Vidéos

Vous verrez que je ne suis pas très optimiste pour la période qui se profile à l’horizon de quelques années.

Vous avez d’abord ceci

Puis

Vient ensuite la série sur Youtube, de mes chroniques (presque mensuelle) pour la Radio « Ici et Maintenant » , chroniques intitulées « Maintenant ou Jamais » et en 2 parties.
(Les deux premières sont un peu « poussives » .. manque d’habitude ! )

, et tous ceux qui suivent.

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357 – Overshoot

La Terre est en « overshoot » le 2 août cette année… c’est une moyenne. Ce n’est pas partout la même date. Par exemple, pour la France, c’était le 3 mai dernier !

Précision: Le jour du dépassement calculé par pays est le jour auquel le jour du dépassement mondial se produirait si toute la population consommait comme la population du pays en question.

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356 – Hélène Rey : retour vers Allais?

Article paru sur "le Temps" le 20 juillet 2017 . Lien

Les jours de la libre circulation des capitaux sont-ils comptés?

En remettant en cause le cadre de la liberté totale de circulation des capitaux, l’économiste française Hélène Rey marche sur les traces d’un géant des sciences économiques: Maurice Allais. Ses travaux pourraient faire date, juge Ludovic Greiling

Référendum sur le Brexit, élection d’un président américain s’affichant comme protectionniste, débat sur l’euro en France… la «déglobalisation» fait parler d’elle depuis un an. Et elle s’invite désormais dans les sciences économiques. Pour la première fois en quarante ans, un économiste établi remet en cause le dogme de la liberté de circulation des capitaux.

Dépendance à l’égard du système américain

Professeure à la London Business School, Hélène Rey étudie depuis dix ans les mouvements des masses monétaires et les corrélations financières entre les différentes régions de la planète. Sa conclusion? Le poids hégémonique du système bancaire américain conduit à une dépendance des pays tiers dans leur choix de politique économique. Contrairement à ce qui est enseigné dans les universités, il n’existe aujourd’hui pas, ou peu, de compensations automatiques dans les échanges entre les nations ouvertes. Ainsi, cette dépendance économique serait valable quelle que soit l’évolution des changes (qui peut être favorable aux pays tiers), et même si leurs banques centrales fixent elles-mêmes les taux d’intérêt à court terme.

Dans le cadre actuel de la libre circulation des capitaux flottants, toute souveraineté monétaire est fortement perturbée, affirme Hélène Rey. Ses travaux ont fait parler d’elle. Invitée aux réunions des banquiers centraux ou aux colloques du FMI, elle a reçu en mai dernier, à Paris, le prix de la Fondation Maurice Allais, une structure visant à remettre au goût du jour les découvertes du premier Prix Nobel français d’économie.

Aujourd’hui considéré comme un pionnier visionnaire, le chercheur avait très tôt critiqué les réformes voulues par les Etats-Unis après la fin du système de Bretton Woods. «Maurice Allais ne s’était jamais départi de son rejet de la liberté totale des mouvements de capitaux», souligne le professeur Bertrand Munier, président du conseil scientifique de la fondation. Et pour cause: celui qui «a parfois publié des théories géniales dans des revues de quatrième ordre» y voyait l’une des causes majeures de la désindustrialisation et du chômage. Dès le début des années 80, il avait montré, graphiques et modèle économique à l’appui, que l’absence de freins domestiques aux mouvements monétaires conduisait à délocaliser les placements financiers en incitant les investisseurs à maximiser les revenus de capitaux, provoquant ici des bulles du crédit et là un assèchement soudain de liquidités. Selon Maurice Allais, ces réformes étaient responsables d’un sous-emploi et d’une désindustrialisation chroniques en Europe. Elles tendaient également à déposséder les Etats de tout pouvoir sur la politique économique et monétaire.

Les leçons de Maurice Allais

Progressivement ignorés, les travaux du grand chercheur sont aujourd’hui remis au goût du jour et de l’époque par Hélène Rey. Dans «Dilemma not Trilemma: The Global Financial Cycle and Monetary Policy Independence» (2015), complété par des analyses récentes, l’économiste montre qu’il existe des cycles mondiaux du crédit qui dépendent d’abord et avant tout de la politique monétaire des Etats-Unis et des choix de placement opérés par les gérants américains. L’Europe, l’Australie, le Japon et même la Chine protectionniste sont fortement «dollarisés», détaille-t-elle, et le moindre mouvement de taux aux Etats-Unis se répercute assez vite sur leurs économies. A leur détriment.

Les études empiriques ne montrent guère les effets positifs de la libre circulation des capitaux, mais plutôt que cette libre circulation perturbe à la fois les politiques des pays et les marchés d’actifs financiers

Bertrand Munier, président du conseil scientifique de la Fondation Maurice Allais

«Le cycle financier global ne peut pas être apprivoisé en se basant seulement sur les taux d’intérêt domestiques pour parvenir à une stabilité de la production et du système financier [local]. Il est donc nécessaire d’utiliser d’autres instruments, comme des règles macro-prudentielles et parfois des contrôles de capitaux», affirme Hélène Rey. Un pavé dans la mare de la recherche économique actuelle. «En contradiction avec les enseignements du modèle de croissance orthodoxe, les études empiriques ne montrent guère les effets positifs de la libre circulation des capitaux, mais plutôt que cette libre circulation perturbe à la fois les politiques des pays et les marchés d’actifs financiers», insiste le professeur Munier.

