272 – Dette publique 1970 – 2012

Copie sans vergogne de la page  http://monnaie.wikispaces.com/de 1970 à 2012

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Cet article est la traduction d’une publication d’origine de Simon Thorpe sur son blog, en anglais.
Il faut féliciter et remercier Simon Thorpe pour avoir obtenu de l’INSEE des chiffres antérieurs à 1978 qui nous faisaient défaut, ainsi que pour cette présentation simple et percutante.

J’y ai rajouté trois notes en rouge et le graphique que vous trouverez en bas de page

A-J Holbecq

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Dette du secteur public français et paiement des intérêts – l’histoire complète

J’avais vu des graphiques montrer à quoi la dette publique de la France aurait ressemblé si le gouvernement n’avait pas dû payer les intérêt – voyez par exemple le graphique du livre « Money and Sustainability » de Bernard Leitaer. Mais, d’une manière frustrante, les graphiques avaient toujours 1978, comme origine, et il été dit qu’il était difficile ou impossible d’obtenir les chiffres antérieurs.
Cependant, après qu’une longue série d’échanges avec des personnes à l’INSEE, j’ai pu remonter l’historique complet pour la période à partir de 1970 à aujourd’hui. Initialement l’INSEE m’a dit qu’il n’avait pas ces chiffres mais après un peu de la pression de ma part, l’ensemble complet peut maintenant être révélé au monde ! Les voici.

thorpe 1

Vous pouvez voir que la dette publique de 25 milliard d’euros en 1970 a grimpé jusqu’à 1833 milliard d’euros fin 2012. Ceci correspond à une augmentation en pourcentage du PIB d’environ 20% en 1970 à plus de 90% fin 2012. Intéressant, ce pourcentage a chuté vers 11-12% à partir de 1973 jusqu’en 1977, essentiellement parce que l’économie était en croissance (comme montré par l’augmentation du PIB).
Mais d’autre part, le coût du paiements des intérêts a cru brutalement. En 1973, quand Pompidou et Giscard ont passé leur loi célèbre qui a empêché [ Note 1] l’emprunt de gouvernement de Banque de France, les paiements des intérêts sur la dette publique étaient un petit 0,57% du PIB. Mais ces paiements des intérêts ont coûté de plus en plus tous les ans, atteignant une crête de 3,73% du PIB en 1996. Depuis lors, ce pourcentage a chuté d’un peu – de l’ordre de 2,72% du PIB fin 2011 (j’attends les chiffres officiels pour 2012, c’est pourquoi le chiffre en rouge est juste une évaluation).

Le graphique ci-dessous montre l’augmentation de la dette publique pour la période 1970 -2012 en pourcentage du PIB (voyez la courbe rouge). Mais j’ai pensé qu’il pourrait y avoir une manière amusante de regarder deux autres scénarios possibles. La courbe pourpre montre comment la dette de niveau aurait changé si le gouvernement n’avait pas du payer des intérêts chaque année. Comme vous pouvez voir, bien que le niveau ait augmenté un peu récemment environ à 30% (essentiellement en raison de la crise financière en 2008-9 et du coût du sauvetage des banques), pour presque toute la période de quarante ans, le niveau de la dette publique serait bien resté en-dessous de 20%, avec deux plus bas à 11% en 2001 et environ 13% en 2006-7.

Mais il y a une autre courbe – celle en bleu. C’est ce qui se serait produit si, au lieu de payer des intérêts au secteur bancaire, le même montant d’argent avait été employé pour rembourser la dette publique. Comme vous pouvez voir, si le gouvernement avait fait cela, la dette publique entière aurait été amortie en 1987. Et depuis lors, le gouvernement aurait connu un excédent. Il pourrait avoir coupé les impôts, investissement accru dans l’énergie, transport, logement ou quoi que ce soit. [Note 2]

thorpe 2

Pour moi, ces courbes démontrent la folie complète d’un système dans lequel des gouvernements sont forcés pour emprunter l’argent aux banques commerciales pour payer l’intérêt. Et, n’oubliez pas, les banques commerciales qui prêtent le gouvernement n’ont pas réellement l’argent qu’elles prêtent . Elles le créent juste ex nihilo . C’est folie complète.

Je pense que vous pouvez comparer ce que nous avions fait au cours des quarante dernières années avec un jeune couple qui commencent leur vie ensemble en 1970. Supposons qu’ ils aient gagné autour de 100,000 euros par année. S’ils avaient été raisonnables, ils pourraient avoir acheté une maison et avoir payé leur dette de sorte qu’après 25 ans, la maison ait été à eux. Ils auraient maintenu leurs comptes en équilibre , ils n’auraient jamais laissé leurs factures de carte de crédit s’accumuler, et à la fin de quarante ans, ils pourraient attendre avec intérêt une retraite heureuse.

