90 – 100% money d’Irving Fischer

Cet article est copié du site « Révolution monétaire« 

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100% Money d’Irving Fisher : Une courte présentation

2 ans après avoir écrit « The Debt Deflation Theory » où il expliqua comment le processus de désendettement a pu mener les Etats-Unis dans la pire déflation et dépression économique de son histoire, Irving Fisher publia « 100% Money » en 1935. Réforme monétaire, projet politique de très grand ampleur, monument pour la théorie économique, ouvrage convaincant de vulgarisation, ce livre d’un des plus grands économistes de l’ère moderne est resté pour des raisons mystérieuses presque inconnu de la très grande majorité des spécialistes. L’importance de ce livre ayant grandement influencé la pensée des prix Nobels Maurice Allais et Miton Friedman est pourtant cruciale. Fisher y expose très simplement comment assainir l’incroyable château de carte monétaire reposant sur une pyramide de dette pour mettre fin aux immuables cycles destructeurs de boom et dépression.

L’actualité de cet ouvrage est frappante. Confrontés à une crise de la dette privée sans précédent, nous ne trouvons pas d’autres solutions que d’asperger le marché de liquidités et d’endetter lourdement nos Etats, ne faisant que repousser l’inévitable processus de désendettement. Or dans notre système monétaire comme dans celui des Etats-Unis des années 30 le corolaire du désendettement, c’est la déflation. Le plan d’Irving Fisher « 100% money » ou plan de réserve intégrale nous présente ce qui pourrait bien être LA solution pour sortir de cette impasse. Ce qui suit est la première traduction française à ma connaissance d’une courte présentation du plan 100% Money en introduction de cet ouvrage.

Ce texte est également disponible en version originale : http://irving-fisher.blogspot.com/

Une courte présentation du plan

Aux Etats-Unis, ainsi que dans quelques autres pays, la plupart de nos factures sont payées par chèque et non pas avec de l’argent passant de main en main.

Quand une personne signe un chèque, elle paie avec ce qu’elle appelle « l’argent que j’ai a à la banque » comme indiqué par son solde bancaire sur le talon de son chéquier. La somme de tous les soldes sur tous les talons de la nation, c’est-à-dire tous les dépôts sur compte chèque, ou ce que nous pensons habituellement être « l’argent » reposant en banque pouvant servir à payer par chèque constitue le principal moyen de paiement aux Etats-Unis. Je propose d’appeler cela « l’argent sur compte chèque » à distinguer des espèces ou « argent dans les poches ». L’argent dans les poches est le plus classique de ces deux types. Il est visible et tangible tandis que l’argent sur compte chèque ne l’est pas. Sa prétention à être de l’argent et de s’échanger comme si c’était de l’argent réel vient du fait qu’il « représente » de l’argent réel et peut être converti à la demande en de l’argent réel en « encaissant » un chèque.

Cependant, la principale différence entre l’argent sur compte chèque et l’argent dans les poches est que ce dernier est un argent au porteur, accepté par toutes les mains, alors que l’argent sur compte chèque nécessite la permission spéciale du bénéficiaire pour être transféré.

En 1926, une année représentative avant la grande dépression, l’argent sur compte chèque détenu par les habitants des Etats-Unis s’élevait à 22 milliards de dollars selon une estimation, alors qu’en dehors des banques et du trésor des Etats-Unis, l’argent sonnant, l’argent physique et au porteur dans les poches des gens et dans les caisses des marchands ne représentait que moins de 4 milliards de dollars. Ensemble, les moyens d’échange du pays dans les mains du public faisaient 26 milliards de dollars, 4 milliards circulant de main en main et 22 milliards circulant par chèque.

Beaucoup de gens s’imaginent que l’argent sur compte chèque est vraiment de l’argent et repose réellement en banque. Cela est bien sur loin d’être vrai.

