128 – B.Lemaire: A la recherche du bien public …

Bien public, bien public : cela devrait être ‘commun’ de s’y intéresser, puisqu’il en va de notre vie en société, et pourtant …

En fait, tout se passe comme si les débats de société, sur ce que pourraient être, devraient être les biens mis à la disposition de tous – les biens communs – sont de plus en plus gommés par des oppositions frontales de type dilemme du prisonnier : un accord des deux partis, ou parties, en présence, s’il rapporte plus à chacun qu’un refus de chacun, est moins intéressant pour la partie qui cède que pour la partie qui s’arcboute sur ses positions. C’est vrai pour la question des retraites, ce peut l’être aussi pour la question sécuritaire, cela aurait pu l’être sur la question du refinancement des banques.

Quelques définitions :

Rappelons tout d’abord que nous devons à Samuelson la notion de bien public : c’est un bien ou un service dont l’utilisation est non-rivale et non-exclusive (cf http://www.senat.fr/rap/r03-233/r03-23319.html ou http://fr.wikipedia.org/wiki/Bien_public )

Comme exemple de bien public, on peut prendre celui de l’éclairage d’une rue, c’est un bien « public », au moins pour les habitants de la rue (quoique certains habitants puissent ne pas le voir comme un bien : les ‘malfrats’, voire les aveugles). C’est non-exclusif (tous les passants de cette rue y ont accès), ce n’est pas un bien rival : si Dupont y a accès, Martin y a accès aussi. Les « services » ou les biens « immatériels » semblent plus facile à définir comme biens publics que les produits matériels, en particulier du fait du caractère « non rival ».

Par ailleurs, ce qui intéresse, ou devrait intéresser tous ceux qui se préoccupent – ou disent se préoccuper – du bien-être matériel et moral de leurs concitoyens est un concept assez différent, à savoir celui de bien commun, ou ‘bonus communis’.

Il s’agit en fait de déterminer, pour une société ou une communauté donnée, ce dont chacun devrait pouvoir disposer (mais pas nécessairement gratuitement, du fait de ce que l’on a appelé la « tragédie des biens communs », thèse selon laquelle tout bien gratuit qui serait en quantité limitée – l’eau potable par exemple – serait gaspillé). Parmi quelques exemples de biens communs, on peut citer l’éducation, la sécurité, la santé, voire l’énergie, .. biens communs qui sont hélas souvent des biens rivaux, de fait de la limitation des ressources disponibles, limitation qui interdit de les considérer comme des « biens publics ».

De l’accès aux biens communs :

D’où la question éminemment politique de l’accès à ces biens communs : ainsi, décréter que l’accès à la santé, ou à l’éducation, doit être gratuit ne peut se concevoir que si, par ailleurs, on a défini la façon de financer ‘collectivement’ cet accès individuel à la santé et à l’éducation.

Et c’est ici que nous retrouvons la lutte « a-sociale » que se livrent depuis des décennies les « forces vives » de la nation, ce que j’ai dénommé plus tôt le dilemme du prisonnier, et que l’on peut schématiser ainsi. Il concerne deux forces ou parties, en présence (ce peut être l’UMP et le PS, le gouvernement et les syndicats). Pour simplifier, considérons que les deux évènements (notés ‘accord/désaccord’, ce pourrait être ‘paix/conflit’ ou deux autres évènements antagonistes) qui peuvent se produire simultanément – d’où 4 possibilités : (accord, accord), (accord, désaccord), (désaccord, accord), (désaccord, désaccord) -s’accompagnent des ‘récompenses’ suivantes (ce peut être du prestige, du pouvoir, une réélection possible, voire des rémunérations financières) : (5,5), (0,8), (8,0), (2,2).