Le système que nous avions exploité est l’équivalent de dire aux couples – sortez et achetez une maison en utilisant votre carte de crédit. Mais ne vous tracassez pas pour le paiement du prêt. Continuez juste à permettre au niveau de la dette de s’accumuler. Tant que vous ne laissez pas votre niveau de dette personnelle dépasser 60% de votre revenu annuel (c.-à-d. 60,000 euros) tout est très bien.
Bien, oui, c’est très bien. c’ est très bien pour les banquiers qui prêtent les couples l’argent pour payer la maison cette maison qu’ils possèderont jamais réellement. Ils continueront de payer de plus en plus aux banques. C’est un plan fantastique pour les prêteurs. Mais c’est une catastrophe totale pour les jeunes couples. Et c’est également une catastrophe complète pour nos gouvernements élus.
Sûrement, le moment est venu pour un changement de système. Les gouvernements ne devrait simplement pas avoir le droit d’emprunter aux banques commerciales. Et seules les banques centrales devraient avoir la capacité de créer de la nouvelle monnaie.
Simon Thorpe

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[Note 1] En fait cette loi de 1973 n’empêchait pas formellement la Banque de France de prêter à l’État, mais encore fallait-il, avant de présenter ce projet au Parlement, que le Ministre des Finance donc le Premier ministre et le Gouverneur de la Banque de France soient d’accord et souhaitent eux mêmes ce financement direct. Néanmoins cette loi fut précurseur de l’article 104 du Traité de Maastricht qui verrouilla totalement la possibilité des Banques Centrales de prêter directement (donc sans intérêts) aux États

[Note 2] Je ne suis pas tout à fait d’accord avec le raisonnement qui précède. En fait, pendant toutes les périodes où le budget primaire (solde sans les intérêts) est négatif, on ne peut transférer quoi que ce soit pour rembourser la dette. Il n’y a que les années où les soldes primaires sont positifs qu’il est possible de le faire. Dans l’hypothèse ou nous n’aurions pas payé d’intérêts et que les budgets fussent équilibrés, seule une émission directe de la banque de France aurait permis de rembourser le stock (capital) de dette restante. Pour pouvoir construire cette courbe bleue il faudrait repartir des soldes primaires. C’est ce que j’ai fait ici ; http://monnaie.wikispaces.com/Etude+1959-2010.

[ Note 3] En fait pour la partie de la dette détenue par les agents non bancaires en « seconde main » cette assertion est exacte. Mais pour les achats des banques et sociétés financières, puisque le Trésor Public n’accepte que de la monnaie centrale, en fait les banques empruntent à 1 % à la Banque Centrale et achètent des obligations sur lesquelles les États vont devoir leur payer une commission puisque les taux sont plus élevés

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Notre graphique:
dette 1970-2012

De plus, une grande partie de cette dette calculée sans intérêts aurait pu être monétisée directement par la Banque de France tout au long de ces années, sans plus augmenter la masse monétaire que ne l’ont fait les banques commerciales.

En ce cas, nous n’aurions plus de dettes du tout !

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13 commentaires pour 272 – Dette publique 1970 – 2012

  1. Sam dit :

    « Intéressant, ce pourcentage a chuté vers 11-12% à partir de 1973 jusqu’en 1977, essentiellement parce que l’économie était en croissance (comme montré par l’augmentation du PIB). »

    J’ai une autre explication à cela : 1973 – 1977 (en fait 1976) est une période, la seule d’ailleurs depuis 1958, lors de laquelle on a vu monter l’encours des Concours de la Banque de France au Trésor Public. Moyenne annuelle de ces Concours : 8,0 milliards de Francs courants en 1973 / 9,1 milliards en 1974 / 13,5 milliards en 1975 / 15,8 milliards en 1976 (13,5 milliards en 1976).

    A vue de nez, je dirais que ces 8 milliards (et ce passage du simple au double) doivent être du même ordre de grandeur que la variation d’environ 9% de PIB en question.

    Cette variation du niveau des Concours, notamment entre 1973 et 1976, ne provenait pas du tout d’une convention et d’une loi qui auraient augmenté, après 1973 (74), le plafond autorisé (on sait que cela ne sera plus fait depuis) mais simplement d’un mécanisme rendu automatique, reportant sur cette ligne les gains ou pertes de changes de l’État (notamment via le Fonds de Stabilisation des Changes). Or sur cette période, il y a du y avoir dépréciation du Franc, ce qui aurait du se traduire, si je ne m’abuse, par un report de gains en Francs sur la ligne en question.

    Ce serait bien de retraduire vers l’anglais pour lui envoyer les commentaires faits ici.

    Bises,

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  2. Hadrien dit :

    Bravo pour cette belle confirmation au delà de nos frontières !

    J’ai pour ma part laché, sur le blog du blog Ugeux, un abondant brûlot concernant l’autre aspect du problème, c’est à dire extérieur:
    « La vraie sortie de crise pour la zone euro, souligne l’économiste Antoine Brunet, consiste en un protectionnisme douanier européen combiné à des interventions de change de la Banque centrale européenne pour faire baisser l’euro. De la sorte, le commerce extérieur se redresserait, ce qui doperait l’activité et permettrait enfin aux efforts budgétaires de se traduire effectivement par un redressement des finances publiques »

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    QUAND L’AGENCE UGEUX MONTRE LE TRIPLE U…