On l’oublie souvent, mais des contrôles de capitaux étaient appliqués jusque dans les années 70. Ils participaient à la stabilité économique locale, si l’on en croit les modèles économiques développés par Maurice Allais. Dans ce cas, pourquoi avoir mis fin à l’ancien système? Selon le Prix Nobel, des acteurs économiques en ont tiré un profit considérable. Ce sont les multinationales américaines qui ont incité Washington à imposer de telles réformes financières, dénonçait-il il y a une quinzaine d’années. Le fait est que la mondialisation financière semble avoir provoqué une importante concentration de richesse et de pouvoir. En 2011, une étude de l’Ecole polytechnique de Zurich («The network of global corporate control») avait détaillé la toile des propriétés des 43 000 plus grandes entreprises transnationales. Il en ressortait que seules 147 d’entre elles contrôlaient près de la moitié du réseau. On y trouvait principalement des sociétés financières, au premier rang desquelles… les géants états-uniens.

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355 – Création monétaire, par Romaric Godin

Reprendre le contrôle de la création monétaire pour échapper à l’austérité

10 juillet 2017 par

Source : Mediapart, https://www.mediapart.fr/journal/economie/100717/reprendre-le-controle-de-la-creation-monetaire-pour-echapper-l-austerite

Dans un ouvrage récemment paru outre-Manche, l’économiste Ann Pettifor explique pourquoi le monde ne saurait être « à court d’argent » pour financer les grands défis qui lui font face, comme l’égalité sociale et le changement climatique. La seule condition reste d’ôter aux banques le pouvoir de création monétaire qu’elles détiennent seules et sans vrai contrôle. Une lecture qui permet de relativiser les « urgences » prétendues de l’actuel gouvernement français en matière économique et financière. 

Quelques jours avant les élections générales britanniques du 7 juin dernier, la première ministre Theresa May répondait à la télévision à une infirmière qui demandait des hausses de salaires pour le personnel du service national de santé (NHS) : « Il n’y a pas d’arbre magique à argent (there is no magic money tree) que nous pourrions secouer pour disposer de l’argent que les gens désirent. » Cette réponse est un grand classique de la pensée libérale pour justifier l’austérité budgétaire sous le couvert d’un prétendu « bon sens ». Il est d’ailleurs repris ces jours-ci par le gouvernement français, qui estime que, parce que le déficit public pourrait être en 2017 de 3,2 % du PIB, plutôt que de 2,8 %, la France est entrée dans « l’état d’urgence budgétaire ».

 

En septembre 2014, le commentateur politique Jean-Michel Apathie pensait avoir liquidé en un tweet tout débat économique autour de cette réflexion : « À ceux qui disent qu’une autre politique est possible : Y A PLUS DE SOUS ! C’est clair, non ? »

 

Comme celle de Theresa May, cette prétendue clarté ne laisserait d’autre option que l’austérité budgétaire. Mais cette évidence n’est qu’apparente et dénote au mieux une incompréhension complète du système économique et financier dans lequel nous vivons. Du reste, pour financer les exigences de son allié au Parlement de Westminster, le parti ultra-conservateur unioniste nord-irlandais DUP, <a « href= »https://www.theguardian.com/commentisfree/2017/jun/27/magic-money-tree-queen-dup-theresa-may-northern-ireland &raquo; target= »_blank » rel= »noopener »>Theresa May a soudainement découvert un « arbre magique à argent » et promis un milliard de livres pour les six comtés nord-irlandais.

Quant à la France, elle n’a pas regardé s’il y avait ou non encore « des sous » lorsque, comme les autres grands pays occidentaux, elle a sauvé en quelques jours son système bancaire dans la foulée de la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008.

Bref, l’argument de « l’épuisement des caisses » ne tient pas. Pour une raison simple : le système monétaire ne fonctionne pas avec des « caisses » et l’argent est créé ex nihilo. Le comprendre permet d’avancer et d’ouvrir considérablement un débat que d’aucuns, effectivement, voudraient tant tenir fermé.

Pour ce faire, un ouvrage récemment paru en langue anglaise aux éditions Verso à Londres, The Production of Money : How To Break the Power of Bankers, est hautement précieux. Signé de l’économiste britannique Ann Pettifor, ce livre est sans doute la meilleure – et la plus claire – explication sur notre système monétaire et sur ses conséquences. Pour elle, la compréhension par les citoyens du mécanisme de la création monétaire est un moyen de faire des choix éclairés en se libérant de l’idéologie austéritaire qui s’est abattue depuis 30 ans sur le monde occidental, avec le soutien du système financier.

Dans son ouvrage, l’économiste montre avec brio que l’idée que l’argent existe en quantité limitée (et que, donc, à un moment ou à un autre, il ne puisse plus y « avoir de sous ») n’a en réalité pas de sens. Certes, l’école néoclassique a longtemps défendu cette idée que la monnaie était une « matière première » dont le prix était le taux d’intérêt. Les emprunteurs étaient donc sur un marché avec les épargnants, échangeant leurs actifs monétaires comme toute autre marchandise. Dans ce système, les banquiers ne seraient que les intermédiaires entre ces deux acteurs du marché de la monnaie. Et, effectivement, dans cette vision, lorsque l’argent manque, son prix augmente à défaut d’augmentation de l’épargne, donc de la production d’argent. Il faut donc réduire la dépense pour rétablir l’équilibre. D’où l’austérité.

