199 – Ricardo: émission monétaire centrale

David Ricardo

Extrait de « Des principes de l’économie politique et de l’impôt » page 263/264

 Sous le point de vue de l’intérêt national, il est tout à fait indifférent que ce soit le gouvernement ou une banque qui fasse l’émission d’un papier-monnaie, si cette émission est dirigée d’après les sages principes que nous venons d’exposer. Que ce soit l’un ou l’autre qui l’émette, il en résultera à peu prés le même accroissement de richesse nationale ; mais l’effet ne sera pas le même quant à l’intérêt des particuliers. Dans un pays où le taux courant de l’intérêt est de 7 pour cent, et où le gouvernement a besoin, pour des dépenses particulières, de 70,000 liv. st. par an, il importe beau-coup aux individus de ce pays, de savoir s’ils paieront ces 70,000 liv. par an impôt annuel, ou s’ils pourront les obtenir sans payer pour cela d’impôt.

Supposons qu’il faille un million en argent pour préparer une expédition. Si le gouvernement émettait un million de papier-monnaie l’expédition se ferait sans qu’il en coûtât rien à la nation ; mais si en déplaçant ainsi un million d’argent monnayé, une banque faisait l’émission d’un million de papier, et qu’elle le prêtât au gouvernement a 7 pour cent, en déplaçant de même un million de numéraire, le pays se trouverait grevé d’un impôt perpétuel de 70,000 liv. par an. La nation paierait l’impôt, la banque le recevrait, et la nation resterait, dans les deux cas, aussi riche qu’auparavant. L’expédition aura été réellement faite au moyen du système, par lequel on rend productif un capital de la valeur d’un million, en le convertissant en denrées, au lieu de le laisser improductif sous la forme de numéraire ; mais l’avantage serait, toujours pour ceux qui émet-traient le papier ; et comme le gouvernement représente la nation, la nation aurait épargné l’impôt, si elle, et non la banque, avait fait l’émission de ce million de papier-monnaie.

 J’ai déjà observé que, s’il pouvait y avoir une entière garantie qu’on n’abuserait point de la faculté d’émettre du papier-monnaie, il serait tout à fait indifférent pour la richesse nationale, prise collectivement, par qui ce papier fût émis ; et je viens de faire voir que le public aurait un intérêt direct à ce que ce fût l’État, et non une compagnie de marchands ou de banquiers, qui fit cette émission. Il serait cependant plus à craindre que le gouvernement n’abusât de cette faculté qu’une compagnie de banquiers. Une compagnie est, dit-on, plus dépendante des lois ; et quoiqu’il pût être de son intérêt de multiplier ses billets au-delà des bornes prescrites par la prudence, elle serait forcée de s’y renfermer, et de restreindre l’émission de son papier, par la fa-culté qu’auraient les particuliers d‘exiger des lingots ou des espèces en échange des billets de banque. On prétend que, si le gouvernement avait le privilège démettre du papier, il ne respecterait pas longtemps cette disposition qui le gênerait ; on croit qu’il serait trop porté à sacrifier la tranquillité de l’avenir à l’intérêt du moment, et qu’il pourrait par conséquent, en alléguant des motifs d’urgence, se débarrasser de toute entrave qui bornerait le montant de ses émissions de papier.

Cette objection est d‘un grand poids quant à un gouvernement absolu ; mais dans un pays libre, avec une législature éclairée, la faculté d’émettre du papier avec la clause indispensable qu’il soit échangeable au gré du porteur, pourrait être en toute sûreté confiée à des commissaires nommés spécialement pour cet objet, et on pourrait les rendre entièrement indépendants de l’influence des ministres.

Le fonds d‘amortissement est administré par des commissaires qui ne sont responsables de leur gestion qu’au parlement, et le placement des sommes qui leur sont confiées se fait avec la plus grande régularité ; quelle raison peut-il donc y avoir de douter que l’émission du papier ne pût être réglée avec la même exactitude, si on la confiait à une administration du même genre  ? 

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35 commentaires pour 199 – Ricardo: émission monétaire centrale

  1. bernarddo dit :

    Cette « démonstration » fait appel à un présupposé qui n’est généralement pas relevé et qui n’a aucune justification: que le prêteur (ici uniquement le privé, le fait que le public n’étant pas pas logé à la même enseigne montre bien que ce n’est nullement techniquement nécessaire) exige un intérêt.

