236 – Schacht 1

7 avril 2012

Extrait de : « Une approche stock-flux de la création monétaire »

Jacques Mazier et Dominique Plihon

(Économistes atterrés)
Document complet téléchargeable 

Une expérience historique à méditer : le financement du programme de relance allemand en 1933-1934

Cette expérience est de sinistre mémoire car elle a permis le réarmement du régime nazi mais le montage financier mis en place par le Dr Schacht, bien décrit par l’économiste polonais Kalecki, est resté célèbre. La forte relance de la croissance en Allemagne a, pour une large part, reposé sur un vaste programme d’investissements publics (dépenses d’armement en particulier) financé d’une manière originale. L’Etat a émis des bons d’offre de travail (« Work Supply Bills » WSB) avec lesquels il a payé les entreprises fournisseurs. Les entreprises ont accepté ce mode de paiement particulier car elles pouvaient escompter ces bons WSB auprès des banques.

Le tableau 6 décompose le mécanisme.

Dans une première étape, l’Etat émet les bons WSB et finance l’accroissement δ d’investissements publics pIG en s’endettant auprès des entreprises qui leur font crédit de ΔWSB (+δ). Elles accroissent leur production pY de δ et versent des salaires W (en hausse de δ’). Mais elles ne peuvent financer ces salaires (et dégager des profits Aut en hausse de δ’’) que parce qu’elles escomptent dans une deuxième étape leurs bons WSB auprès des banques qui leur font un crédit ΔLE pour un montant équivalent (δ). Ce crédit aux entreprises par escompte compense le crédit effectué par celles-ci au gouvernement. Dans une troisième étape, les banques se refinancent auprès de la banque centrale en réescomptant les bons WSB. Les deux écritures de WSB des étapes 2 et 3 à l’actif et au passif des banques se compensent. In fine c’est la banque centrale qui porte le financement de l’Etat puisqu’après compensation, WSB se retrouve au passif de l’Etat et à l’actif de la banque centrale (en variation dans les tableaux ci-dessous).

Il y a eu, d’une part, à l’étape 2 création de monnaie scripturale lorsque les banques ont fait crédit aux entreprises et, d’autre part, création de monnaie banque centrale à travers le refinancement à l’étape 3. Le mécanisme basé sur l’émission par l’Etat de ces bons d’offre de travail (WSB) a été d’une grande efficacité car il reposait sur des investissements publics et la fabrication en grande série de biens d’un type particulier (de l’armement mais pas uniquement) que l’appareil productif allemand pouvait produire.

La reprise de l’activité économique s’est cependant heurtée à des contraintes bien analysées par Kalecki, liées notamment à la hausse des importations de matières premières et aux difficultés de financement en raison de la baisse des exportations allemandes dans une Europe en crise. Cette reprise ne s’est pas appuyée par ailleurs sur une hausse importante de la consommation des ménages. L’emploi a progressé, le chômage fortement baissé, mais les revenus réels par tête ont stagné et les profits explosé.

Il n’en demeure pas moins qu’en 1938 l’Allemagne, pourtant pays au départ le plus touché par la crise avec les Etats-Unis, était le seul à être vraiment sorti de la crise. Constat nauséabond, mais bien réel.

A partir d’une base 100 en 1929, la production en 1938 était de 130 en Allemagne, 104 aux USA, 117 au Royaume-Uni et 93 en France (d’autres facteurs sont évidemment à prendre en compte, notamment la politique de change, désastreuse dans le cas de la France).

(lien sur une image agrandie)


189 – O. Berruyer: Et si on essayait plutôt la démocratie?

15 juin 2011

« La droite a gagné les élections. La gauche a gagné les élections. Quand est-ce que ce sera la France qui gagnera les élections ? » [Coluche]

Lors des dernières élections le problème posé par le manque de représentativité des institutions, participe à la survenue probable d’un nouveau 1789.

Analysons ainsi plus en détail le vote moyen des Français aux 3 dernières élections nationales (Européennes 2009, Régionales 2010, Cantonales 2011) :

On constate ainsi que sur 100 Français adultes :
• 15 ne se sont pas inscrits sur les listes électorales ;
• 37 sont allés voter ;
• 8 ont voté pour l’UMP, “LE parti majoritaire” ;
• 9 ont voté PS, “LE parti d’opposition”.

