283 – Keynes sur la création monétaire

15 février 2014

Traité sur la monnaie

John Maynard Keynes

"A Treatise on Money: The Pure Theory of Money" (1930), p23-24

Pour la représentation des transactions, nous avons vu comment le transfert de titres sur de la monnaie peut être aussi efficace que la monnaie elle-même. Ainsi, les membres du public, ayant pris conscience de ce fait, se contenteront souvent de détenir ces titres sans les convertir en monnaie fiduciaire. De plus, il y a un certain nombre d’avantages à détenir de la monnaie bancaire et non du liquide.

Une banque moderne est une institution rendue possible par des habitudes de cet ordre. Historiquement, une banque a pu évoluer à partir d’une activité liée aux métaux précieux ou au transfert de monnaie d’un pays à un autre, ou qui offrait ses services d’intermédiaire pour établir des prêts ou pour la garde d’objets de valeur, ou qui empruntait les économies du public grâce à sa bonne réputation pour les investir à sa guise et à ses propres risques. Mais pour ce qui suit, nous nous occuperons des banques modernes totalement développées et qui opèrent en tant qu’entreprises.

Il existe deux manières pour une telle banque de créer des créances envers elle-même afin de mettre au monde de la monnaie, c’est-à-dire ce que nous appellerons ici des dépôts.

D’abord, elle peut créer des dépôts en faveur d’un déposant individuel en contrepartie d’une valeur reçue sous la forme soit de monnaie fiduciaire, soit de tout autre titre (un chèque par exemple) autorisant le transfert d’un dépôt dans une banque (une autre banque ou elle-même). Un membre du public présente du liquide ou un chèque, et obtient en retour un droit à une créance en liquide (un dépôt) qu’il peut exercer ou transférer à quelqu’un d’autre.

Mais il y a une seconde façon pour la banque de créer une créance envers elle-même. Elle peut elle-même acheter un actif, c’est-à-dire augmenter ses investissements, et les payer, en première instance du moins, en établissant une créance envers elle-même. Ou la banque peut créer une créance envers elle-même en faveur d’un emprunteur, en échange de sa promesse de celui-ci de rembourser plus tard ; la banque fait ainsi des prêts ou des avances.

Dans les deux cas, la banque crée les dépôts ; car seule la banque elle-même peut autoriser la création d’un dépôt dans ses livres, permettant ainsi au client de retirer du liquide ou de transférer sa créance à l’ordre de quelqu’un d’autre ; et il n’y a aucune différence entre les deux à part dans la nature de la cause pour la banque de créer le dépôt.

Il s’ensuit qu’une banque en activité sera, d’une part, en train de créer continuellement des dépôts en contrepartie soit de valeurs reçues soit de promesses, et d’autre part, en train d’annuler des dépôts parce que les créances en contrepartie de ces dépôts sont retirées en liquide ou transférées vers d’autres banques.

Donc elle reçoit et distribue du liquide constamment ; et constamment elle reçoit des créances payables par d’autres banques et elle doit honorer des créances payables à d’autres banques.

Maintenant il est évident que la banque doit gérer ses affaires de telle sorte que ces processus opposés s’annulent approximativement l’un l’autre, c’est-à-dire que le montant des liquidités payées chaque jour et le montant des créances venant des autres banques ne soient pas trop différents du montant des liquidités reçues et du montant des créances présentées aux autres banques. Le problème concret du banquier, par conséquent, est d’arranger ses affaires de telle sorte que le total de ses entrées journalières sous forme de liquide et de créances soit autant que possible égal à ses sorties journalières sous ces mêmes formes.

Il suit de cela que le rythme auquel la banque peut, en sécurité, activement créer des dépôts en prêtant et en investissant doit être en relation avec le rythme auquel elle en crée passivement en contrepartie de la réception de ressources liquides de la part de ses déposants. Car ces opérations passives augmentent les réserves de la banque même si seulement une partie en est conservée à la fin par la banque, alors que les opérations actives diminuent les réserves même si seulement une partie en est payée aux clients d’autres banques ; en fait on pourrait exprimer nos conclusions plus fermement que cela, puisque les clients emprunteurs empruntent en général avec l’intention de dépenser tout de suite les dépôts ainsi créés en leur faveur, alors que les déposants n’ont en général pas cette intention.

Les banquiers pragmatiques ont tiré de cette conclusion que pour le système bancaire dans son ensemble l’initiative revient aux déposants, et que les banques ne peuvent pas prêter plus que ce que les déposants leur ont confié. Mais les économistes ne peuvent pas accepter cela comme étant le bon sens que cela prétend être. Je vais par conséquent, tenter de rendre évident une matière qui ne doit pas, certainement, rester obscure.

Même si nous considérons cette affaire du point de vue d’une seule banque parmi les autres, il est apparent que le rythme auquel elle crée passivement des dépôts dépend partiellement du rythme auquel elle les crée activement. Car bien que les clients emprunteurs vont probablement dépenser promptement le montant de leur prêt, certains de ceux à qui ils le transfèrent peuvent être des clients-déposants dans la même banque. Dans la mesure où cela se produit, les dépôts créés activement sont bien loin d’être le fruit des dépôts créés passivement, c’est le contraire. Cela illustre en petit ce qui se passe pour le système bancaire dans son ensemble. Car, dans la mesure où les clients-emprunteurs payent leurs dépôts aux clients d’autres banques, ces autres banques se trouvent renforcées par l’augmentation de leurs dépôts créés passivement dans la même mesure que la première banque a été affaiblie ; et de la même façon notre banque individuelle se retrouve renforcée à chaque fois que les autres banques créent activement des dépôts. Si bien qu’une part de ses dépôts créés passivement, même quand ils ne sont pas le fruit de ses propres dépôts créés activement, est néanmoins le fruit des dépôts créés activement par les autres banques.

Si nous supposons un système bancaire fermé, sans relation avec le monde extérieur, dans un pays où tous les paiements sont faits par chèque et où aucune liquidité n’est utilisée, et si de plus nous supposons également que les banques n’estiment pas nécessaire dans de telles circonstances de détenir des réserves de liquidités mais règlent leurs engagements interbancaires par le transfert d’autres actifs, alors il est évident qu’il n’y a pas de limite au montant de monnaie bancaire que les banques peuvent créer pourvu qu’elles marchent toutes d’un même pas. Les mots en italiques sont la clé du comportement du système. Tout mouvement en avant par une banque individuelle l’affaiblit, mais tout mouvement identique par une de ses banques voisines la renforce ; de telle sorte que si elles avancent ensemble, personne n’est affaibli en moyenne.

Donc le comportement de chaque banque, bien qu’elle ne puisse pas avancer de plus d’un pas an avance des autres, sera gouverné par la moyenne des comportements des banques dans leur ensemble, moyenne à laquelle, cependant, elle peut apporter son quota petit ou grand. Chaque président de banque dans son bureau peut se considérer comme l’instrument passif de forces extérieures sur lesquelles il n’a aucun contrôle ; et pourtant, les "forces extérieures" ne peuvent être rien d’autre que lui-même et ses collègues présidents, et certainement pas ses déposants.

Un système monétaire de cette sorte possèderait une instabilité intrinsèque ; car tout événement qui aurait tendance à influencer le comportement de la majorité des banques dans la même direction, que ce soit en avant ou en arrière, ne rencontrerait aucune résistance et serait susceptible de déclencher un mouvement violent du système tout entier. Nous verrons que les systèmes monétaires ne sont en général pas aussi mauvais que cela et que des dispositifs pour limiter leur instabilité intrinsèque ont été conçus. Cependant, cette tendance pour des mouvements de résonance de la part d’éléments individuels à l’intérieur d’un système bancaire est toujours présent dans une certaine mesure et doivent être pris en considération. De plus, quand les conditions d’un système clos sont réunies, comme dans le cas d’un pays qui dispose d’une devise papier inconvertible ou dans le cas du monde pris dans son ensemble, la tendance à l’instabilité due aux mouvement de résonance est une caractéristique de la plus haute importance.

Dans le cas hypothétique que nous venons de considérer, nous avons supposé que tous les paiements étaient effectués par chèque et que les banques membres ne subissent aucune obligation ou nécessité de maintenir des réserves de liquidités. Nous devons maintenant ôter ces limitations. Si certains paiements sont réalisés en espèces, le montant d’espèces ainsi utilisé représentera généralement une proportion, plus ou moins stable, du montant de monnaie bancaire. Dans ce cas la création de plus de monnaie bancaire par les banques dans leur ensemble conduira à une fuite de liquidités pour les banques dans leur ensemble, ce qui fixera une limite à la possibilité des banques de créer de la monnaie bancaire, sauf si elles sont en mesure d’obtenir la livraison d’une plus grande quantité d’espèces.

Mais pour tout banquier donné, les espèces ne sont pas suffisantes pour satisfaire à cette condition. Même quand il avance du même pas que ses voisins, il y aura des différences journalières entre ses créances sur eux et leurs créances sur lui, et la grandeur de ces différences dépendra en partie de l’étendue de son entreprise, qui peut être mesurée approximativement par le volume de ses dépôts. En conséquence, afin de traiter les divergences mineures qui ne manqueront pas d’apparaître sur de courtes périodes, un banquier conservera toujours quelques ressources liquides sous la main, en partie sous forme d’espèces et en partie sous forme de dépôts dans une autre banque ou dans d’autres banques – lesquelles ressources, appelées ses "réserves", montent et descendent avec le volume de ses dépôts et parfois, par la loi ou la coutume, sont en rapport rigide avec eux. Pour traiter la question des créances interbancaires, les banques ont mis en place un organisme appelé Chambre de Compensation, qui calcule chaque jour combien est dû pour équilibrer les comptes entre une banque donnée et chaque autre banque et entre chaque autre banque et cette banque donnée. Pour régler les différences éventuelles, des espèces pourront, si nécessaire, être utilisées ; mais pour une question de commodité, les banques acceptent généralement pour les règlements journaliers une créance sur une seule banque sélectionnée – la Banque du banquier comme on l’appelle parfois – qui est habituellement la Banque Centrale ou Banque d’État. De plus, les dépôts d’une Banque Centrale ne sont pas seulement là pour régler les différences en Chambre de Compensation, mais encore peuvent aussi devenir des espèces quand la partie espèces des réserves d’une banque ont besoin d’être reconstituées.

Une banque doit, par conséquent, d’abord décider quel montant de réserves il sera prudent de viser – ou parfois, cette matière est décidée par la loi. Le chiffre, dont nous parlerons en détail dans le Volume II, dépend d’une part des habitudes des déposants, gouvernées par les habitudes du pays et de l’époque et par le genre d’activité conduite par les clients d’une banque en particulier, et d’autre part de la part de marché de la banque qui dans ce cas se mesure généralement par le volume de ses dépôts.

Donc chaque banque se fixe pour elle-même une certaine proportion de ses dépôts (par exemple 10%) qu’elle visera de maintenir en réserve – une proportion qui n’est pas nécessairement la même pour des banques différentes et qu’une banque individuelle peut faire varier selon les saisons et les époques, à moins que la loi ne les oblige à s’aligner de manière uniforme. Ayant fixé cette proportion, la banque ne souhaitera ni voir s’élever ses réserves au-dessus de ce chiffre, ce qui signifierait que son activité n’est pas aussi profitable qu’elle le pourrait, ni les voir descendre en-dessous. En conséquence, elle créera activement des dépôts en prêtant et en investissant sur une plus petite ou une plus grande échelle, selon que ses réserves, compte non-tenu des fluctuations quotidiennes, montreront une tendance à diminuer ou à augmenter.

Nous voyons maintenant qu’il existe une contrainte, non seulement sur les banques individuelles qui doivent garder le même pas, mais aussi sur les banques dans leur ensemble. Car si les banques dans leur ensemble créent des dépôts à un rythme qui va amener les réserves dans leur ensemble à tomber trop bas, certains banquiers vont se retrouver avec des ratios insuffisants et vont être obligés par conséquent de faire un pas en arrière ; alors que si les dépôts en agrégé sont en-dessous de leur ratio normal par rapport aux réserves, certaines banques vont se retrouver avec des ratios de réserves excessifs et seront incitées à faire un pas en avant. Donc c’est l’agrégat des ressources en réserves qui détermine le "pas" qui sera commun au système bancaire dans son ensemble.

Prolonger la discussion pour découvrir ce qui détermine l’agrégat des réserves-ressources des banques-membres anticiperait sur les chapitres suivants. Mais nous pouvons tout aussi bien indiquer les éléments du problème ici.

Considérant que la Banque Centrale est aussi l’autorité d’émission des billets, l’agrégat des réserves-ressources des banques-membres sera sous le contrôle de la Banque Centrale, pourvu que cette dernière puisse contrôler l’agrégat de son émission de billets et de ses dépôts. Dans ce cas, la Banque Centrale est le chef d’orchestre et bat la mesure. Il se peut, cependant, que le montant des dépôts créés par la Banque Centrale elle-même soit placé, par la loi ou la coutume, en dehors de son contrôle discrétionnaire et régulé par une règle rigide, auquel cas nous pouvons décrire cela comme un système "automatique". Finalement, il se peut que les Banques-Membres elles-mêmes aient un peu de pouvoir, peut-être dans certaines limites, et puissent augmenter à leur gré leurs dépôts à la Banque Centrale ou le montant des billets qu’elles retirent de ses guichets émetteurs de billets. Dans ce cas, des mouvements de résonance de la part des Banques-Membres s’amplifieront au fur et à mesure et se nourriront eux-mêmes sous la forme de ressources-réserves grandissantes, avec pour résultat qu’il sera difficile de contenir l’instabilité inhérente du système.

J’ai essayé d’en dire assez pour montrer que la controverse habituelle, à savoir : Comment et par qui les dépôts bancaires sont-ils "créés" ?, est quelque peu illusoire. Il n’y a guère de doute que, si l’on emploie un langage aussi convenable que possible, tous les dépôts sont "créés" par la banque qui les détient. Il n’est certainement pas exact que les banques sont limitées à cette sorte de dépôts qui sont nécessairement créés à chaque fois que des déposants viennent de leur propre initiative apporter du liquide ou des chèques. Mais il est clair également que le rythme auquel une banque individuelle crée des dépôts de sa propre initiative est soumis à certaines règles et limitations ; – elle doit rester au même pas que les autres banques et ne peut pas élever ses propres dépôts relativement au total des dépôts hors de proportion avec son quota dans le domaine bancaire du pays. Finalement, le "pas" commun à toutes les Banques-Membres est gouverné par l’agrégat de leurs réserves-ressources.

La monnaie courante est principalement de la monnaie bancaire.

L’importance en proportion de monnaie de base (monnaie centrale, ou monnaie d’État) et de monnaie bancaire créée comme ci-dessus dans le total de la monnaie en circulation varie grandement à différentes périodes et dans différents pays, selon le niveau qui a été atteint dans l’évolution des pratiques monétaires. Mais la tendance est bien vers une prépondérance de la monnaie bancaire – qui, dans des pays comme les États-Unis ou la Grande Bretagne constituent peut-être les 9/10èmes de la monnaie circulante agrégée – la monnaie d’État occupant une position catégoriquement subsidiaire.

