270 – Holbecq: que serait la dette publique devenue ?

3 mars 2013

Je souhaite que les lecteurs considèrent ce qui suit comme un brouillon, donc peu vérifié, mis en ligne pour apporter quelques informations (d’une manière très succincte) à la suite du commentaire de Christian Gomez sur l’article 268
A-J Holbecq
Lien vers fichier excel : que serait la dette publique avec le 100% M

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INTRODUCTION:

Nous allons essayer de répondre à la question: que serait la dette publique devenue, depuis 1980 si, toutes choses restant égales par ailleurs, nous avions appliqué la proposition dite du « 100% monnaie » proposée initialement par Irving Fisher et reprise par exemples par Maurice Allais et Christian Gomez. Cette proposition a pour effet de réserver la création monétaire à la Banque de France et équivaut à une croissance équivalente des recettes fiscales

La première alternative s’appuie sur la proposition de Maurice Allais, celle d’une monétisation directe d’un montant annuel de 4,5 % de la masse monétaire élargie (M1 plus environ 20% de M2-M1), monétisation qui est donc considérée comme une recette budgétaire complémentaire. Nous ne considérerons pas la proposition complémentaire de Christian Gomez consistant à profiter de la mise en place du système pour « geler » entre l’équivalent de dette publique correspondant au « M1 élargi » à la mise en place de l’organisation 100% monnaie.

Une seconde alternative est calculée en considérant la cible de la BCE d’une croissance annuelle de la masse monétaire de 4,5% de M3.

COLLECTE DES DONNÉES ET CALCULS:

Colonnes 1 à 4 : année, PIB en milliards d’euros courants, dette constatée en milliards d’euros courants, dette en pourcentage PIB.

Colonne 5 : les montants représentent la dette constatée de l’année N diminué de la dette constatée l’année N-1, et donc les soldes budgétaires constatés (Md€ courants) . C’est donc, dans une approximation suffisante (des ventes ou achat de patrimoine public peuvent avoir un effet en plus ou en moins sur le solde calculé de cette manière, mais cet article considère « toutes autres choses restantes égales par ailleurs ») le montant des soldes des nouvelles ressources emprunté par les APU au cours de l’année, nonobstant le renouvellement des emprunts en cours.

Effet de la monétisation sur la dette publique :

Colonne 6 : le montant de la « monnaie élargie », somme de M1 + 20% de M2 : C’est le montant de « vraie monnaie » selon Allais, celle qui se retrouvera en banque de dépôts (dites aussi CSM : Compagnies de Sureté Monétaire) et qui est couverte par l’équivalent en monnaie centrale.

Colonne 7 : le montant de la monétisation, soit 4,5% de ma colonne 6

Colonne 8 : ce que seraient devenus les soldes budgétaires compte tenu de la monétisation de la colonne 7

Colonne 9 : solde théorique de la dette compte tenue de cette monétisation

Colonne 10 : la dette calculée, en pourcentage de PIB, avec cette monétisation de la colonne 7.

Colonne 11 : suivant la cible de la BCE, monétisation de 4,5% de M3

Colonne 12 : soldes budgétaires avec injection de cette monétisation de la colonne 11.

Colonne 13 : solde théorique de la dette compte tenue de cette monétisation

Colonne 14 : la dette calculée, en pourcentage de PIB, avec cette monétisation de la colonne 11

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GRAPHIQUEMENT

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CONCLUSIONS :

Il est tout à fait apparent qu’en partant d’une dette publique de 21% du PIB fin 1979, et malgré la crise depuis 2008, l’injection monétaire annuelle d’un montant de 4,5% de « M1 élargi » chaque année dans l’économie aurait permis de voir la dette publique rester à des niveaux soutenables de l’ordre de 50% du PIB, et qu’une monétisation de 4,5% de M3 l’aurait laissée quasi stable (26% contre 21% en 1980).

Mais d’une manière générale, est-il justifié qu’un État soit tenu à payer des intérêts sur sa propre monnaie ? Rappelons que si nous n’avions pas eu d’intérêts à payer la dette cumulée ne représenterait même pas 20% de la dette actuelle.

On peut même se poser la question de savoir si un État, qui, comme l’écrit Lordon « restitue en prestations collectives l’ensemble de ses prélèvements… » ne doit pas être maître, au bénéfice du peuple, de l’ensemble de la création monétaire, pour, comme le souhaitent les néochartalistes, être en périodes de récession, le financeur de l’emploi en dernier ressort (ce qui n’impose évidemment pas que les employés soient fonctionnarisés)


260 – SMART for you !

31 octobre 2012

(paru le 02/10/2012 sur http://ecosocietal.wordpress.com)

Proposition SMART
(Système Monétaire À Réserves Totales)

Le terme «100% monnaie» utilisé par de nombreux auteurs depuis 1936  n’est ni porteur ni explicite; nous proposons ici de renommer cette proposition «SMART»

ACTUELLEMENT:

De plus en plus de gens savent maintenant que TOUTE la monnaie est produite par les banques commerciales, en particulier lors de l’émission de crédits aux particulier, aux entreprises et aux administrations.[1]

Les banques sont en principe tenues à des règles qui limitent leurs capacités d’émission de crédits par rapport à leurs fonds propres et à leurs capacités d’obtention de monnaie centrale, mais, par exemple, la titrisation et le shadow banking leur permettent de sortir des limites prudentielles. Les banques détiennent sur l’économie plus de 10 fois la disponibilité de monnaie de banque centrale.

La monnaie de crédit créée par une banque commerciale lorsqu’elle donne une suite favorable à la demande d’un emprunteur est ensuite détruite lors du remboursement correspondant. La masse monétaire est en fait la représentation instantanée du solde des crédits entre l’émission et le remboursement (l’image du niveau dans une baignoire est très parlant en considérant le «robinet du crédit» et la «bonde du remboursement».)

De ce fait la monnaie émise par les réseaux des banques commerciales est:

-       «payante» (du fait des intérêts demandés).

-       non régulée car soumises aux «esprits animaux» (Allais) des banquiers et des emprunteurs.

-       La monnaie scripturale n’est donc garantie que par des entreprises commerciales le plus souvent privées auquel il faut ajouter la garantie des dépôts à hauteur de 100000 € par compte. Face à une crise bancaire systémique, le fonds serait largement insuffisant (le Fond de Garantie des Dépôts ne peut garantir que 20 000 comptes à la hauteur maximale prévu par la loi.)

PROPOSITION

Les propositions de garantie totale de la monnaie, ou «100% monnaie», remontent au 19ème siècle, et ont été proposées sous forme pure ou équivalente par des économistes aussi connus que Walras, Ricardo, Von Mises, Fisher, Friedman, Allais, Minsky, ou Tobin, qui sont néanmoins des économistes considérés comme «libéraux» et préconisent:

1 – une différenciation nette entre la monnaie proprement dite(les moyens de paiement totalement «liquides» c’est-à-dire disponibles instantanément) et «l’épargne» qui dans ce cas n’est plus de la monnaie, n’étant disponible qu’à terme ou sous condition (l’épargne étant le M3 – M1 des actuelles «masses monétaires»).

2 – l’interdiction de création monétaire par le système des banques commerciales [2]

Pour obtenir ce résultat ils arrivent à la conclusion qu’il faut un éclatement des banques en 2 (ou 3) entités totalement indépendantes:

1 – Les CSM (Compagnies de Sécurité Monétaires ou banques de dépôts) comptables des dépôts de la clientèle et des échanges économiques. Ces dépôts doivent être garantis par un équivalent en Banque Centrale (réserves obligatoires égales au montant des dépôts) sous forme de titres éligibles «gelés».

2 –  Les banques de prêts dont le rôle est limité à l’intermédiation entre épargnants et emprunteurs

3 – Éventuellement, les banques d’investissement qui utilisent leurs fonds propres ou des prêts d’épargnants très informés sur les risques [3]

CONSÉQUENCES

 Ainsi le système bancaire ne peut plus créer de nouvelle monnaie et toute augmentation de la masse monétaire ne peut être que le fait d’une émission monétaire de la banque centrale au bénéfice du Trésor Public [4]. Une simple séparation des banques de dépôts / banques d’investissements (Glass Steagall) ne permet pas ceci)

Ainsi les objectifs d’augmentation de la masse monétaire peuvent être déterminés par l’exécutif et le législatif et la Banque Centrale (qui garde un rôle de tenue des comptes de l’État, de conseil et de supervision du système bancaire) obéira aux injonction de ceux ci.

Les bénéfices pour la collectivité sont les suivants:

1. l’augmentation de la masse monétaire émise annuellement de 3% à 5% [5] est stricto sensu une recette budgétaire. On peut donc l’estimer de 60 à 100 milliards par an.

2. c’est une option  «politique», mais en imposant aux CSM le dépôt de l’équivalent de la monnaie actuelle (dépôts à vue) plus une partie de l’épargne courte actuelle qu’on peut estimer au total à 1200 milliards, c’est 2/3 de la dette publique actuelle (1800 milliards) qui pourrait être «gelée» en quelques années [6]. Ceci permettrait d’éviter une dépense annuelle d’intérêts de 30 à 40 milliards d’euros par an, qui, il est vrai, sont systématiquement empruntés avec pour conséquence l’augmentation de la dette .

3. Une meilleure efficacité de l’économie.

a) des taux d’intérêt véritablement représentatifs des préférences des agents économiques
b) le paiement du prix des services monétaires au juste prix concurrentiel
c) l’interdiction de la transformation financière.

4. La fin des distorsions dans la répartition des revenus ; aujourd’hui toute création monétaire ex nihilo par un système bancaire privé et commercial donne un droit sur la production qui n’a pas été acquis par un produit ou un service vendu.

5. Un contrôle aisé par l’opinion publique et par le Parlement de la création monétaire et de ses implications.

Dans le «SMART» l’État récupèrerait les gains de la création monétaire mais pas le contrôle. Celui-ci serait confié à la Banque Centrale agissant sous un mandat impératif protégé par la Constitution, mais plusieurs types de décision et de contrôle citoyen sont envisageables; la discussion sur la forme de l’organisation politique est ouverte. Il reste que c’est la banque centrale qui, en achetant des titres d’emprunt du gouvernement ou en lui faisant des avances sans échéance, provoque la création monétaire. Néanmoins le Trésor Public doit pouvoir décider d’émettre ou non des bons ou des obligations et la Banque Centrale est là pour prendre acte, les financer et tenir les comptes. [7]

PRÉCISIONS

1) le «SMART» permettra – de la même manière qu’actuellement – de faire face aux besoins imprévus de liquidité dans un système complètement sécurisé. Simplement, les lignes de crédit, qui continueraient bien entendu à exister, seraient gérées différemment.

2) il n’y aura aucun changement dans la masse de crédits en place au moment de la réforme et ces crédits pourront être renouvelés sans problème.

3) La masse monétaire en circulation continuera à augmenter selon le rythme souhaité, dont une partie (que l’on peut estimer à 15% de l’accroissement) accroitra l’épargne existante,

4) Les taux d’intérêt ajusteront l’offre et la demande sur les différentes échéances, créant ainsi les conditions d’une véritable efficience dans l’économie. Si l’offre de crédit disponible (compte épargne + capital des banques) est moins importante que la demande de crédit, les taux d’intérêt vont monter. Si l’offre de crédit est moins importante que la demande, les taux d’intérêt vont baisser. Les taux d’intérêt joueront à plein leur rôle de régulateur entre épargne et investissement. Mais en cas de besoin (tension trop forte sur les taux) la Banque de France pourra toujours procéder à des apports directs aux banques de prêts.

5) Les besoins d’épargne financière peuvent aussi être régulés à travers les mouvements de capitaux internationaux, sachant que la Banque centrale – sous contrôle et sur ordre du Parlement – devra veiller à ce que la masse monétaire en circulation, égale par définition à la monnaie de base dans le nouveau système, reste sur la pente requise (qui devrait être de l’ordre de 4 à 5 % du PIB l’an)

6) La mise en place du nouveau système serait pratiquement transparent pour les agents économiques (changements très marginaux dans leurs habitudes et les coûts) et n’entrainerait de véritables changements que pour les banques, sachant que, sur le plan interne, les activités à séparer sont déjà largement sectorisées.

7) Le « 100% monnaie » n’empêcherait pas totalement les mouvements spéculatifs (boursiers ou immobilier) mais il les atténuerait car : a) les achats ne pourraient être financés que sur les fonds disponibles et l’épargne courante, de telle sorte qu’un emballement spéculatif entraînerait immédiatement une montée des taux d’intérêt, b) les fluctuations violentes de la bourse n’ont que peu d’impact sur l’économie  si elles ne déstabilisent pas le système financier, ce qui serait le cas dans le «100% monnaie».

8)  A l’ objection erronée, qu’il n’y aura pas assez d’argent à prêter à l’économie nous pouvons répondre que les Banques de Prêts pourront prêter a) leur capital, b) l’argent déposé sur les comptes épargne, c) de l’argent emprunté sur les marchés financiers.

9)  Après la transition, le montant des comptes courants et des billets et pièces en circulation n’aura évidemment pas varié.

10) De la même manière qu’aujourd’hui, les comptes courants des entreprises et des particuliers, ainsi que les échanges commerciaux, seront gérés par les CSM qui tiendront les comptes de chacun. Les épargnants quant à eux pourront transférer le montant de leurs disponibilités en Banques de Prêts et choisir les taux et la durée auxquels ils acceptent de prêter.

CONCLUSION

 Une nouvelle crise financière nous amènera nécessairement à la conclusion que les règles prudentielles (nécessité de fonds propres) sont totalement inopérantes. Seule la « nationalisation » totale de la monnaie, permise par le « SMART » permettra d’éviter la répétition constante des crises, comme l’avait déjà noté Irving Fisher en 1936.

 

André-Jacques Holbecq et le C.E.C.


[1]            – Précisons le «toute», car l’objection immédiate va être « mais pas les billets, produits par la Banque Centrale». Cette objection est erronée car on ne peut se procurer de nouvelle monnaie fiduciaire que par un débit sur un compte scriptural bancaire (DAV) lui-même ne pouvant avoir d’existence que par une création initiale de monnaie scripturale de crédit. La circulation commerciale de cette monnaie ne lui permets que de passer de main en main.

[2]            – il est important de parler du système bancaire et non d’un réseau bancaire en particulier; en effet la capacité de création de monnaie par un seul réseau bancaire est limitée par la nécessité de garder un rapport entre les crédits accordés et les dépôts collectés, qui dépends de la part de marché de chaque banque vis à vis de ses concurrentes « Les banques doivent marcher au même pas», disait Keynes

[3]            – cette troisième catégorie bancaire est celle proposée par Allais afin d’éviter le risque de l’utilisation des épargnes par les banques de prêts pour des opérations risquées

[4]            – rappelons que nous avons la chance que la Banque de France soit en totalité propriété de l’État, ce qui n’est pas le cas dans tous les pays de l’U.E.

[5]            – Allais proposait 4,5% du PIB annuellement en considérant le total prévisible inflation plus croissance

[6]            – les CSM pourraient bénéficier de «garanties» de la part de la  banque centrale pendant les années de transition, garanties qu’elles devraient transférer progressivement en bons du trésor ou OAT; attention, c’est un «one shot»

[7]            -  Si l’on admet que le Trésor Public peut être obligé de se financer sur l’épargne – donc sur le marché et avec charge d’intérêts- c’est lui remettre les menottes ; mais il doit décider de le faire s’il le juge utile .

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Références :
- Maurice Allais «la crise mondiale d’aujourd’hui»  (Juglar 1998)
- Article de Christian Gomez «Une «vieille» idée peut-elle sauver l’économie mondiale?»
Un réexamen de la proposition d’une réforme radicale du système bancaire: L’imposition d’un coefficient de réserves de 100%» (présenté lors du colloque «la crise: trois ans après quels enseignements?» )
http://osonsallais.files.wordpress.com/2010/02/gomez-100.pdf
- Article de Gabriel Galand «Une monnaie à garantie totale, une vieille idée qui fait son chemin» (présenté lors du colloque monnaie – économistes atterrés – Mars 2012) sur http://osonsallais.wordpress.com/2012/09/15/gabriel-galand/
- F.M.I. : « The Chicago Plan Revisited » Jaromir Benes and Michael Kumho (August 2012) sur http://www.imf.org/external/pubs/ft/wp/2012/wp12202.pdf et
http://osonsallais.wordpress.com/2012/09/23/the-chicago-plan-revisited-fmi/


256 – 100% M – Gabriel Galand

17 septembre 2012

Une monnaie à garantie totale,

une vieille idée qui fait son chemin

Gabriel Galand [1] (19 Mars 2012)

Résumé

Les crises financières du passé ont pour cause profonde une création monétaire incontrôlée. Pour résoudre les crises financières il faut donc contrôler la création monétaire et la retirer aux organismes bancaires, qui comme tous les acteurs de l’économie peuvent être victimes d’une bulle d’euphorie.

Les propositions de garantie totale de la monnaie, ou 100% monnaie, remontent au 19ème siècle, et ont été proposées sous forme pure ou équivalente par des économistes aussi connus que Walras, Ricardo, Von Mises, Fisher, Friedman, Allais, Minsky, Tobin.

La mise en œuvre du système est simple, notamment si comme nous le proposons, la garantie est donnée unilatéralement par la Banque Centrale. La régulation de la masse monétaire s’en trouve facilitée, ainsi que la régulation des taux de change.

