298 – Le banquier du diable

 

xerfi

Vidéo : Le banquier du diable
09/03/2015

Politique déflationniste, niveau de dette record, chômage de masse, gouvernement affaibli et montée des extrémismes…. Voilà des tendances qui peuvent résumer l’époque que nous vivons. Mais ces tendances ne sont pas une premières dans l’histoire : l’Allemagne, au tournant des années 30, était exactement dans la même situation. Mais à l’époque, il y avait un homme qui a permis de juguler ces problèmes (sauf, malheureusement, de la montée des extrêmes). Il s’agit d’Hjalmar Schacht, l’homme fort de l’économie allemande d’alors. Pour en parler, Xerfi Canal TV a reçu Jean-François Bouchard, haut fonctionnaire, économiste et auteur du livre « Le banquier du diable », retracant la vie d’Hjalmar Schacht.

Une interview menée par Thibault Lieurade.

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297 – Les banquiers vous diront …

Les banquiers vous diront qu’ils ne créent pas de monnaie … pourquoi ?

Plutôt que de répéter la démonstration qu’on trouve habituellement dans tous les livres d’économie, à savoir l’explication par étape en considérant d’abord que tout le système n’existe qu’au sein d’une seule banque, puis en introduisant deux banques avec des parts de marché différentes, puis pour finir en introduisant une banque centrale dans la démonstration, (banque centrale qui seule peut satisfaire à la demande de monnaie centrale, la plus connue étant la monnaie dite « fiduciaire »), essayons de nous mettre à la place du « petit » banquier, simple directeur d’agence.

Dans son activité, ce banquier, trésorier d’agence, ne s’inquiète pas de savoir s’il crée de la monnaie ou pas : le banquier-trésorier va uniquement chercher à équilibrer ses comptes à la Banque Centrale (la « banque des banques »), par rapport aux autres banques. Si sa banque prête trop par rapport aux autres, c’est le système qui va la rappeler à l’ordre, car il faudra soit qu’il s’endette auprès des autres banques (et les lignes de crédit ne sont pas illimitées), soit qu’il mobilise des actifs sur le marché monétaire (et là non plus, son bilan n’est pas inépuisable….)

1 – Au niveau d’une banque prise isolément, les deux positions suivantes correspondent à l’expérience du banquier :
a) il crée des dépôts en achetant (en monétisant) une créance (une reconnaissance de dette) et en payant cet achat de créance par une inscription immédiate du montant au crédit du compte à vue du client, lequel pourra utiliser ce compte pour régler ses dépenses.
b) il a besoin de dépôts car il va devoir financer son déficit de trésorerie vis à vis des autres banques (si ce n’est pas le cas il devra se refinancer en monnaie centrale car pour avoir des comptes équilibrés en elles, les banques doivent « marcher au même pas » entre les parts de marché de crédits et les parts de marché de dépôt dans une zone monétaire ).

Donc le banquier isolé n’a pas le sentiment qu’il peut créer de la monnaie avec son stylo, parce qu’il faudra bien qu’il « finance » le prêt qu’il a accordé.

2 – Au niveau du système bancaire dans son ensemble, toutes les banques prêtent (elles font toutes le point 1a ci-dessus), et vont donc (pas forcément consciemment) se refinancer les unes les autres.
Prenons un cas très simple où la monnaie n’est composée que de dépôts bancaires (pas de réserves obligatoires ni de demande de billets de la part de sa clientèle, la seule nécessité restant la compensation interbancaire) et où l’ensemble des dépôts des clients dans tout le réseau bancaire est de 100 000.

Supposons une toute petite banque A qui fait 1% de part de marché de l’ensemble des dépôts toutes banques confondues. Les dépôts de ses clients sont donc de 1 000 et la part de marché des autres banques prises dans leur ensemble est donc de 99% de l’ensemble des dépôts, ce qui représente un total de 99 000

Supposons que cette banque A augmente ses crédits (et donc – instantanément – ses dépôts à vue) de 100 (10%). Elle va devoir financer 99 (la quasi totalité) qui part vers les autres banques (les fuites), puisque 99% des comptes à vue sont détenus par des clients dans les autres banques (toutes choses égales par ailleurs).

