6 – Le scandale des banques qui « créent » de l’argent – Le retour !

06 04 2008

Publié par Paul Jorion

Jean Jégu m’envoie un extrait me dit-il d’un livre, « La monnaie dévoilée », de Gabriel Galand et Alain Grandjean publié aux éditions L’Harmattan – Logiques Economiques en 1996. J’en reproduis une partie:

Quant à la banque secondaire, les opérations d’épargne et de prêt sont nettement dissociées. Elle accorde des crédits d’une part et accueille de l’ épargne d’autre part. En général les crédits accordés dépassent l’épargne collectée, de sorte que pour cet excédent il y a création monétaire, qui entraîne un gonflement des comptes courants et des demandes de billets (pp. 45-46).

Jean Jégu a la gentillesse d’ajouter : « Dès que vous aurez bien compris tout cela, Paul, je pense que vous pourrez l’expliquer encore plus clairement aux sceptiques que vous ne le faites de la technique du “trailing stop-loss” ! ». Voici la réponse que je lui apporte.

Mon problème reste le même : ce type d’analyse me semble faux. Il confond une multiplication apparente de la masse monétaire due à la vitesse de sa circulation avec une multiplication due à une augmentation réelle de son volume. Qu’une banque prête ses fonds propres ou les dépôts de ses clients est indifférent : il s’agit toujours d’argent qui existait préalablement.

La phrase-clé dans le passage cité est celle-ci : « En général les crédits accordés dépassent l’épargne collectée ». J’ignore d’où vient cette supposition : je n’ai non seulement jamais vu cela se passer dans une banque mais je ne parviens pas même à imaginer par quel mécanisme cela pourrait se produire.

Vous avez raison : le jour où je serai convaincu, je pourrai faire passer le message mieux que quiconque, mais on ne m’a encore rien présenté qui me convainque.

Le processus appelé « création de monnaie par les banques » est un simple effet mécanique du fait qu’elles doivent conserver des réserves fractionnaires et ne peuvent reprêter tout l’argent déposé dans leurs coffres. Ce multiplicateur de « création de monnaie » m, se calcule comme ceci : m = 1 / Rés. Fract.

C’est intéressant mais c’est une outil d’économiste : c’est une construction théorique qui exprime la vitesse de circulation de l’argent – mais rien de plus et surtout pas l’existence d’un complot. Imaginons que la banque centrale décide que pour une journée les prêteurs ne doivent pas conserver de réserves fractionnaires, alors la prétendue « création monétaire par les banques » durant cette journée devient infinie, en effet : 1 / 0 = infini. C’est ridicule : la masse monétaire n’aurait pas changé en volume, la situation serait strictement la même que le jour précédent – et que le jour suivant quand on retournera à la normale.

Si l’on veut utiliser cette formule, il faut être extrêmement prudent et toujours parler de « “création” monétaire par les banques », pour souligner qu’il s’agit d’une « construction conceptuelle intéressante d’un certain point de vue ». Sans quoi certains iront imaginer qu’ « en général les crédits accordés dépassent l’épargne collectée », ce qui, dans l’état actuel de mes connaissances et jusqu’à ce qu’on me fasse la preuve du contraire – à l’aide d’autre chose qu’un raisonnement fondé sur une interprétation erronée de la formule m = 1 / Rés. Fract. – est tout simplement faux.

Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite.“ =========================================

13 réponses à “Le scandale des banques qui « créent » de l’argent – Le retour !”
  1. Jean Jégu dit :
    6 avril 2008 à 21:17 L’un de nous deux se trompe.

    Mais que ce soit vous ou moi, on peut se tromper de bonne foi. Essayons donc de mieux nous comprendre et de repérer nos erreurs réciproques.

    D’abord un complément qui explique ce qui pourrait être – mais je me trompe peut-être – l’aveuglement de certains banquiers. Le texte que je vous ai adressé contenait aussi ce qui suit :

    Qui plus est, la banque ne constate cette création qu’indirectement par l’accroissement des demandes de billets et des dépôts, qui entraîne également un accroissement du besoin de réserves obligatoires. Le banquier n’a donc pas une vision directe de la création monétaire qu’il induit, et, à la limite, peut ne pas en être conscient. Cette attitude est d’autant plus vraisemblable que l’encours de crédit est à 80% financé par l’épargne et seulement à 20% par la création monétaire (ce pourcentage moyen étant d’ailleurs très variable en fonction du caractère plus ou moins marqué de “banque de dépôt”).

    Il n’y aurait donc, si je vous comprends bien, qu’une multiplication apparente de la monnaie et cette apparence serait due à un accroissement de la vitesse de sa circulation. A ma connaissance cette vitesse de circulation (dans l’économie réelle !) reste assez stable. Je lis dans un communiqué de presse de la BCE, du 2 décembre 1999 il est vrai, l’évocation d’”un ralentissement tendanciel de la vitesse de circulation de M3 se situant, à moyen terme, à l’intérieur d’une fourchette de 0,5 % – 1 % par an.”. Par contre le 31/03/2008 la BCE déclare que M3 croit encore de 11,3 % (par an) en février. Quant à M1, la vraie monnaie, celle qui sert à payer, si elle ne croit aujourd’hui qu’à 4 % environ, chacun peut constater sur les courbes publiées par la BCE qu’ avant 2006 elle évoluait plutôt à 10 %. Cette augmentation nette de M1 vient-elle d’argent qui préexistait préalablement ? Mais alors lequel ? La monnaie centrale, M0 comme on l’appelle parfois ? Vous savez certainement que cette monnaie centrale n’est émise que lorsque les banques se refinancent. Le refinancement, un terme que curieusement on n’évoque que très rarement. C’est pourtant tout simplement l’achat, quand elles en ont besoin, de monnaie centrale par les banques contre quelques unes de leurs créances éligibles. C’est alors et alors seulement que la banque centrale émet de la monnaie centrale (depuis le 12 décembre 2007 date du “term auction facility”, la FED semble se montrer peu exigeante pour l’éligibilié ! Sinon … problème n’est-ce pas !). Donc, pour le dire simplement, en Euroland au moins où nous avons l’article 104 du traité de Maastricht, la Banque Centrale n’émet de monnaie que quand les banques la lui achètent. Par contre elles-mêmes émettent de la monnaie bancaire chaque fois qu’elles font un crédit ou une dépense et en détruisent chaque fois qu’elles encaissent un paiement dans les relations avec leurs clientèles.

