235 – La vie devant soi

22 mars 2012

La vie devant soi

« Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être bien intégré dans une société profondément malade. »
Jiddu Krishnamurti

Je précise à l’intention de ceux qui vivent au jour le jour que, dans la ligne du temps, le futur intervient après un passé infini, succédant à un présent instantané et plutôt soluble…

Normalement doués et constitués, les membres de la communauté humaine se distinguent par un coefficient élevé de capacités cognitives et imaginatives qui permettent d’envisager un futur plus ou moins proche, de s’y projeter, d’investir intellectuellement et financièrement. Au-delà, préoccupé par le souci de pérenniser la vie sur Terre dont sera tributaire le destin des générations futures, l’homme se dit apte à développer des stratégies futuribles plus éloignées. Cette prétendue clairvoyance est un trait qui nous est propre mais dont le recours semble en panne ou à l’abandon, on verra plus loin et pourquoi dans le texte. Cette prérogative de gouvernance collective est notamment celle dont les élus politiques doivent se soucier in primis, si tant est que le futur immédiat, nommé présent, leur en laisse le loisir. On sait que la hotte électorale est surchargée d’urgences économiques et de problèmes quotidiens, que la démocratie répond à des lois démocratiques qui incitent au charlatanisme et que les enjeux du jour, alliés à une communication médiatique chaque fois plus diarrhéique, font que les préoccupations d’avenir se trouvent repoussées aux calendes grecques. La devise énoncée par Émile de Girardin : « Gouverner c’est prévoir » est donc vaine par obsolescence. Seul un bon roi-père de famille, sans échéancier ni concurrents, pourrait relever ce défi. A-t-il jamais existé ?

Démagogie triomphante, il faut bien reconnaître que le devenir planétaire et la conservation écosystémique n’intéresse que les rares électeurs ayant le privilège de travailler du chapeau parce qu’ils ne vivent pas dans l’urgence du quotidien. L’ « après moi le déluge » est la figure imposée par le « métro-boulot-dodo ». D’où l’inconscience de générer des progénitures dont on ne peut qu’assurer le bref parcours qui va de la crèche à l’université et au chômage. Même en courant, je n’aurai pas le temps… Pour le commun des mortels, demain est un roman d’anticipation qui se rapporte à la futurologie, voire à la science-fiction ! Bien que nous ayons une claire conscience du temps qui passe, la notion physique du temps reste difficile à appréhender par l’esprit et ne semble relever que de la science et de la philosophie.

Avenir et réalités

Si, contre toute insouciance, il est admis qu’un enfant doit préparer son avenir personnel et qu’il soit dirigé en ce sens, (éducation, scolarité, diplômes…), c’est un paradoxe ordinaire de constater que nos sociétés ne se soucient que trop peu de l’avenir commun. Nos enfants préparent donc un avenir… qui manque de futur.

À l’heure d’un bilan, d’un état des lieux, on pourrait vraiment se demander comment les Terriens ont-ils préparé leur avenir ? Comment va cette Terre nourricière qui constitue notre maison du Quaternaire, que nous habitons en colocation au fil des générations ? Quel est l’état de la biosphère, des écosystèmes terrestres et maritimes ? On connaît hélas la réponse et point n’est besoin d’un écologue légiste pour prendre le pouls au chevet de Gaïa. Notre vieille Terre est fatiguée, usée jusqu’à la corde, quasiment exsangue de ses ressources, scalpée de son manteau forestier et de sa strate végétale, de plus en plus dénudée de ses sols fertiles et galvanisée, asséchée, désertifiée. Si une partie des 7 milliards d’humains parvient encore à y vivre, à en vivre, c’est au nom d’un avenir chaque fois davantage hypothéqué et grâce à des techniques de plus en plus performantes mais destructives. Nous avons le génie de la destruction. Il n’est que de voir les engins de plus en plus monstrueux qui fouillent les entrailles de Gaïa, qui labourent en profondeur, qui forent tout et partout à la recherche forcenée de ce qu’on peut extraire, qui décapitent des forêts primaires en un temps record, qui ravagent en deux temps trois mouvements ce que la genèse avait mis des millions d’années à concocter. Nous ne savons pas utiliser parcimonieusement, nous nous acharnons à miner. Parce que l’envie de lucre nous rend impatients, parce que nous sommes capricieux, parce que nous sommes trop nombreux à vivre trop longtemps. Notre vie est la seule vie qui n’ait biologiquement plus aucune raison d’être. Nous ne nous inscrivons dans une chaîne alimentaire, nous nous sommes exclus des interdépendances, nous ne faisons que nous imposer irrespectueusement, comme des hussards, selon une morale dénaturée, nous ne savons qu’extraire et nous approprier sans rendre la monnaie. Tout cela est évidemment contre-productif. Dans un semblant de bonne conscience, nous croyons parfois régénérer, reboiser, recharger, mais c’est pure illusion, nous ne réparons rien. Ce qui est pris ou saccagé est définitivement pris ou saccagé. Le comble, c’est que nous en soyons impérieusement fiers !