Mais, heureusement, les autres banques vont aussi prêter (si elles ne le faisaient pas, elles perdraient une partie de leur clientèle qui irait vers la banque prêteuse et donc des dépôts), c’est-à-dire créer des dépôts et subir des sorties qui vont aller vers les autres banques.
Supposons donc que les autres banques augmentent leurs crédits/dépôts à vue de 10% également, c’est-à-dire de 9 900. Elles vont subir globalement une fuite de 1% de 9 900 vers la banque A soit 99.

La banque A reçoit donc ces 99 sous forme de dépôts, lesquels vont « financer » le crédit qu’elle a consenti, mais on comprend bien que le crédit qu’elle a fait précède les dépôts.

Donc, le système bancaire dans son ensemble aura créé 10 000 de monnaie de crédit, mais chaque banquier-trésorier aura eu le sentiment qu’il les a financés par des dépôts venant des autres banques et qu’il a ainsi mobilisé de l’épargne préexistante. Ainsi, le témoin extérieur de cette opération aura l’impression que ce sont les dépôts à vue qui sont prêtés, alors qu’il s’agit de création monétaire par le crédit, créant ces dépôts.

Dans ce qui précède la simplification est patente. Un réseau bancaire (« une banque »), lorsqu’il monétise des créances, est tenu de disposer :
a) Dans son bilan, de sensiblement 8% (qui peut descendre à 4%) des crédits en cours sous forme de capitaux propres pondérés formant une « base de capital » (ratio Mac Donough dans le cadre des règles de Bâle II). Il n’y a évidemment pas de dépôt de ces 8% en banque centrale, mais ce sont ces besoins de 8% de fonds propres qui expliquent l’idée que les banques peuvent créer 12,5 fois la monnaie qu’elles détiennent.
b) d’une certaine quantité de monnaie centrale correspondant à ce que l’on nomme « fuites », et qui correspond 1) à la demande de monnaie fiduciaire par le secteur non bancaire, 2) aux réserves obligatoires – montant bloqué en Banque Centrale – et correspondant à 2% des dépôts (dépôts à vue, dépôts à terme d’une durée inférieure ou égale à deux ans, dépôts remboursables avec un préavis inférieur ou égal à deux ans, titres de créances d’une durée initiale inférieure ou égale à deux ans), 3) aux besoins de compensation qui se produisent dans les cas montrés ci-dessus.
S’il est connu que l’ensemble des réseaux bancaires (puisque les compensations entre les banques s’annulent), peut émettre une quantité limitée de monnaie scripturale (reconnaissances de dettes), à partir d’une quantité donnée de monnaie centrale qu’il détient ou qu’il peut se procurer. Ce coefficient multiplicateur est connu de tous les économistes et il est égal à 1 / [X + Z (1 – X)] (avec X le coefficient de préférence pour les billets et Z celui des réserves obligatoires).
Un exemple avec X=13% des dépôts et Z=2% des crédits donne ce multiplicateur théorique (encore faut-il la demande ou la faiblesse d’une épargne préalable proposée sur le marché) à 6,7842.

Néanmoins, dans un document récent (6 mai 2009), Patrick Artusa confirmé que les banques n’utilisaient pas totalement ce pouvoir de création monétaire : « Une porosité entre base monétaire et masse monétaire est le multiplicateur monétaire. Or, il s’est effondré. Alors que les banques européennes génèrent habituellement 4800 euros à partir de 1000 euros de monnaie banque centrale, leur capacité de création monétaire est tombée à 3500 euros depuis Lehman. »

Pour finir n’oublions pas de préciser que lorsqu’un emprunteur rembourse, à sa banque, le capital emprunté (et dépensé), sa banque efface sa reconnaissance de dette : la monnaie est ainsi détruite (nous ne parlons pas ici des intérêts). En effet la création de monnaie scripturale par un réseau bancaire est stricto sensu l’inscription simultanée du montant du crédit sur le compte de l’emprunteur qui va ainsi pouvoir payer ses fournisseurs, parallèlement à l’inscription de la dette (je préfère dire « la garantie »), à l’actif du bilan de la banque. Inversement, le remboursement du prêt équivaut à la suppression simultanée de l’inscription à l’actif et du montant équivalent sur le compte de l’emprunteur (qui avait donc dû le rendre créditeur du même montant) : il n’y a pas de transfert du capital remboursé de la part de l’emprunteur vers la banque.

