236 – Schacht 1

7 avril 2012

Extrait de : « Une approche stock-flux de la création monétaire »

Jacques Mazier et Dominique Plihon

(Économistes atterrés)
Document complet téléchargeable 

Une expérience historique à méditer : le financement du programme de relance allemand en 1933-1934

Cette expérience est de sinistre mémoire car elle a permis le réarmement du régime nazi mais le montage financier mis en place par le Dr Schacht, bien décrit par l’économiste polonais Kalecki, est resté célèbre. La forte relance de la croissance en Allemagne a, pour une large part, reposé sur un vaste programme d’investissements publics (dépenses d’armement en particulier) financé d’une manière originale. L’Etat a émis des bons d’offre de travail (« Work Supply Bills » WSB) avec lesquels il a payé les entreprises fournisseurs. Les entreprises ont accepté ce mode de paiement particulier car elles pouvaient escompter ces bons WSB auprès des banques.

Le tableau 6 décompose le mécanisme.

Dans une première étape, l’Etat émet les bons WSB et finance l’accroissement δ d’investissements publics pIG en s’endettant auprès des entreprises qui leur font crédit de ΔWSB (+δ). Elles accroissent leur production pY de δ et versent des salaires W (en hausse de δ’). Mais elles ne peuvent financer ces salaires (et dégager des profits Aut en hausse de δ’’) que parce qu’elles escomptent dans une deuxième étape leurs bons WSB auprès des banques qui leur font un crédit ΔLE pour un montant équivalent (δ). Ce crédit aux entreprises par escompte compense le crédit effectué par celles-ci au gouvernement. Dans une troisième étape, les banques se refinancent auprès de la banque centrale en réescomptant les bons WSB. Les deux écritures de WSB des étapes 2 et 3 à l’actif et au passif des banques se compensent. In fine c’est la banque centrale qui porte le financement de l’Etat puisqu’après compensation, WSB se retrouve au passif de l’Etat et à l’actif de la banque centrale (en variation dans les tableaux ci-dessous).

Il y a eu, d’une part, à l’étape 2 création de monnaie scripturale lorsque les banques ont fait crédit aux entreprises et, d’autre part, création de monnaie banque centrale à travers le refinancement à l’étape 3. Le mécanisme basé sur l’émission par l’Etat de ces bons d’offre de travail (WSB) a été d’une grande efficacité car il reposait sur des investissements publics et la fabrication en grande série de biens d’un type particulier (de l’armement mais pas uniquement) que l’appareil productif allemand pouvait produire.

La reprise de l’activité économique s’est cependant heurtée à des contraintes bien analysées par Kalecki, liées notamment à la hausse des importations de matières premières et aux difficultés de financement en raison de la baisse des exportations allemandes dans une Europe en crise. Cette reprise ne s’est pas appuyée par ailleurs sur une hausse importante de la consommation des ménages. L’emploi a progressé, le chômage fortement baissé, mais les revenus réels par tête ont stagné et les profits explosé.

Il n’en demeure pas moins qu’en 1938 l’Allemagne, pourtant pays au départ le plus touché par la crise avec les Etats-Unis, était le seul à être vraiment sorti de la crise. Constat nauséabond, mais bien réel.

A partir d’une base 100 en 1929, la production en 1938 était de 130 en Allemagne, 104 aux USA, 117 au Royaume-Uni et 93 en France (d’autres facteurs sont évidemment à prendre en compte, notamment la politique de change, désastreuse dans le cas de la France).

(lien sur une image agrandie)


132 – La théorie quantitative de la monnaie

26 octobre 2010

Extraits wikipédia

La théorie quantitative de la monnaie est une théorie économique fondée sur la relation de causalité entre la quantité de monnaie en circulation et le niveau général des prix. Cette théorie a été développée par différents auteurs dans différents pays. Les théories monétaires s’opposent sur le rôle de la monnaie dans l’économie. Les classiques et néoclassiques considèrent que la monnaie est neutre, les keynésiens affirment que la monnaie est active et qu’elle peut être utilisée pour améliorer les performances économiques, et les monétaristes pensent que la monnaie est active, mais que son utilisation est surtout nocive à l’économie.

