8 – La monnaie : projet de réforme

8 avril 2008

Publié par Paul Jorion

Bon, les gars, je crois qu’on est prêt. Allez, j’avoue, je me suis un peu fait l’avocat du diable… mais la fin veut les moyens (les Américains ajouteraient « Don’t quote me on this ! »).

Alors voilà ce qu’il faut : un paragraphe sur une réforme nécessaire de la manière dont la monnaie est créée. Ce paragraphe fera partie d’un article publié dans la presse écrite. Une seule contrainte : il faut que cela puisse être lu par un gouverneur de banque centrale sans qu’il hausse les épaules en se disant « Encore un zozo ! ». Non, il faut qu’un directeur de banque centrale puisse lire cela et dire « Mérite examen ! ». Il faut que les mesures proposées soient pratiques et puissent être appliquées aussitôt leur promulgation.

Voilà : je serai modérateur. Envoyez-moi les contributions comme commentaires à ce billet. Je communiquerai avec vous de la même manière. Je mettrai à jour le paragraphe suivant.

Dernière mouture :

Une réforme de la manière dont la monnaie est créée est indispensable. Cette réforme devrait prendre la forme suivante.

Toute création de monnaie doit relever de l’État et de l’État seul par l’intermédiaire de la Banque Centrale indépendante du pouvoir politique mais oeuvrant dans le cadre de la démocratie.

La monnaie créée et prêtée par la Banque Centrale à l’Etat ou aux collectivités publiques ne peut financer que des dépenses d’investissement, d’aide à des secteurs à vocation d’intérêt collectif tels que l’éducation, la santé et la protection de l’environnement, et en cas de crise ou de catastrophe naturelle. A l’exception de cela, les dépenses de fonctionnement et d’amortissement doivent être financées par les recettes fiscales.

La Banque Centrale détermine, afin de contenir l’inflation dans des limites raisonnables, de viser un objectif de plein emploi et de faciliter le développement durable de l’économie, la quantité de monnaie proposée et les taux d’intérêt auxquels les banques commerciales peuvent emprunter entre elles et auprès d’elle-même.

Le réseau des banques privées comporte 3 types de banques :
1. – Banques de dépôts : encaissements, paiements, garde de dépôts de leurs clients.
2. – Banques de prêts : le montant global des prêts ne peut excéder le montant global des fonds empruntés (épargne préalable ou émission monétaire de la Banque Centrale). Les financements proposés par les banques de prêts doivent être assurés par des emprunts dont le terme est au minimum de même durée.
3. – Banques d’affaires : investissent dans les entreprises les fonds empruntés au public ou aux banques de prêts.

Dans une perspective assurantielle, les banques ont le droit de couvrir leurs positions mais les positions nues, équivalentes à des paris directionnels sur l’évolution des marchés, leur sont interdites.

Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite.====================================

59 réponses à “La monnaie : projet de réforme”
  1. Stilgar dit :
    8 avril 2008 à 17:34 Allez, je me lance… :

    +++++
    Toute création de monnaie doit relever de l’État et de l’État seul par l’intermédiaire de la Banque Centrale indépendante du pouvoir politique.

    La monnaie créée et prêtée par la Banque Centrale à l’Etat ou aux collectivités publiques ne peut financer que des dépenses d’investissement, à l’exclusion des dépenses de fonctionnement et d’amortissement, lesquelles doivent être financées par les recettes fiscales.

    La Banque Centrale détermine, afin de contenir l’inflation dans des limites raisonnables et de faciliter le développement de l’économie, la quantité de monnaie proposée et les taux d’intérêt de refinancement des banques commerciales.

    Le réseau des banques privées comporte 3 types de banques:
    1. – Banques de dépôts : encaissements, paiements, garde de dépôts de leurs clients.
    2. – Banques de prêts : le montant global des prêts ne peut excéder le montant global des fonds empruntés (épargne préalable ou émission monétaire de la Banque Centrale). Les financements proposés par les banques de prêts doivent être assurés par des emprunts dont le terme est au minimum de même durée.
    3. – Banques d’affaires : investissent dans les entreprises les fonds empruntés au public ou aux banques de prêts.

    ++++

    Tous les intérêts reviendraient ainsi à la banque Centrale. Comme celle ci est soit “la propriété” de la Nation (dans le cas d’un Etat, exemple, la Banque de France), soit la propriété des Etats formant l’U.E. dans le cas de l’euro (exemple la BCE), les dividendes de toute la création monétaire (le “seigneuriage”) reviendrait ainsi à la population.
    Les banques joueraient ainsi leur rôle d’intermédiaires entre les détenteurs d’épargnes et les demandeurs de crédits, qu’elles soient rémunérés par un supplément d’intérêt ou des honoraires.

  2. Paul Jorion dit :
    8 avril 2008 à 17:44 Mise à jour No 1
    Texte proposé par Stilgar 8 avril 2008 à 17:34 (reproduit tel quel).
  3. Jean Jégu dit :
    8 avril 2008 à 20:29 N’est-ce pas là, pour le coup, que dans l’improvisation nous – enfin ceux qui oseront – risquons de donner quelques arguments aux gouverneurs de Banque Centrale pour être traités de zozos ! Pour ma part, je réclame avant tout un débat démocratique entre toutes les forces sociales et les expertises en présence. Mais peut-être, Paul, voulez-vous nous pousser dans nos retranchements ? Après tout l’exercice – car ce n’est qu’un exercice – peut avoir quelques vertus pédagogiques. De plus un Nobel d’économie semble être déjà passé par là ! Allais… Allez, on y va !

    Nous voulons quoi ? Ce qui serait acceptable par les Banquiers Centraux ? Ce qui le serait par les Parlements ? Ou bien ce que nous trouverions idéal ?

    Si j’étais certain qu’il soit adopté demain, je signerais des deux mains le texte proposé par Stilgar. Si on m’autorise des nuances auxquelles je tiendrais personnellement, je ferais volontiers quelques petits amendements, étant entendu que non seulement je réclame le droit à l’erreur, mais même de changer d’avis si des arguments convaincants m’y invitent.

    Voici donc mes motivations et propositions :

    1. L’indépendance de la Banque Centrale vis-à-vis du gouvernement en place, oui ! L’indépendance du pouvoir ultime de la démocratie, non ! Complétons donc le premier alinéa par …. “… indépendante du pouvoir politique et œuvrant dans le cadre de la démocratie”.

    2. Un nouveau professeur ayant une utilité sociale difficilement comparable à celui d’un nouveau pont, limiter l’usage aux investissements (matériels) mérite discussion. Dans le but de ne pas bloquer les choses, je propose donc ce qui suit … “…aux collectivités publiques ne peut normalement, sauf exceptions démocratiquement validées, financer que des dépenses d’investissement…”

    3. La Banque Centrale doit avoir des objectifs et exercer des responsabilités. Je réécrirais le troisième alinéa de la manière suivante :

    “La Banque Centrale a la responsabilité de :
    a. Contenir l’inflation dans des limites raisonnables.
    b. Assurer un taux d’emploi socialement satisfaisant.
    c. Faciliter un développement durable de l’économie.

    Pour cela, elle régule la quantité de monnaie en circulation, notamment par le biais des taux d’intérêt de refinancement des banques commerciales.”

    Je n’ai aucune objection, au contraire, sur la séparation du réseau bancaire en trois types de banques.

  4. guillaume dit :
    8 avril 2008 à 21:01 Bonjour,
    Je suis enchanté de la tournure que prend le débat…

    Pour revenir sommairement sur quelques points :
    – l’indépendance de la Banque Centrale vis-à-vis du gouvernement en place, oui ! L’indépendance du pouvoir ultime de la démocratie, non ! Complétons donc le premier alinéa par “… indépendante du pouvoir politique et oeuvrant dans le cadre de la démocratie”. Un quatrième pouvoir public en somme (exécutif, législatif, judiciaire et monétaire)

    – la séparation du réseau bancaire en trois types de banques. Un retour au Glass Steagall Act ? cela me semble une évidence, un préalable nécessaire qui a été mis à mort par Clinton en 99 pour permettre (entre autre) la fusion de Citigroup (sauf erreur de ma part). Or je note: “L’ancien PDG de Citi Corp, l’un des deux groupes financiers américains dont la fusion en 1998 a donné naissance à Citigroup, estime que ce rapprochement était une “erreur”, selon les propos rapportés par le Financial Times.”

    – La monnaie créée est prêtée par la Banque Centrale à l’Etat ou aux collectivités publiques, oui mais à quel coût ? taux zéro ? Il le faudrait d’autant plus que l’Etat se servirait de cet argent “facile” pour des commandes qui feraient tourner l’économie.

  5. Paul Jorion dit :
    8 avril 2008 à 21:25 Mise à jour No 2
    Trois modifications proposées par Jean Jégu 8 avril 2008 à 20:29
    A la fin du premier alinéa « … indépendante du pouvoir politique et œuvrant dans le cadre de la démocratie ».
    Ajouter « d’assurer un taux d’emploi socialement satisfaisant » dans les responsabilités de la Banque Centrale et aouter « durable »: « faciliter un développement durable de l’économie ».
  6. Paul Jorion dit :
    8 avril 2008 à 21:37 Mise à jour No 3
    Une modification proposée par Guillaume 8 avril 2008 à 21:01
    Ajouter « à taux zéro » : « La monnaie créée et prêtée à taux zéro par la Banque Centrale à l’Etat ou aux collectivités publiques… »
  7. Jean Jégu dit :
    8 avril 2008 à 22:04 De l’argent pour l’Etat et les organismes publics à taux zéro ?
    Est-ce bien nécessaire ? Il me semble que les revenus de la Banque Centrale devrait revenir à l’Etat , non ? Donc pas d’inconvenient à ce que l’Etat se paie des intérêts à lui-même ! C’est équivalent me semble-t-il. Faisons simple en tout cas.
  8. Paul Jorion dit :
    8 avril 2008 à 22:23 Mise à jour No 4
    Retire provisoirement (?) la modification proposée par Guillaume 8 avril 2008 à 21:01
    Ajouter « à taux zéro » : « La monnaie créée et prêtée à taux zéro par la Banque Centrale à l’Etat ou aux collectivités publiques… »
    suite à la remarque faite par Jean Jégu 8 avril 2008 à 22:04
  9. Dani dit :
    8 avril 2008 à 23:24 A mon tour…

    J’aurais, au fond, 3 remarques plutôt politiques qu’économiques :

    1) Il est question dans la proposition de “L’Etat”. De quel Etat parle-t-on s’il est question par exemple de l’Union européenne ? Je pense qu’il faudrait un peu préciser les choses, selon que ce type de proposition est adressé aux Etats-Unis ou à un pays membre de l’UE. Dans cette dernière, c’est une structure super-étatique qui détient le droit de frapper monnaie… Il serait donc souhaitable d’en tenir compte.

    2) L’indépendance de la Banque centrale semble convaincre, pour autant qu’elle ne soit pas indépendante de la démocratie, mais de l’Etat. Joli défi !!!
    Je vais prendre ici l’exemple de la Suisse, car il me semble ouvrir une possibilité intéressante. En Suisse, la Banque centrale est une S.A. (d’ailleurs cotée en bourse…) dont les 2/3 des actions sont détenues par les cantons (donc par les collectivités publiques régionales, qui sont ici constitutives de l’Etat dès sa fondation, contrairement aux régions françaises qui sont découpées par l’Etat national). La banque centrale est donc totalement indépendante de l’Etat fédéral, mais elle est contrôlée par les propriétaires de son capital, qui sont les entités formant l’Etat fédéral (dont l’autonomie est garantie par le fait que l’Etat fédéral ne peut légiférer que sur une base constitutionnelle adoptée par référendum obligatoire – l’Etat a donc peu de moyens de contraindre les cantons).

