242 – Schacht 3

4 mai 2012

Une fausse manip a mal classé cet article … je le relance et supprime immédiatement le précédent sous le même titre!

____________

Avec cet article, A-J Holbecq nous transmet le message suivant: “Voici un chapitre qui aurait du être intégré il y a 11 ans dans mon premier livre “Un regard citoyen sur l’économie” . Hélas, j’avais donné le manuscrit à lire à quelques soi-disant amis d’”ATTAC  pays d’Aix” dont j’avais d’ailleurs été l’un des fondateurs, et j’ai, à l’époque, reçu une volée de bois vert y compris l’accusation d’être quasiment un nazi prônant les thèses hitlériennes; rien que ça!
Le temps, l’âge et le fait d’avoir vu que “postjorion” diffusait un article de Plihon qui y faisait référence me permettent de penser qu’il est temps que je publie ce chapitre.

Mais comme je l’avais écrit en note  “La référence aux effets méfos de l’allemagne nazie ne sous entends en aucune manière que nous approuvions la politique de celle ci d’aucune manière. Elle n’est là que pour signaler que le ministre Schatcht avait utilisé, en 33, un système technique qui avait permis de relancer l’économie allemande et permit de mettre au travail sur cette période cinq millions de chômeurs. Schacht démissionna d’ailleurs en 36, lorsque son système commença à servir à fabriquer des canons, des chars et des avions militaires au lieu de routes, de voitures et d’hôpitaux ! “

________________________

Un exemple intéressant: LE BOOM ÉCONOMIQUE DE L’ALLEMAGNE de 1933 à 1936 

Surveillé comme il l’était par ses puissants voisins, soumis à de sévères sanctions économiques, Hitler aurait été empêché de réaliser ses rêves paranoïdes s’il n’avait eu dans son jeu un atout: vierge de culture universitaire et de sa mésinformation, il put élever la puissance économique puis militaire de l’Allemagne à la hauteur de sa mégalomanie.

Pour comprendre comment il s’y est pris, il nous faut revenir sur les propriétés de l’argent moderne: La monnaie, qu’elle soit de papier ou de comptes, est faite de crédits et de dettes qui se compensent exactement. Il s’ensuit que la production n’absorbe pas d’argent; celui-ci ne peut s’épuiser. Mais les économistes et les hommes d’État ne l’ont pas vu, à cause d’habitudes mentales contractées quand l’argent valait de l’or. Ce que ces hommes craignent par-dessus tout, ce sont les caisses vides et ils ajustent leurs actes à cette crainte. Puis les faits en confirment le bien fondé: il n’y a bientôt plus un sou en caisse!

En 1936 explose le boom économique allemand que nul ne semble avoir remarqué. Tout le monde, pourtant, a vu en 1932 l’Allemagne, mourant de misère et de faim, se jeter dans les bras d’un peintre vierge de culture économique et qui, de ce fait, a fait confiance au Président de la Reichsbank, le Dr SCHACHT, qui avait déjà sauvé l’Allemagne de la débâcle en 1923. Quatre ans plus tard, l’Allemagne était plus prospère que jamais. Elle avait couvert son territoire d’un réseau unique d’autoroutes. Elle s’était constituée d’immenses réserves de matières premières

Elle avait construit d’innombrables usines pour fabriquer les “ersatz” de celles qui lui manquaient du fait du blocus économique des “Alliés”. Après sept ans d’un régime économique et financier rationnel, ce pays presque pauvre a failli dominer la planète, unie contre lui.

Aucun pays voisin n’a compris ce qui s’était passé et il semble bien qu’aujourd’hui les Allemands eux-mêmes n’en sachent à peu près rien.

L’économie et la finance allemandes n’ont pas été comprises. Pour deux raisons:

a) Parce que la légitime horreur vis-à-vis d’Hitler a masqué le fait que jusqu’à la fin 36 l’Allemagne a été contrainte de se développer dans une économie de paix (C’est en 36 que le Dr Schacht a démissionné).

b) Parce que l’usage qu’a fait Hitler des fruits de la conduite de l’économie par le Dr Schacht a été confondu avec leur genèse. Or la démarche du Dr Schacht s’applique bien mieux à la paix qu’à la guerre, puisque les destinataires des bombes n’ont pas le goût de les acheter à l’ennemi. D’ailleurs, en temps de guerre tous les régimes économiques se valent à peu près, les industries tournent à pleine capacité.

Schacht, lui a su le faire non seulement dans la paix, mais SANS HAUSSE DES PRIX… Or, s’il y est parvenu, c’est parce qu’il avait compris deux petites choses:

1) LA PRODUCTION DES RICHESSES MATERIELLES NE CONSOMME QUE DE LA MATIERE GRISE, DES MATIERES PREMIERES ET DU TRAVAIL ET LEUR VENTE RAPPORTE DE L’ARGENT AUX PRODUCTEURS.

2) LE PRIX DES RICHESSES PRODUITES ET L’ARGENT QUE RAPPORTE LEUR VENTE SONT LES DEUX TERMES D’UNE EGALITE.

En d’autres termes, Schacht savait qu’il suffit de dépenser ASSEZ d’argent pour en retrouver assez : ni trop, ni trop peu. Tout risque d’inflation ou de déflation disparaît spontanément, l’équivalence de la dépense et des ressources résultant d’une constante mathématique.

Sachant qu’il pouvait dépenser sans crainte, il lui était devenu facile de doter l’Allemagne d’une industrie fantastique tout en enrichissant les Allemands. Mais il les a enrichis bien mieux en les dotant avant juin 36 de logements, de routes et d’autos qu’avec les chars et sous-marins qui ont suivi.

La première moitié du boom économique tient tout entière dans l’application pratique d’une petite équation:P = V .(prix des richesses produites = argent que rapportent les ventes).Il nous reste à voir la seconde moitié.

Mais que signifie cela ? Comment calculerait-on le juste niveau de la dépense ? Comment dépenserait-on toujours assez et jamais trop? La réponse tient à ce qu’il n’est besoin d’aucun calcul : la limite est fournie par la capacité productrice et les délais qu’elle induit. Lorsque la demande excède de beaucoup l’offre d’une catégorie de biens, les délais de livraison s’allongent et l’on est renseigné.

Mais ce qui doit retenir encore notre attention, c’est le côté singulier de l’économie hitlérienne. D’autres dictateurs ont concentré dans leurs mains des pouvoirs aussi exorbitants que les siens. Ceux qui régnèrent derrière le rideau de fer furent plus omnipotents encore. Or, ils restent loin d’obtenir des résultats approchant ceux qui, en sept ans, firent d’un pays presque petit et presque pauvre la plus puissante de toutes les nations (aucune n’aurait été, à elle seule, capable de tenir tête à l’Allemagne). Comment expliquer des faits aussi surprenants?

Rien n’est plus simple Schacht savait ce qui distingue la décision collective de la décision privée. Il connaissait la fonction macro-économique capitale de la monnaie en ce qu’elle ne devait ni manquer, ni coûter cher, ni être en excès.

Ainsi créa-t-il les “effets Mefo” tirés par des industriels sur la Metaliforschung dont la signature était garantie par l’Etat. Ils furent très critiqués par les économistes orthodoxes mais produisirent les effets stupéfiants.

Plus explicitement: L’Etat décidait la mise en fabrication d’une production de richesse matérielle nationale (un hôpital, par exemple). Il émettait, à l’entreprise choisie, les “mefo” correspondant au coût total, sans aucun intérêt. Ces “mefo” étaient remboursables par la banque d’Etat, en Deutschemark, au fur et à mesure de la réalisation, quelle soit celle de l’entreprise choisie ou celle d’une entreprise sous traitante qui recevait les “mefo” de l’entreprise maître d’œuvre. Les “mefo” des différents producteurs de la chaîne, échangés contre les Deutschemarks, servaient ensuite à payer les salaires et les bénéfices, en “monnaie réelle”. L’ État allemand ne déboursait ses deutschemark qu’au fur et à mesure de la “production”, et ces deutschemarks lui revenaient INTEGRALEMENT dans ses caisses, par le cycle même de la monnaie, ce que nous verrons plus tard.. Nous retrouvons dans les “effets mefo” quelque chose de relativement similaire à la monnaie d’échange des SEL, mais à l’échelle d’une nation.

Schacht disait des mefos :” Ce ne sont peut-être pas de bons effets de commerce au sens de la loi sur la banque. Mais la situation est désespérée. L’objet de ces effets est de remettre en marche le commerce et l’industrie”. S’achopper à une simple question de mots, en regard de 29% de chômeurs et d’une pareille dépression économique eût été un véritable crime d’économie politique.