Ces résultats devraient suffire à engager une profonde réforme de nos institutions, clé de voute de la démocratie. En fait, bien au contraire, rien ne change, grâce à la magie du scrutin majoritaire, véritable “rouleau compresseur” de la volonté populaire, dont les résultats sont atterrants :

Image agrandie

Où comment les représentants de moins de 10 % des Français s’arrogent à eux-seuls la majorité…

Pire encore. On pourrait imaginer qu’avec la pléthore de députés issus de partis finalement très minoritaires, l’Assemblée pourrait être un minimum représentative. Mais là encore, le scrutin majoritaire empêche des rééquilibrages aisés. C’est vrai pour la représentativité des femmes (18 % de femmes, 58e rang mondial entre le Venezuela et le Nicaragua), des religions (1 seul député musulman, et encore c’est celui de Mayotte – alors que le niveau représentatif serait d’une quarantaine de députés), des origines (on cherche les députés d’origine africaine ou maghrébine…), des professions (aucun député ouvrier ou artisan, faible représentation du secteur privé salarié et à contrario 120 représentants des professions libérales, 100 fonctionnaires et 80 enseignants).

Le manque de représentativité par âge est aussi de plus en plus marqué, en raison du vieillissement de l’Assemblée :

On constate ainsi que l’Assemblée ne cesse de vieillir. Celle élue en 2007 est la plus vieille, les 55-64 ans étant pratiquement majoritaires. L’écart avec la population représentée est très important. Les grand perdants sont en fait les moins de 40 ans, dont la présence relève du symbolique, alors que ce sont les forces vives de la nation. Comment ensuite s’étonner que nos élus analysent la crise actuelle avec le mode d’emploi des années 1970 ?

On observe ici la progressivité du vieillissement, la génération arrivée en 1981 ayant laissé fort peu de place aux suivantes, qui resteront des générations politiques sacrifiées…

Ainsi :
• les valeurs et convictions de la vaste majorité des français ne sont pas représentées à l’Assemblée ;
• les élus ne sont même pas représentatifs de la diversité de la population ;
• la grande majorité des députés sont des cumulards (503 sur 577), qui ne consacrent qu’une partie de leur temps à l’assemblée (où leur pouvoir réel est certes notablement réduit) ;
• une partie des élus veille plus à la défense d’intérêts individuels que du bien être général de la société.

Pour le dernier point, les exemples abondent. Je n’en citerai qu’un : on se souviendra que, en pleine crise de la dette grecque, alors que les nuages s’amoncelaient quant à une rechute de l’économie liée aux mêmes phénomènes qu’en 2008 (aucune réforme sérieuse n’ayant été entreprise), la seule « révolte » des députés de la majorité actuelle contre le gouvernement en 5 ans aura été… à propos de panneaux de radars… Ainsi, nous sommes bien défendus pour entrer dans la décennie des crises économiques structurelles et des conséquences du pic pétrolier – dont François Fillon a reconnu le mois dernier qu’il avait probablement déjà été dépassé, mais rassurez-vous, les élus n’en ont fort heureusement pas tiré la moindre conséquence…

Enfin, le diagnostic ayant été posé, concluons sur une note constructive, en proposant 12 idées de réformes…

1/ Imposer le principe d’un mandat politique national unique, dont la reconduction sera limitée à une fois en tout et pour tout. Veiller à leur assiduité sous peine d’exclusion ;
Les meilleurs leaders politiques pourront ainsi rester10 ans à l’assemblée puis 10 ans au Sénat, ce qui est plus que suffisant…

