15 – La monnaie : le point de notre débat (III)

29 05 2008 – Publié par Paul Jorion

Pour faire avancer notre débat, Jean Jégu a eu l’amabilité de rédiger un Canevas pour un dialogue sur le système monétaire que je reproduis à la suite d’une brève introduction. Comme vous le verrez, Jean propose que nous procédions pas à pas, en nous mettant d’accord à chaque étape sur la manière dont nous comprenons un sous-aspect – bien délimité – de la question. Cela me paraît de très bonne méthode. J’ajouterai à ce programme de clarification, ce qui m’apparaît personnellement comme deux sources majeures de confusion :

1. L’existence de trois théories distinctes de la création de monnaie ex nihilo

– à l’occasion de l’allocation d’un prêt, la création de monnaie ex nihilo porte sur les intérêts qui seront versés par l’emprunteur : ces intérêts constituent une nouvelle source de monnaie (Louis Even) ;

– la création de monnaie ex nihilo résulte de la démultiplication d’une somme déposée sur un compte à vue en raison de la possibilité pour une banque commerciale de prêter les sommes déposées à un tiers en ne conservant que des réserves fractionnaires (Maurice Allais) ;

– la création de monnaie ex nihilo résulte du fait que les banques commerciales peuvent prêter des sommes « fictives » (créées au moment où un prêt est accordé et détruites au moment où il est remboursé) par une simple opération scripturale (Philippe Derudder).

2. L’utilisation d’agrégats dans les discussions relatives à la masse monétaire

M1 est définie comme M0 à quoi s’ajoutent d’autres sommes. Ces « autres sommes » résultent « en dernière instance » de dépôts ponctionnés sur M0. Le calcul de M1 comporte du coup un double compte.

M2 est définie comme M1 à quoi s’ajoutent d’autres sommes. Ces « autres sommes » résultent « en dernière instance » de dépôts ponctionnés sur M0. Le calcul de M2 comporte du coup un double « double compte ». Etc.

Une telle confusion, volontairement introduite, résulte de l’une ou l’autre chose : une très grande naïveté mathématique ou une intention délibérée. L’un d’entre vous sait-il qui a introduit (et quand ?) ces définitions cauchemardesques ?

Après l’avoir trop longtemps mobilisée, je laisse maintenant la parole à Jean :

Jean Jégu
Canevas pour un dialogue sur le système monétaire

Les échanges sur ce blog de Paul Jorion, à propos de la monnaie, mettent en évidence une difficulté de compréhension entre les parties. Il est malaisé de repérer points d’accord et de désaccords, tant ces derniers paraissent omniprésents.

On peut se demander si chacun évoque les mêmes réalités avec les mêmes mots, ou si un vocabulaire apparemment identique ne traite pas de réalités différentes.

Le système monétaire actuel est le résultat d’une histoire plus que centenaire. Ses évolutions, y compris les plus récentes, ont toujours eu une certaine logique du point de vue de ceux qui les ont promues. Un vocabulaire d’usage technique précis a été défini. Il ne doit pas être confondu avec celui de l’usage courant donnant parfois des significations différentes aux mêmes mots.

Pour être efficace le dialogue sur la monnaie devrait donc observer une certaine progressivité. Sous les mêmes mots, entendons-nous bien les mêmes choses ? Sur quoi sommes-nous d’accord et à partir d’où commence notre désaccord ? Traitons-nous bien du même point particulier du système ?

La discussion pourrait donc dégager des thèmes à aborder successivement et méthodiquement. Si au cours de cette discussion il survient une dérive, il faudrait bien afficher le changement thématique correspondant, ou la nouvelle question débattue. C’est dans cette perspective que je proposerais volontiers le canevas suivant. Le but est de placer des balises sur un chemin escarpé, pour que chacun puisse dire de quoi il entend parler. J’indique un repérage et y place les points importants qui me paraissent en relever (dans le contexte européen de la BCE, sans doute largement extrapolable aux autres cas).

C’est le commentaire de Paul du 05/05 dans “Encore Allais” à propos de l’article de Steve Keen qui m’a inspiré ce post, dans la mesure où nous ne comprenons pas ce texte de la même manière.

A. Etat des lieux :

A.1 La théorie courante du système monétaire :
A.1.a. Les agrégats monétaires : M0, M1, M2, M3 … P1, P2, …

– “il n’est de monnaie que dans M1” car, en dehors du troc financier, tous les moyens de paiements sont dans M1. Les transactions se font toujours, en principe, en euros-monnaie de M1 (ou tout autre devise évidemment).

– Bien distinguer la monnaie et la finance ; celle-ci se nourrit de celle-là mais ne s’y réduit pas. X euros-monnaie valent X euros-valeur, mais X euros-valeurs ne sont pas X euros-monnaie. Les euros-monnaie existent en vertu d’une convention sociale ; les euros-valeur sont une appréciation individuelle plus ou moins partagée (le marché) de la valeur d’un bien ou d’un service à un moment donné. Cette appréciation estime le nombre d’euros-monnaie contre lesquels je peux espérer les échanger.

– La vitesse de circulation de la monnaie : la vitesse de circulation dans l’économie réelle reste assez stable ; la vitesse dans la sphère financière s’accroit probablement beaucoup plus vite.

A.1.b La monétisation des crédits

– distinguer le concept de “crédit mutuel” dans lequel un épargnant prête son épargne et le concept de “crédit créateur de monnaie” qui ne préjuge d’aucune épargne préalable mais est soumis à certaines contraintes. Ce sont essentiellement : l’obligation des “Réserves obligatoires” en Banque Centrale ; l’obligation de fourniture d’espèces (billets, pièces) qui conduisent à la notion de “refinancement” ; les contraintes des “Règles Prudentielles” édictées par la profession bancaire.

– Il est essentiel de comprendre la liaison entre la monnaie centrale M0 et la monnaie bancaire M1. La théorie dit que la Banque Centrale contrôle la création de monnaie bancaire M1 en agissant sur les taux directeurs qui règlent le coût imposé aux banques pour leur refinancement et, plus rarement, sur le niveau des Réserves Obligatoires.

A.2 En y regardant de plus près ; les faits contre la théorie

A.2.a. Ce n’est pas M1 qui est piloté par M0 mais M1 qui force M0 autant que de besoin.
En d’autres termes, les banques sont devenues incontrôlables par la Banque Centrale. C’est très exactement à cette opinion que Steve Keen se rallie dans l’article cité “The Mysterious Money Machine” : “As a result, Loans Create Deposits, which in turn forces the government to produce the amount of currency needed to meet depositors demands for cash. This explains the empirical reality that changes in Credit Money precede, and empirically cause, changes in Fiat Money.” En Europe, au lieu de “government”, il faudrait lire “ ECB”. Ce constat, s’il est exact, est celui du pouvoir total(itaire) des banques et de ce fait une condamnation du système. ( Restent les critiques faites à Geoff Davies, mais ceci est une autre histoire)

A.2.b Deux oublis fréquents mais majeurs :

– la monétisation des actifs et la démonétisation des dettes des banques.
Ainsi les banques font des crédits créateurs de monnaie et encaissent les intérêts correspondants. Certes, mais du point de vue comptable, les banques n’encaissent jamais d’intérêts ni d’ailleurs de capitaux remboursés : elles détruisent la monnaie correspondante. Ceci améliore directement leur bilan, puisque les dépôts de leur clientèle y apparaissent comme des dettes. A la démonétisation des dettes, il faut associer la monétisation des actifs. Une banque qui acquiert un lot de titres financiers et les porte à l’actif de son bilan, inscrit la même montant au passif en dépôt à vue sur le compte du vendeur. Son bilan reste donc équilibré ; elle ne s’est aucunement enrichie. Bien entendu, à ce compte, n’importe quelle banque pourrait se payer le monde entier. Il y a donc des contraintes : en gros, la banque ne peut acquérir que des actifs “en rapport “ avec ses fonds propres. Ce sont les fameuses Règles Prudentielles.

– la monétisation des devises étrangères.
Quand une banque rachète de telles devises à l’un de ses clients, celui-ci voit son compte crédité de la somme équivalente ( en M1). Elle revend ensuite ces devises à sa Banque Centrale et se voit à son tour créditée de la somme équivalente (en M0) . Les devises en question n’ont pas pour autant disparu : elles sont à l’actif de la Banque Centrale. N’y a-t-il pas ici aussi réplication de valeur, c’est à dire création monétaire ? Ceci ouvre à l’analyse de la circulation des devises entre économies qui est un chapitre décisif de l’économie mondialisée.

B.1. Les flux de valeur entrainés par les flux monétaires.
Si la situation n’est pas satisfaisante, (ce qui semble le cas !) voir les remèdes :

B.2 Les remèdes

B.2.a – Ne rien faire sur le système monétaire. Le problème est ailleurs ( Paul Jorion ? )
B.2.b – Ne rien changer : mieux piloter le système ( nos banquiers centraux et nos politiques )
B.2.c – Ajouter des “contraintes prudentielles” ( Frédéric Lordon )
B.2.d – Modifier les règles : ne plus interdire l’émission monétaire aux Etats( Chômage et Monnaie)
ou la lui réserver totalement ( James Robertson ).
B.2.e – Reconstruire pour sauver l’avenir.

– repérer les principes acceptables aujourd’hui : émission comme reconnaissance de dette de l’émetteur vis à vis du receveur ? le couple intérêt-inflation comme variables de pilotage ? les relations de change entre devises ?

– Imaginer des solutions possibles, les “simuler”, les “noter”

– Etudier et proposer aux politiques des transitions et cheminements viables vers la (r)évolution monétaire.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite.“=============================================

32 réponses à “La monnaie : le point de notre débat (III)”
  1. Financial Md » La monnaie : le point de notre débat (III) dit :
    29 mai 2008 à 14:47 […] Original post by Blog de Paul Jorion […]
  2. guillaume dit :
    29 mai 2008 à 19:06 Un doute…

    – à l’occasion de l’allocation d’un prêt, la création de monnaie ex nihilo porte sur les intérêts qui seront versés par l’emprunteur : ces intérêts constituent une nouvelle source de monnaie (Louis Even) ;

    Il me semble possible de considérer que ces intérêts constituent non pas une création de monnaie mais un « salaire » pour un service rendu. On ne parle pas de création monétaire pour le salaire d’une société de conseil par exemple… Quelque soit l’origine du paiement. Et un prêt est une forme de service. Non ?

    – la création de monnaie ex nihilo résulte de la démultiplication d’une somme déposée sur un compte à vue en raison de la possibilité pour une banque commerciale de prêter les sommes déposées à un tiers en ne conservant que des réserves fractionnaires (Maurice Allais) ;

    – la création de monnaie ex nihilo résulte du fait que les banques commerciales peuvent prêter des sommes « fictives » (créées au moment où un prêt est accordé et détruites au moment où il est remboursé) par une simple opération scripturale (Philippe Derudder).

    Il s’agit ici – sauf erreur de ma part – de la mission même du système bancaire, mais il y a-t-il réellement création monétaire ? Ou s’agit-il comme l’a présenté Paul du service offert par le système bancaire (celui-là même qui est rémunéré par les intérêts) qui permet de faire « tourner l’argent suffisamment vite » ?

