152 – AJ Holbecq: Contreparties

Alors que M3 correspond à la fraction monétaire du passif du bilan de ces organismes, les contreparties de M3 regroupent l’ensemble des autres éléments de ce bilan, c’est-à-dire l’actif et les postes non monétaires du passif. Elles fournissent ainsi une information précieuse sur les modalités de la création monétaire.

La création monétaire se réalise de deux façons principales :
– lorsque les institutions financières mettent de la monnaie à la disposition d’un agent non financier résident en contrepartie d’acquisition de créances sur l’étranger
– lorsqu’elles consentent aux agents non financiers résidents des financements nouveaux.Les principales contreparties concernent donc respectivement la création monétaire d’origine externe, les créances nettes sur l’extérieur, et celle qui est d’origine interne, le crédit interne, subdivisé en créances nettes sur l’État et créances sur l’économie

 


Copie des  pages d’explication  74 et 75  de  » Économie Monétaire et Financière  » (ed Bréal)

Créances nettes sur l’extérieur :

Cette contrepartie mesure l’incidence sur les avoirs des résidents de la zone euro, du solde des transactions courantes (le paiement d’une importation ou les dépenses de tourisme à l’étranger réduisent les avoirs ; une recette à l’exportation ou les dépenses de touristes étrangers les améliorent) et du solde des mouvements de capitaux (l’acquisition par un non-résident d’un titre financier émis par une société résidente accroît les avoirs, inversement l’acquisition par un résident d’un titre émis par une société non résidente réduit ces mêmes avoirs).

Signification des « crédits » dans les « Concours au Secteur Privé » et « Concours aux APU »:

Il s’agit des crédits accordés par les institutions financières monétaires (les IFM) au secteur public (administrations publiques locales et de Sécurité sociale) et au secteur privé (entreprises, ménages, etc.). Ces crédits incluent les crédits à l’habitat, à la consommation, à l’investissement, de trésorerie, le crédit-bail et autres. L’accroissement de la masse monétaire peut alors procéder du cir­cuit traditionnel crédit-dépôt : le crédit accordé par une IFM se traduit par une mise à disposition de l’emprunteur d’une quantité de monnaie, elle-même enre­gistrée sous forme de dépôt à vue, le bilan global des IFM s’accroissant ainsi de manière égale à l’actif et au passif.

Signification des « Titres » dans  « Concours au secteur privé » et « Concours aux administrations publiques »

Les institutions financières monétaires peuvent également créer de la monnaie lorsqu’elles achètent des titres (actions, obligations) au secteur détenteur de monnaie (essentiellement les entreprises et les administrations publiques).

Ressources non monétaires des IFM:

Mais les ressources des IFM n’ont pas toujours une forme monétaire. En effet, elles peuvent collecter également des ressources d’épargne stable et possèdent des fonds propres. Aussi afin de faire apparaître les contreparties des seuls actifs monétaires (inclus dans les agrégats), il convient de déduire des créances des IFM les ressources stables, i.e. l’épargne contractuelle et les emprunts effectués par ces institutions sur les marchés des capitaux (par ce prélèvement de res­sources auprès des détenteurs de monnaie, les IFM opèrent ainsi une réduction des avoirs monétaires et donc une baisse de M3). Une augmentation de ce type de ressources non monétaires au passif des IFM signifie que leurs créances sont, en proportion, moins adossées à de la monnaie.

Divers :

Enfin, il faut aussi signaler, à l’actif des institutions financières monétaires, un poste d’importance moindre, la contrepartie « Divers ». Celle-ci est plus délicate à analyser, ne serait-ce que parce qu’elle est le point d’ajustement statistique. Elle peut recouvrir cependant des opérations qui, du point de vue de la création moné­taire, sont significatives. Ainsi, l’acquisition par une IFM d’un actif immobilier pour son compte propre auprès d’un agent non financier est enregistrée sur cette ligne, en contrepartie d’un accroissement de la monnaie au passif des IFM.

