12 – Surplus et masse monétaire

07 05 2008

Publié par Paul Jorion

Je reviens une fois de plus sur cette question de la monnaie parce que j’ai le sentiment d’avoir fait un certain progrès dans ma tentative de clarifier la question. Pour résumer ce qui va suivre, j’ai pu mettre le doigt sur la source de mon malaise et de mon hésitation : j’ai le sentiment maintenant que cette question de la monnaie est en grande partie un leurre : quelque chose qu’on aimerait nous voir débattre à l’infini pour éviter que nous parlions d’autre chose.

L’occasion de (ce qui m’apparaît comme) mon progrès est un article que l’on m’a invité à écrire et dont je vous présente deux paragraphes du brouillon, sachant bien qu’en vous les proposant vous allez – une fois de plus – me permettre de faire un bond de géant dans la formulation correcte du problème. Pour comprendre ma perspective, il faut avoir présent à l’esprit ma théorie de l’inflation comme résultant du rapport de forces entre dirigeants d’entreprises et salariés. Je l’ai présentée dans un billet précédent intitulé Comment les banques centrales triomphent de l’inflation.

Voici l’état actuel de mon brouillon :

L’économie politique qui proposa la description scientifique de l’économie et de la finance jusqu’à la fin du XIXème siècle et qui était produite au sein des milieux scientifiques classiques, plaçait les rapports de forces au centre des activités économiques et financières et décrivait le processus de la formation du prix comme un phénomène de frontière entre une population de vendeurs et une population d’acheteurs, le prix se constituant sur le fil de leur conflit, augmentant lorsque les premiers prennent le dessus et baissant lorsque ce sont les seconds. La « science » économique, produite par les milieux d’affaires en leur sein-même ou dans leurs antennes dans le milieu universitaire, présenta au contraire la formation du prix comme un processus abstrait, né au point de rencontre de quantités, représentant d’une part l’offre et d’autre part la demande. Dans la perspective adoptée par l’économie politique, l’identité des acheteurs et des vendeurs est essentielle à la compréhension de la formation du prix. Dans celle adoptée par la « science » économique, elle est bien entendue indifférente, ce qui assure à ceux qui la commanditent l’anonymat qu’ils recherchent.

De même, pour l’économie politique, le rapport de forces entre trois populations, les salariés qui apportent au processus de production, leur travail, les investisseurs qui font les avances en moyens de production (équipement, matières premières) et les dirigeants d’entreprises qui contractent avec les investisseurs, organisent et supervisent le processus de production, préside à la redistribution du surplus généré par l’activité humaine. Tout comme la formation du prix est un phénomène de frontière où le prix se constitue sur le fil du conflit entre acheteurs et vendeurs, l’intérêt est lui un phénomène de frontière entre investisseurs et dirigeants d’entreprise où le taux d’intérêt se constitue sur le fil de leur conflit, et l’inflation est un phénomène de frontière entre dirigeants d’entreprises et salariés où son taux se constitue sur le fil de leur conflit. Pour la « science » économique le surplus n’existe cependant pas et n’existant pas, la question de sa redistribution ne se pose pas, ni a fortiori celle du conflit entre les parties impliquées dans le processus de sa création. Là où elle aurait dû parler du surplus, elle parle à la place de masse monétaire et là où elle aurait dû évoquer la part du surplus revenant aux salariés, elle met en avant les revendications salariales comme la principale cause de déséquilibre des systèmes économiques car source d’inflation, laquelle est présentée comme un phénomène de nature monétaire pouvant être combattu en manipulant les taux d’intérêt en raison de l’impact de ceux–ci sur la masse monétaire.

Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite.“==================================================

17 réponses à “Surplus et masse monétaire”
  1. Financial Md » Surplus et masse monétaire dit :
    7 mai 2008 à 19:02 […] Original post by Blog de Paul Jorion […]
  2. Linda Seredes dit :
    8 mai 2008 à 01:19 A première vue, vous touchez une autre de mes interrogations sensibles, et cela sur un terrain que vous n’attendiez sans doute pas. En tant qu’outil de transformation du monde et projet révolutionnaire, le marxisme a notoirement échoué (il a par contre formidablement réussi en tant que discipline de pensée). Je me demande si cet échec ne provient pas surtout du fait que les perspectives stratégiques posées par Marx partaient d’une réflexion sur le TRAVAIL, comme origine éternelle de toute injustice sociale. La chose était d’autant plus tentante que – outre l’évidente violence politique qui résultait des rapports de production au milieu du 19ème siècle – le travail, en tant que phènomène physique caractérisé, apparaissait comme très homogène pour l’essentiel de l’humanité. La Force de Travail n’était pas une vue de l’esprit à une époque où elle s’exprimait d’abord dans l’énergie et la puissance musculaire du travailleur. L’importance accordée à la fameuse théorie de la plus-value était concevable dans un cadre qui ignorait la complexification des formes de travail que nous connaissons aujourd’hui et où l’avenir de l’exploitation de l’homme par l’homme semblait glisser inexorablement vers une partie se jouant à deux. Face au travailleur salarié se dressait la figure indivisible du “capitaliste”, à la fois maître absolu du patrimoine physique et du patrimoine financier.

