291 – Rendez-nous la monnaie !

10 juin 2014

Signez et diffusez s’il vous plait la pétition ci-dessous « Rendez-nous la monnaie ! » sur http://tinyurl.com/lx79h3p , en soutien à l’initiative Suisse « Vollgeld » (monnaie pleine).
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Depuis maintenant trop longtemps les banques commerciales privées ont obtenu le transfert d’un pouvoir régalien autrefois détenu par la puissance publique: celui de créer par une simple ligne d’écriture informatique toute la monnaie scripturale, monnaie chargée d’intérêts, que les ménages, les entreprises et même les administrations sont dans l’obligation d’utiliser lors de tous les échanges commerciaux.

Négligeant leur rôle premier qui est de financer l’économie (une carence qui explique en partie la gravité de la crise et du chômage), elles spéculent en risquant d’entrainer les déposants dans leur chute. On compte plus de 20 crises financières depuis 1980 dont la dernière de 2007 laisse encore de nombreuses traces ; la prochaine emportera peut être toutes vos économies car la garantie des dépôts ne peut s’appliquer en cas de crise systémique !

Nos voisins Suisses lancent aujourd’hui une « initiative pour la monnaie pleine » dans le but d’obtenir une votation sur ce sujet. Si la votation remportait la majorité, la Banque Centrale (Banque Nationale Suisse) garantirait à 100 % les dépôts à vue et serait seule autorisée à créer toute nouvelle monnaie, sans intérêts.

Hélas, nous en France, ne disposons pas du Référendum d’Initiative Citoyenne (1) qui permettrait d’amener un tel sujet au débat démocratique ; il nous reste cette pétition que nous vous demandons de signer et de faire circuler. Elle se résume en ces mots :
«Donner à la Banque de France le droit exclusif d’émettre toute la monnaie nouvelle au bénéfice de la collectivité, et de garantir les comptes de dépôts»

Cette pétition sera transmise – au moment de la votation Suisse – au Président de la République, au premier Ministre et au Ministre des finances de la France, aux Présidents des groupes parlementaires de l’Assemblée nationale et du Sénat et à tous les chefs des partis politiques, Pour plus d’efficacité, s’il vous plait, diffusez-là sur vos réseaux.

C’est volontairement que cette pétition est courte et par là même peu détaillée. Vous trouverez plus de précisions sur https://100monnaie.wordpress.com/, où nous pouvons également répondre à vos questions.
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(1) Le référendum d’initiative citoyenne est l’unique revendication de l’association « Article 3 », que vous pouvez soutenir en vous rendant sur son site : http://www.article3.fr/



Objectifs
1. La Banque Centrale créera désormais seule la monnaie scripturale électronique (monnaie pleine).
2. Les banques ne pourront plus elles-mêmes créer de la monnaie scripturale, mais prêter seulement de la monnaie déjà existante sous forme d’épargne qui leur serait confiée.
3. Les dépôts à vue sont transformés en monnaie pleine et passent en hors bilan des banques commerciales
4. La Banque Centrale mettra en circulation chaque année la nouvelle monnaie pleine (sans dette) au Trésor Public, aux Départements ou Régions, ou aux citoyennes et citoyens.
Explications sur http://100monnaie.wordpress.com/


286 – la meilleure vidéo !

22 mars 2014

… que nous devons à Gabriel Rabhi

Publiée le 21 mars 2014

La monnaie fait partie de notre quotidien. Elle est au cœur de nos économies : elle permet les échanges des biens et des services. Pourtant, personne ne sait vraiment qui la fabrique, ni comment elle fonctionne. En partant de ce que tout le monde connait, ce document explique les fondements des systèmes monétaire et bancaire, et en décrypte certaines conséquences. Car c’est bien l’incompréhension du système monétaire par la majorité des citoyens, des journalistes, des politiciens et de nos élites au sens large, qui permet à la finance et aux banques de régner sans entraves.

A diffuser largement sous toute forme utile.

Concepts abordés : la monnaie centrale / la monnaie scripturale / la banque centrale / les banques commerciales privées / le mythe du troc / le crédit à l’époque Sumérienne / l’invention de la monnaie / la monnaie papier et les orfèvres / la couverture partielle des dépôts / la monnaie fiduciaire / lien états – banques / le cours légale / conversion entre monnaie scripturale et centrale / définition d’un dépôt bancaire / transfert intra-bancaire / transfert interbancaire / le règlement bancaires / la compensation / les chambres de compensation / la disparition potentiel des dépôts / le trésor public / le risque systémique / les actifs / les créances / actifs financier, actifs matériels / bilan financier / bilan d’une banque / dépôts au passif / créances à l’actif / la monétisation / le crédit bancaire / la création monétaire ex-nihilo / destruction monétaire / le risque de contrepartie / la circulation de la monnaie / la masse monétaire / la croissance / une système de Ponzi / évolution exponentielle de la masse monétaire / les agrégats monétaires / variation des agrégats monétaires / le refinancement / prise en pension de titres par la banque centrale / le marché interbancaire / l’effet domino / crise de liquidité / crise de 2008 / les saisies bancaires / le sauvetage bancaire / l’assouplissement quantitatif / notions des endettements / l’usure / la concentration des richesses / rôle de la banque centrale / évasion fiscale / l’état et les marchés financiers / les intérêts de la dette / la planche à billet / inflation et déflation / l’hyperinflation / lien entre forces armées et monnaie / la réserve fédérale américaine / la banque des règlements internationaux / démocratie / aristocratie / oligarchie / le gouvernement représentatif / finance et médias / l’union européenne / le lobbying / la destruction de la planète / la décroissance / l’esclavage par la dette / la création de monnaie centrale / la monnaie du futur / intérêt général et intérêt particulier / la dictature parfaite / le conditionnement des peuples / le prêt à penser / les solutions et alternatives.

Que dire de  plus que ces quelques commentaires sur youtube?


"Réalisé par Gabriel Rabhi, ce film va vraiment très très loin, dans la sincérité, la vérité, le progrès de la pensée de tous !
Personne n’avait fait à ce jour une telle synthèse, avec à la fois autant de compétence, de capacité d’analyse et de proposition.
La profondeur et l’étendue à la fois philosophique, historique, logique et économique du message porté par ce film, franchement, c’est du jamais vu.
Il est visible en deux versions, longue et courte, et plusieurs extraits sont visibles sur le site de Gabriel : http://www.inter-agir.fr/
Partagez en masse ! Merci !"
Le film sur Youtube :
1

Merci pour tout ce travail didactique ! Il y a beaucoup de choses bonnes à prendre.PS: petite faute d’orthographe à 01:56:05 => "tirage au sorT"
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Après un visionnage de la version longue. Pas besoin d’être économiste ou Trader à Wall Street, pour comprendre ce documentaire et également ce qui se passe depuis des siècles dans notre monde. Nous avons qu’ a regarder l’état actuel de l’Afrique. Ce documentaire est à la fois un cours d’économie qui elle, est dirigée par nos élites oligarque, et à la fois un cours de philosophie. Et pourtant la philosophie est utilisée par certaines têtes pensantes pour de mauvaises propagandes. Pour comprendre le monde dans lequel nous vivons il faut comprendre la circulation de l’argent. Comment des gens fabriquant des bombes peuvent ils être plus riche qu’un homme fabriquant des vêtements, ils ne me semble pas qu’on vive tous à poils, sauf dans une partie du monde !! Un documentaire à partager et à diffuser sans modération.Bravo !
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Très bon documentaire merci.
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C’EST QUI LE GÉNIE QUI A FAIT UN TRUC DE CE NIVEAU????
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Un évènement colossal, fruit de SIX MOIS de travail, à diffuser le plus largement possible :
Un film tout nouveau, sorti aujourd’hui même, 21 mars 2014 !
Réalisé par Gabriel Rabhi, ce film va vraiment très très loin, dans la sincérité, la vérité, le progrès de la pensée de tous !
Personne n’avait fait à ce jour une telle synthèse, avec à la fois autant de compétence, de capacité d’analyse et de proposition.
La profondeur et l’étendue à la fois philosophique, historique, logique et économique du message porté par ce film, franchement, c’est du jamais vu.
Il est visible en deux versions, longue et courte, et plusieurs extraits sont visibles sur le site de Gabriel : http://www.inter-agir.fr/
Partagez en masse ! Merci !

AUTRE ACCÈS par  http://www.inter-agir.fr/  AVEC UNE VERSION COURTE  QUE VOICI EN LIEN DIRECT :  https://www.youtube.com/watch?v=JKX76J7j9os&feature=player_embedded

 


274 – CNR Nice

29 mai 2013

Ci dessous, le document photocopié distribué à Nice par A-J Holbecq à l’occasion d’une conférence lors du 70 ième anniversaire du CNR .

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Pour que l’argent serve au lieu d’asservir !

Considérant:

Qu’une monnaie nationale est un des attributs d’un pays souverain  qui doit donc pouvoir émettre sa propre monnaie ;

Que les seuls besoins d’emprunt sur les marchés correspondent aux devises extérieures qu’un pays souverain ne peut produire lui-même et dont il ne dispose pas du fait du solde négatif de sa balance des transferts, intégrant le déficit commercial ; 

Qu’un État souverain ne peut être comparé à un ménage ou à une entreprise. C’est lui qui doit émettre la monnaie permettant aux secteurs privés de payer des taxes et impôts ;

Qu’en conséquence la dette publique (et donc la "nécessité" de la financer sur les marchés) est une totale aberration intellectuelle ou une volonté d’appauvrir les peuples ;

Que tant qu’il existe un besoin (collectivement souhaitable), la volonté de le satisfaire, les moyens techniques, les matières premières et énergétiques,  une  main d’œuvre disponible et qualifié, et le savoir-faire, le Trésor Public doit pouvoir financer les besoins d’investissements du pays ;

Qu’à partir du moment où une communauté a le pouvoir de créer sa propre monnaie, les impôts et taxes ne constituent plus une recette mais un outil de régulation de la masse monétaire, de l’orientation de l’économie, de la contribution de chacun aux dépenses communes et de la répartition entre ses membres ;

Que le dogme de l’équilibre des finances publiques est nocif : il faut que l’État soit en déficit (investisse) lorsque le privé est trop frileux ;

Que les dépenses des uns font les revenus des autres lors des séries d’échanges (« mes revenus sont vos dépenses, mes dépenses sont vos revenus ») ;

Qu’une monnaie démocratique moderne c’est et ce n’est que l’engagement d’une collectivité humaine organisée envers les individus qui la constitue : seule cette collectivité peut s’engager et donc émettre sa monnaie, et nul n’a le droit de le faire à sa place.

 

Nous demandons:

Que soit reconnu un champ économique  dont la finalité n’est pas le profit financier mais le bénéfice social et sociétal (amélioration de la qualité de vie).

Le retour aux monnaies nationales non convertibles si ce n’est dans une Unité de Compte Commune avec les pays voulant éventuellement participer à cette "monnaie commune" ;

La  mise en place du 100% monnaie (SMART / Système Monétaire A Réserve Totale) suivant la ligne Allais/Gomez (les banques doivent éclater en 3 entités), mâtiné d’une "philosophie" néochartaliste et post keynésienne afin d’éradiquer le chômage autant que faire se peut, en considérant que lorsque la production privée est en panne c’est la production publique qui doit prendre le relais ;

La fin de l’indépendance de la Banque de France, en donnant au Parlement et au Gouvernement, sous contrôle démocratique, leurs prérogatives souveraines; celles de décider, lors du vote du Budget, de l’émission au bénéfice exclusif du Trésor Public (la collectivité) de la monnaie nécessaire pour satisfaire aux besoins collectifs et de l’utilisation de cette nouvelle monnaie.

 

CNR 2 – Nice le 25/05/2013

A-J Holbecq

 

Auteur (ou co-auteur avec Philippe Derudder) de :
– «Un regard citoyen sur l’économie » -« Une alternative de société :l’écosociétalisme »  – « Les 10 plus gros mensonges sur l’économie » – « La dette publique, une affaire rentable » – « Argent, dettes et banques »- « Une monnaie nationale complémentaire » « Pour que l’argent serve au lieu d’asservir ! ».


269 – Derudder – Holbecq: Manifeste…

24 janvier 2013

Manifeste pour que l’argent serve au lieu d’asservir !

Une Nation souveraine a le pouvoir et la légitimité d’émettre sa propre monnaie. Dette et austérité sont des choix idéologiques.

Savez-vous que:

-  Les intérêts de la dette publique absorbent la totalité de l’impôt sur le revenu !

-  La BCE a prêté 1000 milliards aux banques mais refuse de prêter aux États pour alléger leur fardeau !

-  Le retour du droit de création monétaire par la Banque Centrale au service des États leur éviterait de dépendre de la spéculation et leur permettrait de financer les urgences sociales et écologiques !

Au lieu de cela en Grèce des familles en sont réduites à abandonner leurs enfants. En France des postes sont supprimés dans la fonction publique et les emplois disparaissent dans les entreprises. Vos revenus diminuent, on vous oblige à travailler plus longtemps, on ferme des hôpitaux, des maternités, des tribunaux pour cause de déficit budgétaire. Peut-être vous interrogez-vous, êtes-vous choqué, dépassé ?

Pourquoi sauver les banques et non pas les peuples ?

Pour beaucoup d’entre nous, c’est parfaitement incompréhensible ! Mais c’est malheureusement l’ignorance dans laquelle les populations sont tenues en matière de fonctionnement du système monétaire qui permet de telles aberrations. Bien sûr on peut se dire que tout cela nous dépasse ou que l’on n’y peut rien à notre niveau. Détrompez-vous ! Nous pouvons non seulement résoudre la question de la dette publique, mais en plus nous donner les moyens de financer les immenses chantiers à mettre en œuvre pour permettre à tous une réelle amélioration de la qualité de la vie.

Pure utopie pensez-vous ? Certainement pas !

