357 – Overshoot

La Terre est en « overshoot » le 2 août cette année… c’est une moyenne. Ce n’est pas partout la même date. Par exemple, pour la France, c’était le 3 mai dernier !

Précision: Le jour du dépassement calculé par pays est le jour auquel le jour du dépassement mondial se produirait si toute la population consommait comme la population du pays en question.

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356 – Hélène Rey : retour vers Allais?

Article paru sur "le Temps" le 20 juillet 2017 . Lien

Les jours de la libre circulation des capitaux sont-ils comptés?

En remettant en cause le cadre de la liberté totale de circulation des capitaux, l’économiste française Hélène Rey marche sur les traces d’un géant des sciences économiques: Maurice Allais. Ses travaux pourraient faire date, juge Ludovic Greiling

Référendum sur le Brexit, élection d’un président américain s’affichant comme protectionniste, débat sur l’euro en France… la «déglobalisation» fait parler d’elle depuis un an. Et elle s’invite désormais dans les sciences économiques. Pour la première fois en quarante ans, un économiste établi remet en cause le dogme de la liberté de circulation des capitaux.

Dépendance à l’égard du système américain

Professeure à la London Business School, Hélène Rey étudie depuis dix ans les mouvements des masses monétaires et les corrélations financières entre les différentes régions de la planète. Sa conclusion? Le poids hégémonique du système bancaire américain conduit à une dépendance des pays tiers dans leur choix de politique économique. Contrairement à ce qui est enseigné dans les universités, il n’existe aujourd’hui pas, ou peu, de compensations automatiques dans les échanges entre les nations ouvertes. Ainsi, cette dépendance économique serait valable quelle que soit l’évolution des changes (qui peut être favorable aux pays tiers), et même si leurs banques centrales fixent elles-mêmes les taux d’intérêt à court terme.

Dans le cadre actuel de la libre circulation des capitaux flottants, toute souveraineté monétaire est fortement perturbée, affirme Hélène Rey. Ses travaux ont fait parler d’elle. Invitée aux réunions des banquiers centraux ou aux colloques du FMI, elle a reçu en mai dernier, à Paris, le prix de la Fondation Maurice Allais, une structure visant à remettre au goût du jour les découvertes du premier Prix Nobel français d’économie.

Aujourd’hui considéré comme un pionnier visionnaire, le chercheur avait très tôt critiqué les réformes voulues par les Etats-Unis après la fin du système de Bretton Woods. «Maurice Allais ne s’était jamais départi de son rejet de la liberté totale des mouvements de capitaux», souligne le professeur Bertrand Munier, président du conseil scientifique de la fondation. Et pour cause: celui qui «a parfois publié des théories géniales dans des revues de quatrième ordre» y voyait l’une des causes majeures de la désindustrialisation et du chômage. Dès le début des années 80, il avait montré, graphiques et modèle économique à l’appui, que l’absence de freins domestiques aux mouvements monétaires conduisait à délocaliser les placements financiers en incitant les investisseurs à maximiser les revenus de capitaux, provoquant ici des bulles du crédit et là un assèchement soudain de liquidités. Selon Maurice Allais, ces réformes étaient responsables d’un sous-emploi et d’une désindustrialisation chroniques en Europe. Elles tendaient également à déposséder les Etats de tout pouvoir sur la politique économique et monétaire.

Les leçons de Maurice Allais

Progressivement ignorés, les travaux du grand chercheur sont aujourd’hui remis au goût du jour et de l’époque par Hélène Rey. Dans «Dilemma not Trilemma: The Global Financial Cycle and Monetary Policy Independence» (2015), complété par des analyses récentes, l’économiste montre qu’il existe des cycles mondiaux du crédit qui dépendent d’abord et avant tout de la politique monétaire des Etats-Unis et des choix de placement opérés par les gérants américains. L’Europe, l’Australie, le Japon et même la Chine protectionniste sont fortement «dollarisés», détaille-t-elle, et le moindre mouvement de taux aux Etats-Unis se répercute assez vite sur leurs économies. A leur détriment.

Les études empiriques ne montrent guère les effets positifs de la libre circulation des capitaux, mais plutôt que cette libre circulation perturbe à la fois les politiques des pays et les marchés d’actifs financiers

Bertrand Munier, président du conseil scientifique de la Fondation Maurice Allais

«Le cycle financier global ne peut pas être apprivoisé en se basant seulement sur les taux d’intérêt domestiques pour parvenir à une stabilité de la production et du système financier [local]. Il est donc nécessaire d’utiliser d’autres instruments, comme des règles macro-prudentielles et parfois des contrôles de capitaux», affirme Hélène Rey. Un pavé dans la mare de la recherche économique actuelle. «En contradiction avec les enseignements du modèle de croissance orthodoxe, les études empiriques ne montrent guère les effets positifs de la libre circulation des capitaux, mais plutôt que cette libre circulation perturbe à la fois les politiques des pays et les marchés d’actifs financiers», insiste le professeur Munier.

On l’oublie souvent, mais des contrôles de capitaux étaient appliqués jusque dans les années 70. Ils participaient à la stabilité économique locale, si l’on en croit les modèles économiques développés par Maurice Allais. Dans ce cas, pourquoi avoir mis fin à l’ancien système? Selon le Prix Nobel, des acteurs économiques en ont tiré un profit considérable. Ce sont les multinationales américaines qui ont incité Washington à imposer de telles réformes financières, dénonçait-il il y a une quinzaine d’années. Le fait est que la mondialisation financière semble avoir provoqué une importante concentration de richesse et de pouvoir. En 2011, une étude de l’Ecole polytechnique de Zurich («The network of global corporate control») avait détaillé la toile des propriétés des 43 000 plus grandes entreprises transnationales. Il en ressortait que seules 147 d’entre elles contrôlaient près de la moitié du réseau. On y trouvait principalement des sociétés financières, au premier rang desquelles… les géants états-uniens.

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355 – Création monétaire, par Romaric Godin

Reprendre le contrôle de la création monétaire pour échapper à l’austérité

10 juillet 2017 par

Source : Mediapart, https://www.mediapart.fr/journal/economie/100717/reprendre-le-controle-de-la-creation-monetaire-pour-echapper-l-austerite

Dans un ouvrage récemment paru outre-Manche, l’économiste Ann Pettifor explique pourquoi le monde ne saurait être « à court d’argent » pour financer les grands défis qui lui font face, comme l’égalité sociale et le changement climatique. La seule condition reste d’ôter aux banques le pouvoir de création monétaire qu’elles détiennent seules et sans vrai contrôle. Une lecture qui permet de relativiser les « urgences » prétendues de l’actuel gouvernement français en matière économique et financière. 

Quelques jours avant les élections générales britanniques du 7 juin dernier, la première ministre Theresa May répondait à la télévision à une infirmière qui demandait des hausses de salaires pour le personnel du service national de santé (NHS) : « Il n’y a pas d’arbre magique à argent (there is no magic money tree) que nous pourrions secouer pour disposer de l’argent que les gens désirent. » Cette réponse est un grand classique de la pensée libérale pour justifier l’austérité budgétaire sous le couvert d’un prétendu « bon sens ». Il est d’ailleurs repris ces jours-ci par le gouvernement français, qui estime que, parce que le déficit public pourrait être en 2017 de 3,2 % du PIB, plutôt que de 2,8 %, la France est entrée dans « l’état d’urgence budgétaire ».

 

En septembre 2014, le commentateur politique Jean-Michel Apathie pensait avoir liquidé en un tweet tout débat économique autour de cette réflexion : « À ceux qui disent qu’une autre politique est possible : Y A PLUS DE SOUS ! C’est clair, non ? »

 

Comme celle de Theresa May, cette prétendue clarté ne laisserait d’autre option que l’austérité budgétaire. Mais cette évidence n’est qu’apparente et dénote au mieux une incompréhension complète du système économique et financier dans lequel nous vivons. Du reste, pour financer les exigences de son allié au Parlement de Westminster, le parti ultra-conservateur unioniste nord-irlandais DUP, <a « href= »https://www.theguardian.com/commentisfree/2017/jun/27/magic-money-tree-queen-dup-theresa-may-northern-ireland &raquo; target= »_blank » rel= »noopener »>Theresa May a soudainement découvert un « arbre magique à argent » et promis un milliard de livres pour les six comtés nord-irlandais.

Quant à la France, elle n’a pas regardé s’il y avait ou non encore « des sous » lorsque, comme les autres grands pays occidentaux, elle a sauvé en quelques jours son système bancaire dans la foulée de la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008.