    L’analyse que vous ébauchez dans votre article me rappelle assez celle de Jean Luc Gréau il y a quelques années dans “L’avenir du capitalisme”. Celui-ci voyait dans la crise qu’il annonçait de façon prémonitoire (le point de rupture devant être le même que celui identifié par les gens d’”Europe 2020″, la grande peur des fonds de pension face à l’arrivée massive en retraite des babyboomers) le résultat d’une partie déséquilibrée et sensiblement différente des perspectives de Marx. Elle a tendance elle à rapprocher le salarié et le manager de par leur intérêt bien compris – ne rêvons pas – face au financier qui tend à phagocyter les autres acteurs. Nous irions vers une situation qui rappelle celle de l’Angleterre pendant la révolution industrielle, où patrons et ouvriers s’étaient retrouvés (à l’avantage de la paix civile) sur le libre-échange pour neutraliser la rente, représentée par les propriétaires fonciers. La différence est aujourd’hui que, la rente provenant de la sphère financière mondialisée, les deux autres facteurs se rejoindraient alors sur la question du protectionnisme ?

    Votre triptyque “surplus intérêt inflation” convient finalement bien au tableau cadré par J.L. Gréau. Il serait aussi une actualisation inédite de la théorie marxiste de la plus-value à l’heure du CFM (Capitalisme Financier Moderne, terme que je préfère au sans substance “néo-libéralisme”). Toute spéculation intellectuelle mise à part, il est un point qui liera désormais indéfectiblement les hussards noirs de la science économique et leurs détracteurs, puisque l’avenir géopolitique proche de la planète en dépend. Leurre ou pas, et à votre corps défendant il semble, la “Question Monétaire” – une expression qui aurait rempli d’épouvante ce pacifique snob qu’était Keynes – sera bien le point obligé de tous les compromis et… de tous les affrontements.

  3. Le Duc dit :
    8 mai 2008 à 01:21 Après diverses lectures d’articles grand public, voire de vulgarisation économique, certains auteurs d’articles parlaient des paniers des indices des prix à la consommation. Leurs buts serait de répandre l’idée générale que les prix augmentent peu (en général 2 ou moins de 2% même depuis que les politiques monétaires ont réussi à “vaincre” l’inflation dans les pays industrialisés depuis une quinzaine d’années). Le but étant de faire accepter le fait que les salaires soient indexés sur cette augmentation de l’IPC, assurant une certaine stabilité du pouvoir d’achat pour les salariés. En dernière analyse ceci servirait finalement à masquer le fait que l’inflation est bien plus forte et ne concerne pas seulement les prix des biens de consommations les plus courants, ou plutôt pour le formuler différemment que beaucoup de choses augmentent bien plus vite que l’IPC et que le salaire horaire : les revenus financiers des capitalistes, patrons, investisseurs.

    Tant que la masse salariale se contente d’une indexation des salaires sur l’IPC, donc au maximum 2%, on évite par contre de parler des questions fâcheuses comme les taux de rendement et d’intérêts des revenus financiers. Il est évident que tant que la masse salariale croit de 2% alors que les bénéfices des capitalistes, les salaires des dirigeants augmentent allègrement dans des fourchettes de 6% à 10, voir 20% selon la qualité des placements, investissements financiers, alors c’est tout bénéfice pour les investisseurs et les patrons.

    On peut comprendre que la lutte contre l’inflation soit devenue la priorité numéro un des banques centrales inféodées aux capitalistes, reléguant le chômage à un rang bien subalterne et accessoire (les politiciens sont l’exemple même des responsables qui à chaque élection font de la réduction du chômage de masse, de la lutte pour le plein-emploi leur cheval de bataille, vœux qui restent sans effet à chaque fois).

    Les revenus des capitalistes qui croissent bien au dessus de la fourchette de l’IPC sont intéressants car ils leur permettent d’augmenter leur fortune, leur pouvoir d’achat par rapport aux biens de consommations courants (quoique à partir d’un certain niveau de richesse on sort souvent des biens de consommation courants pour entrer dans la catégorie pour le moins spéciale des produits de luxe), ce qui leur permettra finalement de payer moins cher relativement leur bifteck.