Revisiter l’histoire de nos civilisations, et tout spécialement d’époque récente avec sa soi-disant nouvelle conscience écologique et la panoplie de mesures qui vont avec, ne permet nullement d’être rassuré quant à une gouvernance qui tiendrait compte des limites de la Terre-patrie. Existe-t-il d’ailleurs et dans une quelconque nation un seul gouvernement comportant un ministère du Futur ? Les ministères qui, depuis assez récemment, se dédient à l’écologie sont tous des entités utilitaires chargées de l’environnement humain (notre décorum…), de l’énergie, des transports, mais nullement des droits de la planète. Et si un avenir à court terme peut être évidemment garanti par tout l’arsenal ministériel habituel (finances, économie, agriculture, pêche, commerce, armée, affaires étrangères…), ces disciplines d’ordres anthropocentriste et nationaliste, ne visent en rien à sauvegarder le patrimoine terrien d’après-demain. Aucun gouvernement ne prétend se soucier de savoir si Homo sapiens a, ou non, un avenir sur cette planète Terre. Cette question aurait pu paraître saugrenue jusqu’au XIXe siècle où tout nous semblait prolixe et providentiel, où nous n’étions qu’un modeste milliard dans un monde encore vaste et aux horizons infinis, où nous avions une vision inépuisable des ressources naturelles des mers, du sol et du sous-sol, où nous n’avions pas touché au pétrole, où l’agriculture se faisait sur un mode séculaire, où la pollution industrielle n’annonçait qu’à peine sa couleur noire de suie, où le changement climatique relevait de la fiction. Nous n’étions pas encore équipés pour détruire efficacement et faire table rase. Aujourd’hui que les filets de pêche sont de plus en plus performants et de moins en moins garnis, que des centaines de millions de réfugiés climatiques prennent le chemin d’un impossible exil, comment peut-on attendre d’un pays aussi lourdement concerné que le nôtre, une réponse de ministres improvisés dans la ligne de figurants aussi frivoles que ceux mis en place ? Face à des problématiques d’envergure, ça fait plutôt potiche. En agitant aussi honteusement et naïvement le hochet écologique, les responsables affichent un cynisme qui masque mal leur incompétence, leur inconscience et leur malhonnêteté.

Avez-vous vu quelque chose de nouveau poindre à l’horizon, avez-vous constaté un changement dans votre vie quotidienne, une moindre contrainte imposée à la société suite aux avènements des grands-messes mondiales orchestrées par un battage médiatique à nul autre pareil que furent les Sommets de la Terre (Stockholm, Nairobi, Rio, Johannesburg) ou les Conférences climatiques autour du GIEC (Kyoto, Poznan, Copenhague, Mexico) ? Que des ultimatums annoncés et dont la conclusion fut chaque fois qu’il est urgent d’attendre ! À part un crédit fiscal sur une isolation et une chaudière à condensation, votre vie a-t-elle changé suite aux bricolages de la série des pathétiques Grenelle élyséens de l’environnement ? Les figures locales, nationales ou mondiales de protection que sont les parcs et les réserves, y compris celles très aléatoires de la biosphère, ont-elles ralenti le processus de déclin de la biodiversité végétale et animale, ont-elles enrayé la sixième phase d’extinction massive des espèces dont nous sommes les contributeurs insolents ? Où sont les paysages d’autrefois, et même les neiges d’antan ? Les grands lacs s’évaporent, les grands glaciers fondent.

