342 – Hommage à Jean-Baptiste Bersac

Juste un hommage sur ce blog à Jean-Baptiste Bersac décédé beaucoup trop jeune, il y a quelques jours. Il avait beaucoup à nous apprendre sur l’économie et en particulier sur le néochartalisme.

Lisez son blog, vous verrez !

Extrait de « les bases »

 » Vous vous êtes toujours demandé comment se fait-il qu’il y ait toujours de l’argent pour les banquiers, mais que l’État du peuple soit chroniquement déclaré « en faillite » ? Comment l’économie peut à la fois être toujours plus productive, plus efficace, et pourtant voir l’argent se raréfier, le chômage augmenter, les salaires stagner ?
Voici un résumé condensant tous les arguments nécessaires pour convaincre quelqu’un qui est intéressé par les questions monétaires, du réel fonctionnement de la monnaie, de la nécessité et de l’authenticité du néochartalisme (alias Modern Monetary Theory, MMT).
Vous pouvez également trouver une version de cette page sous forme d’un pas-à-pas simplifié, en 10 articles, et plus ample en fin de page avec la série Les Bases. »

https://frappermonnaie.wordpress.com/les-bases/

Requiescat in pace Jean-Baptiste

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341 – Les dépenses de l’Etat

Dépenses de l’Etat, selon le PLF du 28 septembre 2016
Enseignement scolaire 50,06 12,84%
Pensions 48,00 12,41%
Collectivités territoriales 47,30 12,33%
Intérêts de la dette 41,80 10,81%
Défense 32,44 8,39%
Enseignement supérieur et recherche 26,75 6,92%
Budget UE 19,08 4,93%
Égalité territoires et logement 18,11 4,68%
Solidarité et insertion 17,65 4,56%
Travail et emploi 15,30 3,93%
Sécurité 12,98 3,36%
Écologie, mobilité dév. durable 8,99 2,32%
Gestion des finances publiques 8,17 2,11%
Justice 6,89 1,78%
Régimes sociaux 6,25 1,62%
Actions extérieures 2,88 0,70%
Culture 2,70 0,65%
Aide publique au développement 2,62 0,63%
Anciens combattants 2,55 0,63%
Administration générale et territoriale 2,32 0,62%
Outre Mer 2,03 0,49%
Économie 1,64 0,40%
Direction de l’action du Gouvernement 1,37 0,33%
Santé ? 1,26 0,30%
Immigration, asile, intégration 1,06 0,26%
Pouvoirs publics ? 0,99 0,24%
Sport, jeunesse, vie associative 0,74 0,18%
Politique des territoires 0,69 0,17%
Média, livres et industries culturelles 0,57 0,14%
Conseil et contrôle de l’État 0,51 0,12%
Crédits non répartis 0,02 0,00%
Total ( ? 387) 383,72 98,85%
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340 – Rachat des dettes par la BdF

Je ne vais surement pas me plaindre qu’enfin Nicolas Dupont-Aignan ait intégré dans son projet présidentiel la nécessité – mon insistance depuis plusieurs années sur ce sujet semble avoir porté ses fruits –  d’une part du rachat par la Banque de France des titres de dette arrivant à échéance, d’autre part du financement (monétisation) des déficits.

(ce que le programme de financement dit à la dernière page)

Le projet de NDA arrive à un gain total de  53,8 milliards (avec néanmoins l’année 2022 entière), ce qui équivaut à un taux moyen de 2,5 % . J’avoue que c’est une hypothèse « optimiste » sur les gains réalisés, mais après tout, les taux peuvent remonter très vite.

Quel serait le montant des gains en intérêt, sur la prochaine mandature, si la Banque de France pouvait sur cette période racheter les dettes de l’État (dettes arrivant à échéance) ?

En estimant que les taux d’intérêts moyens soient de 1,5% , c’est 30,8 milliards

En estimant que les taux d’intérêts moyens soient de 2% c’est 41 milliards.

PS: je dois signaler que je n’ai aucune responsabilité dans la présentation de ce projet et dans les calculs réalisés par son équipe dont , comme signalé, je ne fais plus partie depuis février.

