sont de nature à fournir le « choc de compétitivité » dont l’économie française a besoin. Toutefois, une telle relance ne pourra se faire sur une trajectoire identique à celle du passé et impliquera de tous les acteurs, tant privés que publics, un effort d’imagination pour penser et construire notre pays. En cela, si la dissolution de l’Euro n’est pas une condition suffisante, elle est indiscutablement une condition nécessaire.
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15 commentaires pour 288 – Scenarii dissolution de l’euro

  1. Hadrien dit :

    UN OUBLI…

    Le billet ci-dessus n’étant pas signé, on est en droit de se méprendre sur l’auteur, qui pourrait être logiquement le même que celui du blog.
    Signalons donc, pour ceux qui liraient sans le téléchargement indiqué, que c’est Jacques Sapir qui parle de son opuscule paru en septembre 2013:
    Sapir J., et P. Murer (avec la contribution de C. Durand) :
    Les scenarii de la dissolution de l’Euro, Étude de la Fondation Res Publica, septembre 2013, Paris, 88p.

    Cet oubli sans conséquence n’ayant évidemment rien de volontaire, cela me permet d’en évoquer un autre, qui n’est pas du même genre, celui de BERNARD MARIS dont nous avons évoqué, en commentaire du billet précédent, la position ambigüe quant à son « virage de cuti » sur la même question de l’euro…
    Car il restait encore l’essentiel à dévoiler:
    Si Bernard Maris n’a guère développé sa thèse en direct dans l’émission « Mots croisés » rapportée, sans doute était-ce, dira-t-on, pour en réserver la primeur aux lecteurs de sa chronique suivante dans Charlie hebdo, où il écrit en effet le mercredi suivant JE VIRE MA CUTI (Partie 2), sans citer aucune source :

    » Le sophisme de BENOIST APPARU
    Avant d’envisager de sortir de l’euro, il faut réfuter le sophisme de Benoist Apparu. Sur une chaîne de télé, il dit : « La dette française est de 2000 milliards (dont 1300 milliards sont détenus par des étrangers). Sortir de l’euro dévalue l’eurofranc (la nouvelle monnaie) de 25 %. Automatiquement, on doit 400 milliards de plus. Autrement dit, un budget annuel de l’Etat. Donc on ne peut pas sortir, CQFD.
    Sauf que c’est faux. La dette, le jour où l’on sort de l’euro, n’est plus libellée en euros, mais en eurofrancs. Donc on doit illico 2000 milliards d’eurofrancs. Et on rembourse en eurofrancs émis par la Banque de France.
    Le 15 août 1971, Richard Nixon a aboli la convertibilité du dollar, pourtant garanti urbi et orbi 35 dollars l’once d’or…
    Pour passer en douce de l’euro à l’eurofranc, encore faut-il que les dettes publiques françaises dépendent de juridictions françaises. Est-ce le cas ? Oui, à 93 %. 93 % des contreparties de la dette, des OAT (Obligations Assimilables du Trésor, les bons entre cinq et cinquante ans émis par le Trésor et garantis par l’Etat), sont de droit français.
    Il n’en va pas de même pour les banques et pour les entreprises : elles sont endettées pour 300 milliards d’euros, et sont soumises au droit luxembourgeois, au droit britannique et, pour certaines, au droit des îles Caïmans.
    Donc il faudrait refinancer les banques et les entreprises en eurofrancs, afin de leur permettre de rembourser leurs dettes…
    Mais alors … l’inflation ? »
    Charlie Hebdo, mercredi 16 avril 2014, page 6 (A suivre)

    Or, cette démonstration si inspirée, tout comme sa conclusion annoncée le mercredi précédent, est intégralement tirée (jusque dans ses justificatifs) d’un ouvrage qui venait de paraître « CASSER L’EURO POUR SAUVER L’EUROPE » (Editions LLL, dépot légal avril 2014), plus particulièrement dans la partie qu’y développent les quatre auteurs (Franck Dedieu, Benjamin Masse-Stamberger, Béatrice Mathieu, Laura Raim) :