    Le terme de création ex nihilo me parait créer à lui seul la matière de la polémique…

    De mon point de vue, le problème n’est pas forcément dans la manière qu’ont les banques de fonctionner, ni le dans le fait qu’elles demandent à être rémunérées pour ce faire.

    C’est pourquoi, en novice, j’ai le sentiment que ce débat étymologique sur le terme ex nihilo est une impasse intellectuelle ; pire il me semble porter ombrage sur aux moins deux questions qui me semblent plus essentielles :

    – Une première d’ordre technique :
    Si cette action bancaire permet une plus grande possibilité d’investissement et par ce fait une meilleur projection dans l’avenir, existe-t-il pour autant une limite à ce concept ? Cette action doit-elle connaître des limites, peut-elle mettre en péril la pérennité du système ? Est-elle performante dans une certaine mesure et dangereuse dans une utilisation plus importante ?

    – La seconde d’ordre morale : elle a été très bien formulée par Paul il y a quelque temps :

    Quant aux « gens qui disent que les banques créent de l’argent ex nihilo », la question qu’ils entendent réellement poser est celle-ci : « Est-il légitime que les banquiers soient les autorités en charge de maintenir en permanence une équivalence entre la masse monétaire et la richesse effective, où les intérêts payés représentent plus ou moins bien la plus-value créée par l’activité humaine ? (je rajouterais : et possèdent le monopole de cette action) ». Que leur réponse soit « Non ! », m’apparaît maintenant très clairement. Leur question est excellente et se passe en réalité très bien de l’hypothèse de la création d’argent ex nihilo, alors pourquoi ne pas la poser dans ces termes, sans chercher à la fonder sur cette base douteuse ?

    Amicalement

  3. Stilgar dit :
    30 mai 2008 à 06:30 La définition de “création”, sur le Robert, est la suivante: ” Action de donner l’existence, de tirer du néant ” … alors je veux bien ne plus utiliser le terme “ex nihilo”, mais renforcer la définition en disant : ” le système bancaire donne l’existence à la monnaie en la créant”

    D’autre part, entre le 01/01/01 et le 01/01/07, les masses monétaires ont ainsi évolué :
    M1 : 82%
    M2 : 57%
    M3 : 58%
    D’où vient ce supplément si ce n’est d’une création monétaire ?

    Lorsqu’il y a transfert d’un compte de M1 – espèces ou dépots à vue * – vers M3 (pour ne pas écrire M3-M2, car il s’agit d’agrégats), par exemple par l’achat d’une OPCVM monétaire (l’une des “monnaies” prise en compte par M3 dont la définition est “instruments négociables”), le total – bancaire – de M1 diminue, alors que le total M3 augmente, il n’y a pas de création monétaire dans ce cas.
    Par contre c’est différent lorsque l’ensemble de agrégats augmente en volume : il y a nécessairement eu création monétaire dans ce cas.

    Comme on peut le voir sur les bilans de la BCE, l’évolution du montant de la monnaie fiduciaire (qui représente 610,6 Md€ pour un total de 3819,7 Md€, soit 16% à fin septembre 2007), dont elle est la seule émettrice – alors que l’émission de la monnaie scripturale est réservé aux banques commerciales (privées) – , est du même ordre de croissance que l’ensemble M1 …

    * Un dépôt “à vue” est un dépôt, rémunéré ou non, dont les fonds peuvent être retirés partiellement ou totalement à tout instant.

    A-J Holbecq

  4. Stilgar dit :
    30 mai 2008 à 12:35 Je ne l’ai pas précisé mais les 2 explications concernant les agrégats sont, à mon sens, l’une et l’autre totalement “farfelues”.

    http://www.ecb.int/stats/money/aggregates/aggr/html/index.en.html

    Monetary aggregates comprise monetary liabilities of MFIs and central government (post office, treasury) vis-á-vis non-MFI euro area residents excluding central government.
    M1 is the sum of currency in circulation and overnight deposits ; M2 is the sum of M1, deposits with an agreed maturity of up to two years and deposits redeemable at notice of up to three months ; and M3 is the sum of M2, repurchase agreements, money market fund shares/units and debt securities up to two years.

    Quand à M0, je suis d’accord avec Jean Jégu … il ne représente pas (que) la monnaie fiduciaire (sinon on écrirait – dans tous les bouquins d’économie et d’ailleurs sur les pages écrites par la BCE – , que M1 = M0 + DaV, alors qu’on écrit M1 = pièces et billets + DaV).

    M0 est un agrégat qui représente l’ensemble de la “monnaie centrale”.

    AJH

  5. gilbert « gibus » wiederkehr dit :
    30 mai 2008 à 13:03 Merci à tous de me permettre, amateur (étymologiquement), novice en matière monétaire, mais passionné par ces questions de comprendre un peu mieux l’écosystème où j’évolue.

    J’ai découvert notre ami Paul par l’entremise du site contre-info. J’ai dévoré votre livre “Vers la crise du capitalisme américain ?”. Issu du sérail, donc rompu aux techniques financières les plus “créatives”, portant un regard d’anthropologue sur ces mêmes pratiques, vous m’avez beaucoup appris sur les enjeux des “subprimes”.

    La qualité des intervenants, la haute tenue des échanges, l’honnêteté intellectuelle, la courtoisie, l’absence de “sniper”, font de ce blog mon délice au quotidien.

    Il m’a permis aussi de découvrir d’autres pépites, telles les sites de l’ami AHJ, Derruder et autres…
    Continuez, je vous suis et vous écoute avec attention, j’apprends et je progresse.

    Stilgar à dit :

    Comme on peut le voir sur les bilans de la BCE l’évolution du montant de la monnaie fiduciaire (qui représente 610,6 Md€ pour un total de 3819,7 Md€, soit 16% à fin septembre 2007), dont elle est la seule émettrice – alors que l’émission de la monnaie scripturale est réservé aux banques commerciales (privées) – , est du même ordre de croissance que l’ensemble M1 …

    Dans l’article de Wikipédia sur la monnaie :

    Les billets et les pièces (les espèces) ne constituent qu’une fraction de la monnaie en circulation : la monnaie scripturale en représente maintenant plus de 90%. Cette dernière forme de monnaie s’échange par simple jeu d’écriture.

    Le novice mais citoyen s’étonne que l’essentiel de la création de la monnaie ait été abandonné à la discrétion (et en toute discrétion) des banques privées.

    L’adage dit que “l’argent est le nerf de la guerre”. En paraphrasant on pourrait écrire que l’argent est le nerf du bien public.

    Est-il raisonnable d’avoir laissé filer ce pouvoir exorbitant des mains de la puissance publique ? La cohorte de malheurs qui s’abat sur les plus faibles et les plus démunis ne prend-elle pas toute sa puissance là ?

  6. Rumbo dit :
    30 mai 2008 à 16:37 Tout à fait d’accord avec Stilgar.

    Je vais être hors d’Europe quelques semaines et, très pris, ne peux suivre, hélas, que de façon aléatoire les intéressants débats et réflexions de ce Blog.

    En très résumé, que faut-il faire en matière de réforme monétaire ? Et bien je crois que tout est dans cette réponse :

    Faire en sorte que le “bilan” des banques ne soient plus une hypothèque sur la société civile productrice de tous les biens et services. En un mot :

    fini cette situation : destin des producteurs VS bilan des banques.

    Un pays, un espace économique donné, est un actif produit par le travail de la dite société. Aucune entité financière n’a la droit de s’approprier cet actif à son profit. Les actifs d’une société permettent d’émettre une monnaie en rapport à ces actifs, cette monnaie appartient donc à la société productrice et non pas aux actionnaires des banques, ni aux banques centrales, etc.

    Ci-dessous quelques propos de Louis EVEN. Celui qui a sans doute le mieux compris l’essence de l’argent, le vrai sens de l’argent qui est d’abord le POURQUOI de l’argent. Quant aux compétences au sujet du COMMENT de l’argent, ces compétences abondent, là n’est pas le principal problème. Lire ce pourquoi il faut un argent juste (4 extraits de Louis EVEN) :

    Car, comme le remarquait Douglas, l’auteur des propositions financières du Crédit Social, il n’est point du tout prouvé que l’efficacité de ces entreprises soit due à leur gigantisme ; elle l’est bien plutôt à leur facile accès aux sources du crédit financier. Si les entreprises plus modestes bénéficiaient de cette même faveur, il est probable que, proportionnellement à leur mesure, elles feraient aussi bonne figure, avec moins de dépersonnalisation de leurs effectifs humains que les géants qui accaparent l’économie de nos pays évolués. Le service du public consommateur s’en trouverait sans doute mieux.

    Quand l’argent est devenu la fin suprême de tout travail comme de toute entreprise, quand financiers, entrepreneurs et salariés courent, non pas après ce qui est le plus utile pour la communauté, mais après ce qui apporte le plus d’argent, en dividendes pour les actionnaires, en profits pour les entrepreneurs, en salaires pour les embauchés, on peut bien avoir une économie désaxée, une économie instable, une économie de concurrence effrénée, une économie de loups, une économie de guerres entre les puissants des empires industriels et les puissants des grandes centrales ouvrières.

    Guerres légalisées dont les consommateurs font les frais par des hausses de prix. Guerres qui s’étendent jusqu’entre les gouvernements élus et le personnel des services publics, dont toute la population souffre et dont elle devra faire les frais par des hausses de taxes. Économie monstrueuse, qu’il serait techniquement si facile de changer en une économie de service. En une économie ordonnée vers la satisfaction des besoins humains, dans l’ordre prioritaire de leur urgence. En une économie où les participants à la production retrouveraient leur liberté et leur responsabilité d’hommes. En une économie où l’argent serait au service des compétences pour la production, au service de tous pour l’accès aux produits.

    Cela serait possible moyennant un système financier souple, reflétant fidèlement les réalités. C’est un tel système financier qu’engendrerait l’application de simples propositions énoncées par Douglas et connues sous le nom de Crédit Social. Ce système permettrait une décentralisation industrielle, sans perte d’efficacité dans le rendement. J’ai dans l’idée que la tendance de l’avenir, si avenir il y a malgré les menaces qui pèsent actuellement sur le monde, sera à la décentralisation, à la division de ces entreprises géantes en unités plus petites. De sorte que, dans une centaine d’années, on verrait surtout des entreprises à taille humaine, beaucoup plus souples, mais disposant d’un bien meilleur accès qu’aujourd’hui aux facilités dont elles ont besoin.

  7. Stilgar dit :
    30 mai 2008 à 16:44 gilbert “gibus” wiederkehr pose deux questions

    Est-il raisonnable d’avoir laissé filer ce pouvoir exorbitant des mains de la puissance publique ? La cohorte de malheurs qui s’abat sur les plus faibles et les plus démunis ne prend-elle pas toute sa puissance là ?

    A la première, je réponds évidemment que non, ce ne fut pas raisonnable (ce fut en 1973). La question est: “maintenant que nous nous sommes liés les mains avec 27 pays, ou au moins 15, comment changer ensemble ?”

    A la seconde, je serai plus nuancé et les causes me semblent multiples … mais c’est évidemment l’une des causes principales : on ne fait pas “crédit” aux pauvres car on aurait trop peur de voir un bilan comptable déséquilibré faute de remboursement…

  8. guillaume dit :
    30 mai 2008 à 18:05 “La cohorte de malheurs qui s’abat sur les plus faibles et les plus démunis ne prend-elle pas toute sa puissance là ?”

