255 – Jorion ou de l’imposture (2)

3 septembre 2012

Complément à " 252 – Jorion ou de l’imposture "

Quelques  extraits pour vous donner à tous l’envie de lire en entier cet excellent article de Onubre Einz…

L’agonie du capitalisme » de Paul Jorion : une réfutation statistique

Ce post fait suite à http://criseusa.blog.lemonde.fr/2012/06/24/jorion-ou-de-limposture/. Le texte a été revu le 1/09/2012.

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Un nouveau post sur Jorion, pourquoi faire ? La cause est entendue par ceux qui ont des oreilles, de la logique et du bon sens : Jorion est un imposteur !!! Mais alors pourquoi le démontrer à nouveau.

Nos raisons sont multiples. Nous avons été sensibles aux courriers qui nous ont reproché de ne pas avoir démontré rigoureusement l’inanité des idées de Jorion en utilisant des données chiffrées. Dont acte, nous réfutons, statistiques à l’appui, les thèses défendues par Jorion dans son livre de 2011 : « L’agonie du Capitalisme ». L’exemple américain dont Jorion se veut « l’analyste expert » sera la pierre de touche de la validation des explications jorionesques de la crise.

Nous avons aussi été troublé par un certain nombre d’interventions soulignant que Jorion soutient des idées proches des nôtres. C’est strictement impossible ; les idées de Jorion sont parfaitement inexactes. Il ne peut donc pas y avoir de parenté entre ces idées et les thèses que nous soutenons. Il y a bien parfois des similitudes, elles résultent du fait que Jorion utilise des faits constatés. Hélas, Jorion inscrit ces faits dans des schémas économiques  fantaisistes, incomplets, peuplés de notions confuses. C’est pour cette raison que les similitudes sont de pure forme et que les idées de Jorion ont peu de choses à voir avec les nôtres.

Les critiques que nous formulons contre Jorion partent de la lecture précise de ce qu’il écrit. C’est ce que l’on appelle une critique immanente supposant de faire des références nombreuses au texte, les statistiques viennent ensuite afin de valider les assertions théoriques.

Nous avons essayé de coller au plus près à un texte que nous citons plus d’une cinquantaine de fois. Ce texte nous nous sommes efforcés de lui être fidèle, la chose n’est guère aisée car l’incohérence et la confusion sont le lot commun d’un auteur peu fait pour la théorie et l’usage rigoureux des concepts.

Si nous réussissons à convaincre des lecteurs que Jorion n’explique pas la crise que traverse le capitalisme, et pire encore, qu’il en donne une compréhension totalement  impertinente,  ce papier aura atteint son objectif.  Il est sain, salubre et utile de sauver les lecteurs désireux de comprendre des élucubrations de Jorion.

Les rieurs pourront se divertir  au spectacle des contre-vérités  accablantes du Jorionisme qui figurent pour les plus importantes d’entre elles dans le corps du texte et pour les autres dans les notes. Et si des lecteurs continuent à trouver quelques vérités dans les écrits de Jorion, je ne peux qu’attirer leur attention sur un procédé constant du personnage : utiliser les idées reçues et les inscrire dans un cadre intellectuel  présomptueux  est le procédé favori de Jorion pour se faire entendre d’un large public qu’il trompe sans vergogne. La confusion est son meilleur bouclier, en éludant, le principe de contradiction Jorion peut utiliser les notions les plus communes et parler au lecteur.

[…]

On notera au passage que ce transfert  que l’industrie financière réalise  suppose a) une conservation des quantités d’argent extraites du revenu  par les entrepreneurs (revenu des entrepreneurs) et les capitalistes détenteurs de capitaux porteurs d’intérêt,  b) son transfert vers les consommateurs et les entreprises, c) la non consommation de l’intégralité de leur  revenu par les entrepreneurs et les capitalistes.

La somme transférée par l’industrie financière est donc égale au revenu ou surplus distribué par les entreprises et les capitaux  moins la part non consommée par les capitalistes et les entrepreneurs. Dans ce schéma,  il ne semble pas exister de salarié épargnant ce qui est assez surprenant pour un auteur qui se réclame de Keynes (CA p. 247-253), de même, il n’existe pas d’Etat emprunteur, autre pièce maîtresse des idées de Keynes dès les années vingt.

[…]

L’argent n’a jamais manqué aux entreprises pour réaliser une double accumulation de capital. La deuxième thèse de Jorion « le manque de ressources là ou elles sont nécessaires génère le versement d’intérêt créant une dynamique de concentration de la richesse » (CA p.51-52) est donc parfaitement fausse.

Au contraire l’argent est surabondant en raison d’une création monétaire massive. C’est le refus de la théorie de la création monétaire  par Jorion qui l’oblige à nier cette abondance au nom de la conservation des quantités d’argent transférées par le système financier d’un endroit à l’autre. Dans cette conception, il ne peut pas venir à l’esprit de Jorion que les entreprises accumulent des masses considérables d’actifs financiers, l’idée même que les entreprises aient des patrimoines financiers lui est étrangère tant son modèle de fonctionnement de l’économie s’éloigne de l’économie américaine réelle.   Est-il besoin de la dire, la négligence constante des statistiques par Jorion trouve ici son explication : les thèses de Jorion sont statistiquement insoutenables.

[…]

Nous terminons notre examen par le rapport de Jorion à Marx et les sources de ces étranges idées sur la monnaie.

Comme d’habitude, Jorion a truqué les cartes qu’il utilise. Après avoir repris sans le dire une phrase du manifeste du communiste, Jorion écrit «  que sa propre démarche  s’oppose à celle de Marx mais au sein de la tradition à laquelle il appartient »  (CA p. 231). Cette tradition est celle de l’économie classique faisant de la valeur-travail ,  la base de la valeur. Il est dans ce cadre possible de penser la valeur que sous la forme d’un surplus et l’intérêt – dividende inclus – comme le partage d’un surplus. Mais le crédit en tant que création monétaire n’y a pas sa place.

[…]

En fait, la théorie de l’organisation du capitalisme  et de la valeur travail  sont reprises à Marx pour que Jorion puisse bricoler des théories bancales, incomplètes, incohérentes et produire des explications de « l’agonie du capitalisme » empiriquement fausses. Nous avons fait justice à la valeur de ces thèses qui sont inséparables d’une théorie de la valeur-travail  excluant la création monétaire que Jorion n’assume pas. Faire un livre Marxiste ne serait pas vendeur…

Il n’est pas jusqu’aux positions les plus solidement défendues par Marx qui ne soient déformées.

[…]

Ce n’est pas un mystère si tout est faux chez Jorion. La cohérence théorique suppose de veiller à la solidité de la théorie et à sa compatibilité avec  l’expérience.

Pour le simple investissement des entreprises, Jorion a oublié les amortissements de capital et considérée l’investissement comme une avance  faite pas les capitalistes sans trop nous dire ce qu’il entendait pas avance. Sans doute, faut-il voir dans la récurrence de ce terme un vague souvenir que Jorion doit conserver du livre de Smith, "La richesse des nations"

Pour les crédits aux ménages, il a cette fois ci oublié les investissements immobiliers et réduit l’endettement aux crédits à la consommation, il a donc été égaré par des propres constructions fumeuses.

Jorion fait une utilisation fausse de la notion de patrimoine dont il ignore la diversité et la complexité et il fait un terrible sort à l’épargne qu’il confond avec le patrimoine.

Les schémas universels de crise de crise de Jorion ont un double inconvénient : incomplet, il laisse en dehors d’eux des données empiriques qui les démentent. Mal construits, théoriquement absurdes et conceptuellement flous, ils ne peuvent que contredire le réel et être contredit par lui.

La méthode empirico-imaginaire  de Jorion l’exposait dès le départ à un délire que notre lecture précise de son ouvrage  confirme. En sus de leurs âneries, les théories de Jorion sont parfaitement loufoques.

Jorion prétendait donc nous fournir un schéma universel permettant d’analyser la crise du capitalisme. Force est de reconnaître que ses schémas ne valent rien. Afin de  nous concentrer sur des erreurs statistiquement exploitables, nous n’avons pas insisté ailleurs sur de nombreux contresens fait par Jorion. Corriger Jorion dans le détail s’apparente à une tâche sans fin.

Nous terminons cette confrontation des idées de Jorion avec le Capitalisme.  L’agonie du capitalisme est une vue de l’esprit, il se porte bien en Asie orientale et fort mal sur la zone Atlantique. L’universalisme des idées de Jorion ne résiste pas au bon sens.

Jorion n’a rien à nous dire, rien à nous apprendre. Il peut en revanche infiniment tromper le public.

Jorion doit donc être censuré impitoyablement. L’imposture a en effet tout d’une grosse escroquerie morale et intellectuelle.

Onubre Einz


252 – Jorion ou de l’imposture

3 juillet 2012

http://criseusa.blog.lemonde.fr/2012/06/24/jorion-ou-de-limposture/

par Onubre Einz

Juste trois tout petits extraits… pour vous donner à tous l’envie de lire en entier cet excellent article…

Je rédige ce post sur Jorion pour des raisons qui s’expliqueront à sa lecture. Ce papier a sa place sur un blog consacré aux USA car je tiens les idées économiques de Jorion régressives et largement démenties par les statistiques américaines qu’il ne doit pas connaître pour écrire tant de contre-vérités. Je crois que sur le fond, ce monsieur ne maîtrise que très rarement les sujets qu’il aborde. J’ai pris soin de le citer 45 fois pour démonter les logiques présidant à l’organisation discursive d’une vaste mystification intellectuelle.

Arrivés où nous en sommes, le Jorionisme pourrait être présenté ainsi. Théorie farfelue d’un autodidacte ayant un sens aigu des relations publiques, idées incohérentes et creuses mises au service d’une petite entreprise qui ne connaît pas la crise. Mais, il faut aller plus loin pour comprendre pourquoi Jorion soutient des idées absurdes avec des arguments contrefaits et un piteux vocabulaire. La mégalomanie du personnage, ses  théories faites de collage d’idées prises à droite et à gauche, sa manie de la référence classieuse destinée à impressionner le chaland, référence la plus souvent formelle ou donnant lieu à des développements étrangers aux auteurs (Marx et Aristote en font régulièrement les frais), tout cela ne devrait valoir à Mr Jorion que des haussements d’épaule, des sourires amusés ou des moues désabusées.

Nous voudrions éclairer comment et pourquoi son travail sur l’argent et ses fausses distinctions s’inscrivent dans une véritable stratégie de déni des mécanismes réels de la crise. On verra que consciemment ou inconsciemment, Jorion est un instrument dans la vaste dilution de la compréhension des mécanismes économiques dont les analyses publiques communes – notamment dans la presse – témoignent.

Démonter toute les erreurs du charlatan Jorion prendrait des volumes entiers.


249 – La monnaie: résumé

10 juin 2012

Article d’A-J Holbecq

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La monnaie; résumé

Souvent reviennent les mêmes questions, les mêmes erreurs, les mêmes incompréhensions, les mêmes arguments erronés. Le but de ce court article est de tenter de vulgariser, aussi simplement qu’il se peut et sans trop entrer dans les détails, la « fabrication moderne de la monnaie »

D’abord, il faut le rappeler:

  • sous le terme de monnaie on regroupe tous les moyens de payement plus ou moins « liquides » (bien que souvent il arrive d’utiliser ce terme pour parler de « monnaie manuelle », les espèces qui peuvent se transférer de la main à la main). La liquidité, c’est la faculté pour la monnaie d’être rapidement disponible sans perte de valeur.
  • La banque centrale détermine trois niveaux de liquidité qui sont en même temps des « masses monétaires » … celles dont nous (les « agents non bancaires ») nous nous servons pour nos placements à courts ou moyens termes
    - M1: qui comprends les espèces (qui sont simultanément comptabilisés dans l’agrégat M0, monnaie de la Banque Centrale) et les Dépôts à Vue (DaV), c’est à dire ce que vous avez dans votre porte monnaie et le solde instantané des comptes courants bancaires>
    - M2 qui est l’agrégat intégrant certains livrets d’épargnes (dépôts à terme) en plus de M1">
    - M3 qui est l’agrégat intégrant par exemple des OPCVM

(extrait du blog "les-crises")

Ce qui est d’une liquidité risquée (difficulté de disposer rapidement de l’épargne), dont le terme est à plus de 2 ans ou qui risque de perdre trop de valeur lors de la transformation vers une forme de forte liquidité (M1) n’est pas comptabilisé par la Banque Centrale sous le terme de « monnaie »; mais il faut bien comprendre qu’il s’agit de simples conventions. Par exemple les anglais calculent un agrégat M4 ce que nous faisions également jusque dans les années 80′, alors que les étasuniens on abandonné la publication de M3, ne considérant plus cet agrégat comme de la monnaie. Nous pourrions aller plus loin comme Pierre Aunac et considérer qu’il n’y a de monnaie QUE dans M1 (M2 et M3 sont des ensembles vides)

Autre point : non, ce n’est pas l’État qui crée la monnaie, non ce n’est pas la Banque Centrale (BCE ou Banque de France (à l’exception des espèces et de la monnaie d’utilisation réservée au système bancaire), non la monnaie n’est pas gagée sur l’or qui serait présent dans les coffres de la Banque de France, non la monnaie n’est plus corrélée à l’or d’aucune manière (et ce, depuis 1971)…

Il était une fois…

L’histoire de la monnaie moderne a commencée en 16xx, principalement à Londres. Les gens fortunés déposaient – en payant un droit de garde – leur or ou leurs autres valeurs chez les orfèvres qui disposaient de coffres bien gardés. L’orfèvre leur signait un reçu nominatif détaillé qui progressivement fut remplacé par un reçu (toujours nominatif) indiquant seulement la valeur des métaux précieux: un « certificat de dépôt »

Plutôt que d’aller rechercher les valeurs métalliques laissés en dépôt chez l’orfèvre pour effectuer leurs paiements à leurs fournisseurs, les déposants prirent progressivement l’habitude d’obtenir de l’orfèvre des certificats de dépôts anonymes, qui, passant ainsi de main en main en tant que moyen de paiement, circulaient dans l ’économie.

Jusqu’ici les certificats de dépôts disposaient d’une couverture totale en métaux précieux et pouvaient sans aucune difficultés être tous échangés par l’ensemble des valeurs détenues dans le coffre de l’orfèvre.

Au fil du temps, les orfèvres font le constat que peu de certificats de dépôts reviennent chez eux pour être échangés; il circulent indépendamment de l’or qui est leur contrepartie. Vers 1675 des orfèvres émettent les premiers certificats de dépôts qui ne sont plus gagés sur de l’or effectivement déposé mais sur une simple reconnaissance de dette (une créance pour l’orfèvre). Par ce double pari ( tous les déposants ne viendront pas chercher leur or simultanément, les gens ignorent la proportion de certificats de dépôts qui ne sont pas couverts par des valeurs métalliques), ces orfèvres devinrent banquiers.

Et maintenant ?

Imaginez que vous soyez dans un pays où il n’y a qu’un seul réseau bancaire (Réseau A) et pas de banque centrale. Un entrepreneur va voir le banquier et lui demande 1 milliard d’unités monétaires. De la même manière que l’orfèvre devenu banquier émettait des certificats de dépôts en échange d’une reconnaissance de dette, le banquier va émettre un certificat de dépôt d’1 milliard au bénéfice de l’entrepreneur, en créditant le « compte à vue » de celui ci, et c’est devenu de la « monnaie » avec laquelle l’entrepreneur pourra effectuer ses paiements: ce dépôt à vue au compte de l’entrepreneur est inscrit en « passif » au bilan du banquier (nous verrons pourquoi). En garantie de remboursement au terme donné (ne parlons pas pour le moment des intérêts) l’entrepreneur amènera une hypothèque, une caution, un nantissement, sa reconnaissance de dette, etc, – c’est le banquier qui décide quelle garantie il accepte – que le banquier portera à l’actif de son bilan; les deux opérations ont lieu simultanément. On dit que le banquier monétise des actifs non monétaires pour créer de la monnaie dite secondaire (monnaie de réseau bancaire A, comme, nous le verrons ensuite, il peut exister des monnaies de réseau bancaires B, C, D, etc…)

Puisque (par hypothèse dans ce début d’explication) il n’y a qu’un seul réseau bancaire, tous les fournisseurs, les employés, les consommateurs ont leur compte bancaire dans ce réseau; la monnaie ne passe en fait que d’un compte à l’autre et, pour le remboursement il faudra qu’elle revienne totalement à l’entrepreneur (et ce jour là il n’y aura plus de monnaie du tout).

