155 – J.Sapir: « La force des faibles »

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire profiter d’un extrait du dernier article de Sapir
http://www.medelu.org/spip.php?article725

Dans le cadre institutionnel actuel, deux éléments sont déterminants :

* la règle de l’unanimité pour les décisions dans la zone euro
* l’absence de procédures formelles permettant d’exclure un pays une fois entré dans la zone.

Le premier de ces éléments rend extrêmement peu probable – et à vrai dire impossible – un accord sur une baisse du taux de change de l’euro, compte tenu des oppositions de politiques économiques qui existent entre pays membres. Le second désarme la zone euro contre une action unilatérale de l’un des pays membres.

En exploitant les défauts des dispositions du traité de Maastricht sur l’Union économique et monétaire (UEM) on peut imaginer que le gouvernement français, réquisitionnant la Banque de France (en application de l’article 16 de la Constitution) impose à cette dernière de reprendre les avances au Trésor et le principe d’un plancher minimal d’effets publics pour les banques opérant sur le territoire français. La monétisation immédiate du déficit et d’une partie de la dette (disons pour un montant de 400 milliards d’euros) s’accompagnerait de l’obligation, pour les banques françaises, de racheter les titres français restants, assurant rapidement une « re-nationalisation » de la dette du pays. Notons que l’épargne de la France suffit amplement pour assurer un flux régulier de financement au Trésor public.

Confrontées à une telle politique, les options des autres membres de la zone sont très limitées.

* La BCE peut décider d’augmenter brutalement ses taux pour « combattre » le risque inflationniste français. Mais, d’une part, une telle position se heurterait à l’opposition de très nombreux pays et, de l’autre, le gouvernement aurait toujours la possibilité de faire escompter des obligations privées par la Banque de France à un taux préférentiel. Ceci établirait un taux d’intérêt « français ».

* Une condamnation de la politique française est possible, mais ne serait d’aucun effet. L’imposition d’amendes (qui devraient être entérinées par la Cour de justice de Luxembourg) pourraient être immédiatement compensées par des retenues sur la contribution française au budget européen.

* Des mesures « protectionnistes » contre la France pourraient être envisagées. Cependant, outre qu’elles iraient à l’encontre de toute la politique de l’Union européenne et de sa philosophie même, elles attireraient immédiatement des mesures similaires du gouvernement français. N’oublions pas que la France est un point de passage obligé pour une partie du commerce intra-européen. Un effet de dissuasion empêcherait la mise en application de telles mesures.

On s’aperçoit rapidement que la zone euro est impuissante face à une telle politique (sans parler des effets d’imitation qu’elle pourrait engendrer).

En fait, ce serait une réédition de la situation de 1992-1993 lors de la dissolution de l’URSS : la Banque centrale de Russie (BCR) s’est trouvée désarmée face à la politique menée par les banques centrales des autres pays de la Communauté des Etats indépendants (CEI) au sein de la zone rouble. La solution de la BCR a été de dissoudre cette zone.

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13 commentaires pour 155 – J.Sapir: « La force des faibles »

  1. BA dit :

    A propos du Portugal :

    – Emprunt à 12 mois :

    Allemagne : taux des obligations à 12 mois : 0,982 %.

    France : taux des obligations à 12 mois : 1,086 %.

    Et le Portugal ?

    Mercredi 16 février 2011, le Portugal a lancé un emprunt à 12 mois : le Portugal a dû payer un taux d’intérêt de 3,98 % (les taux sont en hausse : c’était un taux de 3,71 % lors de la précédente émission).

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20110216trib000601945/le-portugal-parvient-a-emprunter-a-moins-de-4.html

    – Emprunt à 5 ans :

    Pays-Bas : taux des obligations à 5 ans : 2,361 %.

    Allemagne : taux des obligations à 5 ans : 2,413 %.

    France : taux des obligations à 5 ans : 2,704 %.

    Et le Portugal ?

