113 – A-J Holbecq « diminuer les dettes? »

Toute la monnaie que nous utilisons est une monnaie « de dette » qui n’a été fabriquée que par un seul type de fournisseur: les banques.

Les banques fabriquent la monnaie d’une manière très simple: elles portent une créance d’un certain montant en actif, cette créance est une « reconnaissance de dette » de l’emprunteur. Simultanément les banques portent au compte de l’emprunteur ce montant qui, à partir de cet instant, va pouvoir servir à effectuer tous les paiements, mais aussi être transféré par le détenteur, qui n’est pas nécessairement celui qui a bénéficié du crédit initial, dans diverses épargnes qui pourront à leur tour être prêtées à nouveau.

Mais, redisons le, originellement toute la monnaie « électronique » (monnaie dite scripturale) est émise par le système bancaire.

J’entends bien la première critique de certains économistes: mais la monnaie fiduciaire (dite aussi monnaie manuelle parce qu’elle passe de la main à la main, sans laisser de trace, hélas), c’est-à-dire les billets et les pièces, et bien qu’ils ne représentent qu’un faible montant dans la totalité de la masse monétaire,  ne sont pas émis par les banques commerciales, mais par la banque centrale; vous ne pouvez donc dire que toute la monnaie dont nous nous servons est issue des banques commerciales.

A ceux-ci, très rapidement, je leur répondrai de réfléchir. Comment peuvent-ils se procurer de la monnaie manuelle si eux ou ceux qui se la sont procuré pour la première fois à son émission de la banque Centrale, n’ont pas « acheté » cette monnaie, par un débit de leur compte bancaire, lequel compte, ou celui de leurs fournisseur, n’ayant pu être approvisionné que parce que « quelqu’un », « quelque part », a lui-même signé une reconnaissance de dette envers une quelconque banque.

Dans une économie fermée (et « la Terre » est une économie fermée) l’ensemble des agents non financiers (entreprises, ménages, États, administrations) ne peuvent qu’être endetté envers les agents financiers (banques commerciales, établissements de crédit ou banques centrales) simplement au motif qu’ils ne peuvent, eux-mêmes,  créer de monnaie.

La question est donc dans la répartition de ces dettes entre les agents non bancaires: les entreprises, les ménages, les États, les administrations. Si l’un d’eux rembourse ses dettes issues d’un crédit créateur de monnaie au système bancaire (c’est-à-dire diminue la quantité de monnaie par exemple de X%), pour que la masse de monnaie reste constante, il faudra que simultanément un autre agent augmente ses propres dettes. La répartition des dettes entre les agents non bancaires devient également la conséquence d’un choix de société.

Mais dans tous les cas les banques commerciales restent les bénéficiaires initiales des intérêts, de ceux qui sont dus à partir de la création de cette monnaie et pour la durée de son existence. Cette monnaie disparaitra lors de son remboursement, et la monnaie des intérêts ne pourra provenir que d’une autre émission monétaire, de « quelqu’un », « quelque part », que le débiteur aura du s’approprier.

Évidemment ces intérêts sont une partie des recettes des banques (ou des établissements financiers dans un sens plus large) et à ce titre rejoindront le circuit économique « non bancaire » sous forme de paiement à des fournisseurs, de salaire, de charges, d’impôts,  mais aussi et surtout de répartition de bénéfices ou de dividendes et d’augmentation des actifs: en fait il s’agit bien d’un transfert « illicite » ainsi que l’écrit Christian Gomez :

Toute création monétaire ex nihilo donne un droit sur la production qui n’a pas été acquis par un produit ou un service vendu. Elle est par nature un « faux droit », un revenu non gagné, comme le soutiennent Allais et Rothbard, dont la substance s’assimile aux gains qu’obtiendraient de faux monnayeurs qui achèteraient sur un marché avec la fausse monnaie fabriquée ou prêteraient celle-ci contre intérêt.

En conclusion: on entend souvent dire qu’il faut diminuer la dette privée ou la dette publique. Vouloir diminuer le montant des dettes équivaut à vouloir diminuer la quantité de  monnaie… c’est aussi simple que ça.