Si c’était aussi simple, vous voyez que le réseau bancaire unique n’aurait aucune difficulté à émettre toute la monnaie qu’il veut… par simple « monétisation » d’un actif non monétaire qui peut prendre plusieurs formes (obligation, immobilier, oeuvre d’art, etc,).

Mais dans la réalité ce réseau bancaire n’est pas seul (il a des concurrents), les Etats leur ont imposé des règles prudentielles (règles de « prudence »), et une banque centrale chapeaute leur activité en se réservant l’émission de monnaie centrale (dite aussi monnaie de base, dont nous utilisons un type: la monnaie manuelle que sont nos actuels billets de banque).

Voyons tout cela.

La plus importante des règles prudentielle est issue des règlements dits « de Bâle » (Bâle 2, Bâle 3). Elle impose que les crédits émis par un réseau bancaire ne dépasse pas 8% de ses fonds propres, ce qui a pour conséquence que l’émission de crédit ne peut, toujours pour ce réseau bancaire donné, ne pas dépasser 12,5 fois ses fonds propres.

La Banque Centrale de son coté impose d’abord à chaque réseau bancaire d’assurer la distribution de sa monnaie, la « monnaie fiduciaire » ( ou espèces ou monnaie manuelle: vous constatez que nous avons jusqu’ici évité d’utiliser le terme de « monnaie fiduciaire » souvent utilisé pour désigner les espèces; la raison en est seulement que ce terme est issu du mot latin « fidus » dont la signification est « confiance » ; n’aurions-nous confiance que dans la monnaie émise par la Banque Centrale?) . Les réseaux bancaires doivent de ce fait se procurer cette monnaie fiduciaire à la Banque Centrale qui va la créer, par un processus identique à celui de la création de monnaie secondaire par les réseaux de banques commerciales, en déposant une obligation (obligation dite « éligible ») à l’actif de la Banque Centrale, laquelle portera à son passif cette monnaie fiduciaire qu’elle confiera aux banques commerciales pour satisfaire la demande de la population (en se souvenant que, évidemment, les banques ne vous échangeront cette monnaie centrale que contre un diminution de leur dette envers vous, c’est-à-dire une diminution de votre compte courant. La demande constatée des espèces est de l’ordre de 13% des dépôts ; elle est variable selon le lieu (ville ou campagne), selon la période (semaine, weekends, vacances, fêtes), selon les pays et les habitudes.

La Banque Centrale va aussi imposer aux banques commerciales de déposer – toujours en monnaie centrale (mais cette fois « monnaie scripturale » ou électronique) sur leur compte (toutes les banques commerciales sont tenues de disposer d’un compte en Banque Centrale) un montant correspondant à un certain pourcentage des dépôts de leurs clients: il s’agit des réserves obligatoires ». Ici une précision importante s’impose: on lit ou on entends souvent une imprécision sous la forme « les banques commerciales doivent bloquer X% des dépôts de leurs clients sur leur compte en Banque Centrale », et le lecteur pourra penser qu’une partie des dépôts des clients ou épargnants serait transférés sur la Banque Centrale! Non, ce n’est pas le cas: il n’y a aucun « passage » de la monnaie secondaire vers de la monnaie de base et les comptes des déposants ne sont pas bloqués ni transférés; c’est bien l’équivalent de X% des dépôts qui se retrouve en Banque Centrale et non une partie des dépôts.

Actuellement (début 2012), ce taux de réserves obligatoire est, dans la zone euro, de 1%, mais il peut varier suivant les desiderata de la Banque Centrale (en Chine il est d’environ 20%); c’est un des moyens dont dispose la Banque Centrale – avec le taux dit « de refinancement »  -  pour faciliter ou limiter l’émission de crédit.

Nous disions aussi que les différents réseaux bancaires ne sont, par définition, pas seuls dans leur coin à émettre leur propre monnaie dont leurs seuls clients se serviraient: il y a bien une « interconnectivité » de ces monnaie (lorsque vous utilisez les euros de votre compte vous ignorez si l’origine de la création monétaire de « ces » euros est celle de votre réseau bancaire ou d’un réseau concurrent qui aurait abouti au final sur votre compte lors de paiements de fournisseurs, de salaires ou autres échanges commerciaux.

Mais comment se fondent en une seule « unité » ces euros d’origine BNP, SG, Crédit Mutuel, CA ou autres ? C’est simplement parce que les banques commerciales, en elles, n’acceptent que des paiements sous forme de monnaie centrale et les « compensations » lorsqu’elles sont négatives (solde dû d’un réseau bancaire à un autre réseau bancaire) correspondent au troisième besoin de monnaie centrale pour les banques commerciales.

Résumons:

a) les réseaux des banques secondaires émettent la monnaie dite « de crédit » par simple monétisation d’actifs (nous verrons que les banques peuvent aussi émettre de la monnaie pour compte propre)

b) la monnaie est simplement un moyen d’échange basé sur la confiance dans le système bancaire qui garanti que la monnaie « secondaire » qui circule pourra à tout moment être échangée en cette monnaie d’une « qualité » supérieure, celle de la Banque Centrale.

c) l’ensemble des besoins de monnaie centrale pour les banques commerciales (appelé aussi « les fuites ») sont:

  • les besoins d’espèces
  • les besoins correspondants aux réserves obligatoires
  • les besoins de compensation envers leurs concurrents.

Nous pouvons maintenant entrer dans les détails.

Plutôt que de suivre l’habituelle démonstration que vous trouvez dans tous les ouvrages universitaires sur la monnaie, qui commencent par l’explication de la création monétaire par un réseau bancaire, puis par deux, puis avec l’introduction de la Banque Centrale, nous allons essayer de vous faire comprendre globalement le système.

Nous avons vu que si l’on considère l’ensemble des réseaux bancaires ceux ci sont soumis à deux types de besoins de monnaie centrale (réserves obligatoires et satisfaction des demandes des agents non bancaires en « monnaie manuelle », tels les ménages et les entreprises ). Le troisième type de « fuite », les soldes de compensations entre réseaux bancaires, s’annulent, les soldes créditeurs des uns envers leurs concurrents étant équilibrés par les soldes débiteurs des autres; on peut en fait considérer que nous sommes dans un système à un seul réseau bancaire ET une banque centrale.

Admettons ici que la demande de billets plus les réserves obligatoires représentent un total de 20% des dépôts (donc des crédits accordés sur une certaine période). Si ce réseau bancaire unique a émis 100 de crédits, il va devoir obtenir 20 de la Banque Centrale, de cette monnaie qu’il ne peut lui même produire: on dit que son coefficient multiplicateur de crédit est de 5 (on peut, en inversant le sens de causalité, considérer que la Banque Centrale est « obligée » de fournir les 20 demandés par les banques – simplement pour éviter un blocage du système -, et on parle dans ce cas de « diviseur »).

Si (autre exemple) nous avions une demande de billets de 10 plus les réserves obligatoires de 1, le coefficient multiplicateur devient 9 (100 divisé par 11)

Ces coefficients représentent la capacité de création monétaire, pas nécessairement ce qui est constaté en réalité.

Note 1 : comme l’écrit la Banque des Règlements Internationaux : « le niveau de réserves n’influe qu’à peine les décisions par les banques de prêter. Le montant de crédits en cours est déterminé par l’empressement des banques de fournir des prêts, fondée sur le compromis profitabilité/risque perçu, et par la demande pour ces prêts. La disponibilité globale des réserves ne contraint pas directement l’expansion du crédit. La raison est simple : comme expliqué dans la Section I, lors du graphique I – de loin le plus commun – afin d’éviter une volatilité extrême du taux d’intérêt, les banques centrales fournissent des réserves sur demande du système. Dans cette perspective, un minimum obligatoire de réserves, en fonction de leur rémunération, affecte le coût de l’intermédiation de ces prêts, mais ne contraint pas l’expansion du crédit quantitativement. »

Note 2 : Reconnaissons que nous avons simplifié légèrement : les chiffres exacts dans ces deux exemples sont de 5,26 et 9,09 car la formule exacte du multiplicateur est K= 1 / [X + Z (1 – X)] avec coefficient de préférence pour les billets et Z le coefficient de réserves obligatoire; cette différence est due au fait que les fuites de demande de monnaie fiduciaire sont calculées sur les crédits alors que les réserves obligatoires sont calculées sur les dépôts…. mais ce qui est important à connaître ce sont les ordres de grandeur
Si on fait intervenir différents réseaux bancaires en notant Y la part de marché de crédits des autres réseaux bancaires, la capacité multiplicatrice d’un réseau A est, en prenant …

- le coefficient X de préférence pour les billets
– la part de marché Y des autres réseaux bancaires que A
– le coefficient Z de réserves obligatoires

… le multiplicateur de crédit K pour le réseau bancaire A est de
1 / [X + Y (1 - X)+ Z (1 – X - Y (1 - X))]

Par exemple :

-  X =  0,13 (13%)
–  Y =  0,9 (soit 90%)
– Z =  0,02 (2%)

On obtient une capacité de création monétaire (multiplicateur potentiel de la monnaie de base) de 1,07 pour le réseau A et de 6,48 pour les autres réseaux qui disposent d’une part de marché de 90%
Dans une hypothèse où le taux de réserves obligatoire serait de 2% et où la préférence pour les billets diminuerait à 2%, la capacité de création monétaire de crédit de l’ensemble du système bancaire dépasserait un K = 25 ; ce serait dans ce cas la limitation des fonds propres – devant être supérieurs à 8% des crédits – qui interviendrait probablement bien avant que ce chiffre ne soit atteint)

Le graphique ci dessous montre la capacité de création monétaire de l’ensemble des réseaux bancaires dans différentes hypothèses de réserves obligatoires pour une demande de billets choisie ici à 13% (mais c’est une simple constatation issue du rapport de la monnaie fiduciaire sur les crédits, qui, comme nous l’avons dit, est variable suivant la période de l’année et la zone géographique).

Dans quels cas y a t-il création monétaire par un réseau bancaire?

a) lors de l’achat d’un actif par lui-même : Escompte de traites, achat d’action, d’obligation publique ou privée, ou de biens immobiliers (actifs réels)….mais n’oublions pas les fuites auxquelles il va devoir faire face en fonction de sa part de marché.

b) lors de l’octroi d’un crédit :Crédit à la consommation, crédit à l’investissement, crédit immobilier, crédit de trésorerie, autorisation de découvert. Nous ne parlons pas ici de prêts d’épargnes antérieures existantes lesquelles ont de toute façon pour origine un crédit.

c) lors du versement de devises >(une devise étrangère est un titre de créance sur l’étranger) par un de ses clients.

A l’inverse, il y a destruction monétaire (la monnaie disparaît des comptes de dépôts) lors de la vente d’un actif, d’un remboursement d’un crédit, d’un retrait de devises, de telle manière qu’en période normale la masse monétaire totale, solde instantané des créations diminuée des destructions, croit d’une manière raisonnable.

Il faut maintenant répondre à l’objection que vous feront peut-être quelques petits banquiers (sans que ce terme de « petit » ne soit péjoratif), qui vous diront qu’ils ont besoin de « ressources » ( ensemble des dépôts) pour créer des « emplois » (prêts ou financements, charges) ?

Votre banquier vous dira qu’il ne crée pas de monnaie … pourquoi ?

Dans son activité, ce banquier, trésorier d’agence, ne s’inquiète pas de savoir s’il crée de la monnaie ou pas : le banquier-trésorier va uniquement chercher à équilibrer ses comptes à la Banque Centrale (la « banque des banques »), par rapport aux autres banques. Si sa banque prête trop par rapport aux autres, c’est le système qui va la rappeler à l’ordre, car il faudra soit qu’il s’endette auprès des autres banques (et les lignes de crédit ne sont pas illimitées), soit qu’il mobilise des actifs sur le marché monétaire (et là non plus, son bilan n’est pas inépuisable….)

1 – Au niveau d’une banque prise isolément, les deux positions suivantes correspondent à l’expérience du banquier :

a) il crée des dépôts en « achetant » (en monétisant) une créance (une reconnaissance de dette) et en payant cet achat de créance par une inscription immédiate du montant au crédit du compte à vue du client, lequel pourra utiliser ce compte pour régler ses dépenses.

b) il a quand même besoin de dépôts car il va devoir financer son déficit de trésorerie en monnaie centrale vis à vis des autres banques (si ce n’est pas le cas il devra se refinancer dans cette monnaie centrale car pour avoir des comptes équilibrés en elles, les banques doivent "marcher au même pas" entre les parts de marché de crédits et les parts de marché de dépôt ).

Donc le banquier isolé n’a pas le sentiment qu’il peut créer de la monnaie avec son stylo, parce qu’il faudra bien qu’il "finance" le prêt qu’il a accordé.

2 – Au niveau du système bancaire dans son ensemble, toutes les banques prêtent (elles font toutes le point 1a ci-dessus), et vont donc (pas forcément consciemment) se refinancer les unes les autres.

Prenons un cas très simple où la monnaie n’est composée que de dépôts bancaires (pas de réserves obligatoires ni de demande de billets de la part de sa clientèle, la seule nécessité restant la compensation interbancaire) et où l’ensemble des dépôts des clients dans tout le réseau bancaire est de 100 000.

Supposons une toute petite banque A qui fait 1% de part de marché de l’ensemble des dépôts toutes banques confondues. Les dépôts de ses clients sont donc de 1 000 et la part de marché des autres banques prises dans leur ensemble est donc de 99% de l’ensemble des dépôts, ce qui représente un total de 99 000

Supposons que cette banque A augmente ses crédits (et donc – instantanément – ses dépôts à vue) de 100 (10%). Elle va devoir financer 99 (la quasi totalité) qui part vers les autres banques (les fuites), puisque 99% des comptes à vue sont détenus par des clients dans les autres banques (toutes choses égales par ailleurs).

Mais, heureusement, les autres banques vont aussi prêter (si elles ne le faisaient pas, elles perdraient une partie de leur clientèle qui irait vers la banque prêteuse et donc des dépôts), c’est-à-dire créer des dépôts et subir des sorties qui vont aller vers les autres banques.

Supposons donc que les autres banques augmentent leurs crédits/dépôts à vue de 10% également, c’est-à-dire de 9 900. Elles vont subir globalement une fuite de 1% de 9 900 vers la banque A, soit 99.

La banque A reçoit donc ces 99 sous forme de dépôts, lesquels vont "financer" le crédit qu’elle a consenti,mais on comprend bien que le crédit qu’elle a fait >précède les dépôts.

Donc, le système bancaire dans son ensemble aura créé 10 000 de monnaie de crédit, mais chaque banquier-trésorier aura eu le sentiment qu’il les a financés par des dépôts venant des autres banques et qu’il a ainsi mobilisé de l’épargne préexistante (des « ressources »). Ainsi, le témoin extérieur de cette opération aura l’impression que ce sont les dépôts à vue qui sont prêtés, alors qu’il s’agit de création monétaire par le crédit, créant ces dépôts.

Dans ce qui précède la simplification est patente. Un réseau bancaire (« une banque »), lorsqu’il monétise des créances, est tenu de disposer :

a) Dans son bilan, de sensiblement 8% (qui peut descendre à 4%) des crédits en cours sous forme de capitaux propres pondérés formant une « base de capital » (ratio Mac Donough dans le cadre des règles de Bâle II). Il n’y a évidemment pas de dépôt de ces 8% en banque centrale, mais ce sont ces besoins de 8% de fonds propres qui expliquent l’idée que les banques peuvent créer 12,5 fois la monnaie qu’elles détiennent.

b) d’une certaine quantité de monnaie centrale correspondant à ce que l’on nomme « fuites », et qui correspond 1) à la demande de monnaie fiduciaire par le secteur non bancaire, 2) aux réserves obligatoires – montant bloqué en Banque Centrale – et correspondant à 1% des dépôts (dépôts à vue, dépôts à terme d’une durée inférieure ou égale à deux ans, dépôts remboursables avec un préavis inférieur ou égal à deux ans, titres de créances d’une durée initiale inférieure ou égale à deux ans), 3) aux besoins de compensation qui se produisent dans les cas montrés ci-dessus.

S’il est connu que l’ensemble des réseaux bancaires (puisque les compensations entre les banques s’annulent), peut émettre une quantité limitée de monnaie scripturale (reconnaissances de dettes), à partir d’une quantité donnée de monnaie centrale qu’il détient ou qu’il peut se procurer. Ce coefficient multiplicateur est connu de tous les économistes et il est égal à 1 / [X + Z (1 – X)] (avec X le coefficient de préférence pour les billets et Z celui des réserves obligatoires).

