20 – Tout notre débat sur la monnaie

31 juillet 2008

Publié par Paul Jorion

 

Etienne Chouard – qui n’a pas besoin d’être présenté – a créé sur son site Internet un texte “pdf”, contenant – sur plus de trois cents pages ! – notre débat sur la monnaie.

Il écrit en introduction :

Avec l’accord de Paul, je publie cette sélection sur la monnaie que j’ai composée pour permettre une impression facile et soignée d’un travail collectif de longue haleine que je trouve d’une rare intelligence et d’un formidable intérêt pédagogique : chaque citoyen devrait prendre conscience des enjeux et mécanismes de la monnaie : à mon sens, la liberté ou la servitude dépend de cette prise de conscience.

J’ai donc ici copié bout à bout tous les articles de Paul Jorion relatifs à la monnaie, suivis des échanges qui sont souvent d’une qualité exceptionnelle.

Je remercie ici Etienne publiquement (mes remerciements privés ont eu lieu hier, quand il m’annonça son intention). Mieux, il tiendra ce texte à jour et nous encourage à lui signaler les passages que nous considérons particulièrement importants afin qu’il les surligne.

Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite

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135 réponses à “Tout notre débat sur la monnaie”
  1. Salva dit :
    31 juillet 2008 à 19:17 Puisque le système de monnaie publique est nettement préférable au système de la monnaie privée, pourquoi les gouvernements n’y viennent-ils pas ? Est-ce de façon délibérée ?

     

    Et j’ai d’autres questions qui me turlupinent : depuis quand la France ne peut plus emprunter à sa Banque de France, depuis 1992 et le traité de Maastricht (et son article 104), depuis 1973 (y aurait-il eu une loi votée cette année-là ?) ?

    Et comment cela se passait-il avant cette interdiction ? La France ne payait pas d’intérêts pour emprunter, ce qui expliquerait qu’elle n’était pas en déficit jusqu’en 1974…

    Pourquoi alors la France a emprunté aux USA au moment de sa reconstruction d’après-guerre alors qu’elle pouvait faire tourner la planche à billets (je pense , notamment au plan Marshall qui était conditionné à la création de l’OECE , devenu l’OCDE en 1962) ?

    J’ai lu dans ce blog que la Fed reversait 98% des intérêts à l’Etat américain, dans ce cas, c’est un système proche du vôtre.

    Beaucoup de questions ! Pouvez-vous m’éclairer, merci !

  2. Dani dit :
    31 juillet 2008 à 21:34 @Salva :

     

    Pourquoi les gouvernements n’y viennent pas… ? Je tente une hypothèse : il ne peuvent pas, ce ne sont pas eux qui ont le pouvoir… du moins pas seuls…

    L’Etat français ne peut plus emprunter à sa banque centrale depuis janvier 1973. Intéressant, non ?

    L’emprunt aux Etats-Unis en 1945. Dur d’imaginer l’usage de la planche à billets dans une situation de fin de guerre, avec une monnaie non-convertible et un risque d’inflation énorme. La situation n’a rien à voir avec celle que nous connaissons aujourd’hui.

  3. Dani dit :
    31 juillet 2008 à 21:35 @Paul Jorion et Etienne Chouard :

     

    Merci pour cette mise à disposition “présentée” des débats. Je vais pouvoir m’y replonger et tenter de comprendre certains détails qui m’échappent.

  4. zoupic dit :
    1 août 2008 à 02:17 L’Etat français ne peut plus emprunter à sa banque centrale depuis janvier 1973.

     

    Ce serait sous Pompidou, loi passée par Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre de l’économie.
    Revalidé par Maastricht
    Reclouté par le traité Européen.

    Comment cela se passait avant ? L’Etat empruntait à la Banque de France.
    Il ne payait pas d’intérêt et détruisait probablement le crédit une fois la valeur remboursée. Des alternatives existent : écosociétalisme, crédit social, ou encore Benjamin Franklin en Caroline avec un système de monnaie local. Je pense que les SEL, les micro-crédits, le local fonctionnent également sur des ensembles à taille plus réduite.

    Ils ont confié la gestion de la monnaie aux banques privées, supposées plus spécialistes que les politiques pour gérer la création de monnaie selon l’augmentation de valeur ajoutée nationale, dans le but d’aider, on imagine.

    Aux USA, la FED, banque privée et institut séparé et indépendant du gouvernement s’en occupe depuis 1913. La FED a été créée par Rockefeller et ses camarades banquiers en secret sur une île. Le nouveau président en arrivant au pouvoir donne son plan au patron de la FED qui lui dit OUI / NON, ça on peut faire, ça on peut pas faire. C’était Greenspan le tôlier de ce monde pendant 20 ans.

    Quant au plan Marshall, si les Français avaient fait tourner leur presse à billets à toute allure, ils auraient dévalué (système de taux de change fixe de la conférence de Bretton Woods), ou d’une autre manière, augmenté l’offre monétaire, baissant ainsi sa valeur, si le rythme d’impression des billets ne suit pas l’économie.

    A la place, les Américains nous ont proposé un coup de main, un Jackpot, un pot de bienvenue pour devenir comme eux, et être plus contre le bloc de l’Est. Les vainqueurs écrivent l’histoire.

    Bretton Woods : Les économistes réfléchissent Keynes (UK) VS Right (US) (Je vous rassure, Right a gagné..)

    C’est d’ailleurs beau, puisque entre 44 et 71, ce sont les Américains qui gèrent le change GOLD DOLLAR, et tout le monde utilise les dollars, pour que ce soit plus simple, bien sûr. Si les Américains font tourner la planche à billets, sans compter les impressions, on est dans la situation de faux monnayeurs, leur monnaie ne se dévalue pas, les nôtres si, ou nous coûte des réserves considérables en or pour compenser la perte. On a tous un peu financé le Vietnam.

    En 71, après l’intervention de je ne sais plus quel politique français, ils décident d’arrêter. Depuis des mecs avec des grands chapeaux nous vendent du vent au prix de vent +4%.

  5. egdltp dit :
    1 août 2008 à 08:29 Pour la fin de la convertibilité or du dollar, c’est Nixon qui face à des petits malins, tels la France, a décidé unilatéralement de supprimer cette possibilité voyant la différence entre les stocks de Fort Knox et les montants en circulation. La confiance dans les USA était alors telle que cela n’a pas eu d’impact.

     

    De Gaulle avait demandé à la Banque de France de convertir dès que possible les dollars en or afin de reconstituer les stocks. Cette pratique a continué jusqu’à la fin de la convertibilité. Les USA sont des “faux monnayeurs” depuis longtemps. Cela leur explose à la tronche aujourd’hui.

  6. A-J Holbecq dit :
    1 août 2008 à 10:19 A ce sujet, j’en profite pour vous signaler un “échange” sur le blog de VGE qui fut l’initiateur de la loi de janvier 1973

     

    Message initial (N°16)

    Sa réponse et mes 2 commentaires

    J’espère qu’il ira un peu plus loin que sa réponse initiale…

  7. RST dit :
    1 août 2008 à 12:13 @ A-J Holbecq
    Vous devriez être déclaré ″d’utilité publique″ ou quelque chose dans le genre. Après avoir publié ce bouquin fantastique sur la dette (et la création monétaire) dont la lecture devrait être rendue obligatoire, voilà maintenant que vous faites réagir un des principaux acteurs et responsables (donc coupable) de la situation.
    Toutes mes félicitations et mes remerciements de citoyen. Vraiment.

     

    La réponse de VGE est sidérante : ″une réforme moderne qui a transposé en France la pratique en vigueur dans tous les grands pays″ ou comment faire en sorte que la ″réforme″ devienne une fin en soit. N’est-ce pas là l’une des graves perversions de notre époque : la réforme, pour la réforme, peu importe son contenu, peu importe sa pertinence !

    Otez-moi d’un doute. VGE ce brillant ministre du Général de Gaulle puis de Pompidou, avant de devenir le 3ème président de la 5ème République, n’a pas bien compris votre question, ou bien il l’a comprise mais a fait une réponse en ″langue de bois″. Ne me dites pas qu’il ne maitrise pas le sujet ?

    J’attends la suite avec une impatience non contenue.

    Ne serait-il pas possible de lui demander de lire votre livre afin qu’il nous donne son point de vue ?
    Pensez-vous qu’il serait utile que nous (les lecteurs du blog de Paul par exemple) allions le lui demander courtoisement en tant que citoyen concerné ? L’effet de nombre peut avoir un certain impact ? Ou cela risque d’être contre-productif s’il pense être l’objet d’un “complot” ?
    Qu’en pensez-vous ?

    Je vais en tous les cas signaler ce dialogue sur tous les blogs où j’ai parlé de votre livre.

    Encore une fois, MERCI pour ce que vous faites

  8. A-J Holbecq dit :
    1 août 2008 à 17:42 @RST

     

    C’est moi qui vous remercie de vos louanges, et si louanges il doit y avoir, je ne les mérite certainement pas seul.

    VGE n’a, à ce moment, pas encore répondu: on peut penser qu’il est en vacance ou qu’il prèfère laisser le temps faire oublier mes commentaires (je suis bien certain qu’il maitrise le sujet et avait très bien compris ma question, mais personne n’aime avoir tort), ou alors son équipe cherche avec quel message “langue de bois” il est possible de “noyer le poisson”…

    Attendons encore un peu, mais (pour info) , sur ce sujet, Philippe Derudder est en train de finaliser une lettre à tous les élus que nous souhaiterons, lorsqu’elle sera prête (et après la rentrée) que les citoyens les plus nombreux envoient à leurs élus (”harcèlement politique”), un genre de “marketing viral”, quoi ;-)

  9. RST dit :
    1 août 2008 à 19:58 @A-J Holbecq
    Excellente initiative que celle de la lettre. Comment en serons-nous informés ?
    En ce qui me concerne je me ferai un devoir et un plaisir de l’envoyer à mon député maire M. P.Ollier, accessoirement président de la commission des finances à l’assemblé nationale, si je ne m’abuse.

     

    Avez-vous l’intention de faire appel à des associations de type ATTAC qui ont une certaine pratique de ce genre d’opérations ?

    Comme je vous l’ai déjà dit, à mon niveau, j’essaye de diffuser le message sur les blogs que je fréquente. C’est une goutte d’eau dans l’océan mais ça permet de se sentir moins inutile (et accessoirement d’affiner et de préciser sa pensée et ses arguments).

    J’ai attaqué un dialogue avec un jeune membre du Nouveau Centre. Mais c’est difficile et je me retrouve un peu à court d’arguments. Si vous avez le temps :) de passer jeter un œil… et un commentaire. C’est ici.

  10. yann dit :
    1 août 2008 à 20:35 @A-J Holbecq

     

    Est-il possible que VGE n’écrive pas vraiment sur son blog ?
    Sans vouloir être impertinent il se fait vieux et son emploi du temps doit être relativement rempli, alors est-ce qu’il écrit vraiment sur son blog…

    @RST

    Il est trés difficile d’aborder des sujets auquel personne ne pense naturellement. Il est d’ailleurs curieux que l’on se soit si peu posé de questions sur la nature de la monnaie alors qu’elle est au centre de nos sociétés modernes. Mais qu’en on parle de çà il y a des discours de type pavlovien, des réponses automatiques qui ne proviennent d’aucune réflexion qui nous viennent en retour. Mon expérience personnelle est qu’en général on prend quelques insultes à la figure avant que l’interlocuteur ne cesse toute discussion, mais des fois ça marche. On peu instiller le doute qui poussera peut-être la personne en question à se poser des questions sur ce même sujet.

  11. zoupic dit :
    1 août 2008 à 23:04 @RST
    je lui ai mis un “p’tit” mot. Ton copain mélange un peu tout, mais il tient bien ses positions.
    @AJH
    Tous avec vous sur ce coup là. à suivre..
  12. Étienne Chouard dit :
    2 août 2008 à 00:32 Bonsoir à tous,

     

    Si vous n’avez pas déjà lu ce document de Ellen H. Brown, il va sans doute vous passionner :

    « Que les procès commencent : Les banques s’attendent à un déluge de litiges »

    Y aurait-il un espoir de reprendre nous-mêmes aux barons voleurs la maîtrise de notre monnaie ?

    Bonne nuit :o)

    Étienne.

  13. Étienne Chouard dit :
    2 août 2008 à 00:34 Oups, j’ai oublié : merci à ce cher Instit qui nous a signalé ce document sur le forum :

     

    http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?pid=3968#p3968

  14. Paul Jorion dit :
    2 août 2008 à 01:26 Comme je l’annonçais il y a deux jours, j’ai déjeuné hier avec Ellen H. Brown, l’auteur du texte auquel nous renvoie Etienne et que egdltp avait déjà signalé.

     

    Comme je m’en doutais, nous sommes effectivement sur la même longueur d’ondes. Nous avons échangé des exemplaires de nos livres : de mon côté L’implosion, du sien : Web of Debt. The Shocking Truth About Our Money System And How We Can Break Free, La toile de la dette. La vérité choquante sur notre système monétaire et comment nous pouvons nous libérer, son livre sur la monnaie – que je m’empresse de dévorer.

  15. zoupic dit :
    2 août 2008 à 04:09 Bonjour, une pensée nocturne :

     

    Si certains pays de la zone Euro ont une dette considérable, et empruntent en conséquence aux banques privées françaises ou autres, cela provoque une inflation monétaire au niveau de l’euro sur tous les pays de la zone. En conséquence, de la même façon que nous avons payé le Vietnam, une inflation due à notre dette, serait répercutée sur tous les pays de la zone euro.

    Les autres pays seront contents de venir partager un peu l’inflation due à notre dette. :)

    Ça devrait convaincre d’autres citoyens, au cas où.

  16. A-J Holbecq dit :
    2 août 2008 à 09:38 Paul

     

    Une idée du matin…

    Il faudrait créer un groupe (une association de fait, ouverte), réunissant tous ceux, comme Ellen H. Brown, Robertson, Buntz, M. Kennedy, Allais, les créditistes, (et beaucoup d’autres), et nous tous, qui demandons un retour d’une part conséquente de la création monétaire par les Etats et, via leur Banque Centrale (ou non), afin qu’au moins nous puissions nous “compter”.

    L’idéal serait un site “spip” sur lequel chacun pourrait intervenir dans sa langue… Chacun pourrait garder les spécificités de ses demandes et propositions, autour d’une seule “base” (revendication) minimale à définir. Ensuite, des “extérieurs” pourraient venir intégrer le groupe ou soutenir les propositions qui leurs conviennent le mieux.

    Malheureusement, autant je lis l’anglais couramment, autant écrire dans cette langue est pour moi un vrai calvaire ;) … je ne saurais donc être le “coordinateur” d’une telle proposition internationale .

  17. A-J Holbecq dit :
    2 août 2008 à 09:46 @RST

     

    Lorsque cette lettre sera finalisée (le but est de “macher le travail” à ceux qui souhaiteront l’envoyer), chacun en sera informé par les différents sites (les miens, E. Chouard, Paul s’il le souhaite, mais j’espère que de nombreux sites et blog reprendrons l’info .. merci Zoupic et les autres)

    Je vais aller voir sur le lien cité

    @Yann

    VGE a une équipe qui doit au moins lui demander son avis avant la rédacion des réponses ou des messages (c’est d’ailleurs indiqué “Quelques réponses de VGE – Par Equipe VGE” )…

  18. A-J Holbecq dit :
    2 août 2008 à 16:20 Bonjour

     

    Je lis la page http://webofdebt.wordpress.com/monetary-proposal/ d’ Ellen H. Brown et je repère ceci

    Ever since the dollar went off the gold standard in 1933, all of our money except coins and a few rare U.S. Notes has been created privately by banks (including the private Federal Reserve) and lent to the government and the people.

    alors que sur wikipedia anglais

    The Federal Reserve System is an independent government institution that has private aspects, but is neither a private organization, nor operates for a profit. It derives its authority and public purpose from the Federal Reserve Act passed by Congress in 1913. As an independent institution, the Federal Reserve has the authority to act on its own without prior approval from Congress or the President.

    et

    … it is a quasi-public (government entity with private components) banking system composed of (1) the presidentially appointed Board of Governors of the Federal Reserve System in Washington, D.C.; (2) the Federal Open Market Committee; (3) 12 regional Federal Reserve Banks located in major cities throughout the nation acting as fiscal agents for the U.S. Treasury, each with its own nine-member board of directors; (4) numerous private U.S. member banks, which subscribe to required amounts of non-transferable stock in their regional Federal Reserve Banks; and (5) various advisory councils.

    L’émission de monnaie fiduciaire par la FED est donc considérée par Ellen comme totalement “privée” : c’est une petite différence par rapport à la Banque de France qui est propriété de l’Etat français et je pense, sans connaitre les statuts des différentes autres banques centrales de la zone euro, qu’il en est de même pour toutes.

    Les intérêts payés par les banques commerciales à la BCE (en particulier lors de l’obtention par elles de monnaie fiduciaire) sont inclus dans le bilan de celle-ci et les bénéfices résultants répartis à proportion des différentes Banques Centrales Nationales.

    Peux-tu, Paul, nous éclairer plus précisément, éventuellement après échange avec Ellen… merci d’avance !

  19. Étienne Chouard dit :
    2 août 2008 à 19:02 Cher André-Jacques,

     

    je crois que tu peux lui poser directement la question là :

    http://webofdebt.wordpress.com/questions-and-answers/

    Aussi mal à l’aise que toi, je vais analyser ton message anglais avec une réelle bienveillance :)

    Étienne.

  20. Ellen H. Brown dit :
    2 août 2008 à 19:33 @ A-J Holbecq

     

    That’s from the Federal Reserve’s website. So is this:

    The twelve regional Federal Reserve Banks, which were established by Congress as the operating arms of the nation’s central banking system, are organized much like private corporations–possibly leading to some confusion about “ownership.” For example, the Reserve Banks issue shares of stock to member banks. However, owning Reserve Bank stock is quite different from owning stock in a private company. The Reserve Banks are not operated for profit, and ownership of a certain amount of stock is, by law, a condition of membership in the System. The stock may not be sold, traded, or pledged as security for a loan; dividends are, by law, 6 percent per year.
    The Federal Reserve’s income is derived primarily from the interest on U.S. government securities that it has acquired through open market operations. Other sources of income are the interest on foreign currency investments held by the System; fees received for services provided to depository institutions, such as check clearing, funds transfers, and automated clearinghouse operations; and interest on loans to depository institutions (the rate on which is the so-called discount rate). After paying its expenses, the Federal Reserve turns the rest of its earnings over to the U.S. Treasury.

    If you read the Federal Reserve Act, you’ll see that ALL the shareholders are banks; there is absolutely no public ownership at all. (There was a provision for some government-issued stock in case the banks didn’t pay up, but they did.) The banks get a guaranteed 6% return on their investment every year, and the Fed pays its expenses out of the interest it “earns” on the bonds it buys from the government with the money it prints up. In my book, a corporation wholly owned by banks, with private un-elected bank representatives on its boards making decisions about who gets the money it issues (see here http://www.federalreserve.gov/generalinfo/listdirectors/), paying all its expenses out of profits from its lending activities plus a 6 percent return to its shareholders, is a private for-profit corporation. True, its chairman is appointed by the government; but he’s not answerable to the government. Congress just listens with bated breath like the rest of us to what he’s going to do.

  21. A-J Holbecq dit :
    2 août 2008 à 20:11 Thank you, Ellen, for these informations.
    There is indeed a big difference between the “Banque de France” (central bank) and the Fed: it’s that, for France, the shareholder is the nation;
    Could you give us additional details concerning the issue of U.S. banknotes ?
  22. Rumbo dit :
    2 août 2008 à 20:32 Accéder à l’intimité de la pensée de VGE serait, encore aujourd’hui, du plus haut intérêt compte tenu du rôle qu’il a joué après le gaullisme, avant, pendant, et après (selon ses entretiens, déclarations, etc) avoir été président de la République, poste où il a été élu en 1974 à ~50 000 voix près…

     

    L’essence de la création monétaire est un domaine trop “naturel” pour que nous en ayons eu une idée adéquate, claire et directe, sans questionnements hors de propos, tellement le public en a été éloigné depuis presque toujours. Mais une fois qu’on a perçu l’ – adéquation – de la création monétaire relativement à la production humaine, on ne peut plus rester dans l’ “état” précédent. Je crois que les réponses “à la VGE” sont celles, précisément, qui ont conduit les “affaires”, et les conduisent toujours aujourd’hui avec ce que l’on voit, libéralisme débridé et dérèglemantations en plus étant venu ajouter à ce problème un point aveugle de plus. Les discusisons que j’ai eu avec des libéraux de tout poil me confirment qu’il y a là un véritable point aveugle autour duquel on tourne en rond, à tatons, de façon quasi désespérante. En simplifiant, l’argent étant considéré comme une marchandise, ce qui éjecte, au sujet de la monnaie, son rôle de symbole de permis d’échanger, mais elle ne peut être, par nature, une simple marchandise de plus. Car au niveau du simple troc, une fois que les deux parties ont échangé leurs produits, le solde est égal à 0, et les parties sont, en principe, satisfaites de l’éhange. Ce qui n’est nullement le cas avec l’argent “moderne”, pourtant autrement performant dans le choix des échanges, mais le système d’intérêts ne satisfait personne, hormis une poignée de quelques uns.

    Il faut mettre en réserve et étudier soigneusement celui qui à décortiqué le mieux ce sujet monétaire et la formation des prix (certain aurait même dit qu’il a été le “Einstein” de l’économie), quoiqu’il en soit, en voici la source qui est en anglais. J’en profite pour lancer un appel pour que le major Douglas soit traduit en français. Voir:

    http://douglassocialcredit.com/origins.php

    Tout à fait d’accord avec l’idée de André Jacques (parce que en ce qui concerne l’anglais, je “rame” pas loin des 100%!..)

  23. zoupic dit :
    2 août 2008 à 20:51 It looks like a bad us movie.. on dirait un mauvais film us.

     

    Pour transmettre le message comptez sur les freemen et moi :
    http://freemen.autresmondes.eu/freemengoogle.php

    Relisez ma question sur l’inflation monétaire française, par rapport aux autres pays non endettés. on doit même pouvoir calculer de combien le paiement des intérêts de notre dette et de notre rythme de vie, influe sur l’offre monétaire.

    Même chose pour le subprime, en comptant toutes les injections liquides + actions de la FED+BCE+ autres banques, sur la masse monétaire, ça doit pouvoir nous dire de combien les injections censées redonner confiance ont accentué l’inflation déjà renaissante.

    C’est avec ces chiffres clés qu’on peut expliquer à lambda l’ampleur du dysfonctionnement.

  24. Ellen H. Brown dit :
    2 août 2008 à 21:29 Hi A-J,

     

    when the U.S. government needs money, it issues bonds, which are delivered to certain bond dealers (Goldman Sachs, etc.) for auction to the public. Any not bought by the public are “bought” by the Federal Reserve with Federal Reserve Notes printed by the Bureau of Engraving and Printing at the behest of the Federal Reserve (”Fed”). The cost to the Fed is about 4 cents a bill (perhaps a bit more now), regardless of face value. The seigniorage goes to the Fed. The government pays interest on these bonds, which the Fed refunds after deducting all its expenses. Cheers, Ellen

    PS: What happens when the Banque de France issues money? Is it delivered outright to the government or “lent” at interest?

  25. RST dit :
    2 août 2008 à 22:03 Bonsoir à tous

     

    Dans ma “croisade” en faveur du bouquin de AJ Holbecq et P.Derudder on m’a rétorqué comme argument (en plus du fait que j’étais un farfelu) que l’ Etat n’emprunte pas “aux banques commerciales” : il emprunte à des particuliers en émettant des titres.
    C’est ici: http://econo.free.fr/index.php?option=com_wrapper&Itemid=53

    Je me rends compte que je suis souvent à court d’arguments, faute des compétences nécessaires (mais je me soigne).

    Je ne vois pas en quoi cette réponse est pertinente et en quoi cela change le fond du problème ?
    Votre aide sera la bienvenue

  26. RST dit :
    2 août 2008 à 22:09 Précision sur mon message précédent.

     

    La réponse complète de mon contradicteur était:
    “Vous ne comprenez toujours pas. L’Etat n’a pas besoin d’argent, il a besoin de ressources : l’argent n’est qu’un intermédiaire de ce mécanisme. Et il n’emprunte pas “aux banques commerciales” : il emprunte à des particuliers en émettant des titres. En vous focalisant sur des mécanismes que vous ne saisissez pas, vous loupez l’essentiel. Et moi, je me demande pourquoi les questions monétaires sont toujours l’occasion pour des farfelus de s’imaginer qu’il y a un trésor caché quelque part.”

    Si vous vous rendez sur le site mentionné, il faut vous rendre dans “Salon de lecture” et ouvrir le sujet “La dette publique une affaire rentable”

  27. A-J Holbecq dit :
    3 août 2008 à 07:31 @ Ellen

     

    Thanks for yours answers

    It is relatively the same in Europe.

    When the French government needs money, it issues bonds (via “France Tresor” http://www.aft.gouv.fr/?lang=en ), which are also delivered to commercials banks for auction to the public or others.

    The seigniorage of the banknotes goes to the European Central Bank (BCE), but as the ECB is a company whose shareholders are the central banks of various countries, net profits on the € are pro rata shared for the country of the eurozone, and because the National Central Banks are 100% the property of States (at least for France), profits (including in fact seigniorage) finally returned to the French State

    We request that the seigniorage of any money (credit and notes) back to the community… or at least that the state should not pay interest.

    @RST

    Le temps me manque pour intervenir sur tous les blogs et poursuivre à chaque fois une discussion qui s’ensuit (contre de toute façon des interlocuteurs “bloqués” dans leurs paradigmes.)

    J’adore ” L’Etat n’a pas besoin d’argent, il a besoin de ressources : l’argent n’est qu’un intermédiaire de ce mécanisme.” … ( types de ressources: http://fr.wikipedia.org/wiki/Ressource )

    La dette n’est pas détenue seulement par les particuliers (voir http://www.aft.gouv.fr/IMG/jpg/0805_oat_porteurs_fr.jpg issu de cette page http://www.aft.gouv.fr/article_960.html?id_article=960&id_rubrique=163 ), mais de toute façon, à l’origine, la monnaie en circulation (qui permet par exemple l’achat de titre d’OPCVM détenant des OAT) est originaire de l’émission monétaire par le crédit des banques privées. In fine, l’Etat emprunte bien (par intermédiaire) aux banques privées.

    Mais encore une fois, le problème n’est pas seulement là… il est dans la logique qui fait que la Nation (le Trésor Public) a moins de droits que n’importe quelle banque commerciale et ne peut se financer auprès d’une entité qui lui appartient en propre (la BdF), ce qui aboutit à ce qu’il doive payer des intérêts au privé (n’importe lequel des détenteurs de la dette, particuliers ou non).

    Il faut noter que l’Etat, au lieu d’emprunter pour couvrir les déficits budgétaires (de l’ordre de 40 à 50 milliards par an), pourrait choisir d’imposer plus les plus riches (ceux qui “achètent” de la dette) … c’est encore évidemment un choix qui privilégie ceux-ci…

  28. yann dit :
    3 août 2008 à 07:40 @RST

     

    Cette réponse qui vous est faite montre qu’il y a encore des gens qui croient que les banques font des avances grâce à leur dépôts. Il me semble que les particuliers achètent les titres d’état au travers les banques non, les particuliers n’achètent pas directement ces titres à l’état. Ce sont les banques qui achètent les titres en masse et ensuite en revendent une partie, vu la quantité de titre émis je vois mal des particuliers faire leurs petites emplettes comme s’ils allaient au supermarché. Quant au titre de farfelu dont on vous affuble c’est en général la marque d’une gène pour celui qui l’émet cela permet de clore un débat sans avoir à construire un raisonnement de démonstration. Pendant le débat sur la constitution européenne les “nonistes” dont je fais partie se faisaient aussi traiter de la sorte, voire bien pire, et sans que jamais nos adversaires ne répondent directement à nos arguments.

  29. yann dit :
    3 août 2008 à 07:58 @RST

     

    Au fait le site des éconoclastes n’est pas si iconoclaste que ce qu’il prétend être, c’est un peu comme la revue Alternatives Economiques qui n’est alternatives que de nom. Je me souviens de la critique que j’ai lu du livre de Gréau par exemple, elle simplifiait complètement son contenu et traitait le livre en question d’anti-américain. Pour qui à lu “L’avenir du capitalisme” c’est complètement grotesque comme critique.

    Par exemple regardez la critique simpliste que les éconoclastes ont fait du livre de Todd, L’illusion économique.

    Donc ne vous inquiétez pas trop de leur mauvaise foi : elle est congénitale.

  30. Benoit dit :
    3 août 2008 à 08:19 @ A-J Holbecq

     

    Cher Monsieur Holbecq, j’ai lu votre échange avec Monsieur Valery Giscard d’Estaing.
    Je n’ai pas de compétences pour m’exprimer sur le fond.

    La forme de votre échange appelle toutefois, selon les critères d’une bonne communication, une remarque qui peut nous être utile à tous, nous qui partageons sur le blog de Paul une réflexion sur des sujets qui nous tiennent tant à coeur. Animés de sentiments tout à la fois désintéressés et passionnés, nous manquons parfois de temps de recul dans nos expressions écrites. Il peut alors nous arriver de froisser nos interlocuteurs sans le vouloir et sans bénéfice, je veux dire sans faire avancer la cause. Moi le premier, il m’arrive de me mordre les doigts de ma maladresse (comme avec Karluss il y a quelques jours sur ce Blog, j’étais un peu “vif”). Et ce, malgré le fait que la communication dite “non-violente” soit devenue pour moi au fil des années ma préoccupation éthique principale. Je ne m’exclus donc pas de cette démarche d’interrogation sur la forme, cette recherche est mienne, totalement. Ne voyez donc pas dans mon propos ci-dessous un jugement de valeur, il est juste une réflexion de travail, dans l’esprit d’être utile. Je vous remercie d’avance de votre compréhension, très chaleureusement.

    J’en viens au fait : vous espériez voir votre échange avec notre ancien Président de la République Française se poursuivre au delà de sa première réponse. Je rappelle votre propos, ci-dessus, le 1er août :
    ” J’espère qu’il ira un peu plus loin que sa réponse initiale… ”

    RST vous répond avec enthousiasme :

    J’attends la suite avec une impatience non contenue. Ne serait-il pas possible de lui demander (a Mr Giscard d’Estaing) de lire votre livre afin qu’il nous donne son point de vue ? Pensez-vous qu’il serait utile que nous, les lecteurs du blog de Paul par exemple, allions le lui demander courtoisement en tant que citoyen concerné ? L’effet de nombre peut avoir un certain impact ? Ou cela risque d’être contre-productif s’il pense être l’objet d’un “complot” ? Qu’en pensez-vous ? Je vais en tous les cas signaler ce dialogue sur tous les blogs où j’ai parlé de votre livre. Encore une fois, MERCI pour ce que vous faites.

    Vous répondez a RST :

    V.G.E. n’a, à ce moment, pas encore répondu : on peut penser qu’il est en vacances ou qu’il préfère laisser le temps faire oublier mes commentaires (je suis bien certain qu’il maîtrise le sujet et avait très bien compris ma question, mais personne n’aime avoir tort), ou alors son équipe cherche avec quel message “langue de bois” il est possible de “noyer le poisson”…Attendons encore un peu.

    Attendons encore un peu, donc.

    … Et s’il ne répondait plus, tout simplement ? L’auriez-vous froissé ? Blessé ? Votre premier courrier, le 19 juillet était fort courtois sur la forme. La formule de courtoisie “Avec ma considération la plus distinguée” fermait votre propos. Fort bien. Il vous répond le 25 juillet. Le dialogue, bien que bref, est amorcé. Sans plus.

    Des le lendemain, le 26, vous envoyez votre premier commentaire, assez bref, à sa réponse. Sur son Blog, comme précédemment. Cette fois, à la place d’une formule de courtoisie, vous terminez votre propos en écrivant :

    ” Je trouve que votre décision de 1973 a été une trahison – voulue ou non – envers les Français… pas tous, il est vrai.”

    Pas de réponse de sa part. Trois jours après, le 29 juillet, vous lui adressez un second commentaire, plus long, plus argumenté, très technique, ton sec, froid, distant, sans retoucher le propos ci-dessus, et à mon sens, l’implicite de votre style laisse entendre que “sa culpabilité” vous parait évidente. On est troublé : on ne sait plus qui s’exprime en vous, l’expert du premier message ou le juge du second ? Ou un peu des deux, sans doute. En tant que lecteur, je me sens un peu “pris a partie”, comme étant sommé de choisir mon camp, celui du Bon ou celui du Méchant. Bref, je ne me sens pas très à l’aise.

    Le 2 août, soit une semaine après votre commentaire accusateur : toujours pas de réponse…

    Ce qui ne me surprend pas. Car, mettons-nous une minute a la place de Mr Giscard D’Estaing : Un Président de la République accusé de “trahison” … WOUUUUFFF !!! Vous nous faites changer tout d’un coup de registre : on imagine la Haute Cour, les connotations qui y sont liées… ! Y a t-il quelque chose de plus grave pour un Président de la République ? Et pour un homme ? Peux-t-on imaginer que Monsieur Giscard D’Estaing continue a dialoguer (si oui… ce serait pour se justifier, pour répondre aux accusations ? ) sereinement avec un citoyen, même si ce citoyen est par ailleurs tout a fait honorable, mais qui l’accuse de “trahison” sur son Blog personnel ?

    Bon, mettons-nous maintenant du coté de votre plume, Monsieur Holbecq… enfin, permettez que nous essayions. Nous sommes nombreux sur le blog de Paul à partager une indignation et une révolte tout a fait sincères devant la façon dont le monde, notre monde, notre Terre-mère, est conduit, a été conduit jusqu’à nos jours. Nous sommes nombreux à avoir envie de hurler “NOOON… !!” avant qu’il ne soit trop tard, hurler juste avant l’accident, comme à un enfant qui traverse sous nos yeux sans voir la voiture qui arrive ! C’est un cri du ventre qui ne demande qu’à jaillir ! On peut sentir que derrière votre jugement sévère se contient tant bien que mal, comme chez nous tous (n’est-ce pas ?), l’indignation, la colère, le désespoir et /ou d’autres sentiments qui vous sont propres, sentiments provoqués par le gâchis de nos finances publiques et ses conséquences multiples que manifestement vous semblez mesurer plus que quiconque.

    Sans doute Mr Giscard d’Estaing, comme tout un chacun – et à ce titre, nous sommes tous sur le même pied d’égalité – eut préféré que vous exprimiez vos sentiments d’homme attristé et révolté, et peut-être aussi votre désir de “servir le collectif”, “d’impacter le réel”, de sortir de l’impuissance qui nous étreint, plutôt que d’émettre un jugement sur sa personne, surtout aussi radical que celui-ci.

    D’autant que vos arguments sont suffisamment forts et interpellant en eux-mêmes, m’a t-il semblé, sans qu’il soit besoin de leur ajouter un adjuvant, un accélérateur de prise. Le mélange des genres (Juge et /ou Expert ?) trouble à son tour le lecteur, et ce en défaveur de votre argumentation, puisque le lecteur, soudain mis en doute sur votre motivation, peut mésinterpréter votre objectif : ébranler un homme ou faire avancer le schmilblick ?

    J’espère que vous me pardonnerez ces quelques réflexions. Bien à vous André-Jacques, et très amicalement.

    Benoît.

  31. RST dit :
    3 août 2008 à 09:01 @ Yann (le même que sur Horizons ?)

     

    Merci des explications et du soutien

    @ Benoit

    Je partage tout à fait votre sentiment.

    Je crois que nous sommes tous confrontés, chacun à notre niveau, poussés comme vous dites par “une indignation et une révolte tout a fait sincères” à cette nécessité de rester calme et courtois si nous voulons être écoutés. C’est une condition indispensable pour être efficaces.

    Je fais personnellement face à ce problème régulièrement en réagissant parfois avec agressivité ou ironie. Çà fait plaisir sur le moment, ça soulage, mais il faut savoir que c’est contre-productif, surtout dans ce mode de communication écrit.

  32. vladimir dit :
    3 août 2008 à 09:16 bonjour,

     

    merci de prendre connaissance :

    LA CLASSE OUVRIÈRE AMÉRICAINE : RESTRUCTURATION DU CAPITAL GLOBAL, RECOMPOSITION DU TERRAIN DE CLASSE
    ————————————————————————

    Chapitre IV : La classe ouvrière américaine et la gauche de la dévalorisation (1890-1973)
    Loren Goldner, 1981

    Avertissement au lecteur : Ce texte a été écrit en 1981, puis légèrement retouché en vue d’une actualisation. Il est donc à lire comme un “work in progress”. Commentaires et critiques sont donc les bienvenus.

    http://ecritscorsaires.free.fr/article.php3.57.html

    Les outils historiques et théoriques contenus dans cette étude devraient rendre possible l’analyse
    de la crise en cours et l’ébauche programmatique de l’émancipation .

  33. RST dit :
    3 août 2008 à 10:06 @ Zoupic et A-J Holbecq

     

    Merci de vos interventions sur le blog de V.Perrier-Trudov
    Il a du boulot maintenant ;) mais c’est pas gagné !

    C’est étonnant de voir à quel point les gens refusent de voir la réalité… ou c’est peut-être moi qui suis fou ? Je vais me réveiller ?

  34. A-J Holbecq dit :
    3 août 2008 à 10:42 @Benoit

     

    A plus de 65 ans, j’avoue que j’ai du mal à garder mon calme devant l’inertie, la mauvaise foi et la langue de bois.

    En janvier 2007 , nous avons écrit une lettre (papier), déposée dans les boîtes aux lettres des 900 et quelques députés et sénateurs, lettre très “civile” de proposition… ( voir ” Lettre ouverte aux politiques et décideurs ” sur http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=EMS-4p ) … nous n’avons reçu AUCUNE réponse, même pas un accusé de réception.

    En 2002, j’ai envoyé mon premier livre à TOUS les députés… résultat une trentaine de réponses ” pré-écrites “, dans le style “nous avons bien reçu… ” , et une seule réponse d’un député qui montrait avoir lu ce livre.

