240 – Jean Jégu: des mots pour le dire

Du site de Jean Jégu

La circulation de monnaies souveraines
… et des mots pour le dire.

De toute évidence, la monnaie fiduciaire ( pièces et billets) circule. On est tenté de dire que la monnaie scripturale ( celle qui est « écrite » dans les comptes ) , elle aussi, circule de comptes en comptes. On voit bien toutefois qu’il ne s’agit pas tout à fait de la même circulation. Qu’est-ce qui constitue vraiment la circulation des monnaies modernes ? Comment mettre des mots intelligibles sur cette circulation ? Pourrait-il exister des monnaies qui ne circuleraient pas ?

Telles sont les questions auxquelles nous tenterons de répondre avec l’objectif avoué d’en tirer une proposition d’explication rationelle, juridique en réalité, du fait monétaire aujourd’hui ou du moins de ce qu’il pourrait ou devrait être.

La circulation des espèces.

Que les monnaies anciennes aient tiré leur valeur d’une qualité intrinsèque ( le métal précieux ) ou que celle-ci ne soit que de nature symbolique ( les billets ), leur circulation s’effectue en quelque sorte dans le sens inverse des biens matériels ou immatériels qu’elles permettent d’échanger : l’un donne son argent ; l’ autre lui donne ce qu’il vend. L’échange marchand traditionnel porte sur des valeurs jugées équivalentes par les deux parties prenantes : je te donne cet objet et tu me remets la même valeur en monnaie.

Ainsi la monnaie fiduciaire est traitée comme un objet. Elle passe de ma bourse à la tienne ou inversement selon le cas. On peut la donner , la perdre, la retrouver, la voler, la cacher comme n’importe quel objet Comme pour un objet, voire bien davantage car elle n’est pas identifiable ( elle est fongible ), celui qui la détient, son porteur , est réputé en être le propriétaire.

La monnaie fiduciaire peut se caractériser par :

– un émetteur qui en est le garant ( la banque centrale concernée )

– une valeur faciale quantifiée dans une unité définie par l’émetteur

– un propriétaire qui en est le porteur.

Quelles difficultés, quels abus peuvent survenir dans ces conditions ?

On pense bien sûr à des contrefaçons lorsque l’émission ne provient pas de l’autorité légitime mais de l’activité frauduleuse de faux-monnayeurs.

Cependant le risque n’est-il pas aussi du coté du porteur ? Où et comment celui-ci a-t-il acquis cette monnaie ? Si l’on s’en tient au seul examen de l’échange le pire des truands apparait aussi blanc que le plus vertueux des hommes. Cela ne pose pas qu’une question théorique ; on connait hélas de tristes réalités : contrefaçons comme on l’a dit, mais aussi : rackets, blanchiments divers et évasions fiscales parfois jusqu’aux paradis du même nom.

La « circulation » de la monnaie de compte.

La monnaie scripturale – la monnaie de compte – ne circule pas comme les espèces : elle « circule » ( les guillemets sont ici volontaires ) de compte en compte.

Regardons cela de plus près.

Une liaison subsiste entre les flux de biens et services dans un sens et les flux monétaires dans l’autre. Les parties prenantes à l’échange apparaissent clairement en tant que détenteurs de compte ; le compte du vendeur augmente ; celui de l’acheteur diminue et cela d’une valeur acceptée par les deux parties.

Comment déplace-t-on la monnaie scripturale ? On ne la remet pas ; on ne la donne pas. On remet un chèque ; on utilise sa carte bleue, un ordre de virement, un TIP ( titre interbancaire de paiement) ou toute autre moyen de transmission d’ordre aux teneurs de comptes. Ce qui circule c’est l’information sur les rôles et les identités des intervenants dans l’échange et la valeur échangée. Les teneurs des comptes en prennent acte dans les comptes. Ils agissent un peu comme les notaires qui établissent des titres de propriétés actant des changements de propriétaires. La monnaie scripturale est avant tout une réalité juridique ; ce n’est en aucun cas un objet qui circule.

Outre le fait qu’elle soit écrite – et cela peut aujourd’hui se faire en bits élémentaires dans les ordinateurs – la monnaie scripturale, dite encore monnaie de compte, semble pouvoir être caractérisée par :

– une autorité garante de l’authenticité ( nature et provenance ) des valeurs mises en comptes

– une garantie sur la rigueur absolue des modifications apportées aux comptes.

– une identification certaine de la personne physique ou morale titulaire du compte

Quels sont les problèmes potentiels avec ce type de monnaie ? Il semble qu’il y en ait bien moins qu’avec les espèces. En effet, tous les mouvements monétaires ( mouvements purement comptables comme on l’a vu ) sont ainsi totalement connus pour autant qu’une autorité légitime ait accès à tous les comptes et à toutes les modifications de ces comptes. C’est une question de gouvernance si l’on ne veut pas dire de gouvernement.

Trois observations s’imposent :

– la « circulation » de la monnaie scripturale est directement ouverte sur la circulation des espèces. Il faudrait donc un contrôle des retraits ( motif à déclarer par exemple ) et des dépôts ( origine à justifier ) d’espèces, ou bien la suppression totale des espèces comme les technologies modernes le permettraient.

– la « circulation » de la monnaie scripturale emprunte aussi des circuits internationaux hors de portée d’un contrôle national. Il faudrait donc un contrôle des entrées et des sorties de capitaux hors la zone monétaire concernée.

– enfin et surtout , le méli-mélo que constitue le système à réserves fractionnaires ( qu’une petite minorité seulement comprend ) est une porte ouverte à bien des abus. Il faut savoir qu’ aujourd’hui il n’existe pas, comme on le pense spontanément, qu’une seule monnaie de compte ; il en existe autant qu’il existe de banques commerciales indépendantes plus une, celle de la Banque Centrale dite monnaie de base. Néanmoins tous ces comptes comptabilisent des valeurs portant le même nom, et cela de manière parfaitement trompeuse . Quand vous détenez 1000 € sur votre compte à la BNP, ceux-ci ne sont pas strictement équivalent à 20 billets de 50 €. C’est un engagement de la BNP à vous fournir jusqu’à 1000 € en espèces, c’est à dire en monnaie centrale, si vous le lui demandez , mais cela ne veut en aucun cas dire que ces espèces existent et sont aux mains de la banque. Vous n’êtes pas son seul client et comme, en temps normal, ceux-ci ne demandent aujourd’hui en moyenne que 15 % environ de leurs dépôts en espèces, on peut sans se tromper affirmer que si vous avez 1000 € en compte, la BNP n’en détient réellement en moyenne que 150 dans ses comptes. Il serait trop long ici de réexpliquer en détail le système des réserves fractionnaires mais on peut résumer celui-ci de la manière suivante : les monnaies de compte bancaires sont des monnaies scripturales privées normalement garanties par chaque banque et à qui ne correspond que 15 % en moyenne de monnaie de base ( monnaie de compte en Banque Centrale échangeable en espèces ) . Ce système résulte d’une longue évolution historique combinant les besoins de l’économie réelle et la soif de profit des banques. Les monnaies étant désormais totalement dématérialisées ( sans liens avec la rareté des métaux précieux qui n’ont plus que leur valeur propre ), il est non seulement possible mais hautement souhaitable pour assainir la situation que ne soit plus utilisée qu’une seule monnaie de compte, la monnaie de Banque Centrale garantie par la puissance publique. Cette proposition est connue depuis longtemps dans les théories monétaires sous le nom de «  100 % monnaie ».

Résumons-nous.

La monnaie scripturale ne circule pas comme les espèces ; ce sont des informations qui circulent et il en est pris acte au niveau des comptes en monnaie scripturale ou monnaie de compte.

Un compte bancaire doit garantir la valeur des quantités de monnaie comptabilisées, la rigueur des modifications qui y sont apportées et identifier sans ambiguité le titulaire.

Pour éviter les fraudes, il faut surveiller l’origine des dépôts et la destination des retraits en espèces, surveiller et réglementer les entrées et sorties de capitaux aux frontières de la zone monétaire, et n’utiliser qu’un seule monnaie de compte, c’est à dire mettre en place le « 100 % monnaie ».

Comment « dire » une monnaie moderne ?

Techniquement on pourrait, aujourd’hui, supprimer la circulation des espèces. Elle a été, historiquement, au coeur des systèmes monétaires traditionnels liés aux métaux précieux et pourrait disparaitre avec eux. Les billets de banques n’ont d’ailleurs été initialement que des engagements d’une autorité – une banque ou un état – à fournir, en échange de ces billets, une certaine quantité de métal précieux.

