18 – La monnaie, c’est de la sueur (et du soleil) condensés

12 06 2008

Publié par Paul Jorion

J’écrivais ce matin, à propos d’un commentaire de A-J Holbecq (Stilgar), dans notre débat sur la monnaie :

« la monnaie centrale n’est qu’une conséquence de la création monétaire effectuée par les banques secondaires » : je ne pense pas que ce soit vrai.

à quoi il me répond :

on reprend ici notre débat entre les partisans de la théorie du multiplicateur de crédit et de ceux du diviseur de crédit

Mais ce n’est pas le cas : je ne me situe pas du tout dans le cadre de ce débat « multiplicateur / diviseur », où multiplicateur signifie que la monnaie émise par les banques centrales engendre la masse monétaire manipulée ensuite par les banques commerciales, et où diviseur suppose au contraire que la masse monétaire manipulée par les banques commerciales force les banques centrales à refléter son éventuelle augmentation de volume par la création de monnaie fiduciaire, deux expressions qui ne sont à mon sens que deux variantes d’une seule et même conception qui n’a de sens qu’au sein d’une interprétation monétariste – que je combats systématiquement comme étant fausse, et à propos de laquelle je suggère parfois même qu’il s’agit d’un mensonge délibéré. Comme je l’exprime dans Surplus et masse monétaire :

Pour la « science » économique le surplus n’existe cependant pas et n’existant pas, la question de sa redistribution ne se pose pas, ni a fortiori celle du conflit entre les parties impliquées dans le processus de sa création. Là où elle aurait dû parler du surplus, elle parle à la place de masse monétaire et là où elle aurait dû évoquer la part du surplus revenant aux salariés, elle met en avant les revendications salariales comme la principale cause de déséquilibre des systèmes économiques car source d’inflation, laquelle est présentée comme un phénomène de nature monétaire pouvant être combattu en manipulant les taux d’intérêt en raison de l’impact de ceux–ci sur la masse monétaire.

Et ce que j’appelle surplus (ou « richesse créée »), je l’explique dans Monnaie – intérêt – croissance :

La moisson c’est donc en gros : avances + travail + soleil. La croissance si je ne me trompe, c’est ce que j’ai appelé « surplus » : ce qu’on a obtenu à l’arrivée moins les avances, donc : travail + soleil.

Du coup, si je devais modifier la phrase d’A-J Holbecq (Stilgar) :

la monnaie centrale n’est qu’une conséquence de la création monétaire effectuée par les banques secondaires

je le ferais alors de cette manière–ci :

la monnaie centrale reflète la création de richesse résultant de la combinaison du travail fourni par l’emprunteur et des avances consenties par les banques secondaires

Par cette formulation-là, j’exprime les choses dans le langage de l’« économie politique » des XVIIIè de XIXè siècle (à laquelle je fais intentionnellement retour) où la richesse se redistribue – selon des rapports de forces – entre investisseurs, patrons d’entreprises et salariés, et je m’abstiens soigneusement d’utiliser le langage monétariste qui relève de la « science » économique et où la monnaie est conçue comme la représentation d’une valeur d’origine non-précisée, escamotant en particulier sa dimension de richesse créée par le travail. Pour moi au contraire, la monnaie n’est rien d’autre que de la sueur (et du soleil) condensés où les avances (en nature ou en capital) ont joué un rôle de catalyseur et toute explication de la « création de monnaie » doit les évoquer explicitement pour dire comment a eu lieu cette transformation et comment la richesse a été redistribuée à cette occasion, même – et je dirais surtout – si ce doit être en termes de « confiscation », de « spoliation » ou de « parasitisme » (comme dans l’ intéressant article de Vladimir Z. Nuri mentionné par Paul Nollen).

Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite ======================================================

41 réponses à “La monnaie, c’est de la sueur (et du soleil) condensés”
  1. Gérard P. dit :
    12 juin 2008 à 23:18 Je vous soumets l’analyse suivante :

    Sans reproduire la liste des faits exposés ci-dessous, je constate qu’avec comme hypothèse de départ :
    Patrimoine de A = 10 (monnaie)
    Patrimoine de B = 0
    Patrimoine de C = 9 (bois)
    Patrimoine de la banque = 0 (10-10)

    1) La masse monétaire passe de 10 à 19 à la souscription par B d’un emprunt de 9 à la banque.
    2) Cette masse monétaire passe de 19 à 10 lors du remboursement total de l’emprunt, même avec paiement d’un intérêt.
    3) La valeur totale des patrimoines passe de 19 à 24,5 suite à la plus-value réalisée par B, grâce à la combinaison “travail + soleil”.
    4) L’évolution de la masse monétaire est indépendante de l’évolution de la valeur des patrimoines et vice-versa.

  2. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    13 juin 2008 à 07:43 Oui Paul, je n’avais pas tout à fait compris sur quel plan tu souhaitais que l’on comprenne ta phrase “« la monnaie centrale n’est qu’une conséquence de la création monétaire effectuée par les banques secondaires » : je ne pense pas que ce soit vrai” et je suis donc également presque d’accord avec la nouvelle formulation que tu me prêtes, à savoir “la monnaie centrale reflète – aussi – la création de richesse résultant de la combinaison du travail fourni par l’emprunteur et des avances consenties par les banques secondaires” (tu remarques que je rajoute “aussi”). En fait j’avais pris ton “n’est QU’UNE conséquence… ” dans son sens “n’est QUE LA conséquence”

    Comme je l’avais d’ailleurs reconnu dans mon message où je citais un économiste connu qui enfonçait une porte ouverte (mais comme c’est un message privé, je garde une certaine confidentialité) ” la création monétaire est une anticipation par le système bancaire de l’acte productif qui suivra le crédit ; si cet acte productif (c’est-à-dire le travail) est validé par la vente des marchandises, l’entreprise réalise monétairement la plus-value produite par le travail, DONT LES INTÉRÊTS SONT UNE PARTIE. Le reflux vers les banques du remboursement et des intérêts est toujours la contrepartie de ce qu’a engendré le système productif”.

    Il ne différencie pas la création monétaire privée (banques commerciales) de la création monétaire publique (banque centrale) …

    Tu écris en conclusion “Pour moi au contraire, la monnaie n’est rien d’autre que de la sueur (et du soleil) condensés où les avances (en nature ou en capital) ont joué un rôle de catalyseur et toute explication de la « création de monnaie » doit les évoquer explicitement pour dire comment a eu lieu cette transformation et comment la richesse a été redistribuée à cette occasion,…”

    Justement ma “philosophie” sur ce point est assez proche (tu peux la lire dans “une alternative de société: l’écosociétalisme” ou directement sur notre site, celui des “sociétalistes”, sur “wiki.societal.org”) est que :

    – La nature ne se fait pas payer : l’appropriation du capital “nature” (sol, sous sol, eau, etc) est à mon sens “illégale”, par contre l’épuisement de celui-ci (le “non renouvellable”) doit être payé par l’utilisateur en fonction de la rareté prévisible ou des effets néfastes de son utilisation.

    – le coût de la création des moyens de production (capital productif) est la somme du travail ayant servi à le réaliser, ce travail qui doit, lui, être créateur de monnaie. Il n’y a pas besoin de “capitaux financiers” jusque là…

    – la monnaie doit être créée à l’occasion de la production (du travail) et détruite au moment de la consommation.

    Mais je sais que je suis dans l’utopie.

    Je dois m’absenter pour 2 jours, je laisse à d’autres le soins de préciser éventuellement…

  3. Armand dit :
    13 juin 2008 à 08:39 En effet, le problème de l’intérêt est complexe.

    S’il n’y a relativement peu d’intérêts en cours (masse de crédit, taux, durée) par rapport à la monnaie déjà présente et aux conditions économiques en cours (récession / expansion, vélocité de la monnaie), il n’y a pas besoin de création monétaire supplémentaire, les intérêts étant prélevés dans le flux de circulation normale de la monnaie, et remis ensuite en circulation (la banque doit bien payer des salaires, charges et fournisseurs et utiliser ses bénéfices comme n’importe quelle autre société). Le système tourne (peut tourner) à quantité de monnaie fixe : s’il y a création de richesse les prix baissent et reflètent parfaitement ces gains de productivité. Ils restent stables à richesse constante (ce qui n’empêche nullement l’innovation ni donc le progrès) et montent en cas de destruction de richesse. Les prix sont alors un signal fiable, notamment pour les industriels qui doivent décider d’investir ou non, les prêteurs qui doivent décider entre épargner (conserver la monnaie sans risque et sans rendement) ou prêter (modulo l’intérêt versus le risque), et, in fine, pour la détection des bulles d’actifs. C’est le régime de la quantité fixe de monnaie, l’étalon or.

    Le problème se pose lorsque le montant des intérêts en cours devient trop important par rapport à la masse de monnaie et à l’ambiance économique. Il faut alors créer de la monnaie supplémentaire pour éviter les défaillances de remboursement ou accepter ces défaillances (nettoyage des excès). C’est un problème politique. Dans le cas de quantité fixe de monnaie, le banquier central doit être burné, ce qui constitue un oxymore, et, dans le cas de monnaie matérielle difficilement photocopiable, le choix est forcé par la nature. Cela n’empêche nullement les décisions politiques, les véritables, celles qui portent sur la (re)distribution des richesses et la responsabilité des acteurs. Pas d’aléas moral ni de prime au trop-gros-pour-défaillir. Les « Nous-le-peuple » doivent réfléchir avant, pas manifester après pour se plaindre de leur propre turpitude (ou des effets de celle des autres).

    Le modèle dont parle Paul est celui de la croyance actuelle, celle de l’église des monétaristes friedmaniens qui prétendent pouvoir ajuster la quantité de monnaie à la quantité de richesse créée (ou détruite ?) obtenant ainsi leur sacro-sainte « stabilité des prix » dont on remarquera qu’elle n’a aucun sens économique puisqu’elle masque totalement le signal-prix. Ce dogme nécessite alors de répondre à des questions-type croissance du PIB, taux d’inflation, de chômage … mais comment les mesurer ? avec quel décalage ? quels modèles ? quelles corrections ou manipulations ? en fait c’est s’attirer des emmernuiements là où il n’y en a pas, et nier la main invisible dont on se prévaut par ailleurs. Une foutaise.

    NB-1 : si vous voulez mettre en équations ces variables (qté monnaie, taux, durée, vélocité, … intérêts) et la résoudre en delta-intérêts … bonne chance, votre modèle sera fortement non linèaire et n’aura pas de solution dans certains cas à Qté-monnaie fixe.

    NB-2 : je maintiens la différence fondamentale de puissance, d’origine juridique, entre d’une part la monnaie centrale qui seule a cours légal et qui est matérialisée sous la forme de billets de la banque centrale (et non pas de billets de banque — tout court), et, d’autre part, la monnaie bancaire qui n’existe pas sous forme matérielle, car elle n’est qu’un contrat représentant l’obligation légale de la banque de remettre, à vue, sous forme de billets de la banque centrale, le montant des comptes courants à la demande de son client. Ce contrat est matérialisé par un bout de papier appelé relevé bancaire. Chacun peut tenter de refiler à autrui une partie de cet engagement, en guise de paiement, par moyens de paiement bancaire n’ayant pas force de loi (chèque, virements, cartes). Mais autrui peut refuser et forcer la remise de billets de la banque centrale. Comme l’engagement des banques (création de leur monnaie) est largement supérieur à la quantité de monnaie centrale, cet engagement n’est rien d’autre qu’une promesse mensongère (puisqu’elles savent) et intenable.

