228 – A-J Holbecq : soldes budgétaires 1959 -2010

Dans ma manière de voir la dette publique  je considère comme un préalable que l’Etat ne devrait pas avoir d’intérêts à payer (seuls donc les soldes primaires nous intéressent, nonobstant les ventes ou achat d’actifs qu’il faudrait sans doute intégrer).

Il me semble que nous faisons tous souvent des « arrêts sur image » mais en fait il y a continuation totale des éléments comptables entre le 31 décembre et le début de l’année suivante. Les soldes primaires sont donc « transférés » sur l’année qui suit et de même les années qui suivent. Ils augmentent cette « pelote » s’ils sont positifs et la diminuent s’ils sont négatifs. Le cumul me semble bien montrer quelle serait la « dette réelle » (en fait notre besoin de monétisation cumulé) si nous n’avions pas eu d’intérêts à payer.

C’est bien la croissance qui a permis à ce solde final négatif de 65 Md€ en 2008 (et de 250 Md€ en 2010) de ne pas être plus important. Disons qu’avec plus de croissance (mais aussi plus d’impôts ou moins de dépenses) il aurait été insignifiant ou au contraire aurait permis le maintiens d’une « pelote », trésorerie positive des APu.

Venons-en au fait …

Définition: un déficit primaire désigne la situation du budget d’un pays qui enregistre un déficit avant même le paiement des intérêts de sa dette.
On a donc : déficit (besoin de financement) – intérêts = déficit primaire
ou, parce que les budgets ne furent pas systématiquement déficitaires, solde budgétaire (capacité ou besoin de financement) – intérêts = solde primaire

Il est impossible pour le moment de trouver les antériorités de la dette avant 1979 où les données démarrent à 82,8 Md€ courants, soit 243 Md€ constants 2010, et 21% du PIB

L’INSEE fournit par contre les soldes budgétaires depuis 1959 en pourcentage de PIB
D’autres données (qu’on retrouve dans l’étude d’Attac Rhône)  permettent d’approcher le montant des intérêts versés toujours en pourcentage de PIB
De là on trouve facilement le montant des soldes primaires des APu (Administrations Publiques)

Nous essayons de démontrer les cumuls de soldes primaires, c’est à dire les cumuls des soldes des budgets primaires (recettes – dépenses sans intérêts), sont les seuls représentatifs des besoins réels des administrations publiques dans un contexte où l’État ne doit pas payer d’intérêts, soit parce qu’il équilibre les recettes dépenses depuis très longtemps, soit parce qu’il monétise ses besoins de trésorerie.
Voici à télécharger le fichier excel à l’origine de ces graphiques:  soldes budgétaires APU 1959-2010 -22012012(v2).xls

soldes_APu_1959_-_2010.png

Évolution des soldes primaires et du cumul des soldes primaires en euros courants
(il s’agit évidemment de milliards d’euros )

cumul_soldes_APU_1959-2010_-courant.png

En conclusion:

Devant les déficits bruts, nous avons plusieurs choix:

1-  diminuer les dépenses, ce qui équivaut à diminuer la répartition et la solidarité et va nous emmener tout droit dans la récession.
2- augmenter les recettes, mais la France détient le record du monde de taxation sur les revenus du capital ( près de 39,5 % ). Reste l’imposition des autres revenus (salaires
3- s’affranchir du paiement des intérêts de la dette. Il est probable que nous puissions assez vite revenir à un équilibre des soldes primaires en jouant légèrement sur 1 et 2. Vouloir faire une politique d’équilibre et de stabilisation de la dette publique, alors que nous devons trouver (c’est à dire emprunter) chaque année 50 milliards d’euros  rien que pour celà, est une aberration!


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27 commentaires pour 228 – A-J Holbecq : soldes budgétaires 1959 -2010

  1. michelb dit :

    Le problème n’est pas celui d’un budget mais celui de perspectives politiques.
    La comptabilité n’a pas grande importance ça n’est qu’un exercice comptable.
    Par contre la dette est un outil politique.
    Largement usité pour soumettre un pays d’Afrique grâce aussi à un dictature mise en place pourquoi ne pas faire la même chose dans un pays comme la France : la colonisation interne avec un dictateur comme Sarkozy ?
    La preuve, c’est largement jouable, les familles n’en peuvent plus d’être endettées et les seuls fiscalées (économie réelle) tandis que les dirigeants ont des revenus de plus en plus honteux pour l’absence de résultats fournis et la finance des recettes phénoménales défiscalisées par la législation.
    Ton article ceci dit est très utile pour comprendre certains mécanismes. Merci.

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  2. chris06 dit :

    Cher André Jacques,

    imaginons que le gouvernement français décide de s’affranchir du paiement des intérêts de la dette publique .

    Comment fait il pour rembourser le principal (ie les 1600 milliards qui se sont accumulés depuis ces dernières décennies)?

    Imaginons qu’il réussisse, dans l’environnement économique actuel qui n’est pas particulièrement favorable, à équilibrer ses comptes chaque année pendant les 7 à 8 prochaines années (qui correspond à la maturité moyenne de sa dette si je ne me trompe pas). J’exclue bien sûr le paiement de tout intérêt puisqu’il a été décidé de s’en affranchir.

    La question est donc, avec quel argent rembourse t’il ces 1600 milliards sur les 8 prochaines années ? Il est évident qu’il ne peut plus « faire rouler sa dette » comme il le faisait jusqu’à présent puisque qui voudra bien prêter au gouvernement français une somme d’argent, mettons 100 euros, dont il ne pourra pas disposer jusqu’à maturité, pour se voir rembourser à maturité ces mêmes 100 euros? Autant garder ces 100 Euros dans sa poche, au moins on pourra en disposer à tout moment si on en a besoin.

    Il reste donc la seule et unique solution, que la banque centrale monétise l’intégralité de la dette publique existante, c’est à dire imprime pour 1600 milliards de billets pour rembourser les créanciers du principal (sans intérêts, bien sûr).

    Que croyez vous qu’il adviendrait à l’euro si une telle décision était prise? Que feraient les autres gouvernements européens? Admettons qu’ils décident la même chose, on se retrouverait donc avec une méga-monétisation de l’intégralité des dettes publiques de la zone euro de l’ordre de 10 000 milliards d’euros et un euro qui ne vaudrait plus un fifrelin.

