119 – A-J Holbecq: 100% monnaie sur wikipedia

J’ai mis sur wikipedia un petit article  » 100% monnaie« ,  mais vu les réactions de certains administrateurs très « libéraux » (hum!) , je crains qu’il ne disparaisse; je le recopie donc ici…

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Le « 100 % monnaie » (100% money) est une proposition initiale de l’économiste américain Irving Fisher de 1935 qui consiste en un transfert de la création monétaire depuis les banques privées vers la banque centrale, en imposant aux banques commerciales des réserves de 100 % des dépôts monétaires.

Ce projet a été fortement défendu par les économistes Maurice Allais, David Ricardo, Milton Friedman ou Ludwig Von Mises et dans une certaine mesure (narrow banking) par James Tobin pour défendre ce qui devrait être une prérogative de l’État et seulement de l’État : l’émission de toute nouvelle monnaie.

Il s’agit d’une réforme radicale du système bancaire fondée sur la dissociation entre la monnaie et le crédit

Rappel

Dans le monde moderne, il existe plusieurs types de monnaie :

  • la monnaie centrale (monnaie de base), créée par la Banque Centrale et prêtée aux banques commerciales. Elle comprend d’une part les espèces (pièces et billets) ou monnaie fiduciaire, mais aussi les réserves obligatoires que les établissements financiers doivent détenir dans une certaine proportion (2 %, dans la zone Euro) du montant des dépôts qu’elles gèrent. Dans la zone Euro, la BCE (Banque centrale européenne) ne peut prêter qu’aux établissements financiers (le « refinancement »), à un taux d’intérêt qu’elle ajuste en fonction de la conjoncture (de 0,5 % à 1 % actuellement), mais la monnaie centrale peut ensuite être achetée par les agents non bancaires sous forme d’espèces ou monnaie fiduciaire.
  • la monnaie scripturale (monnaie secondaire) créée par les banques commerciales, par simple jeu d’écriture lorsqu’elles accordent un prêt à une administration, un particulier ou une entreprise, et qu’elles inscrivent le montant correspondant sur le compte de leur client, sans disposer nécessairement initialement de monnaie centrale ni de dépôts d’épargne. Cette forme de monnaie représente plus de 92 % du montant total des euros comptabilisés en tant que monnaie (Agrégat M3).

Passage au 100 % monnaie : deux mesures qui doivent être prises simultanément

Séparation des banques en trois types distincts selon les fonctions assurées

a – Banques de dépôts; Gestion des moyens de paiement (ces banques n’auraient la possibilité que de gérer la vraie monnaie en dépôts à vue)

b – Banques de prêts ou de financement; intermédiaires entre les épargnants et les emprunteurs

c – Banques d’affaires ou d’investissements; Proposition supplémentaire de Maurice Allais au plan initial d’Irving Fisher

Notes :

  • Tout rapprochement des trois fonctions serait interdit.
  • Il ne faut pas confondre cette proposition avec le Glass-Steagall Act qui distingue deux métiers bancaires et les déclare désormais incompatibles :
    • la banque dont l’activité est celle de dépôts et de prêts, lesquels sont séparés dans la proposition « 100 % monnaie »,
    • la banque d’investissement (investment banking, en anglais), c’est-à-dire les opérations sur titres et valeurs mobilières.

Couverture à 100 % des dépôts à vue par de la monnaie de base dans les banques de dépôts avec le soutien de la Banque Centrale

Les dépôts à vue dans les banques de dépôts devront être couverts à 100 % par de la monnaie de base. La banque Centrale émettra autant de monnaie de base que nécessaire sous une forme à déterminer (achat d’actifs, prêt, don)

Le rôle des banques de prêts serait limité à la seule intermédiation financière Dans leurs opérations de crédit, les banques devraient trouver des ressources à terme pour les financer

Par rapport à la situation d’aujourd’hui, trois points importants

  • D’une part, les ressources à temps des Intermédiaires Financiers ne devraient pas être confondues avec de la monnaie et se différencieraient des caractéristiques de celles d’aujourd’hui soit par une liquidité moindre (Dépôts à terme), soit par des prix de sortie avant l’échéance plus aléatoires.
  • La transformation financière doit être interdite.
  • Les banques de dépôts n’ayant plus les bénéfices de la création monétaire pour se rémunérer, les services monétaires seront payants. Les soldes de dépôts à vue ne pourront pas être considérées comme une épargne, même temporaire. Elles ont à être traitées comme de la « monnaie stockée » utilisé par les agents économiques pour harmoniser leurs flux d’entrée et de sortie de fonds dans le temps. Elles n’ont aucun besoin d’être rémunérées.

