52 – Bernard Maris : antimanuel d’économie

« Création et destruction monétaires

C’est le principe fondamental de l’émission monétaire : si je fais un crédit papier de 100 et si je sais qu’une grande partie de ce crédit reviendra chez moi, banquier, je peux multiplier le crédit bien au-delà du stock d’or dont je dispose. Dans le cas n° 1, mon « multiplicateur de crédit » est de 5; dans le cas n° 2, de 2; dans le cas n° 3, de 10. Le mécanisme est décrit dans l’adage: « Les prêts font les dépôts. » Le crédit fait les dépôts, il fait l’argent. Et non l’inverse ! Avis à ceux qui croient que l’épargne fait l’argent. Quel contresens économique ! Retenons que la création monétaire est une mise en branle de forces économiques, du travail, des matières premières, des inventions, de la technique, de la production, de la consommation, une anticipation de l’activité économique.

Cette création monétaire était en principe garantie par de la marchandise, du métal, de l’or et de l’argent : une assurance métallique. Mais la vraie garantie de la création monétaire, c’est l’anticipation de l’activité économique, du cycle production-consommation. Encore faut-il que cette anticipation soit saine : toute création monétaire saine débouche sur une destruction monétaire équivalente. Par exemple, je prête de l’argent à un constructeur de voitures, je lui fais un crédit. Avec ce crédit, il embauche des ouvriers qui construisent les voitures et il les paye. Avec leur salaire, les ouvriers achètent les voitures. L’argent revient chez le constructeur, et le constructeur rembourse son banquier. Argent créé, argent détruit égalent opération saine. Crédit, remboursement.

Prenons un second exemple. Je suis banquier, j’anticipe sur la nouvelle économie, sur des téléphones portables avec Internet, et je facilite la création d’entreprises qui en fabriquent, mais personne ne veut de cette nouvelle génération de téléphones. J’ai payé des gens, en tant que fabricant, mais ceux-ci ne veulent pas de ma marchandise. Je suis donc incapable de rembourser et ma dette ne s’éteint pas. La création monétaire n’est pas suivie d’une destruction. Je traîne mes dettes, comme le Japon traîne des dettes suite à une immense spéculation immobilière, comme France Telecom traîne des dettes suite à une mauvaise anticipation de l’activité économique, comme Vivendi traîne des dettes suite à des investissements dans des portails sans clients sur Internet, comme l’Argentine traîne des dettes vis-à-vis du FMI parce qu’elle a été incapable de faire fructifier l’argent qu’il lui a prêté, à tort.

Nous percevons mieux la nature de la monnaie : des dettes (des créances sur la banque émettrice) qui circulent. Des dettes, qui, si elles sont saines, doivent, par l’activité économique, provoquer leur remboursement.

Aujourd’hui, la monnaie est détachée de tout support matériel, on peut en créer à l’infini. Pourquoi, pendant très longtemps, les économistes se sont-ils opposés à ce que la monnaie n’ait pas de couverture métallique ? Comme Ricardo par exemple, à l’origine de l’Acte de Peel (1844), acte qui inspira longtemps la politique de la Banque d’Angleterre, établissant que tout billet devait avoir une stricte couverture en or (9). La raison en est que les économistes n’avaient pas confiance dans la capacité des banquiers à anticiper l’activité économique. En France, la faillite de la banque créée par Law détruisit pour un siècle la confiance des Français dans le papier monnaie. Law était un banquier écossais qui émettait des billets garantis par le développement du commerce de la France avec les premiers comptoirs, notamment la Louisiane. Quand on a commencé à se méfier de la réussite des entreprises vers cet État et ailleurs, le système de crédit créé par Law s’est écroulé. Tout le monde a voulu se débarrasser de ses billets estampillés « Banque Law » et réclamer de l’or. Faillite généralisée, ruine des petits épargnants, qui, comme toujours, comme pour France Telecom ou Enron, sont les derniers attirés par l’aubaine et les premiers roulés. Troubles publics, enrichissement scandaleux de spéculateurs qui avaient flairé la faillite du système. »

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