51 – Le commerce des promesses

(Petit traité sur la finance moderne)

PIERRE-NOËL GIRAUD

Né en 1949, il est professeur économie à l’École des Mines de Paris, où il a fondé et dirige le CERNA (Centre de recherche en économie industrielle), et à l’université de Paris-Dauphine. Il est notamment l’auteur de L’Inégalité du monde (Gallimard, 1996) et de Économie : le grand saton ? (Textuel, 1998).

Editions du Seuil – Janvier 2001

Extraits du chapitre 5


Le retour du grand Chaman : finance et monnaie

En première analyse, il est possible de séparer monnaie et finance pour définir les fonctions et le modus operandi de cette dernière. Nous l’avons fait en supposant une monnaie unique et stable. Stable signifie que son pouvoir d’achat en biens de consommation est constant dans le temps. Cette hypothèse nous dispensait de nous interroger sur les conditions d’une telle stabilité, ainsi que sur les modalités de production de la monnaie.

Il faut maintenant lever cette hypothèse, car monnaie et finance sont intimement liées pour deux raisons. La première est fondamentale : tous les contrats financiers sont exprimés en monnaie. Acheter un bon du Trésor de 1 000 F à 10 ans à 5 %, c’est payer aujourd’hui 1 000 F et recevoir la promesse que le Trésor public vous remettra la somme de 1551F 10 ans plus tard jour pour jour, Si, en 10 ans, le pouvoir d’achat du franc a été divisé par deux (il suffit pour cela que l’inflation ait été en moyenne de 7 % par an), vous ne disposez en réalité que de 775 F. Cela ne peut certes vous laisser indifférent, puisque votre intention était justement de transférer dans le temps du pouvoir d’achat. La seconde est institutionnelle et a priori contingente (il n’y a pas de raison théorique qu’il en soit toujours ainsi) : aujourd’hui, ce sont les banques qui créent de la monnaie. Or elles sont également des acteurs majeurs sur tous les marchés financiers. Les banques sont donc au cœur de l’articulation entre finance et monnaie.

Nous exposerons d’abord les mécanismes de la création monétaire, le rôle qu’y jouent les banques et les raisons de l’évolution du pouvoir d’achat de la monnaie dans le temps : l’inflation et la déflation. Ensuite, nous définirons la politique monétaire, c’est-à-dire les moyens par lesquels les États peuvent contrôler la création moné­taire. Enfin, nous analyserons les rapports entre finance et monnaie.

Qu’est-ce que la monnaie ?

Qu’est-ce que la monnaie ? La monnaie est le seul objet économique qui puisse être échangé instantanément contre n’importe quel autre. La monnaie est avant tout un moyen de paiement. Cette première fonction lui en confère une seconde : celle d’unité de compte.

Le prix d’un objet, sa valeur d’échange, pourrait en théorie être exprimé par une interminable liste des quantités de tous les autres objets contre lesquels il peut être échangé. Il s’exprime plus simplement en unité monétaire. Pour pouvoir remplir ces deux fonctions, la monnaie doit en assurer une troisième : être une réserve de valeur. Le pouvoir d’achat d’une monnaie, pour qu’elle soit utilisée comme moyen de paiement, doit en effet être relativement stable dans le temps. Pour accepter de la monnaie en échange d’un bien dont on se sépare, il faut que, pendant le temps où l’on conserve cette monnaie, par exemple pour prendre le temps de rechercher et de trouver un objet qu’on désire acquérir, elle n’ait pas perdu une bonne partie de sa valeur. Sinon, on préférerait le troc, malgré son immense inconvénient qui est de ne pas séparer l’achat de la vente, ce que permet la monnaie si elle est réserve de valeur. Une monnaie n’a généralement ces trois fonctions constitutives (moyen de paiement, unité de compte, réserve de valeur) que dans un espace géographique donné.

Il résulte de ce qui précède que tous les objets économiques, hormis la monnaie, présentent un degré non nul d’«illiquidité». L’illiquidité est définie comme l’existence d’une différence entre le prix de vente et le prix d’achat. Son degré est mesuré par le rapport de cette différence au prix moyen. Si un objet quelconque pouvait toujours se vendre et s’acheter, au même prix, en n’importe quelle quantité, il serait équivalent à la monnaie, puisque cette échangeabilité sans coût avec la monnaie lui en conférerait toutes les fonctions. Il serait l’une des formes de la monnaie.