Même les partis politiques écologistes doivent renoncer à trop d’écologie pour tenter de se faire élire, ce qui est un comble et la preuve formelle d’un désintéressement majoritaire pour la seule et unique cause cardinale qui soit !

Pourtant, quand les maîtres du monde veulent faire dans l’écologie urgentiste et jouer les survivalistes, ils y mettent le prix. Sur l’île du Spitzberg, dans l’archipel du Svalbard, à 1 000 kilomètres du pôle Nord, un coffre-fort abrite plus de 600 000 variétés de graines et de semences. À terme, 4,5 millions d’échantillons pourraient être entreposés dans cette arche de Noé du troisième millénaire, vrai méga grenier de nos agro et écosystèmes en silos bunkérisés. Sans compter les graines sauvages, on évalue à 1,5 million les variétés différentes de graines de culture agricole existant de par le monde. Les premières semences sont parties du port de Lagos (Nigeria) : 7 000 variétés de niébé, maïs, soja et pois de terre, soit 330 kilos répartis dans 21 caisses, qui sont les premières stockées dans le blockhaus au jour de l’inauguration du 26 février 2008. Le Svalbard Global Seed Vault (littéralement Chambre forte mondiale de graines du Svalbard), est financé par diverses fondations dont celles de Bill et Melinda Gates, de Rockefeller et du semencier transnational Syngenta. Divers pays capitalistes ont complété la mise. Cette parodie du hamster, revue et corrigée à hauteur d’une pharaonique bunkérisation humaine, est constituée en l’hypothèse tangible d’une crise alimentaire. Le projet date déjà de 1980 et la FAO l’intégra en 2001 dans le cadre du traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture. Cette formidable banque mondiale de graines congelées transmettra-t-elle la diversité agricole aux survivants élus des décennies à venir ? Faudrait-il encore qu’ils disposent de terres fertiles et du savoir-faire paysan ! Sous couvert de parer à une crise mondiale, une telle initiative est honteusement élitiste et à l’usage des seuls futurs rescapés les plus riches et qui, dès maintenant, rêvent idéalement de reconstruire un monde au-delà d’un effondrement dont ils auront été les premiers artisans. Les maîtres du monde intentent ainsi une vraie conspiration alimentaire projetée dans un futur proche. Si du bon peuple émergent des miraculés de l’an 2100, ils n’auront même pas droit à de mauvaises graines ensilées par Monsanto. 1 milliard de personnes souffrent de sous-nutrition dans le monde à cause de la spéculation sur les aliments de première nécessité. Combien demain ? Pendant ce temps, l’oligarchie prévoyante verrouille ses réserves alimentaires.

L’homme n’est pas l’avenir de la planète

« Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui. »
Claude Lévi-Strauss

La déclinologie ordinaire n’est pas qu’un état d’esprit, elle s’inspire de la lisibilité des désastres d’un système agissant tel un laminoir de la biodiversité et des ressources dont les effets érosifs ne peuvent qu’engendrer, et engendrent déjà, une décadence planétaire incontournable. Le Terrien occidental, en état d’euphorie temporaire puisque profiteur égoïste et écervelé du magot, n’a généralement aucune idée de la planche savonneuse sur laquelle glisse l’humanité.

Ombre, éclipse ou crépuscule, que prédire quand on s’approche du bord du gouffre ? Certains proposent des solutions, mais seront-elles, et pour combien de temps, à la hauteur de la population planétaire ? Serons-nous la première espèce à disparaître, comme le prédisent les scientifiques, ou au contraire la dernière à survivre comme l’entendent les économistes ? Pourrons-nous nous dispenser de toute forme de Nature autre que « la nôtre » ? Combien de temps l’agriculture hors-sol, si dangereuse en son état embryonnaire actuel, pourra-t-elle nourrir et pourrir la planète avant d’engendrer un coma dépassé ? Une Terre abiotique et peuplée d’OGM sera-t-elle vivable ? Pourra-t-on dessaler suffisamment d’eau de mer quand nos sols seront croûtés, et l’acheminer sans encombre au plus loin des littoraux ? Supporterons-nous des millions de centrales nucléaires ? Roulerons-nous à l’huile d’algues, puisque rouler est devenu aussi primordial que respirer ou manger ? Comment se fera le partage d’un désert planétaire et qu’en ferons-nous économiquement ?…

La désertification touche les vies de plus de 250 millions de personnes et menace 1,2 milliard d’individus dans 110 pays. On estime que 60 millions de ceux qui se trouvent confrontés à ce problème en Afrique subsaharienne émigreront vers l’Afrique du Nord et l’Europe, rien que d’ici 2020.

