10 – Gérer la monnaie en vue du bien général

10 04 2008

Publié par Paul Jorion

A la lecture du commentaire de Laurent S il m’était venu la même idée qu’à Stilgar : le thème mérite un développement séparé – d’autant que le débat où ce commentaire se trouve sera bientôt clos. Alors voici, en invité : Laurent S.

Si c’était possible je préfèrerais un monde sans inflation, qu’on la définisse par l’augmentation générale des prix sur les marchés des biens, du travail ou des capitaux, ou par une surabondance de monnaie. Mais je suis sceptique d’abord car il n’y a pas de mesure objective de celle-ci : l’indice de l’INSEE est un indice composite arbitraire, j’en préfèrerais un qui mesure le coût de la vie du premier décile des revenus par exemple.

Ensuite je me demande si vouloir piloter l’économie avec des instruments monétaires ce n’est pas chercher à résoudre la quadrature du cercle, car il n’existe pas de théorie économique naturelle, comme l’est la relativité générale qui est valable aussi bien dans les dictatures, que dans les démocraties et chez les Papous. Toute théorie économique est avant tout une construction politique ainsi la proposition de Maurice Allais n’est valable que dans un type de société donné : pour la mettre en application il faudrait d’abord définir celle-ci : est-ce que ça doit être une démocratie ? suppose-t-elle une sécurité sociale publique ou privatisée, fonctionne-t-elle dans une société très inégalitaire, très pauvre, analphabète, avec des médias très concentrés… On ne trouvera jamais d’équation à l’aune de laquelle on jugera justifiées ou pas les revendications des riches et des pauvres, la taille de la masse monétaire… Ce sera toujours un combat politique, un rapport de forces entre intérêts divergents.

Cependant s’il est peut-être vain de mesurer et combattre l’inflation d’une manière générale, on est capable de mesurer celle de certains marchés particuliers et on devrait s’y attaquer à chaque fois par des moyens spécifiques : ce n’est pas parce que c’est un phénomène monétaire que l’on doit les résoudre par des moyens financiers. Le pilotage des taux ou de la masse monétaire c’est comme la saignée des médecins de Molière, c’est souverain contre tout mais ça ne guérit rien.

Pour le pétrole j’ai parlé du rationnement et de la recherche d’alternatives. Pour l’immobilier je m’interroge si on ne peut pas lutter contre les bulles via l’effet indirect d’une taxe d’habitation qui serait d’autant plus élevée que la mixité sociale des habitants d’un même bureau de vote est faible. C’est à dire qu’il serait exorbitant pour un riche de s’installer dans un quartier riche mais qu’il recevrait presque un crédit d’impôt s’il logeait dans un quartier moins huppé. A partir du moment où les bulles immobilières sont aussi un instrument de ségrégation, un moyen de se retrouver entre gens de même milieu, peut-être qu’une politique de la ville qui impose la mixité sociale aura-t-elle comme effet indirect d’empêcher la spéculation immobilière ? Pour la bourse, si les banques ne peuvent plus créer elles-même de la monnaie, le spéculation ne pourra plus prendre d’ampleur euphorique.

Idem pour la politique de l’emploi qui ne doit pas être pilotée par des instruments financiers. Sur ce sujet l’idée de redistribution interentreprises me paraît très séduisante et mériterait d’être plus connue.

Pour revenir sur la proposition de Maurice Allais, ce qui est anormal, c’est de laisser à des entités privées le droit de créer de la monnaie. On dit que celle-ci est créée lorsque la banque accorde un emprunt puis détruite lorsque le débiteur l’a remboursé, la banque gagnant au passage des intérêts, cette monnaie supplémentaire ne vient en fait que de l’argent créé par d’autres emprunts. D’où l’augmentation continue de la masse monétaire. En suivant cette interprétation et à partir du moment où seul l’Etat peut créer de la monnaie, on peut dire que tout l’argent qui retourne à l’Etat (taxes, impôts, cotisations,…) s’apparente à de la destruction monétaire et tout l’argent payé par l’Etat (investissements, traitements, subventions,…) devient de la création monétaire. Pendant 200 ans les banques privées ont pu créer de la monnaie à leur guise suivant des contraintes qu’elles ont toujours pu changer quand cela les arrangeait et le résultat n’est pas trop mauvais si on est membre de la classe moyenne d’un pays occidental du XXIème siècle. Aussi devrait-on faire confiance à l’Etat et ne pas chercher à contenir sa politique dans des carcans dont je ne doute pas qu’ils seront aussi illusoires que ceux des banques comme en témoigne déjà le non-respect des critères de Maastricht par la France notamment. Faisons confiance aux partis politiques, au gouvernement et à l’opposition, ne soyons pas plus poujadistes que les antiparlementaristes. Il y a toujours eu et il y aura toujours des cadeaux électoraux, au moins ceux-ci ne sont-ils pas secrets et il n’est dans l’intérêt d’aucun parti politique de verser dans les excès des assignats.

Dans une telle perspective les prélèvements obligatoires servent à réguler l’excès de monnaie en la prélevant là où il y en a trop (les riches), là où elle est mal utilisée (l’essence pour les 4×4, les cigarettes,…). C’est une manière tout à faire révolutionnaire de les concevoir, même si cela n’atténuera pas leur impopularité, au contraire puisque l’Etat pourrait s’en passer !

Côté dépenses, le budget de l’Etat est potentiellement illimité, mais cela rend d’autant plus nécessaire un bon contrôle de son utilisation car s’il ne coûte plus rien de créer de la monnaie, la dépense de celle-ci peut générer un gaspillage de ressources naturelles rares. L’argent est potentiellement illimité pour construire autant d’autoroutes que l’on veut mais celles-ci vont mobiliser des ressources en hommes, en matériel, en énergie, qui pourraient “créer plus de bonheur” si elles étaient utilisées ailleurs. Ces autoroutes vont aussi générer des externalités négatives, mobiliser de la surface,… Donc s’il n’y a plus d’arbitrage budgétaire à faire, il y en aura énormément d’autres beaucoup plus complexes et cela restreindra déjà fortement les mégalomanies les plus démesurées de n’importe quel gouvernement élu.