Une monnaie de compte ne circule pas vraiment. Elle n’est que l’enregistrement des états successifs des avoirs monétaires de personnes physiques ou morales identifiées. Dans l’économie réelle ces états successifs sont directement induits par des échanges réels. Ils signifient aussi, en principe, l’accord de deux parties sur un niveau de valeur.

Le teneur de compte est un peu comme le notaire qui enregistre et modifie les titres de propriétés. Les titres de propriété sont constitués de plusieurs pages identifiant les vendeurs et acheteurs, décrivant en détail l’état du bien immobilier, les conditions financières de la vente …

Si l’on devait produire un texte à propos d’un compte en banque, que pourrait-il être ? L’exercice aurait le mérite de nous obliger à en bien comprendre la nature qui est d’ordre juridique.

Conformément à ce qui a été dit précédemment, faisons cet exercice dans le cadre d’une monnaie souveraine ( émise par la puissance publique ) et du « 100% monnaie » ( taux de couverture bancaire de 100 %, c’est à dire une seule monnaie de compte).

Mettons d’abord des mots sur un simple « mouvement » entre deux comptes.

Il y a obligatoirement deux agents économiques, en tout cas deux comptes courants. Il peut aussi y avoir deux teneurs de comptes. L’agent qui va diminuer son compte ( donc celui qui a reçu le bien ou service réel ) diffuse aux teneurs de comptes une information portant que son identité, celle de son partenaire à l’échange et la valeur échangée. Les teneurs de compte s’exécutent sans que la masse monétaire soit en quoique ce soit changée.

Chaque compte garde sa signification, les valeurs monétaires s’ajoutant ou se soustrayant au total existant préalablement. Cette signification est : « L’autorité monétaire publique reconnaît devoir à l’agent identifié X la valeur monétaire Sx portée au bilan de son compte. »

Cependant il arrive que la masse monétaire change ou soit appelée à changer.

On imagine aisément que l’autorité monétaire puisse accorder un prêt à un agent Y selon le processus habituel qui est un échange croisé de dettes. L’emprunteur reconnaît devoir au prêteur une somme de valeur p ; et le prêteur-émetteur ( ici l’autorité monétaire publique ) approvisionne le compte de Y, ce qui revient à dire : « L’autorité monétaire publique reconnaît devoir à l’agent identifié Y la valeur monétaire Sy portée au bilan de son compte. »

Si au lieu d’un prêt à Y, on considère un fournisseur Z de l’état, il apparaît évident que l’autorité monétaire agissant au nom de l’état peut aussi le payer tout simplement en approvisionnant son compte, ce qui revient à dire : « L’autorité monétaire publique reconnaît devoir à l’agent identifié Z la valeur monétaire Sz portée au bilan de son compte. »

Ce second cas est au moins aussi justifié que le précédent et de toute façon plus compréhensible et logique ; quelle est en effet la logique d’un échange de dettes croisées ? Il serait bon que quelqu’un y mette des mots ! Au contraire, le paiement d’un fournisseur de l’état est la monétisation simple et légitime d’une dette publique.

Il est de plus en plus connu que la masse monétaire accessible à l’économie est augmentée par les emprunts auprès des banques et se trouve diminuée par leurs remboursements. Quel processus diminuera la masse monétaire si on l’augmente par monétisation de dépenses publiques ?

Il s’agit bien entendu de la démonétisation des recettes publiques.

Quand l’état doit faire une recette, c’est qu’il détient une créance qui signifie :«  L’ agent identifié X reconnaît devoir à l’autorité monétaire publique la somme s »

Cette créance est à considérer face au compte de X qui signifie quant à lui, comme on le sait : « L’autorité monétaire publique reconnaît devoir à l’agent identifié X la valeur monétaire Sx portée au bilan de son compte. »

Il est donc parfaitement logique de procéder à l’annulation réciproque de créances pour la valeur s, tout simplement en diminuant le compte de X de la valeur s. La masse monétaire – en fait le total de la dette publique non chargée d’intérêts – est donc réduite de s.

Notre propos est donc susceptible de décrire un circuit monétaire autonome et fermé au sein d’une zone monétaire donnée. La monnaie souveraine qui y circule nait des dépenses collectives en faveur des citoyens et disparaît dans les contributions citoyennes à la collectivité. Elle est donc disponible à volonté, sans charges financières et dans la quantité souhaitable. Entre son émission et sa destruction elle circule entre les agents économiques sans préjuger du type d’économie en place.

Comment, dans ces conditions, concevoir les échanges avec les autres zones monétaires. Celles-ci sont autant d’autorités différentes usant d’unités monétaires différentes. Il convient donc d’être encore plus précis dans la signification d’un compte.

On pourrait le dire ainsi : « L’autorité monétaire publique reconnaît devoir à l’agent identifié X la valeur monétaire Sxα exprimée en unités de compte Uα et portée au bilan de son compte . »

On est ainsi en présence de quatre caractéristiques :

– l’autorité qui s’engage

– l’agent bénéficiaire

– la valeur monétaire

– l’unité de valeur monétaire.

Considérons ici le cas d’une exportateur X payé par son partenaire étranger Y en monnaie étrangère de l’autorité publique β. Il reçoit donc un titre qui signifie : « L’autorité monétaire publique β reconnaît devoir à l’agent identifié X la valeur monétaire Sxβ en unités de compte Uβ à porter au bilan du compte de cet agent X. » Or ce compte est exprimé en unités Uα. Il y a donc nécessité d’un taux de change entre Uβ et Uα. Mais cela n’est pas suffisant car c’est aussi l’autorité α qui est engagée vis à vis de X dans son compte en unités Uα et non pas l’autorité β. Si donc X ne dispose pas d’un autre compte en unités Uβ ( ce qui est le cas général ), il faut que l’autorité α rachète la créance de X sur l’autorité β à un taux de change « interne» défini par elle-même. A l’issue de l’opération

– l’agent x est propriétaire d’une créance sur α , soit en la verbalisant et de manière tout à fait classique : « L’autorité monétaire publique α reconnaît devoir à l’agent identifié X la valeur monétaire Sxα exprimée en unités de compte U et portée au bilan de son compte . ».

– l’autorité monétaire α détient une créance sur l’ autorité monétaire β , créance qui peut être exprimée par : « L’autorité monétaire publique β reconnaît devoir à l’autorité monétaire publique α la valeur monétaire Sxβ en unités de compte Uβ , valeur à porter au bilan des avoirs de α. ».

Les avoirs monétaires de l’agent X sont donc ainsi intégrés à l’économie « intérieure », celle relevant de l’autorité monétaire α .

>Pour traiter du devenir de la créance de l’autorité α sur l’autorité β , il convient de considérer que cette dernière détient de son coté des créances sur l’autorité α , que l’on exprimera par :« L’autorité monétaire publique α reconnaît devoir à l’autorité monétaire publique βla valeur monétaire Syα en unités de compte Uα, valeur à porter au bilan des avoirs de β. ». Les autorités α etβ sont donc en situation de négocier une annulation réciproque de créances à un taux de change « externe » sur lequel elles ont à s’entendre. L’accord nécessaire se fera soit au cas par cas, soit par convention d’une « unité de compte commune » souvent qualifiée à tort de « monnaie commune ». Une monnaie est en effet une reconnaissance de dette, tandis qu’une unité de compte commune n’ est qu’un accord sur un taux de change entre au moins deux parties.

Les taux de change, aussi bien « interne » que « externe » sont des actes politiques. Ceci ne signifie pas qu’ils puissent totalement ignorer les taux de change éventuellement pratiqués par ailleurs, à leurs risques et périls et en transactions privées, entre les agents économiques. Cependant la monnaie souveraine marquerait la fin de la « pénurie monétaire entretenue » sur laquelle repose le fonctionnement dévastateur de nos sociétés actuelles.

Conséquences pratiques :

Utopie dirons certains. Est-ce si sûr ?

Car aujourd’hui, c’est déjà la puissance publique, les contribuables en fait, qui garantissent la monnaie. Celle-ci est émise par le truchement d’une Banque Centrale Européenne, laquelle est bizarrement déclarée totalement indépendante des pouvoirs publics bien qu’ elle apartienne à diverses banques centrales nationales (dont certaines hors de la zone euro). Tant pis pour la cohérence d’une telle logique.

