106 – Extraits de « Argent, dettes et banques »

Avec l’aimable autorisation d’A-J Holbecq

« Argent, dettes et banques » aux éditions Yves Michel.

p. 67 à 70

Conclusion de ce chapitre sur la monnaie moderne.

Certains, heureusement peu nombreux, considèrent qu’il existe deux thèses qui s’opposent sur la possibilité ou non pour les banques commerciales de « créer de la monnaie», tels Paul Jorion qui, le 24 juin 2009, écrivait sur son blog  « Comme je termine la rédaction de mon livre sur « L’argent », j’explore l’histoire de la pensée économique à la recherche des origines des deux thèses qui s’opposent sur la possibilité ou non pour les banques commerciales de «créer de la monnaie ex-nihilo». La question a plusieurs aspects secondaires comme on s’en souvient, l’un d’eux étant de savoir s’il vaut mieux considérer que la «monnaie bancaire», constituée de reconnaissances de dette, constitue à proprement de la « monnaie » où s’il s’agit d’un produit sui generis. Je rappelle que je défends la seconde position sur la base du fait que les reconnaissances de dette étant soumises à un risque de non-remboursement valent toujours moins que leur valeur nominale, et tout particulièrement en période de crise, comme aujourd’hui. ».

Ce débat, comme des poussées de fièvre, enflamme parfois la blogosphère ou les forums, débat qui a notre avis n’aurait pas lieu d’être tant il est évident que les banques commerciales peuvent, bien que très encadrées (encore que la crise de 2008 a bien montré les limites de cet encadrement), émettre « leur propre monnaie », la monnaie de crédit qui, pour le moment, est bien reconnue partout comme moyen de paiement.

Si l’on veut à tout prix ne considérer sous le terme « monnaie » que la monnaie dite « fiduciaire », et refuser de donner à ces reconnaissances de dettes des banques (ces « monnaies de crédit »  qui circulent en étant reconnues par tous comme « monnaie »), alors c’est vrai, « ils » ont raison, les banques commerciales ne peuvent pas créer de la monnaie.

Mais il nous semble  qu’il ne faut pas, sur la définition de la monnaie, vouloir réinventer l’eau tiède. Si toutes les publications (universitaires et bancaires, y compris celles des banques centrales) utilisent ce terme de monnaie depuis des décennies (en y précisant selon le cas fiduciaire ou scripturale, en précisant également l’aspect plus ou moins « liquide » de ces masses monétaires), pourquoi refuser à l’émission des banques commerciales ce terme de monnaie, en particulier s’il s’agit de celle présente dans les dépôts à vue [1] et qui est parfaitement « liquide ». Qui donc parmi ceux qui, des vrais spécialistes qui écrivent sur ce sujet ou l’enseignent, confonds la monnaie de banque centrale et la monnaie des banques commerciales, reconnaissances de dettes?

Outre le fait de « torturer » ce qu’écrivent Schumpeter [2] et les rédacteurs du document « Modern Money Mecanics » pour les faire coller à son discours, ce que Paul Jorion n’a également pas compris, c’est que les banques ne prêtent pas les dépôts à vue qui ne leur appartiennent pas, sauf accord formel du client (système de « cash sweep » : compte courant dont les fonds qui excèdent une somme déterminée sont automatiquement retirés pour être investis dans des placements productifs d’intérêts pendant la nuit et redéposés le lendemain matin)

La théorie de Paul Jorion est que la création monétaire par monétisation de créances serait « soutenue par l’establisment financier qui préfère voir circuler une interprétation complotiste des mécanismes de crédit [celle que nous développons dans ce livre] plutôt qu’une interprétation correcte [celle que soutiens Paul Jorion à savoir que les banques ne peuvent que prêter les épargnes existantes] mais anxiogène et susceptible de déclencher une panique bancaire »

On peut d’ailleurs se poser la question de savoir ce qui est le plus « anxiogène »  pour un déposant : que ses dépôts à vue soient prêtés sans son accord ou que les banques émettent de la monnaie scripturale sous forme de crédit « ex nihilo » ?

Cette incompréhension vient peut être du fait que le « petit » banquier, simple directeur d’agence, va toujours dire qu’il lui faut des ressources pour émettre un crédit.

Dans son activité, ce banquier, trésorier d’agence, ne s’inquiète pas de savoir s’il crée de la monnaie ou pas : le banquier-trésorier va uniquement chercher à équilibrer ses comptes à la Banque Centrale (la « banque des banques »), par rapport aux autres banques. Si sa banque prête trop par rapport aux autres, c’est le système qui va la rappeler à l’ordre, car il faudra soit qu’il s’endette auprès des autres banques (et les lignes de crédit ne sont pas illimitées), soit qu’il mobilise des actifs sur le marché monétaire (et là non plus son bilan n’est pas inépuisable….)

[…]

p.73

Heureusement, il nous semble que ceux là même souhaitent justement la même chose que nous, à savoir que toute la monnaie circulante, plus ou moins « liquide », soit bien de la vraie monnaie qui ne supporte pas le risque de dépréciations d’actifs au sein d’un établissement bancaire, de la vraie monnaie garantie par la collectivité, une monnaie nationalisée comme nous le demandons en souhaitant que les banques commerciales ne puissent plus, dans le futur, émettre cette monnaie de crédit privée.


[1] Qui plus est, dans de nombreux pays, l’État garanti le solde d’un compte de dépôt bancaire jusqu’à des limites quand même importantes, en cas de difficultés du réseau bancaire : 70 000 € par personne en France.

[2] p.173 de « L’argent mode d’emploi » on lit une citation de Schumpeter pour laquelle nous noterez le « sic » de Paul Jorion entre crochets, simplement parce que si on prend ce qu’écrit Schumpeter à la lettre, et il parle bien de M1, c’est le seul appui sérieux de Paul Jorion qui s’écroule. « Schumpeter écrit donc «billets de banque [sic, il s’agit probablement d’une erreur de traduction, le contexte suggère qu’il s’agit de ‘monnaie bancaire’] et dépôts en banque font en tout point ce que fait la monnaie, partant ils sont de la monnaie »…. »

Je trouve cette manière de faire extrêmement déloyale envers le lecteur, alors qu’il suffisait de vérifier sur « google books » – ce qui lui avait d’ailleurs été proposé par un commentateur (fujisan) dès le 29 juin 2009 -, et donc Paul Jorion aurait au moins du en tenir compte dans son livre, cette édition papier des articles de son blog!

Oui, dans l’édition anglaise, Schumpeter parle bien de billets de banques : page 305 : « Bank notes and checking deposits eminently do what money does; hence they are money. »

http://tinyurl.com/yzbgoug

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51 commentaires pour 106 – Extraits de « Argent, dettes et banques »

  1. Olivier dit :

    Les deux mon capitaine ! C’est anxiogène ?

    1/ Les banques créent de la monnaie, (avec la définition de la monnaie retenue par les banques centrales, càd pas seulement les pièces et billets, mais les comptes à vue, les livrets, toussa).
    – et –
    2/ Les banques prêtent l’argent des déposants, que ce soient des dépôts à vue ou à terme.

    La création n’est pas sans limite, le banquier doit notamment respecter un ratio de solvabilité McDonut. Et bien évidement il doit équilibrer son bilan, càd qu’il doit avoir une ressource (dépôts, capital, dettes obligataires…) égale à ses emplois (prêts, compte à la banque centrale).
    Le banquier ne gagne pas sa vie en prêtant à 5 % de l’argent qu’il n’a pas, il gagne sa vie en prêtant à 12 % de l’argent qu’il emprunte à 4%.
    Eventuellement il prête à 5% de l’argent qu’il emprunte à 4%, c’est du crédit immobilier, et c’est pas pour gagner sa vie c’est pour fidéliser sa clientèle.

    Cordialement et anxiogènement,

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  2. Olivier dit :

    Bin, les comptes à vue sont l’une des ressources de la banque (pas toujours la moins chère d’ailleurs). L’argent déposé sur les comptes à vue est prêté aux clients de la banque (ou, très peu, mis en réserve à la banque centrale).
    Après, si ça suffi pô, la banque complète ses besoins avec ce qu’elle achète sur le marché, à plus ou moins long terme selon ses créances.
    Cordialement,

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    • A-J Holbecq dit :

      Non Olivier les comptes à vue ne sont pas prêtés. Mais la banque a besoin de cette « ressource » car elle est la certitude pour elle que ses prêts (ses crédits) reviendront chez elle au prorata de sa part de marché. Si elle fait trop de crédit par rapport aux dépôts, cette monnaie partira chez ses concurrentes lors des paiements faits par le bénéficiaire du crédit, ce qui lui imposera de se départir de monnaie centrale pour compenser auprès de ses concurrentes.

      Je reprends une partie du lien cité dans mon message précédent

      Dans son activité, ce banquier, trésorier d’agence, ne s’inquiète pas de savoir s’il crée de la monnaie ou pas : le banquier-trésorier va uniquement chercher à équilibrer ses comptes à la Banque Centrale (la « banque des banques ») , par rapport aux autres banques. Si sa banque prête trop par rapport aux autres, c’est le système qui va la rappeler à l’ordre, car il faudra soit qu’il s’endette auprès des autres banques (et les lignes de crédit ne sont pas illimitées), soit qu’il mobilise des actifs sur le marché monétaire (et là non plus son bilan n’est pas inépuisable….)