    Alors bien sûr, c’est peut être comme cela que tout va se terminer, mais quand je répète (je ne sais plus combien de fois déjà) qu’il faut d’urgence changer le système monétaire (il existe plusieurs pistes sérieuses , le 100%M, le bancor ou un panier de monnaies comme monnaie de référence mondiale) cela ne veut pas dire qu’il faille nécessairement détruire celui ci pour en reconstruire un autre.

    Cordialement.

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    • A-J Holbecq dit :

      @Chris

      Comment pourrais-je ne pas être d’accord avec tout ce que vous écrivez ci dessus?

      Franchement je ne vois pas de solution à part le passage au 100% M et la vente progressive des actifs financiers dont disposent les APu (dès que l’on trouve les stats de 2011, je referai un petit point, le dernier c’était sur 2009 – voir https://postjorion.wordpress.com/2011/02/06/154-patrimoine-des-administrations-publiques/ ).

      En dehors du passage au 100% M on peut étaler les remboursements du capital dans le temps afin que la monétisation soit étalée dans le temps tout en bloquant les capacités multiplicatrices de crédit du système bancaire, laisser filer l’inflation … ou faire défaut.

      Mais il m’est venu dernièrement une idée qui demanderait des échanges critiques pour être considérée comme applicable. Ce serait de ne payer aux détenteurs de la dette, nominativement, que les intérêts – aux taux auxquels ils ont acheté les titres – jusqu’au décès de ceux ci… tant pis pour les héritages en capital financier sous forme de dette souveraine …

      Cordialement

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      • tchoo dit :

        N’aviez vous pas prévu dans un autre post une monétisation partielle chaque année de la dette, à raison, si ma mémoire est bonne de 100 milliards/an.
        Cela nous ferait donc pour 1600 milliards, 16 ans de monétisation pour effacer ce principal, en considérant que la totalité des 1 600 milliards soient légitimes.

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        • A-J Holbecq dit :

          Ce serait un calcul exact sans intérêts à payer sur les soldes. Je suis en train de revoir cette proposition un peu différemment car il faut chaque année non seulement trouver 50 milliards d’intérêts (qu’on peut espérer dégressifs au fil du remboursement), rembourser une partie du capital et débloquer plusieurs dizaines de milliards pour assurer la transition écologique et énergétique: et tout cela avec un budget primaire (sans intérêts) équilibré.
          Quand on y réfléchi, la seule solution est bien le passage au « 100% monnaie »

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  3. syn dit :

    y aurait plein de chose a faire

    http://www.jeru.fr/

    mais pour ca faudrait lever le nez du guidon

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  4. syn dit :

    les choses seraient elles si simple

    vouv n’avez pas repondu aux objections de jean bayard

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  5. Hadrien dit :

    ENDETTEMENT: UN RAISONNEMENT NÉOCLASSIQUE IMPRUDENT
    LES SOLUTIONS:

    L’endettement public excessif auprès des marchés fut bien une imprudente conséquence de l’euro, mais ce n’était pas le credo du PS jusqu’à récemment:
    Dans l’ouvrage « Changer de civilisation » édité chez Odile Jacob par « Martine Aubry avec 50 chercheurs et citoyens » à l’occasion des primaires, Henri Sterdyniak, Professeur d’économie à Paris- Dauphine, répétait le dogme qui nous a conduit là:
    La dette ne coûte rien tant que le taux d’intérêt (aprés impôt) est inférieur au taux de croissance. »
    Il n’avait pas prévu la situation où ce raisonnement, allié au précédent sur la mondialisation sans précaution, conduirait à une croissance voisine de zéro, comme c’est le cas aujourd’hui, c’est à dire à peine quelques mois plus tard.

    Cette dette publique va atteindre dans les pays du G7 les 118% de leur PIB cumulé, soit une valeur identique à celle du début des années 1950, après la seconde guerre mondiale. Or, historiquement, les pays développés sont bien sortis de cette situation sans drame économique. Mais ils ont eu recours aux avances de la banque centrale pour financer la dette publique.
    On ne peut donc sortir du piège qu’en changeant les règles institutionnelles, n’en déplaise à l’Allemagne. En cas de refus, la scission en douceur de l’euro est une solution où le Nord adopterait un euro-mark, laissant aux pays du Sud l’euro nominal et donc la faculté de modifier les modalités pour sa Banque d’émission (BCE) de financer les Etats endettés.
    Nord et Sud y gagneraient en remboursant en euros factuellement dévalués par les marchés qui trouveraient là leurs limites en se punissant eux-mêmes en cas de spéculation à la baisse excessive.
    Evidemmment, il faut pour cela un changement de régime… et pas seulement remplacer l’UMP par le PS: Jean Paul Fitoussi, qui insufflait à Jospin cette philosophie de « la dette ne coûte rien » est aujourd’hui le conseiller de Sarkozy!

    Là encore, Jacques Sapir avait anticipé en décrivant un scénario voisin que d’autres économistes reprennent aujourd’hui à leur compte:
    Dans le cadre de l’article 16, le gouvernement peut requérir de la banque de France qu’elle opère des avances de trésorerie libellés en euros pour couvrir une partie de la dette publique qui serait ainsi rachetée par échange de bons du Trésor. Il ne faut pas avoir de craintes pour le financement ultérieur de la dette, notre taux d’épargne y suffit amplement. Avec le retour au contrôle des capitaux, nous retrouverions la maîtrise de nos taux d’intérêt.
    Bien sûr, il faut s’attendre à des protestations indignées du gouvernement allemand. Mais quelles sont ses possibilités d’action? Soit c’est l’Allemagne qui décide de sortir de la zone euro avec certains de ses voisins, et le retour à un euro-mark s’accompagnera d’une hausse de leur taux de change, donc d’une dévaluation en notre faveur. Soit elle accepte de négocier une évolution graduelle de la zone euro vers le principe d’une monnaie commune comportant des garanties contre toute dévaluation trop brutale de ses partenaires.
    Les avantages que nous retirerions d’une telle politique seraient tels qu’ils inciteraient immédiatement d’autres pays à nous suivre, s’ils ne l’avaient déjà fait.
    Dès lors, pourraient s’ouvrir des négociations pour réviser vraiment les traités européens ou les réécrire sur la base d’un nouveau noyau de pays en y associant de nouveaux partenaires.
    Là aussi, ce serait autre chose que le programme Hollande:
    « On demandera à Merkel si elle veut bien assouplir le statut de la BCE! »

    Quant à Bayrou, il faut lire Marianne.fr où l’on résume en termes crus son programme sur le dèsendettement:
    http://www.marianne2.fr/Bayrou-encore-plus-liberal-que-Sarkozy_a215175.html
    « Je ne sais pas comment vous vous représentez l’échelle des valeurs politiques. Mais une chose est sûre : je ne comprends pas pourquoi Bayrou et le Modem ne sont pas classés largement à droite, plus même que Sarkozy.
    Une bande de comptables sans la moindre imagination… qui ne voient pas le moindre échappatoire au brouet létal des banksters qu’ils comptent nous faire avaler jusqu’à la dernière goutte. »

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  6. BA dit :

    La Grèce confrontée à la sous-alimentation dans les écoles.