Bref, l’argument de « l’épuisement des caisses » ne tient pas. Pour une raison simple : le système monétaire ne fonctionne pas avec des « caisses » et l’argent est créé ex nihilo. Le comprendre permet d’avancer et d’ouvrir considérablement un débat que d’aucuns, effectivement, voudraient tant tenir fermé.

Pour ce faire, un ouvrage récemment paru en langue anglaise aux éditions Verso à Londres, The Production of Money : How To Break the Power of Bankers, est hautement précieux. Signé de l’économiste britannique Ann Pettifor, ce livre est sans doute la meilleure – et la plus claire – explication sur notre système monétaire et sur ses conséquences. Pour elle, la compréhension par les citoyens du mécanisme de la création monétaire est un moyen de faire des choix éclairés en se libérant de l’idéologie austéritaire qui s’est abattue depuis 30 ans sur le monde occidental, avec le soutien du système financier.

Dans son ouvrage, l’économiste montre avec brio que l’idée que l’argent existe en quantité limitée (et que, donc, à un moment ou à un autre, il ne puisse plus y « avoir de sous ») n’a en réalité pas de sens. Certes, l’école néoclassique a longtemps défendu cette idée que la monnaie était une « matière première » dont le prix était le taux d’intérêt. Les emprunteurs étaient donc sur un marché avec les épargnants, échangeant leurs actifs monétaires comme toute autre marchandise. Dans ce système, les banquiers ne seraient que les intermédiaires entre ces deux acteurs du marché de la monnaie. Et, effectivement, dans cette vision, lorsque l’argent manque, son prix augmente à défaut d’augmentation de l’épargne, donc de la production d’argent. Il faut donc réduire la dépense pour rétablir l’équilibre. D’où l’austérité.

Cette vision, qui sous-tend la réponse de Theresa May et la réflexion de Jean-Michel Apathie, est cependant en décalage complet avec toute réalité. Ann Pettifor souligne que « l’on ne peut jamais être à court d’argent ». Dès ses débuts, le système bancaire a, d’ailleurs, eu comme vocation de résoudre ce problème du « manque d’argent » en créant de la monnaie par le crédit pour compenser le manque d’épargne disponible. Ce crédit constitue aujourd’hui l’essentiel de la création monétaire : 95 % de la monnaie en circulation a été créée par les banques commerciales, 5 % par les banques centrales. Le système est simple : les banques accordent des crédits sur des fonds qu’elles ne possèdent pas « en caisse ». Ces fonds sont alors immédiatement crédités en dépôts et l’immense majorité de ces fonds n’est pas transformée en argent fiduciaire, concret, dont la création est du seul apanage de la banque centrale. L’argent créé n’a donc pas majoritairement besoin d’être créé par la banque centrale. Sa production relève principalement de la seule volonté des banques commerciales.

Pendant longtemps, cette création monétaire était certes en théorie limitée par des contraintes de quantité physique d’or et d’argent, ce qui limitait cette croissance du crédit. Aujourd’hui, elle l’est par les réserves et les taux de refinancement définis par les banques centrales, mais ces cadres sont peu contraignants. Le taux de refinancement durcit certes le cadre, mais si la demande est là malgré ce durcissement, comme en 2005-2006, rien n’empêchera une banque de créer encore de la monnaie.

Les banques disposent donc bien de cette capacité de créer de la monnaie « à partir de rien » (« out of thin air », écrit l’auteur) en quantité en réalité illimitée. D’autant que les banques centrales, en cas de besoin, peuvent créer également « à partir de rien » de la monnaie pour les acteurs du système financier. C’est ainsi que, chaque mois, la BCE déverse 60 milliards d’euros sur les marchés financiers et que la Fed a pu trouver 85 milliards de dollars pour sauver en 2008 la compagnie d’assurance AIG. Cette réalité, longtemps contestée, a été reconnue par la Banque d’Angleterre en 2014, et, un peu plus implicitement, encore plus récemment en avril 2017, par la Bundesbank.

Dans ce contexte, les vrais freins à la création monétaire, la vraie régulation, sont de deux ordres. Le premier, c’est la confiance. Si les banques n’ont pas confiance dans leurs débiteurs, elles ne créeront pas de monnaie en leur refusant un crédit. Le second frein, c’est la volonté des emprunteurs de disposer de fonds supplémentaires. Si elles n’ont pas de clients, les banques ne pourront pas créer de monnaie, quand bien même elles en auraient la possibilité. C’est ce qui s’est passé en zone euro entre 2013 et 2016, lorsque la BCE a ouvert les vannes du crédit, mais que les banques ont manqué d’abord de confiance, puis de demande. Le problème alors n’était pas le manque de « sous », ni le « prix de l’argent ». C’est bien la preuve que la première force de la création monétaire réside dans les banques commerciales et dans les relations avec leurs clients.

Comment reprendre le contrôle de l’argent ?

Tout ceci change considérablement la donne. L’argent ne saurait manquer. Pour l’auteur, c’est là une « bonne nouvelle ». C’est ce qu’elle appelle le « miracle d’une économie monétaire développée : l’épargne n’est PAS nécessaire au financement des achats ou de l’investissement« . Lorsque le premier ministre Édouard Philippe prétend donc vouloir favoriser l’investissement productif en modifiant la fiscalité de l’épargne, il considère que la France est une économie sous-développée et non monétarisée. « La disponibilité des moyens financiers dans une économie monétaire est à placer en contraste avec une économie pauvre et peu développée où l’épargne est la seule source de financement de l’investissement », explique Ann Pettifor.

Couverture de l'ouvrage d'Ann Pettifor © VersoCouverture de l’ouvrage d’Ann Pettifor © Verso

Le système financier a été créé pour cela : dépasser les limites de l’épargne et offrir des moyens nouveaux à l’économie. Et l’auteur de poursuivre : « Un système monétaire développé peut financer de très grands projets, des projets qui dépasseraient de loin la somme de l’épargne d’une économie. […] Cela signifie qu’une société fondée sur un système monétaire sain pourrait s’offrir une éducation gratuite et un système de santé ; elle pourrait financer le soutien aux arts autant qu’à la défense ; elle pourrait faire face aux maladies et renflouer les banques dans une crise financière. Alors que nous pouvons manquer de ressources humaines et physiques pour sortir nos économies des énergies fossiles, les besoins de la société ne devraient jamais manquer de relations financières pour faire face à ces changements vastes. » Le problème n’est pas, dès lors, de savoir « où trouver de l’argent » pour faire face aux grands défis sociaux, économiques et environnementaux, mais de savoir comment maîtriser la création monétaire. L’enjeu, dès lors, est de créer un système monétaire « sain ».

Or, comme le rappelle Ann Pettifor, notre système ne l’est pas, sain. Car le problème est évidemment que, disposant de ce pouvoir, le système financier ne l’utilise pas dans l’intérêt général, mais uniquement en faveur d’intérêts particuliers. La création monétaire favorise alors les marchés financiers eux-mêmes, et les rendements élevés et rapides qu’ils promettent. Et lorsque la mécanique se casse, il suffit de demander l’aide des États, auxquels l’on prêtera l’argent nécessaire à son propre sauvetage et dont on assurera le remboursement par une politique centrée sur le respect des créanciers, l’austérité, alors même que l’économie réelle voit son potentiel réduit par la concurrence de l’investissement financier et par les exigences de rendements. Progressivement, « les valeurs du secteur financier l’emportent sur toute autre considération », estime l’auteure, qui explique : « Ce n’est pas un hasard si la dérégulation financière a mené à la dérégulation des heures de travail. » Dans cette logique, les financiers ont évidemment tout intérêt à défendre l’idée d’une quantité limitée de monnaie qui, en réalité, leur serait réservée.

Pour Ann Pettifor, c’est cette prise de contrôle de la puissance créatrice de la monnaie par la finance qui amène aux maux actuels. Outre l’austérité, ceci conduit nécessairement à un recul de l’investissement productif sur le long terme et à un monde où les besoins essentiels ne sont pas satisfaits. En revanche, l’économie mondiale est à la merci d’un système financier centré sur lui-même et qui fait payer à« l’économie réelle » les crises causées par ses brusques pertes de confiance entre ses acteurs, comme en 2007 et 2008. Des crises destructrices qui font le jeu des nationalistes et des extrémistes, selon Ann Pettifor, en détruisant l’aptitude du politique, donc de la démocratie, à résoudre les problèmes, à combler les besoins sociaux et à orienter l’économie vers ces besoins. L’enjeu est donc majeur.