      1 – Au niveau d’une banque prise isolément, les deux positions suivantes correspondent à l’expérience du banquier:

      a) il crée des dépôts en achetant (monétisant) une créance (reconnaissance de dette) et en payant cet achat de créance par une inscription immédiate du montant au crédit du compte à vue du client, lequel pourra utiliser ce compte pour régler ses dépenses.
      b) il a besoin de dépôts pour le financer car il va devoir financer son déficit de trésorerie vis à vis des autres banques.

      Donc le banquier n’a pas le sentiment qu’il peut créer de la monnaie avec son stylo, parce qu’il faudra bien qu’il « finance » le prêt qu’il a accordé.

      2 – Au niveau du système bancaire dans son ensemble, toutes les banques prêtent, font (1a), et vont implicitement se refinancer les unes les autres.

      Prenons un cas très simple où la monnaie n’est composée que de dépôts bancaires (pas de réserves obligatoires ni de demande de billets de la part de sa clientèle, la seule nécessité restant la compensation interbancaire) et où l’ensemble des dépôts des clients dans tout le réseau bancaire est de 100 000

      Supposons une toute petite banque A qui fait 1% de part de marché de l’ensemble des dépôts toutes banques confondues. Les dépôts de ses clients sont donc de 1 000 et la part de marché des autres banques prises dans leur ensemble est donc de 99% de l’ensemble des dépôts, ce qui représente un total de 99 000

      Supposons que cette banque A augmente ses crédits (et donc – instantanément – ses dépôts à vue) de 100 (10%). Elle va devoir financer 99 (la quasi totalité) qui part vers les autres banques (les fuites), puisque 99% des comptes à vue sont détenus par des clients dans les autres banques (toutes choses égales par ailleurs).

      Mais, heureusement, les autres banques vont aussi prêter (si elles ne le faisaient pas elles perdrait une partie de leur clientèle qui irait vers la banque prêteuse et donc des dépôts), c’est à dire créer des dépôts et subir des sorties qui vont aller vers les autres banques.

      Supposons donc que les autres banques augmentent leurs crédits/dépôts à vue de 10% également, c’est à dire de 9 900. Elles vont subir globalement une fuite de 1% de 9 900 vers la banque A soit 99.

      La banque A reçoit donc ces 99 sous forme de dépôts, lesquels vont « financer » le crédit qu’elle a consenti mais on comprends bien que le crédit qu’elle a fait précède les dépôts.

      Donc le système bancaire dans son ensemble aura créé 10 000 de monnaie de crédit, mais chaque banquier-trésorier aura eu le sentiment qu’il les a financés par des dépôts venant des autres banques et qu’il a ainsi mobilisé de l’épargne préexistante. Ainsi, le témoin extérieur de cette opération aura l’impression que ce sont les dépôts à vue qui sont prêtés, alors qu’il s’agit de création monétaire par le crédit, créant ces dépôts.

      De plus l’argent déposé sur les comptes à vue n’est absolument jamais mis en réserve à la banque centrale, simplement parce qu’il n’y a pour une banque aucun moyen de transfert de l’un à l’autre : les 2 monnaies (monnaie de base et monnaie secondaire) ne sont pas transférables, sauf par le Trésor Public.

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  3. Olivier dit :

    Si, bien sur, l’argent des dépôts à vue (et à terme) est prêté ! Vous ne pensez pas qu’il dort dans un coffre comme chez l’oncle Picsou !
    Une faible partie est mise en réserve obligatoire à la banque centrale (actuellement c’est 2% pour la BCE, c’est un des instruments de la politique monétaire), le restant est une ressource de la banque.
    Si la banque ne prêtait pas l’argent, comment seraient rémunérés ses frais liés à la gestion des comptes de dépôts?
    Et la monnaie de banque est parfaitement transférable, il suffit d’aller au guichet ou au distributeur de billet, on vous donne de la monnaie de banque centrale en échange de celle qu’il y a sur votre compte.

    Cordialement,

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    • Bruno Lemaire dit :

      Bonjour Olivier,

      m^me si cela peut paraître un peu arrogant, voire discourtois, et à côté de la réponse d’André-Jacques concernant le fait que les dépôts à vue ne sont pas plus prêtés physiquement que les stocks d’or n’étaient réellement prêtés du temps du far west, je vous propose de vous reporter au lien suivant:

      http://monnaiepublique.blogspot.com/

      ainsi qu’au document pdf:
      blemaire.com/PDF/Les banques et la creation monetaire_V2.pdf

      en restant à votre disposition, cordialement,

      B.L.

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  4. A-J Holbecq dit :

    @Olivier
    Vous êtes buté, vous affirmez, c’est tout… vous faites partie de l’équipe Jorion ?

    Les banques prêtent (c’est leur rôle d’intermédiation) les dépôts à terme: c’est de la monnaie épargnée qui est en M2 ou M3 et qui leur est confiée pour être prêtée. Elles créent de la monnaie scripturale en monétisant des créances: c’est leur rôle « créateurs de monnaie » ..
    Elles n’ont nul besoin de prêter des dépôts à vue et elles ne le font pas.

    Comme l’écrit Chaineau

    « Il faut bien réaliser ce qu’a d’extraordinaire, et hors du droit commun, ce pouvoir que possède la banque et qui la caractérise. Tous les agents économiques, sauf elle, ont des emplois limités par leurs ressources : les ménages et les entreprises épargnent et empruntent pour financer leur accumulation de biens et de titres. La banque, elle, achète sans se préoccuper de ses ressources, et au moment de payer, crée les ressources nécessaires au règlement de son acquisition. Bref, la règle comptable générale s’inverse à son profit : ce ne sont plus les ressources qui autorisent les emplois, ce sont les emplois qui entraînent les ressources. Que l’établissement bancaire en plus emprunte et épargne une part de ses ressources comme tout un chacun, n’a aucune importance. Elle est une banque qui se distingue de tous les autres agents économiques parce qu’elle a le pouvoir de créer tout ou partie de ses ressources. »

    Il n’y a pas de transfert de quelconques dépôts présents sur des comptes d’agents non bancaires vers des comptes en Banque Centrale (sauf dans le cas du Trésor Public quand il reçoit les impôts ou autres recettes). La monnaie banque centrale et la monnaie banque commerciale, ce n’est pas la même monnaie; leur origine n’est pas identique.

    Montrez moi seulement un seul document bancaire où il est expliqué que les banques prêtent les dépôts à vue (cherchez pas, vous n’en trouverez pas).

    Fin de discussion en ce qui me concerne…Mais je sais que c’est difficile à comprendre; faites donc un petit effort intellectuel et allez lire http://monnaie.wikispaces.com/Cr%C3%A9ation+mon%C3%A9taire

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  5. RST dit :

    @ AJH
    « Mais je sais que c’est difficile à comprendre; faites donc un petit effort intellectuel… »
    Je crois que tu as parfaitement résumé la situation et la difficulté que représente le sujet de la création monétaire.
    A la lumière de mon expérience, je constate qu’il est vain de vouloir expliquer les mécanismes à des gens qui ont des certitudes. Soit la personne n’y connaît rien et elle sera normalement réceptive sans préjugés et il devrait être possible de l’orienter, soit elle a déjà des connaissances partielles erronées et il sera pratiquement impossible de la faire revenir dessus.
    Mais dans tous les cas, comprendre ce sujet passe par un travail personnel de l’individu qui doit se documenter, lire quelques livres (dont les tiens) et parcourir certains sites (comme Chômage et Monnaie par exemple). Cela demande un certain effort, c’est le prix à payer pour comprendre.

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    • A-J Holbecq dit :

      C’est terrible, j’ai l’impression de répéter sans arrêt la même chose à des gens qui pensent avoir découvert l’eau tiède… on a eu un certain Christophe sur ce blog à une certaine époque 😉
      Le lien que j’ai donné hier à 20 h 52 est pourtant très clair (et c’est Christian Gomez, élève d’Allais, prof d’université, et « grand banquier » qui m’a « soufflé » cette démonstration)

      Quand on a compris que les banques n’ont pas besoin de monnaie pour en prêter (« les crédits font les dépôts ») et qu’elles ont le droit légal de transformer une créance dans leur monnaie (monnaie BNP, monnaie SG, monnaie CA) tout s’éclaire… mais le paradigme dans lequel beaucoup restent bloqués c’est « on ne peut pas prêter ce qu’on a pas » (un cheval ou une paire de chaussure… 😉 )

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    • Catherine dit :

      C’est vrai pour la création monétaire et c’est vrai pour tout le reste, c’est pourquoi je dis souvent, au plus vous avez usé vos culottes sur les bancs des universités, au plus, y’a du boulot de débroussaillage à faire, vous êtes alors comme bien encombré, il faut nettoyer, nettoyer, apurer le sol, l’aérer, sinon, rien ne poussera, y’a trop de mauvaises herbes, avant de semer, il faut préparer le terrain, parole d’une fille de jardinier!