Néanmoins, dans un document récent (6 mai 2009), Patrick Artus a confirmé que les banques n’utilisaient pas totalement ce pouvoir de création monétaire : "Une porosité entre base monétaire et masse monétaire est le multiplicateur monétaire. Or, il s’est effondré. Alors que les banques européennes génèrent habituellement 4800 euros à partir de 1000 euros de monnaie banque centrale, leur capacité de création monétaire est tombée à 3500 euros depuis Lehman".

Pour finir n’oublions pas de préciser que lorsqu’un emprunteur rembourse à sa banque, le capital emprunté (et dépensé), sa banque efface sa reconnaissance de dette : la monnaie est ainsi détruite (nous ne parlons pas ici des intérêts). En effet la création de monnaie scripturale par un réseau bancaire est stricto sensu l’inscription simultanée du montant du crédit sur le compte de l’emprunteur qui va ainsi pouvoir payer ses fournisseurs, parallèlement à l’inscription de la dette (je préfère dire « la garantie »), à l’actif du bilan de la banque. Inversement, le remboursement du prêt équivaut à la suppression simultanée de l’inscription à l’actif et du montant équivalent sur le compte de l’emprunteur (qui avait donc dû le rendre créditeur du même montant) : il n’y a pas de transfert du capital remboursé de la part de l’emprunteur vers la banque.

Je précise bien que nous avons parlé ici de la création de « monnaie » bancaire privée scripturale et non du second rôle des banques, celui de « circulateur d’épargne ». Comme l’écrit André Chaîneau : "L’étonnant est que pendant très longtemps – et peut-être même encore ! – la création monétaire a été ignorée comme élément des moyens de financement de l’économie ! En effet, la théorie limitait l’offre de fonds prêtables à n’être qu’une offre de ressources épargnées par les agents du secteur non bancaire, une offre qui ne débordait pas du cadre de ce secteur non bancaire. En conséquence, le secteur bancaire était ignoré! Mais le problème que les banques vont maintenant poser n’est évidemment pas celui de leur existence, mais celui de leur double fonction. Elles ne sont pas seulement les institutions créatrices de monnaie étudiées jusqu’à maintenant; elles sont également des institutions collectrices d’épargne. Aussi participent-elles au financement de l’économie non seulement en y injectant de la monnaie, mais également en y faisant circuler l’épargne."

Mais, d’où vient cette épargne préalable ? Qui l’a « fabriquée » à l’origine? Je vous laisse y réfléchir

Il faut aussi répondre à deux questions souvent posées.

a) – « pourquoi les banques devraient se prêter de l’argent entre elles, ou, à défaut, se refinancer à la banque centrale si elles peuvent créer de la monnaie ?»

La réponse est simple : si elles peuvent (sous certaines conditions) créer leur propre monnaie, leurs concurrentes n’acceptent, elles, que de la monnaie banque centrale, qu’aucune banque commerciale ne peut créer. On se retrouve dans le cas explicité précédemment, à savoir que les « fuites » vers d’autres réseaux sont proportionnelles à la part de marché des dépôts. Créer de la monnaie pour elles mêmes aurait comme conséquence que cette monnaie va fuir vers d’autres banques au prorata des parts de marché de ces dernières.

b)- « pourquoi les banques, si elles peuvent créer la monnaie, peuvent-elles faire faillite» ?

La réponse est quasiment la même que celle de la question précédente. Néanmoins nous avons tenté de préciser et les réponses, un peu trop longues pour que cet article reste digeste, sont visibles sur la page http://monnaie.wikispaces.com/Dette-FAQ.

Seul un système dit « à réserves pleines » (à l’origine défini par Irving Fisher sous le terme « 100% money », réactualisé par Allais et de nombreux autres économistes) qui est développé sur plusieurs articles, tel celui-ci ou celui-là pourrait permettre à la collectivité le contrôle total et la stabilité de la masse monétaire circulante, la bonne affectation de toute augmentation de la quantité de monnaie, le gain de seigneuriage, et, cerise sur le gâteau, le gel d’environ deux-tiers de la dette publique.


247 – un grand éclat de rire

1 juin 2012

Si vous voulez vous payer une bonne pinte de rire, lisez donc le dernier article de Pierre Sarton du Jonchay intitulé "MONÉTISER LA RELATIVITÉ GÉNÉRALE DU PHYSIQUE "  sur le blog de Jorion (oui, je sais, je lui envoie des lecteurs qui améliorent ses statistiques dont il est si fier.. mais là, vraiment, c’est avec plaisir)

Quand vous aurez lu par exemple

« Le risque financier réellement contenu par le capital est la partie imaginaire du prix de la réalité objectivée dans le prix nominal. En théorie financière vraie rationalisée par la morale, le prix objectif est le crédit négocié entre l’acheteur et le vendeur ; la réalisation temporelle du prix dont l’existence est future est définie par la théorisation libre des sujets ; laquelle doit contenir deux possibilités d’écart de prix : premièrement de la théorie à la pratique et deuxièmement du réel présent à la réalité future. Le prix théorique du crédit est garanti en réalisation future par l’imagination numérique d’un capital à quatre dimensions, deux matérielles et deux théoriques. »

si vous n’avez  pas compris, ne vous étonnez pas trop, vous n’êtes sans doute pas le seul!

Ce qui n’empêche pas Jorion d’écrire

1 juin 2012 à 00:41

Pierre Sarton du Jonchay existe et je l’ai rencontré. Lui et moi écrivons dans des styles très différents. Sa pensée analytique est sans égale et mon blog s’honore de publier ses textes.

Intéressante est la critique d’un dénommé Thomas sur les affirmations "scientifiques" de PSDJ…

Thomas
31 mai 2012 à 21:50

Bonjour,

Je rechigne habituellement à trop faire part de mon avis sur ce blog, étant bien loin des hautes sphères de la pensée économique, sociale ou anthropologique, mais maintenant qu’il est question de science, je suis nettement plus à l’aise avec le sujet, et je peux donc, je l’espère, faire des remarques nettement plus pertinentes.

Les coordonnées complexes d’un point dans un espace à trois dimensions posent un espace de mesure à quatre dimensions à la fois réel et imaginaire.

Cette phrase n’a aucun sens mathématique. En effet, un nombre complexe (noté z) peut être représenté comme la somme d’un nombre réel (les fameux nombres qui mesurent des quantités réelles), noté x, et d’un autre nombre réel, noté y, mais multiplié par le fameux nombre i, qui vérifie l’étrange propriété i² = -1. D’habitude, n’importe quel nombre élevé au carré est positif, pas celui là.

On a donc un nombre complexe z = x + i*y qui est en réalité un élément d’un espace à deux dimensions. On ne peut donc pas parler de coordonnées complexes dans un espace (supposé réel au vu de la suite ?) à trois dimensions, puisque de la même façon que x et y sont des réels, les coordonnées d’un point sont aussi des réels. Par ailleurs, la phrase à d’autant moins de sens que si on comptait les coordonnées d’un point en nombres complexes, la dimension de l’espace considéré tiendrait compte du fait que les nombres complexes imposent deux dimensions.

Le sens positif ou négatif d’une mesure est pensable dans l’imaginaire de l’espace physique positif à trois dimensions ; la quatrième dimension de mesure des phénomènes positivement observables introduit le calcul de la négativité, de l’inversion ou de la courbure de la réalité.

Tout ceci m’apparaît comme un salamigondis de choses sans rapport les unes avec les autres. Le sens positif ou négatif est avant tout une notion d’orientation de l’espace. Ainsi, ma théière à 1m sur ma droite est à -1m sur ma gauche, ce qui ne constitue pas un jugement de valeur sur sa position réelle. De la, la proposition secondaire de la phrase perd tout sens, et la courbure de la réalité n’a pas grand chose à voir là-dedans.

Ainsi la science physique va-t-elle unifier l’espace temps en quatre dimensions par l’attribution d’une valeur de réalité imaginairement négative à des phénomènes réels non directement présents à l’observateur qui mesure. La relativité générale d’Einstein exprime l’existence réelle de la mesure complexe.

Le passage des nombres complexes à l’unification de l’espace-temps est ardu et absurde. Ni historiquement, ni mathématiquement, la relativité s’est construite sur ce principe là. D’ailleurs, l’unification spatiotemporelle est une question de relativité restreinte, et non de relativité générale. Maintenant, attribuer une valeur à des phénomènes n’est pas vraiment l’objet de la physique, qui attribue des valeurs à des grandeurs (position, vitesse, énergie etc.). Il est d’ailleurs à noter que toutes les valeurs (numériques) des grandeurs mesurables en physique sont réelles, quand bien même une étape du calcul pourrait nécessiter l’usage des nombres complexes comme « artifice mathématique ». En effet, la physique vit dans le monde réel.

Il ne faut donc pas faire dire n’importe quoi à la relativité d’Einstein. Elle dit beaucoup de chose, mais clairement pas cela.

L’existence réelle non sensible à l’observateur humain est indéniable si la même cause identifiée dans l’invisible reproduit toujours les mêmes effets en tout espace et en tout temps. En conséquence, deux observateurs d’un même phénomène physique ne peuvent pas aboutir à la même évaluation exacte simultanée d’une énergie et d’une masse identifiées sans associer leurs imaginaires par une communion de pensée théorique.

Là encore, un terrible micmac. La relativité restreinte d’Einstein prévoit qu’il existe trois « domaines » : le passé, l’avenir (le présent étant situé au croisement des deux) et l’ailleurs, qui regroupe tout ce qui n’est pas accessible à l’expérience, pour la raison simple que l’information correspondante ne nous est pas encore arrivée (celle-ci ne pouvant aller plus vite que la lumière). Ainsi, d’après ladite relativité, aucun événement dans l’ailleurs ne peut avoir de conséquences dans le présent.

La conséquence de cette prémisse fausse est par ailleurs saugrenue : il s’agit du principe d’incertitude de Heisenberg, qui respose sur des bases théoriques complètement différentes, et n’a absolument rien à voir. D’ailleurs, énergie et masse ne sont pas reliés par le principe d’incertitude.

La relativité d’Einstein développée et confirmée dans la mécanique quantique rend l’énergie divisible et multipliable par le temps à cause de la continuité de l’espace temps

La relativité d’Einstein n’a pas été développée ni confirmée dans la mécanique quantique. Les développements des deux théories ont été indépendants, et Paul Dirac a réussi à tenir compte des résultats de la relativité restreinte dans les calculs quantiques, ce qui a conduit a rationaliser la notion de spin. La relativité générale reste incompatible avec la mécanique quantique.

L’énergie n’est ni divisible ni multipliable par le temps… Mais ce sont des opérations qu’on peut faire, nous, êtres humains, pour définir des grandeurs appelées respectivement la puissance et l’action, et ça n’a absolument rien à faire avec la continuité de l’espace-temps.

L’origine du temps est visible dans la lumière ; l’origine de la matière est visible dans la masse. Lumière et masse se multiplient en énergie ; mais le temps soustrait de l’énergie à un phénomène par la distance physique entre les expérimentateurs. Ainsi le chat de Schrödinger peut-il être mort pour un observateur en étant vivant pour l’autre.

L’origine du temps n’est pas visible dans la lumière. On ne la connaît pas. La matière nous est donnée comme information sensible par l’existence d’une masse. Même si, pour reprendre Jean-Claude van Damme, l’air ne pèse pas grand chose, mais est là quand même.
Le temps ne soustrait aucune énergie, c’est une fadaise. Lumière et masse ne se multiplient pas en énergie, la formule E = mc² se contente d’exprimer une équivalence entre masse et énergie. De la même façon qu’un glaçon et de la vapeur reste de l’eau, tout en étant différent.

Et le chat de Schrödinger n’a rien à voir là-dedans, il ne s’agit que d’une expérience de pensée illustrant le caractère contre-intuitif des prévisions quantiques.

Depuis plus d’un siècle, la réalité connue moyennant la théorie est à la fois continue dans l’espace-temps et discontinue par la confrontation scientifique des observations.

C’est faux. L’horloge retarde. Depuis 1905, on sait que certains phénomènes sont discontinus. C’est le fondement de la théorie quantique. Il ne faut pas confondre la continuité des nombres (qui pourraient prendre n’importe quelle valeur) et d’autres choses.

Si l’objectivité scientifique est la réalité posée indépendamment de ses observateurs, alors la relativité générale requiert explicitement une discipline de la subjectivité radicalement investie dans la matière physique. Pour former réellement la causalité, la théorie doit être abstraite de la réalité par conviction vraiment partagée des auteurs absents de leur égo.

Là encore, méconnaissance des réalités historiques : l’interprétation de Copenhague de la mécanique quantique (admise à ce jour, même s’il y a des controverses) indique qu’on renonce à décrire la réalité physique, mais uniquement l’information qu’on peut en extraire. Ce qui consacre la nécessité d’un observateur dans le processus.

Par ailleurs, la théorie est nécessairement confrontée à la réalité, pour être validée, et donc emporter la conviction.

Le phénomène de l’entropie entre le passé et le présent ainsi qu’entre les auteurs d’une même observation scientifique n’est pas mesurable sans la certitude d’une théorie stable entre plusieurs observateurs dans l’espace-temps. La déformation de la matière et de l’énergie par l’espace et le temps n’est pas mesurable sans production de forme par l’esprit des sujets hors de l’espace et du temps. La stabilité de la théorie doit être imaginaire pour expliquer réellement la réalité spatio-temporelle.

L’entropie : le dernier poncif qui manquait à cet article…

Il n’y a pas de relation entropique entre les auteurs d’une même observation. Ni même entre auteurs d’expériences analogues. Juste des dérives statistiques.

Par ailleurs, l’existence d’expériences de pensée ne préjuge pas de l’irréalité d’une théorie. Ainsi, on visualise bien l’image de la nappe déformée parce qu’une boule de pétanque y est posée, mais on a plus de mal de se représenter l’équivalent tridimensionnel, parce qu’on est nous même coincés dans un espace à trois dimensions (spatiales)

La numération complexe est une réalité scientifique en même temps qu’une nécessité pour exprimer la relativité de toute mesure de réalité ; relativité entre les sujets de toute mesure grâce et à cause du temps et de la distance physique. Le médiateur de la relativité physique est la lumière imperceptible et non mesurable en soi faute de masse. La preuve de l’existence spécifique et causale de la lumière est indirecte par la conscience subjective partagée dans le langage scientifique. La théorie de la distance et du temps liés par le concept de vitesse est intrinsèque à la matière physique étudiée.

Encore beaucoup de cafouillis et une grosse macédoine.

Les nombres complexes ne servent pas à cela : ils servent à élargir le champ du possible en matière de calcul mathématique. Ils n’ont pas été inventés pour la physique.

Par ailleurs, tous les objets physiques sont mesurés via les conséquences qu’ils ont sur un appareil de mesure, que ce soit une masse ou une charge électrique par exemple. La lumière, quoique n’ayant pas de masse, à d’autres conséquences parfaitement réelles.

Enfin, la distance et le temps ne sont pas reliés physiquement par la vitesse, ce sont juste trois grandeurs ayant une relation entre elle. Si on entre dans le détail de la théorie, il s’avère que c’est plutôt la masse qui relie les deux.

La lumière est donc cause de la masse qui fait matière dans la conscience par la vitesse

En réalité, la cause de la masse n’est pas connue. On soupçonne le boson de Higgs, le photon a été mis hors de cause depuis fort longtemps.

La science pervertie par la finance de spéculation quantique

Je cite le titre pour me référer à la partie correspondante. Je comprends l’argument, mais que vient faire la relativité générale là-dedans ? La théorie d’Einstein n’a absolument rien à voir avec ces considérations, indépendamment du fait que les réalités humaines sont obérées par le cache-sexe d’une soi-disant rigueur arithmétique.

De même, pourquoi affubler de l’adjectif quantique la religion ? Rien à voir avec la théorie physique, même si j’adhère au propos correspondant par ailleurs.

La subordination complexe du réel à l’imaginaire exprime à l’origine l’imperfection existentielle de l’essence humaine des mathématiques. L’efficacité scientifique de la mathématisation du réel n’épuise pas la réalité librement connaissable ; le sens des mesures scientifiques reste incertain à cause de la partialité des théories ; la réalité mesurable par la subjectivité humaine excède infiniment les théories et les quantifications produites ; enfin il est devenu imprudent de ne pas reconnaître à chaque sujet d’humanité son propre référentiel de mesure déterminé par l’existence personnelle.

L’imperfection existentielle de l’essence humaine des mathématiques a néanmoins mis sur la table l’étude des nombres complexes… Elle n’est donc pas si imparfaite…

Par ailleurs, même si chaque sujet a son propre référentiel de mesure, chaque scientifique effectue des mesures dans des conditions précises, transparentes et reproductibles, de telle sorte qu’elles puissent être soumises à la confrontation et à la réfutation.