2/ Mettre en place un scrutin électoral visant à permettre la juste représentation de toutes les sensibilités politiques à l’Assemblée Nationale (mais également les âges, professions…) – tout en facilitant l’organisation d’une majorité. « Une dose de proportionnelle » serait insuffisant, la proportionnelle intégrale dégagerait très difficilement une majorité vu notre éparpillement actuel. Nous proposons un scrutin de liste national (de 577 noms), à deux tours, avec prime majoritaire de 52 % des sièges à la liste fusionnée arrivée en tête du second tour (les autres se partageant les 48 % restants à la proportionnelle).
Ce mode d’élection s’inspire du mode de scrutin actuel des régionales ; il permet de bénéficier des avantages des scrutins majoritaires et proportionnels sans les inconvénients. Rappelons que le scrutin majoritaire est finalement antidémocratique, et que le scrutin proportionnel, qu’on présente souvent comme un épouvantail, fonctionne dans 25 pays de l’Union Européen sur 27… Ces arguments fallacieux visent simplement à renforcer le monopole des deux grands partis sur le pays. Soulignons enfin que nous vivons depuis 10 ans une grande instabilité gouvernementale…

3/ Expérimentation du vote de valeur, permettant de classer les candidats (et listes), plutôt que d’en choisir un seul. Cliquez ici pour une présentation.
Ceci résout le problème des seconds tours rejetés par une large majorité de français, et permet à chacun de s’exprimer sans devoir mettre en place une stratégie compliquée…

4/ Remplacement du Sénat par le Conseil Économique et Social, avec un quart des élus tirés au sort sur les listes électorales ;

5/ Création d’un statut de l’élu, permettant aux salariés du privé de s’engager, et renforcement de ses moyens (en particulier du nombre de ses collaborateurs pour un contrôle efficace).

6/ Renforcement notable des pouvoirs des parlementaires, désormais de plein exercice.

7/ Renforcement des élus régionaux (qui reprendraient le rôle local du député), après regroupement des régions (8 à 10 au total) et suppressions des conseils généraux.

8/ Introduire un fonctionnement et un contrôle démocratique des partis politiques, en particulier pour leurs élections internes.

9/ Modifier les modalités d’attribution du financement public. Elles ne doivent plus être basées sur les seules élections législatives, et encore moins sur le nombre d’élus. Prévoir :
• des sanctions financières en cas de déséquilibre flagrant de parité chez les élus, en redistribuant l’argent économisé aux partis respectant les règles ;
• des sanctions financières en cas d’abstention trop forte, ce qui motivera les partis à lutter contre elle ;
• l’attribution du financement par exemple ainsi : choix par chaque citoyen au moment de sa déclaration d’impôts, en choisissant s’il le souhaite tous les ans l’attribution par l’État d’une subvention de 5 € à un des partis ayant obtenu plus de 1% des voix aux élections ;
• l’interdiction de tout don de personnes physiques supérieur à 200 €, limité à un seul parti.

10/ Prendre correctement en compte le vote blanc. Par exemple, tirer au sort des élus sur les listes des jurés de cours d’assisse à due proportion.

11/ Mettre en place un référendum d’initiative populaire efficace. Inciter au recours régulier au référendum, en prévoyant par exemple 4 ou 5 questions à chaque fois pour dédramatiser le vote.

12/ Enfin, point très important, interdire toute forme de sondage d’opinion (ou de côte de popularité), favorisant la démagogie et participant grandement à ce que Noam Chomsky a si bien nommé « la fabrication du consentement ». Ceci va de pair avec l’organisation de l’indépendance des médias des pouvoirs politiques et économiques.

Bien entendu, tout ceci n’a rien d’un programme clés en mains, et de nombreux points pourraient être rajoutés. Vos remarques sont les bienvenues, n’hésitez pas à réagir !

Ainsi, ensemble, nous ferons peut être mentir Coluche qui disait également :

« Si les élections pouvaient changer quoi que ce soit, il y a longtemps qu’elles auraient été supprimées. » [Coluche]

*Olivier Berruyer est actuaire, et créateur du site internet www.les-crises.fr.


140 – Lettre à mon banquier

2 décembre 2010

Du site Choix-Réalité

Mais il semble que le rédacteur initial soit Morphéus, par Agoravox

Dont acte.