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      • Bruno Lemaire dit :

        @RST, AJH et Catherine,

        je suis évidemment d’accord avec ce que vous dites sur le fait qu’il est plus facile d’enseigner à des gens qui veulent comprendre et qui n’ont pas d’idées préconçues qu’à des gens bardés de certitudes.
        Mais ce n’est pas nécessairement parce qu’ils sont bardés de diplômes (il faut bien que je défende un peu ceux qui ont usé leur short ou leur jupe sur les bancs de l’université ou des grandes écoles, plus ou moins longtemps et brillamment: un contre-exemple est Voyer, plein d’orgueil et de suffisance, bien qu’il ne semble pas avoir fait l’ENA ou l’X, il s’en vante d’ailleurs)).

        En fait, il y a deux obstacles majeurs: l’orgueil (ou la vanité des gens): reconnaître son éventuelle ignorance, ou le fait que l’on avait mal compris un point est extrêmement difficile, croyez moi 😉 (Je suis dans ce cas, parfois – j’essaye de me corriger, avec plus ou moins de succès – et j’ai rencontré bien pire encore …)
        le fait qu’accepter de changer d’avis, alors que l’avis contraire vous a donné une certaine audience, voire une audience certaine – cf. Jorion – réclamerait presque une a^me de martyr. Je ne suis pas sûr qu’il y ait beaucoup de gens capables de ce sacrifice d’humilité.

        C’est beaucoup plus facile d’être expert, comme Attali, et de dire le lendemain, avec talent, le contraire de ce qu’il a dit la veille, toujours avec talent. Cela marche pour lui, ou pour Artus, ou pour bien d’autres experts économistes, qui n’ont plus d’âme depuis qu’ils l’ont vendue au diable de la renommée ou de l’argent, et sûrement pas à une recherche de la vérité que le blog postjorion essaye de promouvoir.

        Désolé pour ce sermon psy un peu pathétique ;-), cordialement, Bruno

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        • Catherine dit :

          Bonjour Bruno,

          C’est loin d’être pathétique ce que vous dites, c’est au contraire fort juste et très pertinent et tout à fait à propos, je trouve.

          Comme vous le savez j’ai été une mauvaise élève à l’école mais ça ne veut nullement dire que je n’aime pas le savoir. Bien au contraire, je suis d’une exigence extrême, et j’aime le savoir par dessus tout, car c’est par lui que passe une possible libération, je crois. Je m’incline sans aucun souci devant quelqu’un qui a une réelle autorité, autorité dans le sens, de faire croitre, mais pas de faire croître n’importe quoi et n’importe comment. En revanche, j’éxècre les faux-maîtres et je ne manque pas de l’exprimer alors.

          Ce n’est donc pas le savoir que je réprouve mais la qualité du savoir et la manière de le diffuser et donc ce qu’il produit au final, les fruits de l’arbre encore une fois, on en revient toujours à la même chose.

          Ce qui est distillé actuellement dans les écoles et tutti quanti, ce n’est fichtrement pas un savoir universel, c’est un savoir rétréci aux intérêts d’une classe sociale qui cherche sa survie, pas neutre le contenu du savoir,pourquoi, parce qu’il porte sur des choses qui ne sont pas neutres, et qui finissent par faire que le système tient debout même si ce qu’il véhicule va à l’encontre des intérêts de ceux qui le reçoivent ce fichu savoir. Car le savoir tel qu’il est diffusé actuellement, n’apprend pas à penser, il apprend CE qu’il faut penser et c’est diamétralement différent.Il apprend surtout le conformisme le savoir distillé par ces autorités de guingois, il apprend à accepter, à consentir à une forme de rapport sociaux injustes au regard de l’idée que je me fais de l’homme, mais tout en réussissant le tour de force de faire croire, que la liberté c’est de consentir à cette appropriation pseudo-savante

          Quand on forme des économètres actuellement, ce qu’on leur met dans le crâne, c’est le savoir d’une idéologie particulière parce que le système comme tout système « vivant » ne souhaite qu’une chose, persévérer dans son être comme dirait l’ami Baruch, alors forcément, ils ne vont pas se tirer une balle dans le pied, ils vont propager des idées qui vont venir soutenir, consolider les fondations sur lesquelles l’édifice sociétal s’appuie et taire tout ce qui pourrait réveiller des ardeurs de mouvement dynamique vers autre chose.

          Je pourrais développer davantage, mais il fait chaud et j’ai peur que ça endorme les lecteurs, la chaleur plus la digestion, ça ne résisterait pas, mais si ça vous dit, nous en reparlerons, le sujet du savoir est essentiel, il faut absolument le réhabiliter, lui redonner ses lettres de noblesse, comment voulez-vous qu’un jeune ou moins jeune puisse élaborer une pensée, s’il n’a pas un minimum de vocabulaire et de structure syntaxique, c’est mission impossible, ce serait comme de vouloir construire une maison sans avoir de brique.

          J’aime le beau et le bon, et pour goûter le beau et le bon il faut d’abord savoir apprécier le beau et le bon, et cela s’apprend, il faut donc passer par le savoir pour pouvoir ensuite l’oublier, mais sans son passage, pas moyen de goûter à quoique ce soit, encore une histoire de manière, tout est question de manière entre le contenu et contenant,et les mouvements de l’entre ne trouvez-vous pas?

          Gloire au savoir, mais pas au savoir statique, arrêté, figé, mort, au contraire au savoir dynamique, circulant, qui respire des scansions de la vie, de toutes les scansions sans retenues, et qui ne cesse de se confronter à d’autres savoirs, un savoir comme un tissage où s’entrecroisent des fils multicolores toujours à reconstruire.

          Pas le temps de relire, j’envoie

          Bien à vous.

          Catherine

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        • Bruno Lemaire dit :

          comment ne pas être d’accord avec Catherine.
          Réhabilitons le savoir, et essayons de le débarrasser de l’emprise de l’idéologie et des « petits maîtres ».
          Plus facile à dire qu’à faire. On se heurtera toujours aux « docteurs de la Loi », sûrs d’eux et qui voudront difficilement changer, par orgueil ou pour défendre leurs positions.

          J’ai écouté Mélanchon à la télé ce matin: Dieu sait si, habituellement, je ne le supporte pas, mais quans dil dit que personne ne devrait gagner plus de 300000 euros par an, et que cela enverrait un signal fort, comment ne pas être d’accord.

          Je ne sais pas si cela éviterait que l’on se massacre sur l’autoroute pour un malheureux constat, ou dans une quelconque banlieue pour un sac à main. Mais, au moins, « la femme de César » serait un peu plus irréprochable, éthiquement parlant.

          Amicalement, B.L.

          PS. C’est évidemment dommage que je n’ai pas utilisé mon ancienne position à HEC pour agir un peu plus. C’est plus facile d’être courageux à la retraite, hélas.

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        • Catherine dit :

          Hier, c’était hier Bruno, et aujourd’hui, c’est aujourd’hui, on ne pourra pas rendre à un adulte les biberons qu’il n’a pas eus, quand il était petit.

          C’est aujourd’hui qui compte et à qui l’on doit rendre des comptes, et petit à petit, brique par brique, nous construirons d’autres liens au monde dans un meilleur re-spect à nous-mêmes, aux autres et au monde.

          Si nous le voulons assez, avec force conviction, nous y parviendrons, c’est certain.J’en suis convaincue, car il le faut absolument, nous n’avons pas d’autre choix.

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        • Catherine dit :

          Vous dites Bruno:

          « Réhabilitons le savoir, et essayons de le débarrasser de l’emprise de l’idéologie et des « petits maîtres ».

          Plus facile à dire qu’à faire. On se heurtera toujours aux « docteurs de la Loi », sûrs d’eux et qui voudront difficilement changer, par orgueil ou pour défendre leurs positions. »

          En effet, difficile de se heurter directement aux hayatollahs du pseudo-savoir, mais c’est nous qui leur donnons ce pouvoir faramineux d’orienter nos destinées, cessons de leur obéir, de les écouter, de les bénir, et leur pouvoirs tomberont aussitôt, car ce n’est pas tant eux, qui ont le pouvoir que nous, qui leur donnons.

          Faire le ménage, balayer les encombrants, tous les encombrants qui obstruent et empêchent toute transformation véritable, qui arrêtent le processus de changement tout en faisant croire au changement, vous savez bien, de ceux qui veulent pseudo-révolutionner en changeant la couleur de l’enveloppe.

          Quand c’est l’enveloppe qui est pourrie, c’est l’enveloppe qu’il faut arracher, rien de moins que cela, et ceux qui pensent que la couleur de l’enveloppe suffira à changer la structure, alors c’est à désespérer de l’humain et de ses capacités à réfléchir un tout petit peu et à se pro-jeter au-delà de notre aujourd’hui cloisonné, enfer-mé dans l’enfer qu’il se crée lui-même à force de consentement et de bêtise.

          Comment faire sinon, inviter le regard de ceux qui s’interrogent, à enlever, nettoyer de tout ce qui ne porte pas de bons fruits, et puis il restera peut-être bien quelque chose et ce qu’il restera, il se peut que ce ne soit pas si mal, et s’il ne reste rien, alors tout sera à ré-inventer, à re-construire, à créer, à partir de ce « rien » qui contient dans les germes de ses lettres la « res » de la chose potentielle qui ne demande qu’à s’actualiser.