Introduction

La crise financière de 2007-2008 a rappelé la douloureuse réalité. Le système financier international a encore failli, après qu’une nouvelle fois la longue série des crises qui l’ont précédée eurent été oubliées. Il faut donc de nouveau rouvrir le dossier et essayer d’aller au fond, en espérant, cette fois-ci, aller plus loin.

D’abord, quel est l’enjeu ? Une crise financière, par définition, met en danger tout ou partie du système financier. Les banques sont fragilisées, et avec elles, le système de paiement (comptes à vue des agents économiques), ainsi que le système de crédit à l’économie. L’enjeu est donc de mettre à l’abri à la fois les disponibilités des agents économiques et le financement de l’économie réelle.

Or comment peut se nouer une crise financière ? Le scénario est en général le suivant. D’abord, un marché particulier, ou l’économie entière d’un pays, est en forte croissance. Ensuite, tout le monde croit dur comme fer à la poursuite de la croissance, y compris les financiers, qui prêtent de plus en plus, ou fournissent le cadre à une spéculation à la hausse par des dérivés divers et variés. La croissance se transforme en bulle dangereuse lorsque survient la surestimation des possibilités du marché et une exubérance irrationnelle qui fait oublier le prix réel des actifs pour le remplacer par le prix potentiel de revente, et lorsque les financiers valident cette démarche par une création monétaire excessive. Car il faut bien que cette valeur nouvelle mobilisée dans l’achat des actifs vienne de quelque part.

A la racine d’une crise financière qui menace de s’étendre, il y a toujours au moins un actif dont le prix monte beaucoup, voire l’ensemble des valeurs boursières. En 1929 c’est l’ensemble de la bourse des USA. En 1987 c’est l’ensemble des bourses mondiales. En 1989 c’est la bourse et l’immobilier japonais ; en 1997, les bourses et l’immobilier de plusieurs pays asiatiques (notamment la Thaïlande). En 2001, les actions du secteur Internet s’envolent. Par contre en 1980, c’est l’argent métal qui a nourri la spéculation. Dans tous ces cas, il est reconnu que les liquidités étaient abondantes et le financement des spéculateurs facile. Cette spéculation peut aussi se tourner vers les taux de changes qui paraissent fragiles, les exemples sont les pays dollarisés (Mexique 1994, Argentine 2001), la Russie en 1998, ou les mécanismes d’harmonisation comme le SME (1992 et 1993). Là aussi, les spéculateurs ont mobilisé des fonds importants qui leurs ont été fournis par une création monétaire complaisante.

La racine du mal est donc dans le pouvoir de création monétaire décentralisé et plus précisément dans la possibilité de couverture fractionnaire des dépôts. Ce système a de graves défauts :

- Il mélange les fonctions bancaires et introduit ainsi l’aléa moral du « trop gros pour sombrer ». Lors d’une crise financière, le gouvernement doit sauver les banques pour sauver les dépôts.

- Il rend l’économie instable puisque de la monnaie liquide, volatile par nature, n’a pas de contrepartie liquide. Il suffit que des banquiers astucieux rassemblent des clients spéculateurs qui n’ont guère besoin de billets à la mesure des millions échangés pour avoir un effet de levier qui peut dépasser 50 lorsque les réserves obligatoires sont comme aujourd’hui en dessous de 2%. Des bulles spéculatives sont inévitables.

- Elle rend la création monétaire et l’ensemble de l’économie pro cyclique.

- Le taux d’intérêt ne représente plus l’équilibre des fonds prêtables. Il devient un outil indirect et inefficace de contrôle de la création monétaire. Par voie de conséquence, la politique monétaire devient peu efficace. Le cas typique est celui de la zone euro, pour laquelle la BCE est bien incapable de fixer un taux d’intérêt « optimal » pour tous les pays de la zone à la fois, et s’évertue à relancer l’économie en ne réussissant qu’à nourrir l’inflation spéculative des actifs.

Ce qui précède suggère clairement qu’il faut plus de régulation. Jusqu’à ce jour, la tendance a été d’augmenter la capitalisation des banques pour tenter de diminuer l’effet de levier[2], et de renforcer toutes les règlementations prudentielles sur les ratios à respecter. On espère ainsi rassurer les agents économiques quand à la solidité des entités qui détiennent leurs avoirs. C’est en réalité illusoire. Comme l’a bien expliqué J. Kay (2009), les règles doivent être vérifiées par des contrôleurs qui sont sujets comme tout le monde à l’euphorie des périodes fastes et ne présentent pas toujours des garanties d’indépendance sur des durées longues. Par ailleurs les financiers inventent constamment des moyens de tourner ces règles. Il faut donc aller plus loin et changer les structures. Il faut en réalité tuer l’effet de levier, mettre les banquiers à l’abri de leurs propres tentations et leur retirer le pouvoir de création monétaire. Ceci n’est nullement utopique.

Nombre d’économistes, certains parmi les plus célèbres, ont cherché et proposé des réformes pour séparer la création de monnaie de la distribution du crédit. La quasi-totalité de ces propositions sont fondées sur le principe d’une garantie totale de la monnaie, ou couverture à 100%, qui supprime la possibilité pour le prêteur de ne couvrir son prêt que partiellement. Au 19ème siècle et au début du 20ème, les auteurs voyaient la couverture en espèces métalliques. Citons Ricardo (1920), Walras (1892), Von Mises (1928). Plus récemment, on optait plutôt pour une couverture en monnaie de base ou monnaie centrale. Citons notamment le Groupe de Chicago (1933), Fisher (1935), Friedman (1959), Allais (1947, 1977), Gomez (2010). D’autres ont mis l’accent sur la sécurité des dépôts et ont inventé le « Narrow Banking » (banques étroites). Il s’agit entre autres de Minsky (1984), Tobin (1985) et J.Kay (2009). Ce souci les conduit comme les autres à rejeter la couverture fractionnaire des dépôts à vue, et à préconiser une couverture par des actifs « sûrs », dans leur esprit des titres d’Etat, système qui rejoint en fait la couverture par monnaie de base[3].

Nous ne parlerons ici que du système à garantie 100% par de la monnaie de banque centrale, assorti d’une séparation des fonctions bancaires, qui nous paraît être le plus simple et le plus efficace.

Une bonne synthèse de la mise en œuvre d’un système à couverture totale par de la monnaie centrale dans une économie moderne est l’article de C. Gomez (2010) « Une “vieille” idée peut-elle sauver l’économie mondiale ». Nous lui avons emprunté nombre d’idées et de références. Toutefois, nous différons sur les points suivants

- Alors que, comme beaucoup d’autres auteurs, il mêle couverture à 100% et rachat de la dette de l’Etat par un système de prêts remboursables aux banques, nous séparons ces 2 mécanismes en supprimant le prêt remboursable, ce qui change à la fois la philosophie du projet et les modalités de sa mise en œuvre. Nous montrons alors la faisabilité de ce nouveau projet.

- C. Gomez parle peu de la création monétaire et de sa régulation après la phase de mise en place. Nous insisterons donc sur ce point.

- Nous développons les problèmes posés par la protection des dépôts à terme et du système de crédit alors que C. Gomez n’en parle guère.

- Les influences respectives d’un système réformé avec le reste du monde (tant que le système monétaire international n’est pas lui-même réformé) sont peu traitées et nous essayons de préciser les problèmes posés.

Nous commencerons donc dans la première section par rappeler le principe de la réforme[4]. Ce principe sera très similaire à celui proposé par C. Gomez et M. Allais. Dans la deuxième section, nous décrirons la mise en œuvre telle que nous la voyons. Celle-ci est nouvelle. Dans la troisième section nous développerons les avantages et inconvénients de la réforme. Dans la quatrième section nous parlerons de la création monétaire dans le temps et de sa régulation ainsi que du problème des interactions avec l’extérieur. La dernière section conclura.

A. Le principe de la réforme

1. Les fonctions bancaires sont séparées[5] :

On distingue d’une part les Compagnies de Services Monétaires, ou CSM, qui ne gèrent que les dépôts et ne font pas de crédit, et les Banques de Financement, ou BF, qui font du crédit mais ne gèrent que des dépôts à terme. A ce niveau, tous les auteurs sauf I. Fisher insistent sur la nécessaire séparation juridique des fonctions. Toute connexion entre ces 2 fonctions ne peut que susciter des procédés aussi géniaux que néfastes pour rétablir une substituabilité entre les dépôts à terme et les dépôts à vue et ruiner ainsi la couverture totale.

Allais préconise en plus de séparer les banques d’affaire des banques de financement. Ce point est sans incidence sur la structure de la création monétaire mais n’est pas neutre concernant le crédit et les dépôts à terme. Nous y reviendrons donc plus loin.

2. Les dépôts à vue dans les CSM sont couverts à 100% par de la monnaie centrale :

Cette énorme masse de monnaie centrale ne peut-être fournie que par la Banque Centrale. Les auteurs se partagent sur le procédé pour la fourniture de cette monnaie de base. Certains préconisent l’achat d’actifs aux banques (Fisher), d’autres le prêt (Friedman, Allais, Gomez), d’autres enfin le don pur et simple. C. Gomez cite comme partisan de ce dernier procédé Higgins[6] (1941), et ajoute que le choix a peu d’impact sur le sujet étudié. Nous préconisons aussi le don, qui a l’avantage de simplifier grandement le processus, sans conséquence particulière, puisque la monnaie correspondante est immédiatement gelée. Il a aussi pour avantage de séparer nettement la garantie des dépôts et le rachat de la dette de l’Etat, qui peuvent ainsi être dissociés dans le temps.

Nous verrons que ce don peut aussi être interprété comme une dotation en capital, qui pourrait appeler une contrepartie en prise de participation de l’Etat. D’un autre côté, la profession bancaire peut argumenter qu’elle n’a pas à payer pour une garantie dont elle ne fera rien. La solution finale dépendra du contexte au moment de la réforme

3. Les BF ne font que de l’intermédiation :

Les BF pratiquent des prêts comme elles le faisaient auparavant, mais elles ne peuvent avoir comme ressources que des dépôts d’épargne à terme. Allais ajoute qu’il faut interdire la transformation financière, c’est-à-dire que les BF ne pourraient pas prêter à terme plus long que celui du dépôt qui sert de contrepartie. Même si cette transformation doit être encadrée, il paraît difficile, au moins immédiatement, de la supprimer complètement. En particulier, ce serait la mort du logement social financé par le livret A. La solution est sans doute de déterminer une limite supérieure du terme de chaque catégorie de prêt en fonction de sa contrepartie, sans qu’elle soit nécessairement identique, et aussi de prévoir des exceptions en fonction des opérateurs.

4. La distinction entre dépôts à vue et dépôts à terme :

Aujourd’hui, il existe ce qu’on pourrait appeler de l’épargne à vue, qui est un produit hybride entre épargne et dépôt à vue. D’une part il est rémunéré. D’autre part, très souvent, il peut être transformé « en 1 clic » en dépôt à vue. Sur certains de ces produits on peut même tirer des billets directement du compte correspondant ou émettre des chèques. Il est clair que la réforme demande de placer une barrière plus nette entre les deux types de dépôt. Un dépôt à terme (qui sera sur un compte chez une BF) ne pourra être mobilisé immédiatement. Le délai est à fixer par la loi, mais devrait être idéalement de plusieurs jours. A cause de ce point, on peut s’attendre au moment de la réforme à un certain transfert des dépôts à terme court vers les dépôts à vue.

5. Les services et la rémunération des CSM :

Les CSM gèrent les moyens de paiements (tenue des comptes, exécution des chèques et virement, mouvements de monnaie fiduciaire) et pourraient aussi assurer, comme le suggère C. Gomez, certains services de courtage, y compris vers leurs collègues des BF, voire même de détention de titres, pourvu qu’ils soient sans risque pour la CSM elle-même. Dans ces conditions, tous ces services devraient être rémunérés.

Cette rémunération est déjà utilisée aujourd’hui (assez peu en France à part de faibles frais de tenue de compte et une petite rémunération des chèques). Elle devrait sans doute être augmentée. Si elle était croissante avec le volume de l’encaisse, elle pourrait dissuader la thésaurisation et stabiliser la vitesse de circulation de la monnaie. Au total, le problème de la rémunération des CSM ne devrait pas poser de problème majeur compte tenu du peu de capital nécessaire.

B. La mise en œuvre

Concernant  la séparation opérationnelle des services, qui sont actuellement contenus dans une société unique, les problèmes seraient moindres qu’on ne pourrait le craindre, si on en croît des connaisseurs de la structure actuelle des banques, notamment C. Gomez, qui a une connaissance par l’intérieur de ces structures[7]. Il pense que les banques sont déjà aujourd’hui structurées par métiers, et que la séparation telle que celle envisagée ici « ne poserait aucun problème majeur ».

Concernant le processus comptable, il est également assez simple

1. La situation avant la réforme :

Nous nous contentons de présenter les postes du bilan concernés par l’opération. Nous prenons au départ les mêmes montants que C. Gomez pour qu’on voie bien les différences que nous introduisons dans le processus

On suppose donc que la banque, sur un total de 1000, détient 20% de DAV (dépôts à vue), le reste en DAT (dépôts à terme).

2. La préparation :

On suppose ici que la CSM qui sera formée héritera de 100% des DAV et de 20% des DAT, suivant ainsi notre raisonnement indiqué plus haut d’après lequel certains DAT actuels sont de l’épargne liquide, qui passera en DAV pour rester disponible. On doit donc garantir 200 + 800 x 20% = 360. Bien entendu, ce montant peut être ajusté par la suite.

La Banque Centrale inscrit au passif cette somme au crédit des banques. En contrepartie, elle inscrit cette opération au bilan sous un nom « ad’ hoc », s’il s’agit de don pur et simple[8], car il ne s’agit pas d’une vraie créance ni d’un actif mobilisable. S’il s’agit d’une prise de contrôle partiel par l’Etat, elle l’inscrit comme tel et il s’agit alors d’un actif bien réel.

Côté Banque, cette somme est inscrite à l’actif comme le contenu du compte qui est dans les livres de la Banque Centrale. Au passif, elle est mise en « Réserve », une réserve spéciale créée pour l’opération. S’il y a participation de l’Etat, la somme peut être inscrite au compte « Capital ».

Notons que le processus proposé ici ne nécessite ni prêt massif aux banques, ni remboursement par celles-ci, et donne plus de souplesse à la politique de la banque centrale.

3. La séparation :

On fait simplement passer les DAV, ainsi que leur contrepartie en monnaie centrale, de la Banque vers la CSM.

L’opération est alors terminée, et on peut passer au fonctionnement normal permanent.

4. Fonctionnement permanent :

Le système financier secondaire (CSM et BF) n’a plus l’initiative de créer de la monnaie, et toute nouvelle monnaie ne peut apparaître que si la Banque Centrale fournit la garantie. Pour ce faire, elle peut acheter des créances. Et pour montrer que la garantie totale se maintient alors automatiquement, nous allons considérer 2 cas, suivant qu’elle achète sur le marché secondaire une créance quelconque, ou qu’elle achète à l’Etat sur le marché primaire. Ce dernier cas est le plus simple, nous le traiterons en premier

On voit que dans un premier temps la Banque Centrale acquiert le titre et le paie au Trésor Public, ce qui crédite le compte de celui-ci. Dans un deuxième temps, l’Etat dépense cet argent auprès d’un agent X qui a un compte dans une CSM. L’opération se solde par des augmentations égales d’un compte courant, donc de la masse monétaire et de sa garantie en monnaie centrale.

Examinons maintenant le cas de l’achat d’une créance sur le marché secondaire.  Soit le titre de créance est détenu par une BF, qui a prêté à un débiteur, soit il est détenu par un agent non financier, et gardé dans un compte-titre qui pourrait être géré par une CSM. Le cas le plus illustratif étant celui de la BF, nous montrons celui-ci. Dans le schéma ci-dessous, les BF n’ont pas de compte en banque centrale, les mouvements de monnaie dont elles ont besoin se font à travers des comptes dans les CSM, comme pour les autres agents économiques[9]. Si elles devaient garder un compte en banque centrale, essentiellement pour des raisons annexes, le schéma serait similaire et plutôt simplifié.

Au départ, une BF détient une créance à son actif.

Première opération, la Banque Centrale acquiert le titre et crédite la BF, qui voit son compte en CSM monter d’autant. Notons que dès ce moment la masse monétaire et la monnaie centrale qui la garantit ont monté d’autant. Nous avons poursuivi par la deuxième opération, par laquelle la BF prête à un agent X la monnaie dont elle dispose par la vente du titre. Ceci permet d’aboutir à une situation finale tout à fait identique au cas précédent.

On s’apercevrait en examinant éventuellement d’autres variantes que la situation d’arrivée est toujours la même. Ceci vient du fait qu’à partir du moment où seule la banque centrale peut créer de la monnaie, elle ne peut le faire qu’en monétisant un actif au profit d’un tiers. Cet actif a pour contrepartie une somme en monnaie centrale de même montant, qu’elle verse au vendeur de l’actif. Si ce vendeur n’a pas de compte en Banque Centrale, le fonctionnement normal de l’articulation entre monnaie centrale et monnaie secondaire amène une augmentation immédiate de la masse de monnaie secondaire, dont la garantie est la monnaie centrale qui l’a générée. Si ce tiers a un compte à la Banque Centrale, la garantie est mise en place immédiatement, mais la génération de la monnaie secondaire correspondante est différée jusqu’à ce que le tiers dépense cet argent auprès d’un tiers « ordinaire ». On voit que de ce point de vue il vaut mieux que les BF n’aient pas de compte à la Banque Centrale. Comme l’Etat emprunte en général pour dépenser, on est alors sûr que tout achat de titre par la Banque Centrale génère le même montant de monnaie secondaire et que la garantie de celle-ci en monnaie centrale est automatiquement assurée.