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339 – Emploi: proposition Charles Ranchin

LA NOUVELLE ÉCONOMIE DE LA FRANCE POUR L’EMPLOI

EN 5 THÈMES ET 50 POINTS

Les quatre premiers thèmes points relevés ci-dessous sont la synthèse de l’ouvrage de 300 pages     « Cinq ans, cinq millions d’emplois par le made in France » aux éditions Publibook, http://charlesedouardranchin.com/

Le dernier thème est une reprise de réflexions ou propositions menées par des économistes ou politiques liées directement à l’emploi ou visant à privilégier ce qui est produit en France

1- Le «contrat d’entente»

Le « contrat d’entente » est l’expression de l’investissement de l’État dans l’outil industriel. Il actionne par synergie le recrutement par l’Entreprise de demandeurs d’emploi. Toutes les forces s’y retrouvent, l’Entreprise par l’acquisition gratuite d’un nouvel outil, le salarié par un emploi durable et l’État qui trouve une réponse au chômage et aux jeunes sans formation. Les termes du contrat courent sur 5 ans

Le recrutement en entreprise

Le recrutement est fait en fonction des chiffres de l’entreprise (Chiffre d’affaire, montant de l’investissement, nombre d’employés actuels)

Le recrutement d’un chômeur à moins de 10 ans de la retraite sera exonéré à 75% des charges

Le recrutement d’un chômeur proche de la retraite qui formera un jeune sans formation sera totalement exonéré de charges et 25%  de son salaire sera assumé par l’État

Une entreprise ayant des salariés à moins de 15 ans de la retraite bénéficiera de paliers d’exonération de charges

Un jeune sans formation sera totalement pris en charge pendant 2 ans par l’État

Les garanties de l’État

Un engagement sur la durée

Supporter les coûts d’un salarié en fonction de sa catégorie, qu’il soit dans « l’Entreprise » ou issu de la recherche d’emploi

Promouvoir la formation en entreprise pour les jeunes avec ou sans formation initiale, sans expérience

Permettre aux séniors, en recherche d’emploi ou non, qui ont une forte expérience dans « l’Entreprise » de travailler sereinement jusqu’à la retraite tout en formant un jeune de l’objectif précédent.

Au terme des 5 ans, l’Entreprise deviendra légalement propriétaire de la machine-outil financée par l’État

2 – Financer le nouvel Outil manufacturier et industriel

Le blocage du financement et l’appréhension d’une main-d’œuvre coûteuse ont mis en péril la totalité de l’écosystème industriel et manufacturier français. Aujourd’hui, l’automatisation a réduit le coût de la main-d’œuvre dans le produit final. Un produit fabriqué en France acquiert plus de valeur marketing que celui fabriqué ailleurs. C’est dans l’automatisation que se trouve une réponse pour la compétitivité d’un produit, permettant d’envisager la relocalisation d’usines

Le budget

Rassembler les aides actuelles directes ou indirectes dans un seul budget de 48 milliards/an

Diminuer le crédit d’impôt à l’innovation et Recherche et développement par l’augmentation de l’investissement dans la machine-outil

Mettre en place à travers du personnel issu de l’entreprise des pôles gratuits de conseils et d’accompagnement

Investir dans le nouvel outil manufacturier et industriel

Proposer aux entreprises différents paliers de financement, complet partiel ou à crédit préférentiel et sur 5 ans

Avoir un plan adapté à chaque entreprise à travers un nouvel organisme de gestion : le CI3E (Centre d’Investissement de l’État pour l’Économie et l’Entreprise)

Imposer le développement (en accentuant l’innovation, la recherche et développement) et la fabrication des nouvelles machines-outils en France

Garantir la pérennité

Chaque entreprise doit avoir accès au financement

Le financement de l’évolution du nouvel outil est garanti sur 10 ans

Au terme du financement, la machine-outil appartient à l’entreprise

3 – Relocaliser la production industrielle

Relocaliser est un moyen efficace d’augmenter ses capacités industrielles. Une automatisation des procédés de fabrication rend cette hypothèse viable et pérenne. Il faut relocaliser avec intelligence, au bon endroit en privilégiant les lieux où habitent les ouvriers et non l’inverse.  C’est également l’occasion de mettre en avant le développement durable et de sauvegarder les terres agricoles en réutilisant préférentiellement les actuelles friches industrielles

Financement par l’État de la relocalisation

Identifier les besoins en main-d’œuvre de l’entreprise et privilégier celle qui est en recherche d’emploi donc immédiatement disponible

S’assurer du développement pérenne de la relocalisation

La formation

Mettre en place un plan de formations régionales pour le personnel, en correspondance avec les besoins présents et futurs de l’entreprise

La formation continue devient obligatoire dès le CAP

Localiser l’Entreprise au bon endroit sur le territoire

Le lieu d’implantation doit être proche du lieu d’habitation des employés

L’implantation doit se faire de prime abord sur les lieux de friches industrielles