Je précise bien que nous avons parlé ici de la création de « monnaie » bancaire privée scripturale et non du second rôle des banques, celui de « circulateur d’épargne ». Comme l’écrit André Chaîneau : «L’étonnant est que pendant très longtemps – et peut-être même encore ! – la création monétaire a été ignorée comme élément des moyens de financement de l’économie ! En effet, la théorie limitait l’offre de fonds prêtables à n’être qu’une offre de ressources épargnées par les agents du secteur non bancaire, une offre qui ne débordait pas du cadre de ce secteur non bancaire. En conséquence, le secteur bancaire était ignoré! Mais le problème que les banques vont maintenant poser n’est évidemment pas celui de leur existence, mais celui de leur double fonction. Elles ne sont pas seulement les institutions créatrices de monnaie étudiées jusqu’à maintenant; elles sont également des institutions collectrices d’épargne. Aussi participent-elles au financement de l’économie non seulement en y injectant de la monnaie, mais également en y faisant circuler l’épargne.»

Mais, d’où vient cette épargne préalable ? Qui l’a « fabriquée » à l’origine? Je vous laisse y réfléchir

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296 – Publications Yves Michel

Le peuple Grec a choisi de reprendre sa souveraineté: bravo à lui pour ce geste qui devrait inspirer tous les autres ! La tâche du nouveau gouvernement ne sera certes pas facile, mais saluons ce juste retour des choses pour ce peuple qui a été privé de référendum en 2008 par les menées de Sarkozy et Merkel, entre autres !

Donc la dette publique de la Grèce est renégociée actuellement; il importe de comprendre quelques notions de base très simples que nos gouvernants tentent par tous les moyens de cacher pour maintenir les privilèges exorbitants de l’oligarchie en place: nos auteurs vous les expliquent, eux qui n’ont pas attendu aujourd’hui pour écrire leurs livres !

Ces mensonges ne sont plus possibles à laisser perdurer !

Il y a la 3e édition de LA DETTE PUBLIQUE, après plus de 10 000 ventes, l’e-book: La Dette Publique: état des Lieux, et plusieurs autres. Merci de les faire connaître, par exemple en faisant circuler cette lettre d’infos !

 

Dette publique, une affaire rentable (La) : 3e édition

 

 

 

 

 

André-Jacques Holbecq

et Philippe Derudder

À qui profite le système?

>> 3e édition actualisée et augmentée 2015

Préface d’Étienne Chouard

« Il faut réduire la dette ! ». On crie à la faillite ! Tel un père qui demande instamment à ses enfants d’aller ranger leur chambre, notre gouvernement nous dit : « Assez de cette gabegie ! Il est temps de devenir sérieux, remettez vos prétentions sociales au tiroir, l’heure est au travail et aux économies ».

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3e édition de LA DETTE PUBLIQUE: UNE AFFAIRE RENTABLE

Dette publique : état des lieux (La) : E-BOOK

LA VERSION NUMÉRIQUE DU LIVRE

André-Jacques Holbecq

et Philippe Derudder

Mieux la comprendre et comment en sortir !

La version officielle ne cesse d’affirmer que le pays vit au dessus de ses moyens, qu’il est quasiment en faillite. Est-ce vrai ou est-ce pour nous forcer à accepter les coupes sombres dans les prestations sociales et services publics ? Peut-on rembourser la dette ? Mais avant toute chose, est-elle légitime, d’où vient-elle ? Car après tout, comment un pays comme la France, ruiné au sortir de la Seconde guerre mondiale, a-t-il pu financer sans endettement jusqu’au début des années 1970 sa reconstruction, mener une politique sociale généreuse (retraite sans que jamais personne ait cotisé quoi que soit avant, sécurité sociale, services publics de qualité) tout en trouvant les moyens de financer ses guerres pour tâcher de conserver ses colonies ? Nous sommes depuis 40 ans dans une situation infiniment plus confortable qu’à cette époque mais la dette est passée de moins de 20 % à 95 % du PIB. Pourquoi ?

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La Dette publique, une affaire rentable : E-BOOK

LA VERSION NUMÉRIQUE DU LIVRE 2e édition

André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder

À qui profite le système ?

Préface d’Étienne Chouard

« Il faut réduire la dette ! ». On crie à la faillite ! Tel un père qui demande instamment à ses enfants d’aller ranger leur chambre, notre gouvernement nous dit : « Assez de cette gabegie ! Il est temps de devenir sérieux, remettez vos prétentions sociales au tiroir, l’heure est au travail et aux économies »

Ce qu’on ne nous dit pas, c’est qu’il y a une quarantaine d’années, l’État français n’était pas endetté, à l’instar de la plupart des autres nations, d’ailleurs. En moins de quarante ans nous avons accumulé une dette colossale qui avoisine les 1200 milliards d’euros ! Pourquoi ? S’est-il produit quelque chose qui a fait que l’on ait soudain besoin de recourir à l’emprunt, alors qu’auparavant on se suffisait à nous-mêmes ? Et si tel est le cas, qui en bénéficie vraiment ? Qui émet la monnaie ?

