17 – La monnaie : approche comptable et approche économique

07 06 2008
Publié par Paul Jorion

Les citations de l’ouvrage de Dominique Plihon, La monnaie et ses mécanismes (La Découverte 2000) que A-J Holbecq (Stilgar) nous propose dans un récent commentaire, me permettent de mettre le doigt sur l’une des choses qui me chipotent encore dans notre débat sur la monnaie. Dans les passages cités, l’approche de Plihon est toute en opérations comptables : en écritures en actif et passif. Ainsi, par exemple :

La monnaie créée se concrétise par une inscription au compte du client emprunteur qui figure au passif du bilan bancaire ; la contrepartie est inscrite à l’actif à un poste créance sur le client (page 19)

Il n’y a pas de mal à ça : il s’agit d’une des représentations possibles de ce dont il s’agit. Le danger réside dans le déséquilibre que nous introduisons alors inconsciemment quand nous parlons en termes de flux monétaires pour évoquer la monnaie fiduciaire créée par les banques centrales et en termes comptables pour évoquer la monnaie « scripturale » manipulée (je m’abstiens délibérément de dire « créée ») par les banques commerciales.

Or dans la plupart de nos discussions, je constate que nous ne parlons pas d’écritures dans une « langue » appelée comptabilité en partie double mais de flux monétaires effectifs en lesquels nous tentons de traduire l’ensemble des phénomènes d’une manière que j’appellerais « physique », comme si nous avions affaire à un système hydraulique.

Ceci n’est pas innocent parce qu’on trouverait là l’explication du scepticisme que l’on observe chez les « banquiers » devant la notion de création ex nihilo. En effet, quand on travaille dans une banque, et à moins qu’on ne soit comptable soi–même, on s’efforce d’ignorer entièrement l’approche comptable, parce qu’on la considère comme une fiction plus ou moins surréaliste destinée au public et aux régulateurs (entendez : « gogos ») mais sans rapport avec ce que l’on cherche à réellement mesurer, à savoir, le profit et que permet seule de capturer l’approche qu’on appelle « économique », qui ne s’intéresse elle qu’à des flux monétaires effectifs.

Je n’ai moi–même pas échappé à ce danger : dans La monnaie : le point de notre débat (III), je présente ce que j’appelle « L’existence de trois théories distinctes de la création de monnaie ex nihilo ».

– à l’occasion de l’allocation d’un prêt, la création de monnaie ex nihilo porte sur les intérêts qui seront versés par l’emprunteur : ces intérêts constituent une nouvelle source de monnaie (Louis Even) ;

– la création de monnaie ex nihilo résulte de la démultiplication d’une somme déposée sur un compte à vue en raison de la possibilité pour une banque commerciale de prêter les sommes déposées à un tiers en ne conservant que des réserves fractionnaires (Maurice Allais) ;

– la création de monnaie ex nihilo résulte du fait que les banques commerciales peuvent prêter des sommes « fictives » (créées au moment où un prêt est accordé et détruites au moment où il est remboursé) par une simple opération scripturale (Philippe Derudder).

Or, prêtez-y bien attention : dans la théorie Louis Even, on ne parle que de flux : les intérêts sont des flux et la création ex nihilo résulte du fait qu’ils sont extérieurs au prêt.

Dans la théorie Philippe Derudder on ne parle au contraire que d’opérations comptables.

Et dans la théorie Maurice Allais, on parle à la fois de flux : les dépôts et les réserves fractionnaires, et d’opérations comptables, débouchant celles–ci sur la « démultiplication » constatée.

Et c’est cela qui me fait crier : « Casse-cou ! »

Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite

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53 réponses à “La monnaie : approche comptable et approche économique”
  1. Rumbo dit :
    7 juin 2008 à 04:34 Peut-être vais-je répondre à côté de la plaque (?) et demande toutes les indulgences si c’est le cas. Car je ne suis pas certain de bien détecter exactement les variantes “fondamentales” entre ces trois théories ici affichées qui feraient crier “Casse-cou!” à Paul Jorion.

    Dans ces trois théories, c’est celle de Maurice Allais qui paraît “ratisser” le plus large, mais ne serait pas la plus explicite car, à mon avis, la désignation des réserves fractionnaires concerne un “stade” bancaire “extérieur” à la “pure”(?) question de la création monétaire ex-nihilo. Cependant, celle de Louis Even nomme les intérêts comme étant également source de monnaie (il faudrait que je retrouve le ou les documents est cette phrase de L. Even) car il faudrait préciser si ce sont les intérêts payés par l’emprunteur concernant (vu la théorie de Maurice Allais) la stricte création monétaire ex-nihilo (hors réserves).

    Car les intérêts bancaires à payer sur une dette proviennent soit du “pugilat” économique et commercial (ma “réussite” ou ma bonne solvabilité en tant qu’emprunteur impliquent la “mise en difficulté” d’autres emprunteurs moins “battants” ou “chanceux” que moi) donc le montant de ces intérêts est soustrait à la masse monétaire, car je les ai enlevés de la monnaie déjà créée car en circulation. Soit il s’agit d’emprunts ultérieurs pour renflouer un ou des emprunts (ou les refinancer) et là, la source de monnaie que représentent les intérêts de l’emprunt, disons: emprunt-”dépanneur”, est une “pure” source de création monétaire ex-nihilo, avec le risque de “spirale infernale” trop connue..

    Quoiqu’il en soit, quand Paul Jorion écrit :

    (….) quand on travaille dans une banque, et à moins qu’on ne soit comptable soi–même, on s’efforce d’ignorer entièrement l’approche comptable, parce qu’on la considère comme une fiction plus ou moins surréaliste destinée au public et aux régulateurs (entendez : « gogos ») mais sans rapport avec ce que l’on cherche à réellement mesurer, à savoir, le profit et que permet seule de capturer l’approche qu’on appelle « économique », qui ne s’intéresse elle qu’à des flux monétaires effectifs

    on perçoit, je crois, l’abysse qu’il y a entre la mesure (qui, depuis belle lurette, n’est plus intangible comme le système métrique !) des paramètres économiques et la complète absence (ou presque) de vérité dans la création de monnaie s’y rapportant ; étant entendu que le créateur de monnaie est, jusqu’à nouvel ordre (?), le maître quasi absolu des cycles économique… Il y a longtemps que le “miroir monétaire” est un miroir déformant, devenu maintenant miroir aux alouettes, ou encore un compteur à gaz d’un gaz dont la “densité” change continuellement, les chiffres du compteur à gaz sont justes, mais la contrepartie n’y est jamais, la densité du “gaz” s’amenuisant sans cesse par la magie des faiseurs d’argent…

  2. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    7 juin 2008 à 08:02 Bonjour

    Paul écrit

    Le danger réside dans le déséquilibre que nous introduisons alors inconsciemment quand nous parlons en termes de flux monétaires pour évoquer la monnaie fiduciaire créée par les banques centrales et en termes comptables pour évoquer la monnaie « scripturale » manipulée (je m’abstiens délibérément de dire « créée ») par les banques commerciales.

    Je voudrais juste signaler que le “système” est exactement le même pour la Banque Centrale que pour les banques secondaires. La monnaie, dans les deux cas, est émise par “la prise en pension” (le terme n’est pas tout à fait exact, je sais) de titres ou “reconnaissances de dette”, disons plus simplement “des garanties”. La seule différence est que lorsque la BC émets de la monnaie (fiduciaire ou scripturale), c’est une monnaie centrale à usage des banques commerciales, lorsque les banques commerciales émettent de la monnaie scripturale, c’est à usage des agents non bancaires ( en particulier entreprises et ménages, et l’Etat sous forme d’achats d’OAT … )

    Dans tous les cas, il y a “contreparties” (je ne discute pas ici de la solidité des contreparties acceptées par les Banques Centrales ou les banques commerciales) et le bénéficiaire devra payer des intérêts en échange de cette monnaie créée et, de plus, il y a “comptabilité” de cette monnaie. Dans le cas de la banque centrale le compte du client emprunteur qui figure au passif de son bilan bancaire est la banque commerciale qui s’est financée auprès d’elle en monnaie centrale, lors d’opérations de “refinancements” ou par des ” TAF” (Term Auction Credit) …

    Après, on peut faire la différence entre la monnaie permanente (billets) et la monnaie de crédit dont les termes arrivent à échéance à des dates prédéterminées…

    Comme j’ai plus travaillé sur la dette que sur la création monétaire, arretez-moi sans hésiter si je me suis trompé … j’ai pu écrire une bêtise dans ce qui précède ;-)

  3. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    7 juin 2008 à 11:47 Je voudrais répondre à chacune des conclusions de Paul sur ce billet…

    1 – Or, prêtez-y bien attention : dans la théorie Louis Even, on ne parle que de flux : les intérêts sont des flux et la création ex nihilo résulte du fait qu’ils sont extérieurs au prêt.

    J’avoue ne pas avoir analysé le contexte cette affirmation, mais je pense qu’il faudrait savoir de quoi, en amont, parle exactement Louis Even.

    Que ce soient des intérêts dus sur le prêt d’une épargne existante, ou des intérêts demandés sur la création de monnaie à l’occasion d’un prêt créatif de monnaie par les banques, il faut bien que “globalement” il y ait création monétaire nouvelle ou qu’il y appauvrissement de celui à qui les intérêts seront “pris” pour que le débiteur puisse payer l’intérêt au créancier. C’est ce qui fait dire à Margritt Kennedy que le principe de l’intérêt est appauvrissant pour 8/10° de la population, neutre pour 1/10° et enrichissant pour 1/10°, qui crée le fait que les riches s’enrichissent et que les pauvres s’appauvrissent (”relativement” car l’ensemble est moins pauvre qu’avant… bien que la crise pétrolière risque fort de faire basculer cette courbe vers le bas…)

    2 – Dans la théorie Philippe Derudder on ne parle au contraire que d’opérations comptables.

    Philippe n’a pas dit que cela ;-)

    En fait, ce que nous disons, ensemble, c’est que le bénéfice d’une banque correspond soit au “sur-intérêt” perçu lorsque la banque prête une épargne déja existante, soit à l’ensemble des intérêts lorsqu’il y a création monétaire à l’occasion de la mise à disposition de monnaie à un emprunteur (qui devra donc payer les intérêts). Nous disons aussi que globalement le système bancaire bénéficie de l’intérêt sur toute la monnaie en circulation (existante) puisqu’il a été le seul à avoir droit de créer cette monnaie. Seule une faible partie des intérêts (ceux sur la monnaie centrale) revient à la Banque Centrale et donc in fine aux Etats.

    3 – Et dans la théorie Maurice Allais, on parle à la fois de flux : les dépôts et les réserves fractionnaires, et d’opérations comptables, débouchant celles–ci sur la « démultiplication » constatée.

    Allais a aussi raison, mais il fait intervenir une notions moins facilement compréhensibles, ce sont les “régles” auxquelles sont soumises les banques, qui limitent (un peu) leur possibilité de création.

    Chacune des approches me semble bonne, il n’y a pas de “théorie” de la création monétaire différente, mais on a effectivement un point de vue un peu différent (mais seulement un peu).

    Nous “savons” (je sais, c’est prétentieux) globalement comment fonctionne la création de monnaie, mais nous avons du mal à l’expliquer, nous nous perdons parfois dans des détails et ces détails sont néanmoins nécessaires pour la compréhension globale.

