164 – Petit rappel du multiplicateur et diviseur de crédit

1 – Une banque est limitée dans ses crédits par les règles de Bâle (Bâle 2 et Bâle 3) qui lui imposent de détenir en fonds propres 8% des crédits accordés.

2- Imaginons qu’il n’y ait qu’un seul réseau bancaire dans toute la zone monétaire considérée. Tous les crédits (sous forme scripturale) émis par cette banque unique, crédits versés sur le compte de l’emprunteur (au passif de la banque), c’est bien une dette de la banque en même temps que la garantie qu’a signé l’emprunter et qui est comptabilisé à l’actif de la banque), reviendront sur les comptes des clients de la banque; le bilan restera équilibré.

(Pourquoi est ce aussi « une dette de la banque  » ? Simplement parce que celle ci s’engage à échanger le montant du compte contre des billets de banque centrale qu’elle ne peut produire. Nous rappelons que « la monnaie est une dette de banque qui circule , un élément du passif bancaire accepté comme moyen de paiement » )

Ce réseau bancaire sera quand même tenu par « 1 », et par deux autres obligations:

a) fournir à ses clients qui en font la demande des « billets de banque » qu’il ne peut fabriquer et doit donc se fournir à la Banque Centrale en échange de dépôts d’obligations éligibles (des obligations notées AAA par exemple). C’est pour ce réseau bancaire, quel qu’il soit, une « fuite » de monnaie centrale. La moyenne en France est de 13% des nouveaux crédits  Si ces établissements bancaires sont multiples, une banque peut aussi les acheter sur le marché monétaire auprès de ses concurrentes qui en ont trop.

b) porter « en garantie » à la Banque Centrale, en monnaie centrale toujours, un montant équivalent à 2% des dépôts de ses clients (qui pour le moment correspondent exactement, dans notre hypothèse), aux crédits que ce réseau  a émis. C’est les « réserves obligatoires » ,  une autre « fuite »…  mais Grignon, dans son explication, sous entends que ces réserves obligatoires sont « prises » sur les dépôts des clients: c’est faux, ce n’est pas « la même monnaie »

Dans cette hypothèse considérant ce total de 15% (et sauf à tricher ou à « manipuler » ses comptes comme par exemple avec des données « hors bilan » ou des « subprimes »)  le réseau bancaire en question – pourrait offrir à ses client 6,7 fois le montant de monnaie centrale dont il peut disposer ; c’est le « multiplicateur de crédit ».

A propos de ce multiplicateur, il est tout théorique: on préfère dans l »état actuel parler du « diviseur ».. sachant que les banques font tous les crédits qu’elles veulent (dont elles ont la demande) , dans la limite (théorique) des règles de Bâle2 ou  Bâle 3, et se tournent ensuite vers la banque centrale en disant « on a besoin de monnaie centrale sinon le système explose… »

3 – Mais il y a, dans la réalité, plusieurs réseaux bancaires et donc un type de « fuite » supplémentaire si on analyse chaque banque séparément: c’est que, comme les banques n’ont pas très confiance en elles, elles ne veulent se faire payer les chèques ou virements d’une autre banque, qu’en monnaie centrale.

Un réseau bancaire A qui émets un crédit à son client Monsieur Dupont, sait bien que tous les fournisseurs ou commerçants que payera Monsieur Dupont ne sont pas tous dans son réseau bancaire… il lui faudra donc payer les réseaux bancaire B, C, E, etc des payements qui s’échappent de son réseau.

Mais il en est de même pour les autres réseaux dont une partie des clients payent des fournisseurs ayant leur compte dans le réseau A.

Chaque jour donc, une « compensation » est faite entre les différentes banques, qui ne payeront à leur concurrentes que le solde.

Ce solde est de zéro si toutes les banques « marchent au même pas » (Keynes), c’est à dire si – statistiquement – la part de marché des crédits émis est égale à la part de marché des dépôts de leurs clients (nous parlons bien de crédits et de dépôts scripturaux. Des dépôts de monnaie fiduciaire -billets et pièces – sont une augmentation du stock de « monnaie de base » détenue par le réseau qui en bénéficie)

Enfin, il faut bien comprendre que le banquier directeur d’agence (trésorier d’agence), ne s’inquiète pas de savoir s’il crée de la monnaie ou pas : le banquier-trésorier va uniquement chercher à équilibrer ses comptes à la Banque Centrale (la « banque des banques »), par rapport aux autres banques. Si sa banque prête trop par rapport aux autres, c’est le système qui va la rappeler à l’ordre, car il faudra soit qu’il s’endette auprès des autres banques (et les lignes de crédit ne sont pas illimitées), soit qu’il mobilise des actifs sur le marché monétaire (et là non plus, son bilan n’est pas inépuisable….). L’explication détaillée se trouve ici : « les banquiers vous diront qu’ils ne créent pas de monnaie…« 

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Notes:

La directive européenne « fonds propres réglementaires » (en anglais Capital Requirements Directive, ou CRD) transpose dans le droit européen les recommandations du second accord de Bâle. Elle vise donc à mieux adapter les fonds propres exigés des établissements financiers aux risques encourus par ceux-ci dans l’exercice de leur activité.

Cette directive comprend les directives 2006/48/CE et 2006/49/CE, a été publiée au Journal Officiel le vendredi 30 juin 2006.

Le ratio Cooke est un ratio de solvabilité bancaire qui est recommandé par le Comité de Bâle dans le cadre de ses premières recommandations. Il fixe la limite de l’encours pondéré des prêts accordés par un établissement financier en fonction des capitaux propres de la banque. Les banques sont tenues de garder un volant de liquidité, de ne pas prêter à long terme, l’équivalent de 8 % de leurs fonds propres afin de faire face aux impondérables : retournement de la conjoncture et augmentation des impayés de la part de ménages moins solvables, retraits soudains aux guichets de la banque.

Pour le calcul de ce ratio, on retient les fonds propres répartis selon trois grandes masses (le noyau dur ou TIER 1, les fonds propres complémentaires ou TIER 2, les fonds propres surcomplémentaires ou TIER 3) et les encours de crédit, les engagements bilantiels et hors bilan pondérés selon leur nature. Le rapport des fonds propres sur les encours pondérés doit être égal ou supérieur à 8 % avec un minimum de 4 % sur le TIER 1.

Il est moins élaboré que le ratio McDonough qui lui a succédé dans le cadre de la réforme dite des accords de Bâle II, car il ne prend que très grossièrement en compte le risque plus ou moins élevé des différents prêts accordés et a permis l’émergence de l’arbitrage prudentiel.

Pour en savoir plus, voir et écouter http://www.dailymotion.com/video/xfuw5w et lire http://tinyurl.com/24yt3aa .

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