Cette vision, qui sous-tend la réponse de Theresa May et la réflexion de Jean-Michel Apathie, est cependant en décalage complet avec toute réalité. Ann Pettifor souligne que « l’on ne peut jamais être à court d’argent ». Dès ses débuts, le système bancaire a, d’ailleurs, eu comme vocation de résoudre ce problème du « manque d’argent » en créant de la monnaie par le crédit pour compenser le manque d’épargne disponible. Ce crédit constitue aujourd’hui l’essentiel de la création monétaire : 95 % de la monnaie en circulation a été créée par les banques commerciales, 5 % par les banques centrales. Le système est simple : les banques accordent des crédits sur des fonds qu’elles ne possèdent pas « en caisse ». Ces fonds sont alors immédiatement crédités en dépôts et l’immense majorité de ces fonds n’est pas transformée en argent fiduciaire, concret, dont la création est du seul apanage de la banque centrale. L’argent créé n’a donc pas majoritairement besoin d’être créé par la banque centrale. Sa production relève principalement de la seule volonté des banques commerciales.

Pendant longtemps, cette création monétaire était certes en théorie limitée par des contraintes de quantité physique d’or et d’argent, ce qui limitait cette croissance du crédit. Aujourd’hui, elle l’est par les réserves et les taux de refinancement définis par les banques centrales, mais ces cadres sont peu contraignants. Le taux de refinancement durcit certes le cadre, mais si la demande est là malgré ce durcissement, comme en 2005-2006, rien n’empêchera une banque de créer encore de la monnaie.

Les banques disposent donc bien de cette capacité de créer de la monnaie « à partir de rien » (« out of thin air », écrit l’auteur) en quantité en réalité illimitée. D’autant que les banques centrales, en cas de besoin, peuvent créer également « à partir de rien » de la monnaie pour les acteurs du système financier. C’est ainsi que, chaque mois, la BCE déverse 60 milliards d’euros sur les marchés financiers et que la Fed a pu trouver 85 milliards de dollars pour sauver en 2008 la compagnie d’assurance AIG. Cette réalité, longtemps contestée, a été reconnue par la Banque d’Angleterre en 2014, et, un peu plus implicitement, encore plus récemment en avril 2017, par la Bundesbank.

Dans ce contexte, les vrais freins à la création monétaire, la vraie régulation, sont de deux ordres. Le premier, c’est la confiance. Si les banques n’ont pas confiance dans leurs débiteurs, elles ne créeront pas de monnaie en leur refusant un crédit. Le second frein, c’est la volonté des emprunteurs de disposer de fonds supplémentaires. Si elles n’ont pas de clients, les banques ne pourront pas créer de monnaie, quand bien même elles en auraient la possibilité. C’est ce qui s’est passé en zone euro entre 2013 et 2016, lorsque la BCE a ouvert les vannes du crédit, mais que les banques ont manqué d’abord de confiance, puis de demande. Le problème alors n’était pas le manque de « sous », ni le « prix de l’argent ». C’est bien la preuve que la première force de la création monétaire réside dans les banques commerciales et dans les relations avec leurs clients.

Comment reprendre le contrôle de l’argent ?

Tout ceci change considérablement la donne. L’argent ne saurait manquer. Pour l’auteur, c’est là une « bonne nouvelle ». C’est ce qu’elle appelle le « miracle d’une économie monétaire développée : l’épargne n’est PAS nécessaire au financement des achats ou de l’investissement« . Lorsque le premier ministre Édouard Philippe prétend donc vouloir favoriser l’investissement productif en modifiant la fiscalité de l’épargne, il considère que la France est une économie sous-développée et non monétarisée. « La disponibilité des moyens financiers dans une économie monétaire est à placer en contraste avec une économie pauvre et peu développée où l’épargne est la seule source de financement de l’investissement », explique Ann Pettifor.

Couverture de l'ouvrage d'Ann Pettifor © VersoCouverture de l’ouvrage d’Ann Pettifor © Verso

Le système financier a été créé pour cela : dépasser les limites de l’épargne et offrir des moyens nouveaux à l’économie. Et l’auteur de poursuivre : « Un système monétaire développé peut financer de très grands projets, des projets qui dépasseraient de loin la somme de l’épargne d’une économie. […] Cela signifie qu’une société fondée sur un système monétaire sain pourrait s’offrir une éducation gratuite et un système de santé ; elle pourrait financer le soutien aux arts autant qu’à la défense ; elle pourrait faire face aux maladies et renflouer les banques dans une crise financière. Alors que nous pouvons manquer de ressources humaines et physiques pour sortir nos économies des énergies fossiles, les besoins de la société ne devraient jamais manquer de relations financières pour faire face à ces changements vastes. » Le problème n’est pas, dès lors, de savoir « où trouver de l’argent » pour faire face aux grands défis sociaux, économiques et environnementaux, mais de savoir comment maîtriser la création monétaire. L’enjeu, dès lors, est de créer un système monétaire « sain ».

Or, comme le rappelle Ann Pettifor, notre système ne l’est pas, sain. Car le problème est évidemment que, disposant de ce pouvoir, le système financier ne l’utilise pas dans l’intérêt général, mais uniquement en faveur d’intérêts particuliers. La création monétaire favorise alors les marchés financiers eux-mêmes, et les rendements élevés et rapides qu’ils promettent. Et lorsque la mécanique se casse, il suffit de demander l’aide des États, auxquels l’on prêtera l’argent nécessaire à son propre sauvetage et dont on assurera le remboursement par une politique centrée sur le respect des créanciers, l’austérité, alors même que l’économie réelle voit son potentiel réduit par la concurrence de l’investissement financier et par les exigences de rendements. Progressivement, « les valeurs du secteur financier l’emportent sur toute autre considération », estime l’auteure, qui explique : « Ce n’est pas un hasard si la dérégulation financière a mené à la dérégulation des heures de travail. » Dans cette logique, les financiers ont évidemment tout intérêt à défendre l’idée d’une quantité limitée de monnaie qui, en réalité, leur serait réservée.