La deuxième partie de l’ouvrage propose d’explorer des solutions et l’auteure y discute les diverses propositions visant à reprendre le contrôle de la création monétaire. Elle y défend ses positions, fondées principalement sur un retour à la pensée de Keynes. Pour elle, la pensée keynésienne, limitée à un simple exercice de relance par la dépense publique, a été caricaturée afin de la discréditer. Keynes est principalement un penseur de la monnaie et du système monétaire. Son point de départ est de constituer un système monétaire sain, notamment par l’alliance entre un taux d’intérêt réel bas et une distribution de crédit réduite, un système où « la finance est soumise aux intérêts plus larges de la société ». L’inverse du système actuel, selon l’auteur. « L’abandon de Keynes a été payé d’un prix élevé : le chômage et l’appauvrissement de millions de personnes », estime-t-elle.

Cette vision lui fait REJETER les propositions de maîtrise de la création monétaire, notamment celle qui consiste à donner à la seule banque centrale la capacité de créer de la monnaie et qui sera discutée l’an prochain en Suisse, dans le cadre d’une votation baptisée « initiative monnaie pleine ». Selon elle, ce système transfère à une commission bureaucratique la création monétaire, alors même qu’elle est inspirée par la « théorie quantitative de la monnaie » qui édicte la nécessité, parfois, de réduire autoritairement la masse monétaire. Ceci comporte, selon l’auteure, le risque de prises de décisions sans contrôle démocratique inspirée par une vision dangereuse de ce qu’est la monnaie.

https://player.vimeo.com/video/130103974

Initiative monnaie pleine – Partie 1 : Emission monétaire uniquement par la Banque nationale ! from Vollgeld-Initiative on Vimeo.

Vidéo de présentation de l’initiative suisse « monnaie pleine » qui sera soumise au peuple helvétique en 2018. © Vollgeld-initiative.

Elle préfère des moyens plus simples, qui n’enlèvent rien au fonctionnement du système, mais réduisent le pouvoir autonome de la finance : établir un contrôle étroit de la distribution du crédit, renforcer les ratios de solvabilité, assurer un endettement public à taux faible pour agir plus généralement sur les taux et surtout mieux maîtriser les flux de capitaux. Ce dernier élément, qui serait réalisé par une taxe sur les transactions financières ou taxe Tobin, est la proposition la plus forte. Il s’agit non seulement de « ramener les fonds offshore dans les nations où la richesse est créée », mais aussi de retrouver des moyens d’agir. « La mobilité du capital ôte aux autorités d’un pays le pouvoir d’organiser la prospérité économique en déterminant les taux d’intérêt les plus appropriés », estime Ann Pettifor.

On notera, et ce n’est pas un hasard, que l’essentiel de ces propositions est aujourd’hui rejeté par la plupart des autorités politiques. En France, par exemple, le nouveau gouvernement soutient une moindre régulation bancaire et a abandonné tout projet européen de taxe Tobin. Ann Pettifor estime que la première condition pour ôter le « pouvoir des banquiers » est donc de développer une meilleure compréhension des mécanismes de création monétaire, en dépit de l’opposition de la majorité des universitaires. C’est seulement une fois ce travail effectué que la mobilisation citoyenne et politique pourra s’organiser.

Et, pour l’auteure, l’enjeu est particulièrement urgent pour deux causes : celle des femmes, souvent les premières victimes des coupes dans les dépenses de l’État et de la précarisation de l’emploi, et celle des défenseurs de l’environnement, qui ne peuvent espérer des politiques vraiment efficaces contre le réchauffement climatique avec l’actuel système monétaire.

 

Et c’est bien là l’essentiel actuellement pour nous, Français. La lecture de l’ouvrage d’Ann Pettifor met en relief les contradictions essentielles de la politique envisagée par le nouveau pouvoir : assurer un engagement environnemental fort et défendre et renforcer les logiques de l’actuel système monétaire et financier. Une logique suivie par Emmanuel Macron, comme jadis désirée par François Fillon qui, à l’image de Theresa May, refusait de donner plus de moyens à des infirmières « pour ne pas faire de la dette ». Mais cette lecture permet aussi d’envisager une alternative réformiste, féministe et environnementaliste à la domination actuelle du centre droit, autour de cette réforme du système monétaire.

Aussi sa traduction française pourrait-elle s’avérer indispensable.

Romaric Godin.

Source : Mediapart, https://www.mediapart.fr/journal/economie/100717/reprendre-le-controle-de-la-creation-monetaire-pour-echapper-l-austerite?onglet=full

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354 – Rachat des dettes publiques par la B.C.

Un article de  Laurent Herblay, paru sur Agoravox le samedi 24 juin 2017 et sur (son site) sous le titre « La monétisation des dettes publiques, même forte, c’est possible »

C’est un sujet fondamental dont nous devrions débattre, mais que la sortie des banques centrales du périmètre démocratique ne permet pas : le rachat par les banques centrales de la dette publique des Etats, soulageant à la fois les taux et le poids de la dette. Au sein de l’OCDE, de 10 à 40% de la dette publique a été rachetée par la banque centrale selon The Economist.

Ce pouvoir qui peut tout changer

C’est un sujet qu’André-Jacques Holbecq a cherché à populariser avec son livre, mais qui ne parvient pas à véritablement franchir le plafond de verre de ce débat public de plus en plus lyophilisé. Pourtant, les chiffres sont extraordinairement révélateurs. Le niveau de la dette publique du Japon, à 250% du PIB, peut sembler intenable, mais il ne faut pas oublier que la Banque Centrale du Japon en détient aujourd’hui près de 40%, ce qui signifie qu’en réalité, la dette nette de l’Etat japonais est plutôt autour de 150% du PIB. Mieux, en achetant pour l’équivalent de 13 à 15% du PIB de dette par an, avec un déficit budgétaire de 5% du PIB, la dette nette du pays recule de 8 à 10 points par an !

Le graphique de The Economist montre que tous les grands pays de l’OCDE ont recourt à la monétisation de la dette publique. Les chiffres de la zone euro varient entre 8 et 17% du total de la dette publique, ce qui s’explique sans doute par le fait que les banques centrales de la zone euro rachètent un même montant à proportion du PIB, mais qui représentent donc des parts différentes de la dette publique du fait de niveaux d’endettement différents. De manière intéressante, on constate aussi que la zone euro monétise moins que les autres, avec seulement 12% de dette publique détenue par les banques centrales, contre plus de 20% aux Etats-Unis, et même plus de 30% en Grande-Bretagne.

L’intérêt de la période actuelle, et du rachat grandissant de dette publique par les banques centrales, montre que ceux qui défendent cette idée (tout en ayant conscience des limites d’une utilisation exagérée, comme au Vénézuela) ont raison. Malheureusement, encore une fois, le cadre étroit, anti-social et totalitaire de UE et de l’euro empêche nos Etats d’avoir recours à ce puissant outil.

AJOUT de A-J HOLBECQ

Il faut noter que le rachat des titres de dette arrivant à échéance (dans notre cas de 711 milliards pendant la mandature 2017/2022) n’augmenterait pas la masse monétaire totale en circulation mais transfèrerait simplement ce montant au bilan de la Banque de la Banque de France, diminuant progressivement les intérêts sur le solde de la dette, intérêts qui sont la cause première des déficits budgétaires (# 40 milliards par an pour l’Etat).
Il faudrait donc parallèlement que la Banque de France « couvre » les déficits par émission monétaire (là,  nous aurions une augmentation faible et raisonnable de la masse monétaire en circulation).
N’oublions pas que les intérêts cumulés depuis près de 50 ans sont responsables de 75% du stock de dette publique de 2200 milliards.

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353 – Philippe Derudder et wikipedia

L’an dernier, wikipédia a supprimé (« manque de notoriété ») ma propre page sur son encyclopédie devenue très politique et partiale, malgré les nombreux livres, articles et conférence  que j’ai pu produire depuis 15 ans .

Les administrateurs de wikipedia sont en train de tenter la même opération avec celle de Philippe Derudder. Voici donc la page de cet auteur avec lequel j’ai écrit 3 livres, telle qu’elle apparait aujourd’hui.

Complément du 21/06/2017
Une page identique « Philippe Derudder » a été ouverte sur wikimonde


Philippe Derudder, né en 1948, est un entrepreneur français devenu auteur engagé à chercher des solutions alternatives afin de mettre l’économie au service de l’homme et de la planète1.

Sommaire

Parcours

Né en 1948, Philippe Derudder2,3,4,5,6 est pendant dix ans formé au monde de l’entreprise. En 1980, il reprend l’entreprise familiale7 qui en cinq ans prend une dimension internationale (douze agences en Europe du Nord et en Asie). En 1992, il décide de démissionner pour ne plus cautionner un système auquel il ne croit plus8. À partir de là, il va se consacrer à la recherche de solutions économiques et financières alternatives9. En décembre 2012, Philippe Derudder et son association mettent à la disposition du public une série de sept séquences vidéo intitulée La monnaie, du pouvoir d’achat au pouvoir d’être10.