On pourra par conséquent simplifier l’argument, sans porter gravement atteinte à sa généralité, si l’on suppose non seulement que toute la monnaie de Banque Centrale est détenue par les Banques-Membres, mais encore que toute la monnaie circulante détenue par le public est de la monnaie des Banques-Membres, c’est-à-dire des dépôts bancaires. Cette version simplifiée, bien entendu, ne représente pas les faits réels. Mais elle permet d’économiser bien des discours et peut facilement s’adapter à la réalité des faits. En outre, les conséquences d’une telle hypothèse seront presque identiques à la réalité, dans la mesure où les proportions selon lesquelles le total de monnaie de base est détenu par le Public, les Banques Membres et la Banque Centrale, ont tendance à être constantes. Quand les faits diffèreront de manière significative de ce schéma simplifié, je ferai de mon mieux pour les ramener dans le cadre.

[…] Ainsi, en Grande-Bretagne et aux États-Unis et de plus en plus ailleurs l’utilisation de la monnaie bancaire est maintenant tellement dominante que beaucoup moins de confusion sera causée en en faisant un cas général et l’utilisation d’autres types de monnaie un cas particulier, qu’en traitant la monnaie de base comme le cas général et en présentant la monnaie bancaire comme une complication ultérieure. Cette dernière pratique, largement confirmée par les faits, conduit à négliger de mettre l’accent sur l’une des caractéristiques les plus fréquentes de l’économie moderne, et à traiter ces caractéristiques comme des anomalies ou des exceptions.

keynes


174 – Une monnaie nationale complémentaire

12 mai 2011



Imaginez :
Une idée simple, transposable aux autres pays du monde, qui permettrait de répondre de façon satisfaisante à l’immense défi humain et écologique de notre siècle, en proposant de nouvelles activités épanouissantes et socialement utiles, sans impôts supplémentaires, sans endettement et sans s’opposer aux intérêts en place…
Impossible ?
Si vous vous demandez comment nous dépêtrer de la contradiction qui prône d’un côté la croissance pour guérir l’économie et de l’autre la décroissance pour l’écologie?
Si vous vous inquiétez de l’avenir de la planète et de celui de vos enfants, si vous souhaitez que tous les peuples atteignent un niveau de suffisance digne, si vous nourrissez au fond de votre cœur(même sans y croire vraiment) le rêve d’un monde où il ferait bon vivre pour tous en lien avec une Terre respectée, lisez ce livre : ce rêve est à portée de main, car « Rien n’est plus fort qu’une idée dont l’heure est venue » (Victor HUGO)

Les thèmes abordés sont : Richesse réelle et richesse symbolique – La prison mentale – La création monétaire – La croissance – La répartition de la richesse – Le risque inflationniste – Le risque de dissidence et sortie de l’Europe – Le développement des monnaies complémentaires dans le monde – Les droits de l’homme – La charte de La Havane

(12€)

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Sur son blog,  Laurent Pinsolle nous donne son avis…

Vers une économie plus citoyenne et sociale

Vous connaissez déjà largement André-Jacques Holbecq, économiste citoyen, ancien pilote du Concorde, qui contribue régulièrement comme commentateur du blog. Je viens de lire son livre « Une monnaie nationale complémentaire », une réflexion stimulante sur l’organisation de nos sociétés.

Créer une économie plus sociale

Il devient chaque jour plus criant de refonder le système capitaliste. S’il existe déjà le service public et les coopératives qui permettent à beaucoup de citoyens de travailler pour des organisations moins mercantiles, une réflexion se fait jour pour créer un secteur « social » plus important. C’est exactement la démarche de Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix pour son invention du microcrédit au Bangladesh, dont j’avais chroniqué le livre « Vers un nouveau capitalisme ».

C’est exactement ce que nous proposent ici André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder. Ils partent du constat évident que certaines activités à haute valeur citoyenne et sociale ne trouveront jamais de financement du fait de leur absence de rentabilité, ce qui est préjudiciable à l’ensemble de la collectivité. Ils notent aussi très justement que beaucoup de citoyens préfèreraient sans doute travailler pour des entreprises dont l’objectif n’est pas le profit, sans être pour autant fonctionnaires.

Ils ont donc élaboré un système élégant mais un peu complexe, un Espace économique Complémentaire à vocation Sociétale, l’ECS, qui reposerait sur des Entreprises à Mandat Sociétal (EMS) et qui bénéficierait d’une Unité Monétaire Sociétale (UMS), une monnaie spécifique. Ce nouveau pan du secteur économique fonctionnerait de manière autonome au secteur économique privé traditionnel.

Agitateurs d’idées citoyennes

Les auteurs commencent par plusieurs paraboles, suivies d’analyse qui soulignent les travers de notre monde, son matérialisme, la privatisation de la création de la monnaie au profit des banques, l’explosion des inégalités, la persistance d’un chômage de masse, qui créé un rapport difficile au travail, et un manque d’ouverture d’esprit pour envisager de nouvelles solutions.

Le duo pense que les enjeux immenses qui guettent notre planète (augmentation de la population, difficulté à nourrir cette population, épuisement des ressources naturelles de la planète, explosion des inégalités et maintien d’un niveau de pauvreté contradictoire avec le niveau de croissance) ne pourront pas être assumés par les structures existantes de notre économie.

Ils veulent donc « compléter le dispositif économique actuel dans le but de résoudre, indifféremment de leur coût financier ou comptable, les problèmes humains et écologiques que la seule logique capitaliste et comptable est incapable par nature de traiter ». L’objectif est notamment de réduire toutes les formes de pollution et remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables non polluantes.

L’économie au service de l’homme et de la planète

C’est pour financer ce nouvel espace sociétal que les auteurs proposent la création d’une UMS. Ils reviennent sur les exemples de création de monnaies complémentaires dans l’histoire, en Allemagne en 1919, en Suisse dans les années 1930 ou au Canada dans les années 1980. Naturellement, cette monnaie serait placée sous contrôle purement public.

Ils proposent que dans cet espace les différences de revenus soient strictement limitées. Ils reprennent aussi de nombreux extraits de la Charte de la Havane, qui faisait de l’équilibre de la balance des paiements un principe de base des rapports internationaux, un contrôle des mouvements de capitaux, une interdiction du dumping et un encadrement du libre-échange.

Il est vrai que le système actuel a démontré son incapacité actuelle à traiter des problèmes pourtant urgents. J’ai tendance à penser qu’un changement de dirigeants permettrait de prendre une direction plus durable et juste. Mais dans ce livre, les auteurs ont le mérite de proposer un plan B détaillé.

Un résumé de la proposition (ce qui ne remplace évidemment pas la lecture du livre), se trouve ici : http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=EMS

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142 – De l’intérêt des dévaluations

7 décembre 2010

Du blog de Laurent Pinsolle 07 décembre 2010

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C’est une des dernières lignes de défense des partisans de la monnaie unique européenne, peut être pas la dernière mais sans doute une des dernières : l’euro nous protègerait des dévaluations au sein de l’Europe. Une nouvelle ligne Maginot à enfoncer.

Fantasmes contre réalité

A écouter les défenseurs de l’euro, le retour aux monnaies nationales provoquerait une vague de dévaluations apocalyptiques, une sorte de retour à l’âge de pierre économique. C’est à peine s’ils n’évoquent pas les famines ou les guerres qui s’en suivraient. En fait, le procédé est assez habile car en affirmant que les dévaluations sont dangereuses, ils parent de facto la monnaie unique de l’avantage de les éviter, par définition. Il faut donc compléter le bilan de l’euro.

Le problème est que le rétroviseur historique révèle une autre réalité. Dans les années 70 et 80, quand les pays européens procédaient régulièrement à des ajustements monétaires (réévaluations ou dévaluations), la croissance était beaucoup plus forte que dans le système de parité fixe de l’euro. C’est ainsi que selon les chiffres de l’OCDE la croissance de la France est passée de 2.3% par an à 1.5% des années 80 aux années 2000 (2 à 0.8% en Allemagne et de 2.6 à 0.5% en Italie).

Bref, les dévaluations n’ont jamais handicapé la croissance du continent européen. C’est bien la rigidité de l’euro qui créé les problèmes actuels. En outre, l’histoire économique montre bien que les dévaluations sont au contraire un procédé pour relancer la croissance. C’est comme cela que la Grande-Bretagne ou la Suède sont sortis de la récente crise économique. La baisse de la monnaie permet de relancer les exportations et pénalise les importations, favorisant la production locale et l’emploi.

Les dévaluations au service de la hausse des salaires

Mieux, en constatant que l’euro comme monnaie unique pousse à la compression des salaires en Allemagne (et bientôt partout ailleurs), on en arrive à la conclusion que les dévaluations rendent davantage possibles les hausses de salaires par rapport aux autres pays. En effet, dans un régime de changes ajustables, si un pays voit ses salaires progresser davantage que les voisins, à gain de productivité équivalent, il perd en compétitivité prix sur les coûts de production.

Néanmoins, il peut à tout moment effacer cette perte par une dévaluation, comme le faisaient les pays du Sud de l’Europe par rapport à l’Allemagne dans les années 70 ou 80. Au contraire, dans un système de change fixe comme l’est l’euro aujourd’hui, il n’y a plus la possibilité de dévaluer pour compenser des hausses de salaires supérieurs à celles des voisins. Résultat, le pays dont l’évolution des salaires est la plus faible gagne en compétitivité par rapport à ses voisins.

C’est le « modèle Allemand », où les salaires stagnent depuis près de 15 ans et la croissance depuis 10 ans. L’Allemagne l’a compris avant car elle avait les coûts les plus élevés de l’Europe à l’origine. Le problème est que si le modèle se généralise, les salaires seront poussés à la baisse, tout comme la croissance. Et il faut noter qu’alors, les gains de productivité ne peuvent plus être redistribués en partie aux salariés, pris dans une course au moins-disant salarial.

Le péril des dévaluations est un fantasme bien utile pour essayer de protéger l’euro. Mais dans la réalité, les dévaluations, si elles ne sont pas dénuées de conséquences négatives (renchérissement des importations…) ont également des vertus, et notamment celle de faciliter les hausses de salaires.


141 – Vidéo : création monétaire

2 décembre 2010

http://www.dailymotion.com/video/xfuw5w_crise-2008-1-la-creation-monetaire_news


140 – Lettre à mon banquier

2 décembre 2010

Du site Choix-Réalité

Mais il semble que le rédacteur initial soit Morphéus, par Agoravox

Dont acte.

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Cher banquier,

Si je vous écris aujourd’hui, c’est pour vous informer que, longtemps resté dans l’ignorance des mécanismes financiers, j’ai résolu de combler cette lacune. Je ne saurais dire avec certitude quel fut le déclic qui motiva cette soudaine résolution. Fort probablement le crash de 2008, on en a beaucoup parlé aux infos, vous vous souvenez ? Pourtant, je ne sais pas pourquoi, tout ce que j’ai entendu dans les diverses émissions ou débats, tout ce que j’ai lu dans les colonnes des quotidiens, ne parvenait pas à satisfaire ma quête de compréhension de ce phénomène. Au contraire, il y avait dans ces "explications" un je ne sais quoi qui ne collait pas. Il restait un doute. Comme une écharde dans mon esprit, vous voyez ? Le doute est une incitation à la recherche, et la recherche n’est-elle pas le chemin de la vraie connaissance ?

Alors je me suis décidé à faire quelques recherches sur internet. Assez rapidement, je trouvai une piste intéressante : un film documentaire sous forme d’animation du canadien Paul Grignon et dont le titre est "L’argent dette". André Gunthert, chercheur en histoire visuelle à l’école des hautes études en sciences sociales indique que cette vidéo est une « remarquable et très pédagogique description du système financier ». En somme, la vulgarisation qui était nécessaire à éclairer ma lanterne sur les questions que je me posais. J’ai ainsi appris que ce que je croyais jusqu’alors concernant les banques, leur rôle, leur mode de fonctionnement ainsi que la création et l’origine de la monnaie était largement faux et relevait en réalité d’un mythe trompeur.

« Un mythe est une idée qui, même si elle est communément admise, est fausse. Dans un sens plus subtil – dans un sens religieux – un mythe est une histoire qui sert à orienter et à mobiliser le peuple. L’accent n’est pas mis sur le rapport entre l’histoire et la réalité, mais sur la fonction qu’est censé exercer le mythe. Une histoire ne peut fonctionner à moins d’être supposée vraie par la communauté ou la nation. Il n’y a pas de débat possible. Si certaines personnes ont le mauvais goût de mettre en doute l’authenticité de l’histoire sacrée, les gardiens de la foi et de l’orthodoxie refuseront de discuter avec elles. Ils les accuseront de blasphème ou, au mieux, les ignoreront. » David Ray Griffin – professeur de théologie et de philosophie des religions.

La réalité, elle, était monstrueusement plus sinistre. Je croyais par exemple que la création monétaire était une prérogative des états (droit régalien), servant ainsi les citoyens pour leurs échanges. Pas du tout. Cela fait un moment déjà que ce n’est plus le cas. Les euros sont créé et géré par la BCE, qui est une banque centrale dirigée et contrôlée, non par les banques centrales des états membres de la zone euro, mais par une corporation d’organismes bancaires privés (au premier rang desquels on trouve certainement la séculaire dynastie Rothschild).

« Donnez moi le droit d’émettre et de contrôler l’argent d’une Nation, et alors peu m’importe qui fait ses lois. » Mayer A. Rothschild – fondateur des banques Rothschild.

J’ai donc découvert, à ma grande stupéfaction, que nos dirigeants nous avaient trahis ! Et je pèse mes mots : car lorsque l’on permet à un organisme privé de créer et gérer la monnaie, ensuite que l’on emprunte à cet organisme privé l’argent dont l’état a besoin avec intérêts – alors même que ces intérêts seraient nuls si l’état avait conservé sa légitime prérogative -, j’affirme haut et fort que nous avons été trahis. Jamais je n’ai donné mon autorisation à qui que ce soit pour payer des intérêts faramineux pour rien à des consortium bancaires privés. Jamais je n’ai été consulté ni même informé de cela. Il est à parier que si les citoyens en avaient été informés, ils se seraient virulemment opposé à ce putsch. Moi, en tout cas, je m’y serais opposé.

« Tant que le contrôle de l’émission des devises et des crédits ne sera pas rendu au gouvernement et reconnu comme sa responsabilité la plus évidente, toutes les paroles au sujet de la souveraineté du Parlement et de la démocratie resteront vaines et futiles. Une fois qu’une nation perd le contrôle de son crédit, peu importe qui fait les lois. L’usure en situation de contrôle détruira n’importe quelle nations. » William Lyon Mackenzie King – ancien Premier Ministre du Canada.