    NB-3 : sur la création de monnaie centrale. Dans le mythe fiduciaire, comment expliquer aux fidèles la création du monde et plus encore celle du Dieu à la mode ? Le Trèsor émet un emprunt d’état qu’achète la banque centrale en imprimant (véritablement) sa monnaie sous forme de billets. Le bon du Trésor est libellé dans cette monnaie, l’Etat est réputé toujours pouvoir lever l’impôt et donc récupérer ces billets et les remettre à la BC pour rembourser son emprunt, la BC brûlant alors ces/ses billets au fur et à mesure qu’ils lui reviennent (détruisant la monnaie qu’elle avait précedemment créée).

    La puissance de l’Etat garantit, via l’impôt, l’emprunt d’Etat libellé dans sa monnaie ayant cours légal ; l’emprunt d’état garantit la monnaie centrale correspondante ; la monnaie centrale correpondante garantit que l’emprunt pourra être remboursé. Il s’agit d’une tautologie.

    Evidemment ce système revient à utiliser dès aujourd’hui la richesse future, une forme de contrainte qui peut aussi dégénérer en esclavage ou en impossibilité (démographie, sur-endettement) : comment créer dans le futur plus de richesses qu’on n’en a déjà consommé, voire gaspillé ? heureusement la valeur de la monnaie centrale n’est pas garantie …

    Le véritable problème concernant l’intérêt se pose pour celui de l’emprunt d’Etat puisqu’il n’y aura pas de billets correspondants. Comme la BC reverse la grande majorité de cet intérêt à l’Etat (cas de la FED), le problème ne se pose qu’à long terme (celui où l’on est tous morts), à force de rouler la position en l’augmentant. Mais le Dieu fiduciaire sera un jour déchu et ce d’autant plus rapidement que ces prêtres jouent de plus en plus les marchands du temple. Le long temps des ancêtres n’est-il pas le nôtre aujourd’hui ?

    On notera que cela explique l’envolée des Tresauries lors de la crise dont les taux sont passés très en-dessous du taux du marché monétaire et de l’inflation. Quitte à perdre du pouvoir d’achat (billets de la FED dits ‘dollars’), autant limiter les dégâts en se contentant d’un petit intérêt plutôt que de prendre le risque de l’intermédiaire bancaire qui me rémunérerait davantage mais risque la faillite et donc choisir l’autre bout de la tautologie.

    Lorsque, à la garantie papale réputée infaillible (USA inc.), la BC substitue une autre garantie par les évêques (CDO, MBS), que cette garantie est baptisée triple-AAA par un groupe de curés défroqués, le fidèle ne devrait-t-il point douter ? se rendre compte de l’escroquerie dont il sera, in fine, la victime ? ben, non, c’est un fidèle, il croit, il ne pense pas. Il prie même. Et il sera forcé d’apporter son obole. Mais il aura le droit de manifester.

  4. Armand dit :
    13 juin 2008 à 09:51

    – la monnaie doit être créée à l’occasion de la production (du travail) et détruite au moment de la consommation..,

    il n’est pas nécessaire de créer (puis détruire) de la monnaie pour rémunérer du travail. Tout au contraire. Il faut la transmettre comme témoin / jeton, signe du paiement d’un travail effectué ou d’un bien vendu, pour ensuite pouvoir la transmettre en paiement d’un bien ou d’un service reçu. On détient donc une créance sur la collectivité, privée et publique, pour un service qu’« on » a déjà rendu et que « quelqu’un(s) » devra rendre à son retour. La monnaie n’est rien d’autre qu’une reconnaissance de dette anonyme, et donc transmissible, dont la loi force l’usage et dont elle est supposée garantir l’intégrité.

    Pour paraphraser Mc Luhan : « la dette est la monnaie fiduciaire », et, dans le cas de la monnaie bancaire : « le mensonge est la monnaie »

    La monnaie est l’évolution du troc, base du commerce, qui devient rapidement impossible dès lors que les échanges se complexifient. Il faut trouver un étalon de mesure. Elle doit pemettre de fractionner l’échange dans l’espace et le temps … sans perdre sa valeur, c’est-à-dire sans léser celui qui la détient. Si l’on doute de la capacité de l’Etat à maintenir l’intégrité de la monnaie fiduciaire c’est-à-dire celle des termes du contrat qu’il impose, et même, comme l’enseigne l’histoire, de sa propension à les violer, on peut revenir aux bases du troc et choisir une chose naturelle indépendante des hommes, aux bonnes propriétés, comme bien intermédaire des échanges. Dans ce cas la monnaie n’est plus une dette, la promesse d’un autre ni un contrat juridique. C’est un bien échangeable de par la seule volonté des individus libres de choisir et de décider les valeurs respectives des termes de l’échange.

    Mc Luhan : « la valeur est la monnaie »

  5. gilbert « gibus » wiederkehr dit :
    13 juin 2008 à 10:02 Par le retour au langage de l’« économie politique » des XVIIIè de XIXè siècle, la formulation de Paul à l’avantage d’échapper à la dictature du scientisme économique ambiant.

    La prétendue “science économique” est une espèce de marteau sans maitre, l’outil devenu la fin alors qu’il ne devait rester qu’un moyen au service du bien commun.

    Il reste bien entendu bien des difficultés “technologiques” à résoudre pour rendre l’outil plus fin, plus efficace (les posts de AJH et Armand en témoignent).

    Ce faisant Paul permet au citoyen lambda que je suis, de mieux appréhender l’univers humain, celui de la monnaie, notre problème commun.

    Brillant exemple de changement de paradigme.

  6. Paul Jorion dit :
    13 juin 2008 à 17:22 @ gilbert “gibus” wiederkehr

    Brillant exemple de changement de paradigme.

    Merci, c’est effectivement cela qui est visé.

    @ A-J Holbecq (Stilgar)

    Qu’il s’agisse de la formule utilisée par « un économiste connu » :

    la création monétaire est une anticipation par le système bancaire de l’acte productif qui suivra le crédit ; si cet acte productif (c’est-à-dire le travail) est validé par la vente des marchandises, l’entreprise réalise monétairement la plus-value produite par le travail, DONT LES INTÉRÊTS SONT UNE PARTIE. Le reflux vers les banques du remboursement et des intérêts est toujours la contrepartie de ce qu’a engendré le système productif

    ou de celle que je propose personnellement, les éléments sont réunis qui permettent la synthèse avec ce à quoi tu renvoies en ajoutant un « aussi ». Cette synthèse suppose – par définition – l’absence de contradiction entre l’ « anticipation par le système bancaire de l’acte productif qui suivra le crédit » et le « aussi », qui – il me semble – a toujours tenu jusqu’ici à la formule « ex nihilo ».

    @ Armand

    Il faut qu’on se parle.

  7. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    14 juin 2008 à 13:07 Armand

    Je ne suis pas tout à fait d’accord avec le NB-2 de votre message du 13 juin à 8:39.

    En effet : http://www.banquedefrance.net/fr/publications/telechar/bulletin/etud70_1.pdf (je ne recopie qu’un passage qui me semble éclairant).

    Les billets et pièces métalliques (monnaie fiduciaire) comme les comptes bancaires
    (monnaie scripturale) sont donc trois instruments monétaires qui contiennent des unités
    monétaires. Pour la monnaie fiduciaire, le moyen de paiement se confond avec
    l’instrument monétaire. Le paiement est réalisé par la seule remise de billets ou de
    pièces métalliques, ce que le juriste appelle la « tradition » (cf. 1.2.1.). Dans le cas de la
    monnaie scripturale, c’est le compte bancaire qui joue le rôle d’instrument monétaire ;
    les moyens de paiement, aussi appelés instruments de paiement scripturaux, vont
    déclencher le paiement en donnant l’ordre à l’établissement bancaire qui détient le
    compte de transférer des fonds sur le compte de son créancier 20, par une double
    opération : une inscription au débit d’un compte (celui du payeur) et une inscription au
    crédit d’un autre compte (celui du payé) 21.

  8. Paul Jorion dit :
    14 juin 2008 à 15:19 Gérard P. dit le 11 juin 2008 à 21:34

    Il semble qu’il n’y ait pas de création monétaire pour les intérêts : dans ce cas, le banquier n’avance rien à l’emprunteur. Cependant, lorsque l’emprunteur paie les intérêts, le banquier reçoit de la monnaie.

    Je reprends donc son exemple en lui ajoutant une certaine plausibilité, celle qui découle du fait que – dans les circonstances de la vie quotidienne – B n’aurait pas emprunté à la banque s’il n’avait espéré obtenir de son placement davantage que la somme avancée augmentée des intérêts (il se contenterait dans ce cas de rentrer dans ses frais) et je considère que le revenu qu’il obtient de la vente du bois a été de 12. Ce qui signifie qu’un surplus de 3 a été créé puisqu’il avait acheté le bois pour 9.

    4) B, après entretien et coupe du bois, vend le bois à A pour le prix de 9,5; A utilise la monnaie déposée à la Banque pour le paiement
    –––––––––– mais la valeur totale du bois qu’il a pu produire du lopin qu’il a acheté à C est 12 (dont avances = 9 ; surplus = travail + soleil = 3)

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 0,5 (10-9,5)
    Crédit à B = 9
    Total : 9,5
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 9,5 (19-9,5)

    Masse monétaire
    Détenue par A = 0,5 (10-9,5)
    Détenue par B = 9,5 (0+9,5)
    Détenue par C : 9
    Total : 19

    5) B rembourse son emprunt de 9 et paie les intérêts de 0,5 à la Banque
    –––––––––– et dépose sur son compte les 2,5 qui lui restent

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 12,5 (0,5+2,5+9,5)
    Crédit à B = 0 (9-9)
    Total : 12,5
    PASSIF
    Dépôt de A, B & C = 12
    Intérêts = 0,5

    Masse monétaire
    Détenue par A = 0,5
    Détenue par B = 2,5 (12-9,5)
    Détenue par C = 9
    Détenue par la banque = 0,5 (0+0,5)
    Total : 12,5

    Grâce donc à l’action combinée des avances, du travail humain et des rayons du soleil, la richesse, qui était de 10, est passée à 13. Mais le total des actifs n’est lui passé qu’à 12,5 et de même pour la masse monétaire (M1) qui n’est elle aussi que de 12,5.

    Le 0,5 qui a « disparu » est manifestement celui qui correspond aux intérêts. La comptabilité de Gérard P. est–elle exacte ? ainsi que ma transposition ? Si oui, pourquoi les intérêts s’évanouissent-ils dans la nature ?

  9. Gérard P. dit :
    14 juin 2008 à 17:01 @ Paul

    “B … obtient de la vente du bois … 12. Ce qui signifie qu’un surplus de 3 a été créé puisqu’il avait acheté le bois pour 9.