Dit autrement, le meilleur résultat ‘collectif’ – de valeur 10 – serait (accord, accord), mais, d’un point de vue individuel, si l’un cède et pas l’autre, c’est celui qui ne cède pas (accord, désaccord) ou (désaccord, accord) qui s’en sort le mieux – avec une valeur de 8 : le pire, bien sûr, c’est quand personne ne cède – d’où une valeur de 4. Dans le cas des retraites, ce peut être le statu quo, et une réforme pourtant indispensable http://www.contre-feux.com/debats/economied/retraites-probleme-economique-ou-societal/retraites-la-solution-est-plus-societale-queconomique.php – sous une forme qui reste à déterminer (cf aussi : http://tolerance.solidairesdumonde.org/archive/2009/04/28/du-bien-commun-au-bien-public-en-2025.html) – renvoyée aux calendes grecques, à une « après élections » : 2012, 2022, 2030 ?

La véritable richesse : celle d’hommes éduqués et informés :

Les médias font leur travail, ou ce qu’ils pensent être leur travail : ils « informent » sur les dessous de ces luttes sinon fratricides, du moins co-citoyennes, en « notant » les récompenses obtenues dans ce jeu à somme sous-optimale : « moins 2 pour le gouvernement » « plus 3 pour les syndicats ».

Mais ils ne font pas grand-chose pour véritablement « éduquer » leurs lecteurs ou auditeurs, en oubliant le plus souvent de parler des véritables enjeux de société, qui ne sont ni la victoire de l’UMP, ni celle du PS. Ce sont pourtant des hommes, à la fois éduqués et (bien) informés, qui forment la véritable richesse d’un pays, pas des spectateurs plus ou moins passifs qui se contentent d’applaudir aux coups bas donnés entre les divers protagonistes censés travailler au bien être et au ‘progrès’ collectifs.

Il est certain que si nous avions des Socrate à la tête de nos différents partis et représentations syndicales, la question des retraites aurait été réglée depuis longtemps, et la question des déficits publics serait sûrement abordée bien différemment.

Mais le monde étant ce qu’il est – en particulier en France – comment faire en sorte que nos dirigeants politiques ou syndicaux pensent davantage aux biens communs, voire aux biens publics, et à leurs concitoyens qu’aux prochaines échéances électorales ? Comment remettre à l’ordre du jour le fait que nos leaders devraient être irréprochables, tels la femme de César ?

Peut-on sauver la res publica ?

Une première piste pourrait être de s’inspirer de l’exemple anglais, qui évite, ou tente d’éviter, les confusions de genre entre le public et le privé, ainsi que les conflits d’intérêts et les abus de biens sociaux. Ainsi, un fonctionnaire anglais ne peut se présenter à la députation s’il n’a pas démissionné de sa fonction pour éviter toute tentation d’être à la fois juge et parti. En France, il est simplement mis en disponibilité, mais ses ‘droits à l’avancement’ ne sont pas diminués, bien au contraire.

Eviter tout cumul de mandats serait aussi une bonne chose, et empêcher qu’un ministre retrouve quasi automatiquement son siège éventuel d’élu pourrait être aussi envisagé.

Mais une solution plus radicale pourrait être l’engagement désintéressé de ne pas se présenter à l’élection suivant un « grand débat de société » pour les personnes engagées dans le débat, pour s’assurer de la sincérité de leurs prises de position. Ainsi, sur la question des retraites, tous ceux qui ont des positions radicales, dans un sens ou dans l’autre, N. Sarkozy d’un côté, F. Hollande ou M. Aubry de l’autre devraient annoncer ne pas se présenter en 2012 aux élections présidentielles. On peut toujours rêver …

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16 commentaires pour 128 – B.Lemaire: A la recherche du bien public …

  1. bernard83 dit :

    @ Bruno
    On n’est pas sorti de l’auberge!

    Cette définition de Samuelson n’est pas compatible, selon son premier critère, avec la théorie libérale qui ne fait aucune exception dans le principe de compétition.

    En présence de compétition, il faut alors considérer que tous les « biens communs » sont en quantité illimitée. Ce qui en restreint le nombre!

    De plus le critère de non exclusion conduit le Sénat à prôner la gratuité de l’eau, et probablement un financement des restaus du coeur!. Vite, une proposition de loi!