Dans ces conditions, il devint facile aux Allemands de se mettre au travail. La coordination des efforts se fit spontanément. L’initiative privée fut encouragée, récompensée, exploitée à fond. Sur le terrain économique, l’Allemagne fut le siège du premier régime qui ait été aussi libéral que possible sur le plan où c’est avantageux pour tous : celui de l’initiative privée. D’où le “miracle allemand”.

Tels sont les deux secrets simples qui permirent à Hitler de faire aussi bien un mal aussi épouvantable.



239 – Schacht 2

9 avril 2012

Pour un autre éclairage sur les “techniques” de Schacht, relire l’article 145,   La relance Allemande de 1933  ” (Janpier Dutrieux )

Les deux  sites passionnant de Janpier Dutrieux
Prospérité et partage

Fragments diffusion


183 – Meadows: les limites de la croissance – 2002

31 mai 2011

Partager sur facebook

Trente ans de perdus !

Suite de http://www.societal.org/docs/cdr1.htm

ANALYSE SUCCINCTE DU RAPPORT MEADOWS

( MISE A JOUR – 2002)

“En conséquence nous sommes plus pessimistes concernant le futur que nous l’étions en 1972″

(dans la préface de l’auteur)

(extrait du premier article)

Croissance de la population mondiale.

Il y a 12 000 ans nous étions 5 millions sur Terre,  à l’époque du Christ 150 à 250 millions, 300 millions en 1350, 600 millions en 1700, 1 milliard vers 1830, 2 milliards en 1940, 4 milliards en 1975, 6.1 milliards en 2000, 6.5 milliards en 2004, il y en aura 8 milliards en 2020 et 9 milliards en 2050.

En profitant de son bien être, l’homme moderne a proliféré et sa population n’a cessé de croître au détriment des autres espèces. La croissance de la population est une courbe exponentielle.

(pop)

Les boucles positives du système global conduisent à la croissance exponentielle de toutes les grandeurs mises en jeu, mais les trois boucles négatives (famine, pollution, épuisement des ressources) contribueront de toute façon à l’arrêt de la croissance exponentielle suivi d’un “effondrement”… car nous sommes sur une planète “finie”!

“ L’ effondrement ” n’est pas nécessairement la fin de l’humanité, mais se traduira par la diminution brutale de la population et la dégradation des conditions de vie des survivants (baisse importante du produit industriel par tête, du quota alimentaire par tête, etc) jusqu’à de nouveaux équilibres.

_____________________________________

Pour introduire cet article je vous propose une bonne présentation de ce livre par Luc Sema,

( paru le 20 septembre 2007 sur http://developpementdurable.revues.org/document4422.html )

1- Lors de sa parution en 1972, le rapport du Club de Rome (dit Rapport Meadows et intitulé Limits to Growth ou Halte à la croissance ?) avait connu un certain retentissement. En 1992, il avait fait l’objet d’une première mise à jour, intitulée Beyond the Limits. Enfin, en 2004 paraissait une seconde mise à jour qui, jusqu’ici, n’a pas été traduite en français : Limits to Growth. The 30-Year Update.

 

1 – Les auteurs ont jugé cette mise à jour nécessaire pour deux raisons : d’une part, pour faire le point sur les scénarios élaborés en 1972 et sur leur degré de conformité à la réalité, et d’autre part pour souligner la gravité de la situation actuelle.

2 – Selon les auteurs, la réalité est relativement conforme aux prévisions de 1972 : en effet, dans les différents scénarios alors élaborés, la croissance était assurée au moins jusqu’en 2015, et c’est seulement ensuite que devait advenir une rupture. Celle-ci prendrait la forme soit d’un effondrement, soit d’une adaptation de l’humanité à la contrainte environnementale, c’est-à-dire d’un apprentissage progressif du respect des limites de la planète.

3 – C’est justement parce que leurs prévisions semblent se concrétiser que les auteurs ont ressenti le besoin de souligner la gravité de la situation. Car selon eux, depuis le début des années 1990, nous sommes déjà au-delà des limites environnementales, ce qui signifie que notre civilisation n’est pas durable et que nous courrons à la catastrophe. Or, pour éviter que cette catastrophe ne devienne réalité, il faut du temps : nous disposions de 50 ans en 1972. Il ne nous en reste plus que 10 ou 15, ce qui est dérisoire si l’on considère la lenteur et l’inertie des logiques économiques et sociales.

4 – Au cœur de cet ouvrage se trouve le concept d’overshoot, que certains auteurs traduisent par « dépassement » ou « surchauffe », et qui signifie que nous sommes déjà au-delà des limites de la planète. Le premier chapitre du livre s’ouvre sur cette définition : « to overshoot, cela signifie aller trop loin, aller au-delà des limites, par accident et sans en avoir l’intention » (p. 1). L’overshoot vient toujours de la combinaison de trois facteurs : « (1) un changement rapide, (2) des limites à ce changement, et (3) des erreurs ou des délais dans la perception de ces limites et dans le contrôle de ce changement » (p. 5).

5 – En 1992, le fait que nous soyons déjà en overshoot était surtout une intuition. Mais en 2004, les auteurs s’appuient largement sur la notion d’empreinte écologique et saluent le travail de Mathis Wackernagel dans la création de cet indicateur. En s’appuyant sur des données chiffrées, ils estiment que notre empreinte écologique a dépassé la « capacité de portage » de la planète dans les années 1980, et qu’elle n’a jamais cessé d’augmenter depuis lors. Il est donc urgent de trouver une stratégie de sortie de crise afin que cet overshoot ne devienne pas effondrement.

6 – En partant de ce constat, les auteurs analysent les différentes dimensions de cet overshoot (chapitres 2 et 3) et dressent onze scénarios d’effondrement ou d’adaptation qui pourraient mettre fin à cette situation insoutenable (chapitres 4 à 8 ) : on y retrouve des scénarios d’épuisement des ressources fossiles, d’élévation du niveau de pollution, d’érosion des sols, d’innovations technologiques majeures, d’intervention politique déterminée… Aucun de ces scénarios n’a valeur de prophétie, mais tous doivent être considérés comme des avertissements : « L’éventail des futurs possibles recouvre une grande variété de chemins. Il y aura peut-être un effondrement brutal ; il est aussi possible qu’il y ait une transition en douceur vers la soutenabilité. Mais les futurs possibles n’incluent pas une croissance infinie des flux matériels. Ça n’est pas une option dans une planète finie. » (p. 13)

7 – Il faut également souligner l’optimisme (relatif) du cinquième chapitre, intitulé « Back from beyond the limits », qui raconte le succès de la lutte contre les CFC responsables du trou dans la couche d’ozone : si les signaux d’alarme sont pris au sérieux et si l’action politique est suffisamment déterminée pour réorienter le marché et l’innovation technique, alors l’humanité est capable de mettre un terme à l’érosion de son environnement en inventant des activités respectueuses des limites environnementales.

8 – En définitive, cette mise à jour du rapport Meadows a les mêmes défauts que les versions précédentes : il s’agit d’une approche globale, qui considère la planète comme un tout indivisible, sans s’attarder sur les différences entre les territoires ou sur les inégalités entre les populations. De plus, l’élaboration de scénarios à long terme pour l’ensemble de la planète est un exercice difficile. Cependant, la mise à jour des données et l’intégration de la notion d’empreinte écologique enrichit considérablement la réflexion et fournit de bonnes bases pour la fixation d’objectifs globaux et locaux de soutenabilité.

9 – L’absence de traduction de ce livre est un symptôme de la difficulté de la société française à s’emparer du thème des limites de la planète et de leur rôle dans la définition d’un développement durable. Les auteurs estiment que 10 à 20 ans seront encore nécessaires pour que ce thème devienne consensuel et débouche sur des politiques globales et locales. D’ici-là, ils préparent une troisième mise à jour de leur rapport, prévue pour 2012.

Luc Sema

Il est évidemment impossible de résumer un livre de 300 pages comportant de très nombreux graphiques, en une seule page web. En attendant que ce livre soit traduit, j’ai tenté ci dessous de montrer les grandes lignes des hypothèses de Meadows et son équipe, qui se sont appuyé sur un logiciel (et un modèle) beaucoup plus perfectionné (world3), dans lequel ils ont pu intégrer beaucoup plus de données, que celui qu’ils avaient utilisé en 1970.