    Pour moi, si, en grande partie d’une part comme le dit Stilgar pour les difficultés d’accès au crédit mais surtout car ce système est en train de mettre en faillite l’état “providence”. La corrélation entre les lois de 73 et l’endettement de l’état est frappante; le système social à la française s’éteint peu à peu…

    ps: une réflexion sur le sujet:
    http://tiki.societal.org/tiki-index.php?page=Etat-Dette-Monnaie

  9. Armand dit :
    31 mai 2008 à 11:09 Tout d’abord, félicitations et merci à Jean Jégu pour avoir posé le problème de façon structurée (et pour son site web)

    Je souhaite simplement un

    B.2.f – remettre en circulation la monnaie or (i.e une monnaie non fiduciaire)

    Le but est de s’affranchir de la nature humaine. Celle des banquiers centraux, certes honnêtes et indépendants, mais qui sont souvent trompés par des statistiques impécises ou fausses et trop tardives ; celle des élites et des grands serviteurs de l’Etat, certes éclairés, intègres et altruistes, mais qui seraient tentés d’imprimer de la monnaie pour adoucir la souffrance du peuple ; et celle des « Nous le peuple » qui, s’ils contrôlaient « démocratiquement » la monnaie et voulant faire le bien de leurs concitoyens, en imprimeraient hélas trop aussi.

    La nature nous offre une solution qui empêcherait quiconque d’en imprimer à volonté, le modèle serait donc une quantité quasi-fixe de monnaie (le pic de production étant passé) qui vaudrait de par sa substance même et non pas par ce qui est écrit dessus.

    Nul besoin de changer grand’chose : juste donner le statut de « monnaie ayant cours légal » à ces pièces comme s’il s’agissait d’une autre devise en concurrence des billets de la BC (dans beaucoup de pays une autre monnaie que l’officielle a souvent cours, p.ex. pesos/US$). Le cas échéant, la mauvaise monnaie serait éliminée par la bonne et ce serait les « Nous le peuple » qui voteraient.

  10. Jean Bayard dit :
    1 juin 2008 à 11:29 Oui, tout d’abord, merci à Jean Jégu d’avoir remis les pendules à l’heure, si vous permettez l’expression.
    Je reprends ci-après quelques uns des passages de son texte suivis de mes observations.

    1) A.2.a. Ce n’est pas M1 qui est piloté par M0 mais M1 qui force M0 autant que de besoin.
    En d’autres termes, les banques sont devenues incontrôlables par la Banque Centrale…. Ce constat, s’il est exact, est celui du pouvoir total(itaire) des banques et de ce fait une condamnation du système.

    Totalement d’accord avec ce passage car en effet voici les conclusions d’un article que j’ai écrit sur “le pouvoir de la banque centrale sur l’émission monétaire” que vous pourrez lire à l’adresse suivante : http://www.bayard-macroeconomie.com/lepouvoirdelabanquecentrale.htm.

    “En conclusion, la banque centrale n’a aucun pouvoir sur l’émission de monnaie par les banques et par voie de conséquence aucun pouvoir sur l’inflation dont elle prétend faire son cheval de bataille !”

    2) – la monétisation des devises étrangères.
    Quand une banque rachète de telles devises à l’un de ses clients, celui-ci voit son compte crédité de la somme équivalente ( en M1). Elle revend ensuite ces devises à sa Banque Centrale et se voit à son tour créditée de la somme équivalente (en M0) . Les devises en question n’ont pas pour autant disparu : elles sont à l’actif de la Banque Centrale. N’y a-t-il pas ici aussi réplication de valeur, c’est à dire création monétaire ? Ceci ouvre à l’analyse de la circulation des devises entre économies qui est un chapitre décisif de l’économie mondialisée.

    Voici mon avis sur ce point.
    La création monétaire a lieu dès que les devises sont achetées par la banque à son client. Le fait d’être revendues à la BC ne fait que transformer la nature de la monnaie créée; ce n’est plus de monnaie secondaire mais de monnaie centrale qu’il s’agit alors. Les devises qui se trouvaient à l’actif de la banque se retrouvent à l’actif de la BC, mais en contrepartie il apparaît à l’actif de la banque des disponibilités sur la BC. On peut dire maintenant que c’est la BC qui a créé la monnaie dont dispose le vendeur des devises.

    Dans l’hypothèse où l’on voudrait (comme certains s’y emploient) que la BC ait le monopole de la création monétaire, il faudrait qu’elle inscrive à son actif toutes les contreparties de la monnaie émise, ce qui signifie qu’elle couvrirait à elle-seule, directement ou indirectement tous les risques d’insolvabilité. Je suggère depuis longtemps qu’elle couvre ces risques (contre rémunération) à travers les banques auxquelles elle délèguerait son pouvoir de création (ce qui est le cas aujourd’hui de facto), en même temps qu’elle leur imposerait une autorisation préalable d’octroi des crédits et je pense qu’elle en a les moyens matériels. On obtiendrait ainsi le même résultat dans des conditions plus souples.

    3) B.2 Les remèdes

    Voici mes suggestions :

    – La BC a l’exclusivité de la création monétaire pour tous les besoins de l’Etat, sous le contrôle du Parlement. Les banques fournissent les besoins monétaires de tous agents économiques, sauf l’État. La BC contrôle l’émission de monnaie par les banques, comme il est dit au-dessus.
    – Les banques font payer leurs services et l’intérêt est supprimé. Il est remplacé par une indexation des dépôts à terme sur le taux d’inflation.
    – Si l’on veut exercer un contrôle rigoureux sur l’activité du secteur bancaire, je préconise que l’on sépare dans les comptes des banques, les concours qu’elles apportent à l’économie (par création monétaire) et leur activité propre. On y verrait beaucoup plus clair et le ratio de solvabilité (Cooke) pourrait alors être renforcé.

    4) Je voudrais attirer votre attention sur un point important, issu de mes travaux.

    A mon avis, la conjoncture n’est rien d’autre qu’une économie libérale livrée à l’influence désordonnée, parce que non régulée, des facteurs endogènes opposés que sont l’épargne et le crédit. L’épargne produisant un effet de frein, le crédit celui d’accélérateur.
    Si je ne me trompe pas, cela veut dire que la régulation monétaire (que seul l’État est apte à assumer) est la condition sine qua non de la croissance de l’activité économique.
    C’est pourquoi je crois qu’il est vital que le système soit réformé.

  11. Stilgar dit :
    1 juin 2008 à 13:07 Je considère que si un ménage ou une entreprise emprunte, il n’est pas illogique qu’ils payent un intérêt à la collectivité. Donc une émission monétaire centrale (considérant que les banques commerciales sont les “intermédiaires” et responsables de l’insolvabilité de leurs clients) me semble plus adéquate puisque les intérêts reviennent à la Banque Centrale, donc à la collectivité…

    Plutôt qu’écrire ” La BC a l’exclusivité de la création monétaire pour tous les besoins de l’Etat”, je proposerais plutôt ” La BC a l’exclusivité de toute la création monétaire pour tous les besoins des agents économiques privés. Elle a également la possibilité d’émission monétaire pour tous les besoins d’investissements des administrations publiques ” … ou quelque chose comme cela…

    A-J Holbecq

  12. Jean Jégu dit :
    1 juin 2008 à 20:40 @ Paul
    Parlons ici de ce que vous identifiez – à juste titre – comme une source de confusion : l’utilisation des agrégats dans les discussions relatives à la masse monétaire. C’est le point A.1.a du canevas évoqué.
    Je crois tenir le nom de celui qui a inventé ces “définitions cauchemardesques”. Voici un texte issu d’une publication de la banque du Canada : “Les agrégats monétaires et la politique monétaire “ de Apostolos Serleti et Terence E. Molik en 1999. (disponible sur le Net ; deuxième occurence du mot origine).

    “ À l’origine, les banques centrales définissaient la monnaie comme l’ensemble des avoirs financiers servant de moyens d’échange, c’est-à-dire la monnaie métallique et les billets de banque ainsi que les dépôts à vue. Elles ont donc commencé à publier des statistiques sur deux types de moyen d’échange : i) la monnaie hors banques; ii) les dépôts à vue tenus dans les banques. La somme de ces deux catégories d’avoirs a par la suite été appelée M1.

    Friedman (1956 et 1959), Friedman et Meiselman (1963) ainsi que Friedman et Schwartz (1969 et 1970) ont proposé d’élargir la définition de la monnaie pour y faire entrer les dépôts à terme et les comptes d’épargne. Cette définition élargie de la monnaie visait à tenir compte de son rôle de« réserve de valeur ». Le principal argument de Friedman était que la monnaie servait de « réceptacle » temporaire du pouvoir d’achat, faisant ainsi la soudure entre les achats et les paiements. “

    Le coupable serait donc Milton Friedman lui-même, chef de file de l’école de Chicago, grande figure du monde universitaire américain et militant du capitalisme et du marché. Il va falloir du courage pour assumer.

    Alors assumons.
    Commençons par un extrait du bulletin n° 62 de la Banque de France de Février 1999.

    Agrégats monétaires

    La BCE s’est dotée de la panoplie d’agrégats suivante :

    – un agrégat étroit M1 incluant les pièces et les billets en circulation et les dépôts
    à vue ;

    – un agrégat intermédiaire M2 ne comprenant que les dépôts monétaires :
    M1 + dépôts remboursables avec un préavis inférieur ou égal à trois
    mois + dépôts à terme d’une durée initiale inférieure ou égale à deux ans ;

    – un agrégat large de référence M3 contenant : M2 + pensions + titres d’OPCVM
    monétaires + instruments du marché monétaire + titres de créance de durée
    initiale inférieure ou égale à deux ans.

    Seules les positions vis-à-vis des résidents de la zone euro qui ne sont ni des IFM ni
    des institutions relevant de l’administration centrale sont incluses dans M3.

    Sont qualifiés de monétaires, tous les actifs entrant dans la composition de l’agrégat
    large.

    Les dépôts à terme comprennent les dépôts qui ne peuvent être convertis en
    espèces avant un terme fixe convenu ou qui ne peuvent être convertis en espèces
    avant ce terme que moyennant sanction.

    Les dépôts avec un préavis inférieur ou égal à trois mois recouvrent les dépôts
    d’épargne à vue qui présentent, à la différence des dépôts à vue, un caractère de
    transférabilité incomplet. Il s’agit, par exemple en France, des livrets A et bleus, des
    Codevi, des comptes d’épargne-logement, des livrets d’épargne populaire, des livrets
    jeunes et des livrets soumis à l’impôt.

    Les pensions représentent des espèces perçues en contrepartie de titres vendus à
    un prix donné dans le cadre d’un engagement de rachat desdits titres (ou de titres
    similaires) à un prix et à une date déterminés.

    Les titres autres que des actions sont constitués de titres de créances négociables
    et échangés sur des marchés secondaires. La composante française de cette
    rubrique comprend notamment les obligations et les bons à moyen terme
    négociables (BMTN).

    Les instruments du marché monétaire correspondent à des titres émis à court terme
    par des IFM (durée initiale inférieure ou égale à un an) et négociables sur des
    marchés monétaires liquides. Au plan français, cette catégorie regroupe les
    certificats de dépôt et les bons des institutions et sociétés financières (BISF).