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Secrets de la monnaie (Les)

Gérard FOUCHER

Changer la monnaie pour changer le monde

Les secrets de la monnaie sont très bien gardés… Pourquoi ?

Parce que la monnaie donne un pouvoir colossal à ceux qui la contrôlent et que si les citoyens reprenaient ce pouvoir, ils pourraient tout changer…

Gérard Foucher révèle ici les racines réelles de la dette, de la pauvreté, des crises et des guerres qui rongent le cœur de notre société et les ressources de notre planète…

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Argent, dettes et banques

André-Jacques HOLBECQ et le Cercle des Économistes citoyens

Seconde édition revue et augmentée

Voici un ouvrage d’explication et de vulgarisation stupéfiant…

Comment se crée la monnaie, pourquoi et quelles sont les conséquences ? Un petit livre à petit prix pour toutes les personnes intéressées par l’alter-économie.

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Monnaie nationale complémentaire (Une) : E-BOOK

LA VERSION NUMÉRIQUE DU LIVRE

Philippe Derudder, André-Jacques Holbecq

et Le Cercle des Économistes Citoyens

Pour relever les défis humains et écologiques

Préface de Pierre Rabhi

>> Accéder à la fiche du livre papier

Imaginez :

Une idée simple, transposable aux autres pays du monde, qui permettrait de répondre de façon satisfaisante à l’immense défi humain et écologique de notre siècle, en proposant de nouvelles activités épanouissantes et socialement utiles, sans impôts supplémentaires, sans endettement et sans s’opposer aux intérêts en place…

Impossible ?

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Monnaie nationale complémentaire (Une)

Philippe Derudder, André-Jacques Holbecq

et Le Cercle des Économistes Citoyens

Pour relever les défis humains et écologiques

Préface de Pierre Rabhi

Imaginez :

Une idée simple, transposable aux autres pays du monde, qui permettrait de répondre de façon satisfaisante à l’immense défi humain et écologique de notre siècle, en proposant de nouvelles activités épanouissantes et socialement utiles, sans impôts supplémentaires, sans endettement et sans s’opposer aux intérêts en place…

Impossible ?

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295 – monnaie pleine

Copies des pages explicatives du site  » Vollgeld  »

 

Dépôts entièrement garantis
Valeur affranchie de l’intérêt
ne dépendant plus du crédit

Il est tout à fait erroné de penser que seule la Banque nationale suisse a le privilège d’émettre de la monnaie. Ce sont les banques privées qui créent la masse monétaire sur la base des crédits qu’elles octroient à leurs clients, c’est de l’argent-dette. L’argent « fiduciaire » qui est émis sur mandat de la Confédération, ne représente que le 10ème de cette masse monétaire. Il est obtenu seulement lors du remboursement d’un montant en monnaie scripturale, lors d’un retrait au bancomat par exemple. Le reste, soit environ les 90% de la masse monétaire en circulation, est constitué de l’argent dit « scriptural ». L’octroi de crédit est guidé par le profit, les banques contrôlent entièrement le financement des initiatives entrepreneuriales et commerciales. La nature du crédit est donc une forme moderne d’asservissement de direction de l’ensemble de la société. La réforme monétaire propose de rendre à la Banque nationale suisse le monopole de l’émission de monnaie ainsi que de faire de la monnaie une valeur fiduciaire réelle et non plus la contrepartie d’une dette ou une marchandise sujette à spéculation. L’argent et son émission deviennent un service public visant à se conformer à l’intérêt national. Ci-dessous, les enjeux et étapes de cette innovation nécessaire.

N’est-il pas vrai que la Banque nationale suisse a le monopole de l’émission de monnaie ? On croit à tort que la BNS est l’institution qui, en Suisse, crée et met en circulation la monnaie. C’est bien ce rôle Continuer la lecture

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294 – Revue de lecture – N. Bouleau

Revue de lecture – « Une monnaie nationale complémentaire.
Pour relever les défis écologiques et humains »

Par Nicolas BOULEAU, économiste, membre du groupe de travail sur la finance mis en place par la Fondation pour la Nature et l’Homme. Article publié pour la première fois en avril 2011.