    4) B, après entretien et coupe du bois, vend le bois à A pour le prix de 9,5; A utilise la monnaie déposée à la Banque pour le paiement
    mais la valeur totale du bois qu’il a pu produire du lopin qu’il a acheté à C est 12 (dont avances = 9 ; surplus = travail + soleil = 3)”

    Attention Paul, si la valeur ajoutée est de 3, le prix est de 12 (9+3). A doit payer le prix de 12 et pas seulement 9,5 comme dans ton exemple.
    Tu viens de créer de la monnaie “ex nihilo” (2,5=12-9,5) et ta masse monétaire passe à 12,5 (10+2,5).

    Il me semble que :
    1) Le crédit crée de la monnaie et le remboursement l’annule.
    2) Une valeur ajoutée (travail+soleil) réalisée ou une plus-value réalisée ne créent pas de monnaie : seule la répartition de la monnaie change entre les acteurs.
    3) Par contre, une valeur ajoutée ou une plus-value créent de la valeur.

    Explication détaillée :

    masse-monetaire-valeur

  10. Armand dit :
    15 juin 2008 à 09:32 @Stilgar : la BCE ne fait que prêcher pour sa propre paroisse. Pourrait-elle (d)écrire ce que signifie réellement un système bancaire à réserves fractionnaires au-delà de la simple mécanique comptable par ailleurs évidente ? il lui faut bien entretenir *l’illusion* qu’une unité monétaire bancaire est la même chose qu’une de ses unités monétaires — d’ailleurs n’utilise-t-elle pas (lapsus ?) l’expression « jouer un rôle » ? — elle se contente de décrire l’effet comptable observable par les citoyens, pas ce qui prévaut réellement, comme tout magicien qui montre ce que le public doit voir pendant qu’il effectue sa manipulation.

    @Paul : nous pouvons commencer par nous écrire, l’adresse mail de ce post est fonctionnelle.

  11. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    15 juin 2008 à 10:27 @Armand

    Pour ma part je n’aurais ni plus ni moins confiance dans des billets de banque par rapport à mon relevé de compte bancaire (la reconnaissance de dette de la banque envers moi) en cas de “crash” du système monétaire : toute la monnaie est “fiduciaire” même si l’une se nomme ainsi et pas l’autre…
    C’est de toute façon moins facile de se promener une brouette remplie de billets de banques qu’avec un chèque du même montant.

  12. Jean Jégu dit :
    15 juin 2008 à 17:09 A la lecture de ces interventions, il me semble trouver, des formulations qui mériteraient d’être retenues. Elles ne peuvent être contestées qu’ avec des raisons très argumentées. Je vous soumets ma récolte.

    De Gérard P. :

    4) L’évolution de la masse monétaire est indépendante de l’évolution de la valeur des patrimoines et vice-versa.

    Il faut absolument ne pas confondre les notions de valeur et de monnaie. Un paragraphe clair à ce sujet serait utile. Quelqu’un pourrait-il s’y essayer ?

    De Armand :

    S’il n’y a relativement peu d’intérêts en cours … il n’y a pas besoin de création monétaire supplémentaire, les intérêts étant prélevés dans le flux de circulation normale de la monnaie, et remis ensuite en circulation (la banque doit bien payer des salaires, charges et fournisseurs et utiliser ses bénéfices comme n’importe quelle autre société). Le système tourne (peut tourner) à quantité de monnaie fixe …. Les prix sont alors un signal fiable …

    C’est exactement ce que je veux dire quand le dis que le système démonétise ses recettes et monétise ses dettes.

    Le problème se pose lorsque le montant des intérêts en cours devient trop important par rapport à la masse de monnaie et à l’ambiance économique. Il faut alors créer de la monnaie supplémentaire pour éviter les défaillances de remboursement ou accepter ces défaillances (nettoyage des excès). C’est un problème politique.

    Nous sommes dans cette situation. Au cours de son existence éphémère (la durée du prêt) chaque euro (ou dollar sans doute), né d’un prêt initial, est re-prêté plusieurs fois (3 ou 4 fois … ?) par les échanges d’actifs financiers. Chaque euro en circulation est donc « chargé » d’un taux effectif de … disons, 4 x 5 % = 20 %/an au minimum. L’économie réelle pourra-t-elle longtemps suivre ?

    Comme l’engagement des banques (création de leur monnaie) est largement supérieur à la quantité de monnaie centrale, cet engagement n’est rien d’autre qu’une promesse mensongère (puisqu’elles savent) et intenable.

    Par charité chrétienne, je serais un peu (un tout petit peu) plus modéré. Vu la méconnaissance de la monnaie dont font quelquefois preuve les agents des banques, je préfère répéter la prière de l’Evangile : « Seigneur, pardonnez leur ; elles ne savent ce qu’elles font ».

    Le Trèsor émet un emprunt d’état qu’achète la banque centrale en imprimant (véritablement) sa monnaie sous forme de billets. Le bon du Trésor est libellé dans cette monnaie, l’Etat est réputé toujours pouvoir lever l’impôt et donc récupérer ces billets et les remettre à la BC pour rembourser son emprunt, la BC brûlant alors ces/ses billets au fur et à mesure qu’ils lui reviennent (détruisant la monnaie qu’elle avait précédemment créée).

    Oui, la monnaie, même centrale, n’est qu’une pure convention sociale. Bien sûr, pour éviter les difficultés qui vont de pair, le retour à l’étalon or, qui semble vous agréer, Armand, est une possibilité. J’ai déjà dit ici pourquoi je n’y étais pas favorable (mais ça se discute). Ma préférence irait plutôt à la prise de conscience collective de cette réalité, qu’il n’est de monnaie sans société constituée et, je le pense, réellement solidaire. C’est ici que la mobilisation de l’intelligence collective serait fort utile pour en tirer toutes les conséquences.

    Il n’est pas nécessaire de créer (puis détruire) de la monnaie pour rémunérer du travail. Tout au contraire. Il faut la transmettre comme témoin / jeton, signe du paiement d’un travail effectué ou d’un bien vendu, pour ensuite pouvoir la transmettre en paiement d’un bien ou d’un service reçu. On détient donc une créance sur la collectivité, privée et publique, pour un service qu’« on » a déjà rendu et que « quelqu’un(s) » devra rendre à son retour. La monnaie n’est rien d’autre qu’une reconnaissance de dette anonyme, et donc transmissible, dont la loi force l’usage et dont elle est supposée garantir l’intégrité.

    La monnaie comme « reconnaissance de dette transmissible » pour un service déjà rendu ou un travail déjà effectué. Voilà une idée trop rarement énoncée. Elle me semble pourtant la base même de la nature de la monnaie : des collectivités organisées et solidaires (dont les membres consentent à une certaine communauté de destin) semblent seules capables d’émettre des monnaies crédibles tant pour leurs membres que pour les collectivités voisines. Ne serait-ce pas là une base pour réexaminer nos systèmes monétaires.

    De Gérard P.

    Il me semble que :

    1) Le crédit crée de la monnaie et le remboursement l’annule.

    2) Une valeur ajoutée (travail+soleil) réalisée ou une plus-value réalisée ne créent pas de monnaie : seule la répartition de la monnaie change entre les acteurs.

    3) Par contre, une valeur ajoutée ou une plus-value créent de la valeur.

    Vérités essentielles clairement énoncées, si du moins on différencie bien monnaie et valeur.

  13. Armand dit :
    15 juin 2008 à 19:20 @Stilgar :

    j’ai vécu un crash bancaire (Argentine 2001) sans véritable crash monétaire (enfin, en interne), et j’ai pu apprécier la différence. C’est pourquoi je préfère la brouette. Mais juste une, au-delà je convertis en non-fiduciaire, je reviens au troc.

    @Jean :

    Oui, la monnaie, même centrale, n’est qu’une pure convention sociale. Bien sûr, pour éviter les difficultés qui vont de pair, le retour à l’étalon or, qui semble vous agréer, Armand, est une possibilité. J’ai déjà dit ici pourquoi je n’y étais pas favorable (mais ça se discute). Ma préférence irait plutôt à la prise de conscience collective de cette réalité, qu’il n’est de monnaie sans société constituée et, je le pense, réellement solidaire. C’est ici que la mobilisation de l’intelligence collective serait fort utile pour en tirer toutes les conséquences.

    Effectivement, je considère que la monnaie est l’élément le plus important d’une société, son sang en quelque sorte.

    Nous sommes donc d’accord, Jean, sauf sur le point de la capacité des hommes à pouvoir, ou plutôt vouloir, prendre conscience de cette réalité et, en plus, à devoir faire l’effort d’en tirer des conclusions. Je suis, hélas, persuadé que la nature humaine conduit la majorité a préfèrer « déléguer » quitte à aller manifester lorsqu’elle a été appauvrie ; « Panem et circensens ». Quant à la minorité qui en a conscience, hé bien, je crains qu’elle ne songe qu’au meilleur moyen d’en tirer profit dans le cadre d’un « marché ou reigne, évidemment, une concurrence libre et non faussée ». D’où mon recours à quelque chose qui ne dépendrait ni de ceux-là ni de ceux-ci pour que ceux qui le souhaitent puissent éviter de subir les conséquences des turpitudes des uns et des autres.

  14. Armand dit :
    15 juin 2008 à 21:01

    4) L’évolution de la masse monétaire est indépendante de l’évolution de la valeur des patrimoines et vice-versa.

    Il faut absolument ne pas confondre les notions de valeur et de monnaie. Un paragraphe clair à ce sujet serait utile. Quelqu’un pourrait-il s’y essayer ?

    Je veux bien m’y essayer avec cette petite provocation :

    La vision comptable conduit, me semble-t-il, à confondre la valeur d’un bien matériel, son prix à un instant donné et même ce qu’un engagement pourrait rapporter dans le futur, c’est-à-dire à additionner bananes, dessins représentant des bananes et bananiers au motif que ce sont des fruits, des représentations de fruit, ou des fruits en devenir ; ce que rappelait déjà Magritte avec son « Ceci n’est pas une pipe »

    Au début du jeu les patrimoines réels sont :

    A : 10€b (euros bancaires) sous la forme d’un « bon pour un billet de 10 euros » ainsi qu’écrit sur son relevé envoyé par BQ.
    B : 0
    C : 1 bois dont le prix, *au moment* où B et C sont d’accord sur « le prix et la chose », est de 9€, euros dont on ne précise pas encore le mode de paiement
    BQ : 10€ en billet « pliable » et -10€b de promesse écrite à A ; de plus elle peut faire face à tous ses engagements, ici remettre à A ses € sous forme de billets ayant cours légal

    … plus une certaine dose de confiance répartie dans le système

    Juste après que B obtienne son crédit, les choses se gâtent :

    A : 10€b
    B : 9€b et un échéancier de remboursement de 9€ + 0,5€
    C : 1 bois estimé à 9€
    BQ : 10€, -19€b, 1 contrat signé par B et gagé sur un bois pas encore possédé par B et estimé à un prix de 9€, et un revenu futur de 0,5€

    BQ est en équilibre comptable, en un sens plutôt baroque, parce qu’elle peut mettre en équivalence ses 10 bananes, ses peintures représentant 19 bananes et un bananier réputé devoir et pouvoir fournir 9 bananes et demie dans le temps imparti. On passe de Magritte à un inventaire à la Prévert et BQ n’a pas encore tritisé !