          Il y a eu de l’orage chez nous, l’orage, j’aime bien cela pour les rencontres que ça procure, il devrait faire orage dans les têtes, y’aurait peut-être des éclairs qui se feraient et qui viendraient éclairer l’impasse dans laquelle nous semblons être, mais qui ne l’est que parce que nous consentons à ce qu’elle le soit, prenons la place qui nous revient de droit, et le chemin se fera, le chemin ne se fait jamais tout seul, c’est nous et nous seuls qui en serons les artisans, c’est notre travail de le construire, personne ne va pas le faire pour nous car ce n’est pas l’intérêt de ceux qui oeuvrent pour un tout autre travail et qui ma foi, eux, s’obstinent et travaillent d’arrache-pied à construire un monde qui leur sied.

          S’il y a quelque chose à glaner dans le système pourri qui nourrit notre quotidien, c’est son mouvement irreppressible d’énergie qui vient auto-renforcer la machine, ça finit par marcher tout seul, une auto-régulation, une homéostasie qui englobe tous les phénomènes sociaux par système, machine de machine pour les mettre au service de sa survie exclusive

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        • Catherine dit :

          Allez encore une petite chose qui me vient, il me semble que le but et le sens de notre vie, et de toute é-ducation, de tout savoir, c’est de trouver dans nos relations à nous-mêmes, aux autres et au monde, ce point média-n « entre » notre immanence terrienne et notre transcendance en tant que nous sommes nés de quelque chose de plus grand que notre petite personne, qu’on l’appelle cette transcendance, Nature, Dieu, à la limite peu importe et cela n’a rien d’offensant de le dire ainsi, je crois.

          Trouver un point, c’est le point qui importe, un espace, car seul l’espace arrache à la mort, un point qui soit dans le temps sans être dans le temps, et pour ça, il n’y a que l' »instant », seul l’instant qui rencontre et épouse un espace, est moment d’éternité, en lui immanence et transcendance se rejoignent glorieusement pour laisser respirer l’inspir et l’expir du mouvement qui passe, et à l’instant succède un autre instant, et là, c’est l’équilibriste qui doit s’essayer toujours et encore à trouver le point d’équilibre entre le chaud et le froid, le sec et l’humide, etc, etc, c’est ça, notre boulot, c’est magnifique, nous sommes des funambules qui marchons sur le fil délicat de la vie, jamais d’arrêt, l’arrêt nous ferait tomber, une grande concentration, une très très grande conscience, une hyper-conscience qui finit par s’oublier à force d’être toute entière là, pas une conscience crispée, une conscience souple qui laisse respirer, qui prend des pauses et des poses aussi parfois, qui ne cherchent qu’à exprimer juste quelque chose d’infiniment insaisissable, c’est vraiment magnifique cette délicatesse et cette subtilité, essayer de maintenir un juste rapport entre le haut et le bas et l’horizontalité dans une juste tonicité qui ne soit ni tension ni relâchement, une tonicité juste, génial, non?

          Une tonicité juste en matière de création monétaire n’est-ce-pas là l’objet de toute éducation d’un bon économètre, j’en ai assez dit pour aujourd’hui, je suis une vraie pie!

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        • Catherine dit :

          Et pour illustrer, je vous invite à aller sur deezer, écoute de musique gratuite, puis vous taper Bashung, Cantique des cantiques, et vous écoutez, pour moi, la Jérusalem céleste , c’est l’instant qui se spatialise, l’éventail qui s’ouvre et qui vibre des résonances multiples et variées, une dilatation émotive qui n’a rien à voir avec l’émotion de surface, toute la différence entre affection et affec-ta-tion, tout tient en une syllabe, notre posture tient en deux lettres qui peuvent s’évanouir possiblement ou pas, là, on dé-colle avec le Cantique des cantiques, il porte les fruits suaves du Pardès, du verger gorgé de fruits mûrs, belle écoute quelle que soit votre lecture!

          Poésie à l’état pur, magnifique, magnifique, absolument magnifique!

          je joins l’opuscule de Kleist pour ceux que ça intéresse, vous verrez, magnifique! une beauté concentrée en une syllabe, voilà le texte, votre dimanche sera ensoleillé je l’espère.

          Heinrich von Kleist

          Sur le théâtre de marionnettes

          Passant l’hiver de 1801 à M…, j’y rencontrai un soir, dans un jardin public, Monsieur C…, engagé depuis peu comme premier danseur à l’Opéra de la ville, ou il connaissait un vif succès auprès du public.

          Je lui dis mon étonnement de l’avoir remarqué plusieurs fois déjà au théâtre de marionnettes dressé sur le marché pour divertir la foule par de petits drames burlesques entrecoupés de chants et de danses.

          Il m’assura que la pantomime de ces poupées lui donnait beaucoup de plaisir et déclara sans ambages qu’un danseur désireux de perfection pourrait apprendre d’elles toutes sortes de choses.

          Comme le propos me semblait, dans le ton, plus qu’une simple boutade, je m’assis près de lui pour mieux connaître les raisons sur lesquelles il pouvait
          bien fonder une affirmation aussi
          étrange.

          Il me demanda si je n’avais pas en effet trouvé certains
          mouvements des poupées, surtout des plus petites, très gracieux dans la danse.

          Je ne pus le nier. Téniers
          n’eût pas peint de façon plus
          charmante un groupe de quatre
          paysans dansant la ronde en vive
          cadence.

          Je m’informai du mécanisme de ces figures et demandai
          comment il était possible de commander leurs membres en tous points, comme l’exigeait le rythme des mouvements ou de la danse, sans avoir aux doigts des myriades de fils.

          Il répondit qu’il ne fallait pas m’imaginer que chaque membre était avancé et retiré par le machiniste, aux différents moments de la danse.

          Chaque mouvement avait un centre de gravité ; il suffisait de commander celui‑ci, à l’intérieur de la figure ; les membres, qui n’étaient que des pendules, obéissaient d’eux-mêmes de façon mécanique, sans qu’on y soit pour rien.

          Il ajouta que ce mouvement était très simple : chaque fois que le centre de gravité était déplacé en ligne droite, les membres se mettaient à décrire des courbes ; souvent même, agité de manière purement fortuite, le tout adoptait une sorte de mouvement rythmique, qui ressemblait à la danse.

          La remarque me parut jeter déjà quelque lumière sur le plaisir qu’il disait trouver au théâtre de marionnettes. Mais j’étais encore loin de soupçonner les conséquences qu’il en tirerait par la suite.

          Je lui demandai s’il croyait que le machiniste qui commandait ces poupées devait lui-même être un danseur ou, pour le moins, avoir une idée du beau dans la danse ?

          Il répliqua que le fait qu’un métier était aisé sur le plan mécanique n’entraînait pas de soi qu’il puisse être exercé sans la moindre sensibilité.

          La ligne que le centre de gravité devait décrire était, à vrai dire, très simple et, croyait-il, dans la plupart des cas toute droite. Lorsqu’elle était courbe, la loi de sa courbure semblait être au moins du premier degré, du second tout au plus ; et, même dans ce dernier cas, seulement elliptique. Cette forme du mouvement, étant toute naturelle pour les extrémités du corps humain (à cause des articulations), n’exigeait donc pas, pour être atteinte, un grand art du machiniste.

          D’un autre côté pourtant, cette ligne était profondément mystérieuse . Car elle n’était rien d’autre que le chemin de l’âme du danseur ; et il doutait que le machiniste puisse la découvrir autrement qu’en se plaçant au centre de gravité des marionnettes, c’est-à-dire en dansant.

          Je répliquai qu’on m’avait dépeint ce métier comme assez dépourvu d’esprit : un peu comme de tourner la manivelle d’une vielle à roue.

          — Nullement, répondit-il. Les mouvements des doigts sont au contraire dans un rapport assez subtil à celui des poupées qui y sont attachées, à peu près comme des nombres à leurs logarithmes ou de l’asymptote à l’hyperbole.

          Mais il croyait que même ce dernier reste d’esprit pourrait disparaître des marionnettes et que leur danse, passant entièrement au domaine des forces mécaniques, pourrait être obtenue au moyen d’une manivelle, comme je l’avais pensé.

          J’exprimai ma surprise de le voir juger digne d’une telle attention cette forme d’art conçue pour le vulgaire. Et que non seulement il la tînt pour susceptible d’un plus haut développement, mais encore semblait s’intéresser lui‑même à la chose.

          II sourit et dit qu’il osait prétendre que si un mécanicien voulait lui monter une marionnette selon ses vues, il en tirerait une danse que ni lui, ni aucun autre excellent danseur de l’époque, sans exclure Vestris lui-même, ne serait en mesure d’égaler.

          Avez-vous entendu parler, demanda-t-il, comme je fixais le sol en silence, de ces jambes mécaniques que des artistes anglais fabriquent pour des malheureux qui ont perdu leurs membres ?

          Je dis que non : je n’avais jamais rien vu de tel.