    Retour à l’Union européenne : qu’est-ce qui empêcherait que la Banque centrale européenne soit indépendante du pouvoir politique européen, tout en appartenant aux Etats européens (il faudrait déterminer la répartition des actions – chaud débat…) ?

    3) Je suis un peu chiffonné par la possibilité évoquée dans la proposition que la Banque centrale puisse prêter à l’Etat, mais peut-être que je sous-estime les possibilités de contrôle évoquées et la différenciation entre dépenses d’investissements et de fonctionnement.
    Le bilan de la Réserve fédérale américaine est lourdement chargé d’obligations de l’Etat fédéral. Est-ce bien souhaitable ? Je me demande dans quelle mesure il ne faudrait pas réserver le prêt à l’Etat aux autres acteurs économiques….

  10. guillaume dit :
    9 avril 2008 à 00:22 Quelques explications sur ma proposition de taux zéro :

    Quelle est la situation actuelle ?
    La gestion de la BCE est indépendante des pouvoirs politiques nationaux (en fait de tous pouvoirs « démocratiques » dans la pratique).
    La BCE est financée par les Etats membres de la zone monétaire qui jouent donc le rôle d’actionnaires.
    Les banques centrales des pays participant à la zone euro reçoivent des dividendes au titre des profits distribuables de la BCE ; en sens inverse, elles sont tenues au financement des pertes de cette dernière. (art. 28 des statuts du SEBC)
    De plus, l’article 104.1 du traité de Maastricht stipule : « Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des Etats membres (…) d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des Etats membres »

    Deux points me semblent ici regrettables :
    – Les Etats (l’argent des contribuables) se portent concrètement cautions de la BCE alors que son pouvoir décisionnel est indépendant des pouvoirs politiques (représentants les contribuables)
    – Les Etats n’ont pas d’autres solutions que de se financer auprès d’un système bancaire qui lui impose des intérêts, dont le règlement est lourd de conséquences.

    Il faut donc dans l’ordre :
    – annuler les dettes passées des Etats qui sont liés à l’obligation qui leur est faite de se financer au moyen de prêts lourds d’intérêts.
    – Permettre aux Etats membres des prêts de la BCE à taux zéro dans un cadre défini au préalable. (entre autre suppression de l’art 104)
    – Définir la BCE comme un nouveau pouvoir politique européen, indépendant des pouvoirs exécutifs, à la manière d’une cour de justice européenne ; composée d’un conseil de représentants des divers Etats membres.
    Cela serait de mon point de vue le départ minimum pour un système qui commencerait à être au service des citoyens…

    La BCE aurait donc comme taches :
    – gestion de la masse monétaire fiduciaire (c’est le cas aujourd’hui, avec les opérations de refinancement qui rapportent de l’argent à la BCE)
    – contrôle de la quantité de crédit qu’offrent les banques commerciales (réserves fractionnaires (c’est le cas aussi) et abandon (ce n’est pas le cas) des systèmes de contournement comme la titrisation ou certains produits dérivés. En clair être sur des montants de crédits accordés par les banques commerciales)
    – prêts aux Etats à taux zéro (conditions prédéfinies)

    A vos critiques…

  11. guillaume dit :
    9 avril 2008 à 01:23 Une proposition un peu plus utopiste :

    Certaines compétences sont sujet au débat suivant : domaine publique ou privé ?
    Par exemple, l’énergie, l’eau, les autoroutes, le ferroviaire (…) les arguments récurrents pour qu’elles appartiennent à l’Etat sont le contrôle de la sécurité, des prix… Les arguments pour qu’elles appartiennent au secteur privé sont généralement le poids qu’elles entraînent dans la gestion de l’Etat.

    Ne serait il pas possible qu’elles fonctionnent suivant la procédure suivante :
    – 1) l’Etat décide par exemple d’une nouvelle autoroute, il s’agit d’un investissement pour la société. Les travaux sont donc financés par l’Etat au moyen d’un taux zéro.
    – 2) Une société prend en charge l’exploitation de cette autoroute, elle rembourse donc ce crédit d’investissement à taux zéro grâce à l’exploitation de l’infrastructure.
    – 3) il lui faut aussi pérenniser la viabilité de son exploitation (frais d’entretien…). Mais elle se doit de respecter une éthique de fonctionnement (prix du péage, sécurité…) qui peut être incompatible avec la gestion traditionnelle d’une entreprise (elle n’est pas forcément toujours bénéficiaire et ne peut sacrifier pour autant la qualité de sa prestation)

    Une telle entreprise pourrait avoir un traitement particulier :
    Sa gestion financière est sous sa responsabilité (privé), mais, elle pourrait avoir accès à des prêts particuliers (taux non nul mais particulièrement intéressant) auprès de la banque centrale nationale ; en échange elle s’engagerait à respecter une charte d’usage imposé par les pouvoirs publics.
    Dans ces conditions, le rôle de l’Etat serait moindre (choix de la nécessité de l’investissement, appel d’offre pour le choix d’un prestataire, mise en place d’une charte d’usage propre au domaine de compétence et contrôles indépendants de la sociétés de gestions, si possible issus de l’état [cf : norme sanitaires].)

    Ce fonctionnement sous-entend un nouveau rôle pour les supports nationaux de la BCE, à savoir des crédits scripturaux à des sociétés privées d’utilité publique, il garantit une politique de grands ensembles spécifique aux différents Etats.
    Ce type de fonctionnement pourrait être utile dans des domaines aussi variés que les transports, l’énergie, la recherche (…) domaines dans lesquels l’Etat n’aurait donc pas de position monopolistique mais dans lesquels la loi du marché et de la rentabilité ne serait pas non plus la seule règle. Les crédits nécessaires à la gestion de ces entreprises étant effectués par les banques centrales nationales, les taux sont bas. Ce qui permet une plus grande aisance de gestion financière au gestionnaire et de nouvelles entrées d’argent aux pouvoirs publics des Etats…

  12. Stilgar dit :
    9 avril 2008 à 07:45 Bonjour

    Débat tout à fait intéressant.

    J’approuve tout à fait les propositions de Jean Jégu, incluses dans la “proposition générale”.

    Je voudrais apporter deux informations “techniques” ( réponse à Dani par la même occasion):
    – La Banque de France est une institution dont le capital appartient à l’État (ce qui rends d’autant plus drôle le fait que l’Etat, bien que propriétaire de la Banque de France, est obligé de se financer sur le marché financier, auprès des rentiers et des épargnants)
    – Au 1er janvier 2007, les répartitions en pourcentage des parts des Banques Nationales dans la structure du SEBC sont les suivantes:
    1 – sous-total pour les BCN de la zone euro: 69,5092%
    Allemagne: 20,5211 – France: 14,3875 – Italie: 12,5297 – Espagne: 7,5498 – Hollande: 3,8937 – Belgique: 2,4708 – Autriche: 2,0159 – Grèce: 1,8168 – Portugal: 1,7137 – Finlande: 1,2448 – Irlande: 0,8885 – Slovénie: 0,3194 – Luxembourg: 0,1575
    2 – sous-total pour les BCN hors zone euro: 30,4908
    La banque d’Angleterre y détient la plus grosse part avec 14,3822%
    Le capital souscrit de la BCE s’élève à 5,565 milliards d’euros et le montant libéré à 4,089 milliards. Les BCN de la zone euro ont entièrement libéré leur part dans le capital, qui s’élève à 3,978 milliards d’euros.

    @Dani: l’idée du modèle helvétique est intéressante concernant la répartition du capital de la Banque de France

    @Guillaume: les revenus de la BCE correspondent (en grande partie) aux intérêts de la monnaie centrale prêtée aux banques commerciales (attention, ce n’est pas cette monnaie centrale que les banques commerciales re-prêtent aux différents emprunteurs, comme on pourrait le penser…)
    Si toute la monnaie devient centrale (comme notre proposition) la BCE (ou une BC nationale) ne risque pas de faire faillite , ou bien ce serait la faillite même d’un Etat ou groupe d’Etat.

    L’avantage de l’idée que l’Etat ou les collectivité locales ne soient pas financées à taux zéro peut s’expliquer de la manière suivante. Si, par exemple, la France qui est à 14%+ (de 69,5) dans le capital de la BCE empruntait plus que ces 14% sur l’ensemble de la monnaie émise et prétée par la BCE, la différence des intérêts ne lui reviendrait pas mais irait (au prorata) à ses partenaires… ce serait donc une auto régulation.

    Maintenant, le pouvoir politique européen, comme il le fait pour les fonds structuraux, devrait pouvoir décider (et imposer à la BCE) une émission monétaire servant exclusivement à un investissement de rattrapage ou de “nécessité européenne”. Mais ne rentrons sur ce blog pas trop dans les détails, le souhait de Paul Jorion (et le notre) étant que les mesures proposées puissent être mises en examen et portées sur la place publique: il faut qu’elles soient donc compréhensibles par le public…

  13. Jean Jégu dit :
    9 avril 2008 à 08:11 @ Paul
    Bravo, Paul, pour cet astucieux “training Jorion-Go” ! Sera-t-il aussi fructueux que le “trailing loss-stop” ? Je le souhaite vivement. Pour l’instant, je laisse “trailer” … J.J.
  14. Emir Abel dit :
    9 avril 2008 à 08:21 Deux réflexions en passant :
    1) Ce projet de réforme de la monnaie ne devrait-il pas plus globalement s’inscrire dans le projet de “constitution économique ” déjà proposé par le maitre de ces lieux ?
    Si comme indiqué plus haut, cet article doit paraitre dans la presse, il me semblerait intéressant de faire un petit préambule indiquant la nécessité d’une constitution économique dont le présent projet spécifique à la monnaie ne serait qu’une partie parmi d’autres.
    2) Le texte proposé donne comme objectif à la Banque Centrale de “contenir l’inflation dans des limites raisonnables”. De quelle inflation parlons-nous ici ? Je suppose que l’on fait référence à l’inflation des prix des biens et services. Dans ce cas, quid de l’inflation des actifs financiers ? Comment contrôle-t-on ce phénomène qui est à l’origine des bulles boursières et immobilières que nous avons connu dans des temps pas très éloignés ?
    Je n’ai pas la solution mais il me semble que le sujet mérite réflexion.
  15. Emir Abel dit :
    9 avril 2008 à 08:27 @Stilgar
    Vous dites : “attention, ce n’est pas cette monnaie centrale que les banques commerciales re-prêtent aux différents emprunteurs, comme on pourrait le penser…”
    … et comme je le pensais !
    Pourriez-vous clarifier et éclairer ma lanterne
    Merci d’avance
  16. Stilgar dit :
    9 avril 2008 à 09:06 @Emir Abel
    L’explication n’est pas facile, mais prenons un exemple…
    Une banque crée, par exemple, de la monnaie scripturale à hauteur de 1 000 € à la suite d’un crédit accordé à un particulier et crédite donc le compte de celui-ci. Ce dernier décide ensuite de convertir ce nouvel avoir sur son compte, en billets pour un montant de 200 €. La banque subit une « fuite » de 200 € correspondant aux billets qu’elle doit se procurer, soit auprès de ses collègues banquiers, soit auprès de la Banque centrale. Dans les deux cas, c’est son compte à la Banque centrale qui est débité d’autant. Attention au terme de « refinancement » dont on entend régulièrement parler… Il laisse croire que les banques empruntent à la banque centrale les sommes qu’elles mêmes prêtent à leur clientèle. Tel n’est pas le cas. Une banque a recours au « refinancement », chaque fois qu’elle manque de monnaie centrale sur son compte pour faire face à ses engagement envers ses collègues ou envers la Banque centrale (par exemple si ses “réserves obligatoires” viennent à chuter sous les taux minimaux, elle va devoir “mettre en pension” auprès de la BC des effets en garantie du crédit sur son compte BC… et payera évidemment des intérêts à la BC pour ce “service”).
    Parenthèse : les « refinancements » dont la presse a tellement parlé dans le dernier semestre 2007, concernent simplement des prêts (en général à court terme) que la Banque centrale a consentis aux banquiers commerciaux qui éprouvaient alors quelques difficultés à trouver cette monnaie centrale sur le marché monétaire, pour la raison qu’ils ne se faisaient plus confiance entre eux (« Ce cher ami n’aurait-il pas proposé trop de crédits à des sociétés devenant insolvables ? »). Bien évidemment la Banque centrale fait payer pour ce genre d’opération un intérêt aux banques commerciales et prend en plus des escomptes en garanties… tant que la banque commerciale peut offrir ces garanties, tout va bien !