Contrairement à ce que croient encore certains, ce ne sont pas les États qui émettent la monnaie, mais le système bancaire privé, simplement lorsqu’il accepte une demande de crédit.

-  Depuis longtemps, les monnaies ne sont plus liées à un bien réel, même le dollar dont la convertibilité en or a été supprimée le 15 août 1971, ce qui les rend totalement virtuelles; leurs quantités sont donc potentiellement illimitées et seules les règles définies par les hommes eux-mêmes en limitent l’émission.
-  Depuis novembre 1993, l’article 104 du Traité de Maastricht (l’actuel article 123 du traité de Lisbonne) interdit à la BCE ou aux Banques Centrales nationales d’accorder un quelconque crédit aux institutions ou organes publics. Et toute l’Europe est dans la même situation. Cela conduit les États à s’endetter pour obtenir, au prix fort auprès de la finance privée, la monnaie dont ils avaient, s’ils le souhaitaient, le pouvoir d’émission antérieurement !

-  C’est ainsi que dans notre pays, de début 1995 à fin 2011 la dette a augmenté de 1150 milliards d’euros. Pendant ce temps nous avons payé (et donc dû emprunter), au seul titre de l’intérêt, plus de 815 milliards d’euros.

Aujourd’hui, pour seulement payer les intérêts, c’est un endettement supplémentaire de plus de 130 millions d’euros par jour. Au final, si nous n’avions pas eu à payer d’intérêts, nous n’aurions qu’une dette publique très faible ne dépassant pas 35% du PIB (Produit Intérieur Brut). Mieux, nous aurions pu, sans risque d’inflation, émettre nos besoins annuels de trésorerie et financer ainsi nos déficits, au lieu de laisser les banques commerciales s’en charger contre intérêt !

Ensemble disons « ça suffit ! »

Réclamons qu’au minimum la Banque Centrale Européenne (ou la Banque de France si nécessaire) puisse disposer du droit d’émission monétaire et de crédit au bénéfice des collectivités – État, Régions, Départements et Communes – pour financer les investissements nécessaires et raisonnables décidés démocratiquement par la collectivité. C’est aux instances représentatives de la Société de décider, après avis des organismes publics concernés, du montant d’émission monétaire imposé à la Banque Centrale. En situation de sous-emploi et de pénurie, alors que les compétences humaines, les ressources naturelles et la volonté sont présentes, l’argent, toujours issu d’une simple ligne d’écriture, ne peut et ne doit pas manquer. Dans ce cadre, une émission monétaire n’est pas inflationniste.

Nous demandons donc aux pouvoirs politiques d’accéder aux demandes suivantes : Pour tout ce qui concerne le financement des projets collectifs de l’Eurozone, la Banque Centrale Européenne (BCE) doit pouvoir être contrainte à une émission monétaire centrale, sans échéance et sans intérêts, directement au bénéfice de la collectivité et non à celui des seules banques – en particulier, pour financer la mutation qu’exige le défi technique, social et écologique de notre époque, la recherche, un enseignement ainsi qu’un système de santé de qualité et, en général, pour tout ce qui sera considéré démocratiquement comme nécessaire pour l’amélioration collective durable de la qualité de la vie. Les statuts et la mission de la Banque Centrale Européenne doivent être revus en conséquence.

A défaut de faire aboutir ce projet au niveau européen, le gouvernement français doit opérer une reprise du droit collectif (donc national) d’émettre la monnaie, éventuellement par émission d’une monnaie nationale complémentaire à l’euro, quitte à se mettre en dissidence à l’égard de l’UE, non par anti européanisme mais pour se donner la possibilité de devenir un modèle d’inspiration des autres Nations.

Tous ces points et bien d’autres sont expliqués et développés dans un petit livre (moins de 100 pages) écrit par Philippe Derudder et André-Jacques Holbecq, et que vous trouverez chez votre libraire habituel ou directement aux éditions Dangles 
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Aidez-nous, aidez-vous, aidons nos concitoyens à faire connaître ce manifeste  et ses propositions, afin que le sujet sorte enfin de l’ombre. Pour soutenir cet appel, faites le circuler par tous moyens à votre disposition :

- En premier à tous vos contacts, car si les choses sont ainsi, c’est qu’elles sont totalement ignorées par la plupart d’entre nous. Comment guérir d’un mal dont on ignore la cause ? Ce sujet doit être exposé au grand jour sur la place publique car ce n’est que par la pression populaire que la classe politique bougera.
– En écrivant aussi directement à votre député et à votre sénateur. Notre objectif est que les envois proviennent, nombreux, d’individus, d’associations, de groupes ou d’organismes citoyens. C’est le seul moyen pour que cette question, si importante pour l’avenir des Peuples et de la Planète, soit enfin connue d’eux et qu’ils puissent la traiter.
Pour ce faire vous pouvez :

Soit télécharger le document et l’imprimer pour l’envoyer par la poste


Soit choisir l’envoi par courriel :

  • Si c’est à destination de votre réseau de contacts, transférez simplement ce message en prenant soin de poster «  Cci » afin que les adresses des destinataires ne puissent être téléchargées et utilisées par des personnes malveillantes.
  • Si c’est pour un élu, c’est la même procédure mais seul le manifeste sans l’invitation à action est à mettre en pièce jointe et le texte d’accompagnement proposé est différent : (1) Pour télécharger et enregistrer le manifeste cliquez ici , (2) Pour un courriel, cliquez ici.

Note : Pour les envois aux élus, nous vous recommandons de le faire plutôt par courrier postal.. Mais si vous choisissez de le faire par courriel, vous trouverez les adresses de vos élus par département (députés, sénateurs, eurodéputés) ici. Un simple copier/coller de l’adresse et le message sera prêt à partir.


264 – Un message de Philippe Derudder

17 décembre 2012

Je vous transmets un message de Philippe Derudder

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Bonjour toutes et tous

Depuis quelques années, j’ai pris l’habitude de partager avec vous quelque chose pour célébrer la fin de l’année et le commencement de la nouvelle; une réflexion, un texte… Cette année je veux vous offrir un film sur lequel je travaille depuis un an avec l’aide précieuse de quelques amis.
Ce film s’intitule : "La monnaie, du pouvoir d’achat au pouvoir d’être"
Vous savez que depuis 20 ans j’ai consacré une bonne partie de ma vie à tâcher de comprendre pourquoi l’humanité, en dépit des connaissances et technologies phénoménales dont elle dispose aujourd’hui, reste toujours incapable à établir des conditions de vie de suffisance et de dignité pour tous. Pire, que ce XXIéme siècle s’ouvre sur une crise majeure dont on ne peut encore mesurer l’ampleur des souffrances qu’elle engendrera, est une insulte à l’intelligence.

Sans prétendre détenir la vérité, je partage dans mes livres, conférences et ateliers le fruit de mes recherches et celui de mon propre cheminement; mais cela reste limité. L’idée m’est donc venue d’offrir dans un film une synthèse de ce que j’ai identifié comme étant le fond du fond des problèmes actuels débouchant sur le constat enthousiasmant que tout est là pour réaliser ce monde de suffisance et de dignité, si nous le voulons.
Mais une chose me semble certaine: Pour le moment, l’impasse se referme sur nous car la classe dirigeante mondiale fait tout pour maintenir en place ce qui assure son pouvoir et sa fortune tandis que les peuples s’agitent pour dénoncer ce qu’ils ne veulent plus, sans toutefois savoir  vraiment ce qu’ils veulent, tant le conditionnement qu’ils ont subi étouffe l’imaginaire. Ceci me pousse à croire que la solution est entre les mains des citoyens de ce monde, à condition de les aider à se libérer du conditionnement qui les tient prisonniers

C’est pourquoi mon objectif est que ce film soit le plus possible regardé afin d’informer et d’aider à comprendre que nos problèmes, pourtant vitaux, n’ont que l’épaisseur d’une pensée. Ainsi ai-je choisi de le diffuser gratuitement sur youtube et en trois langues : français, anglais et espagnol.

Pour le moment, seule la version française est disponible. Les deux autres ont encore besoin d’un peu de travail. Toutes les personnes qui l’ont déjà vu l’ont hautement apprécié, mais comme il est riche en informations, elles m’ont conseillé de le découper  en séquences d’une dizaine de minutes chacune. Vous le trouverez donc sous forme de 7 séquences

1/7 –

2/7 –

3/7 –

4/7 –

5/7 –

6/7 –

7/7 –

… je vous invite à le regarder, à votre rythme, et si vous estimez que les informations et messages contenus peuvent contribuer utilement à relever le défi qui est le nôtre, alors merci d’en diffuser le lien à tous vos réseaux et connaissances. Dès que les versions espagnoles et anglaises seront prêtes je vous le dirai aussi pour que vous puissiez prévenir les contacts que vous avez dans les pays parlant ces langues. Ce faisant, pensez à demander à vos contacts  d’en diffuser le lien à leur tour afin que l’effet boule de neige puisse agir.

Maintenant si vous avez envie d’acquérir  la vidéo (contenant le film sous deux formes : séquencée et non séquencée), vous pouvez le commander en ligne sur le site aises.
http://aises-fr.org/260b-liv-monnaie-FR%20achat.html
Il est libre de tous droits de sorte que vous avez l’autorisation de le projeter en public si vous le souhaitez.
Comme vous le comprendrez, nous ne  demandons que le paiement des frais de fabrication, d’emballage et de poste.
Nous apprécierons toutefois une adhésion  ou un don à notre association (bien sur facultatifs) pour nous aider à poursuivre notre action.
http://aises-fr.org/104-adhesion.html

J’espère que ce film contribuera à ouvrir vos horizons. 2012 s’achève. On parle bcp de fin du monde, ou de fin d’un monde. Si l’ancien monde se meurt effectivement, un nouveau est en train de naitre, et beaucoup d’entre nous, souvent sans le savoir, en sont déjà les accoucheurs. J’espère que ce film facilitera cet accouchement.

Bonne fin d’année, joyeuses fêtes et mes meilleurs vœux pour la nouvelle année qu’il nous appartient de rendre belle, chacun à notre niveau.


262 – Déflation par la dette

27 novembre 2012

La danse de l’euro

26-11-2012

Dans le cadre de la mise en place de l’Union européenne, des quotas stricts en matière de dépense publique furent arrêtés tout en éloignant des États membres toute possibilité et toute tentation d’exploiter les vertus de la création monétaire. Pour ce faire, une Banque centrale européenne fut mise en place selon un modèle en déconnexion totale avec les politiques budgétaires et fiscales des membres. Autiste, la Banque centrale européenne le fut dès le départ. Les fondateurs de cette Europe ultralibérale considéraient (à la suite de Milton Friedman) que l’argent est tellement suspect que son usage doit être strictement surveillé par un organisme sur lequel les États – pourtant souverains – n’auraient aucun droit de regard. L’argent était cette boîte d’allumettes que l’on enlève à l’enfant, non sans le réprimander.

Ce contre-exemple européen est aujourd’hui particulièrement éloquent car on se rend compte que, ce faisant, tous les ingrédients d’une conflagration pire encore que celle de la Grande Dépression furent volontairement mis en place. Alors qu’il est tout à la fois naturel et légitime que l’État use de l’argent comme levier vis-à-vis de l’activité économique, pour subvenir aux besoins de certains groupes sociaux, pour faire payer (ou contribuer) d’autres, ou pour monopoliser des ressources. Cet acte lourd et fondamental de « monétisation » est donc omniprésent dans l’expression de l’État. En période de crise, seul l’État en effet donc nager à contre-courant en affichant plusieurs lignes de défense.

Sa banque centrale peut ainsi accorder des prêts sans limite aux établissements financiers qui subissent une dévalorisation de leurs investissements et des retraits massifs de leurs dépôts. En outre, la banque centrale agit à un autre niveau qui consiste à racheter les actifs à risques et ceux dont plus personne ne veut, jusque-là détenus par les banques et par les entreprises. Le but étant d’éviter le mal absolu qu’est la « déflation par la dette » décrite par Irving Fisher. L’utilisation par la banque centrale de sa monnaie prévient la vente généralisée des actifs, des titres et autres valeurs de la part d’opérateurs en mal de liquidités. Ventes qui provoqueraient une spirale baissière affectant toute la classe des investissements. La banque centrale peut enfin mettre à disposition du Gouvernement les sommes pour assurer la relance de la demande agrégée, avec un impact bénéfique sur la croissance. Seule cette « danse du dollar », pour reprendre l’expression significative de Fisher, étant à même d’assurer la reprise économique.

Pourtant, les États ont été persuadés par les « experts » qu’ils ne pouvaient strictement plus se permettre de dépenser plus. Pendant que les économies dépérissaient et que les gouvernements européens étaient menottés par leurs déficits, les interventions de la BCE se limitaient donc à leur plus stricte expression contre toute attente et en dépit du bon sens. Car une banque centrale n’est restreinte par aucune limite dans sa faculté de création d’argent, quand un gouvernement peut au même moment se retrouver à court de fonds sans être en mesure de sauver son économie. Un État qui refuse de faire appel à sa banque centrale ne peut donc invoquer aucun prétexte légitime le prévenant de redresser son activité économique et de rétablir l’emploi.

C’est pourquoi il est crucial de comprendre comment ce monopole de création d’argent fonctionne et comment il peut – et doit – être mis au service de l’intérêt général. En l’absence de cette détermination, l’action de l’État est inefficace, ou ne l’est que pour une minorité. Ce qui dégénère en « pauvreté au milieu d’abondance », pour reprendre les termes de Keynes, qui illustrait parfaitement son propos en décrivant un contexte « où les maisons viennent à manquer mais où nul ne peut habiter dans celles qui existent par manque de moyens » !