    » Le député UMP de la Marne BENOIST APPARU…
    sur le plateau de France 2, lors d’une émission [antécédente] « Mots croisés », prend la parole et propose sur le ton du maître d’école « un petit calcul très simple » à peu près en ces termes:
    « La dette française se monte à 2000 milliards d’euros… Sortir de l’euro actuel pour choisir un franc dévalué de 25% renchérit d’autant notre dette. Il faudra rembourser 400 milliards d’euros supplémentaires du jour au lendemain ».
    Et voilà, CQFD… Benoist Apparu, lui, sait.
    Et pourtant… Un État peut à discrétion modifier le libellé de sa dette sans en affecter sa valeur nominale. En d’autres termes « un emprunt d’État remboursable à 1000 euros sera remboursé 1000 euro-francs » résume Jean-Pierre Gérard, ancien membre du Conseil monétaire de la Banque de France [dont Bernard Maris est membre du Conseil général, depuis sa nomination par l’actuel président du Sénat Jean-Pierre Bel].
    Ainsi les États-Unis quand, le 15 août 1971, le président Nixon décide unilatéralement de suspendre la convertibilité du dollar en or, pourtant garantie mordicus à tous les créanciers sur la base de 35 dollars l’once…
    « Pour changer de monnaie en cours de route, un État doit s’assurer que ses dettes dépendent bien de sa juridiction » prévient Thomas Lambert
    Réponse: oui… 93% des OAT bénéficient de la rassurante estampille « made in France ».
    Les choses se compliquent en revanche pour les obligations en euros émises par les entreprises et les banques.
    « Au total, environ 300 milliards d’euros détenus posent problème » calcule Thomas Lambert ».
    Une solution consisterait à négocier les dettes des entreprises… en euros. Alternative beaucoup plus avantageuse: la monnaie commune [et non unique] mélange des monnaies dévaluées (euro-peseta, euro-franc…) avec des monnaies réévaluées (euro-mark, euro-florin…) »
    C’était la partie: La dette ne va-t-elle pas exploser ? (pp. 204-208)
    Suit, quelques pages plus loin, la partie:
    « L’inflation ne va-t-elle pas faire son grand retour ? »
    Chapitre « La vie après la monnaie unique » dans « Casser l’euro… » (Ed. LLL, dépot légal avril 2014)

    Ce plagiat qui ne dit pas son nom est d’autant plus regrettable que les auteurs plagiés ont pris soin, pour leur part, de donner toutes leurs sources, dont Sapir, et plus particulièrement FRÉDÉRIC LORDON pour le détail d’architecture d’une monnaie commune dont la description figure dans son dernier livre, à peine antécédent:
    » LA MALFAÇON « , Sous-titre: « Monnaie européenne et souveraineté démocratique » (Ed LLL, dépôt légal mars 2014)
    Ainsi peut-on lire des dits auteurs, dans leur partie « De la monnaie unique à la monnaie commune », ce résumé fidèle:
    « Comme dans le SME, les monnaies nationales européennes sont définies selon un taux de change fixe mais ajustable… par rapport à l’euro.
    En revanche, la convertibilité interne (entre monnaies nationales européennes) s’effectue au seul guichet de la BCE,
    au taux fixe en vigueur… La convertibilité directe entre monnaies ne peut plus s’effectuer.
    La convertibilité dite « externe », par exemple entre l’euro-franc et le dollar, s’effectue en deux temps: d’abord une conversion « de guichet » via la BCE à taux fixe euro-franc / euro, puis une conversion « de marché » euro / dollar. L’euro continue de flotter sur les marchés des changes internationaux, mais son cours est relativement stable puisqu’il bénéficie d’un effet de péréquation entre les États membres.
    Et les auteurs de citer London:
    – l’absence de marché des changes [interne] sera toujours plus efficace contre les effets de mouvement de capitaux que n’importe quel dispositif de contrôle des capitaux.

