37 – Allais: la masse monétaire

Après le « 35 – Qu’est-ce que la monnaie ? (C.Gomez) »  je reprends ici un extrait (il  y en aura d’autres je pense) de cette communication tellement importante  de Christian Gomez sur le sujet qui nous intéresse particulièrement pour le moment .

Vous pouvez télécharger cette communication en totalité sur le site “oeconomia.net”.

La définition de la monnaie chez Allais : une importance capitale mais un objet difficile à cerner sur le plan empirique car de nature essentiellement psychologique

Les réflexions de Maurice Allais sur la monnaie, bien que toujours présentes dans son oeuvre, ont reçu une impulsion nouvelle avec les premières applications de la théorie HR et de l’EFDM à la période d’après-guerre aux Etats-Unis. En effet, il apparaissait clairement que les innovations financières (cf, supra, p3) de cette période avaient eu une influence considérable et « exogène » sur le comportement d’encaisses et que M1 en tant que telle ne pouvait plus être considérée comme un indicateur fiable dans les études empiriques. La dérive fortement haussière de la vitesse de circulation calculée à partir de M1 illustrait parfaitement cette constatation (cf, supra, p7). Dès lors, en montrant le caractère psychologique de ce concept appelé « monnaie », l’économiste français faisait oeuvre de pionnier en allant finalement beaucoup plus loin que ses collègues/concurrents anglo-saxons et en développant une ligne de pensée qui se révèle d’une grande puissance théorique tant pour approfondir la demande et l’offre de monnaie que pour comprendre des phénomènes concrets, comme la Crise d’aujourd’hui par exemple..

1. La définition psychologique de la monnaie chez Allais

Par rapport aux courants dominants outre-atlantique, Allais va bénéficier d’un avantage certain : le fait précisément de développer une approche totalement originale, qui ne se préoccupe pas des idées préconçues de type keynésien ou Friedmanien. Pour lui, l’encaisse d’un agent économique n’entre pas en concurrence ou ne s’arbitre pas seulement contre d’autres actifs financiers dans le cadre d’arbitrages spéculatifs contre des actifs risqués (Keynes) ou d’une allocation patrimoniale entre actifs financiers (Friedman). Compte tenu d’une perception donnée de la conjoncture, les agents économiques choisissent de maintenir en moyenne un certain niveau d’encaisse en relation avec les dépenses (décaissements) prévues dans leurs plans de trésorerie élaborés sur leur horizon décisionnel (l’intervalle de temps entre la réception de deux revenus pour un salarié par exemple). En agissant ainsi, ils cherchent à satisfaire les échéanciers prévus mais aussi de faire face à tous les aléas qui pourraient se produire en matière de dépenses ou de recettes et les mettre ainsi en risque de liquidité, c’est-à-dire dans une situation où il serait impossible de faire face à leurs engagements. Il faut donc comprendre de manière aussi approfondie que possible comment ils vont prendre en considération l’ensemble des éléments caractérisant leur situation financière pour déterminer ce niveau d’encaisses qu’ils jugeront adapté aux circonstances.

Dans les approches dominantes de la littérature d’aujourd’hui, les individus ont une structure de préférence psychologique entre la liquidité et le rendement et ils vont ajuster leurs choix selon le rendement relatif de chaque actif. Pour Allais, la construction d’un agrégat le plus représentatif possible du concept de « monnaie » et donc le choix des actifs entrant dans sa composition doivent s’appuyer sur un critère précis qui ne peut être que de nature psychologique : «A mon avis, du point de vue économique, la quantité de monnaie dont dispose un opérateur est la part de son actif qu’il considère (à tort ou à raison) comme susceptible de lui permettre d’effectuer ses paiements sans délai et sans restriction. Si on adopte cette définition, la masse monétaire qu’il y a lieu de considérer pour l’analyse des phénomènes monétaires est la somme des actifs qui sont considérés comme susceptibles d’être utilisés pour effectuer des paiements sans délai et sans restriction» (Allais, 1975, p120)

Cette définition conduit à sélectionner les différents actifs dont dispose un individu par rapport à leur « substituabilité » aux dépôts à vue (et, accessoirement aujourd’hui, à la monnaie fiduciaire), l’actif liquide et disponible par excellence. Si un agent considère qu’un actif donné peut être placé/investi car non nécessaire pour équilibrer les flux de trésorerie prévus à l’instant de la prise de décision, mais peut être mobilisable en cas de besoin sans coût « exorbitant » et sans risque trop « important », soit en tirant des chèques sur lui, soit en le faisant facilement virer sur le compte à vue , soit en obtenant en contrepartie des « facilités de caisse » (prêts contre collatéral mis en garantie), il va réduire d’autant ses dépôts à vue. Il vient donc que pour chaque type d’actifs, il est possible de définir un «coefficient de substituabilité» à l’encaisse, noté s * dans les articles d’Allais, qui donne la proportion de l’actif que chaque individu considère comme « mobilisable » rapidement. Bien entendu, ce coefficient égal à 1 pour la monnaie fiduciaire et les dépôts à vue, sera d’autant plus proche de l’unité que l’actif sera mobilisable dans des délais réduits et avec des coûts de transaction modérés. Pour les actifs les plus illiquides, il se rapprochera bien sûr de 0 : «En tout état de cause, le coefficient de substituabilité s * pour chaque actif i dépend des intentions et des jugements des opérateurs. C’est donc essentiellement un coefficient de nature psychologique qui ne peut être déterminés que par l’étude du comportement des détenteurs [de ces actifs]» (Allais, 1975, p. 121)

Par rapport aux autres études de la littérature passées en revue plus haut, nous voyons que la définition d’Allais va beaucoup plus loin. Certes, elle inclut les actifs financiers habituels, des dépôts à vue (coefficient 1 par définition) jusqu’aux dépôts à terme et d’épargne (coefficients nécessairement inférieurs à 1 car non totalement substituables aux dépôts à vue), mais elle implique de prendre en compte aussi tous les autres catégories d’actifs financiers ou réels : « Si des bons du Trésor sont déposés dans une banque, celle-ci acceptera généralement sur un simple coup de téléphone du détenteur de lui ouvrir un compte courant créditeur pour un montant relativement proche. De même, un riche propriétaire foncier pourra généralement, le cas échéant, faire appel à la même possibilité. Cela signifie que ses biens immobiliers peuvent être affectés d’un coefficient de substituabilité non nul» (Allais, 1975, p. 125).

On trouve dans la littérature postérieure à Allais quelques tentatives en ce sens mais, à notre connaissance, elles n’ont pas été poursuivies.

[Ici l’équation d’Allais du concept de Masse monétaire que nous ne sommes pas obligé de connaitre pour poursuivre notre réflexion]

Comme conclut Allais (1975, p. 126-127) : « On voit ainsi que dans la structure institutionnelle du crédit, la Masse Monétaire M doit être considérée comme incluant à la fois la masse monétaire au sens étroit, une fraction des dépôts à terme, et une fraction des autres actifs. Elle apparaît comme une moyenne pondérée des différents actifs… De ce point de vue, la Masse Monétaire M apparaît comme un concept pour une grande part psychologique et parait échapper ainsi à toute détermination objective ».

Ainsi, bien que les approches de Chetty et d’Allais paraissent à première vue se fonder sur des intentions proches et des visées comparables, la puissance de déduction du Prix Nobel français ouvrent des perspectives incomparablement plus riches et puissantes car elle s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle théorie complètement originale des phénomènes monétaires.

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61 commentaires pour 37 – Allais: la masse monétaire

  1. Christophe dit :

    Connaissez-vous Jean Bayard?

    J’essaie de comprendre ses parkings monetaires.
    Je suis allé voir son site. Très intéressant mais il faudrait qu’il précise certains points.
    http://www.bayard-macroeconomie.com/compensationetreglementsinterbancaires.htm

    Dans son chapitre compensation et règlements interbancaires Jean Bayard écrit en conclusion:

    « Comme les banques font leur affaire du règlement de leurs positions par des accords de prêts/emprunts réciproques, hors leurs comptes à l’Institut d’émission, la monnaie échangée ne peut pas être de la monnaie centrale. Pour qu’elle le soit, il faudrait que les banques débitrices empruntent à la Super-banque afin de faire virer les fonds ainsi obtenus à leurs concurrentes créditrices. Dans cette hypothèse, le marché interbancaire n’existerait plus et la monnaie centrale envahirait le marché.»

    En gros, pas de monnaie centrale pour solder les comptes sinon le marché bancaire n’existerait plus.
    Difficile à comprendre parce que les banques qui après compensation deviennent créditrices et qui ont des réserves disponibles peuvent utiliser ce marché pour prêter leur excèdent en monnaie centrale, non?
    Et celles qui sont débitrices et qui ont des réserves disponibles payent leur solde négatif en monnaie centrale. Dans ce cas elles n’ont pas recours au marché monétaire mais utilisent bien de la monnaie centrale.

    La banque centrale n’est pas tout le temps obliger de créer continuellement de la monnaie centrale pour les banques débitrices en manque de liquidité, le marché monétaire est là pour ça il me semble, les banques sont quand même disposées à prêter leur excèdent de liquidité moyennant intérêt , la monnaie centrale ne faisant que circuler sans que sa quantité n’augmente, même si des accords de gré à gré de prêts/emprunts réciproques sont toujours possibles, non?

    Si Jean Bayard passe par là peut-être pourra-t-il nous éclairer.

    Qu’en pensez-vous postjorion?

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    • postjorion dit :

      Bonjour Christophe

      Non, je ne connais pas Jean Bayard et j’avoue que je n’ai pas trop compris non plus le sens des « parking monétaires »

      Je suis plus près d’être d’accord avec vous sur votre raisonnement que sur « Comme les banques font leur affaire du règlement de leurs positions par des accords de prêts/emprunts réciproques, hors leurs comptes à l’Institut d’émission, la monnaie échangée ne peut pas être de la monnaie centrale.

      A mon sens (mais je puis me tromper; il faudrait évidemment qu’il passe par ici pour nous préciser) dès que les banques échangent ou se prêtent entre elles ce n’est de toute façon que de la monnaie soit centrale, soit « garantie » par la banque centrale.

      On ne parle bien ici que des soldes de compensation, n’est ce pas ?

      Mais j’avoue qu’il faudrait que je me penche sur les marchés financiers LIBOR ou EURIBOR, ce que je n’ai pas encore fait jusque maintenant.. manque de temps 😦 …

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  2. Jean Bayard dit :

    Bonjour à tous,
    Merci à Nadine de m’avoir « entraîné » ici.
    Voici ma position sur la monnaie échangée entre banques à la sortie de la compensation. Etant bien entendu que les positions débitrices sont égales aux positions créditrices. C’est important. L’opération se déroule en 3 temps.
    1 – Les positions réciproques des banques dans le cas du SIT, maintenant Core, sont réglées de gré à gré, c’est-à-dire de banque à banque. Elles sont inscrites à la BdF dès qu’elles sont connues. Supposons que la banque X ait une position débitrice de 1.000 euros contre la banque Y.
    2 – La banque Y prête à X les 1.000 euros qu’elle lui doit. C’est la caractéristique du Core, de gré à gré dans des limites de découvert qu’elles se sont fixées mutuellement.
    3 – Via le CRI, le règlement des positions de X et de Y sont alors inscrites à la BdF, soldant les comptes de X et Y sur cette opération.
    Pour moi, il s’agit d’une monnaie qui a été créée pour la circonstance par les banques pour solder leurs positions respectives. Il n’y a pas de monnaie centrale ici. C’est de la monnaie de contrepartie, si j’en juge par mes études sur les circuits. Je ne sais pas si la débitrice/emprunteuse remet des titres en garantie à la prêteuse, je ne crois pas. Les positions se font et se défont tout au long de la journée, dans un sens comme dans l’autre. Elles font l’objet de calcul d’intérêt au jour le jour, de mon point de vue.
    Je dirais en outre que la BdF ne cautionne en rien ces prêts/emprunts. Je n’ai rien lu de tel dans la doc.