    On remarquera l’inflation scandaleuse qui caractérise le prix des habitations, logements, qui augmentent beaucoup beaucoup plus vite que l’IPC, ce qui est sans doute normal puisque l’immobilier est devenu pour une grande partie un secteur de biens d’investissements qui suit la logique boursière, totalement déconnectée de la réalité. Réalité bien dure pour les salariés car le prix du loyer immobilier ou le prix d’achat d’une résidence principale mange la majeure partie de leurs maigres revenus. Si la part des dépenses immobilières pour le logement était correctement appréciée dans l’inflation, j’imagine que l’IPC aurait explosé ces dernières années.

  4. Stilgar dit :
    8 mai 2008 à 07:22 Le Duc écrit ” Si la part des dépenses immobilières pour le logement était correctement appréciée dans l’inflation, “…
    Je dois signaler que le prix de l’ immobilier n’intervient absolument pas dans le calcul de l’inflation (car il s’agit de capital et non de bien de consommation). Les loyers, par contre, sont inclus pour environ 6,5% dans le calcul total ( http://www.insee.fr/fr/indicateur/indic_conj/donnees/doc_idconj_29.pdf ), ce qui est effectivement se fiche de la g…. des gens.

    En fait, comme vous le dites bien, il y a plusieurs types d’inflation :
    – inflation des prix à la consommation
    – inflation des matières premières (qui va se répercuter sur le précédent et le suivant)
    – inflation de 2° tour (augmentation des salaires)
    – inflation des actifs (qui n’entre pas en ligne de compte dans les chiffres officiels)

    Quel est le lien entre la masse monétaire ( issue des crédits ) et l’inflation ?
    Lorsque l’euro a été créé, la BCE envisageait une croissance monétaire de 4,5% ( 2% d’inflation + 2,5% de croissance, à vitesse de rotation monétaire de # 1) .. on a vu que la pente de création dépasse annuellement 10% depuis le début (le dépassement étant sans doute cause de l’inflation des actifs et des matières premières) … ce qui veut dire que “l’arme” du taux d’intérêt est insuffisante pour la BC… il faudrait qu’elle puisse gérer la quantité de monnaie effective.

    Ceci dit, il est intéressant de noter les études de l’économiste allemande, Margrit Kennedy, qui démontre avec succès le poids des intérêts cumulés dans tous les prix (probablement plus de 30%). La conséquence est que lorsque les taux d’intérêts augmentent (en principe pour limiter l’accès au crédit et donc la quantité de monnaie qui aurait un effet sur l’inflation), les effets seraient l’inverse de ceux escomptés : les prix vont augmenter puisque les fabriquants et les intermédiaires vont intégrer ces augmentations du loyer de l’argent dans les prix de vente…

  5. Armand dit :
    8 mai 2008 à 09:42 Stilgar, comme l’augmentation des prix des actifs est causée par le crédit « facile » accordé par les banques, il suffit de les contraindre à en limiter le volume. Une BC peut augmenter le coefficient de réserves obligatoires, sans toucher à ses taux, restreignant le volume de crédit sans en augmenter le coût … quoique, si la demande de crédit est plus importante que l’enveloppe dont elles disposent, les banques puissent choisir d’augmenter leurs marges plutôt que de financer les projets les plus rentables et les plus sûrs. Par nature, cela contrôle M3 ce que ne parvient pas à faire la BCE (et moins encore la FED).
  6. Stilgar dit :
    8 mai 2008 à 10:50 @Armand

    Tout à fait d’accord… mais c’est étonnant, la BCE ne le fait pas… pourrait-on en penser qu’elle veut faciliter l’accès aux actifs pour ceux qui ont un bon accès au crédit et à la spéculation ?

    Je pense que si nous étions des animaux raisonnables, nous en viendrions à ce que toute la monnaie soit émise par la Banque Centrale qui disposerait ainsi, avec les taux d’intérêts, des deux “armes” nécessaires.

    Mais de toute façon, personne ne pourra rien faire contre l’inflation des matières premières (peak de …. tout, compte tenu d’une population excessive) : c’est évidemment les plus riches qui s’en sortiront le mieux…

  7. Jean Bayard dit :
    8 mai 2008 à 12:57 Tôt ce matin, à 7h22 !, Stilgar soulevait le problème de l’indice des prix et signalait les restrictions faites par l’Insee dans le calcul de l’indice. J’ajouterais que les restrictions vont plus loin, puisque les impôts directs et les charges sociales des ménages sont purement et simplement évacués de la mesure.