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15 commentaires pour 152 – AJ Holbecq: Contreparties

  1. gdm dit :

    AJH a exposé les contreparties de la création monétaire dans un système monétaire avec banque centrale. Il me semble utile de mentionner les contreparties de la création monétaires en free-banking. Le free-banking est l’absence d’intervention de l’État sur la création monétaire. Chacun peut créer sa monnaie, peut créer librement une banque, société commerciale ordinaire. Aucun contrôle, aucune règlementation étatique n’existe. Chaque banque peut émettre sa monnaie.

    Dans une zone de free-banking, chaque unité monétaire est un titre financier émis par une banque. Ce titre financier est une promesse de convertibilité de ce titre financier. Par exemple, chaque unité monétaire émise par une banque sera une promesse de verser une certaine quantité d’or. C’est le titre financier qui est la monnaie et non pas l’or lui-même. Le titre financier est ainsi un « contrat unilatéral ». La banque est le promettant. Le possesseur du titre financier est le bénéficiaire.

    La banque crée de la monnaie soit dans une opération de prêt bancaire, soit par les dépenses de la banque. La banque possède suffisamment d’actifs vendables pour acheter de l’or afin d’honorer sa promesse. Si la banque tarde à livrer l’or promis, elle paye un taux d’intérêt.

    La contrepartie de la création monétaire est la possession d’actifs vendables dont la valeur totale est supérieure au montant total des titres financiers émis, c’est à dire supérieure à la masse monétaire émise par la banque.

    Lors d’un prêt bancaire, la banque reçoit une reconnaissance de dette de l’emprunteur. Pour la banque, cette reconnaissance de dette est une créance a de la valeur. Cette créance a plus de valeur que la monnaie remise à l’emprunteur. Sinon la banque refuserait cette opération de prêt bancaire. Ainsi la valeur de cette créance sur l’emprunteur est une deuxième contrepartie de la valeur de chaque unité monétaire émise. La banque émettrice garantit chaque unité monétaire prêtée par des actifs dont la valeur est le double de la monnaie prêtée.

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    • A-J Holbecq dit :

      « La banque possède suffisamment d’actifs vendables pour acheter de l’or afin d’honorer sa promesse.
      Jusque là je ne vois pas comment et avec quelle monnaie la banque (ou ses actionnaires) a acheté les actifs qui lui permettront d’acheter l’or.

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  2. gdm dit :

    @A-J Holbecq
    La masse monétaire pour les transactions est indépendante de la quantité de biens économiques. Sur Terre, il existe probablement mille fois plus de biens que de masses monétaires. Chacun possède uniquement la quantité de monnaie nécessaires à ses futurs dépenses. Pas plus. Sauf thésaurisation. On place son argent dès que possible. Sans dépenses prévues, on évite de posséder de la monnaie.

    L’économiste Baumol a proposé une expression de la masse monétaire minimale théorique destinée aux transactions en utilisant trois paramètres (M=racinecarrée(2*b*T/r)). Sa démonstration est ultra-simplificatrice, mais instructive. Sa formule est réservée aux matheux et, amha, inutile aux autres. Au numérateur, le flux des transactions et le cout moyen d’une transaction. Au dénominateur, le taux de rendement des titres. Si ce taux d’intérêt est « nul », la masse monétaire est « grande ». Si le cout des transactions est nul, on achète aussitôt des titres afin de rentabiliser sa monnaie. Donc pas de masse monétaire permanente. Et bien sur, si le flux de transactions est nul, la masse monétaire minimale nécessaire aux transactions est nulle.

    Le but patrimonial de chacun n’est pas de posséder de la monnaie. Nul n’est riche de monnaie. Sauf Picsou. Toute monnaie permet d’acquérir des biens. Un actionnaire peut apporter son patrimoine au capital d’une banque. Apporter de l’or au capital de la banque ou apporter du patrimoine est équivalent. Les biens s’échangent contre de l’or et réciproquement. L’or ou toute autre monnaie.

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  3. gdm dit :

    @A-J Holbecq
    Il y a plusieurs modèles de création monétaire en free-banking. Il y a le modèle où un déposant confie son or à la banque. Il reçoit en échange un billet de banque. L’or ne lui appartient plus. Mais il possède le billet, promesse de la banque de verser de l’or. J’écarte ce modèle parfaitement respectable et intéressant.