    Nul doute que l’on retrouvera tous ces éléments à la lecture des prochaines chroniques de Bernard Maris dans Charlie hebdo…

    N.B. Ce n’est pas la première fois que Lordon est ainsi spolié par Maris, à pareille date de printemps:
    Il suffit de consulter sa chronique « Dehors l’Allemagne » sur France inter, en avril 2010:
    http://www.franceinter.fr/blog-bernard-maris-dehors-l-allemagne
    A comparer avec le billet « pionnier » de Lordon sur son blog, un mois auparavant:
    http://blog.mondediplo.net/2010-03-29-Ce-n-est-pas-la-Grece-qu-il-faut-exclure-c-est-l

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  2. postjorion dit :

    Merci concernant le « moi-même » malvenu, c’est corrigé 😉

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  3. Hadrien dit :

    Pour en finir avec Bernard Maris, signalons que sa quatrième chronique de récent converti à la sortie de l’euro, en date du 30 avril, corrige à peine l’ oubli… par la simple note de bas de page en réponse au courrier des lecteurs, et sans nom d’auteurs :
    – « Sur la crise de l’euro: Casser l’euro pour sauver l’Europe, LLL (Les liens qui libèrent). Le meilleur livre à mon sens. »
    Signé: Oncle B.

    C’est, cette fois, faire injure aux nombreux auteurs qui se sont succédés avant cela, et dont le livre sus-cité a surtout pour mérite d’être le plus récent parce que le dernier… pour l’instant.
    Complétons la bibliographie de Bernard Maris, ne serait-ce que de l’après-crise, en rappelant, outre l’opuscule de ce billet:

    – Christian St-Étienne: La fin de l’euro, François Bourin éditeur, 2009
    – Alain Cotta: Sortir de l’euro ou mourrir à petit feu, Plon, 2010
    – Jean Jacques Rosa: L’euro: comment s’en débarrasser, Grasset, 2011
    – Jacques Nikonoff: Sortons de l’euro, Éditions de minuit, 2011
    – Jacques Sapir: Doit-on sortir de l’euro ?, Seuil, 2012
    – Jean Pierre Vesperini: L’euro, Dalloz, 2012
    – Cedric Durand et al. : En finir avec l’Europe, Ed. La fabrique, 2013
    – Frédéric Lordon: La malfaçon, Monnaie européenne et souveraineté démocratique, LLL 2013

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  4. brunoarf dit :

    Le peuple français est en train de basculer.

    Malgré la propagande des médias français, le peuple commence à comprendre que la construction européenne n’est pas du tout ce qu’on lui raconte.

    Les sondages de mai 2014 sont très intéressants : l’opinion publique est en train de se retourner.

    Le vent tourne.

    Vendredi 9 mai 2014 :

    SONDAGE. Quatre Français sur cinq n’ont plus confiance en l’Europe.

    A l’occasion de la journée de l’Europe, retrouvez ce vendredi dans vos éditions Nice-Matin, Var-matin et Corse-Matin, un sondage sur la perception qu’ont les Français de l’Union Européenne.

    Les eurosceptiques sont de plus en plus nombreux.

    L’étude, menée par l’institut CSA pour Nice-Matin et BFMTV, montre l’accroissement de la défiance des Français à l’égard de l’Europe.

    A la question : « Diriez-vous que l’appartenance de la France à l’Union Européenne est une bonne ou une mauvaise chose? », 38% des sondés y voient une mauvaise chose (dont 10% une très mauvaise chose). 51% des sondés y voient une bonne chose (dont 9% une très bonne chose).

    Dix ans plus tôt, on comptait seulement 25% d’eurosceptiques.

    Parmi les grandes inquiétudes des sondés : l’augmentation du chômage, la diminution de la protection sociale, l’augmentation du nombre d’immigrés due à l’espace Schengen, ou encore la perte de leur identité nationale ou leur culture.