    C’est le moteur global du déséquilibre fondamental actuel.

    Rien en effet ne justifie cet intérêt financier. Quand un prêteur prête,
    – soit il fait un investissement sur l’avenir dont il espère un revenu supérieur, mais qui s’appuie sur une production réelle, et alors, il assume le risque
    – soit c’est à un particulier et il existe des sûretés en cas de non remboursement (et éventuellement un fonds d’assurance mutualiste contre les impayés)

    Sur le plan citoyen, l’intérêt est inacceptable car il détruit le dogme de l’égalité des chances entre les créanciers et les prêteurs.

    Il existe car nous vivons dans un monde gouverné par les créanciers.

    Si nous étions dans un monde gouverné par les débiteurs, il existerait un intérêt négatif, une espèce de monnaie fondante. Et il existerait les justifications symétriques aux justifications techniques existantes, qui seraient tout aussi valables.

    Que sont celles qui sont en usage ?:

    – payer le « service » rendu à l’emprunteur (cela ne tient pas la route si l’état peut offrir le même service sans intérêt, les agents rationnels n’y auront pas recours.)

    – rétribuer le « sacrifice » d’une consommation immédiate. Tout aussi bidon, il s’agit d’un argument tout aussi opposé au dogme libéral qui considère tout agent économique rationnel, donc maximisant son intérêt, et pour lequel il n’est pas possible de parler de « sacrifice ».

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  2. Sam dit :

    « Sur le plan citoyen, l’intérêt est inacceptable car il détruit le dogme de l’égalité des chances entre les créanciers et les prêteurs. »

    Le seul intérêt à prêter pour un capitaliste, petit ou grand, serait alors lequel ?
    La morale. La conviction de faire une bonne action et de contribuer à la création d’une nouvelle entreprise, ou bien de conforter une ancienne, pour le maintien ou le gain de nouveaux produits, services.

    Pour que cela marche, que les capitalistes financent, il faut leur donner quelque chose en retour, puisqu’on le sait ces êtres étranges n’ont jamais fonctionné à l’éthique. Ce peut être une rétribution supérieure de 1% à l’inflation, ou des hochets symboliques, comme ceux que distribue Sarkozy.
    Dans le monde dans lequel nous vivons.

    Ou alors, destituer la valeur de l’argent, Démolir son importance, miner le statut des possesseurs de capitaux, invalider leur importance, dévoiler leurs crimes pour accéder au capital, bref, faire de l’argent une sorte de lèpre, un sida économique.
    Alors, les capitalistes accepteront d’être moraux, sans même qu’on leur offre une « compensation » à leur générosité.
    Demain, peut-être. A moins que Martine Aubry…;)

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    • A-J Holbecq dit :

      @Sam
      Tu sais que j’étais plutôt opposé à l’idée d’un intérêt nul sur l’épargne prêtée (dont les revenus/intérêts peuvent d’ailleurs être imposés à un taux progressif pour pénaliser les gros), je suis donc en accord avec la proposition que tu fais ici; encore faudra t-il dans ce cas assurer le risque de défaut de l’emprunteur.

      Pour tes deux derniers paragraphes, je n’ai pas encore trouvé mieux que l’écosociétalisme [ http://www.ecosocietal.org/ ]😉

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      • Sam dit :

        Ok…Tu serais pas un peu décroissant (beurre) toi ?…
        Personnellement, j’avoue m’y perdre un peu entre l’autre monde, la Révolution, la décroissance sociétale…Mais je viens de lire un texte d’Accardo; sociologue dans la lignée de Bourdieu et il m’a remis les idées à l’heure. Les classes n’ont pas disparu, la gauche n’a pas disparu, le prolétariat non plus et s’il faut donner des priorités, c’est d’abord la lutte contre le capitalisme et la structure sociale qu’il impose, l’exploitation; la société bâtie sur deux différentiels d’inégalité : l’argent et la plus-value.
        Après, c’est comment on va où…
        Alors, je crois qu’une des batailles centrales aujourd’hui, qui n’est pa abordée, ou peu par la gauche de gauche, c’est la…

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        • Sam dit :

          ….Question des medias. Il faut en finir avec le concept de « pluralisme ». Pipeau intégral à démonter pratiquement avec les données du CSA.
          Ensuite, la gauche de gauche doit se doter d’un ou plusieurs outils pour se faire entendre, à la manière des gens de « Ici et Maintenant » – dont je ne pense qu’il fasse partie de la gauche, mais leur outil est intéressant. Bon, j’arrête, j’ai un sanglier sur le feu..;)

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  3. bernarddo dit :

    Mais, Sam, pourquoi parler des capitalistes comme d’ êtres étranges. Je suis un capitaliste, vous êtes un capitaliste, tout le monde l’est ou voudrait l’être suivant votre définition, puisque personne ne marche à l’éthique.