    Simplifions. Si la monnaie est définie comme “les moyens de paiements”, alors la monnaie est M1 : pièces et billets (espèces) en circulation et dépôts à vue (DAV) dans les banques. Démontons les poupées russes que sont ces agrégats et posons :
    m1 = M1
    m2 = M2 – M1
    m3 = M3 – M2

    Comme le disent Serleti et Molik, m2 et m3 ont un rôle de “réserve de valeur” plus ou moins rapidement transformable en m1, c’est à dire monnayable. Mais ce qui est monnayable n’est pas la monnaie, sinon où faudrait-il s’arrêter puisque presque tout est monnayable. Pour raisonner sainement il faut donc, me semble-t-il, en traitant de la monnaie, s’en tenir à la monnaie stricto sensu, celle qui existe sous diverses formes depuis la nuit des temps, c’est à dire les moyens de paiement en usage. Voilà pourquoi, j’ai rapporté l’adage (?) : il n’y a de monnaie que dans M1. Par ailleurs il existe des avoirs financiers plus ou moins “liquides” ( i.e. monnayables) m2, m3, parfois m4 … car chaque pays peut avoir ses particularités. En fait, ils sont de moins en moins liquides selon leur éloignement de m1. Il ne faut pas les ignorer mais ne les appelons pas monnaie.

    Certaines analyses deviennent impossibles si on ne considère que les agrégats officiels. Par exemple l’évolution de M3, qui est le tableau de bord favori de la BCE, ne permet pas de repérer les mouvements internes à cet agrégat, mouvements qui peuvent être signifiants.

    Quant à M0, terme que j’ai moi-même utilisé par facilité, ce n’est pas un ensemble qui s’agrègerait aux suivants ; c’est la “monnaie de base” ou “monnaie centrale” définie comme : les pièces et billets émis par la Banque Centrale ( donc détenus par les banques ou les agents économiques non-bancaires ) et la monnaie scripturale inscrite sur les comptes des banques en Banque Centrale. M0 diffère donc de M1 essentiellement par les parties scripturales et secondairement par les pièces et billets détenus dans les banques. M1 ne résulte pas de ponctions sur M0 mais de la démultiplication entre, d’une part les comptes des banques en monnaie centrale et, d’autre part, les comptes des clients des banques en monnaie bancaire. C’est là que se situe la création monétaire par les banques. En simplifiant, je pense qu’il faudrait , pour assainir la situation, traiter la monnaie scripturale comme le sont les pièces et billets, sans aucune multiplication, autrement dit avec un taux de couverture de 100 %. Mais on peut ne pas être d’accord. Nous sommes là pour en discuter.

    J.J.

  13. Stilgar dit :
    2 juin 2008 à 07:39 Merci Jean, pour cette explication très claire. Je me permets de la reprendre sur le site ” fauxmonnayeurs.org “
  14. Jean Bayard dit :
    2 juin 2008 à 14:21 @ Jean Jégu

    Il me semble déceler une contradiction entre tes deux propositions :

    « Ce n’est pas M1 qui est piloté par M0 mais M1 qui force M0 autant que de besoin.
    En d’autres termes, les banques sont devenues incontrôlables par la Banque Centrale…. »

    et plus loin :

    « M1 ne résulte pas de ponctions sur M0 mais de la démultiplication entre, d’une part les comptes des banques en monnaie centrale et, d’autre part, les comptes des clients des banques en monnaie bancaire. C’est là que se situe la création monétaire par les banques. »

    La deuxième proposition semble faire resurgir la théorie du multiplicateur que la première semblait avoir enterré. Est-ce que je me trompe ?

    Ainsi que tu le sais, je ne crois pas à cette théorie, car à mon sens les réserves obligatoires n’ont aucun effet restrictif sur la création de monnaie par les banques, qui disposent de monnaie centrale à profusion (en France et aux USA, en tout cas).

    @ Jean Jégu et à bon nombre d’entre vous (si je ne m’abuse) ce qui ne va pas être facile pour moi seul !

    Je fais suite à ce passage de la contribution du 1er juin de Jean

    « En simplifiant, je pense qu’il faudrait , pour assainir la situation, traiter la monnaie scripturale comme le sont les pièces et billets, sans aucune multiplication, autrement dit avec un taux de couverture de 100 %. »

    C’est donc de finalité qu’il s’agit ici : le taux de couverture de 100%. Tout est plus clair.

    Voici les arguments que j’opposerais à cette idée qui me paraît utopique et de réalisation difficile.

    A mon avis utopique, car les hommes politiques qui nous dirigent, dans quelque pays que ce soit, ne s’engageront jamais dans cette voie, ne serait-ce que pour ne pas courir le risque d’ouvrir la voie à un régime monétaire totalitaire.

    De réalisation difficile, pour les raisons suivantes :

    Je suppose que dans cette hypothèse de couverture à 100%, les banques seraient chargées de prêter dans les strictes limites des autorisations de la BC (en ce qui concerne l’émission monétaire), de tenir les comptes à vue et à terme des agents et de re-prêter leurs disponibilités (ce qui est impossible dans l’état actuel de l’organisation bancaire).

    Pensez-vous que la monnaie scripturale émise dans ces conditions ait le caractère de monnaie permanente, comme il en est de la monnaie fiduciaire ? C’est ce que l’on peut supposer à la lecture du texte de Jean, ci-dessus.

    Si votre réponse est positive, je crois que vous vous trompez, car une fraction importante des sommes créées aboutit immanquablement en compte d’épargne, dès les premiers échanges dans la sphère réelle. La couverture constituée devient alors trop large, si elle ne couvre pas l’épargne bancaire.

    Si, au contraire, vous choisissez de relever simplement le taux des R.O. à 100%, vous tomberez dans les travers actuels de la constitution de réserves a posteriori, et la BC ne contrôlerait pas plus les banques qu’elle ne les contrôle aujourd’hui. Le coût de l’argent serait relevé, c’est tout.

    La solution, me semble-t-il, est relativement simple sur le papier. La contrepartie de la monnaie secondaire se trouve actuellement dans les actifs des banques, c’est pourquoi les banques ne peuvent pas en disposer. Il suffit de décider que la contrepartie de la monnaie doit se trouver en compte à la BC ; elle devient ainsi centrale. Les banques doivent alors faire passer toutes leurs transactions financières et monétaires par leur compte à la BC, comme tout un chacun. Il s’ensuit que les actifs de contrepartie monétaire disparaissent des banques pour apparaître à la BC.

    jb

  15. Paul Jorion dit :
    3 juin 2008 à 02:21 Je me tais ces jours-ci parce que je suis en train de lire ce qu’ont écrit les économistes ayant pignon sur rue – et essentiellement anglo-saxons – sur cette question de la création monétaire, en vue d’écrire un article de synthèse sur la question. Je vous tiendrai bien entendu au courant.
  16. Paul Jorion dit :
    3 juin 2008 à 17:57 Deux comptes-rendus de la création monétaire, telle que la comprennent post-keynésiens et « circuitistes ». Comme vous le verrez, je suis plus proche des seconds et certains d’entre vous, des premiers. Si vous ne connaissez pas ces deux textes, lisez les, il y a là en tout cas un vocabulaire qui permettra de clarifier certaines des questions dont nous débattons.

    Joanna Bauvert
    Politiques monétaires et théories post-keynésiennes. Un essai d’analyse.

    Virginie MONVOISIN
    ESSAI D’UNIFICATION DES DEFINITIONS POST-KEYNESIENNES DE LA MONNAIE ENDOGENE : DES DIVERGENCES A LA COMPLEMENTARITE

  17. Jean Jégu dit :
    3 juin 2008 à 20:40 @ Guillaume (29 mai) et Paul

    “Le terme de création ex nihilo me parait créer à lui seul la matière de la polémique…” écrivez-vous, Guillaume. Il est vrai que nous ne devons pas nous opposer stérilement sur des mots ou des formulations qui disent finalement la même réalité.

    Les termes “création” et, a fortiori, “ex nihilo” suggèrent l’apparition mystérieuse et miraculeuse d’un objet matériel ; ce n’est évidemment pas le cas. Quand un vendeur rencontre l’acheteur de son bien chez un notaire, celui-ci rédige un titre de propriété et le remet à son bénéficiaire. Cet acte ne préexistait pas. S’agit-il d’une création ex nihilo ? Personne ne pose la question. Ne serait-ce pas parce qu’un titre de propriété n’a jamais été matérialisé en un objet tandis que la monnaie est encore, dans nos inconscients, très liée aux pièces “sonnantes et trébuchantes”. Le crédit créateur de monnaie est un contrat entre une banque et un emprunteur qui a pour effet que la première s’engage à fournir – et très généralement fournit – au second de la monnaie sans préjuger de la manière dont elle le fait. C’est l’examen de ce processus qui montre qu’elle le fait, sinon à partir de rien (ex nihilo) du moins à partir du seul engagement de l’emprunteur à rembourser le capital et à payer des intérêts. Nous devrions arriver à être d’accord là-dessus. Ceci nous ramène aux (trois ?) théories de la création monétaire.

    La théorie associée à l’énoncé de Philippe Derudder me parait non seulement la bonne, mais en fait la seule, les deux autres (Maurice Allais et, peut-être, Louis Even) n’en étant que des attendus nullement contradictoires. Je vais tenter de m’expliquer.

    Petit ajustement préliminaire dans l’énoncé que j’ai considéré comme le bon. Nous ne devrions pas évoquer des sommes “fictives”, car elles ne le sont pas, mais des sommes “de monnaie comptabilisée dans M1”.

    La formulation par Maurice Allais ne me semble pas devoir être analysée mot à mot. Elle est un raccourci synthétique d’une réalité – celle précisément décrite par Philippe Derudder – qu’il avait manifestement bien comprise. Je sais que cette affirmation risque d’indisposer certains d’entre vous, mais il me semble difficile de le dire autrement tant il faudrait détailler ce qu’il y a derrière le mot “démultiplication” (vocabulaire contestable et contesté par Jean Bayard mais néanmoins parlant) et tout ce qui touche aux réserves fractionnaires. Fraction de quoi ? Nous aurons à y revenir.

    Quant au paragraphe relatif à Louis Even, il évoque, me semble-t-il, le fait que le crédit créateur de monnaie crée le capital qui sera plus tard remboursé mais ne crée pas les intérêts exigés. Au niveau économique global, ceci oblige inévitablement à d’autres crédits. Philippe Derudder ne dit rien de contraire. Bien plus, il sera, je pense, d’accord avec moi.

    A mon avis, ceux qui considèrent comme un fait exact la création monétaire “ex nihilo” (pour le dire simplement) par les banques ne se réfèrent pas à des théories différentes, ni d’ailleurs à une théorie. Ils font – avec la plupart des professeurs d’économie qui abordent la question – le même constat en l’exprimant chacun avec leurs mots et en mettant en avant différentes facettes de ce processus ingénieux.

    Je comprends que votre première question en final porte sur les conséquences pour la durabilité de nos économies. Il est vrai que la manière dont est émise la monnaie n’aurait guère d’importance si tout allait bien. Mais c’est parce qu’on remarque des problèmes qu’on en recherche les causes. Or un pouvoir monétaire déconnecté du souci de la société dans son ensemble, comme c’est le cas, me semble susceptible d’effets considérables.

