109 – Jorion est-il meilleur philosophe qu’economiste?

J’en doute quand je lis la critique de Thibaut Gress à propos du livre de Jorion:  » Comment la vérité et la réalité furent inventées »

http://www.actu-philosophia.com/spip.php?article227

Voici quelques extraits:

Paul Jorion, anthropologue et économiste récemment auréolé de gloire grâce à sa description précoce des risques systémiques de crise économique dès 2005, a publié en 2009 un livre ambitieux au titre séduisant, Comment la vérité et la réalité furent inventées , d’inspiration sans nul doute foucaldienne, se proposant de reproduire la généalogie de concepts centraux dont la valeur d’évidence semble prête à vaciller. C’est peu dire, donc, que l’attente fut grande en ouvrant ce livre, tant par la réputation que l’auteur avait acquise que par le titre alléchant, promettant d’ébranler une de nos certitudes les mieux fondées. De surcroît, le patronage revendiqué par Jorion était séduisant : « L’ouvrage, écrivait ce dernier, constitue un vigoureux plaidoyer en faveur d’un « retour à Aristote », et je me situe donc automatiquement dans la tradition de ceux qui m’ont précédé dans cette voie, comme G. W. Friedrich Hegel, Pierre Duhem, Emile Meyerson ou Alexandre Kojève. »

« Hélas, la déception se substitua bien vite à l’attente, et l’agacement à l’espoir : quoique parcouru çà et là d’intuitions sans doute défendables, l’ouvrage charrie de trop nombreuses approximations et asserte de manière péremptoire des énormités qui, pas une seconde, ne se trouvent démontrées, le tout d’ailleurs structuré par de bien contestables raisonnements. »

« L’idée générale que propose Jorion est pourtant féconde ; elle consiste à identifier la naissance de la vérité à l’époque platonicienne, et celle de la réalité-objective, c’est-à-dire de la modélisation mathématique comme univers plus réel que le monde sensible, à la Renaissance – Kepler et Galilée. Le problème réside alors sans doute moins dans la thèse en elle-même, qui mérite que l’on s’y arrête, que dans la manière dont elle est argumentée, tant sur le plan rationnel que sur le plan factuel. « 

« En outre, la structure du livre est extrêmement brouillonne, et souffre d’une quasi-absence de construction, similaire à un patchwork géant nuisant in fine à la bonne intelligibilité de l’ensemble. »

« Cette mécompréhension de Paul Jorion à l’égard de l’esprit philosophique du temps constitue un indice assez inquiétant de sa (mé)connaissance du champ philosophique et inaugure un nombre non négligeable d’erreurs et d’approximations philosophiques qui constitueront, elles, le véritable scandale du livre. »

« L’ouvrage souffre en outre d’une très grande lacune philosophique ; l’auteur asserte beaucoup mais justifie peu ; bien des affirmations se trouvent ainsi lancées d’un ton péremptoire, sans que l’on ne voie vraiment à quelle réalité philosophique cela correspond. »

« Bon nombre de phrases s’avèrent quasiment indécidables quant au sens à leur attribuer, tant la syntaxe se présente comme ambiguë et laborieuse, ce qui rend la lecture de l’ouvrage particulièrement pénible. »

« Le ton de l’ouvrage, ainsi que je l’avais brièvement évoqué en première partie, s’avère particulièrement pénible. Jorion traite avec mépris et condescendance un certain nombre de thèses et d’auteurs dont en réalité il ne perçoit pas tout à fait la profondeur. »

« Le problème est moins la thèse que défend Jorion que l’absence totale de démonstration d’un tel présupposé qui heurte radicalement tout ce qu’affirme la physique depuis 80 ans, et qui, faute de cette démonstration, se présente comme une pure assertion péremptoire. »

« Hélas, la subtilité de quelques analyses n’efface guère le trop grand nombre d’erreurs philosophiques majeures, d’approximations logiques, de propos confus, de paragraphes mal enchaînés, ou d’affirmations péremptoires auxquelles manque une justification véritable. « 

[Thibaut Gress, Actu Philosophia, 18 mai 2010.]

Cet article, publié dans Article invité, Compléments de "postjorion", est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

15 commentaires pour 109 – Jorion est-il meilleur philosophe qu’economiste?