    Le problème n’est pas moral, il ne s’agit pas d’éthique. Le capitaliste CONSCIENT n’est pas immoral, il est INSENSE. Je voudrais vous le démontrer.

    La situation de crise dont on nous bassine les oreilles n’est pas une crise, mais le résultat logique, et, si l’on ne le comprend pas, inexorable, d’une guerre qui a eu lieu, à l’intérieur des nations/états occidentaux.

    Sauf contestation de votre part, les sociétés humaines sont des sociétés dont les individus doivent travailler (contre/avec) la nature ne serait-ce que pour alimenter le métabolisme de la vie et entretenir et améliorer, contre la dégradation naturelle du temps, leurs réalisations. Le travail, au sens large travail SOCIAL, donne au citoyen sa LEGITIMITE dans cette société.

    Or, le travail n’est pas possible pour tous, l’impossibilité physique liée à certains âges de la vie en est l’exemple le plus évident.
    Ceux qui sont écartés du travail pour une raison valable doivent être aidés. La redistribution est un prêt légitime dont on n’attend aucun retour.

    Les institutions politiques modernes ont créé divers systèmes de redistribution étatique, dont celui de notre pays, conçu par les AMATEURS du CNR était un des plus performants.

    Un instrument était nécessaire pour quantifier les valeurs politiquement légitimées, à savoir l’utilité sociale du travail, et l’aide à ceux qui ne pouvaient pas travailler : l’argent faisait et fait toujours parfaitement l’affaire, qui n’a jamais consisté à constituer la contrepartie d’un bien matériel, mais bien d’une valeur légitimée collectivement, politiquement.

    Les prêts étaient grevés de l’intérêt financier, (pour des raisons essentiellement historiques liés en grande partie à l’absence de mécanismes d’assurances), qui a toujours constitué une création monétaire de fait, au moins tant que les dettes sont honorées.
    Et les gouvernants, on le leur a souvent reproché, pouvaient aussi créer de la monnaie pour compenser des situations où la redistribution ne pouvait plus être assurée.

    Ce n’était pas très grave, puisque l’utilisation maîtrisée de l’inflation des prix et services permettait de compenser l’augmentation la quantité de travail requise pour rémunérer l’intérêt financier ou les dérapages de la planche à billet.

    Mais le CAPITALISTE qui, dans sa définition la plus générale, REFUSE la conception de la société parce qu’il REFUSE de travailler, (sans voir que c’est INSENSE puisque la généralisation de cette attitude conduit au suicide généralisé par inanition).

    Insensé certes, mais attractif pour l’occidental moyen soumis au matraquage idéologique.

    Or ce capitaliste en puissance dispose avec l’INTERET financier du moyen technique nécessaire de réaliser son désir. La formule est passée dans le langage courant, il suffit, au lieu de travailler, de FAIRE TRAVAILLER l’ARGENT, et plus généralement son patrimoine, ce qui n’est autre chose que récolter les intérêts des prêts. Chercher à prêter devient alors la quête du GRAAL.

    Dans cette affaire, il dispose d’un concurrent, l’ETAT qui dispose de la même possibilité de création financière, et en plus de sa légitimité des moyens d’utiliser l’inflation, à la fois pour réparer ses propres erreurs, mais aussi pour contrer cette prétention insensée.