    Je ne crois pas que l’équipe de VGE, coincée dans son argumentation, aurait plus ou mieux répondu si j’avais mis des gants (mais peut être peuvent-ils encore le faire, il faudrait que d’autres prennent la relève sur mes commentaires pour les “titiller”)… et, oui, je considère que ce qu’ont fait l’équipe Pompidou (très lié avec le groupe Rothschild), Giscard et Barre (membre du conseil Général de la Banque de France pour une durée de 6 ans à partir du 30 janvier 1973) est une trahison, car c’est un abandon d’un droit régalien qui nous a et continue à nous coûter très cher.

  35. Benoit dit :
    3 août 2008 à 10:59 @ André -Jacques Holbecq (Pardon, j’ai écorché votre nom)

     

    C’est effectivement totalement décourageant. Je comprends votre colère et votre amertume.
    Moi j’ai 53 ans, et j’en suis là, à me dire :

    ” Mais que faire ? …Bon Dieu que faire ? “

  36. yann dit :
    3 août 2008 à 11:11 @RST

     

    Oui je suis le yann du blog horizons, pourquoi on croise beaucoup de yann sur les blogs et les forums ? Si tel est le cas il va falloir que j’abandonne mon prénom et que je me crée un pseudo lol.

    Sinon il est vrai que la courtoisie est indispensable à l’approche d’individus éloignés de nos débats du moment. Sans un maximum de précaution il est assez vraisemblable que nous nous prenions une volée de bois vert.

    Quant au cas VGE c’est un homme qui ne croit pas en l’égalité, aristocrate et persuadé d’être génétiquement supérieur, A-J Holbecq aura bien du mal à le faire descendre de son piédestal. C’est tout le sens de la démocratie que la croyance en l’égalité, et malheureusement cette croyance est aujourd’hui bien mal en point. Notre société qui s’affirme démocratique n’a pourtant plus de culture démocratique. La recherche de la vérité à travers la contradiction semble disparaître hors du cadre étroit d’internet. Comme dans l’analyse d’Emmanuel Todd on peut parler de restratification de la société, certains parlent de fractalisation, chacun reste dans son milieu et n’en sort pas, évitant ainsi les confrontations et les contradictions nécessaires à la recherche de la vérité et à la compréhension du réel.

    Il est vrai qu’internet permet un vent de liberté car il permet à des gens de communiquer sans se soucier des origines des intervenants, mais il n’y a pas de miracle : les seuls à dialoguer sont ceux qui ne recherchent que la vérité, les autres se ferment comme des huîtres. Monsieur VGE a-t-il seulement conscience des dégâts provoqué par ses politiques sur les habitants de son pays? A-t-il un jour mis les pieds dans les banlieues délabrées fruit du laisser-faire, du libre-échange et de la privatisation de la monnaie ? Je ne pense pas que VGE soit un traître, je crois plutôt que le terme d’irresponsable lui irait mieux, à lui et à une bonne partie de notre classe politique. Ces gens ne subissent jamais les conséquences de leurs actes, pourquoi voulez vous qu’ils se posent des questions ?

  37. guillaume dit :
    3 août 2008 à 17:33 Pour bien clarifier le “prix” des intérêts, un exemple qui me semble plutôt parlant:

     

    Je lis dans le Monde Diplomatique, n° 652 de juillet 2008, page 7 :

    …l’un des plus célèbres emprunts d’État fut l’emprunt Giscard (…). Pour 6 milliards de francs empruntés en 1973, l’Etat a finalement remboursé au total (montant initial plus intérêts) 80 milliards de francs en 1988.

    6 milliards, sur 15 ans = 74 milliards d’intérêts ???!!!! pour rappel, le passage au nouveau franc c’était le 1er janvier 1960 (le nouveau franc vaut 100 francs anciens) j’ai eu un doute :) …. l’inflation peut-être ?

    Quel objectif sinon la mise en faillite volontaire de nos institutions ?

    Cela dit cet argent n’est pas perdu pour tout le monde… La corrélation temporelle entre ce type de financement des États et le développement titanesque des marchés financiers m’a toujours frappé…

  38. A-J Holbecq dit :
    3 août 2008 à 17:49 Merci Guillaume d’avoir rappelé ce fait.

     

    Voici ce que je trouve concernant cet emprunt catastrophique …

    Voulant imiter son mentor M. Antoine Pinay, le futur président Giscard d’Estaing lança en 1973, alors qu’il était ministre des Finances du président Pompidou, un emprunt qui se révéla des plus ruineux pour la France. Etant incapable d’envisager la réduction considérable de l’inflation ainsi que l’envolée du cours de l’or, l’emprunt dit « Giscard » fut émis pour quinze ans au taux de 7% mais avec une indexation sur le prix de l’or. Quinze ans plus tard, en 1988, l’inflation, qui, à la fin des années 1970 et au début des années 1980 atteignait un taux à deux chiffres, était réduite à 2 ou 3 %. La crise économique aidant, le rôle traditionnel de valeur refuge de l’or avait provoqué la flambée de son cours. Si bien que l’État, pour un emprunt initial de 7,5 milliards de francs, dut rembourser (en intérêts et capital) plus de 90 milliards de francs (13,7 milliards d’euros). Les trois dévaluations du franc étant loin de compenser cette perte pour les finances publiques. La technique d’indexation fut désormais abandonnée pour les emprunts publics.

    et sur W.P.

    L’emprunt Giscard d’Estaing, est un emprunt d’État émis par l’État français en 1973 au taux d’intérêt de 7 %, alors que Valéry Giscard d’Estaing est ministre de l’Économie et des Finances ; il est mis en place à la suite du premier choc pétrolier, afin de compenser les pertes de recettes budgétaires causées par la baisse de la TVA ; afin d’obtenir et de rassurer les souscripteurs, il est indexé sur le poids d’or de l’ECU et celui du franc, ou à défaut, sur le cours de l’or, comme l’avait été l’emprunt Pinay (1952-1958).

    Initiés par le gouvernement américain, les accords de la Jamaïque de 1978, en prévoyant qu’aucune monnaie ne devrait plus être rattachée à l’or, rendirent alors l’emprunt Giscard uniquement indexé sur le cours du lingot d’or, qui s’envola en raison de crise mondiale. Dès lors, cet emprunt a été très rentable pour ses détenteurs et ruineux pour l’État, le cours de l’once d’or étant passé de 97 dollars en 1973 à 437 en 1988, date d’échéance de l’emprunt.

    Manifestement VGE aurait mieux fait de laisser au Trésor Public la possibilité d’emprunter auprès de la Banque de France, non ?

  39. Étienne Chouard dit :
    3 août 2008 à 23:44 Présenter la débâcle de l’emprunt Giscard comme un échec, c’est faire une fleur à celui qui nous ruine… On pourrait tout aussi bien présenter cette déroute comme du vol en bande organisée (encore plus visible aujourd’hui, compte tenu des proportions du racket des fonds publics par les fortunes privées prises avec les années).

     

    Dire que cet emprunt est une erreur, c’est présumer de la bonne foi des décideurs, sans considérer l’aubaine formidable que cet emprunt a constitué pour les rentiers, précisément les copains de cocktail des décideurs “ayant manqué de clairvoyance”… tu parles… On pourrait tout aussi bien penser que ces décideurs étaient au contraire particulièrement clairvoyants et que leur vraie mission, occulte, est accomplie.

    Et c’est le même Giscard qui vient donner des leçons d’économie à tout le monde avec un air hautain…
    Dire que notre destin à tous est confié (sans contrôle !) à de tels prétentieux incompétents (ou voleurs), boursouflés d’orgueil à proportion de leurs échecs (ou vols), au motif qu’ils sont des “experts”…

    C’est misère d’abandonner la politique à des “experts”.

    À l’évidence, le tirage au sort donnerait facilement de bien meilleurs résultats que l’élection, qui permet aux riches d’acheter le pouvoir et de donner les manettes à des gredins.

    Le niveau du vol généralisé commence à me…

    Étienne.

  40. RST dit :
    4 août 2008 à 07:38 @ A-J Holbecq et aux autres…

     

    Désolé, mais j’ai encore besoin d’aide. Si vous n’avez pas le temps, ce n’est pas grave

    Que répondre à ça, ci-dessous, qui remet en cause un des principes de notre débat ?

    “Depuis 1973 en France le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France, autrement dit fut bloquée à ce moment toute possibilité de crédit de la Banque de France au Trésor.”

    Je ne sais d’où vous tirez cette assertion. Jusqu’à l’indépendance de la Banque de France en 1993, le Trésor français avait tout loisir de demander à la Banque de France de monétiser sa dette. C’étaient les fameux “Concours au Trésor Public” figurant à l’actif du bilan de la BdF, et ces concours pouvaient être des crédits au Trésor, ou également des achats de Bons du Trésor ou de titres de dette publique à plus long terme. Depuis l’indépendance de la Banque de France, et a fortiori depuis la création de la Banque Centrale Européenne, les Trésors publics ne peuvent plus monétiser leurs titres émis, ce qui ne signifie pas que la BCE ne détient plus de titres des administrations publiques des Etats membres ; elle peut le faire, si elle le souhaite (et elle le fait de manière marginale, moins de 1% de son actif), mais elle n’y est pas obligée.

  41. Salva dit :
    4 août 2008 à 10:22 La loi existe, c’est celle-ci : Loi de 4 janvier 1973, article 25

     

    Ce serait intéressant de savoir quel processus a fait qu’une loi comme celle-ci a été votée : a-t-il commencé dans la décennie 60 avec la libéralisation toujours plus importante des échanges?, avec l’influence accrue de certains économistes ?

    Et quid des autres pays et notamment en Allemagne à la même époque ? pression de l’OCDE, des USA ?

  42. Salva dit :
    4 août 2008 à 10:36 Le lien pour cette fameuse loi. Elle se trouve sur le site Légifrance.
    A noter que les accords de la Jamaïque ont eu lieu les 7-8 janvier 1976.
  43. guillaume dit :
    4 août 2008 à 11:20 @ RST

     

    Loi du 3 janvier 1973 qui constitue une évolution fondamentale en matière monétaire.

    Cette loi par son article 25 stipule : « le trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la banque de France ».

    En acceptant de cesser de faire ce qu’il à toujours fait, à savoir produire une part de la monnaie, l’Etat se retrouve dans l’obligation de se financer auprès des marchés financiers et bancaires comme le montre la lecture des ouvrages du Comité pour l’histoire économique et financière de la France : « la part des bons en compte courant (appel au système bancaire) est multipliée par 10 entre 1974 (1,8 %) et 1975 (18,49 %), pour se maintenir aux alentours de 19 % en 1976 et 1977. C’est donc par un endettement auprès du système bancaire que le Trésor cherche à se financer ».

    Il faut comprendre la différence fondamentale entre une création monétaire et monétiser une dette : dans un cas il s’agit d’un prêt à taux nul (quasi nul) dans l’autre il s’agit de reconnaissances de dettes (bonjour, c’est l’Etat, qui peut me prêter de l’argent ?)

    La différence ? selon Thomas Edison :

    Il est absurde de dire que notre pays peut émettre des millions en obligations, et pas des millions en monnaie. Les deux sont des promesses de payer, mais l’un engraisse les usuriers, et l’autre aiderait le peuple. Si l’argent émis par le gouvernement n’était pas bon, alors, les obligations ne seraient pas bonnes non plus. C’est une situation terrible lorsque le gouvernement, pour augmenter la richesse nationale, doit s’endetter et se soumettre à payer des intérêts ruineux.

    PS : Tout à fait d’accord avec les deux précisions apportées sur l’emprunt Giscard, je soutiens particulièrement l’idée formulée par Étienne :

    On pourrait tout aussi bien penser que ces décideurs étaient au contraire particulièrement clairvoyants et que leur vraie mission, occulte, est accomplie.

  44. Robert Searle dit :
    4 août 2008 à 15:14 Bonjour,

     

    I saw your communication on Ellen Brown’s website. I thought it was quite interesting. You may find my project on Transfinancial Economics of some interest though it may be too advanced for its time.

    R. Searle

  45. samedi dit :
    4 août 2008 à 16:53 Le texte de la loi du 4 janvier 1973 est archivé en trois planches photos (en .pdf)

     

    On trouve les liens (et le chemin vers la source) ainsi que des commentaires “d’ordre juridique” (dont je suis l’auteur) sur : http://www.fauxmonnayeurs.org/articles.php?lng=fr&pg=90

    La réponse de VGE à AJH ne relève pas tant de la langue de bois que du message ciblé pour initiés doublé de propagande pour les autres.

    Pour les seconds, cela relève d’un splendide “t’as vu l’avion ?” avec évitement complet de la question posée et saut vers une conclusion (inflation des années 1950) dans le registre de la peur irraisonnée. Pour cause.

    Pour tout le monde : “une réforme moderne qui a transposé en France la pratique en vigueur dans tous les grands pays”… On note le discours de la globalisation heureuse mais inéluctable.

    Le propos comporte sans doute une vérité au moins, du moins un indice amenant sur une vérité…

    “il s’agissait à l’époque de constituer un véritable marché des titres à court, moyen et long terme, qu’il soit émis par une entité privée ou publique. ”

    A quoi renvoie le “qu’il soit émis” ?
    A une faute de grammaire car il s’agissait des titres ?
    A une partie des titres (bons du trésor et autres titres de dette publique) très abusivement généralisée à l’ensemble ?
    Au marché (des titres) ? Que veut dire “émis” dans ce cas ? … Un marché mis en place par l’État et par le privé ?

    Il me semble qu’effectivement, un mobile majeur de cette contre-révolution était d’établir un système dans lequel la valeur de la monnaie ne serait elle-même plus définie que par la loi de l’offre et de la demande.

    Autrement dit : la part de création monétaire d’origine publique, minoritaire depuis des lustres, était désormais perçue comme une forme d’ “interventionnisme” et condamnée comme telle par des types qui, comme leurs pairs depuis des lustres, jouissaient du privilège de créer le “reste”…

    Autrement dit, encore, il s’agissait que la monnaie devienne elle-même une marchandise.
    Quand on songe qu’elle est “un fait social total”… Evidemment, ce seul paramètre ne suffit pas pour établir un totalitarisme de marché. Pensons aux cadeaux des socialistes en matière de libre circulation des capitaux, de dérèglementation bancaire et, oh, de désindexation des salaires. Sans doute pour renforcer le pouvoir des syndicats…

  46. samedi dit :
    4 août 2008 à 17:12 @ Salva :

     

    ** Pourquoi alors la France a emprunté aux USA au moment de sa reconstruction d’après-guerre alors qu’elle pouvait faire tourner la planche à billets (je pense , notamment au plan Marshall qui était conditionné à la création de l’OECE , devenu l’OCDE en 1962) ? **

    Si la réponse de Dani n’était pas claire :
    Parce que la planche à billet publique française n’a pas le droit de créer des dollars. Et il s’agissait là d’acheter des produits états-uniens, le temps d’arriver à produire assez par ici.

    ** J’ai lu dans ce blog que la Fed reversait 98% des intérêts à l’Etat américain. **

    J’ai lu dans les statuts de la banque privée “Fed” que ses actionnaires pouvaient se servir en dividendes à hauteur de 6% en fin d’exercice.

    Or cette banque est très indépendante :
    – seul un sous-secrétaire, je crois, figure dans son directoire
    – si la Fed fait un rapport bi-annuel (de mémoire) au Congrès, faire un rapport ne signifie pas obéir à des consignes
    – elle impose ses taux lors de l’ “octroi” de crédits au public. Et pour cela, elle juge elle-même de sa solvabilité du demandeur… Si le délai de remboursement est prolongé, elle peut élever le taux.

    Il est donc évident que ce sont les actionnaires de la Fed qui décident entièrement des conditions des investissement publics permis par création monétaire (anticipée).

    La rumeur qui dit que si le Congrès (le parlement) ne la contrôle pas, elle est au moins soumise à l’exécutif me parait tout à fait infondée. D’ailleurs, ce serait une violation d’autant plus claire de la constitution (I-8).

    L’explication est sans doute que s’il s’agit de faire la guerre ou de tout autre domaine dans lequel les pouvoirs exécutifs s’émancipent et s’étendent, il n’est pas surprenant que de gros financiers disposant de telles ficelles soit d’accord avec lui. Bref, la Fed est d’accord pour financer ce qui étend “le pouvoir”.

  47. samedi dit :
    4 août 2008 à 19:18 La courtoisie est, parait-il, de mise avec les technocrates. Bruxelles en montre des illustrations sans arrêt.

     

    Les limites de ma courtoisie s’arrêtent là – c’est le message que je viens de poster sur le blog de M. Giscard d’Estaing :

    http://vge-europe.eu/index.php?post/2008/04/10/Chronique-de-la-pensee-multiple&pub=1#c3991

  48. samedi dit :
    4 août 2008 à 20:11 @ Ellen

     

    In addition to A-J’s answer, maybe we should specify that :

    the European Central Bank (ECB) does not remunerate any more the obligatory reserves (small…) that the trade banks are held to have on their ECB account…

    ——

    @ Ellen

    En supplément à la réponse de A-J, peut-être devrait-on ajouter que :

    la BCE ne rémunère plus les réserves obligatoires (le peu) que les banques commerciales sont tenues d’avoir sur leur compte chez elle…

  49. RST dit :
    4 août 2008 à 20:18 Bonsoir à tous
    Je vais abuser une fois de plus de votre patience.

     

    J’ai eu l’outrecuidance de porter le débat sur un blog d’économie assez connu. Ici précisément : http://econo.free.fr/index.php?option=com_wrapper&Itemid=53. Il faut aller sur le forum dans “Salon de lecture” et ouvrir le sujet “La dette publique, une affaire rentable”.

    Le débat touche à sa fin (en ce qui me concerne) et je n’ai toujours pas de réponse à la question simple : “pourquoi, quand il a besoin de s’endetter, l’Etat paye (des intérêts à des banques commerciales donc à des entités privées) pour obtenir de la monnaie qu’il pourrait créer gratuitement (ou éventuellement en payant des intérêts à la Banque de France et donc à la collectivité nationale).”

    Le maitre des lieux (connu dans la “blogosphère” parait-il) me répond, en majuscules, pour que ça rentre bien :
    “L’ETAT QUI S’ENDETTE PAIE DES DEPENSES, DONC, IL SOUSTRAIT DES RESSOURCES REELLES DE L’ECONOMIE. CES RESSOURCES DOIVENT ETRE PRELEVEES D’UNE FACON OU D’UNE AUTRE. SI ELLES SONT PRELEVEES EN CREANT DE LA MONNAIE, CE PRELEVEMENT SE FAIT PAR L’INFLATION. SI L’INFLATION EST INTERDITE, CE PRELEVEMENT EST FAIT SOUS FORMES DE PENURIES. SI VOUS VOULEZ VOIR COMMENT ON FAIT, ETUDIEZ L’ECONOMIE DU ZIMBABWE.”

    Je n’y comprends rien. Si vous avez des explications, je suis preneur (laissez tomber le Zimbabwe degré zéro de l’argumentation comme dirait A-J Holbecq)

  50. samedi dit :
    4 août 2008 à 21:28 @ RST (après je fais une pause et je passe le micro…)

     

    Manifestement, ton contradicteur est perché… Il confond pas mal de choses et surtout, il récite une idéologie. Essaie, tu verras (non, évite) c’est très simple, et en plus on se croit intelligent à peu de frais : il suffit de faire un raisonnement découlant d’une idée unique. Au présent : “le marché règle tout” est la prémisse dont découle la domination que nous subissons. En fait, tu n’arriveras pas à retrouver par cette simple voie le génie de “ton” maître : une idéologie, ça rentre essentiellement par la pratique… de cette idéologie. D’ailleurs, tu perds ton temps, je le crains, si ce monsieur est pratiquant.

    La monnaie n’est pas une “ressource” : elle n’est pas rare par fatalité, et elle coûte trois fois rien à produire.
    De ce point de vue, l’État, s’il en créé, n’enlève rien à personne, et pas “de ressources à l’économie”.

    En fait, ce maître considère, à raison, qu’on ne peut pas créer une quantité de monnaie quelconque sans que cela ait un impact sur l’économie réelle. A ce niveau là, il faudrait savoir : 1. à partir de quelle quantité un problème se pose ; 2. sur qui il a un impact.

    Dire que créer de la monnaie c’est faire de l’inflation, sans autre précision, c’est un pur mensonge.
    Les monétaristes (donc lui-même, je parierais) admettent que pour viser une inflation nulle, il faut que l’augmentation de la masse monétaire soit équivalente à celle du PIB, à la “croissance”, à l’augmentation de la quantité d’échanges marchands réalisés au moyen de la monnaie en question.

    En gros, si on crée énormément de monnaie, tout le monde en pâtit, car ça lance une spirale d’hyperinflation.
    Mais cela n’a plus rien à voir avec une inflation maitrisée, qui peut très bien monter vers les 10% dans certains contextes.

    Au présent, si la croissance fait 1%, et celle de demain est raisonnablement évaluée à 3%, on peut créer sans problème 3% de monnaie sans même nuire aux financiers.

    Si l’État pouvait la créer et s’en servait à financer des investissements publics, il pourrait en créer sans problème 5% ou même plus, ça ne ferait de mal à personne, sinon aux financiers.
    Tout simplement parce qu’il peut relancer la croissance (d’origine privée, en bonne part) ainsi, et au passage, nous permettre mieux de choisir sa couleur.

    Par exemple, il peut investir dans de la recherche et de la R&D pour préparer le virage vers les énergies renouvelables, ou payer un salaire à 1000 Étienne Chouard ou A-J Holbecq en rémunération du service public rendu. Ces MM. iraient avec ça payer leur pain, leurs factures et leurs impôts.

    Le tout est que :
    1. l’État donne ainsi du travail aux gens, notamment aux chômeurs sans brider leurs salaires ;
    2. il investisse dans quelque chose qui rapportera une richesse réelle à la collectivité ;
    3. A l’avenir, il songe à compenser cela par un impôt plus égalitaire : les salaires comme les bénéfices des entreprises s’étant élevées au total, en valeur nominale, il est facile d’élever d’autant l’impôt nominal.
    Si l’augmentation de la production s’est faite sous forme d’augmentation de la productivité, ce qui signifie qu’on a donné plus de boulot à des machines et non à des individus, alors il est facile de comprendre que : soit les travailleurs s’en trouvent mieux payés (en pouvoir d’achat, pas forcément en valeur nominale) ; soit c’est que les capitalistes tireront plus de bénéfices. Dans ce cas, il parait juste d’adapter l’impôt en fonction…

    Mais ces recettes sont remises en question par quelques règles néolibérales dont pas mal de gens (dont ton contradicteur, sans doute) ont pris l’habitude de croire qu’elles étaient des données immuables ou des choses souhaitable.
    Par exemple, pour que les salaires suivent, il faut aussi que les travailleurs se battent. Vu que les socialistes ont désindexé les salaires par rapport à l’inflation, dans le début des années 1980. Or, dans le contexte, parler de se battre est plus facile que le faire…
    De même, l’UE interdit subtilement les services publics. Comment en créer ou même, développer ceux qu’on a ? Pendant ce temps, la “dette publique” mais aussi le flot de monnaie superflue injectée par le crédit, sont des facteurs qui nous condamnent, jusqu’à nouvel ordre, à tout privatiser progressivement.
    Et puis, en vrac (tout est lié, en bonne part) : libre circulation internationale des capitaux ; perte de contrôle des changes ; politique d’exportation ; dérèglementation financière ; concurrence effrénée ; chantage actionnarial résultant ; explosion des inégalités entre gros managers contremaitres et salariés moyens et petits, exécutants… ; impôts des riches réduits sans cesse, puisqu’on privatise et qu’on ne compte plus que sur eux pour “investir” (ce qu’ils font… à hauteur de 3%).

    Une chose est sûre : ce maître aime l’ordre établi au point de l’avoir pris pour un théorème économique.
    Il “sait”, par exemple, comme le directeur de la BCE, qu’il faut choisir entre le chômage et des bas salaires. Ce sont des âneries si on prend ça pour une théorie universelle, mais c’est la réalité dans le contexte institutionnel néolibéral. Je t’en ai rappelé, en vrac, diverses “données”.

    Demande-lui donc combien la BCE crée de monnaie par an : beaucoup trop, d’après ses propres théories (disons, environ 10% par an depuis sa fondation). Mais peut-être qu’il l’ignore.
    Demande-lui aussi et surtout si ça crée de l’inflation. Et pourquoi.

  51. Dani dit :
    4 août 2008 à 21:32 @RST :

     

    A propos du message en majuscule :
    Je pense qu’il faut s’attaquer à la première affirmation : L’ETAT QUI S’ENDETTE PAIE DES DEPENSES, DONC, IL SOUSTRAIT DES RESSOURCES REELLES DE L’ECONOMIE.
    C’est posé ici comme une évidence qu’il n’y a pas à justifier…. Et pourtant, l’endettement n’aboutit pas forcément à de l’inflation. Ou alors Keynes n’a raconté que des conneries pendant toute sa vie !

    Si l’endettement se fait en situation de plein emploi des facteurs de production, alors oui ce raisonnement est correct. Par contre, lorsqu’il y a des facteurs non utilisés (en particulier un taux de chômage très élevé) ce n’est plus automatiquement vrai, car la dépense publique engagée va s’accompagner de création de richesses correspondantes par le travail des ex-chômeurs.
    Dans cette situation d’absence de plein-emploi manifeste, l’Etat ne prélève donc pas des ressources économiques au détriment des autres acteurs ! Et il en ira de même en cas d’émission monétaire…

    La difficulté réside en réalité dans la finesse du réglage. ;-)

  52. A-J Holbecq dit :
    4 août 2008 à 21:58 @RST

     

    Plus grand chose à rajouter à ce que Samdit ;) (pardon, Samedi dit) et Dani.

    Soit l’Etat s’endette auprès des prêteurs privés et, comme 60% de la dette est détenue par l’étranger, il soustrait à l’économie au moins les intérêts concernant cette partie… pour les 40% nationaux, on peut penser que ces intérêts rentrent dans le circuit économique.

    Mais (Dani a raison), si l’Etat émet la monnaie directement (par sa B.C.) il créera de l’activité directe et indirecte (nous avons fait le calcul des effets d’une injection monétaire dans “les 10 plus gros mensonges sur l’économie”, chap 3): et au terme d’un certain nombre de cycles de la monnaie l’Etat récupère sa mise (96% au bout de 12 cycles).

    Si une collectivité a :
    1 – un besoin,
    2 – la volonté de le satisfaire,
    3 – les moyens techniques et énergétiques,
    4 – Un excès de main d’œuvre et le savoir-faire,
    … Pourquoi ne peut-elle réaliser ce besoin par faute de financement ?
    L’obstacle épistémologique est le suivant : La monnaie reste conçue comme une réalité matérielle (précieuse) de quantité finie donc rare et épuisable, alors qu’elle ne l’est plus puisqu’elle est dématérialisée.

  53. yann dit :
    4 août 2008 à 22:35 @samedi

     

    Ce que vous décrivez, c’est le raisonnement keynésien et malheureusement ses travaux ont été complètement dénigrés ces trente dernières années. Se référer à Keynes aujourd’hui va souvent vous valoir des insultes gratinée de la part des “libéraux” ou de ceux qui se prétendent comme tel, Keynes lui même se voyait comme un libéral, comme quoi ce terme ne veut plus dire grand chose.

    Les monétaristes n’ont pas encore compris leur erreur fondamentale, Keynes n’a jamais critiqué les équilibres budgétaires ou même la rigueur dans la gestion de l’état contrairement à ce que racontent certains. Il a juste montré que la théorie monétariste des équilibres n’est justement valable que lorsqu’il y a plein emploi. Quand toute la masse salariale est employée alors il est nécessaire de ne pas faire croitre plus rapidement les dépenses que les recettes. Les libéraux comme Hayek il me semble, ont fait croire l’inverse, à savoir que la théorie keynésienne était un cas particulier des équilibres walrasiens.

    Pour Keynes l’état d’équilibre n’est pas une ignominie, au contraire c’est un but à atteindre mais il ne peut en aucun cas être atteint par les seuls mécanisme du marché. Pas plus que le libre-échange pur ne peut conduire tous les pays du monde à l’équilibre des balances des paiements, on le voit aujourd’hui d’ailleurs. Les libéraux pensent que du chaos vont spontanément se former des équilibres, alors que du chaos ne sort strictement rien d’autre que du chaos, c’est la convention et l’action collective et raisonnée des hommes et des nations qui peuvent amener l’ordre au chaos et non l’inverse.

    Tout ça me rappelle mes cours d’automatique en Fac, si j’avais dit à mes profs que l’on pouvait réguler un système sans boucle de rétro-action ils m’auraient ri au nez. C’est pourtant ce que les libéraux essayent de faire croire depuis des décennies à tous les biens nés de cette foutue planète. Dans le cas de l’économie, l’Etat sert de boucle de rétro-action permettant de stabiliser notre système tant bien que mal, mais si l’Etat se trompe ce n’est pas une raison pour le supprimer, il faut juste en changer sa loi de commande, c’est-à-dire ses politiques économiques.

  54. Dani dit :
    4 août 2008 à 22:49 Je reviens à une discussion qui a eu lieu plus haut : comment faire sortir ce débat des milieux “initiés” ? Et je me dis que mon petit pays (la Suisse) pourrait être un lieu utile pour une offensive.
    Pourquoi ?
    1) Parce que c’est le “coeur du monstre” ;-)
    2) Parce que 100′000 signatures de citoyens (2 % de l’électorat environ) rendent OBLIGATOIRE l’organisation d’une votation référendaire, donc un débat national ! (au pays des banques, vous imaginez !)

     

    Bien sûr, ces “initiatives populaires” ne sont presque jamais acceptées (15 l’ont été depuis l’apparition de ce droit en 1891, soit moins de 10 % de toutes les propositions). Mais cela a l’avantage d’obliger à un DEBAT NATIONAL, donc de sortir des discussions de l’anonymat. Dans le même genre, on a eu l’abolition de l’armée, la fin du nucléaire, des dimanches sans voitures, etc. Mais aussi la protection des Alpes qui obligent au ferroutage pour la traversée du massif, proposition qui a elle été acceptée.

    L’idéal serait évidemment que des pays plus importants, voire l’Union européenne puissent aborder ainsi ce débat, mais la nouvelle disposition constitutionnelle française reste assez restrictive, si j’ai bien suivi 1/5 des parlementaires + 1/10 des citoyens.

    L’important, dans un premier temps, est qu’on en parle pour que l’idée devienne moins “extraterrestre”. Notamment, essayer de faire basculer l’obstacle épistémologique décrit ci-dessus par André-Jacques Holbecq !
    Dani

  55. A-J Holbecq dit :
    5 août 2008 à 06:46 @Dani

     

    Ca me semble une excellente idée. Sauf erreur la dette des administrations publiques de la Suisse dépasse 50% du PIB.
    Il faudrait donc -pour commencer – trouver les statuts de la Banque Centrale Helvète et les chiffres de l’évolution de la dette depuis au moins les années 80.

    @Yann

    Vous avez raison et Samedi a également raison dans la mesure où plus de 4 millions de personnes sont inemployées ou sous employées en France… le NAIRU a bien fonctionné.
    L’émission monétaire directe à destination de l’Etat est bien l’énergie qui permet à la boucle de rétro-action de fonctionner dans les meilleures conditions.

  56. Dani dit :
    5 août 2008 à 09:50 @AJH

     

    La dette publique suisse est de 59,1 % (chiffres 2006) et son augmentation est fondamentalement similaire à ce que vous montrez dans votre livre (mais son augmentation a commencé un peu plus tard).

    Principale différence : les réserves d’or ont toujours été significativement plus importantes que dans les autres pays. Encore, aujour’dhui, après vente de la moitié de l’or, celui-ci offre (à sa valeur actuelle) une couverture de plus de 100 % de la monnaie fiduciaire ! Je ne me rends pas compte si cela change fondamentalement qqchose…

    Mais, sur le fond, c’est pareil qu’ailleurs.
    Par contre, pourquoi les statuts ?
    Une proposition constitutionnelle aurait l’avantage de passer “par dessus” en obligeant le parlement à modifier la loi sur la banque nationale. Ensuite, cette dernière serait obligée de s’adapter.
    Mais, comme je l’ai dit, ce serait le cas échéant avant tout l’ouverture d’un débat public qui serait intéressante…

  57. A-J Holbecq dit :
    5 août 2008 à 10:17 @Dani

     

    Merci pour ces premières précisions.
    Pour l’or et la monnaie fiduciaire, ca ne change pas grand chose sauf si la proportion de monnaie fiduciaire dans M1 est très importante.
    Les statuts sont importants pour savoir “à qui appartient” la banque Centrale .. mais je vais trouver cela sur internet… laissez moi un peu de temps ;)

  58. samedi dit :
    5 août 2008 à 13:32 @ AJH et à Dani

     

    Ne (re)prenons donc pas le réflexe de comparer la dette publique au PIB, comme le conseille AJH, sauf erreur.

    La première est un stock tandis que le second est un flux (annuel). La soustraction ou l’addition entre ces deux grandeurs mène à une formule non homogène, c.à.d. qui n’a pas de sens physique.

    Ce mauvais indicateur situe la dette publique dans le discours de la croissance aveugle et essentiellement marchande, et le budget dans une logique de pure gestion et une perspective de court terme ; il évoque, à ce terme, un équilibre qui n’a pas sens, du moins aucune utilité.

    – La dette (le cumul, le stock) doit être comparée à un autre stock : vraisemblablement, à la quantité totale de richesses réelles nationales (publiques voire englobant aussi les propriétés privées).

    – C’est le déficit public (flux qui accroit annuellement la dette publique) qu’on peut comparer au PIB. Bien que cela exprime implicitement un idéal de gestion du budget dans une vision de court terme.

    Ce n’est pas tant que le ratio dette / PIB mène à de gros chiffres, qui font bien peur… au grand public.
    D’ailleurs, le ratio : stock de produits dérivés / PIB mondial, si on ne compte que les dérivés détenus par les banques étausiennes, fait quelque chose comme 400%…
    Tandis que le ratio entre la dette totale américaine (interne et externe, hors banques) / PIB mondial ne fait “que 100%…
    (chiffres 2007) – http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?pid=3109#p3109
    Autrement dit, si ces titres financiers avaient une quelconque légitimité, il faudrait que tous les humains qui travaillent le fassent pendant 4 ans uniquement pour créer une contre partie réelle à ces funestes liquidités pour milieux d’affaires (7 banques représentent 98% de la part détenue par des banques étasuniennes). A supposer que la croissance ne s’effondre pas, bien sûr…

  59. Rumbo dit :
    5 août 2008 à 15:15 Encore une fois, il ne m’est guère possible de répondre individuellement à ceux qui sont intervenus ci-dessus et qui posent de bonnes questions Samedi, RST et A-J. Holbecq, entre autres.

     

    En parlant par images, il faut bien retenir que, normalement, l’État, alias la société, doit se trouver dans la même position que le boulanger qui mange son propre pain, celui qu’il fabrique tous les jours, au lieu de l’acheter hors de prix à d’autres qui s’offrent ainsi une rente aux frais de la société, alias l’État. C’est un fait incontournable et je l’ai déjà dit ailleurs, je le répète encore ici:

    Les critères des actionnaires des banques, autrement dit les BILANS DES BANQUES sont prioritaires sur la société qui, pourtant, elle, produit tous les jours les biens sans lesquels les banques ne pourraient même pas émettre le moindre argent. Pourquoi plus les bilans des banques sont “bons”, plus la société va-t-elle mal ? L’argent émis par les banques n’a de valeur à la base que parce que l’argent permet l’achat des biens et des services que nous fabriquons tous nous mêmes. L’argent est un permis d’acheter. L’ARGENT N’EST PAS UNE MARCHANDISE. C’est l’un des plus graves fourvoiements de l’époque soit-disant “moderne”. Les conséquences en sont incalculables dans le temps.

    La réponse de VGE à André Jacques HOLBECQ (que cette réponse soit de bonne (?) ou de mauvaise foi) est une réponse : “pour-se-sortir-de-devant”. C’est une réponse de l’ “establishment” ou une réponse d’ “apparatchik” (comme on voudra, c’est pareil).

    Pour la petite histoire (Samedi dit), VGE fut celui qui, alors jeune inspecteur des finances (ou équivalent), alla en personne porter à Washington (en 1961) le dernier chèque soldant la dette de guerre française vis à vis des États-Unis. Nous payions alors en monnaie ayant sa contrepartie au débit de la France, tandis que, bientôt, les USA allaient payer leurs achats par création de monnaie sans contrepartie, ce qui fut la cas dix ans après en 1971…

    Encore une fois je fais appel à l’irremplaçable Louis EVEN, Je n’ai pas encore trouvé personne aussi bien que Louis EVEN pour définir aussi parfaitement les problèmes monétaires et ce qu’il faut faire pour les résoudre. Voici un petit extrait des Propositions du Crédit Social expliquées en 10 leçons :

    (….)Passe encore que le gouvernement retrouve l’argent qui existe, mais comment trouver l’argent qui n’est jamais venu en existence ? (ndlr celui des intérêts). Le fait est que le gouvernement ne le trouve pas et ajoute simplement à la dette publique. Ainsi s’explique la dette publique croissant à un rythme où le développement du pays demande de l’argent nouveau. Tout l’argent nouveau vient par le banquier sous forme de dette, réclamant plus d’argent qu’il en est émis.
    Et la population du pays se trouve collectivement endettée pour de la production que collectivement, elle a faite elle-même ! (….)
    Louis Even

    C’est un comble !!

    Ce sytème d’argent-dette délétère et sécrétant l’iniquité induit les pires dévoiements dans le monde. En effet, la “philosophie”, la pensée bourgeoise, prolétaires et ationnaires mélangés, pense qu’elle a atteint le “sommet” de l’ “évolution”, qu’il n’y a pas d’autre modèle qu’elle. Telle est l’attitude d’inspiration anglo-saxonne s’étant infiltrée dans toutes les principales têtes pensantes (??) et qui ne supporte pas qu’on puisse avoir d’autre option que celle qui fait sa fortune, à elle seule.