    Donc, après l’offensive de The Economist, la « Finance démystifiée » porte à son tour sa critique sur la France comme nouvel homme malade de l’Europe (et de la planète globalisée par la même occasion).
    La première n’avait pas échappé à Oncle Bernard (Maris) dont les chroniques consignées dans son dernier livre (Journal d’un économiste en crise, Mai 2013) précisaient en guise d’avertissement au néophyte: The Economist, la revue économique la plus ringarde, la plus réac de chez réac…
    A ceux pour qui un tel auteur, hagiographe de Keynes, serait l’incarnation du mal, nous épargnerons la suite, en y substituant l’avis de H. de Bodinat, aux tout autres références (Docteur en Business Administration de Harvard, créateur et manager d’entreprises: Sony Music, Club Med, etc.), et pour qui l’anémie de la mondialisation suit immédiatement la scepticémie de la finance et l’infection du lobbying, dans l’ordre des sept plaies du capitalisme :

    La mondialisation, c’est le rêve des néolibéraux, l’apogée de l’hypercapitalisme. Il n’y a plus de frontières aux produits et aux services. Plus de sécurité de l’emploi, non plus. La concurrence entres pays est totale. Les usines ferment et les salaires des travailleurs baissent en Occident. Les multinationales délocalisent ou deviennent « fabless », sans usines, réussissant dans tous les cas à faire exploser leurs marges bénéficiaires. La croissance chinoise cannibalise la croissance occidentale. Les riches sont de plus en plus riches, les pauvres grouillent et s’appauvrissent. Le libre-échange est une divinité qui tout doit être sacrifié, hommes, femmes, enfants. Le libre-échange est bon en soi et ceux qui en doutent sont des hérétiques, ou des apostats dépassés.
    Rendue possible par la technologie (occidentale), la mondialisation a été poussée en avant par une poignée de multinationales, accélérée par le fanatisme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), splendidement manipulée à son profit par la Chine, et encensée par le coeur des vierges libérales.
    Les grandes entreprises occidentales gagnent au tirage et au grattage de la loterie mondiale: baisse des coûts de la production délocalisée, pression sur les coûts de la production non délocalisée. Elles sont les alliées les plus sûres des pays pratiquant une stratégie de sous-évaluation de leur devise…
    La Chine a su utiliser avec efficacité l’arme du taux de change, faisant de la mondialisation une guerre que nous sommes en train de perdre. De façon surréaliste, médias et responsables politiques européens se rengorgent de « la force de l’euro », cette force même qui, combinée à la sous-évaluation du yuan, est en train de détruire l’économie européenne.
    Le drame se joue aussi à l’intérieur de l’Europe. l’euro est surévalué pour les pays d’Europe du Sud, l’Allemagne tirant l’euro vers le haut…
    par son dogme de l’orthodoxie monétaire et son entêtement suicidaire,
    rappelle ici Oncle Bernard:
    Les allemands avaient la meilleure machine économique, et ont réussi à s’appauvrir avec Schroeder, qui décide de casser les salaires et de baisser les impôts des firmes pour rendre l’industrie encore plus compétitive. Résultat: l’Allemagne rééquilibre son budjet, devient super-exportatrice… et son niveau de vie s’effondre. Elle ne consomme plus.
    Or, avant l’euro, entre 1950 et 2000, les écarts de compétitivité nationaux pouvaient être corrigés par des variations du cours des devises. Avec l’euro, un tel réajustement est devenu impossible, sinon pour les pays hors zone euro. La surévaluation de l’euro pour la France contribue à expliquer sa dés- industrialisation (si rapide), la fuite des services, ses déficits commerciaux, sa panne de croissance. La croissance et l’emploi, et le niveau de vie des plus pauvres, sont menacés non par une dévaluation éventuelle, mais par la surévaluation actuelle, comme en Grèce aujourd’hui.