    Je dis bien avec leurs clientèles. Car, et c’est bien là une lourde cause d’incompréhension : entre banques, un sou est un sou et un euro un euro. Là, rien ne se perd et rien ne se crée. Tout se paie en monnaie centrale. C’est pour cela que quand une banque n’en a plus et ne trouve pas à en emprunter auprès de l’une de ses consoeurs, elle n’a plus qu’une solution : se refinancer au près de la Banque Centrale. Encore faut-il qu’elle dispose de titres sérieux. Si ce n’est le cas, pour éviter que tout ne s’écroule, le banquier central qui est intéressé à ce que ça continue de marcher, le banquier central invente par exemple un “Term Auction Facility” … Songez-y Paul. Votre activité vous place probablement à ce niveau où un sou est un sou. C’est pour cela que vous avez une réelle difficulté – pas une impossibilité, j’en suis sûr – à imaginer la création monétaire. Vous n’êtes pas le premier banquier humaniste que je rencontre et trouve dans cet état.

    Revenons un instant sur le multiplicateur de crédit et à l’hypothèse de la réserve fractionnaire réduite à zéro. Déjà, notons que cette réserve (je me situe toujours en Euroland) est extrèmement faible (en pratique de l’ordre de 4 % de M1 je crois – et qui plus est, cette réserve est rémunérée par la BCE et ne coûte quasiment rien à la banque propriétaire). Nous sommes donc pratiquement dans le cas des réserves nulles. Mais, attention ; ce n’est pas M1 dans ce cas qui tend vers l’infini, M1 reste ce qu’il est ; c’est bel et bien M0 (la monnaie centrale nécessaire) qui tend vers zéro ! Les banques se passeraient ainsi totalement de la Banque Centrale et s’arrangeraient seules entre elles sur le marché interbancaire et pour la compensation. Heureusement nous n’en sommes pas encore là, car les banques n’ont pas (pas encore ?) pu éliminer toute la monnaie fiduciaire. Elles travaillent à cela en plaçant le maximum de cartes de paiement et même Monéo pour supprimer aussi les pièces. Actuellement, il leur faut malgré tout “racheter” de l’ordre de 20 € de billets pour un crédit placé de 100 €. Voilà où nous ne sommes de ce coté-ci de l’Atlantique. Je pense personnellement que c’est sur ces 20 € que repose d’ailleurs ce qui reste de crédibilté du système.

    Bien sûr, je serais très étonné de vous avoir convaincu. Après tout si c’était moi qui me trompais. Je ne suis qu’un amateur intéressé au fonctionnement du système parce que je vois ce qui me semble des conséquences extrèmement regrettables. Il faudrait donc des chiffres pour illustrer le fait que “en général les crédits dépassent l’épargne collectée”. Peut-être des lecteurs plus familiers que moi des bilans des banques pourront-ils le faire, les auteurs évoqués peut-être … Comme vous le dites. Votre position et le recul dont vous savez faire preuve – après tout nous sommes en présence d’un phénomène anthropologique considérable ; aucun autre animal n’a de monnaie ni de religion ! – votre position, disais-je, pourrait être d’un grand secours pour susciter la réflexion sur le système monétaire dans des secteurs où règne surtout la praxis.

    Le scandale voyez-vous n’est pas dans la création monétaire. La monnaie n’est en définitive qu’une création des sociétés humaines. Même l’or en tant que monnaie était une création humaine. Nous sommes condammnés à créer de la monnaie car c’est une invention merveilleuse qui a libéré le troc de ses contraintes. Si scandale il y a, ne serait-ce pas que cette création se fasse dans une telle obscurité que nous en soyons encore à ne pas être d’accord sur la description du processus ! Et quand je dis nous, c’est une erreur. Je devrais dire, sans me placer parmi eux, les économistes et fiinanciers qui se comptent parmi les Nobel, les enseignants d’universités mondialement reconnues, bref les élites qui sont censées nous gouverner.

    Aussi Paul, je ne vous demande pas de vous laisser convaincre, mais surtout ne concluez pas trop vite. Et même quand vous aurez conclu, revenez y de temps en temps. Le sujet en vaut la peine.
    argent et société
    Jean Jégu.

  2. Dani dit :
    7 avril 2008 à 09:20 En ce qui me concerne, j’ai fait quelques paiements en “monnaie scripturale” hier soir. Ils ont été acceptés au même titre que si j’avais payé avec des billets.
    Si “une émanation virtuelle” liée à une “multiplication apparente de la masse monétaire due à la vitesse de sa circulation” permet de payer aussi bien que la monnaie elle-même, ne fait-elle alors pas aussi partie de la “masse monétaire” ?
  3. Stilgar dit :
    7 avril 2008 à 11:00 Il est certain que l’un des deux se trompe… pour ma part j’aurais tendance à penser qu’il s’agit de l’auteur de ce blog, mais je puis mal avoir choisi les extraits qui suivent…

    De la Banque de France elle-même – 1971 – «la Monnaie et la Politique monétaire»
    « Les particuliers — même paraît-il certains banquiers — ont du mal à comprendre que les banques aient le pouvoir de créer de la monnaie ! Pour eux, une banque est un endroit où ils déposent de l’argent en compte et c’est ce dépôt qui permettrait à la banque de consentir un crédit à un autre client. Les dépôts permettraient les crédits. Or, cette vue n’est pas conforme à la réalité, car ce sont les crédits qui font les dépôts. »

    De la Banque de France encore : «L’octroi de crédit par les banques étant à la source même du mécanisme de création monétaire, le suivi de l’évolution de la distribution des différents types de concours bancaires revêt naturellement une grande importance dans la définition des orientations et la conduite de la politique monétaire comme dans l’évaluation de ses effets».

    De Dominique Plihon, «la monnaie et ses mécanismes» (ed.la découverte – ISBN 2-7071-3185-7 – 2000). Dominique Plihon est professeur d’économie à l’université Paris Nord où il dirige le DESS «Banque, finance, gestion des risques» après avoir occupé la fonction d’économiste à la Banque de France et au Commissariat général du Plan.

    P4: «La monnaie est d’abord créée par les banques, à l’occasion de leurs opérations de crédit, en réponse aux besoins de financement des agents déficitaires, les entreprises en particulier. Ces dernières utilisent cette monnaie pour payer les salaires. Les salariés ne dépensent pas immédiatement leurs encaisses monétaires, car la monnaie permet de différer l’utilisation des ressources d’une période à l’autre …»

    P6: «Actuellement la monnaie est essentiellement scripturale, c’est-à-dire constituée d’avoirs matérialisés par une inscription sur des comptes bancaires ou postaux (…) . Les banques ont le monopole de la création de monnaie scripturale tandis que la monnaie fiduciaire est émise par la banque centrale. Cette «monnaie centrale» représente près de 10% du total des encaisses des agents non financiers (entreprises, ménages, administrations), principalement sous la forme de billets…»

    P13: «Le développement de la monnaie scripturale dont la part dans les moyens de payement (M1) est passé de 58% à 87% de 1960 à 1998, s’explique également par des qualités de commodités (…) La monnaie scripturale figure au passif du bilan des établissements habilités à gérer celle-ci.»