MV = PT

Selon les monétaristes, la vitesse de circulation de la monnaie (V) est constante. De même pour le niveau de production (T) qui est supposé constant du fait de la situation de plein-emploi des facteurs de production dans l’économie. Selon ces deux hypothèses, toute augmentation de la quantité de monnaie (M) entraîne une augmentation des prix (P). Cela amène les monétaristes à penser que l’inflation n’est qu’un phénomène purement monétaire. S’il y a de l’inflation dans une économie, elle ne peut être due qu’à une création monétaire excessive par rapport au niveau de production du pays. La monnaie ne serait qu’un voile, c’est-à-dire que la sphère réelle de l’économie serait séparée de la sphère monétaire. La monnaie n’aurait aucun effet sur le niveau de production d’une économie (dichotomie classique).

Extraits du livre de Dominique Plihon « La monnaie et ses mécanismes »

La théorie quantitative de la monnaie (TQM) explique la hausse des prix par une émission excessive de monnaie par rapport à la production.

Soit M la masse monétaire, P les prix, T les quantités échangées pendant l’année et V la vitesse de circulation de la monnaie (nombre de paiements que chaque unité monétaire effectue en moyenne pendant l’année).

L’équation des échanges MV = PT, énoncée par l’économiste américain Fisher (1867-1947), est une évidence comptable : par définition, la valeur des transactions (c’est-à-dire les prix P multipliés par les quantités T, autrement dit une grandeur qui évolue comme la valeur de la production) est égale à la quantité d’unités monétaires (M, la masse monétaire) multipliée par le nombre moyen de paiements effectués par chaque unité.

La théorie quantitative soutient que :

-  T est exogène (T ne peut atteindre qu’un seul niveau parce que les « lois du marché » sont censées garantir le plein emploi des ressources, notamment du travail) ;

-  V est exogène (dépend des habitudes et des institutions) ;

- dans ces conditions, le niveau de M détermine le niveau des prix P et, si M augmente (par exemple, par suite de la création monétaire des banques), P augmente dans les mêmes proportions.

En conséquence, le niveau général des prix dépend directement et uniquement de la masse monétaire. Pour contrôler l’inflation, il suffit que la banque centrale contrôle l’évolution de la masse monétaire.

Selon la théorie quantitative, la monnaie est neutre : elle n’agit pas sur le niveau de la production et des échanges. Cette théorie correspond à une conception dichotomique de l’économie (séparation des phénomènes réels et des phénomènes monétaires).

Mais en fait la monnaie n’est pas neutre

On peut représenter la circulation de la monnaie dans l’économie par un schéma, comprenant trois pôles (les trois agents principaux : banques, entreprises, ménages) et six flux décrivant les opérations économiques de base qui se déroulent en deux périodes :

- première période (flèches rouges) : les entreprises cherchent à produire ; pour atteindre cet objectif, elles doivent résoudre un problème lié à un décalage inévitable entre leurs dépenses et leurs recettes : il leur faut obtenir des ressources pour engager la production (embaucher des travailleurs) avant de disposer des recettes liées à la vente de leur produit. Le rôle des banques est de prêter (1) aux entreprises pour leur permettre de combler ce décalage entre recettes et dépenses ; puis les entreprises vont payer les salaires (2) aux travailleurs ; enfin, ces derniers laissent leurs revenus en dépôt auprès des banques (3);

- deuxième période (flèches bleues) : les ménages utilisent leurs dépôts bancaires comme moyens de paiement (4) pour acheter des biens de consommation auprès des entreprises (5) ; ces dernières utilisent ces ressources pour rembourser leurs emprunts (6) auprès des banques.

Le circuit monétaire est bien bouclé : la création monétaire initiale, nécessaire pour amorcer le démarrage du circuit économique par la production des entreprises, se traduit in fine par une destruction de la monnaie créée au départ.

Plusieurs conclusions se dégagent de cette analyse en termes de circulation de la monnaie:

- Les banques ont une double fonction essentielle dans l’économie : d’une part, elles financent les agents économiques, et d’autre part, elles gèrent les moyens de paiement. Ces deux fonctions sont simultanées et indissociables, comme l’illustre le célèbre adage selon lequel «les crédits font les dépôts».

- Lorsqu’une banque accorde un crédit à une entreprise, cette opération se traduit immédiatement par deux écritures au bilan de la banque : le prêt accordé apparaît à l’actif, et le montant des liquidités ainsi créées figure au passif de la banque car elles constituent un dépôt dans cette banque sur le compte de l’entreprise emprunteuse ;

- La création monétaire est le privilège des banques : celles-ci créent de la monnaie en «monétisant» leurs créances et en émettant des dettes qui ont la particularité d’être acceptées comme moyens de paiement. La plupart du temps, les créances bancaires correspondent à des crédits : il s’agit de la monnaie de crédit, créée ex nihilo par les banques à l’occasion de leurs prêts.