    Pas convaincu par la démonstration ?
    On vous la refait, dans le même sens… mais cette fois, avec des gens qui ont vu du pays, et pas non plus des gauchistes:
    F. Dedieu, grand reporter à l’Expansion,
    B. Masse-Stamberger, grand reporter à l’Express
    A. de Tricornot, journaliste au Monde Économie
    Avec la Chine, se met en place une relation « perdant-perdant » (pour les travailleurs de tous pays, comme disait le barbu). Quelques centaines de millions de personnes passent de la misère rurale à la misère (urbaine) d’un emploi indécent, mais payé au-dessus de 1,25 dollar par jour – niveau qui sert de référence aux statistiques internationales sur la très grande pauvreté -, tandis que des pans entiers d’activités manufacturières s’effondrent dans les pays les plus avancés.
    Mais quand l’empire du milieu aura remonté la « chaîne de valeur » et maîtrisera les activités à forte valeur ajoutée, comme elle commence à le faire dans l’aeronautique, l’automobile, le ferroviaire, les équipements de telecoms (ou même le nucléaire), le Yalta économique ne sera pas celui qu’escomptaient les cyniques, ceux qui, après l’adhésion de la Chine à l’OMC, y ont d’abord massivement localisé leurs productions… (Vous vous rappelez? Chez nous ce furent les « privatisées » Airbus, Renault, Alstom et son TGV, Alcatel, …et Areva contre l’avis de Anne Lauvergeon qui fut destituée par Sarkozy).
    En attendant, la course à l’abîme des salaires continue dans la grande ronde mondiale de la recherche du plus bas coût possible.
    La pression sur les salaires est accentuée par une certaine « novlangue » de la mondialisation où seuls comptent les « benchmarks » et la « compétitivité ». « Ne molissons pas dans les efforts d’adaptation, nous enjoint big Brother, sans quoi nous serons irrémédiablement largués dans la compétition mondiale » !
    En Europe, l’Allemagne est le pays qui s’est plié avec le plus d’empressement à ces injonctions darwiniennes, parvenant de ce fait à stimuler ses exportations au prix d’une croissance atone et de salaires gelés (se communiquant à toute l’Europe). La France, demeurée plus rétive à cet embrigadement, a subi les foudres des gardiens du temple et s’est vue taxée de « ringuardise » et de « réticence au changement ». Peu importe que le pays figure parmi les plus productifs au monde, devant l’Allemagne et le Japon [Source: Bureau of Labour Statistics, Ministère fedéral américain du travail].
    La situation a été encore aggravée par les oeillères idéologiques de l’Allemagne: prise dans une fuite en avant darwinienne vers la compétitivité – quitte à sacrifier ses salariés – elle refuse de voir que son modéle n’est ni viable à long terme, ni exportable à la totalité des pays de la zone euro.
    D’une certaine manière, les excédents ne sont en fait que l’autre face des déficits des autres pays euro-péens, dont le modèle repose davantage sur la consommation : en 2010, elle a ainsi réalisé plus de la moitié de ses excédents commerciaux (85 milliards sur 153) avec des pays de la zone euro. Une réalité en contradiction avec la vision fantasmée qu’elle a d’elle-même (et qu’elle communique aux autres) : une grande puissance partant victorieusement à la conquête de l’Asie, quitte à laisser de côté les pays « Club Med » du Sud, inutiles et improductifs.
    L’Allemagne, tout de même, vous ne pouvez pas nier que l’Allemagne…
    Rien, nous rappelle à nouveau Oncle Bernard: elle bénéficie de la force de l’euro, qui devrait s’appeler le mark, elle fait assembler hors zone euro et vend à la France et aux PIGS, ces braves cochons qui la font vivre tout de même…
    Elle a perdu en niveau de vie de sa population de quoi payer ses merveilleuses exportations qui, demain, seront entièrement réalisées par la Chine. qu’est-ce qu’elle croît l’Allemagne? Que les Chinois ne seront pas capables de faire de la conception? De faire de la machine-outil? Elle enrichit ses firmes et appauvrit les Allemands. Quel succès!

    Pas encore tout à fait convaincu?
    Alors, un dernier, pour la route: Patrick Artus, celui-là, vous connaissez?
    Même Mélenchon en parle, et Oncle Bernard l’appelle Patrick-la-science, nous le citant en exemple:
    C’est lui qui, depuis plus de dix ans, a répèté que la pression sur les salaires était intolérable, que les gains de productivité étaient captés par le capital au détriment du travail, et que ce même capital, pour en faire cracher plus encore au travail, organisait délocalisations et restructurations.
    Mais il a fait une remarque judicieuse en pleine crise de 2009: contrairement aux années 30, on ne s’en sortira pas par une hyperinflation et une crise ruinant les créanciers et épongeant toutes les dettes, pourries ou non. Pourquoi? Prce que les salaires chinois sont trop faibles. Tant qu’on balancera du pognon dans le Nord, comme ça se fait aujourd’hui, et qu’on ira en Chine…
    Vous savez de combien la masse monétaire a augmenté dans le monde en un an, disait-il alors? De 120% ! Mais tant que ce pognon ira acheter du chinois, et tant que les salaires chinois n’auront pas rattrapé ceux du Nord, pas d’inflation. Et vous savez par qui sont possédées les entreprises exportatrices chinoises? À 70% par du capital(iste) du Nord !
    Raisonnement keynésien imparable, fait remarquer Oncle Bernard: l’inflation n’existe que dans une économie fermée, or l’économie mondiale reste ouverte sur la Chine, l’Inde, etc.
    Et le CAC investit à fond dans les pays émergents: la croissance des pays émergents fait le CAC (les deux tiers du chiffre d’affaires sont dans les BRICS), et réciproquement. On peut réver en se disant que le CAC conserve ses sièges sociaux et ses centres de recherche en France… Ce n’est même plus vrai. Les grosses entreprises (ex: Renault, Alcatel, etc. en Chine) ont tendance à transférer leur savoir-faire et leur recherche.

    Alors, qui est encore pour la mondialisation, interroge Oncle Bernard? Les doctrinaires libéraux, ceux qui pensent que le fric ne sert qu’à faire plus de fric, si possible en cassant du social ou de l’environnemental. Et il poursuit:
    Depuis longtemps, les économistes savent que le commerce international « libre » (et « parfaitement faussé ») est une bétise. Paul Krugman (récemment), Joseph Stiglitz, et même Paul samuelson (paix à ses cendres libérales), tous sav(ai)ent bien que, dans le commerce mondial, les nations qui triomphent ne sont pas libérales. En France, il reste Alain Minc et Daniel Cohen… qui affirme au blog Alter Eco que les pertes d’emploi sont dues pour 15% à la mondialisation et pour 85% aux gains de productivité… Daniel… Tu n’as pas honte? Tu ne sais pas que les gains de productivité sont réinvestis soit en hausses de salaires, soit en investissements, soit en dividendes? Que la plus forte période de gains de productivité , où les salaires flambaient et le chômage était nul, fut celle des trente glorieuses?