Pour ce qui va nous intéresser dans la suite, notons donc qu’aucun actif financier n’est parfaitement liquide. C’est ce qui le différencie de la monnaie. Certains sont plus liquides que d’autres, mais aucun ne l’est parfaitement. Un bon du Trésor est très liquide, mais il existe une petite différence entre prix de vente et prix d’achat, de même pour les actions des grandes sociétés cotées, autre actif très liquide. Même ce qui peut paraître le plus proche d’une monnaie ayant cours dans une zone donnée, le franc par exemple, à savoir une autre monnaie convertible en francs et largement utilisée dans le monde, le dollar par exemple, est, pour un résident en France, un actif financier et non une monnaie. Il ne peut payer son café en dollars à Paris, sauf si le garçon de café accepte les dollars parce qu’il va les changer au bureau de change d’à côté. Mais, dans ce cas, le garçon, même parfaitement honnête et ne prenant pas de commission, le changera à un cours inférieur à celui auquel son client l’a acheté, car, au bureau de change, le dollar à l’achat est plus cher qu’à la vente. Non seulement en raison de la marge (confortable) que prend le bureau de change, mais aussi parce que les banques, qui achètent et vendent les monnaies « en gros » sur le marché des changes, subissent aussi un bid-ask spread.

Dans les économies modernes, la monnaie au sens strict a deux formes : les billets de banque et les dépôts bancaires à vue. Les systèmes bancaires y sont des systèmes hiérarchisés à deux niveaux : la banque centrale et les banques de second rang, dites commerciales. Si vous avez 1000 F sur votre compte courant au Crédit lyonnais, c’est un «dépôt». Quelqu’un, vous-même, votre employeur, les a en effet déposés sur votre compte.

C’est un dépôt « à vue » car vous pouvez l’utiliser à tout instant en tirant des chèques ou en donnant des ordres de virement. Vous pouvez régler par chèque n’importe quel achat : c’est de la monnaie. Par contre, si vous avez 1000 F sur un compte à terme rémunéré, vous ne pourrez les retirer avant le terme prévu qu’au prix d’une légère pénalité. Vous avez prêté 1000 F à la banque, vous lui avez donc acheté une créance (Il faut s’habituer à cette équivalence. Un prêt de monnaie est toujours un achat de titre de dette : créance, obligation, etc. Un emprunt de monnaie est une vente d’un titre de dette) Quand vous empruntez à votre banque, vous lui vendez une créance (le contrat de prêt que vous avez signé). , vous pouvez la lui revendre avant l’échéance, mais à un prix inférieur (en raison de la pénalité). Ce n’est pas de la monnaie au sens strict, même si c’est un actif financier très liquide et donc facile à transformer en monnaie. Facile signifiant à coût faible.

Qui produit la monnaie ?

Comment la monnaie est-elle créée ? Dans les systèmes monétaires contemporains, ce sont les banques commerciales qui ont l’initiative de la création monétaire. Une banque crée de la monnaie en faisant crédit à ses clients. En accordant un crédit de 100000 F à l’un de ses clients, Monsieur X, le Crédit lyonnais, par exemple, crée un dépôt à vue de 100000 F à la disposition de Monsieur X. Dans son bilan, ce dépôt s’inscrit à son passif. En face, à son actif, s’inscrit la créance qu’il détient désormais sur Monsieur X. Le Crédit lyonnais a donc prêté à Monsieur X, c’est-à-dire a acheté une créance portant intérêt à Monsieur X, avec de la monnaie qu’il a créée ex nihilo pour l’occasion, par simple inscription d’un dépôt de 100000 F sur le compte courant de Monsieur X. La monnaie ainsi créée, dont l’unité est le franc, est en réalité de la monnaie « Crédit lyonnais », comme on va s’en rendre compte dans la suite. Monsieur X signe en effet un chèque de 100000 F à un concessionnaire Renault pour acheter une voiture. Si le concessionnaire a son compte au Crédit lyonnais, il y dépose le chèque. Cette banque débite alors le compte de Monsieur X de 100000 F et crédite celui du concessionnaire de 100 000 F. La monnaie que le Crédit lyonnais a créée, après avoir circulé entre deux agents économiques, est revenue en dépôt chez lui. Elle reste à son passif : il n’y a pas eu « fuite » de cette monnaie hors de sa sphère.