    La sonnette d’alarme a été tirée le 2 décembre dans la ville crétoise de Iraklio. Un garçonnet de treize ans s’est évanoui en plein cours. La raison ? Il n’avait rien mangé depuis deux jours. Il vit avec sa mère au chômage. Une chaîne de la solidarité s’est aussitôt mise en place. Des groupes de parents et différents services sociaux de la commune ont commencé à aider la famille monoparentale en grandes difficultés.

    Ce cas n’est pas isolé, selon les syndicats des enseignants. Nikos Papaspyrou, l’un des responsables de la Fédération grecque des enseignants de l’école primaire (DOE), a déclaré à la chaîne de télévision Skai : « Nous avons constaté davantage de cas d’enfants qui ne sont pas nourris correctement. Cela est lié au nombre croissant de personnes qui ont perdu leur emploi. »

    Les enfants qui quittent les cours plus tôt pour aller déjeuner dans des structures caritatives ou qui partagent le panier-repas avec leurs camarades augmentent, indiquait le syndicaliste.

    La situation est suffisamment grave pour que le gouvernement central commence à s’en saisir.

    Lundi, le vice-ministre de l’Education, Evi Christofilopoulou, a annoncé qu’à partir de la semaine prochaine, des coupons pour du lait, des barres de céréales et des fruits seront distribués gratuitement dans dix-huit établissements scolaires dont neuf, dans les banlieues pauvres du grand Athènes (Tavros, Kato Patisia, Exarcheia, Menidi, Platia Vathis, Moschato, Nikea, Apsropyrgos et Avlona).

    http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0201875161821-la-grece-confrontee-a-la-sous-alimentation-dans-les-ecoles-283867.php

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  7. BA dit :

    Dimanche 5 février 2012 :

    Aucun accord n’a été trouvé dimanche entre les chefs des trois partis de la coalition gouvernementale en Grèce et la troïka des bailleurs de fonds du pays sur les réformes, et la réunion chez le premier ministre reprendra lundi, ont indiqué deux chefs de parti.

    La troïka demande encore plus d’austérité, que le pays est incapable de supporter, a déclaré le leader de la Nouvelle Démocratie (droite) Antonis Samaras en sortant d’une réunion de cinq heures chez le Premier ministre grec.

    Le leader d’extrême-droite Georges Karatzaferis a fait valoir qu’il ne voulait pas contribuer à l’explosion d’une révolution en acceptant les mesures demandées.

    http://www.romandie.com/news/n/_ALERTE___Grece_pas_d_accord_avec_la_troika_la_reunion_reprendra_lundi_050220122002.asp

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  8. BA dit :

    Lundi 6 février 2012 :

    Dette de la Grèce : les discussions se prolongent mais le compte à rebours est lancé.

    Les dirigeants des partis politiques de la coalition gouvernementale grecque sont sommés de donner leur accord lundi aux réformes de structure et d’austérité demandées par les bailleurs de fonds du pays, pour éviter un défaut de paiement du pays en mars.

    Réunis dimanche pendant cinq heures, les chefs des trois partis (socialiste-droite et extrême-droite) représentés dans le gouvernement de Lucas Papademos ont réussi à s’entendre sur le volume des économies à réaliser (1,5 point de PIB), sur la mise en place de réformes visant à abaisser les coûts de production et sur un schéma de recapitalisation des banques.

    Mais ils ne sont pas parvenus à surmonter leurs objections à toutes les mesures d’austérité demandées par la zone euro et le Fonds monétaire international et à s’engager publiquement à appliquer les impopulaires réformes, condition pour obtenir le déblocage d’un nouveau prêt vital d’au moins 130 milliards d’euros.

    Un point dur des discussions porte notamment sur l’insistance des bailleurs de fonds d’abaisser le salaire minimum en Grèce, solution rejetée par les partenaires sociaux et les partis.

    Or le temps presse : Athènes a impérativement besoin de boucler un accord rapidement car le pays n’a pas les moyens de rembourser 14,5 milliards d’euros de prêts qui arrivent à échéance le 20 mars, et risque la cessation de paiements à cette date.

    Désormais le compte à rebours est lancé.

    http://www.boursorama.com/actualites/dette-de-la-grece-les-discussions-se-prolongent-mais-le-compte-a-rebours-est-lance-4d88f9d495ac70d34ab9fac92ea0fc19

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  9. BA dit :

    Lundi 6 février 2012 :

    Dette : la Grèce est déjà au-delà des délais.

    Les discussions entre la Grèce et ses créanciers pour éviter au pays le défaut de paiement au pays en mars sont déjà au-delà des délais prévus, a averti lundi un porte-parole de la Commission européenne.

    « La vérité, c’est que nous sommes déjà au-delà des délais », a déclaré Amadeu Altafaj, porte-parole du commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, ajoutant que la balle est dans le camp des autorités grecques à ce stade.

    http://www.romandie.com/news/n/_ALERTE___Dette_la_Grece_deja_au_dela_des_delais_060220121302.asp

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  10. Hadrien dit :

    Une suite à mon commentaire précédent, tous deux adressés à Peyrelevade.

    Dans la même veine que les marchandages actuels de pourcents, les critiques mutuelles que s’adressent les candidats du « système » de l’alternance semblent bien dérisoires en regard de l’erreur d’aiguillage qui nous a menés où nous en sommes.
    Ainsi, l’hebdomadaire Marianne prouve-t-il son sens de l’humour en publiant « l’interview qui bouscule tout » de F. Bayrou: « J’annonce la catastrophe Hollande! »
    De quoi s’agit-il? Des promesses de distribution, pardi…
    « Le seul enjeu, c’est le changement de modèle » !
    « Notre déficit est de cent milliards d’euros [imputables aux cadeaux fiscaux de Sarkozy]. Je propose 20 milliards de diminution de niches fiscales… ce qui ne sera pas aisé à obtenir [?], une augmentation de TVA de 1 point cette année et de 1 point l’année prochaine [au lieu de 1,6 point dès cette année]. Pour les dépenses, j’ai proposé… le zéro augmentation en valeur, on récupère 25 milliards annuels… grâce à l’inflation. Etc. »
    Et Bayrou de prendre à témoin la Parole de son conseiller, le banquier Peyrelevade:
    « Dans l’état actuel du pays, je ne suis pas sûr qu’on puisse gagner en disant la vérité, mais je suis certain qu’on ne peut pas gouverner si on ne la dit pas ».