          — C’est dommage, reprit-il, car si je vous dis que ces malheureux dansent avec, j’ai lieu de craindre que vous ne me croirez pas. — Que dis-je, danser ? Le cercle de leurs mouvements est sans doute limité ; mais ceux qui sont en leur pouvoir s’exécutent avec un calme, une légèreté, une souplesse qui frappent d’étonnement toute âme attentive.

          Je dis en plaisantant qu’il avait donc trouvé son homme. Car l’artiste en mesure de construire une jambe aussi extraordinaire pourrait sans nul doute lui assembler toute une marionnette selon ses vues.

          — Et que comptez-vous donc, demandai-je, comme il fixait le sol à son tour d’un air pensif, exiger de son habileté ?

          — Rien, répondit-il, qu’on ne trouve ici déjà : harmonie, mobilité, légèreté — mais tout cela à un plus haut degré ; et surtout une répartition des centres de gravité qui soit plus conforme à la nature.

          — Et quel avantage aurait cette poupée sur les danseurs vivants ?

          — Quel avantage ? Avant tout, mon cher ami, un avantage négatif: celui d’écarter toute affectation. Car l’affectation apparaît, comme vous savez, lorsque l’âme (vis motrix) se trouve en tout point autre que le centre de gravité du mouvement. Comme le machiniste ne dispose en fait d’aucun autre point que celui-ci sur lequel agir au moyen du fil de fer ou de la ficelle, tous les membres sont, comme ils doivent être, morts, de purs pendules, et obéissent à la seule loi de la pesanteur ; qualité exquise, qu’on chercherait en vain chez la plupart de nos danseurs.

          — Voyez donc la P… poursuivit-il, quand elle joue le rôle de Daphné et que, poursuivie par Apollon, elle se retourne vers lui ; son âme se tient dans les vertèbres des reins. Elle fléchit comme si elle allait se briser, à la façon d’une naïade de l’école du Bernin. Voyez le jeune F…, lorsqu’il figure Paris debout entre les trois déesses et tend la pomme à Vénus : son âme se tient exactement (cela fait peur à voir) dans le coude.

          — De telles méprises, ajouta-t-il, coupant court, sont inévitables depuis que nous avons mangé du fruit de l’arbre de la connaissance. Mais le Paradis est bien fermé et le Chérubin derrière nous ; il faudrait faire le tour du monde pour voir si, de quelque manière, il ne serait pas de nouveau ouvert par derrière.

          Je ris. Évidemment, pensais-je, l’esprit ne saurait se tromper là où il n’en existe pas. Mais je sentais qu’il n’avait pas tout dit et le priai de poursuivre.

          — Ces poupées, déclara-t-il, ont de plus l’avantage d’échapper à la pesanteur. Elles ne savent rien de l’inertie de la matière, propriété des plus contraires à la danse : car la force qui les soulève est plus grande que celle qui les retient à la terre. Que ne donnerait notre bonne G… pour peser soixante livres de moins ou pour qu’un contre-poids de cet ordre lui vienne en aide lorsqu’elle exécute ses entrechats et pirouettes ? Les poupées n’ont, comme les Elfes, besoin du sol que pour l’effleurer et ranimer l’élan de leurs membres par cet appui momentané ; nous-mêmes en avons besoin pour y reposer et nous remettre des efforts de la danse : moment qui, manifestement, n’est pas lui-même la danse et dont il n’y a rien d’autre à faire que de l’éliminer autant qu’on peut.

          Je dis qu’aussi habilement qu’il conduise son paradoxe, il ne me ferait jamais croire qu’il puisse y avoir plus de souplesse dans un mannequin mécanique que dans la structure du corps humain.

          Il reprit qu’il était parfaitement impossible à l’homme d’approcher même en cela le mannequin. Que, sur ce terrain, seul un dieu pourrait se mesurer avec la matière ; et que c’était là le point où les deux extrémités du monde circulaire se raccordaient.

          Je m’étonnai de plus, en plus et ne sus que répondre à d’aussi étrange s affirmations.

          Il semblait, reprit-il en prenant une pincée de tabac, que je n’avais pas lu avec attention le troisième chapitre du premier livre de Moïse ; et à qui ne connaissait pas cette première période de toute culture humaine, on ne pouvait guère parler des suivantes, et moins encore de la dernière.

          Je dis que je savais fort bien quels désordres produit la conscience dans la grâce naturelle de l’homme. Un jeune homme de ma connaissance avait, par une simple remarque, perdu pour ainsi dire sous mes yeux son innocence et jamais, dans la suite, n’en avait retrouvé le paradis, malgré tous les efforts imaginables. Mais quelles conséquences, ajoutai-je, pouvez-vous en tirer ?

          Il me demanda de quel événement je parlais ?

          — Il y a environ trois ans, racontai-je, je me baignais avec un jeune homme dont la personne était alors empreinte d’un charme admirable. Il pouvait avoir seize ans et ne laissait qu’à peine pressentir les premières traces de vanité suscitées par la faveur des femmes. Or, peu auparavant, nous venions justement de voir, à Paris, l’adolescent qui s’enlève une épine du pied ; le moulage de cette statue est connu et se trouve dans la plupart des collections allemandes. Un regard jeté dans un grand miroir au moment où, pour l’essuyer, il posait le pied sur un tabouret, le fit s’en souvenir ; il sourit et me dit quelle découverte il venait de faire. À vrai dire, je l’avais faite aussi, dans le même instant ; mais, soit pour mettre à l’épreuve la grâce qui l’habitait, soit pour prévenir sa vanité de façon salutaire, je me mis à rire et rétorquai qu’il devait avoir des visions ! Il rougit et leva le pied une seconde fois, pour me montrer la chose ; mais, comme on aurait pu facilement le prévoir, la tentative échoua.

          Décontenance, il leva le pied une troisième, une quatrième fois, il le leva bien dix fois encore : en vain ! Il était hors d’état de reproduire le même mouvement que dis-je ? ceux qu’il faisait avaient un côté si comique que j’avais peine à ne pas éclater de rire.

          À dater de ce jour, pour ainsi dire de ce moment, un changement incompréhensible s’opéra en lui. Il se mit a passer des jours entiers devant le miroir ; mais l’attrait diminuait à chaque fois. Une force invisible et inexplicable semblait contraindre, comme un filet de fer, le libre jeu de ses gestes. Un an plus tard, on ne trouvait plus trace en lui de la grâce charmante qui faisait naguère la joie de ceux qui l’entouraient. Aujourd’hui encore vit un témoin de cet événement étrange et malheureux; il pourrait confirmer, mot pour mot, le récit que je viens d’en faire.

          — A cet égard, dit amicalement Monsieur C…, j’aimerais vous raconter une autre histoire, dont vous comprendrez aisément le rapport avec la vôtre.

          — Lors d’un voyage en Russie, je me trouvais sur les terres de Monsieur de G…, gentilhomme livonien, dont les fils pratiquaient alors assidûment l’escrime. L’aîné surtout, qui venait de quitter l’Université, se flattait d’être une fine lame. Comme je me trouvais un matin dans sa chambre, il me tendit une rapière. Nous nous battîmes ; mais il se trouva que je lui étais supérieur ; la passion achevait de l’égarer ; presque chaque coup que je portais le touchait et, finalement, sa rapière vola dans un coin. Moitié plaisantant, moitié piqué au vif, il dit, en ramassant larme, qu’il avait trouvé son maître : mais, en ce monde, chacun trouvait le sien et il allait me conduire à celui qui serait le mien. Ses frères éclatèrent de rire et s’écrièrent : Allons-y ! Allons-y ! Descendons au bûcher ! et, me prenant par la main, ils me conduisirent auprès d’un ours que Monsieur de G…, leur père, faisait élever dans la cour.

          — Lorsque, ébahi, je me trouvai devant lui, l’ours était debout sur ses pattes-arrière, le dos appuyé au poteau ou il était attaché, la griffe droite levée prête au coup, et me regardant dans les yeux : c’était sa garde d’escrimeur. Quand je me vis face à un tel adversaire, je ne sus si je rêvais ; mais : attaquez ! attaquez ! dit Monsieur de G… et essayez donc de l’atteindre ! Une fois revenu de ma surprise, je me fendis avec la rapière ; l’ours fit de la patte un mouvement très bref et para le coup. J’essayai de l’égarer par des feintes ; l’ours ne bougea pas. Je me fendis de nouveau, en une passe si rapide qu’elle aurait infailliblement touché la poitrine d’un homme : 1’ours fit de la patte un mouvement très bref et para le coup. J’étais presque, à présent, dans la situation du jeune de G… Le sérieux de l’ours achevait de me démonter, coups et feintes alternaient, j’étais couvert de sueur : en vain ! Non seulement l’ours parait tous mes coups, comme le premier bretteur du monde, mais (chose en quoi nul bretteur au monde ne l’eût imité) il ne se prêtait même pas aux feintes : debout, me fixant dans les yeux comme s’il avait pu lire dans mon âme, la patte levée prête au coup, si mes attaques n’étaient que simulées, il ne bougeait pas.

          — Croyez‑vous cette histoire ?

          — Sûrement, m’écriai-je avec chaleur; je le ferais venant de quiconque, tant elle est vraisemblable : à plus forte raison venant de vous !