    Ils sont 47% à préférer un renforcement des pouvoirs de décision des Etats membres, quitte à limiter ceux de l’Union Européenne.

    Une Union Européenne qu’ils jugent, en grande majorité, trop éloignée de leurs préoccupations quotidiennes (78%) et trop occupée « à faire des règlements tatillons sans raison » (72%).

    A l’occasion du 69e anniversaire de la victoire des alliés sur l’Allemagne nazie ce jeudi, François Hollande a lancé un véritable plaidoyer en faveur d’une Union « du progrès ». Dans une tribune publiée par Le Monde, le chef de l’Etat met en garde les Français contre la tentation de sortir de l’Europe, qui selon lui serait synonyme de « sortir de l’Histoire ».

    http://www.nicematin.com/derniere-minute/sondage-quatre-francais-sur-cinq-nont-plus-confiance-en-leurope.1728611.html

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  5. Saint-Maurice dit :

    Les USA, la GB, doivent bien rigoler, eux, ils ne trouvent pas que le problème c’est l’euro….

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  6. Saint-Maurice dit :

    On en revient toujours aux mêmes histoires, A l’époque du franc, ce n’était pas mieux, et le japon c’est l’euro son problème ?

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    • Hadrien dit :

      Effectivement, les USA et la GB rigolent:

      Les USA ont une Fed qui a monétisé à outrance… ce qui affaiblit le dollar face à l’euro.
      La GB a dévalué en temps utile de 30%, et a abandonné l’austérité (déficit de relance actuel: 6-8%)
      Quant au Japon, c’est précisément pour avoir trop longtemps eu la même politique monétaire que l’euro qu’il a beaucoup de peine à sortir de la recession.

      Enfin, le franc n’a jamais eu ces inconvénients: malgré (ou grâce à) nos dévaluations, la croissance de la France égalait (ou surpassait) celle de l’Allemagne avant l’euro:
      + 5,4% en moyenne durant les Trente Glorieuses (le double de la croissance américaine)
      – la moitié,comme l’Allemagne, durant les Trente Piteuses après la « révolution néolibérale » venue des USA et GB.

      —————————————————————————-
      Ci-après, un historique édifiant par sa cassure de 1980 (Révolution conservatrice de Thatcher/Reagan).
      Ces chiffres, tout autant que leur commentaire, sont confirmés par Wikipedia (« Historique des taux d’intérêt réels 1981-2012)
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Taux_d%27int%C3%A9r%C3%AAt_r%C3%A9el

      Voir également: http://www.les-crises.fr/historique-des-taux-souverains/
      (cf « Taux d’intérêt net » au commentaire: Les marchés ouvrant les yeux, les taux vont retrouver leur niveau antérieur – la différence étant que la dette a fortement augmenté depuis, et que le coût des intérêts va s’avérer insupportable…)

      Il est utile de rappeler que la remontée observée, à partir de 1979/80, sur l’inégalité des revenus aux ÉTATS-UNIS (qui a aujourd’hui retrouvé son niveau de la « belle époque » des années 20), correspond à la cassure des taux d’intérêt réels qui fit échouer la gauche unie de mai 81 en France, et provoqua le tournant de la rigueur de 1982/83 !

      HISTORIQUE DES TAUX D’INTÉRÊT RÉELS
      http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?codeTheme=2&codeStat=NY.GDP.MKTP.KD.ZG&codePays=FRA&codeTheme2=2&codeStat2=FR.INR.RINR&codePays2=FRA