Pour Ann Pettifor, c’est cette prise de contrôle de la puissance créatrice de la monnaie par la finance qui amène aux maux actuels. Outre l’austérité, ceci conduit nécessairement à un recul de l’investissement productif sur le long terme et à un monde où les besoins essentiels ne sont pas satisfaits. En revanche, l’économie mondiale est à la merci d’un système financier centré sur lui-même et qui fait payer à« l’économie réelle » les crises causées par ses brusques pertes de confiance entre ses acteurs, comme en 2007 et 2008. Des crises destructrices qui font le jeu des nationalistes et des extrémistes, selon Ann Pettifor, en détruisant l’aptitude du politique, donc de la démocratie, à résoudre les problèmes, à combler les besoins sociaux et à orienter l’économie vers ces besoins. L’enjeu est donc majeur.

La deuxième partie de l’ouvrage propose d’explorer des solutions et l’auteure y discute les diverses propositions visant à reprendre le contrôle de la création monétaire. Elle y défend ses positions, fondées principalement sur un retour à la pensée de Keynes. Pour elle, la pensée keynésienne, limitée à un simple exercice de relance par la dépense publique, a été caricaturée afin de la discréditer. Keynes est principalement un penseur de la monnaie et du système monétaire. Son point de départ est de constituer un système monétaire sain, notamment par l’alliance entre un taux d’intérêt réel bas et une distribution de crédit réduite, un système où « la finance est soumise aux intérêts plus larges de la société ». L’inverse du système actuel, selon l’auteur. « L’abandon de Keynes a été payé d’un prix élevé : le chômage et l’appauvrissement de millions de personnes », estime-t-elle.

Cette vision lui fait REJETER les propositions de maîtrise de la création monétaire, notamment celle qui consiste à donner à la seule banque centrale la capacité de créer de la monnaie et qui sera discutée l’an prochain en Suisse, dans le cadre d’une votation baptisée « initiative monnaie pleine ». Selon elle, ce système transfère à une commission bureaucratique la création monétaire, alors même qu’elle est inspirée par la « théorie quantitative de la monnaie » qui édicte la nécessité, parfois, de réduire autoritairement la masse monétaire. Ceci comporte, selon l’auteure, le risque de prises de décisions sans contrôle démocratique inspirée par une vision dangereuse de ce qu’est la monnaie.

https://player.vimeo.com/video/130103974

Initiative monnaie pleine – Partie 1 : Emission monétaire uniquement par la Banque nationale ! from Vollgeld-Initiative on Vimeo.

Vidéo de présentation de l’initiative suisse « monnaie pleine » qui sera soumise au peuple helvétique en 2018. © Vollgeld-initiative.

Elle préfère des moyens plus simples, qui n’enlèvent rien au fonctionnement du système, mais réduisent le pouvoir autonome de la finance : établir un contrôle étroit de la distribution du crédit, renforcer les ratios de solvabilité, assurer un endettement public à taux faible pour agir plus généralement sur les taux et surtout mieux maîtriser les flux de capitaux. Ce dernier élément, qui serait réalisé par une taxe sur les transactions financières ou taxe Tobin, est la proposition la plus forte. Il s’agit non seulement de « ramener les fonds offshore dans les nations où la richesse est créée », mais aussi de retrouver des moyens d’agir. « La mobilité du capital ôte aux autorités d’un pays le pouvoir d’organiser la prospérité économique en déterminant les taux d’intérêt les plus appropriés », estime Ann Pettifor.

On notera, et ce n’est pas un hasard, que l’essentiel de ces propositions est aujourd’hui rejeté par la plupart des autorités politiques. En France, par exemple, le nouveau gouvernement soutient une moindre régulation bancaire et a abandonné tout projet européen de taxe Tobin. Ann Pettifor estime que la première condition pour ôter le « pouvoir des banquiers » est donc de développer une meilleure compréhension des mécanismes de création monétaire, en dépit de l’opposition de la majorité des universitaires. C’est seulement une fois ce travail effectué que la mobilisation citoyenne et politique pourra s’organiser.

Et, pour l’auteure, l’enjeu est particulièrement urgent pour deux causes : celle des femmes, souvent les premières victimes des coupes dans les dépenses de l’État et de la précarisation de l’emploi, et celle des défenseurs de l’environnement, qui ne peuvent espérer des politiques vraiment efficaces contre le réchauffement climatique avec l’actuel système monétaire.

 

Et c’est bien là l’essentiel actuellement pour nous, Français. La lecture de l’ouvrage d’Ann Pettifor met en relief les contradictions essentielles de la politique envisagée par le nouveau pouvoir : assurer un engagement environnemental fort et défendre et renforcer les logiques de l’actuel système monétaire et financier. Une logique suivie par Emmanuel Macron, comme jadis désirée par François Fillon qui, à l’image de Theresa May, refusait de donner plus de moyens à des infirmières « pour ne pas faire de la dette ». Mais cette lecture permet aussi d’envisager une alternative réformiste, féministe et environnementaliste à la domination actuelle du centre droit, autour de cette réforme du système monétaire.

Aussi sa traduction française pourrait-elle s’avérer indispensable.

Romaric Godin.