    Il y a donc une relation entre monnaie centrale et monnaie de crédit, mais pas de transfert si ce n’est l’offre au public de la monnaie centrale qu’est la monnaie fiduciaire (billets), laquelle ne représente d’ailleurs que moins de 7% de la masse monétaire totale.

    Pour les deux réflexions du message de 8 h 21: Je suis tout à fait d’accord avec “1″, mais écrire une “Constitution économique” représente un risque de débat sans fin (dans quel cadre : Etat, fédération, système euro , etc …?)

    Pour l’inflation : le calcul actuel de l’inflation qui ne tient pas compte des actifs (financiers, mais aussi immobilier et foncier, et même parfois pas compte de l’énergie), me semble tout à fait à revoir. Admettons que ce problème soit résolu (que les indices incluent l’inflation par les actifs), le risque de mettre un chiffre à un mandat d’une BC concernant ce sujet leur ligote les mains (on voit bien actuellement que la FED a les mains beaucoup plus libres que la BCE, bloquée dans sa pensée “ordolibérale”).

    L’inflation est une conséquence de multiples facteurs, pas seulement ceux des taux d’intérêts (je pense même que c’est l’inverse… ; quand les taux aumentent, l’inflation augmente) et de la masse monétaire…. et sur certains de ces facteurs, personne n’a de prise (la quantité de pétrole disponible, par exemple).

  17. egdltp dit :
    9 avril 2008 à 09:49 Ce n’est pas dans la droite ligne de la demande, mais peut aider en exposant la vision de ce qu’est la monnaie. Ceci est de la part de personnes qui pensent que “les banques créent de la monnaie”. Il est vrai que au vu des livres comptables, cet aphorisme semble vrai mais que l’analyse est beaucoup plus difficile.
    Bonne lecture, en espérant que vous y trouverez matière à raffermir l’article.
    http://c.lab.over-blog.com/article-7375831.html
  18. Laurent S dit :
    9 avril 2008 à 10:00 Un autre point à ajouter.
    Tout monnaie étant une dette de celui qui l’a émise envers celui qui la détient, le contrôle des changes et de tout mouvement de capitaux international me paraît nécessaire et légitime. Un Américain qui détient des euros est en droit d’exiger de tout européen qu’il lui donne contre ses pièces et ses billets un bien ou un service. Si le montant de cette transaction internationale est dérisoire par rapport au montant total de la monnaie en circulation cela n’a aucune influence propre sur l’économie et la communauté débitrice. Mais s’il s’agit de montants colossaux, comme ceux des fonds souverains, de la fortune de Bill Gates… qui subitement changent de support monétaire alors la prospérité d’un pays est en jeu comme ce fut le cas lors de la crise asiatique en 1998. De plus si Bill Gates s’est formidablement enrichi, ce n’est pas seulement grâce à son “talent” mais aussi et surtout grâce à l’Etat américain qui a payé l’éducation de ses employés, garantit l’accès à tous à l’électricité et à Internet… Toutes les fortunes privées et les profits des firmes internationales aussi légitimes puissent-ils être (ou pas) doivent être contrôlés par une institution démocratique, parce que ce sont des dettes dont la société toute entière est débitrice et car ils n’auraient pu se constituer sans elle. D’ailleurs une société vraiment démocratique ne devrait pas autoriser la formation de telles fortunes privées car celles-ci, inévitablement, serviront à biaiser tout débat démocratique, que ce soit lors d’élections ou du vote des lois.
  19. Emir Abel dit :
    9 avril 2008 à 10:23 @Stilgar
    Merci pour ces explications. Je suis tout à fait d’accord avec la conclusion : “Il y a donc une relation entre monnaie centrale et monnaie de crédit, mais pas de transfert si ce n’est l’offre au public de la monnaie centrale qu’est la monnaie fiduciaire (billets), laquelle ne représente d’ailleurs que moins de 7% de la masse monétaire totale.”
    Il me semblait cependant que la monnaie fiduciaire (billets + pièces) représentait plutôt de l’ordre de 15 % de la masse monétaire totale ?

    Sinon, je suis d’accord avec vous qu’établir une “constitution économique” ce n’est pas gagné, notamment à cause de son caractère nécessairement international.

    @Laurent S
    D’accord dans l’ensemble avec votre propos.
    Dans le même ordre d’idée, la “constitution économique” devra prévoir un article spécifiant que personne ne pourra gagner plus de, par exemple, 10 fois (?) ce que gagne la personne la moins rémunérée.

  20. Jean Jégu dit :
    9 avril 2008 à 10:33 @ Stilgar

    30,5 % du capital de la BCE sont détenus par des BCN hors de la zone euro. Au niveau du principe, n’est-ce pas un peu curieux ? Que fait-on si cette proportion passe de 30,5 à 55 % par exemple ?

    @ à tous

    Quelqu’un peut-il nous informer sur l’actionnariat de la FED ? ( Si du moins ma question a un sens; sinon expliquer pourquoi elle n’en a pas )

    Merci.

  21. Stilgar dit :
    9 avril 2008 à 11:02 @ Jean Jégu
    Un sous-ensemble du SEBC (Système Européen des Banques Centrales) est l’EuroSystème; il regroupe les banques centrales de la zone euro. Il a été créé parce que tous les pays de l’Union européenne, qui avaient vocation à adopter l’euro comme monnaie, ne l’ont pas encore fait.
    Il est donc peu probable que les pourcentages s’inversent… mais ceci pose effectivement la question de l’intégration d’une monnaie commune dans un groupe de pays dont les régles fiscales et sociales (ainsi que les niveaux de vie) sont si disparates.

    Pour la FED, désolé, je n’ai pas cette information avec toute la fiabilité nécessaire. Néanmoins il y a un article sur wikipedia auquel on peut sans doute faire confiance http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9serve_f%C3%A9d%C3%A9rale_des_%C3%89tats-Unis . (ou chercher “FED”)

  22. Stilgar dit :
    9 avril 2008 à 11:16 @ Emir Abel
    Je n’ai sous la main que les chiffres au 1 er janvier 2007
    La monnaie fiduciaire ( 582 milliards d’euros ) représente environ 15,5% de l’agrégat M1 ( 3755 milliards d’euros ), et 7,5% de l’agrégat M3 ( 7782 milliards d’euros)
    Je préfère me baser sur M3 qui est plus représentatif de toute la monnaie circulante.
  23. Armand dit :
    9 avril 2008 à 11:36 Quelques remarques.

    1. La Suisse, comme la Chine, possède une Banque Nationale ; ce qui indique la dépendance à l’Etat (et son gouvernement) ou plutôt à la Nation (le peuple), par contraste avec une Banque Centrale, plus autonome, voire privée comme la FED : une forme de concession du service public de battre la monnaie confiée au privé.

    2. Si vous mélangez la monnaie avec autre chose, comme l’emploi, vous courrez à la catastrophe. Il faudra parler NAIRU et autre courbe de Philips. Et ceux qui auront cela en charge en useront et même en abuseront.

    3. J’ai déjà cru lire quelques oxymores. Ca me rappelle notre fantastique traité de Maastricht : « stabilité des prix » qui jouxte « inflation limitée à 2% » : il me semble que stabilité signifie avec zéro. Ensuite puisqu’un objectif chiffré apparait : comment le mesurer ? avec des statistiques à la « je ne crois qu’aux statistiques que j’ai moi-même bricolées » de W. Churchill ? Quid si l’objectif n’est pas respecté ? Bref, comment garantir les « Nous le Peuple » contre les abus ?

    ——

    Le problème posé est donc celui de la représentation du peuple souverain, comment choisir et destituer, le cas échéant, les banquiers centraux ? suffrage direct, indirect ? référendum révocatoire ? quels critères ?

    Les deux aspects de ce problème :

    (i) on peut orienter les « Nous le Peuple », surtout en période difficile. Le peuple peut être assez facilement convaincu par des slogans lessiviers style « imprimer plus pour prêter plus », surtout lorsqu’il ne comprend pas ni n’a envie de comprendre.

    (ii) le banquier central est influençable d’une manière ou … d’une autre. Il peut se tromper, ou être trompé sciemment ou non, notamment s’il s’appuie sur des statistiques (il aura, a minima, toujours du retard).

    Bref on ne peut pas faire confiance aux hommes.

    Il faut donc réfléchir à la notion de monnaie, à sa forme ; je rejoins Jean : la monnaie est la chose la plus importante, et, selon moi, elle ne doit dépendre des hommes qu’au minimum.

    Donc exit la monnaie fiduciaire, ce bout de papier qui ne vaut que par ce qui est écrit dessus, une simple reconnaissance de dette et retour à l’or ou un étalon or qui n’est la dette ou la promesse de personne. Les monétaristes au chômages. Quantité quasi fixe de monnaie à l’échelle de la planète. Ainsi nul besoin de banque centrale ou nationnale, juste de banques pour ceux qui souhaitent déposer leur or ou l’investir.

    Je développe si vous voulez …

  24. egdltp dit :
    9 avril 2008 à 12:48 @Armand : le problème de la convertibilité physique est qu’elle ouvre la porte à une crise de confiance. La monnaie est un symbole de confiance pour ceux qui se l’échangent, voir la première histoire pointée dans mon intervention précédente.
    La faire reposer sur un bien physique fait qu’il faut se munir d’un outil adéquat pour vérifier la véracité de la contre-partie. L’histoire abonde des problèmes de convertibilité, depuis Philippe le Bel appelé aussi faux monnayeur à Charles de Gaulle qui vidait petit à petit le stock de Fort Knox pour alimenter, avec raison et droit, celui de la Banque de France. La contre-partie physique rend aussi la “richesse” plus fragile face à la violence. On peut vous piquer votre tas de billet sous le matelas, plus rarement le contenu de votre compte en banque, sauf le banquier il est vrai… Cf crise Argentine. Et une carte bleue pour payer une voiture c’est plus pratique qu’un ou deux lingots d’or…
  25. guillaume dit :
    9 avril 2008 à 13:26 La Fed
    Selon le “leap2020″ (http://www.leap2020.eu/ ):
    “La structure de la Reserve fédérale des Etats-Unis est en effet assez archaïque. Elle ressemble à celle des banques centrales européennes d’avant les années 30. Elle a été créé en 1913 et est de facto une banque dont les actionnaires sont des banques privées. Ainsi, le futur Ministre des Finances américain, Henry Paulson, est l’ancien président de la banque Goldman Sachs qui est elle-même un actionnaire important de la Reserve fédérale des Etats-Unis”
  26. Stilgar dit :
    9 avril 2008 à 14:06 @Armand

    La quantité d’or physique est insuffisante pour permettre à l’économie mondiale de fonctionner, et il donne un énorme “avantage comparatif” à ceux qui en ont déjà ou peuvent extraire l’or physique de leur sol ou rivières. Ce ne serait concevable que d’avoir un or physique “nationalisé” (je veux dire “mondialisé”) et une monnaie basée sur un certain poids d’or. A mon avis, exit l’or.
    Mais on pourrait trouver autre chose, la calorie ou le kw, par exemple… ;-)

    Vous écrivez ” (ii) le banquier central est influençable d’une manière ou … d’une autre. Il peut se tromper, ou être trompé sciemment ou non, notamment s’il s’appuie sur des statistiques (il aura, a minima, toujours du retard).
    Bref on ne peut pas faire confiance aux hommes.”