    Les “grands” économistes ont eux aussi parfois des points de vue différents (multiplicateur monétaire ou diviseur monétaire? Qui “pilote” réellement, l’offre ou la demande ?), mais globalement aucun ne remet en doute le fait que la monnaie soit créée par les banques par (ou sur) la demande des agents non bancaires…

  4. Jean Jégu dit :
    7 juin 2008 à 13:11 @ Paul

    Il y a des choses qui vous chipotent encore, Paul … Bien. Résultat, on discutaille à nouveau, comme si tout était à refaire.

    Vous revenez sur les trois théories de la création de monnaie ex nihilo. Je reviens donc sur ma position. A mon avis, il n’y a pas trois théories. Il y a un constat unanime de ceux qui connaissent la question. Relisez comment j’ai vu les “trois théories” (troisième paragraphe et suivants de mon commentaire du 3 juin sur votre billet “La monnaie : le pont de notre débat (III)).

    Peut-on à la fois refouler la présentation comptable que vous reprochez à Dominique Plihon et regretter que nous n’utilisions pas la “comptabilité en partie double . Or ces parties “doubles” sont l’actif et le passif des comptables si je ne me trompe. D’autre part, tout se passe en effet comme si nous avions affaire à un circuit hydraulique extrêmement complexe, avec des débits (flux) mais aussi des réservoirs (stocks) et dans lequel on pourrait injecter de l’eau supplémentaire à volonté avec des robinets que les banques tiennent en main.

    Ceci étant, je suis tout à fait d’accord avec vous et votre expérience de banquier : les banquiers se fichent de la monnaie comme de leur première chemise. Ce qu’ils veulent c’est le profit et le profit c’est grossir les actifs ! Nous re-voilà au premier paragraphe du point A.2.b de notre canevas : monétisation des actifs et démonétisation des dettes. La monnaie c’est pour les “gogos” et les actifs sont pour les banquiers. Le débit dans le tuyau n’a aucune importance ; ce sont les pépites qu’il transporte qui comptent. Mais la monétisation des actifs, nous n’en avons pas encore dit un mot. Si nous faisons sans cesse marche arrière, nous n’y arriverons jamais.

    Et pourquoi vouloir opposer monnaie fiduciaire “créée” par les banques centrales et la monnaie scripturale “manipulée” par les banques commerciales. Stilgar fait remarquer à juste titre que le fonctionnement est identique à chacun de ces deux niveaux : les banques gèrent les avoirs monétaires de leurs clients et les banques centrales gèrent les avoirs monétaires de leurs banques clientes. C’est pourquoi les concepts fondamentaux sont ceux de monnaie centrale et de monnaies bancaires (le pluriel est intentionnel car chaque banque émet sa monnaie – c’est pourquoi les échanges entre banques – la compensation – ne se font qu’en monnaie centrale, la seule qui leur soit commune).

    Finalement, je me demande si je n’avais pas raison. On n’apprend ni la physique, ni la chimie, ni la biologie, et pas davantage la monnaie – terreau de la finance – sur un blog, si prestigieux soit-il. Le problème, c’est que les manuels consacrés au sujet ne courent pas les rues et sont peu lisibles. Les malheureux qui s’emploient à les vulgariser en tâchant de simplifier et en employant un vocabulaire un peu carré ont bien du mal à apparaître crédibles. Combien d’années se sont-elles écoulées avant que les opinions publiques, menées par des médias irresponsables, veuillent bien s’intéresser au réchauffement climatique, pourtant affirmé par les climatologues depuis plus d’une décennie ? J’ai lu mon premier livre sur le sujet et ai été convaincu dès 1990 : “ Gros temps sur la Planète” de Jean-Claude Duplessy et Pierre Morel. Ed. Odile Jacob janvier 1990.

    Quel commentaire Paul, en tant qu’anthropologue, pourriez-vous faire de cette inertie étonnante des sociétés humaines ?

  5. Leduc dit :
    7 juin 2008 à 14:03 L’argent est corrupteur, comme le pouvoir parfois. Il arrive que dans certaines sociétés le pouvoir soit corrompu, qu’il trahisse ses fonctions originelles. Ainsi au lieu de servir le peuple, l’intérêt commun de la société, les dirigeants finissent par rechercher le pouvoir uniquement pour le pouvoir.

    J’imagine que pour les banquiers, le fait de manipuler uniquement de l’argent et tous ses dérivés finit par leur monter à la tête. Encore dans une compagnie de n’importe quel autre secteur de l’économie on a affaire et on manipule de l’argent mais aussi tout un tas d’autres choses, des matières premières ou semi-finies, des processus industriels complexes, des usines, de la logistique, etc. Mais le pauvre banquier il n’a affaire toute la journée qu’à des chiffres, et toujours des chiffres. Pas étonnant qu’à force ils soient corrompus et finalement finissent par “manipuler” de l’argent uniquement pour créer et surtout leur rapporter encore plus d’argent.

    Les sociétés humaines sont inertes parce que les dirigeants et grands acteurs de ce monde n’ont certainement pas intérêt à ce que les masses populaires prennent conscience de la vaste escroquerie dont elles sont les grandes victimes. Tant que le peuple n’aura aucun moyen de comprendre le fonctionnement du monde financier, alors les banquiers et financiers pourront continuer à s’enrichir tranquillement sur le dos de tout le monde. Il faut que pour le monde entier, pour l’immense majorité, les banques évoquent seulement des mot tels : “la banque à qui parler”, “le bon sens près de chez vous”, etc.

    Je me demande parfois même comment les banquiers eux-mêmes arrivent à comprendre ce qu’ils font, tellement les produits financiers qu’ils s’ingénient à créer semblent compliqués. Maintenant avec l’usage massif de l’outil informatique et des réseaux, le monde bancaire et financier a radicalement changé ces 20 dernières années. Ce qui me fait un peu peur c’est que les ingénieux manipulateurs et créateurs d’argent et de produits financiers complexes semblent ne plus maitriser et contrôler leurs bébés financiers monstrueux.

    Finalement dans la crise des subprime, qu’est-ce qui a été plus fort que le bon sens, la logique, la raison chez les banquiers et prêteurs hypothécaires ? Car apparemment la règle de base du prêt d’argent, c’est de s’assurer et de veiller à ce que l’emprunteur soit solvable, sinon il n’y a plus de remboursements possibles et le système s’écroule. Alors comment ont-ils pu tomber dans un piège aussi grossier ?

    Est-ce que les prêteurs pensaient réellement s’en sortir en refilant le bébé et l’eau du bain à d’autres banques et d’autres acteurs économiques en reconditionnant leurs prêts sous d’autres formes plus alléchantes, empochant ainsi quand même des bénéfices et refilant la dette insolvable et tous les problèmes à quelques gogos financiers moins doués et surtout ignorants de ce qui se passait vraiment ? Qu’avaient-ils en tête réellement, mettre en difficulté des banques concurrentes en les induisant en erreur et ensuite en lançant des opération “généreuses” de rachat afin de les empêcher d’être en situation de faillite ?

    Le monde de la finance est tellement vaste qu’il y aurait beaucoup de choses à dire, et chers amis lorsque vous en aurez fini avec la création monétaire, vous pourrez réattaquer directement sur les produits bancaires complexes et les opérations aussi plus que douteuses qu’elles font.

  6. Paul Jorion dit :
    7 juin 2008 à 16:52 Chers amis,

    Je nous imagine, nous avions décidé ensemble d’escalader l’Everest et nous voilà, fourbus, bivouaquant dans la nuit, à cent mètres du sommet.

    André–Jacques dit : « Nous sommes globalement arrivés ! » Personne ne répond. Oui, c’est vrai, mais ça ne convaincra pas les journalistes. Il faut parvenir au sommet : avec une entreprise aussi formidable que la nôtre, c’est du tout ou rien !

    Leduc dit : « C’est beau ce qu’on fait mais c’est dur ! » et les autres en chœur : « Leduc, dors : tu es fatigué ! ».

    Paul dit : « On n’y arrivera pas sans les biscuits qu’on a laissés cent mètres plus bas : il faut d’abord aller les chercher ! ». Jean éclate : « Ah non ! Avec tous les efforts qu’on a faits pour arriver jusqu’ici : pas question de redescendre, même d’un mètre ! », et Paul répond imperturbable : « Jean, sois raisonnable : on n’y arrivera pas sans les biscuits et personne ne saura ce qu’on a fait ! »

    Rumbo dit : « Allez les gars, on se tait et on dort. Demain on a du pain sur la planche : il faut d’abord aller chercher les biscuits au dernier camp et puis grimper au sommet. On est presque arrivés ! »

  7. Paul Nollen dit :
    7 juin 2008 à 20:01 Peut être intéressant pour ceux qui peuvent lire ce document

    http://129.3.20.41/eps/mac/papers/0203/0203005.pdf

    Fractional Reserve Banking as Economic Parasitism
    A Scientific, Mathematical, & Historical Expose, Critique, and Manifesto

    Vladimir Z. Nuri

    This paper looks at the history of money and its modern form from a scientific and mathematical point of view. The approach here is to emphasize simplicity.
    A straightforward model and algebraic formula for a large economy analogous to the ideal gas law of thermodynamics
    is proposed. It may be something like a new F = ma rule of the emerging econophysics field.
    Some implications of the equation are outlined, derived, and proved. The phenomena of counterfeiting, in ation and de
    ation are analyzed for interrelations.
    Analogies of the economy to an ecosystem or energy system are advanced. The fundamental legitimacy of \expansion of the money supply” in particular is re-examined and challenged. From the hypotheses a major (admittedly radical) conclusion is that the modern international \fractional reserve banking system” is actually equivalent to legalized economic parasitism by private bankers. This is the case because, contrary to conventional wisdom, the proceeds of inflation are not actually spendable by the state. Also possible are forms of “economic warfare” based on the principles. Alternative systems are proposed to remediate this catastrophic flaw.

    Paul

  8. Gérard P. dit :
    7 juin 2008 à 23:41 Quelques biscuits :
    1) Comprendre la Banque (Association Belge des Banques)
    http://www.abb-bvb.be/edu/fr/mod001/files/WF-fichebank-tekst-fr.pdf

    2) Nature juridique des dépôts sur un compte en banque :
    “Que des dépôts sur un compte en banque s’analysent comme un prêt de consommation, l’intérêt étant la rémunération du droit d’usage par le banquier des fonds déposés; qu’en raison de ce droit d’usage de fonds consomptibles, le titulaire d’un compte transfère nécessairement la propriété des fonds au banquier; … Qu’une somme d’argent figurant au crédit d’un compte ne peut être considérée comme une chose corporelle individualisée et ne peut dès lors être revendiquée;”
    (Cour d’appel de Bruxelles, 23.12.1998)

    3) Le système monétaire, François Rycx (ULB)
    http://homepages.ulb.ac.be/~frycx/Ecopol_s12.pdf

    4) Fondement d’économie politique, Alexis Jacquemin, Henry Tulkens, Paul Mercier, De Boeck 2000. Voyez la partie II.
    http://www.core.ucl.ac.be/~tulkens/Fondements_Economie_Pol.php

    5) Communications au colloque “du franc à l’euro : changements et continuité de la monnaie”, Poitiers, 14 – 16 novembre 2001
    http://sceco.univ-poitiers.fr/franc-euro/communications.htm

    6) Le principe monétaire au-delà de la dématérialisation, Vincent SOYER
    http://sceco.univ-poitiers.fr/franc-euro/articles/VSoyer.PDF

  9. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    8 juin 2008 à 17:12 Seul Paul Jorion peut nous dire de quels biscuits il a (encore) besoin pour monter au sommet ;-)
  10. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    8 juin 2008 à 18:47 En attendant de savoir de quels biscuits nous avons besoin, ceux ci conviendraient-ils pour faire quelques mètres supplémentaires ?