    Et cette définition, n’envisageant que le bien, ne prévoit pas le cas, où l’utilisation d’un bien gratuit comme l’air ou l’eau, le dégrade au détriment des autres.

    En fait, il faut parler du « monde commun » et non du « bien commun », qui est l’application au monde commun de la fable de la propension irrésistible de la main invisible à ne faire que le bien, une pure imposture idéologique.

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    • Bruno Lemaire dit :

      @bernard qui écrit:

      Cette définition de Samuelson n’est pas compatible, selon son premier critère, avec la théorie libérale qui ne fait aucune exception dans le principe de compétition.

      Harribey, d’Attac, pense pourtant que si.

      Mais je vais creuser la question, of course,

      amicalement, Bruno

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  2. Bruno Lemaire dit :

    @bernard qui écrit:

    la propension irrésistible de la main invisible à ne faire que le bien, une pure imposture idéologique.

    Je ne suis pas sûr que la main invisible ait une propension irrésistible à faire le bien, ce qui serait évidemment une imposture idéologique (comme la lutte de classes, mais avec une autre idéologie).

    Marché et parti unique sont tous deux des impostures: c’est bien pour cela que j’ai introduit une bribe de théorie des jeux, pour introduire la notion de coopération pour un but « collectif », qui devrait dépasser les envies particulières. Manifestement, je n’ai pas été compris, dommage😉

    Amicalement, Bruno.

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    • bernard83 dit :

      @ Bruno

      Juste un petit rectificatif sur votre remarque ci-dessus, la lutte des classes c’est la MEME idéologie que l’idéologie libérale, vous n’avez pas lu H.A. assez attentivement, je cite:
       » La seule différence entre Marx et ses prédécesseurs [les économistes libéraux]c’est qu’il prit au sérieux la réalité du conflit tel qu’il se présentait à la société de son époque, tout autant que la fiction hypothétique de l’harmonie; il eut raison de conclure que la « socialisation de l’homme » harmoniserait immédiatement tous les intérêts et il fit seulement preuve de plus de courage que ses maîtres libéraux lorsqu’il proposa d’établir dans la réalité la fiction « communiste » sous-jacente à TOUTES les théories économiques »

      Résoudre le conflit, actuellement, c’est donc de présenter comme harmonieux ce qui ne PEUT pas l’être.

      La solution (l’imposture) actuelle est de présenter l’optimum global (la maximisation du PNB par exemple) comme un optimum individuel en le divisant par le nombre d’habitants.

      Or, en bon matheux que vous êtes, vous savez bien qu’il n’est licite d’opérer ainsi en statistique, que si la distribution présente une allure gaussienne, et à laquelle il serait d’ailleurs bienvenu d’associer un écart type. Là est la manipulation la plus « minable » des économistes libéraux.

      Ce doit être très dur d’être économiste et mathématicien!

      Globalement d’ailleurs, il me semble qu’il serait plus productif d’interroger les « indicateurs » du bien public que le bien public lui-même. On pourra par exemple s’inquiéter des oracles de Moody & Poors, et autres joyeusetés.
      On pourra s’interroger sur le fait que la vision directe du bien public par les citoyens est systématiquement traitée de populisme.

      Amitiés, Bernard

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      • Bruno Lemaire dit :

        @Bernard, je n’ai pas lu « H.A » – j’ai acheté son bouquin, au cas où. Je préfère lire – ou relire – Marx, Ricardo et … Tresmontant, quitte à comprendre ce qu’a voulu dire ou écrire Marx.

        Je ne sais pas s’il est dur d’être matheux et mathématicien, je ne pense pas que le problème soit là. Je ne crois pas à la main invisible du marché – avec ou sans Gauss – et je pense qu’il faut passer un peu plus de temps à creuser la coopération que la compétition, pour tenter d’atteindre une situation collective meilleure. L’optimum de Pareto – s’il a un sens mathématique (comme toute définition rigoureuse) – n’en a aucun au niverau socio-économique. Un seul exemple. Installer des éoliennes en pleine mer peut être un progrès collectif, mais en chagrinera certains: ce ne peut donc être un optimum de Pareto, si la précédente situation était déjà un optimum.