Que peux bien être alors ce mystérieux argent sur compte chèque que nous appelons de façon trompeuse notre « argent en banque » ? C’est simplement la promesse des banques de fournir de l’argent à leur déposant quand il est demandé. Pour couvrir les 22 milliards d’argent sur compte chèque en 1926, les banques détenaient seulement 3 milliards d’argent réel dans leur coffre. Les 19 milliards restant représentaient d’autres actifs que de l’argent ; des actifs tels des titres de créance et tels des obligations d’Etat ou d’entreprise.

En temps ordinaires, comme par exemple en 1926, ces 3 milliards étaient suffisants pour permettre aux banques de fournir aux déposants tout l’argent sonnant qu’ils demanderaient. Mais si tous les déposants avaient demandé de l’argent sonnant au même moment, même si elles auraient pu rassembler un certain montant d’argent sonnant en vendant leurs autres actifs, les banques n’auraient pu avoir assez d’argent pour satisfaire ces demandes pour la simple raison qu’il n’y avait pas assez d’argent sonnant dans tout le pays pour rassembler ces 22 milliards. Et si tous les déposants avaient demandé de l’or au même moment, il n’y aurait pas eu assez d’or dans le monde entier.

Entre 1926 et 1929, le montant des moyens de paiement a légèrement augmenté pour passer approximativement de 26 à 27 milliards, 23 d’argent sur compte chèque et 4 d’argent dans les poches.

Par contre, entre 1929 et 1933, le montant d’argent sur compte chèque a décru pour atteindre 15 milliards ce qui, avec les 5 milliards d’argent véritable présent dans les caisses et les poches, représentait en tout 20 milliards de moyen de paiement au lieu de 27 en 1929. La hausse de 26 à 27, c’était de l’inflation. La chute de 27 à 20 était de la déflation.

Les épisodes de Boom et de dépression depuis 1926 sont en grande partie mis en lumière par ces trois chiffres, 26,27 et20 pour ces trois années 1926, 1929 et1933.

Ces variations de quantité de monnaie furent en quelque sorte aggravées par l’évolution similaire de sa vélocité. En 1932 et 1933, par exemple, non seulement l’argent circulant était peu important mais sa circulation était lente ; on peut même parler d’un phénomène répandu de thésaurisation.

Si on suppose que les montant d’argent en circulation pour 1929 et 1933 étaient respectivement 27 et 20 milliards et que chaque dollar ait changé respectivement de main 30 et 20 fois par année, la circulation totale seraient pour 1929, 27×30 = plus de 800 milliards de dollars et pour 1933, 20×20= 400 milliards de dollars.

Les principales variations de quantité de monnaie concernent les dépôts sur compte chèque. Les trois chiffres pour l’argent sur compte chèque sont comme nous l’avons dit 22,23, 15, pour l’argent dans les poches 4,4, 5. Un des faits essentiels de cette dépression a été cet effondrement du montant d’argent sur compte chèque qui est passé de 23 à 15 milliards, c’est-à-dire la disparition de 8 milliards de dollars au sein de ce qui est le principal moyen de paiement de notre nation, dont nous avons tous besoin pour faire des affaires.

Cette baisse de 8 milliards dans le montant total de l’argent sur compte chèque de la nation s’oppose à la hausse de 1 milliard (i.e. de 4 à 5) de l’argent dans les poches. Le public a retiré ce milliard d’argent sonnant des banques et les banques pour fournir ce milliard supplémentaire ont dû détruire 8 milliards de crédit.

Peu de gens ont réalisé cette perte ou destruction de 8 milliards d’argent chèque et ce fait n’a été que rarement mentionné. Cela aurait fait les gros titres des journaux si 8 miles tous les 23 miles de voies ferrées avaient été détruites. Cependant, un tel désastre aurait eu peu d’importance comparé à la destruction de 8 milliards des 23 milliards de notre principal moyen de paiement. Cette destruction de 8 milliards de dollar de ce que le public considérait comme leur argent a été la grande catastrophe qui a entrainée les deux principales tragédies de la grande dépression, le chômage et les faillites.