Tout commence ici, par l’évolution prévisible de la population terrestre dont les individus, et c’est bien naturel, souhaitent voir augmenter leur part de consommation, de confort, et d’accès aux ressources (en 1970, lorsque Meadows a écrit son premier rapport paru en 1972, nous étions 3,7 milliards sur Terre…)

Voici quelques unes des données incluses dans le modèle “world3″ utilisé par Meadows et son équipe pour la fabrication des différents scénarios

Lire la suite »


182 – population et terres arables

29 mai 2011

Jetez un coup d’œil aux deux graphiques ci-dessous.

 

La population mondiale explose… tandis que la surface de terres arables recule.

Troisième graphique de la croissance de la production agricole par tête:


Croissance de la population, diminution des terres agricoles, et une production qui ne suit pas.

Au cours des deux dernières décennies, la production agricole mondiale a augmenté d’à peine 12% — soit un taux de croissance annualisé de 0,56% par an.
Pour nourrir neuf milliards de personnes la production devrait grimper de 70% sur les 30 prochaines années, soit un taux annualisé de 1,6% alors qu’elle n’a augmenté que de 0,56% par an depuis 20 ans

(extraits de “La chronique Agora”)
____________________________________

Lire également sur ce blog: 121 – A-J Holbecq: populations soutenables


161 – l’emprunt à la banque centrale

29 mars 2011

Paru le 28 mars 2011 sur le blog d’Alain Grandjean, sous le titre : L’emprunt à la banque centrale : proposition détaillée

______________________________

La transition écologique et sociale de nos sociétés nécessite des investissements aujourd’hui non financés, que ce soit par le secteur privé dominé par le court terme ou par le secteur public, privé de moyens. La Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme propose de recourir à une troisième source de financement pour que les États soient en mesure d’investir dans l’avenir : l’emprunt à la banque centrale.

Le dispositif sera présenté et discuté en détail lors du séminaire du 30 mars : “Financer l’avenir sans creuser la dette”.

Notre synthèse présente le dispositif, ses dimensions techniques et légales, ainsi qu’une foire aux questions et des réponses aux objections les plus courantes.

Pour le télécharger : http://www.scribd.com/document_downloads/51704006?extension=pdf


142 – De l’intérêt des dévaluations

7 décembre 2010

Du blog de Laurent Pinsolle 07 décembre 2010

__________________________________

C’est une des dernières lignes de défense des partisans de la monnaie unique européenne, peut être pas la dernière mais sans doute une des dernières : l’euro nous protègerait des dévaluations au sein de l’Europe. Une nouvelle ligne Maginot à enfoncer.

Fantasmes contre réalité

A écouter les défenseurs de l’euro, le retour aux monnaies nationales provoquerait une vague de dévaluations apocalyptiques, une sorte de retour à l’âge de pierre économique. C’est à peine s’ils n’évoquent pas les famines ou les guerres qui s’en suivraient. En fait, le procédé est assez habile car en affirmant que les dévaluations sont dangereuses, ils parent de facto la monnaie unique de l’avantage de les éviter, par définition. Il faut donc compléter le bilan de l’euro.

Le problème est que le rétroviseur historique révèle une autre réalité. Dans les années 70 et 80, quand les pays européens procédaient régulièrement à des ajustements monétaires (réévaluations ou dévaluations), la croissance était beaucoup plus forte que dans le système de parité fixe de l’euro. C’est ainsi que selon les chiffres de l’OCDE la croissance de la France est passée de 2.3% par an à 1.5% des années 80 aux années 2000 (2 à 0.8% en Allemagne et de 2.6 à 0.5% en Italie).

Bref, les dévaluations n’ont jamais handicapé la croissance du continent européen. C’est bien la rigidité de l’euro qui créé les problèmes actuels. En outre, l’histoire économique montre bien que les dévaluations sont au contraire un procédé pour relancer la croissance. C’est comme cela que la Grande-Bretagne ou la Suède sont sortis de la récente crise économique. La baisse de la monnaie permet de relancer les exportations et pénalise les importations, favorisant la production locale et l’emploi.

Les dévaluations au service de la hausse des salaires

Mieux, en constatant que l’euro comme monnaie unique pousse à la compression des salaires en Allemagne (et bientôt partout ailleurs), on en arrive à la conclusion que les dévaluations rendent davantage possibles les hausses de salaires par rapport aux autres pays. En effet, dans un régime de changes ajustables, si un pays voit ses salaires progresser davantage que les voisins, à gain de productivité équivalent, il perd en compétitivité prix sur les coûts de production.

Néanmoins, il peut à tout moment effacer cette perte par une dévaluation, comme le faisaient les pays du Sud de l’Europe par rapport à l’Allemagne dans les années 70 ou 80. Au contraire, dans un système de change fixe comme l’est l’euro aujourd’hui, il n’y a plus la possibilité de dévaluer pour compenser des hausses de salaires supérieurs à celles des voisins. Résultat, le pays dont l’évolution des salaires est la plus faible gagne en compétitivité par rapport à ses voisins.

C’est le « modèle Allemand », où les salaires stagnent depuis près de 15 ans et la croissance depuis 10 ans. L’Allemagne l’a compris avant car elle avait les coûts les plus élevés de l’Europe à l’origine. Le problème est que si le modèle se généralise, les salaires seront poussés à la baisse, tout comme la croissance. Et il faut noter qu’alors, les gains de productivité ne peuvent plus être redistribués en partie aux salariés, pris dans une course au moins-disant salarial.

Le péril des dévaluations est un fantasme bien utile pour essayer de protéger l’euro. Mais dans la réalité, les dévaluations, si elles ne sont pas dénuées de conséquences négatives (renchérissement des importations…) ont également des vertus, et notamment celle de faciliter les hausses de salaires.


125 – B. Lemaire: Retraite(s), une question societale

26 août 2010

Retraite(s), une question sociétale s’il en est

Quelques préliminaires tout d’abord:

1 – la question des retraites est un vrai problème, mais abordé de très mauvaise manière, car, pour moi, il fait partie d’un problème bien plus vaste, vieux sinon comme les débuts de l’économie politique, du moins vieux de deux siècles, en prenant D. Ricardo comme le représentant le plus avisé et le plus connu de cette « économie politique »

2 -  la question des retraites, d’après moi, est à relier au problème « de base » de la production et de la répartition des richesses produites.

3 -  la seule « nouveauté », si l’on peut dire, qui fait qu’on s’intéresse de plus en plus à la question des retraites c’est – lapalissade s’il en fut – que, au moins dans les pays dits développés, l’allongement de la durée de vie est un phénomène majeur (ainsi que la question de la dénatalité dans ces m^mes pays)

Après ces préliminaires, à quelle question faut-il donc s’attaquer (sans mettre la charrue avant les boeufs, et sans proposer telle ou telle solution avant l’analyse du problème)

De fait, si l’on propose l’allongement de la durée du travail comme seule solution (c’est peut être le cas, mais cela ne peut se décréter ainsi), c’est un peu comme si l’on disait que la seule solution était de noyer tous les vieux, dont l’espérance de vie devient un problème, voire de pendre tous ceux qui n’ont plus de contribution « réelle » à la production (pas simple de définir une contribution « réelle », c’est plus simple la solution imaginée par Asimov dans « cailloux dans le ciel »).

Je force le trait: pas forcément. Bien sûr, il n’est pas politiquement correct de s’en prendre aux vieux (qu’on met parfois dans des mouroirs, faute de familles ou de revenus suffisants pour s’en occuper), surtout qu’ils votent encore (ce n’est pas le cas des embryons, et il est donc plus facile de s’en débarasser, pour s’attaquer à la question, elle aussi très sérieuse, de la misère dans le monde causée, partiellement, par la surpopulation)

Revenons donc à notre analyse de base, consistant à dire que la question des retraites est « simplement » un problème sociétal, un problème socio-économique.

Il s’agit de répartir « au mieux » la richesse produite, sachant, hélas, que la production n’est pas indépendante de la répartition (sinon, il suffirait de « nationaliser » la production, puis de « nationaliser » la répartition).