    Voyons maintenant le PNS, maintenant Target2 BdF,. La mécanique est la même, en 3 temps, avec pour différence que les banques passent par le marché interbancaire pour le règlement des positions.
    Elles se prêtent entre elles, comme dans le Core, mais ici, comme il s’agit de règlements multilatéraux, il faut l’intervention de courtiers habilités pour rapprocher prêteurs et emprunteurs.
    La monnaie centrale n’intervient d’aucune manière. A l’instar du Core, les banques créent la monnaie de contrepartie pour régler leurs positions, mais ici contre garantie.
    Vous avez dû lire ce que j’ai écrit dans le texte réservé à ce sujet. La confirmation de ce que j’avance a été apporté par l’affaire des « subprimes ». La Fed a obligé les banques à se prêter entre elles alors qu’elles refusaient tout simplement les titres « pourris » que les emprunteuses voulaient remettre aux prêteuses en garantie. La Fed a dû échanger des titres du Trésor contre ces titres pourris pour dénouer les opérations de prêts/emprunts .
    La raison qui pour moi est fondamentale, est que la Fed n’a pas voulu (elle n’a résisté que qq mois) inonder le marché de monnaie centrale. Réfléchissez bien à cet aspect. Aujourd’hui, malgré une monnaie centrale à profusion sur les places financières, il est impossible de faire décoller l’économie réelle. Parce que la monnaie centrale ne quitte jamais l’Institut d’émission. Elle ne peut s’échanger qu’entre dépositaires de compte chez lui : les banques et le Trésor.
    Bien à vous tous. On parlera des parkings à une autre occasion, si vous le voulez bien. Vous avez mis le doigt sur le plus puissant frein de l’activité économique, que la panne actuelle du crédit précipite vers la récession, dont on n’est pas près de sortir.
    jean bayard

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    • ar.blanc dit :

      Bonjour Jean Bayard

      Vous écrivez « Vous avez mis le doigt sur le plus puissant frein de l’activité économique, que la panne actuelle du crédit précipite vers la récession, dont on n’est pas près de sortir.

      Je ne pense pas que le problème du crédit soit le vrai problème… les banques offrent du crédit actuellement, mais tous les intervenants hésitent à s’endetter. Bref, pour moi, on ne manque pas d’argent (non, terme mal venu sur ce blog 😉 .. disons « monnaie »)

      j’ai écrit justement aujourd’hui sur le blog de Jorion (cette fois mes messages, après « modération » plus ou moins longue ont été acceptés)  » Le problème vient plutôt des « limites de la croissance » comme l’a bien montré Meadows (lire : http://www.societal.org/docs/cdr1.pdf et http://www.societal.org/docs/cdr2.pdf ) et on verra toute tentative de relancer la croissance immédiatement suivie (ou précédée) d’une augmentation conséquente du prix des matières premières, de l’énergie et de l’alimentaire, faisant immédiatement retomber cette velléité de croissance. »

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      • Jean Bayard dit :

        Bonjour ar.blanc,
        On se tutoie.
        Si ! De mon point de vue, le vrai problème est le crédit, parce qu’il n’y a pas de croissance sans crédit : rappel de la loi macroéconomique définissant l’allure de marche de toute activité nationale: l’épargne fait effet de frein, tandis que le crédit en est l’accélérateur.
        Je doute que les banques offrent du crédit, car elles craignent de ne pas être remboursées. Mais, les agents économiques hésitent à emprunter, les entreprises parce qu’elles n’investissent qu’à la condition que les affaires marchent (ce qui n’est pas le cas actuellement) et les ménages s’endetteraient plus facilement s’ils le pouvaient.
        C’est peut-être une réponse de Normand, mais c’est ma vision actuelle de l’économie.
        L’inondation de monnaie centrale n’a pas les effets supposés, car elle ne sort pas de l’Institut d’émission où elle est enfermée. Elle ne peut s’échanger qu’entre titulaires de comptes ouverts chez lui.
        C’est tout le problème.
        Amicalement à toi
        jean

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        • postjorion dit :

          Jean

          je m’immisce dans cet échange. Je serais relativement de l’avis d’ar.blanc: Bien sur il n’y a pas de croissance sans crédit, mais ce qu’il(elle?) veut dire, c’est qu’il n’y a plus de possibilités de croissance, avec ou sans crédit, car les « limites (physiques) de la croissance » comme le fait remarquer Meadows, sont largement atteintes et comme le montre les résumés de ces deux livres cités, sauf « miracle » nous sommes devant de vraies impasses.

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        • Jean Bayard dit :

          Salut postjorion,
          Je ne suis absolument pas d’accord avec toi, pour 2 raisons :
          – la première est vitale : comment accepter que des gens continuent à souffrir de la misère et du chômage ? ils ont les mêmes droits que ceux comme toi et moi mieux nantis,
          – la seconde est que l’esprit humain disposent de ressources incommensurables pour maîtriser la matière.
          Les projections faites par nos têtes pensantes ne prennent pas en compte les ressources futures, ils ne les connaissent pas !
          Amitiés
          jean

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  3. Christophe dit :

    Jean Bayard,
    Ce que vous nous apprenez là est tout à fait incroyable! tel que vous présentez la chose ça sonne juste mais…est-ce juste? J’aurais des questions à vous poser demain avec d’autres commentateurs aussi j’espère.
    (C’est peut être vous finalement le Copernic de l’économie!)

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  4. Jean Bayard dit :

    Bonjour à tous.
    Je crois que sur le Net la coutume est au tutoiement. Alors n’hésitez pas et puis je vous demande de m’appeler par mon prénom. C’est plus sympa.
    Vous et moi, nous tous comme partout dans le monde, percevons généralement chaque mois nos salaires et autres formes de revenus. Et chaque mois suivant, nous consommons, nous épargnons et nous empruntons. Si nous recevons 100 de l’activité de production et que nous ne remettons que 98 (revenu – épargne + crédit) dans le circuit de la production, celle-ci va ralentir, non pas le premier mois mais très vite ensuite. L’épargne est le frein le plus puissant de l’appareil de production, tandis que le crédit en est l’accélérateur. La croissance dépend donc de la quantité de monnaie qui irrigue la sphère réelle.
    C’est évidemment plus complexe que ça. Mais en schématisant c’est à peu près comme cela que ça tourne.
    Vous pourrez en trouver l’exposé sur mon site.
    La question qui peut se poser est la suivante. Comment l’épargne pourrait-elle freiner l’activité économique, puisqu’elle est employée à l’investissement, ainsi que tout le monde le croit ? Il s’agit là d’une erreur invraisemblable que j’ai eu beaucoup de mal à percer. J’y suis arrivé avec la découverte des parkings monétaires.
    C’est un sujet difficile à expliquer en qq mots. Si vous n’êtes pas pro-Jorion, vous savez que la banque crée la monnaie en passant une simple écriture comptable : Débit Créance sur agent A
    Crédit Compte DAV agent A. Tant que la créance ne sera pas remboursée à la banque, la monnaie circulera de compte de banque en compte de banque, de DAV en DAV. Cette monnaie ne restera pas dans sa forme initiale en DAV, car pour partie elle sera épargnée en banque. La contrepartie de la créance ne sera plus le DAV d’origine, mais le DAV + le dépôt à terme (épargne). Si vous me suivez bien, vous remarquerez que l’épargne en banque n’a pas de contrepartie en monnaie, puisqu’elle a déjà celle de la créance qui est à l’origine de sa création
    C’est pourquoi, l’épargne en banque ne circule pas, sauf autorisation du titulaire du compte. Elle est gelée par le système. Elle est placée sur des parkings monétaires sans utilité pour l’économie. C’est aussi pourquoi elle freine l’activité de production.
    Vous pourrez découvrir tout ceci plus clairement exposé sur mon site.
    Je vous recommande par ailleurs de lire « Les 7 plaies de l’économie » qui résume assez bien mes conclusions sur l’économie.
    Bien à vous tous
    jean

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  5. Bob dit :

    Bonjour Jean, bonjour à tous

    On entend couramment dire que l’épargne des livrets A sert au financement du logement social.
    J’en déduis que cette épargne à un rôle économique est-ce une erreur?

    En fait, je suis tombé par hasard sur l’argent dette de Paul Grignon, passé le moment de stupéfaction. Je me suis rendu compte que je ne m’étais jamais interrogé sur cette question. J’ai donc voulu en savoir plus et je suis allé sur le site de Paul Jorion.
    Après avoir lu l’intégralité du débat sur la monnaie(plutôt confus)me voici guère avancé.
    Je penche nettement pour la création ex-nihilo, beaucoup d’arguments trop techniques pour moi, ne m’ont pas convaincu.
    La question que je me pose est la suivante:Le film de Paul Grignon est-il juste, entièrement? partiellement? comporte t-il des erreurs?
    Car tout de même, pour les non spécialistes de la question le coté pédagogique de ce documentaire est très appréciable pour comprendre le mécanisme général sans se perdre dans des détails et peurrait servir de base pour approfondir ensuite des points précis.
    C’est le petit reproche que je te ferais Jean, ton site est très intéressant, mais un peu trop technique pour mes faibles connaissances. Je crois que je suis assez représentatif, d’une majorité de gens, qu’il faut accompagner pas à pas vers la complexité.
    Plutôt que de reprendre le débat sur la monnaie du blog de jorion, et de l’étudier en exégète. Il serait peut être plus judicieux de partir du film de Grignon qui a le mérite d’être très compréhensible et de le commenter pas à pas pour ceux qui comme moi ont envie d’en savoir plus et de comprendre.

    Salutations
    Bob

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  6. Christophe dit :

    Bonjour Bob et à tous

    J’ai envoyé un mail à la banque de France dont voici le contenu avec la réponse de la banque de France.

    Bonjour,
    >
    > Une rumeur circule sur le net comme quoi les banques privées quand elles accordent leurs crédits, sans passer par le canal des financements externes, créent « ex-nihilo » la monnaie correspondante, leur seule contrainte serait d’avoir un capital suffisant pour respecter le ratio de solvabilité cad 8% de l’ensemble des crédits accordés.
    >
    > Pouvez vous confirmer ou infirmer cette rumeur et eventuellement faire un billet sur ce sujet sur votre site .
    >
    > Merci
    >
    > Cordialement
    >

    La réponse de la banque de France:

    Message du 02/09/09 10:38
    > De : 1050-INFOS-UT@banque-france.fr
    > A : christophe***orange.fr
    > Copie à :
    > Objet : RE : demande d’information
    >
    >

    Bonjour,

    Il y a création monétaire lorsqu’un crédit est distribué par une institution financière : on peut donc dire que ce sont les prêts qui font les dépôts et non le contraire.