Les gens ont été forcés de voir 8 milliards des 23 milliards de notre principal moyen de paiement sacrifiés alors que cet argent n’aurait pas disparu si le système 100% ou de réserves intégrales était en place. Et si cela avait été le cas, comme nous le verrons au chapitre VII, il n’y aurait pas eu de grande dépression.

Cette destruction d’argent sur compte chèque n’était pas quelque chose de naturelle et d’inévitable, cela était dû à un système défectueux.

Sous notre système actuel, les banques créent et détruisent de l’argent sur compte chèque en accordant ou en demandant le remboursement des prêts. Quand une banque m’accorde 1000$ de crédit et rajoute 1000$ à mon compte chèque, ces 1000$ « d’argent que j’ai à la banque » sont nouveaux. Ils ont été fraichement créés de toute pièce lorsque le prêt a été accordé et simplement ajoutés au talon de mon chéquier et aux livres de compte de la banque par un simple coup de stylo.

Comme nous l’avons précédemment indiqué, excepté sur ces écritures, cet « argent » n’a pas d’existence physique réelle. Quand plus tard, je rembourserai à la banque ces 1000$, je les retirerai de mon compte chèque et un montant équivalent de moyen de paiement sera détruit par un simple coup de stylo du talon de mon chéquier et des livres de compte de la banque. Ainsi, ils disparaissent simultanément.

Par conséquent, nos moyens de paiement nationaux sont à la merci des transactions de prêt de la banque, et nos milliers de banque de dépôts sur compte chèque sont, dans les faits, comparables à d’irresponsables émetteurs de monnaie privés.

Ce qui pose problème, c’est le fait que la banque ne prête pas de l’argent mais simplement une promesse de fournir de l’argent à la demande, de l’argent qu’elle ne possède pas. Les banques peuvent construire à partir de leur maigre réserve en argent sonnant une pyramide inversée de tels « crédits » c’est-à-dire d’argent sur compte chèque, dont le volume peut être augmenté ou réduit.

Il est évident qu’un tel système, aux bases fragiles et au sommet imposant, est dangereux. Il est dangereux pour les déposants, pour les banques et avant tout pour les millions d’innocents que forme le peuple. En particulier, quand la quantité d’argent décroît, le public est privé d’une partie de ses moyens de paiement essentiels grâce auxquels les biens peuvent être échangés.

Il y a dans la pratique peu de différence entre permettre aux banques d’émettre cet argent sur compte chèque utilisé comme moyen de paiement que de leur permettre d’émettre de la monnaie papier comme elles le firent durant l’épisode des « Wild Cat Bank Notes ». Ces deux pratiques sont fondamentalement aussi mauvaises.

Les dépôts bancaires sont l’équivalent moderne des billets de banque. Cependant, les dépôts peuvent être créés et détruits de façon invisible alors que les billets de banque doivent être imprimés et brulés. Si 8 milliards de dollars de billet de banque avaient été brulés entre 1929 et 1933, cet évènement n’aurait guère pu passer inaperçu.

Comme le système de compte chèque, ou d’argent sur compte chèque, fondé principalement sur les prêts, confiné originellement à quelques pays s’est désormais étendu au monde entier, tous ses périls ne peuvent qu’avoir cru. En conséquence, les futurs booms et dépressions risquent d’être encore pires que ceux du passé sauf si le système est changé.

Les dangers et défauts du système actuel seront discutés en longueur dans les prochains chapitres. Seules quelques lignes suffisent à exposer brièvement le remède proposé.

La proposition

Donner le pouvoir au gouvernement, à travers une « Commission Monétaire » spécialement créée pour l’occasion, de transformer en argent sonnant suffisamment d’actifs de chaque banque commerciale pour que ses réserves atteignent 100% des dépôts sur compte chèque détenus. En d’autres mots, donner le pouvoir au gouvernement, à travers la Commission Monétaire, d’émettre cet argent et d’acheter avec celui-ci des obligations, titres de créance ou autres actifs détenus par les banques ou de prêter cet argent aux banques avec ces actifs comme garantie.[1] Alors, tout argent chèque serait couvert par de l’argent véritable, de l’argent dans les poches.