    Mais, pourtant, BQ sait déjà qu’elle est en faillite potentielle, ne pouvant faire face à son obligation de retrait à vue des 19 bananes mangeables que peuvent lui réclamer A et C.

    De plus, (i) le gage de B n’est pas encore valide puisque la vente n’a pas encore eu lieu, sauf à ce que l’acte signé par B et C soit annexé au prêt et, si le montant du prêt avait été de 12€ et que, en toute bonne foi, (ii) B se présente au guichet de BQ pour les retirer afin de les remettre à C, BQ défaille dès le début du jeu, avant même la vente. Pour éviter ces deux premiers fâcheux obstacles, BQ imposera de payer directement C et sera partie-prenante à l’acte de vente, ce qui limite les risques dûs à B. BQ force en quelque sorte que le moyen de paiement soit le sien.

    La situation est alors directement celle qui prévaut après la vente (paiement et transferts de propriété) :

    A : 10€b
    B : un bois gagé – un échéancier de remboursement de 9,5€
    C : 9€b
    BQ : 10€, -19€b, 1 reconnaissance de dette de B pour 9,5€ gagée par un bois estimé à 9€.

    La situation de la banque est plutôt scabreuse : elle est l’obligée immédiate de A et C, n’a de garantie que de B mais ne peut exiger immédiatement sa créance sur lui. Vu le montant du prêt, ni A ni B (puis C) ne peuvent, seuls, couler BQ en se présentant au guichet, mais ils peuvent avoir faim au même moment.

    L’estimation du prix du bois de B n’a désormais plus aucun intérêt, il pourrait chuter à 1€ –beaucoup de soleil et d’eau en font pousser ailleurs, ou grimper à 15€ –l’hiver est annoncé fort rude. Je suppose que tant B que BQ se sentiraient bien mieux dans le dernier cas et qu’alors BQ tenterait d’accorder un prêt supplémentaire à B pour qu’il puisse « extraire de la valeur ».

    Comme les contrats se concluent et s’exécutent de bonne foi et que l’ambiance est bonne, les choses devraient tourner rond, les acteurs se fourniront mutuellement biens et services de sorte que, capital et intérêt remboursés, ils pourront se retrouver dans un état stable (défini comme un état sans aucun prêt en cours). On peut même imaginer que B loue à BQ le droit de se balader dans son bois pour, in fine, lui rembourser les 9,5€, sans même besoin de soleil ni de sueur ! Ce service d’agrément disparait aussitôt rendu (une charge dans la compta de BQ annulée par l’annuité de B)

    on a alors :
    A : 10€b ; B : 1 bois ; C : 9€b ; BQ : 10€, -19€b

    Bien qu’aucun problème ne soit apparu, un régulateur serait déjà intervenu car BQ est mal (et A et C aussi par conséquence). Mais, techniquement, si A et C sont contents, tout va bien. Ils ont même tous intérêt à être contents.

    On remarque qu’ici A n’a pas eu son mot à dire alors qu’il est en risque, « à l’insu de son plein gré », que C retire 9 bananes mangeables au début du jeu puis B les siennes à la fin. On en déduit aussi, qu’au fond, les vraies bananes ne servent à rien et qu’il suffit de laisser faire le marché.

    Rien n’empêche BQ de prêter 200€b plus 15€b d’intérêts tant que A, B et C préfèrent les « bons pour x bananes » plutôt que les bananes elles-mêmes car il faut une brouette pour les transporter et que A ne s’intéresse pas au prix du bois. Il suffit que les modalités de la location du bois soit en rapport avec le montant du prêt ayant servi à l’acheter.

    Dans le cadre du projet de Paul d’une constitution monétaire et bancaire, où l’on parle de prêts adossés à de l’épargne de même terme, A serait impliqué. Il recevrait une partie des 0,5€ mais ne pourrait réclamer ses bananes avant la fin du jeu et la limite des prêts serait aussi imposée. Un autre risque en moins.

    Sinon il faudrait que Paul change le titre de ce fil en « la monnaie c’est un peu des bananes et beaucoup des dessins de bananes ».

  15. Paul Jorion dit :
    15 juin 2008 à 22:05 Gerard P. me fait parvenir une comptabilité détaillée de la monnaie et de la valeur dans son exemple, sur tableur Excel.

    masse-monetaire-valeur

  16. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    16 juin 2008 à 06:59 Bonjour

    Je trouve plus haut

    S’il n’y a relativement peu d’intérêts en cours … il n’y a pas besoin de création monétaire supplémentaire, les intérêts étant prélevés dans le flux de circulation normale de la monnaie, et remis ensuite en circulation (la banque doit bien payer des salaires, charges et fournisseurs et utiliser ses bénéfices comme n’importe quelle autre société). Le système tourne (peut tourner) à quantité de monnaie fixe …. Les prix sont alors un signal fiable…

    Hum… avec pas mal de limites…

    Bon, prenons un exemple un peu excessif, mais ce sera plus clair.

    Nous partons d’une société sans monnaie.

    Le système bancaire B crée 100 à 10% à la collectivité. Le PIB créé la première année est de 100, la Vitesse de rotation de la monnaie VR est de 1, la dette collective Dc est de 100

    Début 2° année : Puisque les intérêts sont prélevés sur le flux et remis en circulation, la quantité de monnaie reste la même. S’il n’y a aucune croissance le PIB reste de 100, la VR de 1, la Dc est maintenant de 110, les intérêts dus pour la 3°année sont de 11

    Début 3° année : même conditions. La Dc augmente, c’est tout, en fin d’année elle sera de 121 et les intérêts dus de 12,1… avec une masse monétaire qui reste toujours de 100
    Etc…

    Comment la collectivité va-t-elle rembourser la dette lorsque le système bancaire en demandera le remboursement ?

    Simple : Le système bancaire “efface” les 100 de sa comptabilité et fait une croix sur les intérêts !

    Exemple un peu modifié : cette fois on augmente le PIB de 5% par an.

    Le système bancaire B crée 100 à 10% à la collectivité C. Le PIB créé la première année est de 100, la Vitesse de rotation de la monnaie VR est de 1, la dette collective est de 100

    Début 2° année : Puisque les intérêts sont prélevés sur le flux et remis en circulation la quantité de monnaie reste la même. Le PIB passe à 105, la VR imposée est donc de 1,05, la dette collective est maintenant de 110, les intérêts dus pour cette année sont de 11

    Début 3° année : Le PIB passe à 110,25. La Dc augmente, en fin d’année elle sera de 121 et les intérêts dus de 12,1… avec une masse monétaire qui reste toujours de 100, la VR doit être de 1,10

    Début 4° année : Le PIB passe à 115,75 , la dette collective à B devient 133,1 avec des intérêts dus de 13,3, la VR doit être de 1,15

    Début 5° année : le PIB passe à 121,5, la dette collective à B passe à 146,4 et 14,6 d’intérêts à payer pour la 6° année. La Vr devient nécessairement 1,215…

    Mais considérez en plus que dans cet exemple, aucune partie du montant de monnaie de 100 qui reste la seule monnaie utilisable, n’est épargnée (sortie du circuit productif) et que la Vr est adaptée aux conditions. Or, la Vr, ça ne se « décrète » pas, c’est une observation a posteriori. Si les différents acteurs de la vie économique sont frileux, il n’y aura aucune croissance ou une dé-croissance. Et surtout, comme dans l’exemple précédent, si le système bancaire demande le remboursement du capital + intérêts, d’une part il « manque » toujours les intérêts, d’autre part, s’il ne crée pas à nouveau les 100, il n’y a plus du tout d’activité possible, sauf le troc… on fait comment sans création monétaire ?

  17. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    16 juin 2008 à 07:13 Armand dit :
    15 juin 2008 à 21:01 ” Je veux bien m’y essayer avec cette petite provocation …”

    Je ne dirais qu’un mot : Bravo , et avec le sourire ;-)

  18. Armand dit :
    16 juin 2008 à 08:04

    Gerard P. me fait parvenir une comptabilité détaillée de la monnaie et de la valeur dans son exemple, sur tableur Excel.

    Dès la première case, Gérard fait l’hypothèse implicite que la banque est infaillible et que les 10 du compte de A valent les 10 en billets contre lesquels ils sont supposés pouvoir être échangés. L’histoire des faillites bancaires montre que l’hypothèse est fort audacieuse. Même en cas d’assurance ou d’intervention des zautorités, A est grugé, comme tous les autres possesseurs de billets ou de promesses de billets : il se retrouve avec le bon nombre de billets, mais il y aura davantage de billets dans le jeu, créés pour remettre à zéro un compteur négatif, « au nom de la solidarité avec une si noble profession »

    Il faut, je crois, distinguer les billets des relevés de comptes. Ainsi, dès après le crédit accordé à B, la case banque-valeur ne passe pas à 10-9=1 mais à 10+9=19, comme dans ma provocation précédente. Ce serait le cas (confondre comptes et billets) dans un système sans réserves fractionnaires et avec un banquier honnête qui ne se laisserait jamais aller à inscrire davantage d’écriture qu’il ne possède de billets au motif que ses clients, forts satisfaits de ne plus avoir à utiliser de brouette, ne lui demandent jamais de billets et, qu’en plus, il a observé que cela augmentait le nombre de transactions et permettait même l’accès à la propriété à ceux qui ne le pourraient pas sinon (ou plutôt « facilitait », puisque le crédit est possible dans un système non fractionnaire) et, accessoirement, augmente ses revenus.

    Bref, il fabrique du bonheur en « créant de la valeur ». Ce monsieur Keynes entrera dans l’histoire des Grands-Hommes et aura beaucoup de disciples. Ne s’agit-il pas véritablement d’une noble profession ?

    Ensuite les actifs, terrain et bois, ainsi que le crédit sont supposées conserver le même prix tout au long du jeu, ce qui lui ôte le charme des bulles et de leur explosion.

    Tout est donc question de point de vue … et de conséquences, notamment pour ceux qui sont dans le jeu sans le comprendre.

    Ainsi, observant une chose, le spéculateur pourra s’exclamer « mais c’est un triangle, et équilatéral de surcroît ; j’en ai même déterminé des propriétés invariantes sur le rapport entre les longueurs des cotés de ses objets et déduit une loi universelle permettant de prévoir une longueur connaissant l’autre. Oui messieurs ! Il s’agit donc bien d’une vraie science ». Et on aura tôt fait d’attribuer à ce monsieur Thalès « le prix Nobel de la spéculation institué par la banque Goldman Sachs à la mémoire du Sieur Alfred » sans plus s’interroger sur la nature réelle de la chose.

    Pourtant, observant cette même chose un comptable aviateur prétendra, qu’au contraire, il s’agit d’un carré. D’ailleurs, il en tient une preuve absolument irréfutable : une photo aérienne. Et si c’est « vu à la télé », c’est vrai n’est-ce pas ?

    Au même moment un autre pourra dire : « pas du tout, ce n’est ni un triangle, ni un carré, c’est piquant »

    Tous parlent évidemment d’une pyramide. Mais ce n’est qu’une pyramide qui ne cause de tort à personne.