    La création monétaire est néanmoins conditionnée par des mécanismes régulateurs. Le premier de ces mécanismes réside dans le fait que le crédit est coûteux : son prix, le taux d’intérêt, est déterminé indirectement par la banque centrale qui refinance les banques. En effet, une partie des dépôts est convertie par le public en billets que les banques doivent se procurer auprès de la banque centrale. En outre, l’utilisation de son dépôt par le bénéficiaire d’un crédit, qui émet des chèques ou des virements ou se sert de cartes de paiement, donne lieu à des « fuites » hors de l’établissement qui a accordé le prêt vers ses concurrents ; il doit donc se refinancer également auprès de ces derniers ; comme les lignes de crédit que les banques s’accordent entre elles ne sont pas extensibles indéfiniment, il y là une deuxième limite à l’octroi de crédits par les banques.

    Enfin, les banques doivent maintenir un niveau de capital proportionné au risque qu’elles encourent en raison de leur distribution de crédits : les ratios de capital minimum à respecter sont fixés par les règles prudentielles dites de solvabilité qui sont harmonisées au plan international. Ce que vous avez lu concernant le ratio de solvabilité est bien une norme internationale en vigueur et non une rumeur .

    D’une manière générale, l’économie moderne repose sur la confiance, confiance en la monnaie, confiance dans le système bancaire, confiance dans la capacité de la banque centrale à assurer la stabilité des prix et à promouvoir la stabilité financière.

    Très cordialement,

    Service de la Documentation et des Relations avec le public (C4DOC) /DP

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    • Bruno Lemaire dit :

      Bonjour christophe, bonjour tout le monde,

      la réponse de la BdF à Christophe est aussi claire que possible, du moins vu les limites sur lesquelles une telle institution peut s’engager. Oui le système bancaire en général, et une banque privée en particulier, crée de la monnaie (« les prêts font les dépôts »). Ce n’est pas un pouvoir infini de création, vu différents ratios. Mais quand on sait que 93% du montant des transactions se font en France par l’intermédiaire du monnaie scripturale, on peut déjà juger de l’étendue de leur pouvoir.

      Par ailleurs, j’ai entendu hier sur BFM que les crédits aux entreprises avaient diminué sur un an de 20%. C’est énorme. Alors, oui, le « credit crunch » est en partie responsable de la crise actuelle – et l’entretien.

      Une réforme du système bancaire et monétaire est donc essentielle, je suis de l’avis de Jean Bayard sur ce point.

      Amicalement, Bruno.

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      • Christophe dit :

        Bonjour Bruno,
        J’avoue avoir encore du mal à digérer d’avoir perdu autant de temps à essayer de comprendre la pseudo théorie de Jorion sur la monnaie.
        Amicalement
        Christophe

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        • postjorion dit :

          Jorion pourrait aussi lire Werrebrouck qui s’exprime parfois sur son blog , par exemple http://www.lacrisedesannees2010.com/article-35720402.html
          où on lit

          Mais réfléchir sur la nature du système bancaire c’est aussi aborder la question de la nature de la monnaie. Sans remonter à l’histoire tant débattue du fait monétaire, il faut admettre que – dans une société où l’économie est devenue préoccupation dominante- les fonctions traditionnelles de la monnaie se ramènent à la diminution des coûts de transaction. Notons de ce point de vue que l’armature monétaire est du même ordre que l’armature juridique qui, elle aussi, diminue les coûts de transaction. L’armature monétaire est d’ailleurs elle-même pour l’essentiel faite de règles de droit.

          Cette comparaison permet tout de suite de porter un jugement sur la nature de la monnaie : de la même façon que la règle de droit est une extériorité venant surplomber les rapports entre acteurs privés, la monnaie est un point d’appui tout aussi extérieur. Cela en fait- elle pour autant un bien public devant être produit par l’Etat ?

          La réponse se doit d’être discutée. L’ultralibéral niera la nature collective de ce bien qu’est la monnaie. Cette dernière n’est pas d’ailleurs le seul bien à provoquer une diminution de coûts de transactions : une voie ferrée ou une ligne internet en fait tout autant. Et ces biens peuvent être produits et gérés privativement. Ce qui à l’inverse n’est pas le cas de la règle de droit. Des conventions peuvent naître entre personnes privées, mais une convention se règle elle-même sur la base d’un cadre plus large qui est une extériorité radicale : la loi ou la constitution.

          Dans cette optique la monnaie- bien à fort contenu en externalités positives- peut être produite par une entreprise privée appelée « banque ». Il existe donc un marché de la monnaie où différentes banques se font concurrence et proposent chacune leur propre monnaie. Il n’y aurait pas dans cette optique un système bancaire mondial à réserves fractionnaires. Il n’y aurait pas de création monétaire à partir de dépôts. Le slogan que l’on trouve dans tous les manuels d’économie : «Ce ne sont pas les dépôts qui font les crédits, mais les crédits qui font les dépôts » n’existerait pas. C’est dire que les crédits reposeraient sur des fonds propres ou sur l’autorisation express des clients déposants, de transformer tout ou partie de leurs dépôts en prêts. C’est dire aussi que l’investissement se ferait sur la base d’une épargne. Pas de levier bancaire , pas de multiplicateur du crédit , pas de risque systémique , pas d’aléa moral , pas de régulation et pas de régulateur puisque chaque entreprise bancaire est complètement responsable au regard de ses engagements. Chaque entreprise veille -à peine de sanction du marché -à la valeur de sa monnaie et à comprimer ses coûts de gestion, donc le taux de l’intérêt.

          Nous aurions ici une véritable industrie de la monnaie comme il existe une industrie automobile, et cette industrie ne serait jamais devenue ce qu’elle est devenue aujourd’hui à savoir une branche d’activité qui se caractérise par son exceptionnalité….. Mais l’histoire – et cela partout dans le monde -en a décidé autrement….

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  7. Christophe dit :

    Bonjour Jean,

    Vous parlez de monnaie de contrepartie, j’essaie de comprendre.
    Cette monnaie semble être de même nature que la monnaie scripturale c’est à dire que c’est une monnaie-dette.
    Les banques auraient donc reproduit entre elles ce qu’elles pratiquent avec les agents économiques non bancaires.
    Si je résume par un exemple ça donnerait ceci:

    Dupont client de la banque X achète à crédit une voiture 1000 E à Durant client de la banque Y

    Si on suit le bilan pour cet achat

    Le bilan avant cet achat est:

    Au bilan de la banque X
    ACTIF=1000 (créance de Dupont)
    PASSIF= 1000 (monnaie scripturale de Dupont)

    Au bilan de la banque Y nous avons:
    ACTIF=0
    PASSIF=0

    Après l’achat à l’issue de la compensation suivant vos 3 étapes la banque Y de Durant fait crédit à la banque X de Dupont.

    Au bilan de la banque X:
    ACTIF=1000 (créance de Dupont)
    PASSIF= 1000 (monnaie-dette de contrepartie ->dette envers la banque Y).

    Au bilan de la banque Y :
    ACTIF=1000 (créance faite à la banque X)
    PASSIF=1000 (monnaie scripturale ->dette envers Durant de la banque Y)

    Comme cette dette de la banque X envers la banque Y est une monnaie comme la monnaie scripturale dans le monde économique, la banque Y pourra l’utiliser sur le marché monétaire.

    Par exemple la banque Y peut utiliser cette monnaie de contrepartie pour régler une dette de 100 à la banque Z suite à une compensation négative résultant d’un achat de Durant à Marcel

    Ce qui donnerait

    Bilan banque X
    ACTIF:1000 (créance de Dupont)
    PASSIF:
    900 (monnaie-dette de contrepartie ->dette envers la banque Y).
    100 (monnaie-dette de contrepartie ->dette envers la banque Z).

    Bilan banque Y
    ACTIF:900(créance faite à la banques X)
    PASSIF:900 (monnaie scripturale ->dette envers Durant de la banque Y)

    Bilan banque Z
    ACTIF:100 (créance faite à la banques X)
    PASSIF:100 (monnaie scripturale ->dette envers Marcel de la banque Z)

    Je crois sauf erreur de ma part que sur le principe ce système peut fonctionner.

    Première question:
    Quel intérêt ont les banques d’utiliser ce système plutôt que le système monnaie centrale?

    Deuxième question:
    Vous dites:« Etant bien entendu que les positions débitrices sont égales aux positions créditrices. C’est important. »
    Pourquoi c’est important ?

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  8. Christophe dit :

    Jean, la prochaine fois je pratique le tutoiement.

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  9. Bob dit :

    Bonjour Christophe

    Que voici un document intéressant! c’est clair, net et précis.
    On se demande comment le débat sur la monnaie a pu prendre une telle tournure, et surtout arriver à la conclusion (pour les « Jorionnistes ») que les banques ne pouvaient pas créer de monnaie ex nihilo.

    La reconnaissance de la création monétaire ex nihilo
    si on y réfléchi bien reviendrait à dire que le système financier globalement apparait comme un gigantesque schéma de Ponzi dans son fonctionnement non?

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  10. Jean Bayard dit :

    Bonjour Christophe,
    La réponse de la BdF est précise. la seule remarque que je ferais, c’est qu’elle a oublié de signaler que les lignes de crédit qu’elles s’accordent entre elles s’appliquent au marché de gré à gre. Sur le marché interbancaire, dont elle ne parle pas, les banques se prêtent entre elles contre garantie, exactement comme quand les banques empruntent de la monnaie centrale à la BdF.
    Sur le deuxième point, tes schémas comptables sont très bien bâtis et il n’y a pas d’erreurs, à mon avis. Je m’arrêterai à la première partie, c’est-à-dire juste après le prêt de X à Y, pour te dire que la fonction de la monnaie de contrepartie est de maintenir, en permanence, le lien entre les valeurs d’actif à l’origine de l’émission monétaire et la monnaie passant sans cesse d’une banque à une autre. Elle disparaît aussitôt l’opération de prêt/emprunt effectuée. Il s’agit toujours de mon point de vue, d’une monnaie éphémère. A mon sens, les prêts/emprunts interbancaires ne sont pas de la monnaie.
    Pour répondre à tes 2 questions:

    Quel intérêt ont les banques d’utiliser ce système plutôt que le système monnaie centrale?
    Il m’est difficile de répondre, n’étant pas du sérail. Je pense toutefois qu’il y a 2 raisons: La première, cela s’est toujours passé de la sorte, c’est plus facile et les banques échappent dans une certaine mesure à l’autorité monétaire. La deuxième résulte d’accords passés avec la BC, pour éviter la surabondance de monnaie centrale.

    Vous dites:« Etant bien entendu que les positions débitrices sont égales aux positions créditrices. C’est important. » Pourquoi c’est important ?
    L’offre est égale à la demande de monnaie ! Et puis sans cette égalité rien de ce que j’ai décrit ne serait possible.

    Enfin, j’aurais dû vous dire tout au début. Si la Banque centrale prétend qu’il ne s’échange que de la monnaie centrale sur les marchés interbancaires, c’est qu’elle ne veut pas que l’on sache qu’elle n’a pas l’autorité qu’elle prétend avoir sur les banques et sur leur émission monétaire.

    A bientôt
    jean

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  11. Jean Bayard dit :

    Bonjour Bob,
    L’épargne des livrets A sert bien au financement du logement social. Tu as raison d’en déduire que cette épargne à un rôle économique. Ce n’est pas une erreur.
    Mais, ce que l’on ne sait pas, c’est qu’il faut émettre de nouveaux signes monétaires pour remplir les conditions de la législation à ce propos. J’en apporte la preuve comptable dans mes travaux (difficiles à lire, je te l’accorde). Le pouvoir monétaire ne peut pas ignorer cette particularité. Il laisse croire que la monnaie circule et que donc on est à l’abri de l’inflation, qui n’est qu’un spectre qu’elle agite sans cesse !
    Bien à toi
    jean

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    • Bob dit :

      Merci jean pour ta réponse.