    Sans doute est ce vrai, mais on ne peut voir un système monétaire fonctionner “automatiquement” : il faut de l’intelligence collective derrière tout cela. Donc encadrer le fonctionnement de la Banque Centrale mais laisser l’homme décider de son destin…

    Quelques idées:

    – un mandat constitutionnel limitant les pouvoirs des gouverneurs qui devraient de toute façon obtenir une majorité d’un staff élu ou tiré au sort
    – la constitution qui interdirait le prêt aux collectivités publiques hormis pour les investissements collectifs (faut-il considérer la recherche et l’éducation comme des investissements ?)
    – les Etats pourraient déroger à cette régle en imposant leur volonté à la Banque Centrale en cas de crise grave (relance keynésienne, conflit , etc)… mais il faudrait “border” cette autorisation afin que l’émission de la monnaie ne soit jamais un instrument électoral sous forme de distribution de “monnaie non compensée”

  27. Paul Jorion dit :
    9 avril 2008 à 16:08 Mise à jour No 5
    Suite à l’intervention d’Armand 9 avril 2008 à 11:36
    J’enlève « d’assurer un taux d’emploi socialement satisfaisant »
  28. Laurent S dit :
    9 avril 2008 à 16:22 Je ne vois pas en quoi distinguer 3 types de banques empêchera la formation de bulles spéculatives. Si les banques d’affaires “flairent le bon filon” et décident d’emprunter des milles et des cents auprès des banques de prêts pour investir dans les technologies internet ou l’immobilier, on aura une bulle qui va exploser, ruinant les banques d’affaires et pas ricochet toutes les autres banques. Admettons que la banque centrale soit omnisciente et essaie de prévenir très en amont cette crise en limitant les possibilités de crédit. Nul doute qu’elle sera injuriée par tous les hommes d’affaires au nom de la liberté d’entreprise et parce que sa politique nuit à la croissance et donc à la richesse de tous, on l’accusera de ne pas vouloir que même les plus pauvres aient un toit. Donc politiquement sa position sera intenable et elle cèdera.

    Quant à la lutte contre l’inflation, aussi séduisante puisse-t-elle être en théorie, comment empêcher que le prix du pétrole ne flambe quand celui-ci se raréfie ? Or cela se répercute nécessairement sur tous les produits dont il entre dans la fabrication et rarissimes sont ceux qui s’en passent ! Pour moi toutes les luttes contre l’inflation via des instruments monétaires ne peuvent aboutir qu’à plus de chômage, au blocage des salaires, et à la bonne fortune des rentiers, bref une totale injustice. Si une inflation trop forte est certes nuisible à l’économie, dans le cas du pétrole par exemple elle doit être jugulée par le rationnement, un contrôle des prix et une incitation aux technologies alternatives.
    Contrairement à l’enrichissement par la production de biens et de services, s’enrichir grâce à l’argent ne demande aucun labeur, il suffit d’aligner des zéros dans des cases et quand on réussit on a encore plus de zéros dans une case qui nous est chère, mais notre pays se porte-t-il mieux pour autant, les gens sont-ils mieux éduqués, soignés,… D’autre part, quand on échoue, et cela arrive systématiquement, c’est le pays tout entier qui est ruiné. Sans aucun effort, les risques de gains sont donc potentiellement infinis mais les risques de pertes aussi. Sans forcément aller jusqu’à la position radicale du Moyen Age où il était interdit de prêter avec intérêt, ni même à l’idée d’un salaire maximal admissible (de décroissance), peut-être serait-il intéressant de réfléchir à un mécanisme de plafonnement des profits d’une banque. Par exemple son profit ne pourrait être supérieur à x% de ses réserves obligatoires, tout le reste lui serait confisqué et ce x% serait de l’ordre de grandeur de la croissance du PIB. Joseph Stiglitz voit l’origine de l’actuelle crise financière dans le système “déraisonnable” des primes aux banquiers.

  29. Stilgar dit :
    9 avril 2008 à 16:25 Le mandat de la Fed comprend un objectif de stabilité des prix, un objectif de plein emploi et l’obligation de faciliter la croissance économique. Je ne suis donc pas partisan d’enlever cette référence à l’emploi, mais je propose ” viser un objectif de plein emploi” (ou “rechercher”)
  30. Stilgar dit :
    9 avril 2008 à 16:35 Je vous copie un résumé de l’argumentaire d’Allais dans ” La Crise mondiale d’aujourd’hui” (je rajoute que la loi doit “parallèlement” punir les excès ou les utilisations frauduleuses d’une loi “dévoyée”)

    “=Le système du crédit=

    En fait, le système actuel du crédit, dont l’origine historique a été tout à fait contingente [accidentelle, non nécessaire], apparaît comme tout à fait irrationnel, et cela pour huit raisons au moins :

    – la création (ou la destruction) irresponsable de monnaie et de pouvoir d’achat par les décisions des banques et des particuliers ;

    – le financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme ;

    – la confusion de l’épargne et de la monnaie ;

    – la très grande sensibilité du mécanisme du crédit à la situation conjoncturelle ;

    – l’instabilité foncière qu’il engendre ;

    – l’altération des conditions d’une efficacité maximale de l’économie ;

    – l’altération de la distribution des revenus ;

    – et enfin l’impossibilité de tout contrôle efficace du système du crédit par l’opinion publique et le Parlement, en raison de son extraordinaire complexité.

    Au regard d’une expérience d’au moins deux siècles quant aux désordres de toutes sortes et à la succession sans cesse constatée de périodes d’expansion et de récession, on doit considérer que les deux facteurs majeurs qui les ont considérablement amplifiées, sinon suscitées, sont la création de monnaie et de pouvoir d’achat ex nihilo par le mécanisme du crédit et le financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme.

    Il pourrait cependant être facilement pallié à ces deux facteurs par une réforme d’ensemble qui permettrait, sinon de mettre fin aux fluctuations conjoncturelles, tout au moins d’en diminuer considérablement l’ampleur.

    Cette réforme doit s’appuyer sur deux principes tout à fait fondamentaux :

    1 – La création monétaire doit relever de l’État et de l’État seul. Toute création monétaire autre que la monnaie de base par la Banque centrale doit être rendue impossible, de manière que disparaissent les « faux droits » résultant actuellement de la création de monnaie bancaire.

    2 – Tout financement d’investissement à un terme donné doit être assuré par des emprunts à des termes plus longs, ou tout au moins de même terme.

    La réforme du mécanisme de crédit doit ainsi rendre impossibles à la fois la création de monnaie ex nihilo et l’emprunt à court terme pour financer des prêts à plus long terme, en ne permettant que des prêts à des échéances plus rapprochées que celle correspondant aux fonds empruntés.

    Cette double condition implique une modification profonde des structures bancaires et financières reposant sur la dissociation totale des activités bancaires telles qu’elles se constatent aujourd’hui et leur attribution à trois catégories d’établissements distincts et indépendants :

    1. des banques de dépôt assurant seulement, à l’exclusion de toute opération de prêt, les encaissements et les paiements, et la garde des dépôts de leurs clients, les frais correspondants étant facturés à ces derniers, et les comptes des clients ne pouvant comporter aucun découvert ;

    2. des banques de prêt empruntant à des termes donnés et prêtant les fonds empruntés à des termes plus courts, le montant global des prêts ne pouvant excéder le montant global des fonds empruntés ;

    3. des banques d’affaires empruntant directement au public ou aux banques de prêt et investissant les fonds empruntés dans les entreprises

    • Dans son principe, une telle réforme rendrait impossibles la création monétaire et de pouvoir d’achat ex nihilo par le système bancaire et l’emprunt à court terme pour financer des prêts de terme plus long. Elle ne permettrait que des prêts de maturité plus courts que ceux correspondant aux fonds empruntés.

    Les banques de prêt et les banques d’affaires serviraient d’intermédiaires entre les épargnants et les emprunteurs. Elles seraient soumises à une obligation impérative : emprunter à long terme pour prêter à plus court terme, à l’inverse de ce qui se passe aujourd’hui

    Une telle organisation du système bancaire et financier permettrait la réalisation simultanée de conditions tout à fait fondamentales :

    1 – l’impossibilité de toute création monétaire et de pouvoir d’achat en dehors de celle de la monnaie de base par les autorités monétaires ;

    2 – la suppression de tout déséquilibre potentiel résultant du financement d’investissements à long terme à partir d’emprunts à court ou à moyen terme ;

    3 – l’expansion de la masse monétaire globale, constituée uniquement par la monnaie de base, au taux souhaité par les autorités monétaires ;

    4 – une réduction majeure, sinon totale, de l’amplitude des fluctuations conjoncturelles [22] ;

    5 – l’attribution à l’État, c’est-à-dire à la collectivité, des gains provenant de la création monétaire, et l’allègement en conséquence des impôts actuels ;

    6 – un contrôle aisé par l’opinion publique et par le Parlement de la création monétaire de la création monétaire et de ses implications.

    Tous ces avantages seraient essentiels. Les profonds changements que leur obtention implique se heurteraient naturellement à de puissants intérêts et à des préjugés fortement enracinés.
    Mais, au regard des crises majeures que le système actuel du crédit n’a cessé de susciter depuis au moins deux siècles, et continue à susciter aujourd’hui, et que les autorités monétaires se révèlent toujours incapables de maîtriser, cette réforme apparaît comme une condition nécessaire de survie d’une économie décentralisée et de son efficacité.

  31. Stilgar dit :
    9 avril 2008 à 16:45 Laurent S écrit: ” Quant à la lutte contre l’inflation, aussi séduisante puisse-t-elle être en théorie, comment empêcher que le prix du pétrole ne flambe quand celui-ci se raréfie ? Or cela se répercute nécessairement sur tous les produits dont il entre dans la fabrication et rarissimes sont ceux qui s’en passent ! Pour moi toutes les luttes contre l’inflation via des instruments monétaires ne peuvent aboutir qu’à plus de chômage, au blocage des salaires, et à la bonne fortune des rentiers, bref une totale injustice. ”

    Je dirais que je suis tout à fait d’accord… mais faut-il pour autant ne donner aucun objectif de limitation d’inflation (et non de limite: rester qualititif et non quantitatif) à une BC ? J’avoue que je me pose la question…

  32. Paul Jorion dit :
    9 avril 2008 à 16:56 Mise à jour No 6
    Suite à l’intervention de Stilgar 9 avril 2008 à 16:25
    J’ajoute « de viser un objectif de plein emploi »

    Je suis partagé sur la question de « lutte contre l’inflation ». Si vous lisez ce blog vous connaissez ma position qui est qu’agir contre l’inflation en manipulant les taux courts n’est pas la bonne méthode. Exactement ce que dit Laurent S : « Pour moi toutes les luttes contre l’inflation via des instruments monétaires ne peuvent aboutir qu’à plus de chômage, au blocage des salaires, et à la bonne fortune des rentiers, bref une totale injustice. »

  33. Paul Jorion dit :
    9 avril 2008 à 17:17 @ Stilgar

    La condition “Les financements proposés par les banques de prêts doivent être assurés par des emprunts dont le terme est au minimum de même durée” est-elle suffisante à empêcher le développement de bulles ? A mon sens, toute opportunité d’apparition d’un prix spéculatif est susceptible de créer une bulle. Le prix spéculatif découle de sa détermination « intrinsèque » par des acheteurs et des vendeurs qui spéculent [intellectuellement] que le prix est « à la hausse » et sont sur le marché non pas parce qu’ils s’intéressent à l’usage de la chose mais à la plus–value du prix.