      FRANCE
      1961 0,10
      1962 -1,12
      1963 -2,70
      1964 -0,38
      1965 0,66
      1966 0,44
      1967 0,16
      1968 -0,06
      1969 0,28
      1970 2,60
      1971 0,98
      1972 -0,49
      1973 0,77
      1974 0,58
      1975 -3,20
      1976 -1,57
      1977 0,60
      1978 -0,11
      1979 -0,40
      1980 0,93 <—— Révolution conservatrice (Volcker,Thatcher ———————-1979, Reagan 1980)
      1981 2,35
      1982 1,36
      1983 2,30
      1984 4,72
      1985 5,39
      1986 4,45
      1987 6,86
      1988 5,96
      1989 6,38
      1990 7,61
      1991 7,37
      1992 7,91
      1993 7,02
      1994 6,69
      1995 6,80
      1996 5,23
      1997 5,38
      1998 5,46
      1999 6,17
      2000 5,05
      2001 4,86
      2002 4,29
      2003 4,51
      2004 4,84

      Le lien donné ci-dessus permet (par superposition à l'affichage) de visualiser la nette correlation inversée avec la variable "croissance du PIB", en France.
      La même opération sur l'Allemagne et les États-Unis fait apparaître, en revanche, une relative indépendance des deux: dans le premier cas, en raison d'une politique monétaire invariablement restrictive (taux alors voisins de 10%), dans le second cas, en raison du rôle de monnaie de réserve du dollar…
      Une parfaite démonstration du rôle effectif et différentié de la création monétaire !

      HISTORIQUE (COMPLÉTÉ) DES INÉGALITÉS DE REVENU

      De même, le livre récent de Piketty complète les courbes du billet ci-dessus par celles du centile supérieur des revenus dans divers pays:
      – Les États-Unis sont revenus au niveau des années 20 (16-18%)
      Les courbes d'Europe continentale (Allemagne, France, Suède) et du Japon qui, inversement aux États-Unis, sont restées quasiment insensibles aux changements de taux, en raison de leurs politiques sociales et fiscales, et n'ont jamais retrouvé les niveaux d'inégalité des années 20.
      A noter toutefois:
      – L'Allemagne est le pays le plus inégalitaire des quatre, avec une part de 10 à 12% du dernier centile supérieur des revenus.
      – France et Japon sont entre 8 et 9%
      -La Suède, entre 4 et 7%

      HISTORIQUE (COMPARÉ) DU CAPITAL PATRIMONIAL DES PAYS
      (en années de revenu national)

      – Les États-Unis, qui n'ont connu aucune des deux guerres sur leur sol, ont un capital national qui, mesuré en années de revenu national, est quasiment identique (4 ans et demi) à celui des années 20.
      – L'Europe, dont la même mesure était supérieure (7 ans) jusqu'en 1910, a vu son capital chuter (à 2 ans et demi) du fait des deux guerres, et remonter après 1950, avec une différence de niveau entre pays depuis la fin des trente glorieuses:
      Capital national en nombres d'années de revenu national (2010)
      Allemagne : 4 ans
      France et Japon : 6 ans
      La reconstitution du capital national est donc d'autant plus proche de son niveau relatif (capital/revenu annuel) des années 20 que le pays est moins inégalitaire… une conclusion qui rejoint toutes celles déjà rencontrées à propos de l'Allemagne, et que Piketty résume ainsi:
      "La valeur des patrimoines privés allemands se situe au début des années 2010 assez sensiblement au dessous des niveaux… français: à peine plus de quatre années de revenu national en Allemagne, contre six années en France.
      En tout état de cause, la majeure partie de l'écart… provient non pas de la différence dans la valeur du stock de logements , mais bien davantage de l'écart concernant la valeur des autres capitaux intérieurs, c'est à dire principalement le capital des entreprises…
      L'écart ne provient pas tant de la plus faible capitalisation immobilière allemande que de la plus faible capitalisation boursière des entreprises (modèle de "stake-holders", au détriment des "share-holders" dans la population) !

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  7. Saint-Maurice dit :

    @Hadrien
    Ta réponse est trop longue pour que je la lise, mais un début qui semble dire qu’aux USA et en GB, tout commence à rouler me fait dire que la commémoration du 8 mai fut dure pour toi…non?
    LOL

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  8. Saint-Maurice dit :

    Tu sais trés bien que c’est en amont de l’euro que sont les vrais problèmes (système de change, absence de réserve en face de la création monétaire, étalon à retrouver (DTS…) et entente mondiale…) pour régler des soucis qui ont commencé bien avant l’euro (depuis que je suis né ce n’est pas terrible..1966…) et puis ce n’est pas une olympiade entre nation car si tout le monde dévalue on fait comment à la fin….?

