247 – un grand éclat de rire

1 juin 2012

Si vous voulez vous payer une bonne pinte de rire, lisez donc le dernier article de Pierre Sarton du Jonchay intitulé "MONÉTISER LA RELATIVITÉ GÉNÉRALE DU PHYSIQUE "  sur le blog de Jorion (oui, je sais, je lui envoie des lecteurs qui améliorent ses statistiques dont il est si fier.. mais là, vraiment, c’est avec plaisir)

Quand vous aurez lu par exemple

« Le risque financier réellement contenu par le capital est la partie imaginaire du prix de la réalité objectivée dans le prix nominal. En théorie financière vraie rationalisée par la morale, le prix objectif est le crédit négocié entre l’acheteur et le vendeur ; la réalisation temporelle du prix dont l’existence est future est définie par la théorisation libre des sujets ; laquelle doit contenir deux possibilités d’écart de prix : premièrement de la théorie à la pratique et deuxièmement du réel présent à la réalité future. Le prix théorique du crédit est garanti en réalisation future par l’imagination numérique d’un capital à quatre dimensions, deux matérielles et deux théoriques. »

si vous n’avez  pas compris, ne vous étonnez pas trop, vous n’êtes sans doute pas le seul!

Ce qui n’empêche pas Jorion d’écrire

1 juin 2012 à 00:41

Pierre Sarton du Jonchay existe et je l’ai rencontré. Lui et moi écrivons dans des styles très différents. Sa pensée analytique est sans égale et mon blog s’honore de publier ses textes.

Intéressante est la critique d’un dénommé Thomas sur les affirmations "scientifiques" de PSDJ…

Thomas
31 mai 2012 à 21:50

Bonjour,

Je rechigne habituellement à trop faire part de mon avis sur ce blog, étant bien loin des hautes sphères de la pensée économique, sociale ou anthropologique, mais maintenant qu’il est question de science, je suis nettement plus à l’aise avec le sujet, et je peux donc, je l’espère, faire des remarques nettement plus pertinentes.

Les coordonnées complexes d’un point dans un espace à trois dimensions posent un espace de mesure à quatre dimensions à la fois réel et imaginaire.

Cette phrase n’a aucun sens mathématique. En effet, un nombre complexe (noté z) peut être représenté comme la somme d’un nombre réel (les fameux nombres qui mesurent des quantités réelles), noté x, et d’un autre nombre réel, noté y, mais multiplié par le fameux nombre i, qui vérifie l’étrange propriété i² = -1. D’habitude, n’importe quel nombre élevé au carré est positif, pas celui là.

On a donc un nombre complexe z = x + i*y qui est en réalité un élément d’un espace à deux dimensions. On ne peut donc pas parler de coordonnées complexes dans un espace (supposé réel au vu de la suite ?) à trois dimensions, puisque de la même façon que x et y sont des réels, les coordonnées d’un point sont aussi des réels. Par ailleurs, la phrase à d’autant moins de sens que si on comptait les coordonnées d’un point en nombres complexes, la dimension de l’espace considéré tiendrait compte du fait que les nombres complexes imposent deux dimensions.

Le sens positif ou négatif d’une mesure est pensable dans l’imaginaire de l’espace physique positif à trois dimensions ; la quatrième dimension de mesure des phénomènes positivement observables introduit le calcul de la négativité, de l’inversion ou de la courbure de la réalité.

Tout ceci m’apparaît comme un salamigondis de choses sans rapport les unes avec les autres. Le sens positif ou négatif est avant tout une notion d’orientation de l’espace. Ainsi, ma théière à 1m sur ma droite est à -1m sur ma gauche, ce qui ne constitue pas un jugement de valeur sur sa position réelle. De la, la proposition secondaire de la phrase perd tout sens, et la courbure de la réalité n’a pas grand chose à voir là-dedans.

Ainsi la science physique va-t-elle unifier l’espace temps en quatre dimensions par l’attribution d’une valeur de réalité imaginairement négative à des phénomènes réels non directement présents à l’observateur qui mesure. La relativité générale d’Einstein exprime l’existence réelle de la mesure complexe.

Le passage des nombres complexes à l’unification de l’espace-temps est ardu et absurde. Ni historiquement, ni mathématiquement, la relativité s’est construite sur ce principe là. D’ailleurs, l’unification spatiotemporelle est une question de relativité restreinte, et non de relativité générale. Maintenant, attribuer une valeur à des phénomènes n’est pas vraiment l’objet de la physique, qui attribue des valeurs à des grandeurs (position, vitesse, énergie etc.). Il est d’ailleurs à noter que toutes les valeurs (numériques) des grandeurs mesurables en physique sont réelles, quand bien même une étape du calcul pourrait nécessiter l’usage des nombres complexes comme « artifice mathématique ». En effet, la physique vit dans le monde réel.