    Supposons qu’il n’existe qu’une seule banque dans l’économie et que celle-ci accorde un crédit de 100 à une entreprise.

    La banque accorde un crédit à l’entreprise et en contrepartie, crédite son compte (au passif de son propre bilan) : le dépôt à vue de l’entreprise a augmenté du montant du prêt. La banque inscrit donc simultanément la même somme à l’actif (crédit) et au passif (compte-courant) de son bilan.
    Cela constitue l’acte par lequel elle crée de la monnaie.

    Cette création a lieu également quand la banque achète un actif réel (immeuble par exemple), un actif financier (action, obligations, titres de créances négociables) ou des devises. La seule différence est que la création monétaire à l’occasion du crédit (ou de l’achat d’un titre de dette) n’est que provisoire – quand le crédit, où la dette est remboursée, il y a destruction monétaire – alors que dans les autres cas, la création monétaire et définitive.

    La monnaie ainsi créée permet à l’entreprise d’ effectuer différent paiements. On peut par exemple imaginer qu’elle va payer les salaires de ses employés.

    La création d’un dépôt supplémentaire au bénéfice de l’entreprise à l’occasion du crédit bancaire n’a lésé aucun autre déposant. Les autres titulaires de dépôt possèdent toujours la même somme sur leur compte en banque. Le crédit bancaire a bien permis de créer un pouvoir d’achat supplémentaire, dont l’entreprise a ici bénéficié et qui lui a permis de payer ses salariés. Si le dépôt créé restait toujours au sein de la banque, celle-ci pourrait créer autant de monnaie qu’elle le souhaite, puisque tout crédit augmente les ressources de la banque d’un même montant. Elle n’aurait pas, dans ce cas, à se préoccuper d’une fuite de monnaie hors de ses propres comptes.

    En pratique, il existe plusieurs banques dans une économie, et la monnaie créée par une banque peut être redéposée dans d’autres banques. Dans notre exemple, il est ainsi peu probable que l’ensemble des salariés de l’entreprise aient tous un compte bancaire dans la même banque que leur employeur. La banque va donc subir une fuite sous forme de transferts dans d’autres banques au moment de l’utilisation du crédit. Ainsi le banquier prêteur ne va conserver qu’une faible partie des dépôts qu’il aura créés en accordant des crédits. Cependant, ses clients vont lui apporter une portion des dépôts créés par d’autres banques. En outre, du fait de l’existence d’un marché interbancaire, une banque peut retrouver ces fonds en les empruntant moyennant rémunération auprès d’autres banques. Elle peut ainsi se refinancer sur le compartiment interbancaire du marché monétaire, le lieu où les banques s’empruntent ou se prêtent les trésoreries disponibles.

    Ainsi, une banque seule a un pouvoir de création monétaire limitée au pourcentage de dépôt qui reste à son bilan, c’est-à-dire à sa part dans la collecte de liquidité du système bancaire. Le système bancaire dans son ensemble, en revanche, à un pouvoir de création monétaire potentiellement illimitée.

    En effet, si des fuites d’une banque limitent sa propre création monétaire, elles s’effectuent au profit d’autres banques, favorisant la création monétaire de ces dernières.

    Si l’on raisonne sur le bilan consolidé de l’ensemble des banques, le crédit initial est toujours à l’origine d’un dépôt du même montant au sein du système bancaire. C’est pourquoi, il est nécessaire de mettre en place des mécanismes destinés à contrôler la création monétaire due aux banques commerciales puisque les établissements de crédit sont les principaux créateurs de monnaie à travers la distribution de crédit aux agents non financiers.

    À la monnaie scripturale créée par les banques va s’ajouter la monnaie créée par la banque centrale.

    Si les crédits bancaires accordés restaient en dépôt au sein du système bancaire, il n’y aurait pas de limites à la création monétaire. En fait, les banques ne peuvent créer indéfiniment de la monnaie, car elles vont faire face à des « fuites » hors du système bancaire (en plus des fuites hors de leur propre réseau), fuites qui les contraignent à se tourner vers la banque centrale.

    Les agents vont demander la conversion d’une fraction de leurs dépôts à vue en monnaie émise par d’autres réseaux.

    Ainsi, avec la monnaie créée à l’occasion du crédit, les ménages et les entreprises vont effectuer différentes opérations, retirer des billets, effectuer des virements bancaires, etc… Ces opérations obligent la banque à puiser dans ses réserves et, si ces dernières sont insuffisantes, a emprunter des liquidités auprès des autres banques ou auprès de la banque centrale. C’est la monnaie centrale qui va permettre le bouclage du circuit monétaire, et c’est grâce à elle que la banque centrale pourra dans une certaine mesure, contrôler la création monétaire.

    Le besoin de liquidités d’une banque équivaut à son besoin de monnaie centrale. De fait, les facteurs de la liquidité bancaire sont l’ensemble des événements qui affectent les liquidités des banques et les contraignent dans leur distribution de crédit. Autrement dit ce sont tous les éléments qui entraînent une variation du besoin de financement des banques auprès de la banque centrale. On trouve les quatre facteurs de la liquidité bancaire au bilan de la banque centrale : ce sont les contreparties des refinancements, à savoir l’émission de billets, les besoins en devises, les opérations avec le trésor et les réserves des banques à la banque centrale. Ces facteurs peuvent être restrictifs quand il se produit une fuite de liquidités hors du système bancaire. Les banques sont alors contraintes dans leur création monétaire car elles doivent détenir suffisamment de monnaie centrale (billets et réserves à la banque centrale) pour faire face à ces fuites. Les facteurs de la liquidité bancaire peuvent également être expansifs. Dans ce cas les banques voient affluer des liquidités à leur bilan, liquidités qu’elles n’ont pas elles-mêmes créées.

    C’est extrait de “La monnaie” (éd. Dunod) de Sophie Brana et Michel Cazals
    http://lare-efi.u-bordeaux4.fr/Homepage/Brana/Brana.htm
    (excusez s’il reste quelques fautes, je l’ai “dicté” et sans doute insuffisamment relu)

  11. JA dit :
    8 juin 2008 à 21:21 Bonjour à tous,

    Fidèle (et silencieux jusqu’ici) lecteur du blog depuis quelques temps, j’avoue avoir un peu de mal à comprendre l’entreprise actuelle autour de la création de monnaie ex-nihilo par les banques commerciales. Sauf erreur de ma part, il me semble que Paul réfute cette théorie. Pourtant, je lis ici-même sur ce blog plusieurs billets depuis quelques semaines tentant de faire le point sur cette approche. Je lis et comprends les développements de chacun, selon qu’il conçoive cette création de monnaie sous l’angle de flux ou d’écritures comptables (voir comme Allais les deux, avec une variante au niveau de la définition des flux). Il n’en demeure pas moins que ces 3 approches me semblent gouvernées par une grille de lecture à géométrie inversée : on détermine les conséquences, puis de manière plus ou moins empirique, on remonte à ce qu’on estime être la cause initiale. Ainsi va, me semble-t-il, de la création de monnaie ex-nihilo par le biais des intérêts perçus par les banques commerciales.

    Or, je ne vois pas au plan théorique de contradiction dans les agissements des banques commerciales, et donc encore moins de création de monnaie à partir de rien, sauf à estimer que les agrégats M1, M2 et M3 (et M4) dont se dotent les banques centrales sont faussés par une circulation excédentaire de monnaie “virtuelle” créée illicitement par les banques commerciales, ce qui ne me semble pas être le cas.

    Pour faire simple, une banque commerciale qui accorde un prêt émet en même temps que ce dernier une créance qui correspond à l’intérêt dû pour l’immobilisation/prêt du capital, lequel représente aujourd’hui seulement une fraction des dépôts auprès de la banque (ce qui est certainement un aspect hautement critiquable). La monnaie qui constitue le capital prêté par la banque commerciale a été mise en circulation par la banque centrale qui gère la masse monétaire de la zone économique en question. L’intérêt perçu correspond à une création par la même banque centrale de monnaie destinée à couvrir précisément l’intérêt qu’elle a elle-même imposé à la banque commerciale au moment du prêt du capital + la marge de cette dernière pour couvrir son opération et dégager un profit. Le corolaire de cette acceptation me semble être que la banque centrale est condamnée à créer (inflation) de la monnaie pour permettre aux acteurs économiques à tous les niveaux de rembourser le capital + l’intérêt selon un schéma pyramidal qui aggrave les conditions financières à mesure que l’on s’éloigne du cercle concentrique.

    Qu’en pensez-vous ???

    Cordialement, JA

  12. egdltp dit :
    9 juin 2008 à 07:05 @JA

    Je vous soutiens dans votre reformulation de la situation. C’est un peu ce qu’explique Louis Even notament via son conte “L’ile des naufragés”.

    Pour tenter d’expliquer le “coupage de cheveux en quatre”, je crois que notre hote et les intervenants essayent de formaliser d’une manière irréfutable pour quelque lecteur que ce soit le sentiment que beaucoup partagent :

    – Le système tel qu’il existe et tel qu’il est régulé ne peut qu’ “exploser”, ainsi que l’actualité commence à nous en faire la narration.

    – Tant que les parties prenantes n’accepteront pas ce fait, il sera difficile de les réunir pour définir une nouvelle règle de fonctionnement du sang de l’économie qu’est la monnaie.

    – Et pour l’instant, une faible minorité, celle qui est sensée diriger le système profite encore de celui-ci et ne semble pas voir son évolution mortifère…

    Merci pour vos explications chers intervenants.

    Au plaisir de vous lire

  13. Emir Abel dit :
    9 juin 2008 à 07:40 @JA

    La monnaie qui constitue le capital prêté par la banque commerciale a été mise en circulation par la banque centrale (…)

    Non, vous vous trompez. Cette phrase est totalement incorrecte. Et c’est bien la tout le problème.

  14. Jean Jégu dit :
    9 juin 2008 à 08:34 @ JA, egdltp et Emir Abel.

    Intervenant sur ce blog, je souhaite absolument répondre brièvement ( j’ai peu de temps ce matin) à JA qui veut bien nous demander ce que nous en pensons.

    Votre point de vue, JA, me semble très intéressant. Peut-être est-ce je me trompe, mais il est probable que vous connaissez la banque et la finance de l’intérieur. Si c’est bien le cas, vous confirmeriez tout à fait ce que je soupçonne de plus en plus. Comme notre hôte Paul, vous êtes certainement de bonne volonté et de bonne foi. Je vous tiendrai donc volontiers le même langage que celui que je lui ai tenu, à propos de son billet du 6 avril 2008 : ”L’un de nous deux se trompe”.

    Effectivement, je pense qu’avec beaucoup d’autres, notamment dans le milieu de la banque, vous vous trompez. Voyez ce que dit Emir Abel. Je souscris totalement à son avis. Evoquer comme vous le faites “la création de monnaie ex-nihilo par le biais des intérêts perçus par les banques commerciales“, me prend totalement à contre-pied. Pour moi, la création de monnaie se fait au moment de l’établissement de la créance et de l”approvisionnement du compte du “bénéficiaire”.

    L’encaissement des intérêts se fait par destruction monétaire sur le compte de l’emprunteur. C’est ici que la banque détruit sa dette (car la monnaie est pour la banque une dette) et par conséquent s’enrichit. Si vous avez lu mon canevas, ceci est à discuter au point A.2.b premier paragraphe.
    La pensée de Louis Even ne m’est pas familière mais pour ce que j’en connais, elle ne se réduit pas à la question de l’argent supplémentaire nécessaire pour payer les intérêts. L’approbation de egdltp me surprend ; a-t-il bien saisi l’ensemble de votre propos ?

