237 – Chartalisme (extraits wikipedia)

9 avril 2012

Le chartalisme, du latin charta signifiant « papier, écrit » est une théorie monétaire dans laquelle la monnaie est un bon, un avoir, un coupon pour des taxes à payer. L’argent ainsi créé est appelé monnaie fiduciaire, sa valeur découle des taxes dont il permet de s’acquitter, puis du désir qu’ont les individus d’en épargner pour se les échanger avant même de payer de ces taxes. L’État crée la monnaie en dépensant, et détruit cette monnaie en la taxant : la fiscalité sert alors à revendiquer la monnaie et à contrôler la masse totale de monnaie en circulation. La fiscalité devient un outil monétaire essentiel au maintien de la valeur d’échange de la monnaie. Le chartalisme connait un approfondissement et un renouveau important depuis les années 1990 avec le néochartalisme

Le Chartalisme

La théorie originale fut développée par l’économiste Georg Friedrich Knapp au début du 20e siècle avec d’importantes contributions de la part du juriste Alfred Mitchell-Innes. En 1930, elle a influencé le Traité sur la monnaie de John Maynard Keynes1. Pour insister sur le fait que cette monnaie résulte d’actes souverains, cette monnaie fiduciaire est souvent renommée monnaie souveraine, Knapp donne sa définition et l’appelle monnaie valuta : c’est le moyen de paiement définitif, c’est-à-dire n’impliquant aucun paiement ultérieur, au contraire des monnaies de crédit. La portée empirique de cette théorie est très particulière : elle est universelle car il est impossible de ne pas décider en premier d’émettre cet artefact humain qu’est la monnaie, pour qu’ensuite on puisse ne dépenser que ce qu’on a acquis ; mais elle est presque aussi universellement méconnue au point que, le plus souvent, le souverain s’encombre de contraintes artificielles, comme la convertibilité en or à taux fixe, ou de l’emprunter au préalable. Ces contraintes supplémentaires n’influent pas sur les mécanismes de création et de destruction monétaire, uniquement sur les décisions de le faire. Ainsi, un souverain peut décider de cesser d’émettre de la monnaie simplement parce qu’il s’effraie de la faiblesse de la couverture en or de sa monnaie. Il peut aussi recouvrer sa pleine souveraineté simplement en refusant de promettre une quantité fixe d’or pour chaque unité monétaire, par exemple à l’occasion d’une guerre. Knapp avait prévu avec sept décennies d’avance que ce ne serait pas éternellement temporaire et réservé aux crises, mais deviendrait la règle, et il le déplorait.

Le Néochartalisme

Divers auteurs sont parvenus à leur tour jusqu’aux découvertes de Knapp, mais avec un grand enthousiasme. Warren Mosler le fit grâce à son expérience de financier américain et l’appela soft currency economics (science économique de la monnaie douce, littéralement). Le professeur australien William Mitchell le fit en recherchant les conditions du plein emploi, et l’appela Modern Monetary Theory (Théorie Monétaire Moderne, ou MMT). Larry Randall Wray le fit en redécouvrant les travaux de Knapp, via Keynes, et l’appela Neochartalism, mais reprit plus tard à son compte le terme Modern Monetary Theory avec les autres professeurs américains l’ayant rejoint. Il semble donc que l’appellation de ce jeune courant de pensée (initié dans les années 1990) formé de la fusion de ces différentes approches semblables se stabilise autour de Modern Monetary Theory. Toutefois, c’est comme neochartalism qu’il fut publicisé par The Economist, et néochartalisme est la seule traduction française connue. Les néochartalistes se sont encore nourris de précurseurs ayant fait en leur temps la redécouverte des trouvailles de Knapp, comme Abba Patchya Lerner après-guerre en poursuivant la quête de stabilité économique de Keynes, et sa finance fonctionnelle. Ce dernier était alors si hégémonique que des libéraux aussi fermement convaincu que Milton Friedman ont prôné la création monétaire souveraine pure et simple.