C. Conséquences, avantages et inconvénients

1. La gestion quantitative de la monnaie :

Il est clair que dans le système proposé, la Banque Centrale est maîtresse de la génération monétaire. Elle peut donc mettre en circulation la quantité exacte de monnaie qu’elle souhaite. Le rêve, non ? Ceci est un grand changement par rapport à la situation actuelle, dans laquelle les seuls moyens de régulation sont le taux d’intérêt et la parole, avec un effet plus qu’aléatoire sur la quantité de monnaie en circulation.

Certes la quantité n’est pas le seul paramètre à prendre en compte pour apprécier l’effet de la monnaie sur l’économie en général et les prix en particulier. La vitesse de circulation importe aussi. Mais nous verrons que ce paramètre n’est pas un danger en dehors de périodes exceptionnelles.

Finalement, nous pensons donc que la gestion quantitative, bien qu’elle ne soit plus employée de nos jours qu’exceptionnellement, est tout à fait adaptée à la régulation de la masse monétaire quant à ses effets sur les prix et l’activité, elle est même probablement beaucoup plus efficace.

Certains craindront que ce pouvoir de création monétaire ne tombe entre les mains de gouvernants indélicats qui le détourneraient à leur profit. Mais la Banque Centrale n’est pas le gouvernement. Et remettre la création monétaire à un service public spécialisé n’est-il pas plus satisfaisant que de l’abandonner aux banques privées qui n’ont aucune motivation de régulation macroéconomique, mais, ce qui est normal de leur part, un souci de profit immédiat, et qui sont sensibles à des influences psychologiques pro cycliques, avec les conséquences de bulles et de crises financières que nous avons décrites ? Ajoutons qu’il paraît plus facile d’encadrer un mécanisme centralisé plutôt qu’une génération décentralisée dont l’histoire a montré que c’était une mission impossible.

2. Les taux d’intérêt :

Dans le nouveau système, les taux d’intérêt sont réglés par l’offre et la demande sur le marché de l’épargne et du crédit. Ne risque-t-on pas une plus grande volatilité de ces taux si la création monétaire « a la volée » disparaît ? Dit autrement, la demande de crédits sera-t-elle correctement satisfaite si elle est limitée aux fonds épargnés ? La première réponse est que l’alternative, qui est de permettre la création monétaire en complément, et donc en couverture fractionnaire, a les inconvénients que nous connaissons, il a amené de nombreuses crises financières, dont les plus grandes, celle de 1929 et celle de 2008, pour ne parler que de celles-ci. Et puis, peut-on sérieusement affirmer que le système actuel permet un arbitrage correct entre inflation et chômage, ou que nos banquiers centraux sont en condition pour mener une politique monétaire aux effets prévisibles ?

La deuxième réponse est que les crédits « tournent », les nouveaux crédits remplaceront sans problème les anciens, la difficulté n’existe donc potentiellement qu’à la marge, pour l’augmentation de la masse des crédits en cours. De ce point de vue, la banque centrale et le gouvernement devront avoir une politique du crédit indépendante de la politique monétaire. Si les crédits s’emballent ils peuvent les encadrer comme cela s’est fait dans le passé, ou taxer les intérêts perçus, pour en augmenter le coût. S’il n’y a pas assez d’épargne, il est au contraire possible de subventionner les taux débiteurs.

La troisième est que les crédits qui ne proviennent pas de l’épargne sont une création de pouvoir d’achat ex-nihilo. Sans les assimiler comme les économistes classiques à de « faux-droits », ce qui jette sur eux un opprobre injustifié, ils sont une anticipation sur l’augmentation de la production de l’économie et à ce titre ils doivent être strictement limités.

3. Et la dette de l’Etat ?

De nombreux défenseurs de la monnaie totalement garantie y associent le rachat d’une partie de la dette de l’Etat (pour le montant de la garantie de la monnaie) et voient même dans ce rachat une justification de la mise en œuvre du système. Nous avons montré que la mise en œuvre de la réforme ne nécessite ni l’existence de cette dette ni son rachat. Mais la Banque Centrale peut, si elle le souhaite, ou si c’est prévu par la loi, racheter des titres d’Etat en quantité plus importante que ne le nécessite la régulation de la masse monétaire, et stériliser ce supplément en  remplaçant une partie de la contrepartie « ad’ hoc » de la garantie par des titres d’Etat. Etant donné qu’elle garde cette garantie dans ses livres, elle peut en faire ce qu’elle veut. En face de la masse de monnaie centrale qui sert de garantie, et qui a par exemple un volume de 100, elle peut avoir 0 à 100 de titres d’Etat et le complément en actifs « Garantie de la masse monétaire » (dénomination ad’ hoc). Si elle veut (ou si la loi prévoit de) réaliser cette garantie en titres d’Etat, elle peut le faire à son rythme, sans dépendre d’un quelconque remboursement de prêt par les banques, et aboutir ainsi au même résultat que le système à remboursement de prêt préconisé par plusieurs auteurs (Friedmann, Allais, Gomez).

4. L’éradication des bulles et la protection des dépôts :

La plupart des bulles spéculatives qui ont dégénéré en crises financières n’auraient pas pu arriver dans le système que nous venons de décrire, car la montée du prix des actifs n’aurait pas pu être financée aussi facilement. Ceci dit, nous ne pouvons prétendre empêcher toute défaillance d’une partie du système économique.  Les dépôts à vue sont garantis par la Banque Centrale et peuvent être récupérés par leurs propriétaires immédiatement. Il n’en est pas tout à fait de même pour les Banques de Financement et donc pour les dépôts à terme. Si par exemple un gros emprunteur fait faillite, il peut faire tomber une Banque de Financement si on ne prend aucune précaution. On peut aussi imaginer, bien qu’historiquement les grandes crises aient été toutes au départ des crises financières, qu’une telle grave crise de l’économie réelle arrive, qui mettre en difficulté de nombreuses entreprises et leurs employés, donc leurs emprunts, et mette donc en danger une grande masse de dépôts à terme.

Nous n’avons pas la réponse définitive à ce problème. Garantir tous les dépôts à terme par le même système que les dépôts à vue ne nous paraît pas possible. En effet si la contrepartie des dépôts à terme est de la monnaie centrale, ils ne sont plus « disponibles » pour financer des emprunts. C’est tout le financement intermédié qui serait éliminé.

La seule manière de garantir ces dépôts dans la structure du système est, comme le préconisait M. Allais, d’obliger que tout dépôt dépende d’une créance de même terme. Si, comme il est probable, on juge que ceci n’est pas possible totalement, il faut une garantie extérieure et proportionnée à cette « discordance », garantie accordée par le gouvernement et/ou la Banque Centrale. Un système plus précis reste à étudier.

Cependant, comme une telle garantie devrait probablement être organisée, il faut considérer maintenant comme indispensable de séparer les financements de l’économie des activités spéculatives des banques. En effet, la garantie du gouvernement ne pourrait être accordée qu’aux premiers. En conséquence, et bien que ceci aille plus loin que la stricte prévention des crises financières et la protection des dépôts à vue, il faut préconiser finalement, comme M. Allais et C. Gomez, la scission du système financier en 3 branches séparées, les CSM pour les dépôts à vue, les BF qui financent l’économie réelle, et les Banques d’Affaires, qui recueillent des fonds qu’elles utilisent pour des placements  spéculatifs pour leur propre compte ou pour des tiers.

5. La réglementation prudentielle :

La réforme éviterait la plupart des règlements existants ou en cours de mise en œuvre sur les ratios prudentiels, les ratios de capital, etc. … Ces règlements ayant pour but d’éviter la faillite des banques, la réforme proposée change complètement la donne. Les CSM et leurs dépôts sont complètement garantis et leur surveillance limitée aux règles de base de la comptabilité.

C’est un peu moins simple pour les Banques de Financement, comme indiqué plus haut, mais la bonne voie est claire. Il faut chercher une sécurité incluse dans les structures plutôt que des règlements qui sont toujours en retard d’une crise.

D. Régulation et interfaces avec l’extérieur

D.1 La régulation quantitative de la masse monétaire :

La régulation de la masse monétaire devient plus facile pour deux raisons. D’abord le contour de cette masse monétaire devient plus clair. Comme l’ont bien montré J. Créel et H. Sterdyniak (1999), dans le système actuel la définition d’une masse monétaire devient très difficile et une gestion fondée directement ou indirectement sur la quantité de monnaie devient impossible. Le système proposé ici restaure la notion de masse monétaire des comptes à vue en les séparant clairement des autres agrégats financiers, et en les spécialisant dans leur fonction de moyen de paiement qu’il convient de réguler quantitativement.

Ensuite régler la quantité est facile puisque la banque centrale est maîtresse du jeu, du moins en économie fermée (nous nous restreignons à ce cas dans un premier temps). Elle décide exactement combien de monnaie elle veut mettre en circulation. S’il faut augmenter cette masse, nous avons vu comment elle pouvait le faire en achetant des créances. Il peut aussi arriver qu’elle veuille faire diminuer la masse monétaire. Dans ce cas il faut inverser le circuit et elle doit vendre des actifs qu’elle possède (par exemple des créances). Pour que ceci soit possible sans que la Banque Centrale soit obligée de brader ses actifs, il devrait être fait obligation aux Banques de Financement d’acheter ces titres lorsque la Banque Centrale le déciderait.

Le problème d’atteindre l’objectif étant facilement réglé, la difficulté se déplace vers la détermination de l’objectif. A quel niveau fixer la quantité de monnaie en circulation ? Ceci revient à se demander de combien l’économie va croître en valeur, c’est-à-dire de combien elle va croître en volume et de combien les prix vont augmenter pour une raison autre que monétaire (notamment inflation par les coûts).  Ces questions dépassent  le cadre de notre étude, qui veut avant tout proposer des solutions aux problèmes monétaires. Le fait qu’on se pose enfin des questions concernant la croissance de l’économie réelle montrerait que nous serions arrivés à notre but, qui est de mettre la monnaie au service de l’économie réelle au lieu de lui nuire.

D.2 La vitesse de circulation de la monnaie :

Les objectifs de niveau quantitatif de la masse monétaire ne peuvent être fixés que si la vitesse de circulation de la monnaie est constante, ou si on tient compte de son évolution dans les objectifs quantitatifs.

L’expérience prouve que cette vitesse de circulation varie beaucoup moins vite que la quantité, en dehors des périodes d’hyperinflation et des périodes de création monétaire débridée dans la sphère financière. Elle dépend alors de l’évolution des moyens de paiement dont le perfectionnement induit une tendance à réduire les encaisses, des taux d’intérêt créditeurs réels (les taux élevés favorisant l’épargne au détriment des encaisses oisives), et de l’inflation, qui incite à dépenser plus vite. Mais, encore une fois en dehors des périodes troublées et notamment de celles d’hyperinflation, l’inertie des agents économiques aux variations de ces causes est très importante. Par conséquent, une prévision annuelle de masse monétaire pourrait la plupart du temps se faire en supposant constante la vitesse de circulation.

Si toutefois on voulait agir sur cette vitesse, on n’est pas complètement démuni. Si elle est trop faible ou instable, on peut taxer les encaisses. Si elle est trop rapide, on peut les subventionner en les rémunérant.

D.3 L’influence de l’extérieur :

Dans tout ce qui précède nous avons supposé une économie fermée. Il nous faut maintenant considérer le monde réel et examiner comment le système de la monnaie totalement garantie peut s’y insérer.

Dans un premier temps nous devons nous demander comment se font les changes de devises dans un système à garantie totale qui serait mis en œuvre dans les 2 pays partenaires. Pour montrer les implications, nous allons partir d’un règlement transfrontière, un agent X en Europe désirant payer 120$, soit 100€, à un fournisseur Y aux USA. Actuellement, en régime de liberté de changes, les banques centrales ne sont pas impliquées. En supposant pour simplifier, que la Banque E située en Europe ait un compte courant en dollars chez la Banque A située aux USA, on a simplement les mouvements suivants

Si la Banque E n’avait pas de compte chez la Banque A, il y aurait apparition d’une dette de la banque A vers la banque B, qui serait compensé en final par des emprunts ou des prêts sur les marchés des changes internationaux.

Mais le point important est que la masse monétaire en Europe a baissé de 100€, tandis qu’elle a augmenté de 120$ aux USA, alors que les garanties dans les Banques Centrales n’ont pas bougé. La garantie devient donc surabondante en Europe et insuffisante aux USA. Le système de la monnaie complètement garantie est donc incompatible avec une liberté totale des changes. La transaction ci-dessus doit impliquer les Banques Centrales, c’est-à-dire que l’agent X doit obtenir ses dollars de la BCE, qui les a en réserve car elle les a achetés à la banque centrale américaine que nous appelons ici BCA. Celle-ci reçoit en échange des euros.

Les dettes et créances sont maintenant constatées au niveau des banques centrales et les comptes des CSM en monnaie centrale, qui constituent la garantie des comptes courants, se sont ajustés au nouveau montant des comptes courants.

Cette obligation de passage des mouvements de devises par la banque centrale ne doit pas nous étonner car il est bien connu que les apports de devises étrangères génèrent de la monnaie domestique tandis que les sorties de devises en détruisent. Il est donc nécessaire que, pour contrôler la génération monétaire et sa garantie, la banque centrale doive aussi contrôler les mouvements de devises. Ceci a l’inconvénient de supprimer encore une liberté des organismes financiers. Mais il a l’avantage de contrôler un des facteurs d’instabilité du système monétaire international et de pouvoir mettre en œuvre plus facilement entre les deux pays partenaires des mécanismes de régulation des fluctuations de changes.

Si maintenant un seul des deux pays partenaires fonctionne avec monnaie totalement garantie, on extrapole facilement comment il doit procéder. Ici aussi les transactions des agents domestiques avec l’extérieur doivent passer par leur banque centrale, qui alors obtient les devises soit sur le marché international des changes, soit par accords bilatéraux avec les autres banques centrales.

Conclusion

Le système proposé ici peut paraître trop dirigiste tant la volonté de nouvelles régulations, née après la dernière crise, semble s’être déjà estompée. En réalité, si rien n’est fait pour contrôler la création monétaire, de nouvelles crises financières sont inéluctables, jusqu’au jour où une d’entre elles, plus grave que les autres, emportera l’économie mondiale.

Le système de la monnaie totalement garantie est relativement simple à mettre en œuvre, il a été validé par la réflexion de nombreux économistes dont certains parmi les plus grands, et il supprime à la racine les causes profondes des crises financières. Sans prétendre résoudre ainsi tous les problèmes de l’économie mondiale, il fournit au moins les conditions d’une plus grande stabilité monétaire.

Bibliograhie

Allais M. Nombreux écrits sur le sujet depuis « Economie et Intérêts » (1947) Editions Clément Juglar en 1988 (2nde édition), jusqu’à « Les fondements de la dynamique monétaire » (2001) Editions Clément Juglar

Créel J. et Sterdyniak H. « Pour en finir avec la masse monétaire » (1999) Revue Economique Vol.50 p.523-533

Fisher I. « 100% Money » (1935) réédité comme « The work of Irving Fisher » (1996) Pickering & Chatto

Friedman M. « A Program for Monetary Stability » (1960), Fordham Univ. Press

Gomez C. « Une “vieille” idée peut-elle sauver l’économie mondiale ?  » (2010) Université Blaise Pascal IUFM Auvergne  (http://osonsallais.files.wordpress.com/2010/02/gomez-100.pdf)

Minsky H.P. « Can “It” Happen Again? » (1984) Essays on Instability and Finance M.E. Sharpe

Ricardo D. « Des Principes de l’Economie Politique et de l’Impôt » (1821) Chap.27

Tobin J. « Financial Innovation and Deregulation in Perspective » 2nd Int. Conf.of the Institute for Monetary and Economic Studies, Bank of Japan, Tokyo, May 29-31


[1] Erasme ; Chômage et Monnaie.

[2] Pour préserver un système supposé le meilleur, on stérilise des capitaux qui pourraient être mieux employés ailleurs. La structure actuelle n’est donc pas optimale de ce point de vue.

[3] En effet, si seul l’Etat peut monétiser sa dette, la monnaie centrale qu’il perçoit se retrouve, dès qu’il l’a dépensée, au compte des banques dont les clients reçoivent l’équivalent de la dépense de l’Etat. La garantie à 100% est réalisée si en même temps on assujettit les banques à un taux de Réserves Obligatoires de 100%.

[4] La zone monétaire concernée par la réforme est celle supervisée par une banque centrale. Pour fixer les idées, on peut prendre comme exemple la zone euro et la BCE.

[5] Nous conservons la terminologie Gomez-Allais des fonctions bancaires et des établissements associés.

[6] Nous n’avons pu trouver cette référence pour l’instant.

[7] Après une carrière universitaire, il a occupé des fonctions importantes dans la banque d’investissement d’une grande institution financière, tant en Europe qu’en Asie.