    Lundi 7 février 2011, le Portugal a lancé un emprunt à 5 ans : le Portugal a dû payer un taux d’intérêt de 6,457 % (les taux sont en hausse : c’était un taux de 4,56 % lors de la précédente émission).

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  2. Werrebrouck dit :

    Oui, cela fait longtemps que l’on pense à l’article 16 et c’est vrai que la France dispose d’un arsenal juridique beaucoup plus puissant que les autres Etats. Ma crainte n’est pas les réactions institutionnelles (BCE,cour de justice, etc..) mais celle des marchés. j’étudie moi même cette question sur mon blog et je dois dire que les choses me semblent complexes. (cf mon dernier article)

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  3. BA dit :

    Jeudi 17 février 2011 :

    Après la Grèce, après l’Irlande, c’est au tour du Portugal.

    En avril 2011, l’Etat portugais devra être sauvé par l’Union Européenne et par le Fonds Monétaire International.

    Portugal seen taking bailout by April – euro zone source.

    European Union member states are increasingly concerned about Portugal’s ability to fund itself in financial markets and believe Lisbon will have to seek a bailout by April, a euro zone source said on Thursday.

    The EU has a rescue plan ready for Portugal, but it is dependent on Lisbon asking for the aid and making that request to both the EU and the International Monetary Fund. Portugal remains adamantly opposed to asking for assistance.

    « Portugal is drowning. It’s not going to be able to hold on beyond the end of March, » the euro zone source said. « That’s already understood to be the case in financial markets, but now it’s also understood among (EU) finance ministers. »

    http://www.reuters.com/article/2011/02/17/eu-portugal-aid-idUSBRU01131920110217

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  4. BA dit :

    Vendredi 18 février 2011 :

    Emprunts portugais à 5 ans au plus haut.

    Le rendement des obligations portugaises à cinq ans a atteint un nouveau record depuis la création de l’euro vendredi, toujours sous pression des investisseurs qui craignent que Lisbonne ne soit contraint de faire appel à une aide internationale.

    « C’est tout simplement une situation d’incertitude générale vis-à-vis du Portugal. Ces tout derniers jours, les Bunds ont monté, et nous avons observé un report vers des actifs jugés moins risqués aux dépens des pays périphériques », commente un trader.

    (Dépêche Reuters)

    Portugal : taux des obligations à 5 ans : 7,128 %.

    Portugal : taux des obligations à 10 ans : 7,497 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT10YR:IND

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  5. A-J Holbecq dit :

    A rajouter à cet article
    http://www.marianne2.fr/Jacques-Sapir-la-politique-economique-est-un-sport-de-combat-4_a202879.html

    Extrait

    On voit que l’épargne des ménages français est plus que suffisante pour soutenir le déficit public. En fait, après l’Espagne, c’est bien notre pays qui a le taux d’épargne le plus élevé.
    Cette politique permettrait de mettre rapidement en place les mesures suivantes :

    – Établissement d’un pôle public du crédit dont l’émission d’obligations sera souscrite par la Banque de France (la banque postale pourrait en être le noyau) et qui servira au financement du logement (prêt aux ménages) et des infrastructures.
    – Établissement d’un pôle séparé pour le financement des PME-PMI avec possibilité de prises de participations soit selon la formule de l’actionnaire « dormant » pour une période de 5 à 10 ans (puis revente des actions) soit selon la formule du partenariat
    Public-Privé.
    – Lois bancaires séparant précisément les banques d’investissements et les banques de dépôts.
    – Interdiction des SPV (Spécial Pur pose Veines) et réglementation stricte des Fonds d’investissement. Interdiction des opérations de Hedge Funds sur les titres français (avec le système de la licence pour les opérations en bourse).
    – Annulation des directives européennes concernant les activités en réseau (SNCF,GDF, EDF) et renationalisation de ces sociétés.
    – Lancement d’une politique industrielle visant au renforcement des gains de productivités et à des grands projets d’investissement.