Que se passe-t-il régulièrement ? L’état est légalement obligé d’emprunter aux banques les sommes qui lui manquent, ne serait-ce que parce qu’il va rembourser un emprunt précédant ( ce qui serait le cas même si le déficit était récuit à zéro ! ). Il reçoit donc des banques S euros prêtés pour une durée fixée et au taux I, contre la remise de titres de reconnaissance de dette à ces banques. Celles-ci en échange de ces titres souverains peuvent se refinancer auprès de la BCE au taux i et pour un total de S euros. Résultat : il existe bien S euros supplémentaires ( ceux issus du refinancement ). Il y a création monétaire de S euros comme conséquence de l’emprunt de l’état mais celui-ci est contraint de payer des intérêts aux banques qui bénéficient de l’écart de taux I – i .

En résumé : l’état émet sa monnaie mais par un processus que le conduit, d’une part à payer des intérêts aux banques et d’autre part à devoir périodiquement leur ré-emprunter.

Ce système génère un alourdissement progressif et indéfini de la dette publique. C’est une pénurie monétaire organisée qui permet à quelques très riches – n’ayons pas peur de mots – de tenir l’économie et par là la société. A supposer même qu’une admirable « règle d’or » en vienne à permettre de stabiliser cette dette publique, nous atteindrions un état permanent dans lequel nous payerions tous indéfiniment notre monnaie aux plus riches. Dit autrement, les producteurs continueront obligatoirement de payer indéfiniment leur tribu aux possédants. Est-ce bien cela l’avenir que nous choisissons ?

Donc nous payons collectivement pour notre monnaie, celle que nous garantissons. Mais, le plus souvent, nous payons aussi individuellement un deuxième fois. Car non seulement l’état emprunte aux banques, mais toute l’économie le fait aussi. Certes tous les agents économiques ne sont pas endettés, mais savez-vous que toute l’épargne des uns vient des emprunts des autres ?

Quand le système bancaire dispose de S euros, croyez-vous qu’il le laisse en Banque Centrale ? Ne va-t-il pas plutôt le prêter pour engranger des intérêts ? La réponse est inattendue : oui, la monnaie des banques est reprêtée ; chaque euro est même prêté plusieurs fois ( 4 à 6 fois ! ) parce que, justement, il reste en Banque Centrale ! Ainsi, en pratiquant des taux, par exemple, de 5 % , les rentrées d’intérêts atteignent en fait 20 à 30 % !

Comment cela peut-il se faire ? C’est très simple quoique fort subtil. Sur les comptes des banques en Banque Centrale, il y a de « vrais euros », des euros dits « de base », ceux garantis par les états. Mais sur les comptes des agents économiques en banques commerciales, il n’y a pas de vrais euros, mais uniquement les promesses de chaque banque commerciale de fournir de vrais euros sur demande des clients. Ayant constaté que ces clients ne demandent pas si souvent des euros « de base » les banques commerciales peuvent se permettre dans les faits de faire environ 4 à 6 fois plus de promesses que ce dont elles disposent réellement en Banque Centrale. Statistiquement ce système fonctionne correctement en général et en situation normale, c’est à dire qu’il fournit effectivement de vrais euros quand on le lit demande. De vrais euros sont demandés dans deux cas : quand on retire des billets et quand on fait un chèque ou un virement vers une autre banque ( car il faut savoir que les banques n’utilisent entre elles que de vrais euros, des « euros de base » et non pas des euros bancaires qui ne sont que des « promesses d’euros de base »). Les euros bancaires étant au contraire largement utilisés dans l’économie, les intérêts versés aux banques proportionnellement aux crédits accordés en euros bancaires permettent à ces banques d’acquérir l’équivalent en richesses réelles produites par l’économie.

En résumé, les banques sont autorisées à prêter communément beaucoup plus que leurs avoirs monétaires. C’est le principe bancaire qui distingue clairement une banque d’un simple établissement financier lequel n’est habilité qu’à prêter l’épargne préalablement collectée. Cependant une banque est aussi un établissement financier mais un établissement financier n’est pas toujours une banque. (Ceci ne manque pas d’embrouiller encore plus la compréhension du fonctionnement des banques, y compris, hélas, pour des banquiers et des économistes ! )

Serait-il si utopique que l’état n’accepte plus de payer les banques pour la monnaie que lui-même garantit ? Serait-il si injuste et irréaliste que les banques ne puissent, comme tout un chacun, prêter qu’une seule fois leurs avoirs monétaires ? C’est ce en quoi consiste la proposition connue en économie sous le nom de «100 % monnaie ». Il ne suffit pas de s’insurger contre le capitalisme ; il faut exiger le passage au « 100 % monnaie » – qui correspond à la logique que nous avons tenté d’ expliciter ci-dessus. C’est sans doute la seule issue pour sortir de l’effondrement mortel qui semble se préparer. Surtout, c’est l’espoir de pouvoir libérer les efforts de toute sorte, absolument nécessaires pour faire face aux défis réels de notre temps : le changement climatique, l’épuisement des matières premières, l’alimentation des populations humaines, la résorption d’inégalités de plus en plus intolérables, et plus généralement l’avènement de sociétés humaines harmonieuses et pacifiées.

Une colère compréhensible monte chez ceux qui prennent conscience des méfaits de la pénurie monétaire entretenue et de la finance qui en joue. Ils doivent la muer en une détermination sereine mais inflexible à mettre en oeuvre les moyens qui changeraient enfin durablement la donne.

Jean Jégu.
4 avril 2012

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22 commentaires pour 240 – Jean Jégu: des mots pour le dire

  1. Tétef dit :

    « La monnaie fiduciaire peut se caractériser par :
    – un émetteur qui en est le garant ( la banque centrale concernée ) »
    C’est doublement faux.
    Différentes banques commerciales sont émettrice de la même monnaie fiduciaire.
    Bitcoin est un exemple de monnaie fiduciaire sans banque centrale.

    En conclusion, la monnaie fiduciaire est un actif non-nécessairement lié à un passif. Ce n’est qu’une information ayant deux éléments : une quantité (avec une unité) et un porteur. L’émetteur n’a pas d’importance.

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    • J’ai essayé de payer mes impôts avec bitcoins, ils n’en ont pas voulu🙂

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      • Tetef dit :

        C’est vrai, la valeur de la monnaie est conforté par l’autorité de l’Etat. Il s’agit de déterminer les conditions nécessaires et suffisantes pour qu’un actif soit considéré comme monnaie (‘pouvoir d’achat auprès de la communauté utilisatrice’). Le fait que l’émetteur en soit garant n’est une condition ni nécessaire (contre exemple de Bitcoin ou de la monnaie scripturale qui sont monnaie sans être garanti par son émetteur), ni suffisante (contre exemple des bons d’achat FNAC qui est un actif garanti par son émetteur sans être monnaie)

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        • A-J Holbecq dit :

          (fausse manip du message précédent qui m’a fait commenter sous « écosociétalisme »)

          Néanmoins l’Etat garanti la monnaie bancaire scripturale à hauteur de 100000 € par compte/personne, et sans aucun doute à 100% de la dernière indication comptable si l’ensemble du système bancaire explosait.

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    • Jean Jégu dit :

      @ Tétef.
      Désolé de ma réponse tardive, n’ayant pas été informé de votre post par le blog.
      Désolé aussi de vous rappeler que j’examine ici le « fait monétaire aujourd’hui ou du moins (de) ce qu’il pourrait ou devrait être. »

      De plus êtes-vous bien sûr de votre proposition : « Différentes banques commerciales sont émettrice de la même monnaie fiduciaire. » ?
      Pour moi la monnaie fiduciaire, ce sont les billets et les pièces. A ma connaissance aucune banque commerciale n’émet ni les uns ni les autres. Les banques commerciales se les procurent auprès de la banque centrale … où alors, je n’ai rien compris ! Dans le cas contraire … je vous aurais peut-être mal lu.

      Quant à l’exemple des bitcoins … je ne le connais pas assez. Mais, sous réserve d’examen plus approfondi, cette piste me semble un fourvoiement total.

      Si, comme je le pense, toute monnaie saine est une dette de l’émetteur, je dis bien de l’émetteur, je pense aussi que cet émetteur est responsable de sa dette – si du moins on ne veut pas d’un système qui marche sur la tête ! – Donc l’émetteur est bien par nature le garant, le responsable de sa monnaie.

      J’attends donc une contestation beaucoup plus étoffée.