    D’où la guerre fondamentale (mais cachée) de la fin du XXème siècle, menée contre la souveraineté des états pour les délégitimiser dans le discours, et surtout les dépouiller des moyens d’exercer leur souveraineté.
    Toutes choses qui ont été rendues possibles politiquement par :
    – le statut désormais privé des banques centrales qui rend de fait irréversible le principe de l’intérêt,
    – l’impossibilité de jouer sur l’inflation par la mondialisation des marchés

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    • Sam dit :

      @ Bernarddo

      Tout à fait d’accord, mais je me plaçais d’un point de vue moral au début de l’histoire. Les instruments politiques du capitalisme, que tu as bien identifié il me semble, et l’exploitation seront abolis, ou du moins fortement écrasés, si nous gagnons, je crois, d’abord la bataille de la déligitimation de l’argent et de sa dynamique, politique et économique.
      A l’heure actuelle la puissance subversive des classes opprimés n’est pas assez forte, ou du moins consciente de sa force, pour que ses conditions matérielles dégradées l’incitent à démolir le couvercle et ce qu’il recouvre. En cause, l’hégémonie culturelle des classes dominantes.
      Ca se discute, mais c’est ainsi que je perçois la situation où par exemple on n’arrive à agréger des luttes dispersées dans les entreprises et les services publics.

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      • bernarddo dit :

        Je ne suis pas d’accord avec ton pessimisme.

        Les outils capitalistes ont été découverts depuis longtemps, et alors? Ils ne sont d’ailleurs probablement pas

        Parler d’outils c’est parler technique, cà n’a jamais convaincu personne! On trouvera toujours (et c’est heureux) des partisans de le de deuch ou des voitures hyperspphistiquées, celà n’a pas grande importance.

        Ce qui est, je crois, plus important (sinon nouveau puisque nombreux sont les intellectuels qui ont déjà écrit des choses équivalentes Castoriadis, Arendt pour ne citer que ces deux), c’est de porter le débat aux sens philosophique et moral, c’est à dire montrer qu’il s’agit d’une IDEOLOGIE. La démonstration que les capitalistes sont INSENSES, se situait au plan rationnel, j’allais dire thermodynamique.

        On peut certes réfuter cette démonstration, et mais ne pas faire comme si elle n’existait pas.

        Au plan philosophique, si on admet la thèse antique suivant laquelle l’homme est l’auteur et le terme de toute action raisonnablement justifiée, cette idéologie capitaliste qui conduit à l’extinction de l’humanité, si elle est consciemment assumée,devient L’IDEOLOGIE DU CRIME contre l’HUMANITE.

        C’en est même le seul dans ce cas possible.

        Peux-tu désespérer le faire comprendre à nos concitoyens? Moi pas.

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  4. Enjolras dit :

    Bonjour,
    Bernarddo,
    Vous parlez du statut privé des banques centrales. Qu’en est-il de la BCE? Son fonctionnement est-il comparable à celui de la FED? Qui la finance? Comment?
    Alors que certains parlent d’un rachat des dettes publiques par la BCE il me semble qu’il est important de savoir de quoi il retourne.
    Merci de votre réponse…

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  5. Sam dit :

    @ Enjolras

    Pour ce que j’en sais, et sans vouloir répondre pour Bernarddo, la BCE est publique mais son statut la rend indépendante des pouvoirs politiques européens et nationaux.
    « Dans l’exercice des pouvoirs et dans l’accomplissement des missions et des devoirs qui leur ont été conférés par le présent traité et les statuts du SEBC, ni la BCE, ni une banque centrale nationale, ni un membre quelconque de leurs organes de décision ne peuvent solliciter ni accepter des instructions des institutions ou organes communautaires, des gouvernements des États membres ou de tout autre organisme. Les institutions et organes communautaires ainsi que les gouvernements des États membres s’engagent à respecter ce principe et à ne pas chercher à influencer les membres d’organes de décision de la BCE ou des banques centrales nationales dans l’accomplissement de leurs missions. »

    — Article 108 du traité de Rome sur l’indépendance de la BCE

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Banque_centrale_europ%C3%A9enne#Ind.C3.A9pendance

    La FED est également indépendante du pouvoir politique.
    « La Réserve fédérale est détenue par douze Regional Federal Reserve Banks, et est donc à ce titre, une institution fédérale. Ce statut est censé lui assurer l’indépendance de ses choix vis-a-vis du gouvernement. La Réserve fédérale ne reçoit pas de subsides du congrès pour son fonctionnement. »

    http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9serve_f%C3%A9d%C3%A9rale_des_%C3%89tats-Unis#Direction_et_orientations

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    • bernarddo dit :

      @Enjolras

      Ma réponse à Sam indique bien que je n’ai pas envie d’entrer dans les discours techniques qui sont pour moi subsidiaires.