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Cher banquier,

Si je vous écris aujourd’hui, c’est pour vous informer que, longtemps resté dans l’ignorance des mécanismes financiers, j’ai résolu de combler cette lacune. Je ne saurais dire avec certitude quel fut le déclic qui motiva cette soudaine résolution. Fort probablement le crash de 2008, on en a beaucoup parlé aux infos, vous vous souvenez ? Pourtant, je ne sais pas pourquoi, tout ce que j’ai entendu dans les diverses émissions ou débats, tout ce que j’ai lu dans les colonnes des quotidiens, ne parvenait pas à satisfaire ma quête de compréhension de ce phénomène. Au contraire, il y avait dans ces “explications” un je ne sais quoi qui ne collait pas. Il restait un doute. Comme une écharde dans mon esprit, vous voyez ? Le doute est une incitation à la recherche, et la recherche n’est-elle pas le chemin de la vraie connaissance ?

Alors je me suis décidé à faire quelques recherches sur internet. Assez rapidement, je trouvai une piste intéressante : un film documentaire sous forme d’animation du canadien Paul Grignon et dont le titre est “L’argent dette“. André Gunthert, chercheur en histoire visuelle à l’école des hautes études en sciences sociales indique que cette vidéo est une « remarquable et très pédagogique description du système financier ». En somme, la vulgarisation qui était nécessaire à éclairer ma lanterne sur les questions que je me posais. J’ai ainsi appris que ce que je croyais jusqu’alors concernant les banques, leur rôle, leur mode de fonctionnement ainsi que la création et l’origine de la monnaie était largement faux et relevait en réalité d’un mythe trompeur.

« Un mythe est une idée qui, même si elle est communément admise, est fausse. Dans un sens plus subtil – dans un sens religieux – un mythe est une histoire qui sert à orienter et à mobiliser le peuple. L’accent n’est pas mis sur le rapport entre l’histoire et la réalité, mais sur la fonction qu’est censé exercer le mythe. Une histoire ne peut fonctionner à moins d’être supposée vraie par la communauté ou la nation. Il n’y a pas de débat possible. Si certaines personnes ont le mauvais goût de mettre en doute l’authenticité de l’histoire sacrée, les gardiens de la foi et de l’orthodoxie refuseront de discuter avec elles. Ils les accuseront de blasphème ou, au mieux, les ignoreront. » David Ray Griffin – professeur de théologie et de philosophie des religions.

La réalité, elle, était monstrueusement plus sinistre. Je croyais par exemple que la création monétaire était une prérogative des états (droit régalien), servant ainsi les citoyens pour leurs échanges. Pas du tout. Cela fait un moment déjà que ce n’est plus le cas. Les euros sont créé et géré par la BCE, qui est une banque centrale dirigée et contrôlée, non par les banques centrales des états membres de la zone euro, mais par une corporation d’organismes bancaires privés (au premier rang desquels on trouve certainement la séculaire dynastie Rothschild).

« Donnez moi le droit d’émettre et de contrôler l’argent d’une Nation, et alors peu m’importe qui fait ses lois. » Mayer A. Rothschild – fondateur des banques Rothschild.

J’ai donc découvert, à ma grande stupéfaction, que nos dirigeants nous avaient trahis ! Et je pèse mes mots : car lorsque l’on permet à un organisme privé de créer et gérer la monnaie, ensuite que l’on emprunte à cet organisme privé l’argent dont l’état a besoin avec intérêts – alors même que ces intérêts seraient nuls si l’état avait conservé sa légitime prérogative -, j’affirme haut et fort que nous avons été trahis. Jamais je n’ai donné mon autorisation à qui que ce soit pour payer des intérêts faramineux pour rien à des consortium bancaires privés. Jamais je n’ai été consulté ni même informé de cela. Il est à parier que si les citoyens en avaient été informés, ils se seraient virulemment opposé à ce putsch. Moi, en tout cas, je m’y serais opposé.

« Tant que le contrôle de l’émission des devises et des crédits ne sera pas rendu au gouvernement et reconnu comme sa responsabilité la plus évidente, toutes les paroles au sujet de la souveraineté du Parlement et de la démocratie resteront vaines et futiles. Une fois qu’une nation perd le contrôle de son crédit, peu importe qui fait les lois. L’usure en situation de contrôle détruira n’importe quelle nations. » William Lyon Mackenzie King – ancien Premier Ministre du Canada.