Par exemple suite à un débat démocratique l’Etat décide de créer 10 milliards d’euros qu’il vend aux enchères aux banques sous la condition de prêter cet argent à des ménages gagnant moins que le revenu médian et pour acheter une maison passive. Les banques se rémunèrent sur les intérêts des emprunteurs (moins ceux qu’elles doivent à l’Etat et qui lui ont permis de remporter l’enchère). C’est un exemple de privatisation de l’action sociale ! Pour les grands investissements où l’Etat est lui-même maître d’ouvrage, et afin de limiter la possibilité de bénéfice indu de la part du gagnant de l’appel d’offre ce dernier est divise en 2 enveloppes. La première porte sur les salaires des employés et les consommations intermédiaires qui seront payés directement par l’Etat et la seconde sur l’amortissement et le profit de l’entreprise gagnante. Remporte l’appel d’offre la société qui propose la plus faible somme des deux enveloppes et si en cours d’ouvrage le montant de la première enveloppe est insuffisant c’est à l’entreprise de payer la différence.

Enfin puisque les banques privées n’ont pas le droit de créer de l’argent elles ne pourront investir que l’argent que leur auront confié à cette fin les épargnants sachant que si la banque choisit mal ses débiteurs cette épargne sera perdue car à partir du moment où l’argent devient un bien public, il n’y a plus de préteur en dernier ressort car une banque ne pourra pas être débitrice d’une somme supérieure à ses fonds propres ou confiés afin d’être investis.

Produire de l’argent ne coûte rien et cela permet tout, il me semble que nous ne devrions pas voir cela comme un malheur mais comme une chance, ne pas essayer d’enchaîner cette formidable liberté mais trouver comment s’en servir pour le bien de tous. Et plutôt que de lois qui nous disent ce qu’on n’a pas le droit de faire et que de toute façon on enfreindra, recherchons la connaissance qui permettra de dompter ce pouvoir. Le salut ne viendra pas d’une grande théorie mais de savoir composer à court et à long terme avec nos besoins, nos envies et les imprévus. La meilleure théorie économique n’est rien d’autre que la meilleure démocratie possible dans laquelle en particulier l’argent est un bien public.

Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite.================================

20 réponses à “Gérer la monnaie en vue du bien général”
  1. Stilgar dit :
    11 avril 2008 à 10:36 Bonjour

    Je recopie mon post du 10 avril 2008 à 18:29 sur un autre article d’où est issu cette intéressante réflexion de Laurent S, qui va mériter des développements, j’en suis certain..

    ++++
    Je suis d’accord que “vouloir piloter l’économie avec des instruments monétaires c’est chercher à résoudre la quadrature du cercle” … les instruments monétaires sont un des outils et vous en citez d’autres très pertinents.

    Je suis également d’accord sur “car s’il ne coûte plus rien de créer de la monnaie, la dépense de celle-ci peut générer un gaspillage de ressources naturelles rares.” et je le vois tout les jours dans mon coin avec des “dépenses pharaoniques” (grand théatre totalement inutile, mail en marbre qui sera quasiment inutilisé, “maison de la danse ” toute vitrée qui coutera une fortune à chauffer et surtout à climatiser, etc) … mais là nous sommes dans du contrôle politique qu’il ne faut pas oublier non plus. La monnaie n’est pas gratuite actuellement pour les collectivités locales (il va falloir augmenter les impôts pour payer les intérêts)… et ca ne “les” empêche pas de faire….

    Enfin, vous écrivez ” Enfin puisque les banques privées n’ont pas le droit de créer de l’argent elles ne pourront investir que l’argent que leur auront confié à cette fin les épargnants sachant que si la banque choisit mal ses débiteurs cette épargne sera perdue car à partir du moment où l’argent devient un bien public, il n’y a plus de préteur en dernier ressort car une banque ne pourra pas être débitrice d’une somme supérieure à ses fonds propres ou confiés afin d’être investis.”

    Oui, à une précision près : les banques pourront aussi prêter la monnaie qu’elles auront emprunté auprès de la BCE (en plus de l’argent des épargnants).

    Et je ne trouve pas “immoral” que le risque (qui apporte un gain plus grand si le risque est plus grand) ne soit pas couvert en dernier ressort par la collectivité… les investisseurs pourront (aussi) s’assurer et les intermédiaires (les banques) devront mieux jauger les risques… on évitera peut être de “produire pour produire”.

    ++++

  2. Stilgar dit :
    11 avril 2008 à 14:06 Sur le lien concernant la “redistribution inter entreprise” je lis ” Pourquoi y a-t-il du chômage ? Parce que les entreprises n’emploient pas assez. En embauchant, une entreprise prend le risque que le nouvel emploi puisse générer moins d’argent que son propre coût. On diminuera ce risque en attribuant aux entreprises une allocation mensuelle par travailleur employé.

    Les entreprises financeront elles-même ces allocations par prélèvement d’un pourcentage de leur production. Une partie du risque inhérent à l’embauche sera ainsi prise en charge par l’ensemble des entreprises. En augmentant cette allocation et donc les prélèvements, on avantage les entreprises qui embauchent au détriment des autres. En positionnant l’allocation à un niveau suffisamment élevé, les entreprises rivaliseront entre elles en offrant de meilleures conditions de travail et de rémunération, ce qui éliminera définitivement le chômage et la précarité. ”

    Je voudrais juste signaler que “Les entreprises financeront elles-même ces allocations par prélèvement d’un pourcentage de leur production” me semble illusoire… c’est *toujours* le consommateur qui paye, in fine.

    Je pense qu’il y a d’autres pistes plus intéressantes : recalcul de la taxe professionnelle (qui est proportionnelle au nombre d’emplois et non pas au chiffre d’affaire) , “TVA sociale” (que je mets entre guillemets car il ne s’agit pas à proprement parler d’une TVA, mais plus d’un transfert d’une partie des cotisations sociales sur la consommation finale), etc, les idées ne manquent pas.