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    • bebecadum dit :

      100% d’accord.
      La vrai différence entre l’Europe et les USA c’est qu’eux ont les cannons de marine de l’US Navy à leur disposition pour convaincre les récalcitrants.

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  9. Hadrien dit :

    @ Saint-Maurice

    Si ma réponse était trop longue pour que vous la lisiez, j’imagine qu’il en va a fortiori de même pour le billet. Dans un cas comme dans l’autre, je m’interroge sur vos propres réponses expéditives… à un contenu que vous n’avez même pas lu !

    A tout hasard, voici le pré-requis élémentaire à la question que vous croyez pouvoir aborder sans la connaître:

    LES TAUX DE CHANGE ET LEUR FONCTION

    Si les taux de change sont variables ou ajustables (mais non manipulés) et qu’un pays A a une dette commerciale vis à vis d’un pays B, les taux de changes, dans ces théories, varient et donc aussi les prix relatifs des biens échangés ainsi que des salaires de part et d’autre jusqu’à ce que la dette soit annulée.
    Imaginons par exemple que le pays A a une dette en monnaie (b) de 100 unités (importations de A= achats d’une valeur de 100 unités de (b) dans le pays B) vis à vis de B et d’autre part, B a une dette de 1000 en monnaie (a) vis à vis de A; supposons aussi que le taux de change entre (a ) et (b) avant l’établissement des liens commerciaux était : une unité de (b) vaut 2 unités de (a)
    Après les échanges commerciaux, pour équilibrer la balance commerciale, ce taux change et devient : 1 unité de (b) vaut 10 unités de (a).
    Donc 100 unités de (b) = 1000 unités de (a).
    Ainsi, il n’y a pas de dette, la monnaie du pays B s’évalue ainsi que, relativement au pays A, tous les prix dans le pays B, en particulier les salaires.

    Les seuls qui risquent d’y perdre sont les détenteurs de monnaie ou de stocks de biens du pays A ( les capitalistes et banquiers…. qui régissent le monde aujourd’hui).

    Mais si les monnaies sont manipulées ( comme c’est le cas à peu prés partout) ou bloquées par une monnaie unique entre économies différentes (comme c’est le cas en Zone euro), les dettes s’accumulent, les prix et salaires ne s’ajustent pas ce qui permet à des multinationales et à des manipulateurs des taux de change bien informés d’engranger des profits énormes et de semer chômage et misère partout.
    Les bénéfices du commerce inter-national peuvent alors devenir bien inférieurs aux désastres qu’il entraine de sorte que la mise en place de barrières douanières peut être une meilleure solution.

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  10. Saint-Maurice dit :

    Bonjour Hadrien
    Veux tu bien me pardonner pour l’impolitesse de mon commentaire, surtout à toi qui essaye d’expliquer les choses (mais quand même, une réponse (trop) longue ne permet pas de transmettre le message…)
    Le coup des changes fixes n’est à mon avis pas envisagé pour régler les dettes (qui peuvent se faire à posteriori par un institut de compensation dans lequel le pays bénéficiaire pour sa balance commerciale rembourserait le pays déficitaire au sein d’une même zone, cf charte de la havane..) mais pour que les changes ne soient plus réglés par « le marché », ce qui amènerait la possibilité de gérer (une partie) de la quantité de monnaie par autre chose que le marché (car si on flotte dans le marché, faut tout faire avec… le marché…lol)
    Encore pardon Hadrien

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  11. Avocat Meaux dit :

    La dissolution de l’Europe ou de l’euro feront toujours débat. Une sorte de débat sans fin à mon avis. Mais utile à la démocratie.

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