J’ai ensuite également découvert que les monnaies du monde entier étaient tributaires du dollar américain – celui-ci faisant office d’étalon en lieu et place de l’or -, et que ce même dollar était lui aussi entre les mains d’un organisme privé, la FED, depuis 1913. Et de plus, le dollar qui a longtemps été calibré sur la valeur de l’or (billets échangeables en or ou argent), ne l’est plus depuis les années ’70. Et donc, nos euros sont en réalité une monnaie de singe ! Plus grave encore, j’ai appris que la monnaie "réelle" (déjà devenue monnaie de singe, mais ayant encore un aspect palpable) ne représente pas même 5 % de la masse des transactions internationales, le reste étant constitué de … reconnaissances de dettes. Je commence à mieux comprendre les mécanismes ayant mené à cette crise – et à toutes les autres.

« Le gouvernement devrait créer, émettre et faire circuler toutes les devises et tous les crédits nécessaires pour couvrir les dépenses du gouvernement et des citoyens. En admettant ces principes, des sommes immenses d’intérêts seraient épargnées aux contribuables. Le privilège de créer et d’émettre de l’argent est non seulement la prérogative suprême du gouvernement, mais c’est aussi sa plus grande opportunité créative. » Abraham Lincoln – seizième Président des USA.

Puis viens la découverte de ce " merveilleux " – ou terrifiant (tout dépend de quel point de vue l’on observe les choses) système de réserve fractionnelle. Qu’est-ce que je vois ? Les banques ont le droit de prêter de l’argent dont elles ne disposent pas ? Et dans quelles proportions : 9 pour 1, 20 pour 1 et quelques fois jusqu’à 33 pour 1, selon le type de compte ! On en reste pantois… Comment une telle forfanterie est-elle possible ? Comment peut-elle être considérée comme légitime ? Ainsi, lorsque moi, simple particulier, je fais une demande de crédit, je dois montrer patte blanche, donner des garanties solides et mettre en gage des biens réels en ma possession (généralement immobiliers), alors que la somme qui m’est prêtée n’existe même pas, n’est pas en possession de la banque ? Mais quels pigeons nous sommes ! Que penseriez-vous, cher banquier, si la prochaine fois que je vous demandais un crédit, je vous fournissais la garantie pour le dixième du capital ? Cela ne vous semblerait-il pas plus équitable ?

« Le procédé par lequel les banques créent l’argent est tellement simple que l’esprit en est dégoûté. » John Kenneth Galbraith – conseillé économique de trois Président des USA.

Ainsi, nous mettons nos biens en hypothèque et prenons des risques considérables pouvant nous mener à la rue, et la banque, non seulement ne prend aucun risque, mais fait des bénéfices faramineux sur ce qu’elle prête sans le posséder. Incroyable escroquerie ! Franchement, fallait l’oser. Là, je dois avouer que je sens la colère monter… Et je ne suis pas au bout de mes déconvenues ! Parce que je découvre également que par le fait même de ce système, la masse d’argent pouvant être créée dépend de la masse de dettes dont les banques sont créditrices. En fait, la quantité totale de monnaie pouvant être créée n’a qu’une limite : le niveau total de la dette. Une dette sans cesse croissante, qui ne peut forcément, à terme, qu’exploser et provoquer, de façon ponctuelle et régulière, des effondrements du système.

Effondrements qui ne sont, par ailleurs, nullement dû à de quelconques "dysfonctionnements" ou "excès" du système, comme on cherche à nous le faire croire pour nous tromper : ils sont un mécanisme du système. Mécanisme qui est à chaque fois (comme c’est étrange) très profitables à quelques-uns, souvent les mêmes d’ailleurs : Rothschild, Rockefeller, J.P. Morgan, etc. Une douzaine de dynasties bancaires et quelques autres multinationales échappent systématiquement à toutes les crises, et en profitent à chaque fois pour acquérir à vil prix de nouvelles sociétés, possessions, actions et rachat d’autres banques ou industries diverses, concentrant chaque fois un peu plus de pouvoir et de fortune entre leurs seules mains. A ce stade, ce n’est plus de la colère que j’éprouve, c’est de la rage. On va sûrement me traiter de conspirationniste (très à la mode, ces derniers temps), mais n’y aurait-il pas là à tout le moins un faisceau de présomptions menant à penser que tout cela n’est pas que le fruit du hasard ? Le "hasard" n’est qu’une commodité de langage que même le physicien considère comme source d’ambiguïté (cf. Trinh Xuan Thuan in L’infini dans la paume de la main).

« Il y a deux manières de conquérir une nation ; l’une par l’épée, l’autre par la dette. » John Adams – second Président des USA.

Un étudiant a un jour formulé un concept d’économie perfectionné en matière de mathématiques. En 1979, il a fourni la preuve mathématique que toute économie alimentée par une monnaie soumise à des intérêts finit inévitablement avec une dette impossible à résorber. Un papier, un stylo et 30 secondes suffisent à le démontrer ; P/(P+I) honoreront leur contrat ; I/(P+I) seront saisis. Lorsqu’on lui a demandé quelle est la chose la plus fantastique qu’il ait rencontré au cours de ses travaux, Einstein a répondu « les intérêts composés ». Soumis à une dette perpétuelle, l’argent des intérêts n’existe tout simplement pas. On peut donc parler sans conteste de création ex-nihilo de la monnaie.

« Quiconque croit encore que la croissance exponentielle peut se poursuivre sans fin est soit un fou, soit un économiste » Kenneth Boulding – économiste.

En septembre 2008, nous assistions à un crash boursier et économique sans précédent. Dans une (feinte ?) confusion et un apparent vent de panique, les gouvernements des grandes "puissances" (USA, UE, GB, JAPON, …) en appelèrent unilatéralement, et dans un grand élan, à la collectivité pour sauver le système, l’économie et les banques. Après des décennies de profits privés, il fallait que les pertes soient collectivisées. Bien entendu, on ne demanda pas aux peuples ce qu’ils en pensaient. La perfidie ultime est que ceux qui possèdent ne fut-ce qu’un petit pécule (les petits épargnants), ont à craindre de tout perdre (et beaucoup ont en effet tout perdu en 2008). Pourquoi ? Simple : ils n’ont jamais rien possédé : leur "argent" n’était constitué que de quelques lignes comptables informatisées, et celles-ci étaient passées au rouge en même temps que celles de leur organisme bancaire. Quand un simple citoyen perd son emploi et ses revenus, et qu’en conséquence il ne peut plus honorer ses dettes, il reste responsable et débiteur à vie ; lorsque les banques jouent en bourse et perdent, elles se tournent vers les particuliers (les états – donc, en démocratie, le peuple) pour combler leurs pertes – et faire au passage de nouveaux profits juteux (cf. Eric Laurent – La face cachée des banques). Cherchez l’erreur…

« Une des plus grandes faiblesses de l’espèce humaine, c’est son incompréhension de la fonction exponentielle. » Albert A. Barlett – physicien.

 

Lorsque le Président Bill Clinton a signé en 1999 l’acte d’abrogation du Glass Steagall Act voté en 1933 en réponse au crash de 1929, il a en même temps signé l’acte fondateur de la crise de 2008. La stricte séparation entre banques de dépôts et banques d’investissement était une garantie pour éviter que ne se reproduise la tragédie de la Grande Dépression. Cependant, on sait maintenant que Clinton ne faisait qu’entériner ce qui se faisait déjà dans la plus parfaite illégalité depuis les années ’70. Qui a dit "bankster" ?

Dites-moi, cher banquier, est-ce que ma banque mélange elle aussi activités de dépôts et activités de spéculation ? Parce que si c’est le cas, alors je serais fou de continuer à vous confier le peu d’argent dont je dispose. Qui sait, au train où vont les choses aujourd’hui, ce qui nous tombera dessus demain ? Je crains fort que le premier semestre 2011 ne nous soit guère favorable – surtout pour vous, les banques : vous allez encore morfler. Vous n’êtes pas sans savoir que l’économie américaine est agonisante – en train de crever à crédit. Le dollar va se casser la gueule, c’est inéluctable, et rien ni personne ne pourra l’empêcher.

Maintenant que je sais cela, le seul choix que je puisse faire est celui de faire soit partie du problème soit partie de la solution. Lorsque l’on dispose d’informations et que l’on décide de les ignorer pour ne pas s’impliquer, notre choix ne peut avoir aucune influence car ce sont les informations elles-mêmes qui nous impliquent. Il n’est pas possible de rester neutre dans la vie : ne pas agir, tout en étant informé d’une forfaiture, c’est se rendre complice de cette forfaiture. Nous ne pouvons pas être conscients de ce qu’il se passe et rester à ne rien faire. L’ignorant peut toujours justifier son inaction en prétextant qu’il ne disposait pas des informations, mais dès que l’information lui parvient, il n’y a plus de justification, excepté le déni. Ou alors, il peut changer d’avis à la suite de ce qu’il vient d’apprendre. Mais il n’est pas possible de revenir en arrière.

Comme l’expérience de Milgram le démontre, pris dans l’engrenage d’un mécanisme systémique où les responsabilités et les connaissances sont fractionnées, il est difficile de comprendre la portée réelle de nos actes quotidiens. Mais dès que l’on a une vue d’ensemble, alors nous n’avons plus que très peu de choix : la soumission au mécanisme (état dit "agentique") ou la rébellion, lorsque l’autorité ne nous parait plus légitime.

« Je n’ai encore jamais vu personne qui puisse justifier par la raison et la logique que le gouvernement emprunte son propre argent. Je crois que le temps viendra où les gens demanderont que cela change. Je crois que le temps viendra dans ce pays où nous seront blâmés, vous et moi et tous les autres membres du congrès pour n’avoir rien fait et pour avoir laissé se poursuivre ce système idiot. » Wright Patman – membre du Congrès des USA.

Cette autorité bancaire n’ayant objectivement aucune légitimité démocratique, vous comprendrez dès lors que je ferai tout ce qui est possible pour sortir de l’aliénation de ce système inique dont vous n’êtes, j’en ai conscience, qu’un simple rouage, sans grand pouvoir individuel. Vous aussi êtes aliéné. Nécessairement. Vous aussi avez sans doute des dettes et emprunts à rembourser. Vous aussi avez une famille à nourrir et des projets qui vous tiennent à cœur. Néanmoins, vous aussi êtes tenus en laisse par ce système. Nous le sommes tous.

« L’argent est une nouvelle forme d’esclavage, et elle ne se distingue de l’ancienne que par son caractère impersonnel – il n’y a pas de relation humaine entre le maître et l’esclave. » Léon Tolstoï – écrivain majeur de la littérature Russe.

J’ignore, puisque nous ne nous connaissons pas, si vous êtes ou non au fait de tout ceci. Je ne sais pas si vous aviez conscience de l’ampleur de cette forfaiture. Je serais curieux de le savoir. Peut-être devrions-nous nous rencontrer un de ces jours, devant un bon verre – ou même une bonne table, pourquoi pas ? Je suis sûr que nous gagnerions mutuellement à nous connaître. Ne trouvez-vous pas étrange que nous ne nous soyons jamais rencontrés, alors que vous êtes responsable de la succursale qui gère mon compte et mon argent ? Quand les chiffres, les numéros, les bilans et les traites envahissent nos vies, nous oublions l’essentiel : les rapports humains. Derrière chaque numéro de compte, il y a des hommes et des femmes. Pas des vaches à lait. Voici une bonne occasion de faire une pause et de revenir un moment à l’essentiel.

Veuillez recevoir, cher banquier, mes salutations les plus cordiales.


138 – Bankrun 2010

19 novembre 2010

Je fais suivre un courriel…

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Le 7 décembre 2010 retirons notre argent des banques !

http://www.bankrun2010.com/
http://www.mediapart.fr/club/blog/jean-rex/141110/bankrun-2010-faites-sauter-la-banque-appel-au-boycott-des-banksters

Je ne peux qu’applaudir pour ma part à cette initiative Bankrun2010, déjà parce qu’elle montre que la prise de conscience de l’ampleur du problème et du caractère central de la question monétaire et bancaire progresse, cela avance et confirme que le travail gigantesque d’analyse/compréhension/diffusion du savoir , rassemblant des citoyens de bonne volonté, aux opinions politiques diverses voire opposées, et ce depuis des années, n’est pas sans fondement ou vain.

D’autre part, il est évident, que le système bancaire oppose (et opposera encore plus à l’avenir) des freins considérables au retrait en liquide (et non "scriptural"!) qui est effectivement le SEUL RETRAIT VALABLE POUR UN TEL BANKRUN * (je rappelle que certaines banques irlandaises je crois envisagent même de ne plus distribuer de liquide à leur clients en leur consentant des frais réduits, je me demande encore comme ceci peut-être légal, mais comme le pouvoir de la loi semble être du côté des banquiers, je ne m’étonne qu’à moitié…). Ma compagne et moi avons quitté l’Écureuil Transgénique il y a un an car son agence lui imposait 48h de délai pour retirer 200 euros en liquide au guichet manuel (et j’ai eu de nombreux autres échos du même genre, sans doute des initiatives de chefs d’agences plus zélés que les autres pour réduire les fuites et atteindre les ratios de performance !). Ceci est inacceptable.

 

MAIS, ce genre d’initiative est à relayer pour deux raisons:

1) d’une part parce qu’il permet de sensibiliser une quantité croissante de citoyens au  problème de fond du système bancaire actuel, problème central car il débouche sur les questions de dettes, de dézingage des services publics, de chômage, et quantité d’autres maux de notre société qui n’existent qu’au nom du "on n’a pas les moyens!", sous entendu en argent**. Or il est bien possible que cette initiative, si elle est reprise par quelques % de la population, émerge dans les médias (et si ce n’est cette année, alors ce sera dans 6 mois lors d’un second appel par exemple, il faut du temps pour faire émerger cette conscience!), compte tenu du risque qu’elle fait peser si la pompe s’amorce…

2) d’autre part, elle contribue à montrer que le pouvoir bancaire n’est assis que sur le pouvoir qu’on lui DONNE (sans le savoir souvent!), et qu’en fait une MINORITÉ de citoyens est en mesure de contester ce pouvoir, ce qui n’est pas rien! Car il s’agit en réalité avec ce Bankrun2010  d’une mesure de boycott des banques (par le retrait volontaire de liquide) et malgré tout ce que certains en pensent souvent, le boycott est une arme TRÈS EFFICACE. Une arme qui touche déjà à l’image (et quand on voit le MATRAQUAGE PUBLICITAIRE PHÉNOMÉNAL DES BANQUES, Y COMPRIS DÉSORMAIS LA BANQUE POSTALE, qui saturent nos sens de messages plus niais et roucoulants les uns que les autres -avec NOTRE argent en plus!-, on peut se dire que manifestement elles savent que l’image est essentielle à leur existence, et pour cause!).