[8] Il y a toujours une telle inscription ad’ hoc lorsque la Banque centrale donne de la monnaie qui ne sera pas remboursée. Par exemple elle avait inscrit « Avances au Trésor » lorsqu’elle créditait le Trésor d’avances non remboursables.

[9] Pour le fonctionnement du système monétaire, il n’y a aucune nécessité que les BF aient un compte en banque centrale.


223 – Revenir à la réflexion d’Allais

15 décembre 2011

Maurice Allais

Voici un texte essentiel d’un homme important, Maurice Allais , résumé par Étienne Chouard qui présente ainsi ce résumé : "ce fut d’abord un article clairvoyant et décapant publié dans Le Figaro des 12, 19 et 26 octobre 1998, dans la rubrique Opinions ; puis il fut repris et annoté dans un livre passionnant publié aux courageuses éditions Clément Juglar : de nombreuses notes et annexes supplémentaires que vous trouverez dans le livre (pas ici) permettent à l’auteur de répondre aux objections qu’on lui a présentées. L’ensemble est remarquable, vivant, utile : c’est de l’économie politique, à usage citoyen. "

Lien sur une version plus soignée et plus complète de cette page

 ou

 http://etienne.chouard.free.fr/Europe/messages_recus/La_crise_mondiale_d_aujourd_hui_Maurice_Allais_1998.pdf

PLAN

1. La grande dépression de 1929-1934 et ses enseignements essentiels
1.1. La hausse des cours et leur effondrement
1.2. Une hausse des cours de bourse démesurée au regard de l’économie réelle1.3. La dépression1.4. Un endettement excessif
1.5. Des mouvements massifs de capitaux et des dévaluations compétitives1.6. Facteurs psychologiques et facteurs monétaires1.7. La grande dépression de 1929-1934 et le mécanisme du crédit
1.8. Rien de fondamentalement nouveau dans la crise de 1929

2. La crise mondiale d’aujourd’hui
2.1. La propagation de la crise2.2. La crise mondiale d’aujourd’hui et la Grande Dépression. De profondes similitudes2.3. La création et la destruction de moyens de paiement par le mécanisme du crédit
2.4. Le financement d’investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme2.5. Le développement d’un endettement gigantesque2.6. Une spéculation massive2.7. Un système financier et monétaire fondamentalement instable2.8. L’effondrement de la doctrine laissez-fairiste mondialiste

3. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires3.1 Des facteurs majeurs3.2. Le système du crédit
3.3. La réforme de l’indexation. La stabilisation de la valeur réelle de l’unité de compte3.4. La réforme des marchés boursiers3.5. La réforme du système monétaire international
3.6. Les vérités établies [les dogmes] contre la raison

 

OOOOO

La crise mondiale d’aujourd’hui
Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires

1. La grande dépression de 1929-1934 et ses enseignements essentiels

La crise de 1929 a été la conséquence de l’expansion déraisonnable des crédits boursiers qui l’a précédée aux États-Unis et de la montée extravagante des cours de Bourse qu’elle a suscitée.

Au regard de la crise mondiale actuelle, rien n’est plus instructif, à bien des égards, que la Grande dépression de 1929-1934. Comme l’a écrit autrefois Vilfredo PARETO : « Il est tout aussi certain que l’histoire ne se répète jamais identiquement qu’il est certain qu’elle se répète toujours en certaines parties que nous pouvons dire principales […] Les faits du passé et ceux du présent se prêtent un mutuel appui […] pour leur compréhension réciproque. »

1.1. La hausse des cours et leur effondrement

Aux États-Unis, l’indice Dow Jones des valeurs industrielles est passé de 121 le 2 janvier 1925 à 381 le 3 septembre 1929, soit une hausse de 215 % en quatre ans et huit mois. Il s’est effondré à 230 le 30 octobre, soit une baisse de 40 % en deux mois correspondant pour certaines actions à des baisses bien plus grandes encore.

L’indice Dow Jones n’a atteint son minimum de 41,2 que le 8 juillet 1932, soit une baisse de 89 % en trois ans. Il n’a retrouvé son cours du 2 janvier 1925 que le 24 juin 1935, et son cours du 3 septembre 1929 que le 16 novembre 1954.

La baisse des cours de Bourse de 1929 à 1932, avec toutes ses séquelles, représente probablement un des plus spectaculaires effondrements d’une hausse spéculative des cours que le monde ait jamais connu.

Tant que la Bourse a monté, ceux qui achetaient, le plus souvent à crédit, voyaient leurs prévisions confirmées le lendemain par la hausse des cours, et jour après jour la hausse venait justifier les prévisions de la veille.

La hausse s’est poursuivie jusqu’à ce que certains opérateurs aient été amenés à considérer que les actions étaient manifestement considérablement surévaluées, et ils se sont mis à vendre, voire même à spéculer à la baisse. Dès que les cours n’ont plus monté, ils ont commencé à baisser, et la baisse a alors justifié la baisse, en entraînant à sa suite un pessimisme généralisé. La baisse ne pouvait plus alors que s’amplifier.

1.2. Une hausse des cours de bourse démesurée au regard de l’économie réelle

À la veille même du Jeudi noir du 24 octobre 1929, où le Dow Jones est tombé à 299, en baisse de 22 % depuis son maximum de 381 du 3 septembre 1929, la presque totalité des meilleurs économistes, dont par exemple le grand économiste américain Irving FISHER, considérait que la hausse de la Bourse américaine était parfaitement justifiée par la prospérité de l’économie, la stabilité générale des prix et les perspectives favorables de l’économie américaine.

Cependant, à première vue, la hausse des cours de Bourse de 215 %, de 1925 à 1929, apparaît incompréhensible au regard de l’évolution de l’économie américaine, en termes réels. En effet, de 1925 à 1929, en quatre ans, le produit national brut réel ne s’était élevé que de 13 %, la production industrielle de 21 % seulement, et le taux de chômage était resté stationnaire au niveau de 3 %. Dans la même période, le produit national brut nominal ne s’était élevé que de 11 % ; le niveau général des prix avait baissé de 2 % ; la masse monétaire (monnaie en circulation plus dépôts à vue et à temps) ne s’était élevée que d’environ 11 % [1] .

Cependant, de janvier 1925 à août 1929, la vitesse de circulation des dépôts dans les banques américaines à New York s’était élevée de 140 %. C’est cette augmentation de la vitesse de circulation des dépôts dans les banques de New York qui a permis l’augmentation des cours de Wall Street. [2]

1.3. La dépression

La vague de pessimisme que le krach boursier de 1929 a engendré, a entraîné, de 1929 à 1932, une contraction d’environ 20 % de la masse monétaire et d’environ 30 % des dépôts bancaires [3]. Dans le même temps, la Federal Reserve essayait, mais vainement, de s’opposer à cette contraction en accroissant la monnaie de base de 9 %.

Les spéculateurs, qui avaient acheté des actions avec des fonds empruntés à court terme, se sont vus contraints d’emprunter à nouveau à des taux d’intérêt très élevés, voire à vendre à n’importe quel prix pour faire face à leurs engagements. Des retraits massifs de certains dépôts ont entraîné les faillites d’un grand nombre de banques [4], d’où une contraction accrue de la masse monétaire.

Ce pessimisme, ce climat de détresse et cette contraction de la masse monétaire ont entraîné une diminution du produit national brut nominal de 44 %, du produit national brut réel de 29 %, de la production industrielle de 40 %, et de l’indice général des prix de 21 %.

Le taux de chômage est passé de 3,2 % en 1929 à 25 % en 1933, soit 13 millions de chômeurs, [5] pour une population active de 51 millions. La population totale des États-Unis n’était alors que d’environ 120 millions.

1.4. Un endettement excessif

La Grande Dépression a été considérablement aggravée dans son déroulement par le surendettement qui s’était développé avant le krach boursier de 1929, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des États-Unis.

  • · À l’intérieur des États-Unis, le montant global des dettes des particuliers et des entreprises[6], correspondant en grande partie à des crédits bancaires, s’était considérablement accru de 1921 à 1929. En 1929, il représentait environ 1,6 fois le produit national brut américain. Au regard de la baisse des prix et de la diminution de la production au cours de la Grande Dépression, le poids de ces dettes s’est révélé insupportable.

Parallèlement, de 1921 à 1929, l’endettement de l’État fédéral et celui des États et des municipalités s’étaient également considérablement accrus. En 1929, ils représentaient respectivement environ 16,3 % et 13,2 % du PNB américain.

  • · À l’extérieur des États-Unis, le montant des réparations dues par l’Allemagne avait été fixé en 1921 à 33 milliards de dollars, représentant environ 32 % du PNB américain en 1929. Au titre des dettes de guerre, [7] les nations européennes devaient aux États-Unis environ 11,6 milliards de dollars, représentant environ 11 % du PNB américain.

Enfin, des prêts privés, principalement bancaires, avaient été consentis, principalement à l’Allemagne, pour un montant global de 14 milliards de dollars en 1929, représentant environ 13,5 % du PNB américain.

Les dettes de guerre s’étaient révélées impayables. L’Allemagne n’avait pu s’acquitter que très partiellement de ses obligations, et cela principalement avec des fonds empruntés.

Le développement de la Grande Dépression a été considérablement aggravé par les charges de toutes ces dettes et par les mouvements internationaux de capitaux à court terme qui en sont résultés, par suite des interdépendances complexes de toutes sortes entre les économies européennes et l’économie américaine. En fait, toutes ces dettes ont dû être réduites et rééchelonnées au cours de la Grande Dépression.

1.5. Des mouvements massifs de capitaux et des dévaluations compétitives

À partir des États-Unis, la Grande Dépression s’est étendue dans tout l’Occident, générant partout l’effondrement des économies, le chômage, la misère et la détresse.

À la suite de l’abandon de l’étalon or, en septembre 1931, par la Grande-Bretagne, se sont succédé des dévaluations en chaîne. La plus spectaculaire a correspondu à l’abandon de l’étalon or par les États-Unis en avril 1933.

Toute cette période peut se caractériser à la fois par des spéculations sur les monnaies, des mouvements massifs de capitaux, des dévaluations compétitives et des politiques protectionnistes des différents pays pour essayer de se protéger des désordres extérieurs.

Finalement, vers la fin de 1936, les relations de change entre les principales monnaies n’étaient pas très différentes de ce qu’elles étaient en 1930, avant que le cycle des dévaluations n’ait commencé.

1.6. Facteurs psychologiques et facteurs monétaires

Si la hausse des cours de Bourse, de 1925 à 1929, a quelque chose d’incompréhensible au regard de l’évolution de l’économie américaine en termes réels pendant la même période, la baisse de l’activité économique en termes réels, de 1929 à 1932, n’en apparaît pas moins aussi étonnante, au moins à première vue. Comment est-il donc possible que la chute des cours boursiers ait pu induire par elle-même une telle diminution de l’activité économique ?

En réalité, ces deux phénomènes, qui à première vue apparaissent quelque peu paradoxaux, s’éclairent parfaitement dès que l’on considère à la fois les facteurs psychologiques et les facteurs monétaires.

Lorsque la conjoncture est favorable, les encaisses désirées diminuent et, de ce fait, la dépense globale augmente. Lorsqu’elle est défavorable, les encaisses désirées augmentent et la dépense globale diminue [8]. De même, la croyance dans la hausse suscite la création ex nihilo de moyens de paiements bancaires et l’appréhension de la baisse engendre la destruction des moyens de paiement antérieurement créés ex nihilo.[9]

La hausse entraîne la hausse et la baisse entraîne la baisse. Pour les spéculateurs à la hausse ou à la baisse des actions, ce n’était pas les « fondamentaux » qui étaient considérés, mais c’était l’appréciation psychologique de ce que les autres allaient faire.

1.7. La grande dépression de 1929-1934 et le mécanisme du crédit

L’origine et le développement de la Grande Dépression de 1929-1934 représentent certainement la meilleure illustration que l’on puisse donner des effets nocifs du mécanisme du crédit :

  • Øla création de monnaie ex nihilo par le système bancaire ;
  • Øla couverture fractionnaire des dépôts ;
  • Øle financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme ;
  • Øle financement de la spéculation par le crédit
  • Øet les variations de la valeur réelle de la monnaie et de l’activité économique qui en résultent.

L’ampleur de la crise de 1929 a été la conséquence inévitable de l’expansion déraisonnable des crédits boursiers qui l’a précédée aux États-Unis et de la montée extravagante des cours de Bourse qu’elle a permise, sinon suscitée.

Au regard de la prospérité de l’économie et de la montée des cours jusqu’en 1929, le diagnostic de l’opinion dominante était aussi général qu’affirmatif. Il s’agissait d’une « New Era », d’une nouvelle ère de prospérité générale, qui s’ouvrait au monde entier.

Cependant, l’analyse qui précède montre avec quelle prudence on doit considérer la prospérité d’une économie en termes réels, dès lors que se développent des déséquilibres potentiels, à première vue mineurs en valeur relative, mais susceptibles d’entraîner, lorsqu’ils se concrétisent et se cumulent, de profondes modifications de la psychologie collective.

1.8. Rien de fondamentalement nouveau dans la crise de 1929

Ce qui, pour l’essentiel, explique le développement de la New Era, aux États-Unis et dans le monde, dans les années qui ont précédé le krach de 1929, c’est l’ignorance, une ignorance profonde de toutes les crises du XIXème siècle et de leur signification réelle.

La crise de 1929-1934 n’était en fait qu’une répétition particulièrement marquée des crises qui s’étaient succédé au XIXème siècle[10], et dont sans doute la crise de 1873-1879 avait été une des plus significatives.

En fait, toutes les grandes crises des XVlIIème, XIXème et XXème siècles ont résulté du développement excessif des promesses de payer et de leur monétisation. [11] [12]

Partout et à toute époque, les mêmes causes génèrent les mêmes effets et ce qui doit arriver arrive.

Les économistes les plus lucides, comme Clément Juglar et Irving Fisher [13], ont analysé avec pénétration les mécanismes des crises, leur génération et leur développement. Malheureusement, ils sont restés méconnus et ils n’ont pas été écoutés. Si on avait pleinement reçu leurs messages, si on avait pleinement compris leurs analyses, la situation d’aujourd’hui serait tout autre.

2. La crise mondiale d’aujourd’hui

2.1. La propagation de la crise

À partir de juin 1997 une crise monétaire et financière s’est déclenchée en Asie et elle se poursuit actuellement. Le déroulement de cette crise, dont nul n’avait prévu la soudaineté et l’ampleur, a été très complexe, mais en 1997 et 1998, et pour l’essentiel, on peut distinguer trois phases : de juin à décembre 1997, de janvier à juin 1998 et de juin 1998 à octobre 1998[14].

  • · La première phase, de juin à décembre 1997, purement asiatique, a débuté avec une très forte spéculation à la baisse de la monnaie thaïlandaise, aboutissant à sa dévaluation de 18 % le 2 juillet 1997. Cette période a été marquée par la chute des monnaies et des Bourses des pays asiatiques : la Thaïlande, la Malaisie, l’Indonésie, les Philippines, Taïwan, Singapour, Hongkong, la Corée du Sud. La chute moyenne de leurs indices boursiers a été d’environ 40 %. Par rapport au dollar, les monnaies de la Thaïlande, de la Corée, de la Malaisie et de l’Indonésie se sont dépréciées respectivement d’environ 40 %, 40 %, 50 % et 70 %.
  • · La deuxième phase, de décembre 1997 à juin 1998, a donné lieu, après une courte reprise en janvier-février, à de nouvelles chutes des Bourses asiatiques. Pour l’ensemble de la période, la chute moyenne des cours a été d’environ 20 %.

Le fait marquant de cette période a été le rapatriement aux États-Unis et en Europe des capitaux prêtés à court terme en Asie, entraînant par-là même des hausses des cours de bourse aux États-Unis et en Europe. La hausse a été particulièrement marquée à Paris, où le CAC 40 a augmenté d’environ 40 % de décembre 1997 à juillet 1998, hausse deux fois plus forte qu’à New York.

La fin de cette période a été marquée par une très forte baisse des matières premières et un effondrement de la Bourse de Moscou d’environ 60 %.

Au cours de cette période, les difficultés des intermédiaires financiers au Japon se sont aggravées et le yen a continué à se déprécier. De fortes tensions monétaires se sont également manifestées en Amérique latine.

  • · La troisième phase a débuté en juillet 1998, avec de très fortes tensions politiques, économiques et monétaires en Russie[15]. Le rouble n’a plus été convertible. Le 2 septembre, il avait perdu 70 % de sa valeur et une hyperinflation s’était déclenchée.

Cette situation a suscité de très fortes baisses des actions aux États-Unis et en Europe. La baisse à Paris du CAC 40, d’environ 30 %, a été spectaculaire.

Elle s’est répandue rapidement dans le monde entier. Personne aujourd’hui n’apparaît réellement capable de prévoir l’avenir avec quelque certitude.

  • · Dans les pays asiatiques, qui ont subi des baisses considérables de leurs monnaies et de leurs Bourses, les fuites spéculatives de capitaux ont entraîné de très graves difficultés sociales. Ce qui est pour le moins affligeant, c’est que les grandes institutions internationales sont bien plus préoccupées par les pertes des spéculateurs (indûment qualifiés d’investisseurs) que par le chômage et la misère suscités par cette spéculation.
  • · De profondes similitudes apparaissent entre la crise mondiale d’aujourd’hui et la Grande Dépression de 1929-1934 : la création et la destruction de moyens de paiement par le système du crédit, le financement d’investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme, le développement d’un endettement gigantesque, une spéculation massive sur les actions et les monnaies, un système financier et monétaire fondamentalement instable.