Le risque financier réellement contenu par le capital est la partie imaginaire du prix de la réalité objectivée dans le prix nominal.

J’aime beaucoup cette idée ! Il serait néanmoins opportun de dérouler la théorie des complexes dans ce cas, pour essayer d’établir une correspondance entre les objets mathématiques et les objets financiers correspondants, mais pourquoi pas ?

Pour conclure par rapport à tout ceci : je trouve les théories développées intéressantes, en matière de finance, mais tout le discours achoppe sur un écueil de taille : en invoquant des théories scientifiques de façon fantaisiste, il tombe dans l’excès qu’il dénonce ! Se parer des vertus de la physique pour parler de finance est non seulement hors-propos, mais également dangereux. Les comparaisons sont parfois utiles, mais quand elles sont utilisées de façon pertinentes, et il est manifeste que les paragraphes physique de l’article traduisent des incompréhensions flagrantes de tout ce dont il est question, pour aboutir à une macédoine de patascience.

Je terminerai sur cet aphorisme d’Albert Einstein, puisqu’il en a beaucoup été question :

L’essentiel est de rendre les choses aussi simples que possible ; mais pas plus simples


235 – La vie devant soi

22 mars 2012

La vie devant soi

« Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être bien intégré dans une société profondément malade. »
Jiddu Krishnamurti

Je précise à l’intention de ceux qui vivent au jour le jour que, dans la ligne du temps, le futur intervient après un passé infini, succédant à un présent instantané et plutôt soluble…

Normalement doués et constitués, les membres de la communauté humaine se distinguent par un coefficient élevé de capacités cognitives et imaginatives qui permettent d’envisager un futur plus ou moins proche, de s’y projeter, d’investir intellectuellement et financièrement. Au-delà, préoccupé par le souci de pérenniser la vie sur Terre dont sera tributaire le destin des générations futures, l’homme se dit apte à développer des stratégies futuribles plus éloignées. Cette prétendue clairvoyance est un trait qui nous est propre mais dont le recours semble en panne ou à l’abandon, on verra plus loin et pourquoi dans le texte. Cette prérogative de gouvernance collective est notamment celle dont les élus politiques doivent se soucier in primis, si tant est que le futur immédiat, nommé présent, leur en laisse le loisir. On sait que la hotte électorale est surchargée d’urgences économiques et de problèmes quotidiens, que la démocratie répond à des lois démocratiques qui incitent au charlatanisme et que les enjeux du jour, alliés à une communication médiatique chaque fois plus diarrhéique, font que les préoccupations d’avenir se trouvent repoussées aux calendes grecques. La devise énoncée par Émile de Girardin : « Gouverner c’est prévoir » est donc vaine par obsolescence. Seul un bon roi-père de famille, sans échéancier ni concurrents, pourrait relever ce défi. A-t-il jamais existé ?

Démagogie triomphante, il faut bien reconnaître que le devenir planétaire et la conservation écosystémique n’intéresse que les rares électeurs ayant le privilège de travailler du chapeau parce qu’ils ne vivent pas dans l’urgence du quotidien. L’ « après moi le déluge » est la figure imposée par le « métro-boulot-dodo ». D’où l’inconscience de générer des progénitures dont on ne peut qu’assurer le bref parcours qui va de la crèche à l’université et au chômage. Même en courant, je n’aurai pas le temps… Pour le commun des mortels, demain est un roman d’anticipation qui se rapporte à la futurologie, voire à la science-fiction ! Bien que nous ayons une claire conscience du temps qui passe, la notion physique du temps reste difficile à appréhender par l’esprit et ne semble relever que de la science et de la philosophie.

Avenir et réalités

Si, contre toute insouciance, il est admis qu’un enfant doit préparer son avenir personnel et qu’il soit dirigé en ce sens, (éducation, scolarité, diplômes…), c’est un paradoxe ordinaire de constater que nos sociétés ne se soucient que trop peu de l’avenir commun. Nos enfants préparent donc un avenir… qui manque de futur.

À l’heure d’un bilan, d’un état des lieux, on pourrait vraiment se demander comment les Terriens ont-ils préparé leur avenir ? Comment va cette Terre nourricière qui constitue notre maison du Quaternaire, que nous habitons en colocation au fil des générations ? Quel est l’état de la biosphère, des écosystèmes terrestres et maritimes ? On connaît hélas la réponse et point n’est besoin d’un écologue légiste pour prendre le pouls au chevet de Gaïa. Notre vieille Terre est fatiguée, usée jusqu’à la corde, quasiment exsangue de ses ressources, scalpée de son manteau forestier et de sa strate végétale, de plus en plus dénudée de ses sols fertiles et galvanisée, asséchée, désertifiée. Si une partie des 7 milliards d’humains parvient encore à y vivre, à en vivre, c’est au nom d’un avenir chaque fois davantage hypothéqué et grâce à des techniques de plus en plus performantes mais destructives. Nous avons le génie de la destruction. Il n’est que de voir les engins de plus en plus monstrueux qui fouillent les entrailles de Gaïa, qui labourent en profondeur, qui forent tout et partout à la recherche forcenée de ce qu’on peut extraire, qui décapitent des forêts primaires en un temps record, qui ravagent en deux temps trois mouvements ce que la genèse avait mis des millions d’années à concocter. Nous ne savons pas utiliser parcimonieusement, nous nous acharnons à miner. Parce que l’envie de lucre nous rend impatients, parce que nous sommes capricieux, parce que nous sommes trop nombreux à vivre trop longtemps. Notre vie est la seule vie qui n’ait biologiquement plus aucune raison d’être. Nous ne nous inscrivons dans une chaîne alimentaire, nous nous sommes exclus des interdépendances, nous ne faisons que nous imposer irrespectueusement, comme des hussards, selon une morale dénaturée, nous ne savons qu’extraire et nous approprier sans rendre la monnaie. Tout cela est évidemment contre-productif. Dans un semblant de bonne conscience, nous croyons parfois régénérer, reboiser, recharger, mais c’est pure illusion, nous ne réparons rien. Ce qui est pris ou saccagé est définitivement pris ou saccagé. Le comble, c’est que nous en soyons impérieusement fiers !

Revisiter l’histoire de nos civilisations, et tout spécialement d’époque récente avec sa soi-disant nouvelle conscience écologique et la panoplie de mesures qui vont avec, ne permet nullement d’être rassuré quant à une gouvernance qui tiendrait compte des limites de la Terre-patrie. Existe-t-il d’ailleurs et dans une quelconque nation un seul gouvernement comportant un ministère du Futur ? Les ministères qui, depuis assez récemment, se dédient à l’écologie sont tous des entités utilitaires chargées de l’environnement humain (notre décorum…), de l’énergie, des transports, mais nullement des droits de la planète. Et si un avenir à court terme peut être évidemment garanti par tout l’arsenal ministériel habituel (finances, économie, agriculture, pêche, commerce, armée, affaires étrangères…), ces disciplines d’ordres anthropocentriste et nationaliste, ne visent en rien à sauvegarder le patrimoine terrien d’après-demain. Aucun gouvernement ne prétend se soucier de savoir si Homo sapiens a, ou non, un avenir sur cette planète Terre. Cette question aurait pu paraître saugrenue jusqu’au XIXe siècle où tout nous semblait prolixe et providentiel, où nous n’étions qu’un modeste milliard dans un monde encore vaste et aux horizons infinis, où nous avions une vision inépuisable des ressources naturelles des mers, du sol et du sous-sol, où nous n’avions pas touché au pétrole, où l’agriculture se faisait sur un mode séculaire, où la pollution industrielle n’annonçait qu’à peine sa couleur noire de suie, où le changement climatique relevait de la fiction. Nous n’étions pas encore équipés pour détruire efficacement et faire table rase. Aujourd’hui que les filets de pêche sont de plus en plus performants et de moins en moins garnis, que des centaines de millions de réfugiés climatiques prennent le chemin d’un impossible exil, comment peut-on attendre d’un pays aussi lourdement concerné que le nôtre, une réponse de ministres improvisés dans la ligne de figurants aussi frivoles que ceux mis en place ? Face à des problématiques d’envergure, ça fait plutôt potiche. En agitant aussi honteusement et naïvement le hochet écologique, les responsables affichent un cynisme qui masque mal leur incompétence, leur inconscience et leur malhonnêteté.

Avez-vous vu quelque chose de nouveau poindre à l’horizon, avez-vous constaté un changement dans votre vie quotidienne, une moindre contrainte imposée à la société suite aux avènements des grands-messes mondiales orchestrées par un battage médiatique à nul autre pareil que furent les Sommets de la Terre (Stockholm, Nairobi, Rio, Johannesburg) ou les Conférences climatiques autour du GIEC (Kyoto, Poznan, Copenhague, Mexico) ? Que des ultimatums annoncés et dont la conclusion fut chaque fois qu’il est urgent d’attendre ! À part un crédit fiscal sur une isolation et une chaudière à condensation, votre vie a-t-elle changé suite aux bricolages de la série des pathétiques Grenelle élyséens de l’environnement ? Les figures locales, nationales ou mondiales de protection que sont les parcs et les réserves, y compris celles très aléatoires de la biosphère, ont-elles ralenti le processus de déclin de la biodiversité végétale et animale, ont-elles enrayé la sixième phase d’extinction massive des espèces dont nous sommes les contributeurs insolents ? Où sont les paysages d’autrefois, et même les neiges d’antan ? Les grands lacs s’évaporent, les grands glaciers fondent.

Même les partis politiques écologistes doivent renoncer à trop d’écologie pour tenter de se faire élire, ce qui est un comble et la preuve formelle d’un désintéressement majoritaire pour la seule et unique cause cardinale qui soit !

Pourtant, quand les maîtres du monde veulent faire dans l’écologie urgentiste et jouer les survivalistes, ils y mettent le prix. Sur l’île du Spitzberg, dans l’archipel du Svalbard, à 1 000 kilomètres du pôle Nord, un coffre-fort abrite plus de 600 000 variétés de graines et de semences. À terme, 4,5 millions d’échantillons pourraient être entreposés dans cette arche de Noé du troisième millénaire, vrai méga grenier de nos agro et écosystèmes en silos bunkérisés. Sans compter les graines sauvages, on évalue à 1,5 million les variétés différentes de graines de culture agricole existant de par le monde. Les premières semences sont parties du port de Lagos (Nigeria) : 7 000 variétés de niébé, maïs, soja et pois de terre, soit 330 kilos répartis dans 21 caisses, qui sont les premières stockées dans le blockhaus au jour de l’inauguration du 26 février 2008. Le Svalbard Global Seed Vault (littéralement Chambre forte mondiale de graines du Svalbard), est financé par diverses fondations dont celles de Bill et Melinda Gates, de Rockefeller et du semencier transnational Syngenta. Divers pays capitalistes ont complété la mise. Cette parodie du hamster, revue et corrigée à hauteur d’une pharaonique bunkérisation humaine, est constituée en l’hypothèse tangible d’une crise alimentaire. Le projet date déjà de 1980 et la FAO l’intégra en 2001 dans le cadre du traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture. Cette formidable banque mondiale de graines congelées transmettra-t-elle la diversité agricole aux survivants élus des décennies à venir ? Faudrait-il encore qu’ils disposent de terres fertiles et du savoir-faire paysan ! Sous couvert de parer à une crise mondiale, une telle initiative est honteusement élitiste et à l’usage des seuls futurs rescapés les plus riches et qui, dès maintenant, rêvent idéalement de reconstruire un monde au-delà d’un effondrement dont ils auront été les premiers artisans. Les maîtres du monde intentent ainsi une vraie conspiration alimentaire projetée dans un futur proche. Si du bon peuple émergent des miraculés de l’an 2100, ils n’auront même pas droit à de mauvaises graines ensilées par Monsanto. 1 milliard de personnes souffrent de sous-nutrition dans le monde à cause de la spéculation sur les aliments de première nécessité. Combien demain ? Pendant ce temps, l’oligarchie prévoyante verrouille ses réserves alimentaires.

L’homme n’est pas l’avenir de la planète

« Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui. »
Claude Lévi-Strauss

La déclinologie ordinaire n’est pas qu’un état d’esprit, elle s’inspire de la lisibilité des désastres d’un système agissant tel un laminoir de la biodiversité et des ressources dont les effets érosifs ne peuvent qu’engendrer, et engendrent déjà, une décadence planétaire incontournable. Le Terrien occidental, en état d’euphorie temporaire puisque profiteur égoïste et écervelé du magot, n’a généralement aucune idée de la planche savonneuse sur laquelle glisse l’humanité.

Ombre, éclipse ou crépuscule, que prédire quand on s’approche du bord du gouffre ? Certains proposent des solutions, mais seront-elles, et pour combien de temps, à la hauteur de la population planétaire ? Serons-nous la première espèce à disparaître, comme le prédisent les scientifiques, ou au contraire la dernière à survivre comme l’entendent les économistes ? Pourrons-nous nous dispenser de toute forme de Nature autre que « la nôtre » ? Combien de temps l’agriculture hors-sol, si dangereuse en son état embryonnaire actuel, pourra-t-elle nourrir et pourrir la planète avant d’engendrer un coma dépassé ? Une Terre abiotique et peuplée d’OGM sera-t-elle vivable ? Pourra-t-on dessaler suffisamment d’eau de mer quand nos sols seront croûtés, et l’acheminer sans encombre au plus loin des littoraux ? Supporterons-nous des millions de centrales nucléaires ? Roulerons-nous à l’huile d’algues, puisque rouler est devenu aussi primordial que respirer ou manger ? Comment se fera le partage d’un désert planétaire et qu’en ferons-nous économiquement ?…

La désertification touche les vies de plus de 250 millions de personnes et menace 1,2 milliard d’individus dans 110 pays. On estime que 60 millions de ceux qui se trouvent confrontés à ce problème en Afrique subsaharienne émigreront vers l’Afrique du Nord et l’Europe, rien que d’ici 2020.

Michel Tarrier

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210 – A-J Holbecq: création monétaire (en 15′)

5 octobre 2011

La "création monétaire" (en 15 minutes et 4 pages !)

Mais d’abord, qu’est ce que la monnaie ?

C’est, dans une définition simplifiée, un moyen de paiement, une unité de compte commune, et une réserve de valeur. C’est un palliatif aux nombreux problèmes du troc direct ou indirect.

La monnaie possède deux grandes qualités qui la rendent indispensable:
- immédiatement disponible et sans coût (elle est « liquide »),
- présente peu de risque de perte de valeur en l’absence d’une inflation forte.

Le fondement de l’existence de la monnaie est la confiance

Maintenant admettez avec moi, ce qui est la stricte réalité, que de la même manière qu’un informaticien produit un programme informatique à partir d’un ordinateur, ou  qu’un fabriquant de chaussure fabrique des chaussures, un réseau bancaire fabrique de la monnaie  Les banques sont des fabricants de monnaie, sous leur marque de fabrique : la monnaie BNP, la monnaie SG, la monnaie crédit agricole, etc…

Les crédits sont  la principale source de création de monnaie

Le mécanisme de création de monnaie trouve son origine dans les crédits accordés par la banque. Le principe du crédit consiste à transformer des créances sur les agents non bancaires en moyens de paiement immédiatement utilisables. Concrètement, lorsqu’une banque consent un crédit à un client X, ce dernier dispose immédiatement d’un dépôt à vue (compte de dépôt), dans cette banque, égal au montant de la somme prêtée. De son côté, la banque acquiert en contrepartie une créance sur le client X ( la créance peut être une reconnaissance de dette, une hypothèque, une obligation, une caution, etc… c’est une garantie au banquier qu’il sera remboursé avec les intérêts demandés . Certains actifs sont pourris car leur valeur à l’actif du bilan de la banque est considérée comme non récupérable en totalité ou partie).

Mais ici il y a une petite astuce. Le compte du client X est inscrit dans son compte nominatif qui est, dans le bilan de la banque, à son passif. En effet à partir du moment où elle a accepté le crédit, elle doit ce montant à son client X qui peut d’abord effectuer ses paiements mais aussi  lui demander un remboursement « en espèces », espèces que notre banque commerciale ne peut pas produire (c’est une monnaie dite « fiduciaire » seulement produite par la banque centrale)

Il y a donc création de monnaie : la banque n’a pas ponctionné dans ses réserves ou emprunté à ses déposants ou à la Banque Centrale pour prêter le montant au client X : elle a simplement  inscrit une créance dans son bilan : elle a fait de la « monétisation d’actifs »

[Vous trouverez souvent le terme « monétiser », de quoi s’agit-il ? C’est simplement le droit (légal) des banques de transformer « quelque chose » en monnaie et procéder ainsi à l’introduction de nouveaux moyens de paiement dans l’économie (création monétaire). Ce « quelque chose » peut être reconnaissance de dette, une hypothèque, un actif existant, etc..]