      Merci toutefois de vous être astreint à lire ce texte difficile – du moins, il le fût au niveau de sa rédaction.

      cordialement.
      J.J.

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      • La monnaie saine est sans dette en toutes situations où le risque est nul. Le couplage éthique et intelligence logique consiste à organiser les activités et protections sur la longue durée pour que les risques soient le plus souvent très réduits, voire inexistants. Exemple: Avec une autre Norme qu’IAS-BIS l’aspect Plein Projets pour Plein Emploi peut être assuré sans risque. En ce acas pas besoin de garant pour cette catégorie de « monnaie » (mot entre guillemets). Pour la protection sur la longue durée (Retraites) c’est une autre affaire (cf. gioTitres).

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      • Opps' dit :

        Bonjour

        Tétef veut probablement dire que la monnaie émise par les banques privés est calibrée en euros.

        1) Et effectivement même si la monnaie d’une banque n’est pas la même que celle d’une autre , ce n’est pas parce qu’il s’agit de monnaies dont la valeur pourrait varier l’une par rapport à l’autre , pas du tout, mais parce que ce sont deux systèmes de comptabilité juridiquement différent.

        La différence de valeur , de qualité , de solidité de la monnaie émise par deux banques différentes ne se traduit pas par un affaiblissement de l’une d’elle : l’euro SG vaut strictement l’euro Paribas. (Cela se traduira par d’autre mécanisme)

        Et l’euro BC vaut l’euro du C.Agricole.

        2) L’émetteur n’est pas le garant réel de la monnaie au sens de « garantie », ni non plus un véritable responsable.

        La monnaie d’aujourd’hui est une dette , la dette d’un particulier qui circule. Mais cette dette n’est pas identifiable , la masse monétaire est globale.
        La qualité d’une monnaie , sa force , son pouvoir d’achat , sa valeur tient à la qualité globale des créances sur lesquelles elle repose.

        Que cette valeur s’affaiblisse, (Remboursement des dettes impossible à tenir, promesse de pouvoir d’achat réel non tenable ) , rien ne rendra ni le système bancaire privé ni les Banques Centrales , particulièrement et juridiquement garant de cela ou bien responsable.
        Bien sûr les banques ont à supporter le financement des créances irrécouvrables à partir de leurs fonds propres … et feront faillite au delà , mais c’est une autre aspect des choses

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        • Tétef dit :

          Merci Opps’; vous formulez ma pensée mieux que moi même.

          @ Jean Jégu
          La monnaie fiduciaire est un actif qui n’est pas nécessairement lié à un actif. Plusieurs exemples : Bitcoin, Tally sticks, papier monnaie chinoise.

          La monnaie est un actif dont la valeur est certes extrinsèque mais ce n’est pas nécessairement une créance. Le terme créance est mal adapté à ce débat car étymologiquement il réfère à la confiance qui ne permet pas une bonne décorrélation du concept de confiance au concept de ‘symétrique contractuel de la dette’. Le terme anglais est peut-être plus adapté : ‘claim’. Puis-je tenter de formuler : ‘Money is not claiming power, it’s pruchasing power’. On ne peut rien exiger à personne grâce à la monnaie fiduciaire, on ne peut que prétendre effectuer des transaction financières.

          La valeur d’échange de la monnaie fiduciaire n’est pas issue du fait que ce soit une créance, mais du fait qu’une communauté accepte de l’utiliser comme moyen d’échange.

          Considérons les billets. Chacun admettra que rien n’est exigible en contre partie des billets auprès de la banque centrale (j’imagine bien l’hôtesse d’accueil de la FED désemparée devant Krugman brandissant son billet de 1$ réclamant sa contrepartie liquide). Pourquoi alors les faire apparaitre au passif de la banque centrale?!?!? Ça avait un sens lorsque la monnaie était convertible en or. Maintenant que la monnaie est fiduciaire, ça n’a plus aucun sens. Ce passif est un pur héritage de la période de l’étalon or. L’utilité de ce passif n’a jamais été remise en question ! Maurice Allais dénonçait un système monétaire qui n’a jamais été pensé.

          La conséquence de cette conclusion c’est qu’on peut financer des investissements par l’émission monétaire par la banque centrale sans augmenter la feuille comptable de la banque centrale. (On imprime un billet de 100€ qu’on donne à un ouvrier pour qu’il construise une route, sans augmenter le passif de la banque centrale.)

          Cette conclusion n’a pas de conséquence sur l’application du 100% monnaie, qui est aussi à mes yeux la meilleure (la seule) alternative raisonnable à défendre. C’est en fait surtout un débat de sur le paradigme de la nature de la monnaie.

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        • Tétef dit :

          Correction :
          La monnaie fiduciaire est un actif qui n’est pas nécessairement lié à un PASSIF.

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        • Opps' dit :

          Oui Tétef , mais nous ne sommes au fond pas d’accord non plus !😉

          Vous compliquez les choses.

          a) Toute monnaie ne peut pas être délié , in fine, d’une richesse (sans quoi il s’agit de fausse monnaie , qui bien sûr se mélange à l’autre de façon indifférenciée) .

          b) Par ailleurs la monnaie peut être également pleine ou non , mais c’est alors un autre aspect des choses

          I) Voyons juste le point de vue chrono-historique

          Jusqu’au XVII , toute monnaie est pleine : elle contient en elle même sa valeur et de ce fait elle est totalement sécurisée.
          Dans ce système il s’agit donc d’un bien déjà constitué qui circule. C’est un système fiable mais peu dynamique

          A partir du XVII jusqu’en 1973 c’est un long cheminement vers une monnaie-crédit. La monnaie n’est plus une valeur-bien déjà constituée , mais presque un ticket . Ce Presque-Ticket ne donne droit en lui même à RIEN auprès de PERSONNE (ou bien seulement un autre ticket)

          Cependant , il ne s’agit pas d’un simple ticket en ce sens qu’il s’agit d’une DETTE qui circule . En effet dans le système de monnaie crédit actuelle la monnaie est créée par LA Banque seule institution habilitée à , par une simple inscription d’un montant sur un compte, créer de la liquidité qui circulera ensuite.
          Notons au passage que la création monétaire part TOUJOURS d’une demande de liquidité d’un agent éco extérieur à la banque. La banque ne peut évidemment pas se créer de monnaie pour elle-même. (Même si elle peut le faire pour des copains-coquins)

          Dans TOUT les cas, même si la monnaie-prêtée-créée , ne sort de nulle part elle DOIT être REMBOURSEE, c’est à dire détruite (1) par effacement dans les comptes : et il est normal que celui qui emprunte rembourse ensuite non ?.

          La créance restera inscrite dans le bilan de la banque (et n’a bien sur rien à voir avec les porteurs successifs de cette monnaie qui consomment ou épargnent peu importe)

          Cette CREANCE est la justification de cette monnaie-dette qui court. La certitude de son remboursement est une partie de sa solidité,et de sa valeur , même si tout ceci est anonyme et global.

          Je rectifie donc votre phrase  » La valeur d’échange de la monnaie fiduciaire n’est pas issue du fait que ce soit une créance, mais du fait qu’une communauté accepte de l’utiliser comme moyen d’échange. » , en RAJOUTANT que cette acceptation provient du fait que les créances sont solides

          Allons plus loin : A la base de la création monétaire il y a l’économie qui emprunte pour constituer un outil de production. Il faut donc obligatoirement qu’il y ait PRODUCTION d’une richesse ou au moins d’une valeur pour pourvoir opérer le remboursement.

          Conclusion : derrière la monnaie créée initialement (dette qui circule) , il y a , dans le futur , une production à faire (Bien ou service … même si ce ‘service est finalement parfois plus de la spéculation que de la richesse)

          Voilà donc le lien entre monnaie et ‘richesse’
          Si ce lien n’existe plus , la monnaie va automatiquement perdre de sa valeur , pour s’adapter à la réalité de son fondement

          II) MAIS ce lien n’a rien à voir avec le fait que la monnaie , en elle-même, soit ou ne soit pas GARANTIE à son PORTEUR :

          D’ailleurs la notion de garantie est obscure parce que on ne sait plus à présent quel est réellement et raisonnablement la valeur refuge universelle : c’est à dire le support le plus fiable dans l’espace et surtout dans le temps de votre « Valeur » épargnée.

          La valeur de la monnaie n’est pas GARANTIE au porteur : à la limite on peut vous changer vos tickets Société Générale pour des Tickets Banque centrale (monnaie fiduciaire) vaguement plus fiables selon les circonstances

          Voilà donc.