    Mais mon but n’est pas de critiquer pour le principe cette idée de redistribution inter-entreprises , que je ne connais pas assez.

    Je pense qu’un partage équilibré devrait être en 3/3 des bénéfices après investissements: 1/3 pour les diverses collectivités (impôts et taxes), 1/3 pour les actionnaires, 1/3 pour les salariés…

  3. Jean Jégu dit :
    11 avril 2008 à 14:35 Bonjour,

    Merci à Paul de son intérêt pour le message de Laurent S. et l’opportunité de poursuivre le débat.
    Après avoir lu et relu ce texte, j’opte pour “échange” plutôt que débat, tant j’approuve ce qui est dit. Mes commentaires seront soit de l’ordre de la nuance, soit de l’ordre du surlignage pour insister sur ce que je partage.

    Votre texte , Laurent, nous incite à prendre du recul. Il prouve aussi que vous avez parfaitement compris comment plusieurs intervenants sur ce blog voient la “création-destruction” (je tiens au couplage des deux mots) de la monnaie. Vous savez aussi être concret en évoquant des exemples probants (taxes d’habitation, redistribution interentreprises, vente de fonds aux banques sous conditions d’usage …).

    Vous écrivez “Ensuite je me demande si vouloir piloter l’économie avec des instruments monétaires ce n’est pas chercher à résoudre la quadrature du cercle, car il n’existe pas de théorie économique naturelle, comme l’est la relativité générale “. C’est ici que je ferai un peu dans la nuance. Je ne crois pas du tout à la “science économique” comme je crois à la “relativité générale”. Je pense même qu’il existe une forte propension en économie à parer d’oripeaux mathématiques des affirmations souvent banales, parfois fausses.

    Je cite : “ Parmi les découvertes de la quarantaine de lauréats primés à ce jour (les prix d’économie en mémoire de Nobel), il n’y aurait “ pas de loi, ni même de tendance avérée, pas de régularité empirique, pas de technique qui ferait consensus, comme cela se passe dans les sciences de la nature”, assure M. Guerrien. Selon lui, ces théoriciens sont juste “récompensés pour avoir montré, souvent avec des mathématiques compliquées, ce que toute personne sensée peut comprendre sans elles, pourvu qu’elle réfléchisse un peu”. Pour l’auteur, la certitude des économistes repose davantage sur leurs présupposés idéologiques, qu’il s’agirait d’étayer par des arguments théoriques, que sur une quelconque démonstration.” Adrien de Tricornot, Le Monde 9 oct. 2007 dans une recension de l’ouvrage de Bernard Guerrien “L’illusion économique”, Omniscience, collection “Les essais”, oct. 2007.

    Cependant examinons notre histoire : le décollage technologique, les progès en biologie reposent essentiellement sur une analyse et une modélisation véritablement scientifique. Tout, y compris les sociétés humaines et leurs comportements économiques, peut être soumis à analyse scientifique. Il y a un déficit criant en la matière. Les problèmes socio-économiques ne doivent pas être abandonnés à quelques économistes médiatisés. Avez-vous vu un ingénieur aussi brillant soit-il, dessiner seul un avion gros porteur ? Non. C’est affaire d’équipes fortement multidisciplinaires, de concertations entre elles, de sélection parmi diverses possibilités (car il n’y a pas dans la nature d’objets estampillés bon ou mauvais, vrai ou faux ; c’est le jugement que nous portons). C’est d’ailleurs le mot anthropologie qui m’a séduit sur le blog de Paul Jorion. Donc ne négligeons pas l’analyse des techniques monétaires et fiancières. Je pense même que leur connaissance scientifique, c’est à dire rationalisée au point de recueillir l’assentiment de toutes les parties concernées, est un préalable indispensable. Mais je suis bien d’accord avec vous : ensuite tout ce qui devient possible reste à faire. Bref même avec un système monétaire assaini, tout ne sera pas réglé ; il restera la société avec ses problèmes mais nous aurons déserré le “carcan monétaire”.

    “En suivant cette interprétation et à partir du moment où seul l’Etat peut créer de la monnaie, on peut dire que tout l’argent qui retourne à l’Etat (taxes, impôts, cotisations,…) s’apparente à de la destruction monétaire et tout l’argent payé par l’Etat (investissements, traitements, subventions,…) devient de la création monétaire.” Oui. Mille fois oui. D’ailleurs il en est ainsi aujourd’hui au niveau de chaque banque commerciale. C’est pourquoi, je dis parfois qu’il ne faut rien changer aux mécanismes de création-destruction monétaires inventés au long des deux derniers siècles ; il suffit d’en réserver l’usage à la collectivité publique, autrement dit à l’Etat.

    “Côté dépenses, le budget de l’Etat est potentiellement illimité, mais cela rend d’autant plus nécessaire un bon contrôle de son utilisation car s’il ne coûte plus rien de créer de la monnaie, la dépense de celle-ci peut générer un gaspillage de ressources naturelles rares.” Oui ; la vigilance restera nécessaire. C’est bien pour cela que j’ai proposé de mentionner le développement durable de l’économie (le “développement d’une économie durable” serait mieux).

    “Produire de l’argent ne coûte rien et cela permet tout, il me semble que nous ne devrions pas voir cela comme un malheur mais comme une chance, ne pas essayer d’enchaîner cette formidable liberté mais trouver comment s’en servir pour le bien de tous.” Mais oui ; c’est une bonne nouvelle pour les pauvres, mais aussi pour les riches car cela nous ouvre une autre perpective que les dépouillements réciproques séculaires. Nous pourrions enfin troquer les compétitions pour survivre contre des coopérations pour mieux vivre. Vaste programme, n’est-ce pas. En tout cas, je ne veux plus entendre dire et nous ne devons plus laisser dire que l’on n’a pas l’argent nécessaire.