Question 1:

l’allongement de la durée de travail va t-elle augmenter la production de richesses. Pas évident que ce soit la seule solution, voire une solution, vu la situation de chômage actuel

Question 2:

les « vieux » qui seraient ainsi remis au travail sont-ils plus productifs, dans l’absolu, que les jeunes qui ne trouvent pas de travail, ou qui sont déjà au travail dans l’entreprise. DAns le contexte français actuel, un « vieux » au travail coûte plus cher qu’un jeune: est-il plus « productif »? Cela dépend, bien sûr. Mais il est plus simple, et plus rentable, pour une entreprise, de mettre à la retraite un « vieux » qui rapporte – peut être – moins qu’il ne coûte que de continuer à le payer. L’augmentation à l’ancienneté, m^me si elle est faible, n’a jamais vraiment été remise en question, alors que ce pourrait, peut être, être une autre solution que la retraite ou la préretraite.

4 -  Mais la véritable question est celle-ci. La France, ou tout autre pays développé dans lequel la question des retraites se pose avec de plus en plus dacuité, est-elle prête à repenser entièrement la question de base : production-répartition-consommation, en sachant qu’un tel équiilibre demanderait aux « forces vives de la nation » beaucoup de courage et d’abnégation – politiciens, syndicalistes, entrepreneurs… – pour poser le vrai problème. Que faut-il produire, comment le produire, comment l’attribuer, dans quelles conditions.

La question de la retraite, qu’il est quasi impossible d’occulter peut être une grande chance pour l’humanité, comme la question des changements climatiques ou celle de la pollution. Le bon sens montre que c’est une question à prendre globalement. Sera t-on assez suicidaire pour s’y refuser encore, ou pour rester dans nos vieilles querelles idéologiques, en se rangeant chacun derrière une bannière ou des slogans éculés: « travailler davantage » « faire payer les riches » « je fais ce que je veux quand je veux où je veux » « vive le prolétariat » « sauvons les banques » …

Bien à vous, Bruno.

PS. j’avais commencé à parler de cette question dans contre-feux.com il i a deux ans, mais, apparemment, je n’ai plus accès à ce site (ayant égaré mon mot de passe, raison officielle, et n’arrivant pas à en obtenir un nouveau), en dépit du fait que des questions m’y ont été posées – je n’ai donc pu y répondre.


115 – la Hongrie remballe le FMI

27 juillet 2010

Article original de “Solidarité et Progrès”
______________________________

Brèves – 23 juillet 2010 – 20:38

23 juillet 2010 (Nouvelle Solidarité)

Nous sommes en 18 après Maastricht ; Toute l’Europe est soumise à l’Empire financier… Toute ? Non ! Car un pays peuplé d’irréductibles hongrois résiste toujours et encore à l’envahisseur.

Gyorgy Matolcsy, ministre des Finances, a rejeté dimanche les exigences de l’UE et du FMI pour de nouvelles coupes budgétaires. Rappelons que l’institution dirigée par M. Strauss-Khan exige de nouvelles mesures d’austérité pour que la Hongrie, dont le déficit devrait atteindre 3.8 % du PIB cette année, passe aux 3% prévus par le Traité de Maastricht, et ce, alors que parmi les grands pays membres il n’y plus que l’Allemagne dont le déficit avoisine les critères du Traité. Gyorgy Matolcsy a réitéré que le nouveau gouvernement du Premier ministre Orban, avait été élu par près des deux tiers de l’électorat, justement parce qu’il avait promis de cesser la politique d’austérité du gouvernement précédent. Il n’obtempérera donc pas aux injonctions supranationales. Le lendemain, Matolcsy réaffirmait sa position dans une interview télévisée et a déclarait que le gouvernement, par une taxe sur les banques, lèverait 650 millions d’euros supplémentaires par an.

Mais au delà de cette taxe, ce qui panique les marchés financiers est la volonté affichée d’interdire les prêts immobiliers et à la consommation accordés en devises aux citoyens hongrois qui paient donc en Forint. Ce serait la fin annoncée du « carry trade » auquel se livrent notamment les banques autrichiennes et suisses, empruntant à bon marché chez eux et prêtant plus cher aux citoyens de pays aux monnaies se dévaluant. Le plan d’action annonce aussi la volonté d’interdire les évictions et les saisies de logements. Les intérêts financiers, ainsi que Paris et Berlin, qui insistent lâchement pour sanctionner plus fortement les Etats ne respectant pas les critères de Maastricht, craignent que l’exemple hongrois fasse tâche d’huile.

Face au refus de Budapest, le FMI a interrompu les négociations et a bloqué la dernière tranche de 5,5 milliards de dollars d’un crédit total de 20 milliards négocié deux ans plus tôt par le gouvernement de l’époque. Le Premier ministre Viktor Orban a réagi en déclarant que la Hongrie s’en sortirait même sans ce crédit. Et du fait que le Gouvernement contrôle deux-tiers des sièges au Parlement, il est sûr que sa mesure de taxation des banques sera approuvée.

Révélateur de l’état d’esprit qui règne dans le pays, le discours d’investiture du Premier ministre du 9 juin dernier, dans lequel il a souligné la différence entre une économie-casino et la construction d’une nation. Extraits :

« Tout d’abord, je propose que nous considérions la sinistre et même alarmante tempête qui s’abat sur l’économie mondiale. Nous recevons tous les jours des nouvelles alarmantes du monde entier. La crise, épiphénomène d’un chamboulement bien plus profond, n’est pas terminée. Mais l’heure n’est pas aux lamentations. Ce dont nous avons besoin c’est de penser à la hongroise, de faire preuve d’ingéniosité. Nous devons exploiter ces processus externes dans notre propre intérêt, c’est-à-dire pour le bien des Hongrois et de l’économie hongroise. Les possibilités pour le faire existent.

« Le processus le plus important que nous devons prendre en compte est que l’économie mondiale se dirige dans une nouvelle direction. Il semble que le capitalisme productif a un nouvel avenir et que l’époque du capitalisme spéculatif touche à sa fin. Nous savons tous que la raison principale de la crise économique qui étrangle le monde consiste en la chose suivante : une surévaluation régit le marché mondial. L’argent disponible dans le commerce mondial outrepasse de plusieurs ordres de grandeur le montant de valeurs réelles. Il s’en suit que toutes les valeurs réelles dans les livres de compte et les bilans sont surévaluées. Des bulles se forment, entraînant l’économie dans des crises successives. Hélas, ces crises ne s’arrêtent pas à la frontière hongroise.

« Mesdames et Messieurs, la Hongrie ne peut réussir dans ce monde moderne en transformation rapide, qu’à condition de nous tourner vers le capitalisme productif et d’utiliser à notre avantage le processus global. Je veux dire par là que nous devons de manière croissante, et avec grande détermination, refouler la spéculation et nous orienter vers le capitalisme productif. Pour bien me faire comprendre, je n’ai pas besoin d’aller dans les détails : le capitalisme productif est lié au travail et alors que le capitalisme spéculatif à lié à la spéculation.

« Mesdames et Messieurs, le point clé est que nous pouvons opérer une telle différentiation. Je propose que lors de la mise en place de ce nouveau système économique, nous désignions comme spéculatives toutes les activités par lesquelles quelqu’un gagne de l’argent en faisant du mal à autrui. Et lorsque quelqu’un gagne de l’argent en créant une réelle valeur qui profite aux autres et à la société toute entière, alors cela peut être défini comme du travail.

« Mesdames et Messieurs, je suis convaincu que ce n’est qu’avec ce type de capitalisme productif que nous pourrons créer dans les dix prochaines années 1 million de nouveaux emplois en Hongrie. La capitalisme spéculatif est dégradant car il nuit aux entreprises et aux emplois en Hongrie et dans le monde entier. C’est pourquoi le nouveau système économique en Hongrie doit se fonder sur la production, c’est-à-dire le travail, en lieu et place de la spéculation. Et toutes les mesures et dispositions légales que nous déciderons doivent suivre ces principes »


114 – Balance extérieure de la France

23 juillet 2010

Extraits du blog Eco-France

______________________________________

La nomenclature de la Banque de France distingue quatre types d’échanges:

 

1 – Balance des échanges de biens: Tous les biens fabriqués en France et vendus à l’étranger, et vice-et-versa. C’est seulement en 2005 que la balance des échanges de biens s’est dégradée

 

 

 

2 – Balance des échanges de services: Il s’agit des prestations en informatique, en construction, en assurance, transport, frais financiers.. Toute activité intellectuelle ou manuelle, rémunérée à une société française au bénéfice d’une société à l’étranger (et vice-et-versa). Elle s’érode depuis 2001, mais reste encore largement positive.

 

 

 

3 – Balance des échanges de revenus: salaires des salariés transfrontaliers, mais surtout revenus du capital investi à l’étranger (dividendes, coupons obligataires). La tendance est à la hausse en ce qui concerne les revenus du capital, malgré une baisse en 2009.