Destruction monétaire : le remboursement du crédit

Lorsque le client X rembourse le crédit, la banque efface la créance de son bilan : il y a donc à ce moment destruction de monnaie. La création de monnaie n’aura été que provisoire. Il y a donc "création nette" de monnaie uniquement lorsque les nouveaux crédits l’emportent sur les crédits remboursés : c’est l’image du robinet et de la bonde plus ou moins ouverts ou fermés : la masse monétaire est le niveau de la baignoire

On peut donc préciser que la monnaie est une dette de banque qui circule, un élément (un morceau) du passif d’une banque accepté comme moyen de paiement. Même la monnaie fiduciaire que nous utilisons doit son existence à une création de monnaie scripturale originelle qui a été détruite et remplacée par cette monnaie fiduciaire.

Toute monnaie est une dette, toute la monnaie est issue d’une création monétaire bancaire « ex nihilo », par l’opération de « monétisation d’actif »

Autres méthodes de monétisation (création  monétaire)

Les banques peuvent créer de la monnaie de plusieurs autres façons, mais avec le même mécanisme.

- les banques peuvent créditer le compte d’un agent en échange de devises (exportations) en  acquérant une créance sur les États-Unis s’il s’agit par exemple de dollars. La balance commerciale d’un pays est excédentaire, l’entrée nette de devises sur le territoire entraîne de la création de monnaie, et inversement en cas de déficit commercial.

Au final les banques (commerciales) ont de nombreuses manières de créer de la monnaie:
- Opération de crédit

- Acquisition d’un actif réel (terrain, immeuble…)
- Acquisition d’un actif financier (actions, obligations d’entreprises)

- Acquisition des bon du Trésor (créances sur le Trésor).
- Conversion des devises (suite exportation d’une entreprise cliente)
- Opération d’escompte
- Paiements pour compte propre (ex : loyers, salaires et charges diverses)

Je disais que chaque réseau bancaire crée sa monnaie sous sa marque de fabrique. Les autres banques ne vont donc pas l’accepter, ce qui implique que chaque banque dispose de monnaie dite « de base » (ou monnaie centrale) car chaque réseau bancaire  qui monétise est obligé de tenir compte des « fuites » vers ses concurrents si sa part de marché de monétisation (de crédit) dépasse sa part de marché des dépôts, car ses concurrentes se font payer la différence (la compensation) en monnaie centrale.

Les banques doivent aussi tenir compte de la demande d’espèces (qui représente environ 13% des crédits) et des réserves obligatoires de 2% du montant des dépôts qui correspondent à de la monnaie centrale, ce qui limite leur capacités de création monétaire

A propos de ce multiplicateur, il est tout théorique: on préfère dans l’état actuel parler de « diviseur », sachant que les banques font tous les crédits qu’elles veulent (dont elles ont la demande), dans la limite théorique des règles prudentielles, et se tournent ensuite vers la banque centrale en disant « on a besoin de monnaie centrale sinon le système explose… »

Et le rôle de la banque centrale  dans tout cela ?

De la même manière que les banques commerciales monétisent des créances, la banque centrale monétise des titres de dette dits « éligibles » (titres de dettes souveraines, par exemple) afin de :

-  constituer leurs réserves (obligatoires ou non)
- disposer de soldes de compensation
- obtenir de la monnaie fiduciaire pour satisfaire les besoins d’espèces des clients des banques commerciales

Pour information : la monnaie scripturale centrale ne quittera pas le compte des banques à la Banque centrale (elle ne peut être transformée en monnaie secondaire que dans une exception notable ; que par le « tuyau » du Trésor Public qui est « la banque de l’État)

Donc si les banques fabriquent de la monnaie, elles peuvent acheter le monde ?

Ce serait presque exact s’il n’y avait qu’un seul réseau bancaire, mais heureusement

1 – Une banque est limitée dans ses crédits par les règles de Bâle (Bâle II) qui  imposent de détenir en fonds propres 8% des crédits accordés.

2 – Comme il y a, dans la réalité, plusieurs réseaux bancaires et donc un type de « fuite » supplémentaire

Un réseau bancaire A qui émets un crédit à son client Monsieur Dupont, sait bien que tous les fournisseurs ou commerçants que payera Monsieur Dupont ne sont pas tous dans son réseau bancaire… il lui faudra donc payer les réseaux bancaire B, C, E, etc des paiements qui s’échappent de son réseau.

Mais il en est de même pour les autres réseaux dont une partie des clients payent des fournisseurs ayant leur compte dans le réseau A.

Chaque jour donc, une « compensation » est faite entre les différentes banques, qui ne payeront à leur concurrentes que le solde : quand elles ont besoin de monnaie centrale, elles peuvent également l’emprunter à leurs concurrentes (le marché interbancaire)

Ce solde est de zéro si toutes les banques « marchent au même pas » (Keynes), c’est à dire si – statistiquement – la part de marché des crédits émis est égale à la part de marché des dépôts de leurs clients (nous parlons bien de crédits et de dépôts scripturaux. Des dépôts de monnaie fiduciaire -billets et pièces – sont une augmentation du stock de « monnaie de base » détenue par le réseau qui en bénéficie)

Enfin, il faut bien comprendre que le banquier directeur d’agence (trésorier d’agence), ne s’inquiète pas de savoir s’il crée de la monnaie ou pas : le banquier-trésorier va uniquement chercher à équilibrer ses comptes à la Banque Centrale (la « banque des banques »), par rapport aux autres banques. Si sa banque prête trop par rapport aux autres, c’est le système qui va la rappeler à l’ordre, car il faudra soit qu’il s’endette auprès des autres banques (et les lignes de crédit ne sont pas illimitées), soit qu’il mobilise des actifs sur le marché monétaire (et là non plus, son bilan n’est pas inépuisable….).

Comment la banque centrale peut-elle influer sur la création monétaire ?

La demande de crédit, et donc la création monétaire, suit de près l’activité économique. En période d’expansion, la masse monétaire, dopée par les investissements et les dépenses des agents économiques, va augmenter, et inversement en période de repli de l’activité.

Le principal instrument des banques centrales occidentales est la modulation des taux d’intérêt. En augmentant ou en baissant ses taux directeurs, la banque influe sur le coût de refinancement des banques commerciales sur le marché monétaire, sur lequel s’échangent la monnaie "banque centrale".

La banque centrale peut également jouer sur le taux de réserve obligatoire imposé aux banques commerciales : plus de réserves obligatoires bloque les banques (c’est l’outil utilisé en particulier par la Banque centrale chinoise)

Toutefois, l’impact de la politique monétaire sur l’activité n’est pas garanti. Par exemple, si les agents économiques n’ont pas confiance même une baisse des taux (et donc du coût du crédit) n’a pas d’effet significatif sur la reprise de l’activité.

Le système actuel est instable

Le « 100% monnaie », principe général développé par Irving Fisher et Maurice Allais, dans lequel toute la monnaie nouvelle est créée par la Banque Centrale (banque de France) permettrait d’éviter les à-coups de croissance économique, supprimerait instantanément 2/3 de la dette publique, et générerait l’équivalent d’une recette fiscale supplémentaire de l’ordre de 70 à 80 milliards d’euros par an.

A-J Holbecq – 24 septembre 2011

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Conséquence de l’article 25 de  la loi du 3 janvier 1973 interdisant à la Banque de France des avances de trésorerie directes au Trésor Public et de son application dans les traités européens (article 104 de Maastricht et 123 de Lisbonne) : l’accumulation des intérêts a un effet boule de neige sur la dette. C’est environ 1400 milliards d’intérêts (qu’il a fallu emprunter depuis 1980), grosse part de la dette publique de 1591 milliards d’euros à fin 2010

http://www.faux-monnayeurs.orghttp://monnaie.wikispaces.com
http://postjorion.wordpress.comhttp://osonsallais.wordpress.com
http://tinyurl.com/3c6czc6 (résumé 100% monnaie)

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208 – Le diktat de Trichet à Berlusconi

30 septembre 2011

Remise en cause de la législation sur les licenciements, privatisation massive, baisse des salaires des fonctionnaires… Dans le courrier jusque-là secret qu’il lui avait envoyé en août, le patron de la BCE se montrait très exigeant avec le gouvernement italien.

Ce jeudi, elle est enfin sortie. La fameuse lettre envoyée le 5 août par Jean-Claude Trichet (actuel patron de la BCE) et Mario Draghi (son successeur dès le 1er novembre) au gouvernement italien pour l’enjoindre à la rigueur. Le pousser à davantage de réformes et de libéralisme. On était au plus fort des attaques de spéculateurs contre la zone euro, et notamment contre l’Italie et l’Espagne.

Le 24 août, Challenges avait rencontré Jean-Claude Trichet à Francfort. Le grand argentier avait alors reconnu l’existence de deux lettres, une envoyée à Rome, l’autre à Madrid, mais avait refusé le terme d’ultimatum. Il avait alors précisé : "Le cas est exceptionnel. Nous étions en présence de dysfonctionnements importants sur les marchés de la dette publique de certains pays de la zone euro. Nous avons dit à leurs gouvernements ce qui, à notre sens, était nécessaire pour un retour à une crédibilité vis-à-vis des investisseurs. C’était un message, ce n’était pas une négociation". Et d’ajouter: "Nous continuons de dire les choses fermement, comme nous l’avons toujours fait".

Jusqu’à présent, le contenu de cette missive était resté archi secret. Ce matin, il est paru dans Corriere della Sera.

Challenges l’a traduite pour ses lecteurs.

____________________________________________

"Cher Premier ministre,

Le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne a discuté le 4 août de la situation de l’Italie sur les marchés obligataires. Le conseil des gouverneurs considère que les autorités italiennes doivent d’urgence adopter des mesures propres à restaurer la confiance des investisseurs.

Les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro avaient conclu lors du sommet du 21 juillet 2011 que «tous les pays de la zone euro réaffirment solennellement leur détermination inflexible à honorer pleinement leur signature souveraine, ainsi que tous leurs engagements à mettre en place des conditions fiscales durables et des réformes structurelles». Le Conseil des gouverneurs considère que l’Italie doit d’urgence rétablir la qualité de sa signature souveraine, et réaffirmer son engagement pour une stabilité fiscale et des réformes structurelles.

Le gouvernement italien a décidé d’établir un budget équilibré en 2014 et, à cette fin, a récemment mis en place un paquet fiscal. Ce sont des engagements importants, mais ils ne sont pas suffisants.

Dans les circonstances actuelles, nous considérons les mesures suivantes comme indispensables :

1. Nous estimons qu’il est nécessaire de mettre en place des mesures d’envergure pour stimuler une croissance potentielle. Quelques décisions récentes prises par le gouvernement vont dans ce sens ; d’autres sont en cours de discussion avec les partenaires sociaux. Cependant, il faut faire davantage et il est crucial d’avancer avec détermination. Des défis clés consistent à accroître la compétition, particulièrement dans les services, pour améliorer la qualité des services publics et pour mettre en place une régulation et des systèmes fiscaux mieux adaptés au soutien de la compétitivité des entreprises et à l’efficacité du marché du travail.

a) Une stratégie de réforme globale, profonde et crédible, incluant la libéralisation totale des services publics locaux et des services professionnels est nécessaire. Cela devrait être appliqué en particulier à l’offre de services locaux, via des privatisations de grande ampleur.

b) Il est aussi nécessaire de réformer davantage le mécanisme collectif de négociation salariale permettant des accords d’entreprises, afin d’adapter les salaires et conditions de travail aux besoins spécifiques des firmes et d’améliorer leur pertinence vis-à-vis d’autres niveaux de négociations. L’accord du 28 juin entre les principaux syndicats et les associations patronales industrielles va dans ce sens.

c) Une révision en profondeur des règles régissant le recrutement et le licenciement des salariés devrait être adoptée, conjointement à la création d’un système d’assurance-chômage et d’une série de politiques actives du marché du travail capables de faciliter la réallocation des ressources vers les entreprises et les secteurs les plus compétitifs.

2. Le gouvernement doit prendre des mesures immédiates et courageuses pour garantir la pérennité des finances publiques.

a) Des mesures fiscales correctives supplémentaires sont nécessaires. Nous considérons qu’il est essentiel que les autorités italiennes avancent l’application des mesures adoptées en juillet 2011 d’au moins un an. Le but devrait être d’atteindre un déficit budgétaire meilleur que prévu en 2011, un emprunt net de 1% en 2012 et un budget équilibré en 2013, principalement via une réduction des dépenses.

Il est possible d’intervenir davantage dans le système de retraites, en rendant plus contraignants les critères d’éligibilité aux pensions d’ancienneté et en alignant rapidement l’âge de la retraite des femmes ayant travaillé dans le secteur privé sur celui appliqué aux employées du public, permettant ainsi de faire des économies dès 2012. Le gouvernement devrait également envisager de réduire de façon significative le coût des emplois publics, en durcissant les règles de renouvellement du personnel et, si nécessaire, en baissant les salaires.

b) Un mécanisme de réduction automatique du déficit devrait être mise en place, stipulant que tout dérapage par rapport aux objectifs sera automatiquement compensé par des coupes horizontales dans les dépenses discrétionnaires.

c) Les emprunts, y compris la dette commerciale et les dépenses des autorités régionales et locales devraient être placées sous contrôle strict, conformément aux principes de la réforme en cours des relations fiscales intergouvernementales.

Au vu de la gravité de la situation actuelle des marchés financiers, nous considérons qu’il est crucial que toutes les mesures énumérées dans les sections 1 et 2 ci-dessus soient adoptées aussi vite que possible par décret-lois, suivies d’une ratification du Parlement d’ici fin septembre 2011. Une réforme constitutionnelle visant à durcir la législation fiscale serait également appropriée.

3. Nous encourageons aussi le gouvernement à prendre immédiatement des mesures pour assurer une vaste réforme de l’administration publique afin d’améliorer l’efficacité administrative et la bienveillance à l’égard des entreprises. Dans les services publics, l’utilisation d’indicateurs de performance devrait être systématique (en particulier dans la santé, l’éducation et le système judiciaire). Il est nécessaire de s’engager fermement en faveur de l’abolition ou de la consolidation de certains niveaux administratifs intermédiaires (comme les provinces). Les actions visant à réaliser des économies d’échelle dans les services publics locaux devraient être renforcées.

Nous espérons que le gouvernement prendra toutes les mesures appropriées.

Mario Draghi, Jean-Claude Trichet

 ___________________________________

Texte et traduction Coralie Schaub et Sabine Syfuss-Arnaud, journalistes au service étranger de Challenges

source: http://www.challenges.fr/actualite/economie/20110929.CHA4869/l-incroyable-diktat-de-trichet-a-berlusconi.html


205 – de bonnes questions…

13 septembre 2011

Ce ne sont pas les seules, mais nous pourrions déjà essayer de répondre à celles posées ici par Chris06

Mais avant de commencer à débattre, quelles sont les questions que nous devons nous poser?

- parler d’une vision commune pour l’Europe a t’il un sens? Partageons nous des choses en commun?
- y a t’il des questions et des problèmes fondamentaux auxquels nous devons réfléchir et répondre collectivement, dans l’intérêt commun des européens?
- quel projet politique pour l’Europe voulons nous? Avons nous vraiment le choix? Si oui, quels sont ils?

… il y en a surement beaucoup d’autres: je vous laisse les poser…


203 – Jorion n’a toujours pas compris Schumpeter

1 septembre 2011

A la suite d’un article du 7 juillet sur le blog de Paul Jorion, « UN DIGNE DISCIPLE DE SCHUMPETER » ( article au demeurant sans aucun intérêt si ce n’est d’avoir initié ce débat )   une série de commentaires, qui eux sont dignes d’intérêt, on démontrés l’incompréhension totale des écrits de Schumpeter par Jorion et consorts (qui ne savent qu’essayer – en insistant lourdement à presque chaque intervention – de faire acheter quelques exemplaires de ses livres) .

J’ai supprimé un certain nombre de commentaires qui étaient totalement hors sujet.