      D’ailleurs les deux réponses que tu as suscitées sont plus que je n’aurais pu dire, et contiennent les réponses fondamentales.

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  6. Enjolras dit :

    Hop! Je me perd un peu dans les fils… J’en créé un nouveau.
    Merci pour vos réponses. Et je reviens à la charge: le statut de la BNF est public (il n’en a pas toujours été ainsi) Que savez vous des autres BCN sui détiennent le capital de la BCE ?
    Que la BCE prête directement aux état c’est bien, mais à 1% c’est encore trop cher… Ne devrait-ce pas être 0%? Est-ce possible sans une politique économique et fiscale commune?
    @bernardo je comprend tout à fait votre point de vue, mais il me semble qu’il est nécessaire pour convaincre de posséder aussi des arguments techniques. Enfin je crois.

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    • A-J Holbecq dit :

      Certaines BCN sont totalement nationalisés (la France) d’autres sont « privées » (ex Banque d’Italie : http://it.wikipedia.org/wiki/Banca_d%27Italia .. c’est en italien mais la répartition du capital est très compréhensible)

      Si la France paye 1% de refinancement, cela créerait du bénéfice pour la BCE qui redistribue à hauteur des participations des BCN… si nous sommes dans notre pourcentage de participation ce serait donc sensiblement neutre puisque la BDF recevrait ces intérêts et les reverseraient à l’Etat sous forme d’impôts sur les bénéfices ou de dividendes.

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      • Enjolras dit :

        Ok pour le refinancement à 1% et la BdF. Mais il faut également rétribuer les autres BCN et donc des capitaux privés, donc c’est encore trop cher… À moins que je n’ai pas saisi le principe de redistribution des bénéfices…

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        • A-J Holbecq dit :

          la répartition des bénéfices de la BCE est celle des parts de chaque BCN dans le capital de la BCE.
          Admettons que nous ayons 20% de l’eurozone(c’est approximatif), si nos emprunts (à 1% d’intérêts) sont supérieurs à 20% des crédits que distribuerait la BCE nous ne toucherions que 20% (perte pour nous).
          Si par contre nous empruntons moins, nous serions gagnants.

          A une certaine époque j’avais proposé l’introduction d’un 3° alinéa à l’article 123 et j’avais écrit

          « Dans le but de soutenir l’économie des pays membres, et par exception au paragraphe 1, soit le Trésor Public, soit un établissement de crédit nommément désigné pour chaque État, peut obtenir de la part de la Banque Centrale Européenne les fonds correspondants aux obligations d’État déposées en contrepartie, pour une utilisation exclusive d’investissements reconnus d’utilité publique, collective ou écologique, dans des domaines d’application dont la liste aura été préalablement définie et votée par le Parlement de chaque État. Le taux d’intérêt appliqué à cette émission monétaire sera celui dit « de refinancement » appliqué aux établissements de crédit privés. »

          En précisant que ce faible intérêt payé par un pays (actuellement le taux de refinancement est de 1% annuel) revenant dans un « pot commun » dans les comptes de la BCE (zone euro) serait donc repartagé au prorata des parts de chaque État de la zone euro. Un État qui emprunterait proportionnellement plus que les autres en rapport de sa participation dans la BCE serait donc redevable d’une partie des intérêts qu’il ne récupérerait pas mais qui deviendrait donc une recette supplémentaire pour les autres pays.

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    • bernarddo dit :

      @Enjolras

      La démonstration est simple et ne dépend pas du statut de la banque

      La question de fond est: la BNF est indépendante des pouvoirs politiques. En admettant qu’elle prenne la décision de rendre illégitime l’intérêt, (par extraordinaire, puisque, indépendante, elle n’a normalement que ce moyen propre pour vivre) elle ne pourrait pas le faire par manque de légitimité politique puisqu’on l’a précisément privée (par son indépendance) de ce pouvoir que possédaient les banques nationales par rapport à leur monnaie propre.

      Symétriquement, si les pouvoirs politiques nationaux voulaient prendre la même décision, l’indépendance de la banque lui permettrait de s’opposer de fait à cette décision.

      Les pays « souverains » sont bien squeezés, le système de l’intérêt est bien, comme je le prétends, irréversible.