Arrêt d’implantation d’usines sur des terres cultivables

Les garanties de l’État

L’État garantit pendant 5 ans aux  entreprises nouvellement installées qu’il n’imposera pas de nouvelles législations qui leur seraient contraignantes au développement ou à l’investissement

L’entreprise ne pourra être bloquée dans son extension dans les 10 ans suivant sa réimplantation

L’État garantit la mise en place d’infrastructures adaptées aux besoins de l’implantation puis du développement

4 – Augmenter la production locale par la mise en place d’outils concrets

Comment peut-on augmenter la production locale et en escompter de la compétitivité si l’on est incapable de savoir ce qui y est fabriqué, comment, et par qui ? Pour investir au bon endroit en étant parfaitement efficace, il faut se doter de bases de données alimentées par des outils de management spécifiques.

Outil « Data Manufacturing » 

Savoir qui fabrique quoi

Savoir qui importe quoi. Est-ce que ce qui est importé est aussi par ailleurs fabriqué localement ?

Outil « M.I.N de l’Industrie »

Créer un centre d’échange d’information entre l’acheteur et le fabricant

Identifier les entreprises relocalisables

Obligation d’étiquetage de l’origine sur tous les produits

Outil « Matrice Wiper » L’état d’obsolescence des machines-outils recensées, leurs capacités productives

Mettre en place un centre d’analyse des machines-outils

Identifier l’axe d’amélioration de chaque machine : la changer, l’améliorer, la transformer

Outils de la compétitivité

Renfoncer les aides aux innovations stratégiques et scientifiques

Aider les entreprises dans le virage du numérique par la mise en place au sein des CCI d’un pôle spécifique

Simplifier et rendre gratuit l’enregistrement d’un brevet à l’international

5 – Modifier et adapter la législation actuelle

Les différentes couches législatives et taxations ont largement mis en péril l’emploi sur le territoire. Il faut redonner un pouvoir et une attractivité au produit fabriqué en France, ainsi que remettre en valeur la main-d’œuvre expérimentée existante. Ce dernier thème est une reprise de diverses réflexions et propositions menées par des économistes ou politiques liées directement à l’emploi ou favorisant la production française

Imposer la production française dans les appels d’offres publics et privés

40 % des produits ou matériels dans les appels d’offres publics doivent être issus de la production française

100 % de la maintenance et le SAV doivent être assurés par une entreprise enregistrée et fonctionnant en France

60 % des appels d’offres de services ou travaux, aux entreprises françaises

Mettre en place pour le privé une baisse de la TVA de 0,5 à 2,5 points, récupérable sous forme de bonus dans l’impôt sur les sociétés de l’entreprise, pour celles qui achètent un produit semi-fini fabriqué en France

Réformer l’approche du travailleur détaché

Rendre obligatoire l’enregistrement d’un travailleur détaché auprès d’une entreprise immatriculée en France existante depuis au moins 5 ans

Un travailleur détaché ne pourra être moins payé que le smic horaire

Les taxes et charges de l’entreprise employant un travailleur détaché seront prélevées à la source et en amont du travail, sur un principe de provisions

Favoriser l’entrepreneuriat et la reprise d’entreprises.

Exonérer d’impôt sur le revenu le repreneur, pendant 2 ans, et partiellement le vendeur

Ouvrir l’assurance chômage aux démissionnaires d’un CDI pour une création d’entreprises d’au moins 3 salariés

Gratuité du changement des statuts et enregistrements auprès de l’administration et des Chambres de commerce dans le cas d’une reprise

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338 – Planche à billets

(reprise du billet paru sur « le blog gaulliste libre » le 11 mars 2017)

A Nicolas Dupont-Aignan qui, lors d’une émission le 8 mars sur la 5 (« C’à vous ») disait grosso modo « la BCE prête à zéro pour cent aux banques, je demanderai donc à la BCE de prêter à l’État français au même taux», le journaliste Patrick Cohen a rétorqué instantanément « planche à billets !» avec une moue qui en disait long sur son jugement concernant cette proposition.

Ceci m’amène à deux critiques :

1 – NDA a tort d’espérer pouvoir financer les déficits de l’État par des emprunts auprès de la BCE . Outre que l’article 123 du Traité de Lisbonne l’interdit formellement, bon nombre des autres membres de la BCE s’y opposeraient de toute façon (et en premier lieu l’Allemagne). Aucun espoir de ce coté là tant que nous sommes tenus par Bruxelles et cette proposition serait sans intérêt si nous quittions l’euro..