  4. Laurent S dit :
    11 avril 2008 à 15:34 @Stilgar sur le gaspillage par les collectivité locales. L’arbitrage budgétaire est un frein puissant mais artificiel aux élus mégalomanes. C’est pourquoi rendre la monnaie publique implique un fort renforcement de la démocratie. Nous autres occidentaux ne cessons de la promouvoir, mais notre modèle est bien pauvre. Il consiste, en caricaturant, à confier nos problèmes à des élus qui les délèguent à des technocrates et des lobbys qui méprisent les oppositions mêmes dûment argumentées de la société civile. Alors que dans les sociétés primitives tous les problèmes sont débattus par tous. Chacun se sent ainsi valorisé et la société est très solidaire. Certes on ne peut pas gouverner ainsi un pays de plusieurs millions d’habitants, mais on devrait s’inspirer des expériences de démocraties locales mises en places actuellement dans les pays d’Amérique latine passés à gauche. De plus l’éducation civique devrait être renforcée et devenir un peu plus polémique en approfondissant l’histoire politique et sociale récente, les principaux débats politiques actuels et confronter les élèves aux élus, aux syndicalistes…

    @Stilgar sur la redistribution interentreprise. Si ce n’est pas le consommateur qui paie, c’est le contribuable par les allocations chômages, le financement du RMI et autres minima sociaux. Mais c’est vrai que cette idée paraît « trop belle pour être vraie » et sa simplicité apparente soulève plein d’interrogations et révèle de nombreux préjugés.

    @Jean Jégu sur l’intérêt de la science économique. Je vous approuve aussi tout à fait, cette science reste primordiale pour fournir aux élus des techniques, des instruments pour réussir à mettre en œuvre les choix politiques. Ce n’est pas aux économistes à dire si on doit passer à l’euro mais comment on peut le faire. Mais hélas elle est surtout connue pour être une « science morale » qui sert à dire où est le bien et le mal. Elle asservit au lieu de servir.

  5. Stilgar dit :
    11 avril 2008 à 17:00 Laurent S
    Tout à fait d’accord avec votre premier paragraphe sur le gaspillage par les collectivité locales.

    Dans cette explication de la redistribution interentreprise, il s’agit, pour ce que j’en ai compris, d’un financement par “mutualisation” (assurance inter entreprises)… donc, oui c’est bien le consommateur qui payera… c’est donc un choix politique tout à fait évident.

  6. Jean Jégu dit :
    11 avril 2008 à 18:04 @ Stilgar et Laurent
    Qui paierait l’assurance interentreprises ? Le consommateur ou le contribuable ? N’oublions pas que la monnaie circule. Qui délivre l’eau au circuit du chauffage central , la chaudière ou les radiateurs ? Ni l’un ni l’autre : l’eau circule à condition qu’il y en ait dans le circuit. Donc avec une monnaie publique dont la création-destruction est réservée à la puissance publique, celle-ci est un point de passage et de création-destruction unique dans le circuit. La diffusion et circulation se fait par ailleurs soit en série soit en parrallèle ; l’important c’est que tout soit correctement irrigué. En fait il y a peu d’agents économiques qui ne soient pas à la fois consommateurs et contribuables. Il ne me parait pas, dans ces conditions, important de trancher la question posée.
  7. gibus dit :
    11 avril 2008 à 23:28 Jean Jégu a dit

    « Cependant examinons notre histoire : le décollage technologique, les progrès en biologie reposent essentiellement sur une analyse et une modélisation véritablement scientifique. Tout, y compris les sociétés humaines et leurs comportements économiques, peut être soumis à analyse scientifique. Il y a un déficit criant en la matière. Les problèmes socio-économiques ne doivent pas être abandonnés à quelques économistes médiatisés. …. Donc ne négligeons pas l’analyse des techniques monétaires et financières. Je pense même que leur connaissance scientifique, c’est à dire rationalisée au point de recueillir l’assentiment de toutes les parties concernées, est un préalable indispensable. »

    Il semblerait qu’en matière de traitement scientifique de l’économie nous en soyons aujourd’hui au même point que les anatomistes de la Renaissance qui disséquaient les cadavres en cachette. En bravant la loi de l’Eglise ils risquaient l’excommunication, châtiment condamnant à la mort sociale à cette époque. Les progrès de la connaissance s’opposaient à la doctrine de la foi. Quelques fous l’ont fait, ils nous ont fait sortir de l’obscurantisme.
    La pensée économique rationnelle devra se constituer contre la foi et le crédo dominant. Mais là aussi, la puissance des intérêts ligués sur fond d’idéologie est considérable : c’est l’axe du monde actuel.
    Combat bien inégal au départ, rude tâche qu’il faudra bien mener pour finalement faire de la monnaie un bien public.

  8. Jean-Paul Vignal dit :
    12 avril 2008 à 06:02 N’étant ni économiste ni financier, je ne suis pas très à l’aise pour intervenir dans ce débat de haute teneur, mais je me risque néanmoins à vous soumettre mon point de vue de béotien. J’avais essayé de réfléchir un peu sur l’inflation par les assets et ses conséquences sur la monnaie en 2006, à un moment ou tout le monde ou presque s’extasiait sur les bonus de Wall Street et des environs. Mes remarques avaient été plutôt mal accueillies par les experts approchés, au motif que je confondais tout, parce que l’inflation n’est pas création de valeur et réciproquement.

    Et pourtant, il me semble que c’est justement le problème. En théorie, l’inflation ne crée effectivement pas de valeur, bien sur. Mais, il n’empêche qu’elle crée maintenant du “revenu” pour les « spécialistes » qui savent la “mobiliser” grâce à des mécanismes financiers que tout le monde fait semblant de comprendre, mais dont personne, on le sait désormais, ne sait vraiment mesurer les implications exactes.

    Un rapide calcul « de bord de table » effectué début 2007 pour essayer de déterminer quelle était la part de création réelle et de création virtuelle dans la création globale de valeur, m’avait permis de constater qu’il était pour le moins curieux que l’on puisse dire qu’il n’y avait pas, ou si peu, d’inflation en France quand, pour ne prendre que deux exemples :

    – la bourse avait augmenté en 2006 de 17.53% en valeur à 1841 mds € de capitalisation (chiffres la Tribune du 1/10/2007)

    – l’immobilier n’avait augmenté « que » de 7 et quelques %, mais pour un parc qui d’après l’INSEE représentait quand même un peu plus de 3 000 mds € au 31-12-05

    Cela correspondait à une création de valeur d’environ 500 mds € pour un PIB qui était d’un peu plus de 1700 mds € en 2005.