Cette nouvelle monnaie (Monnaie de la Commission ou United States Notes) permettrait à tous les comptes chèque d’avoir une couverture intégrale en argent sonnant dans les réserves des banques. Cette émission ni n’augmenterait ni me ferait décroître le montant total de moyen de paiement dans le pays. Une banque qui auparavant gardait 100 000 000$ de dépôt sur compte chèque devait détenir légalement des réserves minimum de 10 000 000$ d’argent sonnant (complétées par 90 000 000$ d’actifs non monétaires). Elle enverrait ces 90 000 000$ d’actifs non monétaires à la commission monétaire en échange de 90 000 000$ en argent sonnant, portant ainsi à 100 000 000$ ses réserves en argent sonnant, soit 100% des dépôts sur compte chèque.

Une fois cette substitution d’argent réel contre des actifs non monétaires terminée, les banques devraient maintenir de façon permanente des réserves en argent sonnant représentant 100% de leurs dépôts sur compte chèque. En d’autres mots, les dépôts sur compte chèque seraient réellement des dépôts, consistant en de l’argent sonnant détenu par la banque.

Ainsi, cette nouvelle monnaie serait ligotée aux réserves des banques par la nécessité légale de maintenir des réserves de 100%.

Le département gérant les comptes chèque de la banque deviendrait un simple entrepôt de stockage pour l’argent au porteur appartenant aux déposants et aurait une identité commerciale distincte en tant que banque de dépôt. Il n’y aurait alors plus aucune distinction pratique entre les dépôts sur compte chèque et les réserves. « L’argent que j’ai à la banque » comme indiqué par le talon de mon chéquier, serait vraiment de l’argent et serait vraiment à la banque (ou presque à portée de main). Les dépôts de la banque ne pourraient augmenter pour atteindre 125 000 000$ seulement si l’argent sonnant qu’elle détient augmente également pour atteindre 125 000 000$, c’est-à-dire en voyant ses déposants déposer 25 000 000$ de plus d’argent sonnant en retirant autant d’argent de leurs poches ou de leurs caisses et en le mettant à la banque. Si le montant des dépôts décroissait, cela signifierait que les déposants auraient retiré une partie de l’argent entreposé, le retirant de la banque pour le mettre dans leurs poches ou dans leurs caisses. En aucun cas, il n’y aurait de changement dans le montant total en circulation.

Comme cette évolution vers un système de réserves intégrales retirerait des actifs rémunérés aux banques et les remplacerait par de l’argent sonnant non rémunéré, les banques compenseraient cette perte en facturant le service fourni aux déposants, ou grâce à d’autres manières (comme détaillé dans le chapitre IX).

Avantages

Les avantages résultants de cette réforme pour le public incluraient ce qui suit :

1 Il n’y aurait pratiquement plus de panique bancaire et de ruée vers les banques commerciales.

Pour la bonne raison que l’intégralité de l’argent des déposants serait en permanence à la banque et disponible à leur guise. En pratique, moins d’argent serait retiré que maintenant. Nous avons tous en mémoire ce déposant apeuré qui cria au guichetier de sa banque « Si vous n’avez pas mon argent, je le veux. Si vous l’avez, je n’en veux pas».

2 Il y aurait beaucoup moins de faillites bancaires.

Pour la bonne raison que les principaux créditeurs d’une banque commerciale et les mieux placés pour l’acculer à la faillite sont ses déposants, et ses déposants seraient contentés intégralement quoiqu’il arrive.

3 La dette du gouvernement serait substantiellement réduite.

Pour la bonne raison que la Commission Monétaire, qui représente le gouvernement, mettrait la main sur une grande partie des obligations d’Etat en cours.