        En fait, le monde va de déséquilibres en déséquilibres, seuls ceux qui recherchent le statu quo disent le contraire. Le tout, c’est que cette suite dynamique de déséquilibre profite aux plus faibles, au moins dans l’absolu, si ce n’est en relatif.

        Amicalement, Bruno Lemaire.

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  3. A-J Holbecq dit :

    @Tous

    Sur ce sujet du bien public, je vous suggère cet excellent livre (commencé mais pas encore lu en entier) « Politiques Publiques » de Claude Rochet – ed De Boeck

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  4. A-J Holbecq dit :

    Présentation par l’éditeur

    « Bien faire les bonnes choses », ce slogan de bon sens pour tout citoyen est rien moins qu’évident à mettre en oeuvre ! A quoi sert l’État ? Qu’est-ce qu’une bonne politique ? Comment en mesurer les effets ? Qu’est-ce qui est constant depuis la naissance de l’État moderne ? Qu’est-ce qui est spécifique à la IIIe révolution industrielle ? L’auteur plaide pour mettre la politique aux commandes – nos comptes peuvent être exacts (bien faire les choses) et nos politiques mauvaises (faire les mauvaises choses) – et s’inscrit contre la vogue de la « bonne gouvernance » prônée par les organisations internationales. Il n’en délaisse pas pour autant les techniques de gestion qui permettent aujourd’hui de concevoir des dispositifs publics innovants et performants : le lecteur trouvera en ce livre l’état de l’art des méthodes de gestion, illustré de nombreux exemples.

    Il trouvera également ici une revue de la littérature sur le rôle des politiques publiques ouvrant des perspectives bien différentes de ce qu’il est habitué d’entendre.

    Politiques publiques est un ouvrage à la fois académique basé sur des recherches de terrain, et de méthodologie très opérationnelle qui pourra devenir le livre de chevet de tout responsable impliqué dans la conception et la conduite d’une politique publique.

    Au sommaire

    * Introduction
    * « Faire les bonnes choses », ou la qualité des institutions
    * « Bien faire les choses », ou la qualité des organisations
    * « Bien faire les bonnes choses », ou la qualité des dispositifs
    * Conclusion : « Je me demande si le Général a bien approfondi Saint Augustin »

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    • Bruno Lemaire dit :

      A propos des « bonnes choses ».

      Pourquoi ne pas partir de cela:
      « L’organisme économique et social sera sainement constitué et atteindra sa fin, alors seulement qu’il procurera à tous et à chacun de ses membres tous les biens que les ressources de la nature et de l’industrie, ainsi que l’organisation vraiment sociale de la vie économique, ont le moyen de leur procurer. Ces biens doivent être assez abondants pour satisfaire aux besoins d’une honnête subsistance et pour élever les hommes à ce degré d’aisance et de culture qui, pourvu qu’on en use sagement, ne met pas obstacle à la vertu, mais en facilite au contraire singulièrement l’exercice. »(je vous laisse chercher l’auteur, Google vous le dira)

      Trop moralisateur diront sans doute certains – ce qui ne me gêne pas vraiment😉

      Amicalement, B.L.

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      • bernard83 dit :

        @ Bruno
        Difficile de n’être pas d’accord avec Louis Even, sur l’objectif tout au moins.

        Mais alors, réaliser tout cela, sans utiliser une seule fois le mot « politique », c’est purement fantasmatique.

        Et ce qui est fondamentalement gênant, c’est le postulat implicite de la possibilité d’existence d’un « organisme économique et social » découplé de la politique. En cela cette pensée est parfaitement compatible avec le néolibéralisme. L.E. est donc un « réformateur » de l’économie, et à ce titre un « défenseur objectif » du néolibéralisme.