    Bien sur, les français ne mobilisent pas leurs plus values, – en particulier immobilières -, autant que les américains, mais j’ai trouvé qu’il était quand même un peu bizarre que ce genre de création de valeur totalement virtuelle et éphémère ne soit pas pris en considération dans les calculs officiels, comme une forme d’inflation d’autant plus sournoise qu’elle est, plus encore que l’inflation ordinaire, une invitation à spéculer plutôt qu’à produire.

    Cette « valeur » et surtout le revenu qui en dérive quand elle peut être mobilisée, est d’autant plus nuisible qu’elle n’a de valeur ni réelle, ni morale. Or c’est de plus en plus cette valeur virtuelle qui décide des choix dans tous les secteurs d’activité, au nom de l’économie de marché, et de sa merveilleuse main invisible.

    Il me semble que toute politique monétaire nouvelle devrait absolument stopper cette dérive, mais sans handicaper pour autant l’économie réelle. Compte tenu de l’imagination des Quants, et de l’existence des paradis bancaires, ce sera difficile, et je n’ai pas d’idée précise sur la façon d’y parvenir techniquement.

    Je crois que l’extension aux banques privées des obligations faites aux Etats pour l’utilisation des fonds d’emprunt dans le texte auquel vous êtes parvenus au terme du débat « La monnaie : projet de réforme » serait une possibilité, au moins à titre transitoire, avec interdiction de vendre les créances correspondantes, sauf à la Banque Centrale, ou en cas de rachat de la banque émettrice par une autre institution.

    Jean-Paul Vignal

  9. Stilgar dit :
    12 avril 2008 à 07:00 Je voudrais apporter mon avis sur cette phrase du blog “Côté dépenses, le budget de l’Etat est potentiellement illimité, mais cela rend d’autant plus nécessaire un bon contrôle de son utilisation car s’il ne coûte plus rien de créer de la monnaie, la dépense de celle-ci peut générer un gaspillage de ressources naturelles rares.”

    Comme je l’ai dit, je suis tout à fait d’accord…

    Dans un cadre où notre proposition monétaire serait assurée (toute la monnaie émise par une BC et les intérêts des prêts revenant à l’Etat), je crois qu’il serait nécessaire de mettre en place deux outils démocratiques :

    – La Consultation d’Initiative Locale (RIC ou autre formule) imposant aux municipalités, aux départements ou aux régions de tenir compte d’une manière absolue de l’avis des habitants de la zone concernée, pour tout investissement (qui aura des conséquences sur leur imposition, par le remboursement du prêt d’investissement et du fonctionnement et amortissement de l’équipement créé, même si le Trésor Public leur restituait les intérêts, car de toute façon il faudra bien “détruire” la monnaie émise), ceci à un niveau de subsidiarité le plus pertinent.

    – Le pouvoir renforcé des Cour des Comptes (régionales et départementales) qui doivent non seulement pouvoir donner un avis préalable, mais aussi, si une gabegie apparait, pouvoir ester en justice contre les responsables (ce qu’elle ne peuvent faire actuellement).

  10. Paul Jorion dit :
    12 avril 2008 à 14:46 Sylvain Dzimira demande :

    Aujourd’hui, la monnaie est bien créee par les banques commerciales lorsqu’elle accordent des crédits sans dépôts préalables, non ? Ce ne serait plus le cas ?

    Je réponds :

    Non, ce ne serait plus le cas : il s’agit de faire en sorte qu’il n’y ait pas création de monnaie sans création de richesse équivalente et que l’intérêt payé comme rétribution des avances qui ont été faites et ont permis cette création de richesse reviennent à la communauté entière, représentée par l’Etat.

  11. Keith Hart dit :
    13 avril 2008 à 16:56 I don’t think Sylvain Dzimira’s questions have been answered, partly because they don’t go far enough in addressing the reality of money today. We have been offered a State, central bank and country as terms expressing the notion of society’s natural form as an autonomous territorial unit or nation-state. But if the plan put forward by Paul Jorion is to be taken as more than a utopian elaboration of the state theory of money, it has to offer some purchase on the real world economy.

    There can be no doubt that we are witnessing a swing back to the state, but where is it, this political animal? An emergent alliance of the leading central banks (US, EU, Britain, possibly Japan)? A revival of the Bretton Woods institutions? The use of sovereign funds from Asia and the Middle East to bail out failed American banks? The decision of the Japanese, Chinese, Saudi and other governments whether to pull the plug on the dollar or not?

    When money futures were invented in 1975, 99.9% of international money transfers (I haven’t looked the figures up, it’s more a question of proportion) were used for purchases of goods and services abroad; today international trade accounts for 0.1% of global money transfers, the rest is money being used to buy money in another form. Not long ago, the US Federal reserve told the banks they would have to submit a report on all the derivatives they were issuing; the banks replied it would take them a year to compile such a report and it would be out of date when published. Money is issued by a worldwide distributed network of many kinds of institutions today. At the very least, the Jorion proposal should explain how a central bank monopoly of money would work.

    It is only since the 1850s that a national monopoly of currency was attempted anywhere and it was never fully realized. The idea of wheeling out this relic as a solution to the contemporary economic crisis is astonishing, not least, as Sylvain says, in a form that smacks of nothing so much as Milton Friedman’s monetarism. The global inequalities generated by three decades of neoliberalism and the catastrophic failure of a free market in money cries out for a return to Keynesian redistributive policies and for institutional innovation at many levels of economy. Our question should be where the forms of political association might be found or created to carry out such a programme. They cannot be assumed. Invoking a model of society that even Knapp and certainly Keynes might find antiquated is surely not the answer.

    One last question, Paul: how does your scenario play in Belgium? Or is this all just a joke?