    …LE GOUVERNEMENT AYRAULT VISE LE TRIPLE Â (comme triple Âne)

    Malgré tout cela, en effet, la grande majorité des « experts » (pseudo-économistes médiatiques, responsables politiques) demeurent, ,encore aujourd’hui, favorables à un libre-échange absolu, et à l’éradication la plus complète et minutieuse possible de toutes les barrières, tarifaires ou non.
    Or, derrière l’hubris des banquiers, les folies des traders, on a découvert le mur de la dette: de la dette vouée à couvrir les évolutions de long terme en cours, l’affaissement économique de l’Occident, d’une part, le déclassement de ses classes moyennes, d’autre part. Le savant équilibre, issu de décennies de luttes et de négociations, a été brisé par cette mondialisation sans frein. L’actionnaire, on le sait, a pris le pas sur le salarié. Son pouvoir, qui oeuvre au niveau mondial, a supplanté le pouvoir politique, enserré dans le cadre national. Ce dernier se plie aux exigences des grandes entreprises transnationales, avec une impuissance plus ou moins mâtinée de coups de menton… inopérants.

    Ainsi, aussitôt après l’élection de la nouvelle majorité, le gouvernement « socialiste » mis en place avait déjà renié la plupart des engagements de campagne du nouveau président:
    Le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance de la zone euro (« pacte budgétaire »), tant décrié et promis à renégociation durant la campagne, a été ratifié sans la moindre modification.
    La « TVA sociale » décidée par Nicolas Sarkozy sans avoir été appliquée, tant critiquée au nom de l’inequité pour les classes modestes, a été relancée sous un autre nom.
    Concernant la Finance, présentée comme l’unique véritable adversaire par le candidat présidentiel, elle fut d’abord rassurée par les démentis du même à la puissante « City », et définitivement ralliée lorsqu’elle vit que les réformes entreprises en la matière (séparation des activités bancaires) n’étaient même à la hauteur de celles mises sur pied par le gouvernement conservateur britannique .
    Enfin, cette semaine, celui-là même qui avait déclaré à l’assemblée, lors de la privatisation GDF-Suez, » nous renationaliserons ce service public », se voyait en première page du journal économique Les échos qui titrait:
    « François Hollande relance les privatisations partielles »… dont GDF-Suez.
    Pourquoi partielles? parce que s’adressant à la partie qui ne l’était pas encore, parbleu !
    Mais la mesure la plus emblèmatique est le « crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi » à l’intention des entreprises: un cadeau de 20 milliards d’euros dont dix milliards d’euros dès l’exercice 2013, donc versé en 2014. En comparaison, les 60 000 enseignants promis annuellement, seule dépense en sus montrée du doigt par certains, représentent 2 milliards !
    A celà s’ajoute une baisse supplémentaire des dépenses publiques de 10 milliards , ce qui implique moins de services publics, de protection sociale et d’investissements futurs nécessaires que les ménages devront indirectement assumer !
    Et Hollande d’apparaître aux « guignols de l’info », s’adressant aux lobbies:
    – Vous avez vu, j’ai tout fait bien… Euheuhhh !

    Mises en concurrence avec des salariés payés dix, vingt, parfois cent fois moins qu’elles, les classes moyennes se retrouvent sommées d’être plus compétitives et plus productives , encore et encore; jusqu’à l’épuisement, jusqu’au suicide, parfois, comme on le sait.
    Le dogme a toujours été réaffirmé par le G20 qui, de réunion en réunion, s’est engagé à tout faire pour éviter le protectionnisme ».
    Protectionnisme, le mot est laché…

    « La vraie sortie de crise pour la zone euro, souligne l’économiste Antoine Brunet, consiste en un protectionnisme douanier européen combiné à des interventions de change de la Banque centrale européenne pour faire baisser l’euro. De la sorte, le commerce extérieur se redresserait, ce qui doperait l’activité et permettrait enfin aux efforts budgétaires de se traduire effectivement par un redressement des finances publiques »

