85 – Bilans FED et BCE – Multiplicateurs de crédit

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Jean-Marc Lucas – 30 octobre 2009 –

États-Unis : bilan de la Réserve fédérale, multiplicateur de crédit

Depuis un an, le bilan de la Réserve fédérale a beaucoup évolué. Sa taille, inférieure à 900 milliards de dollars jusqu’au début de septembre 2008, a rapidement augmenté à partir de cette date pour dépasser 2 200 milliards de dollars en décembre. Au cours de cette période, qui correspond à l’acmé de la crise financière, la Réserve fédérale a développé divers programmes de refinancement alternatifs pour pallier le fonctionnement exceptionnellement erratique des marchés financiers.

Depuis lors, la taille du bilan de la banque centrale a cessé de croître, en dépit du passage à une nouvelle phase de la politique monétaire quantitative, consistant en des achats de titres. Dans le même temps, en effet, les programmes de refinancement à court terme ont vu leur importance décroître, dans un contexte financier moins agité. Les actifs de la Réserve fédérale s’élevaient à 2 54 milliards de dollars la semaine du 28 octobre.

L’importance des programmes de refinancement à court terme a fortement diminué, les dispositifs de soutien temporaires (Term Auction Facility, Commercial Paper Funding Facility, lignes de swaps avec d’autres banques centrales, etc.) voyant leur importance décroître avec l’atténuation de la crise financière.

Ainsi, la politique quantitative de la Réserve fédérale a largement évolué depuis l’automne dernier. Lancée en réponse aux contraintes de financement à court terme des institutions financières, liées aux tensions exceptionnelles sur les marchés monétaires, elle s’est déplacée vers la détention de titres à long terme, afin de poursuivre des objectifs plus macroéconomiques

L’accroissement très prononcé de la taille du bilan de la Réserve fédérale n’a pas eu d’influence spectaculaire sur l’évolution des agrégats monétaires M1 et M2, les banques laissant une grande part de leurs réserves en dépôt à la Réserve fédérale.

Alors que la base monétaire a plus que doublé entre septembre 2008 (environ 900 milliards de dollars) et octobre 2009 (environ 1900 milliards de dollars), les progressions de M1 et M2 au cours de la même période sont sans comparaison (+16% et +7% respectivement). La hausse des agrégats a bien accéléré, mais dans des proportions très modestes en comparaison de la base monétaire.

Ainsi, le ratio de M1 à la base monétaire est passé de 1,6 en septembre 2008 à 0,9 en octobre 2009. De façon similaire, le ratio de M2 à la base monétaire a diminué de 8,7 à 4,5 au cours de la même période.

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Zone euro : bilan de la BCE, multiplicateur de crédit

Depuis le début des tensions sur les marchés financiers en août 2007, la taille du bilan de la BCE s’est considérablement accrue. Ainsi, fin août 2007, la valeur des actifs de la BCE s’élevait à 1 157 MdEUR, tandis que fin octobre 2008, dans le sillage de la faillite de Lehman Brothers, elle atteignait 2 031 MdEUR, soit une augmentation de près de 76 %. Fin octobre 2009, elle s’établit à 1 801 MdEUR, une somme inférieure au niveau record enregistré au cours du dernier trimestre 2008 mais supérieure de 56 % à celui d’août 2007.

L’accroissement de la taille du bilan de la BCE provient principalement des opérations de refinancement à long terme. Depuis octobre 2008, la BCE procède à des injections illimitées de liquidité à taux fixe (le taux de refinancement) par le biais de ses opérations de refinancement. Il s’agit de l’une des mesures mises en œuvre par la banque centrale en réponse à la crise financière

Bien qu’il se résorbe, l’excédent de liquidité (c’est-à-dire la différence entre la liquidité injectée dans le cadre des opérations d’open market et les réserves obligatoires plus les facteurs d’autonomie), reste relativement élevé.