 

 

 

4 – Balance des transferts: la monnaie transféré à l’étranger sans contrepartie évidente. Les dons, l’aide internationale, mais aussi les transferts d’argent de salariés immigrés vers leur pays d’origine. La balance des transferts se dégrade de manière continuelle depuis les années 90

Balance des transactions courantes: l’indicateur qui agrège ces quatre balances:


 


Jusqu’en 2005, la France s’enrichit au contact avec l’étranger. Au contraire depuis 2005, il y a plus d’argent qui quitte le pays qu’il n’en rentre. Les revenus du capital, et ceux des services, ne suffisent plus à compenser le déficit du commerce et le flux d’argent qui fuit le pays.

Pour donner un ordre de grandeur, les 40 milliards d’euros de déficit de la balance des transactions courantes représentent 2,2% du PIB,
Voici une comparaison internationale de 2008 (données Banque Mondiale) :
http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/BN.CAB.XOKA.CD

 

_________________________
Complément à ce billet : le 15 octobre 2010

107 – Les 10 plus gros mensonges sur l’économie

25 juin 2010
Puisque nous sommes à vous proposer quelques lectures pour l’été, en voici une qu’il ne faut pas non plus manquer.

ISBN: 2-7033-0695-4

Philippe Derudder nous écrit: J’ai le plaisir de vous annoncer la sortie de la nouvelle édition entièrement actualisée des “10 plus gros mensonges sur l’économie” ( éd.Dangles) mi juin.
En cette période où nos élites mondiales pensent régler la dette en s’endettant plus encore, et à relancer la croissance par l’austérité, n’est-il pas temps de se demander ce qui conduit à effacer tout bon sens au cœur de cette supposée science qu’est l’économie ?
Nous avons reçu beaucoup de courrier de lecteurs qui tenaient à nous dire combien ce livre les avait éclairé. Alors si vous vous posez des questions sur notre “folle” époque, ce livre vous aidera sans doute à trouver quelques réponses et à vous libérer du discours ambiant.

_________________________
4° de couverture

Aujourd’hui, Molière aurait sans doute pris pour cible les économistes au lieu des médecins. La « saignée », panacée de son temps, aurait fait place à la « croissance », prétendue solution à tous nos maux. Au latin a succédé un jargon incompréhensible. Seule solution : s’en remettre aux experts. Dormez bonnes gens ! Ceux « qui savent » s’occupent de votre bonheur…

À défaut, ils ont, en tout cas, réussi à dégoûter de l’économie « M. et Mme Tout Le Monde ». Ce n’est pas leur lecture de chevet.

Puisse ce livre changer la donne, car tant que le citoyen ne reprendra pas le pouvoir sur l’économie, il en restera l’esclave.

L’ambition de cet ouvrage est donc d’aider chacun à reprendre ce pouvoir en se libérant de la manipulation qu’exerce sur nous des théories assénées en vérités absolues, des idées toutes faites et de fausses croyances.

Si vous croyez en particulier que :

- L’Etat fabrique l’argent qui est garanti par l’or
- Les banques prêtent l’argent des épargnants
- On ne peut pas le faire, « ça coûte » trop cher
- La dette appauvrit la Nation, il faut la rembourser !
- Toute production ne se justifie que si elle est rentable
- Il faut soutenir la croissance pour dynamiser l’emploi
- Baisser les prix, c’est défendre le pouvoir d’achat
- Il faut lutter contre l’inflation pour sauvegarder l’emploi
- On vivrait beaucoup mieux si on payait moins d’impôts.
- La mondialisation, une promesse de prospérité pour tous les peuples

… alors, ce livre est fait pour vous : ne vous laissez pas désinformer plus longtemps !

___________________________

Extrait tiré de la conclusion de “Les 10 plus gros mensonges sur l’économie”

…/…
Alors lisons un peu l’actualité au travers du prisme des vérités déclinées et contredites dans dans ce livre.

Lire la suite »


102 – Déjouer le piège de la rigueur et le verrou de l’Euro

11 juin 2010

Article de Jacques Sapir, paru sur le blog Horizons
(blog de Malakine) , le 08 juin 2010

Sommes-nous donc en 1931 ? Alors que les annonces de plans dits « de rigueur » ou « d’austérité » se multiplient à travers l’Europe, il est aujourd’hui évident que l’ordre du jour des divers gouvernements est dominé par la réduction des déficits publics. Se répètent ainsi les erreurs commises lors de la « Grande Dépression » [1]. Ceci n’est pas – seulement – dû à un oubli de l’histoire. La crise que connaît la zone euro, et qui n’en est qu’à son commencement, a joué dans ce tournant un rôle à la fois décisif et pernicieux. C’est elle qui a lourdement pesé dans la conversion actuelle des principaux gouvernements à la « rigueur ».

Ils sacrifient ainsi la substance – à savoir la dynamique économique qui fonde en réalité la possibilité réelle de la zone euro à se maintenir – à l’apparence : les conditions immédiates de son maintien face à la spéculation des marchés. Il est donc à craindre que l’Europe et la France n’entrent dans une période prolongée de récession sous l’impact cumulé de ces politiques restrictives. Des mesures radicales s’imposent, mais, pour les évaluer, il faut d’abord procéder à un bilan de la situation.

Le piège de la rigueur ne se comprend pas hors du verrou de l’euro. Pour autant, l’adhésion à ce dernier n’a pas reposé que sur des considérants idéologiques. Il y a bien eu des facteurs réels qui ont convaincu les gouvernements d’accepter cette solution de la monnaie unique dont les inconvénients étaient pourtant connus dès l’origine. Le délitement de ces facteurs pose la question de la possibilité de la survie de la zone euro et, au-delà, des solutions alternatives qui s’offrent à nous.

Vers la récession

Les politiques de rigueur constituent une grave erreur pour des raisons qui devraient être évidentes : elles vont déprimer la demande intérieure de la zone euro et rendre ainsi encore plus difficile le retour progressif à un relatif équilibre des dépenses publiques, ce qui est pourtant le but officiellement recherché. Tel fut d’ailleurs le résultat de politiques analogues conduites en Europe et ailleurs au début des années 1930. Ces politiques ne font que commencer, et il ne faut nourrir aucune illusion à leur sujet car nous sommes entrés dans une logique de déflation compétitive. Aux plans grec, espagnol, portugais, italien et bientôt britannique viendront s’ajouter d’autres. Ces plans seront très probablement renforcés dès cet automne, en particulier dans le cas de la France [2].

Ces politiques trouvent, bien entendu, leur origine immédiate dans la crise que la zone euro est en train de subir, et il est en quelque sorte logique de voir Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE), en appeler à davantage de « surveillance mutuelle » [3]. L’accumulation des dettes souveraines des États a provoqué une inquiétude légitime. Mais, en réalité, elle résulte du fonctionnement même de la zone euro qui oblige les pays à financer la totalité de leurs dettes par des appels aux marchés financiers. L’interdiction faite à la BCE, par les traités européens, d’assumer une partie du financement de cette dette (alors même qu’elle a repris une partie des dettes des banques et qu’elle est autorisée, depuis le 10 mai, a racheter, en cas d’urgence, des titres publics détenus par ces mêmes banques), ne semble laisser d’autres alternative que cette « rigueur ».

La conjonction de telles politiques sur un grand nombre de pays aura des résultats cumulatifs. Ainsi, l’effort particulier demandé aux Grecs, mais aussi aux Espagnols, au Portugais et aux Italiens, verra une partie de ses effets annulés par la récession européenne qui viendra affaiblir les recettes fiscales de ces pays. Les péripéties des derniers jours de mai montrent d’ailleurs les limites de ces politiques.

Voté à une voix de majorité par le Congrès des députés espagnol, le plan de rigueur n’a pas évité à ce pays de voir sa note dégradée le 28 mai. De fait, le gouvernement de Zapatero sort affaibli de ce vote et s’effondre dans les sondages [4]. Notons ici que l’agence Fitch, souvent critiquée avec ses consoeurs, a fait preuve en l’occurrence de beaucoup de sagesse puisqu’elle pointe dans ses attendus l’ampleur de la dette privée et la baisse de la croissance qui ne sauraient que résulter de cette politique. L’Espagne croyait acheter l’adhésion des marchés par sa « rigueur », mais c’est l’inverse qui se produit.