L’État doit donc mettre l’ensemble de ses ressources et de ses possibilités – y compris monétaires, bien sûr – au service de la nation. À cet effet, les déficits publics ne doivent rencontrer aucun obstacle ni aucune limite, si ce n’est l’accomplissement de la raison même d’exister d’un État, à savoir le rétablissement du plein emploi et la stabilité des prix. Les dettes font donc partie intégrante du fonctionnement et du train de vie d’un État.

Extrait de « Splendeurs et misères du libéralisme », éd. L’Harmattan

 


258 – Holbecq : éviter l’éclatement de la zone euro

19 octobre 2012

 PARU DANS LA REVUE PROJET - N° 328 – JUIN 2012 (article court : Téléchargement pdf article long )

 

revue projet 1

 

 

La monnaie commune,  contre l’éclatement de la zone euro

Une alternative à la monnaie unique existe : la monnaie commune. Elle conjugue unité d’échange avec l’extérieur de l’union et monnaies nationales permettant une politique monétaire autonome par pays.

Il est plus que probable que l’avenir de l’euro se jouera au cours de l’année 2012 [ajout : ou 2013 ?], malgré une volonté politique de le sauver coûte que coûte et même si la mise en place du Fonds européen de stabilité financière, bientôt remplacée par le Mécanisme européen de sta­bilité (MES), plus proche d’une banque que d’un fonds, et l’injection de près de 1000 milliards d’euros par la BCE au bénéfice des banques commerciales (pour trois ans à un taux voisin de 1 %) vont sans doute prolonger son agonie de quelques mois. Un saut dans l’inconnu fait peur, surtout au moment des échéances électorales. Si l’on ne peut revenir sur le passé, sur la manière dont a été construit l’euro, en amalgamant des pays aux cultures et aux habitudes aussi différentes que l’Allemagne et la Grèce ou la France, peut-être pouvons-nous envisager sa transformation ?

UNE TRANSFORMATION DE L’EURO ?

Insatisfaisant dans sa forme actuelle, l’euro pourrait être transformé en « monnaie commune », selon la même idée qui fut à l’origine du Système monétaire européen et de l’Ecu1. Une monnaie commune est une monnaie partagée par plusieurs États, en complément de leur monnaie nationale. Elle est gérée par la banque centrale de la zone monétaire et se superpose aux monnaies nationales gérées par les banques centrales nationales, libres de mener leur propre politique monétaire, et en particulier la monétisation directe des besoins d’investissements nécessaires – d’urgence – à la transition écologique et énergétique. Chaque pays participant à la monnaie commune utilise sur son territoire sa propre monnaie. La banque centrale de chaque pays pourra fournir des devises étrangères à ses résidents. Les monnaies nationales ne sont convertibles qu’en monnaie commune

Lors de la transition de la monnaie unique (l’euro actuel) vers une monnaie commune, chaque pays de la zone recrée sa monnaie nationale, à la parité d’un euro existant contre une unité de cette nouvelle monnaie. Chaque pays peut mener la politique monétaire de son choix mais sans qu’il puisse nuire à ses partenaires. L’équilibre des balances des paiements sera réalisé en donnant la charge de cet équilibrage aux pays excédentaires, qui seuls ont les moyens de le faire. Les parités entre les nouvelles monnaies nationales sont alors définies d’un commun accord politique : certaines sont réévaluées (mark ou florin, par exemple) d’autres dévaluées par rapport à un cours pivot (le franc pourrait être proche de celui-ci), en fonction des balances des échanges commerciaux, des parités de pouvoir d’achat de chaque pays, voire d’autres paramètres, afin de rétablir des conditions normales d’échange. Ces parités pourraient être révisées chaque année. Il n’y aurait pas de marché libre des changes entre les monnaies nationales des participants à la monnaie commune. Aucune spéculation ne serait donc possible sur ce terrain. Et naturellement, les mouvements des monnaies nationales peuvent être contrôlés par le pays concerné. Tous les prix resteraient inchangés, dans chaque pays, au moment du passage à ces monnaies nationales (en nominal) et à la monnaie commune. Les réajustements réguliers des taux de change donne­ raient aux États la marge de manœuvre nécessaire pour permettre des politiques économiques différenciées. Les échanges entre pays de la zone et pays extérieurs se feraient en monnaie commune cotée sur les marchés contre les autres devises mondiales. Nous ne serions ni les premiers ni les seuls à utiliser une monnaie commune. Au moins trois ont été créées simultanément aux monnaies nationales : l’Ecu, monnaie officielle de la Communauté économique européenne, puis de l’Union, de 1979 à fin 1998 ; le rouble, actuelle monnaie commune de la Communauté des États indépendants (11 des 15 anciennes républiques de l’URSS) ; le sucre, utilisé depuis peu par les pays membres de l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (Alba), y compris l’Équateur.

LES CONSÉQUENCES D’UNE MONNAIE COMMUNE

Avec la disparition de l’euro, la dette publique de chaque État serait convertie dans la monnaie nationale correspondante, hormis pour les détenteurs de créances commerciales. Les dettes extérieures contrac­tées par des agents privés, elles, seraient toutes converties dans l’unité européenne de compte. C’est le scénario promu par Charles Gave pour la Grèce : « La réintroduction de la drachme permettrait aux autorités locales de spolier tranquillement ces détenteurs d’obligations qui, rappelons-le, ne votent pas en Grèce… À cela, l’on répond que la dette grecque ayant été libellée en euros devra être remboursée en euros, ce qui est bien sûr une tromperie juridique. La dette grecque a été émise dans la monnaie de l’État souverain grec, aujourd’hui l’euro, demain la drachme, et sera remboursée dans la monnaie ayant cours légal dans ce pays au moment du remboursement.2 » L’extrapolation à d’autres pays est évidemment possible.

Pour maintenir l’euro en survie, la majorité des politiques surfent sur la peur des épargnants qui s’inquiètent d’une possible dévaluation consécutive au retour aux monnaies nationales : une OAT (Obligation assimilable du Trésor, emprunt d’État) libellée en euro serait rem­boursée, ainsi que les intérêts, en francs au même nominal, la dette de 1 700 milliards d’euros devenant une dette de 1 700 milliards de francs. Or les monnaies nationales ne seraient échangeables que contre la monnaie commune, et non contre des devises étrangères, lesquelles seraient sous la responsabilité de la Banque centrale. Les dettes entre agents économiques seraient évidemment transformées en monnaie commune, de même que les nouveaux contrats, au sein de la zone monétaire commune.

Certains, comme Gabriel Galand de l’association « Chômage et monnaie »,  proposent un mécanisme de seuil, obli­geant un pays excédentaire à dépenser son excédent en achetant des produits ou en investissant dans un pays débi­teur, ou à fournir une aide financière directe à un pays débiteur. « Si ces excédents n’ont pas été dépensés ou donnés dans un temps prédéfini, alors la banque centrale de la zone monétaire commune confisque lesdits excédents et les répartit entre les membres déficitaires. Ce point est fondamental. Il assure qu’aucun pays, en épargnant trop, ne met les autres en déficit et les force à freiner leur demande, déprimant ainsi la demande globale. De plus, il place la charge de l’ajustement sur le pays excédentaire, qui seul en a les moyens. » Ainsi, passées les limites des adaptations des parités, les pays excédentaires redistribuent les écarts par rapport à la moyenne3. La valeur des échanges entre pays de la zone monétaire et pays extérieurs (achats en dollars, par exemple) dépendrait, comme actuellement, du cours de la monnaie commune sur les marchés contre les autres devises mondiales.

Ce système redonnerait instantanément de la compétitivité aux pays européens qui ont le plus souffert de la surévaluation de l’euro. Comme l’indique Julien Landfried, « une politique de change réaliste ferait plus que compenser les effets sécessionnistes de politiques budgétaires restrictives4 ». Si nous voulons garder notre souveraineté nationale, retrouver le droit de mener une politique économique et budgétaire qui ne soit pas imposée par Bruxelles ou par un autre pays, et d’utiliser la monnaie au service du développement, il faut reprendre le pouvoir de nous en servir : la Banque de France doit être aux ordres de la nation, non de quelque fonctionnaire.

AVONS-NOUS LE CHOIX ?

L’ordre des choses aurait été de passer d’abord par une monnaie commune, la transformation de la monnaie commune en monnaie unique intervenant seulement lorsque les critères de convergence fiscale, sociale et politique (le montant des transferts des zones riches aux zones pauvres) auraient été remplis. Mais cette étape n’a pas été correctement évaluée lors de la période de l’Écu, et, pour nombre de politiques, il serait trop tard à présent pour faire marche arrière. Il n’y aurait pas d’autre possibilité que de garder l’euro, monnaie unique, malgré les malheurs dont il est la cause. Nous pensons, au contraire, que soit la monnaie unique effectuera une transition volontaire vers la monnaie commune, soit les tensions seront telles que même si l’euro n’explose pas totalement, il donnera le jour au moins à deux monnaies différenciées : un euro du nord et un euro du sud (idée développée par l’économiste Christian Saint-Étienne). Nous connaissons d’ailleurs un exemple récent de désinté­gration d’une monnaie unique, celui de la couronne tchécoslovaque qui, lors de la scission de la République tchèque et de la République slovaque, début 1993, donna naissance à la couronne tchèque et à la couronne slovaque (jusqu’à l’entrée dans la zone euro). On peut penser que l’Allemagne ne se résoudra à abandonner la monnaie unique que si la France prépare un plan B de transformation de l’euro. Mais de cet accord entre différents pays pour une monnaie commune ne dépend pas l’instauration d’une monnaie nationale, condition d’une politique monétaire indépendante. Ce sont deux propositions complémentaires. Tout pays, particulièrement au sud de l’Europe, peut donc démarrer seul l’établissement de sa monnaie nationale qui aurait vocation à intégrer une monnaie commune.

Cette proposition, en France, est défendue par Nicolas Dupont-Aignan. Simultanément, le gouvernement pourra proposer à d’autres pays de rejoindre cette monnaie commune et décider avec eux des règles d’une organisation (« banque centrale de la monnaie commune »), la fixation initiale des taux de convertibilité et les conditions de renégociation annuelle de ceux-ci (en tenant compte des soldes des balances des paiements et du commerce extérieur, des inflations, des salaires, des taux de chômage, des PIB par habitant et des parités de pouvoir d’achat…). Les protocoles d’établissement de la monnaie commune pourront prévoir aussi la volonté d’un pays de sortir de cette zone.

Cela ne poserait pas de difficultés puisque chaque pays aurait déjà sa propre monnaie nationale ; il lui suffirait de changer ses propres règles de non convertibilité et de solder son compte à la « banque centrale de la monnaie commune ».

L’aspect légal d’une sortie ou d’une transformation de l’euro reste néanmoins d’une effroyable complexité et tout a été fait, depuis Maastricht, pour qu’il en soit ainsi ! Les traités ne permettent pas de rester dans l’UE tout en quittant la monnaie unique. Il n’y aurait donc que trois solutions : utiliser l’article 50 du traité de Lisbonne, qui permet d’engager une procédure de sortie de l’UE (la procédure pouvant durer deux ans) ; s’appuyer sur la Convention de Vienne, qui considère qu’un État a toujours le droit de dénoncer un traité en tout ou partie, à n’importe quel moment et pour n’importe quel motif (moins de trois mois pour acter la sortie) ; la « désobéissance », en arguant de la souveraineté nationale à la suite d’une élection importante et en modifiant la Constitution pour redonner la primauté au droit national sur les traités européens (Jean-Luc Mélenchon demande ainsi une monéti­sation directe par la Banque de France, évidemment « hors la loi » dans l’état actuel des traités). Il faut espérer que les dirigeants nouvellement élus reconnaîtront que notre monnaie unique lamine les peuples de la zone euro, y compris l’Allemagne, et qu’ils remettront en cause les dogmes à l’origine de sa création, avant qu’il ne soit trop tard et que les haines ne s’expriment.

André-Jacques Holbecq
Janvier 2012

1       « European currency unit », en français « unité de compte européenne », unité de compte de la Communauté européenne avant l’adoption du nom de l’euro [ndlr].

2       Charles Gave, L’État est mort, vive l’État!, Bourin éditeur, 2010.

3       C’est ce que proposaient déjà les rédacteurs de la charte de La Havane, malheureusement jamais mise en application.

4       Entretien à Atlantico.fr, 29/01/12.

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Retrouvez cet article dans sa version intégrale sur
http://www.revue-projet.com/articles/2012-3-la-monnaie-commune-contre-l-eclatement-de-la-zone-euro/


254 – néochartalisme (Marc Lavoie)

31 août 2012

(lien court : http://wp.me/pzMIs-yn )

Le lien entre laspect monétaire et laspect budgétaire du néo-chartalisme:
une
approche critique amicale  (1)

Marc Lavoie – Département d’économie, Université d’Ottawa

Octobre 2011

Traduit de l’anglais par http://ecodemystificateur.blog.free.fr/ Août 2012, (qui présente ce document sur un article de son blog : " le néochartalisme pour les nuls " )

La crise financière mondiale a révélé les faiblesses de l’économie dominante et a donné un coup de pouce aux théories hétérodoxes, en particulier les théories keynésiennes. L’opinion couramment répandue de la non-pertinence du volontarisme budgétaire a été fortement critiquée et mise en cause par l’utilisation active de la politique budgétaire au beau milieu de la crise financière mondiale, bien que cela ait été suivi par un revirement rapide des économistes traditionnels dès qu’une récession plus profonde que prévu eut engendré d’importants déficits publics et la hausse des ratios de dette souveraine. La crise et la généralisation des médias sociaux, notamment la multiplication des blogs sur l’hyperespace, ont fourni plus de marge de manœuvre aux partisans enthousiastes de théories économiques alternatives. C’est en particulier le cas du néo-chartalisme, souvent appelé théorie monétaire moderne ou MMT, sur de nombreux blogs.