Michel Tarrier

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183 – Meadows: les limites de la croissance – 2002

31 mai 2011

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Trente ans de perdus !

Suite de http://www.societal.org/docs/cdr1.htm

ANALYSE SUCCINCTE DU RAPPORT MEADOWS

( MISE A JOUR – 2002)

"En conséquence nous sommes plus pessimistes concernant le futur que nous l’étions en 1972"

(dans la préface de l’auteur)

(extrait du premier article)

Croissance de la population mondiale.

Il y a 12 000 ans nous étions 5 millions sur Terre,  à l’époque du Christ 150 à 250 millions, 300 millions en 1350, 600 millions en 1700, 1 milliard vers 1830, 2 milliards en 1940, 4 milliards en 1975, 6.1 milliards en 2000, 6.5 milliards en 2004, il y en aura 8 milliards en 2020 et 9 milliards en 2050.

En profitant de son bien être, l’homme moderne a proliféré et sa population n’a cessé de croître au détriment des autres espèces. La croissance de la population est une courbe exponentielle.

(pop)

Les boucles positives du système global conduisent à la croissance exponentielle de toutes les grandeurs mises en jeu, mais les trois boucles négatives (famine, pollution, épuisement des ressources) contribueront de toute façon à l’arrêt de la croissance exponentielle suivi d’un "effondrement"… car nous sommes sur une planète "finie"!

" L’ effondrement " n’est pas nécessairement la fin de l’humanité, mais se traduira par la diminution brutale de la population et la dégradation des conditions de vie des survivants (baisse importante du produit industriel par tête, du quota alimentaire par tête, etc) jusqu’à de nouveaux équilibres.

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Pour introduire cet article je vous propose une bonne présentation de ce livre par Luc Sema,

( paru le 20 septembre 2007 sur http://developpementdurable.revues.org/document4422.html )

1- Lors de sa parution en 1972, le rapport du Club de Rome (dit Rapport Meadows et intitulé Limits to Growth ou Halte à la croissance ?) avait connu un certain retentissement. En 1992, il avait fait l’objet d’une première mise à jour, intitulée Beyond the Limits. Enfin, en 2004 paraissait une seconde mise à jour qui, jusqu’ici, n’a pas été traduite en français : Limits to Growth. The 30-Year Update.

 

1 – Les auteurs ont jugé cette mise à jour nécessaire pour deux raisons : d’une part, pour faire le point sur les scénarios élaborés en 1972 et sur leur degré de conformité à la réalité, et d’autre part pour souligner la gravité de la situation actuelle.

2 – Selon les auteurs, la réalité est relativement conforme aux prévisions de 1972 : en effet, dans les différents scénarios alors élaborés, la croissance était assurée au moins jusqu’en 2015, et c’est seulement ensuite que devait advenir une rupture. Celle-ci prendrait la forme soit d’un effondrement, soit d’une adaptation de l’humanité à la contrainte environnementale, c’est-à-dire d’un apprentissage progressif du respect des limites de la planète.

3 – C’est justement parce que leurs prévisions semblent se concrétiser que les auteurs ont ressenti le besoin de souligner la gravité de la situation. Car selon eux, depuis le début des années 1990, nous sommes déjà au-delà des limites environnementales, ce qui signifie que notre civilisation n’est pas durable et que nous courrons à la catastrophe. Or, pour éviter que cette catastrophe ne devienne réalité, il faut du temps : nous disposions de 50 ans en 1972. Il ne nous en reste plus que 10 ou 15, ce qui est dérisoire si l’on considère la lenteur et l’inertie des logiques économiques et sociales.