    P19: « La monnaie créée se concrétise par une inscription au compte du client emprunteur qui figure au passif du bilan bancaire; la contrepartie est inscrite à l’actif à un poste créance sur le client. Le remboursement du crédit aboutira, de façon symétrique, à une destruction de monnaie en diminuant à la fois l’actif et le passif du bilan bancaire. La masse monétaire, constituée essentiellement par la monnaie scripturale, s’accroît lorsque les flux de remboursements sont inférieurs aux flux de crédits nouveaux (…)
    Les banques commerciales collectent également de l’épargne; la part des crédits financés sur épargne ne participe pas, par définition, à la création de monnaie.»

    P20: «L’émission de billets est le monopole de la Banque centrale, souvent qualifiée pour cette raison «d’institut d’émission», les banques, de leur coté, ont le monopole de la création de monnaie scripturale…»

    P 42: «La création monétaire est le privilège des banques: celles-ci créent de la monnaie en «monétisant» leurs créances et en émettant des dettes qui ont la particularité d’être acceptées comme moyens de payement. La plupart du temps, les créances bancaires correspondent à des crédits: il s’agit de monnaie de crédit, créée ex-nihilo par les banques à l’occasion de leurs prêts»

    P43: «Le système bancaire (banques commerciales et banque centrale) entretient des relations financières multiples avec l’État. Ainsi les banques sont amenées à financer le déficit du budget de l’État, essentiellement en achetant une part importante des titres (bons du Trésor) (…) Ce financement du déficit budgétaire par les banques entraîne de la création monétaire: il y a «monétisation» de la dette publique »

    De Denis Clerc, ancien professeur à l’université de Dijon, journaliste et fondateur de la revue «Alternative économiques». Dans : « Déchiffrer l’économie », Chapitre 4 La monnaie et le crédit, p.163. «Les banques créent de la monnaie très simplement. Lorsque le titulaire d’un compte obtient un prêt à court terme (moins d’un an), par exemple une avance sur salaire : dans ce cas, la banque inscrit au crédit du bénéficiaire la somme demandée (d’où le terme de crédit). Elle a créé de la monnaie scripturale à partir de rien. Une inscription sur un compte lui a suffit. »

    De Maurice Allais, «Prix Nobel» de sciences économiques, dans «La réforme monétaire» 1976. « Le jugement éthique porté sur le mécanisme du crédit bancaire s’est profondément modifié au cours des siècles. (…) À l’origine, le principe du crédit reposait sur une couverture intégrale des dépôts. (…) Ce n’est que vers le XVII e siècle, avec l’apparition des billets de banque, que les banques abandonnèrent progressivement ce principe. Mais ce fut dans le plus grand secret et à l’insu du public » (…) « En abandonnant au secteur bancaire le droit de créer de la monnaie, l’État s’est privé en moyenne d’un pouvoir d’achat annuel représentant environ 5,2 % du revenu national.»

    Toujours de Maurice Allais, «La crise monétaire d’aujourd’hui. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires.», Éd. Clément Juglar, 1999, p.63. « Fondamentalement, le mécanisme du crédit aboutit à une création de moyens de paiements ex nihilo, car le détenteur d’un dépôt auprès d’une banque le considère comme une encaisse disponible, alors que, dans le même temps, la banque a prêté la plus grande partie de ce dépôt, qui, redéposée ou non dans une banque, est considérée comme une encaisse disponible par son récipiendaire. À chaque opération de crédit, il y a ainsi duplication monétaire. Au total, le mécanisme de crédit aboutit à une création de monnaie ex nihilo par de simples jeux d’écritures»

    De Bernard Maris, professeur d’université en France et aux États-Unis, «Anti-manuel d’économie», éd. Bréal, oct. 2003, p. 219. «Création et destruction monétaire (…) C’est le principe fondamental de la création monétaire : si je fais un crédit papier de 100 et si je sais qu’une grande partie de ce crédit reviendra chez moi banquier, je peux multiplier le crédit bien au-delà du stock d’or dont je dispose. (…) Le mécanisme est décrit dans l’adage : « les prêts font les dépôts ». Le crédit fait les dépôts, il fait l’argent. Et non l’inverse ! Avis à ceux qui croient que l’épargne fait l’argent. Quel contresens économique !
    (…) Mais la vraie garantie de la création monétaire, c’est l’anticipation de l’activité économique, du cycle production consommation. Encore faut-il que cette anticipation soit saine : toute création monétaire saine débouche sur une destruction monétaire équivalente.
    (…) Nous percevons mieux la nature de la monnaie : des dettes (des créances sur la banque émettrice) qui circulent. Des dettes qui, si elles sont saines, doivent, par l’activité économique, provoquer leur remboursement.
    Aujourd’hui, la monnaie est détachée de tout support matériel, on peut en créer à l’infini»