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6 commentaires pour 113 – A-J Holbecq « diminuer les dettes? »

  1. Renaud dit :

    Je vais essayer de proposer une solution.

    Il y aurait une possibilité financière – souveraine -justement! hors euro, de diminuer, voire d’éteindre les dettes, sans diminution de la quantité de monnaie, et ce hors de toute centralisation bancaire continentale ou mondiale. Étant bien compris qu’une ou des monnaies de stricts transferts commerciaux mondiaux peuvent coexister avec les monnaies de tous pays et espaces économiques d’échelle plus petites devant utiliser des monnaies (disons des monnaies domestiques) diverses et adaptées à ces pays et espaces. Ce serait-là le pouvoir, plus exactement, la possibilité (légale où obtenue de haute lutte….) qui serait garantie constitutionnellement d’exercer une souveraineté monétaire spécifique et non homogène au continent ou au monde. Chaque pays à le droit d’être souverain chez lui, ainsi en serait-il pour chaque pays ou petits groupes de pays ou provinces selon leurs modalités propres. Cette souveraineté doit être « absolue » du fait direct que ceux qui produisent, qui ont donc les compétences de produire « ont », de droit, cette souveraineté sur ce qu’ils produisent et parce qu’ils produisent. Par définition, ils ne produisent que ce qu’ils peuvent et veulent produire (sous entendu ce qui leur est commandé par la société donc la société souveraine, mais cette société c’est: eux-mêmes, donc c’est clair). Il va en découler, cette fois, un prix de revient réel de la production: tant d’heures d’atelier, ou de chantier, ou d’usine, ou de machine spécialisée, etc, tant de matières premières et/ou fournitures, tant de frais généraux collant obligatoirement à cette production. Ce -juste prix- représente le prix à payer par les clients- acheteurs-consommateurs et rien de plus ni de moins, réglant leur ahats en payant un prix de vente définitif en une ou plusieurs fois (sans intérêts s’il s’agit d’un montant plus important, maison, etc).

    Maintenant, parallèlement à la production et sa vente, d’autres montants d’argent dont la création, l’émission et les remboursements roulent sur un temps sensiblement plus long que le simple circuit production-distribution-vente-consommation, il s’agit des investissements plus lourds qui sont, et ne seront productifs que plus tard, sur le long terme, et dont on ne peut demander à personne de les rémunérer tout de suite le rendement. Cet détail est déterminant financièrement, car en réalité il existe actuellement deux circuits d’argent distincts mais hélas non discriminés. Ainsi aujourd’hui, ont trouve, accumulés dans les prix que nous payons au quotidien, une proportion énorme en moyenne constituée par l’accumulation des montants des intérêts bancaires payés par tous les agents économiques de production et de distribution des objets que nous achetons, y compris à crédit. Ainsi, même si l’on paie quelque chose à crédit (par ex. une maison) on paie non seulement des intérêts (par ex. 5% d’intérêts en 20 ans font doubler le prix de la maison), mais d’autres intérêts, complètement invisibles, pourtant bien concrets, déjà payés par nos fournisseurs ayant construit la maison qui ont bien sûr, calculé leurs prix de vente en fonction de leur prix de revient, donc incluant tous leurs frais financiers, donc les intérêts, agio, etc, qu’ils paient à plus d’un titre. C’est à ce point que la suppression des intérêts bancaires trouve, entre autres, toute ses justifications.

    Ainsi le juste prix, pointé plus haut, est différent du prix comptable qui lui, inclu les investissements à long terme dont il vient d’être question. Car ces investissements-là participent à l’enrichissement général de l’espace économique considéré, c’est pourquoi les prix comptables sont plus élevés que les juste-prix. C’est donc cette différence entre: le juste-prix et le prix comptable qui constituerait, au bilan final, l’enrichissement obtenu lors d’un exercice comptable. Plus cette différence est importante, plus il y a possibilité de créer de la – vraie – monnaie pour un vrai pouvoir d’achat. Une monnaie libérée de toute dette. Et non plus cette fausse monnaie inique rappelée ici par André-Jacques citant Christian Gomez. Cette vraie monnaie qui constitue un vrai pouvoir d’achat est en plus une sécurité économique d’autant plus intéressante que cette différence entre ces deux niveaux: le juste-prix et le prix comptable est grand. Les dettes publiques sont alors éteintes directement par la création de monnaie correspondant aux fonctionnements de l’État (charge étatique qui devient la consommation d’un « énorme » ménage spécial) tandis que les dettes privées seraient financées par l’épargne, donc par de l’argent déjà existant, ce serait des dettes rémunérées très variablement par des intérêts dont les montants se déplaceraint à l’intérieur de la masse monétaire sans diminuer celle-ci et participant à l’enrichissement privé sur un plan général que le domaine public retrouverait tout naturellement.