Mais en plus, dans le cas précis du système bancaire, cette arme du boycott touche DIRECTEMENT AU FONCTIONNEMENT ET A LA PÉRENNITÉ MÊME DE CE SYSTÈME, et c’est cela qui est unique! Car encore une fois, un petit pourcentage de personnes peuvent montrer que le géant supposé est supporté par des pieds d’argiles! Plus encore que l’action, c’est la MENACE de l’action CONCERTÉE et MÉDIATISÉE qui est une forme de dissuasion nucléaire contre les banques mais aussi contre les autorités monétaires qui cautionnent ce système et le fondent juridiquement.

Il n’est pas courant que quelques % de CITOYENS ET CLIENTS soient en mesure de rééquilibrer le déséquilibre phénoménal qui s’est créé entre ce système bancaire et monétaire et la société toute entière, car la contrepartie de leur pouvoir et de leur profits considérables est justement le risque pris en jouant sur cette faiblesse, sur ce talon d’Achille comme tu le dis. Ceci est bien plus vrai pour un boycott des banques que pour n’importe quel autre boycott, et nous savons tous ici pourquoi… Certes l’État peut très bien, si la menace devenait sérieuse, édicter en catastrophe un décret et prendre une mesure exceptionnelle pour interdire le retrait en liquide pendant une certaine période pour motif "d’intérêt supérieur de la Nation" (cf l’Argentine et ailleurs) mais on imagine bien que ce type de réaction serait de l’essence jetée sur le feu car TOUS les citoyens alors comprendraient qu’il y a vraiment "requin sous roche".

Ce genre d’initiative montre aussi combien gronde dans la population un malaise et une colère sourde.

- Puisque les autorités et nos représentants semblent bien plus soutenir le système bancaire que le contrôler dans l’intérêt d’une majorité de citoyens (il n’est qu’à voir le zèle déployé par Mme LAGARDE -mais je pourrais en citer plein d’autres, y compris à "gauche"- ancienne avocate d’affaires aux USA ayant travaillé pour le secteur de la finance, dès qu’il s’agit de voler au secours des banquiers ou de faire semblant de les menacer d’un (tout petit) doigt menaçant), puisque les urnes semblent incapables de faire changer nos politiques carriéristes,

- puisque les élus -payés par nos impôts- ne daignent souvent même plus assurer un minimum de SAV (Service Après Vote) lorsque l’on sollicite de les rencontrer pour aborder certains sujets qui les ennuient -il faut dire que certains cumulent trois emplois/rémunérations non pour survivre mais pour bien vivre, comment alors accorder du temps à des manants citoyens qui les questionnent sur des sujets de société, exemple vécu il y a quelques mois avec le député de ma circonscription, message personnel en passant à Mr DURR que je mets en copie de ce mail)

- puisque la rue n’est plus écoutée et est méprisée avec condescendance

quelles solutions reste t-il, si l’on exclut la violence qui je crains ne finisse par tenter des citoyens excédés?

La force de ce Bankrun Citoyen c’est qu’il n’est pas une panique bancaire comme les autres où les citoyens paniquent, mais bien une action concertée pour FAIRE PANIQUER les banques, et à ma connaissance ceci n’a pas été courant dans l’histoire monétaire et bancaire.

On sait d’ailleurs que parfois/souvent, la panique bancaire a sans doute été une arme puissante tenue par l’autre bout, par la main de certains banquiers, entre autres JP Morgan il y a longtemps mais sans doute aussi il y peu, pour aller dans le sens de la concentration du pouvoir bancaire ou faire plier les représentants de l’Etat avec le chantage: "après moi le déluge", voir par exemple http://coirault-neuburger.blog.lemonde.fr/2008/10/22/jp-morgan-et-paulson-des-naufrageurs-du-monde/

Je pense donc que nous devrions relayer cette action sur les sites auquel nous avons accès.

Il est pour finir, et par ailleurs, amusant de voir que cette initiative commence à être connue aussi parce que c’est Eric Cantona, une ancienne vedette du "Star system" sportif (oh combien utilisé par les politiques pour divertir les citoyens, c’est à dire "faire diversion"!) qui la relaie. Une certaine morale à la "Frankenstein" en quelque sorte: la créature se retourne contre son géniteur, comme on en a déjà eu un avant goût cet été avec des joueurs surpayés de l’Equipe de France en grève en direct devant les caméras: quelle horreur pour un pouvoir qui comptait tant dessus pour nous "divertir"!

J-L

* Il va de soi, nous le savons tous ici, que c’est bien la conversion de monnaie bancaire privée, c’est à dire de promesses bancaires -intenables- de monnaie centrale, en monnaie centrale (billets) qui est le talon d’Achille dy système. La conversion de monnaie bancaire en autre monnaie bancaire (retrait scritptural, virements) ne serait que, pour le dire vite, pisser dans un violon!

** un autre exemple récent: un ami, cadre licencié par son entreprise précédente, qui venait de bosser 8 mois durant pour monter un projet de reprise d’une PME de 30 personnes en redressement judiciaire, dans le domaine du textile avec production locale (dans l’Aisne), a vu la banque de l’entreprise -qui pourtant lui avait donné son accord depuis des mois pour un prêt  permettant la continuation de l’activité, avec des projets nouveaux et innovants- retirer son soutien 4 JOURS, oui 4 JOURS AVANT LE JUGEMENT AU TRIBUNAL DE COMMERCE, qui n’a pu que liquider l’entreprise!

LE MONTANT DE CE PRÊT (qui conditionnait d’autres soutiens) ÉTAIT DE… 45 000 EUROS, soit des queues de cerises! Cette banque, la Banque Populaire ("On n’est pas (im)populaire sans raison") a donc directement contribué à mettre au chômage 30 personnes pour 1500 euros par salarié -mais quel coût pour la collectivité et la société?

Combien d’exemples de ce genre en France et ailleurs dans les dernières années?


113 – A-J Holbecq "diminuer les dettes?"

21 juillet 2010

Toute la monnaie que nous utilisons est une monnaie "de dette" qui n’a été fabriquée que par un seul type de fournisseur: les banques.

Les banques fabriquent la monnaie d’une manière très simple: elles portent une créance d’un certain montant en actif, cette créance est une "reconnaissance de dette" de l’emprunteur. Simultanément les banques portent au compte de l’emprunteur ce montant qui, à partir de cet instant, va pouvoir servir à effectuer tous les paiements, mais aussi être transféré par le détenteur, qui n’est pas nécessairement celui qui a bénéficié du crédit initial, dans diverses épargnes qui pourront à leur tour être prêtées à nouveau.

Mais, redisons le, originellement toute la monnaie "électronique" (monnaie dite scripturale) est émise par le système bancaire.

J’entends bien la première critique de certains économistes: mais la monnaie fiduciaire (dite aussi monnaie manuelle parce qu’elle passe de la main à la main, sans laisser de trace, hélas), c’est-à-dire les billets et les pièces, et bien qu’ils ne représentent qu’un faible montant dans la totalité de la masse monétaire,  ne sont pas émis par les banques commerciales, mais par la banque centrale; vous ne pouvez donc dire que toute la monnaie dont nous nous servons est issue des banques commerciales.

A ceux-ci, très rapidement, je leur répondrai de réfléchir. Comment peuvent-ils se procurer de la monnaie manuelle si eux ou ceux qui se la sont procuré pour la première fois à son émission de la banque Centrale, n’ont pas "acheté" cette monnaie, par un débit de leur compte bancaire, lequel compte, ou celui de leurs fournisseur, n’ayant pu être approvisionné que parce que "quelqu’un", "quelque part", a lui-même signé une reconnaissance de dette envers une quelconque banque.

Dans une économie fermée (et "la Terre" est une économie fermée) l’ensemble des agents non financiers (entreprises, ménages, États, administrations) ne peuvent qu’être endetté envers les agents financiers (banques commerciales, établissements de crédit ou banques centrales) simplement au motif qu’ils ne peuvent, eux-mêmes,  créer de monnaie.

La question est donc dans la répartition de ces dettes entre les agents non bancaires: les entreprises, les ménages, les États, les administrations. Si l’un d’eux rembourse ses dettes issues d’un crédit créateur de monnaie au système bancaire (c’est-à-dire diminue la quantité de monnaie par exemple de X%), pour que la masse de monnaie reste constante, il faudra que simultanément un autre agent augmente ses propres dettes. La répartition des dettes entre les agents non bancaires devient également la conséquence d’un choix de société.

Mais dans tous les cas les banques commerciales restent les bénéficiaires initiales des intérêts, de ceux qui sont dus à partir de la création de cette monnaie et pour la durée de son existence. Cette monnaie disparaitra lors de son remboursement, et la monnaie des intérêts ne pourra provenir que d’une autre émission monétaire, de "quelqu’un", "quelque part", que le débiteur aura du s’approprier.

Évidemment ces intérêts sont une partie des recettes des banques (ou des établissements financiers dans un sens plus large) et à ce titre rejoindront le circuit économique "non bancaire" sous forme de paiement à des fournisseurs, de salaire, de charges, d’impôts,  mais aussi et surtout de répartition de bénéfices ou de dividendes et d’augmentation des actifs: en fait il s’agit bien d’un transfert "illicite" ainsi que l’écrit Christian Gomez :

Toute création monétaire ex nihilo donne un droit sur la production qui n’a pas été acquis par un produit ou un service vendu. Elle est par nature un « faux droit », un revenu non gagné, comme le soutiennent Allais et Rothbard, dont la substance s’assimile aux gains qu’obtiendraient de faux monnayeurs qui achèteraient sur un marché avec la fausse monnaie fabriquée ou prêteraient celle-ci contre intérêt.

En conclusion: on entend souvent dire qu’il faut diminuer la dette privée ou la dette publique. Vouloir diminuer le montant des dettes équivaut à vouloir diminuer la quantité de  monnaie… c’est aussi simple que ça.


1 – Le scandale des banques qui « créent » de l’argent

11 juillet 2009
Publié par Paul Jorion

Comme on le sait lorsque l’on lit ici mes billets, je ne me prive pas de critiquer la finance quand cela me semble justifié. Cela ne signifie pas pour autant que je souscrive à toute critique exprimée vis–à–vis du système financier. Je lis de plus en plus souvent par exemple, que « les banques commerciales créent de l’argent », et qu’il y aurait là un scandale à dénoncer. Or, cette proposition est fausse : les banques commerciales ne créent pas d’argent. J’explique pourquoi.

Quand elle vous prête de l’argent, la banque n’en crée pas : si elle peut vous prêter, c’est soit qu’elle utilise l’argent de quelqu’un d’autre, disponible sur son compte–chèque ou sur son livret–épargne (moins les « réserves obligatoires » qu’elle doit conserver comme provisions), soit qu’elle emprunte elle–même cet argent – par exemple en émettant des certificats de dépôt – et vous le re–prête. Son profit résulte du fait qu’elle vous prête à un taux plus élevé que celui qu’elle consent sur un livret–épargne ou que celui auquel elle emprunte elle–même. Il n’y a (malheureusement !) pas de « miracle de création d’argent » : les banques commerciales ne créent pas d’argent ex nihilo ! Pour en prêter, il faut que comme vous et moi, elles le trouvent quelque part !

En regardant d’un peu plus près le raisonnement de ceux qui soutiennent cette « légende urbaine », je vois l’accent mis sur trois choses : que beaucoup d’argent circule aujourd’hui sous forme électronique, que l’argent circule très vite et que la banque vous fait payer des intérêts. Ils disent : « On ne voit pas les billets ! ». Réponse : Ça n’a aucune importance : que votre employeur vous règle en billets de banque à la fin du mois, billets que vous allez alors déposer sur votre compte–chèque, ou qu’il le verse directement – par un ordre électronique – sur votre compte, cela lui coûte strictement le même montant : il n’a pas « créé » d’argent dans le second cas. Ils disent aussi : « Si vous obtenez un prêt aujourd’hui et que vous allez payer votre garagiste et qu’il dépose l’argent sur son compte, la banque pourra le re–prêter ! ». Réponse : Bien entendu mais où de l’argent a–t–il été créé ? C’est le même ! Il peut éventuellement circuler très vite au lieu d’être caché sous un matelas : c’est sa disponibilité pour d’autres transactions qui est en question avec l’épargne. Le Lac Victoria contient la même quantité d’eau que la Seine. L’eau s’écoule plus vite dans une rivière que dans un lac, donc il y a davantage d’eau dans la Seine que dans le Lac Victoria ! Non, je viens de le dire : le volume est le même ! Ils disent enfin : « Oui, mais vous payez des intérêts sur votre prêt et la personne qui empruntera l’argent déposé par le garagiste sur son compte, en paiera aussi ! ». Ben oui, mais pour payer ces intérêts, il faudra bien que je trouve l’argent quelque part – et de même pour lui ou elle !

Dans un des articles qui dénoncent le « scandale », il est écrit : « Beaucoup d’employés de banque diront que les banques commerciales ne créent pas d’argent… ». Encore heureux apparemment qu’eux au moins le sachent ! C’est dans les banques où je travaille que j’ai dû subir le même lavage de cerveau !

Ah; Jorion précise ” (*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite.“

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27 réponses à “Le scandale des banques qui « créent » de l’argent”
  1. Emir Abel dit :
    7 février 2008 à 23:15 J’avoue que j’ai du mal à vous suivre. J’ai l’impression que vous jouez sur les mots. C’est quand même bien le crédit qui crée la monnaie scripturale avec effet multiplicateur ?
    Alors certes, les banques n’impriment pas de billets (et donc ne créent pas d’argent physique), mais il me semble trompeur de dire que les banques ne créent pas d’argent puisque elles le font bien (et en détruisent) par l’intermédiaire du crédit.
  2. Paul Jorion dit :
    7 février 2008 à 23:55 On peut imaginer des cas qui réfutent mon argumentation : par exemple, qu’un particulier emprunte de l’argent à sa banque et dépose cette somme sur son compte bancaire. Dans ce cas–là, la banque peut effectivement réutiliser ce dépôt pour le re–prêter (encore une fois, moins les réserves obligatoires). Il y a alors un effet multiplicateur, qui est en fait subsidié par ce particulier payant des intérêts sur une somme qu’il n’avait aucune raison d’emprunter – puisqu’il la dépose sur son compte. La situation est évidemment tout à fait improbable et de tels effets sont nécessairement minimes. Je note que si l’on remplace le prêt par une ligne de crédit dans l’exemple, il cesse de fonctionner : l’argent non utilisé sur une ligne de crédit ne circule pas et ne donne pas lieu à versement d’intérêts.Je vois que Maurice Allais pense que cette création ex nihilo joue un rôle important et la dénonce. Je n’ose pas croire que le seul Prix Nobel Français d’économie puisse se tromper et je chercherai donc à m’informer davantage sur ce qu’il a voulu dire.
  3. egdltp dit :
    8 février 2008 à 09:28 Beaucoup de la documentation de l’association canadienne “Vers Demain“, porte sur ce sujet. La fable illustrative qu’elle propose est très éclairante. Pouvez vous appuyer votre refutation de cette “légende urbaine” suite à cette lecture ?Pour moi un des problèmes est le découplage total de la monnaie de toute contrepartie physique en dehors du marché : les choses ne valent que ce que l’on est prêt à payer ou prêt à accepter contre elles, suivant que l’on est soit acheteur ou vendeur. L’argent n’a donc aucune existence ni valeur sans échange. Et pourtant la richesse est mesurée par les chiffres dans les livres et non par la mesure de la satisfaction des besoins sur un référentiel qualitatif commun à tous.