  4. Emir Abel dit :
    7 avril 2008 à 12:32 @ Jean Jégu
    Vous dites : “Actuellement, il leur faut malgré tout “racheter” de l’ordre de 20 € de billets pour un crédit placé de 100 €.” Je ne comprends pas très bien car cela reviendrait à dire que la banque a besoin de conserver 20 € pour prêter 100 € ?
    Or le taux de reserve est aujourd’hui de 2 % (voir ici : http://www.banque-france.fr/fr/poli_mone/regle_poli/oeuvre/page1c.htm) et le ratio de solvabilité (ratio Cooke) est aux alentours de 8 % ce qui fait un total de 10 %.
    La phrase correcte (sauf erreur de ma part) devrait donc être : “Actuellement, il leur faut malgré tout “racheter” de l’ordre de 10 € de billets pour un crédit placé de 100 €.”
    Me trompais-je ?
  5. Jean Jégu dit :
    7 avril 2008 à 13:24 @ Emir Abel
    Les chiffres que j’ai donné ne se veulent que des ordres de grandeur destinés à illustrer les mécanismes à l’oeuvre. Je ne suis pas le spécialiste qui sait absolument tout. Ceci dit, voici ce que je vous répondrais.
    La Banque de France indique bien un taux de réserves obligatoires de 2 % des créances dont l’échéance est inférieure à 2 ans. ( Pourquoi 2 et non pas 1 ou 3 ? ) Je traduis plus simplement 2 % de M3. Or si M1 est bien resté à peu près à la moitié de M3, ceci peut se dire “4 % environ de M1″ comme je l’ai écrit. Pour 100 €, la banque devrait donc avoir en compte à la Banque Centrale 4 € environ. Ce que j’ai voulu dire, c’est que, en France du moins et actuellement ( tout cela est évolutif ) ces 4 € ne suffiraient pas à l’achat des billets que la banque doit fournir à ses clients sur leurs demandes de retrait en temps normal ( ne parlons pas du cas de panique généralisée ). Il lui faut, en pratique, prévoir de l’ordre de 20 €. Tout cela revient d’ailleurs, pour la banque prêteuse, à abandonner à la Banque Centrale environ 20 % des intérêts qu’elle perçoit sur le prêt de 100 €. Suis-je clair ? Si quelqu’un peut préciser, nuancer ou même contester , ne pas hésiter à le faire. Peut-être Paul lui-même le pourrait-il.
    Quant au ratio de Cooke, je pense que c’est une autre contrainte mais d’ordre différent. On ne peut ajouter le résultat. Il faut que la banque puisse fournir des liquidités fiduciaires à ses clients qui les lui demandent. Il faut aussi que sa situation respecte le critère de Cooke. Or celui-ci “mesure le niveau des engagements (prêts, opérations hors bilan,…) des banques et établisements financiers par rapport à leurs fonds propres “. Il exige donc un certain niveau de fonds propres de la banque dès qu’elle a pris un certain niveau d’engagements. Voilà d’ailleurs, si j’ai bien compris, un superbe exemple d’une contrainte qui n’en est pas vraiment une ; c’est juste pour faire semblant. Car qui empêche une banque saine d’augmenter ses fonds propres ? Là aussi, j’ai peut-être mal compris … Je suis prêt à changer d’opinion sur arguments convaincants.
    Le fond de l’affaire est bien d’arriver à se metter d’accord sur l’origine de la monnaie. Quels sont les véritables émetteurs de la monnaie que nous utilisons chaque jour ? C’est bien l’étape préalable indispensable pour pouvoir discuter ensuite du bon ou du moins bon fonctionnement du système. Il ne s’agit pas de chercher des coupables ( ce phénomène monétaire est d’une trois grande universalité pour qu’il y en ait vraiment) ; il s’agit ensemble de comprendre ce qui se passe.
  6. Derudder dit :
    7 avril 2008 à 16:03 Je partage tout à fait les commentaires de Jean Jégu et de Stilgar. Ce sont bien les banques secondaires qui créent la monnaie “ex nihilo”. La monnaie ne pré-existe pas comme le pense l’auteur de ce blog. Mais les choses sont effectivement opaques et difficiles à saisir. On est dans la question du “qui de l’oeuf ou de la poule est venu en premier ?” Est-ce le crédit qui engendre l’épargne ou l’épargne qui permet le crédit ? Eh bien je crois qu’il suffit de savoir que depuis 1971, les monnaies sont totalement dématérialisées. Elles n’existent plus en tant que telles à moins d’être créées. Avant, lorsque la monnaie était reliée à l’or, même si la masse en circulation dépassait en valeur celle de la garantie, c’était quand même le stock d’or qui conférait une “existence” à la monnaie. Depuis sa dématérialisation, c’est la seule offre et demande d’une monnaie qui lui donne existence et valeur. La demande s’exprime par le crédit. C’est l’acte créateur de la monnaie lorsque le crédit est accepté par la banque commerciale. Cette monnaie ainsi créée se retrouve ainsi temporairement dans la société, jusqu’à ce que le crédit soit remboursé. Pendant le temps de son existence, elle permet toute sorte de transactions ; une partie se retrouve aussi sous forme d’épargne placée qui sera prêtée. Peut-on dire que l’argent prêté dans ce cas pré-existe ? Il pré-existait bien sur le compte de l’épargnant, mais si on prend le système dans son ensemble, cet argent à l’origine ne pré-existait pas, il a été créé par un ensemble de crédits, dont l’historique disparait aux yeux des utilisateurs. Lorsque je touche mon salaire, je ne me pose pas la question de savoir si mon employeur a dû emprunter ou non pour me le payer, ou si les clients de mon employeur ont dû emprunter pour régler les factures dues à mon patron.

    Depuis 1971, l’argent qui circule (à l’exception des pièces et billets) est un argent-dette. La masse monétaire en circulation dans ce monde est due au système bancaire dans son ensemble. Si tout le monde remboursait en cet instant ses dettes, il n’y aurait plus d’argent sur la terre. Plus encore, il n’y en aurait pas assez car le système, par l’artifice de l’intérêt, fait qu’il est créé moins que ce qui est dû.

    Maintenant le scandale n’est pas dans le principe de la création monétaire. Au contraire, que la masse monétaire en circulation puisse obéir à l’offre et à la demande est une bonne nouvelle en soi, car cela veut dire que dans l’absolu le prétexte d’un manque d’argent ne peut plus être utilisé. Le scandale réside dans le fait que ce pouvoir de création monétaire a été abandonné aux banques commerciales, dans la plus grande discrétion, sans aucun débat public et en veillant bien à ce que la chose ne se sache pas. Cela revient à une privatisation de la monnaie. Or la monnaie est par nature publique. Elle n’est en effet que la traduction symbolique de la vraie richesse, celle que nous offre la nature, valorisée par l’activité humaine. Elle appartient donc légitimement à la collectivité et sa création devrait donc dépendre d’un organisme public, comme une banque centrale par exemple, qui aurait la possibilité de l’émettre (soit gratuitement soit avec intérêt, mais ceci est une autre histoire) selon des critères d’amélioration de qualité de vie. Du fait que ce pouvoir appartient maintenant à des intérêts privés, ce n’est plus l’intérêt collectif qui préside mais celui des actionnaires de la banque. Seule le profit financier à court terme pour cette élite compte. La privatisation de l’argent exclut d’une part les plus démunis, ceux qui en auraient le plus besoin, car ils n’ont pas les garanties suffisantes, et conditionne le destin des peuples aux opérations que les banques acceptent de financer non pas en fonction de leur utilité mais en fonction de leur rentabilité. Nous sommes là face à un déni démocratique d’une extrême gravité, car il ne fait pas réagir, étant peu apparent. Mais derrière des apparences démocratique nous sommes maintenant soumis au totalitarisme du système bancaire privé. C’est pourquoi cette question de la création monétaire ex nihilo, n’est pas qu’une discussion de salon entre puristes, c’est le symbole du rapport entre l’homme et ses outils. La monnaie, fabuleux outil est maintenant devenue le maitre. Au lieu de servir elle nous asservit, non par sa nature, mais par le fait qu’on en a confié la gouvernance à une “personne” illégitime.