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      • enjolras dit :

        Je suis bien d’accord quant à l’indépendance. Il est essentiel de rendre la création monétaire à son statut de fonction régalienne indissociable de la souveraineté (du peuple en l’occurrence).
        Mon propos est de tenter de démontrer que la soi-disant indépendance de la BCE est une illusion et qu’elle sert bien des intérêts particuliers.
        Le problème quand on attaque l’indépendance des banques centrales, c’est de se voir rétorquer le problème de la « planche à billets » tenue par des politiques irresponsables n’ayant d’autres buts que la conservation du pouvoir par des moyens électoralistes. Il faut donc d’autres arguments.
        D’autre part, j’ai tendance à penser que la création monétaire est un pouvoir au même titre que le judiciaire, le législatif ou l’exécutif (on pourrait y rajouter le pouvoir médiatique)… On peut aussi envisager des systèmes avec tirage au sort (cf Chouard)…

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        • Sam dit :

          Qui est-ce qui tient la planche à billets, en ce moment, si ce n’est la BCE, et la FED qui vient de refinancer une banque dont elle refuse de dévoiler le nom, à hauteur de 500 millions d’euros ?…

          Tu as raison, c’est un pouvoir et d’autant plus, il me semble, que nous sommes dans un système de salariat, où l’argent représente ce salaire qui représente lui-même le travail et l’existence même du salarié…

          Par ailleurs, le syndrome « cigale » n’est évoqué par les contempteurs de la caste des parasites que quand il s’agit de financer par la relance, par exemple, une économie en panne, ou des activités sociales. Jamais quand il s’agit de remplir le tonneau des Danaïdes de la canaille bancaire, dont les coffres en paradis fiscaux sont pleins. Car il ne faudrait pas oublier que de 2004 à 2008 ces mêmes banques ont fait des bénéfices faramineux. Le Crédit Agricole, par exemple, dégageait 25%/an, si je me souviens bien.

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        • bernarddo dit :

          D’abord du vocabulaire.

          Les fonctions régaliennes (du ressort du roi) sont historiques et ne sont plus d’actualité. Le terme régalien ne devrait plus être employé
          En démocratie, l’affirmation « l’Etat c’est moi » est une affirmation du peuple,démocratique.

          Régulièrement, quand l’ Etat français avait besoin d’une somme d’argent pour lui permettre d’investir dans des infrastructures ou des formations il la demandait à sa Banque Centrale , celle-ci créait ex nihilo la somme nécessaire et la prêtait à l’Etat SANS INTERET.
          L’état démocratique, le peuple, devenait un INVESTISSEUR pour l’INTERET GENERAL, espérant un gain collectif, sans avoir à augmenter taxes et impôts et cette somme, remboursée à la Banque Centrale, était ensuite détruite par celle-ci. Il n’ avait PAS DE CREATION MONETAIRE AUTOMATIQUE.
          Cette création pouvait être rendue nécessaire dans deux cas: si l’intérêt général avait mal été évalué par l’Etat ou si la productivité générale dans le pays avait déséquilibré les comptes publics.
          Dans les deux cas, le peuple souverain est responsable car censé avoir validé démocratiquement la décision de l’Etat, ou devant assumer sa perte de productivité, ASSUMAIT LOGIQUEMENT et COLLECTIVEMENT le RISQUE en subissant les effets de l’inflation monétaire.

          C’est là l’argumentaire qui démolit l’objection de la planche à billet « irresponsable » . Si l’état est « irresponsable », c’est le peuple souverain qui est irresponsable.

          Mais on revient là à la « conquête » de l’état par les capitalistes, ma première intervention sur ce fil…..

          Les INVESTISSEURS PRIVES, travaillant pour leur INTERET PRIVE, assument INDIVIDUELLEMENT un RISQUE de même
          nature.
          On ne voit donc pas pourquoi ce risque devrait LEGITIMER une rémunération par l’intérêt qui lui, CREE AUTOMATIQUEMENT une INFLATION MONETAIRE,dont les effets sont répercutés sur la collectivité.

          Il y aurait là une ABERRATION LOGIQUE et un DENI de JUSTICE manifeste.

          Et c’est bien cette aberration qui est en oeuvre.

          La solution évidente, de fond, pour l’avenir est le refus RATIONNEL de L’INTERET FINANCIER qui traduit simplement le fait que TOUT INVESTISSEUR doit assumer tout autant le risque d’obtenir un GAIN que de réaliser des PERTES.