2.2. La crise mondiale d’aujourd’hui et la Grande Dépression. De profondes similitudes

Cependant, des différences majeures existent entre les deux crises. Elles correspondent à des facteurs fondamentalement aggravants.

  • · En 1929 , le monde était partagé entre deux zones distinctes : d’une part, l’Occident, essentiellement les États-Unis et l’Europe et, d’autre part, le monde communiste, la Russie soviétique et la Chine. Une grande part du tiers-monde d’aujourd’hui était sous la domination des empires coloniaux, essentiel­lement ceux de la Grande-Bretagne et de la France.

Aujourd’hui, depuis les années 70, une mondialisation géographiquement de plus en plus étendue des économies s’est développée, incluant les pays issus des anciens empires coloniaux, la Russie et les pays de l’Europe de l’Est depuis la chute du Mur de Berlin en 1989. La nouvelle division du monde se fonde sur les inégalités de développement économique.

Il y a ainsi entre la situation de 1929 et la situation actuelle une différence considérable d’échelle, c’est le monde entier qui actuellement est concerné. 

  • · Depuis les années 70, une seconde différence, majeure également et sans doute plus aggravante encore, apparaît relativement à la situation du monde de 1929.

Une mondialisation précipitée et excessive a entraîné par elle-même des difficultés majeures. Une instabilité sociale potentielle est apparue partout, une accentuation des inégalités particulièrement marquée aux États-Unis, et un chômage massif en Europe occidentale.

La Russie et les pays de l’Europe de l’Est ont rencontré également des difficultés majeures en raison d’une libéralisation trop hâtive.

Alors qu’en 1929 le chômage n’est apparu en Europe qu’à la suite de la crise financière et monétaire, un chômage massif se constate déjà aujourd’hui au sein de l’Union européenne, pour des causes très différentes, et ce chômage ne pourrait qu’être très aggravé si la crise financière et monétaire mondiale d’aujourd’hui devait se développer.

  • · En fait, on ne saurait trop insister sur les profondes similitudes, tout à fait essentielles, qui existent entre la crise d’aujourd’hui et les crises qui l’ont précédée, dont la plus significative est sans doute celle de 1929. Ce qui est réellement important, en effet, ce n’est pas tant l’analyse des modalités relativement complexes, des « technicalities » de la crise actuelle, qu’une compréhension profonde des facteurs qui l’ont générée.

De cette compréhension dépendent en effet un diagnostic correct de la crise actuelle et l’élaboration des réformes qu’il conviendrait de réaliser pour mettre fin aux crises qui ne cessent de ravager les économies depuis au moins deux siècles, toujours de plus en plus fortes en raison de leur extension progressive au monde entier.

2.3. La création et la destruction de moyens de paiement par le mécanisme du crédit

  • Fondamentalement, le mécanisme du crédit aboutit à une création de moyens de paiement ex nihilo, car le détenteur d’un dépôt auprès d’une banque le considère comme une encaisse disponible, alors que, dans le même temps, la banque a prêté la plus grande partie de ce dépôt qui, redéposée ou non dans une banque, est considérée comme une encaisse disponible par son récipiendaire. À chaque opération de crédit il y a ainsi duplication monétaire. Au total, le mécanisme du crédit aboutit à une création de monnaie ex nihilo par de simples jeux d’écriture [16]. Reposant essentiellement sur la couverture fractionnaire des dépôts, il est fondamentalement instable.

Le volume des dépôts bancaires dépend en fait d’une double décision, celle de la banque de s’engager à vue et celle des emprunteurs de s’endetter. Il résulte de là que le montant global de la masse monétaire est extrêmement sensible aux fluctuations conjoncturelles. Il tend à croître en période d’optimisme et à décroître en période de pessimisme,d’où des effets déstabilisateurs.

En fait, il est certain que, pour la plus grande part, l’ampleur de ces fluctuations résulte du mécanisme du crédit et que, sans l’amplification de la création (ou de la destruction) monétaire par la voie bancaire, les fluctuations conjoncturelles seraient considérablement atténuées, sinon totalement supprimées [17].

  • · De tout temps, on a pu parler des « miracles du crédit ». Pour les bénéficiaires du crédit, il y a effectivement quelque chose de miraculeux dans le mécanisme du crédit puisqu’il permet de créer ex nihilo un pouvoir d’achat effectif qui s’exerce sur le marché, sans que ce pouvoir d’achat puisse être considéré comme la rémunération d’un service rendu.

Cependant, autant la mobilisation d’« épargnes vraies » par les banques pour leur permettre de financer des investissements productifs est fondamentalement utile, autant la création de « faux droits » par la création monétaire est fondamentalement nocive, tant du point de vue de l’efficacité économique qu’elle compromet par les distorsions de prix qu’elle suscite que du point de vue de la distribution des revenus qu’elle altère et rend inéquitable.

2.4. Le financement d’investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme

Par l’utilisation des dépôts à vue et à court terme de ses déposants, l’activité d’une banque aboutit à financer des investissements à moyen ou long terme correspondant aux emprunts qu’elle a consentis à ses clients. Cette activité repose ainsi sur l’échange de promesses de payer à un terme donné de la banque contre des promesses de payer à des termes plus éloignés des clients moyennant le paiement d’intérêts.

Les totaux de l’actif et du passif du bilan d’une banque sont bien égaux, mais cette égalité est purement comptable, car elle repose sur la mise en parallèle d’éléments de nature différente : au passif, des engagements à vue et à court terme de la banque ; à l’actif, des créances à plus long terme correspondant aux prêts effectués par la banque.

De là résulte une instabilité potentielle permanente du système bancaire dans son ensemble puisque les banques sont à tout moment dans l’incapacité absolue de faire face à des retraits massifs des dépôts à vue ou des dépôts à terme arrivant à échéance, leurs actifs n’étant disponibles qu’à des termes plus éloignés.

Si tous les investissements dans les pays sous-développés avaient été financés par les banques, grâce à des prêts privés d’une maturité au moins aussi éloignée, et si le financement des déficits de la balance des transactions courantes des États-Unis était uniquement assuré par des investissements étrangers à long terme aux États-Unis, tous les déséquilibres n’auraient qu’une portée beaucoup plus réduite, et il n’existerait aucun risque majeur.

Ce qui, par contre, est éminemment dangereux, c’est l’amplification des déséquilibres par le mécanisme du crédit et l’instabilité du système financier et monétaire tout entier, sur le double plan national et international, qu’il suscite. Cette instabilité a été considérablement aggravée par la totale libération des mouvements de capitaux dans la plus grande partie du monde.

2.5. Le développement d’un endettement gigantesque

À partir de 1974, le développement universel des crédits bancaires et l’inflation massive qui en est résultée ont abaissé pour une décennie les taux d’intérêt réels à des valeurs très faibles, voire négatives, génératrices à la fois d’inefficacité et de spoliation. À des épargnes vraies se sont substitués des financements longs à partir d’une création monétaire ex nihilo. Les conditions de l’efficacité comme celles de l’équité s’en sont trouvées compromises. Le fonctionnement du système a abouti tout à la fois à un gaspillage de capital et à une destruction de l’épargne.

  • · C’est grâce à la création monétaire que, pour une large part, les pays en voie de développement ont été amenés à mettre en place des plans de développement trop ambitieux, et à vrai dire déraisonnables, et à remettre à plus tard les ajustements qui s’imposaient, tant il est facile d’acheter, dès lors qu’on peut se contenter de payer avec des promesses de payer.

Par nécessité, la plupart des pays débiteurs ont été amenés à se procurer par de nouveaux emprunts les ressources nécessaires à la fois pour financer les amortissements et les intérêts de leurs dettes et pour réaliser de nouveaux investissements. Peu à peu, cependant, la situation est devenue intenable.

  • · Parallèlement, l’endettement des administrations publiques des pays développés en pourcentage du produit national brut et la charge des intérêts en pourcentage des dépenses publiques ont atteint des niveaux difficilement supportables.

2.6. Une spéculation massive

Depuis 1974, une spéculation massive s’est développée à l’échelle mondiale. La spéculation sur les monnaies et la spéculation sur les actions, les obligations et les produits dérivés en représentent deux illustrations significatives.

  • · La substitution, en mars 1973, du système des changes flottants au système des parités fixes, mais révisables, a accentué l’influence de la spéculation sur les changes alimentée par le crédit. Associé au système des changes flottants, le système du crédit tel qu’il fonctionne actuellement a puissamment contribué à l’instabilité profonde des taux de change depuis 1974.

Pendant toute cette période, une spéculation effrénée s’est développée sur les taux de change relatifs des principales monnaies, le dollar, le deutschemark et le yen, chaque monnaie pouvant être achetée à crédit contre une autre, grâce au mécanisme du crédit.

  • · La spéculation sur les actions et les obligations a été tout aussi spectaculaire. À New York, et depuis 1983, se sont développés à un rythme exponentiel de gigantesques marchés sur les « stock-index futures », les « stock-index options », les « options on stock-index futures », puis les « hedge funds » et tous « les produits dérivés » présentés comme des panacées.

Ces marchés à terme, où le coût des opérations est beaucoup plus réduit que sur les opérations au comptant et où pour l’essentiel les positions sont prises à crédit, ont permis une spéculation accrue et généré une très grande instabilité des cours. Ils ont été accompagnés d’un développement accéléré de fonds spéculatifs, les "hedge-funds".

En fait, sans la création de monnaie et de pouvoir d’achat ex nihilo que permet le système du crédit, jamais les hausses extraordinaires des cours de bourse que l’on constate avant les grandes crises ne seraient possibles, car à toute dépense consacrée à l’achat d’actions, par exemple, correspondrait quelque part une diminution d’un montant équivalent de certaines dépenses, et tout aussitôt se développeraient des mécanismes régulateurs tendant à enrayer toute spéculation injustifiée.

  • · Qu’il s’agisse de la spéculation sur les monnaies ou de la spéculation sur les actions, ou de la spéculation sur les produits dérivés, le monde est devenu un vaste casino où les tables de jeu sont réparties sur toutes les longitudes et toutes les latitudes. Le jeu et les enchères, auxquelles participent des millions de joueurs, ne s’arrêtent jamais. Aux cotations américaines se succèdent les cotations à Tokyo et à Hongkong, puis à Londres, Francfort et Paris.

Partout, la spéculation est favorisée par le crédit puisqu’on peut acheter sans payer et vendre sans détenir. On constate le plus souvent une dissociation entre les données de l’économie réelle et les cours nominaux déterminés par la spéculation.

Sur toutes les places, cette spéculation, frénétique et fébrile, est permise, alimentée et amplifiée par le crédit. Jamais dans le passé elle n’avait atteint une telle ampleur.

2.7. Un système financier et monétaire fondamentalement instable

L’économie mondiale tout entière repose aujourd’hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s’était constatée. Jamais sans doute il n’est devenu plus difficile d’y faire face. Jamais sans doute une telle instabilité potentielle n’était apparue avec une telle menace d’un effondrement général.

Toutes les difficultés rencontrées résultent de la méconnaissance d’un fait fondamental, c’est qu’aucun système décentralisé d’économie de marchés ne peut fonctionner correctement si la création incontrôlée ex nihilo de nouveaux moyens de paiement permet d’échapper, au moins pour un temps, aux ajustements nécessaires. Il en est ainsi toutes les fois que l’on peut s’acquitter de ses dépenses ou de ses dettes avec de simples promesses de payer, sans aucune contrepartie réelle, directe ou indirecte, effective.

Devant une telle situation, tous les experts sont à la recherche de moyens, voire d’expédients, pour sortir des difficultés, mais aucun accord réel ne se réalise sur des solutions définies et efficaces.

Pour l’immédiat, la presque totalité des experts ne voient guère d’autre solution, au besoin par des pressions exercées sur les banques commerciales, les Instituts d’émission et le FMI, que la création de nouveaux moyens de paiement permettant aux débiteurs et aux spéculateurs de faire face au paiement des amortissements et des intérêts de leurs dettes, en alourdissant encore par là même cette charge pour l’avenir.

Au centre de toutes les difficultés rencontrées, on trouve toujours, sous une forme ou une autre, le rôle néfaste joué par le système actuel du crédit et la spéculation massive qu’il permet. Tant qu’on ne réformera pas fondamentalement le cadre institutionnel dans lequel il joue, on rencontrera toujours, avec des modalités différentes suivant les circonstances, les mêmes difficultés majeures. Toutes les grandes crises du XIXème et du XXème siècle ont résulté du développement excessif des promesses de payer et de leur monétisation.

Particulièrement significative est l’absence totale de toute remise en cause du fondement même du système de crédit tel qu’il fonctionne actuellement, savoir la création de monnaie ex nihilo par le système bancaire et la pratique généralisée de financements longs avec des fonds empruntés à court terme.

En fait, sans aucune exagération, le mécanisme actuel de la création de monnaie par le crédit est certainement le "cancer" qui ronge irrémédiablement les économies de marchés de propriété privée.

2.8. L’effondrement de la doctrine laissez-fairiste mondialiste

Depuis deux décennies, une nouvelle doctrine s’était peu à peu imposée, la doctrine du libre-échange mondialiste, impliquant la disparition de tout obstacle aux libres mouvements des marchandises, des services et des capitaux.

  • · Suivant cette doctrine, la disparition de tous les obstacles à ces mouvements serait une condition à la fois nécessaire et suffisante d’une allocation optimale des ressources à l’échelle mondiale. Tous les pays et, dans chaque pays, tous les groupes sociaux verraient leur situation améliorée.

Le marché, et le marché seul, était considéré comme pouvant conduire à un équilibre stable, d’autant plus efficace qu’il pouvait fonctionner à l’échelle mondiale. En toutes circonstances, il convenait de se soumettre à sa discipline.

Les partisans de cette doctrine, de ce nouvel intégrisme, étaient devenus aussi dogmatiques que les partisans du communisme avant son effondrement définitif avec la chute du Mur de Berlin en 1989. Pour eux, l’application de cette doctrine libre-échangiste mondialiste s’imposait à tous les pays et, si des difficultés se présentaient dans cette application, elles ne pouvaient être que temporaires et transitoires.

Pour tous les pays en voie de développement, leur ouverture totale vis-à-vis de l’extérieur était une condition nécessaire et la preuve en était donnée, disait-on, par les progrès extrêmement rapides des pays émergents du Sud-Est asiatique. Là se trouvait, répétait-on constamment, un pôle de croissance majeur pour tous les pays occidentaux.

Pour les pays développés, la suppression de toutes les barrières tarifaires ou autres était une condition de leur croissance, comme le montraient décisivement les succès incontestables des tigres asiatiques, et, répétait-on encore, l’Occident n’avait qu’à suivre leur exemple pour connaître une croissance sans précédent et un plein-emploi [18]. Tout particulièrement la Russie et les pays ex-communistes de l’Est, les pays asiatiques et la Chine en premier lieu, constituaient des pôles de croissance majeurs qui offraient à l’Occident des possibilités sans précédent de développement et de richesse.

Telle était fondamentalement la doctrine de portée universelle qui s’était peu à peu imposée au monde et qui avait été considérée comme ouvrant un nouvel âge d’or à l’aube du XXIeme siècle. Cette doctrine a constitué le credo indiscuté de toutes les grandes organisations internationales ces deux dernières décennies, qu’il s’agisse de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international, de l’Organisation mondiale du commerce, de l’Organisation de coopération et de développement économiques, ou de l’Organisation de Bruxelles.

  • · Toutes ces certitudes ont fini par être balayées par la crise profonde qui s’est développée à partir de 1997 dans l’Asie du Sud-Est, puis dans l’Amérique latine, pour culminer en Russie en août 1998 et atteindre les établissements bancaires et les Bourses américaines et européennes en septembre 1998.

Cette crise a entraîné partout, tout particulièrement en Asie et en Russie, un chômage massif et des difficultés sociales majeures. Partout les credo de la doctrine du libre-échange mondialiste ont été remis en cause.

Deux facteurs majeurs ont joué un rôle décisif dans cette crise mondiale d’une ampleur sans précédent après la crise de 1929 :

Þ l’instabilité potentielle du système financier et monétaire mondial ;

Þ la mondialisation de l’économie à la fois sur le plan monétaire et sur le plan réel [19].

En fait, ce qui devait arriver est arrivé. L’économie mondiale, qui était dépourvue de tout système réel de régulation et qui s’était développée dans un cadre anarchique, ne pouvait qu’aboutir tôt ou tard à des difficultés majeures.

La doctrine régnante avait totalement méconnu une donnée essentielle : une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible, elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés, et de développement économique et social comparable.

  • · En fait, le nouvel ordre mondial, ou le prétendu ordre mondial, s’est effondré et il ne pouvait que s’effondrer. L’évidence des faits a fini par l’emporter sur les incantations doctrinales.


3. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires

3.1. Des facteurs majeurs

Si nous considérons non seulement l’Histoire de ces dernières décennies, mais également celle des deux derniers siècles, et sans doute celle de ceux qui les ont précédés, les facteurs monétaires et financiers apparaissent certainement comme ayant une importance tout à fait exceptionnelle dans le fonctionnement de toute économie.