 

Une monnaie nationale complémentaire
Pour relever les défis humains et écologiquesPhilippe Derudder et André-Jacques Holbecq
Editions Yves Michel, 2011, 12€Il est plus utile ici de souligner l’importance des questions auxquelles cet ouvrage propose une réponse que d’en faire un résumé. Le rapport « portée de la réflexion » sur « prix de l’ouvrage » est très avantageux.

 

Comment valoriser les biens collectifs

Nourrie d’une inquiétude grandissante devant les catastrophes techniques, l’érosion du vivant, les limites de la planète et le changement climatique, la pensée écologique a développé des thèses, révolutionnaires ou réformatrices, qui dénoncent la société de consommation, le profit destructeur du capitalisme débridé, le Business as usual. Mais depuis les premières semonces, maintenant anciennes, peu de changements se sont produits : plusieurs causes de dommage reconnues continuent de croître. Nous sommes à un stade où la majorité des gens a pris conscience des tendances et de leurs conséquences mais où néanmoins les outils du passage à l’action ne sont pas là. Au point que la communication sur ces sujets devient paradoxale : l’inquiétude au niveau collectif au lieu de susciter la valorisation des biens communs, la mise en place d’institutions de mesures et de contrôle, et de préserver le cadre de vie, accentue les comportements de protection individuelle et l’égoïsme des ménages d’où une planification inopérante dans les pays pauvres, un vote en faveur de l’économie la plus libérale dans les démocraties occidentales et une industrialisation déréglementée dans les pays en développement par renforcement de la mondialisation.

Depuis longtemps les analyses de Jacques Ellul, d’André Gorz ou de Lester Brown qui plaident en faveur d’une économie écologique et durable ont pointé la nature destructrice du marché capitaliste : elle est principalement due à la quête de croissance et à la dévalorisation de fait des biens collectifs. De la valeur n’est accordée qu’aux activités et ressources qui peuvent immédiatement s’ouvrir à l’argent et en générer. Les biens qui ne sont pas déjà propriété privée sont traités comme gratuits, exception faite de ceux qui sont répertoriés comme en péril à protéger dans des nomenclatures tardives et toujours mal appliquées. Les prix de marchés ne prennent pas en compte les dommages à long terme de l’environnement. La question des taux d’intérêt et celle de l’actualisation sont au cœur de cette pseudo-rationalité envahissante. Aussi de tous les projets de réforme de l’économie, la monnaie, cette technologie sociale si efficace actuellement, est-elle sans doute l’outil le plus performant que l’on puisse réajuster.

 

Agir sur le long terme grâce à la monnaie

C’est une idée à la mode. Plusieurs personnalités et partis politiques ont évoqué récemment la création monétaire comme une éventualité sérieuse à prendre en compte pour des objectifs de redistribution sociale ou environnementaux. Est-ce possible actuellement avec quelques modifications dans la réglementation financière en Europe ? Ou bien est-ce là une utopie que le capitalisme va aisément virtualiser ? L’usage de la monnaie est fondé sur la confiance. Y toucher est délicat. Pourtant une des leçons de la tornade financière récente n’est-elle pas, in fine, que la confiance vient moins de l’imposante architecture des sièges des établissements financiers que du fait que les Etats représentent l’économie réelle due au travail des hommes ?

La masse monétaire n’est pas gérée de la même façon aux Etats-Unis ou au Japon où les Banques centrales peuvent mener une politique monétaire publique c’est-à-dire frapper monnaie pour l’Etat, et en Europe où la Banque centrale européenne et les Banques centrales nationales qui la représentent n’ont pas ce droit et ne peuvent donc jouer que sur des taux par l’intermédiaire de banques privées. En effet, l’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne stipule : « Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées «banques centrales nationales», d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. » La philosophie du traité  est d’obliger les gouvernements à emprunter à des taux fixés par le marché dans le but d’empêcher la création monétaire publique perçue comme facteur d’inflation. Cette disposition impose aux Etats de se plier au jugement privé de rentabilité qui choisit des taux variables suivant les perspectives de sécurité de remboursement.