    De mémoire, il y a quelques jours, Paul Jorion dénonçait ici les méthodes de calcul de l’inflation aux Etats-Unis et ailleurs, laissant entendre que les gouvernements de tous les pays avaient tendance à dissimuler les résultats de l’activité nationale chaque fois qu’ils sont mauvais.

    Il convient de signaler un détail important dans le calcul des variations de l’activité de deux périodes, détail qui n’a pas dû échapper à la sagacité de nos dirigeants. L’écart comprend en effet la variation due à l’inflation et celle due aux volumes. Plus, la première pourra être réduite, plus la seconde sera forte, ce qui encourage les tripotages statistiques : on cherchera à cacher les effets de l’inflation tandis que mathématiquement on mettra en valeur la croissance due aux volumes. En réduisant la part de l’inflation, on augmente celle de la croissance, c’est-à-dire celle du pouvoir d’achat, car l’écart de croissance est égal à l’écart de pouvoir d’achat.

    Si vous me le permettez, je vous invite à prendre connaissance de mes travaux sur le sujet à l’adresse suivante : http://www.bayard-macroeconomie.com/pouvoird_achat.htm

  8. Jean Jégu dit :
    8 mai 2008 à 14:58 @ Paul

    Ainsi, Paul, vous avez trouvé une explication : “j’ai le sentiment maintenant que cette question de la monnaie est en grande partie un leurre : quelque chose qu’on aimerait nous voir débattre à l’infini pour éviter que nous parlions d’autre chose.”

    Donc la question serait une fausse question, soulevée uniquement pour détourner l’attention du partage du “surplus”. La création monétaire par les banques de dépôts, n’en parlons plus ; ça n’a rien à voir. Relire Karl Marx : c’est une question de lutte des classes. Maurice Allais, Irvan Fisher n’ont rien compris. James Robertson – qui pourtant écrit en compagnie d’un professeur d’ économie allemand Joseph Huber – et dont la proposition a été rappelée par Paul Nollen (01/05/08), ne retient pas votre attention … On vous a cité des textes clairs d’un spécialiste ( français ) de la monnaie : Dominique Plihon. Les propositions de Frédéric Lordon, qui pourtant se situent à l’intérieur du système ? Non tout cela, c’est du vent. C’est la conclusion à laquelle vous êtes parvenu, si du moins je vous ai bien compris ?

    J’ai une autre hypothèse. Si, au contraire, les vues de Marx sur les luttes de classes n’expliquaient pas que – bien que nos sociétés aient beaucoup changé – d’aucuns refusent obstinément aujourd’hui de s’expliquer sur l’origine exacte et la justification des dettes qui partout s’accumulent ?

    Vous êtes de ceux qui refusent J’avais un instant espéré le contraire. Je ne vous en veux pas. Vous n’êtes pas seul. Puisque vous avez le contact avec Monsieur J. Attali, tentez donc d’obtenir sa position. Pour ma part, je n’y suis pas parvenu. Il sera certainement de votre avis.

    Je vous remercie pour cet échange. En général les financiers ne nous lisent pas, et ne consentent à aucun dialogue. Laissons donc les militaires faire la guerre et les financiers la finance puisque, selon l’avis de ceux qui comptent, les autres n’y comprennent rien !

    Il faut le constater : les idées même les plus simples n’avancent souvent qu’à tous petits pas. Permettez-moi de terminer par une auto-citation : “ Oui, le monde est ainsi fait. Comment se fait-il que nous ayons dû attendre le 21 avril 1944 pour que les femmes obtiennent enfin le droit de vote en France ? Pourquoi de grands hommes ont-ils si longtemps trouvé normal qu’elles n’en disposent pas ? Parce que vivant dans l’air du temps, il est difficile d’en identifier les odeurs, y compris celles qui seraient douteuses. ”

  9. JLS dit :
    8 mai 2008 à 15:09 J’avais lu un article d’une personne travaillant pour l’état américain affirmant que l’inflation était surestimée de 0,5 % et que l’on pouvait donc donner aux retraités une augmentation inférieure de 0,5 % par an à l’inflation officielle.

    Par exemple l’inflation est de 3% ; on donne aux retraités une hausse de 2,5%.

    Un bel exemple de l’utilisation politique de l’inflation.