    Bref, concluons ensemble, JA, si vous le voulez bien : il y a là un problème sérieux, celui de l’ ignorance généralisée du fonctionnement des forces financières (il ne suffit plus de dire monétaires) qui nous emportent comme un torrent.

  15. JA dit :
    9 juin 2008 à 08:41 @ Emir Abel

    Vous avez raison, j’ai été un peu vite dans le raccourci. Ce que je veux dire par là, c’est que c’est la banque centrale qui autorise la création de monnaie scripturale par les banques commerciales, en leur permettant de prêter une partie plus ou moins importante des fonds qu’elles ont en dépôt. Fixer cette règle revient à déterminer la masse de monnaie en circulation, fiduciaire ou scripturale. Par conséquent, le résultat est le même : c’est la banque centrale qui crée la monnaie directement (fiduciaire) ou indirectement (scripturale).
    Note personnelle : faire attention à la formulation :)

  16. Emir Abel dit :
    9 juin 2008 à 10:55 @ JA

    (…) c’est la banque centrale qui autorise la création de monnaie scripturale par les banques commerciales, en leur permettant de prêter une partie plus ou moins importante des fonds qu’elles ont en dépôt.

    Décidément, c’est encore non. Cette phrase est fausse. Les banques commerciales, ne prêtent pas (ou pas seulement) l’argent qu’elles ont en dépôt. Elles le créent. Encore une fois, c’est bien là le problème.

    Pour vous permettre de comprendre ce que j’ai compris grâce à des gens qui ont pris le temps de faire de la pédagogie, je vous invite à consulter les lients suivants :
    1) Ce texte court donne une explication très claire :

    2) Ce livre comporte une explication détaillée et très compréhensible des mécanismes de création monétaire

    3) Ce site propose de nombreux textes courts et des questions-réponses qui permettent une bonne compréhension

    Je ne peux que vous recommander de faire ce premier effort de consulter ces différentes sources d’information (parmi d’autres). C’est le seul moyen selon moi, d’obtenir une compréhension correcte qui vous permettra ensuite de débattre de façon pertinente.

  17. guillaume dit :
    9 juin 2008 à 11:24 @ JA

    C’est la banque centrale qui autorise la création de monnaie scripturale par les banques commerciales, en leur permettant de prêter une partie plus ou moins importante des fonds qu’elles ont en dépôt. Fixer cette règle revient à déterminer la masse de monnaie en circulation

    Comme B. Maris, je ne suis pas sûr de cette réalité :

    La titrisation par exemple (sauf erreur de ma part) ne permet-elle pas à une banque commerciale de faire un prêt (en respectant bien sûr les règles prudentielles de réserves fractionnaires, de Bale …), puis de le sortir de leur bilan en le revendant (obligations). Ce qui, non seulement, lui permet de considérer qu’il n’y a pas eu réellement un prêt dans son bilan, mais en plus d’accroitre par la vente de titre ses capitaux (pour de nouveaux prêts).

    Si tel est le cas, le contrôle de la BC s’exerce non pas sur la capacité d’une banque commerciale à effectuer ou non un prêt, mais une opération, qu’elle peut de ce fait reproduire relativement indéfiniment (jusqu’à un resserrement systémique du crédit pour insolvabilité du système).

    A chaque fois que l’opération est répétée, cela se traduit par l’augmentation de la masse monétaire (crédit scriptural)…

  18. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    9 juin 2008 à 11:34 Le plus important n’est pas (ce me semble) le montant des réserves obligatoires qui ne sont, je pense, que de 2% dans l’eurosystème, mais celui des “fuites” (lesquelles représentent pour les banques commerciales, leurs besoins en monnaie centrale pour assurer d’une part les écarts en compensation, d’autre part les habitudes de payement “en espèces”. A chaque fois que vous tirez des espèces dans une banque (distributeur de billets) vous obligez cette banque a emprunter (se procurer) de la monnaie centrale.
  19. guillaume dit :
    9 juin 2008 à 11:50 Oui, ON oblige par nos retraits, mais ce n’est qu’un moyen de pression très indirect des BCentrales sur les Bcommerciales, non ?

    Une question : y a t-il des échanges de monnaies centrales sur le marché interbancaire ?

  20. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    9 juin 2008 à 12:06 @guillaume

    Si j’ai bien compris votre question…

    Un banque qui a trop de fuites (demande de monnaie fiduciaire ou simplement en position négative lors des compensations interbancaires de chèques ou d’effets divers) et pas assez d’actifs a donc un compte à la banque centrale qui peut devenir inférieur aux réserves obligatoires. Elle est donc obligée de se “refinancer” (on a beaucoup parlé du refinancement des banques il y a quelques mois) par différentes méthodes dont la principale me semble être l’emprunt en échange de différentes garanties, soit auprès de la Banque Centrale, soit auprès de ses concurrentes qui auraient des disponibilités de cette monnaie centrale (aux taux du LIBOR et de l’EURIBOR).

  21. JA dit :
    9 juin 2008 à 12:22 @ Guillaume

    Vous avez aussi raison, la titrisation est précisément un outil de gestion de bilan prudentiel, et se traduit à la fois par un flux financier (la cession d’actif à la SPC qui émet ensuite les obligations vendus aux investisseurs, lesquels rétribuent au prix de souscription la SPC qui paie à la banque le prix de vente) et une écriture comptable (sortie de bilan et rentrée par la rétribution de la vente). 2 remarques :

    – en général, la titrisation se fait à partir du moment où les actifs de la banque commerciale atteignent un certain niveau ; l’opération n’est pas systématique ;

    – Vous dites : “A chaque fois que l’opération est répétée, cela se traduit par l’augmentation de la masse monétaire” = je ne suis pas sûr que cette affirmation soit juste. Lorsque la SPC ou SPV émet les obligations, ce sont les investisseurs qui acquièrent le contrat de l’obligation à sa valeur actuelle. C’est le résultat de cette émission obligataire qui permet à la SPC/SPV de payer à la banque le prix de vente du portefeuille. Donc sauf à considérer que les investisseurs ont eux même créé la monnaie qui finance l’obligation, in fine, il ne s’agît que d’une écriture comptable au final pour la banque commerciale. En d’autres termes, la titrisation ne me semble pas créatrice de monnaie.

    Qu’en dites vous?

  22. egdltp dit :
    9 juin 2008 à 13:01 @Jean Jegu

    Le système que décrit Louis Even dans son conte est un système fermé dans lequel “s’invite” un banquier. La demande d’intérêt par celui-ci fait que la masse monétaire “présente” : somme des compte courant de chacun + des intérêts dus, est supérieure à la richesse initiale décidée. A moins que le banquier n’accepte que les intérêts soient payés en produits, il y a obligation d’émission pour rétablir l’équilibre et ainsi “création de monnaie”. C’est comme cela que j’interprétais la discussion et le conte.

    Le principe de titrisation et de “future”, décorrélant de plus en plus la richesse physique et la richesse financière, fait que nous finissons par être dans une situation où la production physique ne peut plus contrebalancer la demande financière sauf à augmenter les prix, inflation, soit à “détruire” cette soi-disant richesse financière. Quelle est la contrepartie de la sphère financière, plusieurs dizaines de milliers de milliards d’unités (dollars ?), qui représente plusieurs fois la sphère physique, de l’ordre de milliers de milliards d’unités (dollars ?) ?

    Je me trompe sûrement dans les chiffres. Mais un billet de banque n’a jamais nourri son homme. Et comme l’indique (via Marianne de cette semaine) Xavier Timbeau : “Le système en est à vendre aux enchères un steack avec d’un coté un acteur qui n’a que 1 dollar et de l’autre un autre qui en a 150.”

    Faut-il que l’argent reste le seul moyen de répondre aux besoins et le seul moyen de mesurer l’évolution de la société ?

  23. JA dit :
    9 juin 2008 à 14:38 @ Emir Abel

    Cela fait longtemps que je connais les pages de Jean Jégu, mais merci pour ce rappel.

    Je mois m’excuser pour ma formulation, pas toujours en ligne avec ma réflexion. A ma décharge, je ne suis pas francophone… :)

    Donc quand je dis que “c’est la banque centrale qui autorise la création de monnaie scripturale par les banques commerciales, en leur permettant de prêter une partie plus ou moins importante des fonds qu’elles ont en dépôt”, il faut traduire en bon français que les banques commerciales s’appuient sur les ratios de Bâle (Mc Donough) pour déterminer la proportion “au-delà” de leurs fonds propres qu’ils peuvent prêter, ou encore, le montant de dépôt minimum qu’elles doivent conserver proportionnellement aux encours.

    Et une fois qu’on a dit ça, à partir du moment où une règle fixe le niveau de ce que vous appelez “création” et qui correspond à un ratio par rapport aux fonds propres, les montants sont mesurés par les agrégats de la banque centrale et donc sous couvert de la volonté de la banque centrale de volume monétaire.

    Désolé encore pour l’imprécision de mon français, peut-être ce que j’avance/précise est encore faux.

    Merci pour votre vigilance :)

  24. Jean Jégu dit :
    9 juin 2008 à 15:27 @ egdltp

    Tout à fait d’accord avec vous sur la conséquence de l’obligation de verser des intérêts, c’est-à-dire la nécessité de création supplémentaire ultérieure. Je ne contestais pas votre pensée, telle que je l’ai comprise sur ce blog, ni celle de Louis Even. Celui-ci fût un pédagogue talentueux ; l’ écho de sa fable de “L’ile des naufragés” en est la preuve. Cependant celle-ci date de plus d’un demi-siècle. Il n’est pas de nos jours prévu de payer les intérêts en lingots d’or. Le plus souvent ces intérêts sont perçus par prélèvement sur un compte de dépôt à vue et – c’est ce que je veux dire à JA – ceci est une destruction monétaire qui enrichit la banque, ne serait-ce que par ce que cela lui libère autant de possibilités d’acquisition d’actifs.

    L’intérêt perçu correspond à une création par la même banque centrale de monnaie destinée à couvrir précisément l’intérêt qu’elle a elle-même imposé à la banque commerciale au moment du prêt du capital + la marge de cette dernière pour couvrir son opération et dégager un profit.

    Cette phrase de JA – et quelques autres – est pour moi totalement incompréhensible, comme les miennes le sont probablement pour lui. C’est pourquoi l’énigme demeure d’une incompréhension très commune du système monétaire, ou bien de ma part et de tous ceux auprès de qui j’ai appris ce que je défends (car je n’ai rien inventé) ou bien de la part de JA et de ceux qui partagent son point de vue. Je pense, – mais je peux me tromper – qu’il s’agit hélas souvent du milieu financier professionnel. !

    @ JA

    Sur le point de poster le texte ci-dessus, je prend connaissance du vôtre à 14:38. Merci pour votre effort linguistique ; n’étant pas moi-même anglophone, je sais ce qu’il m’en coûte quand je suis contraint de m’y essayer.