- La monétisation de leurs créances par les banques ne se limite pas aux crédits bancaires, mais peut également concerner des créances détenues par les banques sous forme de titres financiers (actions, obligations). L’évolution de la masse monétaire résulte du décalage entre la création et la destruction de monnaie lié aux opérations de prêt et de remboursement (de même que la population évolue en fonction de la différence entre naissances et décès).

- Dans une économie en croissance, dépenses et recettes des agents économiques progressent ainsi que leurs besoins de financement, ce qui amène une augmentation de la monnaie de crédit, les nouveaux crédits étant supérieurs aux anciens crédits venant à échéance ;

- La création et la circulation monétaire sont directement liées au fonctionnement de l’économie : elles sont endogènes l’économie. Il y a, en particulier, un lien direct entre l’offre de monnaie des banques et les besoins de financement du secteur productif (les entreprises). La création monétaire est déterminée par le niveau de l’activité économique. Par leurs prêts, les banques permettent aux entreprises d’anticiper sur leurs revenus à venir. Elles partagent de ce fait les risques pris par les entreprises et qui sont liés à l’incertitude du futur. Les banques et la création monétaire jouent donc un rôle actif dans le développement de l’activité économique : la monnaie n’est pas neutre.

Cette conception de la monnaie et de son rôle dans l’économie est à l’opposé de celle défendue par la théorie quantitative de la monnaie

 

Comme l’écrit Jean Bayard

Mais, enfin, où est l’inflation aujourd’hui dans nos pays dits “civilisés” ? Les banques centrales n’ont jamais déversé autant de monnaie, fabriqué ex-nihilo, pour une inflation et des taux d’intérêt voisins de zéro. Elles ne maîtrisent rien du tout, cela devrait se voir tellement ça crève les yeux. Mais, elles font semblant et ça marche.

Qu’il soit le fait de causes naturelles ou artificielles : tout déséquilibre macroéconomique pouvant exister entre l’offre et la demande est la seule cause d’inflation des prix par l’inflation monétaire.

Par déséquilibre entre l’offre et la demande, il faut entendre déséquilibre entre les moyens de production de l’offre et les moyens financiers de la demande.

En fait, la masse monétaire n’a aucune incidence sur les prix dès lors que l’offre et la demande sont équilibrées, c’est-à-dire quand l’offre fournit la demande. Ce qui est le cas dans nos pays industrialisés où la structure et l’outil de production sont généralement bien adaptés à la demande courante et où l’ajustement entre les quantités demandées et les quantités offertes est rapide sinon quasi-instantané (produits agricoles et matières premières exceptés), en raison de l’existence même de puissants moyens de production et d’habitudes de consommation bien connues et maîtrisées.

Et puis, de quelle masse monétaire s’agit-il ? Là, règne la plus grande incertitude. On sait ce que vaut l’agrégat M3 en tant qu’indicateur, servant de référence et de base à l’objectif chiffré de l’inflation et de la croissance, alors qu’il n’existe aucune corrélation entre eux.

La structure et l’outil de production sont généralement bien adaptés à la demande courante. Les systèmes modernes de perception du marché (études de marché, enquêtes de comportement, etc..) n’y sont pas étrangers.

C’est la rareté d’un produit qui fait son prix. La théorie semble l’oublier.

Dans nos sociétés modernes, la véritable cause de la hausse des prix se trouve plus simplement dans l’attitude des entrepreneurs n’hésitant pas à modifier, qui les tarifs, qui les pancartes, qui les étiquettes pour faire leur profit et améliorer leur pouvoir d’achat. Il s’agit-là pour eux de l’une des deux voies qui conduisent au profit, sans doute la plus directe, la seconde étant la réduction des coûts.

Quel que soit l’environnement économique, que l’offre et la demande soient ou non équilibrées, le comportement de l’entrepreneur est la seule cause d’inflation des prix, en l’absence d’inflation monétaire. Et dans nos pays industrialisés, il y a bien longtemps qu’il n’y a plus d’inflation monétaire. Voilà résumé tout ce que la théorie monétariste de l’inflation est incapable de traduire parce qu’elle ne prend pas en compte la réalité.

Il s’est trouvé par le passé et il se trouve encore des situations économiques critiques dans lesquelles l’émission inconsidérée de signes monétaires produit, à coup sûr, la hausse des prix. Ce n’est pas une raison suffisante pour en faire une règle absolue.

 


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