Transactions verticales

Sont ainsi appelées toutes les transactions impliquant l’État, c’est-à-dire principalement le Trésor, et éventuellement la Banque Centrale. Peu importe ici que l’autre partie soit nationale ou étrangère, ce qui compte c’est que l’un soit émetteur de la monnaie souveraine, alors que l’autre n’est qu’utilisateur de cette monnaie. De manière inhérente à la construction comptable, la dépense nette de l’État ajoute son montant à la trésorerie de l’utilisateur de la monnaie, et la recette nette de l’État ôte son montant à la trésorerie de l’utilisateur de la monnaie ; on dit que le déficit public est enregistré comme actif net supplémentaire pour les autres secteurs, et qu’à l’inverse, le surplus budgétaire de l’État est enregistré comme diminution des actifs nets des autres secteurs. Aussi, par définition, le revenu net de l’État, celui du secteur privé et celui de l’étranger s’annulent : (T – G) + (S – I) – BC = 0, avec T les recettes de l’État, G ses dépenses, S l’épargne privée, I l’investissement privé, et BC la balance courante donnant le revenu net dégagé par l’économie nationale sur l’étranger (il faut donc l’inverser pour avoir le revenu net de l’étranger). C’est une équation comptable, et non une équation de modélisation économique, elle est universellement vérifiée. On peut la lire ainsi : (S – I) = (G – T) + BC, c’est-à-dire que l’épargne privée nette est égale à la somme du déficit public et de la balance courante, donc que le secteur privé ne peut épargner que si un État s’autorise un déficit ou si l’étranger est lui-même en déficit.

Cette constatation va à l’encontre de l’opinion dominante affirmant que l’État doit rembourser tôt ou tard ses déficits budgétaires. Il faut un déficit pour monétariser une économie, un déficit pour financer la croissance, et encore un déficit pour financer l’épargne du secteur privé lorsqu’il souhaite rembourser ses dettes avant de croître à nouveau. Il se peut qu’il soit souhaitable, pour un néochartaliste, que le budget public fasse un surplus (l’inverse d’un déficit), mais en pratique, ce sera éphémère, de faible volume, et en aucun cas la somme de tous les surplus budgétaires n’égaliseront la somme de tous les déficits précédents. Voici le cas des États-Unis résumé par le professeur Wray :

« À une brève exception près, le gouvernement fédéral a été endetté chaque année depuis 1776. En janvier 1835, pour la première et seule fois de toute l’histoire des U.S.A., la dette publique fut éliminée, et un surplus budgétaire fut maintenu les deux années suivantes pour accumuler ce que le Secrétaire au Trésor Levi Woodbury appela « un fond pour faire face aux futurs déficits. » En 1837 l’économie s’effondra en une grande dépression qui mit le budget en déficit, et le gouvernement a toujours été endetté depuis. Depuis 1776 il y eut exactement sept périodes de surplus budgétaires substantiels avec une réduction significative de la dette. De 1817 à 1821 la dette nationale baissa de 29 % ; de 1823 à 1836 elle fut éliminée (les efforts de Jackson) ; de 1852 à 1857 elle chuta de 59 %, de 1867 à 1873 de 27 %, de 1880 à 1893 de plus de 50 %, et de 1920 à 1930 d’environ un tiers. Bien sûr, la dernière fois que nous avions un surplus budgétaire était durant les années Clinton. Je ne connais pas de ménage qui fut capable d’avoir un budget en déficit pendant approximativement 190 des 230 et quelques dernières années, et d’accumuler des dettes virtuellement sans limite depuis 1837.
Les États-Unis ont également connu six périodes de dépression. Les dépressions commencèrent en 1819, 1837, 1857, 1873, 1893, et 1929. (Ne remarquez-vous rien ? Jetez un œil aux dates listées au-dessus.) À l’exception des surplus de Clinton, chaque réduction significative de la dette en cours fut suivie d’une dépression, et chaque dépression fut précédée par une réduction de dette significative. Le surplus de Clinton fut suivi par la récession de Bush, une euphorie spéculative, et maintenant l’effondrement dans lequel nous nous trouvons. Le jury délibère encore pour savoir si nous pourrions réussir à en faire une nouvelle grande dépression. Bien qu’on ne puisse jamais éluder la possibilité d’une coïncidence, sept surplus suivis par six dépressions et demi (avec encore quelque possibilité pour en faire la parfaite septième) devrait faire hausser quelques sourcils. Et, au passage, nos moins graves récessions ont presque toujours été précédées par des réductions du budget fédéral. Je ne connais aucun cas de dépression engendrée par un surplus du budget des ménages. » Source de la traduction.