Si en effet des conditions monétaires et financières appropriées ne sont pas assurées, l’expérience montre qu’il ne saurait y avoir ni efficacité de l’économie, ni équité de la distribution des revenus. L’instabilité économique, la sous-production, l’iniquité, le sous-emploi, la détresse et la misère qui en résultent, sont des fléaux majeurs.

Cependant, les profonds désordres qui se sont constatés ne peuvent en aucune façon être considérés comme le résultat inévitable du fonctionnement d’une économie de marchés; ils ont été, et ils sont généralement, les conséquences des politiques financières et monétaires mises en œuvre dans un cadre institutionnel inapproprié.

Plus que jamais, des réformes, très profondes et radicales, sont nécessaires :

-réforme du système du crédit ;

-stabilisation de la valeur réelle de l’unité de compte ;

-réforme des marchés boursiers ;

-réforme du système monétaire international.

3.2. Le système du crédit

En fait, le système actuel du crédit, dont l’origine historique a été tout à fait contingente [accidentelle, non nécessaire], apparaît comme tout à fait irrationnel, et cela pour huit raisons au moins :

- la création (ou la destruction) irresponsable de monnaie et de pouvoir d’achat par les décisions des banques et des particuliers ;

- le financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme ;

- la confusion de l’épargne et de la monnaie ;

- la très grande sensibilité du mécanisme du crédit à la situation conjoncturelle ;

- l’instabilité foncière qu’il engendre ;

- l’altération des conditions d’une efficacité maximale de l’économie ;

- l’altération de la distribution des revenus ;

- et enfin l’impossibilité de tout contrôle efficace du système du crédit par l’opinion publique et le Parlement, en raison de son extraordinaire complexité.

Au regard d’une expérience d’au moins deux siècles quant aux désordres de toutes sortes et à la succession sans cesse constatée de périodes d’expansion et de récession, on doit considérer que les deux facteurs majeurs qui les ont considérablement amplifiées, sinon suscitées, sont la création de monnaie et de pouvoir d’achat ex nihilo par le mécanisme du crédit et le financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme.

Il pourrait cependant être facilement pallié à ces deux facteurs par une réforme d’ensemble qui permettrait, sinon de mettre fin aux fluctuations conjoncturelles, tout au moins d’en diminuer considérablement l’ampleur.

Cette réforme doit s’appuyer sur deux principes tout à fait fondamentaux :

1 - La création monétaire doit relever de l’État et de l’État seul. Toute création monétaire autre que la monnaie de base par la Banque centrale doit être rendue impossible, de manière que disparaissent les « faux droits » résultant actuellement de la création de monnaie bancaire.

2 – Tout financement d’investissement à un terme donné doit être assuré par des emprunts à des termes plus longs, ou tout au moins de même terme.

La réforme du mécanisme de crédit doit ainsi rendre impossibles à la fois la création de monnaie ex nihilo et l’emprunt à court terme pour financer des prêts à plus long terme, en ne permettant que des prêts à des échéances plus rapprochées que celle correspondant aux fonds empruntés.

Cette double condition implique une modification profonde des structures bancaires et financières reposant sur la dissociation totale des activités bancaires telles qu’elles se constatent aujourd’hui et leur attribution à trois catégories d’établissements distincts et indépendants :

1. des banques de dépôt assurant seulement, à l’exclusion de toute opération de prêt, les encaissements et les paiements, et la garde des dépôts de leurs clients, les frais correspondants étant facturés à ces derniers, et les comptes des clients ne pouvant comporter aucun découvert ;

2. des banques de prêt empruntant à des termes donnés et prêtant les fonds empruntés à des termes plus courts, le montant global des prêts ne pouvant excéder le montant global des fonds empruntés ;

3. des banques d’affaires empruntant directement au public ou aux banques de prêt et investissant les fonds empruntés dans les entreprises

.

  • · Dans son principe, une telle réforme rendrait impossibles la création monétaire et de pouvoir d’achat ex nihilo par le système bancaire et l’emprunt à court terme pour financer des prêts de terme plus long. Elle ne permettrait que des prêts de maturité plus courts que ceux correspondant aux fonds empruntés.

Les banques de prêt et les banques d’affaires serviraient d’intermédiaires entre les épargnants et les emprunteurs. Elles seraient soumises à une obligation impérative : emprunter à long terme pour prêter à plus court terme, à l’inverse de ce qui se passe aujourd’hui[20].

Une telle organisation du système bancaire et financier permettrait la réalisation simultanée de conditions tout à fait fondamentales :

1 – l’impossibilité de toute création monétaire et de pouvoir d’achat en dehors de celle de la monnaie de base par les autorités monétaires ;

2 – la suppression de tout déséquilibre potentiel résultant du financement d’investissements à long terme à partir d’emprunts à court ou à moyen terme ;

3 – l’expansion de la masse monétaire globale, constituée uniquement par la monnaie de base, au taux souhaité par les autorités monétaires[21] ;

4 – une réduction majeure, sinon totale, de l’amplitude des fluctuations conjoncturelles[22] ;

5 – l’attribution à l’État, c’est-à-dire à la collectivité, des gains provenant de la création monétaire, et l’allègement en conséquence des impôts actuels ;

6 – un contrôle aisé par l’opinion publique et par le Parlement de la création monétaire de la création monétaire et de ses implications.

Tous ces avantages seraient essentiels. Les profonds changements que leur obtention implique se heurteraient naturellement à de puissants intérêts et à des préjugés fortement enracinés.

Mais, au regard des crises majeures que le système actuel du crédit n’a cessé de susciter depuis au moins deux siècles, et continue à susciter aujourd’hui, et que les autorités monétaires se révèlent toujours incapables de maîtriser, cette réforme apparaît comme une condition nécessaire de survie d’une économie décentralisée et de son efficacité.

3.3. La réforme de l’indexation. La stabilisation de la valeur réelle de l’unité de compte

  • · Le fonctionnement d’une économie de marché repose sur un très grand nombre d’engagements sur l’avenir. L’efficacité de l’économie, comme l’équité, implique que ces engagements soient respectés, que les calculs économiques ne soient pas faussés, et que ni les créanciers ni les débiteurs ne soient spoliés. Il convient donc que l’application de tous les contrats ne soit pas pervertie par les variations du pouvoir d’achat de l’unité de compte.

En fait, face à ces variations, seule une indexation en valeur réelle de tous les engagements sur l’avenir, et en particulier de tous les prêts et emprunts et de tous les contrats de salaire à durée limitée[23], pourrait assurer un fonctionnement à la fois efficace et équitable de l’économie.

Elle impliquerait l’obligation légale d’assortir à l’avenir tous les emprunts à moyen et long terme de l’État, des entreprises et des particuliers, d’une garantie en pouvoir d’achat, en principal et en intérêts, cette garantie étant assurée par l’indexation en valeur réelle des remboursements et des intérêts, par référence à l’indice général des prix.

Une telle indexation reviendrait à introduire implicitement dans l’économie, pour toutes les opérations sur l’avenir, une unité de compte de valeur stable, unité dont l’utilisation est indispensable pour son fonctionnement correct, tant pour assurer son efficacité que pour ne pas compromettre l’équité de la répartition des revenus [24].

  • · Il importe de bien comprendre la nature d’un tel système d’indexation. Il ne s’agit pas d’enserrer l’économie dans un système de contraintes incompatibles et impossibles à supporter. Il s’agit simplement de la rendre plus efficace, de la libérer, pour une large part, de toutes les contraintes attachées à l’incertitude de l’avenir, et d’établir pleinement le principe de l’honnêteté dans l’exécution des contrats. Le fonctionnement d’un tel système tendrait à rendre impossible toute distorsion des prix et des revenus. Il permettrait de préserver à la fois l’efficacité de l’économie et l’équité de la répartition des revenus[25].

Par elle-même, l’indexation serait fondamentalement réductrice d’incertitude quant à l’avenir, et elle serait ainsi génératrice d’efficacité[26]. En tout cas, refuser l’indexation des engagements sur l’avenir équivaudrait à institutionnaliser la perversion de tous les calculs économiques et la spoliation des débiteurs ou celle des créanciers.

3.4. La réforme des marchés boursiers

Que les bourses soient devenues de véritables casinos, où se jouent de gigantesques parties de poker, ne présenterait guère d’importance après tout, les uns gagnant ce que les autres perdent, si les fluctuations générales des cours n’engendraient pas, comme elles le font, de profondes vagues d’optimisme et de pessimisme, qui influent considérablement sur l’économie réelle. Là apparaît le caractère déraisonnable et nocif du cadre institutionnel actuel des marchés boursiers. Le système actuel est fondamentalement antiéconomique et défavorable à un fonctionnement correct des économies. Il ne peut être avantageux que pour de très petites minorités.

Pour être fondamentalement utiles, ce qu’ils peuvent être, les marchés boursiers doivent être réformés :

- le financement des opérations boursières par la création de moyens de paiement ex nihilo par le système bancaire, doit être rendu impossible ;

- les marges correspondant aux achats et ventes à terme doivent être considérablement augmentées et elles doivent consister en liquidités ;

- la cotation continue des cours doit être sup­primée et remplacée sur chaque place financière par une seule cotation par jour pour chaque valeur ;

- les programmes automatiques d’achat et de vente doivent être supprimés ;

- la spéculation sur les indices et les produits dérivés doit être supprimée.

Une seule cotation par jour sur chaque place pour chaque valeur serait de loin préférable ; elle réduirait considérablement les coûts, et elle serait favorable à tous les investisseurs, petits et grands. Plus un marché est étendu et plus les cours qui s’y établissent sont significatifs et équitables.

3.5. La réforme du système monétaire international

La structure monétaire internationale d’aujourd’hui est marquée par des perversions majeures :

- l’instabilité des taux de change flottants ;
- les déséquilibres des balances de paiements courants ;
- des dévaluations compétitives ;
- le développement d’une spéculation effrénée sur les marchés des changes ;
- l’utilisation mondiale, comme unité de valeur, du dollar dont la valeur réelle sur le plan international est extraordinairement instable et imprévisible ;
- la contradiction fondamentale entre une libération totale des mouvements de capitaux à court terme et l’autonomie des politiques monétaires nationales.

Une réforme du système monétaire international, un nouveau Bretton-Woods, est absolument nécessaire. Elle impliquerait notamment :

-l’abandon total du système des changes flottants et son remplacement par un système de taux de change fixes, mais éven­tuellement révisables ;

-des taux de change assurant un équilibre effectif des balances des paiements [27] ;

-l’interdiction de toute dévaluation compétitive ;

-l’abandon total du dollar comme monnaie de compte, comme monnaie d’échange, et comme monnaie de réserve sur le plan international ;

-la fusion en un même organisme de l’Organisation mondiale du commerce et du Fonds monétaire international ;

-la création d’organisations régionales ;

-l’interdiction pour les grandes banques de spéculer pour leur propre compte sur les changes, les actions, et les produits dérivés ;

et finalement l’établissement progressif d’une unité de compte commune sur le plan international, par un système approprié d’indexation.

3.6. Les vérités établies [les dogmes] contre la raison

  • · On ne peut décider valablement pour le futur que si l’on consent à dégager du passé les enseignements qu’il comporte. Les désordres monétaires et financiers que l’on a sans cesse constatés dans le passé ont été considérablement aggravés, sinon provoqués, par l’absence d’institutions monétaires et financières appropriées, permettant un fonctionnement à la fois efficace et équitable d’une économie de marchés.

En fait, des institutions qui génèrent en elles-mêmes les germes de leur propre destruction doivent être réformées.

  • · Il est bien certain que les intérêts très puissants des groupes de pression monétaires et financiers et les doctrines régnantes ne sont guère favorables à ces réformes, tant est forte la tyrannie du statu quo.

Ces cinquante dernières années ont été dominées par toute une succession de doctrines dogmatiques, toujours soutenues avec la même assurance, mais tout à fait contradictoires les unes avec les autres, tout aussi irréalistes, et abandonnées les unes après les autres sous la pression des faits. À l’étude de l’Histoire, à l’analyse approfondie des erreurs passées, on n’a eu que trop tendance à substituer de simples affirmations, trop souvent appuyées sur de purs sophismes, sur des modèles mathématiques irréalistes, et sur des analyses superficielles des circonstances du moment.

En dernière analyse, tous les moyens mis en œuvre, toutes les mesures prises n’ont toujours eu qu’un même objet : remettre à plus tard les ajustements nécessaires, grâce à l’octroi de nouveaux prêts et à la création ex nihilo de nouveaux moyens de paiement, se traduisant par de nouvelles augmentations du volume global des promesses de payer. Il ne s’agit là en réalité que d’expédients, éminemment déstabilisateurs par eux-mêmes, et qui ne font qu’augmenter l’instabilité potentielle générale du système, en la rendant toujours plus dangereuse.

En fait, la presque totalité des difficultés actuelles résulte d’une part d’une méconnaissance totale des conditions monétaires et financières d’un fonctionnement efficace et équitable d’une économie de marchés, et d’autre part d’une structure inappropriée des institutions bancaires et des marchés financiers.

  • · Les quatre réformes que je propose, du sys­tème monétaire et financier, de l’indexation, des marchés boursiers, et du système monétaire international, sont indépendantes les unes des autres, et elles peuvent être appliquées séparément dans certains pays ou dans tous les pays. Chacune d’elles serait très bénéfique pour l’ensemble de l’économie. Mais, si elles étaient appliquées conjointement, leurs effets bénéfiques s’en trouveraient considérablement renforcés les uns par les autres.

Ces réformes ne sont pas de quelconques réformes s’ajoutant à des milliers d’autres, chacune s’efforçant simplement de réparer les dégâts résultant des précédentes, en en suscitant de nouveaux. Il s’agit de réformes fondamentales qui intéressent la vie de tous les jours de millions de citoyens. Ces réformes indispensables n’ont été réalisées, ni même envisagées, ni par les libéraux justement préoccupés de favoriser l’efficacité de l’économie, ni par les socialistes, justement attachés à l’équité de la distribution des revenus.

La raison en est toute simple. Les uns et les autres n’ont cessé d’être aveuglés par la répétition incessante de toutes parts de pseudo vérités et par des préjugés erronés. En fait, plus les idées dominantes sont répandues, plus elles se trouvent en quelque sorte enracinées dans la psychologie des hommes. Si erronées qu’elles puissent être, elles finissent par acquérir, par leur simple et incessante répétition, le caractère de vérités établies qu’on ne saurait mettre en doute sans s’opposer à l’ostracisme actif de groupes de pression de toutes sortes. Le seul résultat de cette situation n’a été que de grands malheurs pour des millions et des millions de gens, les plus modestes étant les plus durement frappés[28].


[1] La masse monétaire MI (monnaie en circulation plus dépôts à vue) s’était accrue de 3,8 % et la masse monétaire M2 (MI plus dépôts à temps) de 10,8 %. La monnaie de base B (monnaie manuelle + dépôts auprès du Federal Reserve System) ne s’était accrue que de 0,9 %. Les différences M1-B et M2-B correspondant aux dépôts bancaires, ne s’étaient élevées que de 5,0 % et 12,8 %.

[2] La dépense globale est en effet égale au produit de la masse monétaire par la vitesse de circulation.

[3] En fait la masse monétaire M1 a diminué de 21 % et la masse monétaire M2 de 23 %, les différences M1-B et M2-B diminuant respectivement de 31 % et 28 %.

[4] Dans un système de couverture fractionnaire des dépôts, aucune banque de peut faire face à des retraits massifs. En 1931, 2 550 banques américaines ont fait faillite.

[5] Pour aider les chômeurs, il n’y avait alors que la charité privée.

[6] Consumer credit, mortgages, et corporate liabilities

[7] Considérées indûment par les États-Unis comme de simples dettes commerciales.

[8] La variation de la dépense globale D comporte deux éléments : le premier proportionnel à l’écart relatif entre le montant global des encaisses détenues M (égal à la masse monétaire) et le montant global des encaisses désirées Md (égal au montant des encaisses que l’ensemble des opérateurs désirent détenir) ; et le second égal à l’accroissement relatif de la masse monétaire M.

L’encaisse globale désirée dépend essentiellement de facteurs psychologiques. Dans une période d’optimisme, Md diminue et dans une période de pessimisme Md augmente. À toute diminution de Md correspond ainsi une augmentation de la dépense globale D, et à toute augmentation de Md correspond une diminution de la dépense globale D. La récession se trouve ainsi aggravée. (Allais, 1968, Monnaie et Développement. I. L’équation fondamentale de la dynamique monétaire, p. 83). [Un appendice dans le livre explique l’équation fondamentale de la dynamique monétaire.]

[9] La création de monnaie scripturale dépend d’une double volonté, la volonté des banques de prêter, et la volonté des agents économiques d’emprunter.  En temps de prospérité, cette double volonté existe et la monnaie scripturale augmente. En temps de récession, cette double volonté disparaît et la monnaie scripturale diminue.

[10] Lors de la crise de 1837, le révérend Leonard Bacon déclarait dans son sermon du 21 mai : « A few months ago, the unparalleled prosperity of our country was the theme of universal gratulation. Such a development of resources, so rapid an augmentation of individual and public wealth, so great a manifestation of the spirit of enterprise, so strong and seemingly rational a confidence in the prospect of unlimited success, were never known before. But how suddenly bas all this prosperity been arrested ! That confidence, which in modern times, and especially in our own country, is the basis of commercial intercourse, is fai­ling in every quarter ; and all the financial interests of the country seem to be convulsed and disorganized. The merchant whose business… [was] conducted on safe principIes… [finds that] loss succeeds to loss, till he shuts up his manufactory and dismisses his laborers. The speculator who dreamed himself rich, finds his fancied riches disappearing like an! exhalation… What more may before us… It is enough to know that this distress is hourly becoming wider and more intense…»(in Irving Fisher, Booms and Depressions, 1932).