    Je transmets ce lien ci-dessous surtout pour montrer les effets ravageurs du système financier. ICI avec preuve ! Non pas parce que je serais, en particulier, un partisan de Lyndon LaRouche, encore que, son prisme d’analyse est interessant, utile et opportun, et, dans la mesure du possible, je trouve enrichissant de lire les uns et les autres. Mais surtout parce que voici la preuve irréfutable de la collusion de la très haute finance avec la pègre régionale ici en Amérique su Sud, et il y a analogie avec d’autres continents. J’ai eu des recoupements par l’Argentine, par des relais d’informations et d’autres sites argentins au sujet des Farc. Autrement dit, la collaboration de la pègre financière mondiale avec les pègres régionales. Ces dernières étant payées et maintenues en activité pour saper les pays, les peuples, les sociétés et frayer le chemin aux “gros, très gros investissements” mis en appétit par le très gros narcotrafique. Voici le président de Wall-Street (pas moins!!) donnant l’accolade à l’un des principaux artisans de la pègre-Farc, narcotrafique, banditisme, etc. Des choses ont changé depuis, mais les faits et les options sont là, inéxorablement là, ils parlent d’eux-mêmes puisque les média, presque tous “aux ordres”, n’en ont pas parlé, sauf un je crois. C’était le 26 juin 1999 au fin fond de la jungle colombienne : Paul Reyes second des FARC s’est fait descendre en mars dernier en Équateur par l’armée colombienne, tandis que Richard Grasso alors président de Wall-Street (New-York-Stock-Exange, NYSE) démissionna en 2003 avec un scandale judiciaire où il dû rendre quelques dizaines de millions de dollars touchés “en trop” lors de sa démission… La pègre d’en haut et la pègre d’en bas main dans la main…

    Ex-guerilleros (??) marxistes, narcotrafiquants de niveau mondial, preneurs d’otages, bandits de grands chemins, etc, dont le “second” était pompeusement nommé le “ministre des affaires étrangères” des Farc pactisant avec l’ “empire mondial financier” dont les ravages ne sont plus à décrire, ceux que Nicolas Sarkozy accepterait paraît-il de reccueillir en France après leur “neutralisation”… Voici un “très bel échantilllon” de la pourriture financière tout niveau qui sous-tend et orchestre les crises en ce bas monde (trois pays d’Amérique Latine ont failli, en mars 2008, se faire la guerre à cause de ce constant travail de sape téléguidé mondialement donc financièrement!…) afin que jamais une quelconque Justice puisse s’exercer ici bas pour le meilleurs et la sécurité de tous. Comment peut-on encore avoir des vélléités de justifier un tant soit peu ce sytème financier actuel ?

    Que cela serve au moins de leçon

  60. samedi dit :
    5 août 2008 à 16:09 @ Yann

     

    Votre message me semble très intéressant. Je commence par un point, je verrai le reste plus tard.

    J’ai pas mal oublié mes cours d’automatisme. La notion de boucle de rétroaction m’évoque simplement – je me trompe ? – l’idée d’un système dit asservi, et son absence un système passif.

    S’agissant du chaos, par contre, je me souviens assez bien d’un cours de mécanique (je suis dans la mécanique) sur le principe de l’utilisation de fonctions chaotiques pour stabiliser une réponse à un signal EXTERNE (c’est le point que je souligne ici).

    Exemple : comparez une digue faite de rochers de toutes tailles, amassés n’importe comment, et une autre bien lisse et bien homogène. Envoyez lui une vague dessus, avec tel débit ou longueur d’onde, et voyez comment elle l’amortit.

    La première digue, “intrinsèquement” chaotique, va avoir une réaction quasi-constante à cette excitation sur une plage très large de longueurs d’onde (ou de masse – ça revient au même), tandis que la digue régulière, si elle répond un peu mieux que l’autre pour une plage réduite de longueur d’onde (ou de masse), remplit plus mal la fonction souhaitée quand on sort de cette plage, bien plus mal si on s’en écarte beaucoup.

    Ce domaine d’étude, qui passe par les dérivations non entières et autres fractales… a donné notamment une application à une suspension d’automobile (Citroen, système “chrone” – j’ai un doute sur le h).

    Le principe est extrêmement simple, et entièrement passif.

    Vous alignez, en parallèlle pour supporter une même masse (M), 3 (ça suffit déjà bien) systèmes ressort (K) – amortisseur (C), en ayant soin de choisir des valeurs K1, K2, K3 et C1, C2, C3 selon une fonction toute bête (de mémoire, des ratios K/C égaux à 1, 2 et 3). Peu importe.

    Ce qui est remarquable, en plus de la passivité et du caractère chaotique, c’est que cette fonction ressemble de très près à un système “parfait” pour ingénieurs (résonnant : masse-ressort-amortisseur en mécanique / RLC en électronique / …), c’est à dire à un système lui même maîtrisable au sens de facilement appréhendé, conçu par l’esprit.

    En somme, après un très long détour intellectuel, dont une partie nage dans un univers très abstrait, et en cherchant à imiter le chaos… on a abouti sur une loi extrêmement simple, et une solution qui consiste presque à aligner 3 systèmes résonnants, identiques par nature, pour en faire un passe-bande de bande très large.

    En ce sens :
    – on ne peut pas dire que “de l’ordre sort du chaos” si l’énergie, le signal, provient du système chaotique lui-même ; auquel cas ce système n’est pas perçu comme une fonction, mais comme un facteur agissant
    – par contre, si le signal est extérieur au système chaotique, ce dernier y répondra de manière assez constante et en sortira une réponse maîtrisable et prévisible.

    Voilà, je ne sais pas le dire très clairement, mais je me disais qu’il valait la peine de poser cette distinction, et de savoir ce qu’il en était dans la situation que vous “modélisez” implicitement dans votre propos.

  61. Paul Jorion dit :
    5 août 2008 à 16:24 @ Yann, samedi

     

    Dans un article intitulé L’après-capitalisme s’invente aujourd’hui, à paraître en septembre dans Le Débat, j’écris :

    Si le capitalisme a toujours su jusqu’ici renaître de ses cendres, rien ne garantit qu’il en soit toujours ainsi. Les conditions de ses renaissances passées méritent en particulier d’être examinées car elles ont à chaque fois été la conséquence d’une intervention massive de l’État au sein du monde financier et économique, sous la double forme de réglementations dirigistes infléchissant son comportement spontané, et d’injections massives de fonds publics collectés par l’impôt ou ponctionnés sur la dette publique. Ces apports accompagnant les sauvetages orchestrés par l’État et destinés à sauver les investisseurs privés et les dirigeants d’entreprise, ont conduit – comme j’y ai déjà fait allusion – à qualifier ces opérations de « privatisation des profits ; socialisation des pertes ». Et la question qui se pose alors est celle de déterminer si ces interventions étatiques en situation de crise confirment ou non le caractère autorégulateur de l’alternance de périodes favorables et de périodes défavorables. Autrement dit, il devient crucial de déterminer si ces interventions doivent être considérées comme intrinsèques ou extrinsèques au bon fonctionnement du système capitaliste en tant que tel.

    La dérégulation consiste à réinstaurer pour les marchés leur fonctionnement spontané en l’absence d’interférences ; la privatisation confie elle à la logique du marché des activités qui relevaient jusque-là du domaine de l’État. La philosophie implicite à l’une et à l’autre pratique suppose non seulement que les marchés et l’État fonctionnent selon des principes antagonistes mais encore que celui qui préside aux marchés est préférable pour la bonne conduite de la finance et de l’économie. S’il était vrai cependant que les marchés ne doivent leur survie qu’au fait qu’à chaque fois qu’ils sont en proie à une crise potentiellement mortelle, ils sont sauvés in extremis par une intervention de l’État, leur capacité à être autorégulés, serait remise en question. Si les partisans de la thèse de l’autorégulation voulaient au contraire affirmer que les interventions de l’État appartiennent pour eux à l’« autorégulation » attendue, il leur faudrait justifier la « privatisation des profits ; socialisation des pertes » observée. Une telle justification serait d’autant plus nécessaire que le milieu sociologique auquel ils appartiennent se confond avec celui qui bénéficie régulièrement d’une telle socialisation des pertes.

    S’il était dit des interventions de l’État qu’elles sont au contraire extérieures à l’autorégulation des marchés, il faudrait y voir une confirmation de ce que nous avons appelé l’« hypothèse pessimiste », à savoir qu’il existe pour le capitalisme des crises potentiellement mortelles et que seule l’intervention de l’État – procédant d’une logique antagoniste à celle qui caractérise les marchés – permet alors de le sauver.

  62. Dani dit :
    5 août 2008 à 16:50 @AJH :

     

    Ne cherchez pas… Je n’avais pas bien compris la questions. La Banque nationale suisse est formellement une S.A., mais elle appartient pour les 2/3 du capital aux cantons suisses et à des villes (l’Etat fédéral ne peut pas être propriétaire).
    Il y a aussi un certain nombre de propriétaires privés.
    Toutefois, l’Etat fédéral est en mesure de fixer le mandat et le mode de fonctionnement dans le cadre de la loi fédérale sur la Banque nationale. Donc, en cas de modification constitutionnelle (ce que 100′000 citoyens peuvent proposer), c’est le parlement qui devrait ensuite modifier cette loi et la Banque nationale s’adapter. Les “propriétaires” ne sont donc que peu autonomes…

    La difficulté, c’est qu’il n’y a pas aujourd’hui de groupe politique constitué susceptible de porter un tel projet. Mais cela pourrait venir… Au moins pour tenter de faire passer l’idée que la totalité de la monnaie devrait être émise par la banque centrale et désaisir de leur pouvoir “créateur” les banques commerciales.

  63. Dani dit :
    5 août 2008 à 16:53 @samedi :
    D’accord avec votre intervention visant à éviter la comparaison dette-PIB sur le fond. Le problème, c’est que pour se lancer dans des comparaisons d’Etat à Etat (surtout si on veut faire vite ;-) ), il n’y a pas grand’chose d’autre. Cela permet d’avoir au moins un ordre de grandeur.
  64. Rumbo dit :
    5 août 2008 à 17:18 À Paul,

     

    Je crois que votre conclusion sonne juste. Cela donne l’assez nette impression confirmée dans les faits, que les “cadres de l’État” “ne croient pas” aux fonctions de l’État, jusque et y compris les cadres de gauche (par exemple on a jamais autant privatisé en France qu’avec Lionel Jospin). Toute l’ambigüité actuelle du rôle de l’État se trouve bien cernée dans votre article mais, restant dans l’ombre, l’ambigüité des faiseurs et des contrôleurs de l’argent. Ici chacun tire à hue et à dia et fait son “caprice”. Simplement on va “chercher la Loi” (alias l’État) quand ça arrange, en passant vite, très vite sur un possible débat sur le rôle de l’État. D’ailleurs le public n’y comprenant goutte, est littéralement conditionné pour payer rubis sur l’ongle tous les impôts sans exception (y compris 43 miliards d’euros d’intérêts de la dette aux déjà plus riches, etc, argent sortant des poches du public mais dont ce dernier ne voit jamais la couleur…) ainsi l’État est tantôt une casserole ou un boulet à traîner, tantôt un père fouettard pour remettre à l’ordre du jour règlements et lois s’appliquant à tous, même pas… C’est pour dépanner les joueur du casino…

  65. samedi dit :
    5 août 2008 à 18:04 @ Dani

     

    Merci pour la précision.

    Je dois dire que je n’y ai pas pensé, parce que la monnaie abordée dans le domaine des relations internationales, je veux dire tout ce qui touche aux changes, est une question sur laquelle je suis vierge.

    Cela dit, cet indicateur n’est peut-être pas très utile, sauf si c’est pour faire le constat que le régime monétaire en place est relativement le même “dans toutes les grandes nations”, comme dit l’autre, ou s’il s’agit de chercher à bricoler sur la base de ce régime…

    Cet indicateur ne dit même rien de la part légitime de cette dette (rapportée à notre capacité de remboursement annuelle), qui renvoie à celle qui est contractée auprès de personnes physiques ou “morales” étrangères.
    À supposer qu’on ne puisse pas parler là d’une dette odieuse… car je persiste à croire que la réforme vous-savez-laquelle est anticonstitutionnelle, du moins depuis qu’elle nous est imposée dans le cadre de l’UE.

  66. A-J Holbecq dit :
    5 août 2008 à 19:16 @Dani et Samedi

     

    A propos du rapport dette/PIB… je ne faisais que citer à l’origine le chiffre de 50% que j’avais en mémoire, juste pour vérifier que les Suisses, comme nous, se sont endettés auprès des financiers en leur payant des intérêts…

    On peut aussi rapporter la dette en valeur par habitant… mais dans ce cas il faut signaler, comme je l’ai toujours fait, que la dette est une faible partie de l’actif dont dispose chaque habitant (exemple pour la France, la dette est estimée à #18000 euros par français, mais la “valeur France” de plus de 11000 milliards d’euros fait que chaque français est copropriétaire indivis de 180000 euros). Mais je crois que la question n’est pas exacement là et reste de seulement démontrer qu’il est pour le moins illogique que les collectivités publiques (françaises, suisses ou étatsuniennes, entre autres) ne puissent pas bénéficier de financements directs de leurs banques Centrales pour leur développement!

  67. samedi dit :
    6 août 2008 à 19:22 @ Yann, Paul

     

    Les libéraux pensent que du chaos vont spontanément se former des équilibres alors que (…) c’est la convention et l’action collective et raisonnée des hommes et des nations qui peuvent amener l’ordre au chaos et non l’inverse. (Yann)

    La philosophie implicite [à la dérégulation et à la libéralisation] suppose […] que les marchés et l’État fonctionnent selon des principes antagonistes” (Paul)

    Dans la suite de ma réponse à Yann, que j’entame ici, je voulais d’abord répondre : réservez “les libéraux”. Le propos de Paul m’incite également à aborder cette réponse ainsi.

    Le mouvement (totalitaire) néolibéral, à l’évidence, n’a rien de libéral. Pour l’affirmer, il ne suffit pas d’argumenter “sur le versant libertaire”, en parlant par exemple du “stakhanovisme” contemporain ou d’autres marques de mépris manifestées par le régime financier pour les besoins fondamentaux que supposent le droit d’entreprendre et celui de posséder ce dont on fait usage soi-même.

    On ne peut pas non plus se contenter de démontrer, en se cloisonnant au domaine “socio-économique”, que tout ce qui fait du marché une réalité est indissociable de l’action de l’État, et du politique plus généralement.

    On peut et on doit aborder la critique également “sur le versant étatique”, en prenant ce qui se rapporte directement à l’État, dans sa conception juridique.

    Or le libéralisme (comme philosophie politique) est à la base des constitutions (modernes, mais je dirais que cela vaut également pour les conceptions grecques antiques de la constitution).

    Il me semble que le libéralisme, dans la définition large, politique, cherche à établir un équilibre social par la limitation de la croissance de tout pouvoir (d’origine humaine) quel qu’il soit, et que sa finalité n’est rien d’autre que de protéger également les libertés et les droits fondamentaux de tous les individus. L’équilibre recherché ne s’exprime pas par autre chose que par un champ de forces sociales, et il n’y a aucune raison de croire qu’il présuppose une conception de l’État ou du marché qui fasse abstraction du fait qu’il s’agit, dans l’un et dans l’autre cas, de champ de forces incarnées par des individus. En somme, ce “isme” est une idéologie… très réaliste et enracinée dans l’éthique : tout ce qu’il y a de moins idéologique.

    Un paradoxe incontournable, sauf pour les idéologues, est que pour limiter tous les pouvoirs, il faut commencer par en créer, des pouvoirs. Par créer un État… Mais ces pouvoirs, il s’agira aussi de les limiter, bien sûr. Or pour cela, on ne peut que s’appliquer à les faire s’arrêter les uns et les autres. Mais il faut aussi soumettre tous les pouvoirs à des lois, les pouvoirs publics y compris. C’est pourquoi la tyrannie se définit aussi bien par l’absence de lois, que par le régime de l’arbitraire ou que par toute forme de domination qui viole les droits fondamentaux d’une partie des individus. Le même raisonnement amène à conclure à la nécessité d’une séparation des pouvoirs, mais également d’une limitation du législateur lui-même par une charte de droits fondamentaux, et par le principe d’égalité en droit des individus et d’égalité des citoyens.

    Le “néolibéralisme” que nous voyons à l’œuvre traite l’État comme l’ont fait les idéalistes “marxistes”.
    Au motif de l’éradiquer (à terme), et en ayant l’air de ne pas y toucher, d’en nier l’utilité, il n’a de cesse de renforcer les pouvoirs qu’il incarne.
    Au prétexte de la liberté pour tous, il laisse s’étendre leurs pouvoirs à ceux qui en ont.
    Il nous fait une dictature du marché comme ils ont fait une dictature du prolétariat… mais cette notion est une pure fiction. Les marchés n’ont pas plus de réalité que les races ou les classes, ce n’est qu’une vague image associée à des attributs arbitrairement choisis d’un ensemble indéfini d’humains.
    Au bilan, il vante les libertés pour mieux les éradiquer.

    Naturellement, il a complètement déformé les théories dont il prétend hériter, mais il y a aussi et surtout que l’idéologie ne devient réalité implacable que sur le mode totalitaire, celui d’une révolution permanente libérée de toute entrave éthique, et que cela suppose une organisation particulière de “l’État réel”. Or, seuls quelques guides savent ce qu’ils font. Les recettes de cette immonde machine sont bien connues. Mais leur esprit est aussi et surtout facile à adopter pour qui a ses dispositions dans le sens du manche, vu que l’endoctrinement requis ne se fait qu’en pratiquant. Ce qui suppose une sélection très… naturelle.

    Comme leurs chers ennemis, nos révolutionnaires se sont plantés gravement, bien moins du fait que les théoriciens qu’ils prétendent suivre étaient mauvais que parce qu’ils se fichent tellement de la constitution comme de toute cohérence que les constitutions qu’ils ont mis en place n’en sont pas.

    Les constitutions soviétiques, au delà de quelques paillettes démocratiques (notamment les soviets locaux, et même une forme de référendum d’initiative citoyenne) sont minables car elles font l’impasse sur le principal. Le seul fait que le politburo ne figure même pas dans la constitution théorique en dit long quant à la séparation des pouvoirs. On pourrait en dire de même des pouvoirs suprêmes dans l’actuelle Union européenne, qui sont au-delà et au-dessus du Conseil et de la Commission, eux-mêmes incontrôlés au plan européen. L’indépendance politique de la BCE et sa mission implique évidemment sa dépendance vis-à-vis des puissances financières. La même observation s’applique si on regarde du côté des affaires étrangères commerciales. Tutelle d’un ordre encore supérieur établit par traité “constitutionnel” (vivant) à l’OMC, relations à l’OMC concentrées et incontrôlées. Etc…

    Par ailleurs, de même que dans les “constitutions” soviétiques, dans la “constitution” européenne, ce qui ordonne aux pouvoirs publics, au-delà de quelques droits fondamentaux étrangement mal formulés et garantis on ne sait par qui, c’est un ensemble de principes idéologiques… qui nient eux-mêmes la plupart des droits fondamentaux et l’égalité : création monétaire interdite pour les investissements publics ; services publics subtilement interdits ; subventions interdites ; libre circulation totale des capitaux en provenance et à destination de pays tiers ; autorisation aux élus (”Parlement” européen) de co-légiférer en la matière… seulement s’il s’agit de la rendre encore plus libre…

    Quant à la “constitution” de l’OMC, on retrouve le même schéma, juste exacerbé : ses “lois primaire”, a fortiori ses “lois”, ne visent pas du tout à règlementer l’action de personnes (”morales”) privées, mais uniquement celle des pouvoirs publics ; or, aucun droit fondamental individuel n’y est affirmé (sinon, implicitement, celui de gagner de l’argent en dormant pour qui le peut – mais un tel fondement, en dernière analyse, nie toute liberté en niant l’égalité).

    Voilà ce que signifie en fait la dérégulation : une mutation des institutions qui renverse leur rôle ainsi que le sens et l’objet des lois. Cette mutation, typiquement totalitaire, ne casse pas frontalement l’état de droit ; elle n’induit pas une vulgaire tyrannie, au sens où le système continue d’être régi par des lois, mais elle empêche de légiférer dans certaines voies et, plus encore, d’une manière qui figerait une traduction des volontés des maîtres (en l’occurrence, disons les pouvoirs financiers) ; car la part tyrannique du régime doit justement s’exprimer dans la mesure où leurs volontés elles-mêmes, en temps réel, feront la loi – dans un domaine toujours plus vaste, bien évidemment (domaine qu’on peut associer à celui du marché). Le corollaire de cette hiérarchisation, c’est que les “maîtres temporels” n’ont de pouvoir, précisément, que dans la mesure où ils se plient entièrement à la logique idéologique, qui est la seule véritable reine. La même forme de servitude, faut-il le dire, se décline à tous les niveaux de la société.

    Nous avons là une pure logique du pouvoir comme fin et moyen de cette fin, donc en expansion constante et illimitée (jusqu’à destruction complète). Le parfait contre-sens du libéralisme. En outre, il est ridicule de chercher un équilibre dans un régime dont l’essence même est le mouvement permanent, comme il est absurde de chercher une finalité libérale à un régime dont l’essence même (revers de la médaille), est la terreur, ou autrement dit, la négation de toute liberté.

    Il n’y a donc pas de sens à vouloir attribuer aux “libéraux” la recherche d’un équilibre social impliquant des moyens qui supposent ou tolèrent des privilèges d’émission monétaire, comme la concentration de toutes autres vecteurs de pouvoir. Il est tout aussi grotesque d’imaginer que les “libéraux” aient pu chercher un équilibre qui se moquerait de savoir si des gens sont sans emploi. Tant au regard de la finalité éthique d’une telle philosophie qu’en vertu du bon sens qui consiste à reconnaître qu’un système non seulement oppressif mais anarchique ne mène à aucun équilibre en termes de forces sociales.

    Cela nous ramène à la question de la viabilité du capitalisme. Je confluerais, ici, en disant que le mouvement totalitaire néolibéral :

    – ne conçoit aucun équilibre qui se rapporte à un idéal tangible. Même le marché ou la concurrence, idée qui est au coeur de sa prémisse idéologique, qui est à la fois la fin et le moyen d’une fin, l’équilibre et le régulateur incarnés, est condamné à une augmentation constante.
    La seule chose qui doit être en équilibre, à la rigueur, c’est le taux de profit. Mais, sans parler du fait qu’il est lui même condamné à croître, dans ce contexte, et qu’un tel équilibre est donc nécessairement précaire, il n’a rien d’un idéal en soi, même pour les rentiers, contrairement aux jouissances qu’il est supposé leur permettre. Un tel contrat en fait tôt ou tard des esclaves avant tout.

    – N’est rien d’autre que la réalisation d’une utopie qui consiste à vouloir repousser éternellement la crise capitaliste. On sait que cela suppose une expansion constante du domaine du marché. On sait aussi que cela suppose, à l’entrée, un flot de monnaie superflue et, à la sortie… un flot d’humains rendus superflus (pour reprendre les mots de Hannah Arendt, à qui l’on doit l’essentiel des analyses que je reprends ici).
    Mais ce qu’on voit moins clairement, il semble, c’est qu’effectivement, les limites du capitalisme sont repoussées, et cela grâce à l’expansion constante, sur le mode totalitaire, d’un nouvel État, le déploiement d’institutions nouvelles, décidées d’en haut et opérées par le haut. Jusqu’à nouvel ordre, il est clair que l’Union européenne et les institutions financières internationales sont la cause du problème, pas un élément de solution.
    Ce qui ne veut pas du tout dire qu’il faille chercher dans leurs enceintes les pouvoirs suprêmes réels. Ces derniers n’y opèrent que par des portes ouvertes par le haut ; ils sont tous officieux, en tant que pouvoirs publics, non pas qu’ils soient tous occultes, mais parce qu’ils sont tous dans le domaine privé.

    Dans ce contexte, même l’idée que “les marchés et l’État fonctionnent selon des principes antagonistes”, quand bien même elle est supportée consciemment par les “compagnons de la libéralisation”, est une pure illusion : l’État fonctionne désormais et jusqu’à nouvel ordre selon les principes du marché…

  68. samedi dit :
    6 août 2008 à 19:48 ‭Pardon pour cette “théorie” un peu générale et assez crue par ailleurs, ainsi que pour le ton catégorique voire un peu définitif sur lequel elle est servie. J’espère avoir pu apporter des éléments de réflexion.

     

    Ce au-delà des réponses personnelles que je donnais, en filigrane : à la question de l’équilibre et de la régulation (Yann) ; à la question des “interventions […] intrinsèques ou extrinsèques au bon fonctionnement du système capitaliste en tant que tel” (Paul).

    J’ai également nié que “la dérégulation consiste à réinstaurer pour les marchés leur fonctionnement spontané en l’absence d’interférences”.

    Déjà, de manière générale, je ne crois pas que les marchés préexistent à l’État, du moins pas depuis l’invention de la monnaie. Je ne crois qu’il y ait de capitalisme qui ne soit pas un capitalisme d’État.

    Et je dis que la dérégulation consiste non pas tant en une action législative qu’en un mécanisme affectant les institutions, et dont la conséquence est de changer le sens et l’objet des lois, en réservant un domaine (croissant) pour un exercice tyrannique du pouvoir.

    En l’espèce (néolibérale), elle consiste à remodeler l’État pour le mettre au service non pas du marché mais d’une logique idéologique dans laquelle le marché lui-même est une fiction – à laquelle on peut faire raconter tout et son contraire, quant on l’invoque. Le “marché réel” est en fait le résultat de l’ensemble : des volontés des puissants, elles-mêmes asservies à une logique ; des moyens de l’État, asservis à cette logique ; des individus en tant que travailleurs et en tant que consommateurs.

    Un autre moyen de situer ce “marché réel” est de constater à quel point la demande est conditionnée par l’offre : ce sont toujours les mêmes qui posent les questions, et les mêmes autres qui y répondent. Cela est bien sûr lié au fait que la plupart des acteurs de ce qu’on nomme le marché sont des personnes “morales”, non pas physiques. La demande et l’offre de la boîte qui m’emploient n’ont rien à voir ou presque avec ma demande et mon offre.

    Par ailleurs, l’offre est fortement conditionnée par une image particulière de la demande. Le marketing est un sacré dressage, pour les futurs orienteurs de l’offre. Nous sommes des gens solvables, en moyenne, qui voudrions des bagnoles électriques, des programmes télés supportables, des questions pertinentes dans les sondages, et pas de communication à la noix pour gérer les campagnes médiatiques…

    Manifestement, le marketing ne comprend pas… ou c’est qu’il faut resituer l’économie de marché dont on parle dans son contexte réel, c’est à dire celui d’une société de marché.

    * “En quelques mots, les taux d’intérêt sont déterminés par le rapport de force qui existe entre les investisseurs et les patrons ; l’inflation dépend elle du rapport entre les patrons et les salariés.”

    Si ce “théorème antimonétariste” de Paul Jorion, qui ne manque pas d’étonner, est vrai, il n’empêche pas qu’il puisse se créer des conditions dans lesquelles les deux éléments distingués sont liés.

    Or il me parait même assez évident que cette liaison est tout ce qui a de plus naturelle, et qu’elle tend vers l’automatisme dans le contexte du capitalisme financier, total, … contemporain.

    La concurrence entre entreprises et les phénomène de domination observable au sein de chaque entreprise sont liées, tout comme une situation de guerre (ou de menace de guerre) induit naturellement une hiérarchisation au sein des pays concernés. Contre ça, il n’y a pas de remède, sauf la démocratie (d’entreprise), mais même, le remède n’est efficace que dans un climat ou s’il s’agit de mettre rapidement un terme au conflit extérieur.

    Or, dans le contexte institutionnel (et politique) présent, le duo infernal (et oxymorique) concurrence-excellence (cf. V. de Gaulejac, La société malade de la gestion) est avant tout une réponse à la “demande” des actionnaires.

    La nécessité, pour l’entreprise, d’écouler ses productions ne disparaît pas, mais elle agit dans le même sens, la pression actionnariale amplifiant en fait la même contrainte.

    La quasi-totalité des entreprises étant liées à la bourse, soit directement soit par leur position de sous-traitants à l’ordre n de donneurs d’ordres côtés en bourse, on peut considérer que dans toute la chaîne, les rapports “patrons” / salariés sont directement influencés par le comportement des actionnaires.

    La tendance des patrons à laisser place à des managers asservis aux actionnaires n’est d’ailleurs une découverte pour personne. Dès lors, il est évident que le management consiste à faire communiquer les deux types de rapports de force, pour ne pas dire n’en faire plus qu’un.

    Quant au salaire des “patrons”, qui est en quelque sorte le résidu de l’équation de Paul, il cesse d’être une variable (un peu) indépendante des “investisseurs” : le salaire des “patrons” devient essentiellement lié au rapport de force actionnaire / [entreprise citron] ou bien [actionnaire – manager à ses ordres] / citron.

  69. Rumbo dit :
    6 août 2008 à 20:01 samedi dit (entre autres):

     

    Un autre moyen de situer ce “marché réel” est de constater à quel point la demande est conditionnée par l’offre (ndlr Rumbo: alors que c’est plutôt le contraire qui est vrai) : ce sont toujours les mêmes qui posent les questions, et les mêmes autres qui y répondent. Cela est bien sûr lié au fait que la plupart des acteurs de ce qu’on nomme le marché sont des personnes “morales”, non pas physiques. La demande et l’offre de la boîte qui m’emploient n’ont rien à voir ou presque avec ma demande et mon offre.

    – La demande et l’offre de la boîte qui m’emploie n’ont rien à voir ou presque avec ma demande et mon offre – Rien n’est plus exact, et ceci dans environ ~50% des cas ! Ce qui est énorme ! Une économie comportant 50% de demandes provoquées artificiellement,en général nuisant à l’environnement, hypothéquant les emplois concernés, nourries par des manœuvres financières frelatées (1). Tout ceci étant dit et rappelé ici pour bien souligner que les tenants de ce “merveilleux” système financier n’ont à la bouche que le mot : démocratie. Ils en viennent à nous soûler avec le mot démocratie. C’est là qu’il faut les prendre à revers et poser clairement la question: Que signifie la démocratie (sous-entendu ici: démocratie politique) sans la moindre démocratie économique. À quoi bon une démocratie politique quand vous n’avez jamais un sous vaillant en poche ?? Rien n’est moins démocratique que l’argent tel qu’il est traité actuellement. ( rappel: http://assoc.pagespro-orange.fr/aded/ )

    C’est bien là encore une version de plus de l’immense zone d’ombre recouvrant la vie “politique et sociale”. Obscurité totale au sujet de la maîtrise de la monnaie : non-dits, réponses à côté des questions, fuite en avant, poncifs soporifiques de toutes sortes, etc. Louis Even, le pédagogue génial sur l’argent, divisait la question monétaire en deux parties essentielles: 1) la question du POURQUOI de l’argent, c’est celle-ci qui est complètement “désertée”, plus exactement, un domaine “strictement réservé” : Mesdames, Messieurs, ce sujet monétaire ne vous regarde aucunement, affaire suivante et en vitesse…. 2) la question du COMMENT de l’argent, ici les compétences sont surabondantes et il n’y a que l’embarras du choix. Seul ici le problème du – commandement – reste crucial. La plupart du temps, c’est d’ailleurs la question du – comment – de l’argent qui arrive systématiquement sur le tapie dans les débats qui peuvent avoir lieu ici et là. La confusion entre la question du – pourquoi – et la question du – comment – de l’argent en essayant de traiter “d’abord” le – comment -, et en laissant de côté (consciemment ou non) le – pourquoi – nous égare à tous les coups dans la connaissance et les solutions à trouver aux questions monétaires.

    En résumé, tant que ce type de politique restera en place, à moins d’être touchée par la grâce, rien ne devrait changer, et ce, jusqu’aux ultimes conséquences…

    Coluche avait trouvé l’expression résumant le mieux le dictateur: Ta gueule ! Et l’expression résumant le mieux le démocrate: Cause toujours!

    Je crois qu’on en est là.

    (1) exemple: les prêts hypothécaires aux États-Unis. Les classes moyennes étatsuniennes ayant été déjà sursaturées de prêts immobiliers (et autres) à rembourser, et les banques “devant à tout prix” gonfler leurs bilans pour satisfaire leurs actionnaires, ont “fabriqué” des prêts destinés aux dernières classes salariales, classes par nature les plus exposées aux risques, chômage, etc. Tant que les cotes de l’immobilier américain montaient, tout allait bien, les endettés “propriétaires” de maisons hypothéquées voyaient leur “capital” leur “rendre” des intérêts, et jusqu’à la consommation des ménages aux États-Unis était “portée” part ce “système magique”. Mais les banques, brouillant toutes les pistes par le procédé de la titrisation et ayant posé la malversation au départ, l’ont récolté à l’arrivée. La suite, tout le monde connaît, en principe, ce qu’il faut en connaître à l’heure qu’il est.

  70. catherine (mocrie bailleul) dit :
    6 août 2008 à 20:05 Excusez-moi tout d’abord, ça n’entre pas directement dans le vif de votre sujet d’étude mais ça y participe cependant me semble-t-il, aussi , je me permets de l’introduire dans votre discussion fort intéressante.

     

    Je suis entrain de lire un livre de Norbert Wiener, le père de la cybernétique ou l’art de rendre une action efficace, le livre s’intitule” cybernétique et société” ou l’usage humain des êtres hiumains, ça en dit long déjà, cette lecture n’est pas sans susciter certains remous cognitifs, elle invite à certaines pensées.

    En ayant une vision un peu englobante de ce qui se passe, il me semble que ce qui prévaut depuis de nombreuses années, c’est le principe d’utilité pour les tenants du pouvoir, et ce qui est utile pour eux, c’est ce qui est au service de leur référence ultime, c’est à dire faire le plus de profit possible en dépensant le moins possible. Une grandeur de référence en quelque sorte à laquelle est asservie tout ce que nous vivons dans toutes les sphéres, enfin il me semble. Une mesure de lisibilité des événements actuels.

    Historiquement, ce que l’on présente comme des avancées sociales (36, etc…) me semblent être un habillage mensonger d’une réalité plus crue et incontournable surtout.

    Ces avancées sociales ont été permises car elles étaient nécessaires. point.

    Elles répondaient à une nécessité d’efficacité et de survie du système économique.

    La force des tenants du pouvoir économique a été d’en faire une victoire de la classe laborieuse, mais elle a été consentie parce que nécessaire, c’est ça le bluff peut-être.

    Une escroquerie en somme, mais je me trompe peut-être?

    Aujourd’hui, j’ai le sentiment que cette variable de “l’humain” qui présentait un intérêt pour la survie du système, et dont on ne pouvait se passer alors, n’est plus guère que gênante, encombrante, elle nécessite des dépenses d’énergie car il faut la contrôler et qu’on pourrait presque lui préférer à l’avenir un modèle plus conciliant, plus rentable, plus utilitaire au moindre coût, celui d’un nouvel ” humanoide”, tout droit sorti de je n’sais où, de tubes de laboratoire??????de clonage, que sais-je encore…

    Cette vision “utilitariste” et huxleyienne vous semble-t-elle exagérée ?

    Merci de m’apporter vos réflexions.

  71. yann dit :
    6 août 2008 à 21:45 @Catherine

     

    En ayant une vision un peu englobante de ce qui se passe, il me semble que ce qui prévaut depuis de nombreuses années, c’est le principe d’utilité pour les tenants du pouvoir, et ce qui est utile pour eux, c’est ce qui est au service de leur référence ultime, c’est à dire faire le plus de profit possible en dépensant le moins possible.

    L’utilité est une notion très relative, je pense personnellement que nos élites sont elles-mêmes prisonnières d’un jeu social qui les contraint à l’exubérance et à l’adoration du veau d’or. Celui qui n’aime que l’argent n’aime rien en réalité, il s’agit de combler un vide et d’oublier sa propre mort. Ils se font la course consummériste pour rester dans leur milieu c’est un peu ce que voulait dire le livre d’Hervé Kempf “comment les riches détruisent la planète”. Malheureusement cette course au néant se transmet au reste de la population comme une maladie mentale.

    Mais vous soulevez le problème épineux de la politique étatiste d’après guerre, ou politique keynésienne. Cette dernière a effectivement sauvé le capitalisme de son péché naturel, la surproduction. Mais il ne faut pas oublier que plus que le capitalisme c’est le progrès technique qui quelque part nous contraint à consommer toujours plus. En effet c’est l’augmentation de la productivité qui produit le besoin de compenser par hausse de la consommation. Keynes pensait à son époque que de la croissance de la productivité apparaîtrait une “République sociale idéale” dans laquelle les gens ne travailleraient qu’une petite fraction de leur temps et passeraient le reste du temps à la création artistique, scientifique, etc. Il n’avait pas imaginé que les capitalistes seraient capable d’inventer autant d’objets inutiles et farfelus pour continuer à croître toujours plus. Petite anecdote je viens d’apprendre qu’une entreprise américaine a l’intention de commercialiser un téléphone “jetable”.

    Cela illustre la folie collective que notre système engendre. Sinon sur l’utilité il me semble que pour l’être humain ce qui est utile est ce qui est socialement utile. Il faut démarchandiser les rapports sociaux, c’est-à-dire faire en sorte que l’accumulation d’objets ne soit plus socialement utile. Par contre j’avoue n’avoir aucune idée de comment faire pour y arriver.

  72. samedi dit :
    6 août 2008 à 22:41 @ Catherine

     

    Bien le bonsoir d’un mocreux de Lyon.

    Il y a un paradoxe qui ressort de votre questionnement : vous demandez si des avancées sociales pourraient n’être accordées par les gouvernants que parce qu’elles leur sont nécessaires – à eux, puisqu’elles sont nécessaires “à la survie du système économique”… qui en fait des gouvernants -, puis vous demandez, en concluant, si les gouvernants peuvent se passer d’esclaves humains.

    L’une ou l’autre de ces possibilités est irréaliste. Pour moi, c’est la seconde, sans aucune hésitation.

    Mais le fait que des avancées sociales soit nécessaires aux gouvernants n’a absolument rien d’incompatible avec le fait qu’elles soient voulues par le bon peuple. Cela signifie simplement que les gouvernants estiment eux-mêmes que l’évolution du rapport de forces les menace, et qu’ils font donc quelques concessions pour pérenniser leur domination.