  1. Bruno Lemaire dit :

    Pour ceux qui s’intéresse à Aristote, à son réalisme, et à des exemples fouillés (sans doute trop pour notre époque de zappeurs) d’argumentaires détaillés, je ne peux que conseiller le « Docteur Angélique » plutôt que l’ami Jojo.

    Par ailleurs, l’article lui-même me semble presque trop sympa, c’est tout dire.

    Bien à vous tous, B.L.

    Pour une critique non philosophique de Jojo, la meilleure reste celle d’André-Jacques. Mais on peut aussi se reporter, bien sûr, à celles d’Etienne, ou à celles publiées sur mon blog perso.

    J'aime

  2. Merci pour cet avis, cela évitera à un certain nombre de lecteurs potentiels de cet ouvrage de perdre leur temps précieux.

    C’est vrai qu’au départ Paul Jorion est un personnage sympathique, mais qui rapidement devient beaucoup moins intéressant quand on creuse un peu.

    Et lui attribuer le titre d’économiste ne me semble pas du tout approprié non plus.

    J'aime

  3. krym dit :

    Refondateur de la physique, de la philosophie, de l’anthropologie, de la psychanalyse, de l’économie, Paul Jorion c’est tout ça et depuis très longtemps ( voir ses publications dans diverses revues « L’Homme », « Collège International de Philosophie », « Revue du mauss » etc… Personne n’y aurait prêté attention s’il n’avait pas réussi le bingo avec l’affaire des subprimes. Comme le dit Thibaut Gress quelle est la finalité, l’objectif de Jorion ? S’agit-il de pure et simple (lol) mégalomanie ? M’en a tout l’air en fait. Tout ça tiendra jusqu’à quand ? C’est sa prétendue refondation de la pseudo-science psychanalytique et son respect pour Lacan qui m’a decillé sur le personnage et son blog alors que j’avais zappé l’affaire de la création monétaire.
    Mais Jorion mérite-t-il un anti-blog ?

    J'aime

    • krym dit :

      J’oubliais, last but not least, la refondation de la logique et des mathématiques avec la réfutation ( annoncée mais pas révélée figurez-vous) ) de rien moins que le théorème de Gödel…sans les mains et avec l’aide du seul Aristote s’il vous plait.

      J'aime

      • krym dit :

        C’est encore moi. non l’inventaire n’était pas terminé puisque il faut y ajouter la contribution aux sciences cognitives et à l’intelligence artificielle.
        ( voir le curieux article « science et conscience » sur Wikipédia où Jorion est cité et référencé).

        J'aime

  4. Catherine dit :

    Non, c’est bien vrai qu’ il ne mérite pas un anti-blog comme vous dites, disons que c’est un pré-texte pour continuer à faire circuler l’énergie dynamisante.

    C’est à l’énergie vitale que nous rendons hommage ici, c’est elle qui se devait d’être honorée, re-spectée au vrai sens du terme.

    Ne dit-on pas qu’il faut mourir à un monde, pour naître à un autre monde, il faut que le grain meurt…etc, etc

    J'aime

    • Catherine dit :

      Dos au mur-oui-sans doute?

      De toute façon-il n’y a d’autre place que la place que je décide de prendre.

      C’est-moi-qui décide de la prendre en lui créant un espace à cette place, une présence faite d’objet sous des formes diverses, une perception possible en tout cas, qui permet dès lors de la faire ad-venir, ex-ister.

      Ne naîtrons que les choses que nous voulons faire naître, les autres choses seront endormies, en état de latence.

      Car l’absence fait son lit dans les draps d’une présence ensommeillée, et là, l’enfant dort, il faut le réveiller!

      Alors comment faire pour réveiller le bel endormi?

      Dans l’histoire de la Belle aux bois dormants, la princesse est endormie, au milieu d’elle, une forêt qui s’épaissit toujours davantage, au point d’être infranchissable( notre ignorance). Tout dort autour d’elle dans la maisonnée, les chiens, etc, etc…Le fils du roi d’une contrée voisine a connaissance de cette belle endormie et décide n’écoutant que son coeur de franchir le dédale de cette épaisse forêt(ça, c’est pour l’ami Attila et ses labyrinthes, mais j’suis presque sûr qu’il ne pigera pas) il franchit tous les obstacles vaillamment notre bon prince( la partie de notre conscience in-formée) et arrive auprès de la belle pour lui donner -un baiser- et dès lors tout se réveille, tout reprend vie, les couleurs reprennent leur éclat, les yeux s’ouvrent enfin!