  7. Paul Jorion dit :
    7 avril 2008 à 16:46 @ Emir Abel, Jean Jégu
    Emir Abel a raison à propos du commentaire de Jean Jégu. Quelques remarques supplémentaires à propos du deuxième passage de Galand et Grandjean cité par Jégu :

    Qui plus est, la banque ne constate cette création qu’indirectement par l’accroissement des demandes de billets et des dépôts, qui entraîne également un accroissement du besoin de réserves obligatoires. Le banquier n’a donc pas une vision directe de la création monétaire qu’il induit, et, à la limite, peut ne pas en être conscient. Cette attitude est d’autant plus vraisemblable que l’encours de crédit est à 80% financé par l’épargne et seulement à 20% par la création monétaire (ce pourcentage moyen étant d’ailleurs très variable en fonction du caractère plus ou moins marqué de “banque de dépôt”).

    Avec des réserves fractionnaires de 10 %, le « multiplicateur » de la masse monétaire par sa circulation est de 9,11, soit un gain de 811 % (avec un dépôt de 100 €, on obtient 911 €, soit un gain de 811 %). Voir la grille ci-dessous.

    Multiplicateur

    Avec des réserves fractionnaires de 20 %, le gain tombe à 398 % (voir la décomposition proposée dans l’article Money Creation de Wikipedia en anglais – l’article propose 357 % de gain parce que la décomposition s’y arrête prématurément). Ce que disent Galand et Grandjean, « l’encours de crédit est à 80 % financé par l’épargne et seulement à 20 % par la création monétaire », signifierait un gain de 25 % par la circulation (20 % / 80 % = 25%), ce qui correspondrait à des réserves fractionnaires de 80 %. D’où vient ce chiffre qui ne correspond à rien de connu dans le domaine bancaire ?

    @ Derudder
    Ah ! le débat se déplace enfin sur son vrai terrain : « Une privatisation de la monnaie ». Je posais la question dans Monnaie – intérêt – croissance : le « scandale » que dénoncent les partisans de la création de monnaie « ex nihilo » est-il dans la propriété privée ? J’écrivais :

    Ma question : y a–t–il « scandale » dans mon illustration ? Si oui, réside–t–il entièrement dans le rapport de force inégal au départ entre le propriétaire et le métayer (qu’on pourrait alors appeler « prolétaire » pour emprunter à un vocabulaire connu) ? Si la réponse à cette question est oui, le problème peut être entièrement reformulé dans les termes de Jean–Jacques Rousseau :

    « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire “Ceci est à moi”, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : “Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne” ».

  8. Stilgar dit :
    7 avril 2008 à 18:04 Bonjour
    Il me semble que le processus de création monétaire *par les banques privées* est admis (et quelque soit le montant choisi des réserves fractionnaires) . N’énmoins, je me permet de copier ci dessous un extrait de l’Encyclopédie Universalis.. qui devrait éclairer aussi la réflexion qui précède

    ” Les banques de dépôt émettent les monnaies nationales

    Les économistes ont longtemps pensé que toute monnaie bancaire est créée par les banques centrales, encore appelées instituts d’émission. Depuis au moins un siècle, les auteurs reconnaissent que les banques de dépôt (ou banques secondaires) sont, elles aussi, créatrices de monnaie. Partout dans le monde, la monnaie scripturale, émise par les banques de dépôt, a même nettement pris le pas sur la monnaie fiduciaire, émise par les banques centrales. Une observation un peu plus avancée établit le fait que les banques de dépôt ont le monopole de l’émission monétaire, sauf en ce qui concerne les opérations sur devises. Les banques centrales sont les banques de dépôt des Trésors publics ; et, même si elles ont une clientèle privée (entreprises et ménages), c’est à nouveau en leur qualité de banques de dépôt. En outre, s’il est vrai que des billets de banque circulent dans le public, ceux-ci sont « injectés » dans l’économie, comme d’ailleurs les pièces de monnaie, par des annulations équivalentes de dépôts dans les banques secondaires. Enfin, les unités de monnaie centrale présentes dans les relations entre un institut d’émission et le réseau de « ses » banques secondaires forment une somme de monnaie interbancaire, dont il est correct de dire, d’une part, qu’elle est purement scripturale et, d’autre part, que sa somme est nulle dans le système bancaire.

    Il est vrai, néanmoins, qu’en un certain sens la monnaie centrale est la seule monnaie dont dispose une économie nationale.

    La transformation des monnaies secondaires en monnaie centrale

    Le mécanisme de la compensation permet aux banques secondaires de régler quotidiennement, à travers leur banque centrale (qui intervient comme dans une catalyse), les dettes qu’elles portent les unes envers les autres. Il en résulte que les unités de monnaie secondaire représentent des unités de monnaie centrale, si bien qu’il est vrai de dire que toute monnaie intervenant dans les paiements est ou représente une monnaie centrale. C’est la raison pour laquelle les économies nationales disposent chacune d’une monnaie unique (le franc français pour la France, le dollar américain pour les États-Unis d’Amérique, etc.), créée par son système bancaire, unité organique en chaque nation des banques secondaires et de « leur » banque centrale. Les instituts d’émission unifient les monnaies de leur nation en intervenant comme « prêteurs de dernier ressort » pour le compte des banques secondaires, qui se paient ainsi entre elles.

    Le « multiplicateur des dépôts »

    Une question qui a longtemps obéré l’analyse monétaire est celle du « multiplicateur des dépôts ». Suivons toujours le même exemple simple. La banque B1 a recueilli le dépôt de 100 francs constitué par l’agent A ; B1 doit donc 100 francs à A, dette inscrite au passif de la banque ; mais quelle est la définition de l’actif correspondant ? Les auteurs avaient pensé qu’il s’agissait d’une somme de monnaie ; on le constate, pensaient-ils, dans le cas suivant : A retire son dépôt sous la forme de billets de banque, et son fournisseur le reconstitue (dans la même banque ou dans une autre) sous cette même forme ; les billets déposés chez B1 constituent un actif dans sa caisse ; on voit ainsi, semble-t-il du moins, que la contrepartie de la dette des banques envers le public est une somme de monnaie équivalente qui serait déposée par le public dans les banques. Si la contrepartie de la monnaie était la monnaie elle-même, on conçoit aisément que les dépôts pourraient se multiplier ; les banques seraient à même de prêter simultanément à un nombre indéfini de clients chaque dépôt reçu par elles. La dette des banques serait en quelque sorte fictive si elles trouvaient à leur actif les sommes de monnaie qu’elles doivent au public ; elles pourraient s’engager à hauteur de trois fois 100 francs, par exemple, sur le fondement d’un dépôt de 100 francs seulement, puisque les sommes de monnaie prêtées en surplus seraient, elles aussi, déposées chez elles.