Des difficultés graves en ont résulté pour des pays tels que la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne qui doivent emprunter à des taux bien supérieurs à ceux des pays comme la France et l’Allemagne économiquement plus crédibles. Elles ont entraîné les décisions de la BCE et du FMI que l’ont sait de création du fonds de stabilité financière européen qui a prêté à la Grèce 110 milliards d’Euros pour l’instant jusqu’en 2013. Mais ce genre d’arrangement avec la lettre du traité pour raison politique, est critiqué comme un risque indu par une part de l’électorat français et surtout allemand. Les deux logiques s’affrontent et aujourd’hui à la mi-avril 2011 les marchés prêtent à la Grèce à dix ans au taux de 14,5% et à l’Allemagne à 3,3%, de quoi méditer…

Les  banques privées créent de la monnaie de plusieurs façons, la plus évidente est qu’en moyenne le rythme global des crédits qu’elles accordent est supérieur au rythme des remboursements de prêts qu’elles reçoivent et aussi — la crise a montré que ce n’était pas une hypothèse d’école — parce que les risques de contrepartie font qu’il y a des crédits non remboursés, les montants correspondants sont de la création monétaire. Le lecteur trouvera des précisions sur ces mécanismes sur le site de l’association Chômage et monnaie et sur celui de la BCE.

 

Un des moyens de la création monétaire publique : une monnaie supplémentaire écologique

Alors que la monnaie est évidemment sociale puisqu’elle n’a pas de fondements « naturels » c’est un choix très fort de confier quasi-exclusivement à des instances privées le soin de la créer, car elle est le moyen d’action par excellence. D’un point de vue écologique, on impose ainsi au système ouvert que nous sommes comme êtres vivants la recherche de profits immédiats. De nombreux auteurs considèrent que cette stratégie financière est anachronique et que — compte tenu des problèmes globaux — le pouvoir politique doit reprendre démocratiquement la maîtrise de ce levier essentiel. Les emprunts contractés par les Etats auprès des marchés se perpétuant et se cumulant si le budget reste déficitaire — ce qui est le cas dans la plupart des Etats — on arrive à un régime permanent qui ressemble à la création monétaire publique sauf que 1) il y a rémunération des banques privées (domestiques ou internationales) 2) la charge de l’intérêt de la dette incite les Etats à utiliser la part gouvernable du budget (celle qui n’est pas promise à des frais permanents) à des placements dont la rentabilité est proche des taux privés. Le long terme, plus incertain et moins urgent, ne peut plus être envisagé et traduit en politique économique.

Des économistes aux Etats-Unis (cf. Real-World Economics Review), au Royaume Uni (cf. la revue Prosperity) et même en Allemagne (cf. le site Monetative) proposent une réappropriation publique de la création monétaire comme outil pour la maîtrise d’objectifs globaux et environnementaux. Cela pose deux sortes de difficultés.

  • Une question de gouvernance : comment limiter la création monétaire par les BCN pour les Etats. Question politique et juridique qui se complique dans le contexte européen, mais qui au fond est forcément soluble puisque ce type de responsabilité est assumé par la FED aux Etats-Unis actuellement. Elle est au demeurant hors de l’agenda européen car le pays le plus attaché au système actuel est aussi celui qui a les meilleures performances économiques.
  • Une question de mise en œuvre : comment se fait le passage entre les objectifs (définis par la politique environnementale) et des actions économiques ? Le problème est similaire à celui soulevé par le CDM, mécanisme de développement propre, où des entreprises affichent qu’elles font des investissements pour aider les pays en développement à moins polluer, et font parfois tout autre chose, en délocalisant tout simplement. Les objectifs sont des mots, leur sens est vague, les indicateurs sont plus complexes que des prix. Comment s’assurer que sous couvert d’effort vers ces objectifs les entreprises ne vont pas faire bénéficier d’autres pans de leurs activités des mécanismes d’incitation publique ?

C’est notamment en raison de ce risque de dérive que les auteurs de l’ouvrage présenté préconisent la création d’une monnaie supplémentaire utilisée par des entreprises à vocation sociétale. Leurs propositions — qui prolongent les thèses de Ph. Derudder Rendre la création monétaire à la société civile, Yves Michel 2005 — sont très convaincantes et semblent pouvoir se faire en France sans contradiction avec le système actuel, même pouvoir entraîner d’autres pays par la suite. Le style est plaisant et les technicités très pédagogiquement exposées par des analogies accessibles. L’ouvrage n’est pas dogmatique ni abstrait, il fait d’autant plus réfléchir.

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2014 en révision

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2014 de ce blog.