2 – Mais Cohen se trompe également. D’où pense t-il que vient l’épargne qui actuellement alimente la dette des États ? Eh bien, des épargnants en grande majorité. Et d’où vient l’argent des épargnants ? Eh bien de monnaie secondaire émise par les banques à l’occasion de crédits, monnaie qui a« transité » sur différents comptes avant d’aboutir sur le compte de l’épargnant- prêteur,  crédits dont la contrepartie à l’actif sont des « obligations «  (hypothèques, nantissements, reconnaissances de dettes) qui ne sont pas publiques mais privées ! Si ce n’est pas aussi « la planche à billet » c’est quoi ?

Et Cohen se trompe une autre fois car il ne se demande pas non plus d’où vient la monnaie du Quantitative Easing des Banques Centrales, que ce soit celui de la BCE, de la FED ou de la BoJ (Banque du Japon) qui achète chaque année environ 650 milliards d’euros, 13% du PIB du pays (La Banque Centrale du Japon possède aujourd’hui plus de 40% de la dette du pays). N’est ce pas « la planche à billets » ?

En fait, seule la Banque de France, réquisitionnée, pourrait apporter à l’État le financement des 100 milliards de déficits annuels qu’induit nécessairement un programme de relance (qui est une nécessité absolue !), simultanément au rachat des titres arrivant à échéance de l’ordre de 675 milliards sur les 5 ans

(complément) C’est aussi le seul moyen de voir diminuer la dette publique « externe » en transférant à la Banque de France (c’est à dire à nous même) la dette passée et les besoins futurs

En complément, lire https://postjorion.wordpress.com/2017/02/20/334-ah-si-jetais-candidat/

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337 – Bradage TECHNIP

Le bradage de Technip rapporte le jackpot à ses dirigeants

Dans un article publié sur Mediapart en novembre dernier, Martine Orange dénonçait le bradage par l’état français du groupe parapétrolier Technip à travers la fusion avec la société américaine FMC. D’après une source bien placée, lors de la traditionnelle réception de fin d’année le 5 janvier, Thierry Pilenko le PDG, a confirmé qu’il avait reçu le soutien indéfectible du gouvernement pour mener à bien son projet. Il a aussi fait preuve d’un certain sens de l’humour – qu’au bénéfice du doute on ne considérera non pas comme une marque de cynisme absolu mais comme aussi déplacé qu’involontaire – en tenant à rassurer ses collaborateurs sur son avenir personnel au sein de la nouvelle société, confirmant qu’il resterait impliqué.  Ces derniers ont dû effectivement se sentir mieux, eux qui se demandent chaque jour quel va être leur avenir au sein d’un nouveau groupe à l’organisation confuse et où les postes ont été distribué avec des titres plus pompeux les uns que les autres sans qu’aucun organigramme ne précisant les fonctions ne soit publié. Mais si les salariés peuvent légitimement s’inquiéter de leur sort, les dirigeants eux, ne peuvent que se féliciter de l’opération qui, selon les chiffres rapportés par Reuters, leur a rapporté près de 72 millions d’euros en actions du nouveau groupe.  Là aussi de quoi mettre du baume au cœur des « collaborateurs » qui depuis deux ans maintenant n’ont pas bénéficié de la moindre augmentation de salaire !

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336 – Remplaçons l’euro par le franc (Ch. Gomez, G. Lafay)

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Article de Christian Gomez et Gérard Lafay, paru dans
LE CERCLE Les ECHOS /POINT DE VUE le 27/02/2017
http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/0211829466451-comment-sortir-limpasse-monetaire-2068108.php

La politique monétaire accommodante de la BCE n’a pas d’effet favorable sur l’économie réelle. Remplaçons l’euro par le franc et créons, en contrepartie, une nouvelle monnaie commune.

Alors que l’économie réelle stagne dans beaucoup de pays, on observe une hypertrophie de la finance, avec la multiplication des produits dérivés et des effets de levier, ainsi que le « trading » à haute fréquence sur les marchés internationaux. Dans l’ensemble du monde, les dettes publiques et privées ont désormais atteint un niveau historique. C’est pourquoi certains craignent une déflagration financière pire que celle de 2008.

Si la financiarisation a été facilitée par une vague de déréglementation, son origine tient à la nature même de la création monétaire, dont la masse est devenue extravagante. Cette création fut d’abord le fait des banques privées qui, depuis de nombreuses années, créent de la monnaie ex nihilo par le moyen du crédit bancaire, selon l’adage bien connu « les crédits créent les dépôts ».