    Autrement dit, comment empêcher que la blague que je citais dans Vers la crise du capitalisme américain ? (2007 : 215–216) ne se réalise. Je la reproduis ici :

    La nature profonde du phénomène est révélée par une histoire drôle que j’ai entendue dans mon enfance. Les noms des personnages correspondait à leur profession de diamantaire, et la blague émanait du milieu ethnique évoqué, il n’y a là donc rien dans la plaisanterie dont il faudrait se formaliser : elle a le mérite supplémentaire d’illustrer comment la croyance se transforme en valeur.

    Donc Moïse reçoit un coup de fil d’un Isaac passablement excité. Il lui dit « Moise, Moise, un diamant, tu ne me croiras pas ! Six carats, une eau ! Une eau, je ne te dis que ça ! Je te le laisse pour quinze mille ! » Moise qui est en ce moment très distrait parce qu’il pense au mariage de sa fille et combien cela va lui coûter, lui répond : « Oui, très bien, parfait : on règle ça comme les fois précédentes » et il raccroche. Isaac qui a l’habitude que les négociations s’éternisent quand il est en affaire avec Moise est un peu perplexe. Il se dit « Tiens, ça n’est pas du tout son genre, c’est bizarre. J’avais parlé de cette pierre à Sarah. Est-ce qu’elle a joué au bridge avec sa femme ? Elle a dû lui dire que j’allais l’appeler et il a dû se renseigner… On a dû lui expliquer que cette pierre était une affaire en or ! … En fait il devait s’attendre à mon coup de fil… ». Et Isaac de se ronger les sangs pendant un moment, puis il se met à penser : « S’il a dit oui tout de suite pour quinze mille, c’est qu’il est sûr que la pierre en vaut au moins vingt ! Mais il lui faudra encore trouver un acheteur, il y a peut-être encore une chance qu’il se laisse tenter si je lui en offre dix-huit… Ça ne coûte rien d’essayer ! ». Et il décide de rappeler Moise. Celui-ci, toujours plongé dans sa rumination, prend le téléphone et répond machinalement « Oui, oui, bien sûr ! », quand Isaac lui fait sa proposition à dix-huit mille. Mais cette fois-ci, une fois raccroché, c’est lui qui commence à s’interroger. Il se dit, « Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Il m’offre une pierre à quinze mille, et me la rachète cinq minutes plus tard pour dix-huit ? Il a dû apprendre quelque chose qu’il ignorait auparavant à propos de ce diamant, qu’il en valait en réalité au moins… disons, vingt-cinq mille, et il me le rachète pour dix-huit. Si je lui offrais vingt-deux mille, il me resterait encore une marge suffisante pour un diamant qui en vaut au moins vingt-cinq ! » Et c’est cette fois Moïse qui re-contacte Isaac. Le manège se poursuit encore un certain nombre de fois jusqu’à ce que Moïse n’entende plus rien. Une heure se passe, deux heures se passent et il décide finalement de rappeler Isaac. Il lui dit « Et alors ? » – « Ben rien ! » lui dit l’autre, « Je l’ai vendue à Samuel pour trente-deux mille ». En entendant cela Moïse éclate : « À Samuel ! Comment as-tu pu faire une chose pareille ! À Samuel ! Une pierre qui nous rapportait tant d’argent ! »

    L’histoire est comique parce qu’elle montre du vent, les explications fausses, « mythiques », qu’Isaac et Moïse se racontent (à eux-mêmes) pour justifier leur offre suivante d’un montant plus élevé, leurs cogitations « spéculatives » aux deux sens du terme, et suggère que ce vent se transforme en valeur. Et en réalité, c’est très exactement ce qui se passe : de la croyance se transforme en valeur, et c’est pourquoi l’histoire drôle constitue une excellente description du mécanisme de la bulle financière. En réalité, Moïse a parfaitement raison : le diamant a constitué pour eux deux une excellente affaire. En imaginant qu’Isaac l’avait à l’origine acquis pour douze mille (sa première offre à Moïse était, je le rappelle, de quinze mille), ils se sont partagés entre eux la différence entre les trente-deux mille acquittés en fin de compte par Samuel et les douze mille qu’Isaac avait lui payés, soit vingt mille en tout, c’est-à-dire environ dix mille pour chacun (en fonction des prix exacts auxquels ils se sont achetés puis revendus la pierre). La seule erreur de Moïse consisterait à penser que la pierre constituait une bonne affaire pour eux deux avant qu’elle n’ait été vendue à Samuel. Avant ce transfert à un tiers, la transaction n’était jamais une bonne affaire que pour un seul des deux compères à la fois : pour celui qui ne disposait plus de la pierre. L’autre était simplement en possession d’un diamant dont la valeur (non–réalisée) à ses yeux était celle du prix auquel il l’avait achetée. À charge pour lui d’encore trouver un acheteur. C’est Samuel, qui en acceptant le prix déterminé par la bulle créée entre eux par Isaac et Moïse, dans leur escalade des prix, qui fait soudain que la pierre leur a, en effet, « rapporté tant d’argent », cette fois-ci, à l’un comme à l’autre.

  34. Armand dit :
    9 avril 2008 à 17:30 Bon, restons dans l’hypothèse d’une monnaie fiduciaire.

    Dans ce cas, il y aura nécessairement inflation, même le banquier central le plus compétent et le plus intègre se soumettra à la volonté des « Nous le peuple » ou de leurs élus, aux biais de leurs statisticiens et de leur sémiologues (qu’est-ce donc que l’inflation ? comment l’estimer ? comment déterminer les « bons » taux d’intérêt) ; il imprimera plus que nécessaire.

    Les banques de dépôt feront faillite : qui serait prêt à y laisser de l’argent qui se dévalorise, en devant, en outre, payer pour cela ? Un petit malin inventera un truc qu’il baptisera « Capital Preservation Fund » qui investira les dépôts dans les intruments les plus sûrs : les bons du Trésor dont les intérêts seront pour l’essentiel reversés aux clients pour lutter contre l’inflation. Il poussera même le vice jusqu’à se contenter de bons à très court terme, moins de 6 mois, insensibles aux variations des taux ; ainsi, ni lui ni ses clients ne courront le risque de « bank run ». Ils pourrait même leur accorder une carte de paiement immédiat (pas de crédit) sans autre limite que le solde instantané de leur compte. Les commerçants adoreront : aucun risque pour eux non plus.

    Les clients fuieront donc ces banques de dépôt. Celles-ci ne sont utiles qu’en terme de « banques coffres-forts » comme les nomme si bien Paul ; on veut juste retrouver ce qu’on y a mis en terme de pouvoir d’achat sans les risques de conservation à domicile. Pour exister, il leur faut donc une monnaie honnête qui ne se dévalue pas.

    Pour ce qui concerne la monnaie, objet de cette « constitution monétaire » seul ce type de banques / fonds ont une raison d’être, pas de crédit possible, pas d’effet de levier, pas de risque.

    Les autres type de banques ne doivent pas s’appeler « banques » et feront l’objet des couches au-dessus : économie, finance, assurance et casino.

    Plutôt que « Etat » qui référence le gouvernement, je préfère « Nation » plus proche de l’idée du peuple souverain ou même « Peuple », éventuellement au pluriel.

    Ensuite pour que la BC crée et détruise de la monnaie, il faut indiquer selon quels mécanismes techniques.

    Encadrer par avance les quantitatifs qui sinon resteraient à la merci de choix subjectifs ou orientés. Mettre l’Insee sous le contrôle du peuple en quelque sorte. L’inflation est trop haute : qu’à cela ne tienne, je change la formule de calcul, et hop on passe de la croissance à la récession : c’est exactement ce qui est arrivé au Japon début 2007, et ce que font les US depuis Clinton.

    Je rappelle que la BCE a été créée pour éviter que les gouvernements émettent trop de monnaie et également pour que le peuple n’exige pas démocratiquement de faire tourner la planche à billet. D’où l’indépendance complète … mais elle est déjà remise en question.

  35. Stilgar dit :
    9 avril 2008 à 17:48 Merci pour ce conte.. que j’avais un peu oublié…
    Mais actuellement, plus personne ne semble vouloir “du diamant”

    Je suis d’accord avec vous Paul, ainsi qu’avec Laurent S… très difficile d’agir contre l’inflation en manipulant les taux (courts ou long ;-) )… d’ailleurs le peu de résultat de la BCE sur ce sujet le montre bien, même si des chiffres d’inflation limités à la consommation peuvent parfois donner le change.

    Néanmoins une banque centrale qui disposerait, comme dans “notre projet”, de deux “armes” ( taux de la monnaie + quantité de monnaie), au lieu d’être unijambiste : la BCE ni la FED n’ont guère (pour ne pas écrire aucun), de pouvoir sur la quantité de crédits émis par les banques commerciales et c’est cette quantité incroyable de monnaie qui permet ces bulles récurrentes. Faut-il interdire les futures, les warrants et tous les paris financiers ou simplement imposer des couvertures plus élevées ? Là, c’est à l’ancien spécialiste que je pose la question…

  36. Armand dit :
    9 avril 2008 à 17:56 @ Laurent S : l’inflation c’est l’augmentation générale du niveau des prix ; c’est-à-dire la prise en compte de tous les prix : salaires = prix du travail ; impôts, taxes, contributions, … = prix de la vie en société ; les prix des actifs aussi. Curieusement les BC ne prennent en compte qu’une partie des prix et services à la consommation selon des mécanismes ajustables. Le prix du travail n’intervient qu’à la fin de l’épisode inflationniste, sous le doux euphémisme « d’inflation de second tour ».

    L’inflation nulle n’est pas liée à des prix fixes ; ils peuvent évoluer librement. Mais, dans leur mesure d’ensemble reste stable. Si des prix augmentent c’est alors un signal fort, que ce soit celui de la raréfaction du pétrole (ça orientera la recherche et l’investissement dans les énergies alternatives, c’est la base même de l’économie réelle et du progrès) ou celui des maisons (s’il n’y pas de raisons fondamentale, la folie des foules n’est-elle point en cause ?).

    Dans le cas de création monétaire inflationiste, ces signaux précieux sont perdus, amplifiés, déformés ou créés artificiellement ; même le banquier central s’y fait pièger.

  37. Jean Jégu dit :
    9 avril 2008 à 17:56 @ Armand (11:36), Paul (16:08) et Stilgar (16:28)

    Je suis étonné par la positon d’Armand qui a été adoptée par notre modérateur. J’appuie au contraire la demande de Stilgar dans les termes employés. La différence entre FED et BCE sur ce sujet est connue et, je crois que beaucoup d’économistes conviennent que c’est la position de la FED qui est la plus recommandable.

    P.S. J’étais à rédiger ce post quand celui de Paul de 16:56 est arrivé. Donc OK sur ce point de l’objectif d’emploi (qui n’est jamais atteint, on le sait, d’où ma formulation initiale).

    Par ailleurs, je partage les soucis exprimés au sujet de la lutte contre l’inflation. Ne faudrait-il pas relier la problèmatique de l’inflation au niveau des taux directeurs (proposition indicative à étudier et reformuler) ?

    ? C’est bien le taux réel qui compte, soit “taux moins inflation”. La Banque Centrale peut disposer de taux directeurs mais aussi peut proposer et défendre une législation définissant un “taux d’usure”. Nous pourrions être tous d’accord pour dire que la BC doit à la fois défendre le revenu du producteur (favoriser l’emploi) et le “revenu épargné” de l’épargnant (tenir l’inflation). Pour ma part, je vois l’inflation (modérée) comme une incitation à consommer ou à prêter sans attendre ; mettre fin d’une part à la thésaurisation oisive, d’autre part à la rente abusive ce qui est bon pour l’économie.

    Enfin, n’oublions pas que nous visons un texte court et synthétique. On ne peut tout dire dans le détail et chaque pays s’organise naturellement et légitimement de manière un peu différente… Alors, indiquons les principes auxquels nous tenons, en ouvrant au maximum à la liberté de mise en oeuvre.