La base monétaire (espèces en circulation + réserves détenues par les contreparties au sein de l’Eurosystème et recours à la facilité de dépôt de la BCE) a fortement augmenté depuis l’intensification de la crise financière. Alors que jusqu’en octobre 2008 elle progressait à un rythme de 8 à 9% en g.a., elle augmentait de 38% en novembre 2008 et affiche encore aujourd’hui une hausse d’environ 20% g.a

L’agrégat monétaire n’affiche cependant pas la même tendance. Alors que M1, l’agrégat le plus liquide, enregistre un taux de croissance soutenu depuis quelques mois, M3 diminue à un rythme rapide. Les multiplicateurs monétaires (définis comme les ratios entre un agrégat monétaire et la base monétaire) ont également diminué

A noter que l’utilisation de la facilité de dépôt de la BCE par les banques commerciales constitue le principal facteur à l’origine de la forte hausse de la base monétaire

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13 commentaires pour 85 – Bilans FED et BCE – Multiplicateurs de crédit

  1. LeucoCircus dit :

    vous dites

    Mais la question essentielle reste celle des causes de la crise. Les connaissons-nous vraiment?

    L’ossature d’un bon nombre de causes sont sur le billet n°83 s’il ne vient pas à erreur effacé par erreur ou surcharge du serveur.
    La dizaine de messages de cette fin d’après-midi est à peine postée que de nouveaux billets inattendus apparaissent soudainement

    n°85 : Ma réforme monétaire de James Robertson (1)

    n°86 : Bilans FED et BCE – Multiplicateurs

    Il n’y a plus qu’à attendre

    n°87 : Ma réforme monétaire de James Robertson (2)

    n°87 : Ma réforme monétaire de James Robertson (3)

    Et on ne parlera plus du billet n° 83

    C’est la méthode Jorion

    Non merci; j’ai déjà donné.
    Franchement, j’ai vraiment mieux à faire
    Ciao.
    En attendant, ailleurs,
    Bon courage aux moutons, pigeons et tutti quanti

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    • NingúnOtro dit :

      Je vous trouve bien négatif, sans raisons apparentes.

      La liste des articles récents sur Postjorion est énorme, et la liste des commentaires récents aussi, et cela veut dire qu’il faut assez de temps et de volonté pour faire disparaitre tout lien vers ce fameux billet 83.

      La fameuse « méthode Jorion » existe, bien sur, mais elle n’est pas appliquée ici. Chez Jorion, ces deux listes contiennent 10 éléments maximum, ET… quand elles en contiennent moins (sauf pour les commentaires lorsque un billet n’en à pas encore reçu autant) il s’agit d’un paramétrage manuel VOULU. J’en sais quelque-chose, puisque c’est moi qui lui avait suggéré le module des commentaires récents qu’il use maintenant et qui affiche la liste des 10 derniers billets à avoir reçu un commentaire avec le nom de guerre des 10 derniers commentaristes de ce billet. Je ne lui avais pas suggéré de jouer dynamiquement avec le paramétrage, ça, il à trouvé tout seul.

      Une différence pas négligeable non plus… Paul utilise un wordpress autonome installé chez un hébergeur dont il est tout maitre, à la hauteur de ces connaissances bien sur, tandis que Postjorion est un blog wordpress gratuit standard hébergé chez wordpress.com… dont on ne peut contrôler que le paramétrage de détails… quand on sait comment, et les problèmes avec l’imbrication des niveaux de réponses suggère que le savoir n’est pas celui d’un dieu.

      Un blog est un instrument très limité pour structurer convenablement le besoin qu’éprouvent nos échanges, et faute de mieux (qu’on puisse se payer) il faut faire avec, et on s’efforce du mieux qu’on peut, j’en suis sur, chez Postjorion.

      Outre l’instrument, il y à aussi l’aspect humain. L’internet online élimine les « distances » qui conditionnent historiquement la communication humaine, et introduit une dynamique très différente de celle qu’on à coutume à voir à l’œuvre…
      … n’importe quel billet ou commentaire peut recevoir « potentiellement » 6 milliards de réponses simultanées, et il faut reconnaitre que dans ce cas la communication n’est pas du tout symétrique… on ne peut pas prétendre que l’émetteur du billet (ni personne, d’ailleurs) réponde de façon personnalisé à tous les commentaires potentiels, ni que sa stratégie pour gérer cette impossibilité soit en accord avec les expectatives d’un seul participant comme vous l’êtes, plus, moins, ou pas du tout conscient des contraintes du format.

      Libre à vous d’aller voir ailleurs, mais de grâce, ne nous collez pas un soupçon de culpabilité.

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  2. interobjectif dit :

    Crise économique : Il n’y a pas qu’en Grèce que ça grince par Eberhard Hamer

    Depuis huit semaines, la crise de l’Etat grec domine la discussion publique avec l’arrière-pensée que celle-ci risque d’entraîner une crise de l’euro.

