73 – Billet invité: A-J Holbecq « développement équilibré »

Pour quelle(s) raison(s) considère t-on qu’au plus sa part de marché des dépôts est importante, au plus un réseau bancaire peut octroyer des crédits sans faire appel au refinancement interbancaire (qui représente un coût à déduire des bénéfices réalisés sur les crédits) ?

Essayons d’expliquer ceci

Imaginons un système monétaire composé de deux réseaux de banques commerciales A et B dont les bilans initiaux sont les suivants (vous me pardonnerez de mettre les « actifs – passif » en ligne et non sous forme de tableaux). C’est donc que le réseau A a une part de marché de 10% des dépôts et le réseau B de 90% :

Bilan initial du réseau bancaire A Bilan initial du réseau bancaire B
Actif Passif Actif Passif
Crédits = 1000 Dépôts à vue = 1000 Crédits = 9000 Dépôts à vue = 9000

1 – Les banques A et B accordent chacune 100 de crédits nouveaux (total de 200).

Lorsque A accorde un crédit de 100 à ses clients, ceux-ci l’utilisent dans une proportion de 10% pour des paiements à des détenteurs de comptes auprès de A et pour 90% pour des paiements à des clients de B.

Suite à la dépense du crédit de 100 accordé par A, 10 (10 % de 100) retourne sous forme de dépôts dans A et 90 se retrouvent en B.

L’utilisation du crédit de 100 par les clients B se traduit de la même manière par un retour de dépôts dans B pour 90 (90 %) et 10 se retrouvent en A. On a donc les bilans intermédiaires suivants :

Bilan du réseau bancaire A Bilan du réseau bancaire B
Actif Passif Actif Passif
Crédits = 1100

*Créance sur B = 10

Dépôts à vue =

1000  + 10 + 10

Dette envers B = 90

Crédits = 9100

Créance sur A = 90

Dépôts à vue =

9000 + 90 + 90

*Dette envers A = 10

Les banques procèdent ensuite à une compensation partielle pour un montant de 10 (marqués par un astérisque). Il reste une dette nette de A envers B de 80, que A va devoir refinancer auprès de la banque centrale ou du marché interbancaire

2 – Reprenons un nouvel  exemple avec des réseaux bancaires A et B ayant chacun une part de marché équilibrée (50/50) de 1000 initialement et faisant chacun un crédit de 100

Bilan du réseau bancaire A

Bilan du réseau bancaire B

Actif Passif Actif Passif
Crédits = 1000 + 100 Dépôts à vue =

1000  + 100

Crédits = 1000 + 100 Dépôts à vue =

1000 + 100

Lorsque A accorde un crédit de 100 à ses clients, ceux-ci l’utilisent dans une proportion de 50%  pour des paiements à des détenteurs de comptes auprès de A et pour 50% pour des paiements à des clients de B.

Suite à la dépense du crédit de 100 accordé par A, 50 (50 % de 100) retournent sous forme de dépôts dans A et 50 se retrouvent en B. L’utilisation du crédit de B se traduit par un retour de dépôts dans B pour 50 (50 %) et 50 se retrouvent en A. On a donc les bilans intermédiaires suivants :

Bilan du réseau bancaire A Bilan du réseau bancaire B
Actif Passif Actif Passif
Crédits = 1100

Créance sur B = 50

Dépôts à vue = 1100

Dette envers B = 50

Crédits = 1100

Créance sur A = 50

Dépôts à vue = 1100

Dette envers A = 50

Les banques procèdent ensuite à des compensations pour un montant de 50 chacune. Aucune dette résiduelle n’existe, donc aucun besoin de refinancement, et le bilan redevient ce qu’il était, c’est  à dire 1100 à l’actif et au passif, chacune

3 – Toujours avec un total de crédits nouveaux de 200 : si A se contente de faire un crédit de 20 correspondant à sa part de marché, et B de 180 (correspondant également à sa part de marché), nous aurons :

Le bilan initial est sans changement avec les cas précédents.