      Mais ce baiser dites-moi, n’est-ce-pas celui de la co-naissance?

      De la conscience in-formée, formée de l’intérieur, et la césure du mot co-naissance ne porte-t-elle pas les fruits de ce qu’il ad-vient quand on épouse, quand on lie une partie endormie à une partie réveillée?

      Je crois bien que si, et cette belle endormie, n’est-ce-pas cette partie de nous-même contenue en chacun de nous qui ne demande qu’à être em-brassée, re-connue, réveillée et dès lors exister? question à mille francs?

      Bref, nous sommes tous, tous les hommes, des belles qui attendent le Prince. Belle et prince sont les deux parties qui nous constituent, nous sommes les deux à la fois, partie consciente(le prince) et partie inconsciente (la belle)qui n’attend qu’un baiser pour se réveiller, et ce baiser c’est celui de la co-naissance qui feront advenir les fruits glorieux de ces belles épousailles et prince, c’est le Princeps, le prince que nous retrouvons dans le Béréshit, pas de hasard!

      C’est tout simplement merveilleux toutes ces histoires-là, moi, ça m’émerveille en tout cas, tout tient en un baiser, et ce baiser, c’est celui de la co-naissance, celui qui lie notre petite conscience in-formée à toute la partie encore in-connue qui est en nous! Rien que des histoires de mariage, nous pouvons être à la noce à tout instant, c’est pas beau, ça, dites-moi, oh, si c’est beau, dites-moi que c’est beau, dites-moi qu’on s’émerveille encore de cela!

      Aussi, je vous embrasse tous, merveilleuse journée!

      J'aime

      • le masque ou la plume dit :

        Bonjour à tous, merci Catherine pour cette prodigalité, cette générosité, cette chaleur, cette passion contagieuse pour la beauté.

        Oublions le valet Jorion et dirigeons nos regards vers un groupe de jeunes gens courageux en colère qui traquent les informations que l’on cache sous le tapis.

        Extrait de leur site :

        32 états des USA sont officiellement en faillite : ils doivent demander à la planche à billet fédérale de financer l’assurance chômage qui est leur responsabilité. Cela n’a pas fait les gros titres de la presse, et les experts financiers n’en parlent pas: ça ne fait pas l’objet d’une dépêche ou d’un article sur le risque d’implosion des USA tandis que pour l’euro on en fait des tonnes.

        Un autre passage intéressant : « Est ce que les guillotines sont aiguisées en ce moment ? » à lire ici …

        Bonne journée sportive à tous, restez entraînés, les épreuves nous attendent.

        J'aime

        • Catherine dit :

          La vie est une épreuve, éprouvante,comme son nom l’indique, mais d’une épreuve, on en sort vivifié ou meurtri, ça dépend toujours de « comment » on l’aborde.

          Tout est question de manière.

          Il faut que j’aime, que je m’ouvre à la vastitude, que je fasse ce faire à faire qui me revient, que je me risque aux rencontres, et seulement alors parce que je me suis éprouvée aux épreuves de l’existence, je trouve mon sens.

          Sans l’expérience de ce vécu rien ne s’incarne, tout est vécu en surface. Nous ne vivons pas alors, nous nous faisons vivre par les autres et c’est plein pot notre réalité d’aujourd’hui.

          J'aime

  5. krym dit :

    A catherine : oui on a tous le désir d’un(e) prince(sse)charmant(e)qui nous ouvrira les yeux sur le monde ( au fait j’aurais du dire « dessillé » au lieu de décillé » voire carrément « dessillé les paupières » par une sorte de pléonasme, mais je n’ai pas tort d’un point de vue étymologique, je dirai que « dessiller » est une cacographie officielle).
    En fait, si, je pense qu’un blog Contre-Jorion était nécessaire lors de la polémique sur la création monétaire. C’est plutot maintenant que la question pourrait se poser alors que PJ commence à ne plus faire illusion enchanteresse ni Principauté Charmante.
    Désormais abonné à la sphère médiatique, adoubé par un autre gros Ego comme Attali, Jorion a quitté son blog depuis un moment pour se situer comme il dit « du Centre Droit à l’extrème gauche » ( allez, parions pour le centre droit). Je trouve le blog ennuyeux depuis un certain temps, entre le nième compte-rendu du xième sommet 8 ou 20 des grands de ce monde que le maître des lieux ambitionne de conseiller, les contributions des bons petits soldats méritants, et les commentaires des apôtres et thuriféraires. Tout ça tourne en rond et toujours pas la moindre connexion avec les conflits et débats sociétaux du moment ( le dossier des retaites tiens par exemple).
    D’accord pour faire circuler l’énergie.
    Je vous salue bien.