L’intention déclarée est de lutter contre l’ignorance sur la véritable nature de la monnaie et de mettre en évidence les motifs qui, selon les membres de l’association, justifient une réforme fondamentale du système monétaire actuel. Philippe Derudder préconise de mettre fin à l’existence de deux catégories de monnaie : celle de la banque centrale, prêteur en dernier ressort, et celle des banques commerciales. Le système des réserves fractionnaires repose sur cette dualité. En effet, observe-t-il, depuis le « choc Nixon » et la dématérialisation consécutive de la monnaie (c’est-à-dire la rupture de tout lien avec un stock de métaux précieux), le système des réserves fractionnaires n’a plus de nécessité. Cependant, il constitue une survivance historique qui peut contribuer a l’instabilité du système financier (avec l’existence d’un risque systémique portant sur le bien public que constitue la sécurité des encaisses des ménages et des entreprises).

Philippe Derudder, actuellement en retraite, anime des conférences11,12,13,14,15,16 et des séminaires sur l’économie alternative, les monnaies complémentaires, et la reforme du système monétaire, qu’il juge à la fois souhaitable et fortement émancipatrice17. Il participe activement au développement de nouvelles monnaies locales en France18 et au Canada19.

Il anime une association, AISES20 (Association internationale pour le soutien aux économies sociétales), dont le but est de promouvoir les recherches et actions favorisant le développement d’économies au service de l’homme et de l’équilibre écologique.

Philippe Derudder partage un certain nombre de thèses avec André-Jacques Holbecq21,22, mais aussi avec Étienne Chouard23. Celles-ci ont pu être critiquées dans certains médias comme par exemple dans Arrêt sur images24 ainsi que dans la revue Alternatives économiques25.

Œuvres

Notes et références

  1. « Pourquoi Paris n’a pas sa monnaie? », Slate.fr,‎ 28 décembre 2015 (lire en ligne [archive])
  2. « Qui est Philippe Derudder ? – Editions Yves Michel », Editions Yves Michel,‎ 28 septembre 2012 (lire en ligne [archive])
  3. « Philippe Derudder | trilogies » [archive], sur http://www.trilogies.org, 2012 (consulté le 24 mars 2017)
  4. Philippe Derudder, « Philippe Derudder », Magazine,‎ 2013 (lire en ligne [archive])
  5. « Philippe Derudder » [archive], sur http://www.socioeco.org, mars 2017 (consulté le 22 mars 2017)
  6. Librairie Dialogues, « Philippe Derudder » [archive], sur http://www.librairiedialogues.fr, 2005 (consulté le 22 mars 2017)
  7. « DERUDDER – Transitaire maritime, aérien, logistique internationale » [archive], sur http://www.derudder.com (consulté le 21 mars 2017)
  8. « Philippe Derudder «  Créatifs ensemble » [archive], sur http://www.creatifs-ensemble.fr, 2013 (consulté le 22 mars 2017)
  9. « Philippe Derudder » [archive], sur Pearltrees, mars 2014 (consulté le 22 mars 2017)
  10. JeanRex974, « La Monnaie – Du pouvoir d’Achat au pouvoir d’Etre – Philippe Derudder (vs intégrale) » [archive], 17 décembre 2012 (consulté le 21 mars 2017)
  11. « Conférence autour de la monnaie locale » [archive] (consulté le 1er octobre 2016)
  12. « Lannemezan. La sonnante : une nouvelle monnaie ? » [archive] (consulté le 1er octobre 2016)
  13. Centre France, « La monnaie locale complémentaire sera mise en circulation fin mai par « Le Chemin limousin » » [archive] (consulté le 1er octobre 2016)
  14. « Rencontres publiques avec Philippe Derudder : conférences et ateliers automne 2016 – Editions Yves Michel », Editions Yves Michel,‎ 28 septembre 2016 (lire en ligne [archive])
  15. Collectif Sarka-SPIP, « Conférence de Philippe DERUDDER « La monnaie locale », jeudi 18 mai 2017 à 19h45 à Joigny – La Cagnole, monnaie citoyenne de l’Yonne » [archive], sur http://www.lacagnole.fr (consulté le 21 mars 2017)
  16. « Une monnaie locale débarque à Bordeaux – Bordeaux en transition » [archive], sur http://www.bordeaux-transition.org (consulté le 21 mars 2017)
  17. Daniel Giguère, « Entrevue avec Philippe Derudder, Million-Être – Million-Être », Million-Être,‎ 9 mai 2011 (lire en ligne [archive])
  18. « Lancement de La Roue : monnaie complémentaire locale – APEAS » [archive], sur http://www.apeas.fr, 20 mai 2011 (consulté le 21 mars 2017)
  19. « Philippe Derudder | Monnaie Locale Complémentaire à Québec » [archive], sur http://www.mlcquebec.org (consulté le 21 mars 2017)
  20. Site de l’Association Internationale pour le soutien aux économies Sociétales [archive].
  21. postjorion, « 269 – Derudder – Holbecq: Manifeste… » [archive], sur Le blog d’André-Jacques HOLBECQ, 24 janvier 2013 (consulté le 21 mars 2017)
  22. folamour, « La dette publique : une affaire rentable ? », Crashdebug.fr, l’actualité sans détour,‎ 19 février 2012 (lire en ligne [archive])
  23. « Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens » [archive], sur etienne.chouard.free.fr (consulté le 21 mars 2017)
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  25. http://www.alternatives-economiques.fr/les-10-plus-gros-mensonges-sur-l-economie-par-philippe-derudder-et-andre-jacques-holbecq_fr_art_211_25108.html [archive]
  26. Derudder, Philippe. Auteur du texte et Derudder, Philippe, « BnF Catalogue général » [archive], sur catalogue.bnf.fr, 1er janvier 1997 (consulté le 9 décembre 2016)
  27. Jacques Atlan, Petit guide des mille et une monnaies locales d’aujourd’hui, Toulon, Les presses du midi, 2012, 100 p. (ISBN 978-2-8127-0398-0)
  28. « Une monnaie au service du Bien commun – Editions Yves Michel » [archive], sur http://www.yvesmichel.org, 2016 (consulté le 22 mars 2017)

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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352 – Lerner, finance fonctionnelle, budget public.

Transcription de l’article de Contreinfo

Lerner, la finance fonctionnelle et le mythe de la contrainte budgétaire, par Randall Wray

13 janvier 2012

Dans cette présentation des principes de la finance fonctionnelle développée par Abba Lerner, l’économiste post-keynésien Randall Wray, citant le prix Nobel d’économie Paul Samuelson, rappelle que celui-ci assimilait à une « religion », une « superstition » l’idée qu’un gouvernement utilisant sa propre monnaie doive équilibrer son budget. Selon Samuelson ce mythe était nécessaire pour « effrayer la population afin qu’elle se comporte de la manière souhaitée, » et permettre ainsi d’éviter que les électeurs n’exigent de leurs gouvernants trop de dépenses. Ce faisant, poursuit Wray, « l’idée que l’équilibre budgétaire soit souhaitable n’a rien à voir avec « la capacité de financement » et les analogies entre le budget du ménage et un budget du gouvernement ne sont pas fondées. En réalité, s’il est nécessaire de limiter les dépenses du gouvernement grâce à un « mythe », c’est précisément parce qu’il n’est pas réellement confronté à une contrainte budgétaire. »

Par Randall Wray, New Economic Perspectives, Université de Kansas City, 8 janvier 2012 – extrait

Nous voulons exposer aujourd’hui l’approche d’Abba Lerner, qui, dans les années 1940, a développé ce qu’il nommait la finance fonctionnelle.

La finance fonctionnelle de Lerner repose sur deux principes :

Premier principe : si le revenu national est trop faible, le gouvernement doit dépenser plus. Le chômage apporte une preuve suffisante de cette situation. L’existence du chômage signifie donc que les des dépenses publiques sont trop faibles.

Deuxième principe : si le taux d’intérêt dans le pays est trop élevé, cela signifie que le gouvernement doit mettre en circulation davantage de monnaie, principalement sous la forme de réserves bancaires.