Source : Mediapart, https://www.mediapart.fr/journal/economie/100717/reprendre-le-controle-de-la-creation-monetaire-pour-echapper-l-austerite?onglet=full

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354 – Rachat des dettes publiques par la B.C.

Un article de  Laurent Herblay, paru sur Agoravox le samedi 24 juin 2017 et sur (son site) sous le titre « La monétisation des dettes publiques, même forte, c’est possible »

C’est un sujet fondamental dont nous devrions débattre, mais que la sortie des banques centrales du périmètre démocratique ne permet pas : le rachat par les banques centrales de la dette publique des Etats, soulageant à la fois les taux et le poids de la dette. Au sein de l’OCDE, de 10 à 40% de la dette publique a été rachetée par la banque centrale selon The Economist.

Ce pouvoir qui peut tout changer

C’est un sujet qu’André-Jacques Holbecq a cherché à populariser avec son livre, mais qui ne parvient pas à véritablement franchir le plafond de verre de ce débat public de plus en plus lyophilisé. Pourtant, les chiffres sont extraordinairement révélateurs. Le niveau de la dette publique du Japon, à 250% du PIB, peut sembler intenable, mais il ne faut pas oublier que la Banque Centrale du Japon en détient aujourd’hui près de 40%, ce qui signifie qu’en réalité, la dette nette de l’Etat japonais est plutôt autour de 150% du PIB. Mieux, en achetant pour l’équivalent de 13 à 15% du PIB de dette par an, avec un déficit budgétaire de 5% du PIB, la dette nette du pays recule de 8 à 10 points par an !

Le graphique de The Economist montre que tous les grands pays de l’OCDE ont recourt à la monétisation de la dette publique. Les chiffres de la zone euro varient entre 8 et 17% du total de la dette publique, ce qui s’explique sans doute par le fait que les banques centrales de la zone euro rachètent un même montant à proportion du PIB, mais qui représentent donc des parts différentes de la dette publique du fait de niveaux d’endettement différents. De manière intéressante, on constate aussi que la zone euro monétise moins que les autres, avec seulement 12% de dette publique détenue par les banques centrales, contre plus de 20% aux Etats-Unis, et même plus de 30% en Grande-Bretagne.

L’intérêt de la période actuelle, et du rachat grandissant de dette publique par les banques centrales, montre que ceux qui défendent cette idée (tout en ayant conscience des limites d’une utilisation exagérée, comme au Vénézuela) ont raison. Malheureusement, encore une fois, le cadre étroit, anti-social et totalitaire de UE et de l’euro empêche nos Etats d’avoir recours à ce puissant outil.

AJOUT de A-J HOLBECQ

Il faut noter que le rachat des titres de dette arrivant à échéance (dans notre cas de 711 milliards pendant la mandature 2017/2022) n’augmenterait pas la masse monétaire totale en circulation mais transfèrerait simplement ce montant au bilan de la Banque de la Banque de France, diminuant progressivement les intérêts sur le solde de la dette, intérêts qui sont la cause première des déficits budgétaires (# 40 milliards par an pour l’Etat).
Il faudrait donc parallèlement que la Banque de France « couvre » les déficits par émission monétaire (là,  nous aurions une augmentation faible et raisonnable de la masse monétaire en circulation).
N’oublions pas que les intérêts cumulés depuis près de 50 ans sont responsables de 75% du stock de dette publique de 2200 milliards.

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353 – Philippe Derudder et wikipedia

L’an dernier, wikipédia a supprimé (« manque de notoriété ») ma propre page sur son encyclopédie devenue très politique et partiale, malgré les nombreux livres, articles et conférence  que j’ai pu produire depuis 15 ans .

Les administrateurs de wikipedia sont en train de tenter la même opération avec celle de Philippe Derudder. Voici donc la page de cet auteur avec lequel j’ai écrit 3 livres, telle qu’elle apparait aujourd’hui.

Complément du 21/06/2017
Une page identique « Philippe Derudder » a été ouverte sur wikimonde


Philippe Derudder, né en 1948, est un entrepreneur français devenu auteur engagé à chercher des solutions alternatives afin de mettre l’économie au service de l’homme et de la planète1.

Sommaire

Parcours

Né en 1948, Philippe Derudder2,3,4,5,6 est pendant dix ans formé au monde de l’entreprise. En 1980, il reprend l’entreprise familiale7 qui en cinq ans prend une dimension internationale (douze agences en Europe du Nord et en Asie). En 1992, il décide de démissionner pour ne plus cautionner un système auquel il ne croit plus8. À partir de là, il va se consacrer à la recherche de solutions économiques et financières alternatives9. En décembre 2012, Philippe Derudder et son association mettent à la disposition du public une série de sept séquences vidéo intitulée La monnaie, du pouvoir d’achat au pouvoir d’être10.

L’intention déclarée est de lutter contre l’ignorance sur la véritable nature de la monnaie et de mettre en évidence les motifs qui, selon les membres de l’association, justifient une réforme fondamentale du système monétaire actuel. Philippe Derudder préconise de mettre fin à l’existence de deux catégories de monnaie : celle de la banque centrale, prêteur en dernier ressort, et celle des banques commerciales. Le système des réserves fractionnaires repose sur cette dualité. En effet, observe-t-il, depuis le « choc Nixon » et la dématérialisation consécutive de la monnaie (c’est-à-dire la rupture de tout lien avec un stock de métaux précieux), le système des réserves fractionnaires n’a plus de nécessité. Cependant, il constitue une survivance historique qui peut contribuer a l’instabilité du système financier (avec l’existence d’un risque systémique portant sur le bien public que constitue la sécurité des encaisses des ménages et des entreprises).