          — Eh bien, mon cher ami, dit Monsieur C…, vous êtes en possession de tout ce qu’il faut pour me comprendre. Nous voyons que, dans le monde organique, plus obscure et plus faible est la réflexion, d’autant plus rayonnante et souveraine s’étend la grâce. — Toutefois, comme l’intersection de deux droites partant d’un même côté d’un point, après le passage à l’infini, se retrouve soudain de l’autre côté, ou comme l’image du miroir concave, après s’être éloignée à l’infini, revient soudain juste devant nous : de même la grâce, quand la connaissance est pour ainsi dire passée par un infini, est de nouveau là ; de sorte qu’elle apparaît en sa plus grande pureté dans cette conformation humaine du corps qui, ou bien n’a aucune conscience, ou bien a une conscience infinie, c’est-à-dire dans le mannequin, ou dans le dieu.

          — En sorte, dis-je un peu rêveur, qu’il nous faudrait de nouveau manger du fruit de l’arbre de la connaissance, pour retomber dans l’état d’innocence ?

          — Sans nul doute, répondit-il ; c’est le dernier chapitre de l’histoire du monde.

          Heinrich von KLEIST

          décembre 1810

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  6. Olivier dit :

    J’ai peur de ne pas trop apprécier la théorie du complot de Jorion et compagnie.

    Pour avoir une idée du bilan d’une banque :
    http://pagesperso-orange.fr/jb.desquilbet/docs/O_Banque2.pdf

    Regardez page 2 (c’est un bilan consolidé simplifié): vous avez les emplois (c’est à dire l’actif de la banque, en gros les crédits à sa clientèle et les placements), en dessous les ressources (capital, emprunts de la banque sur le marché) et, entre autres ressources les dépôts de la clientèle (« comptes ordinaires créditeurs 387 688 M€). C’est pas le pls gros paquet, les clients ont la désagréable habitude de vouloir des intérêts pour leurs dépôts 😉
    On met toutes les ressources dans un gros paquet, et c’est égal au total de tous les emplois. Si on est malin, on gagne de l’argent parce que le cout des ressources (le taux d’intérêt, mais aussi les frais) est inférieur au prix de vente.
    Page trois on explique le mécanisme des réserves obligatoires (c’est fait avec 10% au lieu de 2% mais bon c’est le même principe)
    Cordialement,

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    • A-J Holbecq dit :

      Trouvez moi un seul document comptable bancaire qui note la sortie d’un certain montant en DAV du compte d’un client et le prêt de ce montant … et moi je change d’activité (et ne me dites pas que les banques pourraient procéder à de tels transferts sans que ça n’apparaisse dans les journaux comptables…)

      Un bilan qui montre les ressources et les emplois (passifs et actifs) ne montre pas pour autant que les dépôts à vue (au passif) ont été prêtés à d’autres clients… ça n’a vraiment rien à voir.

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  7. Olivier dit :

    Bin le banquier à pas besoin de débiter le compte à vue du client.
    Le client à déposé de la monnaie de banque centrale sur son compte, le banquier lui en remet créance.
    A partir de ce moment le banquier fait ce qu’il veut de la monnaie, mais s’engage cependant à la rendre au client sur simple demande.
    Sachant (statistiquement) que les demandes de remboursement sont d’un certain montant, il garde ce montant disponible en espèces et il peut prêter le reste à un autre client.
    Évidement il prête à intérêt, ce qui fait qu’il peut se rémunérer sans faire payer au déposant les services qu’il lui rend (carnet de chèque, tenue du compte toussa)
    Ce qui ne veut pas dire que la banque à besoin de dépôts pour prêter : à l’origine, au contraire, elle à besoin de prêter pour avoir des dépôts. (Au début les banques prêtaient essentiellement sur leu capital, elles avaient des ratios de capitalisation bien plus fort qu’à présent)
    Cordialement,

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    • A-J Holbecq dit :

      Vous mélangez tout.

      Et si je dépose un chèque d’une autre banque sur mon compte le banquier m’en « remet aussi créance » (bien que cette expression ne signifie pas grand chose dans ce cas, je comprends ce que vous voulez dire)?… où est la monnaie centrale, où sont les billets que garderait le banquier? Puis je me servir de mon compte pour payer mes fournisseurs ?

      Comme écrivait RST il y a quelques jours, faites le simple effort de lire ce que des spécialistes ont écrit sur le sujet au lieu d’essayer d’inventer un système à travers ce que vous croyez avoir compris (d’une manière erronée). A défaut du mien, je vous suggère le tout petit livre de Dominique Plihon  » la monnaie et ses mécanismes » http://livre.fnac.com/a2063658/Dominique-Plihon-La-monnaie-et-ses-mecanismes (moins de 10 €) … revenez lorsque vous l’aurez lu et compris plutôt que de nous faire perdre notre temps.

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  8. Bonjour, la discussion est complexe et technique. Pas facile de savoir qui a tort ou raison.

    Il me semble que l’explication donnée par Paul Grignon sur la création de monnaie dans sa vidéo est claire et en tout cas me semble correcte : http://leweb2zero.tv/video/bankster_8648d65af997f88

    De plus je ne vois pas ce qui s’oppose à sa solution de création de monnaie par les Etats sans passer par les banques qui ponctionnent des intérêts énormes, qu’il faut inutilement payer…

    Les banquiers semblent détenir le pouvoir sur l’économie mondiale, il me parait plus logique que ce soient les Etats qui possèdent ce pouvoir.

    Surtout quand on voit de quelle manière les banques jouent « au casino » avec l’argent…

    C’est comme laisser un rasoir dans les mains d’un singe.

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  9. Je viens de découvrir qu’il existe une autre vidéo plus récente :

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  10. Olivier dit :

    Voilà:
    – le client alimente son compte courant, par exemple il dépose des espèces ou un chèque
    – la banque crédite son compte, c’est à dire qu’elle reconnait devoir au client, sur simple demande, une somme donnée
    – à partir de ce moment, la banque utilise la monnaie déposée comme elle le veut. Y compris pour la prêter à d’autres clients. Et bien sur sans modifier le compte courant !

    En fait c’est exactement le système que décrit le lien que vous proposez (les orfèvres qui prêtent leur or):

    http://monnaie.wikispaces.com/Cr%C3%A9ation+mon%C3%A9taire

    Le compte courant (« dépôt à vue ») est la contrepartie des prêts à la clientèle (« créance sur X »). L’une au moins des contreparties, puisque les comptes courants ne sont sans doute plus une ressource majeure des banques.

    Cordialement,

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    • A-J Holbecq dit :

      Les orfèvres ne prêtaient pas l’or, ils émettaient des reconnaissances de dette gagées sur l’or en dépôt et les gens se sont servis de ces reconnaissances de dettes pour payer leurs fournisseurs (lorsqu’ils l’acceptaient).

      – le client alimente son compte courant, par exemple il dépose des espèces ou un chèque
      Ce n’est pas pareil: si c’est un chèque celui ci va rentrer en compensation avec la banque émettrice « E ». S’il n’y a pas de chèque de la banque du client qui soit encaissé le même jour par la banque « E », la banque du client va devoir compenser la banque « E » par de la monnaie centrale qu’elle devra se procurer: mais tout cela est « transparent » pour le compte du client qui est crédité de la même manière (sauf si le chèque qu’il dépose est en bois).

      – la banque crédite son compte, c’est à dire qu’elle reconnait devoir au client, sur simple demande, une somme donnée => Pas tout à fait: la banque s’engage à fournir à la demande du client le montant demandé (dans la limite de la somme au crédit en compte courant), en monnaie fiduciaire.

      – à partir de ce moment, la banque utilise la monnaie déposée comme elle le veut. Y compris pour la prêter à d’autres clients. Et bien sur sans modifier le compte courant ! => vrai si le client a déposé de la monnaie fiduciaire: la banque fait ce qu’elle veut de ces espèces puisqu’en échange elle a crédité le compte du client en monnaie scripturale. Faux si le client a alimenté son compte courant en monnaie scripturale: la banque ne peut rien en faire et surtout pas le prêter: je me répète, jamais aucun dépôt à vue n’a été débité pour prêter le montant débité à un autre client ou emprunteur (sauf cas de sweep account déjà cité).

      Les banques ne prêtent pas la monnaie scripturale portée aux comptes a vue de leurs clients, mais le montant des dépôts de leurs clients sur ces types de comptes est important pour elles parce qu’il détermine les capacités de la banque a faire de nouveaux crédits, c’est à dire « émettre de la nouvelle monnaie »!!!

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    • A-J Holbecq dit :

      J’avais pas vu Le compte courant (« dépôt à vue ») est la contrepartie des prêts à la clientèle (« créance sur X »).

      Ce ne serait vrai que s’il n’y avait qu’une seule banque (un seul réseau) et c’est vrai si on consolide toutes les banques: mais les prêts sont antérieurs au dépôts (qui ne peuvent donc pas être prêtés puisque avant le prêt ils n’existent pas).

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  11. Olivier dit :

    bon, on est d’accord en somme !

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  12. Vos explications étaient somme toutes un peu trop complexes pour pouvoir vous comprendre mutuellement.