L’idée est assez simple. Un gouvernement qui émet sa propre monnaie dispose de marges de manœuvre dans ses politiques fiscale et monétaire qui lui permettent de dépenser suffisamment pour ramener l’économie au plein emploi et de fixer le taux d’intérêt directeur là où il le souhaite. (Nous aborderons les régimes de change plus tard ; un système de taux de change fixe nécessite de revenir sur cette affirmation.) Pour une nation souveraine, la capacité de financement n’est pas un problème. Elle dépense en créditant des comptes bancaires avec ses propres reconnaissances de dettes – sa monnaie – chose dont elle ne peut jamais manquer. S’il existe du chômage, le gouvernement peut toujours se permettre d’embaucher – et par définition, les chômeurs sont prêts à travailler contre rémunération.

Lerner était conscient que cela ne signifiait pas que le gouvernement doive dépenser comme si le « ciel était la seule limite. » Un emballement de ces dépenses serait inflationniste. Lorsque Lerner a formulé l’approche de la finance fonctionnelle, au début des années 1940, l’inflation n’était pas une préoccupation majeure. L’Amérique venait de subir une période de déflation, durant la Grande Dépression. Cependant, au fil du temps, l’inflation est devenue une préoccupation sérieuse, et Lerner a proposé une forme de contrôle des prix et des salaires pour limiter l’inflation qui se manifeste lorsque l’économie se rapproche du plein emploi. Que ce soit ou non un moyen efficace et souhaitable d’atténuer les pressions inflationnistes n’entre pas dans notre propos ici. La question centrale, c’est que Lerner affirmait seulement que le gouvernement devrait utiliser sa capacité à dépenser en ayant en vue de ramener l’économie en direction du plein emploi, tout en reconnaissant qu’il pourrait y avoir à adopter des mesures pour lutter contre l’inflation.

Lerner rejetait la notion de « finances saines », selon laquelle le gouvernement devrait gérer son budget comme un ménage ou une entreprise. Il ne voyait aucune raison pour que le gouvernement veuille équilibrer son budget chaque année, ou sur un cycle économique, ou toute autre périodicité. Pour Lerner, des « finances saines » (en équilibre budgétaire) n’étaient pas « fonctionnelle », en ce sens qu’elles n’aidaient pas à la réalisation des objectifs de la société (y compris, par exemple, le plein emploi). Si le budget pouvait à l’occasion être équilibré, ainsi soit-il, mais s’il ne l’était jamais, ce serait tout aussi bien. Il rejetait également toute règle tentant de maintenir le déficit budgétaire en dessous d’un pourcentage spécifique du PIB, ainsi que tout ratio arbitraire de dette par rapport au PIB. Le « bon » niveau de déficit serait celui qui réaliserait le plein emploi.

[…]

Finance fonctionnelle & Superstition.

L’approche de la finance fonctionnelle de Lerner a été pratiquement oubliée depuis les années 1970. En effet, elle a été remplacée dans le milieu universitaire par ce que l’on connait sous l’appellation de « contrainte budgétaire du gouvernement ». Cette idée est également simple : les dépenses d’un gouvernement sont contraintes par ses recettes fiscales, sa capacité à emprunter (vendre des obligations) et « imprimer de l’argent ». Dans cette perspective, le gouvernement dépense réellement l’argent obtenu par ses recettes fiscales et emprunte sur les marchés afin de financer un déficit. Si tout cela échoue, il peut faire fonctionner la planche à billet, mais la plupart des économistes détestent cette solution car elle est considérée comme hautement inflationniste. En effet, les économistes se réfèrent constamment à des épisodes tels que l’Allemagne hyperinflationniste de la République de Weimar, l’expérience de la Hongrie, ou dans les temps modernes, du Zimbabwe, présentées comme autant de mises en garde contre le financement des dépenses publiques par la création monétaire.

[…]

[Ces conceptions économiques ] amènent à la vision propagée par les médias et les décideurs politiques : celle d’un gouvernement qui dépense toujours plus que ses recettes fiscales et « vit au-dessus de ses moyens », flirtant avec l’« insolvabilité » parce que finalement les marchés lui « coupent le crédit ». Bien sûr, la plupart des macro-économistes ne commettent pas cette erreur et reconnaissent qu’un gouvernement souverain ne peut pas réellement devenir insolvable dans sa propre monnaie. Ils savent que le gouvernement peut tenir toutes ses promesses lorsqu’elles arrivent à échéance, car il peut utiliser la « planche à billet ». Mais ils tremblent pourtant à cette idée, car cela ferait courir le risque de l’inflation ou de l’hyperinflation. Parmi les responsables politiques – tout au moins aux États-Unis – le débat est beaucoup plus confus. Le président Obama a par exemple affirmé plusieurs fois durant l’année 2010 que le gouvernement américain était « à cours d’argent » – comme un ménage qui aurait dépensé tout ce qu’il aurait économisé dans une cassette.

Comment en est-on arrivé là ? Comment pouvons-nous avoir oublié ce que Lerner avait clairement expliqué et compris ?

Dans une interview très intéressante réalisée pour un documentaire de Mark Blaug sur John Maynard Keynes, le prix Nobel d’économie Paul Samuelson expliquait ceci :

« Je pense qu’il y a un élément de vérité dans l’idée selon laquelle la superstition que le budget doive être équilibré en tout temps [est nécessaire]. Une fois [que cette superstition] est disséquée [cela] enlève l’un des remparts que toute société doit avoir à l’encontre de dépenses hors de tout contrôle. Il doit y avoir une discipline dans l’allocation des ressources, sinon c’est un chaos anarchique et une absence d’efficacité. L’une des fonctions de la religion traditionnelle était d’effrayer les gens – par ce qui pourrait être considéré parfois comme des mythes – afin qu’ils se comportent de la manière qu’exige la vie civilisée. Nous avons aboli la croyance en la nécessité intrinsèque d’équilibrer le budget, si ce n’est à chaque année, [au moins] sur chaque période à court terme. Si le Premier ministre Gladstone revenait à la vie, il s’exclamerait « Oh, qu’avez-vous fait ? » et James Buchanan s’exprime ainsi. Je dois dire que je vois un certain mérite dans cette opinion. »

La croyance que le gouvernement doive équilibrer son budget à une certaine échéance est assimilée à une « religion », une « superstition », nécessaire pour effrayer la population afin qu’elle se comporte de la manière souhaitée. Sinon, les électeurs pourraient exiger que leurs gouvernants dépensent trop, provoquant ainsi l’inflation. De ce fait, l’idée que l’équilibre budgétaire soit souhaitable n’a rien à voir avec « la capacité de financement » et les analogies entre le budget du ménage et un budget du gouvernement ne sont pas fondées. En réalité, s’il est nécessaire de limiter les dépenses du gouvernement grâce à un « mythe », c’est précisément parce qu’il n’est pas réellement confronté à une contrainte budgétaire.

Les Etats-Unis (et de nombreux autres pays) ont réellement connu des pressions inflationnistes de la fin des années 1960 jusqu’aux années 1990 (au moins périodiquement). Ceux qui pensaient que l’inflation était provoquée par des dépenses publiques excessives ont contribué à créer la « religion » de l’équilibre du budget, pour lutter contre l’inflation. Le problème, c’est que ce qui a débuté comme quelque chose que les économistes et les responsables politiques savaient être un « mythe » en est arrivé à être pris pour une vérité. Des conceptions fausses se sont installées.

A l’origine, ce mythe était « fonctionnel » en ce sens qu’il posait une contrainte sur un gouvernement qui sinon aurait été trop dépensier, créant de l’inflation et mettant en danger l’arrimage du dollar à l’or. Mais comme beaucoup de mythes utiles, celui-ci a fini par devenir nocif, en un exemple de ce que John Kenneth Galbraith appelle une « fraude innocente », une croyance injustifiée qui empêche d’agir convenablement. Les gouvernements souverains ont commencé à croire qu’ils ne pouvaient réellement pas « se permettre » de mettre en oeuvre les politiques souhaitées, victimes de la croyance qu’ils pourraient devenir insolvables. Ironiquement, au coeur de la pire crise économique depuis la Grande Dépression des années 1930, le président Obama a affirmé à plusieurs reprises que le gouvernement américain était « à court d’argent », qu’il ne pouvait pas se permettre de faire la politique que la plupart pensaient souhaitable. Lorsque le chômage a augmenté de près de 10%, le gouvernement a été paralysé, et n’a pas pu adopter la politique que préconisait Lerner : dépenser suffisamment pour ramener l’économie vers le plein emploi.