Une telle réforme permettrait

  • À l’Etat, donc au peuple dans son ensemble, de bénéficier intégralement des bienfaits des émissions monétaires, aussi bien concernant le choix de la quantité de monnaie en circulation, sa répartition et les intérêts qui représentent des sommes considérables sur les créances détenues par les banques (environ 100 à 120 milliards d’euros par an, pour la France).
  • De mettre fin au chaos monétaire que nos économies capitalistes subissent depuis des siècles.
  • De détruire le lien artificiel et pervers entre création et destruction de monnaie et le mécanisme de crédit bancaire – De permettre à nos économies de procéder à l’inévitable processus de désendettement public et privé sans passer par une phase destructrice de déflation subie ou d’hyperinflation organisée.
  • Que le taux d’intérêt puisse enfin jouer son rôle autorégulateur sur les marchés financiers et ainsi freiner les phénomènes de boom et de dépression.

Liens externes

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10 commentaires pour 119 – A-J Holbecq: 100% monnaie sur wikipedia

  1. bernard83 dit :

    « Si tous les prêts bancaires étaient remboursés,il n’y aurait plus ni le moindre centime en dépôt en banque, ni la moindre pièce ou billet en circulation […] l’absurdité tragique de notre impuissance est presque incroyable, mais c’est bien la réalité. »

    (Robert Hemphill en préface à 100% money.)

    Et ce Monsieur était dirigeant de la Federal Resserve Bank !!!
    Il vient de découvrir qu’il ne sert que de pense-bête.

    Il faudra aussi lui expliquer que les villageois vivaient très bien avant la venue de la Dame de Condé….et que la somme de leurs dettes respectives était nécessairement nulle.

    Et que ce les contreparties qu’il représente dans la réalité dépendent de la fixation des prix et des prestations, processus démocratique dans lequel le banque n’a rien à voir.

    C’est celà l’important.

    En ce qui me concerne, je me contenterai de demander à la Dame de Condé de s’en tenir à son rôle initial de prestataire de service, avant qu’elle ne réclame des intérêts…

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  2. Pas contre, j’irai même plus loin en suggérant que l’intermediation se fasse en P2P, mais…

    La question est: est-ce qu’une politique monétaire peut-être efficace dans ce contexte? efficace au sens de stabilité des prix.

    La question de l’augmentation de la masse monétaire en cas de déflation est simple: l’Etat dépense plus. Celle de la réduction de la masse monétaire en cas d’inflation des prix l’est moins: est-ce que les élus auront le courage politique d’une augmentation des taxes? est-ce que l’augmentation des taxes aura un impact rapide sur l’inflation?

    Pour moi, l’existence des banques centrales est tout simplement du au fait que les gens font traditionnellement plus confiance aux banquiers qu’à leur gouvernement, car les banquiers sont censés être prudent et payer les pertes avec leur propre capital. De ce fait, je ne pense pas que cette proposition puisse fonctionner sans un changement de la gouvernance elle-même.

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  3. Galuel dit :

    Ca me semble pas mal du tout.

    Evidemment tout ce qui va dans le sens d’une analyse dans le sens de Descartes, séparer le tout en parties jusqu’à ce que les parties et leurs relations entre elles soient compréhensibles, ne peut être qu’une méthode louable.

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  4. bernard83 dit :

    Je n’

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  5. bernard83 dit :

    J’ai un problème assez fondamental avec le rappel en exergue de cette propososition: il me semble qu’il y a risque de confusion sur les « types » de monnaie.

    Pour moi il ne peut y avoir qu’UNE SEULE MONNAIE, au sens national s’entend; et le fait qu’il est certes possible de la « catégoriser » suivant, par exemple, les émetteurs ou la présence dans tel agrégat, ou le support physique, papier inforamatique ou autre, liste non limitative, n’y change rien, .

    Il faut m’expliquer sur le plan conceptuel, ce qui distingue une monnaie de base d’une monnaie secondaire. Si ce sont vraiment deux monnaies différentes, accessibles à tous, il me faudra, à moi, à vous, à tous, deux porte monnaies, et savoir clairement pourquoi j’utilise tel ou tel porte monnaie. S’il s’agit d’une monnaie seule accessible aux établissements financiers, comme suggéré pour la monnaie de base, nous sommes dans un système d’APARTHEID que je refuse avant m^zmz de connaitre ses caractéristiques.

    Catégoriser par support a un sens sur le plan historique: sans remonter au déluge des supports plus ou moins exotiques, il y avait la monnaie-or, et la posséder sous cette forme présentait une différence fondamentale sur le plan des risques qui y étaient liés: une énorme garantie de réaliser les transactions désirées, un risque inflationniste quasi nul aussi mais aussi un risque non négligeable de s’en faire déposséder, pouvant devenir risque vital quand on la possédait avec soi.