    On peut aussi s’interroger sur l’utilisation des coefficients hédoniques, utilisés pour tenir compte de l’évolution technologique d’un prix. Aux Etats-Unis 50% des produits subiraient ce traitement. La France l’Allemagne la Suède l’Autriche, l’utilisent aussi.

    http://www.fonerbooks.com/2007/11/hedonic-cpi-disinflation.html

  10. Paul Jorion dit :
    8 mai 2008 à 16:56 Je vous reproduis cet article du Wall Street Journal dans sa langue d’origine. En gros, la Fed avait obtenu de pouvoir rémunérer les réserves fractionnaires à partir de 2011, elle demande à pouvoir le faire dès maintenant. Ceci pose à mon sens une question cruciale sur la nature des intérêts. Il semble qu’il s’agisse dans ce cas-ci d’une simple récompense décernée aux banques pour qu’elles ne prêtent pas leurs fonds. Il me semble qu’il s’agit d’un dévoiement pur et simple de la logique des intérêts : quelle est ici la – supposée – création de richesse que le versement d’intérêts est censé refléter ?

    Fed Seeks Approval to Pay Interest to Banks
    By GREG IP
    Wall Street Journal, May 7, 2008; Page A4

    The Federal Reserve is formally asking Congress for authority — starting this year — to pay interest on commercial-bank reserves, in an effort to gain better control over interest rates and more leverage to battle the credit crunch.

    Senior central-bank staffers broached the subject earlier this week with the congressional committees that oversee the Fed, people familiar with the conversations said. Fed Chairman Ben Bernanke is expected to request the new authority in writing soon.

    The people familiar with the matter said key Democratic and Republican lawmakers probably would greet the request favorably, but warned quick passage of the measure isn’t guaranteed, given the political sensitivity of any steps that might aid banks.

    In 2006, Congress gave the Fed permission to pay interest on reserves — the sums banks keep on deposit at the Fed — but it delayed the effective date of the legislation until 2011 to postpone the cost to the Treasury.

    Banks are required by law to hold a certain fraction of their deposits in reserve accounts at the Fed, but receive no interest on these deposits. Having the authority to pay interest would solve two technical headaches for the Fed.

    If they earned interest from the Fed, banks would have no incentive to lend out excess reserves for less. That would make the Fed’s benchmark federal-funds rate, which banks charge on overnight loans to each other, less likely to plunge below the Fed’s official target — now 2% — on days when the banking system was awash in cash.

    In addition, the Fed could theoretically combat the credit crunch by buying securities or extending loans without limit without causing the federal-funds rate to fall to zero, something that could fuel inflation or distort markets.

    Paying interest on reserves would reduce the sum the Fed remits to the Treasury each year from earnings on the central bank’s portfolio of Treasury securities and loans. When the 2006 legislation passed, the Congressional Budget Office estimated the move would cost the government $1.4 billion over five years.

    The Fed’s staff have suggested two ways Congress could proceed. It could let the Fed pay interest on all reserves, at a cost of about $150 million a year, people briefed on the estimates said. Alternatively, the Fed could pay interest only on reserves in excess of banks’ required minimum. That would cost only about $30 million a year, which might make it more attractive to lawmakers.

    Either way, the Fed would have to keep the interest rate paid on reserves close to prevailing short-term market rates. In practice, the rate would probably be slightly below the federal-funds rate. The Fed would like Congress to act before its August break, to permit implementation by year-end, people familiar with the conversations said.

    The Fed manages interest rates by purchasing securities or making loans to banks and securities dealers. When the Fed buys Treasurys or makes loans directly to banks, it supplies financial institutions with cash; in effect, it prints money. The cash ends up as currency in circulation or in banks’ reserve accounts at the Fed. Since reserves earn no interest, banks lend out cash that exceeds their required minimum reserves, putting downward pressure on the federal-funds rate.

    To combat the credit crunch, the Fed has replaced half the roughly $800 billion of Treasurys it held last July with loans to banks and securities dealers.

    If the Fed used up all those Treasurys, it could purchase more, but in the process it would create large quantities of excess reserves. As banks lent out those excess reserves, the federal-funds rate would fall to zero. By paying interest on reserves, the Fed could put a floor under the funds rate and expand its balance sheet to deal with the credit crunch. The Fed, however, has not cited that as the immediate objective of its request.

    Write to Greg Ip at greg.ip@wsj.com1
    URL for this article:
    http://online.wsj.com/article/SB121011673771072231.html
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    (1) mailto:greg.ip@wsj.com

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  11. Jean Jégu dit :
    8 mai 2008 à 18:48 @ Paul

    Ne vous offusquez pas, Paul. Il me semble que la BCE rémunère les réserves obligatoires depuis bientôt dix ans ! Voyez l’artcle 8 du Règlement (CE) nº 2818/98 de la Banque centrale européenne du 1er décembre 1998 concernant la rémunération des réserves obligatoires (BCE/1998/15).