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  2. Olivier dit :

    Bonjour,

    Article intéressant , merci.

    Il faut bien noter que les banques ne sont pas les principales bénéficiaires des intérêts : les intérêts sont essentiellement versés aux investisseurs. La banque commerciale prend une marge sur le taux d’intérêt (qui rémunère son intervention: analyse de risque, production des prêts, assurance) mais cette marge représente une fraction de l’intérêt.
    D’ailleurs de plus en plus les revenus des banques sont dissociés des intérêts : frais, cartes, « packages », change, toussa…

    De façon macro économique les ménages sont receveurs nets d’intérêts, les autres agents économiques (entreprises, APU) sont payeurs d’intérêts.

    Quand au fait que la diminution de la dette entraine une diminution de la masse monétaire, c’est une évidence qu’il est bon de rappeler. Mais à mon sens c’est loin d’être un souci : on se passerait bien de l’inflation, que ce soit des prix à la consommation ou surtout celle des actifs.

    Cordialement,

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  3. fwed dit :

    Très bon article, merci

    Il est toujours bon de rappeller que l’impression des billets n’est pas de la creation monetaire.

    Il est encore mieux de rappeller que « réduire la dette, c’est détruire de la masse monétaire » comme l’écrit Galbraith dans l’argent.
    Alors pourquoi est ce l’unique plan de combat économique de nos élites ? Pouquoi les Sarkozy, aubry, DSK, Lagarde etc n’ont que cette idée en tête ?

    Pourquoi enferment ils nos réfléxions dans des inepties mathématiques de la gestion monétaire et économique alors qu’il faudrait d’abord réfléchir sur les statuts de la création monétaire.
    C’est très facheux que nos élites actuelles ne sachent pas mieux faire la différence entre statut et gestion de la création monétaire par de la dette à interêts.

    Cordialement

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  4. Catherine dit :

    Petite réflexion du matin qui s’accorde tout à fait à la dette!

    Quand un homme est sans crainte, qui plus est une foule, ils sont dangereux!

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  5. Bruno Lemaire dit :

    Bonjour,

    Que la quantité de monnaie corresponde aux dettes en cours (et « donc » aux reconnaissances de dettes) mérite évidemment d’être rappelé, encore et toujours.

    Que la répartition de cette quantité de monnaie puisse résulter d’un choix (implicite) de société, est sans doute vrai encore.

    Qu’il faille, comme le suggère Renaud, tenter de faire « coller » le mieux possible la quantité de monnaie à la production – comme dans le Crédit Social – semble être une excellente idée.

    J’ai cependant une suggestion fort concrète, puisque l’on sait que ce sont les intérêts de la dette qui sont en grande partie cause de l’augmentation de la dette, indépendamment m^me des besoins de l’économie.

    Si l’on ne veut pas, pour diverses raisons, supprimer les intérêts, pourquoi ne pas recalculer tous les intérêts en cours des dettes non encore remboursées, en remplaçant le taux d’intérêt par le seul taux d’intérêt « sans risque » de l’économie globale, à savoir, pour 2010, le taux de croissance anticipé(disons 1%) ajouté au taux d’inflation anticipé (disons 1,5%) soit un total de 2,5%.

    Ainsi la sphère financière ne s’enrichirait pas aux dépense de la sphère productive. Cela ne diminuerait pas les dettes, mais cela ne les augmenterait pas plus vite que ce que la croissance « inflatée » permet de rembourser.

    Amicalement, Bruno.

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