    Pour tenter une fois encore de m’expliquer, je dirais que le système oblige par diverses règles à conserver la « proportionnalité » M1 = k.M0. (J’évite volontairement les termes « multiplicateur » ou « diviseur »). Vous dites, et plus généralement la théorie monétaire dit : la Banque Centrale contrôle M0 et donc maîtrise M1. Je dis, à l’inverse comme d’autres analystes (par exemple Steve Keen qui a été invoqué par Paul) que c’est M1 qui force M0 par le refinancement. Bien sûr, vous me répliquerez qu’il y a Mc Donough qui impose des limitations liées aux fonds propres de la banque. Cela aussi, il m’est arrivé d’y regarder de près, avec notamment des experts de l’association Chômage et Monnaie. Ce n’est pas le lieu de détailler ici ce travail, mais je parlerai en « parabole » (comme Louis Even) : c’est un peu comme si vous interdisiez à l’habitant d’une chambre de grandir au point que sa tête touche le plafond, mais que vous le laissiez libre de faire relever le dit plafond dès qu’il en éprouve le besoins. Qui règle l’augmentation des fonds propres des banques ?

    Bizarre non ?

    Courage. Nous finirons peut-être (probabilité bien faible toutefois !) par nous comprendre, mais comme certains l’ont dit, c’est harassant. Si vous trouvez des erreurs bien identifiées dans mes écrits, surtout, n’hésitez pas à me le dire. L’erreur ne mène jamais à rien. Ce n’est pas notre objectif, ni aux uns ni aux autres.

  25. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    9 juin 2008 à 15:32 @ JA

    Tout à fait d’accord avec votre nouvelle formulation… c’est le point de vue du “multiplicateur de crédit”.

    Le point de vue “diviseur de crédit” propose que la banque centrale n’a pas d’autre choix que d’augmenter la monnaie centrale lorsque les banques commerciales émettent plus de crédit (de création nouvelle de monnaie).

    Merci de votre effort de vous exprimer en français : bien que lisant assez bien l’anglais et l’espagnol, je serais tout à fait incapable d’exprimer toutes ces “finesses” dans ces langues…

  26. Paul Jorion dit :
    9 juin 2008 à 16:36 @ A–J H (Stilgar)

    Merci pour l’extrait de « La monnaie » (éd. Dunod) de Sophie Brana et Michel Cazals http://lare-efi.u-bordeaux4.fr/Homepage/Brana/Brana.htm mais encore une fois – comme dans les extraits du livre de Plihon – un mélange de réflexions relatives à des transferts de flux monétaires et de références à des modalités d’enregistrement comptable.
    Je cite :

    La banque accorde un crédit à l’entreprise et en contrepartie, crédite son compte (au passif de son propre bilan) : le dépôt à vue de l’entreprise a augmenté du montant du prêt. La banque inscrit donc simultanément la même somme à l’actif (crédit) et au passif (compte-courant) de son bilan. Cela constitue l’acte par lequel elle crée de la monnaie.

    Ce passage parle de l’enregistrement comptable du fait d’accorder un crédit, il ne dit rien des flux monétaires (d’où viennent les sous ?) et n’en ayant rien dit, en tire la conclusion que de la monnaie a été créée à partir du vent. Mais ce n’est pas le cas, comme le montre très clairement un raisonnement qui remonterait la chaîne à contre–courant.

    La banque A prête un million à B. « La banque inscrit donc simultanément un million à l’actif (crédit) et au passif (compte-courant) de son bilan ». Fort bien. B rembourse le prêt (en petites coupures, pas par une cyber-opération – je dis cela pour qu’on « visualise » l’opération : que faire de tous ces sacs ?). La banque A enregistre ce versement : elle élimine cette fois l’inscription du million en actif et en passif. L’affaire de l’enregistrement comptable du crédit est réglée.

    Maintenant, qu’advient–il du million ? S’il y a eu création de monnaie ex nihilo, le million remboursé est une manne : un profit net pour la banque – que les banquiers peuvent aussi bien se partager entre eux. Quelqu’un suggère–t–il que c’est cela qui se passe ? Et si non, que se passe–t–il en réalité ? (Je crois connaître la réponse).

  27. JA dit :
    9 juin 2008 à 17:50 Je me risque à essayer de synthétiser la raison pour laquelle nous ne nous comprenons pas ou plutôt pour laquelle nous ne sommes pas d’accord (car en fait je comprends votre raisonnement) : vous avez raison dès lors que vous parlez de comptabilité, nous avons raison dès lors que nous parlons de flux financiers. Quand on a dit ça, on a tout dit et rien à la fois. Ces 2 approches sont elles compatibles? A mon sens, non, car “l’enregistrement comptable” pour reprendre la terminologie utilisée par Paul Jorion, n’est justement qu’une écriture comptable. On ne crée pas de monnaie à partir d’une écriture comptable, sauf à fausser un bilan (je schématise bien sûr, pour faire court).

    Donc quand vous me demandez de pointer une éventuelle erreur dans votre construction théorique, à priori je mettrais le doigt sur ce point (sans grande conviction, attention, j’avance aussi dans ma réflexion à mesure que je vous lis).

    Sauf erreur de ma part, car j’ai du mal parfois à saisir les subtilités des paraboles de notre hôte, je comprends qu’il considère aussi que c’est la pierre d’achoppement de notre réflexion commune.

  28. guillaume dit :
    9 juin 2008 à 18:39 @ JA

    la titrisation ne me semble pas créatrice de monnaie.

    Je me suis mal exprimé, certes la titrisation n’est pas créatrice de monnaie, mais : il me semble qu’une banque est limitée dans ses prêts dans la limite où elle doit respecter une proportion entre la somme des prêts effectués et ses fonds propres, ce qui normalement donc la limite. Cependant, en sortant de son bilan des prêts effectués (par la titrisation de ces prêts) elle a la capacité d’en octroyer des nouveaux.

    Une illustration valable si le raisonnement est juste :

    Une banque possède 100 unités de fonds disponibles, elle peut prêter disons 90 U (en fonction des réserves fractionnaires) ; elle prête 9 fois 10 U, titrise 5 de ces prêts, dans son bilan apparaissent donc 4 prêts de 10U en passif et une partie des 5 autres en actif (qui augmentent ses fonds propres), elle peut donc émettre de nouveaux prêts en respectant les réserves fractionnaires, non ?

    Je me trompe peut-être…

  29. JA dit :
    9 juin 2008 à 20:42 @guillaume

    votre raisonnement me semble globalement juste du moment qu’on s’en tient à votre exemple et votre formulation. Néanmoins, ce même exemple est assez révélateur du biais de l’approche strictement comptable. Pour être le plus précis possible, je vous propose de repartir de votre expérience de pensée, qui est un excellent point de départ :

    – une banque possède 100 unités de fonds disponibles, elle peut prêter 900 U en respectant le ratio McDonough (en l’occurrence ici les réserves fractionnaires de la banque s’élèveraient à 10% de ses encours). A ce stade, une bonne partie des intervenants crient : “risque de création de monnaie ex-nihilo…”
    – notre fameuse banque, appelons-là la Rockschild ou la Rotschfeller, effectue 90 prêts de 10 U qu’elle enregistre comptablement et pour lesquels elle s’assure par contrat d’une contrepartie financière qui garantit son prêt ; une partie des intervenants voit le risque qu’ils redoutaient se réaliser, la banque ayant accordé des prêts au delà de ses fonds disponibles en dêpots et actifs. Pour eux, il y a création de monnaie ex-nihilo.

    – la Rotschfeller, décide alors de titriser une partie de ses prêts, ayant atteint un seuil qu’elle juge correct pour cela. Elle titrise donc 50 de ses prêts. Et c’est là que je ne suis plus d’accord : vous réduisez la titrisation a une opération comptable de la Rockschild à seule fin de pouvoir créer davantage de monnaie. Je vous renvoie à mon paragraphe sur la titrisation que je résume ici. La Rotschfeller met sur pied un Special Purpose Vehicle qui émet des obligations acquises par des investisseurs. En retour, la SPV retourne à la Rotschfeller, le fruit de l’émission des obligations. Et donc sauf à considérer que ces investisseurs aient créé l’argent qu’ils ont investi dans les obligations, ce que personne ne suppose, cette titrisation se traduit par un flux financier réel. Et si ce flux financier n’avait pas une contrepartie financière préexistante, cela se traduirait comptablement par un bénéfice net au profit de la Rockschild ce qui ne me semble pas être le cas (je fais volontairement un raccourci).

    – Enfin, quand vous dites que par conséquent la banque est alors de nouveau apte à consentir de nouveaux prêts en respectant le ratio de réserves fractionnaires, vous avez raison, à condition d’adjoindre à votre formulation “dans la limite de l’apport d’air frais procuré par l’émission des obligations dont le fruit revient à la Rotschfeller via le SPV”.

  30. Emir Abel dit :
    9 juin 2008 à 21:56 @JA
    “On ne crée pas de monnaie à partir d’une écriture comptable (…)” et bien si justement. Une fois de plus, c’est la tout le problème !

    @Paul
    A mon avis, votre exemple ne tient pas la route car il n’est pas représentatif. C’est un cas très particulier. Vous en connaissez beaucoup vous des gens qui vont rembourser 1 million en petites coupures ?

    Et quand bien même, en supposant que cela arrive, effectivement les banquiers touchent le gros lot en se faisant rembourser la monnaie “banque commerciale” qu’ils ont prêté, en monnaie “banque centrale”.

    J’imagine que ce genre de pratiques est peut-être utilisée pour “blanchir” de l’argent par exemple ?

  31. JA dit :
    9 juin 2008 à 22:45 Astrologie et astronomie, où les premiers voient dans les constellations une représentation physique suffisamment pertinente pour servir de grille de lecture, là où les seconds n’y voient qu’une construction de représentation dénuée de tout fondement physique.
  32. Paul Jorion dit :
    9 juin 2008 à 23:58 @ Emir Abel

    Pardon pour ma petite provocation mais c’est précisément cela que je veux souligner : que le remboursement ait lieu par un « wire », une transaction électronique, ou que ce soient cinq millions de pièces de 20 centimes dans des sacs est strictement indifférent : c’est exactement la même opération. Si j’ai évoqué les sacs des Frères Raptout, c’est pour qu’on ne puisse pas éluder la question « Que font du million les banquiers le jour où il est remboursé ? ». Si c’était une transaction électronique, on pourrait toujours me rétorquer : « On n’en fait rien : c’est un simple jeu d’écriture ! ».

  33. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    10 juin 2008 à 07:07 @Paul:

    Mais la monnaie ce n’est QUE de la comptabilité (des écritures en partie double)… ;-) … et la monnaie fiduciaire, c’en est aussi, sauf que les acteur qui l’émettent sont au “niveau supérieur”…

    Et à propos de ton argumentation: si le bénéficiaire d’un prêt rembourse 1 million à sa banque (A) en espèces, c’est, pour la banque A, de la monnaie centrale, qui, comme je l’ai expliqué, va lui être très utile. Mais comme il a bien fallu pour l’emprunteur les trouver “quelque part”, c’est une ou des autres banques (B) qui ont subi cette “fuite” … et si elles en ont besoin pour offrir de nouveaux crédits (dans la limite des fuites statistiques de 15 ou 20%, correspondant à la demande d’espèces locale) elle vont devoir se les refournir sur le marché interbancaire et les emprunteront probablement à la banque A qui en a trop. C’est effectivement tout bénéfice pour la banque A (comme le souligne justement Emir Abel), mais perte pour les banques B. Mais, *globalement, dans le système bancaire, le bilan est nul*, que l’emprunteur ait remboursé en monnaie fiduciaire ou monnaie scripturale.

    Donc, comme tu dis Paul “que le remboursement ait lieu par un « wire », une transaction électronique, ou que ce soient cinq millions de pièces de 20 centimes dans des sacs est strictement indifférent : c’est exactement la même opération.”