J’ai ensuite également découvert que les monnaies du monde entier étaient tributaires du dollar américain – celui-ci faisant office d’étalon en lieu et place de l’or -, et que ce même dollar était lui aussi entre les mains d’un organisme privé, la FED, depuis 1913. Et de plus, le dollar qui a longtemps été calibré sur la valeur de l’or (billets échangeables en or ou argent), ne l’est plus depuis les années ’70. Et donc, nos euros sont en réalité une monnaie de singe ! Plus grave encore, j’ai appris que la monnaie “réelle” (déjà devenue monnaie de singe, mais ayant encore un aspect palpable) ne représente pas même 5 % de la masse des transactions internationales, le reste étant constitué de … reconnaissances de dettes. Je commence à mieux comprendre les mécanismes ayant mené à cette crise – et à toutes les autres.

« Le gouvernement devrait créer, émettre et faire circuler toutes les devises et tous les crédits nécessaires pour couvrir les dépenses du gouvernement et des citoyens. En admettant ces principes, des sommes immenses d’intérêts seraient épargnées aux contribuables. Le privilège de créer et d’émettre de l’argent est non seulement la prérogative suprême du gouvernement, mais c’est aussi sa plus grande opportunité créative. » Abraham Lincoln – seizième Président des USA.

Puis viens la découverte de ce ” merveilleux ” – ou terrifiant (tout dépend de quel point de vue l’on observe les choses) système de réserve fractionnelle. Qu’est-ce que je vois ? Les banques ont le droit de prêter de l’argent dont elles ne disposent pas ? Et dans quelles proportions : 9 pour 1, 20 pour 1 et quelques fois jusqu’à 33 pour 1, selon le type de compte ! On en reste pantois… Comment une telle forfanterie est-elle possible ? Comment peut-elle être considérée comme légitime ? Ainsi, lorsque moi, simple particulier, je fais une demande de crédit, je dois montrer patte blanche, donner des garanties solides et mettre en gage des biens réels en ma possession (généralement immobiliers), alors que la somme qui m’est prêtée n’existe même pas, n’est pas en possession de la banque ? Mais quels pigeons nous sommes ! Que penseriez-vous, cher banquier, si la prochaine fois que je vous demandais un crédit, je vous fournissais la garantie pour le dixième du capital ? Cela ne vous semblerait-il pas plus équitable ?

« Le procédé par lequel les banques créent l’argent est tellement simple que l’esprit en est dégoûté. » John Kenneth Galbraith – conseillé économique de trois Président des USA.

Ainsi, nous mettons nos biens en hypothèque et prenons des risques considérables pouvant nous mener à la rue, et la banque, non seulement ne prend aucun risque, mais fait des bénéfices faramineux sur ce qu’elle prête sans le posséder. Incroyable escroquerie ! Franchement, fallait l’oser. Là, je dois avouer que je sens la colère monter… Et je ne suis pas au bout de mes déconvenues ! Parce que je découvre également que par le fait même de ce système, la masse d’argent pouvant être créée dépend de la masse de dettes dont les banques sont créditrices. En fait, la quantité totale de monnaie pouvant être créée n’a qu’une limite : le niveau total de la dette. Une dette sans cesse croissante, qui ne peut forcément, à terme, qu’exploser et provoquer, de façon ponctuelle et régulière, des effondrements du système.

Effondrements qui ne sont, par ailleurs, nullement dû à de quelconques “dysfonctionnements” ou “excès” du système, comme on cherche à nous le faire croire pour nous tromper : ils sont un mécanisme du système. Mécanisme qui est à chaque fois (comme c’est étrange) très profitables à quelques-uns, souvent les mêmes d’ailleurs : Rothschild, Rockefeller, J.P. Morgan, etc. Une douzaine de dynasties bancaires et quelques autres multinationales échappent systématiquement à toutes les crises, et en profitent à chaque fois pour acquérir à vil prix de nouvelles sociétés, possessions, actions et rachat d’autres banques ou industries diverses, concentrant chaque fois un peu plus de pouvoir et de fortune entre leurs seules mains. A ce stade, ce n’est plus de la colère que j’éprouve, c’est de la rage. On va sûrement me traiter de conspirationniste (très à la mode, ces derniers temps), mais n’y aurait-il pas là à tout le moins un faisceau de présomptions menant à penser que tout cela n’est pas que le fruit du hasard ? Le “hasard” n’est qu’une commodité de langage que même le physicien considère comme source d’ambiguïté (cf. Trinh Xuan Thuan in L’infini dans la paume de la main).