        De plus si l’on dit que la réalisation de l’objectif convient aux « vertueux », il faudra aussi, en contrepoint, dire comment les « vicieux » s’en accommoderont. Ce sera mon bémol « moralisateur ».

        Ce n’est donc pas une base conceptuelle pour moi.

        Par contre, sur le plan technique je suis en accord sur plein de points, et notamment sur le rôle fondamentalement « vicieux » et « absurde » de l’intérêt. Le seul problème est qu’il est surtout fondamentalement « antidémocratique », dimension politique complètement occultée par L.E.

        Amicalement

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  5. catherine dit :

    La nature et l’industrie font croître des objets qu' »on » leur donne envie de faire croître. La nature et l’industrie sont neutres au départ, sans volonté, c’est ce que l’on fera faire à ces deux entités qui ne le sera pas en revanche et qui les fera qualifier de ceci ou cela. C’est donc le désir de ce que l' » » »on » » »(la socio-culture) fait croître à travers elles, qui est en jeu.

    Derrière cette orientation active tirée par le désir, le manque, il y a une pensée, et derrière la pensée, il y a des émotions et chacun sait que l’émotion, c’est à dire ce qui nous fait bouger comme son nom l’indique, emovere, c’est à dire aller dans un sens plutôt que dans un autre, est le fruit d’une socio-culture qui nous fait aimer ou détester, ceci plutôt que cela en fonction de son désir à elle, la socio-culture qui est celui de persévérer dans son être!

    C’est donc la source de nos marquages, de nos empreintes comme diraient certains et donc de notre valorisation du monde et de la construction de notre image du monde qui doivent faire l’objet de toute notre attention, rien n’est neutre et surtout pas les apprentissages, ce sont donc eux qu’il faut observer à la loupe.

    L’idée de bien en soi ne veut pas dire grand chose, bien par rapport à quoi, mon idée du bien n’est pas celle de Jorion par exemple, et pourtant nous avons l’un et l’autre, la possibilité de rationaliser nos préférences et ainsi de les justifier, ne serait-ce qu’à nos propres yeux.

    Il faut donc placer nos points de vue personnels partiels et partiaux, qu’est-ce que ça veut dire en effet, être bien éduqué, pour certains on le sera toujours trop, et pour d’autres, jamais assez, forcément, les placer sous le regard surplombant d’une idée plus grande encore, celle d’un niveau d’organisation supérieur, disons celui du politique au sens noble de H.A par exemple, et là, ça prend tout de suite une bien plus fière allure, il y a de l’envergure qui dépasse l’étroitesse de nos mesures personnelles.

    Car la nature et l’industrie contiennent en elles beaucoup de potentialités qui ne demandent qu’à s’actualiser, reste à savoir ce que l’on fera advenir de ce qu’il est possible de faire advenir de cette nature et de cette industrie.

    Cela s’orientera toujours en fonction des intérêts d’un pouvoir qui prend sa force dans le consentement d’une faiblesse fabriquée.

    On enrobera tout ça dans un joli papier de soie et l’affaire est dans le sac, ce sera bien sûr pour le bien de tous, il va sans dire.

    Y’a juste qu’il y aura comme un os au niveau de la pratique practico-pratique!

    y’en aura pour qui le bien sera comme un peu plus bien, et d’autres pour qui le moins sera toujours un peu plus moins, mais ce sera toujours présenté sous le fronton grinçant d’une grimaçante figure de justification à laquelle viendra s’adjoindre une soi-disant satisfaction des besoins d’une « honnête » ceci ou cela.

    Un homme vaut un homme, ça me semble bien comme idée de départ, même si l’un est éclopé et l’autre Einstein! Ils sont différents certes, mais tous deux appartiennent au même genre, celui des humains!

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    • Bruno Lemaire dit :

      « un homme vaut un homme ».
      Peut être. Aux yeux de Dieu, sûrement. Disons que, à sa naissance, potentiellement, chacun a des talents, qu’il serait vain de vouloir comparer à d’autres talents. A chacun de faire fructifier ses talents, de trouver un sens à sa vie: bien sûr, il peut être aidé pour cela.

