47 – La monnaie et nous (dépliant BdF)

Il s’agit d’extraits d’un dépliant distribué actuellement dans les lycées par la Banque de France

Vous pouvez le télécharger en entier sur cette adresse:

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/messages_recus/BDF_2009_La_monnaie_et_nous.pdf

La monnaie prend diverses formes et remplit des fonctions essentielles.

Depuis que les hommes travaillent, ils ont besoin d’échanger les richesses qu’ils produisent.

En l’absence de monnaie, le vendeur el l’acheteur doivent chacun disposer d’un bien que l’autre désire acquérir au même moment. La comparaison des valeurs est difficile. L’un des biens échangés peut être périssable et difficile à conserver comme monnaie d’échange pour une transaction future.

Utiliser un instrument d’échange intermédiaire devient nécessaire à la fois pour évaluer les biens par rapport à un étalon unique et pour conserver leur valeur pendant un certain temps.

Le troc pur et simple ne semble jamais avoir existé La monnaie joue un rôle d’intermédiaire indispensable dans les échanges. Chaque civilisation a inventé des formes de monnaie (le bétail, l’épi d’orge…) mais peu à peu les métaux précieux ont constitué leur support dominant.

Sous leur forme brute, un pesage était nécessaire à chaque transaction. Pour éviter cet inconvénient, les pouvoirs publics se mirent à frapper des pièces dont ils garantissaient le poids el la contenance en métal précieux : la monnaie métallique était née.

Le développement des échanges commerciaux entraîna l’apparition de banquiers qui délivraient à leurs clients des reçus en échange de leurs pièces métalliques.

Ces reçus étaient d’une utilisation beaucoup plus pratique, et ils prirent la forme de billets de banque, libellés pour des sommes rondes.

Progressivement, les gouvernements ont réservé le privilège de l’émission des billets à une seule banque : l’institut d’émission, ou banque centrale. La Banque de France a été créée le 18 janvier 1800 par le premier consul Napoléon Bonaparte. Elle bénéficiait d’un privilège d’émission étendu progressivement à tout le territoire.

La valeur de ces billets reposait sur la confiance du public, les billets pouvant à tout moment être échangés contre des pièces d’or. Il s’agissait là d’une monnaie fiduciaire (du latin fiducia : confiance). Le franc Germinal est défini en 1803 par rapport à un poids d’or et d’argent; cette référence restera inchangée pendant cent vingt-cinq ans*

Par la suite, les banques centrales* ne furent plus contraintes d’échanger les billets : ceux-ci étaient devenus la principale forme de la monnaie, en remplacement des espèces » d’or et d’argent,

Plus récemment, les règlements par jeu d’écritures entre comptes bancaires se sont bien plus développés que les paiements par pièces et billets. Le dépôt bancaire, simple écriture sur un compte, constitue la monnaie scripturale; il représente un droit à recevoir des billets de banque, tout comme les billets représentaient auparavant un droit à recevoir des espèces en métal précieux. Ce droit a pour contrepartie l’obligation pour la banque de pouvoir à tout moment rembourser le montant de son dépôt à son client sous forme de billets.

Enfin, au cours des dernières années, l’innovation technologique a conduit à l’apparition d’une nouvelle forme de monnaie : la monnaie électronique. Il s’agit principalement aujourd’hui d’unités électroniques stockées sur une carte à puce, appelée porte-monnaie électronique et alimentée à partir d’un compte bancaire

LES FONCTIONS DE LA MONNAIE.

Depuis Aristote, on la définit  par trois fonctions.

Unité de compte, elle sert d’étalon des valeurs des biens et services, et permet les calculs nécessaires à leur échange: elle permet de fixer un prix des biens et services.

Moyen de règlement, la monnaie est l’instrument des échanges, et permet d’éviter les inconvénients du troc.

Réserve de valeur, la monnaie établit un pont entre le présent et le futur puisqu’elle peut être conservée (on dit thésaurisée) en vue d’une utilisation ultérieure. Cette fonction de réserve de valeur est bien assurée aujourd’hui dans la plupart des pays occidentaux, grâce à la vigilance des banques centrales, gardiennes de la valeur de la monnaie.

La masse monétaire est composée de l’ensemble des billets, des comptes de dépôt et de tous les placements que l’on peut facilement transformer en argent liquide comme les livrets d’épargne, les comptes à terme ou les OPCVM monétaires. Par définition, on exclut de la masse monétaire les placements à long terme {plans d’épargne logement, placements en obligations) el les placements risqués (actions).

Lorsqu’ils s’intéressent à l’évolution de la quantité de monnaie présente dans l’économie, les économistes ont l’habitude de regrouper ces différentes composantes de la masse monétaire en sous-ensembles emboîtés, appelés « agrégats monétaires » Ml, M2 et M3.

L’agrégat le plus petit, Ml, contient uniquement l’ensemble des pièces et des billets en circulation ainsi que des dépôts à vue auprès des banques, soit ce qui correspond à la vision la plus intuitive de la « monnaie » et aux avoirs les plus liquides.