Pourtant, pendant la crise, la Fed (ainsi que d’autres banques centrales, dont la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon) ont appliqué le second principe de Lerner : fournir plus de réserves aux banques suffit à maintenir le taux d’intérêt interbancaire à un taux quasi nul. Elle l’a fait en acquérant des actifs financiers auprès des banques (une politique dite de « quantitative easing », ou assouplissement quantitatif), à un niveau record (1 750 milliards de dollars durant la première phase, avec un montant prévu de 600 milliards supplémentaires pour la deuxième phase). Ben Bernanke, le gouverneur de la Fed, a été pressé de questions par le Congrès qui voulait savoir comment il avait obtenu tout cet « argent » pour acheter ces obligations. Il a (correctement) répondu que la Fed l’avait simplement créé en créditant les réserves des banques, et ce en frappant sur les touches d’un clavier d’ordinateur. La Fed ne peut jamais manquer d’ « argent », elle peut se permettre d’acquérir tous les titres financiers que les banques sont prêtes à vendre. Et pourtant, nous avons un président (ainsi que de nombreux économistes de profession, tout comme la plupart des politiques au Congrès) qui croient que le gouvernement « manque d’argent » ! On « frappe » beaucoup sur les claviers pour acheter des actifs financiers, mais pas pour payer les salaires.

Cela indique à quel point ce mythe est devenu dysfonctionnel.


Publication originale New Economic Perspectives, traduction Contre Info

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351 – abc du déficit budgétaire (3)

La différence cruciale entre un système monétaire basé sur une monnaie convertible en or et une monnaie fiduciaire (fiat) est que sous un système étalon-or, le gouvernement national doit émettre de la dette pour couvrir ses dépenses au delà des revenus de l’impôt.
La fin de Bretton Woods fut l’interruption finale entre les matières premières qui ont une valeur intrinsèque et les monnaies nominales.
Depuis ce moment, les gouvernements ont utilisés la monnaie fiduciaire (fiat) comme base du système monétaire.Une des conclusion fondamentale de MMT est qu’il n’y a pas de différence fonctionnelle (pour un État souverain émetteur en monopole de sa monnaie dans un monde à taux de change flottant) entre un « bon du Trésor » et la « monnaie », sauf en ce qui concerne le terme (intérêts contre aucun intérêt) et la durée.

Ainsi, il n’y a pas de différence entre un déficit « financé » par l’émission d’obligations et par la création monétaire directe – les deux sont « inflationnistes » (ou non) dans le sens où ils ajoutent à la demande globale, et les deux ajoutent des actifs financiers nets (monnaie) au secteur privé.

Le croque-mitaine de la « planche à billets » est une relique de l’époque de l’étalon-or, dans lequel la « monnaie » était convertible en or et la « dette » ne l’était pas.
Les ressources réelles peuvent être « imprimées » à la condition qu’il y ait des capacités inutilisées dans l’économie. Si le gouvernement embauche les chômeurs, le travail qui est effectué est un travail qui n’aurait pas été réalisé autrement et représente une production qui aurait été perdue à jamais.

L’abc du déficit budgétaire – Troisième partie

2 Mars 2009

Bill Mitchell est Professeur de recherche en économie et Directeur du Centre du Plein Emploi et Équité (CofFEE), a l’Université de Newcastle, NSW Australia.

C’est la troisième partie de l’abc du déficit budgétaire, qui est une série que j’écris pour aider a comprendre pourquoi nous ne devons pas avoir peur des déficits. Dans ce blog nous considérons les impacts du déficit sur le système bancaire pour dissiper les mythes récurrents que les déficits augmentent les besoins d’emprunt du gouvernement et qu’ils poussent les taux d’intérêts a la hausse. Les deux arguments sont apparentés.

Les conclusions importantes sont: (a) les déficits introduisent des dynamiques qui mettent une pression a la baisse sur les taux d’intérêts; et (b) l’émission de dette par le gouvernement ne « finance » pas sa dépense.
La dette est émise pour soutenir la politique monétaire qui s’exprime par la volonté de la RBA (banque centrale australienne) de maintenir un taux d’intérêt ciblé.

Dans L’abc du déficit budgétaire – Première partie, (V.O. ici) j’ai fourni un diagramme qui décrivait la relation verticale entre le gouvernement et le secteur non-gouvernemental par lequel les actifs financiers nets (monnaie) entrent et sortent de l’économie.
Quelles sont ces transactions verticales entre le gouvernement et le secteur non-gouvernemental et quel est leur importance dans la compréhension du fonctionnement de l’économie?
Voici un autre diagramme apparenté (pris de mon dernier livre « Le plein emploi abandonné: sables mouvants et échecs politiques« ) pour aider a la connexion des pièces.
Je vous suggère de cliquer sur l’image ci-dessous pour l’afficher dans une nouvelle fenêtre et l’imprimer pour l’avoir à côté de vous pendant que vous lisez le reste du texte.

Relations monétaires verticales et horizontales

Vous verrez que ce diagramme comporte plus de détails que le diagramme original de la Première partie, qui montrait les relations essentielles entre les secteurs gouvernemental et non-gouvernemental arrangés verticalement.

En vous concentrant d’abord sur la chaine verticale, vous verrez que l’assujettissement à l’impôt se trouve tout en bas du composant vertical, exogène, de la monnaie. Le secteur gouvernemental consolidé (le Trésor et RBA (banque centrale)) est au sommet de la chaîne verticale parce qu’il est l’émetteur exclusif de la monnaie. La section du graphique du milieu est occupée par le secteur (non-gouvernemental) privé. Il échange des marchandises et des services pour les unités monétaires de l’état, paie des impôts, et accumule le résiduel (qui est dans le sens comptable, les dépenses fédérales) sous la forme: d’especes en circulation, des réserves (soldes bancaires detenues par les banques commerciales a la RBA) ou des obligations (bonds du Trésor) gouvernementales ou des titres (dépôts; offert par la RBA).

Les unités monétaires utilisées pour le paiement des impôts sont consumées (détruites) dans le processus de paiement. Étant donné que le gouvernement national peut émettre des unités monétaires papier ou des informations comptables a la RBA à volonté, les paiements des taxes ne fournissent pas a l’Etat une capacité supplémentaire (reflux) de dépense.

Les deux branches du gouvernement (le trésor et la banque centrale) ont un impact sur le stock d’actifs financiers accumulés dans le secteur non-gouvernemental et la composition des actifs.
Le déficit gouvernemental (les opérations du trésor) détermine le stock cumulé d’actifs financiers dans le secteur privé. Les décisions de la banque centrale déterminent alors la composition de ce stock en termes de billets et pièces de monnaie (espèces), de réserves bancaires et d’obligations d’État.

Le diagramme ci-dessus montre comment le stock cumulé est détenu dans ce que nous désignons par « la boite a trésor » du Secteur Non-gouvernemental, qui entrepose les stocks de monnaie fiduciaire (fiat), les réserves bancaires et les obligations d’État. J’ai inventé cette analogie de « boite a trésor » pour désabuser le public de la notion que quelque part à Canberra (capitale australienne) il y avait un endroit de stockage où le gouvernement national mettait à part tous ces excédents budgétaires pour une utilisation postérieure — ce qui était l’affirmation principale du régime fédéral précédent. Il n’y a en réalité aucun endroit de stockage parce que quand un excédent est exécuté, le pouvoir d’achat est détruit pour toujours. Cependant, le secteur non-gouvernemental a certainement un « boite a trésor » dans le système bancaire et ailleurs.

Tous les paiements provenant du secteur gouvernemental en direction du secteur non-gouvernemental qui ne finance pas l’assujettissement à l’impôt, restent dans le secteur non-gouvernemental sous forme d’espèces, de réserves ou d’obligations. Donc nous pouvons comprendre le stockage d’actifs financiers dans la « boite a trésor » comme étant l’image en miroir des déficits budgétaires cumulés.

Les impôts sont au bas de la chaîne verticale exogène et vont droit au dépotoir, ce qui souligne qu’ils ne financent rien. Tandis que les impôts réduisent le solde des comptes bancaires du secteur privé, le Gouvernement n’obtient en réalité rien — les réductions du solde sont comptabilisées, mais ne vont nulle part. Ainsi le concept d’épargne faite par un gouvernement émetteur de sa propre monnaie fiat n’a aucune pertinence. Les gouvernements peuvent utiliser leurs dépenses nettes pour acheter les actifs stockés (dépensant les surplus en or par exemple ou, comme en Australie, d’actifs financiers du secteur privé stockés dans le « Future Fund ») mais ce n’est pas la même chose de dire que, quand les gouvernements font des surplus budgétaires (les impôts sont en excès par rapport aux dépenses), les fonds sont stockés et peuvent être dépensés dans l’avenir. Ce concept est erroné. Finalement, les paiements résultant de la vente d’obligation sont aussi comptabilisés comme une ponction sur la liquidité, mais vont aussi au « dépotoir ».