    Il est vrai que c’est principalement la peur des gouvernants qui déclenche les concessions, car potentiellement ils sont écrasés par le nombre. Même les pires dictatures ont une immense fragilité si on s’en tient à mesure les rapports de force potentiels, et tout ça se passe surtout dans les esprits. Mais il est certain que cette peur ne sort pas du néant. Toutes les avancées sociales sont le produit de conquêtes .

    Cela ne signifie pas non plus qu’il n’y ait pas d’escroquerie, des raisonnements et des mobiles cachés. Les menaces liées au contexte international, notamment, étaient très vivantes en 1936. Je suis nul en histoire, mais il me semble que l’hitlérisme avançait à grands pas, que les soi-disant synarchistes, entre autres, auraient été entrain de préparer le sabotage et la défaite de la France ; qu’il y avait aussi la guerre civile espagnole ; que la Banque de France, sinon le gouvernement Blum, aurait livré à Franco l’or de l’Espagne, confiée par le gouvernement républicain… ; que fascisme était presque partout en Europe, … et que la grande crise capitaliste s’était déjà déroulée. Allez savoir toutes les raisons de chacun dans les seuls milieus gouvernants.

    Le meilleur des mondes de Huxley n’est pas un système capitaliste. En dépit du fait qu’il y a des paraboles sur l’absurdité de la société de consommation. Le capitalisme ne pourrait même pas y exister.

    D’ailleurs, la domination y a disparu – au point qu’il faut compenser l’absence des humeurs qu’elle suscite par des drogues euphorisantes. Le pouvoir est toujours le pouvoir qui s’exerce sur un autre, un semblable. Les aplha n’oppriment pas les bêta et autres, ils sont les uns et les autres conditionnés à leur condition, peu importe qu’elles soient inégales. Cette inégalité ne s’achète pas, notamment par de la monnaie versée pour le prix d’un travail. Il n’y a pas de gouvernants : tous obéissent à une même logique imposée par aucun en particulier.

    La fiction de Huxley n’est pas même l’anticipation d’un quelconque système possible à l’avenir. Elle est un collage de plusieurs tableaux d’anticipation, ou même de paraboles sur des phénomènes existants, très en vogue à l’époque : les propriétés des drogues, notamment hallucinogènes, de l’hypnose ; la découverte de Pavloff, les travaux de Freud, leurs implications pour la propagande et le dressage ; le plaisir sans attache, … et les avancées dans le domaine biotechnologique.

    Mais l’ensemble ne tient pas.
    La preuve la plus évidente est que tous les “individus” y sont des produits de laboratoire.
    Politiquement, le mobile de cette fiction est malthusien. Tellement malthusien qu’il n’y existe plus un seul humain… Or il faudrait être con, quand il n’existe presque plus d’humains, pour être encore malthusien…
    Il faudrait qu’un jour, même les gouvernants en soient arrivés à perdre l’instinct de survie, de reproduction de l’espèce… c’est complètement irréaliste.
    Même “le patron” de Monsanto n’en est pas là. “Lui” se fout des générations futures, par schizophrénie, mais je ne doute pas qu’il ait des gamins. La preuve : cette boite a des millions de petits actionnaires…

    Par ailleurs, comment l’auraient-ils transmis à leur créature, cet instinct de survie, avant de “passer la main” ? Et comment l’auraient-ils fait sans travailler ? Cela veut dire que des prolétaires l’auront fait.

    Et ensuite, comment les machines tournent-elles ?
    Même si ce n’est que les machines permettant de créer les humanoïdes en question. Si les humanoïdes eux-mêmes ne sont pas des mortels, alors ils sont de simples machines et ils ne changent rien à l’affaire.

    Si les gouvernants, étant des humains, pouvaient se passer de travailleurs humains :

    – il n’y aurait que des machines, qui n’ont pas besoin de salaire. Les biens de consommation n’auraient donc plus aucune valeur marchande. La moindre utilisation de monnaie, même pour s’échanger ces biens entre eux, serait tout à fait inutile.

    – Ou bien la production serait encadrée par des humanoïdes. Un humanoïde, mettons, aurait besoin de manger, mais pas d’un salaire. A moins qu’il s’agisse de le vouloir libre, ce qui est absurde puisqu’il est né esclave et que seul lui peut vouloir sa liberté. Ou les humains gouvernants sont inconscients au plus haut point et ce régime ne tient pas.

    – Si seuls les humanoïdes et des machines produisent, et qu’ils n’ont pas besoin de salaire en monnaie, alors les gouvernants eux-mêmes n’ont pas besoin de monnaie pour acquérir de quoi vivre (dans le luxe).

    – En plus, la monnaie serait ingérable dans ce contexte, puisqu’elle serait dissociée de toute gestion de la production.
    J’irai jusqu’à dire que le fait de recréer une monnaie conduirait à recréer une division sociale qui ramènerait au capitalisme… et à un esclavage humain. Les esclaves humains (peu importe qu’ils soient eux-mêmes maitres des humanoïdes) seraient eux-mêmes, nécessairement, certains des descendants des ex-gouvernants…
    Si une caste s’appropriait les machines, tentant de vendre les produits aux autres, l’autre cate disposerait nécessairement de la plupart des avantages de la création monétaire. Comment vivrait-elle et tiendrait-elle, sinon ? Les deux castes seraient alors assurément en lutte, et par ailleurs elles seraient obligées de s’entendre, faute de quoi le contrôle de la monnaie (de l’inflation) et, par conséquent, de celui de la production, seraient ingérables.

    – Par ailleurs, il n’y aurait aucun humain pour concevoir, entretenir et faire marcher les machines, ce qui est parfaitement impossible. On mettrait donc des humains prolétaires, des ouvriers et surtout des ingénieurs et des techniciens.
    Qu’on mette des humanoïdes aux postes d’ouvrier, et même dans toute l’industrie, il faudra encore les diriger et se charger de diriger les innovations. Si on les laisse disposer de la direction, ils sont une menace évidente pour les humains et pour le régime.
    Ayant seuls le contrôle les machines, il est évident que des patrons humains utiliseraient ce moyen de pression colossal contre les gouvernants, pour s’émanciper. La lutte amènerait une division du travail accrue, et de nouvelles combinaisons de castes, avec une part de gouvernants déchus et une part de prolétaires promus…
    A moyen terme, cela créerait des sous-classes dans chaque caste, des combinaisons, … Et on en reviendrait à ce qu’on voit dans notre univers actuel. Avec ou sans humanoïdes à la place des machines.

    – S’il n’y a que des humanoïdes dans l’industrie : soit la division du travail leur apprendra à gouverner et les laissera cultiver la liberté… ; soit ils sont parfaitement conditionnés pour accepter la division du travail, et alors ils rejoignent l’état de machine, et il n’a a plus de capitalisme et plus de monnaie.

    Ne vous inquiétez pas, nous avons bien des choses à craindre, mais certainement pas une situation où des gouvernants se passeront de notre travail. ;)

  73. catherine(mocrie bailleul) dit :
    7 août 2008 à 12:40 à Yann,

     

    d’accord sur la relativité de l’utilité bien sûr, et le fait que les tenants du réel pouvoir, c’est-à-dire financier, soient aussi “prisonniers” du jeu social, mais ils le sont “a minima” me semble-t-il, car ce sont eux qui ont institué les régles du jeu, c’est leur construction, que nous avons laissé mettre en place car nous n’avions tous simplement pas conscience de ce qui se construisait.

    N’ayant pas conscience de ce qui était à l’oeuvre et ne faisant rien pour nous y opposer de fait, nous leur avons permis de tisser leur toile. Il y a donc inter-relation certes, mais à leur avantage bien évidemment.

    Reich nous dit dans un de ses livres que toute révolution doit d’abord commencer par celle des esprits, ils ont bien intégré le message semble-t-il, et c’est un travail sur les pensées, les opinions qui a été entrepris, en taisant certaines informations et en en amplifiant d’autres, à croire qu’ils ont du lire Wiener et s’en inspirer, le traitement de l’information, ils connaissent, pas de doute.

    Je crois que ces gens de pouvoir sont pauvres en fin de compte, très pauvres, pour avoir comme seul credo l’argent et ainsi assouvir leur soif de domination, s’il y avait une dimension spirituelle qui se développait davantage, il est presque certain que le monde offrirait un autre visage, enfin, il me semble.

    A l’orientation spirituelle, on préfére le culte de l’égo car il “sert” leurs intérêts, l’individualisme est au service de leur cause.

    La spriritualité permet de comprendre l’interdépendance qui prévaut dans l’univers et favorise donc la libération de l’égo afin d’être plus en lien, plus en vie avec soi, les autres et l’environnement.

    Cette dimension spirituelle me semble être une réelle voie de salut pour l’humanité, elle ouvre les portes du combat social aussi et ce n’est pas négligeable, car elle nous resitue dans l’univers, mais elle n’est pas valorisée, pas promotionnée au contraire assez disqualifiée.
    Et pourtant, elle porte de bons fruits.

    Je réponds à Samedi dès que je dispose d’un peu plus de temps.

  74. Étienne Chouard dit :
    7 août 2008 à 16:01 Bonjour.

     

    Pour mémoire, cet extrait de la Déclaration d’indépendance des États-Unis :

    Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur.

    Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés.

    Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur.

    La prudence enseigne, à la vérité, que les gouvernements établis depuis longtemps ne doivent pas être changés pour des causes légères et passagères, et l’expérience de tous les temps a montré, en effet, que les hommes sont plus disposés à tolérer des maux supportables qu’à se faire justice à eux-mêmes en abolissant les formes auxquelles ils sont accoutumés.

    Mais lorsqu’une longue suite d’abus et d’usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit et de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future.

    Source : Wikipédia

    C’est Goethe qui disait, je crois : tout a déjà été pensé, l’important c’est d’y penser à nouveau.

    Étienne.

    (Tirage au sort ou élection ? http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Tirage_au_sort.pdf )

  75. Catherine dit :
    7 août 2008 à 22:13 à Samedi, Bonjour Cher Moqueur Lyonnais,

     

    Tout d’abord, merci pour cet échange, c’est toujours mieux de pouvoir confronter les points de vue, ça permet d’avancer dans notre compréhension.

    Je vais essayer de suivre votre message afin de ne rien oublier.

    Je tiens aussi à vous dire que je ne prétends pas savoir quelque chose, je cherche juste à comprendre, aussi ce que j’avance est juste l’objet de pensées tâtonnantes qui ne demandent qu’à être réajustées si il est juste qu’elles le soient.

    Ce qui vous semble être un paradoxe, tient au fait que la temporalité n’est pas la même dans ce que j’ai exposé précédemment.

    Auparavant, il était nécessaire d’avoir une force salariale productive car on ne pouvait pas faire autrement, il n’y avait pas d’autres voies, c’était une nécessité sans autre possibilité d’alternative, or, aujourd’hui cet impératif productif n’est plus aussi contraignant, la machine remplace l’homme en bon nombre d’endroits.

    La spécificité humaine devient même une “variable”, terrible vocable, gênante, embarrassante comme je le disais précédemment, car elle nécessite de mettre en oeuvre des moyens de contrôle afin de parvenir à cette régulation convoitée, celle du profit au moindre coût.

    C’est donc appauvrissant en termes énergétiques, ça produit de la perte, et c’est d’autant plus manifeste lorsque apparait la possibilité de recourir à des moyens moins coûteux grâce aux avancées scientifiques.

    Les fameux progrès dont on nous rebat les oreilles ont permis de remplacer le travail humain par la machine, c’est en soi une très bonne chose, cela n’était pas concevable auparavant.

    En terme de coût/profit, l’homme n’est peut-être plus un recours satisfaisant, on devine peu à peu des stratégies de contrôle plus efficientes, plus souples, via les modifications génétiques ou que sais-je encore qui pourraient peut-être être mises en application, et qui sait vraiment de quoi l’homme est capable, même si au bout du compte toute l’humanité court à sa perte, c’est donc une pure connerie, mais c’est hélas tout à fait concevable me semble-t-il, l’argument de la bêtise ne me semble pas être un rempart, la vie nous le prouve hélas trop souvent.

    Sommes-nous si certains que ça ne soit pas envisageable dans la tête de certains ?

    Le pire n’est jamais sûr, fort heureusement, néanmoins, il faut peut-être garder cela dans un coin de sa tête.

    C’est la lecture de certains auteurs et le voisinage de certains sites comme sity.net qui m’y a fait penser.

    Ses thèses (celles de sity surtout) me semblaient assez délirantes au début, trop alarmistes , je les observais avec beaucoup de circonspection.

    Mais plus le temps passe et plus les prophéties semblent se concrétiser aussi je ne peux pas ne pas y penser.

    Lisez sur sity.net “armes silencieuses pour guerres tranquilles” et les projets des maîtres du monde qui déploient toutes les stratégies pour un contrôle global de la société.

    C’est loin d’être stupide et ça répond encore une fois au principe cardinal du maintien du système au meilleur coût.

    C’est assez terrible de parler en ces termes, mais je pense qu’il ne faut pas se voiler la face, certains pensent en ces termes-là avec le secours de la sacro-sainte rationalisation qui vient justifier leur mode d’action et de pensée a priori et a posteriori.

    Vous parlez du meilleur des mondes.

    La domination n’existe plus dans ce monde là, dites-vous.

    Je pense quant à moi qu’elle est extrêmement prégnante au contraire, elle n’est pas perçue me semble-t-il car elle n’est que cela, domination au service d’un ordre précis mais au même titre que la lumière ne peut être perçue dans le noir obscur que s’il y a un rai de lumière, elle n’est pas perçue car elle n’est qu’elle.

    Cette domination est constitutive “ontologiquement” si l’on peut se risquer à parler ainsi, de ces êtres de laboratoire.

    Elle fait corps, épouse ce qu’ils sont .

    C’est un fait qu’il n’est pas nécessaire de problématiser, au même titre qu’un noir est noir, un blanc est blanc.

    Un fait indubitable, incontestable, mais qui ne tombe pas du ciel.

    Car il est un sous-produit englobé dans un ensemble plus vaste qui le surplombe, qui le domine, à l’origine de sa création.

    Cette matrice a ordonné le monde tel qu’il se construit dans ce monde huxleyien, elle fixe les lois, elle “institutionnalise” le fonctionnement de cette “société” même si c’est une société non-humaine, c’est une société hiérarchisée avec les lois et une structuration drastique des rapports entre ses membres.

    Savoir si le meilleur des mondes est un système capitaliste ou non ne me semble pas être le problème, on s’en fiche un peu il me semble, mais je me trompe peut-être, d’autre part, l’ensemble de cette fiction ne tient pas dites-vous au motif que les individus sont des produits de laboratoire, mais je ne pense pas que ce soit opposable au fait qu’ils ne soient pas humains.

    D’une certaine façon, ne peut-on penser que l’homme est une sorte de” machine” capable du meilleur ou du pire selon les apprentissages qu’il fera et les hasards de la vie ?

    La personnalité se définit comme le lieu des leurres et des identifications, encore faut-il identifier cet état de fait, tenter de se connaître pour espérer pouvoir se libérer de ce carcan égotique, la liberté commence là où s’arrête la connaissance dit Lao-Tseu, je dois reconnaître que je connais bien peu d’hommes réellement vivants et libres au sens où je l’entends.

    Dès lors,quand on est prisonnier dans sa propre maison, qu’est-ce qui nous différencie d’un robot ?
    On répète, on répète, comme une machine perroquet.

    Il faudrait dites-vous encore que les gouvernants aient perdu leur instinct de survie, là encore on voit bien que ce que l’homme produit va à l’encontre de la vie et pourtant ça ne l’empêche pas de poursuivre cette ascension mortifère.

    Mais tout cela est une fable et l’on ne saurait répondre à toutes les questions posées, néanmoins la structure de cette fiction nous invite à nous interroger sur ce que nous vivons, subissons, acceptons, je ne pense pas qu’on puisse faire des analogies directes avec ce que nous vivons sans perdre l’intérêt de cette description, son but est peut-être de nous proposer un questionnement général, là encore c’est ce que je crois à défaut de le savoir.

    Je vais devoir arrêter là pour ce soir, mais nous pouvons continuer si ça vous dit un peu plus tard, je n’ai pas terminé complètement, ne m’en veuillez pas, je suis fatiguée.

  76. Paul Jorion dit :
    8 août 2008 à 04:21 Je suis allé lire vos interventions sur le blog de Vincent Perrier-Trudov. Il est ouvert et j’aime bien ce qu’il écrit. Je ne sais pas si le passage suivant – extrait de ce qu’il écrit – fait partie des choses avec lesquelles vous n’êtes pas d’accord. Si c’est le cas, j’aimerais bien que vous me disiez où le bât blesse. Je vois bien qu’il ne considère pas que de la valeur est créée « ex nihilo » mais comme vous le savez, moi non plus – nous en avons déjà longuement débattu.

     

    En quoi cela invalide-t-il la théorie sur la “création monétaire” par les banques privées ?

    Tout d’abord, les banques ne créent pas la monnaie, elles constatent ou anticipent des valeurs présentes ou futures. Elles constatent la valeur d’un bien immobilier, ou anticipent la valeur de revenus futurs en fonction d’un emploi salarié.

    En fonction de ces données relatives aux valeurs qui sont détenues ou qui seront détenues, elles valident un niveau de confiance quant à la solvabilité du demandeur, et accordent un prêt.

    La valeur qui déclenche la création monétaire n’est donc pas du ressort des banques mais de la personne qui demande le crédit, puisque c’est cette personne, avec ses possessions et son travail, qui est à l’origine de la valeur.

    Les banques ne sont donc les dépositaires que de la confiance – et c’est déjà beaucoup, et facturent leurs services autour de cette confiance. Qu’elles fassent des profits sur ces services est tout à fait normal.

    Il est donc faux de dire qu’elles font des profits sur quelque chose qui n’existe pas.

  77. A-J Holbecq dit :
    8 août 2008 à 06:47 C’est jouer sur les mots et enfoncer des portes ouvertes: une valeur future est bien quelque chose qui n’existe pas (pas encore)
  78. Dani dit :
    8 août 2008 à 14:41 Sachant qu’en Suisse la monnaie scripturale représente 94,5 % de M3 (le numéraire 5,5 %), et que je possède un compte en banque (comme chacun ici… ;-) ). Est-ce que l’argent que j’ai sur mon compte existe oui ou non ? Est-ce que c’est de la monnaie ? Est-ce qu’il est accepté en paiement au même titre que le liquide ?

     

    Moi, je réponds oui. Au fait, qui a mis en circulation mes “moyens de paiement” ?

  79. Rumbo dit :
    8 août 2008 à 14:48 Non, pas d’accord, pour plusieurs raisons mais tout d’abord ceci.

     

    L’on voit bien poindre ici les limites de l’argumentation justifiant l’actuel sytème de création monétaire.

    D’abord, il faut insister sur le fait suivant : comme les banques demandent, d’ailleurs légitimement dans ce système, des garanties (bilans, biens à hypothéquer, revenus salariaux et autres, etc, etc) pour octroyer, ou non un crédit, cela enfonce un coin, progressivement et inéxorablement, entre ceux qui ont accès aux marchés des capitaux et ceux qui ne peuvent pas, ou ne peuvent plus y avoir accès. La dualité et l’opposition riches-pauvres va s’accentuant dans ce système. Obligatoirement. L’actualité parle d’elle-même.

    Ensuite, c’est oublier que la production est PREMIÈRE dans TOUS les sens du terme sur n’importe quel acte monétaire ou financier. SANS LA PRODUCTION L’ARGENT NE VAUDRAIT STRICTEMENT RIEN, à peine le prix du vieux papier à envoyer au pilon.

    Le question qu’il faut poser D’ABORD pour ne pas se perdre et s’enfoncer dans le marécage financier bourré de pièges et de certitudes, c’est : Peut-on physiquement produire ceci ou cela ? Si la réponse est oui, il n’y a pas alors de problème particulier, la question du financement est bien plus facile à résoudre que la production elle-même. Si la réponse est non, et bien on remet le projet dans les cartons et on verra plus tard, selon les circonstances.

    Actuellement, tout est faussé par la question obligatoire : peut-on payer? Si c’est oui, on commence la production avec l’angoisse et l’incertitude de ne pouvoir rembourser tout le long du parcours interminable (minable), le plaisir et la satisfaction de l’achat sont flétris par le mode de financement lequel nous échappe complètement à la base.

    Ainsi, dans le présent système, c’est un système inversé. Dans ce système-là, c’est donc le financement qui commande à la production possible ou non SELON LES CRITÈRES DU FINANCEMENT, même si on sait parfaitement produire et que cette production répond à des besoins indispensables. C’est la sacro-sainte politique dite “du crédit” (terme qui veut tout dire et son contraire) qui détermine, dans le fond, ce qui peut être produit.

    D’ailleurs les résultats de notre “culture” sont à peu près directement ceux induits et sortis des MÉCANISMES BANCAIRES ET LEUR MODE DE FONCTIONNEMENT. Ceux qui ouvrent ou ferment la création de l’argent selon leurs “caprices” sont bien davantage déterminants que les éléments naturels et leurs aléas.

    La plupart d’entre nous n’avons encore pas compris que nous devons nous endetter pour acheter, plus cher que la nomale (cherté devenus “normale”) ce que nous produisons. Très au dessus de ce qui serait et resterait un juste prix.

    Le critère déterminant actuel, c’est : le bilan des banques. C’est ce “bilan bancaire” qui est capable de faire s’entretuer les humains et les laisser périr dans la misère pour rester un “bon bilan”.

    Le côté fondamentalement nocif de ce système est que les bilans des banques ne restent “bons” que provisoirement (l’actualité parle à ma place) et nuisent de toute façon dans tous les cas de figure (qu’ils soient bons ou mauvais) aux sociétés humaines.

    La mondialisation vient brouiller et rebrouiller les cartes, car autrefois la pauvreté et la richesse se cotoyaient à l’intérieur du même pays et les incitations à comprendre cette situation étaient alors directes. Mais avec la globalisation-mondialisation, cet antagonisme riches-pauvres s’est répandu sur toute la planète en pays ou régions riches et pays ou régions pauvres. Les citoyens des pays riches que nous sommes avons ainsi beaucoup plus de mal à cerner la question cruciale du traitement de la monnaie. Dans les pays pauvres, j’en témoigne (des centaines de fois !), la question monétaire est appréhendée avec un prisme de compréhension clair, direct et efficace, au moins pour cerner sans hésiter, ni détours “philosophiques” sans issue, le rôle que doit représenter et jouer la monnaie.

    La monnaie est, à la base, un permis d’acheter ce que nous ne fabriquons pas. Je l’ai dit, je le répète, c’est très simple et clair.

  80. A-J Holbecq dit :
    8 août 2008 à 15:52 @Paul

     

    Tu écris “La valeur qui déclenche la création monétaire n’est donc pas du ressort des banques mais de la personne qui demande le crédit, puisque c’est cette personne, avec ses possessions et son travail, qui est à l’origine de la valeur”, ce qui me fait penser à ce qui suit :

    Comme toute la monnaie est émise par le système bancaire la valeur est bien du ressort des banques puisque sans crédit (monnaie) il n’y aurait pas de production et sans crédit (monnaie) il n’y aurait aucune consommation possible, donc la valeur de la production serait nulle.

    Mais je pense comme Rumbo, qu’on s’égare dans ce débat. La question est simple: puisque toute la monnaie est une monnaie de crédit (ce que je considère comme très “imalin”), faut-il que cette monnaie soit émise (je n’utilise pas volontairement le terme “créée”) par des structures privées ou par la collectivité ? Subsidiairement, le système émetteur doit-il bénéficier d’une rémunération sous forme d’intérêts ou d’honoraires ?

    Bref, ce “droit de seigneuriage” est à la base même de notre débat…

  81. Paul Jorion dit :
    8 août 2008 à 17:24 @ A-J Holbecq

     

    Non, non, on ne s’égare pas : on est au cœur du problème.
    Petite remarque avant tout : ce n’est pas moi qui écris

    La valeur qui déclenche la création monétaire n’est donc pas du ressort des banques mais de la personne qui demande le crédit, puisque c’est cette personne, avec ses possessions et son travail, qui est à l’origine de la valeur.

    c’est Vincent Perrier-Trudov. Mais ce n’est pas très important, j’ai déjà dit exactement la même chose dans certains de nos échanges précédents.

    Tu vois, tu dis :

    C’est jouer sur les mots et enfoncer des portes ouvertes : une valeur future est bien quelque chose qui n’existe pas (pas encore).

    et ma première réaction, c’est de me dire “M’enfin, c’est lui qui joue sur les mots : il nie qu’il puisse y avoir anticipation ? Ou que ça ne compte pas ? L’anticipation, c’est le propre du vivant ! Quand Quesnay parle du capitaliste qui consent des “avances”, c’est exactement cela : “faire des avances”, c’est anticiper !”

    Quand chacun imagine que l’autre “joue sur les mots”, c’est très clair : il n’y a qu’une explication possible : ils parlent des langages différents. Et, je crois savoir ce que ces deux langages sont mais avant de le dire, je dois retourner lire ce que dit Michel Foucault sur le passage de l’”économie politique” à la “science économique”.

    Ceci dit, tu peux m’aider à formuler ce que je vais dire : peux-tu me donner un exemple de création de monnaie qui ne soit pas “ex nihilo” ? Et décrire en quelques mots le mécanisme qui est alors à l’œuvre ?

  82. zoupic dit :
    8 août 2008 à 18:13 un crédit mutualisé?

     

    L’argent que j’emprunte provient à presque(?) 100% des dépôts des autres personnes.

  83. A-J Holbecq dit :
    8 août 2008 à 19:06 @Paul

     

    Désolé de t’avoir attribué la phrase de Vincent Perrier -Trudov ;)

    Mais il y a vraiment un truc qui me choque dans “Tout d’abord, les banques ne créent pas la monnaie, elles constatent ou anticipent des valeurs présentes ou futures.” … C’est le début de cette phrase qui m’a surtout fait réagir: si, elles créent bien la monnaie, car elles disposent du droit exclusif de “monétiser les actifs non monétaires”: mais, je te l’accorde, je me suis peut être mal exprimé, c’est vrai que c’est en fonction de la confiance qu’elles ont dans l’actif existant ou espéré car, pour leur bilan, il importe qu’elles puisse détruire le capital monétaire, créé par une inscription dans leur comptabilité et prêté, au terme du crédit: leur anticipation, c’est cela et l’espoir de recevoir leur bénéfice (les intérêts)

    Je ne peux pas te donner d’exemple de création monétaire qui ne soit pas “ex-nihilo” : les deux mots (je l’ai déjà dit) , “création” et “ex nihilo” signifient exactement la même chose et, sauf erreur, il n’y a pas de monnaie moderne qui ne soit pas créée par le système bancaire (banques centrales et leur banques commerciales).

    Mais j’avoue à nouveau que j’ai du mal à comprendre à quoi rime ce débat. Nous étions d’accord sur une formulation qui disait que les banques créaient la monnaie sur demande solvable (future et espérée) des agents non bancaires. Ce qui nous importe, c’est 2 points fondamentaux:
    1 – A qui doivent aller les intérêts?
    2 – Si on considère que les banques commerciales peuvent garder les intérêts sur la création monétaire privée, quelle est la logique qui interdit aux collectivités de financer leurs besoins auprès de leur banque centrale (sans intérêt réels donc , contrairement aux USA)

  84. samedi dit :
    8 août 2008 à 20:30 Comme j’ai passé un peu de temps à répondre, sur Agoravox, à un message (et à un débat) de piètre qualité, je me permets de le reprendre ici, des fois que ça serve.

     

    Le fil de discussion Agoravox est lancé par Vincent Perrier-Trudov, déjà cité ici

    […]

    Il est pour le moins étonnant qu’on puisse trouver logique que le dépositaire de la confiance du peuple soit un “tiers” autre que celui dont on attendrait qu’il soit dépositaire de la souveraineté : le Parlement élu au suffrage universel direct.

    La monnaie qu’on “nomme” confiance est la monnaie fiduciaire : les billets et les pièces, au présent. Mais en tout état de cause, le raisonnement de la confiance renvoie à la monnaie comme institution.
    Vous êtes engagé dans un parti, dites vous : soit, vous avez l’obligation constitutionnelle de défendre nos droits imprescriptibles, parmi lesquels la propriété ; vous devez en outre défendre la république, qui interdit en principe les privilèges.

    Que le roi de je ne sais quel pays d’ailleurs et d’autrefois ait du s’entendre avec les pêcheurs de coquillages ou perles ; que les souverains du moyen âge étaient sans doute bien plus ceux qui avaient le contrôle de la découverte de l’or ou de l’argent, cela ne démontre pas la légitimité démocratique d’une création monétaire d’origine privée, moyennant seigneuriage privé. Que les “tiers” aient été depuis des siècles – sauf rares occasions – une aristocratie, ne fait pas une démonstration.

    Il est vrai que, dans le contexte présent nous en sommes réduit à accorder notre confiance aux banques (et à la finance, qui centuple encore le montant des liquidités négociables), mais c’est bien le problème.

    D’autant que, l’argent étant totalement immatériel (un billet de 500 €, c’est 5 centimes pour le fabriquer), rien de naturel ne justife plus un quelcqonque privilège lié à la création monétaire.

    Par parenthèse : je vois une poignée de banques américaines posséder, en titres – un temps – négociables (en dérivés) la soi-disant contrepartie de 4 années de production mondiale… au rythme actuel, et si aucune crise ne survient. Ce n’est pas un signe de normalité, j’espère. C’est le produit d’investissements ?

    J’ai une amie qui a joué en bourse assez, autrefois, pour sortir un appartement d’un chapeau : sans travailler autrement qu’en spéculant vigoureusement. D’où est sortie la contre-partie ?

    Rappelez vous que l’investissement réel, c’est 3% environ, le reste est purement spéculatif. Sans compter la spéculation sur les monnaies (30 fois l’économie réelle, en gros) et sur produits dérivés (de l’ordre de 100 fois l’économie réelle). Passons, et revenons à la création monétaire.

    Vous prétendez que les banques commerciales ne prélèvent pas des intérêts sur une valeur qui n’existe pas et sur des sommes sans commune mesure avec les montants de leurs dépôts.

    Prenez le rapport 2007 de la Banque de France (pour ce dont je parle ici, il n’y guère de changement depuis des années).

    Tableau page 47 – zone euro :
    – Billets et pièces (en €) en circulation : 627.0 G€ (627.0 milliards d’euros)
    – Encours des crédits au secteur privé : 10 145.7 G€ (10 145.7 milliards d’euros)

    Soit 16.2 fois plus. La part fiduciaire fait 5.8%

    Note 1 : Je ne compare évidemment pas l’encours de crédit au M1, qui inclue les dépôts “à vue” (…) des clients des banques.

    Note 2 : la BCE rémunère désormais les (très faibles) réserves obligatoires […] que les banques sont tenues d’immobiliser sur leur compte chez elle.

    Les banques prélèvent des intérêts sur quoi, alors ? Essentiellement sur des promesses de payer, faites par des particuliers.
    On peut comprendre qu’il y a là un énorme besoin de confiance (et déplorer qu’elle ait son siège dans des banques privées). Mais jusque là, rien ne justifie les intérêts, sinon les charges réelles et les risques portés par les banques elles-mêmes (personnellement, je me contenterais volontiers d’assurances publiques).
    Sauf à démontrer que ce sont les banques qui prennent un tel risque, seules. Affirmation ridicule, vue la part des fonds propres des banques et vu, surtout, que vous convenez vous mêmes qu’à 100% ce sont lesdits particuliers qui apportent la contre-partie (les richesses réelles). Vous savez parfaitement qui sauve la mise aux banques quand le jeu prend fin.

    Évolution de la masse monétaire fiduciaire-centrale (2006 –> 2007) : + 8.2 % (zone euro) soit + 47.5 G€
    Taux de croissance de l’encours de crédit au secteur privé : 11.5% (zone euro)
    Les deux oscillent autour de 10% depuis la fondation de la BCE.

    De l’avis de la BdF elle-même, la part superflue (énorme, pour un monétariste) alimente les bulles spéculatives, financières et immobilière.

    Il est étonnant qu’alors que cette monnaie est créée, puisque manifestement il faudrait la créer, l’État n’en voit pas la totalité. Voyons ensuite ce qu’elle en voit, car elle en voit (un brin).

    Si on compte la part de la Banque de France au capital de la BCE (environ 1/5, de mémoire – cf. aussi tableau de droite dans le rapport p 85), il y a là pas loin de 10 milliards de Francs annuels (2007).

    Vous me direz : ça ne fait pas nos 40 et plus milliards de déficit annuel. Mais évidemment, il faut voir que la quasi-totalité de la dette publique correspond à des intérêts versés au privé. Depuis 1980, ce sont environ 1 200 milliards d’euros d’intérêts versés… Et un capital bien peu augmenté.

    Or l’argent du privé, on l’a vu, sort essentiellement du crédit bancaire. Pour 94.2%

    Combien les banques prélèvent-elles d’intérêts par le mécanisme du crédit ? Je prends le cas de la France non par anti-européanisme (primaire) mais pour raisons comptables.

    Encours des crédits au secteur privé en France : 1 652.9 G€ (1 652.9 milliards d’euros)
    Taux de croissance (2006 –> 2007) de cet encours cumulé : 15.9 % (!) Soit : + 226.8 G€ (226.8 milliards d’euros) de variation entre crédits nouveaux et crédits finis de rembourser.

    Allez, prenons un taux moyen à 4%. Puisque l’encours de crédit est d’environ 16.2 fois la masse monétaire fiduciaire, prenons 4% * 94.2% * 1 652.9 G€ :

    Cela fait plus de 60 milliards d’euros d’intérêts prélevés en un an par les banques françaises sur de la monnaie qu’elles sortent d’un chapeau.

    Combien revient à la Banque centrale, puis à l’État ?

    Bénéfices de la BdF 2007 (p 91) : 2.3 milliards d’euros. Assoyons-nous sur le produit des placements (p 86-89) et autres services financiers rendus par la BdF, et passons à ce que l’État français récupère.

    (p 90) “L’ensemble du résultat disponible dégagé par la BCE au titre des exercices 2006 et 2007 a été utilisé pour consolider sa provision pour risques de change et de taux. Aucun dividende n ’a donc été versé en 2007, et aucun acompte sur dividende au titre du revenu de seigneuriage de la BCE n’a été perçu.”

    Soyons beau joueur : en 2006, c’étaient environ 900 millions d’euros de dividendes versés à l’État français, à quoi on peut ajouter 800 millions versés au titre de l’impôt sur les entreprises. Soit un peu plus de 1.7 milliards.

    Tout à fait incomparable avec 60 milliards ou même avec 10 milliards.

    —-

    Et encore, ce n’est qu’un bilan comptable.

  85. samedi dit :
    8 août 2008 à 20:35 @ AJH

     

    Qu’est-ce qui te fait dire qu’aux États-unis les pouvoirs publics peuvent accéder sans intérêt aux prêts octroyés par la Fed ?

    A ma connaissance, c’est le directoire de la Fed qui, souverainement, évalue la solvabilité du demandeur (public) et décide des taux (les négocie avec le demandeur).

    Or le directoire de la Fed est tout aussi indépendant du Congrès que celui de la BCE l’est de nos élus.

  86. A-J Holbecq dit :
    8 août 2008 à 22:05 @Samedi

     

    Hola, j’étais vraiment fatigué lorsque j’ai écrit ” 2 – Si on considère que les banques commerciales peuvent garder les intérêts sur la création monétaire privée, quelle est la logique qui interdit aux collectivités de financer leurs besoins auprès de leur banque centrale (sans intérêt réels donc , contrairement aux USA)”

    … je voulais dire que pour la France, un financement auprès de la BdF serait ‘in fine’ sans intérêts (puisque la France est propriétaire de la BdF et donc que des intérêts versés à la BdF lui reviendraient), alors qu’aux US il me semble avoir compris que la FED garderait les intérêts d’un financement direct à l’Etat si elle pouvait le faire… me trompe-je ?

  87. A-J Holbecq dit :
    9 août 2008 à 07:04 Avant de partir pour quelques jours, je voudrais recopier ici une partie de l’intervention de “RST” sur le blog de Vincent Perrier-Trudov, qui recopie les propos de Jean Jégu qui a écrit en commentaire sur ce blog-ci :

     

    Ceux qui comprennent que qualifier la création monétaire de “ex nihilo” veut dire qu’un banquier peut se lever le matin en décidant qu’il va créer dix millions d’euros, nous comprennent mal. Tout le monde sait bien que pour prêter il faut trouver un emprunteur. Notre banquier va donc tout au plus pouvoir se dire “aujourd’hui, je vais m’efforcer de placer 10 millions d’emprunts”. Il faut donc reconnaître que le “ex nihilo” peut prêter à confusion, à beaucoup de confusion. Que diriez-vous d’une formulation qui pourrait être : “ la Banque crée de la monnaie scripturale par le crédit, sans recourir directement à aucune autre monnaie préexistante mais simplement sur l’engagement de l’emprunteur à rembourser le capital et à payer les intérêts convenus. Le remboursement du capital et l’acquittement des intérêts donne lieu à destruction monétaire équivalente, c’est-à-dire supérieure au capital reçu”.

    Je précise que l’adverbe “directement” est utilisé ici pour rappeler que l’attribution d’un crédit reste toujours soumise à des contraintes en matière de monnaie centrale (M0) du fait de l’obligation de fournir des espèces et de respecter les Réserves Obligatoires, ainsi que, plus généralement, les Règles Prudentielles actuellement répertoriées, je crois, sous le nom de Bäle II.

    Quand j’écris que Vincent Perrier-Trudov enfonce des portes ouvertes, ce que je veux dire c’est que tout tient dans ce qui précède, je crois.

  88. RST dit :
    9 août 2008 à 09:22 @ A-J Holbecq

     

    En fait ce commentaire de Jean Jégu avait été fait sur le blog de Paul durant le débat sur la monnaie .