    La question de l’intérêt est aussi extrêmement importante mais c’est une autre question. Paul a raison ; elle se pose même en dehors de la création “ex nihilo”. La perception d’intérêts a existé bien avant les premiers billets de banques ! Je ne crois pas que tous les “nihilistes” ( ! ) soient d’accord à ce sujet. Sans aller plus loin, j’indique que, pour ma part, j’examine dans le même mouvement les notions liées : d’intérêt, de dividende (à ne pas confondre avec l’intérêt) et d’inflation.

  18. Stilgar dit :
    3 juin 2008 à 22:28 Merci Paul pour ces deux textes.

    On retrouve tout au long de ceux ci l’affirmation selon laquelle l’offre de monnaie est déterminée par la demande de crédit et que la monnaie est créée par les banques secondaires à la demande des agents non bancaires. Je cite ” L’offre de monnaie est déterminée par la demande de crédit (”demand –determined and credit driven”). La monnaie est créée ex-nihilo et n’est pas le résultat de décisions patrimoniales”

    Je cite également ” L’école du circuit reprend les analyses de Bernard Schmitt selon lesquelles la monnaie est créée à partir d’une dette de l’entrepreneur vis-à-vis du secteur bancaire sous la forme de crédit. ” et ” Plus généralement, elles affirment toutes deux que l’offre de monnaie est déterminée de manière endogène par la demande de crédit bancaire”.

    Nous sommes tous enfin d’accord…

    Et nous sommes d’accord également sur la formulation (je cite) ” Sur le plan logique, les différentes approches post keynésiennes se rejoignent sur leur conception du lien de causalité entre crédits et dépôts: selon elles, les crédits font les dépôts ”

    Le rôle régulateur ou non de la Banque Centrale est in fine d’un intérêt secondaire dans “notre” débat ici, mais il apparait qu’en fait elle ne peut pas faire grand chose sur la quantité de monnaie, si elle tiens à rester d’obédience “libérale”.

    A-J Holbecq

  19. Stilgar dit :
    4 juin 2008 à 07:28 @Jean Bayard

    Bonjour

    Je laisserai Jean Jégu répondre directement sur la question que vous lui posez. Sur celle-ci

    … De réalisation difficile, pour les raisons suivantes :

    Je suppose que dans cette hypothèse de couverture à 100%, les banques seraient chargées de prêter dans les strictes limites des autorisations de la BC (en ce qui concerne l’émission monétaire), de tenir les comptes à vue et à terme des agents et de re-prêter leurs disponibilités (ce qui est impossible dans l’état actuel de l’organisation bancaire).

    Pensez-vous que la monnaie scripturale émise dans ces conditions ait le caractère de monnaie permanente, comme il en est de la monnaie fiduciaire ? C’est ce que l’on peut supposer à la lecture du texte de Jean, ci-dessus

    , voici mon avis.

    Je pense qu’il serait souhaitable que les banques commerciales soient simplement considérées comme le sont aujourd’hui les intermédiaires financiers (établissements de crédit, bien que pour moi ce terme ne soit pas très clair), simplement que ces “banques nouvelles” doivent se financer de la monnaie pour laquelle elles seront de simples intermédiaires entre soit des épargnants, soit la Banque Centrale qui leur fournira (avec intérêt) la monnaie demandée, pour la période correspondant au financement que la Banque commerciale demandera. La Banque Centrale serait le seul créateur de monnaie…

    Il reste à savoir si les banques commerciales seront rémunérés pour ce service d’intermédiaire (et d’expertise de pertinence d’accord d’un prêt) sous forme d’un supplément d’intérêt ou d’honoraires.
    Mais en aucun cas il ne s’agit de couverture 100% et en aucun cas les banques centrales n’auraient à vérifier chaque contrat de prêt réalisé par ces “nouvelles banques” (banques de prêts). Et cette monnaie scripturale ne serait pas de la monnaie permanente, puisque lorsque la banque de prêt est remboursée, elle doit rembourser à son tour la banque centrale.

    Ce sont les banques de prêts qui ” subiront ” les risques de défaut de remboursement (assurances possibles ?) La banque centrale aura ainsi deux leviers à sa disposition : la quantité de monnaie et le taux d’intérêt.

    Nous sommes tous, semble t-il, d’accord avec le postulat

    En conclusion, la banque centrale n’a aucun pouvoir sur l’émission de monnaie par les banques et par voie de conséquence aucun pouvoir sur l’inflation dont elle prétend faire son cheval de bataille

    , et je rajouterai, comme le soutiennent Margrit Kennedy et Ralf Becker, que je pense que c’est l’inverse : l’augmentation du taux d’intérêt a un effet inflationiste.

    A-J Holbecq

  20. Jean Jégu dit :
    4 juin 2008 à 10:01 @ Paul

    Le genre blog suppose des échanges courts et rapides. Ceci me contrarie un peu, dans la mesure où je suis en train de préparer une réponse à Jean Bayard, comme Stilgar dit attendre que je le fasse. Privilégions pour une fois la rapidité.

    Je n’ai pas encore lu les deux textes proposés par Paul ; seulement un coup d’oeil sur les conclusions. L’analyse qu’en fait Stilgar – à qui je fais confiance – confirme ma première impression. Question : pouvez-vous estimer combien de financiers pourraient avoir lu ces textes ou des textes analogues ? Vous comprendrez pourquoi quelques-uns, comme moi, qui sont présents sur votre blog s’acharnent à faire passer ce qu’ils pensent avoir compris !

    Vous êtes un excellent reporter de la guerre économique ou plutôt financière, dont l’argent est le nerf ( cf. Lehman Brothers ). Serait-il possible que vous deveniez aussi un excellent promoteur de la paix financière, condition nécessaire ( même si pas suffisante ) pour espérer faire victorieusement face aux défis économiques, environnementaux et humains qui arrivent ? Ne faudrait-il pas proposer le désarmement monétaire des banques ; progressivement et prudemment, mais inexorablement.

  21. Jean Jégu dit :
    4 juin 2008 à 10:36 @ Armand (31 mai)

    Merci pour votre appréciation de mon (projet de) canevas.

    La remise en circulation de la monnaie or est parfois évoquée. Cela pourrait donc être un point de discussion. Cependant je crains que ce ne soit une fausse bonne idée. Voici mon avis à ce sujet.

    Vous craignez légitimement une trop grande émission monétaire. N’est-ce pas déjà le cas ? Les bulles financières et immobilières ne s’expliquent pas autrement. Si je me trompe, quelqu’un me redressera. D’un autre côté, notre gouvernement français et quelques autres manquent de monnaie et continuent d’alourdir les dettes publiques tandis que les pauvres sont de plus en plus nombreux. C’est qu’il ne suffit pas de créer de la monnaie ; il faut aussi décider pour qui et pourquoi faire. Et pour le moment ce sont, in fine, les banquiers qui décident. Je pense que vous faisiez preuve d’humour en indiquant que ce sont les statisticiens qui les trompent !

    Supposons un instant que le retour à la monnaie or soit possible. Savez-vous qu’historiquement il y a toujours eu deux sources de métaux précieux : les mines et les butins des conquêtes guerrières. Nous allons déjà manquer de pétrole ; nous serions très vite en pénurie d’or (ce qui arrangerait ceux qui le possède aujourd’hui) et il s’en suivrait immédiatement des guerres de conquête. Il nous faudrait vite réinventer le billet de banque avec couverture or très réduite, voire annulée, c’est-à-dire refaire ce qui a été fait.

    Non ; ne remontons pas l’histoire. Au contraire coulons-nous en son flux. Il nous faut prendre acte de la dématérialisation qui ne détruit aucunement la nature profonde de la monnaie, nature dont nous n’avons pas encore pris collectivement conscience, mais qui est fondamentalement de l’ordre des relations socio-économiques.

  22. Jean Bayard dit :
    4 juin 2008 à 15:27 @ Stilgar

    Bonjour,

    Votre texte repris ci-dessous appelle de ma part les quelques remarques qui le suivent.

    Je pense qu’il serait souhaitable que les banques commerciales soient simplement considérées comme le sont aujourd’hui les intermédiaires financiers (établissements de crédit, bien que pour moi ce terme ne soit pas très clair), simplement que ces “banques nouvelles” doivent se financer de la monnaie pour laquelle elles seront de simples intermédiaires entre soit des épargnants, soit la Banque Centrale qui leur fournira (avec intérêt) la monnaie demandée, pour la période correspondant au financement que la Banque commerciale demandera. La Banque Centrale serait le seul créateur de monnaie…

    En ce qui me concerne, je pense que la banque ne peut pas faire circuler la monnaie qu’elle crée (ce sont ses clients qui la font circuler), tandis que l’établissement financier ne peut que la faire circuler. C’est là toute la différence.

    Dans l’organisation actuelle du système, les banques ne peuvent pas prêter l’argent de leurs clients (qu’il s’agisse de DAV ou de comptes d’épargne), pour la raison capitale que la monnaie bancaire sous ces deux formes, n’a pas de contrepartie monétaire. Elle en a déjà une : la créance qui est à l’origine de son émission. C’est sur la base de ce principe, que l’on peut dire que l’épargne bancaire occupe des parkings monétaires sans utilité pour l’économie. Je vous recommande la lecture ou la relecture de mes pages sur « La monnaie, source de vie économique ».

    Cette règle des parkings monétaires est lourde de conséquences économiques. La monnaie ne circule pas du tout comme on le croit, c’est pourquoi à mon avis il faut pratiquer la régulation monétaire de la sphère réelle, qui subit passivement l’influence de la conjoncture.

    Pour mener à bien ce que je crois être votre projet de soumettre les banques à l’autorité de la BC, il me paraît indispensable comme je l’ai déjà dit d’obliger les banques à faire passer toutes leurs transactions, sans exception aucune (tant les DAV que l’épargne de leurs clients, notamment) par leur compte ouvert à la BC. Cela ne veut pas dire, bien sûr, que les banques ne pourraient pas choisir les bénéficiaires de leurs concours, mais le pas peut être vite franchi par la BC pour le leur imposer. Le contrôle de la quantité pourrait être très vite suivi du contrôle de la qualité. C’est la raison pour laquelle je redoute tant l’instauration d’un régime monétaire totalitaire, en régime authentiquement démocratique, évidemment.

    Dans ces conditions, la contrepartie de la monnaie dans ces nouvelles banques serait de la monnaie centrale.

    jb

  23. Rumbo dit :
    4 juin 2008 à 16:07 Très intéressé par tous les échanges. Étant bien occupé hors d’Europe, ce petit temps de lecture féconde, déjà, suffit à presque épuiser les quelques créneaux de disponibilité dont je dispose.

    Aussi, voici une intervention de Louis EVEN dans une de ses interventions à la radio canadienne (relayée par 35 autres chaines canadiennes durant les années 60).

    Le propos et le sujet sont plus actuels que jamais et pourraient servir ici de — cadre de référence —, étant bien compris, je crois, que les participants à ce blog, son fiables, non sectaires, avancés dans ce sujet crucial.

    (À noter ou rappeler que : PIASTRE au Canada français veut dire: DOLLAR-canadien, mais le propos de Louis Even est universel).