    M Mittal est riche de la propriété de ses parts dans ses entreprises, mais s’il cherchait à les vendre, il n’en tirerait peut être pas toute la somme qui lui est attribué aujourd’hui : la crise des subprime en est une bonne illustration : un bien qui ne trouve pas preneur, quelque soit sa valorisation, ne représente rien sinon sa valeur d’usage. Valeur qui est proche de zéro pour un financier, et pour le moins non comptée.

    Merci pour vos éclairages.

  4. JLS dit :
    8 février 2008 à 09:43 Moi non plus je ne comprends pas. Sur la plupart des blogs d’économie j’entends dire que ce sont les banques centrales qui créent de l’argent, d’autres disent non ce ne sont pas les banques centrales (elles ne créent que l’argent physique billets + pièces) mais les banques commerciales qui en faisant crédit “créent” l’argent.Par exemple, elles créent plus d’argent si les régles de crédit sont plus laxistes (comme c’est le cas aux Etats-Unis)
    ou par exemple en utilisant un effet de levier plus important, par exemple pour 1 euro dans mes caisses je peux préter 10, si on change la régle de 1 pour 20, les banques commerciales peuvent créer plus d’argent. D’un autre côté, c’est souvent l’état qui fixe ces régles, donc on pourrait aussi dire que c’est l’état qui permet aux banques comemrciales de créer de l’argent en assouplissant les régles prudentielles.
  5. Cuzzucoli Eric dit :
    8 février 2008 à 11:51 Bonjour,Je vais peut être passer pour un pinailleur mais :

    1) les banques francaises ne peuvent pas émettre des billets de trésorerie (qui sont réservés aux entreprises) pour se refinancer dans les marchés.
    Par contre, elles peuvents émettre des certificats de dépôts à cet effet.
    Je vous accorde que c’est 2 produits sont “quasiment” identiques mais la sémantique a son importance.

    2) Si je me souviens bien de mes cours sur la Monnaie à l’Université, les banques sont bien des créatrices de monnaie
    lorsqu’elles accordent un credit à leurs clients.
    C’est d’ailleurs pour ca que cette création de monnaie “banque commerciale” est encadrée par des règles de contingentement de la part de la Banque Centrale.
    D’ailleurs, les banques généralement accordent plus de crédit à leurs clients qu’elles n’ont de dépôts dans leur bilan, gap de trésorerie qu’elles comblent par des emprunts ou des émissions de titres dans les marchés financiers.
    Et c’est bien cette fonction de création de monnaie qui font que les banques ne sont pas des entreprises comme les autres, dont le métier ne serait qu’un “commerce” d’argent et de pourvoyeur de services financiers.

    Eric CUZZUCOLI
    Trésorier CMCIC

  6. Candide dit :
    8 février 2008 à 13:17 Bonjour,Je ne suis pas économiste, mais je cherche à comprendre ce qui se passe actuellement au niveau financier en consultant différents sites internet, (américains en général, les sites financiers français me semblant désespérément nuls).
    Il me semble (si j’ai bien compris), qu’avec un mélange de titrisation de dettes et de “leviérisation” (c), par l’intermédiaire de création de produits dérivés (CDO, CDx, ABx…) les banques peuvent créer autant de monnaie qu’elles veulent (sans contrepartie de réserves obligatoire vu que les SIV (dettes titrisées ) sont sorties du bilan de la banque.

    Par exemple:

    1) Une banque Z prête une somme X à Mr Y pour l’achat d’une maison.
    2) Elle crée une SIV dont les revenus sont basés sur les remboursements des emprunts immobiliers.
    3) Mr Y sollicite un prêt auprès de la banque Z pour ses besoins personnels, en gageant ce prêt sur la valeur de sa maison dont le prix est (était) supposé monter indéfiniment. ==> on a ainsi une première multiplication des petits pains…
    4) répétons cette opération (avec effet de levier 2, 3, …x fois ; CDO, CDO de CDO, CDO de CDO de CDO …., ajoutons y à chaque fois un effet de levier de 3 (par exemple) et on arrive à la merveille des merveilles qui est le système actuel de crédit où on se retrouve avec de l’ordre de 500 000 milliards de produits dérivés devenus non négociables, car reposant sur la base étriquée de la dette des pauvres qui ne peuvent plus payer.

    Merci de me corriger si je n’ai rien compris.

  7. Paul Jorion dit :
    8 février 2008 à 14:12 Tout de suite une correction en réponse à Cuzzucoli Eric. Oui, les banques émettent des « certificats de dépôt », plutôt que des « Billets de Trésorerie » : une pure distraction de ma part et je corrige dans le texte.Pour le reste, il semble que j’aie levé un lièvre avec cette question de l’« effet multiplicateur de la monnaie scripturale ». Comme vous le savez, je suis anthropologue et sociologue de formation et je n’ai pas appris la finance dans les livres mais sur le tas. Bien sûr durant ces dix–huit années, j’ai lu un nombre considérable de livres de finance mais je ne les ai jamais lus pour évaluer ma pratique : c’est au contraire à partir de celle–ci que j’ai pu juger les livres (j’avais procédé de la même manière auparavant en Intelligence Artificielle).

    C’est ce qui s’est passé pour l’« effet multiplicateur de la monnaie scripturale » : j’ai travaillé dans des établissements bancaires où l’on se donnait beaucoup de peine pour trouver l’argent à prêter aux consommateurs. Vu la culture de ces entreprises, orientée vers la rentabilité, si l’on avait pu « créer » de l’argent par des opérations comptables, croyez–moi, on n’aurait guère hésité ! J’ai ensuite examiné les exemples que l’on vous propose pour « prouver » l’« effet multiplicateur de la monnaie scripturale » et la plupart contiennent des erreurs de logique élémentaire ou généralisent abusivement des cas particuliers. Ainsi dans l’exemple que j’ai offert en commentaire : il faut que le déposant mette l’argent qu’il a emprunté sur son propre compte pour que de l’argent soit « créé », etc.

    Ceci dit, beaucoup de bonnes questions et d’excellents commentaires sur lesquels j’aurai à revenir.

  8. Dilbert dit :
    8 février 2008 à 21:58 Les banques créent bien de l’argent par des opérations comptables, avec comme seule limite les réserves obligatoires. Une banque où j’ai travaillé avait quelques milliards de fonds propres et des encours de crédits au-delà de 100 milliards. La création monétaire est une réalité. Ce n’est pas un mal pour autant. Quand le crédit est remboursé, la monnaie créée est détruite. Je vous invite à lire ceci.
  9. Armand dit :
    8 février 2008 à 22:26 Si, Mr Jorion, les banques créent de la monnaie. C’est la monnaie scripturale (« ce qui est écrit ») qui n’existe que sous forme électronique, celle qui figure sur les relevés de compte de ses clients.Les banques centrales (BC), premier étage de cette escroquerie pyramidale, créent de la monnaie centrale qui existe sous deux formes :
    - la monnaie fiduciaire, seule à avoir cours légal, représentée par les billets et pièces que nous avons en poche ou que nous déposons “à la banque” et que cette dernière garde très précieusement.
    - la monnaie centrale électronique qui n’existe que dans la mémoire de l’ordinateur de la BC et est affectée à ses banques de premier niveau (les « primary dealers » de la FED). Cette forme électronique présente l’avantage de pouvoir être créée et détruite instantanément et à peu de frais. Cette création (destruction) de monnaie centrale électronique est essentiellement réalisée en contrepartie des TOMO, que le grand public connait désormais par les expressions urbaines « d’injecter (éponger) des liquidités » ; en gros la banque dépose en garantie un avoir de grande qualité (p.ex. des bons du trésor notés triple-A), qu’elle s’engage à reprendre à l’issue du prêt (de 1 à 14 jours en général, mais parfois jusqu’à 3 mois, comme en cette période troublée) et la BC crédite le compte de cette banque en monnaie centrale ainsi créée ex-nihilo. Le prêt porte sur pourcentage de la garantie offerte, selon sa qualité. A l’issue, la banque rembourse la BC, avec l’intérêt convenu (le fameux taux d’escompte que fixe la BC ou un taux négocié lors « d’appels d’offres »), et la BC lui restitue sa garantie. C’est une classique opération d’escompte.

    A partir de la monnaie centrale qu’elles contrôlent (sous forme électronique à son compte à la BC, ou en stock via les dépôts de ses clients) ces banques de premier niveau peuvent créer autant de monnaie bancaire que leur permet le « coefficient de réserves obligatoires » fixé par la BC. Ce coefficient dont “on” (= les médias) ne parle jamais est pourtant bien plus important que le taux d’escompte ou que ce fameux « taux monétaire » dont les mêmes “on” nous rebattent les oreilles (sans même préciser qu’il ne s’agit que d’un objectif que la BC va essayer d’imposer sur le marché monétaire de par ses interventions, mais qu’elle ne peut pas fixer !)

    En accordant un prêt, la banque crée à son tour, ex-nihilo, de la monnaie bancaire électronique qui s’appelle euro, dollar ou pesos mais qui n’existe pas. Ou plutôt, elle n’en possède sous forme matérielle (billets) que ce pourcentage.

    Prenons un exemple. Mr M vend, pour 100 kE, une maison à Melle Z et tous deux ont un compte à la banque Q. Q accorde 100 kE de prêt à Z. Pour cela il suffit que Q ait encore 8 kE de réserves en monnaie centrale non utilisée … ou qu’elle les emprunte chez ses consoeurs sur le marché monétaire ou, plus cher, à la BC au guichet d’escompte. Alors, toutes choses égales par ailleurs, Z à une maison nantie par Q et un compte à -100 chez Q ; M à un compte à +100 chez Q ; Q est en équilibre *comptable* avec un compte à +100 et un autre à -100. Financièrement et bancairement la situation de Q est fort différente : M peut à tout instant retirer ses 100 tandis que Q ne peut pas les exiger de Z (qui se contentera de rembourser selon l’échéancier prévu). Q a pour seule obligation d’avoir, mettons, 8 en petites coupures usagées ; pas 100 !

    C’est le deuxième étage de l’escroquerie pyramidale. Avec un coefficient de 8% (pour reprendre celui de Bâle II qui concerne les fonds propres minimaux qu’une banque doit avoir par rapport à tous ses engagements) une banque peut donc créer 12 fois plus de monnaie bancaire qu’elle n’a de monnaie centrale !

    Ca semble fou ? en réalité c’est pire, bien pire ; aux USA que vous semblez bien connaître, on trouve du 2% ! un effet de levier de 50 ; enfoncés les hedge funds avec leur misérable fois-15. Comment est-ce possible ? et bien ce taux de réserve dépend de la nature du dépôt. Il est très important sur les comptes à vue (puisque, par définition, le client peut en demander tout le solde à tout moment). Les banques US ont trouvé la parade : le “sweep”. Elles proposent au client de rémunérer son compte, ce qu’il accepte évidemment. Mais il ne comprend pas que deux choses se passent alors : (1) la banque met cet argent sur un compte miroir et peut alors utiliser presque toute cette monnaie avec un beaucoup plus gros effet de levier et (2) c’est le client qui assume le risque du placement monétaire (et on a vu cet été ce qu’il en était de la sécurité associée). Merci Greenspan, JPM et Clinton, circa 1999 (abolition du « Glass-Steagall Act »)

    Conclusion intermédiaire : dans un système bancaire à réserves fractionnaires toute banque est en permanence en faillite potentielle !!!

    Il suffit qu’une partie seulement des M décident de retirer leurs avoirs (en espèces donc, c’est-à-dire en monnaie fiduciaire). Si les M de la LCR ou de la CGT comprenaient, ils pourraient détruire le système, et ce, de façon légale ! C’est ce qui s’appelle un « bank run ». On l’a vu avec Nothern Rock. Les banques comptent sur les statistiques, la loi des grands nombres. Or en cas de crise ces modèles sont inopérants. On se retrouve hors de « l’enveloppe de vol ». C’est ce qui menace aujourd’hui.

    La quantité de monnaie bancaire est estimée par l’agrégat M3, à comparer avec M1 qui contient la monnaie fiduciaire …

    Le troisième étage de cette escroquerie pyramidale est constitué des autres banques non clientes de la BC et des autres organismes financiers (crédit à la consommation p.ex.).

    Question : quelle différence réelle entre un « taux monétaire » inchangé à 4% ou en hausse à 4.25%. Que se passerait-il si, à la place -ou en complément- de cette hausse, la BC remontait le coefficient des réserves obligatoires ? Indice : regarder ce qui se passe en Chine depuis un an. La banque nationale (pas centrale) chinoise augmente ce coefficient qui est à 15.5% maintenant (en fait elle s’en sert pour stériliser les USpesos sur-numéraires de ses importeurs).

    Question : Si les CDO et autres ABS triple-A que la FED accepte sont dégradés par les agences de notation, comment les banques US pourront-elles se refinancer ? on comprend l’enjeu vital de sauver les monolines.

    Quizz : (pour voir si le lecteur a bien compris) quelle différence entre un billet de 100 €, un relevé de compte avec solde de 100 €, un chéquier, une carte bancaire ?

    - le billet a cours légal. De part la loi, nul ne peut le refuser, c’est ce qui lui donne sa force. C’est un contrat juridique « au porteur » et qu’on peut donc transmettre librement. C’est une promesse qu’on reçoit en échange d’un bien ou d’un service (son salaire p.ex.) et qu’on pourra plus tard utiliser pour consommer un bien ou un service. Sauf que cette promesse se dévalue du fait de l’inflation. C’est une promesse mensongère.
    - le relevé est une promesse bancaire de remettre « à vue » la promesse mensongère précédente. Du fait du coefficent de réserve factionnaire, on peut dire que cette promesse bancaire est elle aussi mensongère et, en plus, intenable.
    - le chèque, qui n’a pas cours légal et que chacun peut refuser (sauf exceptions prévues par la loi, seuil des 3 000 €, salaire) est un moyen de transmettre la promesse bancaire mensongère et intenable à autrui. Mais c’est gratuit.
    - la carte bancaire est aussi un moyen de refiler la patate chaude à un tiers. Mais c’est payant annuellement, ça trace où et quand a eu lieu la transaction et même en quoi elle consistait.

    Pour conclure ce mot de Henry Ford, au début du 20ème siècle, alors que la FED venait d’être créée (1913) : « si le peuple comprennait comment fonctionne la monnaie fiduciaire et le système bancaire à réserves fractionnaires, il y aurait une révolution avant demain matin ».

    Votez Ron PAUL.