Les marchés du crédit privés représentent les relations horizontales (décrites par les flèches horizontales) et logent l’activité de crédit par effet de levier par les banques commerciales, entreprises, et ménages (y compris étranger) que de nombreux économistes de tradition Post Keynésienne considèrent être un circuit endogène de la monnaie. La distinction cruciale est que les transactions horizontales ne créent pas d’actifs financiers nets — tous les actifs créés sont compensés par une dette équivalente donc le résultat net de ces transactions est égal a zéro.
Les implications de cela vont être examinées bientôt quand nous considèrerons l’impact de la dépense nette du gouvernement sur la liquidité et le rôle de l’émission d’obligation d’État.

L’autre point important est que l’activité d’endettement privé, dont le résultat net est zéro, n’est pas une partie opérationnelle de la « boite a trésor » ou sont stockés monnaie, réserves ou bons.
Les banques commerciales n’ont pas besoin de réserves pour générer du crédit, contrairement a la représentation populaire faite dans les livres économiques standards.

Les opérations de la banque centrale ont pour but de gérer la liquidité dans le système bancaire, de façon a ce que le taux d’intérêt a court terme corresponde a la cible officielle qui définit la position courante de la politique monétaire. En achevant ce but, la banque centrale peut: (a) intervenir sur le marché interbancaire pour administrer journellement l’offre et la demande de fond;
(b) acheter certain actifs financiers a un taux réduit aux banques commerciales; et (c) imposer un taux de pénalité sur les banques qui requiert des fonds en urgence. En pratique, la gestion de la liquidité est en grande partie achevée a travers (a).
Cela étant dit, la fonction des opérations de la banque centrale existent pour compenser les facteurs opérationnels dans le système bancaire en changeant la composition des réserves, des espèces et titres, et n’altère pas les actifs financiers nets du secteur non-gouvernemental.

Les marchés de capitaux sont la où les banques commerciales (et d’autres intermédiaires) négocient des instruments financiers à court terme entre elles pour satisfaire aux exigences de niveau de réserves légal ou cherchent des fonds pour des fins commerciales. Selon le diagramme, toutes ces transactions sont horizontales et leur résultat net est égal a zéro.

Les banques commerciales maintiennent des comptes a la banque centrale, ce qui permet a leur réserves d’être administrer et aussi, au système de compensation de bien fonctionner. En plus d’établir le taux de prêt (taux d’escompte) la RBA fixe également le taux de soutien (taux de rémunération des dépôts pour la BCE) qui est payé sur les réserves des banques commerciales. De nombreux pays (comme l’Australie, le Canada et les zones telles que l’Union Monétaire Européenne) maintiennent un rendement par défaut sur les comptes de réserve en surplus (par exemple, la RBA paie un rendement par défaut égale à 25 points de base, inférieur au taux au jour le jour sur le surplus des comptes de règlement d’échange). D’autres pays, comme le Japon, ne proposent pas de paiement d’intérêts sur les réserves bancaires ce qui signifie que l’excédent de liquidités persistant pousse le taux d’intérêt à court terme à zéro (comme au Japon jusqu’à la mi-2006) à moins que le gouvernement ne vende des obligations (ou augmente les impôts). Le taux de soutien devient le taux d’intérêt plancher pour l’économie. Le taux d’intérêt cible opérationnel, qui représente la position de politique monétaire actuelle, est fixé par la banque centrale entre le taux de soutien et le taux d’escompte. Cela effectivement crée une bande [de variation] ou un écart dans lequel les taux d’intérêts à court terme peuvent fluctuer en même temps que la variabilité de liquidité. C’est cet écart que la banque centrale administre dans ses opérations quotidiennes. Dans la plupart des nations, les banques commerciales doivent maintenir conformément à la loi des soldes de réserves positifs à la banque centrale, accumulées au cours d’une période spécifique. À la fin de chaque jour, les banques commerciales doivent évaluer le statut de leurs comptes de réserves. Celles qui sont en déficit peuvent emprunter les fonds requis a la banque centrale au taux d’escompte. Alternativement, les banques qui ont des réserves en excès ne vont gagner que le taux de soutien (taux de rémunération des dépôts pour la BCE) qui est en-dessous du taux d’intérêt du marché au jour le jour. Il est clairement profitable pour les banques qui ont des fonds en excès de prêter a d’autres banques en déficit au taux du marché. La compétition entre les banques qui ont un excès de réserves font pression a la baisse sur le taux a court terme (taux au jour le jour) et selon l’état des liquidités globale, peut conduire le taux interbancaire en dessous du taux d’intérêt cible opérationnel (taux de refinancement a la BCE). Quand le système est en excèdent cette compétition fait baisser le taux au niveau du taux de soutien (taux de rémunération des dépôts). La demande pour les fonds a court terme sur le marché des capitaux est une fonction négative du taux d’intérêt interbancaire puisqu’à un taux plus élevé, moins de banques sont enclines à emprunter a d’autre banques leurs manques de réserves prévus, comparé au risque, à la fin du jour, de devoir emprunter a la banque centrale pour couvrir les prévisions erronées de la position de leur réserves. L’instrument principal de gestion de cette liquidité sont les opérations de marché, c’est-à-dire acheter et vendre la dette gouvernementale. Quand les pressions compétitives sur le marché de fonds au jour le jour conduisent le taux interbancaire en-dessous du taux cible voulu, la banque centrale draine la liquidité en vendant de la dette gouvernementale. Ces interventions de marché aboutiront donc à une valeur plus élevée pour le taux au jour le jour. De façon importante, nous caractérisons l’émission de dettes comme une opération de politique monétaire conçue pour fournir la maintenance du taux d’intérêt. C’est en contraste complet avec la théorie orthodoxe qui affirme que l’émission de dette est un aspect de la politique budgétaire et est requise pour financer le déficit.   Le point significatif de cette discussion que nous bâtissons est d’exposer le mythe de l’effet d’éviction en montrant que la dépense nette du gouvernement (déficits) qui n’est pas prise en compte par la banque centrale dans sa décision de liquidité, se manifestera en tant qu’excès de réserves sur les soldes provisoire (réserves bancaires) des banques commerciales a la banque centrale. Nous appelons cela un excédent a l’échelle du système. Dans ces circonstances, les banques commerciales feront face à un taux de soutien inférieur sur leurs réserves en surplus si elles ne cherchent pas d’échange plus profitables avec d’autres banques qui peuvent être déficiente en réserves. La compétition qui s’ensuit pour se débarrasser de l’excèdent de réserves met une pression a la baisse sur le taux au jour le jour. Cependant, parce que ce sont des transactions horizontales et leur résultat net est nécessairement zéro, l’échange interbancaire ne peut pas se débarrasser de l’excédent qui existe a l’échelle du système. En conséquence, si la banque centrale souhaite maintenir l’objectif de taux au jour le jour, elle doit donc drainer cette liquidité en excédent en vendant de la dette gouvernementale, qui est une transaction verticale.

Le mythe de l’effet d’éviction

Nous savons maintenant que c’est un mythe pour perpétuer l’idée qu’un gouvernement souverain dans sa monnaie est financièrement contraint. Ce mythe sous-tends les arguments d’économistes orthodoxes qui sont opposés a l’intervention du gouvernement dans la politique macroéconomique. Il y a un autre mythe persistant qui doit être dissipé – que les dépenses du gouvernement évincent les dépenses privées par leurs effets sur le taux d’intérêt.

Nous avons vu que la banque centrale administre nécessairement le taux d’intérêt et n’est pas soumise aux forces directes du marché. L’approche macro-économique orthodoxe soutient que les déficits persistants réduisent l’épargne nationale … [et exigent] … des taux d’intérêt réels plus élevés et réduisent les niveaux de dépenses d’investissement privés.

Malheureusement, les partisans de cette logique qui lie automatiquement les déficits budgétaires avec l’émission croissante de dette, et donc des taux d’intérêt en hausse, échouent à comprendre comment les taux d’intérêt sont fixés et le rôle que l’émission de dette joue dans l’économie.
Clairement, la banque centrale peut choisir de fixer et laisser le taux d’intérêt à zero pour cent, indifféremment, si cela doit être favorable aux taux d’investissement de maturité plus longue.

Tandis que nous avons vu que les fonds que le gouvernement dépense ne viennent de nulle part et la collecte des impôts ne va nulle part, il y a des impacts substantiels de la liquidité issue de la dépense nette du gouvernement. Si les fonds qui achètent les obligations viennent de la dépense du gouvernement, comme la logique de la comptabilité l’impose, alors toute notion que la dépense du gouvernement rationne l’épargne finie qui pourrait être utilisées pour l’investissement privé est un non-sens.