Le développement d’une forte identité néo-chartaliste, par des économistes qui étaient auparavant associés à l’économie post-keynésienne, a conduit certains observateurs à s’interroger sur les liens entre les économies néo-chartaliste et post-keynésienne. Les économistes hétérodoxes, pour ne pas parler des économistes néoclassiques, ont également trouvé quelques-unes des revendications des néo-chartalistes dures à avaler. Le but de cet article est de traiter de ces deux points, l’essentiel de l’analyse se concentrant cependant sur les questions liées au système de compensation et de règlement et à sa relation avec les activités de l’Etat (2). En d’autres termes, les néo-chartalistes ont mis en avant des propositions qui vont au-delà des strictes limites de la politique monétaire, telles que des propositions pour résoudre le problème du chômage tout en préservant la stabilité des prix, mais ces autres propositions ne seront pas discutées ici.

Les grandes lignes de cet article sont donc les suivantes. Dans la partie qui suit, je propose une brève introduction au néo-chartalisme, et je traite de sa relation avec l’économie post-keynésienne. Dans la deuxième partie, je discute de ce que je pense être quelques-unes des déclarations les plus controversées du néo-chartalisme, et qui concernent essentiellement le système de compensation et de règlement. Dans la troisième partie, je montre comment certains de ces points de vue ont été modifiés au fil du temps. Dans la quatrième partie, je discute de la configuration de la zone euro à la lumière du néo-chartalisme. Je conclus en affirmant que le néo-chartalisme fait vraiment partie de l’économie post-keynésienne.

Le néo-chartalisme et ses liens avec le post-keynésianisme

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253 – Jacques Sapir: sauver l’euro ?

2 août 2012

La BCE s’est engagée avec force à « tout faire pour sauver l’Euro ». Nous allons prendre cette déclaration au pied de la lettre et considérer quelles en seraient les conséquences à court et moyen terme d’une telle action, et si la BCE a réellement les moyens de sauver l’Euro.

I. Les conséquences d’une action directe de la BCE.

En admettant que la BCE puisse soit jeter par-dessus les moulins son statut ou trouver des compromis juridiques lui permettant de racheter massivement de la dette souveraine de pays en difficulté, que se passerait-il ?

(a)   L’ampleur des sommes nécessaires :

Il faut tout d’abord considérer les montants que la BCE devrait débourser.

Pour l’Espagne, le gouvernement de M. Rajoy a admis que les besoins s’élèveraient à 300 milliards d’Euros d’ici à la fin de l’année. Il est cependant clair que ce qui aurait été fait pour ce pays ne pourrait être refusé à d’autres. La Grèce viendrait au guichet pour un montant estimé à 60-80 milliards.

L’Italie serait aussi un « client » potentiel, avec des besoins estimés (suivant la date de l’opération) entre 500 et 700 milliards. C’est donc de 860 à 1080 milliards que la BCE devrait racheter dans un délai assez court (moins de 6 mois).

Ces sommes ne sont pas « impossibles », mais elles n’en sont pas moins considérables. Elles représentent en 3 fois et 4 fois le montant des achats de titres publics réalisés par la BCE depuis le début de la crise. Elles représentent un saut qualitatif et non pas simplement quantitatif.

(b)   Les conséquences sur le bilan de la BCE.

Les conséquences sur le bilan de la BCE seraient importantes.

On verrait apparaître près de 1071 (860 + 211 déjà sur le bilan) à 1291 (1080 + 211 déjà sur le bilan) milliards de titres publics. Or, on peut penser qu’entre le tiers et la moitié de ces titres ne sera jamais remboursée dans le cadre de défauts soit « sauvage » soit ordonnés.

La BCE devra soit admettre qu’elle a fait de la création monétaire ex-nihilo ou demander aux États de la zone Euro une recapitalisation comprises entre 330 et 650 milliards.

Le problème avec la création monétaire ex-nihilo n’est pas celui (souvent invoqué) de l’inflation, mais celui, juridique, de la compatibilité du fonctionnement de la BCE avec la Constitution allemande. Cette dernière interdit à la Banque Centrale de procéder à ce type de création monétaire. Il faudrait donc soit modifier la Constitution allemande (ce qui pose des problèmes politiques et risque d’échouer) soit se résoudre à cette recapitalisation.

Ceci pose la question de l’acceptabilité politique de cette dépense pour les États (dans le cas de la France, la contribution pourrait aller de 70 à 140 milliards).

(c)    Serait-ce la fin de la crise de liquidité ?

On affirme souvent qu’une telle intervention règlerait la crise de l’Euro. Mais, la crise de liquidité est issue de la crise de compétitivité. C’est cette dernière qui déclenche les inquiétudes qui font monter les taux d’intérêts et provoque la crise de liquidité.

Or, ici, la BCE est impuissante. La permanence de la crise de compétitivité provoquerait inévitablement la réapparition de la crise de liquidité.

D’ailleurs, depuis que la BCE a procédé aux premiers rachats sur le marché secondaire, aucun des pays qui ont bénéficié de ces opérations n’est revenu sur les marchés financiers.

Il faudrait donc se résoudre à ce que, durablement, la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et peut-être l’Italie, aient recours aux capacités de financement de la BCE.

Les montants à moyen terme seraient encore plus considérables que ceux que l’on a évoqué plus haut et pourraient atteindre entre 2 000 et 2 500 milliards d’Euros.

(d)   Une erreur de diagnostic.

Plus profondément, la politique de la BCE que l’on suppose ici illustre une erreur majeure de diagnostic à propos de la crise de la zone Euro.

Cette crise n’est pas une crise de la dette souveraine ! C’est une crise de compétitivité, liée aux structures économiques et démographiques hétérogènes des pays de la zone qu’exacerbe le fonctionnement quotidien de la monnaie unique. Cette crise donne alors naissance d’une part à une croissance très ralentie dans un certain nombre de pays (Italie, Portugal et dans une moindre mesure France) et à une désindustrialisation accélérée dans d’autres (Irlande, Portugal, Espagne, Grèce et encore France).

Avec l’éclatement de la « bulle » des taux historiquement bas que l’on a connus de 2002 à 2008, ces deux phénomènes se sont traduits par une montée des dettes souveraines dans les pays considérés.

Vouloir résoudre le symptôme (la crise de la dette) ne fait qu’empirer le mal ! Les politiques requises pour tenter de résoudre la crise de la dette aggravent la situation, en plongeant les pays dans une récession, voire une dépression, qui réduit les ressources fiscales et accroissent considérablement le chômage.

Mais, si l’on veut s’attaquer à la racine du mal, soit la crise de compétitivité, il faut mesurer ce que cela implique pour les pays, ou en matière de coûts de transfert.

La mise en œuvre d’une politique « non conventionnelle » par la BCE est possible. Mais, elle implique un tournant qualitatif dont les conséquences n’ont pas été mesurées et ceci sans fournir de solution à la crise de la zone Euro. La seule perspective offerte est celle d’une installation de longue durée dans cette crise.

II. La crise de compétitivité fera soit éclater l’Euro, soit éclater l’Europe.

Il n’est donc pas du pouvoir de la BCE de résoudre la crise de l’Euro. Même des actions combinées avec celles des États membres n’offrent guère d’alternative. Soit l’Europe éclatera après une « décennie perdue » à l’image de celle de la Grande Dépression, soit la zone Euro sera dissoute.

(a)  Les politiques de déflation salariale sont des impasses.

La crise de compétitivité se manifeste dans les déficits des balances commerciales des pays (sauf l’Allemagne) et l’accroissement du montant du compte TARGET-2 dans ce dernier pays.

Des politiques de baisse des coûts salariaux sont d’ores et déjà expérimentées dans des pays de la zone Euro (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne, Italie).

Leurs conséquences en sont catastrophiques. Ces politiques nécessitent une contraction violente de la demande intérieure, qui provoque non seulement une forte hausse du chômage mais en sus une baisse de la productivité, impliquant de nouvelles mesures d’ajustement, dont les effets sur le chômage viendront se cumuler avec les premières mesures.

D’ici deux ans, et en incluant les effets induits et non pas seulement les effets directs, il faut donc s’attendre à des taux de chômage de :

52 % en Grèce.

35 % au Portugal.

32 % en Espagne.

22 % à 25 % en France et en Italie.

Les niveaux de chômage escomptés sont donc à peu de choses près les mêmes que lors de la « Grande Dépression » des années 1930.

(b)  Les politiques de transferts budgétaires sont politiquement impossibles.

Une autre solution, cohérente avec la monnaie unique, serait d’instituer des flux de transferts depuis les pays excédentaires vers les pays déficitaires. Mais, les montants sont tout à fait énormes. On peut les estimer à :

10,8 % de PIB de l’Espagne pour le soutien à l’Espagne ;

13,1 % de PIB de l’Italie pour le soutien à l’Italie ;

12,3 % de PIB du Portugal pour le soutien au Portugal ;

  6,1 % de PIB de la Grèce pour le soutien à Grèce.

Compte tenu des niveaux de coûts salariaux, de la structure et du montant des profits, du poids des salaires et de la structure du PIB cette politique coûterait à l’Allemagne 12,7 % du PIB (en 2012) en transferts budgétaires pour les 4 pays en difficulté.

De tels montants briseraient les reins de l’économie allemande et sont, très clairement, politiquement impossibles. Il faut ici signaler qu’une dissolution de l’Euro, accompagnée de dévaluations dans différents pays, ne coûterait que 2% à 2,5% du PIB à l’Allemagne.

Il n’est donc pas étonnant qu’une majorité absolue des Allemands se prononce aujourd’hui contre l’Euro (51% contre et 29% pour). L’opposition politique de l’Allemagne aux mesures de transferts est donc appelée à se durcir dans les semaines à venir.

(c)   Entre l’Euro et l’Europe, il faudra choisir.

La crise de l’Euro confronte aujourd’hui les pays européens au choix soit de voire périr l’Europe soit de dissoudre la zone Euro.

Si l’on persiste dans la politique actuelle, la zone Euro, et l’Europe avec elle entrera dans une récession, puis une dépression de longue durée. La comparaison avec la crise des années 1930, la « Grande Dépression » s’impose. Le poids politique et économique de l’Europe se réduira de manière considérable, et notre continent deviendra « l’homme malade du monde ».

Mais, surtout, l’Union européenne ne résistera pas aux conséquences de cette crise.

Des pays sortiront de l’Euro, les uns après les autres. Le premier sera sans doute la Grèce. Elle sera suivie par le Portugal et l’Espagne. En effet, les mesures « non conventionnelles » de la BCE ne rétabliraient la solvabilité extérieure dans aucun de ces deux pays.

La spéculation financière atteindrait de nouveaux sommets et les mesures unilatérales prises par chacun de ces pays (y compris des défauts sur les dettes) feraient rapidement tache d’huile. De proche en proche, ce sont toutes les mesures constitutives de l’Union Européenne qui seront remises en cause.

Par contre, si une politique de dissolution coordonnée et concertée de la zone Euro était adoptée, elle prendrait la forme d’un acte européen. Tout en rendant possible pour les pays concernés de réaliser les ajustements nécessaires à un coût bien plus faible en termes de chômage par des dévaluations, elle permettrait de sauvegarder l’essentiel de l’Union Européenne. Cette politique offrirait la perspective, à moyen terme, de reconstituer sur des bases plus souples une forme d’intégration monétaire (par une monnaie commune).

(d)  Les politiques « non conventionnelles » de la BCE, pour autant qu’elles soient possibles, ne feront que retarder les échéances.

Les politiques non conventionnelles de la BCE sont certes possibles, mais elle ne sont nullement une solution. Au contraire, enfermant la zone Euro dans sa crise, elles portent en elles la menace d’un éclatement de l’Union Européenne.

Ces politiques ne feront que retarder, à l’échelle de deux à trois ans, le dénouement de cette crise. On doit donc se demander si politiquement le jeu en vaut la chandelle. Pour ces trois années (au mieux…) de gagnées, nous serions confrontés à une crise bien pire que celle que nous connaissons aujourd’hui, et avec une situation de la France particulièrement dégradée.

Plusieurs économistes, dont les deux Prix Nobel Joseph Stiglitz et Paul Krugman, ont affirmé que la poursuite de cette politique visant à sauver l’Euro était criminelle.

On se contentera de dire que les mesures envisagées, mais qui sont loin d’être acquises, par la BCE viennent trop tard et n’apportent aucune solution aux problèmes de fond de la zone Euro.

La raison, tant économique que politique, commande ne pas s’entêter et de ne pas prendre le risque de faire périr l’Europe et d’exacerber une opposition entre l’Allemagne et les autres pays. Une dissolution de la zone Euro réalisée d’ici à la fin de 2012 en tant qu’acte européen est aujourd’hui la seule solution qui puisse éviter un désastre.

Jacques Sapir


246 – abc du déficit budgétaire – 2/3

29 mai 2012

Par Bill Mitchell

Traduction et autorisation “Aliena”, avec nos remerciements

Paru sur sur le blog aliena economic hub

21 Fevrier 2009

Bill Mitchell est Professeur de recherche en économie et Directeur du Centre du Plein Emploi et Équité (CofFEE), a l’Université de Newcastle, NSW Australia. 

Les quelques précisions en bleu entre crochet sont de “postjorion”

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C’est le second article de blog sur la série que je suis en train d’écrire pour expliquer pourquoi nous ne devons pas avoir peur des déficits. Dans cet article nous éclaircissons quelques mythes qui entourent le prétendu "financement" des déficits budgétaires. En particulier, je traite le mythe qui affirme que les déficits sont inflationnistes et/ou augmentent le besoin du gouvernement a emprunter. La conclusion importante à retenir est que le gouvernement n’est pas contraint financièrement et peut dépenser autant qu’il le choisit dans la limite des biens qui sont offert à la vente. Il n’y a aucun caractère inévitable que ces dépenses seront inflationnistes et cela ne demande pas nécessairement une augmentation de la dette publique.