___________________________

Jorion écrit dans ce billet…:

Si vous avez lu l’un de mes livres intitulé L’argent mode d’emploi publié en 2009 chez Fayard, ou si vous avez lu, ici-même, les discussions qui ont précédé la rédaction du livre, et en particulier un billet dont le titre était : Schumpeter et « les crédits qui créent les dépôts » vous vous souviendrez que j’expliquais d’où vient le paradoxe qui n’en est pas un (on découvre à l’autopsie qu’il s’agit d’une simple erreur) selon lequel : « Ce ne sont pas les dépôts qui créent les crédits mais les crédits qui créent les dépôts ».

Ce faux paradoxe est une implication du principe inventé par Joseph Schumpeter, que le volume de la richesse se calcule en additionnant à l’argent sonnant et trébuchant, le montant total des reconnaissances de dette en circulation. Je m’étais amusé à décomposer le raisonnement (défiant toute logique) que proposait Schumpeter (pages 170 à 177 de mon livre) pour justifier sa proposition – proposition dont nous payons en ce moment les conséquences.

[la suite du billet de Jorion est sans intérêt et n'a plus de rapport avec Schumpeter; elle n'est pas retranscrite ici]

Voici donc les commentaires

chris06

7 juillet 2011 à 16:08

@Paul Jorion,

le paradoxe qui n’en est pas un (on découvre à l’autopsie qu’il s’agit d’une simple erreur) selon lequel : « Ce ne sont pas les dépôts qui créent les crédits mais les crédits qui créent les dépôts

Il ne s’agit pas d’un paradoxe puisque c’est la réalité. Et il existe suffisamment de preuves empiriques qui le démontrent.

Aussi, j’ai du mal à comprendre comment ceci pourrait être une conclusion de Schumpeter alors qu’il s’agit au contraire d’une conclusion de l’école post keynesienne des circuitistes (Augusto Graziani 1989) qui n’a rien en commun avec Schumpeter?

Ce faux paradoxe est une implication du principe inventé par Joseph Schumpeter, que le volume de la richesse se calcule en additionnant à l’argent sonnant et trébuchant, le montant total des reconnaissances de dette en circulation. Je m’étais amusé à décomposer le raisonnement (défiant toute logique) que proposait Schumpeter (pages 170 à 177 de mon livre) pour justifier sa proposition

C’est effectivement complètement illogique, mais je ne voit aucun rapport entre cela et l’interprétation circuitiste de la création monétaire (les crédits créent les dépôts et non le contraire).
Aussi, etes vous certain d’avoir bien compris ce qu’écrivait Schumpeter?

Paul Jorion

7 juillet 2011 à 16:45

chris06, comme chacun le sait ici, vous vous êtes fait une spécialité sur le blog d’être le défenseur inébranlable et apparemment de bonne foi de toutes les idées du monde qui ont déjà été réfutées, certaines récemment et certaines depuis très longtemps. Je respecte ce rôle, et je vois quelques personnes faire leur apprentissage de l’argumentation en vous affrontant, ce qui est très bien, mais personnellement, et comme on dit à la canasta ou au whist : « Je passe ».

chris06

7 juillet 2011 à 18:16

« les crédits créent les dépôts et non le contraire » a déjà été réfuté? et depuis très longtemps? Par qui et quand?
A moins, bien sûr, que vous ne considériez que tout ce que vous publiez sur ce blog et dans vos livres constitue l’ultime et unique réfutation valide et sans appel?

Aussi, où avez vous lu que Schumpeter avait inventé ce principe complètement bidon comme quoi le volume de la richesse était égal à la somme de l’argent et des reconnaissances de dettes?

Paul Jorion

7 juillet 2011 à 18:53

Ecoutez, lisez mon livre et revenez-moi. Si vous êtes un adversaire farouche de la lecture de livres, ou de la relecture de billets publiés ici précédemment, voire même un ennemi des démonstrations (il y en a ici, parmi les lecteurs du blog, même militants de toutes ces bonnes causes), signalez-le nous. On saura à quoi s’en tenir.

Alain A

7 juillet 2011 à 17:56

Chris 06
Cela vous aiderait peut-être à revenir aux notions physiques de base que sont les quantités et les flux. Les crédits sont des flux d’argent et si on les fait tourner vite et souvent, on peut multiplier les sommes dues par des nombres impressionnants. Mais la quantité de monnaie fiduciaire qui est celle de départ (et qui devrait représenter la richesse matérielle réelle et à venir, disons, sur l’année) n’a pourtant pas varié…

Vincent

7 juillet 2011 à 19:51

@Alain A
Donc la banque Centrale, qui chaque mois fait les statistiques de la quantité de monnaie dans les Dépôts à Vue (les comptes bancaires) serait incapable de faire une simple addition et confondrait flux et stocks ?

Alain A

7 juillet 2011 à 23:24

Vincent
Il me semble que la monnaie sur les DAV doit bien être comptabilisée puisque c’est seulement un moyen par lequel vous mettez votre bel argent à l’abri, à la banque. Mais à partir du moment où la banque va prêter cet argent à d’autres, c’est une manière de faire tourner le même argent en créant des dettes dont le remboursement est plus ou moins aléatoire.

Vincent

8 juillet 2011 à 07:59

@Alain A
Mis à part que les banques ne prêtent pas les DAV (mais c’est un autre débat) il est tout à fait exact comme vous le dites que c’est la monnaie des DAV qui est comptabilisée en fin de mois pour donner le stock de M1 scriptural des statistiques de la BdF ou de la BCE.
Même si c’était le cas et que cet argent en M1 soit prêté (ce que je nie) , il est dans un compte ou dans un autre, pas dans deux en même temps; il n’est donc pas comptabilisé plusieurs fois.
C’est différent de l’épargne (M2 ou M3): la banque reprête cette monnaie qui se retrouve en M1, alors que le déposant considère qu’il les détient toujours; on peut donc dire qu’effectivement l’épargne est comptabilisée 2 fois; mais justement ce n’est plus de la monnaie mais de l’épargne.

chris06

8 juillet 2011 à 12:31

@Alain A,

je sait bien que la quantité de monnaie fiduciaire n’a aucun rapport avec le volume total de crédit. Là n’était pas mon propos:

Paul Jorion affirme que l’idée selon laquelle « Ce ne sont pas les dépôts qui créent les crédits mais les crédits qui créent les dépôts » est une erreur et qu’elle a été refutée depuis un certain temps sur ce blog.

J’affirme que c’est faux, car il existe de nombreuses preuves empiriques qui démontrent que cette idée est bien correcte. Preuves empiriques qui sont particulièrement détaillées dans l’article de Steve Keen dont j’ai produit le lien dans mon commentaire.

Mais comme je me doute que personne n’aura daigné cliquer sur ce lien pour vérifier ce que j’avance ici puisque apparemment ce qui a déjà été réfuté sur ce blog est sans appel. Même quand il existe des preuves empiriques du contraire.

Maintenant, une question pour vous : pourquoi voudriez vous que la quantité de monnaie fiduciaire représente  » la richesse matérielle réelle et à venir, disons, sur l’année »?

Julien Alexandre

8 juillet 2011 à 13:25

Il n’existe pas de preuves empiriques du contraire, juste des preuves que des auteurs, parfois fameux, n’ont pas compris ce dont ils parlaient.

chris06

8 juillet 2011 à 14:20

@Julien Alexandre,

si, elles existent vraiment :

[Kyle and Prescott]‘s empirical conclusion was just the opposite: rather than fiat money being created first and credit money following with a lag, the sequence was reversed: credit money was created first, and fiat money was then created about a year later:
“There is no evidence that either the monetary base or M1 leads the cycle, although some economists still believe this monetary myth. Both the monetary base and M1 series are generally procyclical and, if anything, the monetary base lags the cycle slightly. (p. 11)
The difference in the behavior of M1 and M2 suggests that the difference of these aggregates (M2 minus M1) should be considered… The difference of M2 – M1 leads the cycle by even more than M2, with the lead being about three quarters.” (p. 12)
Thus rather than credit money being created with a lag after government money, the data shows that credit money is created first, up to a year before there are changes in base money. This contradicts the money multiplier model of how credit and debt are created: rather than fiat money being needed to “seed” the credit creation process, credit is created first and then after that, base money changes.

Si vous cherchiez tout d’abord à lire et comprendre l’article que je vous ai suggéré, et ensuite à le démonter vraiment (si vous y arrivez), mais non, vous vous contentez de l’ignorer avec un simple « se sont des auteurs qui ne comprennent pas se dont ils parlent ».

Julien Alexandre

8 juillet 2011 à 15:08

A la lumière de cette superbe « preuve empirique » qui a été démontée x fois dans les 16.000 pages de débat que vous clamez avoir lues (ce qui n’est certainement pas le cas, sinon vous n’en seriez pas à nous sortir cette idiotie de « crédits font les dépôts »), je maintiens, après avoir compris cette brillante idée qu’un enfant de CP (clin d’oeil à Johannes ) comprendrait, que l’auteur ne comprend pas ce dont il parle. Quant à vous expliquer pourquoi, vous avez 2 choix :

1/ Vous lisez « L’argent, mode d’emploi »
2/ Vous relisez les 16.000 pages de débat sur le sujet, où j’ai fournies d’innombrables explications, ainsi que d’autres comme Shiva, Moi, etc. et bien entendu Paul, sur les raisons qui empêchent ces auteurs de comprendre ce qu’ils prétendent expliquer avec des raccourcis simplistes. Vous trouverez si le cœur vous en dit des descriptions précises du fonctionnement du circuit monétaire (sans simplisme et sans raccourci) et même des tentatives de modélisation.

Quand vous aurez fait l’un ou l’autre, on en reparle. Vous ne vous attendez tout de même pas à ce que l’on refasse tout le boulot juste pour vos beaux yeux Chris06, si ? En attendant, le débat est donc clos.

lisztfr

7 juillet 2011 à 16:31

Les crédits créent bien les dépôts, mais ceux-ci ne créent pas l’investissement !

Depuis Franklin on sait

http://www.brainyquote.com/quotes/authors/f/franklin_d_roosevelt.html

Enfin c’est lui qui a mis en exergue l’importance du crédit, du leveraging comme on dit, à savoir qu’avec 20 cents on peut disposer de 100 $ pendant X temps… si je retrouvais la citation.

Nos chers amis qui savent tous à droite, sont incapables de sauver ce système qu’ils comprennent pourtant si bien et si à fond.

Hadrien

7 juillet 2011 à 16:37

Dans ce billet qui fustige à nouveau Schumpeter et « les crédits qui créent les dépôts », on semble continuer de faire comme si, lorsqu’on achète une voiture ou un appartement avec un crédit sur la durée X, le vendeur range soigneusement sa recette dans des comptes dont il ne la ressort qu’une fois la dette épongée par le client auprès de son banquier.
Or, elle vient bel et bien alimenter les dépôts du vendeur qui s’empresse généralement de l’ investir ailleurs, quand il ne s’en sert pas comme garantie d’un nouveau prêt pour étendre ses activités, etc. D’où les effets immédiats du crédit sur la croissance, dont Marx faisait lui-même une des recettes du capitalisme.
Ne pas confondre l’équilibre au présent et l’anticipation dynamique: si le statut des banques leur permet et même leur assigne de récupérer leurs prêts, avec intérêt, au terme souvent de plusieurs années, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une avance à l’instant t au regard de l’économie existante. Ce n’est pas pour rien que la Banque de France parle elle-même de « création monétaire » pour le circuit du crédit (j’avais, en temps utile, affiché ici même les textes à ce sujet relatifs au concours d’entrée à la Banque de France).

Paul Jorion

7 juillet 2011 à 16:56

L’argent mode d’emploi (Fayard 2009), un livre à la rédaction duquel ont participé de nombreux commentateurs du blog. Quand vous l’aurez lu vous vous écrierez : « Mais… bon sang… bien sûr ! »

P.S. : Tout particulièrement recommandé à chris06 .

chris06

7 juillet 2011 à 19:00

Y découvrirais je autre chose que le contenu des billets (et des débats dans les commentaires) publiés sur ce blog dans la catégorie « monnaie » en 2009?
Parce que cela, je l’ai déjà lu. Ma conclusion n’est pas, loin s’en faut, « mais… bon sang…bien sûr! »

Et il suffit de lire quelques uns de ces billets de 2009 consacrés à ce sujet pour se rendre compte que vos idées à ce sujet étaient loin de générer l’unanimité des commentaires. Et parmi ceux qui n’étaient pas d’accord avec vos idées il y avait des arguments très détaillés et parfaitement raisonnés. Mais je suppose que ceux là n’apparaissent pas dans « l’argent mode d’emploi »?

Julien Alexandre

7 juillet 2011 à 19:08

Chris06, vous avez lu les 16.000 pages du débat qui s’est tenu sur ce blog ? Non, parce que « les arguments très détaillés et parfaitement raisonnés », je les ai démontés un par un : des erreurs de compréhension, des raccourcis sémantiques, de la truanderie intellectuelle pure et simple parfois. Comme Paul l’a dit, au bout d’un moment, ils n’y a plus que les mêmes qui ressassent inlassablement les mêmes arguties. Non pas parce qu’ils y croient mais parce qu’ils ont quelque chose à vendre. Enfin, il y en a bien sûr une poignée qui ne comprennent tous simplement pas. Ceux là, si après la lecture de « L’argent, mode d’emploi », ils ne saisissent pas, c’est que l’on ne peut rien faire pour eux.

Vous ne relancerez pas un débat stérile ici, pour le plaisir de porter la contradiction. Ce message n’appelle pas de réponse de votre part.

schizosophie

8 juillet 2011 à 09:46

Serpent de mer de ce blog. Déjà novembre 2008, des ballons et des ballons en papiers, sa vertu pédagogique… ce qui n’empêche pas l’expression de divergences à propos d’autre chose que le compute (eng), et ce qui même en facilite l’expression sans s’adonner au comput (lat.).

sentier198

8 juillet 2011 à 10:44

@ schizospohie

dans ce post Jorion dit :  » il suffit de combiner les faits et la logique pour parvenir au bon résultat » :
c’est une monumentale erreur !!!!
il devrait dire  » ma logique » , s’il était rigoureux.
la faille est là pour nombreux que de considérer qu’il n’existe qu’une logique. .
mais là on aborde une autre champ , radicalement éloigné du problème de la monnaie et tabou sur ce blog.

c’est le langage (Logos..logique..) qui structure .(d’où ce sentiment de ratio ,de cohérence mentale , d’être logique , de ne pas être fou , quoi!)…mais l’effet de structure n’est qu’une interprétation du réel par ce langage , qui a donc lui-même ses limites à décrire ce réel.
donc , s’en méfier comme la peste de cette impression d’étre logique

? suis-je logique ? à votre avis ?

Paul Jorion

8 juillet 2011 à 11:01

Si vous étiez logique, vous liriez un ouvrage intitulé Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard 2009), on y trouve un bon exposé sur ce qu’est la logique et son histoire, sur ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas. Cela vous permettrait d’affiner votre argumentation.

sentier198

8 juillet 2011 à 12:20

@ P.Jorion

votre réponse confirme « logiquement » ma remarque , réponse qui me fait dire , qu’en dehors de votre logos , surement détaillé dans votre ouvrage , il n’est point d’autre salut.
quelle place faites-vous à l’autre ?
par ailleurs , contrairement à vous , semble-t-il , je ne tiens pas à être logique au point de décider de ce que doit faire l’autre (acheter votre bouquin , par exemple ?) ,ce que je considère d’une grande violence donc à l’écart de ma démarche éthique.
j’en reste donc là , pour ne pas revenir à notre différent de l’été 2009.

cf : http://www.pauljorion.com/blog/?p=3932
pour lequel je n’ai jamais eu le moindre « droit de réponse »

Paul Jorion

8 juillet 2011 à 13:18

A c’est vous. Cela fait donc longtemps que vous tempêtez : vous êtes fâché avec tout, avec la logique, la lecture, et ainsi de suite.

Julien Alexandre

8 juillet 2011 à 13:23

Sage décision. La conciliation entre deux groupes, l’un affirmant que 2+2=4 et l’autre que 2+2=5, n’est certainement pas une mince affaire. Il y a certainement des choses plus utiles à faire.

Vincent

7 juillet 2011 à 17:28

Une toute petite erreur de Paul Jorion (ca arrive à tout le monde de faire des erreurs) p.173 de « L’argent mode d’emploi »
Citation de Schumpeter et entre [ ] observation de Paul :
«billets de banque [sic, il s’agit probablement d’une erreur de traduction, le contexte suggère qu’il s’agit de ‘monnaie bancaire’] et dépôts en banque font en tout point ce que fait la monnaie, partant ils sont de la monnaie »…. »

Dans l’édition anglaise, Schumpeter parle bien de billets de banques : page 305 : « Bank notes and checking deposits eminently do what money does; hence they are money. »

… bank notes = billets de banque.