Philippe Derudder, actuellement en retraite, anime des conférences11,12,13,14,15,16 et des séminaires sur l’économie alternative, les monnaies complémentaires, et la reforme du système monétaire, qu’il juge à la fois souhaitable et fortement émancipatrice17. Il participe activement au développement de nouvelles monnaies locales en France18 et au Canada19.

Il anime une association, AISES20 (Association internationale pour le soutien aux économies sociétales), dont le but est de promouvoir les recherches et actions favorisant le développement d’économies au service de l’homme et de l’équilibre écologique.

Philippe Derudder partage un certain nombre de thèses avec André-Jacques Holbecq21,22, mais aussi avec Étienne Chouard23. Celles-ci ont pu être critiquées dans certains médias comme par exemple dans Arrêt sur images24 ainsi que dans la revue Alternatives économiques25.

Œuvres

Notes et références

  1. « Pourquoi Paris n’a pas sa monnaie? », Slate.fr,‎ 28 décembre 2015 (lire en ligne [archive])
  2. « Qui est Philippe Derudder ? – Editions Yves Michel », Editions Yves Michel,‎ 28 septembre 2012 (lire en ligne [archive])
  3. « Philippe Derudder | trilogies » [archive], sur http://www.trilogies.org, 2012 (consulté le 24 mars 2017)
  4. Philippe Derudder, « Philippe Derudder », Magazine,‎ 2013 (lire en ligne [archive])
  5. « Philippe Derudder » [archive], sur http://www.socioeco.org, mars 2017 (consulté le 22 mars 2017)
  6. Librairie Dialogues, « Philippe Derudder » [archive], sur http://www.librairiedialogues.fr, 2005 (consulté le 22 mars 2017)
  7. « DERUDDER – Transitaire maritime, aérien, logistique internationale » [archive], sur http://www.derudder.com (consulté le 21 mars 2017)
  8. « Philippe Derudder «  Créatifs ensemble » [archive], sur http://www.creatifs-ensemble.fr, 2013 (consulté le 22 mars 2017)
  9. « Philippe Derudder » [archive], sur Pearltrees, mars 2014 (consulté le 22 mars 2017)
  10. JeanRex974, « La Monnaie – Du pouvoir d’Achat au pouvoir d’Etre – Philippe Derudder (vs intégrale) » [archive], 17 décembre 2012 (consulté le 21 mars 2017)
  11. « Conférence autour de la monnaie locale » [archive] (consulté le 1er octobre 2016)
  12. « Lannemezan. La sonnante : une nouvelle monnaie ? » [archive] (consulté le 1er octobre 2016)
  13. Centre France, « La monnaie locale complémentaire sera mise en circulation fin mai par « Le Chemin limousin » » [archive] (consulté le 1er octobre 2016)
  14. « Rencontres publiques avec Philippe Derudder : conférences et ateliers automne 2016 – Editions Yves Michel », Editions Yves Michel,‎ 28 septembre 2016 (lire en ligne [archive])
  15. Collectif Sarka-SPIP, « Conférence de Philippe DERUDDER « La monnaie locale », jeudi 18 mai 2017 à 19h45 à Joigny – La Cagnole, monnaie citoyenne de l’Yonne » [archive], sur http://www.lacagnole.fr (consulté le 21 mars 2017)
  16. « Une monnaie locale débarque à Bordeaux – Bordeaux en transition » [archive], sur http://www.bordeaux-transition.org (consulté le 21 mars 2017)
  17. Daniel Giguère, « Entrevue avec Philippe Derudder, Million-Être – Million-Être », Million-Être,‎ 9 mai 2011 (lire en ligne [archive])
  18. « Lancement de La Roue : monnaie complémentaire locale – APEAS » [archive], sur http://www.apeas.fr, 20 mai 2011 (consulté le 21 mars 2017)
  19. « Philippe Derudder | Monnaie Locale Complémentaire à Québec » [archive], sur http://www.mlcquebec.org (consulté le 21 mars 2017)
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  21. postjorion, « 269 – Derudder – Holbecq: Manifeste… » [archive], sur Le blog d’André-Jacques HOLBECQ, 24 janvier 2013 (consulté le 21 mars 2017)
  22. folamour, « La dette publique : une affaire rentable ? », Crashdebug.fr, l’actualité sans détour,‎ 19 février 2012 (lire en ligne [archive])
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  28. « Une monnaie au service du Bien commun – Editions Yves Michel » [archive], sur http://www.yvesmichel.org, 2016 (consulté le 22 mars 2017)

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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352 – Lerner, finance fonctionnelle, budget public.

Transcription de l’article de Contreinfo

Lerner, la finance fonctionnelle et le mythe de la contrainte budgétaire, par Randall Wray

13 janvier 2012

Dans cette présentation des principes de la finance fonctionnelle développée par Abba Lerner, l’économiste post-keynésien Randall Wray, citant le prix Nobel d’économie Paul Samuelson, rappelle que celui-ci assimilait à une « religion », une « superstition » l’idée qu’un gouvernement utilisant sa propre monnaie doive équilibrer son budget. Selon Samuelson ce mythe était nécessaire pour « effrayer la population afin qu’elle se comporte de la manière souhaitée, » et permettre ainsi d’éviter que les électeurs n’exigent de leurs gouvernants trop de dépenses. Ce faisant, poursuit Wray, « l’idée que l’équilibre budgétaire soit souhaitable n’a rien à voir avec « la capacité de financement » et les analogies entre le budget du ménage et un budget du gouvernement ne sont pas fondées. En réalité, s’il est nécessaire de limiter les dépenses du gouvernement grâce à un « mythe », c’est précisément parce qu’il n’est pas réellement confronté à une contrainte budgétaire. »

Par Randall Wray, New Economic Perspectives, Université de Kansas City, 8 janvier 2012 – extrait

Nous voulons exposer aujourd’hui l’approche d’Abba Lerner, qui, dans les années 1940, a développé ce qu’il nommait la finance fonctionnelle.