4 Notre système monétaire serait simplifié.

Pour la bonne raison qu’il n’y aurait plus de distinction essentielle entre l’argent dans les poches et l’argent sur compte chèque. Tous nos moyens de paiement dans leur intégralité seraient de l’argent véritable.

5 L’activité bancaire serait simplifiée.

Aujourd’hui, il existe une confusion en ce qui concerne la propriété de l’argent. Quand l’argent est déposé sur un compte chèque, le déposant pense encore que cet argent est le sien alors que légalement, c’est celui de la banque. Le déposant ne détient pas d’argent à la banque, il est simplement un créditeur de la banque en tant qu’entreprise privée. Une grande partie du « mystère » qui entoure l’activité bancaire disparaîtrait dès que les banques ne seraient plus autorisées à prêter l’argent de leurs clients alors que dans le même temps ces déposants utilisent cet argent comme leur argent en payant par chèque. « M. Dooley » le Will Rogers de son époque, mit en lumière l’absurdité de ce double usage de l’argent quand il décrivit un banquier comme « un homme qui prend soin de votre argent en le prêtant à ses amis »

Dans le futur, il y aurait une distinction claire entre les dépôts sur compte chèque et les dépôts sur compte épargne. L’argent placé dans un compte chèque appartiendrait au déposant, comme n’importe quel dépôt en coffre et ne serait rémunéré par aucun intérêt. L’argent placé dans un compte épargne aurait un statut identique à celui d’aujourd’hui. Ce dépôt appartiendrait sans équivoque à la banque. En échange de cet argent, la banque donnerait droit à un remboursement avec intérêt, mais n’octroierait aucune possibilité de paiement par chèque. Le déposant en épargne aurait simplement acheté un investissement à l’instar d’une obligation à intérêt et cet investissement ne nécessiterait pas des réserves intégrales en argent sonnant, pas plus que n’importe quel investissement en obligation ou en action.

Les réserves minimum légales pour les comptes épargnes n’ont pas nécessairement besoin d’être changées avec l’arrivée du nouveau système pour les dépôts sur compte chèque (même si un renforcement de ces réserves est désirable).

6 Les grandes inflations et déflations disparaitraient.

Pour la bonne raison que les banques seraient privées de leur pouvoir actuel de créer de l’argent sur compte chèque et de le détruire. En effet, l’octroi de prêts n’augmenterait pas le montant total des moyens de paiement et la demande de remboursement des prêts n’en détruirait pas. Le volume d’argent sur compte chèque ne serait plus affecté en fonction de la croissance ou de la décroissance des sommes prêtées. L’argent sur compte chèque ferait parti intégrante de la monnaie véritable de la nation et le fait qu’il soit ou non prêté à quelqu’un n’aurait aucune répercussion sur son volume.

Même si tous les déposants devaient retirer tout leur argent au même moment ou devaient rembourser tous leurs prêts en même temps ou devaient tous faire défaut en même temps, le volume d’argent de la nation n’en serait pas affecté. Cet argent serait juste redistribué. Ce total serait contrôlé par son seul émetteur, la commission monétaire (qui pourrait aussi se voir donner des pouvoirs en ce qui concerne la thésaurisation et la vélocité, si cela est désiré).

7 Les épisodes de boom et de dépressions seraient grandement atténués.

Pour la bonne raison qu’ils sont grandement dus aux inflations et déflations.

8 Le contrôle de l’industrie par les banques cesserait quasiment.

Pour la bonne raison que c’est seulement en temps de dépression que les industries peuvent en général tomber dans entre les mains des banquiers.

De ces 8 avantages, les deux premiers s’appliqueraient principalement aux Etats-Unis, le pays des ruées vers les banques et des faillites bancaires. Les 6 autres s’appliqueraient à tous les pays ayant un système de dépôt sur compte chèque. Les avantages 6 et 7 sont de loin les plus importants, i.e. la fin de l’inflation ou de la déflation de nos moyens de paiement et de ce fait l’atténuation des épisodes de booms et de dépressions en général et la fin des épisodes de grands booms et de grandes dépressions en particulier.