Il faudra donc immanquablement, si l’on veut que cette politique soit cohérente, en rajouter sur ces plans. Nous sommes donc bien entrés dans une logique de contraction budgétaire, qui va faire sentir ses effets les plus pernicieux dans les mois à venir. L’effet psychologique de ces politiques, venant après la crise de 2008-2009, sera désastreux sur la demande des ménages qui, il ne faut pas l’oublier, conditionne la demande des entreprises et l’investissement. À l‘effet direct de ces politiques, il faudra ajouter les effets indirects qui vont se manifester sur la dépense des ménages, mais aussi sur celle des entreprises.

Lire la suite »


98 – Article invité : A-J Holbecq “monétiser la dette publique”

2 juin 2010

Par notre participation aux recettes directes ou indirectes de l’État, nous devons collectivement payer un intérêt à ceux qui ont la possibilité de prêter aux administrations publiques, lorsque celles ci ont des besoins de trésorerie (investissement ou fonctionnement) supérieurs à leurs recettes. Ces créanciers détiennent ainsi des « titres de dette », tels que Bons du Trésor (BTF ou BTAN) et les Obligations (OAT). Au fil des années, cet argent distribué aux plus riches s’accumule et les intérêts qu’il faut payer plombent les finances publiques. Qui plus est, leur montant est tel, qu’ils nécessitent l’émission permanente de nouveaux titres de dette souvent proches d’ailleurs montant des intérêts des emprunts antérieurs,  et impose de couvrir, par de nouveaux emprunts, le besoin de trésorerie des  administrations publiques.

Les intérêts payés entre 1980 et 2008 représentent 1306 milliards d’euros, et la dette brute sur la même période est passée de 239 à 1327 milliards d’euros, soit une multiplication par 5,5 (37 000 € par foyer fiscal). Elle atteint, en 2010 les 1500 milliards d’euros.

Si nous n’avions pas eu d’intérêts à payer, si l’État avait pu émettre notre monnaie, ce qui lui est interdit depuis la réforme des statuts de la Banque de France de 1973 et l’inclusion de cette règle au niveau européen depuis le Traité de Maastricht,  la dette initiale de 239 milliards d’euros à fin 1979 aurait totalement disparu entre 2005 et 2007 (l’année 2008 correspondant à un endettement atypique comme l’est  également 2009,  et le seront 2010 et sans doute 2011). Tout au long de ces années, les soldes auraient été positifs pour un total de 217,8 milliards d’euros qui auraient pu être utilement utilisé pour le bien être collectif de la population ou le financement à long terme d’équipements « écologiques ».

(La justification de ces chiffres se trouve sur le document téléchargeable sur :
http://monnaie.wikispaces.com/file/detail/dette-publique.pdf )

Voici d’ailleurs, sous forme graphique, cette évolution depuis fin 1979, l’accumulation de dette antérieure procédant d’ailleurs des mêmes causes.

(graphique de A-J Holbecq)

Nous payons chaque semaine 1 milliard d’euros d’intérêts, plus de 50  milliards d’euro par an, à des investisseurs privés, soit 2600 € par foyer fiscal imposable (sans pour autant parvenir à rembourser le moindre centime du capital  emprunté !). C’est maintenant plus que  l’impôt sur le revenu perçu en France et c’est autant de financement qui disparaît des capacités d’action de l’État et des autres administrations publiques.

Puisque les traités en cours nous empêchent de procéder comme nous le souhaiterions, peut être faudrait-il procéder ainsi :

1 – Le gouvernement français « menace » de quitter la zone euro si dans un délai court les statuts de la BCE et l’article 123 du Traité de Lisbonne ne sont pas revus dans le sens de permettre à chaque État de bénéficier de la possibilité de se financer auprès de la BCE et d’y transférer progressivement les obligations publiques arrivant à échéance.

2 – Proposition que les financements à long terme nécessaires au développement durable et écologique (croissance verte) pourraient l’être par la simple adjonction d’un paragraphe supplémentaire à l’article 123/1 du Traité de Lisbonne et une très légère modification des Statuts de la BCE.

En effet : c’est actuellement l’article 123 du Traité de Lisbonne (TFU) qui nous gouverne (ancien article 104 du traité de Maastricht):

1. Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées “banques centrales nationales”, d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite.

Que l’on peut traduire par : « Les États ne peuvent plus créer la monnaie, maintenant ils doivent l’emprunter auprès des acteurs privés en leur payant un intérêt ruineux qui rend tous les investissements publics hors de prix mais qui fait aussi le grand bonheur des banques privées et des rentiers» …

Les propositions d’adjonctions pourraient être sensiblement celles ci :

1 – suppression progressive de la dette

«  Dans le but de supprimer les obligations de paiement d’intérêts sur les dettes publiques de chaque pays de la zone euro, les dettes de ceux-ci seront remboursées aux échéances aux détenteurs actuels par monétisation de nouveaux titres achetés par la Banque Centrale Européenne dans la limite annuelle de X % de la dette initiale. »

Progressivement car monétiser d’un seul coup l’ensemble de la dette serait évidemment suicidaire.

Voyons une possibilité au niveau de la France pour laquelle la dette à fin 2009 atteint sensiblement 1500 milliards d’euros, générant par des intérêts à payer à 4% une dette supplémentaire de 60 milliards par an.

Pour la simplification de l’explication, admettons ici que la banque centrale décide de monétiser tous les ans 100 milliard d’obligations arrivant à échéance, plus les intérêts dus sur le solde au taux moyen de 4%, et que le budget des Administrations publiques est équilibré hors intérêts à payer.

L’année 1, la banque centrale devrait donc monétiser 100 + (1500 x 4%) =160 Md€ qu’elle transfèrerait au Trésor Public pour paiement des titres de dette arrivant à échéance.

La seconde année la dette serait ainsi réduite à 1400 milliards. La banque Centrale monétiserait 100 + (1400 x 4%) = 156 Md€

Les années suivantes verraient les besoins de monétisation suivants : 152, 148, 144, 140, 136, 132, 128, 124, 120, 116, 112, 108, 104, 100,   et le solde de dette (hors banque centrale) baisserait chaque année de 100 Md€

Et donc la 16° année le capital de la dette de 1500 Md€ plus les intérêts payés de 480 Md€, soit un total d’environ 2000 Md€, seraient donc « gelés » sous forme de nouvelles obligations du Trésor (OATI : Obligations du Trésor à Terme Indéfini), sans intérêts à payer, par un transfert total à la Banque de France qui rappelons-le, est propriété à 100% de la Nation.

Cette monnaie s’intégrerait effectivement en plus dans le circuit économique, mais sur une longue période, sans risque d’inflation!

2 -  Nouveaux besoins d’investissements nécessaires (transition énergétique)

« Dans le but de soutenir l’économie des pays membres, et par exception au paragraphe 1, soit le Trésor Public, soit un établissement de crédit nommément désigné pour chaque État, peut obtenir de la part de la Banque Centrale Européenne les fonds correspondants aux obligations d’État déposées en contrepartie, pour une utilisation exclusive d’investissements reconnus d’utilité publique, collective ou écologique, dans des domaines d’application dont la liste aura été préalablement définie et votée par le Parlement de chaque État. Le taux d’intérêt appliqué à cette émission monétaire sera celui dit “de refinancement” appliqué aux établissements de crédit privés. »

Évidemment, ce faible intérêt payé par un pays (actuellement le taux de refinancement est de 1% annuel) reviendrait dans un “pot commun” dans les comptes de la BCE (zone euro) et serait donc repartagé au prorata des parts de chaque État de la zone euro. Un État qui emprunterait proportionnellement plus que les autres en rapport de sa participation dans la BCE serait donc redevable d’une partie des intérêts qu’il ne récupérerait pas mais qui deviendrait donc une recette supplémentaire pour les autres pays.,

Lorsque les États en auront assez de se faire plumer, ils décideront de faire monétiser progressivement les titres arrivant à échéance par leur banque centrale

Les monétaristes ne sont pas choqués que le taux de croissance (annualisé sur 6 mois) de M3 dans la zone euro a atteint près de 13% en 2007, et que sa moyenne entre 2002 et 2007 ait été proche de 10

S’il n’est pas possible de s’entendre, il faudra quitter l’euro, considérer que la dette due est transformée en « francs » au taux d’entrée dans la zone euro, ce qui amènerait a une dette totale de 9840 milliards de francs (1500 milliards d’euros x 6,56) et décider de rembourser la dette aux échéances des obligations, en procédant de la même manière à une émission d’obligations nouvelles monétisées par la Banque de France.