La finance fonctionnelle de Lerner repose sur deux principes :

Premier principe : si le revenu national est trop faible, le gouvernement doit dépenser plus. Le chômage apporte une preuve suffisante de cette situation. L’existence du chômage signifie donc que les des dépenses publiques sont trop faibles.

Deuxième principe : si le taux d’intérêt dans le pays est trop élevé, cela signifie que le gouvernement doit mettre en circulation davantage de monnaie, principalement sous la forme de réserves bancaires.

L’idée est assez simple. Un gouvernement qui émet sa propre monnaie dispose de marges de manœuvre dans ses politiques fiscale et monétaire qui lui permettent de dépenser suffisamment pour ramener l’économie au plein emploi et de fixer le taux d’intérêt directeur là où il le souhaite. (Nous aborderons les régimes de change plus tard ; un système de taux de change fixe nécessite de revenir sur cette affirmation.) Pour une nation souveraine, la capacité de financement n’est pas un problème. Elle dépense en créditant des comptes bancaires avec ses propres reconnaissances de dettes – sa monnaie – chose dont elle ne peut jamais manquer. S’il existe du chômage, le gouvernement peut toujours se permettre d’embaucher – et par définition, les chômeurs sont prêts à travailler contre rémunération.

Lerner était conscient que cela ne signifiait pas que le gouvernement doive dépenser comme si le « ciel était la seule limite. » Un emballement de ces dépenses serait inflationniste. Lorsque Lerner a formulé l’approche de la finance fonctionnelle, au début des années 1940, l’inflation n’était pas une préoccupation majeure. L’Amérique venait de subir une période de déflation, durant la Grande Dépression. Cependant, au fil du temps, l’inflation est devenue une préoccupation sérieuse, et Lerner a proposé une forme de contrôle des prix et des salaires pour limiter l’inflation qui se manifeste lorsque l’économie se rapproche du plein emploi. Que ce soit ou non un moyen efficace et souhaitable d’atténuer les pressions inflationnistes n’entre pas dans notre propos ici. La question centrale, c’est que Lerner affirmait seulement que le gouvernement devrait utiliser sa capacité à dépenser en ayant en vue de ramener l’économie en direction du plein emploi, tout en reconnaissant qu’il pourrait y avoir à adopter des mesures pour lutter contre l’inflation.

Lerner rejetait la notion de « finances saines », selon laquelle le gouvernement devrait gérer son budget comme un ménage ou une entreprise. Il ne voyait aucune raison pour que le gouvernement veuille équilibrer son budget chaque année, ou sur un cycle économique, ou toute autre périodicité. Pour Lerner, des « finances saines » (en équilibre budgétaire) n’étaient pas « fonctionnelle », en ce sens qu’elles n’aidaient pas à la réalisation des objectifs de la société (y compris, par exemple, le plein emploi). Si le budget pouvait à l’occasion être équilibré, ainsi soit-il, mais s’il ne l’était jamais, ce serait tout aussi bien. Il rejetait également toute règle tentant de maintenir le déficit budgétaire en dessous d’un pourcentage spécifique du PIB, ainsi que tout ratio arbitraire de dette par rapport au PIB. Le « bon » niveau de déficit serait celui qui réaliserait le plein emploi.

[…]

Finance fonctionnelle & Superstition.

L’approche de la finance fonctionnelle de Lerner a été pratiquement oubliée depuis les années 1970. En effet, elle a été remplacée dans le milieu universitaire par ce que l’on connait sous l’appellation de « contrainte budgétaire du gouvernement ». Cette idée est également simple : les dépenses d’un gouvernement sont contraintes par ses recettes fiscales, sa capacité à emprunter (vendre des obligations) et « imprimer de l’argent ». Dans cette perspective, le gouvernement dépense réellement l’argent obtenu par ses recettes fiscales et emprunte sur les marchés afin de financer un déficit. Si tout cela échoue, il peut faire fonctionner la planche à billet, mais la plupart des économistes détestent cette solution car elle est considérée comme hautement inflationniste. En effet, les économistes se réfèrent constamment à des épisodes tels que l’Allemagne hyperinflationniste de la République de Weimar, l’expérience de la Hongrie, ou dans les temps modernes, du Zimbabwe, présentées comme autant de mises en garde contre le financement des dépenses publiques par la création monétaire.

[…]

[Ces conceptions économiques ] amènent à la vision propagée par les médias et les décideurs politiques : celle d’un gouvernement qui dépense toujours plus que ses recettes fiscales et « vit au-dessus de ses moyens », flirtant avec l’« insolvabilité » parce que finalement les marchés lui « coupent le crédit ». Bien sûr, la plupart des macro-économistes ne commettent pas cette erreur et reconnaissent qu’un gouvernement souverain ne peut pas réellement devenir insolvable dans sa propre monnaie. Ils savent que le gouvernement peut tenir toutes ses promesses lorsqu’elles arrivent à échéance, car il peut utiliser la « planche à billet ». Mais ils tremblent pourtant à cette idée, car cela ferait courir le risque de l’inflation ou de l’hyperinflation. Parmi les responsables politiques – tout au moins aux États-Unis – le débat est beaucoup plus confus. Le président Obama a par exemple affirmé plusieurs fois durant l’année 2010 que le gouvernement américain était « à cours d’argent » – comme un ménage qui aurait dépensé tout ce qu’il aurait économisé dans une cassette.