Objections

Naturellement, une idée nouvelle ou une idée qui paraît nouvelle, comme celle d’un système de réserves intégrales, devrait provoquer des huées de critique.

Les questions qui viendront le plus probablement à l’esprit de ceux qui ont des doutes à propos du système de réserve intégrale sont :

1 La transition vers le système 100%, le rachat des actifs par de l’argent nouvellement créé, n’augmenterait-il immédiatement pas le montant des moyens de paiement en circulation au sein du pays et ne l’augmenterait-il pas très fortement ?

Pas du moindre dollar. Il rendrait simplement l’argent dans les poches et l’argent sur compte chèque entièrement convertibles en changeant les dépôts existant constitués de monnaie imaginaire en dépôts constitués d’argent véritable.

Après la transition (et après que le degré prescrit de reflation ait été atteint[2]), la Commission Monétaire pourrait augmenter la quantité de monnaie en achetant des obligations et pourrait la faire décroître en en vendant des obligations, étant restreinte dans chaque cas par l’obligation de maintenir les prix ou la valeur du dollar au niveau prescrit avec une précision raisonnable.

Il est cependant intéressant de noter que le maintien de réserve de 100% et le maintien d’un niveau des prix sont des problèmes distincts. Chacun peut de façon concevable exister l’un sans l’autre.

2 Y aurait-il des actifs de valeur « couvrant » le nouvel argent ?

Le jour suivant l’adoption du système de réserves intégrales, le nouvel argent émis transférable par chèque serait couvert par exactement les mêmes actifs, en grande majorité des obligations d’Etat, qui couvraient l’argent sur compte chèque le jour précédent, mais ces obligations seraient désormais en la possession de la Commission Monétaire.

L’idée selon laquelle il faut que toute monnaie ou dépôt soit couvert des titres comme garantie contre une inflation galopante est traditionnelle. Sous le système actuel (que nous allons appeler, par opposition, système 10%), dès que le déposant craint que son dépôt ne puisse lui être fourni en argent dans les poches, la banque peut (théoriquement) vendre des titres contre de l’argent pour rembourser ses clients paniqués. Très bien. Sous le système 100%, la monnaie serait couverte précisément par les mêmes titres et il serait aussi aisé de vendre ces titres. Mais en plus, il y aurait le crédit du gouvernement des Etats-Unis. En conclusion, il n’y aurait plus de déposants paniqués, craignant de ne pas pouvoir convertir leur dépôt en argent sonnant.

3 L’étalon or serait-il abandonné ?

Ni plus ni moins qu’il ne l’est aujourd’hui ! L’or pourrait avoir exactement la même position que la sienne aujourd’hui, son prix fixé par le gouvernement et son utilisation confinée principalement aux règlements internationaux.

De plus, un retour au type d’étalon or que nous avions avant 1933 pourrait, si on le désire, être effectué aussi facilement sous un système 100% que ce ne l’est actuellement. En réalité, sous le système 100%, il est probable que notre vieil étalon or, s’il est restauré, fonctionnerait tel que cela était voulu au départ.

4 Comment les banques trouveront-elles de l’argent à prêter ?

Juste comme elles le font habituellement aujourd’hui, à savoir : (1) en prêtant leur propre argent (leur capital), (2) en prêtant l’argent qu’elles reçoivent de leur client et placé sur des comptes épargne ( ne pouvant pas être utilisé pour payer par chèque ), (3) en prêtant l’argent remboursé sur les prêts échus.

Sur le long terme, il y aurait probablement beaucoup plus d’argent à prêter, car il y aurait plus d’épargne créée et donc disponible à prêter. Mais ici une telle expansion des prêts, une expansion naturelle provoquée par une expansion de l’épargne, n’impliquerait pas nécessairement une quelconque augmentation de la monnaie en circulation.[3]

La seule nouvelle limitation du crédit bancaire serait une limitation saine. Aucune somme ne pourrait être prêtée s’il n’y a pas d’argent disponible à prêter. Ainsi, Les banques ne pourraient plus surprêter en créant de l’argent à partir de rien de manière à créer de l’inflation et un boom.