    Comme nouveau guide sur le protectionnisme, c’est François Ruffin qui s’y colle avec un autre livre (2011/2013) en forme de journal (intime) sur ses « Pulsions protectionnistes » ou
    LEUR GRANDE TROUILLE :
    De la galerie de spécialistes (JL Gréau, F. Lordon, J. Sapir, E. Todd, etc.) dont il a recueilli ou résumé les propos sur le sujet, ressort en premier lieu son interview de Maurice Allais, notre seul « prix Nobel d’économie », peu avant sa mort:
    – Depuis une quinzaine d’années maintenant, vous menez « le combat passionné d’un homme de science contre la mondialisation »…
    – MA: L’idéologie que j’appelle « libre-échangiste mondialiste » a déjà fait d’innombrables victimes dans le monde entier. Pour une raison simple, empiriquement vérifiée: la mondialisation généralisée des échanges, entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents, entraîne finalement partout, dans les pays développés comme sous-développés, chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Or, cette mondialisation n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.
    – Cette mondialisation, en même temps, elle profite à tous. Il suffit de remplir son chariot au supermarché…
    – MA: C’est oublier que les acheteurs sont également des producteurs qui doivent gagner leur vie et payer des impôts. La contrepartie réelle de ces achats à bas prix est finalement la perte de leur emploi ou la baisse de leurs salaires, et des impôts accrus pour couvrir le coût social du chômage et de la politique de l’emploi. Cette invocation du consommateur, de son bénéfice supposé, sert à masquer d’autres intérêts. Car les groupes dirigeants de l’économie sont devenusde plus en plus riches, alors que les pauvres sont devenus de plus en plus pauvres.
    – Comment expliquer, alors, que cette idéologie libre-échangiste « érronée » domine tant? Que rares soient les intellectuels, et encore plus rares les économistes, à la dénoncer?
    – MA: Toute la construction européenne et tous les traités relatifs à l’économie internationale ont été viciés à leur base par une proposition enseignée et admise sans discussion dans toutes les universités du monde entier: « Le fonctionnement libre et spontané des marchés conduit à une allocation optimale des ressources ». C’est là l’origine et le fondement de toute la doctrine libre-échangiste. son application aveugle et sans réserve à l’échelle mondiale n’a fait qu’engendrer partout désordres et misères.
    Je pourrais conclure avec une citation de Keynes: « La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles , elle est d’échapper aux idées anciennes qui ont poussé leurs ramifications dans tous les recoins de l’esprit des personnes ayant reçu la même formation que la plupart d’entre nous ».
    – Mais à quelles « idées nouvelles », par exemple, songez-vous?
    – MA: Au protectionnisme, qui n’est pas une idée ancienne, mais neuve.
    – Concrètement, comment imaginez-vous cela?
    – MA: Un objectif raisonnable serait que, par des mesures appropriées et pour chaque produit ou groupe de produits, un pourcentage minimal de la consommation communautaire soit assuré par la production communautaire. La valeur moyenne de ce pourcentage pourrait être 80% pour l’UE.
    – On vous traitera d’utopiste ou de fou, tellement vous allez a contrario du fonctionnement des institutions internationales !
    – MA: Tôt ou tard, les faits finiront par l’emporter.
    Il faut, de toute nécessité, remettre en cause les politiques mises en oeuvre par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Et il est nécessaire de réviser les traités fondateurs de l’Union européenne (UE), tout particulièrement quant à l’instauration d’une préférence communautaire. Cette hâte pour réaliser une Europe mal définie, sans institutions appropriées, sans objectifs précis, est fondamentalement malsaine.
    En réalité, l’économie mondialiste qu’on nous présente comme une panacée ne connaît qu’un seul critère, l’argent. Elle n’a qu’un seul culte, l’argent. Dépourvue de toute considération éthique, elle ne peut que se détruire elle-même.

    Finalement, Ruffin nous livre son propre credo. François Ruffin, vous vous souvenez, M. Ugeux? C’était l’auteur de « Qui est DSK? », un abondant dossier à charge qui m’avait inspiré ma première intervention sur ce blog, en réponse à votre billet vantant les mérites du candidat non encore déclaré aux « primaires » socialistes… On sait, depuis lors, lequel avait fait le bon choix!
    Par une autre intuition des dossiers qui comptent pour les temps à venir, le même auteur conclue ainsi sur le protectionnisme:
    Que le protectionnisme n’avance pas caché, rampant à l’ombre des normes paperassières, masqué derrière d’imbitables sigles. qu’il s’affiche, au contraire, bombant le torse, et qu’il affiche avec lui ses objectifs: rompre avec les dumpings en cours.
    Jamais aucun progrès ne s’est produit, ou ne fut arraché « partout dans le monde,en même temps », avec des combats syncronisés. Toujours un peuple porta l’élan, pointe avancée de la bataille.
    Qu’on imagine le front populaire aujourd’hui: Deux semaines de congés payés? Quarante heures par semaine? etc.
    Nous, on est avec vous, répondrait Léon Blum à la foule, mais si on le fait tout seuls, jamais ça ne va marcher… Ce qu’on vous propose, c’est qu’au prochain Conseil de L’Union, à Bruxelles, on présente la série de mesures à nos partenaires pour qu’elles s’imposent dans tous les États!
    Et qu’on imagine refaire 1789, façon social-démocrate:
    Une « Assemblée nationale », vous réclamez ça?
    Une quoi? Une « République »?
    Bon, on va tout mettre sur la table lors du prochain sommet… A mon avis, si on veut un régime républicain, si on le veut vraiment, il faut se donner le temps de convaincre nos voisins et que, lentement, toute l’Europe s’y mette. Ça prendra du temps…

    Or, un pays n’existe, ne devient grand,que par le trouble qu’il sème dans le monde, par les questions qu’il lui pose.
    La France, comme un volcan, a craché des flammes d’espoir en 1789, 1830, 1848, 1871, mettant toutes les monarchies en émoi, avec, contre elle, la fuite des capitaux, les armées européennes à nos frontières, la trahison des généraux.
    Plus près de nous, plus prosaîquement et avec moins de fougue, ce fut le NON sorti massivement des urnes, le 29 mai 2005.
    Alors, nous reste-t-il assez d’énergie, assez de force collective, assez de confiance en nous, pour faire résonner, à nouveau, un coup de canon dans le concert roupillant des nations? Ou sommes-nous fatigués de l’Histoire, préférons-nous vivre dans les eaux glauques du libéralisme, laissant les élites de l’argent décider pour nous?
    Préparons-nous.
    Ce choix viendra.

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    • Sam dit :

      @ Hadrien,

      votre propre position n’est pas très claire. Votre message semble promouvoir la voie du protectionnisme européen… sauf dans sa partie finale, qui semble bien plutôt nous dire que ça ne marchera pas.