En voici un extrait :

Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2 700 personnes. Ce blog a été vu 56 000 fois en 2014. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 21 spectacles pour accueillir tout le monde.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

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293 – Monnaie nationale complémentaire

Une monnaie nationale complémentaire de Bien commun

La crise actuelle (économique, écologique, financière, humaine…) est le fruit d’un conditionnement de la pensée économique :

1 – On traite l’argent comme s’il avait une existence et une valeur propres, comme au temps où il était appuyé sur l’or et donc rare!
2 – Cette conception conduit à croire que le bien commun ne peut qu’être financé par redistribution de la richesse au moyen de l’impôt, présenté comme symbole de solidarité nationale!
3 – On croit enfin qu’une seule monnaie doit circuler dans un espace donné.

Eh bien NON! Depuis 1971, date à laquelle la dernière monnaie encore convertible en or, le dollar américain a abandonné cette convertibilité, la monnaie n’est qu’une unité de compte virtuelle créée par la seule volonté humaine; une convention sociale sans valeur propre et potentiellement « infinie ».

NON, la redistribution par la fiscalité ne se justifie plus. Pourquoi devrait-on aller prendre dans la poche des gens ce que la société elle-même peut créer par simple écriture sous réserve bien sûr de pouvoir détruire la monnaie excédentaire.

NON, une unique monnaie n’a rien d’impératif; l’histoire révèle que l’humanité s’est construite autour d’une diversité de monnaies sur un même territoire.

Par ailleurs, l’économie ne fait pas de distinction entre l’intérêt privé et l’intérêt collectif. Elle obéit au postulat d’Adam Smith qui supposait que l’intérêt collectif découlait de la satisfaction des intérêts particuliers par ruissellement, la prospérité des uns retombant sur les autres qui, à leur tour, redistribuent. Mais n’oublions pas qu’au XVIIIeme siècle la monnaie était matérielle et que la production occupait toute la population y compris les enfants. Pas de protection sociale, pas de retraite, pas de système de santé, pas d’école gratuite. C’est la solidarité au sein des familles et des communautés et la charité pratiquée par l’église et certains riches qui assuraient tant bien que mal le Bien commun. Quoi que le système ait évolué dans ses techniques, entre le XVIIIeme et le début du XXIeme siècle, l’idéologie est restée la même. l’État providence maintenant investi de l’intérêt collectif en conditionne le contenu à ce que les retombées fiscales lui permettent de faire. C’est une dépense dans l’économie, un handicap à la compétitivité.

Tant que la pensée économique n’admet qu’une seule monnaie sur un territoire à fortiori conçue comme si elle était matérielle, le bien commun ne peut qu’être un sous-produit de l’activité marchande toujours remis en question sous la pression des exigences qu’imposent une économie globalisée. Or à ce jour où la production marchande n’offre plus d’emploi à tous et ne peut fonctionner que dans une dynamique de croissance infinie incompatible avec ce que la planète peut soutenir, il ne peut y avoir d’avenir que si la qualité de vie est considérée comme une RICHESSE prioritaire. La nature maintenant dématérialisée de la monnaie rend ce défi possible.

Pour ce faire il « suffit » de DÉCOUPLER le Bien commun de l’activité marchande, en le traitant dans un espace économique nouveau, AUTONOME, complémentaire à l’économie marchande. Ce nouvel espace regroupe les activités dont le contenu n’a pas par nature à être considéré comme une marchandise, tel que la santé, l’éducation, la recherche fondamentale, l’eau, la transition écologique, etc … Il est régi par un statut juridique spécifique et n’a pas pour finalité le profit financier ou l’équilibre comptable mais celle de bénéfice éco-social, c’est-à-dire l’atteinte concrète des objectifs écologiques et sociaux visés pour améliorer la qualité de la Vie.

C’est le débat public, partant du local vers le global, qui détermine ce qui doit relever légitimement de chaque champ, le marchand ou l’éco-social. Quant au financement, et c’est là la clé, il n’est plus assuré par l’impôt, ni par l’emprunt, mais par l’utilisation d’une monnaie de bien commun complémentaire à la devise nationale  dont le nom reste à trouver (le socio?).
Elle est CRÉÉE EX-NIHILO par un organisme public sous mandat et contrôle citoyen, à hauteur des besoins déterminés par les projets décidés démocratiquement. Ainsi la Nation peut-elle répondre aux enjeux humains et écologiques à la hauteur qu’il convient, sans affecter ni ses relations ni son commerce extérieurs. Certaines conditions pour cela doivent toutefois être respectées :

- La monnaie de bien commun a cours exclusif à l’intérieur du territoire national et n’est pas convertible en devises (sauf dans certaines conditions) pour ne pas affecter leur cours

- Elle a cours légal de sorte que quiconque sur le territoire a obligation de l’accepter en paiement.