La première chose a se rappeler de la première partie est que les dépenses des citoyens privés sont contraintes par la source des fonds disponibles, incluant les revenus de toute origine, la vente d’actif et l’emprunt. Les dépenses du gouvernement, cependant, sont largement facilitées par les chèques émit par le gouvernement et couvert par la banque centrale. L’arrangement que le gouvernement a avec sa banque centrale pour l’expliquer est largement sans importance [en France, la Banque de France gère les comptes du Trésor Public qui a donc cette particularité de recevoir des paiements d'impôts et autres en monnaie de banque - monnaie secondaire - et de la transformer par le jeu des compensations interbancaires en monnaie de base. Ce raisonnement est valable à l'inverse lorsque le T.P. paye ses fournisseurs ou ses fonctionnaires: c'est le système décrit ci dessous par Bill Mitchell] . Quand les bénéficiaires de ces chèques (vendeurs de biens et services au gouvernement) les déposent à leur banque, les chèques sont compensés au travers de la chambre de compensation de la banque centrale (réserves), et un crédit apparait sur ces comptes dans le système bancaire commercial. En d’autre terme, le gouvernement dépense simplement en créditant les comptes bancaires du secteur privé a la banque centrale.
Opérationnellement, ce processus est indépendant de tous revenus antérieurs, y compris de la taxation et l’emprunt. L’approvisionnement des comptes ne réduit ou ne diminue pas les actifs du gouvernement ou sa capacité de dépense.

Alternativement, quand les taxes sont payées par les chèques du secteur privé (ou par transferts bancaires), qui sont prélevés sur les comptes privés détenus par les banques commerciales, la banque centrale débite un compte bancaire du secteur privé. Aucune ressources réelles n’a été transférées au gouvernement. La capacité du gouvernement à dépenser n’a pas non plus été augmentée par le débit de ces comptes privés.

En général, la science économique dominante se trompe en brouillant les différences entre le budget des ménages privés et le budget du gouvernement. Une déclarations comme celle-ci, venant d’un économiste réputé Robert Barro, qui prétend que "nous pouvons représenter l’épargne et la désépargne du gouvernement exactement comme nous représentons l’épargne et la désépargne des ménages" est complètement fausse.

La science économique dominante utilise le cadre de la Contrainte Budgétaire Gouvernementale (CBG) pour analyser trois formes présumées de financement public:

(1) Augmenter les impôts; (2) Vendre de la dette publique porteuse d’intérêts au secteur privé (obligations); et (3) émettre de la monnaie de base (réserves) non porteuse d’intérêt (création de monnaie).

Plusieurs scénarios sont construits pour montrer que tous les déficits sont inflationnistes s’ils sont financés par la monnaie de base (monétisation de la dette), ou compressent la dépense du secteur privé, s’ils sont financés par émission obligataire. Alors qu’en réalité le CBG (contrainte budgétaire gouvernementale) est juste une identité comptable "ex post" (après l’événement), la science économique orthodoxe prétend que c’est une contrainte financière sur les dépenses de gouvernement "ex ante"(avant l’événement).

Le cadre du CBG amène les étudiants à croire qu’à moins que le gouvernement veuille imprimer de la monnaie et causer de l’inflation, le gouvernement doit augmenter les impôts ou vendre des obligations pour trouver l’argent et pouvoir dépenser. Les gens ont cette compréhension erronée que la taxation et la vente d’obligation fournissent de l’argent au gouvernement qu’il utilise pour dépenser. Donc si le gouvernement augmente son déficit (dépense plus qu’il ne taxe) alors il doit augmenter ses ventes d’obligations ou "imprimer de la monnaie", deux solutions jugées indésirable.

Mais la réalité est bien loin de cette conception erronée sur la façon dont le gouvernement conduit son budget.
Premièrement, un ménage, utilise la monnaie, et par conséquent doit financer sa dépense préalablement, ex ante, alors que le gouvernement, qui est l’émetteur de la monnaie, doit dépenser nécessairement en premier lieu (provisionner les comptes bancaire du secteur privé) avant de pouvoir débiter ces comptes privés ultérieurement. Le gouvernement est la source des fonds dont le secteur privé a besoin pour payer ses impôts et épargner (y compris le besoin de maintenir les soldes des transactions). Clairement le gouvernement est toujours solvable quant à sa propre monnaie d’émission.

La science économique dominante donne aussi une image inexacte de ce qu’elle appelle la "création monétaire". Dans le populaire manuel macroéconomique, Olivier Blanchard (1997) dit que le gouvernement:

"peut aussi faire quelque chose qui ni vous ni moi ne pouvons faire. Il peut en effet, financer le déficit par création monétaire. La raison de l’utilisation de la phrase "en effet", et que … le gouvernement ne crée pas de monnaie; la banque centrale crée la monnaie.
Mais avec la coopération de la banque centrale, le gouvernement peut en effet se financer lui-même par la création monétaire. Il peut émettre des obligations et demander a la banque centrale de les acheter.
La banque centrale paye le gouvernement avec la monnaie qu’elle crée, et le gouvernement utilise cette monnaie pour financer le déficit. Ce processus est appelé monétisation de la dette."

C’est ce que les économistes dominants appellent  "imprimer de la monnaie". Cependant, c’est une conception erronée en terme de système monétaire. Monétiser veut dire convertir en monnaie. L’or était monétisé quand le gouvernement émettait des "gold certificates" pour acheter cet or. Monétiser se produit aussi quand la banque centrale achète des devises étrangères.

Acheter des devises étrangères converti (ou monétise), cette devise étrangère dans la monnaie d’émission. La banque centrale offre alors des obligations à la vente, pour permettre aux dollars, qui viennent juste d’être ajoutés au système bancaire, une place où gagner des intérêts. Ce procédé fait référence à la stérilisation. Au sens large du terme, la dette d’un gouvernement souverain émetteur d’une monnaie fiduciaire (fiat) est de la monnaie, et le déficit budgétaire est le processus de monétisation de ce que le gouvernement achète.

C’est en fait évident mais toutes les dépenses du gouvernement impliquent la création monétaire.
Mais ce n’est pas le sens du concept de monétisation de la dette qui est fréquemment employé dans les discussions de politique monétaire, dans les manuels d’économie et dans le débat public en général.
En suivant la conception de Blanchard, la monétisation de la dette fait généralement référence au procédé par lequel la banque centrale achète les obligations du gouvernement directement au Trésor.
En d’autre terme, le gouvernement emprunte de la monnaie à la banque centrale plutôt qu’au public. La monétisation de la dette est le procédé qui laisse entendre qu’un gouvernement est dit qu’il imprime de la monnaie. La monétisation de la dette, toute chose égale, est dite responsable de l’augmentation de la masse monétaire et pourrait mener à une sévère inflation.

Toutefois, la peur de la monétisation de la dette est infondée, non seulement parce que le gouvernement n’a pas besoin de monnaie pour dépenser mais aussi parce que la banque centrale n’a pas l’option de monétiser la dette en cours du gouvernement ou la dette toute nouvellement émise. Dans la troisième partie je montrerai que, aussi longtemps que la banque centrale a le mandat de maintenir une cible pour le taux d’intérêt à court terme, la taille des achats et ventes de dette n’est pas discrétionnaire.
Le manque de contrôle de la banque centrale sur la quantité de réserve met en évidence l’impossibilité de la monétisation de la dette. La banque centrale est incapable de monétiser la dette du gouvernement en achetant des obligations à son gré parce que faire cela causerai la chute du taux d’intérêt à court terme et/ou de tout autre taux de support qu’elle a mise en place pour les réserves excédentaires. Nous allons examiner cela petit à petit dans la troisième partie.

En résumé, nous pouvons conclure de l’analyse ci-dessus, que le gouvernement dépense (introduit des actifs financiers nets dans l’économie) en créditant les comptes bancaires en addition de l’émission de chèques ou d’espèces. En outre, cette dépense n’est pas contrainte par le revenu. Un gouvernement émetteur de sa propre monnaie fiduciaire (fiat) n’a pas de contrainte financière sur sa dépense, ce qui n’est pas la même chose que de reconnaitre les contraintes budgétaires auto-imposées (politiques).

Une fois que l’on réalise que la dépense du gouvernement n’est pas contrainte par les revenus alors nous devons analyser les fonctions de la taxation sous un autre angle. La taxation fonctionne de façon à encourager les offres faites au gouvernement par des individus privés, de biens et services en échange pour les fonds nécessaire à l’extinction de la dette d’impôts.

La conception orthodoxe est que la taxation fournit les revenus au gouvernement qu’il exige afin de pouvoir dépenser. En fait, l’inverse est la réalité. La dépense du gouvernement fournit les revenus au secteur non-gouvernemental ce qui alors lui permet d’éteindre sa dette d’impôt. Donc les fonds nécessaire pour payer ces impôts sont fourni au secteur non-gouvernemental par la dépense du gouvernement. Il s’ensuit que l’assujettissement à l’impôt crée une demande pour la monnaie du gouvernement dans le secteur non-gouvernemental, ce qui permet au gouvernement de poursuivre ses programmes économiques et sociaux.

Cet aperçu nous permet de voir une autre dimension de la taxation qui est perdue dans l’analyse de la science économique dominante. Étant donné que le secteur non-gouvernemental requiert la monnaie fiduciaire (fiat) pour payer ses impôts, dans le premier cas, l’imposition de taxes (sans injection concomitante de monnaie) crée, par dessin, du chômage (des personnes cherchant un travail rémunéré) dans le secteur non-gouvernemental. Les chômeurs ou les ressources inactives du secteur privé peuvent être alors utilisés à travers une injection de demande via la dépense du gouvernement, ce qui équivaut a un transfert de biens et services du secteur non-gouvernemental au secteur du gouvernement.
En retour, ce transfert facilite les programmes socio-économiques du gouvernement. Tandis que les ressources réelles sont transférées du secteur non-gouvernemental sous la forme de biens et services qui sont achetés par le gouvernement, la motivation de fournir ces ressources prend son origine dans le besoin d’acquérir la monnaie fiduciaire pour éteindre la dette d’impôt.

De plus, bien que des ressources réelles soient transférées, la taxation ne fournit pas de capacité fiscale additionnelle au gouvernement émetteur.
Conceptualiser la relation entre les secteurs gouvernemental et non-gouvernemental de cette façon rend clair que c’est la dépense du gouvernement qui fournit le travail rémunéré qui, a son tour, élimine le chômage créé par la taxation.

Donc il est maintenant possible de voir pourquoi le chômage de masse surgit. C’est l’introduction de la Monnaie d’État (que nous définissons par la dépense et la taxation du gouvernement) dans une économie non-monétaire qui érige le spectre du chômage involontaire. En terme comptable, pour que la production totale soit vendue, la dépense totale doit être égale au revenu total (que le revenu actuel généré par la production soit dépensé entièrement ou non sur chaque période).
Le chômage involontaire est la main d’œuvre inactive offerte à la vente mais qui ne trouve pas d’acheteur au prix en cours (salaires). Le chômage se produit quand le secteur privé, globalement, désire gagner l’unité monétaire de compte à travers l’offre de travail mais ne désire pas dépenser tout ce qu’il gagne, toutes choses étant égales. Il en résulte une accumulation involontaire de stocks parmi les vendeurs de biens et services et cela se traduit par une baisse de la production et de l’emploi. Dans cette situation, la baisse du salaire nominal (ou réel) en soi ne fait pas baisser le taux de chômage, à moins que ces baisses arrivent à éliminer le désir d’épargne du secteur privé et de ce fait, augmente sa dépense.

Donc le but de la Monnaie d’État est de faciliter le mouvement de biens et services réels du secteur non-gouvernemental (largement privé) au domaine du gouvernement (public).
Le gouvernement réalise ce transfert premièrement en levant des taxes, ce qui crée une demande notionnelle pour sa monnaie d’émission. Pour obtenir les fonds afin de payer leurs taxes et épargner, les agents du secteur non-gouvernemental offrent des biens et services réels en échange des unités monétaire nécessaires.
Cela inclut, bien sur, l’offre de travail par les chômeurs. La conclusion évidente est que le chômage se produit quand la dépense du gouvernement est trop faible pour accommoder les besoins monétaire nécessaire au paiement des taxes et au désir d’épargne.

Cette analyse pose aussi les limites de la dépense du gouvernement. Il est clair que la dépense du gouvernement doit être suffisante pour permettre aux taxes d’être payées. De plus, la dépense nette du gouvernement est requise pour satisfaire le désir d’épargne du secteur privé (accumuler des actifs financiers).
D’après le premier paragraphe, il est aussi clair que si le gouvernement ne dépense pas assez pour couvrir la taxation et le désir d’épargne du secteur non-gouvernemental, la manifestation de cette déficience sera le chômage. Les Keynésiens ont utilisés le terme de chômage engendré par une demande déficiente. Dans notre conception, les bases de cette déficience sont en tout temps la dépense inadéquate du gouvernement, étant donné les décisions de dépense (épargne) par le secteur privé, à l’œuvre quelque soit le moment particulier.

Pour un temps, ce qui peut apparaitre comme des niveaux inadéquats de dépense publique peuvent continuer sans provoquer l’augmentation du chômage. Dans ces situations, comme le prouvent les États-Unis et l’Australie pendant ces dernières années, la croissance du PIB peut continuer par l’expansion de la dette privée. Le problème avec cette stratégie est que, quand le service de la dette privée atteint un certain seuil du pourcentage des revenus, le secteur privé va "épuiser ses capacités d’emprunt" parce que le revenu limite le service de la dette. Le secteur privé a tendance à restructurer son bilan pour le rendre moins précaire et cela a pour conséquence de ralentir l’expansion de la demande globale et l’économie vacille. Dans ce cas, le "boulet fiscal" [fiscal drag] (niveau inadéquat de dépense publique) commence a se manifester sous forme de chômage.