    Je l’avais trouvé d’une telle limpidité que je l’avais recopié car je savais qu’il me resservirait ;)

  89. Rumbo dit :
    9 août 2008 à 11:14 Toujours désireux de pouvoir répondre individuellement, mais pas mal pris

     

    Une fois de plus, je crois constater ici dans les échanges (mais je suis peut-être à côté de la plaque ?) que la “technicité” prend le pas sur la recherche du sens de la mission que doit accomplir la monnaie, ainsi que l’élucidation urgente de sa nature. Certes, la technique est inhérente au fonctionnement monétaire. Mais quand on sait, quand on constate tous les jours, que ce qui tient lieu de technique monétaire actuelle, devenue presque homogène dans le monde (1), subit panne sur panne, des avaries comme il en serait des frigos industriels dont on ne saurait plus quand ils ont fonctionné – au dessus – de la température minima, ne garantissant donc plus contre l’apparition de germes dangereux dans les denrées conservées et commercialisées qu’ils sont sensés contenir. Trêve d’images, qu’est-ce donc, dans ce système financier et bancaire, qui comporte un si gros risque de dommages et de contamination de l’économie normale ?

    Sûrement ceci : À la question : N’y a-t-il pas danger que le gouvernement abuse du pouvoir de la création monétaire et émette trop d’argent, et que ça fasse de l’inflation ? N’est-il pas préférable de laisser ce pouvoir aux banquiers afin de laisser ce pouvoir à l’abri des caprices des politiciens ?

    La réponse est que la société productrice des biens peut très bien faire ce que font les banquiers avec les mêmes compétences (cela pourrait être les mêmes banquiers d’ailleurs). Donc la société productrice, représentée monétairement, peut très bien émettre, et elle seule et personne d’autre, la monnaie à la place des banques commerciales, qui, dans ces dispositions justes, ne prêteraient alors QUE l’argent de leurs déposants. L’argent émis ainsi par la société productrice (société productrice Y COMPRIS de son argent) ne serait pas plus inflationniste que celui émis par les banques (sûrement moins !). Ce seraient les mêmes chiffres, basés sur la même production du pays ou de l’espace économique considéré. La seule différence, c’est que la société productrice N’AURAIT PAS À S’ENDETTER NI À PAYER DES INTÉRÊTS POUR OBTENIR CES CHIFFRES. Il n’y aurait que des frais minimes de fonctionnement.

    Nous tournons autour du pot en nous prenant la tête, car nous ne percevons pas, ou très mal, que l’argent dont nous nous servons (et qui manque tant !…) est de l’ARGENT-DETTE. Ce type d’argent ne peut que trimballer des intérêts à payer sans fin, et, in fine, même l’argent fiduciaire relève de cette même maladie, car en amont de lui, cet argent fiduciaire est présent dans le bilan des banques.

    Pourquoi donc les Trichet (BCE), les Pébereau (BNP Paribas), les Jacques Henri David (Deutsche-Bank France), les Noyer (Banque de France), etc., etc., etc., tous archi-compétents (?) n’accepteraient-ils pas de se mettre au service de la Justice au lieu de défendre becs et ongles des profits aléatoires, rendus artificiellement réels, mais faux, nuisibles à la société, à l’environnement et à l’écosystème ? Tous bêlent de concert qu’il n’y a pas meilleurs qu’eux et l’antagonisme riches-pauvres ne cesse de grandir ? Et ceci, dans une époque d’une technicité se surpassant tous les ans !

    (1) ce qui signifie, au passage, qu’elle est sur le point d’éclater d’une manière ou d’une autre. C’est à peu près comme ça dans le modèle biologique. À moins, comme l’indiquerait la tendance de ces jours-ci, qu’on veuille maintenir, artificiellement comme toujours, ce système financier qui fait la fortune d’une coterie, et qui a tant et tant de fois démontré son iniquité.

  90. samedi dit :
    9 août 2008 à 11:42 @ AJH

     

    Hola, c’est moi qui était fatigué en lisant ta phrase, que j’ai interprété à l’envers. ;)

  91. Jean Jégu dit :
    9 août 2008 à 19:05 @ Paul

     

    Vous écrivez, à juste titre je crois : “ Quand chacun imagine que l’autre “joue sur les mots”, c’est très clair : il n’y a qu’une explication possible : ils parlent des langages différents.”

    Pour tenter de clarifier nos échanges, je vais m’efforcer de définir ( certes à ma façon qui reste critiquable … ) trois concepts qui me semblent sans cesse cause de confusion : la valeur, la nature de la monnaie, l’origine de le monnaie.

    Banquiers et financiers se réfèrent volontiers à la valeur d’une réalité économique ou financière. Celle-ci s’exprime en unités monétaires, en euros pour ce qui nous concerne. Je propose ici, pour me faire comprendre, qu’il s’agit d’euros-valeur. La valeur est une mesure subjective, même si l’on considère qu’il existe une valeur moyenne dite de marché. La valeur fluctue au gré des évolutions économiques et sociales, au gré du marché. La finance est l’art d’en jouer pour accumuler de la valeur. Les réalités économiques ou financières sont échangées en fonction des valeurs que leur attribuent ceux qui pratiquent ces échanges. Il y a égalité formelle des valeurs mais chacun est persuadé qu’il fait une bonne affaire et donc estime la valeur différemment que son partenaire. L’estimation de la valeur prend essentiellement compte le devenir de la réalité estimée : je vais déguster cette chinoiserie, cet immeuble va doubler sa valeur dans les cinq ans, ce titre ne peut que se valoriser à terme …

    La marché peut fonctionner avec de la monnaie ou par troc. Si comme aujourd’hui, il fonctionne surtout par monnaie, celle-ci n’est autre qu’une valeur fixe socialement convenue. Elle ne fluctue pas ( au sein d’une économie donnée ) ; elle n’a aucune subjectivité. L’unité monétaire, l’euro-monnaie, est la valeur de référence : X euros-monnaie valent toujours X euros-valeur. C’est cette convention qui fait la nature de la monnaie en tant que moyen d’échange.

    Notre débat porte sur l’origine des euros-monnaie et non pas sur celle des euros-valeur. Le travail par exemple est source de production de valeur, une valeur qui peut s’exprimer en euros-valeur ; mais le travail n’est en aucun cas source directe d’euros-monnaie. Il faut pour cela qu’un salaire soit versé en euros-monnaie.

    Ne confondons pas valeur et monnaie. La question de l’origine de la monnaie, de l’émission monétaire, n’est pas celle de l’origine de la valeur. J’ai l’impression que vous confondez parfois.

    Puis-je retranscrire ici ce qui est écrit dans mes pages sur ce thème :

    Il ne faut jamais confondre l’euro en tant qu’ estimation de valeur ( disons, l’euro-valeur ) et l’euro en tant que moyen légal de paiement ( nommons le l’euro-monnaie ). Quand on évoque les millions ou milliards qui partent en fumée, il s’agit toujours d’euros-valeur ; les euros-monnaie – sauf fraudes manifestes – sont toujours comptabilisés un par un. Ils n’apparaissent ou ne disparaissent que dans les banques et ceci tout à fait légalement.

    C’est cette émission-destruction des euros-monnaie par les banques qui est discutée ici. Il va de soi qu’un patrimoine en euros-valeur peut être transformé en euros-monnaie et réciproquement. Toute somme en euros-monnaie vaut d’ailleurs exactement le même nombre d’euros-valeur par définition.

    En résumé :

    – l’argent est fait pour échanger des biens et des services et non pas pour être directement source d’enrichissement.
    – la monnaie doit être gérée en limitant l’inflation à une valeur socialement acceptable à un moment donné.
    – le “prêt mutuel” ne doit pas être confondu avec le prêt bancaire créateur de monnaie qui, lui, relève directement du système monétaire.
    – nous contestons ici le bien-fondé socio-économique de l’émission-destruction des euros-monnaie légalement réservée aux banques.

  92. Paul Jorion dit :
    9 août 2008 à 19:59 @ Jean Jégu, A-J Holbecq

     

    Jean, tu écris :

    Ne confondons pas valeur et monnaie. La question de l’origine de la monnaie, de l’émission monétaire, n’est pas celle de l’origine de la valeur. J’ai l’impression que vous confondez parfois.

    J’ai beaucoup écrit sur la valeur, j’ai écrit, par exemple, dans Le rapport entre la valeur et le prix que la valeur n’existe pas, qu’il s’agit d’une idée, comme les idées platoniciennes, c’est–à–dire avec elle d’un mythe : la supposition qu’il doit y avoir “derrière” le prix (un montant exprimé dans une devise, soit une somme de monnaie), une réalité plus solide, plus “dure” que celle qu’offre le prix. C’est de la même manière, que Platon a supposé une Réalité-Objective “derrière” le Réel (j’ai parlé longuement de cela dans L’invention de la Réalité-Objective).

    Dans un autre texte, Le prix et la “valeur” d’une action boursière, je crois avoir mis en évidence que ce que l’on appelle “valeur” d’un produit financier est un second prix, non pas constaté par le “cours”, la “cotation”, mais reconstitué de manière “additive” en additionnant le prix des diverses composantes de ce produit. La raison pour laquelle le prix et la “valeur” ou prix additif divergent est qu’il est souvent impossible d’”éclater” effectivement le produit en ses composantes.

    Je conçois que mes analyses en profondeur de cette notion de valeur puissent m’avoir éloigné de l’usage habituel du terme. Ceci dit, je ne pense pas que ce soit là que nos “deux langues” divergent : c’est sur la question beaucoup plus fondamentale à mon sens, si la monnaie constitue – comme on dit en thermodynamique – un système “ouvert” ou un système “fermé”. Pour moi, c’est un système ouvert ; pour la plupart des intervenants sur mon site, dont vous, c’est un système – de fait – fermé : il n’y a pas d’échanges d’énergie entre lui et le monde extérieur et toute addition – qui ne soit pas une simple démultiplication par le double emploi (”réserves fractionnaires”) – est nécessairement “ex nihilo”.

    A-J dit :

    Je ne peux pas te donner d’exemple de création monétaire qui ne soit pas “ex-nihilo” : les deux mots (je l’ai déjà dit) , “création” et “ex nihilo” signifient exactement la même chose et, sauf erreur, il n’y a pas de monnaie moderne qui ne soit pas créée par le système bancaire (banques centrales et leur banques commerciales).

    C’est pour cela que j’avais réclamé à A-J un exemple : pour confirmer ce que je percevais comme notre divergence fondamentale, parce que pour moi il y a précisément deux types de création de monnaie : la création par le prêt “productif” (celui qui débouche sur une “moisson”) où une richesse créée de toutes pièces trouvera sa “traduction” en monnaie, en choses à qui un prix est attribué, et la création à proprement parler “ex nihilo”.

    En disant cela, j’anticipe bien entendu sur un prochain billet.

  93. samedi dit :
    9 août 2008 à 23:28 @ Rumbo

     

    Toute monnaie, même bonne, matérialise nécessairement une dette, au sens où elle est un moyen d’échange de richesses réelles, donc une promesse faite au porteur d’être payé par des richesses réelles.

    Le problème n’est donc pas cette fonction de dette en elle-même, mais la question de savoir si elle suppose des intérêts et, le cas échéant, s’ils sont versés à ceux qui créent la richesse réelle, non pas la monnaie.

    Peut-on employer le mot “dette” pour désigner quelque chose qui appelle forcément le paiement d’intérêts ? Au demeurant, je me dis qu’il s’agit simplement de devoir rembourser le capital. Les justifications des intérêts tiennent à d’autres facteurs que l’acte de prêter. Sauf à admettre que la monnaie doit servir de moyen d’enrichissement, mais je ne crois pas que cela fasse débat ici.

    De même pour le mot “crédit”. L’origine de ce mot a, je crois, une source religieuse. Il renvoie à la croyance, et sans doute aux sacrifices, paiements aux dieux. Mais là encore, d’où sort l’idée des intérêts ?

    Les intérêts ne s’expliquent que par un risque pris par le prêteur. Peut-être peut-on même ajouter : que ce qu’il prête lui appartienne ou non, puisque dans le second cas il est endetté envers un autre. Mais payer des intérêts à la communauté ne se justifie pas si on considère qu’elle permet précisément de porter ensemble les risques, qu’elle est une communauté de destins.

    “À la question : N’y a-t-il pas danger que le gouvernement abuse du pouvoir de la création monétaire et émette trop d’argent, et que ça fasse de l’inflation ? N’est-il pas préférable de laisser ce pouvoir aux banquiers afin de laisser ce pouvoir à l’abri des caprices des politiciens ?”

    J’ai déjà répondu : pour cela, on a inventé la constitution. Qui consiste à séparer les pouvoirs, ce qui veut dire les faire s’arrêter les uns les autres et leur faire limiter les pouvoirs privés et la tendance naturelle de tout pouvoir à s’étendre et à s’émanciper des contrôles.

    Il va de soi qu’il s’agit de donner le contrôle du régime monétaire, comme de tout ce dont dépend la confiance du peuple, au souverain légitime. En démocratie même approximative, il est celui des pouvoirs publics qui est le plus dépendant du peuple. En première approximation, le parlement élu au suffrage universel direct. C’est ce que firent les États-uniens, par exemple (art. I sect. 8 de la constitution des USA) avant qu’un coup d’État subtil détourne la constitution.

  94. Jean Jégu dit :
    10 août 2008 à 18:45 @ Paul,

     

    Merci pour cette réponse.

    Je retiens (voir les deux premiers paragraphes) que la valeur n’existe pas en-dehors ou sous-jacente au prix qui l’exprime. La valeur n’est que le résultat d’une analyse financière faite de fractionnement en composantes additives d’une réalité qui de facto n’est pas décomposable : un prix théorique en quelque sorte. Ceci me convient parfaitement. Je modifie donc mon propos : “ Ne confondons pas les prix et la monnaie “. Les prix fluctuent ; la monnaie est la référence, le prix unité en quelque sorte.

    Mais la monnaie n’est pas que mesure ; elle est aussi une des deux réalités échangées dans tout échange monétaire. Cette voiture contre 20 000 €… Cette réalité monétaire existe bel et bien, même si ce n’est aujourd’hui que symboliquement, c’est-à-dire un chiffre dans un registre, ou des billets (jetons) de papier. D’où vient-elle ? C’est toujours la même question ; nous répondons : de rien de réel (ex nihilo) si ce n’est de la conjonction des volontés du prêteur et de l’emprunteur, au bénéfice du premier et aux dépens du second. J’insiste à nouveau pour dire que ceci ne s’applique qu’au prêt bancaire créateur de monnaie et non pas au prêt de monnaie préexistante épargnée (qui existe aussi dans les banques, quoique de manière non séparée et donc non-identifiée). Mais nous affirmons que rien de matériel ne nous interdit de créer davantage ou moins de monnaie et, surtout, de l’injecter ici plutôt que là, pour ceci plutôt que pour cela. C’est une question de prise en main de la société par elle-même, c’est-à-dire de démocratie.

    La question de savoir si nous sommes en système “ouvert” ou “fermé” est intéressante. Les spécialistes discutent de savoir si la monnaie est “endogène” ou “exogène”. Est-ce bien la même question ? Je ne sais. Il me semble (à vérifier) que les théoriciens s’accordent plutôt pour dire que la monnaie est endogène, c’est-à-dire générée par le système. Ceci me parait une évidence quand on regarde la progression de M1. Mais les banques font partie du système. La puissance publique aussi d’ailleurs et notre revendication ne changerait rien de ce point de vue. Je ne comprend pas en quoi cette perspective est qualifiable de “fermée”. Si, quand vous dites que la vôtre est “ouverte”, cela veut dire que les deux sphères, la financière et celle de l’économie réelle ne sont pas totalement dissociées, je ne peux qu’être d’accord. La preuve : quand la financière ignore trop la réelle, on aboutit aux subprimes ! Notre proposition de donner à la société elle-même la maîtrise de sa monnaie irait dans le sens d’un ancrage de la monnaie dans le concret socio-économique. Dit autrement, une “ouverture” totale de la monnaie sur la sphère réelle.

    La notion de prêt “productif” me semble plutôt évoquer la question de l’intérêt associé au prêt et non pas celle du capital prêté. Cette question de l’intérêt est elle même vaste – et millénaire – mais les intérêts ne sont pas créés par le prêt qui ne crée que le capital précisément. Le prochain billet auquel vous faites allusion éclairera probablement tout cela, du moins je l’espère.

    Et bravo pour votre patience avec les obstinés que nous sommes. Sortez-nous de l’erreur si vous pensez que nous y sommes !

  95. Étienne Chouard dit :
    10 août 2008 à 22:19 Bonjour à tous,

     

    Juste un mot pour signaler que j’ai mis à jour le document compilateur sur la monnaie, en y incluant les échanges du présent billet (passionnants).

    Je n’ai pas encore surligné comme je l’avais promis, mais ça viendra :-)

    J’ai aussi publié le fichier .doc (au format Word) pour que certains d’entre vous puissent prendre en charge un billet de leur choix pour y surligner la crème de la crème — à ne surtout pas rater— et me l’envoyer (etienne.chouard at free.fr) : cela m’aiderait car la tâche est assez considérable…

    Je crois que le jeu en vaut la chandelle car ces 400 pages sont un trop gros livre pour de nombreux lecteurs, mais en leur donnant le moyen visuel de zapper rapidement de perle en perle, on ajoute sans doute une bonne accroche pour finalement tout lire.

    Amicalement.

    Étienne.

    PS : que pensez-vous de l’aspect monétaire de notre exemple de Constitution d’origine Citoyenne ? Je pense notamment aux articles I-0 et II-0.

  96. Rumbo dit :
    12 août 2008 à 09:44 J’en remets un coup. Louis Even toujours en référence.

     

    “Le droit de seigneuriage est à la base même de notre débat” rappela A.J. Holbecq le 8 août.

    La production monétaire est permise par une production déjà existante, ni plus, ni moins.

    Je vends des carottes que j’ai fait pousser dans mon champ AVANT d’avoir un centime de cette vente future. C’est très archaïque, mais c’est comme ça que ça a commencé, de même dans l’industrie, tous les secteurs, etc. On ne pouvait pas commencer et on ne peut toujours pas commencer, dans le réel, avec l’argent (à négocier avec un “tiers” le banquier) pour produire quelque chose. Durant quelques siècles on me payait par des petits morceaux de métal précieux (pièces d’or et d’argent), c’était alors un échange de marchansises à solde = 0. Plus tard arriva l’argent de chiffres en usage de nos jours, beaucoup plus pratique, mais alors pourquoi y a-t-il cet embargo de ceux qui n’ont jamais fait poussé un épi de blé, ni fabriqué aucun objet, ou autre qui s’interpose dans mes échanges, qui contrôle ma respiration en sorte que j’étouffe toujours, mais que je dois payer sous de multiples formes comme autant de guets-apens financiers élaborés par des “hommes de lois” en dehors de tout débat ?

    L’émission d’argent doit intégrer plusieurs dimensions historiques hélas jamais prises en compte, tel que le fait que dans la vie, nous ne sommes pas partis de zéro, mais de l’état des connaissances, des expériences acquises et des savoir-faire que nous avons trouvé en naissant et que nous augmentons durant toute notre activité productrice.

    Aristote, puis plus tard Saint Thomas d’Aquin, ont écrit en substance: “L’argent ne fait pas de petits”. La stature de ces deux grands penseurs fait que leurs assertions en la matière gardent tout leur poids de Justice à travers les âges. D’autant plus que l’expérience économique, financière et sociale ne fait que confirmer la justesse et la Justice de leurs propos par le fait même que cette expérience économique, financière et sociale ne fait que transgresser cette sagesse. Sagesse naturelle faut-il le préciser ?

    Car l’argent ne fait que des petits ! C’est même devenu un “élevage”, sur le mode industriel, de “petits”. Mais, si les petits humains d’origine disons adultérine sont tout aussi respectables que les petits humains d’origine non adultérine, il n’en va pas de même pour les “petits de l’argent”. Ceux-ci, frelatés au départ, car conçus dans la fraude et la fausseté sur des méthodes d’enrichissement qui empoisennent quasi toute la société civile productrice en arrivent à banaliser ce qui est faux. Ce faux qui passe progressivement dans l’inconscient et efface ainsi le signal même de l’erreur et du trompe-l’œil, puis, nous envoyer dans le mur…(on pourrait s’amuser à pousser l’exemple des “petits” en notant au passage que la reproduction sexuée, comme celle des mamifères, n’est pas compatible avec la reproduction par parthénogénèse d’autres espèces, que certains voudraient, de façon contre nature, étendre à d’autres espèces…).

    Lire Paul Jorion confine au privilège, car il connaît le – comment -, le ‘comment’ intime du fonctionnement financier et bancaire, et nous donne des indications et des témoignages qui “collent” au cours des événements de l’époque et leurs effets. Événements vus, pratiqués et vécus à partir du centre (ou pas loin du centre) du monde financier. Authenticité d’une rare qualité, admirablement écrite, beaucoup plus directe de clarté que le “maquis explicatifs” de nombre de “spécialistes” confinés dans leurs langues de bois et étant corsetés par les intérêts économiques, voire politiques, qui les paient.

    Ces constats, sans vraiment de bavures, ne peuvent que nous amener à la question du – pourquoi – de la monnaie. Ainsi, il existe un urgent besoin que plus de gens examinent de plus près le fonctionnement du système monétaire actuel, cela urge et la “crise financière” devrait au moins servir de tremplin à tous. Car les conséquences du système monétaire actuel sont si abominables, qu’il serait bien que beaucoup saisissent au moins les grande lignes de ce qui ne fonctionne pas et doit être corrigé afin de permettre d’agir en conséquence.

    Ce qui manque, ce ne sont pas les produits, c’est la monnaie. La monnaie qui, en soi n’est pas la richesse. La richesse ce sont les choses qui correspondent à des besoins humains. La richesse est la chose, la monnaie est le signe de la chose (la chose, les choses, ce sont les biens et les services est-il besoin de le préciser).

    LA MONNAIE DOIT ALLER D’APRÈS LA CHOSE. Qui fabrique les choses ? C’est nous tous. Nous sommes les producteurs des choses. Si nous sommes les producteurs des choses, ce serait un comble que les signes relatifs aux choses (donc la monnaie) nous échappent, ce qui veut dire que les choses nous échappent aussi. TELLE EST L’EXACTE RÉALITÉ. Les banques (grâce aux lois arrangées) sont et restent propriétaires de l’argent, propriétaires de la monnaie qui est la “substance” matérielle ou immatérielle de l’argent peu importe. Elles sont, dans le fond, propriétaires des choses aussi. Nous ne sommes que les locataires de l’argent, cet argent qui, pourtant, dans les faits concrets reflète NOTRE propre production des choses. Cette production des choses est la notre et pas celle du banquier. Par contre, le banquier qui gère l’argent épargné est parfaitement dans son rôle, un rôle d’expert, qui gagne parfaitement bien sa vie ainsi, mais il n’est pas dans son rôle quand il se fait “confier” le monopole de l’émission monétaire…

    Ce “loyer” de l’argent, hors de prix, est un abus et un détournement, une fraude généralisée rendue banale. Si on vous a fait marcher d’autorité avec une canne (canne compliquée louée très chère) depuis que vous êtes en âge de marcher, il est bien possible que vous ne sachiez pas marcher sans canne, alors que vous n’avez pas la moindre infirmité et vous n’avez même pas 40 ans ! L’argent, tel qu’il est pratiqué actuellement, est une prothèse sur un organe sain et qui le rend malsain.

    L’intérêt sur l’argent est un vice profond, technique d’abord, puis social dans ses effets. La banque qui met l’argent au monde doit cesser d’imposer que cet argent qu’elle met au monde lui donne des “petits”. Ce mode d’émission monétaire est vicieux et dégradant. C’est de la violence en col blanc. C’est pour ça que nous restons polis….

    Puisque cet argent est basé sur la capacité de production de la société, cet argent appartient donc à la société. Alors pourquoi la société devrait-elle payer les banquiers pour l’usage de son propre argent à elle ? Pourquoi payer pour l’usage d’un bien qui nous appartient ? Pourquoi donc le gouvernement ne pourrait-t-il pas émettre (sous compétences bancaires et financières est-il besoin de le préciser ?) le propre argent de la société à l’image du boulanger qui mange quotidiennement du pain qu’il fabrique lui-même au lieu de l’acheter très cher ailleurs.

    L’exemple des obligations est élucidant. Voici, en résumé et actualisé ce que disait en substance l’inventeur américain Thomas Edison. Si un pays peut émettre, par exemple, une obligation d’une valeur de 50 euros, le même pays peut très bien émettre un billet de 50 euros. Si l’obligation est bonne, pourquoi le billet (ou les chiffres comptables) de 20 euros ne le serait pas ?

    La différence est criante, mais dissimulée sous toute une série d’ “écrans et de rideaux de fumée”.
    La différence entre l’obligation et la monnaie (ici l’euro) est donc que l’obligation permet aux prêteurs d’argent de ramasser au bilan 2 fois le montant de l’obligation, plus quelques 20% additionnels, alors que l’argent mis en circulation ne paye que ceux qui contribuent à la production et à tout ce qui est utile à la vie ici-bas. Il est absurde de dire que notre pays peut émettre 500 millions en obligations, et pas 500 millions en monnaie. Les deux sont des promesses de payer, mais l’un engraisse les usuriers, et l’autre aiderait le peuple. Si l’argent émis par le gouvernement n’était pas bon, alors, les obligations ne seraient pas bonnes non plus. C’est une situation terrible lorsque le gouvernement, pour augmenter la richesse nationale, doit s’endetter et se soumettre à payer des intérêts ruineux à des groupes d’intérêts qui s’introduisent, indirectement mais ABSOLUMENT, dans les gouvernements eux-mêmes et font élaborer des “lois” pour assurer leurs seuls intérêts contre ceux de la société, laquelle qui n’y voit goutte et soupire d’impuissance.

    Toute cette situation absurde peut se résumer sous forme d’histoire, mais qui porte une conclusion très sérieuse : Un groupe de singes dans la jungle discutaient entre eux pour savoir si les hommes étaient plus intelligents que les singes. Certains disaient que oui, d’autres non. L’un des singes s’écria; “Pour en avoir le cœur net, je vais aller faire un tour en ville chez les humains, et voir s’ils sont vraiment plus intelligents que nous.” Tous les singes acceptèrent sa proposition. Alors le singe se rendit en ville, et vit un homme sans le sou crever de faim devant un magasin rempli de bananes. Le singe retourna dans la jungle, et dit aux autres singes; “Ne vous inquiétez pas, les hommes ne sont pas plus intelligents que nous; ils crèvent de faim, par manque d’argent, devant des bananes qui pourrissent sur des tablettes.”

    De grâce, arrêtons d’insulter la providence, nous avons tous les moyen de concevoir un système d’argent dont l’étalon est la production.

  97. Paul Jorion dit :
    12 août 2008 à 14:56 @ Rumbo

     

    Ben… on ne reçoit pas des compliments comme ceux-là tous les jours… Merci !

    Pour ceux qui ne seraient pas familiers de la théorie du prix chez Aristote, j’y ai consacré deux textes, l’un en français, en 1992, Le prix comme proportion chez Aristote, La Revue du MAUSS, n.s., 15-16 : 100-110 et l’autre en anglais, en 1998, Aristotle’s theory of price revisited , Dialectical Anthropology, Vol. 23, N°3 : 247-280.

  98. samedi dit :
    12 août 2008 à 16:33 Extraits du projet évoqué par Étienne :

     

    Les citoyens interdisent ici solennellement à leur représentants légitimes de concéder le droit régalien fondamental de création monétaire à des organismes privés : seul l’État, contrôlé par les citoyens, peut créer la monnaie, permanente ou temporaire, dont les hommes ont besoin pour échanger les richesses qu’ils ont créées.

    Tout représentant convaincu d’avoir directement ou indirectement contribué à violer ce principe sera poursuivi pour haute trahison. La perte de la souveraineté monétaire entraîne de facto l’abandon de toute souveraineté.

    La monnaie doit rester un outil d’échange. Il est du rôle de l’État d’éviter que la monnaie ne devienne rare ou surabondante, ou un objet de spéculation.

    (…)

    L’institut d’émission monétaire (IEM) est en charge des questions monétaires :

    Il est seul à créer la monnaie, qu’il prête aux banques privées et qu’il confie aux collectivités publiques (État, Régions, Départements, Communes), à leur demande.

    La monnaie confiée aux collectivités publiques ne peut financer que des dépenses d’investissement, à l’exclusion des dépenses de fonctionnement (et l’amortissement ?) qui doivent être financées par l’impôt.

    Les Cours des comptes régionales décident la part des investissements publics locaux qui doivent être apportées par création monétaire et celle qui doit être financée par l’impôt.

    La politique suivie par l’IEM est définie par le Parlement qui nomme et révoque ses directeurs.

    Extraits d’un projet de constitution européenne auquel j’ai pris part – vous ne manquerez pas de constater des aspects similaires au projet précédent (on n’y menace plus les félons de leur couper les roubignoles sur une planche à billets ; ça perd un peu en intensité, certes…) :

    La Banque centrale européenne est seule autorisée à créer de la monnaie en euros, quelque soit sa forme. Une loi organique définit à cet effet les orientations de la règlementation bancaire. Seul l’euro a cours forcé sur le territoire des États membres de l’Eurosystème.

    (…)

    Le président, le vice-président et les autres membres du Directoire sont nommés et peuvent être démis d’un commun accord par les membres du Parlement appartenant à la zone euro, après consultation des États européens. Leur mandat a une durée de huit ans et n’est pas renouvelable.

    Devant le Parlement de l’Union, la Banque centrale répond annuellement de ses activités et de ses résultats concernant les trois objectifs principaux qui lui sont fixés par le présent article.

    La monnaie confiée aux collectivités publiques ne peut financer que des dépenses d’investissement, à l’exclusion des dépenses de fonctionnement et d’amortissement, lesquelles doivent être financées par l’impôt.

    Après audition de la Cour des Comptes, le Parlement décide la part des investissements publics locaux qui sera apportée par création monétaire et celle qui sera financée par l’impôt, dans le cadre de l’exercice des compétences de l’Union.

    Une proportion similaire de monnaie créée est accordée à chacun des États de l’Eurosystsème, à hauteur de son budget national d’investissements prévu dans le cadre de l’exercice de ses compétences. Ce budget doit être présenté au plus tard quatorze jours avant le vote du Parlement.

    (…)

    Le budget de l’Union prévoit de façon sincère et exhaustive l’ensemble des recettes et dépenses de l’Union. L’exercice budgétaire est l’année civile.

    Le budget doit être équilibré en recettes, qui incluent la création monétaire, et en dépenses. Il ne peut y avoir de compensation entre elles.

    Le budget sépare en deux parties les dépenses de fonctionnement et d’investissement.

    Certaines dépenses peuvent faire l’objet d’engagements pluriannuels (…)

    @ Rumbo :

    Une fois de plus, j’approuve. Mais une fois qu’on a dit “la création monétaire à l’État !” on arrive sur le plus gros morceau : “l’État, c’est qui, quoi, comment ?”

    Remplacez “l’État” par “nous qu’on produit la richesse, qui croyions avoir aboli les privilèges et qui ne sommes pas vilains”, ça revient au même, bien sûr.

    Si vous avez des idées pour la mise en pratique, n’hésitez pas. Cela doit se jouer dans la constitution avant tout (pas la réussite du projet, mais son maintien). C’est un peu rébarbatif, mais faut s’lancer.

  99. A-J Holbecq dit :
    12 août 2008 à 16:54 A l”‘État” qui jouit hélas d’une mauvaise réputation (la majorité de nos concitoyens le considèrent comme une structure faite pour e……..der les citoyens), je prèfère la notion de collectivité ; l’État ne devrait être que notre représentant…

     

    Nous avons beaucoup parlé d’un 4° pouvoir indépendant. L’idée de la BCE n’est pas idiote, mais son mandat est mal fait, elle devrait quand même pouvoir être soumise aux critiques et aux directives du parlement, et évidemment pouvoir financer directement les besoins collectifs, à défaut de pouvoir émettre toute la monnaie ce qui ne pourra être qu’une seconde étape du “combat” pour que les citoyens reprennent le contrôle de l’émission monétaire comme il se devrait…

  100. philippe DERUDDER dit :
    12 août 2008 à 22:10 Bonjour à toutes et tous,

     

    Je fais une petite apparition après une longue absence. Je viens de prendre connaissance (rapidement) de vos derniers échanges sur la monnaie, tout à fait passionnants, et je me permets de revenir sur un point apporté par Paul, je crois, qui résume bien la controverse sur le sujet :

    je cite :

    Tout d’abord, les banques ne créent pas la monnaie, elles constatent ou anticipent des valeurs présentes ou futures. Elles constatent la valeur d’un bien immobilier, ou anticipent la valeur de revenus futurs en fonction d’un emploi salarié.

    En fonction de ces données relatives aux valeurs qui sont détenues ou qui seront détenues, elles valident un niveau de confiance quant à la solvabilité du demandeur, et accordent un prêt.

    La valeur qui déclenche la création monétaire n’est donc pas du ressort des banques mais de la personne qui demande le crédit, puisque c’est cette personne, avec ses possessions et son travail, qui est à l’origine de la valeur.

    Les banques ne sont donc les dépositaires que de la confiance – et c’est déjà beaucoup, et facturent leurs services autour de cette confiance. Qu’elles fassent des profits sur ces services est tout à fait normal.

    Il est donc faux de dire qu’elles font des profits sur quelque chose qui n’existe pas.

    ___________

    Ce texte joue sur l’ambiguïté des mots d’une façon extraordinaire et en particulier sur celui de la valeur. Paul, vous nous dites avoir bcp écrit sur le sujet, je m’étonne donc que ce texte, que vous citez, ne vous choque pas.

    1 – Valeur réelle – Valeur symbolique

    Le pain est une nourriture. La valeur réelle puisque sans nourriture, je ne peux vivre. Ce pain a d’autant plus de « valeur » à mes yeux que j’ai faim et il est juste de dire que c’est le demandeur (moi) qui suis à l’origine de la valeur. Si le pain n’avait aucun intérêt pour les êtres humains, le boulanger n’existerait pas et la « valeur pain » non plus.

    Dans la mesure ou ce pain a une valeur pour moi, il va s’instaurer une relation entre moi et le boulanger qui utilise cette valeur réelle pour acquérir de son côté d’autres richesses réelles nécessaires à sa vie.

    Pour faciliter les échanges et sortir des contraintes du troc, les êtres humains ont inventé la « monnaie » qui est une représentation SYMBOLIQUE de la valeur RÉELLE dont l’une des fonctions est d’être une échelle de valeur.

    Il y a donc la chose : valeur réelle
    et le prix de la chose : valeur symbolique.

    Le prix fixe sur cette échelle le niveau où l’échange va pouvoir se faire.
    Il est donc encore exact de dire que de tout cela, le banquier n’est que spectateur. Il constate. Mais peut-on dire pour autant qu’il ne crée pas la monnaie ?

    2 – Création monétaire

    Si je suis d’accord pour payer ce pain un euro, cela ne me donne pas pour autant cet euro, qu’il soit sous forme de pièce dans ma poche ou d’écriture sur mon compte. L’unité monétaire qui incarne cette valeur symbolique relève du privilège abandonné au banquier.

    Les gens créent la valeur réelle par leur activité,
    la banque crée le signe de la valeur symbolique, avec la particularité que sans ce signe, la monnaie, je ne peux avoir accès à la richesse réelle, même si elle existe.

    Quand le texte affirme d’entrée « les banques ne créent pas la monnaie » et conclut « elles ne sont que dépositaires de la confiance » cela sous-entend que le banquier ne serait qu’un « entrepôt comptable » ou les gens déposent une monnaie pré-existante, qu’il aurait mission de gérer au mieux des intérêts des déposants. On en revient à la vielle croyance que les banques ne font que prêter l’argent épargné. Je ne vais pas me relancer dans une démonstration qui, de toute façon sera refusée par ceux qui ne veulent/peuvent pas admettre que l’argent aujourd’hui ne pré-existe pas.

    Oui les banques prêtent bien l’argent des épargnants, mais d’où vient l’argent épargné ? D’une mosaïque de crédits en amont. Ce qui est trompeur, bien sûr, c’est que l’épargnant n’est pas en règle général celui qui a emprunté. Il faut considérer les choses globalement.

    Pour donner une image il faut se représenter le système comme un bassin (la masse monétaire « existante » dans la société) alimenté d’un côté par un robinet d’eau (le crédit consenti à la société), et une évacuation au fond (le remboursement des crédits). Le niveau de l’eau dans le bassin dépend du rapport qui existe entre le débit d’alimentation et celui de l’évacuation. Quand je regarde les choses du pas de ma porte, j’ai l’impression que l’argent existe, car manifestement il y a « de l’eau dans le bassin » ; mais je ne perçois pas qu’il s’agit d’un flux en perpétuel mouvement. S’il n’y avait pas de nouvelles demandes de crédits, le niveau de la masse monétaire baisserait au fil des remboursements effectués. Alors oui, ce sont bien les gens qui sont à l’origine du processus de création monétaire par la demande de crédit, mais ce sont bien les banquiers qui, ayant seul le pouvoir de créer le signe monétaire sous forme d’écriture comptable, consentent les crédits et ont la main mise sur l’alimentation et l’évacuation.

    3) Légitimité du pouvoir de création monétaire

    Autrement dit, c’est comme si l’humanité devait demander l’autorisation de produire et consommer, comme un enfant demande à ses parents l’autorisation de sortir. Car c’est la banque qui, selon qu’elle va accorder le crédit ou pas, décide en dernier recours de ce qui a le droit de se faire ou non dans le monde.

    Oublions un instant l’histoire de création « ex nihilo » et, attachons nous juste à l’aspect de la légitimité de l’autorité qui détient de privilège de l’émission de la monnaie.

    Ce sont les peuples qui créent la « valeur réelle » par leur activité. Il semble que sur ce point il n’y ait pas d’avis contraire. De quel droit une des « cellules » de ce « corps », la banque, s’arroge-t-elle le droit de créer les signes qui représentent symboliquement cette valeur ? Car nous ne parlons pas là de haricots verts, de voitures ou de parapluies, nous parlons d’une valeur universelle qui donne accès au haricot, à la voiture ou au pépin….