    @ Stilgar
    Merci pour la longue citation, parfaitement claire, de Maurice Allais. Pas si farfelu ce “Nobel d’économie” !

  38. Paul Jorion dit :
    9 avril 2008 à 18:03 @ Stilgar

    « Faut-il interdire les futures, les warrants et tous les paris financiers ou simplement imposer des couvertures plus élevées ? »

    Il faudrait pouvoir encourager les usages de « couverture », c’est-à-dire d’assurance pour quelqu’un qui court un risque réel de variation de prix sur une marchandise : du riz, un contrat passé dans une devise, etc., et décourager, voire interdire, les positions « nues », correspondant à un usage purement « spéculatif » par quelqu’un qui se contente de parier sur une variation de prix.

    Mais quid de celui qui prend une position de « couverture » sur une quantité d’or dont il dispose ?

  39. Armand dit :
    9 avril 2008 à 18:14 @Stilgar : si elles le veulent vraiment, les BC peuvent bloquer l’inflation et éviter les bulles. Voir P. Volcker. En montant leur taux elles renchérissent le coût de financement des banques qui, toutes, empruntent court pour prêter long. Elles pourraient aussi agir sur le taux de réserve obligatoire, même en laissant leur taux inchangés : les banques ne pourraient plus prêter autant, elles choisiraient alors les investissements aux meilleurs profils rentabilité / risque.

    L’expresssion actuelle de ce projet de réforme limitera déjà ce problème du fait de l’adéquation des durées des prêts et des financements. Ainsi les taux du marché seront significatifs, selon la propension des épargnants à investir court ou long et des propositions de rémunération des risques des emprunteurs.

  40. guillaume dit :
    9 avril 2008 à 18:22 A Armand,
    Je ne pense pas qu’il s’agisse de remettre en question l’indépendance de la BC, le pouvoir judiciaire est indépendant des pouvoirs exécutifs et des pressions du peuple tout en étant un organisme démocratique.

    L’Etat à l’heure actuelle, obtient des crédits qu’il rembourse ; seulement pour ce faire il doit les contracter auprès d’agents économiques privés qui logiquement lui demandent des intérêts associés et donc bien qu’il soit d’intérêt collectif, il obéit aux mêmes règles que la première entreprise (art 104 A.1 de Maastricht SUR les prêts bancaires aux Etats).

    Nous serons d’accord que ce n’est pas l’intérêt associé au crédit qui rend l’Etat bon payeur… Par contre c’est bien ces intérêts qui coulent les finances de l’Etat (la dette publique qui pose tant de problème en est composée dans sa majeure partie). Si l’Etat à la différence des entreprises est pris à la gorge par ce fonctionnement c’est surement car son activité ne répond pas aux mêmes règles de retour sur investissement, ou dans des rapports de temps impropres aux réalités du marché. De plus il est inadmissible à mes yeux qu’un crédit d’investissement d’intérêt général rapporte de l’argent à des agents économiques privés.

    D’ou la proposition de prêts extérieurs aux agents économiques privés (BC) pour les Etats. Il est important de prendre en compte que cet argent ne moisit pas dans les caisses de l’Etat, il est utilisé pour faire marcher l’économie, qui plus est, les commandes de l’Etat sont souvent faites au bénéfice des acteurs locaux…

  41. Armand dit :
    9 avril 2008 à 19:26 Il ne s’agit pas d’euthanasier ou non le rentier, mais de garantir l’un des deux rôles de la monnaie : la conservation du pouvoir d’achat dans le temps et non pas l’appauvrissement ni l’enrichissement en dormant. L’autre rôle étant l’achat de biens ou services. Il faut donc une clause protectrice de ce point de vue. La banque de dépôt devrait donc rémunérer au taux d’inflation les dépôts, sans taxes ni impôts.

    Celui qui a vendu sa maison pour louer doit être assuré que, si au moment où il a vendu, le prix encaissé payait 11 ans de loyer, alors cela restera vrai dans 10 ans toutes choses égales par ailleurs.

    Celui qui veut s’enrichir prendra le risque de prêter ou d’investir, et de bloquer son argent à terme, s’il estime ce risque correctement rémunéré ; sinon il préférera conserver sa monnaie : c’est un signal économique fort et juste.

  42. Stilgar dit :
    9 avril 2008 à 19:39 @ Paul Jorion

    Le problème est d’empêcher la transmission des excès de “l’économie” financière à l’économie réelle. Frederic Lordon propose deux monnaies, afin que les spéculateurs jouent entre eux, mais ca me semble difficile a mettre en place… en attendant, une pétition ” Spéculation et crises : ça suffit ! ” circule en Europe , demandant ”
    – l’abrogation de l’article 56 du Traité de Lisbonne, qui, interdisant toute restriction à ses mouvements, offre au capital financier les conditions de son emprise écrasante sur la société. Et nous demandons également
    – la restriction de la « liberté d’établissement » (art. 48) qui laisse l’opportunité au capital de se rendre là où les conditions lui sont le plus favorables, et permettrait ici aux institutions financières de trouver asile à la City de Londres ou ailleurs.”

    C’est évidemment insuffisant, mais c’est mieux que rien… http://www.stop-finance.org/

  43. Armand dit :
    9 avril 2008 à 20:12 Ma proposition :

    Dans les transactions privées, chaque personne physique ou morale est libre de frapper sa propre monnaie et de refuser celle qu’on lui propose.

    Ces monnaies ne peuvent valoir que de par leur matière constitutive librement déterminée par les parties et non pas par un quelconque engagement contractuel qui y figurerait. Les reconnaissances de dette n’ont pas valeur de monnaie.

    Par conséquent, l’article 1583 du Code Civil est ainsi modifié : « La vente est parfaite entre les parties, et la propriété est acquise de droit à l’acheteur à l’égard du vendeur, dès qu’on est convenu de la chose et du prix exprimé dans la monnaie librement choisie par eux, quoique la chose n’ait pas encore été livrée ni le prix payé »

    Ainsi, la bonne monnaie chassant la mauvaise …

    Un tel projet est examiné au Mexique, un jeton en argent, le « Libertad », devant entrer en concurrence avec le Peso fiduciaire.

    Le Libertad est « imprimé » par l’hôtel des monnaies ; il ne porte qu’une seule inscription : « 1 once d’argent » en plus du poinçon officiel garantie de pureté.

    L’idée est que les citoyens pourront éviter la dépréciation du Peso en s’en débarrassant, ou au contraire en le privilégiant s’ils estiment que la BC fait correctement son boulot de lutte contre l’inflation ; ainsi une valeur de marché est établie entre ces deux monnaies officielles dont l’une ne dépend que du peuple.

    Sur cette base quotidienne, l’hôtel des monnaies convertit les Pesos en jetons. Il fond aussi l’argenterie des familles qui désirent obtenir de la monnaie.

    L’Etat n’a pas le droit de refuser les Pesos fiduciaires. Normal, c’est sa monnaie. Les citoyens pourraient ainsi contrôler leur BC, les dépenses de leur gouvernement et leur monnaie.

    Ce projet a été bien accueilli par les députés, mais la BC le bloque. Etonnant non ?

  44. Armand dit :
    9 avril 2008 à 20:31 @guillaume : la Justice indépendante et démocratique ? tu rigoles ? quand le peuple a-t-il voté la dernière fois pour choisir ses juges et procureurs ? qui nomme juges et procureurs et assure -ou non- leur carrière ? qui peut les muter, éventuellement par promotion pour les éloigner ? Dans certains pays d’Amérique du Sud la Justice est une institution séparée du gouvernement : pas de ministre de la justice. Un budget et des juges élus par les représentants du peuple.

    Si l’Etat gère mal ses ressources (ce que je ne pense pas), il paie … enfin le contribuable. Il est donc sain, comme un garde-fous (pluriel de rigueur !), qu’il ne puisse pas emprunter n’importe comment. Et je serai étonné qu’un élu laisse de l’argent moisir : il aurait plutôt tendance à dépenser l’argent qu’il n’a pas.

    C’est d’ailleurs ainsi qu’est créée la monnaie. La dette de l’état, gagée par les futurs revenus des contribuables, donc sur leur travail et patrimoine futurs, est convertie instantanément en monnaie c’est-à-dire en pouvoir d’achat immédiatement dépensable.

    Hypothéquer la richesse future pour consommer de la richesse actuelle : on comprend qu’il nous faille préciser « investissement » dans notre projet !

  45. Stilgar dit :
    10 avril 2008 à 08:37 Bonjour

    Pour avancer, je propose l’idée suivante en guise d’introduction (un « chapeau » ?) à ce futur article.
    +++
    Une proportion considérable de la monnaie en circulation est issue du crédit. En fait, 93% de la monnaie (en se basant sur l’agrégat M3) est produite à l’origine par les banques commerciales sous forme de monétisation d’actifs ou d’espoir d’actifs lors d’émission de crédits, aux particuliers, aux entreprises ou aux Etats, ces crédits étant renouvellés en permanence dans un cycle continu de création et de destruction ce qui nous donne l’impression de « pérénité » de la masse monétaire. C’est bien la demande de crédit satisfaite, qui, lorsqu’elle dépasse l’épargne disponible, « crée » la monnaie qui ainsi s’accumule.
    Les intérêts sont versés aux créateurs de cette monnaie : c’est le droit de seigneuriage. Ils représentent des sommes tout à fait considérables (que l’on peut estimer, dans la zone euro par exemple, à plus de 300 milliards d’euros annuellement), aboutissants dans les comptes du système bancaire privé.
    Si l’ensemble de cette monnaie était créée par la Banque Centrale (qui deviendrait ainsi « distributeur » de monnaie auprès des banques commerciales chargées de satisfaire les demandes de financements justifiés des entreprises et des particuliers), les intérêts reviendraient intégralement à la collectivité et pourraient être redistribués par exemple dans chaque Etat au prorata des populations ou selon la participation des Banques Centrales Nationale dans la BCE (l’euro système).

    Outre ce bénéfice collectif du seigneuriage, la Banque Centrale disposerait ainsi de deux pilliers pour appliquer sa politique monétaire : la quantité de monnaie en circulation dont elle deviendrait de ce fait la seule émettrice initale, et les taux d’intérêts, alors qu’actuellement son seul réel outil est le second.

    +++

    Qu’en pensez-vous ?