    Plus avisés qu’à leur habitude, les journalistes préposés à l’interview s’autorisent alors à faire une remarque pertinente, qu’ils auraient tout aussi bien pu adresser à l’un quelconque des candidats du système:
    « Vous avez approuvé, encensé l’Europe telle qu’elle se construisait. Aussi bien sa méthode, défendue de Monnet à Rocard, consistant à la construire dans le dos des peuples, que sa politique: la soumission au néolibéralisme, en rompant avec le protectionnisme raisonnable du traité de Rome, pour l’ouvrir sans mesure…
    La crise a révélé la faillite de cette façon de faire que vous défendiez, et soudain l’Europe passe, dans votre discours, à la trappe. Elle n’occupe plus que deux pages et demie de votre dernier livre: vous avez fait de votre soleil un trou noir ! Et vous passez sans transition au registre du « produisons français » de Georges Marchais des années 70 ! »

    Suit alors un vrai trou (blanc) dans la suite de l’entretien, d’où n’émergent que confirmations de l’impétrant sur sa soumission totale au système:
    « Si vous ne donnez pas un avantage compétitif en France, alors les entreprises vont fabriquer à l’étranger. »
    « Le protectionnisme, c’est imposer aux autres des contraintes que l’on refuse » [on croyait pourtant que nous faisions l’inverse (ex: la monnaie, le social !)]
    « Il n’y a, en réalité, entre des hommes comme Jacques Delors et moi, aucune différence fondamentale, pas plus qu’avec certaines personnalités de la droite… »

    La « vérité », et les raisons de ce désarroi, se comprennent plus aisément lorsqu’on s’inspire du titre que vient de publier Christian Saint-Etienne (« L’incohérence française »):
    Une erreur d’aiguillage majeure eut lieu pour la France, il y a vingt ans à Maastricht en décidant de l’euro, entérinant comme principe fondateur de l’Union la concurrence fiscale et sociale. Et ce traité a bel et bien été négocié par un président et un gouvernement français socialistes en fin de règne, alors que Jacques Delors était président de la Commission européenne. Comment l’Europe, qui prétend se gouverner par le partage des souverainetés, a-t-elle pu poser le principe de concurrence fiscale et sociale comme principe premier de l’Union politique ?
    Omnubilée par la promesse d’un euro-mark, non seulement la France en accepta toutes les conditions mais elle consentit à l’affirmation, dans les traités européens régissant l’Union, du primat de la concurrence par les normes fiscales et sociales, vraisemblablement sans en comprendre toutes les implications. Ce primat, désormais constitutionnalisé par les traités européens, a semé les graines de la fin de l’Europe politique et peut-être de l’Europe tout court. En imposant la concurrence fiscale et sociale dans les faits, il affaiblit l’Etat ayant la fiscalité et les règles sociales les plus lourdes: la France.
    Ce n’est pas pour rien que la France a redescendu les marches de sa puissance économique et politique après 1990-1991: c’est lors de ces deux années qui menèrent à la négociation finale du traité de Maastricht en Décembre 1991, qu’elle a construit le piège mortel dans lequel elle se trouve aujourd’hui.

    Ceux qui aiment les chiffres citent l’Allemagne qui a choisi les restrictions en abaissant son coût salarial unitaire dans l’industrie, d’abord de 15% entre 1995 et 1998, puis à nouveau de 20% entre 2002 et 2007, ce qui n’a rien d’une performance: La « compétitivité » d’un pays se juge-t-elle à la faculté de préserver le niveau de vie de ses citoyens ou de devoir s’aligner sur le moins-disant ?
    A cet égard, l’évocation de l’Allemagne, dont les choix sont montrés en exemple pour avoir permis de récupérer sur ses partenaires européens les déficits qu’elle subit avec la Chine, ressemble au royaume des aveugles où les borgnes sont rois ! On en reparlera lorsque deux milliards supplémentaires d’émergents auront déboulé sur le marché du travail au moins-disant et du commerce mondial libéralisé sans limite par l’OMC.
    Et ce n’est pas fini, car la pression amont de la mondialisation est là, qui en demande plus, pour longtemps encore:
    Nous sommes au premier rang de la dépense en protection sociale avec 33% du PIB en France, contre 25% dans le reste de la zone euro, mais les Brics sont à quatre fois moins que nous, ce qui correspond aussi au rapport entre coût salariaux unitaires.
    Nous avons, dit-on, le système de retraite le plus généreux, avec 14 points de PIB en prestations contre 11 points dans l’UE, mais c’est oublier que dans les Brics, c’est cinq fois moins. Va-t-on s’échiner à les rejoindre ?
    La « vérité », face à cela, c’est qu’il n’y a que trois attitudes:
    – la « servitude volontaire » de la finance globalisée
    – la rupture de la zone euro
    – la renégociation
    Mais certainement pas l’attitude en faux-semblant des candidats du consensus systémique !

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  11. BA dit :

    « On n’avait pas vu ça en Grèce depuis l’Occupation. »

    Menacés par la famine, comme pendant la Seconde Guerre mondiale, les Grecs ont l’impression de replonger dans la dictature. Economique, cette fois.

    Par MARIA MALAGARDIS, envoyée spéciale à Athènes.

    Tous les jours, la même scène : à midi, une foule silencieuse se presse devant les grilles de la mairie d’Athènes, à deux pas de la place Omonia. Combien sont-ils ? Une centaine ? Bien plus encore ? «Le soir, ils sont deux à trois fois plus nombreux», soupire Xanthi, une jeune femme rousse, chargée par la mairie «de gérer la foule». L’ambiance est tendue quand les grilles s’ouvrent enfin, et qu’une longue cohorte se forme jusqu’au stand où l’on distribue un Coca-Cola light et une sorte de purée de patates dans une gamelle en plastique.