    Il est probable que vous soyez d’accord entre vous 🙂

    A l’avenir vous pouvez essayer de reformuler de la manière  » si je comprends bien ce que vous voulez dire c’est… » Ça évite souvent bien des malentendus et permet à plus de monde de comprendre 😉

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  13. Bruno Lemaire dit :

    Bonjour,

    la citation que fait André-Jacques des positions de Jorion:

    s’il s’agit d’un produit sui generis. Je rappelle que je défends la seconde position sur la base du fait que les reconnaissances de dette étant soumises à un risque de non-remboursement valent toujours moins que leur valeur nominale, et tout particulièrement en période de crise, comme aujourd’hui. ».

    ne montre pas, à elle seule, que Jorion divague. Je pourrais presque être d’accord sur le fait que la monnaie bancaire est une espère « sui generis ». Mais c’est le fait de nier son aspect monétaire, son côté « comme si », alors qu’elle intervient dans 93% des échanges monétaires, qui montre le côté idéologue de Jorion, son étroitesse d’esprit, et, surtout, son erreur flagrante.

    Bien à vous, B.L.

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  14. Gaël R. dit :

    Bonjour à tous,

    je voulais vous demander si vous ne pensez pas que le rôle des institutions financières (hors banques stricto sensu) est quelque peu négligé dans le processus de création monétaire (là je parle des masses monétaires dans leur ensemble, de moyens de paiement en somme)?
    Je suis tombé il y a peu sur un graphique prétendant reconstituer l’évolution de la masse monétaire M-3 aux USA entre 2006 (année depuis laquelle la FED ne semble plus publié ce chiffre) et fin 2009. L’évolution est proprement hallucinante, il semblerait que celle-ci soit passé d’environ 10.000 à 15.000 milliards de dollars entre 2006 et mi-2009 alors que dans le même temps M-1 à stagné et M-2 à augmenté mais pas dans de telles proportions. L’évolution ne semble alors tenir qu’à la montée vertigineuse des instruments financiers.
    Le pouvoir de création monétaire n’aurait il pas glissé des banques commerciales aux institutions financières (bien que pour beaucoup d’établissements la distinction n’est peut-être pas si opportune que cela étant donné que les activités ne sont pas cloisonnées)?

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  15. Gaël R. dit :

    Merci d’avance de votre réponse.

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  16. A-J Holbecq dit :

    Bonjour
    J’avoue ignorer ce qu’englobe le M3 US (ses différences par rapport au M3 européen), mais il faut de toute façon tenir compte qu’une partie de M3 est « limite monnaie », presque plus proche de placements que de monnaie « utilisable »

    Ce qui est intéressant c’est le montant des créances que détiennent le système bancaire (16000 milliards d’euros en zone euro), ce qui représente non pas la monnaie circulante, mais la monnaie qui a été émise (dettes envers le système bancaire)… mais j’ignore ce montant aux USA : peut être est il possible de le trouver sur le site de la FED St louis ( http://research.stlouisfed.org/fred2/ ) mais j’avoue que je n’ai pas le courage de chercher 😉

    Mais pour répondre: les divers instruments financiers ne créent pas de monnaie à proprement parler, mais les banques seules le peuvent: mais là encore, j’avoue ne pas assez connaitre le système bancaire US . Ceci dit quand on voit le montant des CDS (10 fois le PIB mondial)… il s’agit bien d’une « monnaie » d’échange entre parieurs; mais ils ne pourront se payer en « vraie monnaie » s’ils dénouent les positions…

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    • Renaud dit :

      Durant le premier lustre des années 2000, j’avais lu de bonne source que 50% des dollars-us en circulation dans le monde seraient en réalité hors bilan de la FED. Il semble qu’on comprend mieux alors pourquoi le dollar est à l’abri de l’inflation. Le dollar-us, de facto « monnaie fiduciaire » du monde est « malgré tout » à l’abri de l’inflation…

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  17. postjorion dit :

    Voici ce qu’écrit Denis Clerc dans « Alternatives Economiques » n° 292 – juin 2010, au sujet de ce livre

    Ce petit livre ne manque pas de mérites. Certes, sur le point central – comment est créée la monnaie dans un pays comme le nôtre -, il n’innove guère, mais c’est très pédagogique, et il critique de façon convaincante Paul Jorion qui conteste cette approche. En revanche, sur la question de l’endettement public, il montre que, depuis 1979, la somme (actualisée) des intérêts payés au titre de la dette publique a dépassé le montant de cette dernière en 2006. Alors que, en 2008, avec la somme payée aux prêteurs, nous aurions pu rémunérer à 1500 euros par mois (le salaire médian) … 3,3 millions de personnes (sans cotisations sociales, il est vrai). Et si, au lieu d’emprunter, nous avions monétisé cette dette, se demande-t-il? En d’autres termes, si l’Etat avait été le bénéficiaire de la création monétaire au lieu que ce soit les banques, lesquelles ont pu financer ainsi des crédits … générateurs d’intérêts pour elles? Pas étonnant, estime-t-il, que les résultats nets des banques, qui représentaient environ 5% du total des résultats de l’ensemble des entreprises en 1980, en représentent aujourd’hui près de moitié. Et l’auteur de développer un projet de création d’un « Espace complémentaire sociétal » financé par émission de Bons du Trésor escomptés à la Banque centrale, et dont le rôle serait de financer des activités génératrices d’utilité sociale, mais actuellement non rentables. De la description et de l’analyse, on verse donc dans l’utopie, et c’est dommage. Car, évidemment le coût d’opportunité d’un tel système – les conséquences de la raréfaction du crédit pour les entreprises – est omis, alors que le gage de la monnaie, l’auteur le souligne pourtant, n’est autre que la production.

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    • Bruno Lemaire dit :

      Je ne suis pas vraiment d’accord avec la fin de l’analyse de Denis Clerc.
      Je ne pense pas que la proposition d’André-Jacques soit utopiste (il peut l’être par ailleurs, par exemple sur l’encadrement des rémunérations et sur la « valeur-travail » du type une heure = une heure : je caricature un peu, pardon AJH) lorsqu’il parle d’espace complémentaire sociétal. De plus, je ne vois vraiment pas pourquoi cela entraînerait une restriction de crédit pour les entreprises: tout dépend bien sûr du type de production de ces entreprises.
      Même D. Clerc est victime de son idéologie et de sa formation marxisante, c’est dommage, vu ses grandes qualités par ailleurs.

      Cordialement, B.L.

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  18. salades et beignets dit :

    Denis Clerc marxisant ?…

    cela fait 22 ans que ce bon monsieur se tord les mains :

    « le malheur, expliquait Denis Clerc en 1988, est qu’aucune solution alternative globale n’existe réellement » Alternatives économiques, juin 1988.

    http://www.homme-moderne.org/plpl/n22/p8I.html

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    • Renaud dit :

      Oui, très bien vu je pense. j’ai lu en 2001, 02 et 03 Alternatives Économiques. Un réservoir « pratique » d’informations et de chiffres, et sur le « mijotage » d’idées « gaucho-capitalo », très bien décrit ici.

      Je résume ainsi ce que représente ce courant, plutôt qui le représente le mieux: Tony Blair. Blair est la « référence entre toutes » et a été une ambigüité entre toutes, mais beaucoup moins ambigüe, même clairement -dans un camp- quant aux « forces » qu’il représente ans le monde, quand on aura vu son association et son approbation avec le plus grand mensonge criminel politique et statégique du siècle par le déclenchement de la guerre anglo-américaine contre l’Irak (manœuvre fatale dans un échiquier dont les conséquences redoutables ne sont pas résolues à ce jour). Je crois qu’ici, l’on voit clairement pour qui et pour quoi a « travaillé » ainsi Tony Blair – in fine – (à présent, Blair alias Obama? Ou l’inverse Obama alias Blair?). Avec Tony Blair la dialectique gauche-droite est dissimulée sous la dialectique: « moderne-ringard ». Tony Blair fut la pointe de l’iceberg à mon avis la plus représentative des idées lancées jadis par la Société Fabienne, cette société, universitaire au départ, qui fut, sauf erreur, la « mère » du parti travailliste et tout ce qui s’en suit dans le monde. La Société Fabienne eut sa plus forte influence, spécialement dans les milieux universitaires, auprès des futurs professeurs et autres universitaires ainsi formés à ses idées. D’ailleurs l’université fut le berceau de la Société Fabienne. Je crois que T.Blair était à peu près sur la même longueur d’onde que Jospin, lui même dépendant de son « Ingénieur en chef » Dominique Strauss-Khan (bien sûr!). On a jamais autant privatisé que « sous » Jospin!

      Le projet politique de la Société Fabienne peut se résumer ainsi: Édifier le socialisme avec les moyens du capitalisme.

      Autrement dit faire la Révolution par – en haut – et non par la rue (la rue pourrait nous échapper…) Le projet fabien est le socialisme par nature mondial, mais initié par l’ « élite ». Exemple typique, le mondialisme, le gouvernement mondial dont rêve Jacques Attali dont, selon les circonstances, il ne cesse de se référer.