Pas d’effet favorable sur l’économie réelle

Plus récemment, pour tenter de relancer l’économie, les banques centrales ont mis en oeuvre des mécanismes d’ « assouplissement quantitatif », consistant à racheter régulièrement de la dette souveraine détenue par les banques privées. Cette solution a créé de la liquidité pour celles-ci, encourageant la spéculation sur les actifs existants, et donc la montée de leurs prix. En revanche, elle n’a eu aucun effet favorable sur l’économie réelle.

En ce qui concerne l’Europe, la situation s’est aggravée au sein de la zone euro, dont la croissance de la production est devenue la plus faible du monde. Après la gestion pour le moins discutable de Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi a suivi cette méthode de l’assouplissement quantitatif, faisant tomber les taux d’intérêt au voisinage de zéro (voire négatifs).

Cette politique de la BCE a permis d’engendrer une baisse bénéfique du taux de change de la monnaie unique européenne, qui avait atteint un niveau exorbitant vis-à-vis du reste du monde. Cependant, l’euro demeure un échec cuisant, en raison des disparités structurelles entre les pays de la zone : d’une part, la divergence chronique d’évolution des prix intérieurs, qui reflète la diversité socioculturelle des pays ; d’autre part, la différence d’efficacité et de spécialisation sectorielle entre leurs systèmes productifs.

Une réforme Allais

Partout, la question centrale est de savoir comment sortir de l’impasse dans laquelle tous les pays sont engagés. Dans l’ensemble du monde, la seule solution serait d’appliquer une véritable réforme monétaire, telle qu’elle a été préconisée par Maurice Allais, prix Nobel d’économie, et proposée sous des formes diverses par des ténors de la science économique. Cette réforme est, dans son principe, une « vieille idée », mais elle n’a jamais été autant d’actualité.

Dans la formulation présente, la création monétaire serait le fait de la seule Banque centrale, tandis que les « banques universelles » seraient scindées en trois catégories d’établissements strictement indépendants :

– des compagnies de services monétaires, n’ayant à leur passif que des dépôts à vue, et à leur actif que des créances sur la Banque centrale (billets en circulation et monnaie électronique émise par celle-ci)

– des banques de crédit, qui récolteraient les dépôts d’épargne à différents termes pour les replacer sur des échéances légèrement inférieures, sans effectuer de « transformation »

– des banques de marché

La Banque centrale aurait à son passif les billets en circulation, la monnaie électronique, et le compte du Trésor public, à son actif les avoirs et titres, ainsi que les créances sur les compagnies de services monétaires. Les dépôts de nature monétaire seraient complètement couverts par de la monnaie de base et circuleraient comme par le passé, la monnaie électronique circulant comme la monnaie fiduciaire, et les agents économiques effectueraient toutes leurs opérations comme par le passé.

Retour au franc

Dans le cas de la France, cette réforme permettrait de retrouver la souveraineté monétaire, confisquée par la Banque centrale européenne et les banques privées. Le franc français serait recréé, cependant que la monnaie unique serait remplacée par une monnaie commune, unité de compte équivalente à l’ancien écu. La dette souveraine de l’État français, émise pour 97 % en droit français, serait convertie en notre nouvelle monnaie nationale, selon le principe de la lex monetae, puisqu’en vertu du droit international, chaque pays a droit à sa souveraineté monétaire.

Au lieu de recourir à la finance internationale, tout nouveau déficit budgétaire serait financé monétairement sans aucune inflation, par la mise à disposition des ressources résultant de l’augmentation souhaitée de la masse monétaire en circulation. Ce serait la seule voie d’injection monétaire, la source bancaire étant tarie du fait de la réforme.

Pour être crédible, et afin d’éviter toute dérive démagogique, le principe d’indépendance de la Banque de France serait affiché clairement, dans le cadre d’un mandat assurant une croissance raisonnable de l’offre de monnaie (taux annuel de l’ordre de 4% à 5%, correspondant à l’augmentation du volume de production et d’une hausse modérée des prix).

La France donnerait ainsi au reste du monde un exemple novateur, qui serait rapidement imité ensuite par de nombreux pays. Au slogan creux de François Hollande (« Mon adversaire, c’est la finance »), on proposerait un slogan plus rassembleur : (« nationalisons la monnaie et pas les banques »), pour faire de la monnaie ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un bien commun.

Christian Gomez est économiste et ancien banquier d’investissement.
Gérard Lafay est professeur émérite d’économie à l’université Panthéon-Assas

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