    Certains tentent de doubler, d’autres de repasser une seconde fois. Il y a des cris, des disputes, tout doit aller très vite : la distribution ne dure qu’une demi-heure. Et tant pis pour les retardataires ! Gestes fébriles, regards fuyants, ils s’accrochent à leur repas qu’ils avalent rapidement assis dans la cour. Au milieu des quelques marginaux et des vieillards aux vêtements usés, on remarque tout de suite cette nouvelle catégorie de citadins jusqu’à présent peu habitués à quémander sa nourriture. La plupart d’entre eux refusent de parler aux journalistes, détournent la tête dès qu’on les aborde.

    «Ils ont honte», confie Sotiris, 55 ans, qui s’est retrouvé au chômage après avoir travaillé vingt ans dans une compagnie de sécurité. «Mais en Grèce, les allocations chômage ne durent qu’un an», rappelle-t-il. Tirant nerveusement sur sa cigarette, il évoque sa femme, malade du cancer et alitée, ses deux fils, aussi au chômage, qui vivent sous le même toit. «Que va-t-on devenir ?Je n’ai plus d’argent et je ne peux même plus payer les traites pour mon appartement ! Bientôt, ils viendront le saisir», s’affole-t-il. Juste avant de partir, il demande un euro, murmurant : «Juste pour un café. J’en ai oublié le goût.»

    En Grèce, on les appelle les «néopauvres», ou encore les «SDF avec iPhone» : des salariés virés d’une des nombreuses PME qui ont fait faillite, des fonctionnaires licenciés à la suite des mesures d’austérité prises depuis deux ans. Tous se sont retrouvés au chômage, alors que les crédits à la consommation les avaient poussés à se surendetter pendant les années fastes. Qui ne sont pas si loin : entre 2000 et 2007, la Grèce affichait encore un taux de croissance prometteur de 4,2%. Puis la crise bancaire de 2008 et l’annonce coup de tonnerre d’un déficit budgétaire record de 12,7% du PIB fin 2009 ont fait s’effondrer, comme un château de cartes, une économie aux bases trop fragiles pour résister au jeu spéculatif des marchés.

    Premier pays «dégradé» d’Europe, la Grèce est aujourd’hui le plus mal noté par les agences financières. Travail au noir, fraude fiscale, administration inefficace : les maux sont connus et une grande partie de la population accepte la nécessité des réformes structurelles exigées par «Merkozy», comme on appelle ici le tandem Angela Merkel-Nicolas Sarkozy, qui domine les négociations à Bruxelles. Mais les plans d’austérité imposés au pays depuis le printemps 2010 passent mal. Ils frappent en priorité les salariés et les retraités, qui ont vu leurs revenus diminuer, voire disparaître quand ils ont été licenciés, et leurs impôts, prélevés à la source, augmenter de façon exponentielle. Résultat ? En deux ans, le nombre de sans-domicile-fixe a augmenté de 25% et la faim est devenue une préoccupation quotidienne pour certains.

    «J’ai commencé à m’inquiéter lorsqu’en consultation j’ai vu un, puis deux, puis dix enfants qui venaient se faire soigner le ventre vide, sans avoir pris aucun repas la veille», raconte Nikita Kanakis, président de la branche grecque de Médecins du monde.

    Il y a une dizaine d’années, l’ONG française avait ouvert une antenne en Grèce pour répondre à l’afflux aussi soudain que massif d’immigrés clandestins sans ressources. «Depuis un an, ce sont les Grecs qui viennent nous voir. Des gens de la classe moyenne qui, en perdant leurs droits sociaux, n’ont plus droit à l’hôpital public. Et depuis six mois, nous distribuons aussi de la nourriture comme dans les pays du tiers-monde, constate le docteur Kanakis, qui s’interroge. Le problème de la dette est réel mais jusqu’où peuvent aller les exigences de Bruxelles, quand des enfants qui ne vivent qu’à trois heures d’avion de Paris ou Berlin ne peuvent plus de soigner ou se nourrir ?»

    Jeudi 26 janvier, une scène insolite s’est déroulée au cœur d’Athènes, sur la place Syntagma, juste en face du Parlement : des agriculteurs venus de Thèbes, à 83 km de la capitale, distribuent 50 tonnes de patates et d’oignons gratuitement. Annoncée à a télévision, la distribution tourne vite à l’émeute. Tout le monde se précipite sur les étals. A nouveau des disputes, des cris. «On n’avait pas vu ça depuis l’Occupation», peste Andreas qui observe le spectacle à distance. L’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale avait provoqué une terrible famine qui reste dans toutes les mémoires.

    Mais si le mot revient si souvent pour décrire le retour de la faim qui frappe les classes moyennes, c’est aussi en référence aux diktats de Bruxelles, et plus encore de Berlin. «Tous les trois mois, on nous menace de faillite immédiate et on nous ordonne d’étrangler encore plus les plus pauvres. L’argent qu’on nous promet ? Ce sont des prêts qui ne servent qu’à rembourser nos créanciers !» s’exclame Andreas.

    Employé dans une entreprise maritime, il rit en évoquant l’éventualité de supprimer les treizième et quatorzième mois des salariés du privé. Comme beaucoup d’employeurs, le sien ne lui verse aucun salaire depuis des mois. «Les patrons invoquent la crise pour éviter de payer leurs employés», se plaint-il. Puis, se tournant vers l’ancien Palais royal qui abrite le Parlement, il ajoute : «Ici, il y a 300 crétins qui suivent un gouvernement non élu par le peuple. Est-ce qu’ils ont diminué leur train de vie ? Les fonctionnaires de l’Assemblée touchent toujours seize mois de salaires et personne à Bruxelles ne s’en préoccupe.»

    Loin d’avoir, comme en Italie, provoqué un sursaut national face à la crise, Loukas Papademos, le Premier ministre «technocrate» nommé en novembre, brille surtout par son silence. Alors que le pays négocie à nouveau sa survie en promettant de nouvelles mesures de rigueur, la seule interview qu’il a accordée était destinée au… New York Times.

    Andreas en est persuadé : «Nous vivons sous une dictature économique. Et la Grèce est le laboratoire où l’on teste la résistance des peuples. Après nous, ce sera le tour des autres pays d’Europe. Il n’y aura plus de classe moyenne.»

    http://www.liberation.fr/economie/01012386707-on-n-avait-pas-vu-ca-en-grece-depuis-l-occupation

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  12. BA dit :

    Mardi 7 février 2012 :

    Il y a vingt ans, le 7 février 1992, c’était la signature du traité de Maastricht.