    L’ARGENT EST ESSENTIELLEMENT UN TITRE AUX PRODUITS ET AUX SERVICES

    Secouer le non-sens financier

    Fabriquer l’argent qui manque

    Les piastres ne sont point des ordonnances du ciel

    L’argent est fait pour payer, pour acheter. C’est essentiellement un titre donnant droit à des produits ou des services au choix. Ce titre est fait de chiffres. Chiffres gravés sur du métal, ou imprimés sur du papier, pour l’argent de poche. Chiffres inscrits dans des comptes de banque, pour le commerce et l’industrie.

    La solution saute aux yeux. C’est de mettre l’argent au même pas que les produits : production abondante, argent abondant ; production facile, argent facile ; produits existant devant les familles en besoin, argent dans les familles devant les produits.

    Lorsqu’on a tout ce qu’il faut, excepté l’argent, pour produire les biens, privés ou publics, demandés par la population, la solution logique, puisque seul l’argent fait défaut, c’est de faire l’argent qui manque et de procéder à la production. Mais entendre ainsi dire de faire l’argent quand il en manque, voilà un langage que beaucoup de gens trouvent encore étrange. On admet bien que si l’on manque de maisons il faut en bâtir, si l’on manque de vêtements il faut en fabriquer. Mais fabriquer de l’argent, cela paraît inouï. Il y a je ne sais quoi de sacré autour du mot argent — la chose ‘pourtant la plus simple à produire quand ceux qui en ont l’autorité le décident. Aucune difficulté technique, simple question de décision.

    On en a eu l’exemple en 1939. Depuis dix années, toutes les nations civilisées étaient dans ce qu’on appelait la crise. Pas une crise de produits, ni de bras, on avait trop de tout cela. Pas une crise de température ni de Providence : rien n’avait changé de ce côté-là. Mais une crise d’argent. Individus, compagnies, gouvernements, manquaient d’argent. On chômait, faute d’argent pour payer le travail. On n’achetait pas, faute d’argent pour payer les produits. Pourtant, tous ces pays-là embarquaient dans une guerre majeure, et une guerre moderne majeure demande des milliards.

    La magie de l’argent

    C’est alors qu’on vit disparaître la magie de l’argent. Dans tous les pays en guerre, on fabriqua tout l’argent qu’il fallait pour conduire la guerre, au fur et à mesure qu’on en avait besoin, tant qu’on avait des hommes et du matériel pour faire la guerre. Le « pas d’argent », qu’on entendait tous les jours avant la guerre, ne fut pas prononcé une seule fois pendant la guerre. Quand l’Allemagne capitula, ce ne fut pas à cause du manque d’argent, mais à cause du manque d’hommes et de matériel pour continuer.

    Comment donc le monde passa-t-il ainsi, subitement, de la crise d’argent à l’abondance d’argent pour la guerre ? Comment ? Mais en fabriquant l’argent qui manquait. Au Canada, dès la déclaration de guerre par un gouvernement à coffres_ vides, ce gouvernement se fit faire 8o millions de dollars, et ça ne prit pas cinq minutes. D’autres millions suivirent, et l’on eut des milliards, tous les milliards voulus pour changer les chômeurs en soldats ou en fabricants de munitions, d’avions, de vaisseaux et autre attirail de guerre. Aux États-Unis, après Pearl Harbour, le président Roosevelt déclara qu’il ne permettrait pas au non-sens financier d’empêcher la nation de mettre tous ses hommes valides et tous ses moyens de production au service de la guerre.

    Le non-sens financier, disait Roosevelt. Le non-sens financier, c’est la paralysie de la production et de la distribution de richesse pour manque de ces petites choses qu’on appelle piastres. Des piastres, qui ne sont point des ordonnances du ciel ; des piastres qui ne sont point une affaire compliquée à produire, puisqu’elles sont venues du jour au lendemain quand on a secoué le non-sens financier pour entrer hardiment dans la grande tuerie mondiale.

    Pour avoir l’argent, ni le gouvernement canadien, ni aucun autre gouvernement en guerre n’envoya les hommes dans les mines d’or. Les hommes, c’était pour l’armée, pour les munitions, et un grand nombre de femmes aussi. Pour avoir l’argent, le gouvernement n’engagea même pas d’imprimeurs pour imprimer des dollars. C’est beaucoup plus simple que cela. Il demanda aux banquiers de lui faire de l’argent. En faire, mais oui. Depuis longtemps, les gens n’en avaient pas, ils ne pouvaient donc pas en épargner et en porter à la banque. Les coffres des banques étaient donc passablement à plat. Et pourtant il fallait des millions, il fallait des milliards. Pas d’autre solution que d’en faire.

    Le compte de banque

    Pour faire l’argent voulu, les banques n’eurent pas à inventer une nouvelle méthode. Elles employèrent simplement la même technique qu’elles emploient toutes les fois qu’elles prêtent de grosses sommes d’argent à des industriels ou à des corps publics. Dans ces occasions-là, elles font l’argent qu’elles prêtent ; elles créditent l’emprunteur sans débiter personne.

    Vous savez tous ce que c’est qu’un compte de banque. Quand vous en avez un, vous pouvez payer sans sortir de l’argent de votre poche. Vous faites un chèque. Celui qui reçoit votre chèque peut le déposer à sa propre banque. Qu’arrivera-t-il ? Votre compte sera diminué, et le sien sera augmenté. Il n’y aura eu besoin ni d’or, ni d’argent blanc, ni de nickel, ni de piastres en papier — rien qu’une addition dans un compte et une soustraction dans un autre compte, et c’est aussi bon. C’est avec cela que marchent les grosses affaires. C’est avec cela qu’on a financé la guerre.

    Mais, direz-vous, pour avoir un compte de banque, il faut épargner et déposer. C’est une méthode. Mais il y en a une autre, celle des emprunts.

    Supposons que je sois un gros industriel. Je veux agrandir mon usine. Il me faudrait tout de suite $100,000. Je vais à la banque. Je m’arrange avec le gérant pour un emprunt de $100,000. Il me demande des garanties, évidemment. Mais je n’apporte pas un sou à la banque. Le gérant me signe un papier. Je vais au caissier. Je dépose ce papier. Le caissier ouvre son livre, à mon compte, et il inscrit à mon crédit $100,000. Je sors de la banque avec un compte de $100,000, sur lequel je pourrai tirer des chèques au fur et à mesure que j’aurai des paiements à faire. Voyez-vous : je n’ai pas fait ce compte-là par la méthode des épargnants. Sans apporter un sou à la banque, je sors quand même avec un compte de $100,000, tout comme si j’avais apporté et déposé cette somme. Ce qui est remarquable encore là-dedans, c’est que pour me prêter cet argent-là, le banquier n’a pas sorti un sou de son tiroir ; et il n’a pas diminué d’un seul sou le compte d’un seul autre client. Tout le monde en a autant qu’auparavant, et moi j’ai $100,000 de plus. Un beau $100,000 enlevé à personne, sorti de nulle part, et maintenant dans mon compte. C’est un $100,000 d’argent tout neuf, tout en chiffres, mais aussi bon que de l’or pour payer n’importe quoi. Ce $100,000 a été fabriqué par le banquier, avec sa plume et une goutte d’encre, après qu’il a consenti à le faire. Une décision, un peu d’encre, et c’est tout. C’est là la fabrication de l’argent moderne; et seule la banque fait cela. Le gouvernement, qui manque toujours d’argent, ne fait pas cela; il est inférieur au banquier.

    Évidemment, j’aurai à rembourser le $100,000 au banquier ; même un peu plus à cause de l’intérêt. Quand je rembourserai, j’aurai retiré l’argent de la circulation; le fonds total à chèque dans le pays aura diminué de $100,000 et un peu plus.

    L’argent commence donc quand le banquier prête ce qu’il appelle des crédits, et qui est le principal argent moderne. Puis l’argent finit quand on le rembourse à la banque. Comme il faut que les remboursements soient plus gros que les prêts, il faut qu’il y ait continuellement des emprunts nouveaux, autrement il n’y aurait bien vite plus du tout d’argent. On vit donc avec de l’argent emprunté quelque part dans le système bancaire, donc parce que des individus ou des compagnies ou, des corps publics s’endettent. Quand les prêts sont plus rapides que les remboursements, l’argent devient plus abondant. Quand les prêts deviennent plus difficiles et qu’il faut rembourser quand même, l’argent en circulation diminue, on appelle cela restriction du crédit. Si la restriction du crédit est aiguë et se prolonge, on appelle cela une crise, et le monde souffre devant une production possible abondante.

    L’argent, un titre

    L’argent est fait pour payer, pour acheter. C’est essentiellement un titre donnant droit à des produits ou des services au choix. Ce titre est fait de chiffres. Chiffres gravés sur du métal, ou imprimés sur du papier, pour l’argent de poche. Chiffres inscrits dans des comptes de banque, pour le commerce et l’industrie.

    Vous connaissez d’autres chiffres, qui s’appellent prix. Eux sont inscrits sur les étiquettes qui accompagnent les produits. Les chiffres qui sont des prix viennent aussi vite que les produits et en rapport avec les produits. Mais les chiffres qui sont de l’argent, dans nos poches ou dans nos comptes de banque, ne viennent point du tout aussi vite que les produits ni en rapport avec eux. C’est pour cela que tout le monde se plaint. C’est pour cela que des gens se privent devant des produits abondants ; ou bien qu’ils s’endettent et prennent des années à payer ce qui se fabrique pourtant en quelques jours, parfois en quelques heures. C’est pour cela que les municipalités et les commissions scolaires et d’autres corps publics sont toujours aux prises avec du manque d’argent ou avec des dettes, ne pouvant pas taxer davantage des gens qui manquent déjà, d’argent pour faire vivre convenablement leurs familles. C’est pour cela que des maisons sont vendues pour les taxes. C’est pour cela que des produits agricoles se vendent mal ou pas du tout, alors qu’ils sont bons et désirés, parce que ceux qui les voudraient n’ont pas de quoi les payer. C’est pour cela qu’il y a des chômeurs, qui aimeraient pourtant bien travailler — et il y a tant de choses à faire mais on n’a pas de quoi les payer. C’est pour cela que les gens se chicanent partout, qu’ils cherchent à s’arracher les uns des autres l’argent qui est trop rare, alors qu’ils ne se chicanent jamais autour des produits dans les magasins, parce que ces produits sont abondants.

    La solution saute aux yeux. C’est de mettre l’argent au même pas que les produits : production abondante, argent abondant ; production facile, argent facile ; produits existant devant les familles en besoin, argent dans les familles devant les produits.

    Argent social

    Pour cela, il faut que le volume de l’argent et sa mise en circulation soient une affaire sociale, non pas une affaire dépendant de profiteurs, de banques qui maintiennent l’argent difficile et conditionné par elles, de sorte qu’on soit toujours obligé d’aller à leurs portes s’endetter et les engraisser d’intérêts.

    C’est pourquoi nous demandons que l’argent soit mis au monde, selon les besoins et selon la production, par une banque nationale, ou un organisme national, existant pour le service et non pour le profit ; tout comme la justice et les autres ministères publics existent pour le service de la nation et non pas pour le profit personnel des ministres ou des juges

    Mais les contrôleurs actuels de l’argent et du crédit tiennent à garder leurs privilèges et leur pouvoir. Ils exercent de grosses pressions contre tout changement. Tant qu’il n’y aura pas de la part du peuple une pression plus forte, ça ne changera pas. C’est pourquoi nous demandons à tous les citoyens, de n’importe quels partis, de s’unir et de faire sur les gouvernements des pressions croissantes et répétées pour que, sentant la force du peuple plus que celle des financiers, ils fassent sauter une fois pour toutes le non-sens financier, pour que l’argent soit rendu conforme à la production et serviteur des individus, des familles, des corps publics. Ce sera la plus grande réforme de tous les temps, et elle vaut tous nos efforts.