Cette histoire traverse divers systèmes monétaires (étalon or, étalon change or, monnaie souveraine) et on peut y constater le hiatus entre la nature irrévocablement néochartaliste de la monnaie de l’État et l’utilisation que l’État en fait dans le cas de la dépression de 1837 : non seulement les surplus budgétaires ont totalisé tous les déficits en 1835, mais le Trésor accumula encore deux années de surplus, jusqu’à la dépression de 1837. Cela s’explique par le fait que le système adopté était celui de l’étalon-or, donc, l’État pouvait épuiser son secteur privé à lui fournir inutilement de l’or, drainant la trésorerie du secteur privé, alors même qu’il n’y avait de risque futur de défaut étatique que par ce choix de l’or. Comme toujours, lorsque l’économie devient trop fragile, les agents économiques simples utilisateurs de la monnaie restreignent leurs dépenses de peur de faire faillite à leur tour, ce qui perpétue la dépression… Dans le cas d’une monnaie souveraine (l’État ne s’est pas encombré d’un autre moyen de paiement définitif dans lequel sa monnaie est convertible à taux fixe et dont il n’est pas l’émetteur, c’est-à-dire dans lequel il s’est mis en position de faire éventuellement défaut), il n’aurait pas été possible d’arriver jusqu’en 1835, car la monnaie souveraine perdue (pièce de monnaie dans la nature, billet brûlé par Serge Gainsbourg) ou farouchement épargnée n’aurait pas pu être récupérée…

Fondé sur ces constatations, le néochartalisme recommande un budget fortement contra-cyclique, une monnaie fiduciaire dont l’État dispose du monopole d’émission, la taxation en cette seule monnaie, de ne jamais administrer des plans d’austérité en période de crise mais de faire des stimulus. Elle prône également, pour que les stabilisateurs soient encore plus efficaces, l’instauration d’une agence d’État employeuse type WPA chargée d’employer à salaire universel fixe tous ceux qui le désirent, ce qui constituerait un stock-tampon d’employés pour le privé autrement plus efficace et plus humain que la masse actuelle des chômeurs… Cette dernière, dénommée Job Guarantee (JG) ou Employer of Last Resort (ELR) en anglais est généralement traduite par Employeur en Dernier Ressort (EDR) en français.

(à suivre)


60 – Jorion: échec et mat…

28 janvier 2010

Pauvre Paul… et pourtant il suffit de relire tous les commentaires qu’avaient fait de nombreux intervenants, sur chacun de ses billets sur la monnaie,  bien avant la sortie de son livre, pour comprendre qu’il n’a pas voulu écouter aucun(e) de ceux qui le mettaient en garde.

Après la transcription textuelle, objet du précédent article, d’un extrait du livre de Schumpeter “théorie de la monnaie et de la banque”  qui était la mise en échec, voici venir le mat!

Avec ce dernier article, je pense que nous pouvons arrêter ici les argumentations sur la création monétaire par les banques commerciales et l’effet multiplicateur de monnaie scripturale par le système bancaire. Il y a bien d’autres choses à débattre  pour aller “plus loin que Jorion”

Il faudrait maintenant vraiment être de mauvaise foi pour soutenir l’ “interprétation complotiste

Le résumé que je vous propose ci dessous est extrait du chapitre 17 de l’ouvrage “Fondements d’économie politique” de Alexis Jacquemin, Henry Tulkens, Paul Mercier aux éditions De Boeck Université, Bruxelles, que vous pouvez télécharger chapitre par chapitre.

Pour savoir par exemple qui est Henry Tulkens, actuellement Professeur émérite à l’ Université catholique de Louvain, visitez sa page

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1 – Les formes de la monnaie

Bien que la monnaie se définisse de manière quelque peu immatérielle, comme on l’a vu, par les fonctions qu’elle remplit dans la société, elle comporte un support matériel, souvent appelé le « corpus monétaire », dont la nature et la forme ont beaucoup évolué, aussi bien au cours du temps que dans les diverses parties du monde.

Les trois formes principales de la monnaie décrites ci-dessous — monnaie métallique, monnaie fiduciaire et monnaie scripturale — sont retenues non seulement parce qu’elles correspondent à d’importantes différences de ce « corpus », mais aussi et surtout parce que la source de la création monétaire est fondamen­talement très différente selon chacune de ces trois formes. On verra que ce sont, de manière caractéristique, le rôle du crédit dans cette création, ainsi que le type d’agent économique qui offre ce crédit, qui sont à la base des différences entre les principales formes de la monnaie.