          III) Je suis en désaccord total avec votre conclusion , forcément.

          Le problème est que lorsque le FRANCAIS MOYEN découvre dans un premier temps, en s’intéressant à la crise , que la monnaie est une pure production ex-nihilo, et que le remboursement des dettes n’est que la simple destruction comptable de quelque chose qui n’existe pas vraiment , …

          … il s’imagine alors que ne pas rembourser ne spolie personne de précis … sauf peut-être la vilaine banque elle-même (mais déjà gorgée d’intérêts) … mais puisque la banque a crée cet argent à partir de rien , personne ne devrait perdre grand-chose.

          C’est que le français moyen et les nombreux contributeurs à Postjorion n’ont pas réalisé que la monnaie est présent une immense comptabilité bordée d’un système juridique impitoyable.

          Ce système de comptabilité est impitoyable : lorsqu’il y a dette quelqu’un doit éteindre la dette . Ainsi une créance non honorée entraîne le déclenchement de procédure pour faire payer un autre , procédure de saisie etc … et si la créance n’est toujours pas honorée ce sera la banque elle même qui procédera à la destruction monétaire en tapant dans ses fonds propres.

          Sans ces règles , l’échange et l’activité économique s’affaisse , et la société avec.

          Tout ça pour détruire quelque « chose » qui n’existerait pas ?
          Oui !!!

          Mais le problème est que cette « chose » n’existe pas lorsqu’on a dans l’esprit l’ancienne conception d’une monnaie qui circule réellement et qui correspond à un bien-valeur déjà constitué.

          => Je termine : même avec une conception semi-archaïque de la monnaie , le français moyen sent bien qu’une pure distribution de monnaie sans remboursement ne mène qu’à la ruine … et que fabriquer de la monnaie ne produit pas de richesse en soit
          ….
          … mais les plus ingénieux vont s’acharner alors à repenser la création monétaire en y mettant au centre l’ETAT avec une Banque Centrale qui est réduit à une fabrique de monnaie sous ses ordres (Ce n’est donc plus une vraie banque d’ailleurs)

          A partir de cette légitimité centrale étatique , on peut effectivement imaginer multiples systèmes d’introduction d’une monnaie , plus ou moins astucieux sur le papier.

          Ce qui me gêne dans ces conceptions c’est la pauvreté de l’analyse de l’Etat , la méconnaissances des expériences historiques de ce genre, et la conception d’une société civile infantilisée que l’on doit forcément protéger à la fois d’elle-même et des ‘renards’, que ces même états ont d’ailleurs laissés prospérer lorsque cela les arrangeait , en sur-régulant démagogiquement là où c’était inutile et en dérégulant là où c’était facile et ‘payant’

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      • Jean Jégu dit :

        @ Opps

        Bonjour et merci pour votre commentaire.

        ( je suis en liaison internet difficile pour y répondre rapidement. Veuillez m’en excuser)

        Soucieux de ne pas alimenter des oppositions inutiles – surtout là où il n’y en a pas – j’aimerais souligner un passage de votre texte qui me convient assez bien, quoique nous n’en tirions pas tout à fait les mêmes conclusions et que j’y introduirais volontiers quelques retouches.

        Vous écrivez :

        « C’est que le français moyen et les nombreux contributeurs à Postjorion n’ont pas réalisé que la monnaie est présent une immense comptabilité bordée d’un système juridique impitoyable.

        Ce système de comptabilité est impitoyable : lorsqu’il y a dette quelqu’un doit éteindre la dette . Ainsi une créance non honorée entraîne le déclenchement de procédure pour faire payer un autre , procédure de saisie etc … et si la créance n’est toujours pas honorée ce sera la banque elle même qui procédera à la destruction monétaire en tapant dans ses fonds propres.

        Sans ces règles , l’échange et l’activité économique s’affaisse , et la société avec.

        Tout ça pour détruire quelque “chose” qui n’existerait pas ?
        Oui !!! »

        Nous avons ici la même vision : système juridique impitoyable incarné dans une comptabilité qui ne l’est pas moins. Croyez-moi, le français moyen et bien des contributeurs à Postjorion s’en sont aperçu. Selon vous, sans ces règles , l’activité économique et la société elle-même s’affaissent. Qu’il faille des règles pour maintenir l’existence d’une société, nul ne le conteste, mais nous faut-il celles-là ? On peut au minimum se poser la question, d’autant que comme vous en convenez-vous même, si je vous ai bien compris, de telles règles ne sont que constructions humaines. Après une écononomie de contrainte directe par l’esclavage, nous avons une économie de contrainte indirecte par la dette. La dette explose et le seul souci de nos gouvernants est de la contenir pour la maintenir durable. Le mien est de trouver comment s’en passer. Je crois que ce serait possible à moins que vous ne trouviez dans mon texte une erreur indiscutable ; après tout, pourquoi serais-je plus infaillible que vous ? Mais alors dites-le moi très précisément.

        J’ai noté avec satisfaction votre jugement favorable au « 100 % monnaie », mais vous voyez juste en indiquant que mon texte traite plutôt de la nature de la monnaie,
        celle qui fera l’objet de la règle du « 100 % monnaie », faisant disparaitre ainsi la distinction subtile et fallacieuce entre l’euro-banque centrale et l’euro-Crédit Agricole ( celui-ci valant exactement celui-là bien qu’il n’en soit qu’une promesse le plus souvent honorée, quand tout va bien ! )

        Je salue aussi votre lucidité dans le passage suivant ( et suis flatté que vous me comptiez, j’imagine, parmi les plus ingénieux en question ! ):

        « … mais les plus ingénieux vont s’acharner alors à repenser la création monétaire en y mettant au centre l’ETAT avec une Banque Centrale qui est réduit à une fabrique de monnaie sous ses ordres (Ce n’est donc plus une vraie banque d’ailleurs)

        A partir de cette légitimité centrale étatique , on peut effectivement imaginer multiples systèmes d’introduction d’une monnaie , plus ou moins astucieux sur le papier.

        Ce qui me gêne dans ces conceptions c’est la pauvreté de l’analyse de l’Etat , la méconnaissances des expériences historiques de ce genre, et la conception d’une société civile infantilisée que l’on doit forcément protéger à la fois d’elle-même et des ‘renards’, que ces même états ont d’ailleurs laissés prospérer lorsque cela les arrangeait , en sur-régulant démagogiquement là où c’était inutile et en dérégulant là où c’était facile et ‘payant’ »

        Permettez quelques commentaires.

        Ainsi, selon vous, à partir de la « légitimité centrale étatique » on peut effectivement imaginer de multiples systèmes d’introduction d’une monnaie. Je n’ai été, hélas, capable de n’en imaginer qu’un, celui de la monétisation des dépenses publiques et de la démonétisation des recettes publiques. Encore faut-il avouer que mon imagination n’a fait que reproduire, en faveur de la collectivité, ce qui est usuellement pratiqué par toutes les banques dans leur propre intérêt.

        Je reçois positivement votre critique concernant notre pauvreté de l’analyse de l’État. La raison en est très simple : on ne peut tout faire. Mais il est bien évident que réformer le système monétaire en plaçant en son centre un État qui ne représenrerait en rien – ou mal – la collectivité dont il émane, serait tout au plus changer de maître mais n’apporterait aucune avancée sociale. Je vous avoue donc que ma deuxième jambe ( la première étant la monnaie) se trouve, notamment, dans les travaux d’Etienne Chouard qui sont encore ignorés ou méprisés mais qui prennent courageusement à bras le corps la question de la représentation nationale.

        Enfin, puis-je ajouter qu’entre « Postjorion » et « Jorion », je vois certes de réelles différences au niveau des analyses mais guère au niveau des objectifs humanistes. Ces différences ne viendraient-elles pas de nos cultures différentes, puisque la doctrine bancaire ne nous a généralement jamais été enseignée et nous avons dû la découvrir nous-mêmes. Paul Jorion et d’autres au contraire l’ont pratiquée. N’en ont-ils pas été au contraire quelque peu formatés ? Il s’agit d’une activité certes utile mais qui a toujours eu un intérêt à complexifier son fonctionnement et à le tenir dans la discrétion. On peut ensemble se demander pourquoi.

        Cordialement
        JJ l

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        • Opps' dit :

          Merci J.J. , de votre réponse que je découvre à l’instant.