[11] Sur les crises du XIXe siècle, Clément Juglar écrivait déjà en 1860 : « Les crises commerciales sont le résultat d’altérations profondes dans le mouvement du crédit… Qu’est-ce que le crédit, le simple pouvoir d’acheter en échange d’une promesse de payer ? … La fonction d’une banque ou d’un banquier est d’acheter des dettes avec des promesses de payer… La pratique seule du crédit amène ainsi, par l’abus qu’on est porté à en faire, aux crises commerciales.

Le crédit est le principal moteur, il donne l’impulsion; c’est lui qui, par la signature d’un simple effet de commerce, d’une lettre de change, donne une puissance d’achat qui paraît illimitée… Ce qui favorise le développement des affaires et la hausse des prix, c’est le crédit… Chaque échange d’un produit donne lieu à une nouvelle promesse de payer… » (in Clément Juglar. Des Crises commerciales et leur retour périodique. 1860. 2ème édition, 1889).

[12] J’ai présenté une analyse synthétique des relations de cause à effet de la dynamique monétaire dans l’Introduction à la deuxième édition de mon ouvrage Économie et intérêt, pp. 115-174. (Éditions Clément Juglar, 62, avenue de Suffren. Paris 15e. Tél : 01.45.67.48.06). Pour une bibliographie étendue de mes analyses, voir pp. 116 et 117, 154 et 164-165.

[13] Voir notamment Fisher, 1932, Booms and Depressions ; Stamp Scrip, 1933 ; Stable Money. A History of the Movement, 1934; 100% Money, 1935.

[14] Je rappelle que mon analyse ne porte ici que sur la période juin 1997-octobre 1998. La rédaction de ce chapitre s’est achevée le 1er novembre 1998.

[15] L’échec de l’économie soviétique n’était que trop prévisible. Le passage brutal, suivant les conseils d’experts américains, à une économie de marchés de propriété privée après soixante-douze ans de collectivisme ne pouvait qu’échouer.

Dans mon mémoire du 3 avril 1991, La construction européenne et les pays de l’Est dans le contexte d’aujourd’hui présenté au troisième symposium de la Construction, j’écrivais :

« On ne saurait sans danger se dissimuler tous les risques qu’implique le passage, même graduel, à une économie de marchés de propriété privée : l’apparition pratiquement inévitable de nouveaux riches, la génération d’inégalités criantes et peu justifiées que le marché ne pourra réellement réduire que lorsque la concurrence deviendra suffisante, des formes plus ou moins brutales de gestion des entreprises privées, le chômage, l’inflation, la dissolution des mœurs, etc. Ce sont là des risques majeurs à l’encontre desquels les Pays de l’Est doivent se prémunir.

(…) Ce passage doit faire l’objet d’un Plan de décollectivisation. Il peut sembler paradoxal, au moins à première vue, que le libéral que je suis puisse préconiser une planification pour sortir de la planification collectiviste centralisée. Cependant, c’est là une nécessité éclatante. (…) »

C’est là ce qu’il aurait fallu faire au lieu de la chienlit laisser-fairiste qui a été appliquée. Aujourd’hui encore, je suis convaincu que seule une planification pourrait sortir la Russie de la crise profonde où elle se trouve.

[16] Ce n’est qu’à partir de la publication en 1911 de l’ouvrage fondamental d’Irving Fisher, The purshasing power of money, qu’il a été pleinement reconnu que le mécanisme du crédit aboutit à une création de monnaie.

[17] Comme les variations de la dépense globale dépendent à la fois de l’excès de la masse monétaire sur le volume global des encaisses désirées et des variations de la masse moné­taire, le mécanisme du crédit a globalement un effet désta­bilisateur puisqu’en temps d’expansion de la dépense globale la masse monétaire s’accroît alors que les encaisses désirées diminuent et qu’en temps de récession la masse monétaire décroît alors que les encaisses désirées s’accroissent.

[18] Les taux de croissance élevés des tigres asiatiques étaient mal interprétés. En fait, pour l’essentiel, ils résultaient du fait que ce économies étaient en retard par rapport aux économies développées et qu’une économie se développe d’autant plus vite qu’elle est en retard. Sur la démonstration de cette proposition tout à fait essentielle, voir mon ouvrage de 1974 « L’inflation française et la croissance. Mythologie et réalité », chapitre II, p. 40-45.

[19] Voir mon ouvrage, Combats pour l’Europe, 1994, Éditions Juglar

[20] Avec ce système, il n’y aurait plus aucune création de monnaie, sauf par la Banque centrale et les revenus provenant de la création monétaire par la Banque centrale seraient rétrocédés à l’État, ce qui lui permettrait dans les conditions actuelles de supprimer la presque totalité de l’impôt progressif sur le revenu. Voir mon ouvrage « Pour la réforme de la fiscalité », 1990, éditions Clément-Juglar.

Une telle réforme aurait l’avantage de la clarté et de la transparence. Aujourd’hui, les revenus provenant de la création monétaire sont distribués de façon anonyme entre une foule de parties prenantes, sans que personne ne puisse réellement identifier qui en profite. Ces revenus ne font que susciter iniquité et instabilité et, en favorisant les investissements non réellement rentables pour la collectivité, ils ne font que susciter un gaspillage de capital. Dans son essence, la création de monnaie ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique, je n’hésite pas à le dire pour bien faire comprendre ce qui est réellement en cause, à la création de monnaie par les faux monnayeurs, si justement condamnée par la loi. Concrètement, elle aboutit aux mêmes résultats. La différence est que ceux qui en profitent sont différents.

[21] Le taux d’accroissement de la monnaie de base serait égal au taux d’accroissement du PNB réel, augmenté du taux souhaité de hausse de prix, en principe de 2 %. [AA : on retrouve le K % de Milton Friedman.]

[22] Comme le montre une étude économétrique approfondie.

[23] En fait la répartition des gains réalisés par l’entreprise entre ses salariés et ses actionnaires serait certainement facilitée si le salaire comprenait trois éléments :

-un élément principal indexé sur le niveau général des prix, suivant un contrat de salaire limité dans le temps ;

-un élément spécifique intéressant les salariés à la bonne gestion et différencié suivant leurs activités dans l’entreprise ;

-enfin, un élément complémentaire indexé sur le revenu réel de l’entreprise et susceptible de varier, en plus ou en moins, suivant les résultats de l’entreprise.

[24] L’indexation obligatoire en valeur réelle de tous les engagements sur l’avenir au-delà d’une certaine durée, qui pourrait être raisonnablement prise égale à une année, apparaît à la fois comme une exigence de l’efficacité et de l’équité. Les encaisses ne seraient pas indexées. L’indexation pourrait se fonder avantageusement sur la considération du déflateur du produit national brut nominal, qui tient compte de toutes les transactions. Les encaisses, par nature non indexées, se dévaloriseraient au taux souhaité de hausse des prix, soit 2 % en principe. Leur thésaurisation ne pourrait donc être avantageuse.

[25] Voir mon ouvrage, « Pour l’indexation », 1990, Éditions Clément Juglar. Si leur valeur réelle était garantie, les valeurs à revenu fixe constitueraient probablement le placement, sinon le plus avantageux, du moins le mieux adapté aux préoccupations de l’épargnant moyen, en raison de la simplicité de la gestion et de la sécurité du capital et du revenu dans le cas des fonds d’État et des obligations des grandes sociétés. En fait, un puissant besoin existe actuellement d’une protection efficace contre les variations de la valeur réelle de la monnaie par un système approprié d’indexation, et il existe potentiellement un immense marché pour des obligations indexées en principal et en intérêts.

[26] Toutes les obligations en monnaie étant indexées, les taux d’intérêt réels s’établiraient à des niveaux qui assureraient à l’économie toute l’épargne réelle qui lui serait nécessaire, et l’expérience historique de toutes les périodes de stabilité monétaire suggère que ces taux seraient relativement bas, de l’ordre de 3 à 4 %.

[27] Le maintien par les États-Unis, depuis 1984, d’un déficit moyen annuel de leur balance des paiements de plus de 100 milliards de dollars est tout à fait inadmissible. Comment admettre que le pays le plus puissant du monde exerce un tel prélèvement sur le reste du monde ?

[28] Sur tous les développements qui précèdent et les objections susceptibles d’être présentées, du point de vue de la Construction européenne notamment, voir tout particulièrement :
-Maurice Allais, « Les conditions monétaires d’une économie de marchés », Revue d’économie politique, mai-juin 1993.
-Voir également l’introduction à la seconde édition de mon ouvrage « Économie et Intérêt », 1998, éd. Clément Juglar (pp. 154-186).
-Voir surtout mes deux ouvrages :
1999, « La Crise mondiale d’aujourd’hui. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires » ;
1999, « L’Union européenne, la mondialisation et le chômage », Éd. Clément-JUGLAR 62, avenue de Suffren, 75015 Paris


218 – Le 100% monnaie pour tous

18 novembre 2011

LE « 100% MONEY » POUR TOUS

Pourquoi il faut essayer de comprendre cette « vieille » proposition
qui est peut-être l’idée capable de sauver l’économie mondiale

« a banking plan designed to keep checking banks 100% liquid; to prevent inflation and deflation; largely to cure or prevent depressions; and to wipe out much of the national debt” (fisher, 1935, 3ème édition 1945)

_____________________

VOUS ÊTES SCANDALISÉS PAR LES CRISES FINANCIÈRES
ET DE LEURS CONSÉQUENCES DRAMATIQUES !

                                                   VOUS VOULEZ

  • Un système insubmersible qu’il ne faudra pas secourir si certaines de ses composantes prennent trop de risques ;
  • Un système qui vous donne un vrai contrôle des agrégats monétaires et sorte la politique monétaire de sa totale inefficacité
  • Un système qui accroisse l’efficacité de l’économie en donnant aux taux d’intérêt leur vrai rôle d’ajustement de l’épargne  et de l’investissement
  • Un système qui redonne à l’état son pouvoir régalien en lui faisant se réapproprier la rente monétaire abandonnée aux banques

et en plus, en « sous-produit » de la réforme

  • Un système qui permette de neutraliser une large part de la dette publique

C’EST POSSIBLE !

De très grands économistes ont fait des  propositions pour nous aider a le concevoir
(quelques noms : Mises, Simons, Fisher, Friedman, Allais)                          

VOUS N’Y CROYEZ PAS ?  ON VA VOUS LE DÉMONTRER

Pour effectuer vos transactions quotidiennes et vos opérations financières, vous disposez :

  • Des billets de banque que vous avez en poche
  • De dépôts à vue que vous avez en compte dans vos banques

les deux types de monnaies sont très différents :

(1)   Les billets de banque :

-          Ils sont émis par la banque centrale

-          Ils sont absolument sûrs (…sauf en cas de perte ou de vol)

-          Le bénéfice de leur émission (valeur faciale –coût de fabrication) revient à l’etat (à travers les dividendes versés par la banque centrale)

(2)   Les dépôts à vue

-          Ils sont créés par les banques commerciales et dépendent crucialement des crédits distribués par elles =>leur volume dépend du désir d’emprunter et des banques de prêter, d’où l’instabilité monétaire et économique

-          Les dépôts à vue dont vous disposez sont en risque si la banque fait de « mauvaises affaires »  => suite aux crises récurrentes et aux paniques, nécessité pour l’ État de les garantir dans certaines limites

-          Les bénéfices de la création des dépôts sont appropriés par les banques

Dans la réforme du « 100% money » ou de « couverture intégrale des dépôts », il s’agit de créer des dépôts à vue qui ont tous les avantages de ces derniers pour effectuer tous les types de paiement en ayant toutes les propriétés des billets de banque (régularité de leur croissance, sûreté totale sans garantie étatique, bénéfices de leur émission réservés à la collectivité)

CE QUE VOUS DEVEZ COMPRENDRE :

(1)   Aujourd’hui le système bancaire mêle de manière consubstantielle :

-          Le système de paiement

-          L’intermédiation financière c’est-à-dire le circuit de l’épargne

-          Les opérations de marché (mais ce n’est pas notre objet ici)

=>    C’est un système instable par essence car vos dépôts sont liquides mais les actifs qu’ils « financent » ne le sont pas ;

=>   C’est un système dangereux car lorsqu’une banque tombe, c’est tout le système de paiement qui est mis à mal en raison des interconnections entre toutes les banques ;

=>  C’est un système incontrôlable car l’alimentation en liquidités (les dépôts à vue) dépendent des « humeurs » des agents économiques : abondantes en période d’optimisme, rares en période de pessimisme

=>   C’est un système inefficace car il brouille les frontières entre les encaisses transactionnelles et l’épargne et distord le niveau et la structure des taux d’intérêt

=>  C’est un système injuste car il donne un pouvoir exorbitant aux banques de battre monnaie avec les bénéfices afférents et aux emprunteurs un pouvoir d’achat sur les marchés non gagés par une production préalable (revenu)

(2)    DEMAIN, LE SYSTÈME PROPOSÉ PERMETTRA :

=>      De dissocier les circuits de paiement et d’épargne (intermédiation financière)

=>      D’alimenter l’économie en instruments monétaires d’une manière régulière en fonction de règles bien établies, sans intervention des banques commerciales

=>    D’ajuster au mieux l’épargne et l’investissement sur les différentes maturités

POUR RENDRE CONCRET L’IMPACT DE LA RÉFORME

ET SON PROCESSUS DE MISE EN PLACE

PRENONS UN EXEMPLE : LE BILLET DE BANQUE

  • Tout le mode le connait car il est facile de s’en procurer auprès de sa banque qui elle-même se les procure auprès de la Banque Centrale qui les lui « vend » en débitant le compte qu’elle tient dans ses livres pour cette banque ;
  • C’est un bon exemple car la réforme aura pour effet de transformer les dépôts à vue dans des « équivalents- billets de banque » ayant les avantages des deux mondes, car les dépôts à vue détenus par tout un chacun auront un miroir dans les comptes de la Banque Centrale et circuleront comme les dépôts actuels ;
  • C’est aussi un bon exemple parce qu’il va permettre de bien dissocier ce qu’est un outil transactionnel (la monnaie) d’un instrument d’épargne (le dépôt à terme ou d’épargne ou l’investissement dans un titre).

En bref, qui aura compris cet exemple aura compris 95% de la réforme proposée et ce qu’elle implique

SUPPOSONS QUE, DU JOUR AU LENDEMAIN, UN DÉCRET IMPOSE LE BILLET DE BANQUE DANS TOUTES LES TRANSACTIONS. QUE VA-T-IL SE PASSER ?

SUIVONS LE RAISONNEMENT

ÉTAPE 1 : les banques commerciales dans lesquelles vous détenez vos avoirs liquides en vue des transactions prévues  vont faire face à des demandes de conversion en billets….

                           (Oubliez vos comptes d’épargne pour l’instant)

Vous avez besoin de billets pour faire vos transactions => vous allez les chercher à votre banque en convertissant vos dépôts à vue (ou autres) en billets de banque.

Comment la banque peut-elle vous satisfaire ? Sans aide, elle ne le peut pas car, contrairement aux dépôts a vue, elle ne peut pas créer cette monnaie.

A l’actif de son bilan, elle a des crédits qui sont à maturités données et qu’elle ne peut pas rappeler. Elle a en théorie deux possibilités a priori :

(1)   Elle pourrait les vendre sur le marché (via titrisation ou autres), mais toutes les banques faisant la même chose car ayant les mêmes besoins au même moment, il n’y aurait aucun marché. En plus, c’est juridiquement complexe.

(2)    Elle pourrait les vendre/escompter à la Banque Centrale contre les billets, mais seulement  dans la limite de ses effets de première catégorie (Bons du Trésor notamment).

Elle  a une troisième solution toute simple et que la Banque Centrale lui propose dans le cadre de sa réforme : Emprunter à terme auprès de la Banque Centrale les billets dont elle a besoin :

=>    La Banque Centrale lui livre par fourgon blindé les billets dont elle a besoin pour satisfaire ses (ex-) déposants

=>      La banque dans son bilan remplace à son passif les dépôts à vue (et assimilés) de ses clients par le prêt de la Banque Centrale

QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES D’UNE TELLE OPÉRATION ?

La masse monétaire a-t-elle change ?  NON : Les dépôts à vue sont remplacés par les billets mis en circulation

Les crédits a l’économie en ont-ils pâti ? NON : C’est totalement transparent pour les emprunteurs auprès des banques

En fait, à l’issue de l’opération, les transformations des bilans sont les suivants :

(1)   Banque Centrale :

-          A son actif : le prêt aux banques

-          A son passif : les billets imprimés pour satisfaire les besoins

(2)    Banques :

-          A leur actif (prêts à l’économie) : Aucun changement

-          A leur passif : Emprunt auprès de la banque centrale (en lieu et place des dépôts

(3)   Agents économiques :

-          A l’actif : les billets remplacent les dépôts à vue à montant constant

-          Au passif : aucun changement

QUE VONT FAIRE LES DÉTENTEURS DE BILLETS ?