En plus des trois sources de fonds prêtables citées précédemment (capital de la banque, épargne, et remboursement), il sera possible pour la commission monétaire de créer de l’argent et de le transmettre aux banques en rachetant des obligations. Cependant, l’émission de nouvelle monnaie serait restreinte par l’obligation fondamentale d’empêcher une hausse des prix au dessus d’un certain niveau prescrit, mesuré par un indice des prix convenable.

5 Les banquiers seraient-ils pénalisés ?

Au contraire,

(a) Ils partageraient les bienfaits globaux dont tirerait la nation d’un système monétaire plus solide et d’une prospérité retrouvée. En particulier, ils recevraient plus de dépôts sur les comptes épargnes.

(b) Ils seraient dédommagés (en facturant leur service ou autrement) de toute perte de profit due à la mise en place de réserves intégrales.

(c) Elles seraient pratiquement libérées du risque de futures paniques bancaires et de faillites.

Les banquiers n’oublieront pas de sitôt ce qu’ils ont subi lors de la course à la liquidité des années 1931-33, chacun pour soi et les derniers sont démunis. Un tel mouvement de foule serait impossible sous le système 100% car une liquidité de 100% serait assurée à tout moment par chaque banque séparément, indépendamment de ce que font les autre banques.

6 Ce plan consisterait-il en une nationalisation de la monnaie et des banques ?

De la monnaie, oui. De l’activité bancaire, non.

En Conclusion

La proposition d’un système de réserve intégral est tout sauf radicale. Ce qui est demandé, en principe, est un retour depuis l’extravagant et ruineux système d’aujourd’hui consistant à prêter le même argent 8 à 10 fois au bon vieux système de dépôt en coffre des orfèvres , avant qu’ils ne se mettent de manière inappropriée à prêter l’argent qu’on leur avait remis pour être mis en coffre. C’est cet abus de confiance qui, après avoir été accepté comme une pratique standard, nous a progressivement amené vers le système de dépôt bancaire moderne. Du point de vue politique cela reste un abus. Ce n’est désormais plus un abus de confiance, mais ce sont les fonctions initiales des prêts et des dépôts qui sont abusées.

L’Angleterre a effectué une réforme et un retour partiel au système de réserves intégrales des orfèvres quand, il y a presque un siècle, le Bank Act a été voté requérant des réserves intégrales pour tous les billets de la Banque d’Angleterre émis au-delà d’une certaine limite (et également pour les billets de toutes les autres banques émettrices qui existaient à cette époque).

Le professeur Frank D. Graham de Princeton, dans une déclaration favorable à ce plan de réserves intégrales, a dit du président Adams qu’il « dénonçait l’émission de billets par des banques privées comme une fraude à l’encontre du public. Il était soutenu sur ce point par toutes les forces conservatrices de son temps. »

En conclusion, pourquoi continuer à pratiquement déléguer aux banques en l’échange de rien une prérogative du gouvernement ? Cette prérogative est définie comme il suit par la constitution des Etats-Unis (Article 1, section 8) : « Le congrès aura le pouvoir […] de frapper la monnaie et de réguler la valeur de celle-ci ». On peut pratiquement dire, voire dire avec certitude, que toutes les banques de dépôt sur compte chèque frappent la monnaie et ces banques, dans leur ensemble, régulent, contrôlent ou influencent la valeur de celle-ci.

Les défenseurs du système monétaire actuel ne peuvent honnêtement prétendre que sous le joug d’une masse de petits centres d’émission monétaire privés, le système a bien fonctionné. Si cela avait bien fonctionné, nous n’aurions pas vu disparaître 8 milliards de dollars sur 23 de nos comptes chèque.