    Bien sûr, je partage votre avis : c’est tout à fait anormal (la Banque de France ne le faisait pas) mais ce n’est là qu’une peccadille de plus … Vous comprendrez que certains comme moi pensent qu’il faudrait tout reprendre à la base et que les professionnels devraient oser s’en préoccuper !

  12. Bernard dit :
    9 mai 2008 à 14:35 J’adhère pour partie à la description des acteurs du modèle “science économique” où les intervenants sont réduits au rôle de vendeurs et d’acheteurs, qui est celui auquel la “science” économique Miltonienne voudrait nous réduire, et au fait qu’il induit cet ‘”anonymat” pour les commanditaires et les acteurs, cet anonymat que ses zélateurs (j’allais écrire zélotes !) traduisent par “objectivité” ou « rationnalité ».

    Ces intervenants sont censés opérer dans la sphère réelle de l’économie. Or, depuis que s’est développée la sphère financière, je pense qu’il faut rajouter une nouvelle catégorie d’intervenants, que j’appellerai volontiers les Rapetou, qui utilisent largement le fait que la monnaie est sortie de son rôle neutre de média virtuel, auquel ne peut être attribué que le terme de contrepartie et surtout pas richesse, (neutralité toujours revendiquée par les monétaristes), et qui utilisent son caractère autofertile.

    Le processus fondamental est évidemment l’intérêt, dont on peut comprendre la motivation initiale comme contrepartie de l’usure matérielle des supports matériels d’une part, et des risques encourus par simple nécessité de les faire voyager d’autre.

    Ironiquement, dans sa représentation mathématique, l’intérêt utilise l’axe des « imaginaires » dans le plan complexe.

    Or, on a assisté au fait paradoxal que la dématérialisation de la monnaie, totale chez les gros opérateurs, et qui annulait de fait les risques ci-dessus, loin de mettre en question le principe de l’intérêt, a fait de cette fertilité monétaire une finalité.

    Elle a incité les autorités financières à démultiplier artificiellement cette monnaie,

    1) par la réduction à quasi rien de la réserve fractionnelle, (l’historique de son évolution est éclairante) ce qui revient pour la monnaie à couvrir financièrement plusieurs réalisations simultanées (une sorte d’ubiquité) et cumuler des intérêts provenant de chacune des réalisations,

    2) par la création d’outils financiers extraordinaires au sens propre, produits dérivés et options, parmi lesquels les « options put » sont un de mes préférés.

    L’objet n’est pas ici d’examiner si tous ces produits ont encore une utilité dans le monde réel, ce qui n’est pas évident, ou s’ils modifient les prix d’équilibre des marchés à terme, ce que je pense, mais il est certain qu’ils jouent largement sur les dettes publiques, et éliminent les opérateurs les moins armés.

    Car on en vient à l’essentiel :

    Le surplus n’existe pas dans le monde réel, il n’existe que dans la sphère financière.

    Dans le monde réel, n’existent de l’activité humaine, que des produits nouveaux, à classer entre :

    – produits de consommation immémoriaux, qui sont remis dans leur cycle naturel par la consommation par les organismes vivants, ou détruits par la mort de ceux-ci (savoirs par exemple).
    – produits durables
    * bénéfiques lorsqu’il s’agit de découvertes améliorant le sort des humains ou moyens de production dont on a prévu la destruction après utilisation, ou transformés en déchets plus ou moins vites réassimilés par la nature,
    * nuisibles, « monstres » produits consciemment ou non, en termes de risques créés par les découvertes, ou pollution, et réchauffement climatique.

    Additionner tout cela sans faire un bilan qualitatif est parfaitement stupide, et est hors de portée de la science économique qui ne sait utiliser que le signe plus (hors la fonction financière « puissance » au bénéfice du seul « intérêt » et les fonctions « casino » des « Nobels » modernes).

    Il n’y a qu’à voir la jubilation accompagnant le « vertueux » discours de Nicholas Stern quant il a chiffré ce que va “coûter le réchauffement climatique”, sous-entendu “va rapporter au monde financier”.

    Je trouve extraordinaire que la vision économique du pays que l’on présente toujours aux citoyens soit celle vue du côté financier : l’état est vu par sa dette qui, normalement, bénéficie au vulgum pecus, et on met en exergue la “balance commerciale” dont le négatif correspond normalement à un enrichissement réel des mêmes !

    Mais peut-être que rappeler ce que l’on doit à l’état ou au monde extérieur nous rendrait un peu mal à l’aise.

    L’économie politique, pour moi, c’est l’introduction du signe (-) dans des bilans, sous le contrôle des citoyens.