    LOUIS EVEN

  24. Stilgar dit :
    4 juin 2008 à 16:31 @ Jean Bayard

    Mon idée (en fait celle d’Allais, que je défends ici) n’est pas du tout de soumettre les banques à l’autorité de la BC, mais de leur donner un rôle de conseil et d’intermédiaire auprès des emprunteurs (ménages et entreprises), tout en laissant à la BC, le rôle de seul émetteur de monnaie permanente et de monnaie temporaire (monnaie de crédit).

    Les banques commerciales n’auraient pas à demander l’avis d’une instance supérieure (la BC) pour accorder un crédit (c’est leur “risque” en tant que banques commerciales et elles seraient responsables sur leur fonds propres, mis à part la possibilité d’assurance ou de mutualisation des risques de non remboursement), mais elles auraient simplement de se financer auprès de la BC pour un terme identique (et donc si nécessaire avec des taux d’intérêts différents suivant la durée du prêt) si elles ne disposent pas des apports de l’épargnant.

    Pour l’Etat, c’est différent: la monnaie créée et prêtée directement par la Banque Centrale à l’Etat ou aux collectivités publiques ne doit financer que des dépenses d’investissement, d’aide à des secteurs à vocation d’intérêt collectif tels que l’éducation, la santé et la protection de l’environnement, et en cas de crise ou de catastrophe naturelle. A l’exception de cela, les dépenses de fonctionnement et d’amortissement doivent être financées par les recettes fiscales.

    Permettre à la BC le contrôle de la quantité n’a rien à voir avec celui de la qualité et ne crée pas pour autant un risque de totalitarisme.

    Enfin, toute la monnaie en circulation serait donc de la monnaie émise par la banque centrale, tous les intérêts “de base” revenant ainsi à la collectivité.

  25. Jean Jégu dit :
    4 juin 2008 à 19:35 @ Jean Bayard. (1 et 2 juin)

    Oh là ! Mon commentaire arrive bien tard …

    Je me concentrerai sur les points où nous apparaissons (ou sommes) en désaccord. (il y a aussi beaucoup de vues communes !)

    Pour la monétisation des devises étrangères (A.2.b – deuxième paragraphe), je ne vois pas de réel désaccord sur la phrase : « On peut dire maintenant que c’est la BC qui a créé la monnaie dont dispose le vendeur des devises. » Mais je me pose une question. Si un client dépose, par exemple, 10 000 $ au guichet de sa banque X, son compte reçoit aujourd’hui 6 466 € (oublions les agios). La revente à la Banque Centrale apporte également 6 466 € (en monnaie centrale) sur le compte de la banque X tandis que les dollars passent à l’actif de la BC. Le client initial a reçu son dû. La banque X aussi, mais elle a en plus et dans le même temps reçu un droit à émission monétaire puisque, si le taux de couverture effectif est de 20 %, la couverture requise par le client initial n’est que de 6 466 * 0.20 = 1293 €. Il y a donc une marge de 6 466 – 1 293 = 5 173 € en monnaie centrale. Ces 5 173 € sont capables de “couvrir” 25 865 € de nouveaux prêts ! Est-ce que cela, Jean, est exact ? Si oui, les dollars initiaux continuent d’exister, la masse monétaire en dollars est donc inchangée, mais la masse monétaire en euros est augmentée de 6 466 € et même, potentiellement, de 6 466 + 25 865 = 32 331 €. C’est beaucoup et tout cela grâce à la couverture à taux réduit à 20 % !

    Cela nous ramène à ce fameux taux de couverture de 100 % qui a, en effet, ma préférence. Sans rentrer dans des détails comptables, il semble que ce soit non seulement possible mais probablement nécessaire car la moindre possibilité de “monnayage” hors de la Banque Centrale (de “faux-monnayage” dirait Maurice Allais) serait une ouverture par laquelle tout le système bancaire se réintroduirait pour créer à nouveau “sa” monnaie.
    D’un point de vue conceptuel, parler de couverture à 100 % est probablement mal adapté. En effet, ce qui est désiré c’est une monnaie qui soit en “monnaie centrale”. M1, aujourd’hui confondu avec M0 au niveau des pièces et billets en circulation dans l’économie, devrait l’être aussi au niveau des comptes de dépôts. M1 et M0 ne seraient plus que deux noms pour la même réalité. Appelons celle-ci M et gérons la correctement. Il n’y plus lieu de parler de couverture. Mais ce propos relève du niveau B. dans notre canevas. Ne devrions-nous pas nous limiter davantage au niveau A, c’est à dire à la description de ce qui est actuellement, de manière à aboutir à un certain consensus. Personne n’évoque le A.2.b premier paragraphe : la monétisation des actifs et la démonétisation des dettes des banques. C’est pourtant un point majeur pour la compréhension d’ensemble.

    J’ai encore à répondre à la question : « La deuxième proposition semble faire resurgir la théorie du multiplicateur que la première semblait avoir enterré. Est-ce que je me trompe ? ». En fait, il faut retenir ma première proposition puisqu’elle semble plus claire. « Ce n’est pas M1 qui est piloté par M0 mais M1 qui force M0 autant que de besoin. En d’autres termes, les banques sont devenues incontrôlables par la Banque Centrale…. » . Concernant le mot “démultiplication”, il rappelle en effet le mot “multiplicateur”. Stilgar a fait justement remarquer que l’on peut tout aussi bien parler de “diviseur”. Là aussi, gardons-nous de nous épuiser en de faux débats, la réalité étant un peu plus complexe que ne le disent chacun de ces mots dans leur sens strict. Si on dit que M1 résulte de la multiplication de M0 par le multiplicateur k, soit M1 = k.M0, on laisse entendre que, la Banque Centrale émettant M0, elle pilote ipso facto M1, alors, j’en suis bien d’accord, la théorie du multiplicateur est fausse. Je préférerais dire que M0 résulte de la division de M1 par le diviseur k soit M0= M1/k ; ceci veut dire que les banques contrôlent M0. C’est également discutable puisqu’on sait bien que c’est la Banque Centrale qui émet les espèces et gèrent les comptes des banques sur re-financement de celles-ci. Je propose de ne plus utiliser “démultiplication” si cela prête à confusion ; nous pourrions parler de proportionnalité entre M1et M0, mais là aussi il n’y a pas proportionnalité simple et automatique. Le coefficient k lui-même est en partie modifiable par l’une ou l’autre des parties : la Banque Centrale par les Réserves Obligatoires ; les banques par la pression pour réduire l’usage des billets.

  26. Jean Bayard dit :
    5 juin 2008 à 10:57 @ Stilgar

    Vous avez raison, si on limite strictement le rôle de la BC au contrôle de la seule quantité émise. Mais, j’ai eu il y a quelques mois seulement, un entretien avec un partisan résolu de la couverture à 100%, et je puis vous assurer qu’il ne cachait pas ses intentions sur les prolongements coercitifs (choix des bénéficiaires et modalités d’utilisation) qu’il en attendait.
    En ce qui me concerne, je préfère à votre solution, celle de la couverture du risque d’insolvabilité par la BC (s’appuyant évidemment sur les banques), car elle serait me semble-t-il tout aussi efficace et d’application certainement plus libérale. Elle est de plus facile à mettre en œuvre.
    Dans l’hypothèse où la Fed aurait couvert le risque d’insolvabilité des crédits accordés par les banques américaines, elle aurait réglementé les taux pratiqués (là où elle a failli, de mon point de vue) et la crise des « subprime » aurait pu être évitée. C’est mon avis.
    Je terminerai par une remarque qui me paraît importante : la quantité de monnaie en circulation est sur-abondante quand il s’agit des transactions financières et elle est insuffisante quand il s’agit de celles de la sphère réelle. J’attire une nouvelle fois votre attention sur les parkings monétaires qui jouent un rôle prédominant dans l’alimentation en monnaie de la sphère réelle.

    @ jean Jégu

    Voici mes réponses aux 3 questions dont nous débattons :

    1) La monétisation des devises.

    Sur le schéma des opérations, je n’ai rien à dire puisque c’est exactement ce qui ce passe « sur le terrain ». Mon désaccord porte sur le droit à émission (ce sont tes termes) que tu prêtes aux banques sous condition de détenir de la monnaie centrale.
    Les réserves obligatoires, de mon point de vue, sont constituées a posteriori, ce qui a pour conséquence de laisser aux banques le libre exercice de l’émission monétaire. Je te rappelles ce que tu dis par ailleurs : « Ce n’est pas M1 qui est piloté par M0 mais M1 qui force M0 autant que de besoin ».
    Toutefois, si le droit à émission se situe ici dans la perspective de la couverture à 100%, j’abandonne ma position. Il ne s’agit peut-être que d’une erreur de formulation.

    2) Taux de couverture à 100%

    Je pense que ma réponse à Stilgar, au-dessus, répond à ta demande. Je crois avoir déjà décrit sur ce blog quelques réserves sur l’application de la mesure, ajoutant que vous aurez des difficultés d’application (insurmontables ?) si vous choisissez un taux de couverture inférieur à 100%. Sur le principe, je n’ai rien à dire, l’objectif du contrôle de l’émission monétaire conduisant sûrement à la faculté de régulation de la monnaie.
    Tu fais bien de faire remarquer que personne n’a relevé le A.2.b relatif à la monétisation des actifs bancaires et à la démonétisation de leurs passifs (dettes). Comme il en est des parkings monétaires, cela ne figure dans aucune publication connue. A mon sens, la couverture à 100% résout le problème, à la condition impérative que les banques fassent passer toutes leurs transactions (recettes et dépenses), sans exception, par leur compte à la BC. Ainsi, les banques n’ont plus qu’à gérer la monnaie dont la BC est la seule dépositaire (scripturale).

    3) La théorie du multiplicateur

    Avec la couverture à 100% les problèmes soulevés ici disparaissent.
    Je n’ai donc plus rien à ajouter.

    jb

  27. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    5 juin 2008 à 11:28 @ Jean Bayard

    Je réponds sur les points sur lesquels vous “m’interpellez”

    Je ne propose pas de limiter strictement le rôle de la BC au contrôle de la seule quantité émise: je propose également qu’elle détermine le taux d’intérêt (variable suivant la durée du prêt) auquel elle fournit la monnaie aux banques devenues “intermédiaires”.
    Elle garderait également son rôle de “gendarme” du système bancaire et d’application des régles prudentielles qu’elle souhaiterait introduire.
    Il ne s’agit en aucun cas de couverture à 100%.

    Je suis d’accord avec vous que dans l’hypothèse où la Fed aurait couvert le risque d’insolvabilité des crédits accordés par les banques américaines la crise des « subprime » aurait pu être évitée. Mais “ma” proposition va beaucoup plus loin que de vouloir éviter les crises. Elle est de rendre à l’ensemble de la collectivité les intérêts payés par les bénéficiaires de la création monétaire.