      A propos de l’inflation, bien qu’étant jeune à l’époque, je me souviens que dans les années 70 l’inflation avait plutôt du bon, notamment pour l’acquisition d’une maison.
      Les salaires étant indexés sur cette inflation, de fait celui qui contractait un emprunt à taux fixe, se retrouvait au bout de quelques années à rembourser un prêt qui revenait beaucoup moins cher qu’un loyer et comme dans le même temps le bien prenait de la valeur, les salariés pouvaient alors se constituer un patrimoine sans trop de difficulté.
      Une inflation raisonnable et maitrisée me semble un bon moteur pour l’économie dans la mesure ou elle privilégie l’investissement au détriment de la rente. La lutte frénétique et dogmatique contre l’inflation, tient-elle au vœu de privilégier le capital au détriment du travail ou est-ce la peur de ne pouvoir la maitriser qui incite les politiques à la tuer dans l’œuf?
      Salutations

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      • Bruno Lemaire dit :

        Sur l’inflation maîtrisée.

        comme le disait Keynes il y a déjà quelque temps (même moi, je n’étais pas encore né), l’inflation, c’est l’euthanasie des rentiers.

        dit autrement, l’inflation favorise, ou peut favoriser, la communauté des actifs et la sphère productive, au détriment de la communauté des inactifs et des improductifs.

        MAIS, car il y a un gros « mais », le problème est de « maitriser » cette inflation.

        1) la théorie quantitative (contre laquelle je m’élève) dit que la monnaie n’est qu’un voile, et qu’il suffirait de la faire crôitre à une certaine vitesse pour maîtriser une inflation raisonnable (que Maurice allais juge devoir être de 2%)

        Autre méthode, que j’ai appelé l’amendement « Brieuc-Bruno », consisterait à tenter de maîtriser les taux d’intérêt.

        2) Aucun taux « réel » ne devrait être supérieur au « taux réel de croissance » anticipé pour l’économie (taux corrigé donc du taux de l’inflation). Cela permettrait donc à la sphère productive de croître plus vite que la sphère financière. C’est un amendement anti-capitaliste, « entrepreneurs et salariés, m^me combat » (anti rentiers).

        3) Une dernière solution serait d’envisager une monnaie « fondante », qui perdrait automatiquement de la valeur chaque mois (par exemple 1% par trimestre, ou 0,25% par mois). Cette solution a été envisagée par Sylvio Gesell, il y a une centaine d’années.

        Très cordialement,

        Bruno Lemaire.

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        • ar.blanc dit :

          Bonjour Bruno
          Comme je l’ai écrit plusieurs fois à Finckh sur le blog de Jorion, l’idée d’une monnaie fondante ne me semble pas une bonne idée… car quelles réserves de valeur reste t-il à ceux qui ne sont pas dans les bonnes tranches soit pour se protéger par des actifs, soit par des produits dépargne (qui, si j’ai compris, ne seraient pas « fondants »)

          Je serais assez d’accord avec le « 2 », mais, question, l’inflation ne serait-elle pas liée au taux d’intérêt, à l’inverse de la théorie quantitative : les intérêts payés par les producteurs à tous les niveaux de la production sont systématiquement inclus dans les prix de vente, et au plus il sont élevés, au plus les prix montent.

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  12. Christophe dit :

    Rebonjour Jean,
    Quand tu dis:« Je m’arrêterai à la première partie, c’est-à-dire juste après le prêt de X à Y »
    Est ce que cela signifie que l’exemple avec la banque Z n’est pas possible sur le marché interbancaire moyennant garantie?

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  13. Jean Bayard dit :

    Bonjour Christophe,
    Tous ces systèmes sont automatisés, et je pense que la deuxième compensation que tu évoques suit le cours de la première, c’est-à-dire qu’elle se solde par un prêt de Z à Y (sauf erreur de ma part)
    Bien à toi
    jean

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  14. Christophe dit :

    Bonjour Jean,
    Ok merci pour ta réponse donc cette monnaie de contrepartie ce n’est pas de la monnaie. C’est pour ça que tu écris dans ton commentaire précédent:« A mon sens, les prêts/emprunts interbancaires ne sont pas de la monnaie »
    Je te fais remarquer que j’ai utilisé la banque Z pour faire fonctionner ces dettes entre banques comme de la monnaie pour voir si tu validais le truc.
    Bon donc ce n’est pas validé mais alors pourquoi appelles-tu ça de la monnaie de contrepartie, ça peut porter à confusion, non?
    Mais peut-être que ce n’est pas toi qui as inventé ce terme?

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  15. Jean Bayard dit :

    Bonjour Christophe,
    Je te rappelle ce que j’écrivais dans un message plus haut : la fonction de la monnaie de contrepartie est de maintenir, en permanence, le lien entre les valeurs d’actif à l’origine de l’émission monétaire et la monnaie passant sans cesse d’une banque à une autre. Elle disparaît aussitôt l’opération de prêt/emprunt effectuée. Il s’agit toujours de mon point de vue, d’une monnaie éphémère.
    J’ai inventé le terme pour exprimer ma pensée, dans ma tête chercheuse !
    Bien à toi
    jean

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  16. Christophe dit :

    Bonjour Jean,

    Merci, je comprends maintenant tout à fait ce que tu veux dire, d’ailleurs c’est confirmé par la BdF, elle parle de ligne de crédit et non de règlement en monnaie centrale, du moins dans un premier temps.
    Ceci une fois éclairci, je me permets de rebondir sur tes « parkings monétaires ». Je suppose que c’est ta tête chercheuse qui a inventé aussi le terme et si je suis ta logique de monnaie de contrepartie, il ne peut en être autrement, d’où ta réponse à Bob:
    « Mais, ce que l’on ne sait pas, c’est qu’il faut émettre de nouveaux signes monétaires pour remplir les conditions de la législation à ce propos. J’en apporte la preuve comptable dans mes travaux (difficiles à lire, je te l’accorde). Le pouvoir monétaire ne peut pas ignorer cette particularité. Il laisse croire que la monnaie circule et que donc on est à l’abri de l’inflation, qui n’est qu’un spectre qu’elle agite sans cesse ! »

    Ici, ce que je ne vois pas bien et j’espère que tu pourras m’éclairer encore une fois, c’est en quoi ces « parkings » entraînent des conséquences différentes sur le plan économique par rapport à la théorie classique de l’épargne.
    Quand tu dis que l’épargne est gelée dans des « parkings » et que de ce fait les banques sont obligées d’émettre de nouveaux signes lorsqu’elles prêtent cette épargne, je suis entièrement d‘accord avec toi, d’ailleurs tu le démontre. Mais j’ai presque envie de te dire: ça change quoi au final? Cela ne revient-il pas au même qu‘un déplacement de monnaie?
    En effet que la banque déplace la monnaie de cette épargne ou la bloque en créant l’équivalent qu‘elle fera circuler, c’est pour moi sur le plan pratique la même chose, non?
    Cette épargne retourne à l‘économie quand même, non?
    Lorsque l’emprunteur qui a utilisé cette épargne remboursera la banque dans sa totalité, la banque débloquera cette épargne qu’elle avait gelée dans « son parking » et celle-ci redeviendra disponible pour un autre crédit si le déposant le souhaite.
    Alors où est la différence?

    A bientôt

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  17. Jean Bayard dit :

    Bonjour Christophe,
    Il faut distinguer deux sortes d’épargne : l’épargne administrée et l’autre. En ce qui concerne la première, cela ne change rien, puisqu’elle donne lieu à nouvelle émission monétaire. Mais l’autre reste gelée. Parmi l’autre, tu as les livrets d’épargne logement, les plans d’épargne logement, certificats de dépôt et bien d’autres qui freinent l’activité de production. De plus, je pense qu’il existe un temps mort, entre le moment où les fonds sont épargnés (épargne administrée) et la réinjection de la monnaie nouvelle vers les logements sociaux, le développement durable, etc., ce qui produit l’effet de frein donc je parle par ailleurs.
    Amicalement
    jean

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  18. Christophe dit :

    Bonjour Jean,

    Une fois encore tu mets le doigt sur le problème qui permet de comprendre tout le reste.

    « L’inondation de monnaie centrale n’a pas les effets supposés, car elle ne sort pas de l’Institut d’émission où elle est enfermée. Elle ne peut s’échanger qu’entre titulaires de comptes ouverts chez lui.
    C’est tout le problème. »

    Lumineux!
    Quand on réfléchit à cette phrase on se rend compte qu’il ne peut en être autrement, c’est d’ailleurs la même chose pour toute monnaie scripturale privée qui ne peut pas sortir de l‘établissement qui l‘a créée. Lorsque Dupont, client au CA achète une voiture à Durant client à la SG, le CA fait disparaître sa monnaie scripturale « Credit Agricole » correspondant à cet achat en débitant le compte de Dupont alors que la SG crée sa monnaie scripturale « Societé Générale » en créditant le compte de Durant.

    La monnaie centrale scripturale ne peut pas sortir des banques centrales donc il peut y en avoir autant qu’on veut, elle n’ira pas à l’économie. Les banques privées seules ont le pouvoir d’injecter de la monnaie supplémentaire dans l’économie en passant par le crédit et pour cela il faut que le climat s’y prête, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui comme tu le rappelles justement.

    Tout ce ci pour dire que tout les économistes qui pronostiquent une hyperinflation parce qu’il a eu une explosion de la création ex-nihilo de monnaie centrale scripturale se trompent lourdement, la seule hyperinflation possible style 1923 en Allemagne ou style Zimbabwe correspondrait à l’émission de monnaie fiduciaire en quantité astronomique par les banques centrales mais sachant que 90% des règlements se font en monnaie scripturale privée ce risque est peu probable.

    Tu me poses la question:
    « Veux-tu préciser ce que j’ai dit qui te paraît incroyable. »
    Réponse:
    – Ce que tu nous apprends sur la monnaie centrale et le système des compensations interbancaires
    – Les parkings monétaires

    Sur les parkings monétaires il faut que j’approfondisse les deux sortes d’épargne.

    Amicalement
    Christophe

    Ta réponse à postjorion est interéssante et de mon point de vue elle est juste.

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  19. delphine dit :

    Bonjour, postjorion

    peut-on avoir une conclusion, concernant la monnaie, suite à ce débat entre spécialistes ?

    merci

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    • postjorion dit :

      Peux tu être plus précise dans ta question? La réponse que tu cherches est elle la définition de la monnaie ou la création de la monnaie, les compensations ou les parking ?
      Parce que nous voyons tous que le sujet est vaste 😉

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  20. delphine dit :

    désolée pour ce silence, j’ai été privée d’ordi ces derniers jours

    serait-il possible de savoir, brièvement, une fois prouvé qu’il censure, en quoi Jorion se trompe et comment on peut aller plus loin que lui ?

    merci beaucoup

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  21. Catherine dit :

    y’a juste qu’il a une vision linéaire des événements, cause-effet avec un rétrécissement sérieux de certaines informations,ça s’appelle des oeillères, or, plus que ce qui se dit c’est ce qui ne se dit pas qui porte empreinte et prégnance et donc sens, or, le sens c’est l’ordre, savoir et observer comment les choses sont ordonnées c’est là que la compréhension peut opérer et nulle part ailleurs, et pour se faire la vision ne doit pas être linéaire mais circulaire et intégrer tous les éléments du système et observer comment ils interagissent et surtout au service de qui ils agissent, à l’image du corps humain qui ne veut que maintenir sa structure vivante et dont les organes sont au service, y’a juste un glissement sémantique à faire et tout devient parfaitement lisible pour celui qui veut lire, pour ce qui est des preuves s’il en était besoin reportez-vous aux différents messages, ils sont édifiants, Jorion filtre et filtrer c’est censurer, c’est réduire le message et nous ne sommes que cela « message », des espaces « entre » si ces messages « entre » sont coupés c’est la vie qui est tuée . La vie n’est que relation , nature et structure de la relation, tout le reste, c’est du flanc!