    Puisque le peuple est créateur de la vraie valeur, il est légitimement en droit de gouverner les signes qui la représentent. C’est donc un organisme public représentant les intérêts de la communauté entière qui devrait détenir ce privilège

    La différence ?

    Si c’est le privé : l’argent est créé de manière sélective, sur des critères de rentabilité et de solvabilité au service prioritaire des actionnaires du système.

    Si c’est le public : Il peut être émis sur des critères d’intérêt commun sans nécessité absolue d’être remboursé, et sans nécessité non plus d’être assorti d’un intérêt.

    4) L’intérêt

    Le texte se termine sur ce morceau de bravoure en affirmant que les banques « facturent leurs services autour de cette confiance. Qu’elles fassent des profits sur ces services est tout à fait normal. Il est donc faux de dire qu’elles font des profits sur quelque chose qui n’existe pas. »

    Que les banques, comme tout autre commerçant, recherchent le profit est normal, mais laisser entendre que l’intérêt ne fait que couvrir le risque du prêteur !!!

    Si la banque n’est qu’un comptable de la société, comme le laisse entendre ce texte, alors elle devrait être payée par honoraires pour un service justifiable. Tous ceux qui ont acheté une maison on peut-être trouvé un peu exagéré le fait d’avoir à payer plus en intérêts qu’en capital !

    Mais de toute façon, et pour tout ce qui a été dit ici et dans bon nombre d’autres articles sur ce blog,

    l’intérêt bancaire est :

    Cause première de l’inflation par ailleurs dénoncée comme fléau n°1,
    Cause première de la course à la croissance si dommageable à l’environnement pour la raison que ce qui est dû aux banques est supérieur à ce qu’elles ont prêté
    Cause première de l’appauvrissement des nations par la dette publique
    Cause première de l’appauvrissement des plus pauvres (qui paient l’intérêt) et de l’enrichissement des plus riches (qui encaissent l’intérêt)
    et tout cela en rémunération d’un service qui découle d’un privilège illégitime ?

    Oui la banque a une utilité sociale, mais ce texte cherche à masquer, volontairement ou non, l’indécence et l’illégitimité des privilèges qu’elle a su arracher malheureusement à ceux qui étaient en devoir de protéger les intérêts de la communauté. Le problème est moins du côté de la banque qui, en bon commerçant voit midi à sa porte, qu’au niveau du politique qui au fil du temps s’est mis lui même en situation de marionnette avec pour conséquence que le peuple qui l’a élu devient lui même suspendu aux mêmes fils.

    Il est essentiel que les peuples reprennent le pouvoir de création monétaire, mais il est tout aussi essentiel que le politique reprenne une position dominante sur l’économique et le financier.

  101. RST dit :
    13 août 2008 à 08:37 @ P.Derudder
    L’image du bassin est excellente.
    Je m’en resservirai ;)
  102. Nicolas Bernabeu dit :
    14 août 2008 à 01:02 Bonjour, j’ai créé un groupe sur Facebook “la vérité sur la dette” avec une partie de l’argumentaire du site de Mr Holbecq.

     

    Le groupe compte 181 membres à ce jour, je fais le maximum pour éclairer le maximum de personnes mais ça progresse doucement (+ 2 à 3 membres par jour)…

    On peut y publier articles, photos, vidéos…

    N’hésitez donc pas à m’envoyer un exemplaire de tout document que vous aimeriez propager !
    Cela a aussi comme avantage de pouvoir envoyer à tous les membres des messages de manière instantanée afin de pouvoir coordonner de futures actions…

    Par ailleurs, j’essaie toujours de motiver Jean-Marc Governatori de La France en Action qui m’avait semblé ouvert au sujet quand je lui en avais parlé à une réunion à Toulouse, le problème selon lui était “pourquoi confier le pouvoir de création monétaire aux hommes politiques alors qu’il prouvent tous les jours qu’ils ne sont pas capables de gérer des choses plus simples ?”… Je n’ai pas eu le temps de lui expliquer que là n’était pas le problème… Depuis il semble s’être détourné à nouveau du sujet…

    Bonne continuation !

  103. philippe DERUDDER dit :
    15 août 2008 à 18:18 Bonjour à tous, bonjour Nicolas,

     

    Merci pour l’info, nous ferons probablement appel à vous pour faire connaitre une action que nous sommes en train de préparer. C’est hors sujet pour le moment, je tenais simplement à souligner l’intérêt que représentent les petits courants que chacun peut générer, puisque dit-on ce sont les ruisseaux qui font les grandes rivières.

    Par ailleurs si vous parvenez à convaincre Jean-Marc, je vous tire mon chapeau, car André-Jacques Holbecq et moi y avons mis toute notre ardeur pour rien. Nous avons abandonné… Mais qui ne change pas d’avis ? Je ne comprends pas qu’un personnage comme Jean Marc résiste tant à cette idée qui est fondamentale :

    1) sur le seul plan de la légitimité comme je le rappelais dans mon précédent article. Que les gens de pouvoir abusent de ceux qui leur sont conférés, c’est une chose, que la légitimité du pouvoir dans son essence soit remis en cause pour cela n’est pas acceptable. De plus peut-on se féliciter des conséquences qu’ont pour la planète et l’humanité l’exercice de ce même pouvoir par le privé ? Entre deux maux où risque-t-on le moindre ?

    2) Peut-on défendre et promouvoir des valeurs de la démocratie dans un espace qui est en premier inféodé au profit financier ? Un système qui dans sa dynamique, par le jeu de l’intérêt, implique “mécaniquement” un transfert de l’argent des plus démunis vers les plus riches peut-il encore se prétendre démocratique ? Cette évidence pour moi, semble manifestement échapper à d’autres…

    Bonne journée

  104. Nicolas Bernabeu dit :
    18 août 2008 à 16:40 Concernant Jean-Marc il semble persuadé que les économies engendrées par la politique qu’il voudrait mettre en place (nouvelle gestion des fonds publics, santé basée sur la prévention etc…) lui permettront de venir à bout de la dette…

     

    J’ai relevé sur un site :

    Le 16 février 2007 à 11 heures, au cours d’une Conférence de presse publique Jean Marc GOVERNATORI Président de la France en Action et candidat à l’élection présidentielle, présentera un chèque géant de 70 milliards d’euros qui représente les économies annuelles possibles à réaliser en appliquant une nouvelle politique économique.

    Il serait très simple de lui montrer l’infaisabilité de ceci en mettant côte à côte ces 70 milliards d’euros d’économies annuelles espérées et l’augmentation de la dette nationale chaque année…

    Etant donné que nous remboursons chaque année plus de 40 milliards d’euros et que la dette continue sa progression de manière vertigineuse, il semble facile de deviner qu’elle progresse chaque année de plus de 70 milliards…

    Quelqu’un aurait-il les chiffres de progression de la dette annuellement (avant le remboursement annuel des intérêts par l’Etat) ?

    Mis l’un à côté de l’autre, cet argument des économies ne pourrait plus tenir et il serait obligé d’accepter que c’est le système qu’il faut changer…

  105. A-J Holbecq dit :
    18 août 2008 à 17:07 @nicolas B.

     

    Vous avez ces chiffres dans notre livre ” la dette publique, une affaire rentable” mais j’ai mis le tableau en téléchargement sur http://www.societal.org/docs/EvolutionDette.doc

    pour pouvoir rembourser progressivement la dette, compte tenu des intérêts qui effectivement dépassent les 40 milliards d’euros par an, il faudrait ajouter aux intérêts annuels une quôte part supplémentaire des recettes fiscales pour rembourser le capital (dans cette hypothèse, évidemment, les intérêts annuels diminueraient progressivement, à si le taux des OAT – très lié au taux de base – reste constant).
    A raison de 30 milliards d’euros par an, pour un capital du de 1200 milliards, il faut évidemment 40 ans

  106. yann dit :
    19 août 2008 à 08:09 @A-J Holbecq

     

    Un texte du Monde Diplomatique qui devrait vous plaire, au sujet de la dette publique.

    Par contre l’auteur n’a apparemment pas utilisé votre livre car il n’aborde pas le problème de la création monétaire, il se contente juste de parler du déclin de l’impôt progressif comme cause de l’endettement. Rien sur la privatisation de la production monétaire, comme quoi même dans des journaux aussi indépendants le sujet n’est pas encore dans toute les têtes.

  107. Étienne Chouard dit :
    19 août 2008 à 11:09 La fin du « nouveau consensus monétaire »
    La crise financière et l’héritage de Milton Friedman

     

    Un très bon texte de James K. Galbraith (18 août 2008)
    (http://www.laviedesidees.fr/La-fin-du-nouveau-consensus.html)

    Quelles sont les implications théoriques de la crise financière éclatée en 2007 ? Sous son impact, l’héritage de Milton Friedman tombe en ruines, et les avatars du monétarisme tombent dans le ridicule. C’est le cas notamment du « nouveau consensus monétaire », érigé jusqu’à récemment au rang de fondement intellectuel des banques centrales modernes.

    Ce texte s’inspire d’une allocution prononcée le 24 juin 2008 au Parlement européen.

    Le 8 novembre 2002, à Chicago, Ben Bernanke, alors gouverneur de la Banque centrale américaine, aujourd’hui son président, prononçait un discours en hommage à Milton Friedman, à l’occasion du 90e anniversaire du fondateur de la théorie monétariste. « Comme tout le monde ici présent le sait, Friedman et Anna Jacobson Schwartz affirment dans leur Histoire monétaire que l’effondrement économique de 1929-1933 avait été le résultat du dérèglement du mécanisme monétaire du pays. Contredisant la vision acceptée par leurs contemporains, (…) Friedman et Schwartz pensaient que ‘la contraction est en réalité une preuve tragique de l’importance des forces monétaires’. (…) J’aimerais dire à Milton et à Anna : au sujet de la Grande Dépression, vous avez raison, c’est notre faute. Nous sommes désolés. Mais grâce à vous, nous ne recommencerons pas ».

    Moins de six ans après, face à la crise financière éclatée en 2007, le président Bernanke et ses collègues de toutes les grandes banques centrales sont confrontés au dilemme suivant. Ils peuvent s’en tenir aux idées de Friedman, mais alors ils doivent reconnaître que la seule cause possible de la crise en cours a été leur propre politique, à savoir le resserrement monétaire entrepris dans les années 2005-2007. Ils ne peuvent, en bonne logique, se réclamer de Friedman sans reconnaître dans la situation actuelle – ou ils se trouvent obligés de poursuivre l’expansionnisme monétaire – à outrance, l’erreur de leur politique antérieure. Ou bien ils peuvent faire comme si la crise actuelle n’existait pas et espérer qu’elle passe, en suivant les consignes ce que d’aucuns appellent aujourd’hui « le nouveau consensus monétaire » – qui se réclame, lui aussi, de l’héritage intellectuel du monétarisme ! Ces deux choix révèlent, entre eux, la contradiction intellectuelle dans laquelle s’est retrouvée la doctrine de Friedman, qui reste aux fondements de toutes les idéologies des banques centrales. Car ni le monétarisme dans sa version classique, ni le « nouveau consensus monétaire », n’offrent les éléments pour comprendre la crise financière éclatée aux États-Unis en 2007.

    Autrement dit, la crise financière actuelle incite à revenir sur l’héritage de Friedman et son impact intellectuel sur les décideurs économiques actuels. Elle incite à le faire sur le terrain propre de Friedman, là où il se sentait « chez lui » et où il a régné pendant plusieurs décennies : la politique monétaire, le « taux naturel de chômage » et l’idée que la lutte contre l’inflation passe avant la lutte contre le chômage. C’est dans ce domaine qu’il a connu son plus fort impact et aussi sa plus grande réussite intellectuelle. C’est sur ce champ de bataille qu’il a vaincu l’establishment keynésien des années 1960, prisonnier de l’idée d’une courbe de Phillips stable (1). C’est là qu’il a planté le décor de la « contre-révolution » qui domine la microéconomique universitaire depuis une génération et qui continue à influencer la manière dont la plupart des gens conçoivent la politique monétaire et la lutte contre l’inflation. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

    L’essor et le déclin du monétarisme

    D’abord, que fut le monétarisme ? On le sait, Friedman y voyait l’idée que « l’inflation est partout et toujours un phénomène monétaire », ce qui signifie que la monnaie et les prix sont liés. Friedman croyait surtout que la monnaie était une variable politique, une quantité que la banque centrale pouvait créer ou détruire à volonté. Créez-en trop, et vous relancez l’inflation ; créez-en trop peu, et l’économie risque de s’effondrer. Il s’ensuit que le bon dosage entraîne le bon résultat : des prix stables, avec pour corollaire ce que Friedman appelait le taux naturel de chômage. Ce raisonnement avait pour but de soutenir sa proposition clef : un marché libéré de toute entrave est intrinsèquement stable. Dans l’évangile selon Friedman, le gouvernement est le serpent, l’intrus dans le jardin d’Eden, et la politique doit avant tout laisser l’économie suivre son cours. C’était la leçon de son fameux programme télévisé de 1980, Free to Choose, mais c’est aussi le sens profond de sa pensée. Malgré toutes les données statistiques présentées dans Une Histoire monétaire des États-Unis 1867-1960, publié en 1963 par Milton Friedman et Anna Schwartz, ce livre avait un message simple : le marché est infaillible, seul le gouvernement se trompe.

    Friedman s’est imposé parce que son travail était suffisamment complexe pour revêtir l’aspect de vérité scientifique, et parce qu’il confirmait les idées reçues d’un certain milieu. On peut comparer avec ce que disait John Maynard Keynes dans sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936), à propos du succès qu’avait connu David Ricardo :

    Une victoire aussi décisive (…) a quelque chose de singulier et de mystérieux. Elle ne peut s’expliquer que par un ensemble d’affinités entre sa doctrine et le milieu où elle a été lancée. Le fait qu’elle aboutisse à des conclusions tout à fait différentes de celles qu’attendait le public profane ajoutait, semble-t-il, à son prestige intellectuel. Que son enseignement, appliqué aux faits, fût austère et désagréable lui conférait se grandeur morale. Qu’elle fût apte à supporter une superstructure logique, vaste et cohérente, lui donnait de l’éclat. Qu’elle présentât beaucoup d’injustices sociales et de cruautés apparentes comme des incidents inévita¬bles dans la marche du progrès, et les efforts destinés à modifier cet état de choses comme de nature à faire en définitive plus de mal que de bien, la recommandait à l’autorité. Qu’elle fournît certaines justifications aux libres activités du capitaliste individuel, lui valait l’appui des forces sociales dominantes groupées derrière l’autorité. (Traduit de l’anglais par Laurent Bury. )

    Le succès de Friedman est comparable à celui de Ricardo, mais pas jusqu’au bout. Certes, Friedman justifie lui aussi l’injustice et soutient l’autorité. Mais son armature intellectuelle n’est ni vaste ni cohérente. Son raisonnement est d’une simplicité désarmante, et pourtant il peut être assez sibyllin. Il misait sur le court terme pour certains effets, sur le long terme pour d’autres, passant de l’un à l’autre à son gré. Ricardo, c’était Harpagon de Molière ; Friedman ressemblait plutôt au Joueur de flûte de Hamelin. (2)

    À la fin des années 1970, la victoire de Friedman fut consolidée par la force explicative des modèles de régression monétaristes et l’échec de la courbe de Phillips. Robert Lucas voyait dans le phénomène de stagflation, qui est apparu à cette époque, « la preuve expérimentale la plus nette que puisse connaître la macroéconomie ». À la même époque, j’ai joué un rôle mineur dans l’irruption des idées monétaristes sur le terrain politique américain. Ma mission consista à préparer, entre 1975 et 1978, la Humphrey-Hawkins Full Employment Act (3) sur la politique monétaire. Dans une alliance pragmatique avec les économistes monétaristes au sein de la commission chargée de préparée le texte de loi, nous insistions pour ce que la Banque centrale fixe et évalue chaque année son objectif de croissance monétaire. Même si notre objectif n’était pas tant de stabiliser la croissance mais d’obliger la Fed à faire preuve de plus de transparence, cet accord donna sans doute du poids politique au monétarisme.

    Peu après, c’est sur ce même terrain politique que le monétarisme s’effondra. À partir de 1979, la Fed adopta officiellement des objectifs monétaires à court terme. Le résultat fut une cascade de désastres : taux d’intérêt à 20%, dollar réévalué à 60%, chômage à 11%, récession, désindustrialisation de la région du Middle-West et, en dernière instance, crise de la dette du tiers monde. En août 1982, face à la faillite de l’État mexicain et à une révolte au Congrès – je m’y suis mêlé encore une fois – la Fed abandonna les objectifs monétaires pour ne plus jamais y revenir.

    Au milieu des années 1980, le monétarisme rigoureux dont Friedman s’était fait le champion disparut également du monde universitaire. La croissance monétaire devint forte et fluctuante, sans que l’inflation reparaisse. Peut-être l’inflation était-elle « partout et toujours un phénomène monétaire », comme Friedman l’avait affirmé en 1963, mais certains phénomènes monétaires pouvaient se produire sans relancer l’inflation, ce qui rendait profondément problématique l’usage des agrégats monétaires comme instrument de contrôle. À la Banque d’Angleterre, Charles Goodhart en a tiré les conclusion en énonçant sa fameuse loi : Lorsqu’on tente d’utiliser une relation économétrique à des fins de contrôle politique, elle se transforme. En 2003, Friedman lui-même concédait à Simon London, du Financial Times : « Le recours à la quantité de monnaie comme objectif n’a pas été une réussite. Aujourd’hui, je ne suis pas sûr que je le recommanderais aussi vigoureusement que par le passé ».

    Les successeurs

    Il en est resté une série de doctrines, toutes plus vagues que le monétarisme classique, mais porteuses du même message : la banque centrale devait placer le contrôle de l’inflation au cœur de ses préoccupations, sans se soucier du chômage – sauf dans le cas où celui-ci ne tomberait trop bas. On pensait par ailleurs que l’instabilité dans le secteur financier devait être ignorée par les décideurs macroéconomiques – sauf lorsqu’elle devenait impossible à ignorer. La première de ces doctrines, le « taux naturel de chômage » ou « taux de chômage qui n’accélère pas l’inflation » (NAIRU), fut élaborée en 1968 par Friedman lui-même et par Edmund Phelps ; son grand attrait tenait à ce que, pour la première fois, on incorporait la prospective à un modèle macroéconomique. Les macroéconomistes l’adoptèrent en masse. Mais à la fin des années 1990, elle se révéla parfaitement inadéquate lorsque Alan Greenspan permit au chômage de tomber en dessous de plusieurs barrières NAIRU successives : 6%, 5,5%, 5%, 4,5% et finalement même 4%. Ce fut une bonne nouvelle pour tout le monde sauf pour les économistes associés au NAIRU – ceux-là furent bien embarrassés, ou du moins auraient dû l’être. Certains renièrent Friedman pour retrouver les théories de l’économiste suédois Knut Wicksell : c’est ainsi que le « taux naturel d’intérêt » connut une vogue éphémère aux États-Unis. Mais cette idée n’était soutenue ni par la recherche empirique, ni par les théories qui ont vu le jour depuis l’abandon de l’étalon-or (4).

    Puis vint Ben Bernanke et la doctrine du « ciblage d’inflation ». Cette idée repose sur ce que Marvin Goodfriend, de la Carnegie-Mellon University, appelle « le nouveau consensus en politique monétaire » : un ensemble d’idées conçues au début des années 1980 mais adaptées (en surface, du moins) aux évolutions qui ont eu lieu depuis. Premièrement, « le principal message monétariste était confirmé : seule une politique monétaire (…) pouvait réduire durablement l’inflation avec, pour la production et l’emploi, des conséquences substantielles mais bien moins graves que selon les scénarios keynésiens ordinaires ». Deuxièmement : « une banque centrale indépendante peut acquérir une certaine crédibilité pour sa politique d’inflation basse sans mandat institutionnel du gouvernement ». Troisièmement : « s’il intervient au moment opportun, un resserrement agressif des taux d’intérêt peut réduire les attentes d’inflation et éviter une résurgence de l’inflation sans provoquer une récession ». Examinons un par un ces principes.

    D’abord, l’idée que la politique monétaire peut réduire durablement l’inflation pour un prix raisonnable est-elle « le principal message monétariste » ? Pas du tout. Le principal message monétariste était que le contrôle de l’inflation passe par le contrôle de la croissance monétaire. Mais cela fait plusieurs décennies que nous n’essayons même plus de contrôler la croissance monétaire ; elle fait ce qu’elle veut. La Fed américaine ne s’y intéresse plus et a même cessé de publier certaines statistiques en la matière. Pourtant, l’inflation n’est pas revenue. Le principal message monétariste est donc évidemment faux. Quant à la question du coût, personne n’a jamais douté qu’une récession sévère pouvait enrayer l’inflation. Mais Goodfriend oublie de dire que la récession des années 1981-82, lorsque les monétaristes étaient aux commandes, fut de loin la pire de l’après-guerre. Elle fut plus grave que toutes celles qu’avaient subies les régimes keynésiens. En déformant l’histoire, Goodfriend laisse aussi entièrement de côté la catastrophe infligée aux pays en voie de développement par la crise de la dette mondiale.

    Ensuite, que vaut au juste la « crédibilité » de la lutte contre l’inflation menée par une banque centrale « déterminée » ? On prétend souvent que cette idée va de soi : en matière de revendication salariale, les travailleurs reverront leurs exigences à la baisse parce qu’ils savent que des demandes excessives seraient sanctionnées par des taux d’intérêt élevés. Ce mécanisme a fait ses preuves dans le cas très spécifique de l’Allemagne d’après-guerre où, pendant plusieurs années, le syndicat de la sidérurgie menait des négociations implicites avec la Bundesbank. Mais la Bundesbank disposait d’une arme puissante : une hausse des taux d’intérêt signifierait un deutsche mark fort, et donc la baisse des exportations allemandes de machines et de produits technologiques. En l’occurrence, la menace était crédible. Aux États-Unis, la situation n’a rien de comparable, et rien n’indique que les syndicats américains prennent en compte la politique monétaire dans leurs stratégies syndicales. Il ne serait pas rationnel pour eux de le faire : dans un système de négociation salariale décentralisé, l’auto-limitation salariale dans un secteur donné créerait simplement des marges de manœuvre dans d’autres. En outre, et de façon plus éloquente encore, les compagnies pétrolières américaines ne se sont jamais privées d’augmenter le prix de l’essence dès que cela était possible, sans craindre les effets ultérieurs d’une hausse des taux d’intérêt.

    Bernanke n’a rien vu venir

    Enfin, peut-on vraiment affirmer que « s’il intervient au moment opportun, un resserrement agressif des taux d’intérêt » permet d’éviter l’inflation « sans provoquer une récession » ? Cette idée est sans doute le fondement du nouveau consensus monétaire. Elle a été affirmée dans le numéro d’automne 2007 du Journal of Economic Perspectives, voix officielle de l’American Economic Association, dans un article de Goodfriend intitulé « How the World Achieved Consensus on Monetary Policy » (Comment le monde est parvenu à un consensus en matière de politique monétaire). Goodfriend y écrit : « Selon ce ‘principe de ciblage d’inflation’, une politique monétaire qui vise l’inflation apporte la meilleure contribution à la stabilisation de la production (…) Cibler l’inflation rend la production réelle conforme à la production potentielle ». Plus loin : « Ce type d’argumentation implique que le ciblage d’inflation entraîne la meilleure adaptation de l’emploi et de la production au cycle économique, que seule la politique monétaire permet d’atteindre. Ainsi, et c’est l’aspect révolutionnaire du consensus théorique moderne, même ceux qui se soucient avant tout de stabiliser l’économie réelle peuvent soutenir un objectif de faible inflation pour la politique monétaire (…) La politique monétaire ne devrait donc pas essayer de contrer les fluctuations en matière d’emploi et de production dues aux cycles économiques réels ».

    Détail significatif, c’est vers le mois d’août 2007, au moment même où éclate la crise, que ces affirmations ont été publiées. On peut les comparer avec les promesses que la route de Bagdad serait jonchée de fleurs. Puisque à ce moment précis, la Réserve fédérale était au plus fort d’un « resserrement agressif des taux d’intérêt », en cours depuis fin 2004, visant justement à « réduire l’inflation prévue » tout en « évitant la récession ». En juillet 2006, le président Bernanke affirma au Sénat américain : « La récente hausse de l’inflation préoccupe le FOMC (…) La Réserve fédérale doit œuvrer contre toute psychologie inflationniste qui conférerait une persistance plus grande à ce qui ne serait autrement qu’un accroissement transitoire de l’inflation ». En février 2007, il répéta ce message en le renforçant : « Le FOMC a de nouveau indiqué que son principal souci est le risque que l’inflation ne baisse pas comme prévu » (c’est moi qui souligne). En juillet de la même année, Bernanke réitère : « Le niveau d’utilisation des ressources étant relativement élevé, tant qu’il n’a pas été prouvé que les pressions inflationnistes restent modérées, le FOMC reste fidèle à l’idée que les risques élevés d’inflation sont son principal souci ».

    Avant l’automne dernier, le président Bernanke avait fait quelques allusions à l’évolution du secteur financier. En mai 2006, il se montrait enthousiaste : « Les avancées technologiques ont radicalement transformé l’offre de services financiers dans notre économie. Notamment, la sophistication croissante de l’informatique permet aux prêteurs de collecter et de traiter les données nécessaires pour évaluer et chiffrer le risque de façon bien plus efficace que par le passé ». Dans le même style : « La concurrence entre prestataires financiers et des consommateurs informés ; voilà à mes yeux le meilleur mécanisme pour assurer l’offre de produits financiers meilleurs et à moindre coût ». Quant aux consommateurs, Bernanke prônait la formation et la prudence : « Une étude portant sur près de 40 000 prêts hypothécaires abordables, ciblant les emprunteurs à faibles revenus, a montré que le conseil avant l’achat d’une maison réduisait de 19% en moyenne le taux de retard de paiement ».

    En février 2007, Bernanke était encore confiant : « Malgré les ajustements en cours dans le secteur du bâtiment, les perspectives économiques d’ensemble restent bonnes. (…) Somme toute, l’économie américaine paraît susceptible de se développer à un rythme modéré cette année et l’année suivante ; la croissance devrait se consolider à mesure que le retard du bâtiment se comble » (c’est moi qui souligne). Un mois plus tard, il se montrait moins joyeux devant la Joint Economic Committee (5) : « Ces derniers mois, nous avons constaté une forte augmentation du taux de retard de paiement sur les prêts à taux variable accordés à des emprunteurs à risque (subprimes), qui représentent un peu moins de 10% de tous les prêts en cours ». Et pourtant : « Il paraît néanmoins possible de maîtriser l’impact de ces problèmes sur l’ensemble de l’économie et sur les marchés financiers ». C’est seulement le 19 juillet 2007, dans son discours au Sénat, qu’il avoue le caractère un peu trop optimiste de ses propos antérieurs : « depuis quelques semaines, les investisseurs s’inquiètent de plus en plus du risque de crédit pour certains types d’instruments financiers ». C’était trois semaines avant que le marché des prêts interbancaires s’écroule, le 11 août 2007.

    Retour à Keynes, Galbraith et Minsky

    Quels éléments le « nouveau consensus monétaire » offrait-il pour présager l’extraordinaire crise financière qui s’est abattue, à partir du mois d’août 2007, sur le logement et le secteur bancaire américains et qui continue à préoccuper les banques centrales du monde entier ? Aucun. Dans les articles consacrés à la politique monétaire et le « nouveau consensus », il n’est jamais question de crises financières, de prêteur de dernier ressort ou de nationalisation des banques (comme pour la Northern Rock en Grande Bretagne). On y trouve plutôt une profession de foi aveugle et dogmatique qui affirme que la politique monétaire ne doit en aucun cas se soucier de pareils problèmes. C’est en partie pourquoi je considère le prétendu « nouveau consensus monétaire » comme une idée dénuée de toute pertinence. Faisant face à la réalité d’un système financier qui s’effondre, les banques centrales n’y ont trouvé aucun appui ; elles ont dû chercher ailleurs pour repenser leur politique. Elles y sont plus ou moins parvenues, et c’est tout à leur honneur. Mais elles ne l’ont pas avoué.

    Qu’est-ce qui est pertinent, alors ? Comme beaucoup de commentateurs l’ont vite redécouvert, ce sont les théories de John Maynard Keynes, de John Kenneth Galbraith et de Hyman P. Minsky qui sont pertinentes pour comprendre la crise économique actuelle. Voici ce qu’écrivait Keynes en 1931, dans « Les conséquences pour les banques de la chute des valeurs monétaires ». Selon, lui nous vivons

    dans une collectivité qui, je le rappelle, est organisée de telle sorte qu’un voile d’argent recouvre un large espace entre les biens eux-mêmes et le propriétaire des richesses. Le proprié¬taire apparent des biens eux-mêmes s’en est assuré la propriété en empruntant de l’argent au véritable possesseur de la richesse. De plus, c’est surtout par l’intermédiaire des banques que tout cela s’est fait. C’est-à-dire que les banques ont en échange d’un dédommagement fait intervenir leur garantie. Elles tiennent la place entre le véritable emprunteur et le véritable prêteur. (…)

    C’est pourquoi une diminution des valeurs monétaires aussi sérieuse que celle qui se produit actuellement, menace de faire s’écrouler toute notre structure financière. Les banques et les banquiers sont aveugles de nature. Ils n’ont pas vu ce qui allait arriver. Certains ont même accueilli avec faveur la chute des prix vers ce qu’ils ont appelé un juste niveau, le niveau « naturel » et souhaitable d’avant-guerre. C’est-à-dire le niveau des prix auquel fut habitué leur esprit dans la période de leur formation. Aux États-Unis, certains d’entre eux emploient de soi-disant « Économistes » qui nous répètent encore aujourd’hui que nos maux proviennent du fait que les prix de certaines marchandises et de certains services n’ont pas encore assez baissé (…). Un banquier sensé n’est hélas point un banquier qui voit venir le danger et l’écarte, mais un banquier qui, lorsqu’il se ruine, le fait d’une manière orthodoxe et conventionnelle, en même temps que ses collègues, de façon à ce qu’on ne puisse rien lui reprocher. (6)

    De même, en 1955, dans son livre La Crise économique de 1929, John Kenneth Galbraith rejetait l’idée – adoptée plus tard par Friedman – selon laquelle banquiers et spéculateurs reflétaient simplement le cours antérieur de la politique monétaire. Au cours de l’été 1929, disait-il, « il n’y avait pas de raisons de craindre un désastre. Personne ne pouvait prévoir que la production, les prix, les revenus et tous les autres indicateurs continueraient de se contracter durant trois longues et sombres années. Ce n’est qu’après la catastrophe que l’on vit des raisons plausibles pour supposer que les choses pourraient bien s’aggraver pendant longtemps encore ». (…) « Il semble y avoir peu de doute qu’en 1929, l’économie était fondamentalement malsaine (…) Beaucoup de choses allaient de travers : (…) La mauvaise répartition des revenus (…) La structure déficiente des sociétés. (…) Un mauvais système bancaire (…) L’état incertain de la balance commerciale (…) L’insuffisance des connaissances économiques ». À ce dernier sujet, il ajoutait : « Considérer les gens de n’importe quelle époque comme particulièrement obtus ne semble guère valable et cela créerait un précédent que les membres de notre génération pourraient regretter. Toutefois, il semble certain que les économistes et ceux qui donnaient des avis en matière économique vers la fin des années vingt et au début des années trente, se révélèrent presque toujours lamentables ». Sur ce dernier point, on considère aujourd’hui que John Kenneth Galbraith s’est trompé. Je vous renvoie au « nouveau consensus monétaire ».

    Enfin, Hyman Minsky professait que la stabilité économique était elle-même créatrice d’instabilité. La logique est simple : en période apparemment stable, les banques, entre autres, prennent des risques exceptionnels. Bientôt, l’instabilité interne qu’elles engendrent menace tout le système. La finance devient spéculative et l’on arrive au schéma de Ponzi (7). Le système s’écroule et doit être reconstruit. Les gouvernements ne sont pas les seules sources d’instabilité. Les marchés sont beaucoup plus instables, beaucoup plus déstabilisants. Historiquement, ce fait est avéré : l’instabilité du marché précède de beaucoup la croissance du gouvernement lors du New Deal et après, ou même l’existence des banques centrales.

    Le comportement de la banque centrale n’était évidemment pas la seule cause de la Grande Dépression. Les défauts intrinsèques de la structure sociale, financière et industrielle, combinés avec une mauvaise politique avant et après le crash, étaient tout aussi responsables du désastre, et la crise elle-même a eu un effet accélérateur. La situation actuelle est bien sûr très semblable. Je ne pense donc pas que la hausse des taux d’intérêt ait à elle seule provoqué l’effondrement actuel, et je ne pense pas qu’il suffise de réduire les taux pour remédier à nos difficultés. D’autres causes doivent être prises en compte : l’incapacité à réguler le marché du subprime, l’attitude permissive face à la titrisation, l’abrogation de la loi Glass-Steagall de 1933 , la dérégulation discrète du marché des avenirs énergétiques (energy futures trading) et des autres marchés de marchandises, et la calamité générale qui consiste à confier aux banques le travail du gouvernement.

    Il n’empêche : si Friedman s’est trompé, le « nouveau consensus monétaire » se trompe encore plus. Ce consensus, qui adopte l’attitude de l’autruche face à la spéculation sur les marchandises, et qui n’a rien à dire sur les prêts abusifs, la titrisation spéculative et la fraude d’entreprise, n’a rien à dire des problèmes qu’affronte aujourd’hui la politique monétaire. Respectées à la lettre, ses instructions mèneraient au désastre. Il n’y a par bonheur aucun risque que les banques centrales choisissent de suivre cette voie, quelles que soient les convictions qu’elles affichent en public. Et si aussi bien Friedman que le « nouveau consensus » se trompent, que peuvent faire les banques centrales aux abois ? Il faut qu’elles se rendent à l’évidence : l’instabilité du capitalisme, l’irresponsabilité des spéculateurs rendent la régulation et l’intervention nécessaire plus nécessaire que jamais.

    Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laurent Bury.

    par James K. Galbraith

    Source : La vie des idées, http://www.laviedesidees.fr/La-fin-du-nouveau-consensus.html

    Notes

    (1) Ndrl : Dérivée des travaux de l’économiste A. W. Philips, contestée par Friedman et l’école monétariste, cette courbe pose l’existence d’une relation inversée entre le taux de chômage et l’inflation, laissant entendre que la politique publique pouvait baisser le chômage au prix d’un taux d’inflation plus élevé.

    (2) Lors d’une réunion de l’American Economic Association à San Francisco, j’ai ainsi assisté à une interview qu’il accordait à une chaîne de télévision :

    -Professeur Friedman, demanda le reporter, comment se portera l’économie l’année prochaine ?

    -Eh bien, puisque la monnaie a connu l’an dernier une croissance ralentie, la récession sera terrible.

    -Et à quoi faut-il s’attendre pour les prix ?

    -Puisque la monnaie connaît une croissance rapide depuis plusieurs années, l’inflation sera terrible.

    -Professeur Friedman, poursuivit le reporter, la famille américaine moyenne sera-t-elle mieux lotie l’an prochain, ou moins bien qu’à présent ?

    -La famille américaine moyenne n’existe pas. Certaines familles américaines seront mieux loties, d’autres moins bien.

    (3) Ndtr : signé par Jimmy Carter en 1978, cette loi assigne explicitement quatre objectifs nationaux à la politique économique du gouvernement : le plein-emploi, la croissance, la stabilité des prix et équilibre budgétaire et de balance de paiement.

    (4) Ndtr : L’étalon-or est un système monétaire dans lequel l’unité de compte correspond à un poids fixe d’or, comme dans le cas du système de Bretton Woods (1946–1971).

    (5) Ndtr : réunissant des membres du Congrès et du Sénat américains.

    (6) John Maynard Keynes, Essais de persuasion (1931), traduction de l’anglais par Herbert Jacoby, 1933.

    (7) Ndtr : Nommé ainsi après Charles Ponzi, l’inventeur d’un système de boule de neige où les promesses de profits inédits entraînant un afflux de capitaux, créant un effet qui n’est pas viable sur le long terme.

  108. Paul Jorion dit :
    19 août 2008 à 16:14 Le texte de Galbraith Jr. dresse une longue liste de choses qui n’ont pas marché dans les politiques inspirées du “monétarisme” de Friedman. Mais en offre-t-il une bonne analyse ? Non : pas d’analyse. Qu’offre-t-il à la place ? L’invocation rituelle de Keynes, à quoi s’ajoute, depuis quelques années, celle de Minsky.

     

    Avez-vous remarqué à quel point ces invocations rituelles sont sans rapport avec ce qu’il essaie de prouver ? C’est parce que la réponse à Friedman ne se trouve ni dans Keynes ni dans Minsky.

    L’alternative à Friedman dont Galbraith Jr. aurait besoin, je tente de la bâtir dans mes livres et ici, en reprenant les problèmes “à la bifurcation” (j’ai retenu quelque chose de ma lecture assidue de Feyerabend) : là où ça a mal tourné, dans le dérapage “objectiviste” où la “science économique” a bifurqué de l’”économie politique”.

    L’inflation comme résultante du rapport de forces entre patrons et salariés a été traitée ici et reprise dans L’implosion (2008), pages 223 à 231 ; les taux comme résultantes du rapport de forces entre investisseurs et patrons ont été traités ici et également repris dans L’implosion aux pages 231 à 242 et la question sera développée dans l’ouvrage que je termine en ce moment. Quant au rôle de la spéculation dans la formation du prix, je viens d’y consacrer plusieurs billets.

  109. Maurice Malone dit :
    20 août 2008 à 16:11 Un gouvernement/état en faillite ne peut emprunter, et c’est le cas de tous avec l’argent dette alors comment font-ils ? chaque pays du monde possédant une banque centrale, des numéros de sécurité sociale est dirigé par le FMI, si c’est votre cas, vous devriez alors jeter un oeil sur votre ACTE DE NAISSANCE !