    Je ne suis pas tout à fait d’accord avec votre affirmation ” la quantité de monnaie en circulation est sur-abondante quand il s’agit des transactions financières et elle est insuffisante quand il s’agit de celles de la sphère réelle. ” … L’immobilier et l’art par exemple sont bien “la sphère réelle”, et la quantité de monnaie (ou plutôt la facilité d’accès au crédit) a bien servi à toutes les classes “aisées” de la société pour créer une “inflation des actifs” qui a abouti à ce que les moins aisés n’aient même plus les moyens de se loger…

  28. Bayard Jean dit :
    5 juin 2008 à 13:20 @ A-J Holbecq

    A propos du dernier paragraphe de votre post, en ce qui concerne l’immobilier et les oeuvres d’art, je crois qu’il est bon de préciser que la sphère réelle, c’est-à-dire l’activité de production, est affecté lorsqu’il s’agit de production de biens nouveaux pour leur valeur totale ; mais lorsqu’il s’agit de biens existants, seuls les taxes, honoraires, commissions et autres frais entrent en compte. Mais, en ce qui concerne les transactions financières, je pensais principalement aux opérations spéculatives qui ne manquent jamais de monnaie. Et, dans le cas plus général de l’activité de production, c’est l’épargne bancaire qui est responsable du manque de monnaie au sein de la sphère réelle, puisqu’elle ne circule pas (parkings monétaires). Il semble que mes positions sur la contrepartie des dépôts bancaires à vue et à terme ne soit pas comprise. Les difficultés que nous avons à nous entendre, proviennent me semble-t-il de notre formation, scientifique (je présume) pour vous, technique pour moi. Mais comme nous poursuivons les mêmes buts : réduire et supprimer progressivement la misère humaine, je pense que nous devrions arriver à nous comprendre.

    jb

  29. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    5 juin 2008 à 15:24 @Jean B.

    Je voulais seulement signaler que même si la vente et revente avec de confortables plus values d’un immobilier ancien ne rentre pas dans le calcul du PIB et de l’inflation il a quand même un effet sur la sphère réelle pour ceux qui doivent se loger.

    Mais le problème n’est pas là (dans notre débat, ici) et je suis d’accord avec vous que les opérations spéculatives semblent ne jamais être à cours de monnaie. Je vais vous dire que je pense que la sphère réelle ne manque pas de monnaie et que penser que de l’argent “stationne” dans des parkings monétaires ne me gêne pas trop. En effet, on remarque un véritable ralentissement de la vitesse de rotation de la monnaie depuis l’euro et j’avoue que je ne m’explique pas bien les raisons de ce phénomène ( peu d’inflation “officielle” peut être ? … si vous avez un avis, il est le bienvenu)

    Fondamentalement, je pense que si la monnaie n’est pas utilisée à la production ou à l’achat c’est plutôt un bien pour notre société qui n’a pas besoin d’augmentation du PIB en ce qui concerne la production de biens, mais une meilleure répartition de cette production, car ce type d’augmentation du PIB (qui fait produire sans chercher à définir d’abord l’utilité de la production, quand ce n’est pas y introduire de la fragilité pour augmenter la production) est extrêmement néfaste pour notre survie à tous. Je dirais: “vive les parkings longue durée”…

    A mon sens le problème de notre société n’est pas le manque de monnaie, ni le ralentissement de sa circulation: c’est la mauvaise répartition entre ses différentes classes et, plus intuitivement, le rôle néfaste de la publicité, de cette pensée imposée du “toujours plus de biens”… (lire à ce sujet le livre d’Hervé Kempf “Comment les riches détruisent la planète”)

  30. Laurent S dit :
    5 juin 2008 à 15:52 Pour continuer le débat sur le point du taux de couverture à 100%. Voici comment je vois sa concrétisation.

    On reprend tout d’abord la distinction entre les banques de dépôt et les banques de prêt. Les banques de dépôt ne font que proposer des moyens de paiements (chèque, carte bleue) et ne gèrent que des dépôts à vue. Je verrais d’ailleurs un monopole public pour ce service indispensable à la vie courante, ce qui permettra d’abord de faire des économies d’échelle (la sécu est bien moins chère que la plus compétitive des mutuelles ou assurances maladies), de rationaliser (il y a dans mon quartier 5 distributeurs automatiques de billets dans un rayon de 100 m, c’est dire qu’on n’y fait jamais la queue) et puis l’Etat pourra utiliser cet argent comme fonds de roulement comme c’est actuellement le cas avec les dépôts de la Banque Postale, ex-PTT.

    Ensuite les personnes qui ont un compte courant bien garni pourront placer une partie dans les banques de prêt. Celles-ci proposeront des produits règlementés (Livret A, PEL,…) et leurs propres produits. Elles financeront les intérêts et leurs bénéfices en prêtant l’argent déposé à des entrepreneurs, des particuliers, des spéculateurs,… Sachant que pour chaque euro d’emprunt restant à rembourser elles devront avoir en dépôt un euro, c’est le taux de couverture à 100%. Bien sûr un crédit étant aussi un dépôt, si j’emprunte 100 à une banque A, je peux aussi les placer dans une banque B qui pourra octroyer 100 de nouveau crédit,… sauf que l’intérêt de l’emprunt étant supérieur à l’intérêt du placement, ces optimisations de la trésorerie des entreprises et des banques auront toujours un impact limité sur la masse monétaire et n’enrichiront pas celui qui jouera avec.

    Si les banques veulent financer plus de prêts qu’elles n’ont d’argent en dépôt, alors elles auront le choix d’emprunter aux autres banques ou à la banque centrale (BC). Une loi détermine les différents niveaux de taux que propose la BC en fonction de l’objet de l’emprunt (logement, éolienne, centrale à charbon, spéculation, …). Bien sûr la BC, ou le gouvernement ont une marge de manœuvre pour adapter ces différents taux en fonction de l’état de surchauffe ou de crise de l’économie.

    La BC ne sert plus de préteur de dernier ressort pour ces banques : si elles font des crédits pour des projets insolvables, elles courent à la ruine et comme le taux de couverture est de 100% cette banqueroute ne ruine que les personnes qui ont déposé leur argent à ces banques et non pas l’ensemble du système financier. Les banquiers apprendront ainsi vite ce que cette solidarité totale envers l’emprunteur peut leur coûter en cas de bulle spéculative…

    Comme le rôle des banques de prêts est de s’assurer de la viabilité d’un emprunt et d’aider l’emprunteur dans son investissement, on considère que si elles sont obligées de se financer à la BC, c’est qu’il n’y a pas assez d’argent en circulation par rapport à la quantité de biens et services disponibles. La BC crée alors l’argent nécessaire à ces emprunts et à la fin de leur remboursement, elle le reverse à l’Etat, voire aux collectivités locales, voire aux individus (cela prend alors la forme d’un revenu d’existence) après un certain délai. Ce délai permet d’introduire un effet contra cyclique à cette création monétaire : la BC l’allonge à 3 ans en cas de surchauffe de la croissance économique ou le réduit à 1 an en cas de forte poussée du chômage. Ainsi le système économique ne repose plus sur une monnaie de dettes sans pour autant que les élus du peuple ne décident seuls du montant de la création monétaire : celle-ci devient une conséquence de leur politique économique et sociale. Quant à l’usage que fera l’Etat de cette manne financière, je crois qu’il est vain de forcer à le restreindre à des « investissements » tant il y a de manières de présenter un budget.

    Dans le système de monnaie de dettes actuel, la rareté de l’argent permet de limiter la consommation et l’inflation (mais aux dépens essentiellement des chômeurs), je n’arrive pas à concevoir si ce sera encore le cas avec ce système monétaire. Même si on pose le principe que l’argent est créé en fonction de la disponibilité de biens et services supplémentaires, comme la société ne sera plus endettée, la consommation, l’inflation, le déficit du commerce extérieur ne vont-ils pas s’envoler ? La dette est comme la peur du père fouettard, elle nous oblige à être raisonnables, mais celle-ci disparue, devient-on pour autant un libertin ?

    Enfin je crois toujours que ce système monétaire, comme n’importe quel autre, ne pourra être efficace sans politique de contrôle des changes, et de droits de douanes, des instruments que l’on retrouve toujours de manière implicite dans les expériences de monnaies locales : l’argent doit servir à la production de richesses locales, on le crée pour nous, pas pour les autres.

  31. Jean Bayard dit :
    5 juin 2008 à 17:22 @ Stilgard

    Je n’ai malheureusement pas d’avis sur les causes du ralentissement de la vitesse de circulation de la monnaie (en France ?), car je ne dispose pas des éléments qui entrent dans son calcul. J’ai la manie de toujours vouloir vérifier les calculs moi-même, sans doute par déformation professionnelle !

    J’ajouterai que la vitesse de circulation à mon avis n’est pas significative puisqu’elle ne distingue pas l’activité de production de l’activité financière et monétaire.

    Pour ce qui est de la présence de l’épargne bancaire dans les parkings monétaires, je crois qu’ils ont une incidence à la baisse sur l’activité de production d’autant plus forte que le crédit qui pourrait la réduire est insuffisant. L’épargne produit un effet de frein, tandis que le crédit fait effet d’accélérateur; c’est le résultat de mes travaux de recherche.

    A mon avis, notre société a besoin que le PIB augmente : parce que son augmentation est aussi celle des revenus, et sans elle il n’y a ni croissance ni relèvement du pouvoir d’achat. Tout le problème se trouve alors dans la répartition des revenus entre les différents agents, et là je vous rejoins. Mais, la répartition qui résulte de conflits, disons sociaux, ne peut être que plus difficile en période de contraction du PIB (des revenus, donc) qu’en période de croissance (de relèvement des revenus et du pouvoir d’achat). Les tentatives faites actuellement sur les prix pour dégager du pouvoir d’achat au bénéfice de la population ont un impact sur la répartition des revenus à activité comparable, mais n’ont pas d’effet direct sur les revenus, sauf si pour obtenir la baisse des prix il faut abaisser les salaires ou améliorer les rendements du personnel, dans les grandes surfaces par exemple, ce qui est malheureusement trop souvent le cas et inadmissible. Mais là, nous abordons un autre sujet.
    Les conséquences de l’égalité, généralement admise du PIB et des revenus, et leur lien, semblent passer totalement inaperçues. Je ne sais pourquoi.

    jb

  32. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    5 juin 2008 à 17:55 Jean B.

    L’épargne produit un effet de frein, tandis que le crédit fait effet d’accélérateur ; c’est le résultat de mes travaux de recherche.

    Je suis tout à fait d’accord, au moins intuitivement (je n’ai pas approfondi ce sujet).. ça me semble d’ailleurs rejoindre l’idée de la monnaie fondante (par “timbre” ou simplement par l’inflation), et ça rejoint la notion de vitesse de rotation de la monnaie (PIB/M1)… je parlais de la zone euro dans mon intervention précédente.

    Nous sommes un peu hors sujet en ce qui concerne le PIB (augmentation ou diminution). Je pense seulement que le PIB est un très mauvais thermomètre… et qu’on peut donc avoir plus de “bonheur” avec moins de PIB. Mais si on reste sur le PIB, à PIB constant, c’est la répartition des richesses (qui ne sont pas toujours comptabilisées dans le PIB) qu’il faut privilégier…

    AJH

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