          Pas le temps de réagir, mais juste une remarque à propos de Jorion. Il aurait pratiqué le doctrine bancaire ?

          Franchement , vu les errements et les questions qu’il se posait sur son blog (vers 2008), où l’on voyait bien qu’il suscitait des discussions pour se faire peu à peu une opinion …
          … vu également ses conclusions ahurissantes (Chouart et Jacques-André en savent quelque chose) …

          … j’ai des doutes !

          Oui je pense que , formaté par la banque dont il n’a été qu’un obscur rouage décervelé , il y a quelque chose qu’il n’a pas compris, probablement de bonne foi d’ailleurs.
          Mais sa malhonnêteté s’exprime spécialement dans sa façon particulière qu’il a d’exclure du champ de ‘sa’ raison, les personnes et les théories qu’il n’arrive pas à affronter clairement. (Je ne parle pas des quelques billets de sages opposants qu’il entretient sur son blog , bien sûr)

          Jorion humaniste ? Oui , mais comme plein d’autres qui le pratiquent non pas comme une exigence , mais comme d’un mécanisme de justification destiné à blanchir ses idées d’emblée.

          Oui la finance et la banque n’ont jamais cherché à clarifier leur fonctionnement. Et laisse des confusion perdurer parce que cela arrange leur intérêt global et aussi leurs intérêts financiers !!!
          Mais , et c’est pas pour les défendre, pourquoi seraient-ils spécialement comptable d’une sorte de discours qui poserait la Vérité de leurs pratiques … assez complexes , avouons le … (rien qu’une définition théorique et abstraite de la notion de monnaie n’est pas facile)

          La vérité c’est que si tout le monde avait vraiment conscience que la monnaie se fabrique aussi facilement , la démagogie aurait un terrain de jeu encore plus vaste
          Car comprendre et réaliser les dangers d’un excès de monnaie n’est pas si facile que ça.
          C’est pourquoi on entend régulièrement cette stupidité pourtant utile de ce point de vue qu’on ne peut pas dépenser plus qu’on ne gagne (surtout en parlant de l’Etat)
          A + tard

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        • Opps' dit :

          Bonjour Jean , je vais essayer d’aller au coeur de mes divergences avec vous.

          1) « La dette explose et le seul souci de nos gouvernants est de la contenir pour la maintenir durable. Le mien est de trouver comment s’en passer. »

          Franchement , dans notre système actuel, la monnaie qui circule étant par définition la dette d’un particulier (une avance) auprès du système bancaire, se passer de la dette c’est ne plus avoir de monnaie.
          Le problème n’est donc pas la dette courante qui finance l’économie mais l’ excès de dette , sa partie humainement non remboursable, donc la fausse monnaie, qui d’une part permet à la spéculation de prospérer , et qui fragilise le comportement des acteurs éco. occupés à ‘rembourser’

          2) Trouver un système monétaire non basé sur une dette initiale , n’est pas impossible , mais vous n’avez que 2 alternatives :

          – revenir à la monnaie pleine : c’est une marchandise déjà constituée qui circule : mais franchement mis à part l’or que pourrait-on prendre ? Et on connait les limites du système basé sur le standart-or

          – faire une monnaie-ticket par une introduction ne donnant pas lieu à un remboursement : ce vol initial (puisque qu’un agent eco., s’octroierait le droit de prendre sans rendre) ne serait acceptable que si c’est l’Etat qui l’opère, pour le bien supposé de tous. La monnaie circulerait alors ensuite éternellement et ne serait plus une Dette : Euréka ?

          Outre les problèmes de rigidité que cela poserait (et que justement la souplesse du pur crédit permet de contourner) , outre les dangers que représente la concentration entre pouvoir éxécutif et pouvoir financier , notre vie quotidienne ne sera nullement bouleversé par la magique disparition du péché originel supposé de la monnaie à savoir la dette.

          On sera en effet dans un système ou celui qui a besoin de liquidité les empruntent à de la vrai épargne et cet emprunt sera à rembourser et comportera des intérêts !!!
          L’épargnant fera la loi : les plus purs puritains monétaires ne rêvent pas mieux.

          Bien entendu nous auront la satisfaction de voir que cessera ce ‘scandale’ de la banque touchant des intérêts sur de la monnaie qu’elle crée.
          Mais n’est-ce pas rendre un bulldozer pour casser des oeufs ?

          3) Mais je dois avouer que votre système est un peu différent puisque le votre consiste en  » la monétisation des dépenses publiques et de la démonétisation des recettes publiques » .
          C’est à dire que la fonction bancaire existe toujours, assureé par l’Etat.

          A mon humble avis c’est un non sens total car vous mélangez ainsi deux logiques qui ‘on rien à voir : celle des liquididité necéssaire l’economie et celle du budget de l’Etat.
          Déjà que concilier les dépenses de l’Etat et la politique des prélèvement fiscaux qui relèvent de deux logiques différences (Bonne-dépense-Fonctionnement-Investissement / Bon-Prélèvement_Justice-fiscale ) vous y introduisez la logique du financement le plus intelligent du secteur éco. C’est la confusion assurée la plus totale.

          D’alleurs je ne vois pas comment magiquement le niveau souhaitable des dépenses publiques serait celui optimal du niveau de la masse monétaire

          Outre le fait que vous placez ainsi l’Etat au coeur du système de production et que donc on passe à une autre régime , ce système ne peut que glisser vers le système généralisé de la fausse monnaie face aux exigences et aux logiques contradictoires auxquelles l’Etat aura à répondre , et ceci sous la pression de la grande démagogie qui ne manquera pas de s’instaurer , puisque tous les acteurs éco sans exception auront à coeur de résoudre leur problème en créant de la monnaie par la magique dépense publique.

          On en arriverait donc probablement à terme vers le système décrit en 2) celui de la monnaie ticket éternel (Car même les ingénieux économistes de ‘gauche’ ont compris qu’imprimer sans fin de la fausse monnaie ne crée pas de richesse réelle mais de la valeur bidon)

          Bref là aussi nous auront la satisfaction de voir que cessera ce ‘scandale’ de la banque touchant des intérêts sur de la monnaie qu’elle crée.
          Mais franchement n’y a-t-il pas des procédés moins risqués pour résoudre ce problème ?

          4) Vous avez raison pour l’autre jambe , celle de la conception de la démocratie sur laquelle repose à la fois la légitimité et l’efficacité d’un Etat représenté le plus correctement possible.
          Mais enfin , entre nous, et même si je ne trouve pas l’idée idiote, quelle parti acceptera la représentativité par tirage au sort actuellement ? Certainement pas la les tenants du 100% money , ni même la gauche , les uns et les autres ayant de la démocratie une vision très formelle et comptable.

          Mais vous ne pourrez jamais revenir sur le principe fondateur du Vote , un peu illusoire je sais car coincé entre les forces du « Système » et ses manipulations profondes sur notre consentement de fait , et celles de la démagogie et de l’irresponsabilité généralisée derrière le paravent d’un idéalisme de pacotille sans exigence réelle.
          Le Vote même manipulé est un totem fondamental.

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  2. Tetef dit :

    Justement, ça confirme le raisonnement. L’émetteur n’est pas nécessairement le garant.

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  3. ducon dit :

    @opps

    peu importe que la monnaie ait été créée de rien,
    du moment qu’on a pu l’utiliser pour entrer en possession de biens…

    quand on la rembourse, on rembourse ce qui a servi a acquérir ces biens, on s’en fiche de ce que le banquier en fait après…

    pourquoi rembourser un crédit serait donc si impitoyabel ?’

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  4. Tétef dit :

    @opps’

    Vous confondez certains concepts et vous faites des raisonnements fallacieux.

    Vous dites : « il ne s’agit pas d’un simple ticket en ce sens qu’il s’agit d’une DETTE qui circule . En effet dans le système de monnaie crédit actuelle la monnaie est créée par LA Banque seule institution habilitée à , par une simple inscription d’un montant sur un compte, créer de la liquidité qui circulera ensuite.
    Notons au passage que la création monétaire part TOUJOURS d’une demande de liquidité d’un agent éco extérieur à la banque »

    C’est une bonne représentation de la réalité actuelle mais ce n’est pas gravé dans le marbre. C’est un choix politique de structurer le système tel que la banque soit le seul agent habilité à créer de la monnaie, mais pas une fatalité.