      Voici un passage condensé de la pensée de J. Attali lors de son entretien avec Jean-Luc Mélenchon (à l’émission Arrêt sur Image du 5 juin 2010).
      Condensé d’un propos de jacques Attali avec J.L. Mélenchon durant cet entretien, les parenthèses sont de moi:

      — Force est de constater que le capitalisme résoud ses conflits internes par les guerres. Il y eut la 1er guerre mondiale, la réponse (réponse mondialiste selon Attali) fut la création de la SDN, le capitalisme surmonta ses contradictions malgré la crise de l’époque et la « disparition » de la Russie du marché de l’époque (mais sûrement pas du substrat financier mondial, par ex. en 1938, l’URSS stalinienne remboursait sagement à la City de Londres des dettes à un taux de 8%…), il y eut donc la 2éme guerre mondiale, la réponse (évidement mondialiste, et c’est absolument vrai) fut la créaton (en juin 1945 à San Francisco) de l’ONU. Maintenant poursuit J. Attali: deux choses, ou bien nous arrivons à former un gouvernement mondial – par un état de droit – pour éviter la 3ème guerre mondial, ou bien l’on devra former ce gouvernement mondial après la 3éme guerre mondiale (comme d’habitude…) —

      Jean Luc Mélenchon avait tout l’air d’être d’accord. Voici donc le chantage, non dit mais très réel, des milieux financiers auquel nous sommes et devrions être exposés de façon croissante selon les tribulations majeures des crises présentes dans le monde.

      La gauche, après le soviéto-comminusme, le socialisme et tous ses avatars, la droite définitivement cocue dans un tel système, ne représentent plus rien. J’avoue être consterné quand j’entends, ou lis des références à ces « forces » devenues gélatineuses et sans la moindre saveur, la date de consommation étant passée depuis longtemps… Pouah! Il ne faut plus s’en embarasser et laissons les scories là où elles sont.

      C’est en réunissant les compétences et les savoir faire, les placer en amont du politique pour un système (non pas technocratique ou quivalent) mais -organique- très délimité, fonctionnant uniquement comme
      -exploiteur des chiffres sociaux de production- et réalisant leur plus juste répartition -naturelle – dans l’association sociale elle aussi naturelle, et ce, sans prendre dans les poches de personnes, même aux riches (eh oui!) qui verront rapidement leurs affaires s’assainir pour le soulagement de tous. Telle est l’exigence économique et sociale de Justice, à la base par la maintenance du – vrai pouvoir d’achat de chacun du berceau à la tombe, un pouvoir d’achat garantie monétairement et pécuniairement par les capacités de productions des sociétés -. Il y a déjà de plus en plus de forces en mouvement qui vont dans ce sens là, les aleas sont partout, le plus dure difficile se trouve en général dans les têtes… En divers endroits du monde, je m’efforce d’y participer.

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  19. bleuets & coquelicots dit :

    Denis Clerc ?

    cela fait 22 ans que ce bon monsieur se tord les mains :

    « le malheur, expliquait Denis Clerc en 1988, est qu’aucune solution alternative globale n’existe réellement » Alternatives économiques, juin 1988.

    http://www.homme-moderne.org/plpl/n22/p8I.html

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    • Bruno Lemaire dit :

      Peut-être que l’on a tort de tenter d’avoir des solutions globales.

      Des solutions locales, tant au sujet de monnaies parallèles qu’au niveau de bassins d’emploi et de coopération locale seraient peut être plus efficaces que d’imaginer « le grand jour » ou le « grand soir ».

      Amicalement, Bruno.

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      • Catherine dit :

        Avis d’une inculte radicale en économétrie!

        En regardant de loin, de très loin, et sans grande co-naissance de la question, je n’ai pas « embrassé » cette « matière » en effet( non-accomplissement de cette énergie là, je souris, parenthése juste pour ceux qui ont lu ce que j’ai écrit ce matin!), il me semble moi aussi, étant donné l’état de déliquescence du système, que la seule voie de passage soit celle de la cellule, le petit qui sauvera possiblement le grand.

        Une reconstruction, ça ne se fait que petitement. Pour construire ma maison, j’ai mis une brique, sur une autre brique, et puis du ciment et j’ai passé du temps et usé de l’énergie, et un jour le mur s’est élevé, et j’ai vu la maison prendre une forme petit à petit.

        Autre exemple, imaginons que j’habite en région parisienne, je veux goûter l’air frais de la campagne, pour y arriver il me faudra tra-verser( décidément on traverse des forêts, des périphériques, etc)traverser le périphérique et ses embouteillages, ses klaxons, son air irrespirable, bref, je ne serai pas à la noce, mais c’est à ce seul prix que je goûterai ensuite l’air frais et revigorant de cette campagne. Tout se mérite. C’est un exemple de labyrinthe de plus, c’est un passage et comme tout passage, c’est hésitant, erratique, pénible, on s’interroge sur le bienfondé de notre désir et tout ce qu’on veut, mais c’est le passage obligé, si l’on ne s’y risque pas, pas question d’aller au-delà de l’air irrespirable d Paris, on restera coincé, on reviendra en arrière, car on ne se sera pas confronté à l’obstacle, à la difficulté, or, pour dépasser l’obstacle, il faut d’abord passer par lui, pas moyen de fare autrement.

        Tout est verrouillé au niveau macroscopique économique, c’est le micro qui nous sauvera, c’est lui que nous devons faire naître et pour cela, il faut lui faire de la place, et pour lui faire de la place , il faut lui offrir de l’espace, et pour lui offrir de l’espace, il faut la faire sa place, et pour la faire sa place, il faut une volonté, et pour avoir une volonté, il faut une idée et pour avoir une idée il faut laisser parler notre intuition, et pour avoir de l’intuition, il faut avoir des « or »-eilles, juste des « or »-eilles qui laissent bruire les murmures du monde. Nos « or »-eilles sont possiblement aurifères, mais pas de cet or dont on nous rebat les oreilles, quand je vous dis que l’étymologie nous dit tout, en fait il faut des or-eilles pour voir et des yeux pour entendre…je crois

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      • Catherine dit :

        Dis André-Jacques, si tu passes dans le coin, qu’est-ce qu’il pourrait y avoir comme réponse locale à part le troc?

        Si tu n’as pas le temps avec ça ou pas l’envie, quelqu’un pourrait-il dire quelque chose là-dessus, ou m’envoyer vers un site pas trop compliqué?

        merci

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  20. A-J Holbecq dit :

    Non Catherine, le troc n’est pas la seule réponse (ni même la bonne)
    La monnaie est une invention formidable… mais elle ne doit pas être émise par les banksters qui en demandent intérêts.

    Seule la collectivité doit pouvoir émettre la monnaie.

    Localement, la bonne réponse c’est les « transition towns » avec une « monnaie d’échange local »

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    • Catherine dit :

      J’suis une archaïque vois-tu André-Jacques, alors le troc ça me reste accroché tenacement, mais je sais bien que tu as raison, bien sûr, c’est pour te taquiner.

      La monnaie est neutre en soi,comme toute chose somme toute, un banal instrument, ni bon ni mauvais, c’est ce que l’on en fera, qui fera d’elle, ou quelque chose qui tue, ou quelque chose qui vivifie, toujours la même histoire, une histoire de manière, et les manières, ma foi, ça s’apprend il paraît.

      Mais y’a pas beaucoup de bons élèves, et les maîtres ont démissionné, les bonnes manières, ça se perd, enfin, pas perdu pour tout le monde, mais pour nous, c’est pile nous perdons, face les banksters gagnent, ça s’appelle une alternative illusoire!

      Est-ce qu’en France, il y a des réalisations comme celles dont tu parles?

      Merci à toi.

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  21. Gaël R. dit :

    Bonjour,

    tout d’abord merci de votre réponse. Effectivement je ne voulais pas dire monnaie stricto sensu au sujet des instruments financiers mais bien moyens de paiement sur les marchés financiers.

    Et là justement on peut en revenir à Paul Jorion. Pour ma part j’ai bien aimé sa vision de tout ce qui touche aux instruments financiers en tant que simples « reconnaissances de dettes » dont la valeur s’effondre en cas de crise (de confiance) grévant d’autant les bilans bancaires (même si d’un autre côté le papier monnaie n’est rien d’autre à l’origine qu’une reconnaissance de dette de l’Etat, sauf que celle-ci n’est plus aujourd’hui gagée sur quoi que ce soit). Je trouve qu’il s’agit d’une explication assez pertinente du déclenchement de la crise.

    Quelque part en libéralisant autant les marchés financiers on a donné la liberté aux banquiers/financiers de créer une « monnaie » de singe, dont le caractère fictif finit tôt ou tard par engendrer des catastrophes.

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    • A-J Holbecq dit :

      Bonjour Gaël

      Rendons à César…
      … et je rends à Jorion le fait d’avoir (re)mis en lumière ce que tout économiste sait depuis sa première année d’étude, c-à-d le fait que l’ensemble de la monnaie soit simplement une pyramide de reconnaissances de dettes qui perds sa valeur en cas de crise ou de dévaluation d’actifs… justement ce qu’il soutient sans en avoir compris le fonctionnement au niveau de l’émission monétaire bancaire: c’est cet illogisme que je ne comprends pas.

      Ne plus permettre au système bancaire de créer cette « monnaie de singe » est bien la position que je soutiens depuis de nombreuses années, et en particulier avec le 100% monnaie ou la nationalisation pure et simple de toute les créances.

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