          L’autre conséquence logique est le refus tout aussi RATIONNEL de la solidarité collective vis à vis des pertes financières.
          D’autant qu’il n’y a pas mort d’homme: il s’agit simplement de la destruction logique des créations financières ILLEGITIMES qui ont caractérisé ces quarante dernières années.

          C’est le REFUS de considérer ce simple raisonnement qui empêche de voir la réalité de la situation, et l’évidence des mesures correctives.

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  7. Yam dit :

    Bonjour à toutes et à tous,

    Je souhaite vous poser une question, si vous me le permettez : si on admet la possibilité d’une monétisation des créances publiques, comment procède-t-on au calcul des besoins de l’économie pour une période P ? et comment parvient-on à définir le montant maximum au-delà duquel l’émission serait considérée comme « excessive » ?

    Je vous remercie.
    Yam.

    P.S : je vais poser la même question sur le blog chômage-et-monnaie afin d’avoir plus de réponses.

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    • @ Yam
      Bonjour,
      Nous avons avec AJH qui est intervenu ci-dessus et des personnes de chômage et monnaie émis une proposition pour « Financer l’avenir sans creuser la dette. » Il s’agit en gros de permettre de nouveau aux Etats européens d’emprunter à taux nul à leur Banque centrale afin de financer un plan d’investissement dans la transition écologique économique et sociale.
      Nous nous sommes évidemment posé la question des limites de cette création monétaire publique tant quantitative que qualitative (il ne s’agit pas de l’utiliser pour financer n’importe quoi). La réponse que nous avons apportée consiste à définir en amont un plan d’investissement dans la transition (que nous avons évalué à 600 mds d’euros sur 10 ans pour la France soit environ 3% du PIB/an) et ensuite à monétiser en fonction des besoins de mise en oeuvre de ce plan. Afin que l’argent n’aille pas financer n’importe quoi nous avons prévu un mécanisme où la création monétaire serait fléchée vers une agence publique d’investissement seule habilitée à financer les projets d’investissement. Les critères et les grands types de projets à financer seraient choisis à l’issue d’une vaste concertation nationale et régionale.
      Pour en savoir plus http://financerlavenir.fnh.org/propositions/financer-lavenir-proposition-et-debat-sur-linnovation-financiere/

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  8. Enjolras dit :

    @bernarddo
    Merci, au final on retombe bien sur nos pieds. Permet moi seulement une remarque:
    Si l’état est irresponsable, c’est le peuple qui est irresponsable: oui, à condition que l’état n’ait pas été confisqué au peuple.
    De mon point de vue, il faudrait remettre en cause le système électif ( trop facilement ‘corruptible’) comme principe de représentativité. On pourrait par exemple envisager un système de tirage au sort comme le propose chouard.

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  9. bernarddo dit :

    Pourquoi utilises-tu le conditionnel?

    C’est IRRESPONSABLE.

    Le temps à utiliser, c’est l’IMPERATIF

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    • Enjolras dit :

      Je ne saisi pas bien quel est le conditionnel qui te poses problème dans mon post.
      S’agit-il du fait d’avoir placé un +SI+ devant « l’état est irresponsable » ? Dans ce cas, c’est juste pour reprendre sous forme de proposition logique vraie l’assertion que tu proposes dans ton précédent post. La condition que j’ajoute est à mon sens importante dans la mesure où je conteste le système électif actuel comme système de représentativité. Je veux dire par là que si le système n’est pas représentatif, alors les décisions des élus ne peuvent être imputée au peuple, à moins que l’on considère de la part de ce dernier la possibilité de se révolter.
      Si il s’agit du conditionnel dans la phrase « on pourrait envisager… », je l’ai utilisé pour éviter de choquer, dans la mesure où je sais combien cette proposition de tirage au sort est décriée.

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  10. Sam dit :

    @Bernarddo

    110% d’accord avec le rappel clair que tu fais de la façon dont l’Etat se finançait avant que les rapaces ne fondent sur la planète.