    « A la base de la création monétaire il y a l’économie qui emprunte pour constituer un outil de production. Il faut donc obligatoirement qu’il y ait PRODUCTION d’une richesse ou au moins d’une valeur pour pourvoir opérer le remboursement.  »

    C’est faux, le crédit créateur de monnaie n’est pas nécessairement alloué à un investissement productif. De même, le remboursement de ce crédit peut se faire comptablement (grâce à la monnaie issue de ce même crédit) sans jamais qu’il n’y ait eu de richesse créée entre temps.

    « Si ce lien n’existe plus , la monnaie va automatiquement perdre de sa valeur »

    C’est faux. C’est la quantité de monnaie face à l’économie qu’elle sert qui détermine la valeur de cette monnaie, pas sa nature (créance, métal précieux, coquillage, simple information…). Le lien est entre la variation du PIB et la variation de la masse monétaire.

    « elle DOIT être REMBOURSEE, c’est à dire détruite »

    Mais non !! Pourquoi s’infliger la destruction monétaire? Pourquoi ne pas concevoir un actif servant de moyen d’échange passant de main en main éternellement?

    Le contre exemple (à prendre comme argument de logique mathématique) à toutes vos affirmations est la monnaie alternative ‘Bitcoin’. Elle n’est pas créée par une banque, ce n’est pas une dette (elle n’apparait sur le passif de personne) mais un ticket électronique que l’on se passe de main en main éternellement. Elle a bel et bien une valeur d’échange (et un cours flottant avec les autres monnaies) sans valeur intrinsèque. Son émission ex nihilo sert à rémunérer un service (la puissance de calcul mise à disposition par des internautes et nécessaire au décryptage pour les transactions).

    Je suis tout à fait d’accord avec la conclusion de votre message suivant : « cette stupidité […] qu’on ne peut pas dépenser plus qu’on ne gagne (surtout en parlant de l’Etat) »

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    • Bonjour,
      Vous écrivez

      Pourquoi s’infliger la destruction monétaire? Pourquoi ne pas concevoir un actif servant de moyen d’échange passant de main en main éternellement ?

      C’est juste pour une large part des flux financiers hétérogènes.
      En bien des situations court terme pas même besoin d’un « actif » ni même d’un banquier et encore moins de la Norme IAS-BIS
      Aucun débat ne peut progresser avec l’idée qu’il y a une réponse unique – un mode monétaire unique – pour toutes les catégories de flux financiers. Même si cela fait 25 siècles que ça dure c’est absolument insensé à l’ère des réseaux télématiques.
      Merci chaleureusement pour votre attention
      Très cordialement,

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      • Tetef dit :

        Oui vous avez raison, on ne pourra jamais complètement s’affranchir de l’apparition de nouvelle formes de monnaie mais c’est aussi un choix politique de régulation.

        L’Etat influence grandement l’utilisation de telle ou telle forme de monnaie en l’acceptant pour payer les impôts.

        Il faut aussi imposer que toute transaction financière se fasse par échange de cette monnaie pour que le 100% monnaie soit pleinement efficace. Il me semble que c’est déjà le cas avec le cours légal sur la monnaie secondaire émise par les banques, peut être je me trompe, j’ai jamais bien compris ce que c’était le cours légal.

        Comme vous l’avez souligné, la majeure partie des flux financiers ordinaires se font ainsi. Imposer ça sera surtout contraignant pour les agents bancaires.

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    • Opps' dit :

      Merci de votre lecture !
      Je reprend vos remarque une à une :

      1) « C’est un choix politique de structurer le système tel que la banque soit le seul agent habilité à créer de la monnaie, mais pas une fatalité. »

      Non ça n’a rien à voir avec la politique . Dans tous les régimes (actuel , pas ceux d’autrefois en monnaie pleine!) il y a une institution (vous l’appelez comme vous voudrez, elle peut dépendre de qui on veut) qui alloue des liquidités à l’économie : elle assure la fonction bancaire , avec cette règle de base : se faire rembourser (= détruire la monnaie)
      Si elle ne respecte pas cette règle c’est une fabrique de planche à billets.

      Même si c’est l’Etat qui par ses dépenses introduit la monnaie (on est alors dans un système s’approchant du système communiste, pourquoi pas, puisque l’Etat devient le centre total) , il y a en principe destruction au moins par la levée des impôts. Cependant à mon avis la séparation des 4 pouvoirs (éxécutif/législatif/judicaire et financier est indispensable)

      2) « C’est faux, le crédit créateur de monnaie n’est pas nécessairement alloué à un investissement productif. De même, le remboursement de ce crédit peut se faire comptablement (grâce à la monnaie issue de ce même crédit) sans jamais qu’il n’y ait eu de richesse créée entre temps. »

      Vous m’avez mal lu , car j’ai écrit  » PRODUCTION d’une richesse ou au moins d’une valeur »
      Une VALEUR … qui n’est pas forcément richesse , surtout lorsque la spéculation la crée purement artificiellement en s’abreuvant aux robinets grands ouverts de l’Open Bar !

      3) « Mais non !! Pourquoi s’infliger la destruction monétaire? Pourquoi ne pas concevoir un actif servant de moyen d’échange passant de main en main éternellement?  »

      Trouvez l’actif possible … mis à part les métaux ou pierres précieuses … on retourne alors en monnaie pleine avec toute sa lourdeur . Personne n’en voudra .

      4) « Le bitcoin » Je ne connais pas trop

      Je peux accepter l’idée que la fonction bancaire pourrait être tenue par un système autonome et global qui assurerait la comptabilité de chacun par rapport à tous . Les moyens informatiques le permettront un jour.

      La monnaie changera de nature . On mesurera ce que vous avez consommé et on vous demandera d’une façon ou d’une autre de remettre en ‘magasin’ , la valeur de ce que vous avez pris. Il y aura bien destruction de votre dette.
      La réciprocité des valeurs dans les échanges sera toujours la loi … (même si de nombreuses distorsions , je ne suis pas aveugle existent et … ont toujours existé : amasser le plus possible ou en foutre le moins possible , rien de nouveau)

      Pour ce qui est des monnaies alternatives , elles créent de la dette comme les autres.

      Quant à un ticket qui circulerait éternellement … pourquoi pas ? Mais s’il n’est jamais ‘remboursé’ c’est donc que le premier qui s’en est servi a volé initialement la collectivité puisqu’il a pris sans rendre !
      Très bien, si c’est l’Etat pour le « bien » de tous, alors pourquoi pas ? On peut considérer alors que l’Etat émettrait une sorte de fausse monnaie initiale , en une seule fois puis procéderait à des ajustements circonstanciels.

      J’avoue que dans ce cas il n’y a plus de vraie banque . C’est intéressant comme expérience mentale.

      Si l’Etat pratique sagement une masse monétaire à peu près constante ou en évolution liée à ce qu’il suppose être la croissance future) , il remet alors tout le secteur productif à la merci totale de l’ épargne , qui va donc redevenir , à l’ancienne une sorte de denrée ‘précieuse’ (fini les Keynes et les brigands de la City !)
      Dans ce cas vous réhabilitez complètement l’épargne (on se retrouve dans un système qui ressemble à un gold standart avec un volant de souplesse au main de l’Etat.

      Notez qu’avec ce système ou l’épargne sera bien rémunérée , vous allez permettre aux ‘économes’ de se refaire tout de même des jolies rentes grâce à l’intérêt réhabilité , sur le dos des cigales , un peu comme comme autrefois.

      Les pires puritains financiers n’osent même pas rêver d’un pareil système . Toute la souplesse du crédit disparaît . Les détenteurs de capitaux font la loi. La gentille banque à l’ancienne qui ne prête que ce qu’elle a réapparaît . Seuls les projets vraiment rentables voient le jour (C’est les allemands qui vont adorer!)

      Dites vous bien que l’Etat risque alors de devenir l’objet de pressions très fortes qui tenteront de justifier telle ou telle dépense (ça ne coûte rien) et le prétexte perpétuel d’une relance par la dépense et la consommation prendrait effectivement un poids considérable.
      Et l’argument de faire baisser un peu le prix de l’argent (l’intérêt) s’ajoutera aux raisons pseudo-sociales … Je vois comment l’Etat « démocratiquement » élu refusera cela , sous la pression des urnes.
      Bref, dérèglement divers à prévoir dans la production , la consommation et inévitablement dans les échanges économiques , soit par un excès de rigorisme soit par un laisser-aller fortement possible.
      Et en cas d’inflation un peu trop accentuée ça sera rigolo de voir l’Etat lever des impôts (ou cesser ses dépenses) pour contracter la masse monétaire … puisqu’il n’aura que ce moyen là …

      Ceci dit, c’est vrai que cette expérience n’a jamais été tentée historiquement.
      Frilosité ou certitude que ça ne fonctionnerait qu’avec un homme nouveau que notre Education Nationale -qui a déjà beaucoup de difficulté- aura du mal à ‘produire’ ???