En conclusion

Si une collectivité a:

1 – un besoin (collectivement souhaitable),
2 – la volonté de le satisfaire,
3 – les moyens techniques et énergétiques,
4 – un excès de main d’œuvre et le savoir-faire,

… l’impossibilité souvent alléguée du manque de financement est une mauvaise excuse car une vraie richesse résultera d’une création monétaire éventuellement nécessaire pour la réaliser. Il faut évidemment par la suite « détruire » cette monnaie;  l’impôt y pourvoira par remboursement progressif d’une dette sans intérêts (et donc la destruction des obligations correspondantes) au fur et à mesure de l’usure, c’est-à-dire de l’amortissement, des richesses dont la production aura été permise par l’émission monétaire, ce qui, évidemment, n’empêche pas l’émission de nouvelle monnaie pour de nouveaux projets.


94 – Zone Monétaire Optimale

16 mai 2010

Extraits/copie  de “wikipedia”.

______________________________________

En économie, une zone monétaire optimale est une région géographique dans laquelle il serait bénéfique d’établir une monnaie unique. La théorie de la zone monétaire optimale a été développée dans les années 1960, principalement par Robert Mundell, ce qui lui valut le « prix Nobel » d’économie.

Une zone monétaire optimale peut regrouper plusieurs pays ; elle peut aussi ne concerner que quelques régions d’un grand pays. Par exemple, il pourrait être bénéfique de séparer les États-Unis en deux zones monétaires distinctes, la côte ouest et la côte est.

Le principal désavantage de lier deux ou plus monnaies irrévocablement à un taux de change fixe c’est de perdre la variable d’ajustement macroéconomique qu’est le taux de change. D’un autre côté, l’unité monétaire facilite les échanges entre pays, surtout par l’éviction du risque de change et la réduction du coût de transaction mais aussi en allégeant la gestion de trésorerie des grandes entreprises, plus grande transparence des prix, réduisant les primes de risques incorporé dans les taux d’intérêt des pays à monnaie faible, etc.

Critères à respecter

La littérature a développé 3 critères majeurs, dit traditionnels:

  • de Mundell (1961) : la mobilités des facteurs, notamment le travail.
  • de McKinnon (1963) : le degré d’ouverture économique, avec flexibilité des prix et des salaires
  • de Kenen (1969) : le degré de diversification du tissu productif. (Transferts fiscaux : une politique de stabilisation assure par des transferts de revenus la résorption des déséquilibres)

Des critères secondaires plus récents font ressortir une limite aux critères traditionnels : ces derniers peuvent en effet évoluer dans le temps (ils sont endogènes au fonctionnement d’une zone monétaire) ; l’importance c’est de les apprécier ex post. Des critères secondaires peuvent être définis comme :

  • l’homogénéité des préférences
  • la diversification des productions
  • le sentiment d’appartenance à un ensemble commun
  • la distance et la taille économique
  • une langue commune
  • etc.

La théorie

L’avantage de l’union monétaire serait une fonction croissante de l’intégration économique

La théorie de la zone monétaire optimale, développée par Robert Mundell dans les années 60, tente d’évaluer l’opportunité de l’union monétaire entre pays. Pour Robert Mundell, l’union monétaire a ses avantages et des désavantages. Les avantages sont ceux qui permettent un essor plus rapide du commerce au sein de la zone concernée, les désavantages sont liés à la perte de la possibilité d’une politique monétaire propre à chaque pays.

Pour Mundell, un groupe de pays a intérêt à participer à un système de change fixe si la mobilité des facteurs à l’intérieur de la zone qu’ils constituent est plus forte qu’à l’extérieur.

L’union monétaire entre deux pays peut alors se dérouler dans les cadres où:

  • le taux de change est fixe, les prix et salaires sont parfaitement flexible ;
  • le taux de change est flexible, les prix et salaires sont rigides ;
  • le taux de change est fixe, les prix et salaires sont rigides, mais le facteur travail est mobile.

McKinnon considère que plus les pays sont ouverts sur l’extérieur, moins ils ont à perdre à adopter un système de change fixe. Le degré d’ouverture d’une économie étant mesuré par la proportion des biens dits échangeables (biens exportés + biens importés) dans la production totale de cette économie.

Kennen (1969) propose un troisième critère et met l’accent sur le degré de diversification du tissu productif des pays qui envisagent de créer une zone de change fixe. Selon lui, des économies diversifiées peuvent se passer de l’instrument du taux de change et former une zone monétaire optimale. Plus le tissu est diversifié, moindre est le risque d’être affecté par un choc spécifique.

Dès lors, l’union monétaire conduit à une intégration économique des partenaires. On observera alors un recul du commerce inter-branche au profit du commerce intra-branche (échange de produits similaires appartenant à une même branche. Ex: Volvo contre BMW).

Cooper (1977) e Kindleberger (1986) ont développé le critère des préferences homogènes. Pour ces deux auteurs, une union monétaire est avant tout un bien collectif qui suppose pour fonctionner que les objectifs de politique économique des différents gouvernements convergent, notamment en matière d’inflation.


53 – Richesse et rareté

18 décembre 2009

http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2867

Par Charles M. A. Clark, juin 2000 – (extrait)

De Platon jusqu’à Adam Smith, la richesse a principalement été envisagée en tant que prospérité matérielle de la société dans son ensemble. Lorsque Smith parle de « la richesse réelle », il précise rapidement sa définition : « le produit annuel des terres et du travail de la société ». L’un des thèmes centraux de la « Richesse des Nations » est celui du combat contre la conception mercantiliste affirmant que la richesse tient à la possession d’or et d’argent. Selon Smith, les erreurs des mercantilistes provenaient de leur confusion entre les moyens les fins.

L’objectif immédiat d’un commerçant peut effectivement consister à accumuler de l’or et de l’argent, mais pour la société dans son ensemble ce ne sont simplement que des moyens d’atteindre à ses fins, qui sont la production de biens et de services. Puisque la richesse est le produit annuel des terres et du travail, Smith consacre l’essentiel de ses travaux à examiner comment ce produit annuel peut être augmenté. Les principales méthodes pour ce faire sont l’augmentation des apports de la terre et du travail, en premier lieu grâce à la division du travail (qui conduit aux avancées technologiques).

Lire la suite »


43 – L’actualité de la crise: Colmater ou démanteler la finance ? , par François Leclerc

24 octobre 2009

Un billet tout à fait intéressant de François Leclerc sur son blog

Publié par François Leclerc  le 23/10/2009

Billet invité.

COLMATER OU DEMANTELER LA FINANCE ?

Nous en étions hier au doute, qui apparaissait au sein de l’establishment. A celui qui se manifeste de plus en plus dans des déclarations d’hommes importants, car dans la tête de ceux qui le sont moins, c’est plutôt une certitude qui semblerait s’être installée, pour s’en tenir aux apparences : on ne peut rien y faire ! Les deux résultant de l’étonnant et quasi incompréhensible spectacle qu’offrent les mégabanques, ainsi que leurs plus illustres mandataires, paradant comme ces généraux d’antan sur les champs de bataille encore fumants. Impudiques ou inconscients ?

Le propre du doute, comment chacun sait, est de s’insinuer, de saper les convictions les plus établies. Dans le cas présent, il butte sur une question sans réponse : quoi faire ? Deux conceptions s’opposent à ce sujet dans l’intelligentsia de la finance : le colmatage et le démantèlement. La première, qui donne largement le ton, projette d’adopter des mesures réglementaires, encore très floues, au prétexte de mieux prévoir le nouveau sinistre, reconnu implicitement comme inévitable (si ce n’est dans la nature même des choses), afin de diminuer son ampleur. La seconde, fortement minoritaire, considère que cet exercice est illusoire et qu’il n’y a d’autre ressource que de radicalement restructurer le système financier, en l’occurrence en séparant le diable du bon Dieu, la banque d’investissement de celle de dépôt.

Aussi méritoire soit-elle (et signe que cette crise n’a pas fini de produire ses effets dans les esprits), cette nouvelle prise de conscience a le grand défaut de rechercher dans le passé une solution dont l’application ne résoudrait pas dans sa totalité le problème. De préconiser une sorte de marche arrière en revenant sur le concept de banque universelle (faisant tous les métiers de la banque), qui s’est désormais imposé. Ce qui n’est pas en soi un obstacle, mais revient à vouloir faire la part du feu et à ignorer qu’en cas de crise, c’est en réalité toute la forêt qui flambe, comme on le constate ! Les deux remèdes sont donc tout aussi illusoires l’un que l’autre.