Ensuite, lorsque A accorde un crédit de 20 à ses clients, ceux-ci l’utilisent dans une proportion de 10% pour des paiements à des détenteurs de comptes auprès de A et pour 90% pour des paiements à des clients de B

Donc sur la dépense du crédit de 20 accordé par A, 2 (10 % de 20) retourne sous forme de dépôts dans A et 18 se retrouvent en B.

De même, l’utilisation du crédit de 180 fait par B se traduit par un retour de dépôts dans B pour 162 (90 %) et 18 se retrouvent en A. On a donc les bilans équilibrés suivants :

Bilan du réseau bancaire A Bilan du réseau bancaire B
actif passif actif passif
Crédits = 1000 + 20 = 1020 Dépôts à vue = 1000 + 2 +18 =1020 Crédits = 9000 + 180 = 9180 Dépôts à vue = 9000 + 18 + 162 = 9180

Le montant des fuites hors de A est de 90% des  crédits de A = 18 = 0,9  x crédits de A

Le montant des fuites hors de B est de 10% des  crédits de B = 18 =  0,1 x crédits de B

Dis autrement : pour que qu’il y ait compensation intégrale il faut donc que 90% des crédits de A = 10% des crédits de B, c’est-à-dire que Crédits de A (Ca) divisé par Crédits de B (Cb) = Part de marché sur les dépôts de A (Da) divisé par part  de marché sur les dépôts de B (Db)

Ca/Cb=Da/Db (= 1/9 dans notre exemple)

Cette condition dite de développement équilibré indique que les fuites hors de chaque réseau bancaire se compensent parfaitement si le rapport des crédits nouveaux est égal au rapport des parts de marché de dépôts. Nulle opération de refinancement n’est nécessaire («Toutes les banques marchent du même pas», dit Keynes).

Il est donc stratégique pour une banque de chercher à conquérir (ou à défendre) des parts de marché sur les dépôts.

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7 commentaires pour 73 – Billet invité: A-J Holbecq « développement équilibré »

  1. NingúnOtro dit :

    C’est peut-être à partir de la vérité telle qu’elle est dite dans votre dernière phrase que quelques-uns considèrent trompeusement que ce sont les dépôts qui font les crédits, et que les banques ne prêtent donc que l’argent préalablement épargné (ce qui fond leur refus du ex-nihilo).

    Ils prendraient une part de vérité (ils ne peuvent le faire sans devoir compenser) pour une toute autre vérité (ils ne peuvent le faire).

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  2. Bruno Lemaire dit :

    @AJH, tu as évidemment raison, mais cela me paraissait évident, même avant ta splendide démonstration. Je crois que, de mon temps (avant guerre 😉 ) on appelait cela une règle de trois (pas de Troie 😉 )

    Bravo en tout cas pour ta maestria et ta ténacité.

    Très amicalement, Bruno.

    J'aime

    • LSH dit :

      12 mars 2010, MSNBC, The Dylan Ratigan Show (sous-titré en français)

      La banque Lehman Brothers a bénéficié de la complicité du Trésor américain et de la Fed pour masquer ses pertes, en détournant des outils financiers déjà louches…

      Le rapport de 2200 pages mentionné établit clairement que la crise financière qui ruine l’économie mondiale « n’est pas un accident »

      J'aime

    • postjorion dit :

      Et après certains diront « non, ils ne sont pas tous pourris, il ne faut pas s’attaquer aux hommes ni aux structures… »

      Ceci éclaire il me semble, non seulement la discussion d’hier mais aussi celle qui eut lieu précédemment à propos de la « création monétaire par les banques commerciales » : trier parmi les torts de l’ennemi est une perte de temps puisque son statut d’« ennemi » ne sera jamais mis en cause. Cela explique aussi pourquoi nous procédions, de notre côté, en proposant une démonstration toujours plus fouillée, toujours plus complète, alors que nos opposants s’efforçaient eux d’allonger la liste de ceux qui sont de leur avis. Cet argument « par le nombre » me déconcertait : « Quel importance, le nombre ! », me disais-je, mais le nombre n’est pas indifférent s’il s’agit de se compter, de compter « ceux qui sont comme nous » et « les autres ».

      Vous avez reconnu la prose de qui-vous-savez.
      Et pour mieux comprendre tout cela: http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2010/03/14/107-la-censure-chez-paul-jorion

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