  19. Armand dit :
    16 juin 2008 à 10:00 Cher Stilgar,

    « Nous partons d’une société sans monnaie. » : outch ! pour Jean et moi c’est déjà une hypothèse erronée, une impossibilité même. Mais je comprends bien qu’il s’agit de fixer le cadre de la discussion.

    « Vitesse de rotation de la monnaie » : Aïe ! quand j’entends ce mot je sors l’équation de la monnaie — je suis toujours un peu excessif ! qui d’ailleurs n’est pas une équation, mais entre prix Nobel on fait toujours dans le pompeux : ça impressionne.

    C’est, de fait, une loi d’état, analogue à la célèbre loi des gaz parfaits, avec une variable explicative pour que ça fonctionne : la vélocité.

    Les véritables scientifiques (et je continue bien sûr à taquiner) passent la majeure partie de leur temps à vérifier leurs hypothèses et non pas à les supposer vérifiées afin d’en déduire ce qu’ils souhaitent montrer ou ce qu’on leur demande de montrer en bricolant un modèle, statistique souvent, qui colle bien.

    Ainsi, si la température augmente trop la loi ne s’applique plus, le gaz s’étant ionisé ou le récipient ayant fondu ; si elle est trop basse le gaz se liquéfie ; si la pression est trop importante ou trop faible le récipient explose ou implose ; et s’il n’y a pas de récipient ? hé bien on est dans la situation, par exemple de l’atmosphère de notre planéte, la pression y varie aussi selon l’altitude, c’est-à-dire qu’intervient également l’attraction universelle. En fait dès qu’on s’éloigne des conditions normales de température et de pression, le modèle commence à ne plus coller.

    Bref, un modèle physique possède toujours des limites de validité, une enveloppe de vol.

    Dans ton premier exemple, la banque n’aurait peut-être pas pu fixer un intérêt si élevé, la société rembourserait aussi sa dette via l’impôt sur les bénéfices de la banque et sur les revenus des citoyens ou en adapterait le taux ou nationaliserait la banque.

    Ton second exemple montre que le modèle ne peut pas être exponentiel non plus, ou plutôt pas très longtemps.

    Dans la réalité il se passera nécessairement quelque chose (et même plusieurs). Au plan monétaire ce sera une adaptation de la valeur relative de la monnaie vis-à-vis des autres biens et services, les prix changeront. Le tout est de savoir au profit et au détriment de qui. Si la monnaie est dévaluée par augmentation de sa quantité, le PIB pourra continuer de croître à ce taux ; simplement son unité de mesure rétrécira dans le temps, mais d’honorables statisticiens se feront un devoir d’en tenir compte grâce à un modèle estimopifométrique parfait. Sinon des prix devront baisser et des choix faits.

  20. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    16 juin 2008 à 10:33 @ Armand

    Je n’ai rien voulu montrer de plus que, si les intérêts sont prélevés dans le flux de circulation normale de la monnaie, sans émission monétaire supplémentaire nouvelle, le système ne pourra tenir qu’en augmentant la vitesse des échanges (”la vitesse de circulation”, je n’ai pas d’autre mot et c’est une notion connue et étudiée depuis Jean Bodin au 16° siècle), et qu’il faut plus de monnaie si on veut, en plus, obtenir une augmentation du PIB… et tant (ou “à condition”) que le système bancaire ne demande pas le remboursement de tous les prêts avec les intérêts…

    Tout le monde ici connait sans doute cet apologue de La Dame de Condé

    Nous sommes à Condé-sur-Gartempe. Son hôtel de la Gare est réputé pour ses ortolans et sa discrétion…! Un vendredi après-midi débarque une jeune femme, d’apparence convenable, bien qu’un peu trop fardée. Elle réserve une chambre pour la nuit et, comme elle n’a pas de bagage, elle laisse en acompte un billet de 100 euros, tout neuf. Puis elle s’en va visiter la vieille ville. Le pâtissier qui a vu la scène dit au patron : « ça fait six semaines que vous me devez 100 euros pour la pièce montée que j’ai livrée à l’occasion de la communion de votre fille. » Le patron lui donne le billet de bonne grâce. Comme cette scène a été vue par d’autres, elle se reproduit cinq nouvelles fois, car le pâtissier devait aussi 100 euros au minotier… qui en devait autant au garagiste… lui-même débiteur de cette somme au boucher… qui avait à régler 100 euros au représentant de la maison Erlida… lequel devait à son tour acquitter sa chambre à l’hôtel de la Gare pour 100 euros. Il redonne donc le billet au patron de l’hôtel. Notre Dame revient de promenade. Elle annonce, qu’ayant fait une rencontre, elle annule sa réservation. Ce qui arrange bien l’hôtelier qui, entre temps, a eu une demande d’un de ses vieux clients. L’hôtelier lui rend donc son billet qu’elle brûle aussitôt. « Il était faux », dit-elle en souriant.”

    Moralité de cette histoire :

    – Le PIB du village a augmenté puisque les commerçants, ayant été payés, ont pu inclure leurs ventes dans leur comptabilité…

    – Ce faux billet a été capable de catalyser autant d’échanges parce qu’un billet est de la monnaie fiduciaire (du latin fiducia : confiance). C’est exclusivement une « valeur de confiance » entre les membres d’une communauté. Dans un autre pays il n’aurait pas été accepté. Un billet faux perd « sa valeur » seulement au moment où il se révèle faux et n’est plus accepté par celui qui le reçoit. C’est celui qui le détient en dernier qui assume la perte. Dans cette histoire il n’y a pas eu de perte sauf pour la Dame de Condé qui savait de toute façon qu’il était faux.

    – La Dame de Condé, en réservant sa chambre, a accru de 100 euros la masse monétaire du village, ce qui a permis à six personne d’éteindre réciproquement leur dette pour un montant total de 600 euros La « qualité » de la monnaie utilisée, bonne ou mauvaise, est indifférente, mais la quantité de monnaie en circulation dans une zone est importante.

  21. Armand dit :
    16 juin 2008 à 11:25 Tout comme B a pu s’acheter un bois grâce à l’argent de A sans qu’ils ne connaissent mutuellement leur existence ni leur influence réciproque. Ici le deus ex-machina était le banquier, qui, de fait, a introduit un risque dans le système, au détriment de A notamment dont l’accord n’a pas été sollicité et qui n’a pas été rémunéré (ou dont l’avoir se trouve dévalué à la fin du jeu s’il se termine avec davantage d’unités de compte)

    Si, dès le début du jeu le taulier repère que le billet est un faux, le jeu ne commence même pas. Si un autre participant s’en aperçoit plus tard je jeu s’arrête également, mais il y a un perdant : le joueur précédent, sauf à pouvoir remonter la chaîne.

    Là encore, l’explication du tour de magie est le risque introduit dans le système par le faux billet et l’hypothèse implicite est que le risque ne se réalise pas.

    Il s’agit plutôt d’utilisation de monnaie crédibilitaire (de credibilis : qui peut ou doit être cru)

    Ce jeu peut également se résoudre instantanément par mise en contact des participant dans un livre de compte global, ce qui revient au troc d’avant l’invention nécessaire de la monnaie puisqu’il n’est plus possible de troquer à l’échelle d’un village … mondialisé.

  22. Armand dit :
    16 juin 2008 à 12:06 La dame a introduit un risque dans le système. Tout comme le banquier l’a fait pour que B puisse acheter le bois.

    Le tour de magie de ces histoires est que le risque ne s’y réalise pas. Dans le monde réel il se réalise et les conséquences en sont diverses et d’autant plus importante que le jeu avance. Quand les moins éveillés s’en rendent compte, il est trop tard pour eux.

    A peut se retrouver privé d’une partie de ses bananes, c’est-à-dire dilué : il a perdu du pouvoir d’achat sans même avoir participé au jeu. Il y a donc création d’une injustice.

    A quelques minutes près, le taulier aurait pu perdre son vieux client parti se loger ailleurs, alors même que sa venue aurait soldé les positions.

    La masse monétaire du village est compté en monnaie de singe, l’illusion de richesse projetée par le PIB peut induire le taulier ou les autres a investir alors qu’en réalité il aurait perdu un client et le système un enrichissement.

    Il y a eu utilisation de monnaie crédibilitaire (de credibilitis : qui peut ou doit être cru) et ça a des conséquences.

    Ce jeu aurait aussi pu être soldé par un livre de compte global, ce qui serait revenu à utiliser le troc, impossible dès lors que le village est global.

  23. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    16 juin 2008 à 12:20 @ Armand

    Philosophiquement vous avez raison… monnaie crédibilitaire ou monnaie fiduciaire, pour moi c’est pareil.

    Y a-t-il une seule monnaie qui puisse garder sa valeur quels que soient les évènements ? … pour ma part je n’en connais aucune.

    Et comme vous le dites : le troc est impossible dès qu’il y a des échanges avec des biens difficiles à consommer rapidement (une vache contre 2000 oeufs par exemple) ou à plus de quelques personnes, ou …

    Il faut donc un signe reconnu par tous … et personnellement, l’or ne m’intéresse pas (je ne le reconnais pas comme une valeur, car je ne puis rien en faire, je veux dire : pas plus qu’un billet de banque).

    Pour ma part, vu la situation vers laquelle nous nous dirigeons en chantant (le syndrome du Titanic) , je propose la calorie ou le Kwh comme unité monétaire : mais encore une fois des pays vont être privilégiés.

    Tiens, vous connaissez cet autre apologue ?

    Les Valbans et les Mélans

    Il était une fois deux pays, la Mélanie et la Valbanie, qui vivaient en bonne intelligence. Les Mélans produisaient beaucoup de blé, quelque mille tonnes de plus que leur consommation. Mais ils manquaient fortement de briques pour la construction. Or, quand elles tournaient à plein régime, les fabriques valbanes de briques en produisaient quelque mille tonnes en excédent. Mais tout s’arrangeait parce que les Valbans étaient friands du blé importé de Mélanie.

    Curieusement, les prix de revient du blé et des briques étaient identiques : 100 piastres la tonne.
    Pour prendre une juste mesure de la qualité des relations qui s’étaient nouées entre les divers producteurs de chaque pays et les divers importateurs de l’autre, il faut savoir qu’en ce temps-là, la conjoncture était bonne et les prix stables : jour après jour la cotation du blé et celle des briques se maintenaient à 100 piastres la tonne.

    C’est ainsi que les briques servaient de fret de retour aux navires apportant en Valbanie un blé très apprécié par sa population.

    La réalité matérielle est favorable : les producteurs des deux pays enrichissent leurs collectivités de biens matériels et les échangent rationnellement.

    Un observateur naïf, n’ayant pas subi de formation classique, serait tenté d’assimiler ces transactions à du troc. « Ces affaires-là, penserait-il, sont sages et bonnes puisqu’elles satisfont aux intérêts des deux parties, qui se défont de leurs surplus pour acquérir des produits qui leur manquent. »

    Mais voici qu’à la suite d’un événement extérieur, la conjoncture mondiale se détériore. Les cours du blé et des briques s’effondrent. Chacun baisse de moitié et c’est la catastrophe économique. Le troc serait resté identique mais les producteurs de blé et les fabricants de briques déposent leurs bilans, faute de pouvoir supporter une perte de 40.000 piastres. Les échanges cessent aussitôt, au grand dam des habitants des deux pays amis.