Paul Jorion

7 juillet 2011 à 18:42

Eh non ! Ne pas confondre « banknotes » = billets de banques et « bank notes ».

Ne t’inquiète pas Vincent : ça arrive à tout le monde de faire des erreurs !

Vincent

7 juillet 2011 à 20:09

Ah, je ne connaissais pas la différence.
Comment traduisez-vous  » bank notes « ?
Merci d’avance de la précision.

[Postjorion : On peut noter ici que Jorion ne répondra jamais franchement à cette question]

schizosophie

7 juillet 2011 à 21:01

banknotes or bank notes ?, that is the…

chris06

8 juillet 2011 à 00:19

Il n’y a pas de différence entre « bank note » et « banknote ». Les deux orthographes sont correctes et signifient la même chose : billet de banque

Comme l’indique d’ailleurs l’article mentionné par Schizosophie

@ando,

« billet à ordre » en anglais se dit « promissory note »

a bank note (or banknote) is a promissory note issued by a bank that can be used as money
un billet de banque est un billet à ordre émis par une banque qui peut être utilisé comme monnaie

La banque qui émet les billets de banque peut être la banque centrale ou, comme par exemple en écosse ou à hong Kong aujourd’hui ou aux USA il y a plus d’un siècle, des banques privées.

Quand schumpeter parle de bank note il parle bien de « billet de banque ».

chris06

8 juillet 2011 à 10:51

@Ando,

« certificat de dépôt » en anglais se dit « certificate of deposit »
« reconnaissance de dette » en anglais se dit « IOU »

« bank note » ne veut pas dire « IOU » et un « certificate of deposit » n’est pas un « bank note »

« bank note » signifie tout simplement:
bank = banque
note = billet
bank note = billet de banque

Ando

14 juillet 2011 à 11:53

@Chris06

Vous jouez sur les termes et semblez avoir une difficulté avec le mot « billet ». http://fr.wiktionary.org/wiki/billet. En contrepartie d’un dépôt (disons du bon argent sonnant et trébuchant) la banque émet certes un « billet » (comme le débiteur particulier remet le « billet » à ordre qu’il créé à son créancier) mais il ne s’agit pas d’un « billet de banque », terme réservé à la monnaie banque centrale. Le libellé dit bien le contenu de la chose : les CDN (certificats de dépôt) pour les banques sont des TCN, des titres de créance négociables (billet de trésorerie pour les émetteurs entreprises, etc..). Lorsque l’on vous paie avec une reconnaissance de dette, en vous la transférant (endossement d’une lettre de change par exemple), vous n’êtes en réalité pas payé et la dette de votre débiteur n’est pas éteinte. Si vous êtes salarié, le salaire que votre employeur vous verse chaque mois n’est jamais qu’une inscription en compte qui vous donne simplement le droit d’en réclamer le paiement en monnaie banque centrale à votre banque. Lorsque l’on vous paie ce que l’on vous doit avec de la monnaie banque centrale vous êtes payé et la dette du débiteur disparaît. La monnaie banque centrale, « l’argent », est un bien commun et à ce titre elle bénéficie de privilèges uniques et très particuliers. Une chaîne de reconnaissances de dettes se nourrissant les unes les autres n’est pas un bien commun mais une suite de reconnaissances de dette, qui font « office de monnaie » mais ne sont pas de la monnaie. Les considérations pratiques qui, d’une certaine manière, légitiment cette assimilation abusive ne pèsent plus rien lorsqu’en cas de crise vous devez vous résigner à constater que votre reconnaissance de dette n’est pas honorée. Qu’une civilisation ait laissé ainsi se développer cette illusion de richesse n’enlève rien à l’extrême fragilité de cette confusion.

chris06

14 juillet 2011 à 13:01

@ando,

En contrepartie d’un dépôt (disons du bon argent sonnant et trébuchant) la banque émet certes un « billet » (comme le débiteur particulier remet le « billet » à ordre qu’il créé à son créancier) mais il ne s’agit pas d’un « billet de banque », terme réservé à la monnaie banque centrale.

comment appelez vous ceci en français?
Ce n’est pas un billet de banque?

C’est vous qui vous obstinez à vouloir que « bank note » signifie en Anglais autre chose que « banknote ». Les deux signifient exactement la même chose qu’en Français, ie « billet de banque », et ce terme n’est pas « réservé » à la monnaie banque centrale mais à tout billet émis par une banque qui peut être utilisé comme monnaie, comme par exemple le billet de 20 livres de la banque d’écosse (qui n’est pas une banque centrale mais une banque commerciale et privée).

Vincent

14 juillet 2011 à 13:04

On en est toujours à chercher l’éventuelle différence entre « banknote » et « bank note », n’est ce pas?
J’ai feuilleté tous les dicos anglais que j’ai pu trouver, et je n’ai vu aucune différence : les deux signifient la même chose « billet de banque centrale »

Paul Jorion

14 juillet 2011 à 13:20

Si Schumpeter avait voulu dire « banknote », il aurait écrit « banknote ». Je ne suis pas spécialement aimable à l’égard de Schumpeter mais de là à supposer (comme plusieurs d’entre vous) qu’il était à ce point stupide qu’il aurait écrit (comme vous essayez de le lui faire dire) : « Les billets de banque (…) font en tout point ce que fait la monnaie, partant, ils sont de la monnaie » (p. 446).

Schumpeter essayant de prouver que les billets de banque sont bien de la monnaie ! Franchement, avec des amis comme vous, il n’a pas besoin d’ennemis comme moi !

chris06

14 juillet 2011 à 14:01

@Paul Jorion,

Schumpeter essayant de prouver que les billets de banque sont bien de la monnaie !

Encore un raccourci de votre part?

Bank notes and checking deposits eminently do what money does; hence they are money

Schumpeter ne cherche pas « a prouver que les billets de banque sont bien de la monnaie », sinon il aurait écrit « bank notes do what money does, hence they are money », ce qui serait bien stupide.

Schumpeter écrit tout simplement que les billets de banque et les dépôts font en tous points la même chose, ce que fait la monnaie, donc ils sont tous deux monnaie.

Le but n’est pas de dire que les billets de banque sont de la monnaie, ce qui serait stupide, mais de dire que les dépôts sont tout aussi monnaie que les billets de banque le sont.

Julien Alexandre

14 juillet 2011 à 14:27

Le but n’est pas de dire que les billets de banque sont de la monnaie, ce qui serait stupide, mais de dire que les dépôts sont tout aussi monnaie que les billets de banque le sont.

Ce qui est précisément faux, une reconnaissance de dette (un dépôt), ce n’est pas de la monnaie. C’est faussement assimilé à de la monnaie quand tout va bien. Cela cesse de l’être lorsque tout va mal (la banque commerciale fait faillite ==> il n’y a plus de dépôt, donc plus de monnaie, alors que le billet de banque vaut lui toujours la même chose)

Vincent

14 juillet 2011 à 14:18

J’ai dit que j’arrêtais cette discussion qui ne mène à rien… mais lisez donc (ou relisez) « Théorie de la monnaie et de la banque » (éd l’Harmattan – 2008), tome 2 « Théorie appliquée », à partir de la page 211.

Ce que vous citez « Les billets de banque (…) font en tout point ce que fait la monnaie, partant, ils sont de la monnaie » (p. 446)., est sorti de son contexte , il s’insère dans l’explication suivante :
 » il arrive que certaines classes de lettres de change servent de moyens de paiement; en ce cas, selon cette manière de voir, elles sont de la monnaie et font partie de l’offre sur le marché monétaire. Billets de banque et dépôts en banque font en tout point ce que fait la monnaie; partant, ils sont de la monnaie. Ainsi, les instruments de crédit, ou certains d’entre eux, s’ingèrent dans le système monétaire; et, de plus, la monnaie à son tour n’est qu’un instrument de crédit, un droit qu’on fait valoir sur le seul moyen de paiement qui soit définitif: le bien de consommation. »

Vincent

14 juillet 2011 à 15:08

@Julien Alexandre
Les dépôts sont garantis à 100000 € par compte.

Mais vous avez raison, au dessus de ce montant, la garantie n’existe plus. De toute façon, toute la monnaie (y compris la monnaie de crédit bancaire scripturale) est une monnaie de confiance : aussi bien les billets de banque (monnaie dite fiduciaire) que la monnaie de banques commerciales, et la monnaie est bien une dette (un engagement) de banque qui circule entre nous (la banque garanti de pouvoir fournir de la monnaie fiduciaire)

Néanmoins, on peut avoir un peu plus confiance dans la monnaie Banque Centrale (qu’elle soit sous forme « papier » ou sous forme électronique) que dans la monnaie banques commerciales (qui, comme vous le signalez très justement peuvent faire faillite) : c’est pourquoi certain, depuis Fisher, réclament le « 100% money »

J’ai bien compris l’argumentation de Paul Jorion qui considère que la monnaie émise par les banques commerciales est moins « fiable » que « l’argent » .. et je suis d’accord avec lui sur ce point.

chris06

14 juillet 2011 à 15:23

@julien alexandre,

Ce qui est précisément faux

C’est pas de cela qu’on discute sur ce fil qui part du commentaire de vincent.
Relisez le fil : qu’est ce qu’a voulu dire Schumpeter? Et non pas Schumpeter avait il tort ou raison?

Je vous donnerai mon opinion après avoir fini de lire l’Argent Mode D’emploi. ok?

Julien Alexandre

14 juillet 2011 à 17:02

Si vous pensez sincèrement que la pierre d’achoppement consiste à comprendre ce qu’à voulu dire Schumpeter, je peux vous faciliter la vie: nous l’avons lu (entièrement, ce qui estes forcément le cas de ceux qui s’acharnent à reprendre tel ou tel extrait pour essayer d’expliquer que nous n’avons rien pigé de ce que Schumpeter a écrit) et parfaitement saisi, merci, donc nul besoin de pseudo explications de texte qui ne servent à rien. Le fond du problème est bien évidemment de savoir si Schumpeter avait raison ou tort – il avait tort. D’ailleurs, je ne saisis pas bien pour le coup quel est l’intérêt de venir donner des leçons de compréhension du sieur si au final, par quelque bout que vous le preniez, son propos, selon votre interprétation ou selon la notre, est toujours simplement faux…

chris06

14 juillet 2011 à 16:25

@Schizosophie,

Vous remarquerez qu’aux quatrième et cinquième paragraphe de l’entrée « bank note » que j’ai signalé lors de mon premier lien ci-dessus apparaissent deux occurrence de « banknote » (« paper money, or banknote »). Chris06 aurait dû le remarquer puisqu’il s’y réfère.

Bien sûr que j’ai remarqué, puisque son auteur inter-change « bank note » et « banknote » a plusieurs reprises dans son texte sans qu’il n’y ait de différence entre ses deux termes:

Over time, governments began issuing bank notes, pieces of paper which could be exchanged for these objects of value. Although the paper itself is physically worthless, it represents value. These certificates were much lighter and more practical to carry around than piles of gold and silver. Small denominations of currency were cast in coins made from less precious metals, so people generally carried around a mixture of bank notes in paper and small coin.

In the United States, the Federal Reserve Bank regulates the amount of currency that is made and distributed by the Bureau of Printing and Engraving. All bank notes in the United States have emblems indicating that they are issued by the Federal Reserve. The values of these bank notes are also clearly printed, and they include security features to reduce the risk of forging. Banknotes from other nations are issued by their respective central banks.

Some people collect historical examples of paper money, or banknotes from other countries because they are objects of interest. This is a branch of numismatics, the study of money, currency, and financial systems. In some cases, a bank note may no longer be considered legal currency, but it may have acquired numismatic value. A Confederate bank note from the American Civil War, for example, is not technically money, but is has monetary value because it is an object of interest. People may also establish collections of antique coins in addition to paper money.

Un bank note ou un banknote est un billet de banque, dans les deux cas et comme en français, il s’agit d’un bout de papier qui peut être échangé contre un bien ou un service directement, comme monnaie, sans avoir à le convertir au préalable en un autre billet de banque.

Ce qui se passe c’est que dans la plupart des pays, un bank note ou banknote ou billet de banque est forcément émis par une banque centrale. Mais il y a encore quelques cas, par exemple en Ecosse ou à Hong Kong où les billets de banque (c’est bien comme cela que l’on appelle cela en Français) sont émis par des banques commerciales. Vous noterez bien qu’en Anglais, l’orthographe banknote ou bank note est utilisée, qu’il s’agisse d’un billet de banque émis par une banque centrale ou un billet de banque émis par une banque commerciale.

Un bank note ou banknote ou billet de banque n’est pas une simple reconnaissance de dette de votre banque envers vous (eg votre relevé bancaire) puisque vous ne pouvez pas échanger ce dernier bout de papier contre un bien ou un service directement.

chris06

14 juillet 2011 à 20:12

@Schizosophie,

C’est votre lecture qui est confuse. Voici une illustration de ce par quoi vous prolongez la confusion.

En quoi ces illustrations représentent elles des « bank notes »?

« bank note » = « banknote » = « billet de banque » = bout de papier émis par une banque utilisé par le porteur comme moyen de paiement immédiat en échange d’un bien ou d’un service

Qu’est ce qui vous porte à confondre ceci avec un emprunt panama? Fût il émis par une banque? Non. Fût il un moyen de paiement immédiat? Non

A Confederate bank note from the American Civil War, for example, is not technically money, but is has monetary value because it is an object of interest Nul n’est jamais allé chez un épicier avec une image pareille, mais ce qu’elle ne vaut plus par convention monétaire cherche à se faire valoir sur un autre marché, assimilé parfois au marché de l’art.

Ben évidemment, un billet de banque de l’époque de la guerre civile américaine ne peut plus être utilisé comme monnaie aujourd’hui!

Quand Schumpeter écrit:

Bank notes and checking deposits eminently do what money does; hence they are money
Il ne parle bien entendu pas des « bank notes » (billets de banque) de l’époque de la confédération qui ont depuis longtemps perdu cette fonction de monnaie, mais des billets de banque qui ont cette fonction au moment où il écrit.

Il n’empêche que quand il écrit « bank notes », il parle bien de « billets de banque », et pas d’emprunts panama ou je ne sais quoi d’autre qui vous vient à l’esprit.

Paul Jorion

14 juillet 2011 à 20:40

Bravo chris06, vous avez réussi à nous convaincre : bank notes = banknotes = billets de banque ! Votre persistance a fini par l’emporter.

Il ne reste plus qu’une seule chose à éclaircir : quand Schumpeter affirme que des billets de banque constituent bien de la monnaie, qui sont ses adversaires théoriques ? Qui sont donc ces irréductibles à qui il s’agit de prouver que des billets de banque sont bien de la monnaie ?

Rosebud1871

15 juillet 2011 à 01:46

Au marché du sens, on peut consulter ces billets

http://www.languefrancaise.net/forum/viewtopic.php?id=5474

http://www.cnrtl.fr/etymologie/bank-note

Si le codage typographique anglophone fonctionne à l’identique du français de France, le trait d’union de l’article de 1937 du Royal english dictionnary indique le mot composé. Au coup d’œil par tranches d’un siècle de ce que Google Books propose, l’orthographe avec trait d’union semble la plus ancienne, le trait d’union disparait, puis l’espace.
À l’oreille bank-note, bank note et banknote fonctionnent à l’identique et c’est le contexte je suppose qui permet de différencier le sens. C’est la lecture de P. Jorion de la phrase de Schumpeter « Les billets de banque (…) font en tout point ce que fait la monnaie, partant, ils sont de la monnaie » (p. 446).
Comme il mort avant 1973 et le largage du signe monétaire référé à la relique barbare, je ne lis rien d’étonnant dans la traduction française de Jorion, à ce qu’un billet de banque soit de la monnaie. Ça me semble le même point que celui où Keynes tienne à ce que son Bancor comprenne de l’or..dans son nom.
Le fait qu’on dénomme de la même façon deux objets voisins est un piège homo-phono-grapho- syno-nymique. Normal de tomber dedans.
bill (1)
« written statement, » mid-14c., from Anglo-L. billa « list, » from M.L. bulla « decree, seal, sealed document, » in classical L. « bubble, boss, stud, amulet for the neck » (hence « seal; » see bull (2)). Sense of « account, invoice » first recorded c.1400; that of « order to pay » (technically bill of exchange) is from 1570s; that of « paper money » is from 1660s. Meaning « draft of an act of Parliament » is from 1510s. The verb meaning « to send someone a bill of charge » is from 1867. Related: Billed; billing.
bull (2)
« papal edict, » c.1300, from L. bulla « sealed document » (cf. O.Fr. bulle, It. bulla), originally the word for the seal itself, from bulla « round swelling, knob, » said ultimately to be from Gaulish, from PIE *beu-, a base supposed to have formed words associated with swelling (cf. Lith. bule « buttocks, » M.Du. puyl « bag »).