Si nos banquiers veulent continuer à commercialiser la fonction essentielle de l’industrie bancaire, le prêt, ce qu’ils peuvent effectuer mieux que le gouvernement, ils doivent être prêts à abandonner la fonction d’émission monétaire qu’elles ne peuvent effectuer aussi bien que le gouvernement. S’ils arrivent à concevoir cela et pour une fois disent « oui » au lieu de « non » à ce qui semble peut-être pour eux une proposition nouvelle, il n’y aura probablement plus d’opposition importante à ce projet.


[1] En pratique, cela pourrait être en grande partie des « crédits » sur les comptes de la Commission, car très peu d’argent tangible serait demandé aux banques, encore moins qu’aujourd’hui tant que la Commission se tient prêt à fournir cet argent à la demande.

[2] Voir le chapitre VI.

[3] Voir Chapitre V

Publié par Nathanael Faibis à l’adresse mercredi, juin 10, 2009

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2 commentaires pour 90 – 100% money d’Irving Fischer

  1. Bruno Lemaire dit :

    A conseiller à notre ami CHR, et à notre excellent confrère Paul Jorion.

    Beaucoup de gens s’imaginent que l’argent sur compte chèque est vraiment de l’argent et repose réellement en banque. Cela est bien sur loin d’être vrai.

    Que peux bien être alors ce mystérieux argent sur compte chèque que nous appelons de façon trompeuse notre « argent en banque » ? C’est simplement la promesse des banques de fournir de l’argent à leur déposant quand il est demandé.

    Disons, pour éviter (????? est-ce possible) tout malentendu, que les banques créent des « promesses de payer » (autre nom pour la « monétisation des créances » ou encore pour « la monnaie scripturale bancaire »😉 )

    Mais cela devient lassant de se répéter. Heureusement que la répétition est la mère de la pédagogie, et que ma mère, mon père, un frère, une sœur – et votre serviteur – ont été profs😉, dans le secondaire ou dans le supérieur (où il faut autant rabâcher, avec l’arrogance en plus et la violence en moins, ce qui n’est pas négligeable). Donc, on ne se lasse pas facilement😉

    En tout cas, Fisher, c’est encore plus clair que du Schumpeter😉 (en plus, il aimait bien S. Gesell, alors …)

    Cordialement, B.L.

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  2. oppossùm dit :

    Oui « promesse de payer » , mais qu’est-ce que « payer » ?

    D’un certain point de vue , tant que celui qui a reçu une somme en « paiement de », n’a entre les mains une contrepartie concrète (Le produit, le service, ou un substitut contenant sa propre valeur -la pièce d’or-) , peut-on dire que le paiement est certain ?

    Toute monnaie n’est qu’une promesse , la promesse que le troc éclaté dans ses termes, l’espace et le temps, devrait se réaliser.

    Et donc, la monnaie BC a une espérance de ‘paiement’ probablement légèrement supérieure à la scripturale : cette supériorité est posée légalement par le cours forcé. Cette supériorité n’impressionne cependant personne puisque l’essentiel des transactions se fait en monnaie scripturale.

    Toutefois même si la scripturale n’est pas complètement ‘obligatoire’ et ‘forcé’, elle libère quasi autant que la fiduciaire.

    Le ‘paiement’ dans son aspect libératoire est aussi valable d’un coté que de l’autre.

    Bref d’un côté tout n’est que promesse et de l’autre la ‘libération’ est la même.

    Un monnaie ne paie pas une autre, il n’y a que de la compensation par transformation en une monnaie supérieure (tenue par un autre boutiquier qui vous impose toujours la même règle, issue de la Réciprocité : rendre nominalement la somme que vous avez empruntée)

    Un crédit ce n’est pas promesse de payer, mais celle de financer.

    PS/ Bon, si CHR ne nous avait pas quitté je lui aurait demandé de mettre mes intuitions sous forme de tableaux Actif/Passif & C°, afin que des chercheurs rigoureux et scientifiques😉 puis passer au filtre ma découverte marsupiale😉 !

    J'aime

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