Il ne faut donc pas faire dire n’importe quoi à la relativité d’Einstein. Elle dit beaucoup de chose, mais clairement pas cela.

L’existence réelle non sensible à l’observateur humain est indéniable si la même cause identifiée dans l’invisible reproduit toujours les mêmes effets en tout espace et en tout temps. En conséquence, deux observateurs d’un même phénomène physique ne peuvent pas aboutir à la même évaluation exacte simultanée d’une énergie et d’une masse identifiées sans associer leurs imaginaires par une communion de pensée théorique.

Là encore, un terrible micmac. La relativité restreinte d’Einstein prévoit qu’il existe trois « domaines » : le passé, l’avenir (le présent étant situé au croisement des deux) et l’ailleurs, qui regroupe tout ce qui n’est pas accessible à l’expérience, pour la raison simple que l’information correspondante ne nous est pas encore arrivée (celle-ci ne pouvant aller plus vite que la lumière). Ainsi, d’après ladite relativité, aucun événement dans l’ailleurs ne peut avoir de conséquences dans le présent.

La conséquence de cette prémisse fausse est par ailleurs saugrenue : il s’agit du principe d’incertitude de Heisenberg, qui respose sur des bases théoriques complètement différentes, et n’a absolument rien à voir. D’ailleurs, énergie et masse ne sont pas reliés par le principe d’incertitude.

La relativité d’Einstein développée et confirmée dans la mécanique quantique rend l’énergie divisible et multipliable par le temps à cause de la continuité de l’espace temps

La relativité d’Einstein n’a pas été développée ni confirmée dans la mécanique quantique. Les développements des deux théories ont été indépendants, et Paul Dirac a réussi à tenir compte des résultats de la relativité restreinte dans les calculs quantiques, ce qui a conduit a rationaliser la notion de spin. La relativité générale reste incompatible avec la mécanique quantique.

L’énergie n’est ni divisible ni multipliable par le temps… Mais ce sont des opérations qu’on peut faire, nous, êtres humains, pour définir des grandeurs appelées respectivement la puissance et l’action, et ça n’a absolument rien à faire avec la continuité de l’espace-temps.

L’origine du temps est visible dans la lumière ; l’origine de la matière est visible dans la masse. Lumière et masse se multiplient en énergie ; mais le temps soustrait de l’énergie à un phénomène par la distance physique entre les expérimentateurs. Ainsi le chat de Schrödinger peut-il être mort pour un observateur en étant vivant pour l’autre.

L’origine du temps n’est pas visible dans la lumière. On ne la connaît pas. La matière nous est donnée comme information sensible par l’existence d’une masse. Même si, pour reprendre Jean-Claude van Damme, l’air ne pèse pas grand chose, mais est là quand même.
Le temps ne soustrait aucune énergie, c’est une fadaise. Lumière et masse ne se multiplient pas en énergie, la formule E = mc² se contente d’exprimer une équivalence entre masse et énergie. De la même façon qu’un glaçon et de la vapeur reste de l’eau, tout en étant différent.

Et le chat de Schrödinger n’a rien à voir là-dedans, il ne s’agit que d’une expérience de pensée illustrant le caractère contre-intuitif des prévisions quantiques.

Depuis plus d’un siècle, la réalité connue moyennant la théorie est à la fois continue dans l’espace-temps et discontinue par la confrontation scientifique des observations.

C’est faux. L’horloge retarde. Depuis 1905, on sait que certains phénomènes sont discontinus. C’est le fondement de la théorie quantique. Il ne faut pas confondre la continuité des nombres (qui pourraient prendre n’importe quelle valeur) et d’autres choses.

Si l’objectivité scientifique est la réalité posée indépendamment de ses observateurs, alors la relativité générale requiert explicitement une discipline de la subjectivité radicalement investie dans la matière physique. Pour former réellement la causalité, la théorie doit être abstraite de la réalité par conviction vraiment partagée des auteurs absents de leur égo.

Là encore, méconnaissance des réalités historiques : l’interprétation de Copenhague de la mécanique quantique (admise à ce jour, même s’il y a des controverses) indique qu’on renonce à décrire la réalité physique, mais uniquement l’information qu’on peut en extraire. Ce qui consacre la nécessité d’un observateur dans le processus.

Par ailleurs, la théorie est nécessairement confrontée à la réalité, pour être validée, et donc emporter la conviction.

Le phénomène de l’entropie entre le passé et le présent ainsi qu’entre les auteurs d’une même observation scientifique n’est pas mesurable sans la certitude d’une théorie stable entre plusieurs observateurs dans l’espace-temps. La déformation de la matière et de l’énergie par l’espace et le temps n’est pas mesurable sans production de forme par l’esprit des sujets hors de l’espace et du temps. La stabilité de la théorie doit être imaginaire pour expliquer réellement la réalité spatio-temporelle.