§1   La monnaie métallique

Pièces…

§2   La monnaie fiduciaire

Aujourd’hui, dans pratiquement tous les pays, seule la banque centrale est créatrice de monnaie fiduciaire. Elle le fait bien en tant que banque, et ceci explique que le terme de «billet de banque» désigne toujours la monnaie sous sa forme fiduciaire.

L’évolution du développement des monnaies fiduciaires est marquée par un détachement progressif de la référence métallique qui leur a donné naissance, et en particulier à l’égard de l’or qui, aujourd’hui, ne joue plus aucun rôle direct dans la détermination de la valeur d’une monnaie fiduciaire. En fait, le cours forcé est aujourd’hui généralisé.

§3   La monnaie scripturale

La troisième forme de la monnaie est la monnaie scripturale, créée par jeux d’écritures comptables, appelée aussi « monnaie bancaire ». C’est celle qui permet d’effectuer les paiements par de simples jeux d’écriture, au départ des dépôts bancaires utilisables sans préavis, appelés « dépôts en compte courant » ou encore « dépôts à vue ».

La monnaie scripturale, ou bancaire, est constituée par les dépôts faits par les agents économiques auprès des banques commerciales ou de la banque centrale.

Il ne faut pas la confondre avec les instruments par le truchement desquels elle circule, tels que le chèque, les cartes de paiement ou de crédit

§4   La quasi-monnaie

Pour mémoire, rappelons l’existence de ce que nous avons appelé la quasi-monnaie, constituée essentiellement par les dépôts à terme dans les banques, qui donnent lieu eux aussi à opérations de prêt et donc à création de monnaie bancaire.

Il ne s’agit plus de monnaie à proprement parler, car les montants de ces dépôts ne sont pas immédiatement mobilisables. Ils le sont cependant aisément en cas de besoin. Le rôle qu’ils jouent dans l’économie est dès lors de même type que la monnaie au sens strict ; il conviendra de s’en rappeler au moment de l’étude de la politique monétaire.

§5   Le stock monétaire et les agrégats qui le mesurent

On appelle «stock monétaire» la masse globale de monnaie qui circule dans l’économie ;

La suite de l’exposé montrera qu’on peut aussi le définir comme : la somme des actifs monétaires détenus par les agents économiques non bancaires.

De la présentation qui vient d’être faite, on peut déduire qu’aujourd’hui le stock monétaire de la plupart des pays est composé

  • de la monnaie fiduciaire (billets et pièces) en circulation dans le public (les billets stockés à l’imprimerie de la Banque Centrale n’ont pas de valeur monétaire), et
  • de la monnaie scripturale (dépôts à vue auprès des banques commerciales).

On désigne souvent par M1 la somme de ces deux masses. Elles ont en commun de constituer des actifs directement utilisables comme monnaie, sans aucun coût de transformation.

Si l’on inclut la quasi-monnaie, c’est-à-dire les dépôts à court terme (par convention, la Banque Centrale Européenne inclut les dépôts jusqu’à deux ans de maturité) dans l’évaluation du stock monétaire, un agrégat plus large est défini, auquel on a donné le label M2.

Dans le même esprit, un troisième agrégat, M3, a été défini comme la somme de M2 et d’autres actifs à caractère quasi monétaire, tels que les participations dans des fonds communs de placement monétaires ou encore d’autres instruments du marché monétaire tels que des créances détenues à court terme sur les pouvoirs publics (appelés certificats de Trésorerie ou T-bills). Ceci revient à considérer ces dépôts ou créances comme source de moyens de paiement, même si un tel usage requiert pour les mobiliser un délai encore plus important que dans le cas de la quasi-monnaie.

En raison de la difficulté qu’il y a de placer certains actifs dans l’une ou l’autre de ces catégories, en raison aussi de l’émergence de produits nouveaux, d’autres définitions d’agrégats sont encore apparues, allant jusqu’à «M5 » aux États-Unis.

L’intérêt de ces distinctions entre agrégats n’est pas seulement celui de définitions comptables : ce qu’ils représentent prend une importance considérable lorsqu’un pays en fait un objet de sa politique monétaire (matière qui sera traitée au chapitre 25. Les définitions des agrégats n’ont alors de valeur que dans la mesure où elles servent les objectifs de cette politique monétaire. Comme ces objectifs varient d’un pays à l’autre, les définitions pertinentes du stock monétaire varient aussi.