Comment en est-on arrivé là ? Comment pouvons-nous avoir oublié ce que Lerner avait clairement expliqué et compris ?

Dans une interview très intéressante réalisée pour un documentaire de Mark Blaug sur John Maynard Keynes, le prix Nobel d’économie Paul Samuelson expliquait ceci :

« Je pense qu’il y a un élément de vérité dans l’idée selon laquelle la superstition que le budget doive être équilibré en tout temps [est nécessaire]. Une fois [que cette superstition] est disséquée [cela] enlève l’un des remparts que toute société doit avoir à l’encontre de dépenses hors de tout contrôle. Il doit y avoir une discipline dans l’allocation des ressources, sinon c’est un chaos anarchique et une absence d’efficacité. L’une des fonctions de la religion traditionnelle était d’effrayer les gens – par ce qui pourrait être considéré parfois comme des mythes – afin qu’ils se comportent de la manière qu’exige la vie civilisée. Nous avons aboli la croyance en la nécessité intrinsèque d’équilibrer le budget, si ce n’est à chaque année, [au moins] sur chaque période à court terme. Si le Premier ministre Gladstone revenait à la vie, il s’exclamerait « Oh, qu’avez-vous fait ? » et James Buchanan s’exprime ainsi. Je dois dire que je vois un certain mérite dans cette opinion. »

La croyance que le gouvernement doive équilibrer son budget à une certaine échéance est assimilée à une « religion », une « superstition », nécessaire pour effrayer la population afin qu’elle se comporte de la manière souhaitée. Sinon, les électeurs pourraient exiger que leurs gouvernants dépensent trop, provoquant ainsi l’inflation. De ce fait, l’idée que l’équilibre budgétaire soit souhaitable n’a rien à voir avec « la capacité de financement » et les analogies entre le budget du ménage et un budget du gouvernement ne sont pas fondées. En réalité, s’il est nécessaire de limiter les dépenses du gouvernement grâce à un « mythe », c’est précisément parce qu’il n’est pas réellement confronté à une contrainte budgétaire.

Les Etats-Unis (et de nombreux autres pays) ont réellement connu des pressions inflationnistes de la fin des années 1960 jusqu’aux années 1990 (au moins périodiquement). Ceux qui pensaient que l’inflation était provoquée par des dépenses publiques excessives ont contribué à créer la « religion » de l’équilibre du budget, pour lutter contre l’inflation. Le problème, c’est que ce qui a débuté comme quelque chose que les économistes et les responsables politiques savaient être un « mythe » en est arrivé à être pris pour une vérité. Des conceptions fausses se sont installées.

A l’origine, ce mythe était « fonctionnel » en ce sens qu’il posait une contrainte sur un gouvernement qui sinon aurait été trop dépensier, créant de l’inflation et mettant en danger l’arrimage du dollar à l’or. Mais comme beaucoup de mythes utiles, celui-ci a fini par devenir nocif, en un exemple de ce que John Kenneth Galbraith appelle une « fraude innocente », une croyance injustifiée qui empêche d’agir convenablement. Les gouvernements souverains ont commencé à croire qu’ils ne pouvaient réellement pas « se permettre » de mettre en oeuvre les politiques souhaitées, victimes de la croyance qu’ils pourraient devenir insolvables. Ironiquement, au coeur de la pire crise économique depuis la Grande Dépression des années 1930, le président Obama a affirmé à plusieurs reprises que le gouvernement américain était « à court d’argent », qu’il ne pouvait pas se permettre de faire la politique que la plupart pensaient souhaitable. Lorsque le chômage a augmenté de près de 10%, le gouvernement a été paralysé, et n’a pas pu adopter la politique que préconisait Lerner : dépenser suffisamment pour ramener l’économie vers le plein emploi.

Pourtant, pendant la crise, la Fed (ainsi que d’autres banques centrales, dont la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon) ont appliqué le second principe de Lerner : fournir plus de réserves aux banques suffit à maintenir le taux d’intérêt interbancaire à un taux quasi nul. Elle l’a fait en acquérant des actifs financiers auprès des banques (une politique dite de « quantitative easing », ou assouplissement quantitatif), à un niveau record (1 750 milliards de dollars durant la première phase, avec un montant prévu de 600 milliards supplémentaires pour la deuxième phase). Ben Bernanke, le gouverneur de la Fed, a été pressé de questions par le Congrès qui voulait savoir comment il avait obtenu tout cet « argent » pour acheter ces obligations. Il a (correctement) répondu que la Fed l’avait simplement créé en créditant les réserves des banques, et ce en frappant sur les touches d’un clavier d’ordinateur. La Fed ne peut jamais manquer d’ « argent », elle peut se permettre d’acquérir tous les titres financiers que les banques sont prêtes à vendre. Et pourtant, nous avons un président (ainsi que de nombreux économistes de profession, tout comme la plupart des politiques au Congrès) qui croient que le gouvernement « manque d’argent » ! On « frappe » beaucoup sur les claviers pour acheter des actifs financiers, mais pas pour payer les salaires.

Cela indique à quel point ce mythe est devenu dysfonctionnel.


Publication originale New Economic Perspectives, traduction Contre Info

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