Les détenteurs des billets de banques vont avoir des besoins pour la gestion des  encaisses en billets:

-          Sécurité (dépôts des billets dans des coffres)

-           Des besoins de « clearing » pour regrouper les transactions et n’effectuer que le transfert des soldes

-          Des convoyeurs…. etc

 => IL VA SE CRÉER DES COMPAGNIES DE SERVICES MONÉTAIRES QUI AURONT LES CARACTÉRISTIQUES SUIVANTES :

-          Leur seul rôle sera de faire que le système de paiement fonctionne au mieux et au moindre coût (concurrence)

-          Elles ne joueront aucun rôle dans la distribution du credit et ne seront que dépositaires des billets de banque que vous leur avez confiés

=> Bien entendu, ces sociétés ayant un coût de fonctionnement et rendant un service a la collectivité, les utilisateurs paieront pour ce service des frais de tenue de compte et des charges liées au nombre de transactions.

QUE VA-T-IL SE PASSER AVEC CE PRÊT DE LA BANQUE CENTRALE AUX BANQUES ?

C’est très simple : il devra être remboursé sur un rythme à définir en fonction :

(1)          Des remboursements des crédits préalablement accordés par les banques

(2)          De leur capacité à remplacer les ressources fournies par le prêt de la banque centrale par des ressources d’épargne apportées par le marché, pour qu’elles puissent maintenir et augmenter leur capacité de crédit à l’économie

ATTENTION SUIVEZ-BIEN, CAR IL VA SE PRODUIRE UN « PETIT MIRACLE » QUI N’EST PAS UN TOUR DE PASSE-PASSE…..

L’étape préalable  du miracle qui va s’accomplir

Dans le cours normal des opérations, Un emprunteur auprès de la banque rembourse son crédit et la banque décide de rembourser son propre emprunt à la Banque Centrale :

(1)    Le client de la banque  ramène les liasses de billets à la banque pour  rembourser son prêt

(2)    La banque prend les liasses, annule le crédit à son client et va les porter à la banque centrale en remboursement de son propre emprunt à la Banque Centrale

=>     Ce n’est pas très bon pour l’économie :

-   La quantité de monnaie entre les mains des agents économiques baisse

-   La masse des crédits accordés par les banques diminue

LA SITUATION EST GRAVE :  QUE FAIRE ?

EN FAIT, C’EST L’ACTION DE LA BANQUE CENTRALE QUI VA RÉTABLIR LA SITUATION ET ACCOMPLIR LE "MIRACLE"

L’accomplissement du "miracle":
Le coup de baguette de la banque centrale et l’évanouissement de la dette publique !

OUI, VOUS AVEZ BIEN LU : ÉVANOUISSEMENT DE LA DETTE PUBLIQUE !

En fait,  c’est très simple

Comme la Banque centrale veille à ce que les moyens de paiement en circulation ne baissent pas, elle ne veut pas que le remboursement de son prêt aux banques entraîne une baisse des billets entre les mains du public,  elle va donc AGIR

=>   Elle prend les liasses de billets de la banque qui rembourse son crédit

-      Elle annule à son actif, le prêt donné à la banque

-          Elle annule à son passif les billets émis et qui sont maintenant revenus dans ses coffres

=>     … Mais elle va immédiatement faire une opération en sens inverse en achetant des titres publics sur le marché

-          Le vendeur des titres publics reçoit son paiement en billets de banque

-          La Banque centrale inscrit à son actif les titres publics achetés et à son passif les nouveaux billets qu’elle vient d’imprimer en remplacement des anciens.

AVEZ-VOUS COMPRIS L’IMPORTANCE DU "MIRACLE" ? !

=> La masse monétaire (les billets en circulation) n’a pas varié mais…

=> Une partie de la dette publique a été neutralisée

Cette opération de neutralisation de la dette publique a des conséquences majeures dans les circonstances d’aujourd’hui :

-          Le montant du prêt de la banque centrale aux banques correspond au montant de dette publique qui peut être neutralisé

-          Ce montant correspond au montant de la masse des dépôts à vue et assimilés qui ont dû être échangés contre des billets de banque

LE "MIRACLE", C’EST QU’AUJOURD’HUI, PAR CETTE RÉFORME MONÉTAIRE, LES 2/3 DES DETTES PUBLIQUES EN MOYENNE POURRAIENT ÊTRE NEUTRALISÉS.

          QUE FAUT-IL ENTENDRE PAR NEUTRALISATION DE LA DETTE PUBLIQUE?

Une part importante de la dette publique est rachetée par la Banque Centrale qui l’inscrit à l’actif de son bilan ;

=>    En compte de résultats, la banque Centrale va inscrire en revenus les intérêts de la dette ;

=>      Or, les profits de la Banque Centrale sont DES REVENUS BUDGÉTAIRES POUR L’ETAT

 La dette publique est parquée, elle sera renouvelée à perpétuité et donc jamais remboursée
et son coût est neutralisé.    Miraculeux, non ?

C’est d’autant plus miraculeux que la masse monétaire n’a pas varié

Quid des crédits a l’économie quand les banques ne peuvent plus créer de monnaie ?

C’est simple : les banques redeviennent de « purs » intermédiaires financiers, mobilisatrices de ressources d’épargne pour financer l’ensemble des besoins de financement…..

Il ne faut pas oublier :

(1)    La masse monétaire en circulation est toujours la même=> le niveau de revenu dans l’économie n’a aucune raison de varier puisque les agents économiques n’ont aucune raison de faire varier le montant de leurs encaisses inactives => donc, le niveau d’épargne ne change pas ;

(2)    Par l’achat de la dette publique, la Banque Centrale a non seulement créé des billets en remplacement de ceux qui lui avaient été remis, mais elle a libéré l’épargne auparavant investie dans de la dette publique, et ce, pour des montants considérables au fur et à mesure du remboursement du prêt fait par la Banque Centrale aux banques.

Il vient donc : les agents économiques épargnants (sur toutes les échéances de 1 jour à x ans) vont :

-      Déposer en banque les billets qu’ils souhaitent épargner a un horizon donné ou…

-      …souscrire à des titres émis par les banques ou d’autres types d’institutions financières pour bénéficier d’une liquidité plus élevée si nécessaire

… ET CE SERA AUX BANQUES DE REPRÊTER CES SOMMES/BILLETS AUX AGENTS QUI ONT DES BESOINS DE FINANCEMENT A COÛT DES RESSOURCES + MARGE

MONNAIE, ÉPARGNE, CE QU’IL FAUT BIEN COMPRENDRE DE LA RÉFORME…

L’exemple utilisant les billets de banque est intéressant car il permet de bien mettre en évidence la distinction entre monnaie et épargne

Le billet de banque est le moyen de paiement qui est le support des transactions quelles qu’elles soient, financières ou non. Les agents économiques les gardent « en caisse » pour faire face aux différences entre les recettes qu’ils perçoivent et les débours qu’ils doivent faire, avec un « coussin de sécurité » s’il y a des ratés dans les prévisions d’entrées et de sorties d’argent. Dans le cas du billet de banque, chaque agent va chercher à en garder le minimum :

-      Pour des raisons de sécurité  ( risque de vol)

-      Pour des raisons de coût (pour les billets traités par les CSM)

-      Pour des raisons de coûts d’opportunité car il pourrait en retirer des intérêts s’il le plaçait à une échéance qui lui convient

Un instrument d’épargne résulte d’un acte qui est d’une autre nature, car il s’agit d’une renonciation claire à un pouvoir d’achat (un certain montant de billets de banque) pendant une durée déterminée et le transfert à un autre agent contre le paiement d’un intérêt. Cet autre agent va le faire fructifier et c’est pour cela que la richesse ne peut se créer que par l’épargne.

Si pour une raison ou une autre, l’instrument d’épargne pouvait être converti sans délai, sans coût et à prix garanti, il y aurait fongibilité entre cet instrument d’épargne et le billet de banque , donc possibilité de réduire le montant de billets à de fins de transactions du fait de la substitution possible billets/dépôts sans conditions, ni risques de confusion entre monnaie et encaisse,  donc création monétaire par duplication de pouvoir d’achat (Allais)

Dans la réforme, il y aura une frontière claire entre instruments monétaires et Instruments d’épargne (coûts, délais, risque de marché) pour éviter toute création monétaire en dehors du billet de banque.

 

LE DEUXIÈME APPORT (MIRACLE ?) DE LA RÉFORME…..

L’alimentation en moyens de paiement devient une ressource à la disposition de la collectivité en lieu et place des banques

Comme la monnaie n’est constituée que de billets de banques, SEULE LA BANQUE CENTRALE PEUT LA CRÉER. COMMENT ?

-          Par simple inscription au crédit du compte du Trésor comme une avance non remboursable (ressources budgétaires) et en livrant les billets aux Comptables du Trésor pour payer les dépenses de l’Etat;

-          En suivant une règle stricte d’accroissement inscrite dans la Constitution pour éviter les abus (4.5% par an soit Produit National Brut  potentiel +2.5% + dérive inflationniste 2%)

=>   C’EST DONC UNE NOUVELLE RESSOURCE BUDGÉTAIRE (2 ème MIRACLE)

Ce processus peut-il être comparé à la « planche à billets » classique employé par tous les gouvernements aux abois de sinistre mémoire ? NON, aucunement

-    Auparavant, les banques s’appropriaient la rente monétaire grâce a ce privilège extraordinaire de pouvoir créer de la monnaie ex nihilo, donc un pouvoir d’achat non gagés sur des revenus préalablement gagnés, donc un « faux-monnayage » légal en quelque sorte (Rothbard, Allais).

-    Maintenant, c’est l’État  qui se réapproprie cette rente au profit de toute la collectivité en récupérant son pouvoir régalien de battre monnaie.

N’EST CE PAS PLUS JUSTE ?

                     RÉCAPITULONS LES AVANTAGES DE LA RÉFORME

1)     Le système de paiement de l’économie est complètement insubmersible , donc les problèmes de stabilité du système bancaire ne se posent plus de la même manière (les banques de financement et d’investissement peuvent faire faillite sans problème, plus de « moral hazard »)

2)     Une capacité de régulation économique accrue du fait d’une maitrise totale de la masse monetaire en circulation

3)     Une efficacité augmentée de l’économie du fait de la plus grande représentativité des taux d’intérêt sur les différentes échéances sans interférences monétaires comme aujourd’hui

4)     La fin des distorsions dans la répartition des revenus du fait de la création monétaire par les banques et récupération de la rente monétaire au profit de la collectivité

5)     En produit-joint de la réforme, une neutralisation de la plus grande partie de la dette publique dans les grands pays industrialisés.

En 2007, en combinant les deux effets, recettes budgétaires et neutralisation de la dette publique, mes estimations (à mettre à jour) pour la zone   euro donnaient un gain fiscal annuel de 400 milliards d’euros

SI VOUS AVEZ COMPRIS CET EXEMPLE AVEC LES BILLETS DE BANQUES ALORS, VOUS AVEZ COMPRIS 95% DU « 100% MONEY » .à l’heure de la dématérialisation et des flux électroniques.

Dans le modèle réel, on distingue :

-          Les CSM qui recueillent les dépôts à vue et assimilés avec obligation de les maintenir couverts à 100% par de la monnaie de base (Monnaie Banque Centrale/ compte auprès de l’Institut d’Émission)

-          Des banques de financement, qui jouent le « pur » rôle » d’intermédiaire financier

-          Les banques d’investissement

Aujourd’hui, nous ne parlons plus de billets de banque car les banques sont en ligne et les débits/crédits se font à la vitesse de la lumière, mais, ce que crée la réforme c’est un type de dépôt qui est l’ «équivalent- billet de banque » électronique qui a beaucoup de vertus dont celui de ne pas être une monnaie de crédit privée

COMPARAISON DU CAS/EXEMPLE DES BILLETS DE BANQUES AVEC LA VRAIE RÉFORME DE LA COUVERTURE INTÉGRALE (« 100% Money) :

(1) les CSM reçoivent le monopole de toutes les opérations de paiement avec interdiction de faire un quelconque crédit et de prendre le moindre risque, donc tout dépôt d’un client a sa contrepartie en monnaie banque centrale (Les CSMs ont des comptes à la Banque Centrale qui sont l’exact reflet des dépôts de leurs clients) et sont donc l’ équivalent à l’imposition des billets comme moyens de circulation

(2)  au jour j du transfert des dépôts à vue (et assimilés), les banques commerciales actuelles recevront un prêt de la Banque Centrale pour continuer à assurer le financement de leur actif tout en assurant le transfert en monnaie banque centrale vers les CSM, c’est-à-dire exactement la même situation que dans le cas des billets de banque (les comptes à la Banque Centrale jouent EXACTEMENT le même rôle que les billets avec lesquels ils sont fongibles)

(3) Le prêt de la BC sera ensuite amorti sur autant de temps qu’il faudra (10 ans ?) pour que le système s’ajuste, mais la dette publique sera absorbée dans sa plus large partie (aucun remboursement à prévoir et remontée progressive des intérêts au niveau de la BC et donc de l’État). Il n’y a donc aucun changement dans le processus par rapport à l’exemple donnée

POUR APAISER VOS CRAINTES, IL FAUT BIEN RETENIR

(1)   Tous les crédits et actifs détenus aujourd’hui a l’actif des banques seront maintenus sans aucune perturbation pour les emprunteurs

ET

(1b) leur croissance sera assurée par le jeu normal épargne-investissement dans une économie où la croissance monétaire est assurée de manière régulière (4.5% par an)

(2) La masse monétaire ne subit pas de variations du fait de la réforme, l’augmentation de la monnaie de base étant compensée par une augmentation du taux de réserves à 100% è aucun risque d’inflation du fait de la réforme

ET

(2b) l’accroissement de la masse monétaire peut-être inscrit dans la constitution (4.5%) et représente un gain net pour la collectivité (Recettes Budgétaires) è Réappropriation du pouvoir régalien et de la rente monétaire auparavant appropriée par les banques

(3) La dette publique est dans une très large partie neutralisée. Elle ne sera donc jamais remboursée et les intérêts payés par l’ État lui seront reversés à travers les dividendes et impôts payés par la Banque Centrale.

Y-A-T’IL QUAND MÊME DES INCONVÉNIENTS À LA MISE EN ŒUVRE DE LA RÉFORME ?

1- Le paiement du coût des services bancaires nécessaire à l’équilibre financier des CSM est-il un problème ?  Non

-          Le paiement des services est largement engagé dans la plupart des    pays, particulièrement en France (frais de tenue de compte, commissions sur transactions)

-          Ce paiement correspond à un condition d’efficacité maximale (tout coût lié à un service rendu doit être payé par son usager)

-          Plus subtilement, ce coût intervient comme une « taxe » sur les encaisses poussant les agents économiques à une utilisation optimale de ces dernières et, à freiner toute tendance à la thésaurisation.

« Dans le domaine monétaire, tous ces réformateurs qui ont cherché des remèdes fondés sur la création de coûts de détention de la monnaie (Carrying costs)…. Ont été sur la bonne voie » (Keynes, propos recueillis par Watkins, 1938)

2 – L’établissement d’une frontière claire et nette entre instruments monétaires et véhicules d’épargne représente-t-il une gêne insurmontable ?    Non

Par rapport à la situation d’aujourd’hui, c’est le point qui implique un changement dans les habitudes car il faudra bien ajuster la gestion de ses encaisses pour les minimiser (minimisation des coûts de portage) et maximiser le montant de ses placements sur les différentes échéances, sachant que toute rupture des contrats de placement entrainera des coûts pour éviter les arbitrages incompatibles avec l’esprit de la réforme.

PENSEZ-VOUS QUE CES  CHANGEMENTS D’HABITUDE IMPLIQUÉS PAR LA RÉFORME CONTREBALANCENT SES AVANTAGES ? 

NOUS NE LE PENSONS PAS

Vous êtes séduit, conquis, convaincu ?

Si c’est le cas…. Bravo ! vous venez de rejoindre le club des initiés, ceux qui ont compris que le fonctionnement du système bancaire était la plaie du système libéral et le cancer de nos démocraties

Ne craignez rien, vous allez vous retrouver en excellente compagnie parmi les plus grands

David Ricardo, les économistes de la Currency School, Léon Walras, Ludwig Von Mises et tous ses successeurs, notamment Murray Rothbard, Friedrich Von Hayek (Prix Nobel 1974) , les économistes de Chicago, en premier lieu Henry Simons, Frank Knight et Jacob Viner, Irving Fisher, qui y a consacre toutes ses forces jusqu’a sa mort en 1947, Fritz Machlup, Jacob Marshak, George Stiegler (Prix Nobel 1982), Milton Friedman (prix Nobel 1976), James Tobin (Prix Nobel 1981), sous la forme du ≪ narrow banking ≫, Maurice Allais ( Prix Nobel 1988), Hyman Minsky…. Et des centaines d’autres moins connus.

CHRISTIAN GOMEZ, Septembre 2011

(Docteur d’État en Sciences Économiques et ancien élève de Maurice Allais, Christian Gomez a d’abord suivi une carrière universitaire- Maître de Conférences à l’Université de Rennes – avant de rejoindre en 1983 le secteur bancaire ou il a exercé des fonctions de responsabilité importantes dans l’activité de Banque d’investissement d’une grande Institution Financière Internationale tant en Europe – Paris, Londres et Zurich – qu’en Asie – Tokyo et Hong-Kong).


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