    Les deux sont exagérés. Le produit social brut de la Grèce n’est pas plus élevé que celui du Land de Basse-Saxe, elle est donc marginale pour l’espace euro. Et la Grèce ne mettra en danger l’euro que si les eurocrates ne laissent pas la Grèce s’assainir elle-même et se précipitent au secours de la Grèce en toute hâte et avec trop de zèle. Dans ce cas la Grèce deviendrait un modèle pour d’autres pays faibles, tels l’Espagne, le Portugal, la Lettonie, l’Italie et la France et constituerait en fait un danger substantiel pour l’euro.

    Ce n’est pas par un hasard que les USA crient que la Grèce représente une menace pour l’euro. Cela pourrait être une manœuvre de diversion pour que les investisseurs de fonds du monde entier cessent de fuir le dollar, qui est en déclin, pour aller vers l’euro parce que celui-ci leur semble plus stable.

    Le cas de la Grèce représente quand même un tournant pour l’Europe: l’excès d’argent qui est parti des Etats-Unis par le raz-de-marée financier de la FED et l’augmentation de placements toxiques, auraient dû entraîner l’effondrement des banques fautives, mais l’agent principal Paulsson, ancien directeur de banque et ministre des finances américain, a provoqué la crise des finances d’Etat en injectant aux banques la plus grande somme de tous les temps. Tout ceci est dissimulé et caché actuellement, rien que parce que la FED submerge le marché d’argent bon marché à 1% et maintient ainsi la liquidité des banques et des Etats risquant la faillite.

    La soi-disant solution de la crise des finances privées ressemble à la tentative de guérir un toxicomane en lui fournissant sans limite de la drogue.

    Et malheureusement, en cédant à la pression américaine, les pays européens ont commis la même faute. En reprenant à leur compte la crise des banques jouant à la roulette, ils ont entraîné l’endettement et la crise financière de l’Etat.

    Actuellement on devrait évidemment réduire l’envahissement financier des marchés des capitaux par une hausse des taux d’intérêt. Mais cette augmentation des taux d’intérêt ruinerait les Etats qui se trouvent déjà au bord de la faillite et aggraverait encore la crise conjoncturelle par des difficultés de paiement de l’économie privée. Actuellement aucune banque centrale n’ose récupérer l’argent prêté à la légère.

    Comme une vraie correction n’est encore ni arrivée ni n’est voulue, la crise persiste et se propage comme une métastase vers d’autres secteurs. De la crise financière privée vers la crise des finances de l’Etat, vers la crise réelle de notre économie, vers la crise de nos systèmes sociaux jusqu’à l’appauvrissement et aux troubles sociaux.

    La Grèce n’avance en tête dans cette situation de crise que parce qu’elle est contrainte de faire des économies. Mais faire des économies fera grimper plus sûrement la spirale de la crise. Tous les autres pays qui voudraient faire des économies et qui doivent faire des économies, devront suivre l’exemple de la Grèce; même les USA en tant que pays le plus endetté au monde.

    Il n’y a qu’une seule issue: des mesures d’économies drastiques pour empêcher la crise économique et sociale, c’est-à-dire l’inflation.

    En pratique, les banques centrales ont déjà jeté les fondements de l’inflation par la submersion de l’argent. Réduire la masse d’argent, c’est comme un sevrage. Celui qui ne peut pas supporter les conséquences d’une désintoxication doit réduire lentement sa consommation, mais cela veut dire qu’il accepte encore plus longtemps sa toxicomanie.

    Pour le dire encore une fois: La crise du dollar et de l’euro a déjà commencé, il y a plusieurs années, par une hausse effrénée de la masse monétaire. Depuis plusieurs années, la FED n’a même plus avoué à quel point elle avait augmenté la masse monétaire chaque année, c’était en tout cas plus de 20%, dernièrement plus de 100%. L’inflation est donc voulue et au fond inévitable.

    Le problème des monnaies soumises à l’inflation, c’est juste de savoir quelle monnaie perdra plus vite sa valeur. Il y a une course internationale à la dévaluation. Dans ce processus, l’euro pourrait en tout cas rester plus stable que le dollar.

    L’inflation résout bien des problèmes:

    • Le gagnant de toute inflation, c’est le débiteur. Tous les Etats sont surendettés, donc ils sont les gagnants.