    Deux propos sont, à mes yeux, pleins de pointillés, sans doute en raison de ma colossale ignorance en ces matières d’argent. Peux-tu expliciter :

    « On ne voit donc pas pourquoi ce risque devrait LEGITIMER une rémunération par l’intérêt »

    Et

    « …une rémunération par l’intérêt qui lui, CREE AUTOMATIQUEMENT une INFLATION MONETAIRE,.. »

    Je te livre mes cogitations tout à fait obliques :

    1 Si un investisseur ne reçoit pas d’intérêt, en dehors de toute considération morale, il ne va pas investir. En dehors des investisseurs propriétaires – exemple un entrepreneur qui investit de l’argent dans son entreprise, si l’entreprise en profite il aura un retour en termes de rémunération et/ou de profit – celui qui investit de manière « déconnectée », comment il s’y retrouve ?…A moins que ne souhaite une fin des investisseurs, ce que je ne saurais vraiment désavouer…

    2 l’inflation c’est la baisse de la valeur d’une monnaie, avec corrélativement hausse des prix, hein ? Je vois pas le rapport intérêt/hausse de l’inflation.

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  11. bernarddo dit :

    Cogitations qui ne sont pas du tout obliques mais que les gens refusent de faire parce que les réponses sont trop claires.

    1 L’entrepreneur qui investit OK, il crée un produit qui se vend bien et je trouve normal que son profit existe. Et qu’il gagne largement sa vie, il a travaillé, c’est un salaire, (et celui de ses employés), pas un profit

    Celui qui investit de façon déconnectée,sans travailler, n’a pas à être rémunéré. L’argent, c’est de la confiance: s’il n’a pas dépensé à son décès, le numéraire ira à la collectivité.

    Les économies, ou plutôt leur transmission, c’est le cancer de l’économie.

    2 L’intérêt, c’est de la fabrication de la monnaie, c’est donc de l’inflation monétaire. L’inflation ne produit rien: d’où, le fait que davantage de monnaie égale prix plus élevés pour ce qui est disponible.

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    • A-J Holbecq dit :

      @Bernarddo
      « Les causes de l’inflation sont multiples et le postulat » davantage de monnaie égale prix plus élevés pour ce qui est disponible » ne peut pas être dogmatisé mais surtout ne pas s’appliquer à tous les produits (que nous importe si les yachts coûtent plus cher?)

      L’intérêt (sur un prêt) peut être déduit d’un revenu; c’est dans ce cas un simple transfert de monnaie qui ne nécessite pas de nouvelle création monétaire, la quantité totale de monnaie reste constante et ne fait que changer de main.

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      • bernarddo dit :

        Rien à cirer si les yachts coûtent plus cher!

        Mais toute personne qui a acheté sa maison sait bien qu’elle l’a payée 3 fois le prix qu’elle aurait valu si on n’avait payé que la surface à sa valeur réelle, les matériaux et les salaires.

        Ta remarque est extrêmement juste. Tant qu’il s’agit de revenus, ceux que j’appellerai par le terme plus précis de PROPRIETE LUCRATIVE, celui qu’à employé Bernard Friot, dont tu devrais réécouter les conférences.
        La limite est d’ailleurs subtile: le loyer que réclame le bailleur ne devient lucratif, donc illégitime, quand il excède la valeur des travaux qu’il faut engager pour garder la valeur d’usage du bien.

        Ta remarque est vraie, tant qu’il ne s’agit que de ces revenus là, mais ces revenus existent précisément indépendamment de tout travail, le vrai, celui de la condition humaine qui doit lutter contre la perte d’information liée au fait que les « sachants » décèdent, compenser l’usure des biens du second principe de la thermodynamique et produire les aliments qui doivent alimenter notre métabolisme, et si possible améliorer les conditions dans lesquelles ça se passe.

        Jouer au monopoly n’est pas inflationniste. Mais il ne faut pas prétendre en vivre! Et il ne faut pas mélanger les billets de monopoly avec les vrais.

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  12. Sam dit :

    @Bernarddo

    Tu es bien patient avec moi, mais ne te fais pas d’illusions, je ne te verserai aucun dividende sur tes écrits…

    Ok, pour le « 1 » – si on est bien d’accord : l’entrepreneur trouve un « intérêt » qui plus de ventes de produits = il se verse un salaire plus élevé.

    Pour le « 2 », tu me répètes un peu la même chose et j’ai tjs pas compris. Ah, la pédagogie !…Ah, ma cervelle mitée !…
    L’intérêt c’est une somme que débourse un particulier, une entreprise, un Etat. Pourquoi ça serait de la monnaie fabriquée ex nihilo, en plus ? Elle existe déjà, du moins pour le particulier et l’entreprise…

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