    Le crédit à l’emprunteur (sous forme scripturale) a bien créé 1 million, cet emprunteur a payé ses fournisseurs avec ce million, par des chèques ou avec sa carte de crédit ou en sortant une partie en espèces. Cette monnaie est bien rentrée dans le circuit économique (et elle a permis peut être à des fournisseurs de rembourser leur propre emprunt). Lorsque l’emprunteur initial devra (ou voudra) rembourser sa banque, il devra trouver ce million, que ce soit sous forme fiduciaire ou scripturale … c’est véritablement sans importance au niveau global du système bancaire. Mais ce qui n’est pas sans importance, je me répête, c’est qu’il lui faudra également trouver en plus les intérêts, lesquels ne peuvent être issus que d’un autre prêt à d’autres acteurs auprès de qui l’emprunteur initial les “prélèvera” (par un échange économique bénéficiaire), ou d’un prélèvement sur une épargne prééxistante (elle même issue d’un prêt antérieur).

  34. Jean Jégu dit :
    10 juin 2008 à 10:23 @ Paul et JA

    Ce qu’écrivent Emir Abel et A.J. Holbecq me dispense d’ajouter quoi que ce soit … Je suis d’accord avec leurs propos. Mes commentaires ne seraient que des nuances inutiles. Je n’interviendrai qu’en parabole.

    Une parabole n’est qu’une parabole. N’en tirer aucune explication, seulement matière à réflexion. Je tente donc la parabole du moteur à quatre temps. Souvenez-vous : admission, compression, explosion, expulsion.

    Nous insistons sur l’explosion pour dire que c’est de cela que naît la force motrice (je parle, vous l’aurez compris, de la mise en place des crédits bancaires). D’aucuns s’étonnent : ce n’est pas possible ! Une explosion détruirait tout ; rien n’explose. Du tuyau d’échappement ne sortent que des gaz chauds pas des flammes ! Effectivement, on peut n’y rien comprendre car le véhicule n’avance ni à cause de l’admission , ni par la compression ou l’explosion et encore moins l’évacuation mais par la combinaison judicieuse des quatre temps.

    De même le système monétaire combine en général :

    – l’approvisionnement des comptes à vue par les crédits sans cesse remboursés puis renouvelés.
    – la ponction des comptes par la perception des intérêts ou la vente d’actifs
    – le versement aux comptes pour l’achat d’actifs ou l’acquittement de dettes.

    Et tout ceci continue de se faire sous le contrôle, qui semble bien n’être plus que théorique – et un souvenir de la monnaie métallique – d’une monnaie de banque centrale. Le système se la procure quasiment à volonté et, lui aussi, de manière scripturale (l’impression de billets à la demande n’y change rien) par vente d’actifs à la Banque Centrale s’il ne peut le faire par prêt interbancaires. Il nous faudrait étudier pas à pas ce moteur à n temps pour espérer le comprendre.

    Voilà comment je vois le système. Cependant ce qu’écrit Paul en insistant sur le fait que cela n’est que comptabilité, tout juste bonne pour le public, n’est pas complètement faux. Il y a le bilan, mais aussi le “hors bilan”. Bref le film n’est pas un album de photos (les bilans successifs) ; ce n’est même pas un diaporama. Il y a le son : paroles et musique. Nous sommes dans le film et les banquiers y sont plus que quiconque. Il ne faut pas en faire des boucs-émissaires. Je comprend qu’ils ne se focalisent pas sur les images. Cependant celles-ci existent et font bien le substrat du film. Celui-ci n’est pas pleinement satisfaisant mais nous ne connaissons pas le scénariste et il n’est pas aisé d’infléchir le scénario.

  35. Rumbo dit :
    10 juin 2008 à 11:44 Strictement rien à rajouter à ce que dit Stilgar AJH.

    D’autrte part, je sais que les exemples, comme les métaphores (Jean Jégu) sont limités, mais il n’y a qu’un temps moteur dans les quatre temps du moteur à explosion.

    Sans doute puisque nous serions presque au “sommet” tant attendu, voici des investigations et des expérimentations qui ont débouché sur quelques choses qui n’a jamais pu être démontré faux, ce sont les expérimentations financières du major Douglas (certains le surnomment l’Albert Einstein de l’économie) qui, je crois m’en rendre compte de plus en plus chaque jour, est le dénominateur commun de ceux qui, comme on le voit sur ce blog comme un excellent stimulant, cherchent et veulent remettre la vérité économique et sociale à la base de la structure sociale.

    C’est en anglais, grâce à des intermédiaires fiables, j’ai eu accès à ses travaux (étant un mauvais anglophone) voir : http://douglassocialcredit.com/origins.php

  36. Gérard P. dit :
    10 juin 2008 à 22:13 Ne méprisons pas la comptabilité.

    Exemple d’une suite de faits :
    1) A dépose 10 à la Banque.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 10
    PASSIF
    Dépôt de A = 10

    Masse monétaire
    Détenue par A = 10

    2) Emprunt par B à la Banque de 9.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 1 (10-9)
    Crédit à B = 9
    Total : 10
    PASSIF
    Dépôt de A = 10

    Masse monétaire
    Détenue par A = 10
    Détenue par B = 9
    Total : 19

    3) Avec l’emprunt, B achète, pour un prix de 9, un bois à C qui dépose le prix à la Banque.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 10 (1+9)
    Crédit à B = 9
    Total : 19
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 19 (10+9)

    Masse monétaire
    Détenue par A = 10
    Détenue par B = 0 (9-9)
    Détenue par C = 9
    Total : 19

    4) B, après entretien et coupe du bois, vend le bois à A pour le prix de 9; A utilise la monnaie qu’il a déposée à la Banque pour le paiement.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 1 (10-9)
    Crédit à B = 9
    Total : 10
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 10 (19-9)

    Masse monétaire
    Détenue par A = 1 (10-9)
    Détenue par B = 9 (0+9)
    Détenue par C : 9
    Total : 19

    5) B rembourse son emprunt à la Banque.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 10 (1+9)
    Crédit à B = 0 (9-9)
    Total : 10
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 10

    Masse monétaire
    Détenue par A = 1
    Détenue par B = 0 (9-9)
    Détenue par C = 9
    Total : 10

    La Banque crée de la monnaie par le crédit et l’emprunteur annule la création de monnaie par son remboursement.
    La Banque ne crée donc pas de la monnaie ex-nihilo par le crédit puisque la contrepartie est l’obligation de rembourser de l’emprunteur. L’entière exécution de cette obligation annule la création de monnaie.

    Maintenant, supposons que B devienne insolvable : son bois à brulé et ne vaut plus rien et, en voulant sauver son bois du feu, il a perdu sa force de travail. Le banquier n’a plus de garantie pour assurer le remboursement.

    Bilan de la Banque (après le point 3))
    ACTIF
    Billets = 10 (1+9)
    Crédit à B = 0 (9-9)
    Perte = 9
    Total : 19
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 19

    Masse monétaire
    Détenue par A = 10
    Détenue par B = 0
    Détenue par C = 9
    Total : 19

    Le banquier a créé de la monnaie dont il devra lui-même assumer le remboursement. Mais, avec un tel bilan, le banquier ne pourra pas totalement rembourser A & C; ces derniers seront rembourser au marc le franc :
    A recevra : 5,26 (10/19*10)
    C recevra : 4,74 (9/19*10)
    Total : 10 correspondant aux billets.

  37. Rumbo dit :
    11 juin 2008 à 01:15 La comptabilité doit toujours être juste, la démonstration en est faite ici, impeccablement, par Gérard P. C’est cela qui compte dans le fond. Mais un fond clair et documenté non moins clairement.

    Car c’est sans compter avec la fluctuation des garanties des prêts, avec la sacro-sainte politique du crédit des banquiers et leur flots erratique de création monétaire ex-nihilo, les intérêts comme vol déguisé, les agios, les frais bancaires toutes catégories, les prélèvements sous n’importe quel prétexte, etc, et d’autres paramètres encore. Toute une violence en col blanc qui ne dit jamais son nom ! Il y a aussi le fait que les banques nord-américaines ayant voulu gonfler leurs bilans (même artificiellement) durant ces dernières années, ont pratiqué la super ”habileté manœuvrière autorisée” irresponsable de la titrisation des prêts hypothécaires dans les couches nord-américaines les plus fragiles économiquement (les couches moyennes nord-américaines étant déjà saturées de remboursement de crédits) et dès que la baisse inéluctable de l’immobilier américain s’est déclenchée, la crise dite des subprimes s’est répandue dams le monde. Les Évangiles disent : ”Vous les reconnaitrez à leurs fruits”. Oui, ils sont pourris, bons pour la poubelle. Les poubelles, ici, ne représentent pas l’avenir. Il faut laisser tomber.

    Mais plutôt étudier ce qu’a découvert le major Clifford Hugh Douglas (voir ci-dessus)

  38. Emir Abel dit :
    11 juin 2008 à 15:49 Un ami très très très proche a lancé le débat ici : http://horizons.typepad.fr/accueil/2008/06/le-casse-du-sic.html
  39. Jean Jégu dit :
    11 juin 2008 à 16:19 Deux questions de vocabulaire

    @ Gérard P.

    Entièrement d’accord avec votre présentation. Cependant j’en profite pour insister sur ce qui pourrait être un malentendu entre certains d’entre nous.

    Vous écrivez :

    La Banque crée de la monnaie par le crédit et l’emprunteur annule la création de monnaie par son remboursement.
    La Banque ne crée donc pas de la monnaie ex-nihilo par le crédit puisque la contrepartie est l’obligation de rembourser de l’emprunteur. L’entière exécution de cette obligation annule la création de monnaie.

    Tout à fait d’accord, bien que ce texte contienne le membre de phrase : “La Banque ne crée donc pas de la monnaie ex-nihilo “ qui, en lecture stricte est la négation exacte de la proposition que vous trouverez souvent sous ma plume :” La Banque créée de la monnaie ex nihilo”.

    Comment est-ce possible ? Ceux qui comprennent que qualifier la création monétaire de “ex nihilo” veut dire qu’un banquier peut se lever le matin en décidant qu’il va créer dix millions d’euros, nous comprennent mal. Tout le monde sait bien que pour prêter il faut trouver un emprunteur. Notre banquier va donc tout au plus pouvoir se dire “ aujourd’hui, je vais m’efforcer de placer 10 millions d’emprunts”. Il faut donc reconnaître que le “ex nihilo” peut prêter à confusion, à beaucoup de confusion. Que diriez-vous d’une formulation qui pourrait être :

    la Banque crée de la monnaie scripturale par le crédit, sans recourir directement à aucune autre monnaie préexistante mais simplement sur l’engagement de l’emprunteur à rembourser le capital et à payer les intérêts convenus. Le remboursement du capital et l’acquittement des intérêts donne lieu à destruction monétaire équivalente, c’est à dire supérieure au capital reçu.

    Je précise que l’adverbe “directement” est utilisé ici pour rappeler que l’attribution d’un crédit reste toujours soumise à des contraintes en matière de monnaie centrale (M0) du fait de l’obligation de fournir des espèces et de respecter les Réserves Obligatoires, ainsi que, plus généralement, les Règles Prudentielles actuellement répertoriées, je crois, sous le nom de Bäle II.
    Sommes-nous tous d’accord la-dessus ?

    @ Paul

    Mon post du 10/06 10:23 comporte une faute de frappe (encore … pardon ) qui le rend partiellement incompréhensible.