« Il y a deux manières de conquérir une nation ; l’une par l’épée, l’autre par la dette. » John Adams – second Président des USA.

Un étudiant a un jour formulé un concept d’économie perfectionné en matière de mathématiques. En 1979, il a fourni la preuve mathématique que toute économie alimentée par une monnaie soumise à des intérêts finit inévitablement avec une dette impossible à résorber. Un papier, un stylo et 30 secondes suffisent à le démontrer ; P/(P+I) honoreront leur contrat ; I/(P+I) seront saisis. Lorsqu’on lui a demandé quelle est la chose la plus fantastique qu’il ait rencontré au cours de ses travaux, Einstein a répondu « les intérêts composés ». Soumis à une dette perpétuelle, l’argent des intérêts n’existe tout simplement pas. On peut donc parler sans conteste de création ex-nihilo de la monnaie.

« Quiconque croit encore que la croissance exponentielle peut se poursuivre sans fin est soit un fou, soit un économiste » Kenneth Boulding – économiste.

En septembre 2008, nous assistions à un crash boursier et économique sans précédent. Dans une (feinte ?) confusion et un apparent vent de panique, les gouvernements des grandes “puissances” (USA, UE, GB, JAPON, …) en appelèrent unilatéralement, et dans un grand élan, à la collectivité pour sauver le système, l’économie et les banques. Après des décennies de profits privés, il fallait que les pertes soient collectivisées. Bien entendu, on ne demanda pas aux peuples ce qu’ils en pensaient. La perfidie ultime est que ceux qui possèdent ne fut-ce qu’un petit pécule (les petits épargnants), ont à craindre de tout perdre (et beaucoup ont en effet tout perdu en 2008). Pourquoi ? Simple : ils n’ont jamais rien possédé : leur “argent” n’était constitué que de quelques lignes comptables informatisées, et celles-ci étaient passées au rouge en même temps que celles de leur organisme bancaire. Quand un simple citoyen perd son emploi et ses revenus, et qu’en conséquence il ne peut plus honorer ses dettes, il reste responsable et débiteur à vie ; lorsque les banques jouent en bourse et perdent, elles se tournent vers les particuliers (les états – donc, en démocratie, le peuple) pour combler leurs pertes – et faire au passage de nouveaux profits juteux (cf. Eric Laurent – La face cachée des banques). Cherchez l’erreur…

« Une des plus grandes faiblesses de l’espèce humaine, c’est son incompréhension de la fonction exponentielle. » Albert A. Barlett – physicien.

 

Lorsque le Président Bill Clinton a signé en 1999 l’acte d’abrogation du Glass Steagall Act voté en 1933 en réponse au crash de 1929, il a en même temps signé l’acte fondateur de la crise de 2008. La stricte séparation entre banques de dépôts et banques d’investissement était une garantie pour éviter que ne se reproduise la tragédie de la Grande Dépression. Cependant, on sait maintenant que Clinton ne faisait qu’entériner ce qui se faisait déjà dans la plus parfaite illégalité depuis les années ’70. Qui a dit “bankster” ?

Dites-moi, cher banquier, est-ce que ma banque mélange elle aussi activités de dépôts et activités de spéculation ? Parce que si c’est le cas, alors je serais fou de continuer à vous confier le peu d’argent dont je dispose. Qui sait, au train où vont les choses aujourd’hui, ce qui nous tombera dessus demain ? Je crains fort que le premier semestre 2011 ne nous soit guère favorable – surtout pour vous, les banques : vous allez encore morfler. Vous n’êtes pas sans savoir que l’économie américaine est agonisante – en train de crever à crédit. Le dollar va se casser la gueule, c’est inéluctable, et rien ni personne ne pourra l’empêcher.