    Dans la réalité des faits, les choses se passent tout autrement. Lorsque les banques créent une somme de monnaie, elles « monétisent » une partie équivalente de la production de leur pays ; ce faisant, les banques reçoivent en dépôt un produit équivalent, qui est en attente d’être écoulé. C’est le produit nouveau de chaque période qui est la contrepartie des nouvelles créations monétaires. Il en résulte – ce qui est beaucoup plus satisfaisant pour l’esprit – que les banques ne peuvent en aucun cas prêter plusieurs fois un même produit, déposé chez elles. Le prétendu multiplicateur des dépôts est logiquement égal à 1. La monnaie est l’objet d’une création et non d’une multiplication.”

  9. Jean Jégu dit :
    7 avril 2008 à 21:04 @ Paul Jorion
    Nous sommes bien d’accord. Pour un dépôt initial de 100 € en monnaie fiduciaire ( billets ),la banque pourra générer 911,37 – 100 = 811,37 € de monnaie scripturale si les réserves fractionnaires f sont de 10 %. Le calcul mathématique à la limite donnerait d’ailleurs 900 € c’est à dire 100*( 1 – f)/f. Ceci illustre bien le fait qu’une banque de dépôt, moyennant le respect de certaines contraintes ( réserves obligatoires r , fournitures de billets b ) , peut émettre des crédits créateurs de monnaie pour un montant bien supérieur à ce que serait un simple prêt des dépôts à vue. Noter d’ailleurs que les 100 € en billets initiaux ne sont pas du tout reprêtés puisqu’ils restent bien la propriété du premier déposant qui peut à tout moment venir les retirer. Bien entendu, s’il n’y avait qu’un seul déposant ça ne marcherait pas ; en réalité il y en a beaucoup et statistiquement il n’y a qu’une fraction b des dépôts à être retirée en billets.
    Petit problème de vocabulaire. Vous parlez de réserves fractionnaires. Je parle plutôt de “réserves obligatoires”. Il faut, j’imagine, entendre par réserves fractionnaires le montant m que la banque secondaire doit avoir en Banque Centrale pour gérer un montant M de dépôts à vue. Si c’est bien cela f = m/M. Qui est très exactement l’inverse de ce que Galand et Grandjean définissent comme multiplicateur de crédit k. En page 31 de leur ouvrage, ils démontrent que f = 1 – (1- r)( 1 – f). Si on prend pour r : 4 % et pour F 15 % , on aurait donc f = 1 – 0,96*0,85 = 18,4 %. Ces chiffres n’ont pas grande importance ; je veux seulement dire , à vous et à Emir Abel, que la demande plus ou moins élevée de billets par la clientèle a une incidence sur la monnaie centrale à prévoir par la banque, et qu’il ne faut pas confondre “ réserves fractionnaires” et “réserves obligatoires”.
    Quant à “l’encours de crédit financé à 80 % par l’épargne et à seulement 20 % par le crédit“ cela n’a rien à voir, me semble-t-il, avec ce qui précède.. Les auteurs veulent seulement dire qu’il n’existe pas de banque de dépôt qui ne soit que banque de dépôt. Toute banque collecte aussi de l ‘épargne et dans son activité de collectrice d’épargne elle retire les sommes des dépôts à vue des déposants comme tout autre établissement non bancaire le fait. Il se trouve que le montant des prêts accordés est souvent de l’ordre de grandeur, quoiqu’un peu plus élevé ( 20 % disent-ils ), que le montant de l’épargne collectée. La banque peut donc aisément considérer qu’elle ne fait que reprêter de l’épargne collectée. Galand et Grandjean sont donc très compréhensifs avec les banquiers qui ne saisissent pas qu’il existe des crédits créateurs de monnaie ; ils leur trouvent une excuse en quelque sorte.
    Il faut donc que ceux qui nous lisent fassent ici encore attention à une question de vocabulaire. Comme pour les crédits, il y a banque et banque. Même la réglementation, pour ce que je la connais, est peu claire à ce sujet. Elle parle parfois d’établissements financiers sans distinction. Or, il y a une distinction fondamentale qui reste sous entendue dans nos échanges, amis c’est sans doute à tort. Il y a des établissements financiers non bancaires ( ils ont un compte en banque ! ) et des établissements financiers bancaires ( ils ont un compte à la Banque Centrale). Ceux-ci seulement exerce le “privilège de banque” , à savoir émettre plus de crédits qu’elles n’ont de dépôts. C’est bien de cet aspect des banques que l’on parle quand on traite de création monétaire par les banques. Mais un établissement financier bancaire fait aussi en plus le plus souvent des activités faites par ailleurs dans les établissements non bancaires. Pas simple donc, même en théorie. En plus, et c’est là que les vrais praticiens de la finance nous seraient très utiles, Paul, les pratiques deviennent de plus en plus complexes et subtiles. Comme vous le dites plus loin, les employés des banques sont témoins de tant de choses qu’on essaye de leur cacher, que les opérations de mise en place des crédits ou de collecte de l’épargne semblent travaux de premiers communiants dans ce milieu. N’est-ce pas Paul ? Tout y parait, et d’ailleurs y est, parfaitement régulier et légal. On comprend alors que vous tombiez des nues quand certains viennent vous dire que tout cela correspond parfois ( quand la masse monétaire croit, mais elle pourrait tout aussi bien décroître) à faire payer un intérêt aux emprunteurs sur de l’argent qui ne préexiste nulle part et qui donc a été créé de rien.
    Pardon d’avoir été si long , Mais il est important, pour nous tous, que nous tentions de nous comprendre. Je laisse maintenant ce blog très intéressant à d’autres …
  10. Armand dit :
    8 avril 2008 à 10:46 Très bien résumé, Jean.