Si le concessionnaire porte son chèque à la BNP, celle-ci le conserve jusqu’au soir. Chaque soir, toutes les banques se retrouvent dans le cadre d’un « organisme de compensation ». Le compte de tous les chèques détenus par une banque sur toutes les autres est fait, et on effectue la compensation : les chèques de la BNP détenus par le Crédit lyonnais sont échangés contre les chèques du Crédit lyonnais détenus par la BNP, franc pour franc. Reste généralement un solde. Supposons qu’après compensation la BNP détienne finalement toujours le chèque de 100000 F émis par Monsieur X, client du Crédit lyonnais. Le Crédit lyonnais pourrait proposer à la BNP de la payer dans sa propre monnaie : il proposerait à la BNP de lui ouvrir un compte à vue où elle déposerait ce chèque. Ainsi, comme dans le cas précédent, le Crédit lyonnais virerait 100000 F du compte de Monsieur X au compte de la BNP, et son passif n’aurait pas varié. Mais cela ne présente aucun intérêt pour la BNP, car ce dépôt à vue n’est pas rémunéré. La BNP demande donc au Crédit lyonnais de lui échanger le chèque contre un titre portant intérêt. Cette vente de titre est un emprunt : le Crédit lyonnais a dû emprunter à la BNP la monnaie qu’il avait créée et qui était sortie de sa sphère. Le marché où les banques se prêtent entre elles en s’achetant des titres est le « marché interbancaire ». Une banque qui a dû emprunter aux autres un jour peut parfaitement se trouver dans la situation d’avoir à leur prêter le lendemain et donc de racheter des titres. On comprend que les titres échangés sur ce marché doivent être très liquides (hid-ask spread minimum).

Quittons le niveau des opérations élémentaires de crédit pour prendre une vue plus générale du bilan des banques, de l’origine de leurs profits et de leur comportement. L’opération simple de crédit que nous venons de présenter peut laisser croire que le métier de banquier est très agréable. Il consiste en effet à créer sa propre monnaie ad libitum et sans coût pour la prêter avec intérêt. Laissons ad libitum de côté pour l’instant et examinons le problème du coût des ressources bancaires. Si ces ressources sont exclusivement des dépôts à vue créés par elles en faisant crédit, elles sont gratuites. Ainsi, si une banque crée un dépôt de 100 000 F en faisant un prêt de 100 000 F à un an à 10 %, elle fait un bénéfice de 10 000 F dans l’année. Mais nous avons déjà vu que si ce dépôt fuit, elle doit se refinancer en empruntant auprès d’autres banques (ou de la banque centrale). Si elle se refinance au taux de 5 %, elle paiera 5 000 F d’intérêt. Enfin, pour des raisons que nous verrons ci-dessous, les autorités réglementant les banques leur imposent des obligations dites « prudentielles » en matière de structure de leur bilan. En particulier, le « ratio Cooke » exige que les banques aient un capital proportionnel à leurs actifs (dont les crédits), pondérés par leur risque. Augmenter son volume de crédit exige donc d’augmenter son capital, qui doit être rémunéré. Cela a donc un coût. Bref, le coût des ressources des banques n’est pas nul. Il doit bien évidemment être inférieur aux intérêts reçus des crédits.

La différence s’appelle « marge brute ». Elle doit au moins couvrir les frais de fonctionnement bancaires, en particulier la fonction de règlement (celle-ci est généralement gratuite quand les dépôts à vue ne sont pas rémunérés, donc en vérité les dépôts à vue sont rémunérés par la gratuité de cette fonction), ainsi que les pertes des crédits non performants. Le solde est le profit de la banque. On voit donc qu’il y a nécessairement un lien entre le coût des ressources bancaires et le taux d’intérêt des crédits bancaires. Si le premier augmente, les banques doivent répercuter cette augmentation sur le second, pour conserver leurs marges brutes, donc leurs profits.

C’est par ce lien que cherchent à agir les banques centrales.

Lorsqu’une économie est en sous-emploi de ses moyens de production (chômage et sous-utilisation des capacités physiques de production), c’est que la demande est insuffisante pour engendrer une production qui sature les capacités existantes. Une augmenta­tion de l’activité de crédit des banques, qu’il s’agisse de crédits à la consommation octroyés à des particuliers ou de crédits consentis à des entreprises pour réaliser des projets d’augmentation de leur production, crée une demande supplémentaire. Si l’économie est en sous-emploi, cette demande peut être immédiatement satisfaite par une augmentation de la production, égale à la demande supplémentaire. L’augmentation de la production engendre une augmentation équivalente des revenus. En effet, les entreprises qui ont augmenté leur production ont ipso facto distribué sous forme de salaires et de profits la valeur de la production supplémentaire. En créant ex nihilo de la monnaie par une augmentation de leurs crédits, les banques créent des droits supplémentaires sur la production. Les bénéficiaires des crédits disposent en effet de quantités supplémentaires de monnaie immédiatement échangeables en biens et services réels. Mais, lorsque l’économie est en sous-emploi, cela a pour effet d’augmenter d’autant la production et les revenus. Ces droits sont donc immédiatement « validés », c’est-à-dire peuvent être satisfaits sans que d’autres droits déjà créés sur la production aient à être réduits.

