202 – J. Halpern: Le financement direct des déficits par la Banque Centrale est-il inflationniste ?

Extrait d’un article du 24 août 2011, de Joël Halpern « LA RÈGLE DE PLOMB : L’IMPOSSIBLE INTERDICTION DES DÉFICITS PUBLICS »
La lecture de cet extrait doit vous donner l’envie d’en lire l’intégralité.

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Il faut ici ouvrir une parenthèse pour prévenir à l’avance l’objection programmée à toute politique de financement des déficits par la banque centrale : celle-ci serait inflationniste, alors que le recours aux marchés financiers ne le serait pas. Cette assertion a acquis un semblant d’évidence à force d’être répétée en boucle, mais elle est absolument fausse.

Ce qui est inflationniste, c’est l’injection de liquidités dans l’économie, qui gonfle une demande excédentaire de marchandises, et/ou valide des anticipations inflationnistes préalablement formées. Le déficit public est inflationniste si sa conjugaison avec les emprunts privés produit une demande finale que ne peuvent satisfaire les entreprises (notons au passage que nous sommes pour le moment très loin de cette situation !). Peu importe alors la manière dont ce déficit sera financé : soit la banque centrale rationne alors la monnaie pour enrayer l’inflation, et alors les investissements privés seront « évincés » par le taux d’intérêt, soit elle choisit de « laisser-faire », et les liquidités éventuellement prélevées par l’État sur le marché sont aussitôt compensées par le crédit aux entreprises.

En fait les néolibéraux supposent implicitement que le financement par la Banque Centrale serait une création supplémentaire de monnaie, alors que le financement de marché serait un prélèvement sur un stock donné de moyens de paiements. C’est-à-dire que les agents privés ne se financeraient pas par le crédit ex nihilo, ce qui est évidemment inexact – sauf bien sûr si l’on mène une politique monétaire destinée à les rationner. Mais une telle politique pourrait aussi bien être mise en oeuvre même si l’État avait eu directement recours à la Banque Centrale.

Ce qui précède ne signifie pas que le risque d’inflation soit négligeable (Il pourrait même être bienvenu dans un contexte de surendettement, en ramenant la valeur des dettes à un niveau compatible avec leur remboursement. Les créanciers eux-mêmes seraient moins « spoliés » par un tel processus que part des défauts de paiement en cascade !  ) , mais qu’il n’a rien à voir avec le mode de financement des déficits publics. Il est en revanche possible que les liquidités désespérément injectés par les Banques Centrales gonflent des réserves qui par effet de levier différé produisent un flux monétaire disproportionné au moment de la reprise.

Une dernière fausse « évidence » ressassée par les néolibéraux serait la propension des gouvernements à dépenser sans discernement. Rappelons toutefois que cette « propension » s’est tout particulièrement manifestée après que le financement des déficits ait été confié aux « marchés » ! Le niveau élevé des taux d’intérêts, dans les années 80 aux États-Unis et tout particulièrement au début des années 90 en France, n’a en rien inversé la tendance, mais en revanche a coûté cher aux entreprises et affecté l’investissement.

 En réalité l’État est un débiteur très particulier auquel ne saurait s’appliquer le raisonnement simpliste à l’usage des acteurs privés. Ses objectifs ne sont ni une consommation ni un rendement sur investissement, mais la poursuite de l’intérêt général. Qu’il les remplisse bien ou mal est une autre question. Toujours est-il qu’il est illégitime d’imposer une dîme financière au profit des rentiers11 pour ce qui relève du service public d’alimentation de l’économie en liquidités. Ensuite la contrainte financière n’exerce qu’un effet à très long terme dont les conséquences pèseront de toute façon sur la population et non les gouvernements dépensiers. Enfin, les marchés financiers ne manifestent aucune rationalité collective qui les habiliterait à réguler la dépense publique. Par conséquent c’est sur l’effet de leur pilotage macroéconomique que les gouvernements sont jugés ; leurs fautes sont sanctionnées par l’électorat et non par leurs créanciers. C’est donc du côté du contrôle démocratique des gouvernants qu’on peut espérer quelques limites au mauvais usage des fonds publics.

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7 commentaires pour 202 – J. Halpern: Le financement direct des déficits par la Banque Centrale est-il inflationniste ?

  1. BA dit :

    Samedi 27 août 2011, à Jackson Hole, Christine Lagarde a parlé de la situation économique et financière. Surtout, elle a prononcé une phrase très importante en ce qui concerne l’Europe.

    Elle a dit ce qu’elle pensait de la situation financière en Europe : « banks need urgent recapitalization. »

    « En Europe, les banques ont besoin d’une recapitalisation urgente. »

    http://www.imf.org/external/np/speeches/2011/082711.htm

    En clair : les banques européennes sont sous-capitalisées. Le ralentissement de la croissance dans tous les pays d’Europe va avoir des conséquences dévastatrices sur les banques. Si par malheur il n’y avait pas de recapitalisation, les banques européennes feraient faillite.

    Problème : où trouver l’argent pour cette « recapitalisation urgente » des banques européennes ?

    Je sens que les contribuables vont encore morfler.

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  2. Sam dit :

    Un très long texte pour ce différent, ça me paraît trop..

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  3. Ping : Il ne faut pas rembourser la dette publique | Tête de Quenelle !

  4. Sam dit :

    Mon commentaire antérieur s’adressait au texte sur la controverse à propos de Schumpeter et autres. Mea maxima culpa..

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  5. Ping : Bonnes lectures de la semaine | Tête de Quenelle !

    • Bruno Lemaire dit :

      Bonjour.

      Sur ce point, on ne peut être plus clair, et plus vrai, que dans la citation suivante:

      Ce qui est inflationniste, c’est l’injection de liquidités dans l’économie, qui gonfle une demande excédentaire de marchandises, et/ou valide des anticipations inflationnistes préalablement formées. Le déficit public est inflationniste si sa conjugaison avec les emprunts privés produit une demande finale que ne peuvent satisfaire les entreprises (notons au passage que nous sommes pour le moment très loin de cette situation !). Peu importe alors la manière dont ce déficit sera financé : soit la banque centrale rationne alors la monnaie pour enrayer l’inflation, et alors les investissements privés seront « évincés » par le taux d’intérêt, soit elle choisit de « laisser-faire », et les liquidités éventuellement prélevées par l’État sur le marché sont aussitôt compensées par le crédit aux entreprises.

      Ce qui est inflationniste, aussi, c’est ce que AJH nous redit à juste titre à longueur de billets, à savoir les conséquences de la loi de 1973, dite Pompidou/Giscard, cause en 35 ans de 1400 à 1500 milliards d’euros de dettes publiques.

      Au lieu de lutter contre les causes, on va donc ressortir des mesurettes plus ou moins cohérentes d’austérité et de tigueur, au lieu de prendre le taureau par les cornes, le taureau, à savoir le capitalisme financier qui repose sur une seule doctrine – faire payer les pauvres, ou plus exactement faire payer ceux qui n’y sont pour rien (cf. http://monnaiepublique.blogspot.com/2011/10/faisons-payerlespauvrespoursauvernoscre.html )

      A suivre sans doute.

      Bruno Lemaire

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  6. Un très long texte pour ce différent, ça me paraît trops tahnk you

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