    J'aime

    • postjorion dit :

      Contre Jorion ? Oui, accessoirement!
      Mais le titre du blog est bien « Plus loin que Jorion »

      Le problème est que la compréhension du système de création monétaire par les banques commerciales est fondamental pour apporter seulement les ébauches de solutions aux 2 points qui nous ligotent:
      1 – l’incapacité des politiques de réguler l’offre de monnaie, sa création et sa destruction
      2 – la spirale de la dette publique due aux intérêts, ce que décrit bien AJH

      Car dans l’esprit de Jorion, les banques commerciales ne créent pas de monnaie (on ne peut donc rien faire pour « 1 ») et les dettes publiques sont donc nécessairement financées par l’épargne existante (on ne peut rien faire pour « 2 »)

      Je vous salue de même.

      J'aime

      • Catherine dit :

        Et d’ailleurs, Jorion le sent bien qu’il tient grâce à cette position-là auprès des « autorités » qui font croître son audience publique.

        C’est un petit valet de cet ordre, mais qui se donne des airs de révolutionnaire de salon, pour ceux qui veulent bien y croire. Car il n’est pas tout à fait zinzin le bonhomme, il sait bien au fond du fond de lui-même, qu’il serait balayé im-media-tement de la scène médiatique, s’il ne s’accrochait pas à ce credo qu’on lui susurre implicitement à l’oreille(encore elle!) et qu’il s’applique docilement à répéter en bon petit perroquet ou chien savant de cette organisation sociale dévoyée.

        C’est presque du donnant-donnant implicite, qui ne se dit pas, qui se devine, tu véhicules ça, et tu peux t’amuser à jouer du poil à gratter ci et là, en réussissant même le tour de force acrobatique de faire sienne cette pensée, car personne bien sûr ne lui dit nommément de dire cela, c’est quelque chose qui est intégré dans son cerveau, et qui n’a nullement besoin de se dire en mot, c’est quelque chose qui se sent et qu’il sent bien, Orwell en parle très bien de ce phénomène-là, à moins que ce ne soit Chomsky, je ne sais plus, bref, un sacré tour de passe-passe qui permet d’être crédible auprès du public car lui-même est convaincu de penser ce qu’il pense et d’être l’auteur de cette pensée, car il est persuadé le dit monsieur qu’une pensée ne vient pas à nous mais que c’est nous qui sommes créateur de cette pensée, c’est pour vous dire!

        Ses failles, même s’il essaie de les camoufler, il sait bien qu’elles sont là, et une partie de lui pressent, qu’il n’a pas assez de talent pour tenir sans ce mur de soutènement-là, mais il préfère se mentir à lui-même et aux autres plutôt que de le reconnaître, c’est sa grande faiblesse alors que reconnaître cela serait une grande force, ce serait comme de transformer le métal en or.

        En attendant l’hypothétique alchimie, il faut faire une guerre radicale à tous les suppôts de son acabit, il faut alléger notre terre car rien ne poussera si l’on est étouffé par de telles mauvaises herbes, on ne s’en sortira pas sans ça, c’est trop grave ce qui se passe, et on est qu’au début du début du commencement je crois!

        J'aime

      • krym dit :

        Bien sur je suis d’accord, il était indispensable de critiquer et de cr&er un espace pour celà. Et aussi de prodire les analyses qui décrivent réellement la système bancaire ( enfin une partie au moins). De le connecter au Politique Comme je n’étais pas là au début de ce blog-ci je ne fais peut-être que redire du déjà dit. Mais aller « plus loin » que Jorion c’est toujours aller dans la même direction alors que sa critique du système financier est un cul-de-sac. Je ne sais plus exactement si j’ai commencé à comprendre la faille ( dans lea mesure où je suis capable de comprendre sans aucune qualification économique) par votre site ou par la polémique Jorion/Harribey sur Alternatives Economiques et peut-être avez-vous relayé ce débat. En tout cas pour ma part c’est à retardement et je vous félicite pour votre existence.

        J'aime

  6. AB dit :

    bonne critique…

    mais a meilleur formule reste celle de Opps

    le blog du jorion = un tombeau intellectuel

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s