2 – L’offre de monnaie par les banques commerciales

§1   L’intermédiation financière

La monnaie joue un rôle dans pratiquement toutes les interactions entre agents économiques — que ce soit lors des ventes et achats de biens et services, ou à l’occasion de la rémunération des facteurs de production. Certains désirent épargner, n’affectant pas la totalité de leurs revenus à l’achat de biens et de services ; une partie de ces revenus, et donc de la monnaie reçue à ce titre, semble ainsi soustraite au circuit. Inversement d’autres agents, désirant dépenser plus que leurs revenus, empruntent ; c’est le cas par exemple d’une entreprise désireuse d’investir, ou d’un ménage désireux de construire une maison ; ou encore de l’État lorsque ses intentions de dépenses excèdent ses recettes fiscales et autres.

Ceci conduit à faire une distinction entre les agents économiques qui, ne dépensant pas la totalité de leurs revenus, sont en « surplus financier », et ceux qui, désirant dépenser plus que leurs revenus, sont en « déficit financier ». Le rôle du système financier est précisément de mettre en contact, par un circuit spécifique, ces deux catégories d’agents, les seconds pouvant alors obtenir la monnaie nécessaire à leurs dépenses en empruntant auprès des premiers.

a -  Le financement direct

En échange de la monnaie qu’ils cèdent, les agents économiques en surplus financier acquièrent des créances, appelées « actifs financiers ». De leur côté, les agents économiques en déficit financier se procurent cette monnaie en cédant des actifs financiers, qui de leur point de vue constituent des titres par lesquels ils reconnais­sent leur engagement. En pratique, ils cèdent soit une reconnaissance de dette (par exemple une obligation), ou même un titre de participation dans la propriété de l’entreprise (action). Ces opérations s’effectuent à un certain prix, constitué par l’intérêt obtenu par le prêteur et payé par l’emprunteur, ou par le prix d’émission de l’action.

Lorsque le processus se déroule directement, l’emprunteur se procure immé­diatement la monnaie auprès du prêteur, en échange d’un actif financier qu’il lui remet. C’est le cas lorsque par exemple une entreprise privée ou l’État émettent un emprunt sous la forme d’obligations auxquelles souscrivent les ménages ou d’autres sociétés. Plus généralement, le financement est appelé « direct » chaque fois qu’il a lieu sans implication d’un intermédiaire qui s’engagerait lui-même sur le plan financier. Dans la pratique, tel est le cas lorsque le contact a lieu par exemple par le canal d’agents de change ou celui de banques qui procèdent au placement d’obliga­tions auprès des particuliers ; en l’occurrence, ces intermédiaires n’interviennent pas pour leur propre compte, ils ne jouent en quelque sorte que le rôle de guichetier.

b -  Le financement indirect par les intermédiaires financiers

La situation est différente lorsque les intermédiaires achètent de telles obligations pour eux-mêmes, tout en ayant l’intention de revendre par la suite ces actifs au public : dans ce cas, le financement est dit « indirect ».

En pratique, il n’est en effet pas toujours facile pour un emprunteur de trouver un ou des prêteurs qui lui fassent confiance et lui prêtent le volume de fonds désiré selon les modalités qui conviennent. On imagine mal, par exemple, qu’un ménage qui souhaite entreprendre la construction d’une maison, cherche auprès de divers autres ménages les fonds indispensables ; en supposant même qu’il rencontre des candidats prêteurs, il est probable que chacun de ceux-ci envisage le prêt d’une façon différente quant à sa durée et à son mode de remboursement, pour n’évoquer que ces deux éléments. On comprend dès lors qu’un rôle utile puisse être joué par des organismes spécialisés, à savoir les intermédiaires financiers.

Ce rôle est double. D’une part, ils collectent l’épargne financière des agents économiques en surplus, en émettant toute une gamme de titres d’endettement « standardisés » : comptes ou livrets d’épargne, dépôts à terme ou à préavis, obliga­tions et bons de caisse, etc., auxquels le public est habitué, et parmi lesquels il peut choisir en fonction de ses préférences (durée du placement, taux d’intérêt,…).

D’autre part, ils assurent le financement des agents en déficit financier en leur octroyant, au moyen des fonds récoltés, des crédits dont les modalités sont adaptées aux besoins de ces emprunteurs : crédits à court terme à la consommation ou à long terme à l’habitation (crédit hypothécaire), accordés aux ménages ; crédits à court ou à long terme aux sociétés, en vue de financer leurs fonds de roulement ou leurs investissements ; crédits à l’État, ou aux pouvoirs locaux (communes, etc.).