    Le modèle dont je parle ici est celui qui ressemble au système monétaire actuel. Tout argent en circulation provient d’une dette d’un emprunteur ou des dépenses de la banque émettrice. Sur ce point, la monnaie fonctionne de la même manière en free-banking et dans un système de banque centrale.

    Dès lors, les réponses à vos deux questions sont triviales.

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    • A-J Holbecq dit :

      .. alors je ne vois aucun intérêt au free banking…

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    • gdm dit :

      @A-J Holbecq
      En free-banking, pour émettre chaque unité monétaire, une banque doit rassembler une masse équivalente d’actifs vendables. En effet, il est nécessaire que la banque puisse honorer son engagement de convertibilité.

      Selon la currency school, le système de Banque Centrale a un avantage sur le free-banking. La Banque Centrale émet de la monnaie centrale gratuitement. Alors qu’une banque libre doit rassembler, à grand frais, de véritables actifs. Ensuite, les deux fonctionnements se ressemblent beaucoup. Il suffit de remplacer l’or par la monnaie de base. On économise ainsi l’immobilisation couteuse d’une masse d’or stérile et inutile. C’est le plaidoyer des partisans de la currency-school, c’est a dire le système à Banque Centrale. Ce n’est pas le mien.

      Il y eut un vif débat en Angleterre-Ecosse entre la banking-school(free-banking) et la currency-school. En 1844, la loi anglaise imposa la thèse de currency school. Pour la currency school, la banque centrale centralisait l’or. Ainsi le besoin d’or était moindre. Le stock d’or était moindre avec une seule monnaie centralisée. Selon la currency school, le cout de production de la monnaie était donc moindre.

      Vous défendez donc la currency school pendant je défends la banking school. Je vous ai ainsi donné quelques arguments contre ma thèse du free-banking. amha, ces arguments de la currency school sont invalides, car incomplets.

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      • A-J Holbecq dit :

        Je n’en ai rien à faire de cette discussion qui date de 200 ans. Je suis pour une Banque Centrale qui émette TOUTE la monnaie et une interdiction de fausse monnaie privée. Point!

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      • gdm dit :

        @A-J Holbecq
        Pour moi, ce débat monétaire est le plus important. Je soutiens que le free-banking est supérieur au système de Banque Centrale.

        Je soutiens aussi que le choix du système de Banque Centrale provient du désir de l’Etat de manipuler l’argent. Et que cette manipulation induit un risque de dysfonctionnement de l’économie.

        Le monopole monétaire de l’Etat a les mêmes défauts mineurs et les mêmes défauts majeur de tous les monopoles. Tenter de réfuter le free-banking me semble nécessaire pour celui qui propose un nouveau système monétaire.

        Gomez l’a bien compris. Il écrivait en 2010 sur votre blog qu’il évoquerait le free-banking dans son prochain livre.

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        • postjorion dit :

          Rien ne permets de penser qu’il ne l’évoquera pas pour dire que c’est une très mauvaise solution …🙂

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        • A-J Holbecq dit :

          J’allais le dire… Postjorion a été plus rapide

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        • gdm dit :

          @postjorion @A-J Holbecq
          Gomez avait déjà cité qq auteurs pour montrer qu’il connaissait le free-banking. Mais il n’était pas encore allé jusqu’à formuler un argument contre le free-banking. Ou alors je ne l’ai pas vu.

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        • A-J Holbecq dit :

          On ne peut pas proposer simultanément le 100% monnaie et le free banking: il a évidemment fait son choix, et élève d’Allais, professeur d’Université et enfin « grand banquier », il est évident qu’il connait bien les avantages et inconvénients des deux formules.

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        • gdm dit :

          @A-J Holbecq
          J’ai lu la page sur Gomez que vous avez mise en lien. Je ne suis d’accord ni sur son analyse, ni sur ses propositions. amha, son raisonnement est à revoir point par point.

          Sur le blog de jégu, Gomez avait répondu à un libertarien de manière précise et argumentée. Gomez peut changer d’avis.

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