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  22. Catherine dit :

    D’ailleurs, l’expérience c’est ce qu’il y a de mieux pour comprendre de quoi il en retourne en ce bas monde, plus que les idées qui sont souvent un peu « à côté » et servent forcément des intérêts particuliers,l’empirisme est mieux que l’idée, ainsi l’exemple de l’eau, sans soumettre l’eau à certaines conditions nous ne saurions jamais qu’elle est composée d’hydrogène et d’oxygène, notre savoir ou pseudo-savoir se doit de reposer sur du vécu, du terrain, de l’expérience, et y’a florés en la matière, il suffit de regarder autour de soi, tout est dit, y’a juste qu’il n’y a presque plus personne de bon sens pour lire ces expériences qui disent plus et mieux que les discours, du simple bon sens, nul besoin d’être diplômé bac + 10, c’est de bon sens dont nous manquons, recouvrer ses sens aussi, 6 si l’on compte comme les orientaux, le sixième étant l’esprit, mais pas l’esprit en tant que raison, non, surtout pas, l’esprit en tant qu’intuition qui vient faire résonner des dimensions multiples…comme une symphonie dirait j’sais plus qui!

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  23. Catherine dit :

    C’est Edgar Morin, qui parle de la connaissance « comme une symphonie ».

    Bref, il faut associer, lier pour tenter de comprendre quelque chose, Jorion fait le tri de certaines informations, dès lors le réel est tronqué, amputé, pas moyen de comprendre quoique ce soit du système qui nous occupe,c’est du trompe l’oeil. Imaginez-vous vouloir comprendre quelque chose de l’humain en omettant de parler du système nerveux par exemple, il y aurait comme un couac n’est-ce-pas.

    En fait, c’est assez amusant cette analogie que je fais sans le faire exprès avec le système nerveux, car à y regarder de plus près , je me dis que l’attitude jorionesque clonée un peu partout sur les ondes France culture, France inter etc, ça fait un peu office de système nerveux justement, comme le nerf conduit l’influx qui va aboutir à la mise en action, ils font office en sens inverse, de contre-synapse, de point de non-jonction, de non-commutateur, avec eux le commutateur est sur off, pas d’inquiétude, la lumière reste fermée, on reste dans le noir, aucune impulsion n’est transmise,l’influx ne passe pas, le message est coincé, la transmission ne se fait pas, et pourtant diable, c’est pas si compliqué d’appuyer sur le commutateur!

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  24. Catherine dit :

    La mécompréhension et l’esprit de fatalisme dans lesquels nous sommes enferrés et bientôt asphyxiés tient au fait à mon avis qu’il y a une réalité vécue par tous et qu’il y a « CE QUE L’ON DIT « de cette réalité. C’est dans cet espace de ce qui se dit et de ce qui ne se dit que s’installe toute la misère actuelle.

    Les mots sont radicalement différents des choses qu’ils désignent, la faim ne peut être assouvie que par des vraies pommes de terre et non par un mot, le mot construit des représentations et ces représentations construisent notre réalité et cette réalité doit faire l’objet d’étude pour mesurer la pertinence de son discours.

    Ainsi les mots ont une charge de mensonge comme une charge de vérité surtout si l’on pense à l’étymologie. Mensongers, et pourtant seuls messagers de cet espace « entre » nous et le monde, nous sommes des animaux doués de langage.

    C’est toujours la sempiternelle épreuve de la corde raide, si l’on ne tombe pas comme ceci, on tombe comme cela, mais il y a des chutes qui en valent mieux que d’autres et c’est peut-être là que doit prendre place notre discernement.

    Si les événements ont été construits de telle sorte qu’ils soient ce qu’ils sont aujourd’hui, cela veut dire heureusement qu’ils peuvent être construits autrement dès maintenant.

    C’est donc une question de volonté et cela se fait dans l’instant, tout se joue toujours dans l’instant présent, un présent comme un point qui est entrecroisement de lignes.

    L’épreuve est une adversité utile comme possibilité d’intégration d’information jusque là méconnue. Il dépend de nous de faire de cette difficile épreuve quelque chose qui nous tue ou quelque chose qui nous vivifie.

    C’est dans ce faire que s’inscrit pleinement notre liberté, sachant que ne pas faire quelque chose c’est faire aussi quelque chose car c’est consentir implicitement à ce qui se fait. Et donc quoique nous fassions nous sommes TOUJOURS engagés, nous avons TOUJOURS à répondre de cette posture du faire ou du non-faire. Et c’est bien là qu’est toute la noblesse de l’homme.

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  25. Jean Bayard dit :

    Bonjour à tous,
    Comme plusieurs d’entre vous s’intéressent à mes travaux, je pense que vous serez intéressés par le message que je viens d’adresser à la Maison Blanche, comme suit :

    Monsieur le Président,

    Veuillez m’excuser de vous écrire en français, mais je connais très mal l’anglais. Vous devriez être intéressé au plus haut point pas l’information suivante.

    En fouillant dans les rapports annuels de la Fed, j’ai été étonné de voir que curieusement et opportunément les comptes des exercices 2007 et 2008 ont été certifiés par un nouveau cabinet d’audit : Deloitte et Touche. Ce commissaire aux comptes a remplacé deux cabinets de grande renommée qui avaient certifié les comptes précédemment : Price Waterhouse Coopers et KPMG. Pourquoi la Fed a-t-elle changé de commissaires aux comptes, tout de suite après l’affaire des « subprimes » ? Cela paraît pour le moins suspect !

    Si la Fed a fait une économie, ce n’est surement pas sur la qualité des services de ce nouvel auditeur. En effet, on relève une anomalie comptable incroyable dans les comptes. J’ai beaucoup travaillé avec les cabinets d’audit au cours de ma carrière et je n’ai jamais vu cela.

    Les comptes de la Fed des exercices 2007 et 2008 présentent des anomalies comptables tout à fait troublantes. Le bilan consolidé de la Federal Reserve Banks au 31 décembre 2008 est comparé à celui de fin 2007, ce qui est classique. Mais ce qui l’est moins, c’est que le total du bilan de fin 2007, servant de référence en 2008, diffère de 353 millions de $ avec celui qui a été publié l’année précédente. La différence n’est pas importante, mais il n’est pas admissible qu’un cabinet certifie des comptes faux.

    Il vous est très facile de faire vérifier ce que j’avance en vous reportant aux rapports annuels de la Fed. Entre les mains de journalistes, je pense que cette information ferait la une des journaux.

    jean bayard

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  26. Catherine dit :

    Travaux pratiques immédiatement avec Jean Bayard.

    Merci Jean.

    A vrai dire avec un prénom comme le vôtre, redoublé d’un nom pareil, il n’y a pas de hasard n’est-ce-pas?

    Les hasards sont des réalités que nous ne savons pas lire. Je rigole bien sûr, mais pas complètement…

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  27. Jean Bayard dit :

    Bonjour Catherine,
    Tu peux me tutoyer. C’est la coutume sur le net. Je ne porte pas mon nom par hasard, je le dois à mes parents !
    Amicalement
    jean

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  28. Christophe dit :

    Bonjour Jean,
    Incroyable ce que tu as découvert.
    A suivre et encore merci pour ton expertise du système bancaire, tu es à ma connaissance, le seul qui a vraiment tout compris en profondeur!
    A bientot.
    Christophe

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  29. Jean Bayard dit :

    Merci Christophe, je suis très sensible à tes compliments que j’apprécie tout particulièrement.
    As-tu lu mon exposé sur la macroéconomie ? Il contient je crois la clé de nos problèmes économiques qui ont pris une dimension fantastique avec la crise.
    A bientôt
    jean

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  30. Christophe dit :

    Bonsoir Jean,
    Il faut absolument que tu trouves un moyen pour faire connaître davantage tes idées.
    Je suis en train de lire ton exposé sur la macroéconomie petit à petit car en ce moment j’ai beaucoup de travail mais dés que j’aurais tout lu et surtout tout compris, je reviens en parler ici.
    Amicalement
    Christophe

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  31. Christophe dit :

    Jean,
    J’ai oublié de te poser une question:
    Penses-tu que le système bancaire va s’effondrer bientôt comme certains le disent ou est-on reparti pour un tour?

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  32. Jean Bayard dit :

    Bonjour Christophe,
    Je suis sur le point d’achever un ouvrage. Si je réussi à le publier, j’espère par ce moyen faire connaître mes idées. C’est très difficile pour un inconnu, de surcroît dépourvu de diplômes et n’appartenant à aucune chapelle. J’ai cependant bon espoir, car toutes les théories économiques anciennes et nouvelles se sont effondrées comme un château de cartes avec la crise. Aujourd’hui, le roi est nu !
    Quand à la question de savoir si le système bancaire va s’effondrer, de mon point de vue, ce n’est pas demain la veille car il est en train de reprendre du poil de la bête. Tout le problème pour lui est de savoir s’il aura la liberté qu’il avait auparavant. Il y travaille intensément, tu peux me croire.
    Bien à toi
    jean

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  33. Jean Bayard dit :

    Bonjour à tous,

    Au début de cet article, objet de nos commentaires, je viens de lire ceci : « pour comprendre des phénomènes concrets, comme la Crise d’aujourd’hui par exemple.. » Je pense donc que l’analyse que j’ai faite de l’affaire des « subprimes », s’inscrit bien dans le cadre de cet article. Je le reproduis ci-après.

    La crise dite des « subprimes », partie des Etats-Unis dans le courant de l’année 2007, a déclenché un véritable maelström économique dans le monde entier, dont rien ne permet de dire, à l’heure actuelle (2009) quand et comment il va s’apaiser.

    Le terme de « subprime » s’applique à des prêts immobiliers garantis par une hypothèque, « mortgage » en langage anglo-saxon, consentis massivement à des ménages modestes à des taux d’intérêt variables.

    1- Voici comment tout a commencé :

    Ne pouvant plus rembourser des échéances d’emprunts dont les augmentations répétées (du fait des taux variables) devenaient insupportables, un million de foyers modestes ont vu leurs rêves se changer en cauchemar, un million de foyers ruinés par la perte de leur logement, victimes de gens sans scrupules. Soit environ deux millions et demi d’individus confrontés brutalement à une grave situation financière, suivie immanquablement de drames familiaux : séparation, divorce, éclatement de la famille, et dans tous les cas deux millions et demi d’individus exposés à des troubles d’ordre psychosomatique plus ou moins graves.

    On recherche bien sûr les responsabilités. Mais, ne croyez pas que l’on recherche les responsables qui sont à l’origine de tous ces malheurs ! Non, on cherche à connaître les responsables des pertes financières que doivent à présent supporter les banques, les fonds d’investissement ou de placement, et autres dans cette aventure.

    Le sort, le malheur et la souffrance de 2 millions 500 mille individus n’intéressent personne. Tout le monde s’en fout ! Mais, les pertes en capital, c’est autrement plus important !