    Keith Hart

  12. Derudder dit :
    13 avril 2008 à 18:17 J’aimerais apporter mon grain de sel à ce point capital : “Côté dépenses, le budget de l’Etat est potentiellement illimité, mais cela rend d’autant plus nécessaire un bon contrôle de son utilisation car s’il ne coûte plus rien de créer de la monnaie, la dépense de celle-ci peut générer un gaspillage de ressources naturelles rares.”

    Comme le souligne Laurent, “rendre la monnaie publique implique un fort renforcement de la démocratie”. Et ce renforcement de la démocratie ne sera que le résultat d’une évolution de la conscience humaine. j’en reviens à un sujet qui m’est cher, celui de la rareté et de l’”Abondance”. L’humanité n’a survécu qu’en développant un mode de pensée propre à gérer la rareté, car jusqu’à très récemment c’est elle qui s’imposait aux hommes. Pour survivre dans la rareté il faut consacrer bcp de temps et d’énergie à produire, faire des réserves autant que faire se peut pour se prémunir de lendemains de disette, valoriser la compétition pour assurer la survie de l’espèce. L’énergie sous-jacente à tout cela est la peur: peur de mourir, peur de manquer. La peur est l’énergie de survie.
    Mais a ce jour, (et cela depuis peu) la production ne pose plus de problème en terme de quantité et de diversité. Sans s’en rendre compte, nous sommes parvenus à un contexte d’Abondance où, si nous le voulions vraiment, tous les habitants de la terre pourraient vivre dans la suffisance, la paix et la dignité. Malheureusement tel n’est pas le cas car l’humanité n’a pas encore réalisé la transformation de conscience qui est essentielle pour éviter les gaspillages dans un monde d’abondance. L’homme gère pour le moment l’Abondance dans un paradigme de rareté (dont le symbole le plus éloquent est l’argent car potentiellement infini par sa dématérialisation mais artificiellement raréfié par sa gouvernance privée). La compétition figure au top du hit parade des valeurs, et le système est conçu pour permettre aux plus puissants de constituer des “réserves” toujours plus grosses au détriment des peuples et des ressources naturelles qui, du coup, deviennent insuffisantes par boulimie frénétique d’accumulation de capital.

    Le défi que traduit le fait de redonner la gouvernance de l’argent au public est intimement lié à la nécessaire transformation de la conscience. Confier au public le pouvoir de la création monétaire peut devenir aussi néfaste (voire peut être même plus néfaste) que le système privatisé actuel car en effet, si on reste gouverné par une conscience de rareté, cela peut avoir pour conséquence une ouverture inconsidérée des vannes qui se traduirait par encore plus de pollution et de précarisation de l’écologie.

    Aujourd’hui les projets des hommes sont conditionnés à la capacité à trouver leur financement. La question n’est pas “qu’est-ce que nous voulons vraiment ? Mais combien d’argent pouvons-nous mobiliser et que pouvons-nous faire avec cette somme ? Et c’est ainsi que le monde est gouverné par le pouvoir de l’argent.

    Dans un contexte d’abondance lié à un argent potentiellement infini et gratuit, la seule vraie question qui se pose est “qu’est-ce que nous voulons vraiment dans une réflexion qui intègre un parfait équilibre entre la prise en compte de l’intérêt particulier et celle de l’intérêt collectif. Il n’est pas question de donner libre cours à des envies et caprices parce que “tout devient possible”. Abondance ne veut pas dire que tout est possible; nous restons dans un monde de limites. l’Abondance n’est pas une notion quantitative contrairement au sens qu’on lui donne traditionnellement, mais qualitative. En fait nous restons dans un monde aux ressources limitées, mais nous avons aujourd’hui “abondance” de connaissances et moyens, de sorte que nous pouvons maintenant donner naissance à des sociétés non élitistes, des sociétés où la préoccupation principale n’est plus de savoir comment se mettre à l’abri du besoin, mais comment réaliser notre destin d’être humain dans toutes ses dimensions. Autrement dit c’est apprendre à passer de la survie à la Vie. A l’évidence l’humanité n’en est pas encore là. La peur est manipulée par ceux qui détiennent le pouvoir car sans peur le pouvoir n’a plus de prise. La peur est le poison le plus efficace contre les démocraties car elle pousse les individus à privilégier la sécurité au détriment des libertés et droits fondamentaux.

    Alors oui, la reprise de la gouvernance de la monnaie par le public est la clé, mais une clé qui réclame responsabilité, solidarité et sagesse. Par conséquent elle ne peut pas se faire sans le développement parallèle d’organisations citoyennes telles que certaines déjà citées sans oublier des comités de synthèse et d’éthique par exemple, dont la mission serait de considérer les projets locaux, régionaux, nationaux par rapport aux problématiques d’ensemble afin de relier le “particulier” au “collectif” et afin de garantir une cohérence d’ensemble. Bref une vaste société citoyenne organisée en réseaux interdépendants et solidaires.

    Tout cela reste encore très théorique car tout est à créer. Les résistances que nous rencontrons à faire comprendre la nécessité de passer d’une monnaie privée à une monnaie publique trouve sans doute sa source dans la difficulté que nous avons à passer d’un mode de pensée pyramidal à un mode de pensée en réseau. Y’a du boulot car si nous sommes devenus des experts en rareté, nous sommes des “Néanderthal” de l’Abondance…

  13. Jean-Paul Lambert dit :
    13 avril 2008 à 19:49 L’émission d’”avances” par l’Etat est un premier pas vers une économie sans profits monétaires, dite “économie distributive” ou “distributisme”. Encore faut-il pour faire le deuxième que cette avance se fasse sans intérêts (on arrête de créer de “l’argent dette”).

    Les distributistes historiques l’ont franchi entre 1932 et 34 au cours de réunions post-crise de 29 (radicaux, radicaux socialistes, Ligue des Droits de l’Homme, professeurs, économistes).
    Mais… les risques d’inflation ?