Il n’en serait pas de même si l’économie, très proche de la saturation des capacités de production, n’était pas capable de répondre par une augmentation de la production à une augmentation de la demande engendrée par la création monétaire. Dans ce cas, les entreprises à qui s’adresse la demande supplémentaire, ne pouvant augmenter leur production, augmentent leur prix. Par propagation, l’ensemble des prix est modifié, à des degrés divers. Le niveau général des prix augmente, donc la monnaie se déprécie, tandis que les prix relatifs se modifient. C’est l’inflation.

Dans ce cas, les droits supplémentaires sur la production, créés par la monnaie «injectée» dans l’économie par les banques, ne peuvent être satisfaits, s’ils le sont, qu’au détriment d’autres droits puisque la production n’a pas augmenté assez pour valider la création monétaire. C’est l’inflation qui opère cette redistribution des droits, en modifiant les prix relatifs. Qui gagne et qui perd dans l’inflation est une question empirique. Cela dépend de la manière dont les droits des uns et des autres sur la richesse produite sont protégés contre l’évolution des prix. Il est certain par exemple que, si les dépôts à vue ne sont pas rémunérés, tous les détenteurs de monnaie sont perdants. Si les salaires sont indexés sur le niveau général des prix à la consommation, mais avec retard, les salariés sont perdants dans une accélération de l’inflation, mais pas dans un régime d’inflation stabilisée. Tous ceux qui ont emprunté à taux fixe sont gagnants, puisqu’ils rembourseront dans une monnaie dévaluée. Tous ceux qui ont prêté à taux fixe sont perdants.

En réalité, les choses ne sont pas aussi tranchées. Même en situation de sous-emploi, la demande issue de la création moné­taire, en se diffusant dans l’économie, rencontre inévitablement des capacités de production qui, localement ou dans un secteur donné, sont plus « tendues ». La création monétaire se partage donc toujours en « effet volume » (augmentation de la production) et « effet prix » (inflation). Cependant, plus on approche d’une situation de plein emploi des capacités, plus l’effet prix a tendance à l’emporter.

La monnaie est créée par les banques commerciales, des institutions financières privées, dont lactivité est essentiellement orientée par la recherche du profit, et qui sont en compétition entre elles. En période de bonne conjoncture économique, quand on s’approche du plein emploi et que la croissance est forte, elles n’ont aucune raison de ralentir spontanément leur offre de crédit. Réciproquement, en période de récession, quand l’économie s’éloigne du plein emploi, que la croissance est faible, la fréquence des faillites chez leurs clients augmente. Les banques deviennent prudentes, presque inévitablement trop prudentes : elles refusent des crédits à des consommateurs solvables et à des entreprises qui présentent des projets rentables. La création monétaire est ralentie, ce qui aggrave la récession. Les banques n’ont donc aucune raison de créer spontanément exactement la quantité de monnaie qui maintiendrait l’économie en plein emploi sans accélération de l’inflation.

C’est donc à l’État, en l’occurrence par l’intermédiaire de la banque centrale, d’intervenir pour tenter de « réguler » la création monétaire. Naturellement, l’État doit d’abord se fixer un objectif : le plein emploi, cela va sans dire, mais avec un niveau d’inflation « acceptable ». Mais quel est le niveau d’inflation acceptable ? Est-il de 2 %, ce qui est le dogme actuel dans les pays de la zone euro, ou peut-il être plus élevé, et surtout plus variable, comme on semblait s’en accommoder très bien avant les années 80 ? Car l’inflation a des vertus. Elle permet d’opérer des transferts de droits sur la production progressifs et faiblement conflictuels car diffus, non annoncés, non négociés, simplement constatables a posteriori. Mais ce n’est pas encore le moment de discuter de cette importante question. Admettons que les États aient un objectif : s’approcher du plein emploi tout en maintenant l’inflation en dessous d’un certain chiffre. Comment peuvent-ils y parvenir? Schématiquement, on distingue des moyens directs et indirects, parmi lesquels on peut encore distinguer les moyens mécaniques et ceux que je qualifierais de chamaniques. Ces moyens constituent la politique monétaire.

Cet article a été publié dans Banques, Débat monétaire. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour 51 – Le commerce des promesses

  1. MArt dit :

    Coucou,

    Juste pour vous transmettre le lien d’un réseau social de troc que je trouve top ! Ca s’appelle Myrecyclestuff.com, alors hésitez pas à aller jeter un coup d’oeil.

    A +

    J'aime

  2. Nicolas dit :

    @ Postjorion

    merci pour les réponses, j’étais parti sur une mauvaise piste car je n’avais pas correctement défini les monnaies.Les extraits du livre de P.-N. Giraud sont très bien venus.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s