    A cette condition, je suis prêt à adopter cette économie politique, si on y ajoute

    – la réduction de la monnaie à son seul rôle de média
    – la fixation locale des prix dans des zones socioéconomiques homogènes, et les protections necessaires de ces marchés.

  13. Rumbo dit :
    9 mai 2008 à 21:38 En réponse à cette question primordiale du surplus et de la masse monétaire, voici, ci-dessous, un extrait du livre prophétique de l’architecte Jean-Gaston BARDET (1907-1989) – Demain, C’est l’An 2000! – écrit en 1950. Les 58 ans écoulés depuis sa parution ne font que confirmer, chaque année, chaque jour, la justesse de cette approche du modèle historique bancaire qui s’exerce sans pitié sur le monde dit “moderne”.
    Aussi je ne saurait trop recommander l’étude (hélas pour le moment seulement en anglais) du major Clifford Hugh DOUGLAS (1879-1952) qui a démontré que les intérêts bancaires de l’argent mis en circulation, aujourd’hui trouvant son origine à peu près à 100% dans la création monétaire ex-nihilo par les banques commerciales, alourdissaient irrémédiablement et stérilement les prix que nous payons au quotidien d’un gros 1/3 (à son époque). Actuellement, Magrit KENNEDY, qui est aussi architecte et très avancé(e) en économie, contrôle que la proportion des intérêts dans la composition des prix monte en moyenne jusqu’à 40%. De même les impôts que nous payons servent à rembourser les intérêts bancaires des dettes publiques, impôts qui, en grande partie, finissent dans la poches des actionnaires des banques commerciales et autres fonds privés, etc…
    Les actionnaires, mêmes richissimes, une fois qu’ils ont réinvesti, ne pourront jamais acheter et absorber personnellement toute la production des biens et des services, tandis que les salariés ne peuvent, en aucune façon acheter la proportion réelle de toute la production qui leur revient, leur revenus se trouvant d’autant diminués par les intérêts bancaires écrasants dans leur ensemble. Les producteurs des biens et des services sont et seront toujours frustrés (même et surtout s’ils ne savent pas pourquoi, ce qui est le cas) de ne pouvoir obtenir les revenus correspondant exactement à la valeur monétaire de ce qu’ils produisent.

    Voici un extrait du livre, plus actuel que jamais, de Jean-Gaston BARDET, architecte et urbaniste.

    <<(….) L’homme ne peut rien créer ex-nihilo. L’argent-négatif ou dette peut, et doit, être détruit par un jeu d’écritures sur le grand Livre: la colonne Avoir équilibrant la colonne Doit. Mais subsiste l’intérêt à payer, qui ne le peut être que grâce à une nouvelle création — ex-nihilo — d’argent-négatif et ainsi de suite… Il se produit une boule de neige de dettes, une marée d’argent-négatif, de néant, qui augmente sans cesse et entraîne à la destruction obligatoire des biens réels.
    Le chaos économique qui conduit chaque pays à l’alternative: révolution ou guerre, provient d’une méconnaissance de vérités élémentaires, tant des marxistes d’ailleurs, que des économistes libéraux. Marx, en effet, n’a nullement soupçonné le mécanisme de l’argent-négatif, et a reporté ses attaques contre le profit et la propriété. Ces derniers ayant toujours été defendus — dans de justes limites — par l’Eglise, mère des Pauvres, la sagesse commandait de chercher une autre explication.
    La voici. Pour qu’il n’y ait pas coexistence de surproduction et de sous-consommation, il faut que le revenu national puisse acheter la production nationale donc lui soit égal, la soupape des exportations étant de plus en plus réduite dans un monde qui s’unifie .
    Or tout prix comporte deux parts: l’une de travail, l’autre de capital, l’une A) de salaires personnels (directs ou indirects mais versés à des personnes pour leur consommation), l’autre B) de rémunération des capitaux engagés, qui sont des capitaux d’argent-négatif en majeure partie — la monnaie légale servant à peine à 5% des échanges (avoua lors de l’enquête précitée M. C. Towers, gouverneur de la Banque du Canada). Tel est le phénomène A + B découvert expérimentalement par le major Douglas en 1920 et au sujet duquel M. de Valera déclarait en 1942: “Malgré mes demandes réitérées, aucun économiste n’a pu me démontrer la fausseté de ce théorème”.