4 – Au cœur de cet ouvrage se trouve le concept d’overshoot, que certains auteurs traduisent par « dépassement » ou « surchauffe », et qui signifie que nous sommes déjà au-delà des limites de la planète. Le premier chapitre du livre s’ouvre sur cette définition : « to overshoot, cela signifie aller trop loin, aller au-delà des limites, par accident et sans en avoir l’intention » (p. 1). L’overshoot vient toujours de la combinaison de trois facteurs : « (1) un changement rapide, (2) des limites à ce changement, et (3) des erreurs ou des délais dans la perception de ces limites et dans le contrôle de ce changement » (p. 5).

5 – En 1992, le fait que nous soyons déjà en overshoot était surtout une intuition. Mais en 2004, les auteurs s’appuient largement sur la notion d’empreinte écologique et saluent le travail de Mathis Wackernagel dans la création de cet indicateur. En s’appuyant sur des données chiffrées, ils estiment que notre empreinte écologique a dépassé la « capacité de portage » de la planète dans les années 1980, et qu’elle n’a jamais cessé d’augmenter depuis lors. Il est donc urgent de trouver une stratégie de sortie de crise afin que cet overshoot ne devienne pas effondrement.

6 – En partant de ce constat, les auteurs analysent les différentes dimensions de cet overshoot (chapitres 2 et 3) et dressent onze scénarios d’effondrement ou d’adaptation qui pourraient mettre fin à cette situation insoutenable (chapitres 4 à 8 ) : on y retrouve des scénarios d’épuisement des ressources fossiles, d’élévation du niveau de pollution, d’érosion des sols, d’innovations technologiques majeures, d’intervention politique déterminée… Aucun de ces scénarios n’a valeur de prophétie, mais tous doivent être considérés comme des avertissements : « L’éventail des futurs possibles recouvre une grande variété de chemins. Il y aura peut-être un effondrement brutal ; il est aussi possible qu’il y ait une transition en douceur vers la soutenabilité. Mais les futurs possibles n’incluent pas une croissance infinie des flux matériels. Ça n’est pas une option dans une planète finie. » (p. 13)

7 – Il faut également souligner l’optimisme (relatif) du cinquième chapitre, intitulé « Back from beyond the limits », qui raconte le succès de la lutte contre les CFC responsables du trou dans la couche d’ozone : si les signaux d’alarme sont pris au sérieux et si l’action politique est suffisamment déterminée pour réorienter le marché et l’innovation technique, alors l’humanité est capable de mettre un terme à l’érosion de son environnement en inventant des activités respectueuses des limites environnementales.

8 – En définitive, cette mise à jour du rapport Meadows a les mêmes défauts que les versions précédentes : il s’agit d’une approche globale, qui considère la planète comme un tout indivisible, sans s’attarder sur les différences entre les territoires ou sur les inégalités entre les populations. De plus, l’élaboration de scénarios à long terme pour l’ensemble de la planète est un exercice difficile. Cependant, la mise à jour des données et l’intégration de la notion d’empreinte écologique enrichit considérablement la réflexion et fournit de bonnes bases pour la fixation d’objectifs globaux et locaux de soutenabilité.

9 – L’absence de traduction de ce livre est un symptôme de la difficulté de la société française à s’emparer du thème des limites de la planète et de leur rôle dans la définition d’un développement durable. Les auteurs estiment que 10 à 20 ans seront encore nécessaires pour que ce thème devienne consensuel et débouche sur des politiques globales et locales. D’ici-là, ils préparent une troisième mise à jour de leur rapport, prévue pour 2012.

Luc Sema

Il est évidemment impossible de résumer un livre de 300 pages comportant de très nombreux graphiques, en une seule page web. En attendant que ce livre soit traduit, j’ai tenté ci dessous de montrer les grandes lignes des hypothèses de Meadows et son équipe, qui se sont appuyé sur un logiciel (et un modèle) beaucoup plus perfectionné (world3), dans lequel ils ont pu intégrer beaucoup plus de données, que celui qu’ils avaient utilisé en 1970.

