263 – le plein emploi !

 J’ai beaucoup apprécié l’article de Pascal-Emmanuel Gobry, paru le 14 décembre sur ATLANTICsous le titre « Le plein emploi : utopie dangereuse, ou solution à la crise ? »

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Aujourd’hui, presque tous les économistes ont oublié l’objectif du plein emploi. Dans un pays, le taux de chômage doit être faible, mais il y a un taux de chômage minimum qu’on aura toujours.

Il y a une logique à ça : un marché du travail doit être fluide. Très peu de gens trouvent un emploi le lendemain du jour où ils quittent le précédent (et on ne veut pas forcément s’y remettre immédiatement). Au niveau macroéconomique, cette fluidité se traduirait par un taux de chômage idéal autour de 5%, selon la plupart des économistes. Si le taux de chômage devient plus faible, c’est au contraire un problème : signe de tension et de surchauffe sur le marché du travail, et peut être de l’économie. Et les économistes ont toujours un peu en tête la fameuse courbe de Philips, infligée aux étudiants d’économie de première année, qui montre une relation entre inflation et chômage. Trop d’emploi, et l’inflation décolle. Et ce alors même qu’on sait depuis la stagflation des années 70 que cette relation est beaucoup plus complexe que cela.

Pourtant, après des décennies de chômage de masse en Europe, et dans une nouvelle année de marasme économique sur le continent, peut être faut-il regarder cette idée poussiéreuse du plein emploi de nouveau.

Pour certains économistes hétérodoxes, le plein emploi est non seulement un objectif atteignable, mais nécessaire. En effet, le plein emploi pourrait empêcher les récessions et les crises économiques.

Après tout, une récession c’est une baisse de la demande dans l’économie, mais d’où vient cette baisse de la demande ? Du fait que les entreprises licencient quand elles perdent de la vitesse. Les gens perdent leurs emplois, et donc ils consomment moins. Ces licenciements provoquent une baisse de la demande, qui provoquent d’autres licenciements, et ainsi de suite dans un cercle vicieux. Si, d’une manière où d’une autre, on pouvait garantir un emploi à chacun qui le perd, cette baisse de la demande serait stoppée nette.

C’est l’idée des économistes néo-chartalistes, qui proposent que l’Etat garantisse un emploi à chacun qui en fait la demande. Ainsi, le plein emploi est garanti, et les récessions sont tuées dans l’oeuf. La politique fiscale et éventuellement monétaire peuvent empêcher le plein emploi de mener à trop d’inflation.

Les objections à cette idée sont plus microéconomiques que macroéconomiques : le problème est que l’Etat n’est pas doué (vraiment pas) lorsqu’il s’agit de trouver des tâches productives à faire aux gens. Si chacun pouvait trouver un emploi public au lieu de travailler dans le secteur privé, on imagine la vaste bureaucratie quasi-soviétique et parfaitement délétère qui en sortirait.

Mais, au 21ème siècle, ne peut-on pas faire mieux ? L’entrepreneur américain Morgan Warstler propose une bourse du travail, administrée et subventionnée par l’Etat, sur le modèle d’eBay. Les employés et les employeurs se notent entre eux, et une assurance est incluse dans le prix du travail. Et chaque heure travaillée est rémunérée par l’Etat en plus du salaire proposé par l’employeur. Autrement dit, mettons que le tarif de l’Etat est à 10 euros de l’heure, et qu’une très bonne babysitter est à 5 euros de l’heure, et une moyenne à 2 euros. Si je veux recruter une bonne babysitter, je paye 5 euros de l’heure, mais elle reçoit 15 grâce à la subvention.

Puisque le coût de l’emploi est très faible pour les employeurs, l’intérêt à recruter est évident : si ça ne vous coûtait que quelques euros pour que quelqu’un vienne faire votre lessive ou votre ménage, ne le feriez-vous pas ? Mais malgré tout, les employés sont rémunérés à un salaire correct. Ces emplois seraient de “vrais” emplois répondant à de vrais besoins, et pas des faux emplois aidés. Le secteur public serait gagnant financièrement puisque ces emplois subventionnés remplaceraient les nombreuses prestations de chômage. Et l’économie connaîtrait le plein emploi.

Il serait intéressant de tester cette idée. Mais plus que l’idée de la bourse du travail, ce qui est intéressant c’est de repenser l’idée du plein emploi et de la malédiction du chômage. Après plusieurs décennies de chômage de masse, il est peut être temps de réfléchir à des idées peu orthodoxes pour relancer l’économie.

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2 commentaires pour 263 – le plein emploi !

  1. Laurent S dit :

    Et dire que Pompidou pensait qu’à 5% de chômeurs on aurait une nouvelle révolution française. Non vraiment 5% de chômage ce n’est pas du tout le plein emploi. Même si aujourd’hui on s’en satisferait.

    Si nous sommes tous d’accord pour dire qu’on ne peut éviter le chômage frictionnel, cela veut dire que le plein emploi est atteint quand il ne reste plus que du chômage frictionnel. Et il existe un moyen statistique très simple de le comptabiliser : on décide que le plein emploi est atteint quand la durée du chômage de 99.99% des chômeurs est de moins de 3 mois. En dessous de 3 mois, c’est frictionnel, au-dessus c’est structurel.

    Et pour atteindre le vrai plein emploi, pas le compromis libéral à 5%, pas la peine de vider les caisses de l’Etat avec une variante du revenu universel, il suffit d’adopter la redistribution inter-entreprise (RIE) (http://www.redistribution.fr/) :

    « Pourquoi y a-t-il du chômage ? Parce que les entreprises n’emploient pas assez. En embauchant, une entreprise prend le risque que le nouvel emploi puisse générer moins d’argent que son propre coût. On diminuera ce risque en attribuant aux entreprises une allocation mensuelle par travailleur employé.

    Les entreprises financeront elles-même ces allocations par prélèvement d’un pourcentage de leur production. Une partie du risque inhérent à l’embauche sera ainsi prise en charge par l’ensemble des entreprises. En augmentant cette allocation et donc les prélèvements, on avantage les entreprises qui embauchent au détriment des autres. En positionnant l’allocation à un niveau suffisamment élevé, les entreprises rivaliseront entre elles en offrant de meilleures conditions de travail et de rémunération, ce qui éliminera définitivement le chômage et la précarité. »

    La RIE est une idée qui mériterait un billet sur votre blog.

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    • postjorion dit :

      C’est une proposition qui, en visionnant simplement la vidéo, sans chercher la critique, semble intéressante. Pouvez-vous m’envoyer un article résumant cette proposition, je me ferai un plaisir de publier (postjorion@gmail.com).

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