Le point est que pour une structure d’impôt donnée, si les gens veulent travailler mais ne veulent pas continuer à consommer (et s’endetter plus encore) au rythme précèdent, alors le gouvernement doit augmenter sa dépense et acheter les biens et services produit et le plein emploi est maintenu. L’alternative est le chômage et une économie en récession. Il est difficile d’imaginer qu’un déficit en augmentation soit inflationniste dans une récession parce qu’il y a beaucoup de ressources inutilisées, à la fois en capital et en travail [ce que nous savons depuis Ricardo].

En effet, comme je le fait remarquer continuellement, la première chose que le gouvernement doit faire est d’offrir à toute la main d’œuvre que personne ne veut un emploi et doit les payer le salaire minimum avec tous les droit sociaux additionnels (assurance maladie et retraite).
Par définition, les chômeurs n’ont pas de "prix de marché" parce qu’il n’y a pas de demande pour leur travail. Offrir d’acheter un service pour lequel il n’y a pas de prix n’est pas un acte inflationniste.

Dans la troisième partie, nous considèrerons l’argument selon lequel les déficits publics font monter les taux d’intérêts parce que l’emprunt du gouvernement fait pression sur les fonds disponibles sur les marchés de capitaux. Comme vous le devinez déjà…c’est un autre mythe néo-libéral dont le but est de rendre le gouvernement inactif.


243 – abc du déficit budgétaire – 1/3

6 mai 2012

Par Bill Mitchell

Traduction et autorisation "Aliena", avec nos remerciements

Paru sur sur le blog aliena economic hub

21 Fevrier 2009

Bill Mitchell est Professeur de recherche en économie et Directeur du Centre du Plein Emploi et Équité (CofFEE), a l’Université de Newcastle, NSW Australia. 

Les quelques précisions en bleu entre crochet sont de "postjorion"

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Un grand nombre de personne m’envoient des emails me demandant d’expliquer pourquoi nous ne devons pas être inquiets au sujet des déficits budgétaire et pourquoi ils n’ont pas à être financés par la dette (même si le gouvernement augmente sa dette a partir du moment où il est en déficit).
Donc, dans les prochaines semaines, je vais écrire quelques articles pour expliquer ces choses délicates. Tout d’abord, je vais expliquer comment les déficits se produisent et comment ils ont un impact sur l’économie.

En particulier, nous devons nous détromper de l’idée que lorsque les gouvernements font du déficit budgétaire, ils doivent automatiquement emprunter, ce qui soi-disant met la pression sur les marchés financiers (qui disposent de fonds limités disponibles pour les prêts) et engendre prétendument la hausse des taux d’intérêt qui compresse les dépenses d’investissement privés productives.

Cette chaîne d’argument est absurde et facilement rejetée. Il s’agit donc de l’abc du déficit budgétaire. La prochaine fois je détaillerai la raison pour laquelle la banque centrale émet des obligations (dette publique).
Vous pouvez utiliser le diagramme ci-dessous pour suivre la piste de l’argumentation. Je vous suggère de cliquer dessus pour l’afficher dans une nouvelle fenêtre et l’imprimer pour l’avoir à côté de vous pendant que vous lisez la discussion.

Si vous êtes intéressé par une discussion plus détaillée et académique de ces questions, je vous suggère de lire mon dernier livre "Le plein emploi abandonné: sables mouvants et échecs politiques" (avec Joan Muysken) qui a été publié par Edward Elgar en 2008.

 

Des déficits ou excédents budgétaires se produisent dans une économie monétaire moderne. 

Une économie monétaire moderne et presque toutes les grandes économies mondiales, ont quatre caractéristiques essentielles:

* Un taux de change flottant, ce qui libère la politique monétaire de la nécessité de défendre les réserves de change;

* Les économies monétaires modernes utilisent la monnaie comme unité de compte pour payement des biens et services. Une notion importante est que la monnaie est une monnaie fiduciaire (fiat) [nous utilisons généralement le terme de « monnaie fiduciaire » en la limitant aux espèces (monnaie manuelle) ; il est évidemment question ici de « monnaie centrale » ou « monnaie de base » scripturale] , c’est a dire, qu’elle est convertible uniquement en elle-même et n’est pas légalement convertible en or, par exemple, comme elle l’était sous l’étalon-or.

* Le gouvernement souverain a le droit légal exclusif d’émettre cette monnaie fiduciaire qui est également exigée pour le paiement des impôts ; en ce sens le gouvernement a un monopole sur la provision de sa propre monnaie fiduciaire.

* La viabilité de la monnaie fiduciaire (fiat) est assurée par le fait qu’elle est la seule unité acceptable pour le paiement des impôts et autres exigences financières du gouvernement.

[le paiement des impôts semble être effectué en monnaie scripturale bancaire (vous faites un chèque de banque ou un prélèvement au bénéfice du « Trésor Public »). Mais c'est oublier que le Trésor Public qui est également la banque de l'Etat, va imposer aux banques une compensation en monnaie centrale ]

Le diagramme montre les relations structurelles essentielles entre les secteurs du gouvernement et non-gouvernemental (secteur privé).
Tout d’abord, en dépit de l’affirmation que les banques centrales sont largement indépendante du gouvernement, il n’y a pas de signification réelle à la séparation du trésor et des opérations de la banque centrale [en particulier en France où la Banque Centrale est une propriété à 100% de l'Etat].
Le secteur du gouvernement consolidé détermine l’étendue de la position des actifs financiers nets (libellés dans l’unité de compte) dans l’économie.
Par exemple, alors que les opérations du trésor peuvent offrir des excédents (destruction d’actifs financiers nets), cela pourrait être contré par un déficit (disons de quantité équivalente) résultant des opérations de la banque centrale.
Cette combinaison particulière laisserait une position financière neutre nette. Tandis que le susdit est vrai, la plupart des opérations de la banque centrale ne font que déplacer des actifs financiers du secteur non-gouvernemental, entre réserves et obligations, ainsi la banque centrale n’est pas impliquée dans le changement des actifs financiers nets (parmi les exceptions il faut noter l’achat et la vente de devises étrangères par la banque centrale et le payement de ses propres dépenses de fonctionnement).
Alors que ces transactions au sein du gouvernement se produisent, elles ne sont pas importantes pour la compréhension de la relation verticale entre le secteur consolidé du gouvernement (Trésor Publique et banque centrale) et le secteur non gouvernemental.
Nous examinerons cette affirmation de plus près dans un futur article.

Deuxièmement, étendre le modèle au secteur étranger ne fait pas de différence fondamentale dans l’analyse et à ce titre, les secteurs privés nationaux et étrangers peuvent être consolidés dans le secteur non-gouvernemental, sans perte de sagacité analytique. Les opérations de change sont de nature largement distributionnelle.


Sur l’aspect comptable entre les secteurs, le déficit budgétaire du gouvernement ajoute des actifs financiers nets (s’ajoutant à l’épargne non gouvernementale) à la disposition du secteur privé, et un excédent budgétaire a l’effet inverse. Le dernier point nécessite de plus amples explications car il est essentiel à la compréhension des bases macroéconomique de la monnaie moderne [chartalisme].


Bien que généralement occulté dans les manuels économiques standards, au cœur de la comptabilité du revenu national existe une identité - le déficit (excédent) public est égal à l’excédent (déficit) non-gouvernemental.
Étant donné que la demande effective est toujours égale au revenu national réel, ex post (a posteriori), ce qui signifie que toutes les pertes provenant du flux du revenu national sont compensées par des injections équivalentes, cette identité comptable des flux sectoriels est toujours vraie

(G-T) = (S-I) – NX

où la partie de gauche (G-T) représente le solde public comme étant la différence entre les dépenses publiques G et la taxation [recettes] du gouvernement T.
La partie de droite ((S-I) – NX) indique le solde non gouvernemental, qui est la somme des soldes privées et extérieurs, où S est l’épargne, I est l’investissement et NX sont les exportations nettes.
Avec un secteur privé consolidé comprenant le secteur extérieur, le total de l’épargne privée doit être égale à l’investissement privé plus le déficit budgétaire du gouvernement.
Dans l’ensemble, il ne peut y avoir une épargne nette d’actifs financiers par le secteur non-gouvernemental sans la dépense cumulative du déficit budgétaire faite par le gouvernement.
Dans une économie fermée, NX = 0 et les déficits publics se traduisent dollar-pour-dollar en excédents nationaux privés (épargne).

Dans une économie ouverte, si l’on décompose le secteur non-gouvernemental entre les secteurs privés et extérieurs, alors l’épargne privée totale est égale à l’investissement privé, le déficit budgétaire du gouvernement et les exportations nettes, les exportations nettes représentant l’épargne d’actifs financiers nets des non-résidents.


Il reste vrai, cependant, que l’émetteur en monopole de la monnaie – le gouvernement – est la seule entité qui peut fournir au secteur non gouvernemental les actifs financiers nets (épargne nette) et de ce fait accommoder simultanément le désir net d’épargne (actifs financiers) et par conséquent éliminer le chômage. Il le fait par une dépense (déficit) nette (G> T).


En outre, et contrairement à la rhétorique dominante, mais ironiquement et nécessairement cohérente avec la comptabilité du revenu national, la recherche systématique d’excédents budgétaires du gouvernement (G < T) se manifeste dollar-pour-dollar par la baisse de l’épargne non gouvernementale.
Si l’objectif était de renforcer l’épargne du secteur privé national lorsque les exportations nettes sont en déficit, alors les taxes totales devraient être inférieures aux dépenses totales du gouvernement.
Autrement dit, un déficit budgétaire (G > T) serait nécessaire.

Donc, comment les déficits apparaissent? Comment le gouvernement Fédéral dépense?


Le gouvernement Fédéral a des comptes de trésorerie d’exploitation – pour assurer qu’il peut dépenser (G) sur une base quotidienne et recevoir les recettes fiscales journalières (T).
La Reserve Bank of Australia (RBA) (banque centrale) "offre un mécanisme au gouvernement australien qui est utilisé pour gérer un groupe de comptes bancaires, connu sous le nom de groupe des comptes publics officiels (Official Public Account (OPA) Group), le solde total de ce qui représente la position de trésorerie quotidienne du gouvernement. "(voir détails ici).


Lorsque le gouvernement Fédéral dépense, il débite ces comptes et crédite differents comptes bancaires au sein du système bancaire commercial.
Des dépôts apparaissent donc dans un certain nombre de banques commerciales qui sont le reflet de la dépense du gouvernement.
Le gouvernement peut émettre un chèque et l’envoyer à une personne du secteur privé, apres quoi cette personne déposera ce chèque à sa banque. Cela a le même effet que si ces transactions avaient été faites par voie électronique.

Toutes les dépenses fédérales se passe comme cela. Vous remarquerez que:

* Les gouvernements ne dépensent pas en "imprimant la monnaie". Ils dépensent en créant des dépôts dans le système bancaire privé. De toute évidence, une quantité de monnaie en circulation est "imprimée", mais c’est un processus distinct de la dépense quotidienne et des flux d’imposition;

* Il n’a pas été mentionné d’où viennent les crédits et débits! La réponse courte est que les dépenses ne viennent de nulle part, mais nous devrons attendre un autre article pour pleinement comprendre cela.
Il est suffisant de dire que le gouvernement Fédéral, en tant qu’émetteur en monopole de sa propre monnaie n’est pas limité par ses revenus. Cela signifie qu’il n’a pas à "financer" ses dépenses, a la différence d’un ménage, qui est un utilisateur de la monnaie fiduciaire, et

* Toute émission correspondante de dette publique (obligations) n’a rien à voir avec le "financement" des dépenses du gouvernement – encore une fois cela sera expliqué dans un autre article.

Toutes les banques commerciales ont des comptes avec la RBA (banque centrale Australienne) qui permet que les réserves soient gérées et autorise également au système de compensation de bien fonctionner.
Ces comptes de règlement d’échange ou réserves [Exchange Settlement Accounts or Reserves] doivent toujours avoir un solde positif à la fin de chaque jour, bien que pendant le jour une banque en particulier peut-être en surplus ou en déficit, selon les tendances des entrées et sorties de trésorerie.
Il n’y a aucune raison de supposer que ces flux vont exactement se compenser pour toute banque donnée en particulier à un moment donné en particulier.


En plus d’établir le taux de prêt (taux d’escompte) la RBA fixe également le taux de soutien (taux de rémunération des dépôts pour la BCE) qui est payé sur les réserves des banques commerciales. De nombreux pays (comme l’Australie, le Canada et les zones telles que l’Union Monétaire Européenne) maintiennent un rendement par défaut sur les comptes de réserve en surplus (par exemple, la RBA paie un rendement par défaut égale à 25 points de base inférieur au taux au jour le jour sur le surplus des comptes de règlement d’échange).
D’autres pays ne proposent pas de paiement d’intérêts sur les réserves bancaires ce qui signifie que l’excédent de liquidités persistant pousse le taux d’intérêt à court terme à zéro (comme au Japon jusqu’à la mi-2006) à moins que le gouvernement ne vende des obligations (ou augmente les impôts).
Le taux de soutien devient le taux d’intérêt plancher pour l’économie. Nous allons enquêter sur cela dans un autre article.

Ainsi, les dépenses Fédérales faites par le Trésor, par exemple, n’équivalent a rien de plus que le Trésor débitant un de ses comptes de caisse (par exemple 100 millions de dollars) ce qui signifie que ses réserves détenues a la RBA baisse de ce montant et que le bénéficiaire dépose ce chèque de 100 millions de dollars à sa banque privée et que les réserves de cette banque augmentent de ce montant a la RBA.