 Les grandes têtes de chapitre de la réforme du capitalisme financier sont dûment répertoriées par ceux qui s’emploient à y procéder : hedge funds, produits dérivés, centres non coopératifs (paradis fiscaux). Ces derniers ont déjà donné lieu à un simulacre de mise en ordre, tandis que l’actualité donne quotidiennement toutes les raisons de penser que les autres connaîtront le même destin, si la tendance actuelle se poursuit. Le point principal de blocage est identifié, c’est le Congrès des Etats-Unis d’Amérique. Sur lequel prennent appui et dans lequel fondent leurs espoirs tous ceux qui veulent limiter, de leur point de vue, les dégâts. En mettant en garde les institutions communautaires à propos de la réglementation des hedge funds, qui aurait pour conséquence de faire émigrer ceux-ci vers des cieux plus cléments, la BCE vient ainsi de donner une parfaite illustration de ce qui est en train de se passer. A la manière de tout système, dont la performance finale est donnée par celle du moins performant de ses éléments, la réforme financière s’achemine sur une ligne de moindre efficacité globale, les mesures les plus laxistes faisant nécessairement loi. Un mot revient de plus en plus dans les commentaires de la presse américaine, dans sa couverture des débats du Congrès sur la réforme de la régulation financière : loophole, faille, dont la traduction littérale par trou rend mal compte du caractère détournement ou de contournement de ce dernier. Sans doute, pour mieux la cerner, faut-il se rappeler que to find a loophole signifie trouver une échappatoire !

Martin Wolf, chroniqueur au Financial Times, n’arrête pas de surprendre, ayant rejoint depuis déjà longtemps les rangs de ceux qui doutent. Il n’en est même plus là, exposant régulièrement son profond scepticisme quand à la portée des mesures de régulation qui seront prises, ou plutôt qui ne le sont pas ! Son dernier papier intitulé : « Pourquoi est-il si difficile de mettre un frein à la finance  ? » mérite de s’y arrêter. Son raisonnement est simple. Regrettant que la solution dite de démantèlement n’en soit pas une (car il considère que la ligne de frontière est plus que malaisée à tracer), il ne cherche pas en tirer argument pour dire qu’il n’y a rien à faire, afin que « la finance devienne sûre ». Mais cet objectif supposerait, pour y parvenir à coup sur, d’être selon lui « bien plus radical ». Les dépôts devraient être couverts à 100% par les réserves des banques, et les engagements évalués en permanence au prix du marché. Autant dire, remarque-t-il, que l’activité bancaire disparaîtrait ! (Note de Postjorion : de plus en plus d’économistes et de politiques soutiennent cette idée de “100% monnaie centrale”, la ” Full-reserve banking”  , système bancaire à réserves pleines, , est, comme défini sur wikipedia “ a banking practice in which the full amount of each depositor’s funds are available in reserve (as cash or other highly liquid assets) when each depositor had the legal right to withdraw them. Full-reserve banking was practiced historically by the Bank of Amsterdam and some other early banks but was displaced by fractional reserve banking after 1800. Proposals for the restoration of full-reserve banking have been made, but are generally ignored or dismissed by mainstream economists, who believe that the costs of such a change would outweigh any benefits.The reserve ratio of all banks operating in such a system would be 100%, making the deposit multiplier equal to one (1xM=M).”)

Ne pouvant se résoudre à cette éventualité, Martin Wolf s’efforce de dessiner, « d’une manière plus subtile » s’accorde-t-il, les contours d’une solution possible. A commencer par « l’adoption d’un ensemble de lois et la création d’institutions qui rendraient possible de mettre en faillite toute institution, même en cas de crise », pour poursuivre avec quatre autres mesures : « rendre les institutions financières plus sûres en demandant une plus grande couverture en capital pour toutes les activités », « empêcher les activités hors-bilan », « imposer des provisions dynamiques » et enfin « exiger un énorme coussin de fonds propres ». Avec ce qui est actuellement prévu, nous sommes loin du compte, mais nous resterions néanmoins dans l’optique du colmatage. Sauf qu’il est ensuite ajouté à cette liste initiale de mesures qu’il faudrait également « cesser de favoriser dans toute l’économie les activités financières reposant sur la dette », afin de conclure  : « Tant que nous permettons aux gens de faire des paris à effet de levier sur l’avenir, des effondrements se produiront. » Ce dernier point de vue, au final, est tout aussi radical, si on veut bien en considérer toutes les conséquences ! Car il impliquerait notamment l’interdiction des paris relatifs à l’évolution d’un prix, prônés par Paul ! (note de Postjorion: et par beaucoup d’autres)

Parallèlement au débat sur le démantèlement, qui va à n’en pas se douter se poursuivre, une autre mesure suit sous les fortunes les plus diverses son petit bonhomme de chemin. Il s’agit du dossier de plus en plus à tiroir de la taxe sur les activités financières. Il a fallu une conférence organisée ce jour vendredi à Chatham, par la Federal Reserve de Boston, pour que Ben Bernanke, le président de la Fed (un homme qui ne doute pas), y apporte sa contribution pour le moins inattendue. Il a en effet estimé à cette occasion qu’une taxation des établissements financiers était nécessaire afin d’instituer un mécanisme de règlement en cas de faillite et de démantèlement ordonné de grands établissements financiers. Celui-ci devant selon lui entraîner des pertes pour les actionnaires et les créanciers et faire appel à des fonds qui ne pourront provenir que du secteur financier lui-même, et non des contribuables. C’est en quelque sorte la reproduction à plus grande échelle du financement de la FDIC, cet organisme qui garantit les dépôts et qui a géré dans la dernière période les faillites de 98 banques régionales, en attendant d’autres qui vont intervenir. Car la FDIC est financée – difficilement par les temps qui courent – par les banques elle-mêmes, ce qui représente dans les faits une mutualisation du risque (tant qu’elle sera possible, ce qui n’est pas garanti).

Cette annonce, dont on jugera mieux de sa portée effective quand elle sera concrétisée, illustre les tensions grandissantes qui traversent aux Etats-Unis le débat à propos de la régulation financière, dans un contexte où les mégabanques agissent comme si tout leur était dû et allait continuer à leur être permis. Concernant les entreprises financières les plus importantes, dont la faillite pourrait mettre en péril l’ensemble du système financier, le président de la Fed a également proposé qu’il leur soit imposé de disposer de contingent capital, des fonds à disposition en cas de circonstances prédéterminées, afin d’accroître les fonds propres, et pour lesquels un « loyer » serait payé. Une rustine de plus sur le sarcophage, tandis que d’autres s’acharnent à y faire des trous.

Toutes ces propositions, ces débats et même ces polémiques, témoignent à la fois d’une grande confusion et d’un réel malaise devant l’avenir. Celui-ci est appelé à croître, non seulement en raison de l’attitude des banques, mais également au fur et à mesure que va continuer de se révéler l’ampleur du désastre qu’elles ont causé. La France, l’Allemagne ou le Japon se targuent certes d’être sortis de la récession, mais de sérieux doutes subsistent sur la pérennité de leur rétablissement, qui s’appuie sur des plans de relance publics. Les Etats-Unis n’échapperont pas à de nouvelles mesures de relance et d’aide sociale, quand bien même elles n’apparaîtront pas sous la forme d’un plan d’ensemble. L’économie britannique entre dans son sixième trimestre successif de récession reconnue. On s’attend à ce que la Banque d’Angleterre poursuive au-delà de novembre son programme d’achat d’actifs aux banques, déjà d’un montant de 185 milliards d’euros, alors que la livre sterling accuse encore plus le coup. En Chine, présentée il y a encore peu comme le point d’appui d’un nouveau départ, les élèves s’apprêtent à rejoindre leur maître et, après avoir constitué leur propre bulle financière, s’engagent dans le périlleux apprentissage de la titrisation afin de soulager le bilan de leurs banques qui ont prêté à tout-va.

Les problèmes rencontrés sont aujourd’hui sans solution et nous sommes en suspens. Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, ne dit pas autre chose quand il déclare ce jour vendredi : « Le soutien à la demande reste nécessaire aussi longtemps que la demande privée n’est pas suffisante pour prendre le relais ». Mettant les points sur les « i », il précise qu’il ne devra cesser que lorsque la certitude sera acquise que « le redressement est assuré, ce qui signifiera un début de recul du chômage ». Considérant, enfin, qu’environ un an s’écoule entre le retour à la croissance et l’amélioration de l’emploi.

 

 


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 37 followers