      Mais, sur le plan socio-économique – qui est quand m^me, plus ou moins, le fil directeur de ce blog, ainsi que celui du présent « billet » – que faut-il en déduire, ou en conclure?

      Si chacun en « vaut » un autre (cette notion de « valeur » est évidemment fort imprécise: suivant quel étalon, quel instrument de mesure, peut-on « évaluer » quelqu’un), faut-il lui « demander » la m^me chose, ou lui « octroyer » la même chose, matériellement, spirituellement, ou autrement.

      Je ne pense pas que l’équité, ou le regard porté sur l’autre, sur les autres, doive signifier un m^me statut socio-économique, une m^me rémunération. Mais comment faire alors, pour assurer un « minimum » – ou un maximum – de dignité à chacun, à chaque personne humaine?

      Je n’ai évidemment pas LA réponse.

      Je n’hésite pas, cependant, à citer la réflexion suivante (toujours à la recherche du bien commun), issue d’un partisan du Credit Social:
      But du système économique
      Le but de l’association économique est de procurer les biens matériels et les services requis par les consommateurs, par les hommes, les femmes et les enfants.
      Cela se fait par deux procédés bien distincts:
      a) La production, y compris les moyens de transport;
      b) La distribution de ces produits parmi les consommateurs.
      Le premier de ces moyens, la production, devient de
      plus en plus efficace. Ce n’est donc pas dans la production que se situe le mal économique dont nous souffrons.
      Il faut donc chercher le mal dans le deuxième procédé:
      c’est la distribution qui a failli à la tâche et qui se trouve aujourd’hui paralysée.

      Mais l’instrument de distribution, l’outil des échanges, c’est l’argent, la monnaie. C’est donc le système monétaire qui remplit mal sa fonction; il ne distribue pas les biens, les fruits de la production…

      Pour quelque chose écrit en 1935, c’est pas mal…

      Bien à vous, Bruno Lemaire.

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      • catherine dit :

        Bien sûr Bruno, vous avez tout à fait raison de préciser mon imprécision, je me contentais de tracer une structure pour susciter de possibles échos à votre texte.

        Ensuite reste à savoir « comment » on fait avec ce qui est à notre disposition. la manière, la main donc, c’est l’essentiel de notre boulot d’homme!!!!!!!!!

        C’est le comment qui importe, la manière de faire,la méthodologie qui fait assembler les éléments disparates entre eux qui fera que la réalisation sociale sera cacophonique ou symphonique ou plus modestement, mais non moins difficilement, harmonique.

        Tout est affaire de manière, l »analogie qui me vient là, tout de suite, c’est celle de notre posture d’homme.

        Je prends mon exemple. Je suis née avec des caractéristiques précises auxquelles je ne peux rien changer. Il se peut que j’ai un bras en moins, un chromosome bidule en plus ou en moins, je suis issue d’un milieu tout aussi particulier, dans une société précise etc, etc, bref, j’ai un jeu de cartes dans les mains. Ces cartes-là ma foi, sont des invariants car il y a un certain nombre de choses que je ne vais pas pouvoir changer, en revanche le sens de ma vie s’inscrit je crois dans ce que je vais faire des cartes que j’ai dans la main, la façon de les organiser entre elles. Et chacun sait que d’un mauvais jeu, on peut en tirer le meilleur parti et d’un excellent jeu gaspiller toutes les potentialités qu’il contenait en puissance. Le libre arbitre est peut-être, je le crois fort, pour ma part, dans cette manière de faire, aussi, la terminologie de main invisible employée si souvent même si je ne sais pas bien ce qu’elle recouvre, résonne très fort en moi et me dit qu’il y a beaucoup de vrai dans son usage.

        Car ce n’est pas parce qu’on ne la voit pas qu’elle n’existe, avant que les lois de la gravité ou de je ne sais quoi soient identifiées, nous les subissions, il y a juste que nous n’avions pas conscience de les subir, d’être soumis à leur détermination.