Maintenant que je sais cela, le seul choix que je puisse faire est celui de faire soit partie du problème soit partie de la solution. Lorsque l’on dispose d’informations et que l’on décide de les ignorer pour ne pas s’impliquer, notre choix ne peut avoir aucune influence car ce sont les informations elles-mêmes qui nous impliquent. Il n’est pas possible de rester neutre dans la vie : ne pas agir, tout en étant informé d’une forfaiture, c’est se rendre complice de cette forfaiture. Nous ne pouvons pas être conscients de ce qu’il se passe et rester à ne rien faire. L’ignorant peut toujours justifier son inaction en prétextant qu’il ne disposait pas des informations, mais dès que l’information lui parvient, il n’y a plus de justification, excepté le déni. Ou alors, il peut changer d’avis à la suite de ce qu’il vient d’apprendre. Mais il n’est pas possible de revenir en arrière.

Comme l’expérience de Milgram le démontre, pris dans l’engrenage d’un mécanisme systémique où les responsabilités et les connaissances sont fractionnées, il est difficile de comprendre la portée réelle de nos actes quotidiens. Mais dès que l’on a une vue d’ensemble, alors nous n’avons plus que très peu de choix : la soumission au mécanisme (état dit “agentique“) ou la rébellion, lorsque l’autorité ne nous parait plus légitime.

« Je n’ai encore jamais vu personne qui puisse justifier par la raison et la logique que le gouvernement emprunte son propre argent. Je crois que le temps viendra où les gens demanderont que cela change. Je crois que le temps viendra dans ce pays où nous seront blâmés, vous et moi et tous les autres membres du congrès pour n’avoir rien fait et pour avoir laissé se poursuivre ce système idiot. » Wright Patman – membre du Congrès des USA.

Cette autorité bancaire n’ayant objectivement aucune légitimité démocratique, vous comprendrez dès lors que je ferai tout ce qui est possible pour sortir de l’aliénation de ce système inique dont vous n’êtes, j’en ai conscience, qu’un simple rouage, sans grand pouvoir individuel. Vous aussi êtes aliéné. Nécessairement. Vous aussi avez sans doute des dettes et emprunts à rembourser. Vous aussi avez une famille à nourrir et des projets qui vous tiennent à cœur. Néanmoins, vous aussi êtes tenus en laisse par ce système. Nous le sommes tous.

« L’argent est une nouvelle forme d’esclavage, et elle ne se distingue de l’ancienne que par son caractère impersonnel – il n’y a pas de relation humaine entre le maître et l’esclave. » Léon Tolstoï – écrivain majeur de la littérature Russe.

J’ignore, puisque nous ne nous connaissons pas, si vous êtes ou non au fait de tout ceci. Je ne sais pas si vous aviez conscience de l’ampleur de cette forfaiture. Je serais curieux de le savoir. Peut-être devrions-nous nous rencontrer un de ces jours, devant un bon verre – ou même une bonne table, pourquoi pas ? Je suis sûr que nous gagnerions mutuellement à nous connaître. Ne trouvez-vous pas étrange que nous ne nous soyons jamais rencontrés, alors que vous êtes responsable de la succursale qui gère mon compte et mon argent ? Quand les chiffres, les numéros, les bilans et les traites envahissent nos vies, nous oublions l’essentiel : les rapports humains. Derrière chaque numéro de compte, il y a des hommes et des femmes. Pas des vaches à lait. Voici une bonne occasion de faire une pause et de revenir un moment à l’essentiel.

Veuillez recevoir, cher banquier, mes salutations les plus cordiales.


123 – Condition de l’homme moderne (Hannah Arendt)

23 août 2010

A la demande générale ;)

Copie d’un article Wikipédia

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Condition de l’homme moderne (titre original The Human Condition) est un ouvrage d’Hannah Arendt paru en 1958.

Hannah Arendt y étudie la vita activa (titre initialement prévu pour ce livre et qui fut ensuite choisi pour l’édition allemande) pour elle-même, indépendamment de la vita contemplativa : cela l’amène à rétablir la hiérarchie parmi les différentes activités de la vita activa, et plus précisément à réaffirmer la priorité de l’action sur le travail et l’œuvre. Cette affirmation du rôle primordial de l’action vise à redonner aux hommes le souci de laisser une trace dans le monde au-delà de leur propre mort, à sauver de l’oubli la quête de l’immortalité. Autrement dit, Hannah Arendt redonne dans ce livre tout son sens à l’action politique en s’appuyant sur une pensée conceptuelle précise de la condition humaine et en particulier de la question philosophique par excellence, le rapport à la mort.