    Si donc les producteurs touchent un total a, ils ne peuvent, en aucune façon, acheter un total
    A + B ; le revenu national reste toujours – inférieur – à la production nationale. Il y aura toujours des surplus et les consommateurs seront toujours en état de sous-consommation. Telle l’origine du phénomène surabondance-misère qu’aucun dirigisme ne peut réduire.
    Faut-il souligner que plus la structure productrice est concentrée, plus les investissements dans d’énormes machines sont gigantesques, plus B croît aux dépens de A dans l’équation, moins les salarié peuvent acheter leur production, plus la misère augmente, ce qui se vérifie depuis un siècle, quelle que soit l’augmentation continue des salaires.

    Le remède financier — dont nous avons déjà montré dans nos autres chapitres la valeur économique — consiste d’une part dans le micro-machinisme et la décentralisation diminuant B. Et d’autre part, dans le retour à l’État de son droit régalien de bettre monnaie, enfin dans l’utilisation de crédit public retrouvé, sans intérêt, pour la construction des services publics nationaux, régionaux (routes et hôpitaux, écoles et forêts, etc) où la part de salaires personnels est maxima et qui sont en dehors du circuit: Production, dans lequel doit jouer seulement la monnaie légale.

    Faut-il faire remarquer que, quelle que soit la Distribution: structure du commerce et répartition des biens parmi les citoyens, cela ne joue qu’à l’intérieur de A . Il peut y avoir des injustices, des bénéfices scandaleux ou un gaspillage dû à une cascade d’intermédiaires, mais les Salaires totaux, plus ou moins bien répartis, doivent d’abord permettre d’acheter la Production totale.

    Le système bancaire actuel, autrement dit l’usure-à-l’argent-négatif ne peut rien créer de positif, il est très axactement inverti. Il prospère en temps de guerre, s’épanouit, apporte la prospérité matérielle aux ouvriers requis en usine, aux fournisseurs de l’État et aux fabriquants de munitions, pendant que la fleur de la nation est tuée ou mutilée. Il languit en temps de paix, se contracte, apporte le rétrécissement du pouvoir d’achat, les faillites, banqueroutes, le chômage et toutes les misères à la clé. Pourquoi ce paradoxe?

    Il y a toujours assez de pouvoir d’achat pour les buts de guerre PARCE QUE les biens créés sont détruits. Ainsi la sous-consommation peut être ordonnée au nom du patriotisme, tandis que la surproduction est liquidée.

    Il ne s’agit point de mettre au pilori les banquiers actuellement inconscients, mais de considérer les faits. Les faits sont les suivants, ils crèvent les yeux: l’usure-à-l’argent négatif conduit à fournir toujours assez d’argent pour la guerre, la mort et la destruction et jamais assez pour la paix, la vie et la construction. Plus la guerre est terrible, dévastatrice, plus de pouvoirs d’achat sont créés, plus le flot d’argent-négatif s’enfle ainsi que les bénéfices des usuriers. Mais ce gonflement ne peut avoir lieu avec des biens qui encombreraient le marché, puisque les salaires sont toujours insuffisants pour les acheter, et ne peut avoir lieu que dans un seul cas, celui de la destruction délibérée des stocks. Le système ne fonctioone avec – efficiency – que si l’on détruit des biens réels. Il conduit implacablement à la guerre.

    Jean-Gaston BARDET (1950)

  14. Bernard dit :
    10 mai 2008 à 09:08 Lumineux!
  15. Jean Jégu dit :
    10 mai 2008 à 14:08 @ Rumbo

    Merci pour ce texte de Jean-Gaston BARDET auquel j’adhère totalement et en détail dans son fond, bien que, inévitablement, sa forme et son vocabulaire portent la marque des années cinquante. A l’époque, banquiers et financiers n’ont pas compris cet architecte, pas davantage qu’ ils ne comprennent sa consoeur Margrit KENNEDY aujourd’hui, ou le Major DOUGLAS un siècle plus tôt. Ni d’ailleurs leur collègue James ROBERTSON.

    Je parie que bien des lecteurs de ce blog, et probablement son auteur, ne nous suivrons pas. Il y faudrait une traduction point par point … et nous ne parvenons pas, semble-t-il, à la faire. La tâche est considérable et urgente car, comme l’écrivit JG BARDET : “Il ne s’agit point de mettre au pilori les banquiers actuellement inconscients, mais de considérer les faits”. Or, il n’est pas sûr que ces faits nous en laissent le temps …

  16. Laurent S dit :
    10 mai 2008 à 19:21 @Rumbo

    J’avais commencé à lire le mois dernier une analyse similaire : http://www.m-lasserre.com/mcc/Mcc1.pdf
    Avec en seconde partie une proposition d’une nouvelle théorie : http://www.m-lasserre.com/mcc/Modelefpea.pdf, que je m’étais promis de lire au plus tôt… Mais sur internet on peut trouver tellement d’informations qu’on en vient jamais à bout.

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