La taxation fonctionne exactement en sens inverse. Des comptes bancaires privés sont débités (et les réserves privées baissent) et les comptes publics sont crédités et leurs réserves augmentent. Tout cela est accompli par des écritures comptables uniquement. Les revenus de la taxation ne vont nulle part! Ils ne sont entreposés nulle part et ils ne «financent» certainement pas les dépenses. Le secteur non gouvernemental ne peut pas payer ses impôts tant que le gouvernement n’a pas dépensé! C’est une bonne pratique de penser aux taxes comme un drainage des liquidités du secteur non gouvernemental, reflétant la volonté du gouvernement de réduire la capacité de dépense de ce secteur.


Un exemple simple permet de renforcer ces points. Supposons que l’économie est faite de deux personnes, l’une étant un gouvernement et l’autre étant considérée comme le secteur privé (non-gouvernemental).
Si le gouvernement a un budget en équilibre (il dépense 100 dollars et taxe 100 dollars) alors l’accumulation privée de la monnaie fiat (épargne) est égale à zéro sur cette période et le budget privé est également en équilibre.

Supposons que le gouvernement dépense 120 et les taxes restent à 100, alors l’épargne privée est de 20 dollars, qui peuvent ensuite s’accumuler comme actifs financiers. Les 20 dollars correspondants qui n’ont pas été taxés ont été émis par le gouvernement pour couvrir ses dépenses supplémentaires.
Le gouvernement peut décider d’émettre un bon productif d’intérêts pour encourager l’épargne, mais opérationnellement, il n’a pas à le faire pour financer son déficit. Le déficit public de 20, c’est exactement l’épargne privée de 20.


Maintenant, si le gouvernement continue dans cette veine, l’épargne privée accumulée sera égale au cumul des déficits budgétaires.
Toutefois, si le gouvernement décidait de faire un budget en excédent (par exemple dépenser 80 et taxer 100), le secteur privé devra au gouvernement un paiement de taxe nette de 20 dollars, et aura besoin de revendre quelque chose au gouvernement pour obtenir les fonds nécessaires.
Le résultat est que le gouvernement généralement rachète des obligations précédemment émise et vendue. Les besoins de financement net du secteur non-gouvernemental déclenchent automatiquement la réponse correcte du gouvernement via les signaux sur les taux d’intérêt.


Quoi qu’il en soit, l’épargne privée accumulée est réduite dollar-pour-dollar, quand le gouvernement fait un budget en excédent. Cet excédent a deux effets négatifs pour le secteur privé:
* le stock des actifs financiers (monnaie ou obligations) détenues par le secteur privé, qui représente sa richesse, baisse et
* Le revenu privé disponible s’aligne également avec la taxation nette. Certains peuvent rétorquer que les achats d’obligations par le gouvernement fournit du liquide aux détenteurs privés de richesse.

C’est vrai, mais cette liquidation de richesse est entraînée par la pénurie de liquidités dans le secteur privé découlant de demande d’impôt dépassant le revenu. Le liquide tiré de la vente d’obligations paie la demande de taxe nette du gouvernement.


Dans l’exemple ci-dessus, et en reconnaissant que la monnaie plus les réserves (la base monétaire), plus les titres en circulation du gouvernement, constituent les actifs financiers nets du secteur non-gouvernemental, le fait que le secteur non-gouvernemental dépend du gouvernement pour l’obtention des fonds nécessaire, a la fois sa volonté d’épargne nette et le paiement des taxes, devient une question de comptabilité.

La prochaine fois, je suivrai l’impact qu’un déficit budgétaire a sur les réserves bancaires et dissiperai les mythes sur les taux d’emprunt et taux intérêts (le déficit budgétaire fait (soi-disant) grimper les taux d’intérêt).

(à suivre)

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Si vous ne pouvez plus attendre, vous pouvez lire la seconde et la troisième partie de cet article de Bill Mitchell sur le site d’Aliéna


239 – Schacht 2

9 avril 2012

Pour un autre éclairage sur les "techniques" de Schacht, relire l’article 145,   " La relance Allemande de 1933  " (Janpier Dutrieux )

Les deux  sites passionnant de Janpier Dutrieux
Prospérité et partage

Fragments diffusion


215 – Résumé 100% monnaie

4 novembre 2011

Nota: Ce texte est paru le 25  juillet 2011 sur le blog « Financer l’avenir » de La Fondation pour la Nature et l’Homme

Nous l’avions déjà cité sur ce blog 

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Le « 100% monnaie » n’est pas (encore) dans un quelconque programme politique, mais il est probable que vous en entendrez de plus en plus parler. Il a donc semblé intéressant de vous faire partager un résumé concernant cette possible « révolution » monétaire et bancaire.

Aujourd’hui

Le secteur bancaire n’est pas une industrie comme les autres car son fonctionnement produit des « externalités » qui peuvent être dommageables pour les autres secteurs, et le produit qu’il crée, la monnaie, n’est pas un produit comme les autres car il permet d’exercer sur les marchés un pouvoir d’achat déstabilisateur . Or, le système de paiements et l’intégrité du moyen d’échange sont des biens publics essentiels. Il est dès lors normal que la société dessine le système de paiement et de financement le plus sécurisé et le plus efficace possible tout en s’appropriant les gains de la création monétaire, ce mécanisme générateur par nature de « faux droits » sur la production. Le contrôle de la monnaie doit faire partie de l’arsenal de protection des intérêts des citoyens.

Il existe une différence fondamentale entre les deux types de monnaies que nous utilisons, nous les « agents non bancaires » (État, entreprises et ménages). La première monnaie est  fiduciaire (de « fidus », confiance en latin), ce sont les billets de banque (espèces) [NOTA : Les billets de banque (espèces) sont la seule monnaie de base (monnaie centrale) qui circule dans la sphère des agents non bancaires. Ce n'est pas pour autant que c'est la seule forme de monnaie centrale qui, lorsqu'elle circule DANS le système bancaire (banques et banques centrales) prends évidemment des formes dites "scripturales" (en fait "électroniques")]. La seconde est scripturale (les montants qui apparaissent sur vos comptes bancaires et vos dépôts d’épargne). La première est donc une monnaie émise directement par la  Banque centrale (pour nous la BCE) qui encaisse donc directement les bénéfices de cette création, la seconde est une monnaie émise (créée « ex nihilo par chaque banque commerciale à l’occasion d’une opération de crédit ou d’un achat d’actifs sur le marché et c’est  donc elle qui encaisse les gains de cette création (les intérêts perçus sur le prêt d’une ressource qu’elle crée !). De ce fait il existe donc des monnaies BNP, SG, CA, Banque Postale, Crédit Mutuel, etc, et même si celles-ci sont toutes libellées en euro, vous ignorez la provenance du crédit les ayant créées et à qui il devra être remboursé à son terme. Tous ces dépôts, qu’ils soient au passif de la  BNP, SG, CA, Banque Postale, Crédit Mutuel, etc, sont bien sûr fongibles entre eux et les banques, par définition, se sont engagées à effectuer pour leurs clients toutes les transactions que ceux-ci leur commandent de faire : virements de banque à banque ou  retraits en espèces (monnaie banque centrale). Pour ce faire, dans les conditions normales, elles n’ont besoin que d’un coussin de sécurité en monnaie banque centrale (les réserves). C’est le principe même de fonctionnement de nos systèmes bancaires : un système bancaire à couverture fractionnaire des dépôts. Mais les banques commerciales se sont engagées à transformer en monnaie centrale (espèces), à tout moment, l’équivalent de vos dépôts bancaires : c’est la raison pour laquelle certains économistes définissent la monnaie comme « une dette de banque qui circule ».
Enfin, pour ne pas trop rentrer dans les détails de la création monétaire, sachez que le seul pilotage de la masse monétaire actuelle tient d’une part au taux d’intérêts de refinancement des banques (besoins en monnaie centrale) et au montant des réserves obligatoires (équivalent à 2% des dépôts)

De cette description, il faut retenir 2 points essentiels:

  1. La création d’un pouvoir d’achat « ex nihilo »par le crédit est une ponction sur la production ne correspondant à aucune épargne préalable, un gain pour la banque lié à un privilège, cause d’une instabilité fondamentale du système ;
  2. La création comme la destruction de monnaie sont complètement dépendantes du désir des  agents économiques d’emprunter et de la volonté des banques de prêter ;

Aujourd’hui on peut dire que la quantité de ce que nous considérons comme monnaie en circulation est indéterminée : les banquiers centraux classent celle-ci dans des agrégats (M1, M2, M3) du plus « liquide » (immédiatement disponible) au moins liquide, la limite en zone euro étant fixée à 2 ans sans aucune justification (pourquoi pas 1 pourquoi pas 3 ; d’ailleurs les USA ne comptabilisent plus M3 alors que les Anglais ont un agrégat M4, comme nous l’avions avant 1984).
Même si la garantie des dépôts est fixée en France à 100 000 €, cette garantie est très insuffisante pour nombre d’entreprises.

Le « 100% monnaie » : de quoi s’agit-il ?

La critique du principe de la création monétaire via les opérations de crédit bancaire s’inscrit dans une longue tradition qui remonte à Ricardo, la « Currency School », Walras, Mises et Hayek. Depuis la crise des années 30, elle a été prolongée par toute une lignée d’économistes parmi les plus prestigieux de  Simons et Fisher à Allais en passant par  Friedman, Tobin (sous la forme du « narrow banking ») et Minsky, et a donné lieu à des propositions concrètes de réforme. Notons que Christian Gomez, élève d’Allais, a fait la synthèse des propositions existantes en cherchant à les actualiser.

Comme l’écrit Maurice Allais « Au regard d’une expérience d’au moins deux siècles quant aux désordres de toutes sortes et à la succession sans cesse constatée de périodes d’expansion et de récession, on doit considérer que les deux facteurs majeurs qui les ont considérablement amplifiées, sinon suscitées, sont la création de monnaie et de pouvoir d’achat ex nihilo par le mécanisme du crédit et le financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme. »

Tous estiment qu’il faut dissocier la monnaie du crédit dans le but d’obtenir une couverture intégrale par de la monnaie de base (monnaie de Banque centrale) des dépôts considérés comme des disponibilités monétaires par les agents économiques (les dépôts à vue et assimilés).

Le 100% monnaie propose donc la séparation très claire entre d’un coté la monnaie qui doit être totalement « liquide » et garantie à 100% par de la monnaie Banque centrale, et de l’autre l’épargne à court, moyen ou long terme (d’une journée à plusieurs années).

L’augmentation de la masse monétaire ne pourrait plus avoir lieu comme actuellement par des émissions de nouveaux crédits des banques commerciales, mais seulement par une émission monétaire de la Banque centrale, par exemple à destination du Trésor public, monnaie qui ensuite, au cours de son circuit d’utilisation, va diffuser dans toute l’économie en créant le revenu des agents économiques à travers leurs opérations de production et d’échange.  Puis, en fonction du choix de chacun des agents, une partie de cette nouvelle monnaie se retrouvera dans les banques de prêts sous forme d’épargne.

Le système bancaire serait nécessairement scindé en trois types d’institutions :

  1. Les banques de dépôts (« Compagnies de Services Monétaires » dans la terminologie plus appropriée utilisée par Christian Gomez) dont les réserves en Banque centrale doivent nécessairement couvrir exactement les quantités de monnaie « scripturale » (en fait électronique), d’où l’expression « 100% monnaie ». Ces institutions, par construction, ne peuvent faire aucun crédit et leur seule fonction est d’assurer l’ensemble des paiements dans l’économie de la manière la plus efficace  et la moins coûteuse possible sous l’effet de la concurrence. Cette monnaie qui représente par exemple vos soldes de compte bancaire actuels serait ainsi au même niveau de confiance que les billets de banque (monnaie fiduciaire) auxquels d’ailleurs ils pourraient être substitués sans aucun dommage pour les institutions qui les gèrent (contrairement à ce qui se passerait dans le système actuel dans lequel la monnaie fiduciaire ne représente que quelques pourcents des dépôts à vue). Toute la monnaie scripturale serait ainsi « fiduciaire » et les banques de dépôts/CSM pourraient être assimilées à de purs gestionnaires de véritable monnaie, assurant sa conservation (« coffres-forts ») et sa circulation le tout dans l’environnement technologique le plus avancé (c’est-à-dire que ces CSM prendraient dans la plupart des cas la forme de banques en ligne).
  2. Les banques de prêts dont le rôle serait celui des actuelles « sociétés financières », c’est-à-dire des intermédiaires entre l’offre d’épargne et la demande de prêts, sachant qu’elles ne pourraient pas prêter plus que les épargnes dont elles sont les dépositaires.
  3. Les banques d’affaire ou d’investissement travaillant sur fonds propres, empruntant directement au public ou aux banques de prêt,  et investissant si elles le souhaitent les fonds empruntés dans les entreprises.

Réponses aux objections

  • Les banques sont des générateurs de liquidités pour les agents économiques et le nouveau système serait trop rigide.

En fait,  le « 100% Monnaie » permettrait de faire face aux besoins imprévus de liquidité dans un système complètement sécurisé. Simplement, les lignes de crédit, qui continueraient bien entendu à exister, seraient gérées différemment.

  • Il y a risque d’une insuffisance de financements disponibles pour satisfaire aux besoins des agents économiques.

Cette critique dénote une mauvaise compréhension du système proposé :

a) il n’y aura aucun changement dans la masse de crédits en place au moment de la réforme et ces crédits pourront être renouvelés sans problème.
b)  La masse monétaire en circulation continuera à augmenter selon le rythme souhaité, dont une partie accroitra l’épargne existante,
c) Les taux d’intérêt ajusteront l’offre et la demande sur les différentes échéances, créant ainsi les conditions d’une véritable efficience dans l’économie
d)  Les besoins d’épargne financière peuvent aussi être régulés à travers les mouvements de capitaux internationaux, sachant que la Banque centrale – sous contrôle et sur ordre du Parlement – devra veiller à ce que la masse monétaire en circulation, égale par définition à la monnaie de base dans le nouveau système, reste sur la pente requise (qui devrait être de l’ordre de 4 à 5 % l’an)

  • Le système actuel pourrait être amendé.