    Est donc venue l’idée d’émettre l’argent sans intérêts. Ensuite celle de “monnaie de consommation”, qui s’annule au moment du passage de l’article en caisse. Elle ne servirait qu’à contrôler la façon dontles produits et services créés étaient consommés.

    A signaler que la masse des produits et services disponible était chiffrée
    et la contrepartie distribués aux usagers : tout ce qui était produit pouvait donc être acheté.
    A charge pour les travailleurs de renouveler selon leurs “besoins” (PROSPER, qui a repris le modèle,
    préfère “usages”).

    Il faut se replacer à l’époque…
    1. SURPRODUCTION!!! Chute des cours, licenciements, faillites, “la misère dans l’abondance”
    2. On n’en avait pas encore fini de l’étalon or

    L’usage pourtant déjà courant de la monnaie scripturale n’était pas encore bien… inscrit dans les têtes.
    Or intégrer cet usage est essentiel pour comprendre “la monnaie de consommation” : émise “d’un trait de plume” elle peut être supprimée de la même façon.

    Le plus dur était que l’argent soit émis sans intérêts. Beaucoup (et certains sans doute qui écrivent sur ce blog) y voient une façon de forcer les entrepreneurs à se surpasser. Il les oblige surtout à faire des profits… à n’importe quel prix social et écologique, et à s’entre-dévorer.

    L’émission d’argent sans intérêts est la clé d’une sortie du capitalisme (et la raison pour laquelle tous ceux qui ne prennent pas la chose en considération et se déclarent néanmoins “anticapitalistes” se mentent et mentent).

    Et du productivisme anti-écologique, lequel a suscité le mouvement ‘”décroissanciste”, qui n’a malheureusement pas intégré que la croissance” est rendue obligatoire du fait de faire CROITRE LES PROFITS MONETAIRES, ou plus généralement de l’existence de l’argent sous la forme d’”argent-dette” (expression du Franco-Canadien Louis Even).

    C’est aussi la clé d’une économie où les peuples auraient la maîtrise de leur propre marché et de leurs usages, qui ne dépendraient plus des “puissances d’argent”, comme on n’ose plus dire, lesquelles laminent leur productions sous des productions à des prix “concurrentiels”.

    3. A l’époque, l’idée d’une émission d’argent par une banque d’Etat et sans intérêt conduisait aussitôt (et conduirait encore, si on ne prend pas les précautions que PROSPER essaie d’introduire) à MAJORER L’IMPORTANCE DE L’ETAT.

    Du fait de mauvais exemples donnés par des états “totalitaires” les distributistes, au momentde la guerre froide, ont connu quelques difficultés (le PC aussi).

    Ils l’ont d’autant plus mal défendue qu’ayant adopté l’idée d’un REVENU D’EXISTENCE COMPLET (repris par Gorz sous la forme “revenu suffisant” dans TRANSVERSALES 3 en 2002) REVENU REELLEMENT GARANTI (car non pas sur des profits aléatoires, comme le voudraient Mme Boutin ou M. Lipietz, mais sur la réalité de la production, v. plus haut), ils ont énoncé que les citoyens seraient astreints à un temps de “service social” de plus en plus en plus court.

    L’idée recouvrait pour eux celle de solidarité (courante à l’époque dans tout le socialisme). Elle avait beau dépasser radicalement des situations humiliantes pour la plupart, obligés de travailler pour vivre et de risquer en sus le chômage… ça faisait penser à l’armée, et au goulag!

    Reprenons…
    L’idée de création de monnaie “à condition qu’il y ait création de richesse équivalente” est gé-niale.
    Encore faut-il parvenir à faire disjoncter, dans “les richesses” produites, l’enrichissement matériel qui s’appelle “prospérité” et le faux-méchant enrichissement que dénonçait déjà Aristote et qu’aucune émission d’argent avec intérêt n’empêchera jamais.

    Et… pourquoi émettre de l’argent avec intérêt si les intérêts doivent revenir à l’Etat?
    Pour pousser les entrepreneurs à oublier un peu beaucoup leur coeur de métier, qui devrait être de produire utile, sain, durable, beau, renouvelable, etc., pour faire des profits? Qui feront bon marché comme aujourd’hui des ressources humaines et naturelles ?
    Pourquoi aurait-on encore besoin de cette croissance-là?

    Je ne doute pas que Paul Jorion et les personnes très-savantes qui ont déjà participé à ce débat trouvent, et d’une manioère certainement plus élégante que celle des distributistes historiques (ou que celle dont PROSPER use pour adapter ce qu’il y a de positif dans leurs idées) comment sortir de l’impasse des profits monétaires dans laquelle notre société se trouve tristement encastrée.

  14. Stilgar dit :
    14 avril 2008 à 07:27 En réponse à Paul Lambert et aux honorables lecteurs de ce blog..

    Puis-je suggèrer de lire les 10 pages de ” Une alternative de société, l’écosociétalisme,” à partir de http://tiki.societal.org/tiki-index.php?page=Ecosocietalisme0
    (sommaire sur : http://tiki.societal.org/tiki-index.php?page=Sommaire_ES )
    … qui rejoint une bonne part des réflexions de Paul Lambert…

    Mais nous passons ici dans “l’utopie concrète” comme l’écrit Patrick Viveret dans la préface … mais utopie quand même car il y a peu d’espoir de voir le “système” totalement changer tant qu’un crash économique, financier, monétaire (ou militaire) n’aura pas laissé les peuples véritablement au niveau de se dire ” il faut tout effacer et recommencer autrement”

    A ce moment là, peut être le distributisme, le créditisme, l’écosociétalisme (ou d’autres propositions multiples) pourront elles être sereinement analysées et comparées, puis mises en oeuvre.

    … on peut toujour rêver, non? …

  15. Stilgar dit :
    14 avril 2008 à 11:50 J-P Lambert écrit ” Et… pourquoi émettre de l’argent avec intérêt si les intérêts doivent revenir à l’Etat ? ”

    Je pense que le système d’intérêt évite le “gachis”. L’intérêt qui revient à l’Etat est le “loyer” que rend à la collectivité un individu bénéficiant des largesses du crédit collectif (qui lui permet de réaliser son désir sans épargne et donc travail préalable)

    On peut extrapoler pour les utilisation de monnaie (mais donc in fine d’énergie, de matière, de main d’oeuvre, etc..) par des collectivité locales.