  10. Armand dit :
    9 février 2008 à 00:01 Le mécanisme de multiplication décrit dans le lien Europe2020 n’est pas valable. En effet la monnaie bancaire (électronique et virtuelle) de 9 000 créée par One par multiplication de sa monnaie centrale 1 000, ne peut pas être multipliée à son tour. Le coefficient de réserves fractionnaires ne s’applique qu’aux avoirs en monnaie centrale.Lorsque tout ou partie de ces 9 000 en monnaie bancaire sont transmis (en paiement) à la banque Two, alors le mécanisme de compensation interbancaire (chaque soir) fait que One doit remettre 9 000 en monnaie CENTRALE (et non pas bancaire) à Two. Ce qu’elle ne peut évidemment pas faire : elle est en faillite ; En pratique, vu les réserves en monnaie centrale de ces banques et la masse de toutes les opérations, il y aura aussi des paiements de Two à One ; seuls les soldes sont à compenser.

    Les banques en déficit de monnaie centrale devront s’en procurer pour conserver ce coefficient de 9 tandis que d’autres seront à l’aise et pourront prêter aux banques « en manque », moyennant garantie via le marché interbancaire (sauf si les garanties étant supposées douteuses, ce marché ne fonctionne plus). C’est pourquoi votre banquier essaie de vous domicilier lorsqu’il vous prête : il a intérêt à conserver le maximum de votre monnaie centrale pour continuer son business, plutôt que de devoir la refiler à ses concurrents.

    Dit d’une autre manière : ce coefficient s’applique à l’ensemble de la monnaie centrale par rapport à l’ensemble de la monnaie bancaire. Et compte tenu de ce que ce coefficient dépend également du type de compte (courant, livret, épargne, placement, …)

    Toute l’astuce diabolique, au sens premier, des banques US a été de transférer cette monnaie centrale là où elle n’était soumise qu’à un faible coefficient, voire à aucune limite ! D’ailleurs, leurs fonds propres n’ont cessé de diminuer tandis qu’augmentait leurs encours !

    Le véritable hedge fund à fort levier en déconfiture est le système bancaire US. C’est pourquoi je pense que la FED est en mode panique.

  11. Armand dit :
    9 février 2008 à 00:50 Un peu de lecture :http://www.hussmanfunds.com/wmc/wmc071204.htm (et ses archives)

    Cet auteur, gestionaire de fonds, démonte ces mécanismes (avec des liens vers la FED), notamment le « buzz » lamentable des médias grand-public sur « l’injection record » de « liquidités » de la BCE cet été : un pet habituel, juste 2% ou 3% de plus qu’en 2006 … car s’était bien du vent, ses « liquidités » ayant été « épongées » dans la foulée.

    Pour les miracles (mirages !) de la BCE, voir ici :
    http://www.pro-at.com/analyse-bourse/technique-Desperate-Central-Banks-3-7807.html (et les archives de cet auteur)

    Sur M3 reconstitué (après que la FED en eût suspendu la publication car « trop coûteux » et / ou « inutile ») comme proxy de l’effet de levier de la finance US (et de la catastrophe qui risque de se produire) :

    http://www.nowandfutures.com/key_stats.html

    http://www.shadowstats.com/alternate_data

    Dans l’Euroland on en est à 12% pour M3 (contre un objectif de 4.5% que c’était “auto”-assigné la BCE et dont elle ne parle curieusement plus).

    “On” convient que l’inflation peut-être estimée par M3 – PIB_non_déflaté, c’est-à-dire quantité de monnaie disponible (essentiellement bancaire sous forme virtuelle donc) moins quantité de richesses produites. En effet, cette monnaie peut être, et est, utilisée pour acheter des biens ou services. S’il y a 12% de monnaie en plus pour seulement 3% de richesse en plus alors les prix augmentent d’environ 9%. L’inflation est un phénomène essentiellement monétaire.

    Evidemment les prix n’augmentent pas de façon homogène ; ceux qui sont à la source de cette monnaie virtuelle la dirigent en prenant leur commission. D’où les bulles successives dans les différentes classes « d’actifs » ; mais les BC n’utilisent pas ces prix-là pour leur objectif d’inflation … seul compte pour elles le sous-ensemble des prix à la consommation qui est sous contrôle disent-elles. Mais quand les prix à la consommation dérapent à leur tour (ils sont en avant-dernière position dans la chaîne de propagation), c’est trop tard. La BC entonne alors son air célèbre de « on va lutter contre l’inflation de deuxième tour » c’est-à-dire contre l’augmentation des salaires, le prix du travail, le dernier maillon de la chaîne inflationiste.

  12. E. de Moustier dit :
    11 février 2008 à 21:27 Je pense que l’auteur du blog devrait faire remonter en première ligne les commentaires d’Armand et se mettre à jour.La seule remarque que l’on pourrait faire à Armand est relative à la nature juridique de la monnaie qui à mon sens n’est plus un contrat (depuis la perte de tout étalon) et dont la valeur outre le paramètre inflation est fluctuante en fonction des systèmes monétaires et des marchés.

    Je confirme en tant qu’avocat, que les encours ne sont couverts que par des réserves ridicules, et que ce principe est mis en échec pour ce qui concerne les engagements hors bilan, notamment les produits dérivés, lorsque (officiellement), ils servent de couverture….

    Une grosse partie des négociations lors des accords de Bâle était de savoir justement ce qui était mis dans les engagements hors bilan.

    En outre, au-delà de la création de monnaie scripturale dans le cadre de prêts, il existe également beaucoup d’engagements bancaires imposés par la loi et qui à mon avis se retrouvent le plus souvent hors bilan….

    Je pense à toutes ces cautions obligatoires imposées à des professionnels auprès d’établissements financiers : cautions de sous-traitants et garantie d’achèvement dans le secteur immobilier…., caution d’activités réglementées tel le placement de salariés…..

    Je note un très fort lobbying bancaire :
    - tant au niveau des lois, je pense essentiellement à un article venu dans la loi de sauvegarde des entreprises, nous expliquer que le banquier n’est plus responsable du crédit qu’il octroie……
    - qu’au niveau des juridictions (ne pas oublier que dans chaque tribunal de commerce siègent des salariés de banques….)

    Le système du crédit tel que conçu ne peut prospérer qu’avec une forte croissance réelle, et non pas sur des bulles successives….. entretenues à dessein….

    Rikki34

  13. Paul Jorion dit :
    11 février 2008 à 23:39 A E. de MoustierA propos de « Je pense que l’auteur du blog devrait faire remonter en première ligne les commentaires d’Armand et se mettre à jour ». Vous avez dû voir que ce fut fait dès le lendemain.

    D’autre correspondants – eux aussi bien informés – se demandent si je n’ai pas fait trop rapidement machine–arrière. Ainsi un message ce matin : « … l’évolution de le crise renforce en fait ce que tu me disais l’été dernier –– que les banques sont en gros soumises aux même contraintes que les autres types d’entreprises. Si elles ne l’étaient pas, lorsqu’elles subissent des pertes comme CityGroup ou la Société Générale, il leur suffirait de créer davantage d’argent pour combler le trou. La “création d’argent” a donc manifestement des limites ».

  14. rikki34 dit :
    12 février 2008 à 10:26 Je me permets une réponse rapide, étant occupé ces jours-ci….En réalité, la création monétaire est un sujet très intéressant qui varie selon la permissivité des législations, je vais essayer de vous trouver de la documentation juridique, normes comptables, et extraits des traités de Bâle, étudiés il y a plus de 10 ans à la fac….

    Je vous conseille en attendant sur le sujet, les excellentes notes et posts de DENISSTO sur boursorama.

    Les deux affirmations :
    - création de masse monétaire dans le cadre des prêts
    - et normes comptables strictes pour les banques
    ne sont pas incompatibles et se complètent au contraire.

    Ainsi il n’existe pas un ratio, mais des dizaines qui imposent aux banques que leurs encours soient garantis :
    - ratio par rapport aux fonds propres
    - ratio par rapport aux liquidités (notamment les dépôts)
    - ratio par rapport à certains actifs en fonction de leur notation,
    - la durée des encours est également prise en considération…..

    Il existe donc un coefficient multiplicateur permettant aux banques de prêter plus que ce qu’elles ont effectivement en Trésorerie.

    Il en découle corrélativement une comptabilité très spécifique et particulièrement exigeante.

    Ainsi pour prêter et pour garantir les encours, la banque doit justifier, d’un certain niveau de :
    - fonds propres,
    - liquidités,
    - et d’actifs….

    Si du fait de pertes les fonds propres diminuent ou que des actifs se déprécient, la banque doit recapitaliser car non seulement elle ne peut plus offrir les garanties légales pour les prêts anciens, mais elle n’a plus le droit de prêter même à des gens solvables….

    D’où les besoins actuels de SG et des autres banques exposées (City Group, Morgan….)

    La création monétaire est limitée à la simple offre de crédits (ce qui est déjà pas mal) et a des corollaires très exigeants, la banque ne peut pas créer de la monnaie, pour saupoudrer ses bilans (en ce sens vous avez raison), en revanche légalement elle peut prêter plus qu’elle n’a.

    Historiquement cette permissivité au niveau des crédits remonte effectivement à Guillaume d’Orange et à la création de la Banque d’Angleterre.

    Sur le plan de la stricte monnaie scripturale, les effets de commerce qui remontent en occident au moyen age, avaient déjà comme effet de permettre une mobilisation de monnaie (légèrement) supérieure aux réserves or….

    Courtoises salutations,

    Et merci pour votre blog qui donne l’occasion d’échanger (sans censure)…..

  15. Alain P. dit :
    13 février 2008 à 09:17 Si… les banques créent bien de la monnaie, ou tout au moins son équivalent, avec les crédits de toute sorte à commencer par votre carte bleue à débit différé.
    Et certaines banques centrales comme par exemple la FED en ont tellement conscience qu’elles ne publient plus le M3. voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Masse_mon%C3%A9taire
    Significatif, non ?
    Et si rien de très fort n’est fait d’ici peu je crains que nous ne soyons obligés de revenir à une sorte de convertibilité physique.
    On a vraiment été trop loin dans la folie monétaire pour s’en sortir indemne avec juste une petite perte de 30 ou 40 %
    Réfléchissez déjà aux valorisations boursières, croyez-vous que le système actuel, qui chiffre la valeur d’un titre sur la base des échanges d’une journée, souvent moins de 0,0 quelquechose %, soit raisonnable ? Rajoutez là dessus les dérivés, et vous aurez peut-être froid dans le dos comme moi lorsque je consulte la valorisation de mon compte.
  16. Dani dit :
    13 février 2008 à 12:57 à Paul Jorion :A propos de :
    “D’autre correspondants – eux aussi bien informés – se demandent si je n’ai pas fait trop rapidement machine–arrière. Ainsi un message ce matin : « … l’évolution de le crise renforce en fait ce que tu me disais l’été dernier –– que les banques sont en gros soumises aux même contraintes que les autres types d’entreprises. Si elles ne l’étaient pas, lorsqu’elles subissent des pertes comme CityGroup ou la Société Générale, il leur suffirait de créer davantage d’argent pour combler le trou. La “création d’argent” a donc manifestement des limites ».

    Les banques peuvent bien sûr créer de la monnaie, mais dans certaines limites, comme l’explique notamment Rikki34. or, quand elles font de grosses pertes, elles ont de la peine à tenir les ratios auxquelles elles sont censées se soumettre. C’est à ce moment-là que la liquidité devient terriblement précieuse et que les banques la gardent jalousement, tout en limitant très strictement les crédits. C’est aussi à ce moment-là que la banque centrale est tentée d’intervenir pour redonner de la liquidité.

    D’une certaine manière, indirectement, on peut dire que la banque centrale maîtrise grosso modo la quantité totale de monnaie en circulation (fiduciaire + scripturale), mais que ce sont les banques commerciales qui vont pouvoir décider à qui va bénéficier l’émission monétaire, qui pourra utiliser de la monnaie.

    Ce système de monnaie à deux étages est suffisamment étrange pour devenir difficile à concevoir. Les banques peuvent multiplier d’un certain facteur la masse monétaire initialement émise par la banque centrale, mais pas plus. Et il faut ajouter que les banques ont notamment pour tâche de transformer du crédit à court terme en crédit à long terme. Cela me semble un des éléments importants.

    Peut-être ne faudrait-il pas dire que les banques commerciales “créent” de la monnaie, mais qu’elles “multiplient” de la monnaie déjà existante…un peu comme Jésus…. ;-)

  17. guillaume dit :
    13 février 2008 à 18:27 1) le système monétaire actuel, une arnaque institutionnalisée ou une théorie « conspirationiste » ?En clair, est-il possible que des phénomènes conjoncturels et systémiques comme l’inflation ou les dettes nationales ne soient pas inévitables. L’argent dirige le monde qui dirige l’argent et comment ?

    Si il est vrai que le système actuel est d’une complexité inouïe, il est possible – et je vous conseille d’y consacrer le temps – d’étudier sa construction ; particulièrement celle du système monétaire US, car le débat relatif au fonctionnement de la monnaie y est plus présent dans l’histoire connu du public que sur l’ancien continent.

    Dans un premier temps je propose à chacun de visualiser une vidéo disponible sur alterinfo :

    Je m’excuse par avance du ton et du montage (bien à l’Américaine) mais je n’ai pas encore réussi à réfuter un seul des arguments présentés (et serais heureux de connaître vos critiques).

    Pour ceux que le débat intrigue, je vous propose trois sites qui se sont penchés sur la question, si le point de vue est explicite, la valeur de l’argumentation et les questions soulevées me semblent pertinentes et méritent une analyse et une mise à l’épreuve sérieuse, l’enjeu étant de taille.

    A- Le site des faux monnayeurs, particulièrement accessible à des non-spécialistes, possède de mon point de vue quelques approximations simplificatrices mais le raisonnement est intéressant particulièrement en ce qui concerne le sujet –polémique- de la dette nationale (Cf PS2 en bas du post). A préciser : la mise en perspective historique me parait plus légère que celle des sites suivant…

    « Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n’hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents »

    “La crise mondiale aujourd’hui“, Maurice Allais, Prix Nobel de Sciences Économiques 1988. Ed. Clément Juglar 1999.

    Je précise au passage l’intérêt de savoir comprendre l’article 104 du traité de Maastricht, qui à mon sens rend institutionnel le monopôle des banques sur l’émission monétaire, dés lors les états ne peuvent plus créer de monnaie, ils peuvent tout au plus émettre des reconnaissances de dettes sur de l’argent déjà en circulation

    B- le site du journal « Vers demain »
    D’origine catholique, aucun prosélytisme de ma part mais comme les Textes interdisent l’usure, les catholiques ainsi que le tiers ordre dénoncent depuis longtemps ce qui au 18 et 19e était une pratique qui s’est institutionnalisée durant le 20e siècle.

    Particulièrement intéressant : Chapitre 49 – L’histoire du contrôle bancaire aux Etats-Unis (Article d’Alain Pilote, paru dans Vers Demain de juillet-août 1985.)