    Il est écrit :

    De même le système monétaire combine en général :
    – l’approvisionnement des comptes à vue par les crédits sans cesse remboursés puis renouvelés.
    – le fonctionnement des comptes par la perception des intérêts ou la vente d’actifs
    – le versement aux comptes pour l’achat d’actifs ou l’acquittement de dettes.

    Au lieu de « fonctionnement des comptes » (du verbe fonctionner) j’ai voulu écrire « ponctionnement des comptes » (du verbe ponctionner). Hélas, le mot ponctionnement n’existe pas en français ! Il faudrait tout simplement dire : « – la ponction des comptes par la perception des intérêts ou la vente d’actifs »

    Ainsi le niveau des comptes descend ou monte selon le cas, comme le piston du moteur auquel je faisais allusion. Le résultat est que, dans ces mouvements, les banques trouvent la possibilité d’acquérir des actifs. Ceux-ci, à la différence des prêts qui ne sont que jeu d’écritures, sont une richesse réelle.

  40. Emir Abel dit :
    11 juin 2008 à 17:51 @ Jean Jégu

    Votre clarification sur le terme “ex-nihilo” est limpide et était tout à fait nécessaire car, effectivement cela entraine beaucoup de confusion, tout le monde ne donnant pas la même signification à cette expression. Cela entraine visiblement des malentendus entre des gens qui par ailleurs ne sont pas loin d’être d’accord sur le fond.

    Je vais garder le texte que vous avez proposé dans ma bibliothèque personnelle car je suis sûr qu’il me servira.

    Merci donc.

  41. Gérard P. dit :
    11 juin 2008 à 21:34 Il semble qu’il n’y ait pas de création monétaire pour les intérêts : dans ce cas, le banquier n’avance rien à l’emprunteur. Cependant, lorsque l’emprunteur paie les intérêts, le banquier reçoit de la monnaie.

    Voyez cette nouvelle suite de faits à partir du point 4) ci-dessus :

    4) B, après entretien et coupe du bois, vend le bois à A pour le prix de 9,5; A utilise la monnaie déposée à la Banque pour le paiement.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 0,5 (10-9,5)
    Crédit à B = 9
    Total : 9,5
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 9,5 (19-9,5)

    Masse monétaire
    Détenue par A = 0,5 (10-9,5)
    Détenue par B = 9,5 (0+9,5)
    Détenue par C : 9
    Total : 19

    5) B rembourse son emprunt de 9 et paie les intérêts de 0,5 à la Banque.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 10 (0,5+9,5)
    Crédit à B = 0 (9-9)
    Total : 10
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 9,5
    Intérêts = 0,5

    Masse monétaire
    Détenue par A = 0,5
    Détenue par B = 0 (9,5-9,5)
    Détenue par C = 9
    Détenue par la banque = 0,5 (0+0,5)
    Total : 10

  42. » Economie Les Feux de la Rampe » Le Casse du Siècle dit :
    12 juin 2008 à 05:04 […] sais, vous me prenez pour un fou. Cela fait le même effet à des spécialistes travaillant ou ayant travaillé dans la banque qui ont beaucoup de mal à accepter la […]
  43. Philippe Derudder dit :
    12 juin 2008 à 07:14 Bonjour à tous,

    Je viens faire un petit tour sur le blog de Paul pour voir ce qui s’y passe. Des choses très intéressantes mais je vois qu’il y a de la “résistance” de la part de Paul a admettre le principe de création monétaire ex nihilo par les banques commerciales. Je vois toutefois Paul que vous n’êtes pas opposé à l’idée, mais que vous êtes toujours en l’attente d’une démonstration indémontable qui clouerait le bec à tout contradicteur éventuel. J’ai bien peur que le système ait cette “intelligence” d’avoir été conçu pour ne pas permettre cette démonstration, afin que le “bon peuple” s’y perde avec une partie des “spécialistes”, ce qui lui permet de survivre et d’imposer sa loi. Bon je ne vais pas lancer dans une nouvelle explication. Bien des personnes sur ce Blog apportent leur éclairage et tentent d’expliquer le principe et en particulier André Jacques et Jean dont je partage entièrement les points de vue. Je reviens toutefois à une idée forte qui est certes refusée par Paul, je le sais, qui est celle de dire que la monnaie moderne étant maintenant totalement dématérialisée, elle n’existe plus à moins de la faire exister, par le crédit justement.

    Avant, la monnaie était une monnaie marchandise, permanente et gratuite:

    Marchandise : car lorsqu’elle était de métal précieux, elle avait sa propre valeur
    Permanente par sa nature matérielle. Elle ne disparaissait pas, elle circulait de poche en poche
    Gratuite car en dehors des prêts, son émission n’était pas porteuse d’intérêt

    Maintenant la monnaie est une monnaie de dette, temporaire et couteuse

    De dette, car la monnaie n’existant plus par elle même il faut la créer par le crédit ce qui implique que toute la monnaie soit une dette (Nota : on pourrait croire que la monnaie fiduciaire, émise par les banques centrales échappe à ce principe mais n’oublions pas qu’elle ne fait que correspondre à la partie de monnaie demandée sous forme billets et pièces par les acteurs économiques, cette partie étant incluse au départ dans le montant emprunté, et aux besoins des banques pour les règlements interbancaires, qui sont compensés par des “transferts de créances”. Ainsi la monnaie centrale n’est qu’une conséquence de la création monétaire effectuée par les banques secondaires. Elle ne précède pas la monnaie scripturale, c’est de la création de la monnaie scripturale que découle la monnaie centrale.)
    Temporaire : car elle n’existe qu’entre le moment où le crédit est consenti et celui ou elle est remboursée
    Couteuse : car son “émission” se faisant par le biais du crédit, est porteuse d’intérêt.

    Mais le système émet un grand écran de fumée sur tout cela en juxtaposant des emprunts à partir de l’épargne et en émettant une partie de la monnaie sous forme de monnaie permanente (pièces et billets) monopole d’une autre entité, la banque centrale, alors que les banques secondaires ont le monopole de la monnaie scripturale. Rajoutez à cela les règles de refinancement (qui laissent supposer que les banques secondaires empruntent auprès des banques centrales la monnaie qu’elles prêtent elles mêmes) et les règles prudentielles qui laissent croire que les banques centrales ont un beau tableau de bord avec des manettes pour contrôler l’évolution de la masse monétaire, et le tour est joué… allez tenter de rendre clair un mécanisme rendu tellement obscur, (au moins en apparence), qu’il rend toute explication suspecte à qui se laisse impressionner par les apparences trompeuses. Je suis peut être simpliste et je suis peut être à côté de la plaque, mais pour moi, je trouve dans les évidences simples que je viens de décrire la preuve de la création monétaire ex nihilo par les banques commerciales. Les flux et la compta ne sont par analogie que l’essence qui coule dans le tuyau, mesurée par le compteur de la pompe, ils ne disent rien sur l’origine de l’essence…

  44. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    12 juin 2008 à 07:54 Gérard P. dit ” Il semble qu’il n’y ait pas de création monétaire pour les intérêts : dans ce cas, le banquier n’avance rien à l’emprunteur. Cependant, lorsque l’emprunteur paie les intérêts, le banquier reçoit de la monnaie.”

    Je précise: ce banquier, ou un autre, a émis un autre crédit à un autre emprunteur, créant par la même du capital financier nouveau. C’est sur ce capital que le premier emprunteur va devoir prélever les intérêts qu’il doit au banquier en plus du capital que celui-ci lui avait si gentiment créé. Bien évidemment le système est sans fin ( un nouvel emprunteur, qui bénéficiera d’une nouvelle création monétaire, permettra au second de payer les intérêts).

    Comme le faisait remarquer un économiste connu, de gauche (qui ne remet pas pour autant en cause le système actuel) :

    la création monétaire est une anticipation par le système bancaire de l’acte productif qui suivra le crédit ; si cet acte productif (c’est-à-dire le travail) est validé par la vente des marchandises, l’entreprise réalise monétairement la plus-value produite par le travail, DONT LES INTÉRÊTS SONT UNE PARTIE. Le reflux vers les banques du remboursement et des intérêts est toujours la contrepartie de ce qu’a engendré le système productif

    La question reste de savoir pourquoi ce sont les banques privées qui bénéficient de cette plus-value monétaire et non la collectivité, alors que les risques “industriels” pris par la banque ne sont pas à la hauteur des gains…

  45. Jean Jégu dit :
    12 juin 2008 à 08:02 @ Philippe D.

    Merci pour cette synthèse générale à laquelle je ne vois rien à ajouter. Je vois la situation comme vous ;

    @ Gérard P.

    C’est un détail mais qui a néanmoins son importance. Je ne suis pas d’accord sur votre proposition suivante :

    Il semble qu’il n’y ait pas de création monétaire pour les intérêts : dans ce cas, le banquier n’avance rien à l’emprunteur. Cependant, lorsque l’emprunteur paie les intérêts, le banquier reçoit de la monnaie.

    En final de votre démonstration, la masse monétaire M1 n’est pas de 10 mais de 9,5 . En effet les billets (0,5) sont rentrés en banque et de ce fait sortis de M1. Bien entendu, il faut les compter en M0. Le paiement des intérêts dans ce cas reste donc bien une destruction monétaire dans M1 comme dans le cas général de paiement par prélèvement sur les comptes de dépôt à vue. Dans ce dernier cas, la banque est payée par réduction de sa dette (réduction de M1) tandis que dans le paiement par billets, elle est payée par augmentation de son avoir en M0.

    Je reconnais que tout ceci est bien compliqué. Mais le texte de Philippe Derudder l’explique bien : tout ceci n’est pas totalement gratuit ; le système pour durer secrète en permanence le maximum de complexité et d’obscurité, mais on ne peut lui refuser une rigueur logique, les banques ne se faisant aucun cadeau entre elles.

  46. Bernard dit :
    12 juin 2008 à 10:16 Bonjour,

    J’avoue me perdre dans les circonvolutions et les concepts apparemment nécessaires pour décider de ce qu’est la monnaie, et du mystère de sa création.

    Avec Michel Lasserre , je souhaite revenir un instant sur les fondamentaux de la monnaie, à travers une analyse simple didactique, complète et éclairante, accessible à tous les lecteurs de ce blog. A noter qu’une alternative est aussi proposée.

    Ce que la monnaie devrait être d’abord :

    1 un intermédiaire des échanges
    2 une unité de valeur, qui permet d’estimer les valeurs des marchandises et de fixer des rapports entre elles.
    3 une réserve de valeur, seulement affectée par l’inflation, équivalent monétaire de la dépréciation naturelle des biens durables

    Et à ces titres un moyen d’agir sur l’économie par l’utilisation de ces caractéristiques.

    Mais elle a acquis une propriété particulière, celle de se reproduire elle-même, par les deux procédés suivants :

    a) celui qui est central sur ce blog, la création d’intérêts associée à chaque opération de crédit (la part d’intérêt du moins qui ne se justifie pas par le coût de la prestation et la couverture des risques)

    b) la transformation de la monnaie en titre de propriété (actions), avec la distribution de dividendes, que les chefs d’entreprise doivent bien considérer comme une charge financière pure pour ne pas faire faillite, procédé guère traité sur le blog.

    Ces deux procédés ont connu depuis trente ans une accélération énorme dans leur utilisation par les effets de levier liés

    – à l’empilement des crédits assis sur la même somme initiale (réserves fractionnelles en peau de chagrin) pour le premier

    – aux produits dérivés où les produits sous-jacents sont soit purement virtuels ou démultipliés, alors que le titulaire de l’option “put” ou “putt” qui a vendu ce qu’il ne possédait pas, se trouve nanti, pour une période donnée, d’une monnaie possédant les capacités de reproduction a et/ou (surtout) b.