    Moralité à ce supplément de la fable : C’est la comptabilité qui a déguisé cette réalité en calamité financière, qui n’aurait eu sans cela aucune incidence pratique pour les deux producteurs.

  24. Armand dit :
    16 juin 2008 à 13:08 « Y a-t-il une seule monnaie qui puisse garder sa valeur quels que soient les évènements ? » non, dans un marché libre, tous les prix s’ajustent et celui de la monnaie aussi. J’essaie d’éviter que l’ajustement du prix de la monnaie se fasse par l’inflation c’est-à-dire à mon détriment et au profit de ceux qui l’émettent.

    Par ailleurs, selon moi, une monnaie doit posséder entre autres vertus celle de ne servir à rien, ça empêche au moins la thésaurisation a but spéculatif. La stocker n’empêchera pas autrui de manger, de boire, de se chauffer ni de se déplacer.

    Une monnaie-énergie sous forme physique pose d’évidents problèmes : stockage, dangerosité, préremption, … et sous forme papier la fraude arrive si vite, comme le prouve le doublement instantané des réserves des pays de l’OPEC puisque leur quota en dépendait.

    C’est par l’échange que les acteurs choissient un ou plusieurs biens comme monnaie, ajustent leur prix voire en changent. Peut-être le litre d’eau potable bientôt ?

    Quant à l’apologue qui suit, hé bien on voit déjà sa propre contradiction interne : il existe un marché extérieur qui fixe les prix, ces deux pays ne sont pas les seuls intervenants. Quel est le deus ex-machina qui fait baisser les prix ? une surproduction mondiale ? leurs balances commerciales étaient à l’équilibre à 100/100 et le restent à 50/50, le problème est posé sans toutes les données.

  25. Laurent S dit :
    16 juin 2008 à 17:00 @Armand sur la monnaie-énergie

    Si l’on doit fonder un système monétaire sur un étalon, la quantité d’énergie me paraît être le meilleur choix possible, tant le bonheur humain (au sens économique du terme) est fonction de l’énergie que l’homme a à sa disposition. Manger, c’est accéder à de l’énergie, se déplacer, jouer c’est consommer de l’énergie. Travailler c’est produire, consommer, économiser de l’énergie… Plus il ‘y a d’énergie, plus on peut accéder à des biens et services et tout bien et service peut se mesurer en quantité d’énergie qu’il faut pour le produire. Dans ce système le prix d’une marchandise est donc objectif et simple à déterminer.

    Ce n’est pas pourtant que barrages hydroélectriques ou les centrales nucléaires deviennent des banques et qu’ils faillent payer en uranium ou pétrole. Simplement, un pays produit chaque année une certaine quantité d’énergie et le système politique doit déterminer comment la répartir entre tous les individus en équivalent monétaire. A charge pour chaque citoyen de dépenser cette monnaie comme il veut, on a vu ci-dessus comment étaient déterminés les prix. Dans un tel système on a adéquation entre offre globale et demande globale et pas d’inflation.

    Mais pour ma part je crois que rechercher ce genre d’équilibre, ce graal des monétaristes est parfaitement vain. Parce qu’en fait ce n’est pas si facile que ça à mesurer, qu’ensuite équilibre globale ne signifie pas équilibre local (on peut avoir produit trop de voitures et pas assez de vélos). Cela résonne aussi comme un cauchemar totalitaire, comme si on mettait la société en équation. Peut-être aussi parce que viser cet équilibre global est inutile.

    Pour moi la monnaie n’est qu’une unité de compte, un moyen d’échanges entre des biens et services très disparates. C’est un pilier essentiel de toute société complexe, alors qu’on laisse l’Etat la créer et la gérer comme il en a besoin pour mener à bien sa politique. Elle doit être pour lui, comme la craie pour un instituteur, l’essence pour un coureur automobile… : il ne va pas la gaspiller, mais cela ne doit pas limiter son action. La seule contrainte impérative est que les citoyens ne doivent jamais perdre confiance dans le pouvoir d’achat de cette monnaie. Et sa rareté n’est pas l’unique moyen d’y arriver contrairement à ce que voudrait nous faire croire les conservateurs. Cette connaissance-là (c’est-à-dire les conditions de cette confiance) seule importe, tout le reste n’est qu’une querelle sur le sexe des anges.

  26. JLM dit :
    16 juin 2008 à 21:57 Juste comme ça, et sans la prétention d’y voir plus clair que vous tous, il me semble que quelle que soit la monnaie référentielle, Or, Dollar, Pétrole, Carte bancaire, etc. il y a toujours “un grand chef” qui déclare : “je vous l’échange contre ce que vous voudrez” …

    Le grand chef pourrait être la volonté démocratique.

  27. egdltp dit :
    17 juin 2008 à 07:11 Merci à Laurent S de rappeler que la qualité première d’une monnaie est la confiance qu’ont les utilisateurs dans sa contre-partie physique, i.e. dans la capacité qu’elle a d’être acceptée comme contre-partie d’un échange.

    Rappellez-vous la crise de 23-25 en Allemagne : plus personne n’avait confiance dans le Mark, les ouvriers se faisaient payer par demi-journée. Quelqu’était la réalité économique de ce pays, plus personne n’avait confiance dans la monnaie, donc elle ne valait plus rien. La confiance est un pré-requis, et c’est bien ce qui embête les responsables américains : comment faire pour que le monde garde confiance dans leur monnaie, quand beaucoup de fondammentaux montrent que celle-ci n’est pas digne de cette confiance…

    C’est super une économie sans usine, mais sans éléments physiques à échanger, comment donner envie à l’autre d’échanger avec soi ? Les idées, personne n’en est propriétaire au grand dam des partisans du tout brevetable. On voit comment tout se tient…

  28. Armand dit :
    17 juin 2008 à 08:25

    Le grand chef pourrait être la volonté démocratique.

    Exactement JLM ! c’est très précisément ce que je souhaite : que *nous* choisissions en tant qu’individus libres. Et je lève l’ambiguïté du mot « démocratie » en indiquant que, selon moi et en cette matière, cela exclut l’intervention d’un gouvernement ou un ensemble de gouvernements ou d’institutions.

    C’est ce qui me gêne énormémement dans la proposition de Laurent : « que le système politique détermine … » ; non : *nous* !

    Une notion de démocratie et de liberté restreinte à un déléguons à un étage supérieur ce que nous pourrions faire ou choisir nous-mêmes, avec le droit de manifester et de changer de maîtres dans la liste imposée, s’appelle plutôt selon moi de la servilité libement consentie avec possibilité de se plaindre de sa propre turpitude.

    Le grand chef n’interveint que pour les fonctions régaliennes réelles.

    egdltp : ça signifie que la monnaie « fiduciaire », basée sur la confiance, était déjà devenue une monnaie « crédulitaire » basée sur la crédulité, parce que le peuple avait abandonné sa souveraineté sur sa monnaie, délégué et renoncé à agir par lui-même sur ce point.

    Nous rejoignons le point fondamental mis en lumière par Jean, que la monnaie est le le sang d’une société. Je prétends qu’elle relève moins de la démocratie, concept philosophique, que des Nous-le-Peuple, réalité concrète quotidienne. Pour en appeler aux mânes de Mc Luhan : « La monnaie c’est un peuple qui choisit lui-même » (c’est la période du bac philo en ce moment).

  29. jean pierre brissaud dit :
    17 juin 2008 à 12:10 J’ai été frappé d’apprendre que, à l’époque de la conquête de l’Ouest les Américains faisaient confiance aux billets très usagés, maculés de sueur. Ils étaient sanctifiés par le nombre de ceux qui l’avaient déjà accepté en échange de leur travail. Les billets neufs étaient suspects. Celà signifie qu’une banque recevant un billet sué reçoit plus qu’elle ne donne en l’échangeant contre un billet neuf. L’échange au pair est une fraude. L’emprunteur peut donc rendre moins, le taux d’intérêt pur (hormis les assurances de risque de non paiement) est négatif.

    Cette fraude est devenue institutionnelle et à grande échelle : l’argent rendu à une banque vaut plus que l’argent prêté, alors que la banque se comporte comme si elle avait prêté de l’OR. Aujourd’hui, elle “prête” ce qui est pianoté sur un clavier d’ordinateur, et demande des “frais” pour le “service” rendu, alors que son grand “service” fut de voler l’or qui lui fut confié. Le “billet de banque” ne tient sa valeur que du souvenir de ce qu’il fut avant cette escroquerie. Le dollar est, en fait, gagé sur le pétrole. La fin du pétrole est la fin du dollar. C’est la réforme du système monétaire qui constitue une priorité.

    En premier lieu, elle doit être largement privatisée en faisant circuler des chèques endossés, émis par Microsoft, par exemple. Chaque acteur économique, même le simple particulier, doit pouvoir être créateur de monnaie. Il peut postdater des chèques.

    En second lieu, les billets doivent être visiblement datés, de manière à ce que les utilisateurs puissent choisir leur ancienneté. Le cours en monnaie actuelle d’une monnaie ancienne est un indicateur macroéconomique aussi important que le taux d’intérêt. C’est également un cours du temps.

    Des monnaies postdatées peuvent être émises, et font l’objet d’une côte en monnaie actuelle.

    Le système économique emploie préférentiellement les monnaies les plus anciennes et recourt aux monnaies récentes ou futures en cas de besoin. La valeur du cours du temps fournit une mesure de marché qui remplace nombres d’indicateurs statistiques relatifs à l’état, inflationniste ou déflationniste, de l’économie.

    Le système bancaire rend alors un véritable service, un service d’information.

    L’argent prêté en monnaie actuellement émise par la banque se transforme automatiquement en monnaie ancienne. L’argent rendu l’est en monnaie actuelle. Le taux d’intérêt pur est négatif.

    Cela est dû au fait que la signature d’un banquier ne vaut que par la confiance que les utilisateurs de monnaie lui accordent. Ce sont ces utilisateurs qui sont créateurs de valeur, non le banquier. Celui ci ne rend aucun service : ce sont les utilisateurs qui lui font confiance sans réclamer d’or qui lui rendent un grand service, celui de ne pas aller en prison.

  30. franck marsal dit :
    17 juin 2008 à 12:22

    Le litre d’eau ou le kilowatt-heure comme monnaie universelle

    Je ne sais si je comprends bien mais je vois deux questions sous-jacentes à la définition d’une telle « nouvelle monnaie ».

    La première question est celle du support physique de la monnaie, du support physique utilisé pour rendre les différentes fonctions de la monnaie : l’échange domestique, l’échange international, pour l’épargne, le crédit, la capitalisation, …

    La deuxième question est celle de l’unité de valeur, de l’étalon de monnaie, du rattachement de la monnaie, cet équivalent social, à une grandeur fixe, facilement vérifiable, qui fonde la confiance qu’on lui accorde et nous protège contre les tours de passe-passe.