        Il faut se soumettre je crois aux principes régaliens au sens noble de la permanence de l’hu-main, au sens de mana, esprit et faire découler toutes les prescriptions d’elle-le princeps-moi, je vois les choses comme cela.

        Si vous répondez Bruno, je ne vous répondrai que dans quelques jours, je m’absente.

        Bien amicalement.

        Catherine

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  6. Bruno Lemaire dit :

    Monnaie et bien public:

    à nouveau une citation admirable de clarté et de prescience:

    Système monétaire vicieux
    La monnaie est essentiellement un système de «tickets» ou bons pour faciliter les échanges de biens. La valeur ou validité de l’argent est basée sur la confiance que les hommes ont dans la capacité productrice de leur pays.
    La fonction naturelle de l’argent est d’assurer continuellement la distribution de tous les biens utiles que le peuple peut produire et dont il a besoin.
    Tous les gouvernements modernes ont négligé leur devoir, en abandonnant le contrôle du système monétaire à un petit groupe d’hommes qui se fichent de la fin première de l’argent et lui font atteindre un but diamétralement opposé.

    Ces hommes ont ainsi la haute main sur tout le pouvoir économique et même politique de la société.
    […]
    Les contrôleurs du régime financier actuel, c’est-à-dire les maîtres du système bancaire se sont fait réserver le droit d’émettre l’argent. Or ils ne créent et ne mettent l’argent en circulation que sous forme de dette qu’il faut leur rembourser
    avec intérêt. Par les remboursements qu’ils exigent à
    date fixe, ils retirent et annulent cet argent, avant même que les biens produits aient atteint les consommateurs.

    Vu que l’argent est le véhicule pour faire passer les biens du producteur au consommateur, la disparition de l’argent enlève au peuple le pouvoir d’acheter toute la production faite pour lui.

    Le système bancaire, en retirant ainsi l’argent
    à contretemps et en retirant plus d’argent qu’il en avait émis
    , établit la rareté de l’argent en face des produits et en face du travail qui demande emploi.

    De là, les exportations et la concurrence effrénée pour les marchés étrangers, parce qu’il n’y a pas assez d’argent dans le marché domestique.
    De là, les dettes internationales..
    De là, les conflits économiques conduisant à la guerre.

    interesting, n’est-il pas ? …

    B.L.

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    • Bruno Lemaire dit :

      Ne pas confondre épargne, intérêts sur Epargne, et intérêts sur monnaie « ex nihilo » (ce que JP,ex crédit lyonnais, semble avoir du mal à saisir, contrairement à M. Allais et à bien d’autres).

      Le paiement d’intérêt , par la société, au système bancaire, sur de la monnaie nouvellement créée et qui ne coûte rien, n’est pas du tout semblable ni comparable à l’intérêt
      qu’un prêteur ordinaire exige sur de l’argent déjà en existence
      ,qu’il a gagné, épargné et prêté à l’industrie.
      (fin de citation)

      Quel dommage que – à de rares exceptions près – l’on ne sache plus écrire aussi simplement de nos jours, en cachant le vide de notre analyse derrière un salmigondis de concepts rarement définis…

      Amicalement, Bruno.

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    • Bruno Lemaire dit :

      Je ne peux résister à reproduire ce morceau d’article écrit en 1934 par Douglas:

      Les traits saillants de nos difficultés présentes sont malheureusement des choses tellement familières que nul d’entre nous ne peut les ignorer. On peut grouper les calamités qui nous accablent sous quatre titres principaux:
      Pauvreté, Dette, Taxes, Dépression.

      La préséance de l’une ou de l’autre peut prêter à litige, mais ce qui est certain et fait honte à la civilisation du 20ème siècle, c’est qu’elles sont ici toutes les quatre, dans la plus grande ère
      de science et de contrôle des forces de la nature que le monde ait jamais connue.

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