Hélas, vouloir amender le système actuel c’est comme mettre un cautère sur une jambe de bois ;  il n’empêcherait pas les crises :
a) Le  système bancaire à couverture fractionnaire est totalement impossible à contrôler ni par la politique monétaire, ni par des dispositifs réglementaires comme l’a montré toute l’expérience historique et comme le démontrent encore les discussions actuelles sur les dispositifs à mettre en œuvre pour le « rendre plus sûr »
b) La mise en place du nouveau système serait pratiquement transparent pour les agents économiques (changements très marginaux dans leurs habitudes) et n’entrainerait de véritables changements que pour les banques, sachant que, sur le plan interne, les activités à séparer sont déjà largement sectorisées ;
c) Certains proposent aussi le retour au système instauré en France après guerre jusqu’en 1984 (connu également sous le terme de « Glass Steagall Act ») simple séparation des banques de dépôts/prêt des banques d’affaires: ceci n’a rien à voir avec le 100% monnaie car il n’empêche nullement l’émission de crédit par les banques de dépôts/prêts.

  • Le 100% monnaie n’empêcherait pas les mouvements spéculatifs (boursiers ou autres)

C’est exact, mais il les atténuerait :
a) les achats ne pourraient être financés que sur les fonds disponibles et l’épargne courante, de telle sorte qu’un emballement spéculatif entraînerait immédiatement une montée des taux d’intérêt,
b) les fluctuations violentes de la bourse n’ont que peu d’impact sur l’économie  si elles ne déstabilisent pas le système financier, ce qui serait le cas dans le « 100% monnaie ».

L’application d’une telle réforme aurait cinq conséquences très positives.

1.  Une capacité de régulation économique sensiblement accrue par une maîtrise totale de la masse monétaire.

a) la  quantité de monnaie pourrait être dirigée selon une règle définie a priori (stabilité des prix ou taux volontaires de hausse des prix)- la quantité de monnaie deviendrait inélastique au pessimisme ou à l’optimisme irraisonné des agents économiques
b) la quantité de monnaie en circulation deviendrait une variable totalement sous le contrôle de Banque Centrale sans que le comportement des banques  ou des agents économiques  puisse influer sur elle. L’ampleur du « Boom » immobilier et financier de la dernière décennie serait quasiment inconcevable dans un système de ce type.

2. Une meilleure efficacité de l’économie.

a) des taux d’intérêt véritablement représentatifs des préférences des agents économiques
b) le paiement du prix des services monétaires
c) l’interdiction de la transformation financière.

3. La fin des distorsions dans la répartition des revenus

Toute création monétaire ex nihilo par un système bancaire privé et commercial donne un droit sur la production qui n’a pas été acquis par un produit ou un service vendu. Elle est par nature un « faux droit », un revenu non gagné,

4. Un contrôle aisé par l’opinion publique et par le Parlement de la création monétaire et de ses implications.

Dans le « 100% monnaie» l’État récupèrerait les gains de la création monétaire mais pas le contrôle. Celui-ci serait confié à la Banque Centrale agissant sous un mandat impératif protégé par la Constitution, mais plusieurs types de décision et de contrôle citoyen sont envisageables.

5. L’attribution annuelle à l’État, c’est-à-dire à la collectivité, de 70 à 80 milliards de  gains provenant de la création monétaire

a) au travers de l’affectation de la création monétaire aux ressources de l’État, comme une recette budgétaire qui peut être estimé à 40 milliards d’euros par an pour la France (environ 80% de l’IRPP)
b) au travers de la neutralisation instantanée de 800 à 1000 milliard d’euros de la dette publique française, permettant d’éviter une dépense annuelle d’intérêts de 30 à 40 milliards d’euros par an, qui, il est vrai, sont systématiquement empruntés avec pour conséquence l’augmentation de la dette.

André-Jacques Holbecq
, Économiste et auteur de :
Argent, dettes et banques, éditions Yves Michel, 2010
La dette publique, une affaire rentable, en collaboration avec Philippe Derudder (préface d’Étienne Chouard) – rééditions Yves Michel 2011

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Complément important inséré le 6 février 2012

PRÉCISIONS DE CHRISTIAN GOMEZ

Sur la substitution dette publique/dette privée

1) Lors de la mise en place de la réforme, les banques ont bien besoin de se procurer de la monnaie de base pour satisfaire à leurs nouvelles obligations de réserves (100%). Donc la Banque Centrale prête aux banques cette somme qui est donc égale aux nouvelles réserves obligatoires des banques ( prêt = monnaie de base requise = M )

2) Quand les banques vont rembourser ce prêt à la Banque Centrale, il va y avoir nécessairement une destruction de monnaie de base et donc, si rien est fait, une destruction de monnaie (c’est ce qu’il faut éviter), puisque dans le nouveau système M (masse monétaire) = monnaie de base

3) Pour recréer cette monnaie de base détruite par le remboursement du prêt aux banques, afin d’éviter une baisse de la Masse monétaire qui ne pourrait avoir que des effets défavorables, la Banque Centrale doit donc regonfler son bilan en prêtant à nouveau ou en achetant des actifs sur le marché , ces actifs pouvant être la dette publique existante: donc en faisant cela, pour maintenir la monnaie de base à son niveau initial, la BC va donc substituer au prêt fait aux banques un prêt fait à la puissance publique (en devenant le créancier de l’État, suite au rachat de la DETTE EXISTANTE).

CELA NE MARCHE QU’UNE FOIS…

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212 – 15 choses qu’ils ne vous disent pas

18 octobre 2011

Une traduction libre (et un peu complétée) d‘une page du site "positive money"

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15 choses qu’ils ne vous disent pas sur l’argent

1. Ceux des gouvernements disposant du plein contrôle de leur devise peuvent créer suffisamment d’argent pour assurer le plein emploi  et pour financer toutes leurs activités dans la limite des ressources physiques disponibles. Il n’y a aucune limite à la création d’argent et de dire que « il n’y a  plus d’argent» est aussi absurde que faux.

2. Les gouvernements souverains, n’ont pas besoin d’emprunter d’argent, ni aux institutions financières privées, ni au FMI. Qu’ils empruntent et cherchent ensuite à «apaiser les marchés financiers» est une contrainte auto-imposée, un peu comme lacer vos lacets ensemble et prétendre que vous ne pouvez pas marcher.

3. Les gouvernements ne contrôlent pas l’offre d’argent, mais au contraire ont choisi de sous-traiter l’approvisionnement en fonds publics aux banques privées.

4. Les gouvernements ont volontairement renoncé aux recettes publiques substantielles de la création monétaire appelée seigneuriage. En France ceci revient à une subvention aux banques privées de l’ordre de 40 milliards d’euros par an

5. L’argent n’est pas une «chose», mais une relation juridique, une création de l’État. Il s’agit d’un système de jeton (aujourd’hui électronique), qui instaure des droits sur les ressources.

6. L’argent n’est pas la richesse. La richesse est la terre, les ressources naturelles et les produits du travail humain. L’argent est seulement  un droit sur la richesse.

7. La véritable richesse provient de la production de biens et de services socialement utiles, et des investissements dans les infrastructures et les compétences. La spéculation sur les prix des biens ou des actions, et la promotion de la vente pyramidale (le processus appelé «libéralisation financière» ou «dérégulation»), sont prédatrices et ces activités  parasites ne créent pas de richesse.

8. Les banques sont la progéniture de l’État. Elles ont un quasi-monopole de création monétaire et les privilèges et protections légales de sociétés à responsabilité limitée. Elles font semblant d’être indépendantes et autonomes, mais comme des adolescents gâtés, au premier signe de difficulté, elles courent la maison en pleurant et en exigeant une protection illimitée.

9. Les banques ne prêtent rien. Ils créent de l’argent par le crédit à partir de rien et facturent des intérêts sur quelque chose qui ne coûte rien à produire. L’intérêt est ce qui leur reste lorsque le crédit est remboursé. Le crédit crée une surcharge de dette supplémentaire qui s’ajoute aux coûts de l’économie, et il faut de nouveaux crédits pour le couvrir, et permettre aux dettes d’être remboursées, provoquant faillites, récession et  chômage,  ainsi que l’enrichissement sans cause des banques .

10. Une partie du crédit bancaire ne va pas vers l’investissement productif, mais dans la spéculation des prix des actifs et des «prêts» à d’autres banques. Lorsque les commentateurs se réfèrent à la crise bancaire ils font allusion à l’effondrement continu de cette pyramide ou chaîne de Ponzi.

11. Les banques dilatent et contractent l’offre d’argent avec pour conséquence des bulles des prix des actifs qui s’effondreront ensuite dans les récessions. C’est ce qu’on appelle «le cycle économique», mais il n’y a rien d’inévitable à ce sujet.
Cette instabilité est la conséquence  d’un système ayant une contre-réaction positive, comme un régulateur de vitesse qui appuierait sur l’accélérateur au-dessus d’une certaine vitesse.

12. Il doit toujours y avoir une dette dans les secteurs privé ou public pour que le système de l’argent fonctionne – quelqu’un quelque part doit toujours dépenser plus qu’il ne gagne.

13. L’argent ne peut actuellement entrer dans l’économie que d’une seule façon: le crédit émis par des banques privées. Si l’assèchement du crédit se produit, le gouvernement devrait pouvoir remédier à l’insuffisance, ou bien il y aura une récession.

14. Si vous pensez que vous avez « de l’argent à la banque », dans un compte courant ou dans un compte d’épargne, détrompez-vous. Les comptes bancaires ne sont que des écritures comptables qui représentent la promesse de la banque de payer, pas de l’argent réel.

15. Contrairement au crédit bancaire, il n’y a rien d’intrinsèquement inflationniste dans une émission monétaire par le gouvernement. La quantité de monnaie émise peut toujours être contrôlée par la fiscalité.


201 – Rudo de Ruijter: Sortir de l’euro, et puis?

25 août 2011

Par Rudo de Ruijter, Chercheur indépendant, Pays-Bas

L’euro est une monnaie très pratique, mais elle fait des millions de victimes. Cet article explique d’une  façon simple pourquoi l’euro ne peut pas marcher et expose les avantages d’un passage vers un système d’argent d’État.

- Non, la coopération Européenne ne s’arrêtera pas sans l’euro!

- Et oui, nous serions bien mieux avec de l’argent d’État!

L’euro a un problème insoluble. Les pays qui sont sévèrement endettés maintenant, s’ils réussissent à s’en sortir à coups de réductions de dépenses d’État, s’endetteront de manière prévisible à nouveau.

C’est parce que ces pays sont victimes d’un défaut fondamental dans l’euro. Déjà avant le démarrage de l’euro des économistes ont averti, qu’une monnaie unique ne peut fonctionner que lorsque tous les pays participants sont économiquement homogènes. [1] [2] [3]

En ce moment il n’y a rien qui empêche des consommateurs grecs de préférer des produits d’Allemagne meilleurs et moins chers. Et lorsque la Grèce importe plus qu’elle n’exporte, ses dettes augmentent. La même chose vaut pour tous les pays moins productifs dans la zone euro. Ils pourront réduire leurs dépenses autant qu’ils voudront et privatiser toutes les infrastructures, mais la prochaine crise de dettes ne sera jamais loin!

Voici pourquoi. Lorsque les consommateurs dans des pays moins productifs préfèrent des produits importés moins chers et meilleurs, la dette extérieure augmentera, tandis que la productivité du pays diminuera. Lorsqu’un pays dispose de sa propre monnaie, il peut la dévaluer. Cela augmentera le prix des produits importés et diminuera le prix de ses propres produits à l’exportation. La dette diminuera et la productivité augmentera de nouveau. Des dévaluations étaient habituelles avant le début de l’euro.

Avec l’euro les dévaluations ne sont plus possibles et les pays finissent coincés dans les dettes. Mais lorsque les pays signent pour faire part de la zone euro, ils s’obligent à réduire leur dette publique en dessous de 60% de leur produit national brut (PNB) et leur déficit fiscal en dessous de 3% du PNB. Lorsqu’ils dépassent ces limites les autres pays considèrent cela comme un danger pour la stabilité de l’euro. Ces autres pays imposeront des sanctions au gouvernements endettés pour les obliger à prendre des mesures adéquates (comme si une solution durable existait) et si cela ne fonctionne pas, ces autres pays fourniront des prêts (qui, soit dit en passant, augmentent la dette extérieure!), accompagnés de conditions sévères, comme des réductions de dépenses publiques – licenciements de fonctionnaires, coupures dans les budgets d’éducation, de culture, d’affaires sociales, de l’armée etc. – et des obligations de vendre des propriétés d’État et des infrastructures et services publics! (Méfiez-vous, lorsque vous entendez dire des politiciens de pays plus riches, qu’ils vont aider les plus faibles!)

Ce n’est pas un hasard que ce soit la Grèce, l’Espagne et l’Irlande qui sont touchés le plus sévèrement aujourd’hui. Économiquement ces pays ne peuvent être comparés à un pays comme l’Allemagne. Dès qu’une crise frappe la zone euro, il devient clair que la zone n’est pas homogène; il y a des pays forts et des pays faibles. L’Europe est composée de pays très différents avec des économies très différentes avec des potentiels de productivité très différents.

En fait, il est impossible d’utiliser une monnaie unique dans une zone si hétérogène comme les 23 pays actuels de la zone euro [voir note]. Malgré les avertissements des économistes, les politiciens ont décidé de l’introduire quand-même. Pour les partisans ce n’était qu’une question d’inventer des règles de jeu et de convaincre les pays de signer des accords, comme quoi ils se tiendraient à ces règles. Eh bien, on peut mettre des signatures sur des bouts de papiers, mais cela ne rend pas possible ce qui ne l’est pas. Aujourd’hui, 20 des 27 pays de l’Union Européenne ne peuvent satisfaire aux exigences budgétaires. [4] Lire la suite »


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