    Et pourtant, la crise immobilière aux Etats-Unis était largement prévisible. Voici pourquoi.

    Pour relancer la croissance économique en 2001, la Fed, Banque centrale américaine, a abaissé son taux directeur dans des proportions considérables : de 6% à 1,75% sur l’année.

    On sait depuis longtemps qu’au-dessous d’un certain seuil, la baisse des taux directeurs a pour première conséquence de relancer le secteur de l’immobilier. Le résultat ne s’est pas fait attendre, et c’est ainsi que la construction a servi de locomotive à la croissance économique américaine qui est aussitôt reparti à la hausse.

    Pendant deux ans et demi (de début 2002 à juin 2004), le taux directeur de la Fed s’est stabilisé, s’abaissant même à 1% de juin 2003 à juin 2004.

    C’est alors que des établissements de crédit, dépourvus de scrupules et assoiffés de gains faciles, se sont abattus sur les ménages les plus modestes en leur faisant signer des contrats de prêt hypothécaire à taux variable, bas au début mais pouvant atteindre 18% sur 3 ans (Euronews – 17 août 2007) ; contrats dits « subprime » (à primes sous-jacentes ! en français) souscrits à des conditions plus qu’abusives sinon délictueuses.

    Les ménages n’auraient évidemment pas dû signer ces contrats auxquels ils ne comprenaient rien. Ils ne voyaient que la concrétisation de leurs rêves de logement. En revanche, ceux qui les faisaient signer savaient très bien à quel danger ils exposaient leurs clients, en raison de la hausse prévisible des taux d’intérêt, source de hauts profits futurs. Le qualificatif de « subprime » attribué à ces contrats est la preuve irréfutable de leur cynisme, comptant bien faire jouer la garantie hypothécaire le moment venu et très attendu, sinon convenu.

    Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est l’ampleur et la rapidité du désastre. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est qu’ils seraient à l’origine de l’éclatement de la bulle immobilière par les ventes massives de biens destinées à rentrer dans leurs fonds, en application de la clause hypothécaire.

    Cependant, ces établissements de crédit ne sont pas les seuls responsables du mal qu’ils ont causé.

    En remontant la filière, on trouve les fonds de placement plus ou moins spéculatifs, les filiales de grandes banques (non seulement américaines mais aussi européennes et autres, mondialisation oblige), deux des plus grands établissements spécialisés dans le refinancement hypothécaire : Freddie Mac et Fannie Mae, et enfin les banques américaines. Ce sont elles qui ont alimenté en monnaie toute la chaîne du crédit et leur responsabilité dans cette affaire est écrasante.

    Elles devaient s’attendre, à terme plus ou moins proche, à une remontée des taux directeurs de la Fed et elles ne pouvaient pas ignorer les conséquences des conditions draconiennes imposées aux emprunteurs. Poussées par une sorte de cupidité aveugle, elles ont sous-estimé les risques encourus et n’ont en définitive que ce qu’elles méritent.

    Mais, il semble bien que la plus lourde des responsabilités incombe à l’autorité suprême : la Fed, responsable de la politique et de la réglementation du crédit dans le pays. C’est bien sa politique qui a favorisé l’essor du crédit à la propriété. Et, c’est bien elle qui a failli à son devoir de réglementation dans la répression des abus, car il s’agit bien d’abus caractérisés en l’espèce (emprunts à taux variables sans limitation d’aucune sorte).

    Craignant peut-être d’avoir créé une bulle immobilière spéculative prête à éclater, à moins qu’il ne s’agisse d’une vaine reprise de la lutte contre l’inflation, encore que l’on ne puisse écarter l’idée d’une entente au sein de la profession, elle a procédé à la remontée spectaculaire de ses taux directeurs en 17 étapes successives de 25 points de base (0,25%) chacune sur deux ans, pour atteindre 5,25% en juin 2006, sans changement jusqu’à août 2007, éclatement de la crise. Ce qui correspond à une hausse considérable de 425%. Il n’en fallait même pas autant pour ruiner les emprunteurs.

    Elle est donc à l’origine du désastre humain et financier par sa politique des taux directeurs et par sa passivité devant des conditions d’octroi de crédits à la limite de l’escroquerie, qu’elle aurait dû interdire. De cette responsabilité personne ne parle ! Cependant, devant la montée des critiques, le Gouverneur de la Banque de France dans son intervention du 3 juillet 2009 (Paris Europlace) « Les banques centrales dans la crise financière ”, a rejeté sur l’économie réelle les causes de la crise, écartant ainsi toute responsabilité de la part des banques centrales. Il ne manque pas de culot !

    Alors, quelle est la moralité de cette sordide affaire aux effets dévastateurs ?

    Si l’on suit les commentateurs, la souffrance du capital est plus forte que celle des hommes !

    2 – Voici à présent décrit succinctement, le montage financier qui est à l’origine du désastre financier international et de la dimension qu’il a prise, dans les conditions propices qui viennent d’être décrites :

    Il faut distinguer 2 voies qui y ont conduit :

    – d’une part, les banques qui ont d’abord alimenté en monnaie par création ex-nihilo les acheteurs de biens, puis cédé une part de ces créances à des établissements spécialisés dans le refinancement hypothécaire, et enfin procédé par titrisation dans des conditions très voisines de celles décrites ci-après,

    – d’autre part et surtout, les deux plus grands établissements spécialisés dans le refinancement hypothécaire : Freddie Mac et Fannie Mae , qui ont pour vocation de soutenir le marché immobilier et d’en tirer profit ; le processus est relativement simple : ils procèdent à des rachats de crédits hypothécaires à des banques, les titrisent c’est-à-dire qu’ils transforment des créances en obligations, puis les revendent à des investisseurs sur les marchés internationaux,

    Appâtées par des taux de rendement mirobolants, de nombreuses grandes banques, compagnies d’assurance et fonds d’investissement dans le monde entier ont acquis ces titres, considérés comme solides puisque garantis par les hypothèques auxquelles ils étaient adossés.

    La chute du marché immobilier américain les a tellement déprécié que les porteurs en fin de chaîne se sont précipités aux guichets des émetteurs de titres pour récupérer leur mise, posant le problème des liquidités à tous les étages de la filière.

    Une véritable tempête s’est alors abattue sur les banques et autres établissements financiers. Lehmann Brothers, le premier est tombé. D’autres n’ont dû leur salut qu’à des reprises par la concurrence (Bear Stearns, Merrill Lynch), des augmentations de capital souscrites par des fonds souverains et autres, ou encore et surtout par des injections massives de liquidités par la Fed (Freddie Mac, Fannie Mae, l’assureur AIG, etc.).

    De grandes banques internationales ont aussi été fortement ébranlées, telles Citigroup, HSBC, l’Union de Banques Suisses, et bien d’autres.

    Consciente de la gravité de la situation et mesurant le risque majeur d’effondrement du système bancaire, dit risque systémique, la Fed a aussitôt porté secours aux banques, les plus grandes et les plus atteintes. Avec plus ou moins d’hésitation et de succès comme le montrent les remarques suivantes.

    En mars 2008, voici ce que l’on pouvait lire dans la presse française : la Banque centrale américaine tente par tous les moyens d’inciter les banques à se prêter entre elles. Le moyen annoncé serait d’apporter jusqu’à 200 milliards de dollars de titres du Trésor américain (de la bonne monnaie) à un nombre limité de banques, en contrepartie de titres totalement illiquides aujourd’hui (la mauvaise monnaie).

    On comprend mieux ainsi ce qui s’est passé.

    Une remarque en passant : comment dans ces conditions, peut-il s’échanger sur le marché interbancaire de la monnaie centrale, ainsi que le prétend le pouvoir monétaire ?

    D’abord, la Fed n’a jamais apporté à cette époque-là les liquidités supplémentaires annoncées à grands renforts de trompe par les médias. Elle n’a fait que procéder à un simple échange de titres du Trésor contre des titres « pourris », dont personne ne voulait plus (par personne, il faut entendre les banques excédentaires à la compensation).

    Il est bon de rappeler qu’à la sortie de la compensation, les positions excédentaires d’un ensemble de banques sont égales aux positions déficitaires de l’autre ensemble, ce qui amène tout naturellement les unes à prêter aux autres contre garantie évidemment. Toute cette mécanique bien huilée a été grippée avec la crise des « subprimes », nombre de titres remis en garantie devenant douteux puisque dépréciés par la baisse de valeur des garanties hypothécaires sur lesquelles ils s’appuyaient.

    La Banque centrale a donc dû intervenir très rapidement pour soutenir les banques en difficulté puisque leurs concurrentes ne voulaient plus leur prêter. On aurait pu alors penser que l’Institut d’émission avait fourni, comme les médias l’ont claironné, des liquidités ou de l’argent frais contre des titres pourris, ce qui est déjà très difficile à admettre. On sait qu’à cet épisode-là du feuilleton il n’en a rien été.

    Il n’y donc pas eu d’apport d’argent frais puisqu’il n’y a eu qu’échange de titres, comme cela a pu se vérifier au bilan de la Fed du 13 mars 2008. Dès lors, les banques déficitaires ont pu emprunter à leurs confrères excédentaires contre les garanties habituelles et reconnues (Bons et obligations du Trésor).

    En définitive, la Fed a pris en pension des valeurs dépréciées en attendant peut-être que les actionnaires des banques concernées injectent de l’argent frais (bien frais cette fois) pour reconstituer leurs fonds propres. Le ratio de solvabilité, dit ratio Cooke, édicté par les autorités monétaires, elles-mêmes, fait obligation aux banques de reconstituer leurs fonds propres aussitôt que ceux-ci deviennent inférieurs à 8% de leurs engagements. Ce qui veut dire qu’elles peuvent s’engager à hauteur de 12,5 fois leurs capitaux propres, ce qui est démesuré ! Encore faut-il ajouter que des taux de pondération peuvent porter ce ratio à une limite inférieure (par exemple : 4%) selon la nature des engagements.

    Si ce ratio avait été mieux ajusté à l’activité de la profession, on n’aurait pas eu à déplorer un désastre aussi gigantesque !

    Pour que l’Institut d’émission américain ait pris le risque d’entacher son bilan et son image de la sorte, il fallait que la situation ait été particulièrement grave. Comment peut-il encore se porter garant de la monnaie américaine, après cette sinistre affaire ? A moins que cela aussi n’ait plus aucune signification !

    On s’est aperçu très rapidement que cela n’était pas suffisant puisque le gouvernement des Etats-Unis a autorisé la Fed à injecter dans les banques des centaines de milliards de dollars. Pour quelle raison peut-on se demander ? Tout simplement pour restaurer le ratio des fonds propres des banques sinistrées, au lieu et place des actionnaires, non sollicités pour des raisons qui ne peuvent qu’être politiques. Ce qui est proprement scandaleux dans une société libérale. On ne devrait pas pouvoir gagner à tous les coups !

    Le bilan de la Fed, de la clôture des comptes de l’exercice 2006 à celle de 2008 a été multiplié par 2,6 (2.245 contre 873 milliards de dollars). Son analyse permet de dire grosso modo que :

    – les prêts aux banques se sont accrus de 678 mds $, dont plusieurs centaines de milliards de dollars sont vraisemblablement encore garantis par des titres toxiques (cf. baisse des titres du Trésor, ci-dessous).
    – des opérations de swaps inédites résultant d’accords entre banques centrales (les principales dans le monde) figurent pour 554 mds $,
    – il apparaît pour la première fois, des rachats de prêts et de titres adossés à des opérations hypothécaires pour 412 mds $, comprenant les rachats à leur valeur réelle pour 75,6 mds $ seulement,
    – inversement les titres détenus sur le Trésor ont accusé une baisse apparente de 281 mds $ (vraisemblablement les bons titres remis contre les titres pourris) les nouvelles émissions du Trésor n’étant pas connues, absorbées par différence.