    Vingt ans après, le jour de l’anniversaire du traité de Maastricht, la crise nous a montré l’échec total de l’Union Européenne.

    Toutes les belles promesses des partisans de l’Union Européenne reposaient sur ce postulat : « la solidarité européenne, ça existe. »

    Or, justement, ce que la crise nous a montré, c’est exactement le contraire : l’Union Européenne est construite sur une solidarité … qui n’existe pas.

    La solidarité européenne entre les pays européens riches et les pays européens pauvres, ça n’existe pas.

    Les pays européens riches ne veulent pas donner pour sauver de la faillite les pays européens pauvres.

    Un article du journal allemand « Der Spiegel » évoque les manifestations de mardi, en Grèce, lors de la grève générale : la photo qui illustre l’article est une photo extraordinaire.

    A droite de la photo, un manifestant brandit un drapeau grec.

    A gauche de la photo, un manifestant grec est en train de brûler un drapeau allemand.

    L’article de « Der Spiegel » :

    « Il est temps d’arrêter la farce du sauvetage de la Grèce. »

    http://www.spiegel.de/international/europe/0,1518,813919,00.html

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  13. BA dit :

    Jeudi 9 février 2012 :

    Grèce : grève générale de 48 heures contre la cure de rigueur.

    Les deux grandes centrales syndicales grecques, Adedy pour le public et GSEE pour le privé, ont appelé jeudi à une grève générale vendredi et samedi contre les nouvelles mesures de rigueur exigées par l’Union Européenne et le FMI en échange d’un nouveau prêt, a-t-on appris de source syndicale.

    « Nous appelons à une grève générale vendredi et samedi au côté du syndicat de la fonction publique », a indiqué à l’AFP un porte-parole de la GSEE après une nuit de réunion marathon des trois partis de la coalition gouvernementale sur le nouveau plan de rigueur.

    http://www.romandie.com/news/n/_ALERTE___Grece_greve_generale_de_48_heures_contre_la_cure_de_rigueur090220121102.asp

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  14. BA dit :

    Engagé à droite, François Lenglet, en seulement 2 minutes 43, dit tout ce qu’il fallait dire :

    « Le dogme de l’euro anéantit plusieurs pays en Europe. »

    « Il va falloir dissocier le destin des pays qui n’ont rien à faire dans l’euro et pour lesquels cette monnaie est délétère, et les autres pays, qui vont tâcher de s’arrimer à l’Allemagne. »

    http://auxinfosdunain.blogspot.com/2012/02/francois-lenglet-sur-leuro.html

    Engagé à gauche, Frédéric Lordon dit la même chose :

    « Face à ce qu’il faut bien identifier comme des enjeux vitaux pour le corps social, un État, confronté au non-vouloir de la BCE, prendrait immédiatement la décision de réarmer sa propre banque centrale nationale pour lui faire émettre de la monnaie en quantité suffisante et reconstituer au plus vite un bout de système bancaire en situation d’opérer. Observant alors au coeur de la zone une ou des source(s) de création monétaire hors de contrôle, c’est-à-dire une génération d’euros impurs, susceptible de corrompre les euros purs dont la BCE a seule le privilège d’émission, l’Allemagne, cour constitutionnelle de Karlsruhe en tête, décréterait immédiatement l’impossibilité de rester dans une telle « union » monétaire devenue anarchique et la quitterait sur le champ, probablement pour refaire un bloc avec quelques suiveurs triés sur le volet (Autriche, Pays-Bas, Finlande, Luxembourg). Quant aux autres nations, elles auront alors à choisir entre reconstituer un bloc alternatif ou bien retourner chacune à son propre destin monétaire, la France quant à elle tâchant de faire des pieds et des mains pour embarquer avec l’Allemagne, sans être le moins du monde assurée d’être acceptée à bord. »

    En clair :

    – le Portugal, l’Irlande, l’Italie, la Grèce, l’Espagne, Chypre, etc, vont quitter la zone euro ;

    – les autres pays vont tâcher de s’arrimer à l’Allemagne.

    La zone euro va se disloquer.

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  15. BA dit :

    Dimanche 12 février 2012 :

    Kastelórizo ou Megísti est une île de Grèce, baignée par la mer Méditerranée orientale et située à moins de cinq kilomètres de la côte Sud de la Turquie, environ 110 kilomètres à l’est de Rhodes.

    Le 23 avril 2010, Georges Papandréou s’y rend, pour nous annoncer par un très mauvais direct télévisé et en moins de six minutes que « la Grèce accepte le Mécanisme de soutien économique, institué par le Fond Monétaire International, l’Union Européenne et la Banque Centrale Européenne (…) Les marchés ne nous laissent pas le temps (…) Mais les partenaires de la Grèce nous offrent cette possibilité, afin de conduire notre navire dans les eaux d’un port alors protégé, pour pouvoir ainsi le réparer, utilisant des pièces solides et fiables (…) ».

    Notre dernière île si loin au large a été depuis surnommée par les journalistes, «île du Mémorandum ». Mais plus maintenant, et de manière officielle.

    Car son maire, Pavlos Panigiris, vient de proclamer « le retour à la drachme et ainsi à l’indépendance » de son île : « Nous reviendrons à la drachme, car sous l’euro notre patrie n’est plus souveraine. Pour rester libres et Grecs, il faut partir (…) Nous ne voulons plus les voir ici [ces politiciens], plus jamais » (journal des Municipalités – aftodioikisi.gr).

    http://greekcrisisnow.blogspot.com/2012/02/article-120.html

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  16. BA dit :

    Restructuration de la dette grecque : soupçon de corruption à la BCE.

    Deux articles édifiants, mettant en doute la probité de la BCE et de ses dirigeants dans les négociations portant sur la restructuration de la dette grecque, viennent de paraître ces jours-ci.