Le livre est composé de deux parties. Une étude systématique, assise sur la distinction conceptuelle entre le domaine public et le domaine privé, permet de préciser la signification politique des trois principales activités de la vita activa, le travail, l’œuvre et l’action ; leur rôle quant à la quête d’immortalité. Puis une étude historique, assise sur la présentation les deux événements de l’époque moderne que sont le progrès scientifique et la sécularisation, qui permet de comprendre « ce que nous sommes en train de faire » à la condition humaine : la menace de l’inertie totale, de la disparition progressive de toute action, rend particulièrement important pour l’avenir de l’homme de sauver de l’oubli la quête de l’immortalité.

Prologue

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117 – A-J Holbecq: Comment les orfevres devinrent banquiers

5 août 2010

Jusqu’en 1640, à Londres et Amsterdam, les orfèvres qui gardent dans leurs coffres les objets de valeur, fournissent à leurs riches déposants un reçu détaillé nominatif : un certificat de dépôt « à vue »

Progressivement les certificats de dépôt deviennent anonymes (« au porteur ») et n’indiquent plus que la valeur en livres sterling au lieu des objets eux-mêmes.

Cet anonymat permet le remboursement par prélèvement sur l’ensemble des valeurs détenues dans les coffres, valeurs qui deviennent donc des « réserves » composées d’éléments interchangeables.

Puisque ces certificats de dépôts sont établis « au porteur » le détenteur peut alors remettre directement le certificat en paiement, au lieu d’être obligé de venir retirer les pièces ou les lingots pour payer son fournisseur.
Le nouveau détenteur pourra à son tour utiliser ce certificat en tant que moyen de paiement, ou se faire rembourser en or, argent ou monnaie locale.

Ces certificats circuleront jusqu’à l’étranger car les orfèvres ont alors établi un large réseau de correspondants de confiance.

Ceci contribue à retarder les demandes de remboursement en or ou argent.

Pour le moment, les certificats de dépôts compensent exactement le montant des valeurs retirées de la circulation: la couverture est intégrale.

La masse monétaire demeure strictement inchangée, seul l’aspect matériel des paiements est modifié et la circulation des certificats remplace en partie la circulation des métaux précieux.

Le bilan de l’orfèvre avec couverture intégrale ressemble à ceci:

Actif:
Métaux précieux en garde, de valeur: 10 000

Passif:
Certificats émis : 10 000

Mais bientôt les orfèvres constatent que le stock de métaux précieux ne descend jamais en dessous d’un certain seuil.
En effet :
1) les dépôts nouveaux tendent à équilibrer les retraits,
2) la probabilité pour que tous les certificats émis soient présentés à la fois pour être convertis est très faible.

Une couverture en métal précieux à 100 % des certificats devient inutile

Vient donc l’idée de faire fructifier cet or et cet argent qui «dorment»

Vers 1665 les orfèvres vont commencer à émettre des certificats en échange de simples reconnaissances de dette.

L’orfèvre remet donc à son client emprunteur des certificats de dépôts en tout point identiques à ceux qu’il remet aux déposants de valeurs.

Au lieu d’une couverture intégrale, l’orfèvre dispose donc maintenant d’une couverture partielle.

L’orfèvre, simple gardien des valeurs confiées par ses clients, est devenu banquier: il crée des instruments d’échanges, de la monnaie.

Le bilan de l’orfèvre devenu banquier créateur de monnaie (couverture de 33% dans cet exemple) ressemble maintenant à ceci:

Actif:
Métaux précieux en garde, de valeur: 10 000
Reconnaissances de dettes: 20 000

Passif:
Certificats émis : 30 000

Cette transformation de la profession d’orfèvre repose sur:
a) la quasi certitude de solvabilité future de l’emprunteur.
b) l’absence future de toute demande généralisée de conversion en métal.
c) un secret bien gardé

Progressivement la quantité de monnaie résulte de demandes de financement et non plus de la découverte d’or et d’argent.


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