Le plus grand agrégat, M3, comprend jusqu’aux titres de dette à court terme (d’une durée inférieure à deux ans) émis par les banques et échangés sur les marchés financiers et aux parts d’OPCVM monétaires. Ces derniers placements sont en effet les moins « liquides » de la masse monétaire, c’est-à-dire les plus difficile à convertir sans délai et sans coût en moyen de paiement. Ils sont moins liquides, par exemple, qu’un livret d’épargne et bien sûr qu’un compte de dépôt que l’on peut débiter simplement avec son chéquier.

Le tableau ci-après détaille la composition de la masse monétaire dans la zone euro, les encours de crédits et leurs taux de croissance à fin 2008.

encours Taux de
à fin 2008 croissance 2008
en milliards € en%
Agrégats monétaires
(zone euro)
Billets et pièces en circulation 711 13,4
+ Dépôts à vue 3 267 1,4
= Ml 3 978 3,3
+ Autres dépôts monétaires 4 028 13,6
= M2 8 006 8,2
+ Instruments négociables 1 380 3,7
= M3 9 386 7,5
Crédits au secteur privé
(zone euro) 10 779 5,7
dont:    —
Crédits aux entreprises 4 829 5,7
Crédits à la consommation
des ménages 632 1,7
Crédits à l’habitat des ménages          3 492 1,5

Cette masse monétaire n’est pas figée, et elle n’est pas liée à une base physique de métal précieux. Elle évolue avec les besoins et les résultats de l’activité économique, et cela grâce aux banques. Si l’on ne faisait qu’échanger des pièces, des billets et des dépôts inscrits sur des comptes, il n’y aurait pas de variation de la masse monétaire. Mais ce n’est pas ce qui se passe en réalité.

Prenons le cas d’une entreprise »: pour fonctionner, elle a souvent besoin d’argent frais. Car il lui faut du temps pour fabriquer ses  produits,  les vendre et être payée, et en attendant, elle doit payer ses fournisseurs, acheter du matériel et rémunérer ses salariés.

Elle s’adresse donc à sa banque, qui va pouvoir lui accorder un crédit, moyennant intérêt* bien entendu. La banque inscrit le montant du crédit au compte de l’entreprise : la banque a créé de la monnaie.

C’est ainsi que la banque augmente par le crédit le montant des dépôts et crée de la monnaie. De son côté, l’entrepreneur s’engage à rembourser le crédit et les intérêts correspondants, grâce aux profits qu’il compte retirer de son activité.

L’entrepreneur a maintenant les moyens de produire, puis de vendre sa production. Il peut alors rembourser son banquier, et ses recettes lui permettent de payer les intérêts de son emprunt, qui sont la rémunération de la banque. Quand elle a reçu le remboursement, la banque annule le crédit accordé et la quantité de monnaie diminue.

Au total, la masse monétaire ne cesse de varier au rythme des créations et des destructions continuelles de monnaie.

LA NOTION DE MONNAIE CENTRALE

La création monétaire par les banques commerciales, par le biais du crédit, n’est pas indépendante de la quantité de monnaie que la banque centrale est elle-même prête à offrir aux banques commerciales. Cette « monnaie centrale», ou base monétaire, est composée de deux éléments qui apparaissent au passif du bilan de la banque : les billets en circulation dans l’économie d’une part, les comptes de dépôt des banques commerciales auprès de !a banque centrale d’autre part. Ces dépôts des banques commerciales auprès de la banque centrale, analogues au compte courant d’un particulier auprès de sa banque, sont appelés les réserves.

Les banques commerciales ont besoin de monnaie de banque centrale sous forme scripturale (réserves) pour deux raisons :

  • tout d’abord, pour régler à la banque centrale les billets qu’elles détiennent pour faire face aux retraits du public, Ainsi, les retraits de billets aux guichets des banques commerciales par le public imposent aux banques commerciales de se tourner vers la banque centrale pour obtenir de nouveaux billets, en contrepartie d’une diminution équivalente du montant de leur compte à la banque centrale ;
  • ensuite, pour régler chaque jour le solde de leurs opérations interbancaires ; la monnaie de la banque centrale est le moyen ultime de règlement entre banques, ce qui revient à dire que la banque centrale est la banque des banques.

Pour être sûres de pouvoir faire face à leurs obligations quotidiennes vis-à-vis des autres banques, les banques doivent  donc  veiller  à  maintenir  une  somme  minimale sur leur compte à la banque centrale, pour effectuer un règlement si besoin est.