    Toute cette manne de monnaie, dite centrale, ne quittant jamais l’Institut d’émission, on la retrouve, ainsi :

    – dans les comptes des institutions financières et monétaires (banques pour l’essentiel), en augmentation de 898 mds $,
    – dans les comptes du Trésor, en augmentation de 360 mds $.

    Avant la crise, la monnaie centrale américaine était déjà abondante. Aujourd’hui, son abondance est devenue extravagante. La Fed doit être d’ailleurs très embarrassée par toutes ces liquidités non employées, peut-être même en compte rémunérées par elle ! Les banques qui en disposent peuvent en pratique racheter leurs concurrentes les plus défaillantes, celles qui ont reçu les liquidités qui ont sauvé les autres, par un phénomène de vases communicants !

    Le gouvernement américain aurait été mieux inspiré d’obliger les banques à renégocier les contrats de prêts « subprime », plutôt que de les renflouer à coups de centaines de milliards de dollars. Il ne fait plus de doute que l’on préfère soigner le capital plutôt que la misère humaine ! Profitant des circonstances, au début 2009, des escrocs ont même réussi à soutirer quelques milliers de dollars à de nombreux propriétaires dont le logement allait être saisi, en leur offrant abusivement d’intervenir pour la renégociation de leur prêt.

    Il n’est cependant pas trop tard pour atténuer les souffrances de ceux qui ont tout perdu. En leur redonnant les moyens financiers de récupérer leur bien ou d’acquérir un nouveau logement, c’est-à-dire en obligeant les banques à leur consentir de nouveaux prêts à bas taux fixe, cette fois, en mettant éventuellement à la charge de l’État une fraction des intérêts, le nouveau président des États-Unis ferait œuvre d’utilité publique et gagnerait certainement en popularité.

    Que de cupidité, quel gâchis et que de lâcheté de la part des autorités monétaires qui n’ont même pas le courage d’imposer un ordre nouveau dans un système délabré et prêt à re-défaillir. Deux mesures urgentes devraient s’imposer d’elles-mêmes : l’interdiction ou pour le moins l’encadrement des opérations de titrisation et la révision drastique du ratio Cooke, pour ne citer que celles-là.

    Aujourd’hui, mi-2009, tout laisse à penser que la puissance monétaire se range derrière les banques qui n’ont d’autre but que celui de retrouver les conditions passées afin de reprendre, comme si de rien n’était, leurs activités spéculatives tellement juteuses.

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  34. Jean Bayard dit :

    Veuillez me pardonner, j’ai loupé le dernier paragraphe que je reproduis ci-dessous :

    la plus grave des conséquences de cette crise financière est l’impact de la panne du crédit sur l’économie réelle, autrement dit sur la sphère de l’activité de production. Car, si toutes ces liquidités en monnaie centrale servaient l’économie réelle, on les retrouverait dans les concours à l’économie par la reprise du crédit, ce qui n’est pas le cas.

    jean

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  35. Christophe dit :

    Bonjour Jean,
    Vraiment très bon cet article.
    J’attends ton livre avec impatience, ce sera ma bible sur les questions monétaires.
    A bientôt
    Christophe

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  36. Christophe dit :

    Bonjour Jean

    Voici un commentaire que j’ai fait sur le site de la NEF ( http://www.lanef.com/forum/viewtopic.php?t=441 ) en réponse à ta réponse (puisque apparemment tu ne peux pas intervenir directement sur ce site (?).

    Voilà ce que j’ai écris:

    Je pense que la monnaie qui sert à payer les intérêts des crédits provient en grande partie de l’achat d’actifs (or, titres, actions, devises, immobilier etc,etc) qui sont des actifs permanents et non temporaires contrairement aux créances qui une fois remboursées disparaissent des bilans. L’actualité de la crise caricature ce fonctionnement puisque le cours de la bourse remonte (achat par les banques) alors que la demande de nouveaux crédits diminuent.

    J.B dit: « Rien n’augmente à l’actif, c’est le passif (DAV) qui diminue quand la banque encaisse les intérêts dus par l’emprunteur. »

    Je suis d’accord mais il faut développer

    Je développe avec deux banques A et B

    Premier cas:
    La monnaie scripturale qui sert à payer les intérêts dus à la banque A provient de la banque A.
    Le bilan de A: la dette diminue (DAV) et les fonds propres augmentent.
    OK, le bilan reste équilibré et la banque A a moins de dette.

    Deuxième cas:
    Si la monnaie scripturale qui sert à payer les intérêts ne provient pas de la banque A mais de la banque B et que cette monnaie n’est pas compensée par une dette de la banque A envers la banque B, celle ci est payée en monnaie centrale ou accepte de faire créance à B.
    Le bilan de A: l’actif augmente (trésorerie ou créance sur B) ainsi que le passif (fonds propres:encaisse de l’intérêt)
    OK, le bilan reste équilibré et la banque a plus de monnaie centrale (ou une créance supplémentaire).

    Troisième cas: (cas général puisque les banques avancent au même pas comme nous l’a expliqué Keynes)
    Si la monnaie scripturale qui sert à payer les intérêts ne provient pas de la banque A mais de la banque B et que cette monnaie est compensée par une dette de la banque A envers la banque B, la dette entre les deux banques est annulée .
    Le bilan de A: l’actif n’augmente pas et le passif non plus puisque la dette DAV après avoir augmenté par le dépôt provenant de la banque B a diminué doublement, une partie a disparu chez B (ce qui explique la compensation)et l’autre partie a servi à payer les intérêts de la banque A (encaisse des intérêts dus par l’emprunteur).
    OK, le bilan est toujours équilibré, la banque A se trouve dans la même situation que dans le premier cas.

    Je fais l’hypothèse que les banques avancent AUSSI au même pas quand elles achètent « la richesse » avec leurs monnaies scripturales permettant aux emprunteurs de trouver l’argent pour payer les intérêts de leurs crédits.
    Bien sûr les deux processus se mélangent puisque c’est la même monnaie scripturale émise lorsqu’elles accordent des nouveaux crédits ou lorsqu’elles achètent des actifs.

    Je crois qu’il ne peut en être autrement sinon les banques non aucun intérêt à faire ce qu’elles font puisque ce sont des entreprises privées dont le but est de faire du profit, leur monnaie en soi ne vaut rien et ne peut pas être considérée comme de la richesse
    (On peut remarquer aussi que dans le système bancaire actuel effectivement la monnaie centrale a un rôle mineur).

    Jean cette hypothèse te paraît elle crédible?

    Très cordialement
    Christophe

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  37. Jean Bayard dit :

    Bonjour Christophe,
    D’abord, je n’interviens pas sur le site de la NEF pour ne pas me disperser, n’ayant pas beaucoup de temps libre. C’est AJH qui m’a demandé ce que j’en pensais et c’est lui qui a diffusée mes commentaires.
    Tu as raison de développer la phrase que tu cites. Si tu prends le système bancaire consolidé, de mon point de vue, le résultat est celui que tu décris au 3ème cas. Je n’ai pas pigé le cas n°2. Il me semble qu’il y a une contradiction (ou un mauvaise rédaction) dans la première phrase. L’intervention de la BC, en bilans consolidés, revient pour moi au cas n°3.
    En ce qui concerne l’hypothèse que tu émets, il faut raisonner globalement (macro). La monnaie que créent les banques quand elles achètent des biens, sert ou servira à l’activité de production, c’est-à-dire à la production de richesses. Si les banques ensemble possèdent des actifs propres supérieurs à leurs passifs propres, on peut dire que cette monnaie est permanente, puisqu’elle n’est pas supportée par une dette.
    Quand elles achètent un bien, les banques n’ont pas intérêt à émettre de la monnaie. Elles y sont obligées puisque c’est le seul moyen pour elles de s’acquitter de leurs dettes. Ce que devient la monnaie ne les intéressent pas.
    J’ai le sentiment qu’il y a quelque chose dans le raisonnement qui te gènes, mais je ne vois pas ce que c’est.
    Très cordialement
    jean

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  38. Christophe dit :

    Bonjour Jean,

    Pour le cas N°2 qui est un cas particulier, le raisonnement, je crois est juste.

    Ex:Dupond a fait un emprunt et rembourse à sa banque A la partie intérêt de son crédit avec tout le salaire que lui vire la banque B de son patron.
    En fin de journée si la banque B n’a pas encaissé de monnaie scripturale venant de la banque A:
    – soit la banque B paye en monnaie centrale ce qu’elle doit à la banque A
    – soit la banque A fait crédit à la banque B (ta monnaie de banque).

    Le bilan de la banque A est le suivant :

    ACTIF
    Monnaie centrale ou créance sur la banque B
    PASSIF
    Augmentation des fonds propres (encaisse intérêt) sans diminution des DAV existant avant le virement.

    L’actif a bien augmenté du même montant que le passif, le bilan est équilibré.
    ————————————————-

    Tu écris: « J’ai le sentiment qu’il y a quelque chose dans le raisonnement qui te gènes, mais je ne vois pas ce que c’est »

    Voilà ce que j’ai posté sur le site Lanef:

    Pourquoi j’ai développé : « Rien n’augmente à l’actif, c’est le passif (DAV) qui diminue quand la banque encaisse les intérêts dus par l’emprunteur. »

    Pour démontrer que si c’est vrai cela suppose que les intérêts des banques soient payés UNIQUEMENT avec les nouveaux crédits sinon obligatoirement et c’est une certitude comptable, les actifs propres des banques augmenteraient.
    Or la réalité nous démontre le contraire, heureusement pour elles d’ailleurs sinon je ne vois pas pourquoi elles feraient payer des intérêts et donc comment elles pourraient s’enrichir.

    Encore une fois je crois que payer les intérêts avec les nouveaux crédits est une fuite en avant pour les banques qui ne les enrichissent pas. Donc elles n’ont pas intérêt à le faire et ne le font pas en générale.

    La seule vraie richesse des banques c’est leurs actifs propres.
    Pour les banques, les crédits (qui sont pourtant à l‘actif de leur bilan), ne sont pas de la richesse car ils sont voués à disparaître ou peut être à ne pas être remboursé et surtout ils ont toujours comme contre partie la monnaie scripturale qui est une dette des banques.
    Une fois le crédit remboursé, la monnaie scripturale correspondante a disparu avec le crédit.
    Avec l’achat des actifs, la monnaie scripturale correspondante disparaît au paiement des intérêts mais pas l’actif propre contrairement au crédit, il est là le tour de passe passe!

    Au final, la seule possibilité qu’elles ont pour « engranger » les intérêts, c’est d’acheter des actifs avec leurs monnaies scripturales ce qui a l’avantage énorme de permettre aux emprunteurs de trouver l’argent pour payer les intérêts tout en faisant disparaître cette monnaie donc la dette de banque correspondante et cela tout en gardant l’actif propre.

    La boucle est ainsi bouclée dans un système où les banques arrivent à marcher au même pas, avec un minimum de monnaie centrale.
    C’est un système de captation de richesse par les actionnaires des banques extraordinaire, non?

    Qu‘en penses tu ? je crois que ça tient la route, je suis arrivé à cette conclusion en partant de tes explications sur les banques.