    Confrontées à une telle politique, les options de nos partenaires sont très limitées.

    1- La BCE peut décider d’augmenter brutalement ses taux pour « combattre » le risque inflationniste français. Mais d’une part une telle position se heurtera à l’opposition de très nombreux pays et de l’autre, nous aurions toujours la possibilité de faire escompter des obligations privées par la Banque de France à un
    taux préférentiel. Ceci rétablirait un taux d’intérêt « français », qui pourrait être défini en étroite collaboration par la Banque de France et le Ministère de
    l’Industrie.

    2- Une condamnation de la politique française est possible, mais ne serait d’aucun effet. Des mesures d’amendes (qui devraient être entérinées par la cour de
    Luxembourg) pourraient être immédiatement compensées par des retenues sur notre contribution au budget européen.

    3- Des mesures « protectionnistes » contre la France : outre que ceci irait contre toute la politique de l’Union Européenne et sa philosophie même, elles attireraient immédiatement des mesures similaires du gouvernement français. N’oublions pas que la France est un point de passage obligé pour une partie du commerce intraeuropéen.
    Un effet de dissuasion empêcherait la mise en application de telles mesures.

    On s’aperçoit rapidement que la zone Euro est désarmée face à une telle politique (sans parler des effets d’imitation qu’elle pourrait engendrer). En fait, c’est la réédition de la situation de 1992-1993 lors de la dissolution de l’URSS où la Banque Centrale de Russie s’est trouvée désarmée face à la politique menée par les banques centrales des pays de la CEI au sein de la
    zone Rouble. La solution de la BCR a été de dissoudre la zone Rouble.

    De fait, la menace la plus importante serait celle d’une sortie de l’Euro de l’Allemagne et de
    ses alliés (Autriche, Danemark, Pays-Bas, Finlande). Quelle en serait la conséquence ? Si l’Allemagne met à exécution sa menace, c’est elle qui dissout la zone Euro et qui se prive de l’accès garanti aux marchés des grands pays (Espagne, France et Italie) sans risque de
    dévaluation. Notons qu’une zone DM reconstituée serait affectée par un fort mouvement haussier important de son taux de change que ce soit par rapport au Dollar ou aux autres monnaies….

    Il y a donc gros à parier que l’Allemagne réfléchira à deux fois avant de mettre sa menace à exécution. Mais, si elle le fait, nous sommes néanmoins gagnant (option 2). Il nous faudrait alors nous rapprocher de l’Espagne et de l’Italie pour trouver un accord sur des parités
    respectives de nos monnaies sous conditions :

    – D’un contrôle des capitaux communs pour que les monnaies ne soient plus victimes
    des spéculations.
    – De fluctuations concertées.
    – De dévaluations différentielles tous les ans ou les deux ans si nécessaire.

    Il convient dès lors de se préparer à une possible explosion de la zone Euro (par l’introduction de contrôles de capitaux importants en mettant la cellule TRACFIN à contribution pour ce faire). En cas d’explosion de la zone Euro, cela nous permettrait de pratiquer des tauxd’intérêts administrés.

    De ce point de vue, le discours qui commence à se répandre sur une « sortie de l’Euro » est très avantageux car il conforte nos partenaires dans l’opinion que la France est réellement prête à assumer un éclatement de la zone Euro. Il contribue à construire notre crédibilité.
    Les failles du traité de l’UEM sont aujourd’hui évidentes. Les défauts de l’Euro sont bien connus et ne sont pas contestables. Nous avons la possibilité de forcer la main à nos
    partenaires pour réviser en profondeur le onctionnement de la zone Euro et, à terme, la
    transformer en une monnaie commune. Il faut mettre la crise de notre côté en menant une politique qui ne laisse à nos partenaires que le choix entre accepter nos positions ou provoquer la dissolution de la zone Euro dans des conditions qui leur seraient très défavorables.