Tout commence ici, par l’évolution prévisible de la population terrestre dont les individus, et c’est bien naturel, souhaitent voir augmenter leur part de consommation, de confort, et d’accès aux ressources (en 1970, lorsque Meadows a écrit son premier rapport paru en 1972, nous étions 3,7 milliards sur Terre…)

Voici quelques unes des données incluses dans le modèle "world3" utilisé par Meadows et son équipe pour la fabrication des différents scénarios

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182 – population et terres arables

29 mai 2011

Jetez un coup d’œil aux deux graphiques ci-dessous.

 

La population mondiale explose… tandis que la surface de terres arables recule.

Troisième graphique de la croissance de la production agricole par tête:


Croissance de la population, diminution des terres agricoles, et une production qui ne suit pas.

Au cours des deux dernières décennies, la production agricole mondiale a augmenté d’à peine 12% — soit un taux de croissance annualisé de 0,56% par an.
Pour nourrir neuf milliards de personnes la production devrait grimper de 70% sur les 30 prochaines années, soit un taux annualisé de 1,6% alors qu’elle n’a augmenté que de 0,56% par an depuis 20 ans

(extraits de "La chronique Agora")
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121 – A-J Holbecq: populations soutenables

21 août 2010

Parce qu’il y a un lien tout à fait évident avec l’économie…

A partir d’aujourd’hui, le monde vit à crédit

Comment sensibiliser le public aux enjeux environnementaux cruciaux sans passer pour l’éternel rabat-joie de service ? C’est la question que se posent quotidiennement les écologistes. L’une des solutions : simplifier la complexité des problèmes en diffusant un message de communication global et percutant.

C’est le but du “Jour du dépassement” (Earth Overshoot Day), qui tombe cette année ce samedi 21 août. Calculé tous les ans par l’ONG Global Footprint Network, il a pour but de déterminer le moment où l’humanité vit à crédit, après avoir consommé la quantité de ressources naturelles que la nature peut produire en une année.

“Il aura fallu moins de neuf mois pour épuiser le budget écologique de l’année 2010. Si vous dépensez votre budget annuel en neuf mois, vous allez probablement être extrêmement inquiet : la situation n’est pas moins grave quand il s’agit de notre budget écologique”, alerte  le président de l’ONG, Mathis Wackernagel. Pour inverser la tendance, il n’y a qu’une solution, selon l’écologiste : “Arriver à ce que la population mondiale commence à décroître. Les gens pensent que ce serait terrible. Pour nous ce serait en fait un avantage économique. C’est un choix mais on n’en veut pas encore.”

En 1960, la planète consommait seulement la moitié de ses ressources. A partir de 1987 – date à laquelle a été publié le rapport Brundtland sur le développement durable – le rapport entre la consommation mondiale et la biocapacité s’est inversé et ne cesse de se réduire depuis. Les hommes consomment aujourd’hui 50 % de ressources naturelles de plus qu’il y a trente ans, avec environ 60 milliards de tonnes de matières premières par an, d’après un rapport des Amis de la Terre.

En 2009, le Jour du dépassement avait été fixé au 25 septembre, soit un mois plus tard que cette année. Mais on ne peut pour autant pas en conclure que notre consommation a à ce point augmenté en un an, a expliqué Mathis Wackernagel. “C’est juste que cette année, on a révisé toutes nos données et on s’est rendu compte que jusqu’ici, on avait surestimé la productivité des forêts et des pâturages : en clair, on avait exagéré la capacité de la Terre à se régénérer et à absorber nos excès.”

Si ce message se révèle plutôt efficace, il pose toutefois la question de la méthode de calcul pour parvenir à un jour si précis, en englobant des problèmes aussi divers que la destruction des forêts primaires, la fonte des glaciers ou le déclin de la biodiversité. La solution, selon l’ONG, réside dans la notion d’“hectare global”. Cette unité, qui sert aussi de base à la définition d’empreinte écologique, représente la biocapacité d’un hectare moyen, à savoir un hectare avec une capacité de production de ressources et d’absorption de déchets correspondant à la moyenne mondiale.

Comme elle l’explique, l’ONG utilise plus de 5 400 données de 200 pays, mises à jour chaque année et provenant d’organismes internationaux reconnus (FAO, division des statistiques de l’Onu, GIEC ou encore Agence internationale de l’énergie).

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