     

    Il ne vous appartient plus, vous servez de caution vous, vos biens et votre corps aux prêts que le gouvernement contracte avec les banksters. Le plus incroyable APRES la prise de conscience sur la création monétaire qui a circulé largement des 2001 et publiquement mis a jour il y a des décennies et malgré ça appliqué en France (73) et en Europe (92) a travers l’article 1 c’est de comprendre que le NOM qu’on nous a attribué ne nous représente pas ! Nous ne sommes pas le NOM qu’ils facturent !
    La vraie liberté est là !

    Il y a un livre sur les bankster qui circule dans la rue, essayez de vous le procurer ! Il explique tout cela parfaitement !

  110. philippe Derudder dit :
    23 août 2008 à 18:21 Le fait d’être endetté ne signifie pas pour autant qu’on soit en faillite. Le volume de la dette doit être comparé avec le revenu de l’emprunteur et son “patrimoine”. Les E.U cumulent une dette globale de 36.000 milliards de dollars, cela n’empêche pas les investisseurs de continuer à “acheter” de la dette américaine. C’est une simple et unique affaire de confiance. Je peux avoir une dette de 500.000 euros, si mes revenus le permettent et si les garanties offertes sont suffisantes, je peux continuer à emprunter. En revanche si je suis RMISTE sans biens, je n’aurai même pas droit à un petit découvert.

     

    De plus, pour un Etat qui lui est éternel (contrairement aux entreprises et aux personnes individuelles), on se préoccupe peu du remboursement du capital emprunté, l’essentiel est qu’il ait la capacité de payer les intérêts de la dette. Encore faut-il bien sûr que le service de la dette ne ponctionne pas trop lourdement la richesse nationale. C’est là qu’aujourd’hui nous parvenons à des limites dangereuses, car l’impôt, au lieu de servir au bien commun, sert à payer les interêts des plus privilégiés.

    La seule vraie question derrière tout cela est : est-il légitime qu’une Nation doive emprunter au privé, au prix de l’intérêt, sa propre monnaie qu’elle pourrait émettre elle-même ? Car :

    1) La monnaie n’est qu’une représentation symbolique de la vraie richesse, celle créée par la collectivité toute entière. Elle est donc d’essence collective et non privée. Sa gouvernance revient donc de droit à la collectivité et non à l’un de ses sujets.

    2) La monnaie, si elle était émise par le public, comme ce devrait être, pourrait l’être sur la base de critères de bien commun quand le privé ne peut émettre cette monnaie que sur des critères de rentabilité et de solvabilité au service prioritaire des actionnaires du système, sans souci du bien commun.

    La clé est là : tant que dans notre esprit public et privé continueront à s’opposer et que le public sera considéré comme un frein au développement individuel, on restera dans un climat de “guerre” avec ses conséquences dévastatrices. Le collectivisme a écrasé l’individu au nom de l’intérêt collectif, le capitalisme détruit la planète et les liens sociaux au nom de l’intérêt particulier. Il est temps aujourd’hui de comprendre que l’une et l’autre expériences sont aussi nuisibles à l’homme et son environnement. La clé réside dans une prise en compte équilibrée des deux “intérêts” et dans la compréhension qu’ils ne sont pas contradictoires. Je ne peux m’épanouir personnellement au milieu d’un océan d’injustice sociale sur fond de planète pillée et polluée ; je ne peux non plus m’épanouir dans un système qui nie mon existence et mes droits fondamentaux au nom de l’intérêt collectif. Il n’en reste pas moins que la première richesse, la planète terre avec tout ce qu’elle nous offre est notre vaisseau spatial COLLECTIF et que ce n’est pas l’intérêt particulier qui peut en prendre soin.

    C’est pourquoi un monde gouverné par une finalité financière privée ne peut qu’aller au désastre, et c’est ce que nous constatons. l’argent doit être remis à sa seule vraie place, celle d’outil d’échange au service de la Vraie richesse : la vie, la terre, ce qu’elle contient et ceux qui l’habitent. Le défi n’est pas économique, ni financier, ni écologique ou que sais-je encore, il est dans notre capacité à changer de paradigme en réconciliant dans notre esprit et nos sociétés le public et le privé. Cette réconciliation se traduit nécessairement par l’acceptation de rendre la gouvernance monétaire (pour ne par dire création) au public ; elle s’accompagne aussi nécessairement d’un débat public sur ce qui relève de l’intérêt particulier et de l’intérêt collectif ? La terre, l’eau, l’énergie, la communication, la santé, l’éducation, etc… ce qui n’interdit pas, loin s’en faut, une heureuse coopération entre les deux. Au public d’édicter des règles du jeu précises protégeant l’intérêt collectif, au privé de jouer dans le strict respect de ces règles définies et comprises démocratiquement.

  111. Nicolas Bernabeu dit :
    30 août 2008 à 13:12 On veut que la nation puisse emprunter sans intérêts à sa banque centrale…

     

    Quelles sont les diverses possibilités ?

    1) Convaincre les partis politiques actuels de la nécessité de cette réforme pour qu’ils se l’approprient.

    Si échec :

    2) Créer son propre parti politique avec tous les citoyens qui veulent défendre cette réforme.

    ou 2′) Agir sans passer par les élections mais en tant que citoyens qui veulent imposer la réforme à la nation :

    – Mettre en place sa monnaie parallèle ? (l’Etat risque de l’interdire)
    – Menacer de provoquer la faillite bancaire privée en retirant en même temps son argent ?

    Bref pour le moment nous persistons dans la phase 1 d’essayer de convaincre les partis en place…
    Si J-M Governatori ne répond pas favorablement à la dernière demande, je crains de chercher à développer une phase 2 où on agit par nous même : quels sont les diverses possibilités ?

  112. Rumbo dit :
    30 août 2008 à 13:58 Nicolas Barnabeu écrit:

     

    “”2) Créer son propre parti politique avec tous les citoyens qui veulent défendre cette réforme..” »

    ATTENTION ! Ça peut être la pire des solutions! Les partis politiques représentent une division artificiellement entretenue, et ce, depuis le début de la “démocratie” dite “moderne”, après l’Angleterre, Thermidor en France, etc. Les milieux bancaires financent “traditionnellement” les partis politiques.
    Les politiciens, les ministres, bleus, rouges, roses, verts, et à présent jaunes (parce qu’ils sourient jaune…) se succèdent tous chez les banquiers sans couleur pour nous aplatir chaque fois un peu plus avec les dettes tueuses. La réforme financière à entreprendre est de nature exclusivement ORGANIQUE et la politique, le politique se doit d’agir seulement en aval.

    ——> Il ne faut JAMAIS que le projet de réforme financière devienne un “projet politique”, ce serait sa perte assurée — ce que veulent exactement les milieux financiers —. C’est aussi ce qu’affirmait le major Clifford Hugh DOUGLAS découvreur, expérimentateur et inventeur du Crédit-Social (ou Argent-Social).

    C’est plutôt 2′ qu’il faut retenir :

    “”2′) Agir sans passer par les élections mais en temps que citoyens qui veulent imposer la réforme à la nation :
    – Mettre en place sa monnaie parallèle ? (l’Etat risque de l’interdire) —>(ndlr, mais il faudrait qu’il ait la plus grande peur…)
    – Menacer de provoquer la faillite bancaire privée en retirant en même temps son argent ?

  113. Nicolas Bernabeu dit :
    30 août 2008 à 14:39 @ Rumbo

     

    Je ne comprend pas bien… Pour quelles raisons un parti politique qui défendrait ce projet porterait tort à ce projet ?

    Bien sûr il y aurait d’énormes difficultés à surmonter, ils se défendraient pour défendre leurs privilèges…

    Mais au final ce sont les citoyens qui votent et une fois au pouvoir ce sont les politiciens qui décident ce qu’on autorise et ce qu’on interdit…

    Dans ce cas-là, la proposition 1 serait néfaste aussi…

    Pouvez-vous m’expliquer ?

  114. A-J Holbecq dit :
    30 août 2008 à 14:40 Bonjour

     

    Avec Philippe Derudder, Etienne Chouard, Jean Jégu et les membres de notre “groupe” (le GRESSO) nous sommes en train d’imaginer la mise en place d’un site internet demandant aux citoyens d’agir auprès de leurs élus.
    Pour information, nous avons procédé à un complément de calcul… qui nous montre que les intérêts payés depuis 1973 sont sensiblement de 1306 milliards d’euros à ce jour. Un compteur le rappellera en première page.

    Voici la proposition

    Nous demandons instamment aux pouvoirs politiques d’accéder aux demandes suivantes.

    Au niveau de la zone euro:

    1 – Pour tout ce qui concerne le financement des projets collectifs de l’eurozone – et en particulier pour financer la mutation qu’exige le défi écologique ainsi que le virage technologique pour pallier à l’épuisement de certaines ressources naturelles; pour financer la recherche, un enseignement ainsi qu’un système de santé de qualité gratuits et, en général, pour tout ce qui sera considéré démocratiquement comme nécessaire pour l’amélioration collective de la qualité de la vie de façon durable – la Banque Centrale Européenne (BCE) doit pouvoir être contrainte à une émission monétaire centrale, éventuellement sans échéance et sans intérêt, par décision des députés des pays de la zone euro du parlement européen sur demande soit de la commission, soit du conseil européen (c’est-à-dire les chefs d’Etat), soit des députés européens des pays de la zone euro.

    2 – Les critères de Maastricht doivent être revus et permettre de soumettre au débat démocratique par exemple les propositions:

    a) les budgets des États doivent être équilibrés en “fonctionnement” + “amortissements” par la fiscalité. Nul État de la zone euro ne dvrait déroger à cette règle.

    b) les États peuvent faire financer leurs équipements (budget d’investissements) par un appel à création monétaire sans intérêt de la BCE. Néanmoins, les députés de la zone euro du Parlement Européen devraient disposer, à la majorité simple, d’un droit de veto concernant une demande d’un État s’ils estiment que le projet n’est pas fondé ou qu’il contredit les orientations générales de la politique européenne.

    c) les besoins d’investissements collectifs de l’eurozone doivent également pouvoir être financés par création monétaire sans intérêt de la BCE

    Les statuts et la mission de la Banque Centrale Européenne doivent être revus en conséquence

    Au niveau national :

    A défaut de faire aboutir ce projet au niveau européen, d’opérer une reprise du droit collectif (national) d’émettre la monnaie, éventuellement par émission d’une monnaie complémentaire à l’euro , quitte à risquer une sortie de l’UE, non par anti européanisme mais pour se donner la possibilité de devenir le modèle qu’inspirera les autres Nations.

    Voici l’appel:

    Si vous voulez soutenir cette proposition, nous vous proposons deux actions complémentaires:

    1 – Votre soutien électronique à la demande collective précédente. Lorsque la liste sera suffisante, nous ferons parvenir celle ci à qui de droit, sous forme de pétition.

    2 – L’envoi d’une lettre personnelle à votre député, sénateur, président du conseil général et régional, ou à ceux que vous connaissez, ainsi qu’aux grands partis et à la presse (téléchargement du modèle de lettre qu’il vous suffira de personnaliser, et nom et adresse de votre député et sénateur )

    Nous le savons par expérience : isolée, cette lettre restera ignorée ou évacuée poliment. Il est essentiel qu’elle arrive en nombre, régulièrement et de toute part sur le bureau des élus et personnalités – notamment de la presse – pour qu’elle ne soit pas traitée à la légère. Notre objectif est que les envois proviennent, nombreux, d’individus, d’associations, de groupes ou d’organismes citoyens. C’est le seul moyen pour que cette question, si importante pour l’avenir des Peuples, soit enfin connue d’eux et et qu’ils puissent la traiter.

    Enfin, la lettre proprement dite (elle tient en recto-verso)

    Émetteur (nom et adresse)
    Lieu date

    Nom
    et adresse
    du destinataire

    M…….

    J’ai une question essentielle à vous poser…

    Comme vous, sans doute, je me sens très concerné par la dégradation des conditions de vie sur notre planète. Pourtant, en dépit des bonnes intentions, et quelles que soient les mesures prises par les gouvernements successifs depuis une trentaine d’années, la situation globale ne cesse de se détériorer : déploiement d’une dynamique qui favorise la croissance d’îlots peuplés d’une élite cumulant fortune, pouvoirs et privilèges, au milieu d’un océan grandissant de misère, d’injustice sociale, d’exclusion, bref de souffrances génératrices de violences sous toutes ses formes, tout cela sur fond de menace écologique pressante. Comment expliquer une telle impuissance à une époque où, paradoxalement, l’humanité n’a jamais disposé d’autant de connaissances et de moyens technologiques?

    À vrai dire la situation est purement absurde: qu’il s’agisse de l’emploi, la santé, l’éducation, l’énergie, l’alimentation, etc. nous n’avons pas une, mais un vaste choix de solutions possibles.

    Sur quoi butte-t-on ? Sur le manque d’argent qui permettrait de mettre en oeuvre ces solutions. Car on ne meurt pas de faim faute de nourriture, on meurt de faim faute de l’argent qui permettrait d’y accéder. On ne meurt pas de maladie faute de médicaments, on meurt faute de pouvoir les acheter ; on n’est pas au chômage faute d’emploi, on y est faute de pouvoir rémunérer le travail. Et ainsi de suite…

    Alors, tous les efforts portent sur la recherche d’une croissance forte qui serait, dit-on, la seule méthode susceptible d’apporter les ressources financières suffisantes pour relever les défis de notre temps. Mais n’est-ce pas vouloir éteindre l’incendie avec de l’essence quand on sait que le plus grand danger qui menace la planète vient justement des dommages collatéraux causés par la croissance ? N’est-ce pas aussi ignorer que la nature de l’argent moderne permettrait, si on le voulait vraiment, de l’émettre à la hauteur de ce que l’urgence humanitaire et écologique exige ? Si vous êtes renseigné(e), et vous êtes à une place qui vous permet de l’être plus que tout autre, vous n’êtes pas sans savoir ce qui suit :

    L’argent aujourd’hui n’est plus limité comme avant par une quantité de matière précieuse. Il est totalement dématérialisé depuis 1971. Il est créé et ne prend « existence » que par simple inscription dans une comptabilité bancaire. Les seules limites sont les règles que la société se donne.

    Il y a peu de temps encore (avant le 3 janvier 1973), la Banque de France avait le droit d’émettre en faveur des Collectivités – et en particulier de l’État – la monnaie nécessaire à financer leurs développements. Ainsi, pas d’intérêts ruineux puisque ces intérêts n’étaient dus qu’à la Banque de France et donc revenaient à l’ensemble de la collectivité au travers de sa banque nationale.

    Or, qui crée aujourd’hui cette monnaie dont nous avons collectivement tant besoin ?

    Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce sont les banques privées par le moyen du crédit.

    Que l’on puisse créer de l’argent à partir de rien sort tellement de nos schémas mentaux que nous refusons de le voir, d’autant plus que l’iceberg ne montre que sa partie émergée. Ce qui est visible, c’est l’utilisation de l’épargne. Il semble à l’évidence que les banques prêtent aux uns les sommes épargnées par d’autres. Et c’est vrai en partie. Quand l’État emprunte sur les marchés financiers, il y a bien derrière des investisseurs – banques, compagnies d’assurance, fonds de pension, particuliers – qui « achètent » de la dette publique avec des sommes épargnées.

    Mais la partie immergée de l’iceberg cache le fait que l’argent est devenu une dette par nature, car pour qu’il y en ait, il faut au préalable qu’il ait été créé lors d’un crédit. Ainsi, contrairement à ce que pense la plupart des gens, ce n’est pas l’épargne qui permet l’emprunt mais l’emprunt qui permet l’épargne.

    Dès lors, la vraie question est de déterminer QUI a LÉGITIMITÉ quant au pouvoir de créer la monnaie-crédit, dans quelles conditions et pour en faire quoi ?

    Le privé ? Dans ce cas, l’argent ne peut être créé que de manière sélective, sur des critères de rentabilité et de solvabilité au service prioritaire des actionnaires du système, sans souci de l’intérêt général.

    Le public ? Dans ce cas, l’argent peut être créé sur des critères d’intérêt commun.

    Force est de constater que malheureusement, aujourd’hui, sans débat public préalable, les Nations sont rabaissées au même rang que chacun de leurs citoyens. Elles sont obligées d’emprunter l’argent tiré initialement du néant auprès du privé et de payer de substantiels intérêts, ce qu’elles n’auraient pas à faire si elles exerçaient leur droit légitime d’émettre leur propre monnaie.

    Nous payons, bon an mal an, 40 milliards d’euros par an pour les seuls intérêts, ce qu’on appelle élégamment “le service de la dette”. C’est l’équivalent de 240 airbus A350, ou de 3 porte-avions “Charles de Gaulle. C’est prélever sur notre travail et notre production plus de 100 millions d’euros par jour, oui, par jour, et le transférer à ceux qui sont déjà les plus riches, eux qui, d’ailleurs, peuvent ainsi nous les reprêter, à nouveau contre intérêt… Et tandis que la richesse publique sert à gonfler chaque année un peu plus les poches des plus privilégiés, nous laissons se détériorer les services publics, nous supprimons des acquis sociaux et nous ne trouvons pas l’argent nécessaire aux investissements structurels qu’exigent la gravité et l’urgence des problèmes actuels !

    Imaginez-vous la force que nous aurions à notre disposition si les États pouvaient de nouveau mobiliser toutes les ressources de leurs Peuples pour affronter ensemble les terribles problèmes que connaît notre planète, au lieu de s’éreinter à chercher une vaine croissance qui ne profite de toute façon qu’à la minorité la plus nantie ?

    Alors voici ma question :

    Pourquoi personne parmi nos représentants ne se lève pour pointer le ridicule et le scandale d’une situation qui est à l’origine de la plupart des maux dont souffrent les peuples ?

    Si la vie de votre enfant était en jeu, accepteriez-vous de le laisser partir alors que tout est là pour le sauver? Eh bien oui, sa vie est en jeu ainsi que celle de tous les enfants de la Terre, et je pense que, comme moi, vous ne pouvez accepter l’idée de les condamner au seul motif de faire semblant d’ignorer que la cause essentielle des problèmes vient de ce que le pouvoir de création monétaire, revenant de droit aux Nations, a été abandonné au système bancaire privé.

    Je vous demande donc de me dire clairement quelle est votre position à ce sujet et ce que vous comptez faire concrètement pour que la création monétaire – au moins celle nécessaire à l’équipement et à l’investissement de la Nation et qui n’est donc pas inflationniste – soit reprise au privé et rendue au public, comme le suggèrent plusieurs économistes, afin que nous puissions mettre en œuvre, sans frein, toutes les ressources humaines et technologiques dont nous disposons pour répondre aux défis de notre temps. Et ne me répondez surtout pas que c’est chose impossible dans le système mondialisé actuel : les systèmes que nous construisons sont à l’image de ce que nous voulons. Voulez-vous un monde inféodé aux intérêts de la finance privée, ou un monde où vos enfants pourront vivre libres, en paix, et dans une suffisance heureuse au milieu de peuples solidaires ? Les lois votées jusqu’à présent ont livré le monde aux banquiers… Si tel n’est pas votre choix, il faut en proposer d’autres.

    Comptant sur votre réponse et plus encore sur un réel engagement de votre part dans cette voie, je vous prie d’agréer mes salutations citoyennes.

    Signature de l’expéditeur


    Pour mémoire, un historique de l’évolution du droit de création monétaire depuis 1973:

    3 janvier 1973 – Dans la loi portant sur la réforme des statuts de la Banque de France, nous trouvons en particulier cet Article 25 très court qui bloque toute possibilité d’avance au Trésor : «Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France». Cette décision correspond à une privatisation de l’argent et ramène la Nation au même rang que n’importe lequel de ses citoyens. La dette publique trouve son origine précisément là.
    1976 – Sans aucune justification économique, sans débat public préalable, le Gouvernement de Raymond Barre décide que l’État paiera les intérêts de sa dette au-delà du taux d’inflation. Ce faisant, il place l’État au service des créanciers. Et l’on s’étonne du montant de la dette publique après trente-deux ans de ce régime?
    1992 – La gauche au pouvoir nous invite à ratifier par référendum, les yeux fermés, le traité de Maastricht qui précise en son article104 : «Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées “banques centrales nationales” d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la BCE, ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. »
    4 août 1993 – La loi n° 93.980 est votée. Cette loi donne son « indépendance» à la Banque de France et interdit à celle-ci, dans son article 3, d’autoriser des découverts ou d’accorder tout autre type de crédit au Trésor public ou à tout autre organisme ou entreprise publics, de même que l’acquisition des titres de leur dette. L’État est désormais condamné par le plus haut niveau du droit à subir une charge non nécessaire d’intérêts.
    2008 – Alors que le Traité pour une Constitution Européenne, qui réaffirmait l’article 104 du Traité de Maastricht, était rejeté par une large majorité du peuple français lors du référendum de 2005, ce traité, remodelé dans la forme mais pas dans le fond et baptisé Traité de Lisbonne est cette fois ratifié par l’Assemblée Nationale
    N’oublions pas, dans ce parcours, la proposition de loi organique du député et économiste Tovy Grjebine, n° 157, enregistrée le 22 juillet 1981. Cette loi avait pour but de limiter le rôle de l’endettement dans la création de la monnaie et de permettre une nouvelle politique économique assurant la résorption du chômage et l’indépendance énergétique, en utilisant une technique de financement obtenu par le changement des contreparties monétaires. Cette loi qui aurait permis à la Nation de financer son développement sans s’endetter n’a pas été votée.

    PS: nous sommes encore dans la recherche du nom de domaine le plus pertinent mais surtout nous aurions besoins d’un “technicien” qui nous installe le système de pétition on line (avec confirmation par mail).

  115. Rumbo dit :
    31 août 2008 à 05:03 Nicolas Barnabeu a écrit:

     

    “”Je ne comprends pas bien… Pour quelles raisons un parti politique qui défendrait ce projet porterait tort à ce proje t?” »

    Voyons ! Descendre dans l’arène électorale est l’acte le plus aléatoire ! Il suffit que ce “parti” perde les élections pour monter dans un train qui l’emmènera bien loin de là où il voulait aller. Où encore soit marginalisé jusqu’à la tombe comme tant d’autres avant lui. Le présent sytème électoral est à bout de souffle, il vaudrait mieux un tirage au sort. Et très certainement les — financements — feront leurs ravages pour dénaturer la réforme en noyant le poisson et que surtout rien ne change…

    Au Canada, il existe un cas historique typique, une véritable leçon, où le parti politique (ici le parti libéral du Québec) qui, sans rien leur demander ni leur dire, “piqua” le projet de ceux qui, déjà, se défonçaient depuis vingt ans auparavant pour amorcer une réforme financière en travaillant au quotidien auprès du public, perdit une élection politique. Cet échec électoral retomba donc sur ceux qui travaillaient d’arrache-pied pour une réforme financière (1) et qui n’avaient surtout pas demandé de devenir un parti et encore moins de participer à des élections. Les groupements bancaires avaient “gagnés”…

    (1) à l’époque, ceux-là au Canada étaient les seuls au monde à travailler comme des fourmis pour faire germer cette réforme financière par le public, ils appliquaient déjà le cas 2′, et c’était il y a cinquante ans, mais cela confirme que descendre dans l’arène électorale comporte un risque mortel pour ce type de projet. Bien sûr je ne préjuge pas de circonstances à venir encore inconnues à ce jour qui dicteraient de l’attitude à prendre alors.

  116. A-J Holbecq dit :
    3 septembre 2008 à 08:36 Michel Rocard : nous n’aurions jamais dû céder sur la Banque de France

     

    Extraits:

    Nous n’aurions pas du céder nos instruments d’intervention dans l’économie, a dit Michel Rocard, nous n’aurions pas du céder sur la Banque de France qui permettait à l’Etat d’émettre du crédit, alors qu’aujourd’hui il est contraint de l’emprunter aux banques privées… Michel Rocard a battu sa propre coulpe sur cette question où lui-même avait joué un rôle à l’époque, soulignant qu’il avait alors considéré que la création de l’euro, face au dollar, valait bien ce compromis et que l’Allemagne, de toutes façons, n’aurait jamais accepté de concessions sur l’indépendance de l’institut d’émission.

    Face à l’urgence de la crise, Michel Rocard a estimé que plutôt que de poser immédiatement la question du statut de la Banque centrale européenne, car cela exigerait de revoir les traités, il fallait utiliser, dans l’urgence, la Banque Européenne d’Investissement (BEI) a laquelle aucun statut n’interdit de faire du crédit pour des investissements dans d’importants projets d’infrastructures ou en faveur des PMI/PME innovantes.

  117. Salva dit :
    11 septembre 2008 à 08:33 La France a abandonné sa monnaie “publique” en 1973/74. Y a-t’il aujourdhui des pays dans le monde qui ont gardé le contrôle sur leur monnaie et qui pratiquent le taux zéro sur les prêts de leur banque centrale en matière d’investissement ?
  118. Nicolas Bernabeu dit :
    15 septembre 2008 à 22:31 La collection “café république” de Bruno Leprince se montre interressé par la sortie d’un exemplaire traitant de la création monétaire, la dette, etc…

     

    Voici la description de sa maison d’édition :

    “La collection café république a pour but de publier des petits ouvrages très courts en réaction à des événements portant atteinte à notre République et à ses citoyens, mais aussi des ouvrages “coup de gueule” abordant des problèmes concrets et précis de la vie quotidienne ou portant sur des sujets sur lesquels les citoyens ou leurs représentants ne sont même pas consultés.

    http://www.cafe-republique.fr

    La collection café république est à la recherche de textes sur les sujets évoqués dans son intitulé.
    Par exemple : sur la culture, l’école, les banques, la grande distribution, l’environnement, la gestion de l’eau, etc.
    Les textes doivent être courts (entre 40 et 50 000 signes) et être très incisifs. ”

    Bruno Leprince m’a affirmé que même s’il est personnellement socialiste et que sa maison d’édition publie beaucoup de livres écrits par de socialistes, sa maison d’édition est apolitique et tout le monde peut donc écrire pour eux…

    Si ça en interresse certains…

  119. A-J Holbecq dit :
    16 septembre 2008 à 08:56 @Salva

     

    Que la Banque Centrale prête à “son Etat” à taux zéro ou à taux X n’a fondamentalement que peu d’importance dans la mesure où la banque centrale appartient à la collectivité (comme c’est le cas pour la Banque de France) puisque dans ce cas les intérêts reviendront à la collectivité, ce qui équivaut à prêter sans intérêt (je ne sais pas si je suis très clair dans cette explication ?)
    Dans le cas de la BdF, celle ci paye des impôts sur ses bénéfices et redistribue ses bénéfices nets à ses actionnaires (en fait, son actionnaire : l’Etat)… c’est donc une opération blanche pour la collectivité.

  120. Salva dit :
    16 septembre 2008 à 18:03 J’ai bien compris que cela revenait au même. Si le taux d’intérêt est par exemple de 50% ce n’est pas grave si cela revient au final à l’Etat , si l’institution d’émission appartient bien sûr à ce même Etat.
    Existe-t’il un pays dont la banque centrale fonctionne de cette façon ? La Chine? Le Vénézuela ?
    Cela serait intéressant de savoir comment ils font et reprendre leur façon de faire si ça marche.
  121. A-J Holbecq dit :
    16 septembre 2008 à 18:32 @Salva

     

    Jusqu’en 1973, ce fut le cas en France et sans doute un des éléments ayant permis “les 30 glorieuses”

    Pour les autres pays , je ne saurais répondre avec certitude à cette question. Néanmoins, je pense que les dirigeants chinois, lorsqu’ils ont besoin d’investissements publics, ne se posent pas la question de savoir à qui ils vont emprunter sur les marchés financiers et payer des intérêts, et il me semble quasi certain qu’ils font appel à leur banque centrale si leurs recettes fiscales sont insuffisantes.

    Je défends depuis longtemps l’idée que les banques centrales doivent pouvoir financer directement les besoins financiers nécessaires aux investissements (la richesse collective du pays), mais que les besoins concernant le fonctionnement (salaires de l’administration, solidarité) et les amortissements (l’usure des choses) doivent être couverts par les recettes fiscales, pour un bon équilibre budgétaire.
    Il peut évidement y avoir des coup de canifs à cette positions lorsque nécessaire (période de récession par exemple), mais qu’il faut néanmoins éviter que la création monétaire centrale à destination des collectivités publiques soit utilisée à des fins électoralistes.

    Nous allons d’ailleurs bientôt lancer un nouveau site internet et un appel à soutien à la proposition suivante

    Nous demandons instamment aux pouvoirs politiques d’accéder aux demandes suivantes.

    Au niveau de la zone euro:

    1 – Pour tout ce qui concerne le financement des projets collectifs de l’eurozone – et en particulier pour financer la mutation qu’exige le défi écologique ainsi que le virage technologique pour pallier l’épuisement de certaines ressources naturelles; pour financer la recherche, un enseignement ainsi qu’un système de santé de qualité gratuits et, en général, pour tout ce qui sera considéré démocratiquement comme nécessaire pour l’amélioration collective de la qualité de la vie de façon durable – la Banque Centrale Européenne (BCE) doit pouvoir être contrainte à une émission monétaire centrale, éventuellement sans échéance et sans intérêt, par décision des députés des pays de la zone euro du parlement européen sur demande soit de la commission, soit du conseil européen (c’est-à-dire les chefs d’Etat), soit des députés européens des pays de la zone euro.

    2 – Les critères de Maastricht doivent être revus et permettre de soumettre au débat démocratique par exemple les propositions:

    a) les budgets des États doivent être équilibrés en “fonctionnement” + “amortissements” par la fiscalité. Nul État de la zone euro ne dvrait déroger à cette règle.

    b) les États peuvent faire financer leurs équipements (budget d’investissements) par un appel à création monétaire sans intérêt de la BCE. Néanmoins, les députés de la zone euro du Parlement Européen devraient disposer, à la majorité simple, d’un droit de veto concernant une demande d’un État s’ils estiment que le projet n’est pas fondé ou qu’il contredit les orientations générales de la politique européenne.

    c) les besoins d’investissements collectifs de l’eurozone doivent également pouvoir être financés par création monétaire sans intérêt de la BCE

    Les statuts et la mission de la Banque Centrale Européenne doivent être revus en conséquence

    Au niveau national :

    A défaut de faire aboutir ce projet au niveau européen, d’opérer une reprise du droit collectif (national) d’émettre la monnaie, éventuellement par émission d’une monnaie complémentaire à l’euro , quitte à risquer une sortie de l’UE, non par anti européanisme mais pour se donner la possibilité de devenir le modèle qui inspirera les autres Nations.

  122. Bankster dit :
    17 septembre 2008 à 12:29 @AJH

     

    Vous pouvez me contacter pour installer la pétition.

    Quelqu’un a effacé mon précédent message, peut on savoir pourquoi ?
    J’annoncais simplement que nous avions acquis les droits de l’Argent Dette pour la premiere fois en francais intégral et de Bankster, un livre qui met en évidence les répercussions spirituelles et économiques de l’utilisation de l’argent dette.
    Nous allons les distribuer gratuitement pour informer un maximum de gens, merci de prendre cette information pour ce qu’elle vaut, c.a.d. une partie de la solution, et non pas une partie du probleme. Par conséquent merci de ne pas éffacer ce message.

  123. Nicolas Bernabeu dit :
    17 septembre 2008 à 19:04 Toujours dans l’optique d’informer de toutes les façons possibles les gens sur le système bancaire, la dette, etc…

     

    Il serait très efficace de créer une vidéo explicative qu’on diffuserai sur “youtube”…

    En effet il existe des dizaines de sites qui parlent de ces sujets mais pour avoir accès à ces informations il faut rechercher une information sur un sujet proche, et rare sont les gens qui cherchent des informations sur ce type de sujet…

    Par contre il existe des sites où tout le monde va et où les vidéos et donc les informations circulent très vite…

    Une explication de cette forme-là peut être intéressante :

    http://fr.youtube.com/watch?v=5HI8ASWGFmw (sans faire de la pub mais en expliquant tout !)
    ou http://fr.youtube.com/watch?v=T5oLYgZm51w&feature=related (en plus moderne, ne faire attention qu’à la forme)

    Enfin le plus important c’est qu’on voit un ou plusieurs êtres-humains qui se présentent et s’adressent clairement en expliquant les causes et les conséquences de tout cela, sans science-fiction ou trucages mais avec l’aide de schémas, de statistiques, de rapports…
    Afin d’établir un rapport plus étroit entre la vidéo et les gens, et non jouer sur l’émotionnel comme dans les différentes vidéos conspirationnistes qu’on trouve sur ce site…

    C’est un peu de travail, sans nécessité d’argent (un appareil photo qui fait vidéo peut suffire), ne pas être timide et normalement ce peut être d’une grande efficacité… Si certains s’en sentent les capacités…

  124. Bankster dit :
    18 septembre 2008 à 01:06 @ TOUS

     

    Notre contribution: http://www.bankster.tv

    – Le site est encore en travaux pour le moment (la charte graphique va changer, elle vient d’une tierce partie), mais au moins vous pouvez consulter et faire circuler, si le coeur vous en dis, la version Low-Fi de l’Argent Dette en français intégrale, bande son et visuels et cela GRATUITEMENT ou en version DVD à prix coutants

    [Merci a paul pour ses explications]

  125. Bankster dit :
    19 septembre 2008 à 11:18 @ TOUS

     

    1. Certaines rumeurs font état d’un espagnol à Barcelone, qui aurait souscrit plusieurs emprunts auprès d’une dizaine de banques pour financer la publication a plusieurs centaines de milliers d’exemplaires d’une circulaire mettant en cause les banquiers et appelant au non paiement des échéances… quelqu’un a t il plus d’infos ?

    2. Nous avons ajouté la video “le choix de la défaite”, sur notre page video: http://www.bankster.tv

  126. bankster dit :
    23 septembre 2008 à 00:15 @ TOUS

     

    Voila le site de l’espagnol que je mentionnais : http://polaris.moviments.net:8000/crisi

    ;)

  127. Etienne dit :
    18 octobre 2008 à 18:04 J’ai lu la plupart des articles de ce blog, et j’y vois surtout comment une montagne peut accoucher d’une souris : l’essentiel y réside dans l’obstination de M. Jorion à refuser l’idée d’une création “ex nihilo” de monnaie par les banques commerciales, ce qui donne lieu à de multiples considérations hasardeuses sur la nature de la monnaie noyées au sein d’une multitude d’aspects techniques à propos de la « vitesse de circulation » de la monnaie, qui se couvrent étrangement chez certains blogueurs d’habits épistémologiques… Or le mécanisme de la création monétaire n’est pas un secret, il est enseigné dans tous les lycées, et quelques lectures ou quelques heures de cours d’économie de second degré auraient évité à M. Jorion de s’aventurer dans des raisonnements bien hasardeux… qui frisent parfois le pathétique.

     

    Cette obstination ainsi que de nombreux raisonnements confus se fondent sur plusieurs contresens et idées fausses pourtant faciles à démonter. En voici les principaux :

    -l’idée selon laquelle la monnaie représente une quantité de richesses :
    C’est faux, la monnaie, scripturale ou fiduciaire, est un signe purement conventionnel qui permet à un instant t d’acquérir un certain nombre de biens ou de services, c’est tout. Tant que les transactions ne sont pas réalisées, la monnaie n’est qu’un potentiel d’acquisition : l’inflation, est le phénomène qui traduit concrètement cette dichotomie fondamentale entre monnaie et richesse.

    La richesse, c’est-à-dire le patrimoine, est essentiellement matérialisée sous la forme d’actifs, mobiliers ou immobiliers, détenus par les agents, et qui ne sont pas liquides, c’est-à-dire qui n’ont pas de pouvoir d’achat immédiat, puisqu’il faut d’abord les vendre pour les transformer en monnaie. Le fait que ces actifs donnent lieu à une rémunération (intérêts, loyers ou dividendes) alors que la détention de monnaie subit l’inflation explique que seule une infime partie de la richesse est conservée sous forme monétaire. La seule exception à cela est la “préférence pour la liquidité”, qui apparait lorsqu’une dépréciation massive des actifs illiquides intervient (crise boursière ou immobilière), où les agents se ruent alors sur la monnaie.

    -l’idée selon laquelle seules les banques centrales créent de la monnaie :

    M. Jorion écrit: « qu’une banque prête ses fonds propres ou les dépôts de ses clients est indifférent: il s’agit toujours d’argent qui existait préalablement ». Cette assertion est complètement erronée. M. Jorion n’a toujours pas compris le mécanisme du crédit, malgré les nombreuses interventions des blogueurs : les banques de second rang ne prêtent ni leurs fonds propres ni leur dépôts, mais ne font qu’écrire littéralement (monnaie « scripturale ») le montant du crédit alloué simultanément à leur actif et au passif de l’emprunteur, c’est tout. Il ne s’agit donc absolument pas « d’argent qui existait préalablement ». La seule limite à cette création « ex nihilo » de monnaie est l’obligation pour ces banques de détenir une réserve de monnaie centrale (fiduciaire), afin de faire face aux retraits des titulaires de comptes. Si je contracte un emprunt auprès de ma banque et que je me rue au gichet pour le transformer entièrement en cash, je prive mon banquier, toutes choses égales par ailleurs, de toute possibilité d’accorder un crédit d’un montant équivalent à un autre client. Mais comme l’essentiel de la monnaie ainsi créée reste sous sa forme scripturale initiale, les banques commerciales peuvent continuer à créer de la monnaie bien au delà de leurs réserve en monnaie centrale. C’est aussi simple que cela.

    La différence essentielle entre monnaie fiduciaire et scripturale est que la monnaie fiduciaire a cours légal (aucune transaction ne peut être légalement refusée), tandis que la monnaie scripturale ne jouit pas de ce privilège (les 1000 euros de mon compte bancaire sont en ce sens une promesse de me délivrer 1000 euros sonnants et trébuchants, et jusqu’à présent, cette promesse a été tenue par ma banque…rien ne me dit que ce sera le cas demain). Toutefois, en dehors des situations de panique bancaire, c’est-à-dire en situation normale, ces deux formes monétaires sont équivalentes, sachant que c’est par la seconde que s’effectuent l’essentiel des transactions en régime normal.

    En autorisant les banques de second rang à accorder des crédits bien au delà de leurs réserves, les banques centrales délèguent l’essentiel de la création monétaire à celles-ci : si l’on peut contester la légitimité d’un tel mécanisme, contester sa réalité relève d’un esprit borné. Les banques centrales ne font que contrôler indirectement cette émission par l’intermédiaire d’un dispositif qui a été maintes fois expliqué dans le blog, notamment par le biais de l’escompte (le refinancement des banques en monnaie banque centrale).