    Cette propriété de reproduction de la monnaie, est donc un procédé de captation de richesse pour ses possédants, qui disposent d’un revenu par la seule possession de monnaie. Utiliser au maximum cette propriété est devenu l’objectif ultime de la finance mondialisée.

    Cette propriété est normalement dévolue à la vie, et un tel phénomène de croissance indéfinie est assimilable à un cancer.

    Une vision anthropologique du phénomène a été donnée par Hannah Arendt en 1958 dans “Condition de l’homme moderne” dans laquelle elle étudie l’évolution historique et la nature profonde du phénomène qui conduit à détruire à la fois le “bien commun” et la “propriété privée”.

    Chacun pourra mesurer la dégradation du premier à travers le réchauffement climatique, la dégradation de l’air, de l’eau et des sols, et du second à travers le discours dominant sur “l’homme nomade” pour convaincre les bienheureux qui n’ont pas encore vécu un déracinement forcé.

  47. Jean Jégu dit :
    12 juin 2008 à 13:05 @ Bernard

    Merci pour la référence à http://www.m-lasserre.com qui est très pédagogique. Je ne vois pas qu’il dise rien de différent de ce que j’ai essayé de dire. Les circonvolutions et concepts nécessaires ici résultent de ce qu’il est difficile d’expliquer certains mécanismes à qui n’en a pas vraiment pris conscience.

    Je donne un exemple.

    Dans le site référencé, je lis : “La monnaie que l’on conserve chez soi, ou sur son compte courant, ne rapporte rien. Pour qu’elle rapporte, il faut la “placer”, c’est à dire la transformer en actifs financiers (en capital financier). Les actifs financiers, sont ce qu’on appelle aussi des “titres”, ce peut être des titres de propriété ou des titres de créances. “

    Je vois tout à fait ce que cela veut dire et ne conteste rien. Cependant il n’est pas tout à fait exact de dire que la monnaie se transforme en actifs financiers. ( je pense que m-lasserre en serait d’accord). La monnaie utilisée pour acquérir un actif financier passe dans le compte du vendeur de l’actif concerné. Elle continue ensuite de circuler d’une manière indépendante de l’actif financier qu’elle a permis d’acheter …

    C’est pourquoi dans ce blog, j’ai pour ma part restreint volontairement mes interventions à la question de la monnaie. Maîtriser la monnaie est, à mon avis, un préalable à la maîtrise de la finance qui est l’ objectif finalement recherché. Mais la finance constitue une forêt touffue plantée dans la monnaie !

  48. Paul Jorion dit :
    12 juin 2008 à 14:45 @ Derudder

    « la monnaie n’existant plus par elle même il faut la créer par le crédit » : c’est une mauvaise habitude qui a été prise mais ce n’est pas une qualité essentielle de la monnaie.

    « la monnaie centrale n’est qu’une conséquence de la création monétaire effectuée par les banques secondaires » : je ne pense pas que ce soit vrai.

    Je ne suis pas « dans l’attente d’une démonstration indémontable qui clouerait le bec à tout contradicteur éventuel », je suis en train de l’écrire… petit à petit. Ce qu’elle « démontrera de manière indémontable », je n’en suis pas encore sûr.

    Le cœur de ma démonstration à venir se trouve cependant déjà ici : Monnaie – intérêt – croissance et Surplus et masse monétaire.

  49. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    12 juin 2008 à 15:45 @ Paul

    Tu reprends Philippe Derudder qui écrit « la monnaie n’existant plus par elle même il faut la créer par le crédit » : en écrivant “c’est une mauvaise habitude qui a été prise mais ce n’est pas une qualité essentielle de la monnaie.”

    On peut discuter de savoir s’il s’agit d’une qualité essentielle, mais par contre je pense que cette “libération” de la création monétaire fut une invention géniale qui permet (plutôt : qui devrait permettre) de ne pas être limitée par sa quantité et donc de nous permettre de réaliser tout ce que nous souhaitons sans être limités par son éventuelle absence (ce qui ne veut pas dire, je précise, qu’il faut faire n’importe quoi avec cette monnaie…)

    En fait, en résumant, il existe deux positions : la première dit “payons les intérêts de la création monétaire à ceux qui mettent à disposition cette monnaie en la créant * “, la seconde dit ” payons les intérêts de cette monnaie créée à la collectivité et réservons de justes honoraires à ceux qui la diffusent”

    Tu rajoutes que tu ne penses pas que ce soit vrai que la monnaie centrale n’est qu’une conséquence de la création monétaire effectuée par les banques secondaires … on reprend ici notre débat entre les partisans de la théorie du multiplicateur de crédit et de ceux du diviseur de crédit. Pour ma part je soutiens, comme Philippe et Jean, la seconde, mais il me semble quand même que la théorie du multiplicateur puisse se défendre et je comprends ta position qui sous-entend de croire en la toute puissance de la Banque Centrale laquelle ne se laisserait pas influencer par les acteurs de l’économie lorsqu’ils demandent plus de crédit…

    PS (redite): *”créer”, dans le Robert, c’est “tirer du néant”

  50. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    12 juin 2008 à 15:59 @Bernard

    A la lecture attentive de ces deux positions issues de Michel Lassere, je pense que je les réfute (à moins de n’avoir pas assez bien compris ce que vous/il voulait dire):

    Mais elle (la monnaie) a acquis une propriété particulière, celle de se reproduire elle-même, par les deux procédés suivants :

    a) celui qui est central sur ce blog, la création d’intérêts associée à chaque opération de crédit (la part d’intérêt du moins qui ne se justifie pas par le coût de la prestation et la couverture des risques)

    b) la transformation de la monnaie en titre de propriété (actions), avec la distribution de dividendes, que les chefs d’entreprise doivent bien considérer comme une charge financière pure pour ne pas faire faillite, procédé guère traité sur le blog.”

    1 – “la part d’intérêt du moins qui ne se justifie pas par le coût de la prestation et la couverture des risques” fait, à mon sens, partie intégrante de la nouvelle création monétaire nécessaire pour payer TOUS les intérêts…

    2 – Comme l’écrit Jean Jégu, lorsque la monnaie paye des titres de propriété elle ne disparait pas puisqu’il a fallu les acheter à un vendeur qui disposera à ce moment là de cette monnaie. A mon avis, c’est seulement lorsque le prêt “constitutif” de la création de la monnaie est remboursé que cette monnaie disparait, et entre deux il n’y a, je pense (?), pas eu de “transformation de la monnaie”, le titre de propriété étant devenu la contrepartie de la nouvelle monnaie…

  51. Rumbo dit :
    12 juin 2008 à 18:59 Stilgar a écrit:

    la part d’intérêt du moins qui ne se justifie pas par le coût de la prestation et la couverture des risques” fait, à mon sens, partie intégrante de la nouvelle création monétaire nécessaire pour payer TOUS les intérêts

    Il y a une chose que je n’arrive pas à distinguer, cela a pu m’échapper, mais je n’ai rien vu dans ce sens sur ce blog, c’est que sur mettons 1000 de monnaie réelle en dépôt qui permettent à une banque de prêter 9000, mettons à 5%, cela fait en réalité 45% d’intérêts sur cette monnaie réelle. Joli bénéfice pour un simple jeu d’écriture ! Ne s’agirait-il pas là d’une ‘’sur-couverture”, où plutôt d’un ”bunker bancaire”… Il y a là infiniment plus que tous les risques et autres ”raisons” de compter envers et contre tout et tous des intérêts.

    Je conjure les uns et les autres d’étudier C. H. Douglas.

  52. Bernard dit :
    13 juin 2008 à 14:19 @J Jégu

    S’il y a transfert d’actif, entre un vendeur et un acheteur, il s’agit simplement de changement de main de l’actif en question. Et la monnaie circulera évidemment, en étant soit dépensée, soit plus probablement en se fixant sur un actif financier jugé plus attractif.

    Mais la réalité de la création de monnaie dans ce cas est bien la distribution de dividendes qui est largement découplée de l’évaluation de l’actif.

    @Stilgar

    1. “la part d’intérêt du moins qui ne se justifie pas par le coût de la prestation et la couverture des risques” fait, à mon sens, partie intégrante de la nouvelle création monétaire nécessaire pour payer TOUS les intérêts…

    Est-il possible d’expliciter ce « TOUS les intérêts » que je ne conçois personnellement pas ?

  53. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    14 juin 2008 à 09:56 @Bernard

    Je répète que j’ai peut être mal compris ce que vous écriviez, à savoir que pour vous (ou Michel Lasserre)

    la monnaie a acquis une propriété particulière, celle de se reproduire elle-même, par les deux procédés suivants :

    a) celui qui est central sur ce blog, la création d’intérêts associée à chaque opération de crédit (la part d’intérêt du moins qui ne se justifie pas par le coût de la prestation et la couverture des risques)

    Je comprends que vous exprimez que la monnaie a acquis la capacité de se reproduire elle-même par la création d’intérêts pour la part qui ne justifie pas le coût de la prestation et la couverture des risques.

    Je crois comprendre maintenant que vous considérez comme injustifiée la part de l’intérêt qui n’est pas justifiée par le coût de la prestation et la couverture des risques… c’est bien cela ?

    Ma position est un peu différente. Je pense que la collectivité (la société civile) doit bénéficier de l’intérêt – payé à la Banque Centrale – sur toute la création de monnaie (puisqu’il s’agit toujours d’une monnaie prêtée à l’occasion d’une demande de crédit par des agents non-bancaires), les banques commerciales étant payées sous forme d’honoraires pour leur travail d’intermédiaire.

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3 commentaires pour 17 – La monnaie : approche comptable et approche économique

  1. Pour une personne ordinaire, la saisie comptable est bizarre, elle ne peut comprendre le principe de la partie double. La saisie comptable comme les termes actifs et passifs sont des termes comptables que ne peuvent comprendre les personnes qui n’ont pas de connaissances comptables.

    J'aime

    • A-J H dit :

      Nous avons tellement l’habitude de les utiliser …
      Quels termes pouvez vous suggérer, alors ?

      J'aime

    • Bruno Lemaire dit :

      « emplois » et « ressources » peuvent être utilisés, ou « utilisation » et « provenance », ou encore « achat » et « preuve d’achat ». En fait, c’est un peu comme pour les assurances, vous achetez un frigo, vous gardez la facture, m^me chose pour un Renoir 😉

      C’est vrai que « actif » et « passif » sont des termes un peu bizarres, il faut à chaque fois que je réfléchisse – c’est fatigant …

      En plus, le point de vue est important: le bilan d’une entreprise qui emprunte à une banque est l’inverse du bilan de cette m^me banque … Il vaut mieux d’ailleurs.

      Dans le bilan d’un particulier, Lemaire, qui vient d’avoir un prêt de 100 000 euros de la Banque Holbecq, le prêt consenti est l’origine des « sous » qu’il a maintenant sur son compte.
      Dans le bilan de la banque Holbecq, la reconnaissance de dettes est l’origine du prêt consenti.

      Je ne sais pas si c’est beaucoup plus clair 😉 mais ce qui est sûr c’est que l’on voit qu’il y a, avant la dépense éventuelle de ces 100 000 euros, un simple jeu d’écritures: Lemaire reconnait qu’il doit des sous, la banque Holbecq reconnait qu’elle a prêté des sous (j’espère sans intérêts, merci André-Jacques).

      B.L.

      J'aime

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