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  6. Merci pour le partage 🙂

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  7. BA dit :

    A propos du Portugal :

    – Emprunt à 6 mois :

    Le 2 février 2011, le Portugal avait lancé un emprunt à 6 mois : il avait dû payer un taux d’intérêt de 2,984 %.
    Le 2 mars 2011, il a dû payer un taux d’intérêt de 2,984 %.

    – Emprunt à 12 mois :

    Le 2 février 2011, le Portugal avait lancé un emprunt à 12 mois : il avait dû payer un taux d’intérêt de 3,710 %.
    Le 16 février 2011, il avait dû payer un taux d’intérêt de 3,987 %.
    Le 2 mars 2011, il a dû payer un taux d’intérêt de 4,057 %.

    http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRLDE72113X20110302

    Standard & Poor’s prête à sévir sur la Grèce et le Portugal.

    L’agence de notation Standard & Poor’s annonce qu’elle pourrait abaisser les notes de la Grèce et du Portugal si le Conseil européen du 24-25 mars confirme ses hypothèses : au vu des discussions actuelles, S&P pense que le futur mécanisme européen, qui remplacera le Fonds de stabilité à partir de 2013, exigera, pour octroyer un prêt à un Etat de la zone euro, qu’il restructure sa dette afin de la rendre plus « soutenable ».

    Une restructuration affecterait les détenteurs d’obligations, qui risquent d’être considérés en outre comme des créanciers de second rang par rapport à la structure que représente le Mécanisme.

    Les porteurs de titres grecs seraient en première ligne. Ceux du Portugal ont aussi des chances d’être concernés, car, selon S&P, Lisbonne risque d’être obligé de faire appel à l’aide de ses partenaires européens et du Fonds monétaire international (FMI).

    En attendant les décisions des dirigeants européens fin mars, l’agence de notation maintient la Grèce en catégorie « spéculative » (note « BB+ »). Elle pourrait abaisser cette note de probablement deux crans maximum.

    Actuellement, elle évalue le taux de recouvrement des détenteurs d’obligations helléniques à 30-50 %. Cela veut dire qu’en cas de restructuration ou de défaut, un investisseur ne touchera pas plus de la moitié de la valeur nominale du titre.

    (Source : lesechos.fr )

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  8. BA dit :

    A propos de l’Espagne :

    – Emprunt à 3 ans :

    Le 3 février 2011, l’Espagne avait lancé un emprunt à 3 ans : elle avait dû payer un taux d’intérêt de 3,254 %.
    Le 3 mars 2011, elle a dû payer un taux d’intérêt de 3,592 %.

    – Emprunt à 5 ans :

    Le 3 février 2011, l’Espagne avait lancé un emprunt à 5 ans : elle avait dû payer un taux d’intérêt de 4,045 %.
    Le 3 mars 2011, elle a dû payer un taux d’intérêt de 4,389 %.

    http://www.romandie.com/infos/news2/201103031200220AWP.asp

    Vendredi 4 mars 2011 :

    La note de l’Espagne sanctionnée.

    L’agence de notation Fitch a ramené vendredi la perspective de l’Espagne de stable à négative.

    L’Espagne conserve cependant sa note AA+, mais la dégradation de sa perspective reflète pour Fitch le coût budgétaire à terme de la restructuration des caisses d’épargne.

    Selon l’agence, cette perspective illustre en outre le risque de volatilité dans le cas où aucune « réponse globale crédible » ne sortirait du sommet européen des 24 et 25 mars.

    L’euro, qui avait progressé après les propos de Trichet laissant entrevoir la possibilité d’une hausse des taux en Europe, a réduit ses gains par rapport au dollar.

    Jeudi, Standard and Poor’s, une autre agence, avait annoncé qu’elle prolongeait pour deux mois la mise sous surveillance négative de la dette du Portugal, avertissant qu’elle pourrait l’abaisser de deux crans, en fonction des résultats des discussions sur le futur mécanisme européen de soutien financier, dont le Portugal pourrait être le prochain bénéficiaire.

    (Source : info.france2.fr )

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