  16. Jean-Paul Lambert dit :
    14 avril 2008 à 17:14 “Stilgar” : un représentant syndical d’une très grande entreprise m’a fait une objection du même ordre que vous, que j’ai trouvée assez humiliante pour les entrepreneurs.

    Comme s’il était BON, JUSTE que ce qu’ils entreprennent soit obligatoirement mesuré à la “valeur” de l’argent (n’était mesurable qu’à travers “ce que ça rapporte” en argent).

    Cette mesure me paraît déjà en elle-même relever du gâchis, l’essence même du gâchis… (v. comme elle gâche le sport).

    Ayant eu à fréquenter des entrepreneurs et des bureaux d’études, il arrivait souvent, au moment où j’ADMIRAIS leur travail, qu’ils me fassent comprendre qu’ils souffraient (le travailleur “de base” n’a pas l’apanage de cette sorte de souffrance) de ne pas pouvoir faire tout de suite BIEN, MIEUX, donc tout autre chose et autrement…

    Ils étaient obligés de penser d’abord aux profits, et le bien, le mieux qu’ils avaien en tête (ma série utile, sain, urable, beau, social, écologique) en sortaient tout tordus, accrochés à des calculs dérisoires (mais qui peuvent rapporter gros) de durabilité réduite ou d’obsolescence accélérée du produit, du design…

    Ah s’ils n’avaient pas été obligés de…
    Autre approche du gâchis.
    Si “le gâchis” commençait par l’intéressement ? Si “éviter le gâchis grâce au profits monétaires” nous gâchait la société et la planète ?

    Imaginez-vous, VOUS, ayant l’idée d’un produit ou service qui, que… Cette chouette idée n’est-elle pas en elle-même une récompense suffisante pour la société qui vous a permis de la concevoir? Ne résulte-t-elle pas déjà de tout un travail préalable? Le sien (passé, culture) multiplié par le vôtre? Pourquoi faudrait-il asservir votre idée à du rendement monétaire et la changer de registre (de l’enthousiasme au calcul). N’aimeriez-vous pas qu’on vous dise: vas-y, fonce, on va voir? Vous seriez le premier à faire montre de prudence, demander de l’aide.

    Toute notre société, la vie de chacun, est tenue en laisse par “combien ça rapporte”.
    Drôle d’économie… ou de philosophie? Ou de politique…
    Depuis que j’étudie les questions liées au crédit, je constate qu’on passe constamment de l’une à l’autre.
    Votre remarque mène loin…

  17. Stilgar dit :
    14 avril 2008 à 17:58 @Jean-Paul Lambert

    Je ne suis pas certain que vous ayez bien compris mon propos ; je me suis donc sans doute mal expliqué.

    Je ne doute pas que beaucoup de gens soient attentifs à éviter le gachis (de l’énergie, des déchets, des matières premières, etc.)… mais référez-vous à mon tout premier post ( 11 avril 2008 à 10:36 ) … tous ne le sont pas, surtout quand il ne s’agit pas de “leur” argent…

    Effectivement, pas d’intérêts (je précise : sur la monnaie créée), je suis pour … mais comment partager équitablement les ressources rares (de plus en plus rares) s’il n’y a pas “carotte et bâton”… Si vous me donnez une piste, je la prends…

  18. Paul Jorion dit :
    14 avril 2008 à 18:52 @ Stilgar, Derudder, Jean-Paul Lambert

    Dans la perspective qui me semble la bonne – et dont, du coup, je n’entends pas sortir – si l’intérêt représente une part (préalablement convenue) de la richesse qui a été créée grâce au capital avancé, alors il n’est pas possible d’imaginer qu’il existe un double système où l’investisseur privé se voit payé un tel intérêt alors que l’Etat, dans la même position de prêteur, ne reçoit rien. L’intérêt qui serait perçu par l’Etat reviendrait du même coup à la communauté.

    @ Keith Hart

    Une fois admise cette perspective, on se voit obligé de répondre à la question de Keith : quel est l’Etat, et donc quelle est la communauté qui devrait bénéficier de cette création de richesse ?

  19. cyrille dit :
    15 avril 2008 à 17:32 petite question du novice que je suis..
    si on distribue l’argent sans intérêt :
    – comment décide-t-on a qui et combien on prête ?
    – comment intégrer les défaut de paiement (faillites) ?
    merci
  20. Paul Jorion dit :
    15 avril 2008 à 17:53 @ Cyrille,

    Oui bonne question, je me tâte encore sur le sujet mais voici les principes dont je pars :
    * il est légitime – à moins que la propriété privée soit abolie – que celui qui fait les avances reçoive une part de la fructification que le capital avancé a permise.
    * l’autre composante traditionnelle du taux d’intérêt est la prime de risque. Celle-ci est calculée de manière actuarielle en multipliant le montant du sinistre (ici le non-remboursement du capital) par sa probabilité (extrapolée à partir des fréquences observées historiquement).

    On pourrait dire à propos de la composante prime de risque qu’il n’y a pas de raison que le prêteur l’impute à l’emprunteur : ce dernier peut s’assurer de son côté sans répercuter le prix de cette assurance dans le taux exigé. Disons que ce soit le cas, pratiquement je ne pense pas que cela change quoi que ce soit. En effet, comme cette prime est une charge pour le prêteur, celui-ci tiendra compte de son montant dans la discussion de la fixation de la part (composante No 1) au moment de la conclusion du contrat.

    On peut évidemment considérer que l’Etat est un prêteur d’un type particulier, ceci dit je ne vois pas a priori pourquoi l’Etat (la collectivité) ne bénéficierait pas de la production de richesse créée par les avances qu’il (la collectivité) fait puisqu’il reste à l’emprunteur une portion substantielle de la fructification du capital : la plus-value totale, déduction faite de la part revenant au prêteur

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