    Bonne journée à tous…

  46. Jean Jégu dit :
    10 avril 2008 à 10:20 Bonjour à tous.
    Ce matin, relisant la “dernière mouture” je pourrais proposer de nuancer ou de compléter , mais en l’état elle me convient suffisamment pour que j’y souscrive. Les propositions se font rares. Je suggère, Paul, de maintenant conclure. Vous pourriez placer ce paragraphe dans le presse écrite, y donner votre analyse et votre position.
    @ Stilgar – Par ailleurs, je trouve clair et bien venu comme introduction le dernier post de Stilgar( 08:37).
    @ Armand – Par contre celui de Armand (20:12) repose sur une conception de la monnaie qui n’est pas la mienne. Votre texte : “Ces monnaies ne peuvent valoir que de par leur matière constitutive librement déterminée par les parties et non pas par un quelconque engagement contractuel qui y figurerait. Les reconnaissances de dette n’ont pas valeur de monnaie.” contredit frontalement le fait que ( selon moi et quelques autres ) la monnaie relève fondamentalement d’une convention sociale et non pas d’un bien matériel et que, en plus, sa nature est d’être une dette formalisée et transmissible de l’émetteur à l’égard de celui qui la reçoit. Notre débat dépasserait le cadre de l’échange en cours.
    Mes nuances ( mais n’en tenez pas compte, Paul) :
    1. difficulté en pratique à séparer l’investissement du fonctionnement ( le cas de l’enseignement a été signalé) ;
    2.séparation stricte ( ? ) des réseaux selon les trois types de banques.
    Mes compléments (pour d’éventuels échanges ultérieurs) :
    les relations entre les devises : imbrication des économies, marché des changes ( curieusement personne n’a évoqué ce point qui semble très important)
    les relations finance-monnaie. La spéculation décrite par Paul (09 ; 17:17) rapporte à Moïse et Isaac parce que Samuel dispose de 32000 …en monnaie ( capacité à payer ), un prêt bancaire sans doute obtenu auprès de son cousin Aaron. Celui-ci respecte les règles du métier, adroitement mises au point entre lui et ses confrères. Confirmez le moi, Paul : pas de spéculation si de temps en temps on ne dénoue pas les positions avec de la monnaie sonnante et trébuchante. Pas de spéculation sans monnaie ; il nous faudrait aussi : pas ( trop ) de monnaie pour la spéculation !
    le respect des engagements antérieurs si on changeait les règles du jeu monétaire. C’est nécessaire.
    l’utilité réelle de distinguer ( si ce n’est par le type de clientèle) les banques de prêts et les banques d’affaires. Elles sont les unes et les autres sur la même portion du circuit monétaire, celui de la monnaie préexistante. Elles auront chacune un compte en banque de dépôt. Celles-ci sont au contraire sur le circuit de la création-destruction et distribution de la monnaie en lien direct avec la Banque Centrale où elles ont chacune un compte.
    Merci encore, Paul, pour votre initiative quelqu’en soit le résultat. Il est toujours utile de dialoguer.
  47. Bernard dit :
    10 avril 2008 à 12:17 Bonjour,

    J’avoue mon étonnement devant la notion de banque centrale relevant de l’Etat, indépendamment du pouvoir politique et oeuvrant malgré tout dans dans le cadre de la démocratie?

    Quelqu’un pourrait m’expliquer ?

    L’état et le pouvoir politique, peuvent-ils agir indépendamment ?

    Les pays non démocratiques n’auraient pas droit à une banque centrale?

    Et si l’on suppose cela résolu,

    -pourquoi demander à l’état des intérêts sur l’argent qu’il crée lui-même ?
    -et même mieux, pourquoi l’argent prêté produirait-il un intérêt?

  48. Laurent S dit :
    10 avril 2008 à 15:50 Si c’était possible je préfèrerais un monde sans inflation, qu’on la définisse par l’augmentation générale des prix sur les marchés des biens, du travail ou des capitaux, ou par une surabondance de monnaie. Mais je suis sceptique d’abord car il n’y a pas de mesure objective de celle-ci : l’indice de l’INSEE est un indice composite arbitraire, j’en préfèrerais un qui mesure le coût de la vie du premier décile des revenus par exemple.

    Ensuite je me demande si vouloir piloter l’économie avec des instruments monétaires ce n’est pas chercher à résoudre la quadrature du cercle, car il n’existe pas de théorie économique naturelle, comme l’est la relativité générale qui est valable aussi bien dans les dictatures, que dans les démocraties et chez les Papous. Toute théorie économique est avant tout une construction politique ainsi la proposition de Maurice Allais n’est valable que dans un type de société donné : pour la mettre en application il faudrait d’abord définir celle-ci : est-ce que ça doit être une démocratie ? suppose-t-elle une sécurité sociale publique ou privatisée, fonctionne-t-elle dans une société très inégalitaire, très pauvre, analphabète, avec des médias très concentrés… On ne trouvera jamais d’équation à l’aune de laquelle on jugera justifiées ou pas les revendications des riches et des pauvres, la taille de la masse monétaire… Ce sera toujours un combat politique, un rapport de forces entre intérêts divergents.

    Cependant s’il est peut-être vain de mesurer et combattre l’inflation d’une manière générale, on est capable de mesurer celle de certains marchés particuliers et on devrait s’y attaquer à chaque fois par des moyens spécifiques : ce n’est pas parce que c’est un phénomène monétaire que l’on doit les résoudre par des moyens financiers. Le pilotage des taux ou de la masse monétaire c’est comme la saignée des médecins de Molière, c’est souverain contre tout mais ça ne guérit rien.

    Pour le pétrole j’ai parlé du rationnement et de la recherche d’alternatives. Pour l’immobilier je m’interroge si on ne peut pas lutter contre les bulles via l’effet indirect d’une taxe d’habitation qui serait d’autant plus élevée que la mixité sociale des habitants d’un même bureau de vote est faible. C’est à dire qu’il serait exorbitant pour un riche de s’installer dans un quartier riche mais qu’il recevrait presque un crédit d’impôt s’il logeait dans un quartier moins huppé. A partir du moment où les bulles immobilières sont aussi un instrument de ségrégation, un moyen de se retrouver entre gens de même milieu, peut-être qu’une politique de la ville qui impose la mixité sociale aura-t-elle comme effet indirect d’empêcher la spéculation immobilière ? Pour la bourse, si les banques ne peuvent plus créer elles-même de la monnaie, le spéculation ne pourra plus prendre d’ampleur euphorique.

    Idem pour la politique de l’emploi qui ne doit pas être pilotée par des instruments financiers. Sur ce sujet l’idée de redistribution interentreprises me paraît très séduisante et mériterait d’être plus connue.

    Pour revenir sur la proposition de Maurice Allais, ce qui est anormal, c’est de laisser à des entités privées le droit de créer de la monnaie. On dit que celle-ci est créée lorsque la banque accorde un emprunt puis détruite lorsque le débiteur l’a remboursé, la banque gagnant au passage des intérêts, cette monnaie supplémentaire ne vient en fait que de l’argent créé par d’autres emprunts. D’où l’augmentation continue de la masse monétaire. En suivant cette interprétation et à partir du moment où seul l’Etat peut créer de la monnaie, on peut dire que tout l’argent qui retourne à l’Etat (taxes, impôts, cotisations,…) s’apparente à de la destruction monétaire et tout l’argent payé par l’Etat (investissements, traitements, subventions,…) devient de la création monétaire. Pendant 200 ans les banques privées ont pu créer de la monnaie à leur guise suivant des contraintes qu’elles ont toujours pu changer quand cela les arrangeait et le résultat n’est pas trop mauvais si on est membre de la classe moyenne d’un pays occidental du XXIème siècle. Aussi devrait-on faire confiance à l’Etat et ne pas chercher à contenir sa politique dans des carcans dont je ne doute pas qu’ils seront aussi illusoires que ceux des banques comme en témoigne déjà le non-respect des critères de Maastricht par la France notamment. Faisons confiance aux partis politiques, au gouvernement et à l’opposition, ne soyons pas plus poujadistes que les antiparlementaristes. Il y a toujours eu et il y aura toujours des cadeaux électoraux, au moins ceux-ci ne sont-ils pas secrets et il n’est dans l’intérêt d’aucun parti politique de verser dans les excès des assignats.

    Dans une telle perspective les prélèvements obligatoires servent à réguler l’excès de monnaie en la prélevant là où il y en a trop (les riches), là où elle est mal utilisée (l’essence pour les 4×4, les cigarettes,…). C’est une manière tout à faire révolutionnaire de les concevoir, même si cela n’atténuera pas leur impopularité, au contraire puisque l’Etat pourrait s’en passer !

    Côté dépenses, le budget de l’Etat est potentiellement illimité, mais cela rend d’autant plus nécessaire un bon contrôle de son utilisation car s’il ne coûte plus rien de créer de la monnaie, la dépense de celle-ci peut générer un gaspillage de ressources naturelles rares. L’argent est potentiellement illimité pour construire autant d’autoroutes que l’on veut mais celles-ci vont mobiliser des ressources en hommes, en matériel, en énergie, qui pourraient “créer plus de bonheur” si elles étaient utilisées ailleurs. Ces autoroutes vont aussi générer des externalités négatives, mobiliser de la surface,… Donc s’il n’y a plus d’arbitrage budgétaire à faire, il y en aura énormément d’autres beaucoup plus complexes et cela restreindra déjà fortement les mégalomanies les plus démesurées de n’importe quel gouvernement élu.

    Par exemple suite à un débat démocratique l’Etat décide de créer 10 milliards d’euros qu’il vend aux enchères aux banques sous la condition de prêter cet argent à des ménages gagnant moins que le revenu médian et pour acheter une maison passive. Les banques se rémunèrent sur les intérêts des emprunteurs (moins ceux qu’elles doivent à l’Etat et qui lui ont permis de remporter l’enchère). C’est un exemple de privatisation de l’action sociale ! Pour les grands investissements où l’Etat est lui-même maître d’ouvrage, et afin de limiter la possibilité de bénéfice indu de la part du gagnant de l’appel d’offre ce dernier est divise en 2 enveloppes. La première porte sur les salaires des employés et les consommations intermédiaires qui seront payés directement par l’Etat et la seconde sur l’amortissement et le profit de l’entreprise gagnante. Remporte l’appel d’offre la société qui propose la plus faible somme des deux enveloppes et si en cours d’ouvrage le montant de la première enveloppe est insuffisant c’est à l’entreprise de payer la différence.

    Enfin puisque les banques privées n’ont pas le droit de créer de l’argent elles ne pourront investir que l’argent que leur auront confié à cette fin les épargnants sachant que si la banque choisit mal ses débiteurs cette épargne sera perdue car à partir du moment où l’argent devient un bien public, il n’y a plus de préteur en dernier ressort car une banque ne pourra pas être débitrice d’une somme supérieure à ses fonds propres ou confiés afin d’être investis.

    Produire de l’argent ne coûte rien et cela permet tout, il me semble que nous ne devrions pas voir cela comme un malheur mais comme une chance, ne pas essayer d’enchaîner cette formidable liberté mais trouver comment s’en servir pour le bien de tous. Et plutôt que de lois qui nous disent ce qu’on n’a pas le droit de faire et que de toute façon on enfreindra, recherchons la connaissance qui permettra de dompter ce pouvoir. Le salut ne viendra pas d’une grande théorie mais de savoir composer à court et à long terme avec nos besoins, nos envies et les imprévus. La meilleure théorie économique n’est rien d’autre que la meilleure démocratie possible dans laquelle en particulier l’argent est un bien public.

  49. Jean Jégu dit :
    10 avril 2008 à 16:11 @ Bernard.
    Etant à l’origine de la proposition retenue d’ajouter “ et oeuvrant dans le cadre de la démocratie” à une phrase qui évoquait seulement “ …une Banque Centrale indépendante du pouvoir politique”, je réponds brièvement à vos questions fort pertinentes.

    Sans sacraliser la démocratie (il m’est arrivé de réclamer une “démocratie éclairée”) il semble que ce soit le système le plus acceptable et accepté. Elle s’exprime dans des institutions et un pouvoir politique qu’elle choisit. Par conséquent la Banque Centrale d’un Etat doit être une institution démocratique mais à une certaine distance du pouvoir politique en place ; c’est une question de séparation des pouvoirs communément admise en démocratie. Il existe à tort ou à raison de la part de beaucoup une crainte que les politiques fassent un peu n’importe quoi avec la monnaie. Cela peut hélas, arriver. Je leur réponds qu’en ce cas, la démocratie devrait leur retirer le pouvoir politique et en choisir un autre. Malgré tout, vous avez en partie raison ; cette formulation est imparfaite et un travail constitutionnel difficile reste à faire. C’est ainsi que j’entends le texte en l’état qui vise, ne l’oubliez pas, à être lisible par des banquiers responsables.

    Si on demande des intérêts à l’Etat sur l’argent qu’il crée lui-même, via la Banque Centrale, les intérêts versés, dans le système préconisé, retournent à cette Banque Centrale c’est à dire l’Etat lui-même. Inconvénient : je n’en vois pas ; avantage : ça rassure les craintifs tout en permettant aux banques gestionnaires de prélever un petit profit pour rémunérer leurs services. Mais, je vous l’accorde (et je crois l’avoir écrit) c’est un peu inutile.