    Le régime de l’étalon-or a eu pour effet de supprimer ce risque vital, ou plutôt de le diluer sur la plus grande masse possesseurs de papier monnaie.

    Maintenant que l’essentiel est sous forme de mémoires informatiques, ce risque vital est devenu nul.

    L’autre façon de « catégoriser » est par émetteur (ou destructeur), ce qui n’a de sens que si on peut « tracer » l’origine de ceux-ci, et d’associer des caractéristiques spécifiques à chaque nature d’émission ou de destruction.

    Au chapitre émetteurs on trouve donc la banque centrale (elle-même distinguable par son statut étatique ou non), les banques diverses; la question est donc: peut-on distinguer (rn permanence) les monnaies qui en dérivent,par exemple par les garanties qu’elles apportent,ou autre caractéristique, je suis loin d’en être sûr;
    et ce qui permettrait de les distinguer (ou non), fait tout le débat sur l’efficacité de « 100% Money »

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    • A-J Holbecq dit :

      Bonjour

      Oui, on peut très bien distinguer la monnaie de base (monnaie banque centrale) et la monnaie des banques « commerciales ».

      – Si une banque fait faillite, la garantie actuelle est de 70000 € , mais une banque centrale ne peut pas faire faillite .
      – les banques commerciales ne peuvent émettre de la monnaie secondaire que s’il y a demande, les banques centrales font ce qu’elles veulent à ce niveau.
      – les banques commerciales compensent entre elles en monnaie banque centrale qui ne quitte pas les comptes de la banque centrale
      – la seule monnaie centrale qui circule dans le « circuit non bancaire » est la monnaie fiduciaire (billets), mis à part le fait que seule le Trésor Public émets (lorsqu’il paye ses fournisseurs et fonctionnaires) transforme de la monnaie centrale en monnaie secondaire.

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  6. bernard83 dit :

    Donc, pour moi, pékin moyen, qui ne fraye qu’avec ma banque commerciale, mes dépôts sont couverts nominalement. C’est déjà un bon point.

    Je ne comprends cependant toujours pas le distinguo réalisé entre les catégories b et c, que d’ailleurs Fisher ne faisait pas.

    Si j’ai bien compris, pour illustrer la chose, c’est celle à laquelle je devrai m’adresser pour acheter ou vendre une maison par exemple.

    Pourquoi, sur un plan purement théorique bien sûr, ne devrait-elle pas être un intermédiaire obligé entre moi et mon boulanger? Quelle est la différence fondamentale entre ces opérations? Son pain n’est-il pas aussi en quelque sorte une valeur mobilière, à dépréciation simplement très rapide. Où est la frontière?

    Excusez-moi de paraître pinailler, mais j’ai depuis longtemps constaté, surtout dans les réunions professionnelles entre gens qui sont censés « savoir tout » sur leur métier, qu’on apprend des choses très intéressantes avec des questions basiques!

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  7. bernard83 dit :

    Précision sur l’intervention précédente certainement difficile à comprendre.

    La demande était: quelles sont donc ces opérations de banques B intermédiaires entre épargnants et emprunteurs qui ne feraient pas l’objet d’une transaction mettant en cause des actifs titres (et/ou) valeurs mobilières?

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    • A-J Holbecq dit :

      Pas sur de bien comprendre, désolé; je réponds donc peut être à coté.
      Si on reste dans le cadre strict d’un travail d’intermédiation de la banque entre un épargnant et un emprunteur, ce dernier offre une simple reconnaissance de dette (avec garantie), peu importe ce qu’il fera de la monnaie empruntée.

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  8. bernard83 dit :

    La réponse est « pile poil » celle que j’attendais.

    La garantie (seule justification à laquelle nous avons spontanément tous deux pensé pour justifier l’introduction de la banque, mais peut-être y en a-t-il d’autres?) inclut de fait la banque dans la transaction.

    Sinon, un acte sous seing privé fait tout aussi bien l’affaire, et un notaire s’il y a nécessité de notoriété.
    Mes recherches généalogiques regorgent de « plèges », (généralement amis ou parents ayant plus de bien) dans des actes notariaux relatifs à mes ancêtres, et certains y ont laissé des plumes.

    Il ne s’agit donc plus du tout, à mon sens, de simple prestation d’intermédiaire,(qui est au sens premier, une mise en relation, justiciable d’émoluments mais exempte de risque. On est au contraire en plein dans le cadre d’action de la banque d’affaire.

    Sauf nouvelle justification du rôle d’intermédiaire, il ne devrait exister pour moi que deux sortes de banques, A et C.

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