    Joseph Stiglitz, tout d’abord, s’est demandé pour quelle raison étrange la BCE apportait son appui à une restructuration « volontaire » de la dette grecque, comme si elle cherchait à éviter à tout prix l’officialisation du défaut partiel, lequel aurait pour effet de déclencher l’activation des CDS (assurances sur crédit). Les banques qui avaient eu la prudence de s’assurer contre risque de défaut se trouvent lésées et sont d’autant plus réticentes à céder sur les négociations avec l’Etat grec. Ecartant l’argument selon lequel le risque systémique serait plus important en cas de défaut officiel, Joseph Stiglitz tire la conclusion suivante :

    « En réalité, la BCE fait probablement passer l’intérêt des quelques banques qui ont émis des CDS (assurance contre le risque de défaillance d’un crédit) avant celui de la Grèce, des contribuables européens et des prêteurs qui ont agi prudemment en s’assurant (…) Ainsi qu’on le voit ailleurs, les institutions qui n’ont pas à rendre des comptes de manière démocratique peuvent être la proie d’intérêts particuliers. »

    Le lecteur, qui vient d’apprendre que la BCE ne protégeait ni l’intérêt des européens, ni même celui des banques en général, n’en saura pas plus quant aux « intérêts particuliers en question ». Mais quelles sont donc ces mystérieuses banques, émettrices d’assurances sur défaut, qui semblent être l’objet de toutes les attentions ? « Goldman–Sachs ou Merril–Lynch » répond Arnaud Parienty, professeur d’économie. Cela lui fait se demander sans détour, sur le site d’Alternative Economique : « Doit-on lier son insistance étonnante à ce que la restructuration de la dette grecque soit volontaire à la carrière au sein de Goldman Sachs de Mario Draghi ( le président de la BCE) ? « .

    Ce qui est troublant dans cette histoire, c’est que les accusations extrêmement graves portées par ces deux auteurs, en particulier par le prix Nobel d’économie, dont l’audience est mondiale, n’ont été relayées par aucun média (à ma connaissance), ni n’ont suscitées de réactions chez leurs collègues ou dans le monde politique.

    Voir les 2 articles ci dessous.

    « Main basse sur la BCE ? », par Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie – Février 2012. Extrait.

    « Rien n’illustre mieux les divergences politiques, la présence d’intérêts particuliers et les considérations économiques à court terme à l’œuvre en Europe que le débat sur la restructuration de la dette souveraine de la Grèce. (…)

    La position de la BCE est curieuse. On aurait pu supposer que face au risque de défaut sur leurs obligations, les banques achètent une assurance. Dans ce cas, un régulateur qui prend en compte la stabilité systémique veille en principe à ce que l’assureur paye en cas de perte. Pourtant la BCE veut que les banques perdent plus de 50% sur les obligations qu’elles détiennent, sans être dédommagées. (…)

    En réalité la BCE fait probablement passer l’intérêt des quelques banques qui ont émis des CDS (assurance contre le risque de défaillance d’un crédit) avant celui de la Grèce, des contribuables européens et des prêteurs qui ont agi prudemment en s’assurant.

    Enfin, dernière étrangeté, l’opposition de la BCE à une gouvernance démocratique. C’est un comité secret de l’Association internationale des swaps et dérivés, une organisation professionnelle, qui décide si un incident de crédit a bien eu lieu. Or les membres de cette association ont un intérêt personnel dans ce type de décision. Selon la presse, certains d’entre eux utiliseraient leur position pour défendre une attitude plus accommodante au cours des négociations. Il paraît inconcevable que la BCE délègue à un comité secret d’acteurs du marché en situation de conflit d’intérêts le droit de décider ce qu’est une restructuration acceptable.

    Le comportement de la BCE n’est pas surprenant. Ainsi qu’on le voit ailleurs, les institutions qui n’ont pas à rendre des comptes de manière démocratique peuvent être la proie d’intérêts particuliers. C’était vrai avant 2008. Malheureusement pour l’Europe et pour l’économie mondiale, le problème n’a pas été résolu depuis.

    Project Syndicate, 2012.

    « Pourquoi la restructuration de la dette grecque est-elle si difficile ? », par Arnaud Parienty – Février 2012. Extrait.

    « (…) Les banquiers qui ont prêté à la Grèce ont généralement assuré ces prêts en achetant des CDS (credit default swaps) à des assureurs ou à des banques d’investissement telles que Goldman–Sachs ou Merril–Lynch. Le paiement des acheteurs de CDS est déclenché lorsque surviennent des « événements de crédit » tels qu’une faillite. Mais une restructuration volontaire n’est pas jugée comme étant un événement de crédit, elle ne déclenche pas le paiement par les banquiers des compensations auxquelles auraient droit les acheteurs de CDS en cas de restructuration imposée. (…)

    Pour comprendre l’enjeu de cette question, il faut savoir que les vendeurs de CDS, contrairement aux pratiques raisonnables d’un assureur ordinaire, ne mettent pas de côté de provisions destinées à couvrir le risque de sinistre. Ils sont censés utiliser leur capital pour cela ! C’est la raison pour laquelle la crise de 2008 a entraîné la quasi faillite du plus gros assureur américain, AIG, sauvé par le gouvernement fédéral pour un prix astronomique (probablement de l’ordre de 200 milliards de dollars). (…)

    La BCE pèse évidemment d’un poids considérable dans les négociations. Doit-on lier son insistance étonnante à ce que la restructuration de la dette grecque soit volontaire à la carrière au sein de Goldman Sachs de Mario Draghi ? En tout cas, la position de la BCE est difficilement acceptable.

    http://et-pendant-ce-temps-la.eklablog.com/restructuration-de-la-dette-grecque-soupcon-de-corruption-a-la-bce-a39362567

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  17. BA dit :

    Mardi 14 février 2012 :

    La mauvaise nouvelle était attendue… mais le couperet qui tombe s’avère particulièrement lourd. Selon l’autorité des statistiques grecques, le PIB du pays aurait chuté de 7 % au dernier trimestre de 2011.

    Selon l’agence de presse grecque Ana (semi-officielle), ces chiffres, s’ils se confirmaient, équivaudraient à une contraction du PIB de 6,8 % pour l’ensemble de l’année 2011.

    Ce recul intervient après un troisième trimestre déjà particulièrement mauvais. Le PIB s’était alors contracté de 5 % au sur un an, alors que le budget de l’année en cours tablait sur une récession de 5,5 % en 2011.

    L’année 2012 devrait être la cinquième année consécutive de récession subie par le pays.

    Et en tout état de cause, les derniers chiffres publiés mettent en avant une situation du pays beaucoup plus inquiétante que ce que le gouvernement grec voudrait. Même si Athènes redoutait une aggravation de la récession pour l’année 2011, au vu du coup d’arrêt donné à l’activité économique dans le pays par deux ans d’austérité dictée par l’UE et le FMI en contrepartie du sauvetage financier du pays surendetté, celle-ci était moins importante que celle qui se profile. Dans son dernier budget, le gouvernement tablait en effet sur une récession de « seulement » 5,5 % en 2011.