Pour maintenir sa situation de trésorerie en équilibre, chaque banque doit donc faire appel quotidiennement au marché interbancaire* où elle emprunte ou prête chaque jour de la monnaie à d’autres banques commerciales, ou à la banque centrale. Ces emprunts entre banques ayant un coût (le taux de l’intérêt au jour le jour sur le marché inter­bancaire), les banques sont naturellement incitées à surveiller le solde de leur compte auprès de la banque centrale

Enfin, dans la zone euro comme dans de nombreux pays ou zones monétaires, les banques commerciales sont obligées de conserver un certain montant de réserves, indépendamment de ce qu’elles auraient voulu conserver spontanément auprès de la banque centrale : ce sont les réserves obligatoires dont le montant, fluctuant, dépend en particulier de l’encours des dépôts collectés par chaque banque commerciale. Dans la zone euro, les réserves sont rémunérées. Cette obligation de constitution de réserves contribue à créer une demande permanente de monnaie de banque centrale de la part des banques commerciales.

Dans la zone euro, le montant des réserves obligatoires pour l’ensemble du système bancaire s’est élevé en moyenne à 211 milliards d’euros en 2008. Le montant total des réserves détenues par les banques commerciales auprès du Système européen de banques centrales était, comme c’est généralement le cas, légèrement supérieur

Les banques centrales, comme !a Banque de France, ne se contentent pas de fournir des billets aux banques commer­ciales. Elles peuvent leur accorder des crédits » pour leur fournir la monnaie de banque centrale’ dont elles ont besoin.

La banque centrale étant par définition la seule a pouvoir fournir la monnaie centrale, ce moyen de règlement ultime dont les autres banques ont constamment besoin, elle est entièrement libre d’en fixer le prix. Ce prix est le taux d’intérêt directeur. Aujourd’hui, dans les économies développées, le taux d’intérêt directeur est le principal instrument dont disposent les banques centrales pour agir sur l’économie et en particulier pour œuvrer en faveur de la stabilité des prix. On dit que les banques centrales modernes conduisent une politique de taux d’intérêt

Le taux directeur détermine très largement le taux d’intérêt à très court terme des prêts entre banques sur le marché interbancaire. Dans la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a fixé son principal taux directeur à 1 % en mai 2009. La BCE fixe également, pour des raisons techniques, deux autres taux directeurs qui encadrent le premier dans une sorte de «corridor». En pratique, le taux d’intérêt à très court terme sur le marché interbancaire reste à l’intérieur de ce corridor de taux

Le taux directeur conditionne le taux auquel les banques se refinancent sur le marché interbancaire. Lorsque ce taux augmente, une banque donnée voit donc ses coûts augmenter et elle va chercher à répercuter cette hausse en augmentant à son tour les taux des prêts qu’elle consent.

Parallèlement, le taux à très court terme servant de référence pour le calcul des taux de marché à plus long terme (taux des prêts à un mois, trois mois, un an etc.), une hausse du taux directeur tend à se répercuter sur tous les autres taux de marché.

Par cascade, les taux directeurs vont ainsi toucher l’ensemble des taux d’intérêt* dans l’économie. Une modifi­cation des taux auxquels les ménages et les entreprises peuvent s’endetter a un impact sur l’activité économique et sur le rythme de l’inflation*,

Concrètement, une hausse du taux directeur aura plutôt tendance, toutes choses égales par ailleurs, à ralentir l’inflation. On parle alors de resserrement de la politique monétaire. Inversement, une baisse du taux directeur correspond à un assouplissement de la politique monétaire.

Cet effet d’une hausse du taux directeur sur l’inflation via une hausse induite des taux d’intérêt à plus ou moins long terme constitue ce que l’on appelle un « canal de trans-mission » de la politique monétaire : dans le cas présent, il s’agit plus particulièrement du «canal du taux d’intérêt». Les canaux de transmission de la politique monétaire sont nombreux et leur efficacité varie selon les caractéristiques des économies et dans le temps.

La politique monétaire affecte, en modifiant le taux directeur, un certain nombre de variables économiques qui agissent à leur tour soit directement sur les coûts et les prix, soit indirectement sur le niveau de la demande des agents économiques puis sur l’inflation.

Ces variables économiques sont notamment le taux de change*, le cours des actions, le volume total des prêts que les banques vont consentir aux agents économiques etc. En outre, une modification du niveau des taux directeurs envoie un signal aux ménages et aux entreprises’.

Ce signal est intégré dans les calculs des agents et influe donc sur leurs anticipations de prix et d’activité, anticipa­tions qui elles-mêmes déterminent en retour le comportement des agents aujourd’hui. Par exemple, lorsque la politique monétaire se resserre, les ménages qui prévoient d’acheter un logement peuvent anticiper que le coût des prêts immobi­liers va augmenter et changer leurs projets en conséquence

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A propos postjorion

Le blog d'André-Jacques Holbecq
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Un commentaire pour 47 – La monnaie et nous (dépliant BdF)

  1. Frederic dit :

    Merci de publier ce document de la banque de france
    qui explique point par point qu’il y a création monétaire. La théorie de Paul Jorion affirmant que cette création est une « légende urbaine » vient donc de subir une défaite cuisante, infligée par une autorité
    indiscutable en la matière.
    Bien que signalée sur le blog de celui-ci par Etienne
    Chouard, P. Jorion n’en souffle pas mot. Il devrait avoir l’honnêteté de reconnaître qu’il s’est trompé.

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