Un expert financier aux États-Unis, Tom Nugent le résume comme cela :

« On peut aussi voir que la crainte de la hausse des taux d’intérêt face a des déficits budgétaires en hausse n’a pas beaucoup de sens quand l’impact de la dépenses du déficit gouvernemental est pris en compte, parce que l’offre de titres du trésor offerts par le gouvernement fédéral est toujours égale aux fonds nouvellement créés. L’effet net est toujours fictif (« wash ») et le taux d’intérêt est toujours celui que la Réserve fédérale décide.
Notez qu’au Japon, qui a la dette publique la plus haute jamais enregistrée, déclassée de façon répétée, le gouvernement Japonais émet des bons du trésor à .0001 %! Si les déficits causaient vraiment la hausse des taux d’intérêts, le Japon aurait fermé il y a longtemps! « 

Comme je l’ai précédemment expliqué, seule les transactions entre le gouvernement fédéral et le secteur privé changent le solde du système. La dépense du gouvernement et les achats de titres gouvernementaux (bons du Trésor) par la banque centrale ajoute la liquidité et la taxation et les ventes bons du Trésor draine la liquidité. Ces transactions influencent la situation de trésorerie du système sur une base journalière, et pour n’importe quel jour, peuvent aboutir à un excédent (déficit) dans le système en raison de la sortie de fonds du secteur officiel étant au-dessus (au-dessous) de l’afflux de fonds en direction du secteur officiel. La situation de trésorerie du système a des implications cruciales pour la politique monétaire de la banque centrale parce que c’est un déterminant important dans l’utilisation d’opérations de marché (vente et achat de bons) par la banque centrale.

Voici un autre diagramme que j’ai dessiné pour vous aider a faire sens de cette partie de l’argumentation. Je vous suggère de cliquer sur l’image pour l’afficher dans une nouvelle fenêtre et l’imprimer en référence pour rendre l’argumentation plus facile a suivre.

Vous pouvez voir que les fonctions des branches du gouvernement sont résumés: (a) Le Trésor conduit la politique fiscale (budgétaire) que nous résumons par dépense du gouvernement et taxation qui ont un impact sur l’économie — soit par un excèdent (G > T) ou un déficit (G < T); et (b) La RBA (banque centrale Australienne) conduit la politique monétaire en fixant un taux d’intérêt cible. Elle doit aussi administrer le solde de trésorerie a l’échelle du système pour garder le contrôle de son taux cible. Elle fait cela en vendant/achetant de la dette gouvernementale pour influencer les positions des réserves des banques commerciales.

Donc pourquoi le gouvernement émet de la dette si ce n’est pas pour financer ses dépenses? C’est en fait plutôt pour maintenir ces réserves bancaires d’une façon telle, qu’un taux au jour le jour particulier peut être défendu par la banque centrale. Vous pouvez voir sur le diagramme que G ajoute des réserves et T les draine. Donc, a n’importe quel jour particulier, si G > T (un déficit budgétaire) alors les réserves sont globalement en hausse. N’importe quelle banques peut être a court de réserves mais globalement la somme totale des réserves bancaires est en excèdent. En Australie, les réserves au jour le jour rapportent moins que le taux cible (tandis que dans certain pays elles ne rapportent rien).
Donc c’est dans l’intérêt des banques commerciales d’essayer d’éliminer toutes les réserves indésirables a la fin de chaque journée. Les banques en excèdent vont essayer de prêter leur excédent de réserves sur le marche interbancaire. Certaines banques en déficit vont clairement être intéressées par ces prêts pour consolider leur position et éviter de devoir aller a la fenêtre d’escompte de la RBA qui est plus chère.

Le résultat, cependant, est que la compétition entre les banques en excèdent pour se débarrasser de leurs excès de réserves conduit le taux d’intérêt à court terme a la baisse. Mais, si vous avez compris la discussion ci-dessus au sujet des transactions horizontales (leur résultat net est égal a zéro!) alors vous êtes conscient que le système bancaire non gouvernemental ne peut pas par lui-même (conduire des transactions horizontales entre des banques commerciales – c’est-à-dire emprunter et prêter sur le marché interbancaire) éliminer l’excès de réserves a l’échelle du système que le déficit budgétaire a crée.

Ce qui est nécessaire est une transaction verticale – c’est-à-dire, une interaction entre les secteurs gouvernemental et non-gouvernemental. Dans le diagramme vous verrez que les ventes d’obligation peuvent drainer les réserves en offrant aux banques un titre productif d’intérêt attractif (dette gouvernementale) qu’elles peuvent acheter pour éliminer leur excès de réserves.

C’est-à-dire, les ventes d’obligation (émission de dette) permettent a la RBA de drainer n’importe quel excès de réserves dans le système et restreindre la pression a la baisse sur le taux d’intérêt. En faisant cela, la banque centrale maintient son contrôle sur la politique monétaire. Point important:

*les déficits budgétaires font pression a la baisse sur le taux d’intérêt;

*la vente d’obligation maintient le taux d’intérêt cible de la RBA;

En conséquence, le concept de monétisation de dette est illogique. Une fois que l’objectif de taux au jour le jour est fixé, la banque centrale devrait seulement échanger des titres gouvernementaux si des changements de liquidité sont exigées pour soutenir cette cible. Étant donné que la banque centrale ne peut pas contrôler les réserves alors la monétisation de la dette est strictement impossible. Imaginez que la banque centrale négocie des titres gouvernementaux avec le trésor, qui alors augmenterait la dépense du gouvernement.
Les réserves en excès forceraient la banque centrale a vendre la même quantité de titres gouvernementaux aux marchés privés ou permettraient au taux au jour le jour de chuter au niveau du taux de soutien (taux de rémunération des dépôts pour la BCE). Ce n’est pas de la monétisation, mais plutôt la banque centrale agissant simplement comme courtier dans le contexte de la logique du fixement du taux d’intérêt pour la politique monétaire.

En fin de compte, les agents privés peuvent refuser de détenir les nouveaux stocks de monnaie ou d’obligations supplémentaires. Sans émission de dette, les taux d’intérêts chuteront au niveau du taux de soutien (taux de rémunération des dépôts pour la BCE) de la banque centrale (qui peut être zéro).
Il est alors aussi clair que le secteur privé, au niveau microéconomique, peut seulement se débarrasser du solde de trésorerie indésirables, en l’absence de dette gouvernementale, en augmentant son niveaux de consommation (désépargne).
Étant donné la structure fiscale actuelle, cette volonté de réduire l’épargne nette produirait une expansion privée et réduirait le déficit, reconstituant finalement l’équilibre du portefeuille a un niveaux d’emploi privé plus élevé et baisserait le déficit budgétaire requis aussi longtemps que les désirs d’épargne restent bas. Clairement, il n’y aurait aucune volonté de la part du gouvernement pour accroitre l’économie au-delà de sa limite réelle.
Que cela produise de l’inflation dépend de la capacité de l’économie d’accroitre la production réelle pour satisfaire la demande nominale en augmentation. Cela n’est pas compromis par la taille du déficit budgétaire.

Voici un résumé des conclusions principales de ce blog.

* La banque centrale (RBA) fixe le taux d’intérêt à court terme basé sur ses aspirations de politique monétaire. Du point de vue opérationnel, les déficits budgétaires mettent une pression a la baisse sur le taux d’intérêt contrairement au mythe qui apparaissent dans les livres macroéconomiques au sujet de l’effet d’éviction. La banque centrale peut contrecarrer ces pressions en vendant des obligations d’État, qui sont équivalentes à l’emprunt du gouvernement au public.

* La pénalité pour le non emprunt (par l’Etat) est que le taux d’intérêt chutera en bas de la bande [de variation] prévalant dans le pays et qui peut être zéro si la banque centrale n’offre pas de paiement sur les réserves,
Par exemple, le Japon a pu maintenir une politique de taux d’intérêt zéro pendant des années avec des déficits budgétaires records simplement en dépensant plus qu’il n’emprunte.

Cela illustre aussi que les dépenses du gouvernement sont indépendantes de l’emprunt, avec ce dernier mieux pensé comme venant après les dépenses.

* L’émission de dettes gouvernementales est une considération de politique monétaire plutôt qu’être intrinsèque à la politique budgétaire; et

* Un excédent budgétaire décrit, depuis une perspective comptable, ce que le gouvernement a fait et non pas ce qu’il a reçu.

En bref, nous devrions rejeter toute notion affirmant que les déficits fédéraux émergeants sont destructeurs et endetteront les générations futures. Le gouvernement a choisi de maintenir un taux d’intérêt à court terme positif et cela exige l’émission de dette s’il y a des pressions a la baisse sur ce taux venant du système bancaire.

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