    Ces chiffres risquent également d’aviver les tensions dans le pays, alors que les mesures d’austérité demandées par les l’Union européenne et le FMI viennent d’être durcies avec l’adoption d’un nouveau mémorandum de politique économique, ouvrant notamment la voie à des baisses de salaires dans le privé.

    Les syndicats et des pans du patronat s’y sont opposés en jugeant que loin d’aider à redresser l’économie grecque, ces mesures vont enfoncer davantage encore le pays dans la récession.

    « Nos entreprises veillent sur le revenu des salariés et donnent la priorité à la sauvegarde des emplois, en utilisant en priorité d’autres moyens d’amélioration de la compétitivité et de baisse des coûts », a ainsi indiqué ce mardi l’Union des industriels de Grèce (Sev) en rendant publique une motion adoptée la veille par sa direction.

    http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0201897851926-le-pib-grec-aurait-chute-de-pres-de-7-en-2011-289127.php

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  18. BA dit :

    Mercredi 15 février 2012 :

    L’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas, le Luxembourg, la Finlande, veulent que la Grèce quitte la zone euro.

    C’est un secret de polichinelle.

    Mais le ministre des Finances grec vient juste de s’en apercevoir.

    Grèce : « Plusieurs » pays de la zone euro « ne veulent plus de nous » affirme Vénizélos.

    « Plusieurs » pays de la zone euro « ne veulent plus de nous », a déclaré mercredi le ministre des Finances grec Evangélos Vénizélos, qui souhaite « convaincre » les pays partenaires que la Grèce pourra « réussir » à y rester.

    « Il faut dire la vérité au peuple grec, il y a plusieurs (pays de la zone euro) qui ne veulent plus de nous. Et il faut les convaincre » que la Grèce peut « réussir » à y rester, « pour les prochaines générations, pour nos enfants », a déclaré M. Vénizélos à son arrivée chez le président de la République Carolos Papoulias.

    http://www.boursorama.com/actualites/grece-plusieurs-pays-de-la-zone-euro-ne-veulent-plus-de-nous-affirme-venizelos-2116d225dbd6ea3b0c2c988bd4ad4cd6

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  19. BA dit :

    Le président du directoire de Bosch, l’un des industriels les plus respectés d’Allemagne et proche conseiller de la chancelière Angela Merkel, a plaidé pour une sortie de la Grèce de l’Union européenne dans un entretien à Manager Magazin.

    « Cet Etat, avec ses retraités fantômes et ses gens riches qui ne paient pas d’impôts, un Etat qui n’a pas d’administration qui fonctionne, n’a pas sa place dans l’Union européenne, » a déclaré Franz Fehrenbach dans un entretien à paraître vendredi 17 février.

    Il s’agit du dernier en date d’une liste de grands dirigeants d’entreprises allemandes à s’élever contre le rôle de la Grèce dans l’UE et la mise en place d’un deuxième plan d’aide. Selon une enquête menée auprès de plus de 300 dirigeants parue dans le magazine, environ 57 % d’entre eux souhaitent une sortie de la Grèce de la zone euro et un retour à la drachme.

    A la question de savoir ce que les dirigeants politiques devraient faire si la Grèce ne quittait par la zone euro de son propre chef, Franz Fehrenbach, qui ne s’exprimait pas en tant que conseiller du gouvernement, a répondu : « Alors, l’Union Européenne doit modifier ses lois et l’expulser, aussi difficile que cela puisse paraître. »

    Reste par ailleurs un désaccord sur le point de savoir s’il faut conserver l’objectif d’un niveau d’endettement public grec ramené à 120% du PIB d’ici 2020 ou si on peut le laisser atteindre un niveau plus élevé, par exemple 125% du PIB. Sur ce point, « il y a les fétichistes du 120% qui n’en démordent pas », en particulier les Pays-Bas, l’Allemagne et la Finlande, selon une source proche des négociations.

    « Nous faisons face à une situation particulière, on nous pose toujours de nouvelles conditions, et cela est dû au fait qu’il y a des puissances dans l’Europe qui jouent avec le feu, qui croient que la décision d’octobre sur le nouveau prêt pourrait ne pas être appliquée, et qui veulent que la Grèce soit hors de la zone euro », a déclaré le ministre des Finances grec M. Vénizélos, à l’issue d’une rencontre sur l’économie avec le président grec Carolos Papoulias.

    Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a réaffirmé mercredi la volonté de son pays d’aider la Grèce, mais seulement si celle-ci n’était pas « un puits sans fond ».

    Mais le Luxembourg, quatrième pays de la zone euro toujours noté « triple A » par les trois grandes agences de notation avec l’Allemagne, les Pays-Bas et la Finlande, a également manifesté son impatience ces derniers jours.

    Son ministre des Finances, Luc Frieden, a laissé entendre lundi que la Grèce pourrait être exclue de la zone euro si elle ne tenait pas ses promesses de réformes et de réduction du déficit public. « S’ils ne font pas tout cela, je pense qu’alors nous devrons continuer avec 16 pays » dans l’Union monétaire et « qu’ils s’excluent eux-mêmes de la zone euro », a-t-il dit.

    http://www.boursorama.com/actualites/la-grece-amere-et-determinee-face-a-des-europeens-intransigeants-2116d225dbd6ea3b0c2c988bd4ad4cd6

    En clair :

    L’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas, le Luxembourg, la Finlande, ne veulent plus prêter des dizaines de milliards d’euros à la Grèce, car ils savent que la Grèce ne les leur remboursera jamais.

    L’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas, le Luxembourg, la Finlande, veulent que la Grèce quitte la zone euro.

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  20. bernarddo dit :

    « l’un des industriels les plus respectés d’Allemagne et proche conseiller de la chancelière Angela Merkel »

    Ce qui n’en fait pas ipso facto un des plus respectables…

    Mais je me prends à rêver, s’il décidait que c’est la France qu’il faut expulser de la zone euro…,

    et (rêvons encore un peu plus)…. sous le prétexte que le peuple français n’en voulait pas vraiment en 2005…, ça ce serait vraiment une vraie bonne et grande nouvelle.

    En clair, les actionnaires influents de l’Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg… ne veulent plus racketter la Grèce, car ils découvrent que la tournée des encaisseurs musclés ne peut plus leur rapporter.

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