    C- Le blog de « Dicarno »
    Un blog d’économie, à voir, en particulier pour l’histoire de la création de la réserve fédérale (page 3 partie 1 en dessous de la partie 2) beaucoup de matière, une bibliographie assez complète…

  18. guillaume dit :
    13 février 2008 à 18:29 2) En quoi ces points de débats sont d’actualité à mon sens :Cette perception de l’histoire monétaire et financière laisse envisager une réalité alarmante, la possibilité que des acteurs au sommet de l’oligarchie financière organisent volontairement des crises économiques pour imposer de nouvelles règles, toujours plus en leur faveur. Des crises qui bien souvent se traduisent par un appauvrissement massif des citoyens, les grands initiés s’étant retirés à temps de la partie.

    Aujourd’hui l’économie traverse des turbulences pour le moins inquiétantes et l’on assiste à un débat public basé sur un paradoxe :
    - les fondamentaux sont sains, les marchés doivent s’auto-corriger, les acteurs sont prudents mais optimistes …
    - en même temps, il est évoqué la possible nécessité d’une refonte globale du système international

    Comme j’ai mauvais esprit, je me dis que pour des raisons qui leurs sont propres les patrons du système souhaitent laisser s’effondrer le système, en causant les désordres que l’on imagine (économique et géopolitique) afin de proposer un nouveau système globalisé qui consacrera leur pouvoir…

    Par exemple, une monnaie unique, pourquoi pas électronique, au fonctionnement centralisé et « indépendant » dont chaque citoyen serait dépendant…

    J’entends déjà les louanges :

    « Monnaie unique pour qu’il n’y ai plus de spéculation sur le marché des changes … Électronique pour éradiquer les trafics de drogues par exemple… »

    Je ne serais pas étonné que cette idée soit portée autant par des « alter mondialistes » que par l’exécutif sarkozyste. Non, excusez moi, je dois être victime de la désinformation conspirationniste…. Mais s’il vous plait, ne réfutez pas ces raisonnements par un « si c’était vrai, ça se saurait »….

    Amicalement guillaume

    PS1 :CONSTITUTION DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE
    Article I
    Section 8. Le Congrès aura le pouvoir :
    De lever et de percevoir des taxes, droits, impôts et excises, de payer les dettes et pourvoir à la défense commune et à la prospérité générale des États-Unis ; mais les dits droits, impôts et excises seront uniformes dans toute l’étendue des États-Unis ;
    De faire des emprunts sur le crédit des États-Unis ;
    De réglementer le commerce avec les nations étrangères, entre les divers États, et avec les tribus indiennes ;
    D’établir une règle uniforme de naturalisation et des lois uniformes au sujet des faillites applicables dans toute l’étendue des États-Unis ;
    De battre monnaie, d’en déterminer la valeur et celle de la monnaie étrangère, et de fixer l’étalon des poids et mesures

    Cherchez les liens entre le Congrès et la reserve féderale…On sait que en 1942, la Federal Reserve Bank de New York fut le lieu des réunions secrètes entre les états-majors britannique, soviétique et américain, afin de mener la guerre contre l’Allemagne nazie et l’Italie. En mai 1943, le Premier ministre britannique Winston Churchill et le Président américain Roosevelt s’y sont retrouvés. (Même wikipedia le dit… )

    POURQUOI SE SONT ILS RETROUVE DANS CE LIEU, QUI EST UN ORGANISME FINANCIER PRIVE, pour décider du sort du monde et pas dans un lieu public (du gouvernement j’attends). Quand on sait que suite aux accords de Bretton Wood signé en 1944 le dollar est devenue la monnaie internationale de référence, on est en droit de se poser des questions…

    PS2, à mettre en lien avec « l’arnaque de la dette nationale », saviez vous que :
    Le rôle du Comité stratégique est en particulier de donner sa lecture propre des principes qui gouvernent la politique d’émission de l’État et la gestion de sa trésorerie, qui en sont les membres ? Réponse : ici.

    PS3 Pour corroborer ce que Armand a dit (Armand dit :9 février 2008 à 09:06 am) sur la position de Ron Paul en ce qui concerne la reserve féderale :
    En 2002 Mr Paul candidat aux élections de 2008 a proposé l’abolition de la Fed :

    Congressman Ron Paul
    U.S. House of Representatives
    September 10, 2002

    ABOLISH THE FEDERAL RESERVE
    Mr. Speaker, I rise to introduce legislation to restore financial stability to America ’s economy by abolishing the Federal Reserve. I also ask unanimous consent to insert the attached article by Lew Rockwell, president of the Ludwig Von Mises Institute, which explains the benefits of abolishing the Fed and restoring the gold standard, into the record.
    Since the creation of the Federal Reserve, middle and working-class Americans have been victimized by a boom-and-bust monetary policy. In addition, most Americans have suffered a steadily eroding purchasing power because of the Federal Reserve’s inflationary policies. This represents a real, if hidden, tax imposed on the American people. (.)
    In conclusion, Mr. Speaker, I urge my colleagues to stand up for working Americans by putting an end to the manipulation of the money supply which erodes Americans’ standard of living, enlarges big government, and enriches well-connected elites, by cosponsoring my legislation to abolish the Federal Reserve

    (texte source)

    PS4 Un livre à lire pour faire le lien avec la « réalité » :
    « Le grand bond en arrière » de Serge Halimi (monde diplomatique) qui montre comment l’ordre libéral s’est imposé au monde.

  19. Armand dit :
    14 février 2008 à 08:18 @dani : le système tient effectivement du miracle biblique de la multiplication des petits pains. Tant que les fidèles ne se posent pas trop de questions, c’est-à-dire croient plutôt que pensent … ça passe, modulo quelque crises qui peuvent toujours être mises au compte du hasard, à pas de chance, à quelques traders fous, à des boîtes noires mal programmées, etc…On peut tout aussi bien efectivement considérer que le système bancaire ne crée pas d’argent — P. Jorion va ainsi pouvoir ouvrir une nouvelle file :-) : il promet seulement de le faire via les relevés bancaires portant « monnaie scripturale », c’est-à-dire en s’engageant à remettre, à vue, cette quantité de monnaie fiduciaire centrale « ayant cours légal ». Et il s’agit d’une promesse mensongère et intenable du fait du système des réserves fractionnaires, comme expliqué plus haut.

    On remarquera que même avec un ratio de réserves à 100% les banques seraient toujours en état permanent de faillite potentielle. En effet, « empruntant court pour prêter long », elles se trouveraient toujours en risque de devoir faire face à court terme à des obligations qu’elles ne peuvent assurer qu’à plus long terme.

  20. Gilbert Rachmuhl dit :
    14 février 2008 à 18:09 Je vous rappelle que le soi-disant prix Nobel d’économie n’existe que par un abus dommageable de langage. En effet c’est la Banque de Suède qui a créé ce prix et, en l’appelant prix d’économie en l’honneur d’Alfred Nobel, a initié volontairement cette confusion entre les véritables prix Nobel (Paix, Littérature, Chimie, Médecine) et son prix d’économie. Le fait que ce soit une institution bancaire à l’origine du prix laisse suspecter un aspect subjectif dans l’attribution du prix qu’on voit difficilement attribué à un économiste au discours en opposition avec celui du monde de la finance.Continuer à soutenir cette confusion me paraît pour le moins malhonnête.
  21. guillaume dit :
    14 février 2008 à 19:37 A Gilbert,

    “Le fait que ce soit une institution bancaire à l’origine du prix laisse suspecter un aspect subjectif dans l’attribution du prix qu’on voit difficilement attribué à un économiste au discours en opposition avec celui du monde de la finance.”

    Dans le cas de M. Allais il y a quand même une “petite” divergence d’analyse au sujet de la création monétaire bancaire.
    Ce qui ne veut pas dire que la remarque n’est pas pertinente pour autant.

    « Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n’hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents ».

    “La crise mondiale aujourd’hui“, Maurice Allais, Prix Nobel de Sciences Économiques 1988. Ed. Clément Juglar 1999.

  22. Blog de Paul Jorion » Le « scandale » des banques qui créent de l’argent ? dit :
    16 février 2008 à 19:19 [...] Dans un premier temps, j’écris dans Le scandale des banques qui « créent » de l’argent : « … cette proposition est fausse : les banques commerciales ne créent pas d’argent ». De nombreuses réactions. Je suis désarçonné, par l’argumentation d’Armand en particulier : « Si, Mr Jorion, les banques créent de la monnaie. C’est la monnaie scripturale (”ce qui est écrit”) qui n’existe que sous forme électronique, celle qui figure sur les relevés de compte de ses clients ». [...]
  23. Blog de Paul Jorion » La création de la monnaie… et nous dit :
    5 juin 2008 à 02:34 [...] pas où je mettais les pieds quand, le 7 février, dans mon premier billet consacré à la monnaie Le scandale des banques qui « créent » de l’argent je remettais en question la notion de « création ex nihilo » de monnaie par les banques [...]
  24. Simon laflamme dit :
    23 juin 2008 à 23:24 Une chose est sûre, l’argent doit bien naître quelque part.Le fait de monayer un actif immobilier ou d’émettre un crédit en échange d’obligation du G, même si temporaire, reste de la création d’argent.

    L’intérêt demandé dépasse alors du 100%, sans oublier le pouvoir de décision sur la production.

    Une page intéressante (de moi) menant vers d’autres liens, comme le reflux bancaire.

  25. Vincent Lannoye dit :
    25 juin 2008 à 06:13 Si Monsieur Jorion. Comme le dit justement Armand, les banques sont autorisées à créer de l’argent par des prêts aux particuliers (mais pas question pour le banquier de se prêter à lui-même).Mécanisme : si la banque a 10 euros en compte de dépôt, dès lors elle est autorisée par la BCE a inscrire 100 euros dans un compte de crédit accordé à un particulier ou à une entreprise. Création monétaire : 90 euros !!!

    Tout ça est bien sûr très règlementé. D’ailleurs, la réglementation du crédit hypothécaire est en pleine revision. L’auriez-vous cru ?

    Pour info, chaque fois que vous tirez sur votre carte de crédit, vous créez de la monnaie par le même mécanisme.

    Évidemment, ce mécanisme est le résultat quasi involontaire de 5000 d’Histoire de monnaie et de banque.

    Salutations,

    Vincent.

  26. Vincent Lannoye dit :
    25 juin 2008 à 06:17 C’est donc bien vous et moi qui créons de la monnaie par l’intermédiaire des banques.La création monétaire a été transférée de l’État vers les particuliers et les entreprises.

    Vincent.

  27. This dit :
    7 mai 2009 à 06:00 This…Have you been blogging long? HRP 2: le robot ouvrier de demain? at Geek Mag is a great blog, you have a great writing style too. Found this post last Thursday and i’ve been reading your blog since. I’ve subscribed to your RSS feed and I am excited …

    1. fujisan dit :
      11 juillet 2009 à 15:18 Paul Jorion dit:
      “Quand elle vous prête de l’argent, la banque n’en crée pas : si elle peut vous prêter, c’est soit qu’elle utilise l’argent de quelqu’un d’autre, disponible sur son compte–chèque ou sur son livret–épargne (moins les « réserves obligatoires » qu’elle doit conserver comme provisions), soit qu’elle emprunte elle–même cet argent – par exemple en émettant des certificats de dépôt – et vous le re–prête.”

      Faux, faux et refaux!

      Il convient de considérer uniquement l’ensemble du système bancaire, toutes banques confondues, y compris les banques centrales. C’est à dire le bilan consolidé de toutes les banques de la zone monétaire considérée. Imaginer qu’il n’y a qu’une seule banque en tout et pour tout.

      NB Ne font pas partie du système bancaire les fonds de placement, d’investissement, de pension ou toute autre institution financière qui n’a pas de status bancaire, qui n’a pas accès à la banque centrale.

      Cela balaye toutes les objections relatives aux liquidités (trouver l’argent), prêts interbancaires, réserves, ratios de fonds propres… Questions qui ne regardent que le fonctionnement interne au système bancaire (et les actionnaires et déposants en ces temps troubles).

      PJ: “Il n’y a (malheureusement !) pas de « miracle de création d’argent » : les banques commerciales ne créent pas d’argent ex nihilo ! Pour en prêter, il faut que comme vous et moi, elles le trouvent quelque part !”

      L’argent vient du système bancaire dans son ensemble. Si on considère une seule banque en tout et pour tout, le crédit fait bel et bien le dépôt. C’est indiscutable! Le fait que l’argent se retrouve dans la même banque ou non, n’a aucune importance ici.

      L’argent peut se retrouver dans des fonds hors du système bancaire. Mais il est placé, c’est à dire qu’il se retrouve toujours sur un compte bancaire d’une manière ou d’une autre.

      Quand Paul Jorion parle de “trouver l’argent”, il s’agit en fait d’assurer les liquidités. A la différence des autres acteurs économiques, les banques ne sont pas obligées de garder tous leurs dépôts liquides, mais seulement une toute petite partie de ceux-ci, à savoir les réserves qu’elles déposent à la Banque Centrale. En zone euro, pour les dépôts à vue ou à terme inférieur à 2 ans, elles ne sont tenues de mettre en reserve (garder l’argent) qu’un ridicule 2% du total déposé (Cfr BCE). Ceux qui nient la création monétaire doivent alors admettre que dès qu’ils déposent 100 euros sur leur compte, 98 euros disparaissent à l’instant même. Ils perdent 98% de leur argent dès qu’ils le déposent à la banque! Il n’en est évidemment rien, la banque vous doit toujours “votre argent”, mais elle n’est tenue de “re-trouver l’argent” qu’à la demande, d’assurer les liquidités au besoin.

      L’erreur de Paul Jorion vient sans doute du fait qu’il n’a travaillé que dans des banques spécialisées dans les prêts immobiliers. Mais si la banque avait aussi une part de marché importante pour les dépôts à vue ou d’épargne, comme CityGroup ou BofA, elle n’aurait pas eu à emprunter puisqu’elle aurait une base de dépôts suffisante pour assumer ses propres liquidités. Elle aurait ainsi une certaine autonomie de création monétaire. Vu les réserves obligatoires ridicules (2% en zone euro), la banque aurait une quasi-indépendance vis-à-vis de la banque centrale.

      PJ: “Ils disent : « On ne voit pas les billets ! ». Réponse : Ça n’a aucune importance : que votre employeur vous règle en billets de banque à la fin du mois, billets que vous allez alors déposer sur votre compte–chèque, ou qu’il le verse directement – par un ordre électronique – sur votre compte, cela lui coûte strictement le même montant : il n’a pas « créé » d’argent dans le second cas.”

      En effet, l’employeur ne peut créer l’argent. Seule une banque peut le faire quand elle accorde un prêt, selon la charte bancaire et la loi. Je répète: les crédit fait le dépôt.

      PJ: “Ils disent aussi : « Si vous obtenez un prêt aujourd’hui et que vous allez payer votre garagiste et qu’il dépose l’argent sur son compte, la banque pourra le re–prêter ! ». Réponse : Bien entendu mais où de l’argent a–t–il été créé ? C’est le même ! Il peut éventuellement circuler très vite au lieu d’être caché sous un matelas : c’est sa disponibilité pour d’autres transactions qui est en question avec l’épargne.”