Par rapport au financement direct, le financement indirect revient donc à couper en deux l’opération de financement : d’une part, la collecte de l’épargne financière, d’autre part la distribution de crédits. Et grâce à l’intervention des intermédiaires financiers, le souci de sécurité ainsi que les préférences des prêteurs peuvent être rencontrés, tout en couvrant de manière adéquate les besoins des emprunteurs.

Financement direct et financement indirect coexistent largement aujourd’hui. Le financement direct s’est toutefois développé et internationalisé considéra­blement ces dernières années, à tel point que l’on parle beaucoup d’une vague de « désintermédiation » financière. Les instruments informatiques et télématiques permettant le contact direct entre agents en surplus et agents en déficit y sont pour beaucoup.

§2   La création monétaire par les banques commerciales

a -  Le crédit crée la monnaie

Le financement indirect que l’on vient d’exposer se fait essentiellement par le truchement des opérations de crédit que consentent les intermédiaires financiers, ces derniers étant essentiellement les banques commerciales.

Ceci entraîne une conséquence majeure pour l’objet de ce chapitre, à savoir : le crédit bancaire donne lieu à création de monnaie.

En effet, soit l’entreprise E devant payer un fournisseur, mais ne disposant pas des liquidités nécessaires pour faire face à son engagement. S’adressant à la banque A, elle lui emprunte la somme en question, d’un montant supposé de 1000 €. Par le simple fait d’accorder ce crédit, la banque A crée de la monnaie à concurrence de 1 000 €, parce que l’entreprise E dispose maintenant de la possibilité d’effectuer des paiements pour ce montant, tandis que dans le reste de l’économie, les signes monétaires disponibles n’ont en rien diminué.

Si M était le stock monétaire de l’économie avant l’octroi de ce crédit, convenons de noter ∆M la variation de ce stock à la suite de celui-ci, c’est-à-dire la quantité de monnaie nouvelle créée. On a donc : ∆M = 1000 €

La monnaie ainsi créée est évidemment de la monnaie scripturale puisque seule la banque centrale peut aujourd’hui créer de la monnaie fiduciaire.

Remarquons de plus que cette création de monnaie se fait sans utilisation de billets, et sans intervention préalable d’une banque centrale ou d’aucun organisme d’émission.

Dans la suite il nous sera utile de savoir comment une telle opération de crédit apparaît au bilan de la banque A. C’est ce que nous montrons au tableau ci-dessous, qui est limité à la modification du bilan après attribution du crédit. Le montant de ce dernier apparaît d’une part à l’actif, étant considéré comme une créance que « possède » la banque sur son emprunteur ; il apparaît d’autre part au passif, sous l’intitulé du compte à vue de l’emprunteur, comme un montant (identique) que la banque lui « doit » puisque c’est ce qu’elle s’est engagée à couvrir..

b   Le processus multiplicatif associé à la création monétaire par le crédit bancaire

La création monétaire entraînée par l’opération de crédit qu’on vient de décrire ne s’arrête toutefois pas là. En effet, tout crédit consenti donne lieu à d’autres crédits, qui à leur tour en génèrent d’autres, selon un processus potentiellement infini ! La quantité de monnaie ainsi nouvellement créée n’est toutefois pas infinie, comme on va le voir par l’exposé du processus.

• Lorsque l’entreprise E dépense la somme de 1 000€ qu’elle a empruntée, disons au jour 1, cette somme, après avoir été perçue par ses créanciers a bien des chances au jour 2 d’être déposée par eux, en partie ou en totalité, dans d’autres banques — que nous désignerons globalement, pour la facilité de l’exposé, comme étant la banque B. Supposons que la totalité des 1 000 € soit ainsi virée du compte que détient E auprès de la banque A, vers le compte des créanciers de E auprès de la banque B.

En contrepartie de ce nouveau dépôt, la banque B se trouve en possession d’un avoir (sous forme de dépôt) auprès de la banque A, avoir qui dans le bilan de A se substitue au montant en compte à vue qu’y possédait E (montant qui a maintenant disparu).

Comme le dit l’adage anglo-saxon : loans make deposits.

Pour lire ce chapitre 17 en entier (format pdf)

Pour avoir accès à tous les chapitres de ce cours, il suffit de remplacer “17″ sur l’adresse ” http://www.core.ucl.ac.be/~tulkens/Fichiers_pdf/CHAP17.pdf ”   par “01, 02, 03, etc. ,  jusque 30


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