    • L’inflation peut aussi corriger les dettes bancaires et les investissements toxiques, elle est donc également utile pour le système financier qui joue avec l’argent.

    • L’inflation stimule l’économie parce qu’il y aura de faux profits et une fuite vers les biens réels et les investissements.

    • Mais l’inflation sert avant tout les politiciens sociaux. Les prestations sociales sont dévaluées, et il n’y a pas besoin de les réduire formellement. Cela a déjà été prévu par le Bundestag allemand, qui a décidé une garantie du montant de la retraite, sachant que les retraites pourront de moins en moins être payées. Il s’est décidé pour la dévaluation au lieu de la réduction.

    On continuera à nous raconter le conte de fées des économies publiques, mais nous vivrons en réalité l’inflation à des taux à deux chiffres. Les perdants sont ceux qui possèdent des valeurs monétaires, comme les actions, les titres de rente, les droits d’assurances, les fonds etc. Mais ceux qui ont un revenu stable ou qui reçoivent des allocations sociales, vont aussi y perdre à cause de la dévaluation. Les propriétaires de biens réels par contre seront gagnants, à moins qu’on ne leur présente la facture par des impôts qui augmentent.

    Une chose est sûre: Nous avons joui d’une fausse prospérité durant les décennies passées. Celle-ci se réduira forcément et laissera des perdants sur le carreau. Les secteurs de la crise les plus touchés seront les systèmes sociaux avec ses allocations et avec ce que l’Etat pourra encore distribuer. La lutte entre les fournisseurs pour leurs prestations et les bénéficiaires pour ce qu’ils reçoivent s’aggravera. Westerwelle a été le premier qui a osé aborder ces problèmes du futur. Dans les années à venir, cela deviendra le principal sujet de la politique.

    Source : Horizons et débats – N°15 du 19 avril 2010

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  3. oppossùm dit :

    Je livre cette étrange phrase qu’aurait prononcée Paul Jorion (J’en reste pantois comme un pantin) :

    “L’augmentation de la masse monétaire dûe aux crédits entraîne avec elle une très grande fragilité”

    ( http://www.focusstrategique.com/commenter/79 : Focus Stratégique Québec 2010 (le 22 avril ))

    Une mauvaise traduction ?😉

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    • Christophe dit :

      Je ne vois pas de contradiction.
      Il aurait pu écrire l’augmentation des reconnaissances de dette envers les déposants(monnaie scripturale) dûe aux crédits entraine avec elle une grande fragilité:
      Insolvabilité des emprunteurs ->crise de liquidité-> crise de solvabilité des banques ->crise financiere ->crise economique

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      • oppossùm dit :

        Christophe je veux dire simplement que jusqu’à présent chez jorion les dépôts faisant les crédits la masse monétaire ne peut être que stable à priori.
        Il aurait pu dire😉  » la pseudo-augmentation de la masse monétaire due à l’accélération de la vitesse de rotation de la monnaie centrale ou éventuellement à son augmentation … etc  » … si j’ai bien compris …

        Ps/ De plus il a toujours critiqué la notion d’agrégats monétaires (à la base de la notion de masse monétaire)

        La vérité est qu’au delà de son moralisme anti-spéculatif, s’il ne quitte pas son dogme totémique castré, il ne peut rien dire de la crise actuelle.

        Il a d’ailleurs un don pour les concepts hémiplégiques , un des derniers étant que le prix n’est plus le reflet de l’offre et la demande mais de celui des rapports de pouvoir.
        Là aussi incapacité à voir qu’il y a articulation des deux avec prépondérance de l’un ou l’autre suivant la temporalité dans laquelle on se place

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    • A-J Holbecq dit :

      Je pense que la position de Jorion soutenant que les banques ne pouvaient pas créer (ex nihilo) de nouvelle monnaie de crédit scripturale devient intenable: petit à petit il rejoindra notre position (celle des « créationnistes »😉 ), comme nous le rejoignons de notre coté sur l’idée qu’il ne faut pas confondre « monnaie » (au sens de liquidité « considérée comme relativement utilisable facilement et sans perte » ) et la nécessité de dissocier la monnaie du crédit, et obtenir une couverture intégrale par de la monnaie de base (monnaie de banque centrale) des dépôts considérés comme des disponibilités monétaires par les agents économiques (les dépôts à vue et assimilés).

      … comme l’explique Christian Gomez dans https://postjorion.wordpress.com/2010/02/22/67-christian-gomez-100-money/

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