      Non ce n’est pas le “même argent”, cela n’a d’ailleurs aucun sens puisqu’il s’agit d’une inscription comptable. Quand A dépose X à la banque et que celle-ci reprête “son argent”, le compte de A n’est pas débité, la banque lui doit toujours “son argent”, charge à elle d’assurer les liquidités (trouver l’argent) si besoin s’en fait sentir. C’est la manière classique et compliquée d’expliquer la création monétaire: la “multiplication” monétaire par prêts successifs (substraction faite des réserves obligatoires). En considérant le système bancaire dans son ensemble, à chaque opération, celui-ci doit de plus en plus d’argent aux déposants.

      PJ: “Le Lac Victoria contient la même quantité d’eau que la Seine. L’eau s’écoule plus vite dans une rivière que dans un lac, donc il y a davantage d’eau dans la Seine que dans le Lac Victoria ! Non, je viens de le dire : le volume est le même !”

      Il me semble que Paul Jorion et d’autres confondent activité économique (PIB) et masse monétaire. Ce sont des notions différentes.

      La masse monétaire sont les dettes de l’ensemble du système bancaire envers les déposants-prêteurs-forcés. Je dis bien prêteurs-forcés car on a pas le choix à moins de sortir “son argent” en coupures, le thésauriser (le cauchemard de JF) et le voir ainsi fondre comme neige au soleil par l’inflation qui n’est qu’une dévaluation délibérée des autorités (le rêve de JF).

      PJ: “Ils disent enfin : « Oui, mais vous payez des intérêts sur votre prêt et la personne qui empruntera l’argent déposé par le garagiste sur son compte, en paiera aussi ! ». Ben oui, mais pour payer ces intérêts, il faudra bien que je trouve l’argent quelque part – et de même pour lui ou elle !”

      En effet, au moment où le prêt est accordé, seul le principal est créé, pas les intérêts qu’il faudra trouver ailleurs.

    2. Oppossùm dit :
      11 juillet 2009 à 17:27 Oui, Fujisan,

      Vous n’avez pas tort ! Mais le problème avec le terme ex-nihilo et les explications qui en sont données est qu’on le présente et qu’on se l’imagine comme une sorte de miracle facile, uniquement borné par les réserves fractionnaires de façon mécanique.

      Or on observe en fait que l’ensemble des ‘crédits’ assis sur du ex-nihilo (donc hors le crédit-financement assis sur de l’épargne volontaire et consciente) couvre celui de la partie des dépôts qui ne fait l’objet ni d’un retrait, ni d’une conversion en monnaie fiduciaire.
      Bref ce que l’on observe c’est qu’il y a une certaine équivelence entre un certain encours stable de la masse monétaire ET l’ensemble des crédits-prêts.

      On peut donc en conclure que dans une certaine réalité , le ex-nihilo n’existe pas.
      Sauf que cette équivalence (qui au fond coule de source : le système se fabrique par un moyen ou un autre, inconsciemment , la quantité de monnaie dont il a besoin pour l’ensemble des transactions) fonctionne par du ex-nihilo … qu’on pourrait alors baptiser “Faux ex-nihilo” puisqu’il ne s’agit que d’opérer une substitution , une duplication.

      Reste que ce procédé génère de l’instabilité puisqu’il peut générer une utilisation conjointe de 2 monnaies dont l’une n’est que la duplication de l’autre, ou bien qu’il accentue le risque une crise d’illiquidité si tous les récipiendaires de cet argent dupliqué avait la malencontreuse idée de demander une transformation en monnaie centrale (Sachant que même dans la meilleure situation financière qui soit, ce ‘risque’ existe toujours)

      Autre défaut ENORME de ce système : il permet les dépassements , c’est a dire une augmentation réelle de la masse monétaire : le crédit ‘faux-ex-nihilo’ va dépasser sa propre base de duplication de départ.
      –> ET LA, nous avons avons affaire à du … “vrai-ex-nihilo” !!!!
      … qui bien sûr va se noyer discrètement dans la masse des dépôts des banques , devenant ainsi sa propre fausse justification !!!

      Que ces dépassements créent à petites doses des excitations keynesiennes du tissu économique , dans la mesure ou des rigidités sociales ou de l’appareil de production , les rendent possible , je peux me l’imaginer.

      Mais très rapidement ce surplus de monnaie (par rapport à sa fonction de transaction) , entraîne d’abord des investissements dans des secteurs relativement inutiles (même s’il en faut … de l’inutile !) , mais ensuite dans des activités complètement superfétatoires, puis du style ‘ateliers nationaux’ …
      Bon , on peut admettre que c’est une façon de partager les choses et de faire vivre les gens …

      Mais ensuite cette monnaie supplémentaire va aller alimenter des bulles , c’est à dire chercher à dégager de la valeur par des allers-retours sur des actifs en voie de raréfaction, ou bien objet de demande croissante, ou bien porteur de profits futurs. Là aussi je veux bien admettre que certains speculateurs ‘alertent’ ainsi le système des prochaines pénuries possibles , mais ils se comportent également aggravateur de cette alerte, et se retirent ensuite de ces secteurs après les avoir complètement désorganisés , en plumant les derniers rentrés et en laissant des dettes qui paralysent ces zones de ongues années.

      Enfin, ce système juridico-financier du “faux-puis-vrai-ex-nihilo” , dans un environnement globalisé et dérégulé, se déploit à une vitesse extrême et avec des masses financières probablement purement virtuelles dans le sens où elle s’évanouissent après avoir dégagé de la valeur, par des aller-retours sur des actifs de bulles , qu’elle est capable de provoquer par la seule force de sa masse !!!
      Et je rajouterai que ces rendements démentiels du secteur financier , comme la spéculation pépère, laisse des champs de ruines : la valeur ainsi volée doit bien être ‘débitee’ quelque part

      Voilà pourquoi penser le ex-nihilo mais dépouillé de sa magie, permet -me semble-t-il- , lorsqu’on ne dérive pas trop vers le mirage étatique ou la caricature du banquier, de mieux voir un des endroits essentiels d’où la crise est venue.

      Non ?

    3. Paul Jorion dit :
      11 juillet 2009 à 17:49 @ Fujisan

      Avant de décréter que nous ne sommes pas d’accord, consacrez un tout petit peu de temps à la série de billets que j’ai rédigés à ce sujet.

    4. Oppossùm dit :
      11 juillet 2009 à 18:04 Petit rajout au sujet de la fameuse phrase d’Allais

      “Fondamentalement, le mécanisme du crédit aboutit à une création de moyens de paiement ex nihilo, car le détenteur d’un dépôt auprès d’une banque le considère comme une encaisse disponible, alors que, dans le même temps, la banque a prêté la plus grande partie de ce dépôt qui, redéposée ou non dans une banque, est considérée comme une encaisse disponible par son récipiendaire. À chaque opération de crédit il y a ainsi duplication monétaire. Au total, le mécanisme du crédit aboutit à une création de monnaie ex nihilo par de simples jeux d’écriture ».

      Ce qui est curieux c’est qu’Allais dit bien , au départ ce que dit Paul
      ” … la banque a prêté la plus grande partie de ce dépôt qui, redéposée ou non dans une banque …”
      Allais dit donc bien que la plus grande partie des dépôts est bien prêtée ! (Je pense qu’il aurait dû dire ‘utilisée’)

      Mais Allais voit bien l’ambiguïté de la situation est utilise le mot JUSTE : ‘chacun considere l’encaisse comme disponible’ . et c’est la situation juridico-économique exacte. Et donc logiquement il utilise le bon terme : ex-nihilo .
      Et il l’utilise précisemment pour briser cette situation et cette incohérence juridique , car lui aussi ne conçoit pas , au fond, qu’une chose puisse être à deux endroit à la fois.

      Bien sûr il l’utilise au terme d’un raisonnement plutôt pénétrant où le concept contient et sublime sa contradiction , et ce “ex-nihilo” n’est effectivement pas le même que ceux qui ne s’en servent que pour voir des banquiers avec un faux-nez … crochu éventuellement, pour nous vendre de la servitude étatique au lieu de la souveraineté, et nous faire miroiter une monnaie ‘gratuite’ et un gouvernement universel chargé du malheur remboursé par la sécurité sociale.

      PS/
      1) La croyance en le ex-nihilo est tellement désincarné chez certains qu’ils peuvent en arriver à s’imaginer que l’argent déposé est comme dans un parking, inutilisé.
      2) De toute façon , même pour les partisants du “dépôt qui fait le crédit” , il faut admettre logiquement au moins une phase initiale où un “premier crédit aurait fait le premier dépôt” (et ce ne peut-être la BC avec sa monnaie fiduciaire puisque celle ci ne fait que décroître depuis plusieurs décennies, jf … )

      3) et si on disait que “les credos font les dépits ?” … qu’en pense NuageBlanc ?

    5. fujisan dit :
      12 juillet 2009 à 12:47 Je relis les anciens billets de PJ, mais c’est bien difficile à trouver dans un blog…

      Je ne considère pas non plus une reconnaissance de dette comme l’une des manifestations possibles de la monnaie. Un actif bancaire, une créance n’est pas de la monnaie (à l’exception de la monnaie de BC qui se retrouve à l’actif d’une banque commerciale: billets, pièces, réserves). Il faut en effet revendre cette créance pour “trouver l’argent”.

      Mais c’est trop facile de rejeter TOUT ce que disent certains pour cette seule raison.

      Je répète:
      Le crédit fait le dépôt. C’est le résultat d’un contrat de prêt entre la banque et l’emprunteur.

      Je précise:
      Un dépôt en banque n’est lui même qu’une dette de la banque envers le déposant, un promesse de lui fournir “son” argent à la demande. La masse monétaire n’est que l’ensemble des dettes du système bancaire envers le public. Cela n’a aucune autre signification.

      La “qualité” d’un dépôt, sa “solidité” repose sur la solvabilité de la banque, la confiance qu’on lui accorde. Laquelle solvabilité repose sur la solvabilité des emprunteurs, leur capacité à rembourser leurs emprunts.
      Les banques fonctionnent aussi sous la garantie des banques centrales (prêteur de dernier recourt) et états/contribuables (garantie des dépôts). Garanties qui sont objectivement bien minces mais qui peuvent faire illusion auprès du public.

      L’argent n’a aucune valeur instrinsèque. Il y avait encore confusion à l’époque de l’étalon or (et argent), mais c’est maintenant évident à l’heure du presque tout électronique. L’argent n’est qu’un pouvoir d’achat, il n’a de valeur que comme moyen d’échange contre un bien ou service. S’il n’y avait aucun bien ou service disponible, l’argent perdrait toute valeur.

      Mais voilà:
      Les banques ont ceci de particulier qu’elles ont le monopole de création de monnaie scripturale ex-nihilo. C’est à dire qu’elles ont le monopole de création de pouvoir d’achat ex-nihilo.
      Le système bancaire est bien sûr encadré par les lois et règlements, quelque peu “freiné” dans ses élans par divers mécanismes, il n’en reste pas moins que les banques commerciales ont ce pouvoir énorme. D’autant plus énorme que la banque est grande, a une base de dépôts importante. D’autant plus énorme que les réserves obligatoires et ratios de fonds propres sont ridicules, l’effet levier est important. D’autant plus énorme que la grande majorité des transactions se font par simple transfer de compte à compte.

      Alors, d’accord ou pas ?????

      PS: Je serais curieux de savoir si les DAV en négatif, les découverts, sont déduits de la masse monétaire (M1) ou bien repris dans un autre aggrégat. Pour le coup, il s’agit de dettes du public envers le système bancaire et non l’inverse. Si tel est le cas, alors M1 est totalement biaisé, ne reflète rien d’utile.

      Oppossùm dit:
      “Or on observe en fait que l’ensemble des ‘crédits’ assis sur du ex-nihilo (donc hors le crédit-financement assis sur de l’épargne volontaire et consciente) couvre celui de la partie des dépôts qui ne fait l’objet ni d’un retrait, ni d’une conversion en monnaie fiduciaire.
      Bref ce que l’on observe c’est qu’il y a une certaine équivelence entre un certain encours stable de la masse monétaire ET l’ensemble des crédits-prêts.”

      Oui, mais l’un et l’autre augmentent (et diminuent) de concert. La proportion de conversion en monnaie fiduciaire reste +- constante en temps “normal”, càd très faible. Les BC suivent d’ailleurs le mouvement pour produire la monnaie fiduciaire au besoin. Un retrait sans conversion en monnaie fiduciaire n’existe pas, ce n’est qu’un transfer de compte à compte. A part la monnaie fiduciaire, l’argent thésaurisé n’existe pas, il est toujours sur un compte quelque part. Que ce soit dans la même banque ou non, n’a pas d’importance pour ce qui concerne l’ensemble du système bancaire, toutes banques confondues, après consolidation. Et c’est bien de cela qu’il s’agit quand on parle d’aggrégats.

      Oppossùm dit:
      “On peut donc en conclure que dans une certaine réalité , le ex-nihilo n’existe pas.”

      Oui si on ne considère qu’une petite banque, ou qu’une banque spécialisée dans un secteur mais avec une faible part de marché pour les dépôts. Non si on considère une grande banque universelle avec une importante part de marché pour les dépôts, puisque statistiquement elle récupère une forte proportion des dépôts quelle qu’en soit l’origine. Une grande banque a donc une quasi-autonomie, même encadrée par les lois et règlements qui sont très laxistes.

      Oppossùm dit:
      “Autre défaut ENORME de ce système : il permet les dépassements , c’est a dire une augmentation réelle de la masse monétaire : le crédit ‘faux-ex-nihilo’ va dépasser sa propre base de duplication de départ.
      –> ET LA, nous avons avons affaire à du … “vrai-ex-nihilo” !!!!”

      Nous sommes d’accord.
      Je pense d’ailleurs que l’initiative de l’augmentation de la masse monétaire vient des banques commerciales et leurs clients et non de la banque centrale comme on le laisse souvent entendre. Quand une banque commerciale dépasse les “limites”, la banque centrale a comme choix:
      - régulariser la situation en augmentant les réserves
      - fermer les yeux et faire semblant que tout va bien (populaire en ce moment)
      - laisser la banque tomber en faillite (panique assurée pour une grande banque)

      “Mais Allais voit bien l’ambiguïté de la situation est utilise le mot JUSTE : ‘chacun considere l’encaisse comme disponible’”

      Il y a en effet une différence entre la réalité bancaire et la perception qu’en a le public. Quand on dépose son argent sur un DAV, on ne le considère pas comme un prêt à la banque, alors que c’est réellement le cas.

      Cette perception du public a son importance si on s’intéresse à la formation des prix. Mais si on s’intéresse à la solvabilité du système bancaire, comme Paul Jorion, il faut tenir compte de la réalité bancaire.

      C’est sans doute là l’origine de toutes les discordes au sujet de la monnaie et du crédit/dette. Tout dépend du phénomène qu’on désire analyser.


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