L’entropie : le dernier poncif qui manquait à cet article…

Il n’y a pas de relation entropique entre les auteurs d’une même observation. Ni même entre auteurs d’expériences analogues. Juste des dérives statistiques.

Par ailleurs, l’existence d’expériences de pensée ne préjuge pas de l’irréalité d’une théorie. Ainsi, on visualise bien l’image de la nappe déformée parce qu’une boule de pétanque y est posée, mais on a plus de mal de se représenter l’équivalent tridimensionnel, parce qu’on est nous même coincés dans un espace à trois dimensions (spatiales)

La numération complexe est une réalité scientifique en même temps qu’une nécessité pour exprimer la relativité de toute mesure de réalité ; relativité entre les sujets de toute mesure grâce et à cause du temps et de la distance physique. Le médiateur de la relativité physique est la lumière imperceptible et non mesurable en soi faute de masse. La preuve de l’existence spécifique et causale de la lumière est indirecte par la conscience subjective partagée dans le langage scientifique. La théorie de la distance et du temps liés par le concept de vitesse est intrinsèque à la matière physique étudiée.

Encore beaucoup de cafouillis et une grosse macédoine.

Les nombres complexes ne servent pas à cela : ils servent à élargir le champ du possible en matière de calcul mathématique. Ils n’ont pas été inventés pour la physique.

Par ailleurs, tous les objets physiques sont mesurés via les conséquences qu’ils ont sur un appareil de mesure, que ce soit une masse ou une charge électrique par exemple. La lumière, quoique n’ayant pas de masse, à d’autres conséquences parfaitement réelles.

Enfin, la distance et le temps ne sont pas reliés physiquement par la vitesse, ce sont juste trois grandeurs ayant une relation entre elle. Si on entre dans le détail de la théorie, il s’avère que c’est plutôt la masse qui relie les deux.

La lumière est donc cause de la masse qui fait matière dans la conscience par la vitesse

En réalité, la cause de la masse n’est pas connue. On soupçonne le boson de Higgs, le photon a été mis hors de cause depuis fort longtemps.

La science pervertie par la finance de spéculation quantique

Je cite le titre pour me référer à la partie correspondante. Je comprends l’argument, mais que vient faire la relativité générale là-dedans ? La théorie d’Einstein n’a absolument rien à voir avec ces considérations, indépendamment du fait que les réalités humaines sont obérées par le cache-sexe d’une soi-disant rigueur arithmétique.

De même, pourquoi affubler de l’adjectif quantique la religion ? Rien à voir avec la théorie physique, même si j’adhère au propos correspondant par ailleurs.

La subordination complexe du réel à l’imaginaire exprime à l’origine l’imperfection existentielle de l’essence humaine des mathématiques. L’efficacité scientifique de la mathématisation du réel n’épuise pas la réalité librement connaissable ; le sens des mesures scientifiques reste incertain à cause de la partialité des théories ; la réalité mesurable par la subjectivité humaine excède infiniment les théories et les quantifications produites ; enfin il est devenu imprudent de ne pas reconnaître à chaque sujet d’humanité son propre référentiel de mesure déterminé par l’existence personnelle.

L’imperfection existentielle de l’essence humaine des mathématiques a néanmoins mis sur la table l’étude des nombres complexes… Elle n’est donc pas si imparfaite…

Par ailleurs, même si chaque sujet a son propre référentiel de mesure, chaque scientifique effectue des mesures dans des conditions précises, transparentes et reproductibles, de telle sorte qu’elles puissent être soumises à la confrontation et à la réfutation.

Le risque financier réellement contenu par le capital est la partie imaginaire du prix de la réalité objectivée dans le prix nominal.

J’aime beaucoup cette idée ! Il serait néanmoins opportun de dérouler la théorie des complexes dans ce cas, pour essayer d’établir une correspondance entre les objets mathématiques et les objets financiers correspondants, mais pourquoi pas ?

Pour conclure par rapport à tout ceci : je trouve les théories développées intéressantes, en matière de finance, mais tout le discours achoppe sur un écueil de taille : en invoquant des théories scientifiques de façon fantaisiste, il tombe dans l’excès qu’il dénonce ! Se parer des vertus de la physique pour parler de finance est non seulement hors-propos, mais également dangereux. Les comparaisons sont parfois utiles, mais quand elles sont utilisées de façon pertinentes, et il est manifeste que les paragraphes physique de l’article traduisent des incompréhensions flagrantes de tout ce dont il est question, pour aboutir à une macédoine de patascience.

Je terminerai sur cet aphorisme d’Albert Einstein, puisqu’il en a beaucoup été question :

L’essentiel est de rendre les choses aussi simples que possible ; mais pas plus simples


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