    Sous l’angle de la première question, le litre d’eau pas plus que le kilowatt-heure n’offre pas grande commodité. Je ne me vois pas aller au marché avec des litres d’eau, et je vois encore moins le paysan du coin repartir avec des hectolitres en échange de ses pommes de terre.

    Je propose d’aborder d’abord la question de l’étalon, et de voir ensuite la manière de gager avec cohérence les échanges réalisés sur cet étalon (avec ou sans support physique).

    Il me semble que l’énergie ne fournit pas un support adéquat : l’énergie n’a pas de valeur économique stable dans le temps ni dans l’espace. Elle est un flux structurant pour l’activité économique mais elle suit ses propres règles. Elle se dissipe dans l’échange et le transport (loi d’ohm !) …

    Ma proposition serait la suivante : la valeur de l’unité de monnaie pour la période n et la zone économique P est le salaire journalier moyen constaté à la période n-1 et pour la même zone.

    C’est-à-dire que le salaire moyen tournerait autour de 1 avec un mécanisme d’ajustement automatique.

    Cela aurait deux conséquences :

    1) un mécanisme d’échanges monétaires mondiaux articulerait les monnaies nationales avec une monnaie mondiale dont le niveau d’émission serait discuté pour une année donnée de manière transparente en fonction des besoins d’échanges internationaux

    2) un système d’instruments financiers qui articuleraient de manière également transparente les échanges entre monnaie de l’année n et monnaie de l’année n+1 avec une visibilité de la monnaie reportée de n sur n+1 (épargne) ou “anticipée” de n sur n+1 (crédit).

    Le changement d’instrument de mesure change notre vision du monde (en l’occurence, des prix, de la comptabilité, du crédit, de l’épargne, répartition des revenus …).

    Je soumets cette ébauche de proposition à votre sagacité collective …

  31. Armand dit :
    17 juin 2008 à 13:14 Tiens, à propos de confiance, crédibilité ou crédulité ; de souveraineté abandonnée, déléguée ou exercée, une info venue de la partie privée de 000999.forumactif.com

    Les Nous-le-Peuple teutons, qui ont été très douloureusement sensibilisés à ce genre de problématique comme le rappelle fort à propos egdltp, commenceraient à rejeter les billlets de la BCE issus des pays de la partie ClubMed de l’Euroland et repérables à une lettre code au début de leur numéro :

    http://www.telegraph.co.uk/money/main.jhtml?xml=/money/2008/06/13/cneuro113.xml

    C’est-à-dire qu’ils se méfient de la défaillance potentielle de ces états et de leur sortie de la zone euro et anticipent que les bouts de papier qui pourraient leur rester entre les mains ne représentent qu’une promesse qui ne puisse plus être entièrement tenue.

    Ce n’est, peut-être, qu’un hoax ou un piège tendu par la perfide Albion pour cacher sa propre misère de pétro-monarchie déchue et entrer à bon compte dans la zone euro et se faire payer ses dettes par les continentaux.

    En réalité, ce qu’il faut observer, et dont ne parle pas l’article, ce sont les spreads sur les emprunts d’état de même maturité entre les différents états de l’euroland. Pourquoi existent-ils ? Un des ces états pourrait-il ne plus pouvoir lever l’impôt, en euro, pour le rembourser (comme indiqué plus haut dans ce fil concernant la création tautologique de monnaie centrale) ?

    Si vous, investisseur, craignez que cet état sorte de la zone euro, institue sa propre nouvelle monnaie et force la conversion dans cette nouvelle monnaie de ses emprunts, tant en capital qu’en flux d’intérêts encore à venir, alors vous demandez une prime de risque pour la perte en capital et en intérêt que vous subirez du fait que le taux de conversion ne sera pas équitable puis que la nouvelle monnaie se dévaluera plus vite encore que l’euro.

    Cette méfiance vis à vis de l’emprunt déteint sur ce qu’il garantit : le billet de banque (centrale).

    Avec une monnaie valant par ce qu’elle est –ce qu’elle contient– et non pas par ce qu’elle promet –ce qui est écrit dessus– ce type de problème ne se poserait pas sur la monnaie, mais sur le seul emprunt d’état puisqu’il apparaitrait pour ce qu’il est réellement : une simple promesse de remboursement futur en « sonnant et trébuchant », c’est-à-dire en matière pesante (ou en énergie chauffante) que l’état, ou un autre, n’aura pas ou plus les moyens de tenir totalement.

    Napoléon avait peut-être déjà compris cela, lui qui fit fondre des variantes nationales du nap’ (croix suisse, union latine, tunisienne) ; toutes ces pièces de même masse contenaient la même quantité d’or fin et ne différaient que par leur face nationale et circulaient d’un pays à l’autre … aujourd’hui nous avons un support en acier ou en papier sur lequel est gravé une promesse gouvernementale ou extra gouvernementale.

    Enfin, ceux qui suivent ce genre de questions savent que seule la Bundesbank refuse de vendre son or, Axel Weber son gouverneur l’a même dit publiquement et fermement face à son gouvernement qui le lui demandait. Peut-être est-ce pour cela que les Nous-le-Peuple teutons se contentent de rester au niveau de la monnaie fiducaire euro-teutonne : ils ont confiance parce qu’ils surveillent, ils ne ressentent pas le besoin de monter en gamme (en garantie) en passant à du « bric’n mortar »

    Les autres banques centrales de la zone euro vendent régulièrement leur or pour le placer en emprunts d’état « qui rapportent » … mais qui rapportent quoi ?

    Damned ! certaines bananes étaient en plastique !

  32. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    17 juin 2008 à 15:38 Armand

    Oui vous avez raison, il y a parfois quelques pourcents d’écart sur les taux entre les emprunts publics de la RFA et les emprunts publics de la France, de l’Espagne ou de l’Italie, pour ne citer qu’eux. Mais 5% (par exemple) sur 4,500 %, ca fait du 4,725 % … pas tragique quand même. Mais il est vrai que les prêteurs intégrent la probabilité d’éclatement de l’euro.

    Pour l’or, la Bundesbank dispose sans doute de 3 500 tonnes d’or et la France avec 3 000 tonnes.. ce sont des chiffres qui semblent importants, mais même à 1000 € l’once, pour l’un comme pour l’autre ça ne ferait pas l’équivalent d’une année des seuls *intérêts* de la dette publique.

    Avant de vouloir vendre l’or, commençons par donner le droit de création monétaire à la BCE (au moins en ce qui concerne le financement des investissements des Etats : http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=La%20Dette%20Publique )

  33. Armand dit :
    17 juin 2008 à 15:38 Quel post intéressant, Jean-Pierre !

    – la sueur comme marque physique de la confiance déjà accordée par d’autres, inconnus, et qui fait boule de neige ; la difficulté du nouveau venu sur un marché. Principe éternel qu’on retrouve aijourd’hui sur le web : plus on pointe vers un site plus les moteurs le valorisent et plus il devient référence, vérité ; c’est ainsi qu’un nouveau site essaie d’échanger « gratuitement » des bannières vers lui donc en fait de parasiter.

    Le poids de la marque qui se renforce jusqu’au monopole : à la limite les signes imprimés sur le billet disparaissent, seules subsistent les couches de sueur : les Nous-le-Peuple ont gagné ; il refusent les billets nouveaux et ne s’échangent que leur sueur, garantie de leur travail passé pour celui à venir. La contre-façon va devoir simuler de la sueur : nous parvenons à la phase de vérifiabilité de la monnaie ; tester de la sueur plutôt qu’une teneur en métal ou l’honnêteté et l’intégrité du personnel politique : pourquoi pas ?

    Les esprits ont bien changé (sont bien formatés) : aujourd’hui on aurait plutôt tendance à refuser un billet trop abîmé !

    A l’époque de la conquête de l’ouest, étaient plutôt d’usage le dollar-or ou le dollar-argent.

    – « fut de voler l’or qui lui fut confié. » pour ce qui concerne la FED, les Nous-le-Peuple abandonnèrent une partie de leur souveraineté, les pièces d’or et d’argent étaient remplacées par des FED-notes *convertibles* en or ou en argent sur simple demande au guichet. Ils gagnaient une facilité d’échange. Mais ils abandonnérent leur surveillance, la FED émit plus de billets qu’elle n’avait d’or et d’argent, fit discrètement disparaitre la mention de convertibilité, puis ce fut la crise de 29, la ruée au guichet … trop tard : Roosevelt par son « executive order » du 5 avril 1933 obligea les Nous-le-Peuple à apporter pièces, lingots et certificats or à la FED sous peine de 10 000 $ et/ou de 10 ans de prison et ce avant le 1er mai 1933. Et à cette époque, la FED ne faisait que commencer à détruire la valeur de dollar-papier qu’elle était sensée protéger : 10 000 $ c’était quelque chose !

    – « le dollar gagé sur le pétrole » grâce à un révolver braqué sur la tempe du producteur. Si le producteur pense que le pistolet est désormais vide, le dollar plonge aussi. N’est-ce pas ce à quoi nous assitons aussi aujourd’hui ?

    – « C’est la réforme du système monétaire qui constitue une priorité. » c’est ce que je pense aussi, ensuite le système bancaire, enfin le système financier.

    – le reste du post correspond en fait au mécanisme d’escompte, lorsque la traite signée par le client puis endossée par les différents intervenants dans la chaîne de fabrication permet un financement, dont elle constitue la garantie non inflationiste, la traite est détruite à la livraison / paiement. A chaque transmission elle perd une partie de sa valeur : le taux d’escompte qu’il ne faut surtout pas confondre avec le taux d’intérêt (celui des emprunts). Ce sont deux indicateurs économiques très informatifs s’ils ne sont pas manipulés ni parasités.

    C’est la « real bill doctrine » RBD.

    – « le banquier ne rend aucun service », si, celui de gardien et d’entremetteur, mais en la matière les tarifs de Madame Claude me semblent moins élevés et la prestation plus agréable.

  34. Armand dit :
    17 juin 2008 à 15:53 Stligar, peut-être que sur un marché véritablement libre l’équilibre s’établirait très au-dessus des 1 000 € / oz, mais je pense qu’effectivement l’euro ne sera pas la première grande monnaie fiduciaire à éclater.

    Quant à permettre à la BCE de financer les états, il me semble que les Nous-le-Peuple n’ont plus, hélas et paradoxalement, voix au chapitre constitutionnel. Quoique ce point fût par nous accepté lors du référendum de Maastricht.

  35. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    17 juin 2008 à 15:56 Désolé.. quand j’ai écrit ” Mais il est vrai que les prêteurs intégrent la probabilité d’éclatement de l’euro.”, je voulais dire “Mais il est vrai que les prêteurs intégrent la *possibilité* d’éclatement de l’euro.”
  36. Vincent Lannoye dit :
    18 juin 2008 à 04:49 Bonjour,

    Jean Jégu m’a indiqué ce forum-blog sur la monnaie.

    En tant qu’auteur de “La monnaie et les banques – de la Mésopotamie à Manhattan”, permettez-moi d’apporter quelques clarifications sur la création monétaire.

    La création monétaire actuelle provient bien (essentiellement) des banques “secondaires” = “commerciales” (souvent privées, parfois publiques comme en France avant les re-privatisations des années 1980).