    Les établissements « financiers non-bancaires » sont, par exemple, les organismes de crédit à la consommation. Ils ne prêtent, à taux plus élevés, que ce qu’ils ont pu emprunter à taux plus faibles. Ils ne créent pas de monnaie. La vie est souvent dure pour eux et les conduit à dépendre d’une banque pour trouver plus facilement et pas trop cher l’argent qu’ils reprêteront.

    J’insistais dans mes premiers posts sur la différence légale qui existe entre monnaie fiduciaire (les billets de la banque centrale) et la monnaie scripturale (les relevés de compte des banques commerciales).

    La première a cours légal : nul ne peut la refuser, chacun doit l’accepter pour payer toute dette privée ou publique. Les banques ont l’obligation de remettre « à vue » ces billets à ceux qui retirent des « espèces » de leur compte courant.

    La seconde n’a aucune valeur juridique : nul n’est tenu de l’accepter et chacun peut refuser ces « instruments de paiement bancaire » que sont chèques, cartes et autres virements (sauf en France pour des montants que l’inquisition fiscale souhaite surveiller)

    Comme les banques émettent davantage de leur monnaie qu’elles n’ont de billets dans leur coffres, elles sont en permanence en état de faillite potentielle : que suffisamment de personnes viennent retirer à vue leurs avoirs et elles fermeront immédiatement leurs portes. Et ce d’autant plus vite qu’une partie de leurs réserves obligatoires est sous forme électronique à la banque centrale et pas sous forme de billets dans leurs coffres.

    Une révolution légale, rapide et pacifique peut être déclenchée par le simple fait qu’une minorité (que j’estime à environ 5%) décide de voter avec ses pieds … en se rendant à son agence bancaire.

  11. Stilgar dit :
    9 avril 2008 à 10:46 J’aimerais revenir, si vous le permettez, sur cette expression « ex nihilo ».
    Je reconnais qu’elle est mal choisie : seul Dieu, peut être, peut-il « créer ex nihilo » et évidemment des banquiers ne peuvent le faire.
    Parlons donc plutôt d’émission, ce sera plus facile d’éviter ainsi de froisser des suceptibilités.
    La monnaie scripturale, qu’elle soit celle émise par les Banques Centrales (banque des banques) à destination des banques commerciales, ou celle émise par les banques commerciales aux divers acteurs, l’est d’une ligne d’écriture sur un compte .
    Mais la monnaie créée doit toujours l’être sous les conditions suivantes :
    1 – une demande préalable (entreprise, particulier, Etat)
    2 – le demandeur-emprunteur doit offrir une garantie : une assurance, une caution, une hypothèque, plus généralement un titre de créance qui sera « acheté » par la banque qui le monétisera en créditant le compte de l’emprunteur. Ceci, jusqu’à ce que l’emprunteur rembourse son crédit, ce qui aura pour effet d’effacer la créance sur la comptabilité de la banque en rendant le titre de créance à l’emprunteur
    3 – Mis à part la monnaie fiduciaire, 7% de M3, (et bien que toute monnaie soit bien fiduciaire, de « fidus » – même si l’on parle de monnaie scripturale ou électronique – car la monnaie, c’est bien « de la confiance ») les banques commerciales ont créé, créent, créeront (sauf changement) toute la monnaie en circulation.

    Une monnaie émise doit l’être avec contrepartie et non « contre rien »… c’est sans aucun doute au départ ce manque de contreparties « réelles », cette incapacité prévisible à l’effacement d’une monnaie temporaire, la monnaie de crédit, qui nous plonge dans cette crise où les banques diverses ont émis de la monnaie « contre du néant » (de mauvaises garanties trop nombreuses)

    Comme l’écrit André Chaîneau « c’est parce que les agents non bancaires demandent des crédits bancaires que la masse monétaire augmente. Cela revient à dire qu’une demande satisfaite de crédit bancaires conduit à une offre de monnaie »

    Mais le problème qui me semble fondamental n’est pas le système de création monétaire par le crédit. Il est que le système dans son ensemble, du fait des intérêts qui eux mêmes ne peuvent (en raisonnant globalement) provenir que de nouvelle création monétaire, nous emmène dans une spirale sans fin imposant une croissance continue de la quantité de monnaie (et donc de la production/consommation comptabilisée par le PIB)

  12. Bayard Jean dit :
    11 avril 2008 à 16:22 Permettez-moi d’intervenir dans le débat avec quelque retard dû à un voyage qui m’a éloigné de mon ordinateur pendant plusieurs jours. Et puis, je ne connaissais pas le blog de Paul Jorion avant que mon ami Jean Jégu ne me le fasse connaître.

    Voici ce que dit Paul Jorion dans son billet à Jean Jégu, le 06 04 2008 :

    Qu’une banque prête ses fonds propres ou les dépôts de ses clients est indifférent : il s’agit toujours d’argent qui existait préalablement.

    Il s’agit pour moi d’une erreur de conception de la monnaie, communément faite, qui suppose que la banque prête la monnaie de ses clients, ce qui à mon avis est faux. Voici ma description simplifiée de la création de monnaie scripturale par les banques secondaires et des circuits qu’elle emprunte.

    Il faut tout d’abord savoir qu’il existe une règle comptable qui a force de loi : la monnaie une fois créée ne perd jamais sa contrepartie : la créance qui est à l’origine de sa création.

    On va tenter de suivre en simplifiant les principaux chemins tortueux qu’emprunte la monnaie depuis sa création.

    Une banque B1 crée 100 de monnaie qu’elle porte au compte de dépôt à vue (DAV) de son client C1. La monnaie est en DAV et rappelons qu’elle a pour contrepartie la créance inscrite à l’actif du bilan de la banque. Elle appartient au client A et ne quittera son compte que sur son ordre.

    Tant que la créance existera, c’est-à-dire tant qu’elle ne sera pas remboursée ou annulée, elle restera la contrepartie de cette monnaie.

    Le prêt porte intérêt (ib) en faveur de la banque, jusqu’à son échéance. Tant que la monnaie émise reste en compte DAV de ce client, la banque ne verse pas d’intérêt puisqu’en France les comptes à vue ne sont pas rémunérés.

    Cette somme ne tarde pas à être dépensée par le client C au profit d’un fournisseur quelconque, client C2 de la banque B2, par exemple.

    Pour exécuter l’ordre de virement de C1 en faveur de C2, les banques procèdent par compensation et échangent entre elles de la monnaie de contrepartie, que l’on pourrait appeler de la “contre-monnaie”. Cette contre-monnaie a la particularité de combler les vides produits par les mouvements interbancaires de monnaie appartenant aux agents non bancaires.