    Bonne journée
    Christophe

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  39. Jean Bayard dit :

    Bonjour Christophe,
    En ce qui concerne ta démonstration du cas n°2, je n’ai rien à dire. C’est exact. Tout dépend de ce que l’on veut démontrer. Au niveau de l’ensemble bancaire consolidé, il y a bien une destruction monétaire chez B, compensée par un prêt de A ou BC à B.
    Si tu es parti de mes explications sur les banques c’est que je me suis mal exprimé. Je ne partage pas ton analyse et son développement.
    Les banques ne sont pas payées avec les nouveaux crédits, et leurs actifs propres n’augmentent pas pour autant.
    Il n’y a, de mon point de vue, aucune relation entre les deux. Les intérêts sont payées avec la monnaie en circulation et il y aura de la monnaie en circulation tant que la somme des intérêts (démonétisés) sera inférieure à la somme des prêts restant à rembourser (démonétisation à venir). Il est vrai qu’en pratique, il en sera autrement, car la monnaie en circulation n’est pas forcément entre les mains de ceux qui doivent rembourser intérêts et emprunts. D’où complication pratique à la théorie.
    Les banques n’ont rien à voir dans cette affaire, c’est le système qui est mauvais. Les banques touchent leurs intérêts, c’est tout ce qui les intéresse.
    Est-ce plus clair pour toi ? Si tu es d’accord avec moi sur ce point, la suite du raisonnement que tu tiens n’a plus la portée que tu lui donnes.
    Amitiés
    jean

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  40. Jean Bayard dit :

    Bonjour Christophe,
    J’ai omis hier, d’apporter une réserve à ce que je disais : et il y aura de la monnaie en circulation tant que la somme des intérêts (démonétisés) sera inférieure à la somme des prêts restant à rembourser »
    A compléter par « sous réserve de l’activité des banques prises ensemble, qui créent la monnaie si leurs actifs propres sont supérieurs à leurs passifs propres et la détruisent inversement ».
    Le reste inchangé.
    Tu voudras bien m’excuser pour cette omission qui peut te gêner dans ton raisonnement.
    Bien à toi
    jean

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  41. Christophe dit :

    Bonjour Jean,

    Ton dernier commentaire confirme, je crois, que l’on dit la même chose.

    Les banques achètent leurs actifs propres en fonction des opportunités qui se présentent indépendamment des crédits qu‘elles octroient.
    Macro-économiquement, dans la somme totale de monnaie scripturale qui circule, il y a la monnaie qui a servi à payer les actifs propres des banques ce qui permet à celles ci de transformer en richesse les intérêts de leurs crédits.
    Avec les seuls crédits ce n’est pas possible puisqu’ils disparaissent en même temps que disparaît la monnaie scripturale qui leur est liée.

    Quand les intérêts sont payés, il y a démonétisation c’est à dire suppression de la dette des banques envers les déposants et augmentation de leurs fonds propres mais il ne faut pas oublier le nouveau rapport que cela implique entre l‘actif et le passif.

    C’est un peu comme une personne qui achète sa maison en s’endettant (pour les banques c’est l’achat des actifs propres avec leur monnaie dette). Lorsque cette personne rembourse sa dette tous les mois en payant ses mensualités (pour les banques c’est la démonétisation par augmentation des fonds propres lorsque l’intérêt est payé) cette personne voit sa richesse augmentée jusqu’au remboursement complet de sa dette(pour les banques c’est la démonétisation complète liée à l‘achat de l‘actif propre), rendant celle ci pleinement propriétaire de sa maison (maison = actifs propres des banques).

    Les nouveaux crédits, le remboursement de la partie principale de ces crédits, le paiement des intérêts et l’achat d’actifs propres permettent aux banques de résoudre le problème de comment s’enrichir avec la production presque gratuite de leur propre monnaie et règle le problème de la fuite en avant à savoir les nouveaux crédits nécessaires pour payer les intérêts des anciens.

    Est-ce que cela te semble plus cohérent?
    Merci beaucoup pour ton aide précieuse.
    Amicalement.

    Christophe

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  42. Jean Bayard dit :

    Bonjour Christophe,
    Je crois qu’effectivement, notre divergence n’est que de formulation. Pourtant, il y a une phrase qui me pose problème dans ton exposé :
    la monnaie qui a servi à payer les actifs propres des banques ce qui permet à celles ci de transformer en richesse les intérêts de leurs crédits
    Il n’y a pas de lien de cause à effet, sauf dans l’hypothèse extrême où il ne resterait plus de monnaie de dette en circulation, et encore c’est discutable.
    Bien à toi
    jean

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  43. Christophe dit :

    Bonjour Jean,

    Il me semble que rien ne distingue la monnaie scripturale provenant du crédit de la monnaie scripturale provenant d’achat d’actifs propres. Ces deux monnaies sont complètement indifférenciées dans le circuit économique et elles sont temporaires puisque l’emprunteur doit les récupérer toutes les deux par tous les moyens possibles (en générale par son travail créateur de richesse) pour rembourser la partie principale et payer l’intérêt.

    C’est dans ce sens peut être qu’il n’y a pas de lien de cause à effet, le paiement de l’intérêt ne dépend pas de l’une ou de l’autre monnaie par contre l’émission de « monnaie-intérêt » par achat d’actifs propres (pour la différentier de la monnaie-dette provenant du crédit) est incontournable pour faire fonctionner le système sinon ça ne marche pas, c’est une certitude comptable, c‘est ce que j‘ai découvert dans les entrailles de la bête.
    Pour le comprendre je prends un exemple caricatural avec un système à une seule banque de dépôt qui débute son activité avec 0 en actif propre, 0 en fond propre et 0 en DAV. Normalement elle n’est pas autorisée à accorder des crédits mais elle le fait quand même et dans de forte proportion puisqu‘elle est toute seule sur le marché.

    Chaque fois que les intérêts sont payés, les DAVS diminuent et les fonds propres augmentent mais en contrepartie les créances diminuent (remboursement de la partie principale) et les actifs propres restent toujours = 0. On voit bien que s’il n’y a pas achat d’actifs propres en parallèle de la production de crédit, il n’y a aucune possibilité pour que le bilan soit équilibré.
    Les fonds propres sont directement liés à la notion de richesse qui la richesse est représentée par les actifs propres.
    Il y a donc bien de mon point de vue une relation de cause à effet entre le paiement des intérêts, les fonds propres et les actifs propres sans quoi le bilan ne pourrait pas être équilibré.
    C’est la deuxième jambe du système bancaire (la première étant la production de crédit), qui permet aux banques de marcher au même pas.

    Est ce que nos idées convergent mieux?

    Très cordialement
    Christophe

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  44. Jean Bayard dit :

    Bonjour Christophe,
    La monnaie émise par le crédit et celle émise par l’achat d’actifs ne se différencient pas, c’est évident.
    S’il n’y avait qu’un crédit accordé par la banque, la monnaie émise par l’acquisition d’actifs doit être égale aux intérêts, puisque la démonétisation des intérêts rendrait le remboursement impossible.
    Après remboursement du principal et des intérêts, dans cette hypothèse, le bilan de la banque montre, à l’actif les biens acquis et au passif le bénéfice (fonds propres) résultant des intérêts. Le DAV est à zéro.
    Moralité, la banque a pu acquérir ses biens grâce à son activité de prêt. La différence avec une entreprise privée, c’est qu’elle se finance gratuitement.
    Es-tu d’accord à présent avec moi ?
    Bien à toi
    jean

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  45. Christophe dit :

    Jean,

    « Moralité, la banque a pu acquérir ses biens grâce à son activité de prêt. La différence avec une entreprise privée, c’est qu’elle se finance gratuitement. »

    Oui, je suis 100% d’accord, c’est aussi ma conclusion.
    Je ne vois vraiment pas comment on va pouvoir changer ça! Tu penses bien que ceux qui connaissent et pilotent le système se battront jusqu’au bout pour le préserver.

    Amicalement
    Christophe

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  46. Christophe dit :

    Bonjour à tous
    Bonjour Jean,

    Maintenant que nous avons une théorie qui tient la route nous pouvons affirmer que les grands vainqueurs de la crise sont les banques.

    Si comme je le crois, le système bancaire avance avec ses deux jambes que sont la production de crédits et l’achat d’actifs propres, la crise peut s’interpréter de la manière suivante:
    Dans une économie réelle où la croissance est autour de 3% de richesse/an contre 10-15% de nouveaux crédits/an accordés, le système bancaire a une des deux jambes (achats d’actifs propre) qui commence à se paralyser.
    Le système bancaire invente la titrisation, les crédits sont transformés en actifs propres, la richesse fictive ainsi créée s’accorde maintenant parfaitement avec la production de crédits, on pourrait presque croire qu‘il n‘y a plus de limite, les deux jambes se remettent à marcher, voir à courir, créant la bulle du crédit, la bourse atteignant des sommets.

    2007-2008 les crédits titrisés des subprimes ne sont plus remboursés, les banques dans la précipitation essaient de revendre leurs actifs toxiques mais personne n’en veut, c’est la chute boursière qui ruine les banques et les épargnants.
    Les banques ne se prêtent plus entre elles pour solder les compensations interbancaires avec leur système de lignes de crédits et font appelle aux banques centrales et aux États qui leur prêteront l‘argent nécessaire pour solder les soldes compensatoires présents et à venir de leurs futures opérations stratégiques permettant leur résurrection.

    La valeur des actifs propres étant déterminée par le marché boursier, les fonds propres se sont réduits comme peau de chagrin, la production de crédits n’est plus possible (règle prudentielle), la crise financière se transforme en crise économique.
    Les banques sauvées par les États et les banques centrales établissent une stratégie très simple pour retrouver leurs fonds propres d’avant la crise.
    Faire remonter les cours de la bourse.
    Elles ralentissement la production de crédits et demandent les remboursements anticipés de tous les crédits rentrant dans cette catégorie, elles stockent au maximum leurs dettes de banque envers les déposants dans leurs parkings monétaires et surtout elles rachètent les actions et obligations à bas prix des épargnants paniqués par la chute des cours à la bourse.
    La disparition de la monnaie scripturale par le remboursement des crédits, par les saisies après faillites des agents économiques et par le ralentissement de la production de crédits est partiellement compensée par l’émission massive de monnaies scripturales venant des opérations d’achat d’actifs à bas prix des épargnants qui ont vendu paniqués par la chute des cours.
    La sphère économique réelle ne s’écroule pas mais doit faire face à la déflation.
    Il s’ensuit la remontée spectaculaire des cours de la bourse dont la principale conséquence est la remise à flot des banques sauvées qui ont retrouvé en partie leurs fonds propres d’avant la crise, augmenté des actifs propres provenant des épargnants qui ont vendu dans la précipitation.

    Après ce gros transfert de richesse des agents économiques vers le système bancaire, celui ci est devenu plus concentré (il y a eu des faillites) et plus puissant, car ce sont maintenant les états lourdement endettés par les plans de relance qui auront besoin d’elles.
    Au final les banques peuvent redémarrer petit à petit sur l’ancien mode mais elles ont pris conscience que la titrisation ne fabrique pas de la richesse réelle et immédiate et que donc dorénavant pour  » moissonner proprement, la moissonneuse batteuse devra avancer moins vite », la reprise sera donc très lente.

    Les avis seront les bienvenus.

    Bonne journée à tous
    Christophe

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  47. jean bayard dit :

    Bonjour Christophe,
    Rentrant de voyage, je prends connaissance de ton post. Je n’ai rien à ajouter à ce que tu dis.
    Amitiés
    jean

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