- Elle a parité de pouvoir d’achat avec la devise nationale pour faciliter les échanges qui peuvent se faire partout sur le territoire avec l’une ou l’autre monnaie.

- La monnaie de bien commun, à quelques exceptions près, ne donne accès qu’à des biens et services durables produits sur le territoire. Cela peut être perçu comme restrictif et désavantageux pour les personnes dont les revenus seront exclusivement en monnaie complémentaire, mais les enjeux écologiques et la finalité d’amélioration de qualité de vie exigent une consommation responsable. Il est à noter toutefois que cette exigence favorise la relocalisation de productions abandonnées, dans des conditions sociales et environnementales respectueuses. Un avantage pour tous en fin de compte.

- La monnaie de bien commun est exclusivement scripturale. Pas de pièces ni de billets; il est en effet impératif de savoir à tout instant combien il y a de monnaie en circulation pour assurer une fine gestion de la masse monétaire. La population doit être protégée par la loi contre tout risque de flicage et d’utilisation abusive des données.

- Une fiscalité s’applique à ce nouveau champ économique, dont le but n’est pas de constituer une recette redistribuable mais de destruction de cette monnaie afin d’éviter tout risque d’inflation.

Les avantages :

On ne touche pas au système marchand, donc aux intérêts dominants.

Seule la volonté nationale suffit pour mettre en œuvre ce dispositif. Pas besoin de renégocier les traités et accords internationaux. On peut supposer qu’il y aura des « indignations » et des pressions internationales hostiles, mais qui s’apaiseront dans la mesure où le but n’est pas de créer un avantage concurrentiel; il est de donner un exemple à suivre par tous.

La question de l’emploi trouve sa solution. C’est une immense gamme d’activités utiles, rémunératrices et épanouissantes qui s’offre à toutes celles et ceux qui ne se sentent plus à leur place dans le système actuel ou qui en sont exclues ou mis en marge.
La question de la dette publique trouve aussi sa solution car il n’y a plus aucune raison pour que le budget de l’État soit déficitaire. Non seulement le recours à l’emprunt pour financer la politique de Bien commun devient inutile mais il devient possible de rembourser progressivement la dette antérieure.

La pleine reconnaissance d’un espace dont la finalité est purement qualitative tirera naturellement la société vers le haut; le secteur marchand se trouvera entraîné dans cette spirale vertueuse pour répondre à la demande.

Les grandes questions de société comme la santé, l’éducation, l’alimentation, l’énergie, traditionnellement abordés par rapport aux budgets disponibles et aux intérêts économiques dominants pourront être débattus sur le fond sans que les aspects financiers viennent polluer la réflexion en y mélangeant leur logique comptable.

L’économie marchande se trouve libérée de l’impératif de croissance et peut se consacrer à l’exclusive satisfaction des besoins sans plus avoir à les créer artificiellement.

La qualité de vie ne dépend plus des performances de l’économie marchande ni du commerce extérieur. Le modèle s’étendant, des pays dits pauvres peuvent parvenir à un haut niveau de qualité de vie dans le respect de leur culture et de leurs traditions. Les problèmes liés aux mouvements migratoires si cruciaux actuellement trouvent alors une solution naturelle car, quand on est bien chez soi, pourquoi aller chez les autres sauf de le choisir?

Libérées de l’aiguillon de la nécessité et de l’obligation de marchandage, les relations internationales iront vers une pacification.

Le débat public permanent nécessaire pour déterminer les axes d’amélioration de qualité de vie à partir du local, conduira à une meilleure expression de la démocratie.

Il faut donc soutenir l’idée d’une Monnaie Nationale Complémentaire
( de Ph. Derudder et A-J Holbecq -préface de Pierre Rabhi – éditions Yves Michel -
http://www.souffledor.fr/boutique/produits_monnaie-nationale-complementaire-une__3340.html )

UMNC2

Lire aussi l’analyse de ce livre, par  Nicolas BOULEAU, économiste, membre du groupe de travail sur la finance mis en place par la Fondation pour la Nature et l’Homme.

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