      Parfois on en arrive à penser qu’il est plus sain que les gens ne sachent pas trop comment est créée la monnaie , tant ils n’en comprennent pas les tenants et les aboutissants , et s’imaginent pouvoir faire joujou avec en toute sécurité

      Non je plaisante (Mais dire que notre Hollande n’a pas évoqué cette piste (quel petit bras) ! )

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      • Tetef dit :

        Oui !!

        « On peut considérer alors que l’Etat émettrait une sorte de […] monnaie initiale , [..] procéderait à des ajustements circonstanciels [sur la masse monétaire en circulation]. »

        Vous décrivez le 100% monnaie ! La restitution du monopole de création monétaire à l’Etat. Les banques ne seraient alors plus que des intermédiaires entre les épargnants et les emprunteurs. Elles ne peuvent plus créer de pouvoir d’achat immédiat à cause de la contrainte de 100% de réserves obligatoires sur les dépôts à vue. Elles ne peuvent prêter que l’argent déposé et bloqué sur les dépôts à terme. L’argent bloqué sur ces comptes ne représente plus du pouvoir d’achat immédiat, il n’y a alors pas création monétaire. On pourrait alors réellement se représenter l’argent comme un ticket matériel passant de main en main (ce qui est une mauvaise représentation aujourd’hui).

        Vous avez tout à fait compris un des avantages de ce système : financer les dépenses publiques par la création monétaire i.e. profiter du seigneuriage pour le bien commun => moins d’impôts et moins de dette publique.

        Vous avez aussi soulevé les 2 arguments majeurs contre ce système : l’aléa moral et l’inconnu sur le marché du crédit.

        Le premier, l’aléa moral, est effectivement à résoudre en structurant le système de telle façon à ce que la commission décisionnelle sur la quantité de monnaie soit démocratiquement vulnérable et indépendante du pouvoir exécutif. Une telle structure n’a effectivement rien d’évident.

        Le deuxième, l’inconnu sur le marché du crédit, est contestable. On a des raisons de penser que le marché du crédit sera bien portant après une telle réforme. Parmi ces raisons il y a d’abord le fait que la masse monétaire reste inchangée. Seuls les mécanismes de mise en circulation changent. Il n’y a donc pas de raison, a priori, de penser qu’il y ait une pénurie de liquidité. Le fait que l’Etat finance une partie de ses dépenses grâce au seigneuriage amoindrirait les nécessités d’emprunt sur le marché des obligations (non créateur de monnaie). L’argent des investisseurs placé aujourd’hui dans des emprunts d’état sera disponible pour des prêts pour le reste de l’économie.

        Vous dites : « Les pires puritains financiers n’osent même pas rêver d’un pareil système […] Les détenteurs de capitaux font la loi. »
        Peut-on raisonner au niveau national? Aujourd’hui la nation est dépendante du crédit pour avoir accès à ce moyen d’échange qui permet de faire tourner l’économie. On peut donc penser que si l’Etat se charge de la mise en circulation de ce moyen d’échange alors la nation sera moins dépendante du crédit.
        Or il y a un lien de servitude entre un créancier et un emprunteur. Une conclusion, peut être trop hâtive, est qu’aujourd’hui toute l’économie est au service des banques créatrice de monnaie.
        Autrement dit, aujourd’hui si personne ne s’endette, personne ne peut gagner d’argent. Dans le 100% monnaie, la mise en circulation est décorrélée de l’endettement. Si personne ne s’endette, on peut trouver un travail pour gagner de l’argent.
        Je dirais donc, au contraire, s’affranchir des banques pour la mise en circulation de la monnaie c’est libérer la nation de sa dépendance envers celles-ci. On voit d’ailleurs bien comment l’Etat renfloue aujourd’hui les banques; à raison car une faillite bancaire c’est une amputation sur la masse monétaire en circulation avec des conséquences catastrophiques sur l’économie. Le 100% monnaie, en garantissant la totalité de la masse monétaire en circulation, permet la faillite bancaire.

        Le financement des dépenses de l’Etat par le seigneuriage n’est qu’un effet secondaire du 100% monnaie. L’argument principal en faveur du 100% monnaie reste la stabilité financière et le contrôle de l’inflation : fin des bulles spéculatives et inflationnistes. Argument que nous n’avons pas encore discuté.

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      • Jean Jégu dit :

        @Opps’

        Merci d’éclairer nos divergences (voir au 4 mai 12:40). Nous avons aussi quelques convergences. Ce serait d’excellent méthode d’essayer de les lister elles aussi, dans un post ultérieur.
        Je réagis donc brièvement à ces « divergences » point par point :

        1) Aucun doute que l’argent qui circule, dans notre système actuel, ne soit que des dettes de particuliers faites « monnaie » ( « monétisées » ) par des banques privées. Il s’agit là de la monnaie bancaire à qui certains refusent d’accorder le nom de monnaie. Disons qu’il s’agit des crédits bancaires qui sont les « moyens de paiements  » de l’économie.

        Mais, dans notre système actuel, il y a aussi les dettes des états qui sont « monétisées » par les Banques Centrales ( publiques ? privées ? En tout cas « indépendantes ! ) : c’est la « monnaie de base » , la seule digne du nom de monnaie aux yeux des banquiers ( si j’en crois Monsieur Paul Jorion )
        .
        Pour moi la monnaie bancaire ne devrait être qu’ un contrat privé, entre privés et à leurs risques et périls. La monnaie centrale est affaire publique, C’est elle qui doit être notre monnaie.

        Donc, vous avez raison : gardons la notion de dette au coeur de la monnaie. Je propose en effet la monétisation des dettes publiques pour source unique de notre monnaie. D’où la nécessité, après avoir réservé la monétisation-démonétisation aux états , de séparer sans ambiguïté les banques de dépôts des banques d’affaires.

        2) Pas question de revenir en arrière, à la monnaie ( un peu primitive) que vous nommez « pleine » . Quant à la monnaie-ticket que vous évoquez avec bienveillance si elle était réservée à l’état, qu’en diriez-vous si ce ticket monétaire était justement une reconnaissance de dette de cet état ? N’est-ce pas finalement ce que je propose !

        Si les épargnants font trop la loi, comme vous le dites, l’état pourra, par exemple, prêter lui-même directement à un taux « directeur » dissuadant les prêteurs abusifs.

        Loin d’être un bulldozer pour écraser des oeufs, c’est plutôt une manière de cesser de tenter d’arrêter les bulldozers que sont les dettes publiques en leur jetant les oeufs que sont les mesures d’austérité et/ou de régulation !

        3) Vous avez bien compris ma proposition mais, je vous l’avoue, je cherche en vain dans votre fougueuse contestation un argument bien motivé. J’y vois surtout des affirmations qui sont des suppositions ou des craintes … Je ne veux pas dire que tous les problèmes seraient résolus (Ce serait bien la première fois dans l’histoire ! ) mais on peut penser que ce serait plutôt positif. Voyez l’exemple de l’Allemagne en 1933-1936 ( article 242 de ce blog ) qui illustre assez bien les effets d’une monnaie émise par l’état.

        Vous évoquez la politique des prélèvements fiscaux. Notez son importance ; c’est là que se situe la démonétisaton des recettes publiques qui est le facteur absolument indispensable à placer en face et à égalité avec la monétisation des dépenses. C’est évidemment nécessaire à la régulation monétaire. Mais je suis sûr que vous l’avez bien compris.

        4) Mon allusion au recours au tirage au sort intelligemment organisé n’était pas une répudiation du « totem vote » comme vous le dites. Ce n’est qu’un outil supplémentaire qui a existé à l’origine de la démocratie mais a été (presque ) totalement oublié. Il faut y repenser. Je crains moins la manipulation des votes ( ce n’est pas aisé ) que la manipulation des votants qui est, hélas, courante. L’argent est-il vraiment « neutre » dans les campagnes électorales ?

        En dehors de votre crainte – compréhensible – d’un état qui serait trop présent, je me demande si nous avons tant de divergences réelles.

        Merci pour ces échanges. Cordialement.

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