    -l’idée selon laquelle les crédits accordés sans contrepartie impliqueraient une croissance indéfinie de la masse monétaire :

    Ce que ne semble pas saisir M. Jorion, c’est que toute création monétaire « ex nihilo », c’est-à-dire sans contrepartie (c’est le cas de n’importe quel crédit de base) contient en elle-même sa propre destruction, à travers le remboursement de la dette. C’est donc non seulement un processus nécessaire au financement de l’économie, mais en outre relativement stable lorsqu’il est maitrisé.

    En dehors du risque de non remboursement, où l’intérêt est la façon, légitime ou non, de prendre en compte ce risque, la création monétaire est un flux net, renouvelé en permanence, dont le résultat est à somme nulle voire négative (compte tenu des intérêts) : c’est simplement la différence entre l’émission de nouvelles créances et l’extinction de celles-ci par les remboursements.

    En régime normal, ce processus est parfaitement maitrisé par les banques de second rang, qui s’assurent autant que possible de la solvabilité de leurs débiteurs, ainsi que par les banques centrales, qui déterminent le taux d’intérêt, c’est-à-dire indirectement la masse des crédits finalement accordées par les banques de second rang. La création nette de monnaie suit donc généralement le taux de croissance de l’économie, sauf lorsque les banques centrales maintiennent des taux artificiellement bas pour soutenir la croissance réelle de la production, et que celle-ci ne suit pas, pour des tas de raisons trop longues à décrire ici : le surplus de monnaie se traduit alors soit par l’inflation des biens et services (dans le cas où le systême productif ne parvient pas à répondre à la hausse de la demande), soit alimente l’inflation des actifs financiers ou immobiliers (bulle boursière ou immobilière). Dans tous les cas, l’équation monétariste de la théorie quantitative de la monnaie (Mv = pQ) est vérifiée ex post.

    La création de monnaie par les crédits bancaires est donc non seulement un fait qu’il est absurde de vouloir contester ; et un fait qui n’est pas en lui-même un scandale, bien au contraire. C’est un mécanisme absolument nécessaire au financement de l’économie, relativement stable et maitrisé lorsqu’il est soumis à des règles prudentielles : il n’y a donc pas de quoi en faire un plat… à condition de maintenir un encadrement strict du crédit.

    En effet, les problèmes n’arrivent que lorsque l’on désinteresse les banques de la solvabilité des débiteurs, en leur permettant de transformer leurs créances en titres qu’elles s’empressent de vendre : là, le robinet à crédit est grand ouvert, les créances douteuses se baladent un peu partout sous forme de titres et la création monétaire ne connaît plus de limites… c’est ce qui est à l’origine de la crise actuelle. Il aurait suffi d’interdire ces pratiques pour empêcher cela, sans pour autant interdire aux banques de créer de la monnaie.

    -l’idée selon laquelle la monnaie a forcément une contrepartie réelle :

    M. Jorion est obsédé par le principe de “conservation des quantités”, selon lequel toute création monétaire serait fondée sur un surplus de richesse réelle, c’est-à-dire une création de biens ou de services. Je cite: “la création de monnaie est une illusion d’optique due au fait qu’il y a création de richesse par la combinaison du capital avancé par la banque, le travail fourni par l’emprunteur et […] l’action du soleil”.

    Ce principe est un contresens total : M. Jorion confond l’émission d’une créance avec son extinction, c’est-à-dire le remboursement de la dette. La création monétaire par le crédit est un pari sur l’avenir, c’est-à-dire l’espoir que cette dette sera remboursée à échéance : en fin de compte, si l’on met de côté les emprunts utilisés à des fins purement spéculatives, c’est effectivement l’activité économique des agents emprunteurs, qui, en générant des revenus, leur permettra de rembourser la dette initiale, et donc d’éteindre la créance, ce qui revient à une destruction de monnaie ex post. C’est donc bien la croissance de la production qui à terme permet l’extinction du surplus monétaire généré par le crédit.

    Mais ce mécanisme n’est pas automatique puisqu’il repose sur l’incertitude fondamentale qui touche les remboursements futurs : ainsi, sur le plan macro-économique, si une partie de la monnaie mise en circulation est affectée à la spéculation (opération d’achat et de ventes de titres ou de biens), il y a formation de bulles, c’est-à-dire inflation du prix des actifs (bulle immobilière ou financière) ou de celui de certains biens (matières premières). Dans ce cas, et dans ce cas seulement, la monnaie ne trouve pas sa contrepartie réelle dans l’acccroissement de la production, qui reste la seule façon d’éteindre la dette sur le plan macro-économique. Une partie des agents se trouve alors en défaut de paiement, et, ne disposant pas de revenus réels suffisant pour faire face à leurs échéances, se trouve contrainte de revendre ses actifs, entrainant une dépréciation générale de ceux-ci, et un dégonflement brutal des bulles spéculatives, provoquant un risque d’effondrement d’un systême fondé sur la confiance (la promesse que les euros crédités sur mon compte courant ne le sont pas en monnaie de singe).

    Le problème central vient donc du fait que toutes les dettes n’étant pas remboursées, la monnaie créée ex ante ne trouve pas systématiquement sa contrepartie réelle ex post : c’est exactement ce qui s’est produit avec la crise des subprimes. S’il peut être limité par des règles prudentielles strictes, ce phénomène est inévitable, il n’a rien à voir avec l’existence ou non d’un intérêt, et provient de l’incertitude fondamentale concernant le futur. La seule façon de le limiter est de contrôler sévèrement l’attribution des crédits, et de rendre très coûteuse l’émission de monnaie à des fins spéculatives (Lordon propose le découplage du taux d’intérêt selon l’usage des crédits).

    Là où le contresens initial s’exprime dans toute son aberration logique, c’est lorsque M. Jorion écrit plus loin que “celui qui emprunte à la banque en crée [de la monnaie], puisqu’il lui reste au bout du compte la richesse qu’il a créé grâce au capital emprunté” : il faudrait que M. Jorion explique quelle richesse il crée lorsqu’il contracte un emprunt pour financer l’acquisition d’une automobile….

    C’est évidemment la banque qui crée ex ante un “effet de richesse” virtuel (c’est la définition même de la monnaie), car la création de richesse relève de la sphère de la production, et non pas de la sphère monétaire : c’est par exemple l’activité économique de l’emprunteur qui lui fournira les revenus lui permettant de rembourser son emprunt -à condition qu’il le rembourse. Il y a donc eu forcément création de richesse ailleurs que dans la sphère financière au moment ou la dette est remboursée – et destruction équivalente de monnaie -, mais certainement pas au moment où l’emprunt est contracté. La plupart des contresens concernant la monnaie viennent de la non prise en compte de ce décalage entre présent et futur : la monnaie n’est pas seulement un intermédiaire des échanges présents, c’est aussi le substrat des revenus anticipés. En d’autres termes, la création monétaire n’est pas une création de richesse, elle ne fait qu’anticiper celle-ci.

    -l’idée selon laquelle la critique générale de l’intérêt (au sens d’usure) ait un rapport quelconque avec les crises financières récurrentes :

    M. Jorion semble condamner l’existence de l’intérêt dans le mode de production capitaliste : c’est une position politique qui n’a rien à voir avec le fait que les banques commerciales créent de la monnaie sous forme de crédits, sous le contrôle indirect des banques centrales, puisque ces dernières imposent aussi aux premières un taux d’intérêt lors des opérations de refinancement. Si M. Jorion veut s’atteler à la critique générale du capitalisme, qu’il s’attaque directement à la question de la propriété privée des moyens de production, comme l’avait fait Marx, mais la question de la création monétaire n’est certainement pas la bonne entrée. L’intérêt est une pratique généralisée fondée sur la légitimation de la rémunération de l’avance de fonds privés, et dépasse largement la question de la création monétaire.

    La question de l’intérêt relève essentiellement de celle du partage de la valeur ajoutée entre détenteurs d’actifs et travailleurs, ainsi que de celle du consensus social et politique autour du « prix » à accorder aux revenus futurs en situation d’incertitude; mais elle ne peut à elle seule résumer les contradictions du capitalisme. La suppression de l’intérêt implique par elle-même la disparition de la propriété privée : ce débat dépasse donc largement celui des crises financière récurrentes de ce mode de production.

    Autre bizarrerie de ce blog, une thèse à la mode qui consiste à faire dépendre la course à la croissance réelle du produit de la seule pression du taux d’intérêt, selon l’idée séduisante que la masse des fonds remboursés serait structurellement supérieure à celle des fonds avancés, la « pompe à finances » forcant ainsi sans arrêt l’économie à générer toujours plus de surplus. Selon cette thèse seule la suppression de l’intérêt permettrait de stopper la course folle à la croissance : malheureusement cette thèse anthropo-écologico-financière est simpliste voire fantaisiste.

    D’une part c’est accorder bien trop d’importance au rôle de la monnaie comme moteur de croissance : la croissance économique, qu’on y soit favoroable ou non, puise ses forces dans un jeu complexe de déterminations économiques, politiques, mais aussi sociales et culturelles qui pousse pour le dire trivialement les ménages à « travailler plus pour gagner plus » et ainsi consommer plus, et les entreprises à mettre tout en oeuvre pour que les ménages agissent ainsi, à grand renfort de marketing, de publicité et d’innovations, afin de trouver des débouchés à leurs produits. En ce sens, l’arme absolue de la « décroissance » réside bien plus dans le refus de participer aux activités économiques de production et de consommation, que dans la prohibition de l’usure.

    D’autre part, c’est encore « réifier » la monnaie, qui reste avant tout un signe conventionnel, que de penser qu’il y aurait une causalité univoque entre croissance de la masse monétaire et croissance du produit réel: on ne désire pas la monnaie pour elle-même mais pour les biens et services qu’elle permet d’acquérir. C’est oublier enfin le rôle de l’inflation qui peut rendre les taux d’intérêts nuls voire négatifs, ainsi qu’ignorer qu’une masse importante de crédits ne sont jamais remboursés. Sur le plan macro-économique, faire dépendre la croissance économique réelle de la seule croissance indéfinie de la masse monétaire relève d’une réification de la monnaie, c’est-à-dire d’une forme de fétichisme théorisé.

    Synthèse: grandeur et misère du savoir « collectif » sur internet:

    Plus de trois cent pages, c’est-à-dire des centaines d’heures d’énergie intellectuelle dépensée collectivement en pure perte: peut-on en attribuer la seule responsabilité à l’autisme intellectuel du fondateur de ce blog? Non, bien ententendu, et c’est ce qui fait la grandeur et la misère de l’idéologie du « savoir collectif », soi-disant démocratique (le « wiki-savoir »): les ambitions les plus louables produisent de bien piètres résultats. L’apparente démocratie d’un savoir engendré par tous conforte la mystification qui consiste à croire que la connaissance est une somme d’opinions individuelles: en ce sens, les innombrables interventions des blogueurs sont toutes présentées sur un pied d’égalité, alors que leur degré de pertinence et de rigueur est extrêmement variable. La pensée « scientifique », en tout cas rigoureuse, ne peut se développer dans le chaos des opinions, en l’absence de toute référence à l’histoire scientifique, en l’occurence celle des sciences économiques.

    Le résultat de cette mystification est d’autant plus triste qu’il est en grande partie justifié: ce blog est une réponse légitime à l’indécente mainmise idéologique dont souffre les sciences économiques aujourd’hui, jusque dans les universités. Mais ce n’est pas une raison pour tomber dans l’excès inverse qui consiste à bricoler un attirail conceptuel avec des éléments épars de culture économique et prétendre rivaliser avec la science dominante, et ceci pour deux raisons. D’une part, la chance d’être lu ou entendu reste faible au milieu d’un tel fouillis où le pire côtoie le meilleur du point de vue de la rigueur et de la pertinence des concepts; d’autre part, il n’existe aucune instance, aucun jury compétent susceptible de juger de la pertinence des thèses accumulées sur un blog : compte tenu de l’hétérogénéité de la culture scientifique des amateurs éclairés, la probabilité pour que ceux-ci parlent le même langage est proche de zéro.

    D’où l’extraordinaire stérilité de cette masse d’échanges électroniques : chacun développe sa thèse sur la monnaie, mais en réalité, personne ne parle de la même chose. Malgré les dénégations de M. Jorion (« on avance »! se réjouit-il, alors que n’importe quel lecteur se rend compte que de la première à la dernière page, on fait du surplace : à chaque intervention, on repart de zéro!). La preuve en est que M. Jorion semble reconnaître un moment son erreur, pour réécrire trois pages plus tard qu’en fait il avait raison, et que ses contradicteurs lui donnent raison à propos de la création monétaire : l’un d’entre eux lui fait remarquer que pas du tout, il ne s’est pas fait comprendre, et cela fait autant d’effet qu’un pet de mouche… La contradiction du savoir amateur collectif arrive à son apogée lorsqu’on en vient à s’en référer aux écrits de spécialistes reconnus, comme Maurice Allais : on voit bien que les blogueurs ne peuvent s’empêcher de s’en référer à un savoir qu’ils prétendent concurrencer. On aboutit à des raisonnement parfaitement surréalistes, qui s’apparentent plus à l’herméneutique (l’interprétation des textes sacrés) qu’à la science : à un moment M. Jorion, au détour d’une argumentation parfaitement absconse, prétend avoir démontré la fausseté de la thèse de M. Allais, et il en déduit que ce que à quoi s’accordent la totalité des spécialistes, à savoir que les banques commerciales créent de la monnaie, est faux…. outre la stupéfiante vanité d’une telle démarche, malgré l’expérience dont se targue M. Jorion en matière d’anthropologie et de conseil financier, on reste sans voix devant une telle méthode. A ce titre, j’attends avec impatience de lire le blog d’un technicien d’EDF qui viendrait contester la théorie de la relativité générale…

    Plus sérieusement, on perçoit bien la tentative de M. Jorion de « réinventer » la critique du capitalisme afin de mettre en évidence ses contradictions internes, et montrer que la crise actuelle est cosubstantielle à ce mode de production, et n’est pas un simple accident de l’histoire. Mais on ne construit pas un cadre théorique en bricolant des notions floues sur un blog : Karl Marx s’était avalé toute l’Economie Politique, d’Aristote à Ricardo, avant de rédiger sa « Critique »… L’erreur stratégique de M. Jorion réside dans le fait qu’il n’y a pas un seul capitalisme, mais des formes plus ou moins dérèglementées et plus ou moins financiarisées de ce mode de production. Plutôt que de reconstruire le Tableau Economique de Quesnay, illustrées par les vielles notions de « terre » et de « soleil », pour dénoncer le systême contemporain, peut-être aurait-il été mieux inspiré d’en rabattre un peu sur le plan de l’ambition théorique, en se recentrant sur une critique concrète des mécanismes d’émission des crédits dans l’économie contemporaine. Cela passait avant tout par une compréhension adéquate du mécanisme de création monétaire.

    En définitive, une fois acquis définitivement le rôle fondamental de création monétaire aujourd’hui délégué aux banques commerciales, je propose à M. Jorion de recentrer les questions qui font réellement débat autour des propositions suivantes :

    -à court terme, la nécessité d’obliger les banques commerciales à faire leur métier, et à ne faire que cela, c’est-à-dire accorder des crédits en s’assurant de la solvabilité de leurs débiteurs, sous le contrôle des banques centrales, en leur interdisant de passer leurs créances hors de leur bilan (le scandale de la titrisation), qui conduit à la formation puis à l’explosion des bulles immobilières et financières.

    -à long terme, la remise en cause de ce monopole au profit d’une reprise en main par les peuples, à travers les Etats, de la création monétaire, puisqu’elle détermine indirectement les choix de consommation et de production dans l’économie réelle. Au delà de la quantité de monnaie en circulation, c’est l’allocation de celle-ci aux agents en besoin de financement qui devrait faire débat.

    Il semble en effet légitime que ces choix doivent relever de la souveraineté populaire dans une démocratie, et non des seules considérations de rentabilité d’institutions privées. Ceci reviendrait à proposer par exemple la nationalisation massive des établissements de crédit mais aussi la possibilité de monétiser à nouveau une partie de la dette publique, ce qui impliquerait la fin de l’indépendance des banques centrales ainsi que de l’obligation pour les Etats de financer leur déficit par l’emprunt, en vertu de la primauté de l’intérêt général sur les intérêts particuliers.

  128. TL dit :
    18 octobre 2008 à 19:04 @ Etienne

     

    Je n’ai lu qu’en diagonale votre post. J’y reviendrai plus en détail quand j’aurai le temps. Certaines de vos phrases sont tout simplement gratuites, notamment à l’endroit du savoir “amateur”. Tout savoir est au départ amateur, et pardonnez-moi mais j’ai fait de l’économie à l’université (5 ans), et rencontré des économistes “professionnels”, au final je considère que de nombreux avis exprimés sur ce blog au sujet de la monnaie sont mieux argumentés que ce que j’ai pu entendre de prétendus experts, dont la conception des choses avait été stérilisée par toutes les théories économiques fumeuses qui sont encore admises en la matière.

    Votre intervention est trop longue. C’est contre-productif et dommage, car vous soulignez des points intéressants, et je suis d’accord avec vous sur le fait que Paul se raccroche à une vision de la monnaie basée sur une approche en terme de valeur fondamentale de la production, alors que justement une caractéristique de la dynamique monétaire est de s’écarter (et de façon très complexe, par la dérivation de la monnaie vers les marchés financiers) de la dynamique de la production.

    Une dernière chose : si “toute création monétaire contient en elle-même sa propre destruction”, comment expliquez-vous le non-remboursement des dettes ?

    P.S. : en ce moment, je pense que les banques prêtent leurs dépôts ET l’argent du refinancement de la Banque Centrale, MOINS ce que la même BC lui demande de garder sous forme de réserves. Leur seigneuriage est d’autant plus important que les gens préfèrent mettre de l’argent en banque plutôt que de le détenir en monnaie physique.
    Sans dépôts bancaires, ou avec la couverture de 100% préconisée par Fisher/Allais, pas de seigneuriage des banques commerciales.

  129. RST dit :
    18 octobre 2008 à 19:16 Je ne sais pas qui est Etienne du “18 octobre 2008 à 18:04″ (mais j’aimerais bien savoir :) ).
    Ce que je sais c’est que j’ai trouvé son texte brillant. Ceci est un jugement de valeur qui n’engage que moi qui n’ait aucune compétence spéciale dans ces domaines. Je cherche simplement à comprendre.
    On pourrait surement lui reprocher de ne pas faire dans la diplomatie quand il s’adresse à P.Jorion mais cela me parait secondaire compte tenu de l’analyse sans concession et tellement pertinente qu’il a faite tant du débat sur ce blog que des principes de la création monétaire qu’il a exposés de façon tout à fait pédagogique .
    Son jugement sur le “savoir collectif” est certainement très difficile à entendre mais me parait tellement juste.

     

    Enfin, je partage sans réserves ses propositions qui devraient être au centre du programme de ceux qui veulent réellement changer le monde dans lequel nous vivons.

  130. Étienne Chouard dit :
    18 octobre 2008 à 20:55 Étienne Chouard à Étienne X

     

    Si je devais aller vite, je dirais qu’un grand mérite de ce blog est de vous avoir attiré ici ;-)

    Car c’est bien l’initiative et le travail de Paul, son tropisme, qui nous ont permis de lire attentivement aujourd’hui votre pensée rigoureuse (et sévère), et — notez-le — sans (avoir besoin de) connaître un mot de vos titres et diplômes, justement parce que nous sommes ici a priori sur un pied d’égalité et que c’est la force vérifiable des notre pensée actuelle (plus que les insignes discutables de nos exploits passés) qui donne des preuves d’utilité (ou pas), ne serait-ce que comme un petit élément d’un tout complexe, une courte étape vers une meilleure compréhension globale.

    Je ne sais pas qui vous êtes, je ne sais pas du haut de quelle expertise vous pourriez parlez, je pourrais, comme vous m’y invitez, me méfier a priori du risque de « misère du savoir collectif sur internet », et pourtant, à vous lire les yeux ouverts, je vous trouve crédible, cohérent, rigoureux, synthétique… Ce que vous avez écrit va me servir à mieux articuler ma propre pensée. Votre intervention suggère donc plutôt pour moi la « grandeur du savoir collectif sur internet » (à ceci près que votre ton à rebrousse-poil est une véritable invitation à ne pas vous lire jusqu’au bout, ce qui est objectivement contre-productif, je crois).

    Pour ma part, je préfère cette approche totalement ouverte des blogs, souvent accueillante, bienveillante, toujours incitatrice à l’effort intellectuel et au progrès, progressivement et ensemble, — certes avec des dérives possibles, de fréquentes pertes de temps (qui n’en sont pas toujours car le détour d’une erreur corrigée permet parfois de comprendre durablement ce qu’un chemin direct peut faire manquer ou oublier) et des risques d’erreurs — je préfère cette méthode d’apprentissage-là au carcan souvent stérilisant des académies diplômantes qui protègent toujours quelque orthodoxie contestable et quelque mandarin usurpateur et qui n’ont, finalement, jamais protégé les hommes contre les erreurs (ce n’est pas un détail).

    Je tiens à l’iségoria, aux libres débats. C’est la libre contradiction des orthodoxies, c’est la garantie de publicité accordée aux opinions dissidentes (même évidemment farfelues ou nuisibles) qui donne les meilleures chances de ne pas (trop) se tromper. Je reconnais que c’est une thèse et que je peux me tromper moi-même, bien sûr, mais je crois fort à cette idée. C’est de la discussion que jaillit la lumière.

    Si on vous laissait faire, apparemment, seuls les experts patentés, étiquetés, labellisés, garantis, certifiés, auraient droit à la parole et à l’échange, et nous, les assoiffés du sens à donner au monde et des moyens de le rendre plus agréable pour tous, nous devrions nous contenter d’écouter la messe d’un cours magistral et à sens unique ? (Je caricature sans doute, pardonnez-moi, et j’espère que vous n’avez pas imaginé ce supplice.)

    La formule du blog, qui permet à quelqu’un de confronter publiquement — et respectueusement — ses certitudes avec des certitudes radicalement contraires et qui l’amène sur certains points (inattendus pour lui) à changer d’avis, — progressivement, il ne se laisse pas faire le gaillard, il a raison, et il argumente jusqu’à être sûr de s’être trompé et de devoir changer d’avis) —, cette formule est très séduisante sur le plan pédagogique, je trouve.

    Bref, sur le fond, je vous suis reconnaissant d’exprimer clairement, rigoureusement, précisément ce que je pense aujourd’hui sur la création monétaire (à part quelques petits détails sur lesquels nous reviendrons peut-être) ; et à la fois, sur la forme, je vous en veux de votre brutalité contre Paul (parler d’autisme à son égard n’est pas brillant, sans compter qu’il est regrettable d’utiliser cette maladie comme cela), brutalité qui n’est pas nécessaire et qui est même contre-productive : j’ai failli rater l’essentiel de votre argument tant sa forme hostile et agressive était repoussante, au premier abord.

    Mais j’espère que ce n’est qu’un de vos propos qui était brutal, et pas vous. J’espère que ce « coup de gueule » ne vous ressemble pas, d’une certaine façon.

    Au plaisir de vous lire à nouveau, cher Étienne (ce n’est pas souvent que je peux dire cher Étienne, laissez-moi faire, s’il vous plaît :-)

    Amicalement.

    Étienne.

  131. Paul Jorion dit :
    18 octobre 2008 à 21:55 @ Etienne

     

    Il faut d’abord que vous retourniez à ce débat sur la monnaie, que vous n’avez manifestement lu qu’en diagonale. Je dis cela à partir du fait que la plupart des opinions que vous m’attribuez sont en fait celles défendues par les commentateurs dont je conteste la position. Lorsque vous aurez relu le texte, vous vous apercevrez aussi que vous et moi sommes d’accord à 95 %.

    Ceci dit, les 5 % où nous différons sont essentiels : vous avez intégré votre interprétation correcte des mécanismes à l’intérieur du schéma d’interprétation monétariste dont la faillite sur le plan conceptuel est aujourd’hui retentissante. Si vous aviez lu ce que j’ai écrit de manière un peu plus attentive, vous auriez remarqué que c’est le monétarisme que je remets en question de manière systématique. Vous auriez noté aussi que j’ai insisté à de nombreuses reprises sur le fait que mon opinion n’est pas encore faite sur ce par quoi exactement il convient de le remplacer. Mes questions à mes interlocuteurs ont toujours ce but heuristique, « maïeutique » de dépasser le fond et la forme des exposés que l’on trouve dans les « manuels à l’intention des enfants des écoles », travers auquel vous semblez au contraire succomber aisément.

    Mais là où nous différons entièrement, c’est là où vous présentez le système actuel comme excellent, victime seulement de regrettables « abus » : une petite correction ici, un peu plus de réglementation là et rien n’aurait mal tourné. Mieux, de tels ajustements minimes permettront de faire repartir la machine sans accroc. Nos positions sur ce point-là, sont diamétralement opposées. Pour moi, le système actuel de la création monétaire doit être rebâti à partir de ses fondations-mêmes : il ne souffre pas, comme vous le suggérez, d’un simple rhume de cerveau, il est à l’agonie.

  132. Étienne Chouard dit :
    18 octobre 2008 à 23:13 Étienne ou Étienne ?

     

    ;-)

  133. A-J Holbecq dit :
    19 octobre 2008 à 09:57 Globalement je suis d’accord avec le résumé d’Etienne X, même si je trouve la forme un peu “agressive”.
    Je suis également particulièrement d’accord avec sa proposition très “allaisienne”:

     

    En définitive, une fois acquis définitivement le rôle fondamental de création monétaire aujourd’hui délégué aux banques commerciales, je propose à M. Jorion de recentrer les questions qui font réellement débat autour des propositions suivantes :

    -à court terme, la nécessité d’obliger les banques commerciales à faire leur métier, et à ne faire que cela, c’est-à-dire accorder des crédits en s’assurant de la solvabilité de leurs débiteurs, sous le contrôle des banques centrales, en leur interdisant de passer leurs créances hors de leur bilan (le scandale de la titrisation), qui conduit à la formation puis à l’explosion des bulles immobilières et financières.

    -à long terme, la remise en cause de ce monopole au profit d’une reprise en main par les peuples, à travers les Etats, de la création monétaire, puisqu’elle détermine indirectement les choix de consommation et de production dans l’économie réelle. Au delà de la quantité de monnaie en circulation, c’est l’allocation de celle-ci aux agents en besoin de financement qui devrait faire débat.

    Il semble en effet légitime que ces choix doivent relever de la souveraineté populaire dans une démocratie, et non des seules considérations de rentabilité d’institutions privées. Ceci reviendrait à proposer par exemple la nationalisation massive des établissements de crédit mais aussi la possibilité de monétiser à nouveau une partie de la dette publique, ce qui impliquerait la fin de l’indépendance des banques centrales ainsi que de l’obligation pour les Etats de financer leur déficit par l’emprunt, en vertu de la primauté de l’intérêt général sur les intérêts particuliers.

    … mais Paul a t-il “acquis définitivement le rôle fondamental de création monétaire aujourd’hui délégué aux banques commerciales” ?
    Bref, il serait intéressant que Paul nous précise, une fois pour toute, sa compréhension actuelle de la “technique ” de la création monétaire et des effets de l’intérêt (sans nécessairement faire intervenir le soleil ;) ), car j’ai eu l’impression, sur un autre commentaire concernant le film de Paul Grignon, qu’il considérait que ce film n’était pas représentatif de la “réalité pratique” de l’émission monétaie.
    Restera le débat entre les partisants de la théorie du “multiplicateur monétaire” et de la théorie du “diviseur monétaire”

    Pour info à ceux qui n’auraient pas suivi tout le débat:

    Le multiplicateur monétaire repose sur l’hypothèse que la masse monétaire est exogène car elle est déterminée par la monnaie centrale, contrôlée par la banque centrale. L’approche dite du « diviseur » considère au contraire que la monnaie est endogène, c’est-à-dire que son évolution est déterminée par les besoins de financement des agents non bancaires ; la causalité est alors inverse dans le sens M => MC. La banque centrale intervient in fine pour satisfaire les besoins de financement du système bancaire.

  134. Rumbo dit :
    20 octobre 2008 à 16:34 Etienne X @

     

    Je n’avais pas encore lu votre intervention ci-dessus. Sans doute un trait de caractère, plus des idées claires sur le sujet (peut-être à défaut d’être complètes?) vous donne ce ton rude? Mais je reprendrais les propos de Etienne Chouard que le mérite de ce blog est de vous y avoir fait venir. J’y vois un grand et large “territoir commun” avec le mien, comme nombre de ceux qui interviennent ici. J’ai l’impression (il faudrait que je reprenne phrase par phrase votre intervention) que vous ne faites pas beaucoup de cas des intérêts bancaires.

    S’agissant du traitement monétaire, la création monétaire est le point le plus important et déterminant. Il réside dans le fait (on peut tourner la question et le problème dans tous les sens qu’on veut!) qu’il faut ramener à la banque davantage d’argent qu’on y a emprunté. Collectivement, c’est impossible, les preuves surabondent, y compris arithmétiquement, avec les dégats trop connus qu’on sait.. Avec la question des intérêts à payer lancinante, il y a de façon sous jacente la question de l’usure. Cette question dit rarement son nom. On tourne tout le temps autour du pot…

    Louis EVEN insiste sur la BONNE question qu’il faut poser: “Peut-on physiquement produire ceci ou cela?” Si oui, c’est encore plus facile de financer le projet, et la question des intérêts s’évapore comme neige au soleil, car c’est la possibilité de produire physiquement qui l’emporte sur tout le reste. Si c’est non, et bien on remet le projet dans les cartons et on verra plus tard selon les circonstances. La mauvaise question est celle de toujours: “Peut-on payer?” (sous entendu, va-t-on obtenir les crédits nécéssaires?), si c’est oui, c’est la longue marche pleine d’incertitudes, voire le parcours du combattant qui commence, et le projet sera presque toujours “flétri” et dégradé d’une façon ou d’une autre, si ce n’est hipothéqué ou remis en cause, ou encore arrêté en pleine course comme si souvent, par manque de crédit… comme si on manquait de pluie ou de chaleur. Tels sont les caprices du “crédit”- Moloch-dieu-tout-puissant qui règne sur le monde et dont nous devons trembler devant les sacrifices qu’il exige pour le rassasier. Le rassasier un temps seulement…

    Je vous apprendrais sans doute rien sinon peu de chose sur le sytème financier et les mécanismes bancaires si ce n’est, peut-être l’avez-vous déjà constaté, qu’il est IN-DÉ-FEN-DABLE.

    Je regrette seulement que ceux qui ont des propositions en mains, propositions concrètes et opérationnelles, j’en suis, n’ont, ici, pas assez d’audience à mon humble avis. Je précise tout de suite qu’il est vrai que, pour des raisons d’organisation et d’agenda, je ne peux pas lire, posément, tous les messages qui arrivent sur cet excellent blog. Il m’arrive souvent de regretter de ne pas pouvoir dialoguer davantage avec ceux qui prennent la peine de s’exprimer un peu plus à fond. Il se peut, hélas, que je “passe à côté” de certains commentaires et non des moindre. Mais il est évidemment préférable de pouvoir s’exprimer que rien du tout.

    En attendant voici un extrait d’un entretien avec l’économiste et professeur bien connu Daniel COHEN (France culture 22 janvier 2008), c’est un passage où il s’agit des “régulations” face aux marchés.

    “(….) Lorsqu’il y a des biens, c’est pour les opérateurs qui les ont “générés”, lorsqu’il y a des pertes, elles sont toujours mutualisées, soit sur le dos du déposant, c’était le cas jusqu’en 1929, soit parce que ce sont les États qui viennent au secours des “pertes”. Donc, à partir du moment où on a un jeu assymétrique, et c’est toujours le jeu des marchés financiers, il est sûr que les marchés financiers vont toujours à la limite du risque. Raisonnons en termes de “stock-options”, c’est un très bon exemple: je gagne, donc c’est un bon “deal”, formidable bonnus! Mais si ça baisse, je perds et je fais perdre des milliards (je ne perds pas moi parce que ma rémunération est indexée à la hausse), le sytème financier fonctionne selon ce privilège, bien sûr si je perds, alors je perds mon job et j’en retrouverai un autre (?). Mais mes pertes ne sont pas proportionnées aux pertes que je fais subir à la société (….) L’idée que les marchés financiers pourraient trouver eux-mêmes la voie de la raison est une méconnaissance complète des mécanismes. Alors, sur ce point, parce que c’est important dans la régulation de Bâle, c’est à dire dans la régulation que les banques s’imposent à elles-mêmes, on en est arrivé, en effet, et c’est sans doute par l’idéologie, au point où on a demandé aux banques d’évaluer — elles-mêmes — leur coefficient de risque pour fixer les niveaux de réserves prudentielles. Alors ça! Cest le comble de la dérèglementation!! Quand voit aujourd’hui que les banques sont totalement incapables d’évaluer les risques qu’elles ont pris et qu’elles ont fait prendre à leurs actionnaires avec des produits “mathématiques” que personne ne comprend, et sans doute, pas même ceux qui les ont “inventés”, c’est extravagant de se dire qu’au cœur du “logiciel bancaire”, il y a une auto-évaluation des risques que les banques prennent! Là, il y a certainement un immense retour de bâton qui va se produire avec la crise des subprimes! Il faut évidemment revenir sur ces dispositions qu’on appele Bâle II, et il faut être capable de dire: “si moi, régulateur (?), je ne comprends pas cette fomule, c’est à dire, je supose que c’est le plus risqué possible, ne venez pas me dire, comme ça a été le cas à propos des “subprimes”, qu’en fabriquant des coktails de crédits à des ménages insolvables, on arrive à fabriquer des crédits de la plus haute qualité…”

    Je résume les conclusions de daniel Cohen: “À présent, de deux choses: ou on laisse venir la récession, ou on aide les gangsters…”

    C’était en janvier de cette année, que de chemin parcouru! Les preuves surabondent. Et je crains très fort que le MÊME personnel: Bush, Obama (?), McCain (?), Bernanke, Trichet, Paulson, Brown, Sarkozy, Barroso, Madame Lagarde et consorts, etc, s’activent et s’agitent pour remettre sur pied le si bon sytème qui les a si bien porté, quitte a lui changer de nom…

  135. JFK dit :
    25 avril 2009 à 01:25 Les voleurs qui obligent notre gouvernement Canadien à leur verser un intérêt sur l’utilisation de notre argent veut encore pomper plus!

     

    En effet plus on pompe et moins on remet en circulation cet argent et, plus il y a ralentissement de l’économie, moins de travail, moins de développement.

    Québec lancera lundi un projet pilote pour contrer l’évasion fiscale dans le secteur de la restauration – Afin de récupérer les 425 millions de dollars .. Parlons en de cette fichue récupération de l’argent liquide (fiduciaire) argent de papier de métal est un mode de paiement légal au Canada. Et de vouloir pousser les gens à la carte de débit qui n’est pas réellement légal, mais plutôt toléré. Par contre l’argent Liquide est constitutionnel et légal. Aussi cette position de force poussera les gens à utiliser les cartes de crédit et ainsi de surcroît endetter la population et encore engraisser les banques!

    Il serait temps de stopper ces agents du gouvernement qui travail contre les citoyens canadien pour remplir les poches des banquiers internationaux. La constitution donne aux gouvernements le droit de générer des capitaux pour des besoins réels; nous ne sommes apparemment pas immunisés contre l’avarice sans fin des institutions financières. Qui contrôlent la banque du Canada et vous pouvez être certain que même David Rockefeller en profitera! La sensibilisation du public et l’éducation populaire contribueront à mieux outiller les citoyens pour reconnaître les abus des institutions financières et des banques centrales, contre les individus. Et cette campagne du ministère des finances publiques est un très bon indicateur de leurs voracités
    Maintenant regardons le pouvoir de notre gouvernement Canadien ce pouvoir ce retrouve dans les pouvoirs législatifs ;
    DISTRIBUTION DES POUVOIRS LÉGISLATIFS

    POUVOIRS DU PARLEMENT
    Autorité législative du parlement du Canada 91. Il sera loisible à la Reine, de l’avis et du consentement du Sénat et de la Chambre des Communes, de faire des lois pour la paix, l’ordre et le bon gouvernement du Canada, relativement à toutes les matières ne tombant pas dans les catégories de sujets par la présente loi exclusivement assignés aux législatures des provinces; mais, pour plus de garantie, sans toutefois restreindre la généralité des termes ci-haut employés dans le présent article, il est par la présente déclaré que (nonobstant toute disposition contraire énoncée dans la présente loi) l’autorité législative exclusive du parlement du Canada s’étend à toutes les matières tombant dans les catégories de sujets ci-dessous énumérés, savoir: les paragraphes 14 à 20 sont des pouvoirs immense qui peuvent donner à un gouvernement le pouvoir d’abolir la dette du aux banquiers et instaurer un autre service que le service de la dette qui est littéralement manque foi, le gouvernement ne se fait pas confiance pour les paragraphe 14 à 20 et s’en remet à d’obscurs banquiers inconnus du contribuable de tout poil. Transformons le service de la dette en service de l’actif du Canada, arrachant aux banquiers voleurs ce droit à la planche à billet volé par une loi voté en 1913, par des parlementaires achetés! Et que les nouveaux emprunts et nouveaux dépôts du Canada soit la propriété des canadiens et canadiennes à taux fixe et faible qui assure enfin un actif pour le développement du Canada. Ainsi, le banquier reçoit un rien sur 50 ans pour acte criminel et devient un salarié du gouvernement au même titre que les autres fonctionnaires, et voila une question réglée.

    14. Le cours monétaire et le monnayage.
    15. Les banques, l’incorporation des banques et l’émission du papier-monnaie.
    16. Les caisses d’épargne.
    17. Les poids et mesures.
    18. Les lettres de change et les billets promissoires.
    19. L’intérêt de l’argent.
    20. Les offres légales.

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Le blog d'André-Jacques Holbecq
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2 commentaires pour 20 – Tout notre débat sur la monnaie

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