      L’UE est à 1000 lieues d’être un État, c’est une confédération vouée à le rester durant des lustres, et pour cette même raison à crever. La seule question est de savoir quand et combien de désastres en attendant… Allais fut sans doute un brillant économiste (et physicien) mais que je sache, il n’avait pas prétention à théoriser l’avenir des nations européennes.

      Ce protectionnisme qu’il est devenu si nécessaire de réinstaurer, il s’agira évidemment de l’appliquer non pas aux frontières de l’UE (qui n’en connait d’ailleurs surtout pas) mais à celles de la France. Ce qui n’est pas incompatible avec un ciblage intelligent et une véritable coopération internationale, bien au contraire.

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  3. brunoarf dit :

    Les banques européennes ont dans leurs livres 1500 milliards d’euros d’actifs pourris.

    Les banques européennes sont devenues des banques zombies.

    Comment dézombifier les banques européennes ?

    Réponse : en faisant subir des pertes énormes à tout le monde.

    Les banques vont subir des pertes énormes, les actionnaires aussi, les épargnants aussi, les Etats européens aussi.

    Lisez cet article :

    http://www.express.be/business/fr/economy/la-restructuration-des-banques-dapres-le-modle-chypriote-pourrait-debuter-ds-septembre/190199.htm

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  4. brunoarf dit :

    Mardi 14 mai 2013 :

    Le soutien à l’Union Européenne en forte chute, selon un sondage.

    Le soutien à l’Union Européenne et à l’intégration économique européenne est en nette baisse dans de nombreux pays en raison de la crise, notamment en France où la chute est particulièrement forte, selon une enquête menée par le centre de recherche américain Pew.

    Entre 2012 et 2013, le soutien au projet européen est passé de 60% de réponses favorables à seulement 45%, soit une baisse de 15 points.

    La France enregistre la chute la plus forte (-19 points à 41% d’opinions favorables).

    Elle est de 14 points en Espagne (46%), un pays particulièrement frappé par la crise, et de huit points en Allemagne (60%), mais seulement de 1 point en Italie (58%), selon l’étude intitulée : « Le nouvel homme malade de l’Europe : l’Union européenne ».

    Des pays où le taux était déjà bas continuent de perdre des soutiens à l’UE : la Grèce chute à 33% (-4), et la Grande-Bretagne à 43% (-2).

    Le seul pays où la cote de l’UE progresse est la République tchèque (+ 4 points à 38%).

    Le phénomène est identique pour le soutien à l’intégration économique de l’Europe, dont Pew rappelle qu’elle a été à l’origine de la construction européenne. Le soutien, déjà faible, enregistre une nouvelle baisse sur un an, de 34% à 28% (-6).

    Là encore, la France se distingue avec une baisse de 14 points (22% contre 36%), devant l’Italie (-11 à seulement 11% d’opinions favorables), l’Espagne (-9 à 37%), la Grèce (-7 à 11%) et la Pologne (-7 à 41%).

    Seule l’Allemagne reste au dessus de 50%, malgré une baisse de 5 points.

    « La crise économique qui se prolonge a créé des forces centrifuges qui divisent l’opinion publique européenne, séparant les Français des Allemands et les Allemands de tous les autres », selon Pew.

    « Les pays du Sud, Espagne, Italie et Grèce, s’éloignent de plus en plus en raison de leur frustration vis-à-vis de Bruxelles, de Berlin et ce qu’ils perçoivent comme l’injustice du système économique ».

    Cette étude a été menée au mois de mars auprès de 7.646 personnes dans huit pays de l’UE (Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie, Espagne, Grèce, Pologne et République tchèque).

    http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/afp-00521062-le-soutien-a-l-ue-en-forte-chute-selon-un-sondage-566250.php

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  5. brunoar dit :

    A propos du premier trimestre 2013 en Europe :

    Pourcentage de variation du PIB par rapport au même trimestre de l’année précédente :

    Hongrie : – 0,3%.

    Allemagne : – 0,3%.

    France : – 0,4%.

    Belgique : – 0,5%.

    Pays-Bas : – 1,3%.

    République tchèque : – 1,9%.

    Finlande : – 2%.

    Espagne : – 2%.

    Italie : – 2,3%.

    Portugal : – 3,9%.

    Chypre : – 4,1%.

    Grèce : – 5,3%.

    http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-15052013-AP/FR/2-15052013-AP-FR.PDF

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  6. Ping : 272 - Dette publique 1970 - 2012 | Ainsi va le ...

  7. brunoar dit :

    Bernard Maris est un économiste. Il est actuellement professeur des universités à l’Institut d’études européennes de l’université Paris-VIII.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Maris

    En septembre 1992, Bernard Maris avait voté « oui » au référendum sur le traité de Maastricht, « oui » à la création de l’euro.

    Mercredi 15 mai 2013, en conclusion de son article dans « Charlie Hebdo », page 6, Bernard Maris parle de la zone euro.

    La conclusion de Bernard Maris est ultra-pessimiste concernant la zone euro :

    « Le redressement passe par :
    1) une annulation pure et simple d’une partie de la dette, collective [souligné trois fois : si un seul pays annule, il est cuit] ;

    2) une fiscalité commune à la zone euro ;

    3) un pouvoir bancaire soumis à un pouvoir politique supranational.