    Pour l’Histoire, ce type de création est apparue au fil des millénaires. Initialement, la monnaie était métallique en once d’or ou d’argent. Sa création provenait des mines et de l’orpaillage. Ce n’est que par la suite que les banquiers ont prêté les pièces en dépôt. Et comme ces pièces prêtées restaient en dépôt – les clients et emprunteurs manipulaient lettres de change ou billets de banque – alors les banquiers ont prêté les pièces une deuxième fois à l’insu des déposants. Avec deux pièces prêtées pour une pièce en dépôt, il y a création de monnaie “scripturale” (non métallique) mais monnaie quand même. Ensuite, la proportion de monnaie scripturale (non métallique) des banques privées a progressé de siècle en siècle. Finalement, elle atteint quasi 100 % après 1971. À présent, la monnaie est créée par banques qui peuvent créditer à leurs clients sous conditions. La création monétaire est donc bien un tandem banques – clients. Les euros sont créés par simple inscription dans un compte client (ou carte de crédit) sous forte réglementation et contrôle de la Banque Centrale. Bien sûr, les banques commerciales ne peuvent se créditer entre elles, elles ne peuvent que se prêter entre elles des sommes existantes sur les comptes clients.

    Les quelques pour cent de création monétaire restants proviennent des Banques Centrales. Elles peuvent injecter des liquidités par “simple-chèque-signé-par-la-banque-centrale” de par la “discount window” ou guichet des “prêts marginaux” réservé surtout pour banques en difficultés (comme dans les derniers mois). Les Banques Centrales peuvent aussi injecter des liquidités par leurs opérations d’open market (rachat de bons du Trésor).

    De part ce dernier paragraphe, Ben Bernanke et collègues ont les moyens de faire surnager le système malmené par la crise des “subprimes”. Leur création monétaire est techniquement illimitée. Ben et les autres doivent prêter tant que la crise des subprimes menace, et tant que les prix de l’immobilier restent chers par rapport aux prix des loyers. On s’en approche.

    Ainsi, les dangers économiques pointant à l’horizon ont plus à voir avec l’inflation générée par ces injections de liquidités des Banques Centrales, par la hausse du pétrole, et finalement tout acteur capable d’influencer la confiance et l’envie de consommer.

    L’inflation est un danger majeur pour la politique monétariste des Banques Centrales. Ces banquiers souhaitent que la monnaie reste symbole “de sueur”. Avec l’inflation, la monnaie est seulement le signe de la sueur des imprimeurs de billets (surtout au Zimbabwe et ses 10000% d’inflation). L’assertion de Paul Jorion est donc à forte connotation… monétariste !!! :-p

    Comme quoi, pour bien comprendre la monnaie, il faut aussi comprendre l’inflation. Pour cela, je vous invite à télécharger gratuitement les trois premiers chapitres de mon livre sur http://www.strayfawn.com.

    À bientôt,

    Vincent.

  37. Paul Jorion dit :
    18 juin 2008 à 07:11 @ Vincent Lannoye

    Vous écrivez :

    …Ben Bernanke et collègues ont les moyens de faire surnager le système malmené par la crise des “subprimes”. Leur création monétaire est techniquement illimitée.

    Si c’est le cas, pourquoi les analystes considèrent-ils que depuis l’été dernier la Fed a prêté aux banques commerciales américaines, et depuis le mois dernier également aux banques d’investissement, près de la moitié des fonds dont elle disposait pour ce type d’opérations ?

  38. Armand dit :
    18 juin 2008 à 10:24

    Si c’est le cas, pourquoi les analystes considèrent-ils que depuis l’été dernier la Fed a prêté aux banques commerciales américaines, et depuis le mois dernier également aux banques d’investissement, près de la moitié des fonds dont elle disposait pour ce type d’opérations ?

    C’est un tour de passe-passe, comme déjà indiqué : la FED a remplacé la garantie tautologiquement parfaite de ses billets par une autre douteuse, sans augmenter le nombre de $ imprimés, mais en détériorant leur valeur.

    Ainsi elle ne crée *apparemment* pas d’inflation puisque la quantité de $ en circulation ne change pas, or ce sont eux les plus nuisible vis-à-vis d’une certaine inflation, celle des prix à la consommation, car ils sont, par nature (cours légal), le plus liquide des instruments de paiement, particulièrement utilisé pour la grande consommation, celle dont l’inflation des prix est très vite remarquée et subie par les consommateurs alors même qu’ils se réjouissent de l’inflation de certains actifs, croyant pouvoir en profiter : « ma maison vaut maintenant 50 000 $ de plus que l’année dernière », non ! elle vaut la même chose, car elle n’a pas beaucoup changé, voire moins car d’autres ont été construites autour et lui font concurrence ; seul son prix a monté, mais parce que mesuré dans une unité qui a été rétrécie, ce à quoi ils ne pensent pas.

    Les Nous-le-Peuple sont trompés par l’illusion de richesse, cause de « l’effet de richesse » qui les conduit à dépenser et à s’endetter. Ils ont davantage de monnaie, souvent fictive (prêt / dette / emprunt), ils le constatent facilement, mais elle vaut moins, l’ensemble des prix augmentent, mais ils ne s’en rendent pas compte de suite.

    A faible doses et espacées, c’est le médicament du Dr Keynes. Utilisé régulièrement ça crée des drogués qu’on ne peut plus désintoxiquer (le Dr Friedman prétend qu’il sait injecter en continu et doser finement grâce à un thermométre statistique parfaitement étalonné).

    L’inflation est un phénomène principalement monétaire dont la cause est l’augmentation relative de la quantité de monnaie par rapport à la quantité de biens et services disponibles (« les richesses ») et dont l’effet est l’augmentation des prix ; puisqu’il y a davantage de monnaie le rapport initial va se rétablir en demandant davantage de monnaie pour un même bien. L’influence de la vitesse de circulation de la monnaie, à quantité égale, peut intervenir parfois, par exemple los des phases d’exubérance irrationnelle ou de folie de bulbes de tulipe.

    La quantité de monnaie supplémentaire ne se propage pas instantanément dans les prix, ni ne le fait de façon homogène. Ceux qui sont à la source de cette création la dirige vers des canaux qu’ils choisissent parce qu’ils leur sont, à eux, les plus profitables, ici les banques vers les marchés actions, obligataires, l’immo, … ; la propagation vers d’autres biens, ceux de grande consommation en général, se fait à la fin de la contamination, quand il est déjà trop tard pour les Nous-le-Peuple qui ont eu l’impression que tout allait bien ou mieux. A ce moment-là les Nous-le-Peuple réclament une augmentation de salaire pour faire face à leur besoins quotidiens vitaux (quoique l’abonnement à C+ ou l’essence pour le 4×4 …) et à leurs obligations (l’emprunt à taux variable …), mais le banquier central se réveille, et parle dans sa novlangue « d’inflation de second tour » qu’il combattra alors même qu’il n’est pas intervenu au début du processus. Mais son thermomètre sera reconnu coupable.

    Ceux qui sont à la source s’enrichissent donc grâce aux unités monétaires supplémentaire qu’ils créent à pas cher, sans richesse nouvelle en face (elle est supposée venir du futur !), appauvrissant les autres dont les unités monétaires en leur possession est diluée (épargne, retraite, …) et appauvrissent plus encore ceux qui s’endettent pour jouer au plus malin à la fin du jeu, lorsque pointe la déflation.

    S’il est physiquement impossible de créer ces unités monétaire, alors ce problème ne se pose pas.

    Par cette manoeuvre, la FED crée quand même de l’inflation, mais au seul profit de ses complices. En effet, les Treasuries qu’ils ont reçu à la place de leur déchets toxiques invendables, et ne pouvant donc servir de monnaie, sont, eux, parfaitement « liquides » comme ils disent dans leur novlangue. Les Treasuries sont de la monnaie (on l’a vu dans le mécanisme de création tautologique des $-billets) qui a cours entre eux et elle rapporte même des intérêts. Mais, là, ils doivent l’utiliser pour boucher leur propres trous, cela n’ira pas dans le circuit de la grande consommation. Lors de la manoeuvre inverse de restitution des Treasuries contre ce qui ne sera plus des déchets parait-il, cette monnaie sera détruite. Mais si la manoeuvre ne peut pas se faire …

    L’émission de bons du trésor, même s’ils ne sont pas convertis en monnaie-papier est également inflationniste, mais moins qu’un $-papier car le grand public ne peut pas se les échanger directement ni les utiliser directement comme paiement, leur valeur faciale est importante.

    L’opération rescue de Bush, Paulson and Co qui viennent d’envoyer des chèques aux ménages a crée de la monnaie supplémentaire à haut pouvoir de nuisance inflationniste puisque directement et immédiatement utilisable et donc de l’inflation : je ne pense pas qu’il faille se réjouir de l’augmentation des dépenses de consommation ainsi générées, ce n’est rien d’autre que de la cavalerie de USA inc.

    En suivant la chaîne on obtient quelque chose comme : compte du Trésor US (à la FED) -> comptes courants des ménages -> comptes des commerçants -> banques des commerçants -> réserves des banques à la FED ; après ça circule, potentiellement à l’étranger si la dépense concernait un gadget chinois ou un litre de pétrole.

    Encore une fois, ce mécanisme n’est rien d’autre qu’une escroquerie pyramidale.

  39. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    18 juin 2008 à 12:19 @Armand
    Excellent :-)
  40. Armand dit :
    18 juin 2008 à 14:40 merci, Stilgar ; une lecture amusante :
    http://www.marketoracle.co.uk/Article5108.html
  41. Vincent Lannoye dit :
    18 juin 2008 à 18:11 La Fed a prêté la moitié de ses fonds “autorisés” (simple lignes de crédit pour banques en difficulté) (Voir http://www.richmondfed.org/publications/economic_research/instruments_of_the_money_market/ch03.cfm : These limits can be overcome in certain circumstances, especially if the appropriate federal banking agency or the Chairman of the Federal Reserve Board certifies to the lending Federal Reserve Bank that the borrowing institution is viable). Pour augmenter ces fonds, il faudra peut-être passer par le Congrès. Le Congrès amendera pour ne pas laisser l’économie s’effondrer, et il le peut car on n’a plus besoin d’or pour couvrir les billets contrairement aux années de débâcle 1929-1934. Bien qu’après 1934 et le détachement officieux de l’or, c’est la Cour Suprême qui a stupidement bloqué le déficit souhaité par Roosevelt et son NRA (National Recovery Act). Je crois que les autorités ont retenu la leçon des années 1930.

    En gardant en mémoire la crise des années 1930, on comprend mieux pourquoi les autorités sortent leurs carnets de chèque. Mais à présent, un autre risque majeur surgit: l’inflation, comme le précise justement Armand. La situation est très délicate et Bernanke en est conscient. Cependant, je ne pense pas que Bernanke soit un monstre responsable d’une escroquerie pyramidale, mais seulement quelqu’un qui a étudié de près la crise des années 1930.

    Néanmoins, par l’inflation, le cours pétrole, le réchauffement climatique, la situation est très inquiétante.

    Vincent.

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Le blog d'André-Jacques Holbecq
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