    A la suite de cette opération de compensation, la monnaie passe d’un DAV à un autre DAV. La monnaie n’appartient pas à la banque qui ne peut en disposer ; elle appartient aux titulaires des comptes de DAV.

    Jusque là, la monnaie a changé de main sans qu’il y ait eu intérêt supplémentaire. Le seul changement intervenu, est que la banque B1 emprunte à la banque B2, ce qui donne en matière d’intérêt (- ib + ib).

    On a donc affaire à une monnaie émise par le système bancaire et une contre-monnaie destinée à combler les déséquilibres nés des mouvements interbancaires. C’est ainsi qu’il existe des banques en situation d’emprunteuses tandis que d’autres sont en situation de prêteuses pour des montants parfaitement égaux (sortie de la compensation).

    Si l’on fait le bilan consolidé des 2 banques, on trouve chez B1 la créance de la monnaie émise et chez B2 sa contrepartie, la contre-monnaie (dont la somme est égale à zéro) ayant seulement servi au passage de l’une à l’autre. Une fois créée, la monnaie ne perd jamais sa contrepartie ; elle se déplace jusqu’au jour où le client devra la détenir en DAV pour la rembourser et elle sera alors détruite.

    Reprenons le processus. Si l’on suit cette monnaie émise, elle peut :

    – passer d’une banque à l’autre (de DAV à DAV) parmi toutes celles qui existent sur la place dans la monnaie de référence,
    – rester en DAV,
    – ou bien être épargnée dans l’une ou l’autre banque, en totalité ou en partie,

    au gré des échanges et des ordres passés par les clients,

    sachant pour l’instant que dans notre hypothèse elle n’est pas épargnée auprès d’un établissement financier pour être re-prêtée.

    Si l’on fait le bilan consolidé de toutes les banques, on retrouve chez B1 la créance d’origine et chez toutes les autres (y compris B1, éventuellement) sa contrepartie, soit en compte de DAV, soit en compte d’épargne.

    Les mouvements interbancaires s’étant multipliés en compensation, la monnaie de contrepartie correspond toujours très exactement aux prêts et emprunts entre banques.

    Si l’on fait le bilan en terme d’intérêts, nous avons la banque B1 qui perçoit toujours (ib) et le système bancaire pris dans son ensemble qui verse (ie) aux épargnants. Mais, sur des bases différentes (ib sur 100) et (ie sur une fraction de 100), la différence entre les deux représentant alors le bénéfice du système bancaire considéré dans sa totalité. Quant aux intérêts interbancaires de la contre-monnaie, ils sont toujours égaux à (- ib + ib).

    Supposons à présent qu’un agent non bancaire, détenteur de la monnaie, décide de faire un placement de 25 (fraction des 100) chez un établissement financier. Cela donnera une nouvelle compensation avec contre-monnaie pour que le virement du DAV de l’agent (sur son ordre) au DAV de l’établissement financier soit exécuté. Celui-ci ayant pour fonction de re-prêter les fonds reçus, les 25 vont alimenter de nouveaux DAV, ceux des emprunteurs en deuxième main. On peut aussi supposer qu’au cours des nombreux échanges ultérieurs ces 25 resteront pour partie en DAV et pour partie aboutiront en compte d’épargne bancaire.

    Si l’on fait le bilan des opérations, on aura :

    – la banque B1 perçoit toujours (ib sur 100) qui reste quoi qu’il arrive la monnaie émise et en circulation,
    – les intérêts interbancaires de la contre-monnaie n’ont pas changé à (- ib + ib),
    – le système bancaire pris dans son ensemble verse un intérêt (ie) aux épargnants sur la fraction épargnée des 100,
    – l’établissement financier touche un intérêt (if) et verse un intérêt (ie) sur les 25 aux épargnants.

    Il convient de noter que la monnaie émise (les 100) n’a jamais quitté le système bancaire, et que cette monnaie :

    – a pour seule contrepartie la créance qui est à l’origine de sa création,
    – n’appartient qu’aux titulaires des comptes à vue ou à terme, dès lors qu’ils sont à leur nom,
    – n’appartient pas aux banques qui n’en sont que les dépositaires, et qui ne peuvent en disposer,
    – qu’elle ne circule que sur ordre de ses détenteurs.

    C’est pourquoi, l’épargne en banque est gelée par le système et occupe les parkings monétaires sans aucune utilité pour l’économie, contrairement à une idée généralement répandue.

    Il existe cependant une exception à cette règle générale, existait devrait-on dire, les comptes de chèques postaux (CCP) de la Poste, dont tous les mouvements débiteurs ou créditeurs, à vue ou à terme, étaient adossés au Trésor Public. C’était un moyen pour l’Etat de disposer de substantiels moyens financiers, jusqu’au jour où la Poste est devenue la Banque Postale. Son nouveau statut correspond vraisemblablement à celui des banques créatrices de monnaie. Il en était de même avec les Caisses d’épargne (avant qu’elles n’acquièrent le statut de banques) dont les comptes étaient adossés à la Caisse des Dépôts et Consignations, je présume.

    J’en tire la conclusion que :

    – la monnaie scripturale (secondaire) émise par le système bancaire n’appartient pas à la banque, mais à ses clients,
    – elle n’a pas de contrepartie monétaire, puisqu’elle en a déjà une : la créance à l’origine de sa création, elle est la monnaie,
    – l’épargne bancaire est une fraction de la monnaie émise ; elle est donc la monnaie au même titre que celle qui est en DAV, la somme des deux représentant la créance d’origine,
    – l’épargne bancaire est stockée dans des parkings monétaires, sans utilité pour l’économie, ce qui contredit la théorie de l’épargne et de l’investissement,

    Veuillez me pardonner d’avoir été aussi long, mais je ne voulais pas sacrifier la rigueur que je souhaitais donner à l’exposé.

  13. privat dit :
    18 novembre 2008 à 01:38 Une petite réflexion simple au sein de ce passionnant débat : considérant qu’à l’échelle de la planète, même si l’argent circule dans tout les sens, on reste dans un système clos. Or partout sur la planète, les prix augmentent, les productions aussi. De plus, on tire des matériaux de la nature qui sont vendus alors qu’ils n’ont rien coûté d’autre que leur extraction.
    Tout ceci fait qu’il y a bien à un moment une création monétaire indispensable.

    Ce que je ne comprends pas c’est comment les états Européens en ce moment et la BCE en général peuvent procurer de l’argent aux banques alors que l’article 104 du traité de Maastricht le leur interdit?

Advertisements
Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s