    Pourquoi l’argent produirait-il un intérêt ? A mon avis, en aucun cas parce que l’argent “travaillerait” (il permet tout au plus aux hommes de travailler) mais parce que celui qui se sépare temporairement de sa capacité d’achat doit pouvoir légitimement la retrouver intacte (ou presque) à la fin du prêt qu’il a consenti. Pour moi, l’optimum souhaitable est : taux d’intérêt = taux d’inflation. Ce sont deux paramètres importants du pilotage de l’activité économique.

  50. Blog de Paul Jorion » Clôture de « La monnaie : projet de réforme » dit :
    10 avril 2008 à 16:22 […] « La monnaie : projet de réforme 10 04 2008 […]
  51. Derudder dit :
    10 avril 2008 à 17:47 Bonjour,

    Très intéressant tout cela. merci pour tous ces échanges auxquels je ne me suis pas mêlé jusqu’à présent faute de temps… j’aurais des remarques à faire ça et là, mais oublions cela et allons à l’essentiel.

    1) Je suis d’accord avec le “chapeau” proposé par Stilgar
    2) Je peux adhérer à la proposition telle qu’elle est formulée actuellement pour ne pas retarder les choses. Toutefois je vous propose de prendre éventuellement en compte les points suivants:

    a) Il est dit : Toute création de monnaie doit relever de l’État et de l’État seul par l’intermédiaire de la Banque Centrale indépendante du pouvoir politique et œuvrant dans le cadre de la démocratie.
    Je mettrais “mais” œuvrant dans le cadre … Ce “mais” souligne mieux la nuance à mon sens que le “et”. Le pouvoir politique est souvent confondu avec le gouvernement qui a en charge l’exécutif et le parlement qui assume le législatif. Souligner la nuance implique qu’un fonctionnement démocratique soit étudié et mis en œuvre pour l’exercice spécifique du pouvoir monétaire. De plus lorsque l’on parle de l’Europe il est d’autant plus important de rappeler l’importance d’une gouvernance démocratique puisque pour le moment nous souffrons d’un grave déficit démocratique dans son fonctionnement (peut être que cela répond à la question de Bernard).

    b) Il est dit : La monnaie créée et prêtée par la Banque Centrale à l’Etat ou aux collectivités publiques ne peut financer que des dépenses d’investissement, à l’exclusion des dépenses de fonctionnement et d’amortissement, lesquelles doivent être financées par les recettes fiscales.
    Je formulerais de la façon suivante :
    La monnaie créée et prêtée par la Banque Centrale à l’Etat ou aux collectivités publiques ne peut financer que des dépenses d’investissement, d’aide à des secteurs à vocation d’intérêt collectif tels que l’éducation, la santé et la protection de l’environnement, et en cas de crise ou de catastrophe naturelle. Ces prêts peuvent être consentis sans échéance et sans intérêt. A l’exception de cela, les dépenses de fonctionnement et d’amortissement doivent être financées par les recettes fiscales.

    Je crois qu’il est important de ne pas se limiter à l’investissement (tout dépend bien sûr de ce que l’on entend par investissement) mais ce mot peut justement prêter à confusion et être pris dans son sens restrictif. Or notre monde souffre de plus en plus de manque de services à la personne (coût de l’emploi oblige !) à commencer par l’école et les hôpitaux. Pour que la BC puisse contribuer efficacement au plein emploi et au “développement durable de l’économie”, il faut faciliter le financement des salaires d’activités qui se traduisent par un réel mieux-être dans la société, donc plus d’emplois utiles et moins de biens. Cela ne signifie pas nécessairement la multiplication de fonctrionnaires. Comme cela a été évoqué dans les échanges on peut très bien imaginer un partenariat Etat – entreprises privées à mandat spécifique, agissant en fonction d’un cahier des charges précis.

    Enfin en ce qui concerne les prêts aux Etats et collectivités, il me semble nécessaire d’utiliser à plein le pouvoir de création monétaire faute de quoi cela se traduira rapidement par une dette qui psychologiquement conduira à se laisser de nouveau gouverner par des exigences monétaires au lieu d’être conduits par des exigences d’amélioration de la qualité de vie pour tous sur la Terre.

    c) Il est dit dans le § suivant : la quantité de monnaie proposée et les taux d’intérêt de refinancement des banques commerciales.

    Je n’utiliserais pas le terme de refinancement qui est trop connoté à une pratique opaque et prêtant à mauvaise interprétation dans l’esprit du public. Je dirais plutôt :

    la quantité de monnaie proposée et les taux d’intérêt auxquels les banques commerciales peuvent emprunter entre elles et auprès de la BC.

    Notre expression doit être claire pour qu’il ne fasse pas de doute que les banques commerciales ne peuvent manier que de la monnaie pré-existante, créée par la BC et qu’elle peut emprunter soit auprès de la BC soit auprès d’une autre banque

    d) Ok pour la distinction ds 3 types de banques. Ne serait-il pas bon de préciser à la fin de ce §: les banques de prêts et les banques d’affaires ne peuvent spéculer pour leur propre compte ?

  52. Stilgar dit :
    10 avril 2008 à 18:00 Je reviendrai plus tard dans la soirée sur le post de Laurent S, très intéressant.

    Juste une petite réflexion sur l’intérêt (dépassant le taux d’inflation, oui…).

    Autant il me semble injustifiable lorsqu’un prêt est issu de création monétaire privée, autant, si un prêt est un transfert d’une épargne préalable, il me semble justifié, car l’épargnant d’une part prend des risques (de non remboursement) et d’autre part se prive d’une jouissance possible immédiate : je prèfère nommer dans ce cas “l’intérêt” par le mot “dividende” (mais je sais que je dois être le seul.. c’est donc inutilisable ;-) ).

    Comme il est quasi impossible de séparer la monnaie émise de la monnaie épargnée, après son émission, c’est encore une justification pour que toute la monnaie “subisse” un intérêt lors de l’émission par une seule entité, la BC, seul moyen (sauf à sur-imposer les banques) pour que cet intérêt revienne équitablement à la collectivité.

    Robertson, en Angleterre, défend aussi ce point de vue d’une monnaie totalement “nationalisée”…

  53. Stilgar dit :
    10 avril 2008 à 18:10 D’accord avec Derudder… sauf un petit point où il écrit: “Ces prêts peuvent être consentis sans échéance et sans intérêt.”

    Il me gêne d’ouvrir la porte (dès l’origine d’une telle proposition qui doit être consensuelle) à la critique que nous connaissons bien (la planche à billet) et qui sera immédiate, soutenue par l’argumentation, surtout dans la zone euro : “des pays en profiteront au détriment d’autres plus raisonnables”.
    Je pense qu’il vaut mieux rester dans un cadre plus général, et de toute façon nous sommes bien d’accord que si toute la monnaie est émise par la BCE, l’ensemble des intérêts reviendra à la BCE qui les redistribuera (sauf ses dépenses propres, peanuts) sous forme de dividendes d’exploitation aux BCN et d’impôts… donc à l’Etat…

  54. Paul Jorion dit :
    10 avril 2008 à 18:23 Mise à jour No 7
    Plusieurs modifications proposées par Derudder 10 avril 2008 17:47

    Remplacement de « et » par « mais » dans « … indépendante du pouvoir politique mais œuvrant dans le cadre de la démocratie ».

    Alinéa suivant : « La monnaie créée et prêtée par la Banque Centrale à l’Etat ou aux collectivités publiques ne peut financer que des dépenses d’investissement, d’aide à des secteurs à vocation d’intérêt collectif tels que l’éducation, la santé et la protection de l’environnement, et en cas de crise ou de catastrophe naturelle. A l’exception de cela, les dépenses de fonctionnement et d’amortissement doivent être financées par les recettes fiscales. »

    Egalement : « La Banque Centrale détermine, afin de contenir l’inflation dans des limites raisonnables, de viser un objectif de plein emploi et de faciliter le développement durable de l’économie, la quantité de monnaie proposée et les taux d’intérêt auxquels les banques commerciales peuvent emprunter entre elles et auprès d’elle-même. »

    Une modification par moi, à partir d’une suggestion de Derudder :
    « Dans une perspective assurantielle, les banques ont le droit de couvrir leurs positions mais les positions nues, équivalentes à des paris directionnels sur l’évolution des marchés, leur sont interdites. »

  55. Stilgar dit :
    10 avril 2008 à 18:29 Laurent S dit : 10 avril 2008 à 15:50

    Comme je le disais, je trouve ce post très intéressant et il pourra faire débat (si Paul le souhaite) sur les propositions de Laurent S

    Je suis néanmoins d’accord que “vouloir piloter l’économie avec des instruments monétaires c’est chercher à résoudre la quadrature du cercle” … les instruments monétaires sont un des outils et vous en citez d’autres très pertinents.

    Je suis également d’accord sur “car s’il ne coûte plus rien de créer de la monnaie, la dépense de celle-ci peut générer un gaspillage de ressources naturelles rares.” et je le vois tout les jours dans mon coin avec des “dépenses pharaoniques” (grand théatre totalement inutile, mail en marbre qui sera quasiment inutilisé, “maison de la danse ” toute vitrée qui coutera une fortune à chauffer et surtout à climatiser, etc) … mais là nous sommes dans du contrôle politique qu’il ne faut pas oublier non plus. La monnaie n’est pas gratuite actuellement pour les collectivités locales (il va falloir augmenter les impôts pour payer les intérêts)… et ca ne “les” empêche pas de faire….

    Enfin, vous écrivez ” Enfin puisque les banques privées n’ont pas le droit de créer de l’argent elles ne pourront investir que l’argent que leur auront confié à cette fin les épargnants sachant que si la banque choisit mal ses débiteurs cette épargne sera perdue car à partir du moment où l’argent devient un bien public, il n’y a plus de préteur en dernier ressort car une banque ne pourra pas être débitrice d’une somme supérieure à ses fonds propres ou confiés afin d’être investis.”

    Oui, à une précision près : les banques pourront aussi prêter la monnaie qu’elles auront emprunté auprès de la BCE (en plus de l’argent des épargnants).

    Et je ne trouve pas “immoral” que le risque (qui apporte un gain plus grand si le risque est plus grand) ne soit pas couvert en dernier ressort par la collectivité… les investisseurs pourront (aussi) s’assurer et les intermédiaires (les banques) devront mieux jauger les risques… on évitera peut être de “produire pour produire”.

  56. Bernard dit :
    10 avril 2008 à 19:24 @ J Jégu

    Merci pour la réponse mais elle ne me convainc pas complètement dans la mesure où cela supposerait que le patron de la banque centrale (institution) serait choisi aussi démocratiquement (de façon séparée? ) du choix des responsables politiques. Je ne vois pas l’intérêt.

    Quant à décider que le taux d’intérêt serait nul s’il n’y a pas d’intérêt collectif particulier à l’investissement, avec un objectif d’inflation nul, cela me paraît être un simple réglage d’offset à 0 avec cependant une charge symbolique formidable:

    – elle casserait l’idée de l’inéluctabilité de la croissance au moins monétaire.

    – elle laisserait déjà un réel bénéfice à l’investisseur, on sait bien que dans la vie réelle un bien (matériel ou social) qui n’est pas entretenu se dégrade forcément.

    De plus, elle rendrait caduque toute la discussion sur la création de (fausse) richesse ex nihilo et sur l’importance de la réserve fractionnelle.

    Elle permettrait aussi de changer complètement le rapport de l’argent au temps, et les dérives liées à la confusion actuelle entre les opérations à long terme et moyen terme.

    Elle permettrait aussi de dégonfler un peu les chevilles des financiers dans les entreprises, qui reprendraient la place un peu plus raisonnable.

    Je ne rêve quand même pas, mais un petit débat sur ce que permettrait cette r(évolution) pourrait être intéressant.

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