    C’est possible ? Non. Ni 1, ni 2, ni 3 ne sont possibles. Donc ? Donc mégacrise en perspective. A demain, Marine Le Pen. »

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  8. Frédéric dit :

    Bonjour,

    Ce type de reconstruction a posteriori du ratio dette sur PIB à taux d’intérêt nul suppose que le PIB n’est pas impacté alors même que les intérêts versés sur la période ont contribué à accroître le patrimoine et les revenus financiers des ménages (et non uniquement des banques et des riches comme on le croît généralement). Il faudrait donc en toute logique défalquer cet « effet richesse » sur la consommation (premier moteur de la croissance en France) de la série de PIB pour pouvoir recréer a posteriori une série « dette sur PIB » cohérente.

    En résumé, la dette et le PIB sont co-déterminés, modifier l’un sans modifier l’autre n’a pas de sens.

    Cordialement,
    Frédéric

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  9. Sam dit :

    @ Frédéric,

    sur le point que vous soulevez je fais une objection en sens inverse.

    D’abord, 70% de la dette publique française est détenue par des non résidents. Il me paraît déjà très douteux que leur consommation puisse tirer la croissance française…

    Ensuite, même au plan national, il ne faut pas trop pousser en amalgamant les petits détenteurs de petits portefeuilles d’assurances vie et les gros bonnets. Les rentiers qui tirent profit de la dette publique sont surtout de gros riches. Or il est évident que leur propension à consommer est très inférieure à celle des classes moyennes dont la consommation, elle, tire la croissance.

    Et justement, les dizaines de milliards qu’on paie chaque année sont autant qui ne vont pas financer des investissements publics, et c’est bien ça le problème.

    Au bilan, je conclus dans le sens inverse de ce que vous écrivez : il me paraît certain que le service de la dette appauvrit la nation, et certainement pas le contraire.

    Maintenant, il y a de toutes manières bien d’autres raison de remettre en cause le sens de ces graphiques. Cette représentation ne peut avoir au mieux qu’un intérêt pédagogique. Vous focalisez sur le PIB mais le ratio dette / PIB n’a de toutes manières pas grand sens. Par contre,

    On divise un stock (dette = somme de capitaux empruntés + surtout intérêts cumulés) par un flux (annuel, le PIB), ce qui est mathématiquement douteux. On pourrait d’abord dire que c’est simplement pour donner une idée du nombre d’années de travail qu’il faudrait pour rembourser, mais ça ne correspond à rien de réel. D’abord, parce que plus on paie pour le service de la dette moins on investit et plus on enrichit des gens qui pour la plupart sont déjà trop riches pour consommer plus. Ensuite, parce que le cumul des intérêts va continuer à faire grimper la dette de manière exponentielle. Autrement dit, quand cette représentation donne à penser qu’il faudrait 10 ans de production nationale pour rembourser, il faudrait en réalité infiniment plus… et pour cette raison, justement, tous les États ont déjà passé depuis des années le stade du surendettement et vous pouvez déjà être certain qu’aucune de ces dettes ne sera remboursée.

    Le PIB agrège un tas de choses et, sans même parler de sa qualité, on met en face une dette supposément nationale alors qu’elle correspond en fait à des revenus pour les uns (une minorité) et à une charge (à un vol) pour tous les autres.

    On peut très bien ne pas rapporter la dette au PIB. En réalité, l’intérêt de la chose est de rapporter des euros, des dollars ou des pépètes, dont la valeur change dans le temps, à une chose dont la valeur est supposée changer de même. Mais on pourrait aussi bien représenter la dette en euros constants (déflatés). Moi je préconiserais (en riant un peu) de représenter plutôt le ratio dette sur masse monétaire…. pour se rappeler que le dénominateur flambe de manière éhontée tandis que ce sont les mêmes, les improductifs, qui captent le revenu et tandis qu’on coupe les vivres à tout ce qui bosse, investit et a les pieds sur terre, au propre et au figuré.

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  10. Frédéric dit :

    @Sam:

    Il reste 30% détenue par des résidents dont il faut tenir compte.

    Par ailleurs ce chiffre de 70% est un point haut. Le chiffre actuel est de 55% (re-nationalisation des dettes publiques depuis le début de la crise de l’Euro). De plus, il faut regarder sur la période de l’étude qui est de 40 ans. Or la dette Française ne s’est réellement internationalisée que depuis la création de l’Euro (1999). Enfin cet effet d’éviction doit être pondérée par les parts de dettes étrangères détenues dans les portefeuilles domestiques.

    Quand à l’argument « ce sont les riches qui détiennent la dette de l’Etat », il n’est plus valable aujourd’hui. Les produits d’épargne «  » »les plus appréciés des Français » » » à savoir le Livret A et l’Assurance Vie ne sont que des Chevaux de Troie pour le financement des déficits de l’Etat et du refinancement de sa dette. La dette de l’Etat est très largement détenue par la classe moyenne aujourd’hui…

    En conclusion, même si recréer une série de PIB cohérente avec la série de dette « à taux zéro » est un exercice difficile, il n’en reste pas moins que conserver la série de PIB inchangée relève de l’amateurisme ou de l’escroquerie (au choix).

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  11. Ping : Dettes publiques, banques et haute finance -

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