Julien Alexandre

15 juillet 2011 à 15:04

@ Chris 06

Continuez à creuser votre propre trou, vous allez bientôt trouver du pétrole

chris06

15 juillet 2011 à 17:39

@Schizosophie,

Voyons l’usage chez Schumpeter. Schumpeter affirme que les reconnaissances de dettes font ce que fait la monnaie et donc qu’elles sont de la monnaie. Voici l’assimilation.

Ce n’est pas que Schumpeter affirme, c’est vous qui faites la confusion.

Relisez bien le paragraphe correspondant ici, p.305, depuis « the only answer to the question… » jusqu’à « the consumer’s good ».

Schumpeter n’affirme pas que toutes les reconnaissance de dettes sont de la monnaie mais seulement celles qui ont cette fonction essentielle de la monnaie, c’est à dire de pouvoir servir comme moyen de paiement immédiat en échange d’un bien ou un service, sans avoir à le convertir auparavant en monnaie au cours légal.

« … this is a strong reason for calling money what purports to be a claim to legal money, provided it does serve as a means of paiement »

Pour Schumpeter, il faut deux conditions pour pouvoir justifier l’appellation de monnaie (autre que la monnaie ayant cours légal bien évidemment):
1. la possibilité de l’échanger contre de la monnaie ayant cours légal.
2. qu’elle puisse être utilisée comme moyen de paiement en échange d’un bien ou service sans avoir à la convertir auparavant en monnaie ayant cours légal, autrement dit, qu’elle soit acceptée comme moyen de paiement immédiat par les acteurs économiques

Donc pour Schumpeter la monnaie est constituée de tous les billets de banque, qu’ils aient cours légal ou non et du moment qu’ils sont acceptés comme moyens de paiement (ce qui est par exemple le cas des billets de la banque d’écosse) ainsi que les dépôts en banque (qui eux aussi peuvent servir de moyen de paiement sans avoir à les convertir auparavant en monnaie au cours légal en utilisant les différentes formes de paiement mises à disposition des titulaires de ces comptes, cartes de crédit, chèques, virements).

Vous ne pouvez pas payer votre plein d’essence avec un emprunt russe mais vous pouvez le faire avec un billet de banque du moment qu’il est accepté par votre pompiste (en écosse n’importe quel pompiste acceptera un billet de vingt livres de la banque d’écosse même s’il n’a pas le cours légal) ainsi qu’avec un chèque ou une carte de crédit associé à votre compte du moment qu’il est accepté par votre pompiste. La transaction sera faite immédiatement du moment que votre pompiste a accepté ce moyen de paiement et vous a laissé partir avec le plein dans votre réservoir.

Je sais bien que la position de Schumpeter n’est pas la position du blog (vous considérez monnaie la seule qui ait cours légal puisque les autres moyens de paiement présentent un risque, je ne discute pas ici de savoir si la position du blog a plus de mérite que celle de Schumpeter puisque je suis encore en train de lire l’argent mode d’emploi et que je ne donnerait mon opinion sur cette question qu’après avoir fini de le lire et d’y avoir mûrement réfléchi) mais cela ne vous donne pas le droit de modifier les propos de Schumpeter pour donner l’impression qu’il dit autre chose qu’il dit réellement.

chris06

14 juillet 2011 à 17:25

@ando,

je me demande bien comment vous traduiriez la première phrase en français:

In most countries of the world the issue of banknotes is handled exclusively by a single central bank or government, but in the United Kingdom seven retail banks have the right to print their own banknotes in addition to the Bank of England

De toutes façons, cela ne change rien à la discussion, bank note ou banknote sont, en anglais, utilisés pour signifier billet de banque, c’est à dire un bout de papier qui peut être échangé au porteur contre un bien ou un service immédiatement, qu’il soit émit par une banque centrale ou une banque commerciale ou qu’il ait cours légal ou non.

C’est comme cela que l’on utilise ces termes, et c’est comme cela que Schumpeter l’a utilisé.

Ando

15 juillet 2011 à 11:19

C’est un exemple où la confusion dans les termes créé une confusion dans le sens. Il est plus simple d’écrire « billet de banque » qu’écrire « billet de banque centrale ». Ce raccourci crée une confusion avec le « billet » (bank note) émis par une banque commerciale quand c’est le cas.

Ce qui pose problème dans l’affirmation de Schumpeter: « Les billets de banque (…) font en tout point ce que fait la monnaie, partant, ils sont de la monnaie » c’est la conjonction « partant ». Elle est ici malhonnête car manipulatoire, et en réalité assez grossière (les chats aiment le lait, les enfants aiment le lait, « partant » les chats sont des enfants). Les billets émis par les banques commerciales dans le pays de Schumpeter peuvent faire ce que font la monnaie parce que, à la première demande du porteur du billet ainsi émis, ce billet lui sera échangé contre de la monnaie (banque centrale). A défaut d’avoir cette assurance, ces billets émis par la banque commerciale n’ont aucune possibilité d’entrer dans le circuit économique. Les acteurs de ce jeu n’acceptent de solder leurs positions réciproques avec des reconnaissances de dette qu’à la seule condition d’avoir la certitude que celles-ci soient à tout moment et sur demande dénouées par de la monnaie banque centrale. En pratique, cette conversion n’est jamais testée à l’échelle des grandeurs considérées, mais il est crucial qu’elle soit possible.

chris06

15 juillet 2011 à 12:55

@ando,

(les chats aiment le lait, les enfants aiment le lait, « partant » les chats sont des enfants)

si Schumpeter avait écrit une affirmation aussi grossière, il ne serait même pas nécessaire d’en parler!

« Les billets de banque et les dépôts en banque font en tout point ce que fait la monnaie, partant, ils sont de la monnaie »
L’équivalent serait plutôt :

Les chats et les enfants font en tout point ce que font les mammifères (c’est à dire boire le lait de leur mère), partant ils sont des mammifères.

Les billets émis par les banques commerciales dans le pays de Schumpeter peuvent faire ce que font la monnaie parce que, à la première demande du porteur du billet ainsi émis, ce billet lui sera échangé contre de la monnaie (banque centrale).

Pas uniquement, sinon Schumpeter incluerait les emprunts russes et n’importe qu’elle autre créance dans la monnaie puisque eux aussi peuvent être échangés contre de la monnaie. Mais ce n’est pas ce qu’il dit :

… this is a strong reason for calling money what purports to be a claim to legal money, provided it does serve as a means of paiement

Pour Schumpeter, il faut deux conditions pour pouvoir justifier l’appellation de monnaie:
1. la possibilité de l’échanger contre de la monnaie ayant cours légal.
2. qu’elle puisse être utilisée comme moyen de paiement en échange d’un bien ou service sans avoir à la convertir auparavant en monnaie ayant cours légal, autrement dit, qu’elle soit acceptée comme moyen de paiement immédiat par les acteurs économiques

Comme vous le remarquez justement, il est clair que pour que la condition 2. soit remplie il faut que les acteurs économiques soient confiants que la condition 1. puisse être remplie. Mais la condition 1. seule n’est pas suffisante pour que la condition 2. soit remplie.

Je comprends bien que ce n’est pas la position du blog et je suis en train de lire l’argent mode d’emploi pour essayer de comprendre pourquoi, et pourquoi le blog attache autant d’importance à une définition de la monnaie comme étant la seule ayant cours légal.

Ando

15 juillet 2011 à 17:49

@chris06

L’assimilation des moyens de paiement à la monnaie ne semble pas correcte. La monnaie est un bien créé par la puissance publique pour servir (idéalement) les intérêts de la collectivité. La conservation dans le temps de ses attributs exceptionnels (cours légal, pouvoir libératoire, « valeur » auto-référente, authenticité du signe, etc..) relève exclusivement du pouvoir régalien. C’est cette dimension politique qui confère à la monnaie quelque chose qui ressemble à un prix intrinsèque (le prix d’un billet de banque centrale de 100 euros c’est 100 euros), sans qu’il soit besoin d’un étalon quelconque, or ou argent métal (prix intrinsèque mais non immanent). C’est une convention acceptée par la collectivité, sanctifiée par la nécessité et l’usage et garantie par le monopole de coercition de l’Etat. Simplement une convention, mais cela fait toute la différence. Les moyens de paiement créés par les banques commerciales ou par les particuliers (lettres de change, billets à ordre ou simple reconnaissance de dette griffonnée à la hâte sur un bout de papier) n’ont pas les attributs de la monnaie. Ce sont de simples moyens pratiques permettant de traiter les affaires de manière plus commode. Le formalisme de la création d’une reconnaissance de dette entre deux particuliers est d’ailleurs d’une simplicité sans pareille et personne ne songerait un instant à leur offrir la qualité de monnaie (il est même possible d’établir un chèque sur un rouleau de papier c.., l’expérience a été tentée et faite). Les moyens de paiement semblent emprunter une partie des pouvoirs de la monnaie uniquement parce que, à un moment ou à un autre, il est possible ou il devient nécessaire d’en convertir le montant en monnaie. C’est la possibilité de cette conversion qui fait l’arrière-plan de la légitimité de ces moyens de paiement. Si vous coupez ce lien vous obtiendrez autant de « monnaies » que de transactions et d’individus intéressés à nouer ces transactions, càd que vous faites alors disparaître LA monnaie. La monnaie c’est politique et social, ce n’est pas « économique ». Qu’une reconnaissance de dette serve de moyen de paiement ne suffit pas à en faire de la monnaie. Le simple usage ne suffit pas.

Vincent

15 juillet 2011 à 19:06

@Ando
Les reconnaissances de dettes de banques commerciales sont reconnues comme monnaie par les instances centrales (banques centrales). d’ailleurs « la monnaie  » (celle que nous utilisons chaque jour sous sa forme électronique ou scripturale) est simplement une dette de banque qui circule de main en main, et elle est garantie par la solidité de la banque commerciale (et en dernière instance par fond de garantie bancaire

Julien Alexandre

15 juillet 2011 à 19:44

Vincent, plus vous donnez d’explications (justes au demeurant), plus il devient évident que ce que vous appelez « monnaie » en usant de guillemets n’en est justement pas, ou plutôt ne devrez pas être considérée en tant que telle. Fondamentalement, cela ne change rien au fait que pour financer leurs emplois, les banques commerciales doivent trouver des ressources en monnaie – la vraie.

Vincent

15 juillet 2011 à 20:50

@J.A.
Pour financer leurs emplois les banques commerciales doivent trouver la monnaie centrale correspondant à leurs fuites en celle ci (R.O., demande de billets, soldes éventuels de compensation)… rien de plus!

Julien Alexandre

15 juillet 2011 à 21:19

Vincent

1/ Vous venez de dire la même chose que moi, mais sans le comprendre visiblement. Je répète : les banques commerciales doivent financer en monnaie centrale leurs emplois.

2/ La compensation se fait aujourd’hui via Target 2 en temps réel.

Vincent

16 juillet 2011 à 08:20

@J.A.
Vous n’avez pas l’air de savoir que les fuites bancaires (en monnaie centrale) c’est # 15% de l’ensemble des crédits bancaires et non pas 100%

Julien Alexandre

16 juillet 2011 à 09:44

Vincent, vous allez devoir vous lever très très tôt pour m’apprendre quoi que ce soit sur la monnaie. Les 15 % sont une moyenne, pas une observation de toutes les opérations à tous moments donnés. A chaque réglement compensatoire, retrait, transfert, etc. il se peut que ce soit plus ou moins, aussi aucune banque ne peut se permettre de prendre le pari que ce sera toujours 15 % et ne financer que 15 % de ses emplois.

Vous n’avez visiblement aucune idée de ce dont vous parlez si ce n’est les poncifs habituels que vous êtes allé piocher chez les scandalisés de la (pseudo) création monétaire par les banques commerciales. Le débat ne sera pas relancé inutilement puisque vous n’avez rien à dire qui n’ait fait l’objet d’une contre-argumentation décisive sur ce blog même (n’en déplaise

Je répète donc une dernière fois : chaque banque doit financer ses emplois avec des ressources.

Vincent

16 juillet 2011 à 10:54

@J.A.
Je ne vais pas poursuivre cette discussion, si vous voulez avoir raison, je vous laisse.

Mais vous aurez sans doute du mal à démontrer à qui que ce soit que l’émission des chèques par un titulaire d’un compte crédité lors d’un emprunt dans une banque A à un client d’une banque B entraîne pour cette Banque A un problème de trésorerie : elle perd la monnaie qu’elle a créée au profit de la banque B et va donc devoir se fournir en monnaie centrale pour compenser envers la banque B. Elle se trouve démunie de ressource et par manque de ressources, elle ne pourra pas maintenir son emploi. Il en est de même lorsqu’un banque a besoin de ressources du fait des fuites habituelles (réserves obligatoires et demande de billets de monnaie centrale).

Julien Alexandre

16 juillet 2011 à 11:11

Aucun problème de trésorerie puisqu’il y a au même moment des milliers de transactions dans l’autre sens. Effectivement, il vaut mieux que vous nous laissiez !

Ando

16 juillet 2011 à 11:18

@Chris06

« .. une définition de la monnaie comme étant la seule ayant cours légal  » (et pouvoir libératoire). C’est la loi qui le dit.

chris06

16 juillet 2011 à 13:42

@ando,

C’est la loi qui le dit

Ah oui? Dites moi où la loi définit le terme monnaie comme étant uniquement celle ayant cours légal et consacrée d’un pouvoir libératoire (les billets et pieces en euro)

Art. L122-1 : Les billets ayant cours légal sont émis dans les conditions prévues à l’article L. 141-5.
Art. L112-5 : Pouvoir Libératoire : En cas de paiement en billets et pièces, il appartient au débiteur de faire l’appoint.

C’est bizarre, car le code monétaire et financier indique clairement sous le titre « La monnaie » d’une part la monnaie fiduciaire d’autre part les instruments de la monnaie scripturale…

Otto di Dacte

7 juillet 2011 à 17:37

« Mais… bon sang… bien sûr ! »

… La lecture de mon livre.

Si une personne me dit que je me trompe elle peut se tromper, si dix personnes pensent que je me trompe je dois commencer à réfléchir, si j’ai raison contre la planète entière sauf les lecteurs de mon blog, alors j’ai un problème d’ego.

Que font la Fed ou la BCE quand elles « monétisent » ?

johannes finckh

7 juillet 2011 à 23:47

exact, il s’agit de montants généralement non imprimés mais promis aux banques en cas de besoin … tout cela, bien sûr, sur la base d’un petit rien qui suffit parfaitement, car il s’agit pour les banques centrales simplement de se repérer dans le pouvoir d’achat (+2%/an d’inflation maximum). Tout cela tient debout d’une façon assez précaire, car la banque centrale peut compter sur (spéculer?) sur un taux de non – utilisation de cette « garantie », d’autant que les volumes thésaurisés par ailleurs sont de l’ordre de 90% du numéraire réellement émis.
Nous sommes, en fait, dans une époque où le paradigme semble évoluer fortement. La mopnnaie émise n’est plus du tout la monnaie réellement circulante. Cela avait été largement prouvé lors du passage à l’euro, car, entre 1997 et 2002, les grosses coupures en Marks par exemple (ou les billets de 500 FF) revenaient massivement aux banques centrales sans être remplacés, simplement mis en compte. Le grosses coupures en euros (500 et 200 euros) n’avaient, ensuite, guère été mis en circulation jusqu’en 2004 ou 2005. Depuis, leur volume (en valeur) a cependant totalement rejoint la courbe croissante des anciennes grosses coupures émises des années avant leur remmplacement.Les risques d’hyperinflation existent sans doute, mais tous ceux qui détiennent des volumes de liquidité conséquents un peu partout dans le monde sont tellement riches qu’ils ne vont peut-être pas entamer substantiellement ces sommes-là, mais en utiliser seulement au coup par coup, car ils ne pourraient, de toute façon, acheter plus qu’ils n’ont déjà, et, de plus, une remise en circulation brusque produirait de telles poussées hyperinflationnistes qu’aucune instance (banque centrale!) ne serait en mesure de les contrôler. Ceux qui thésaurisent, y compris les gouvernements des pays pétroliers ou de la Chine, le savant parfaitement.
Donc, sauf à supposer une énorme catastrophe politique (l’effondrement des USA par exemple), la monnaie gardera peu ou prou son pouvoir d’achat d’une façon très détachée des volumes réellement émis, tout simplement parce que la monnaie ne circule pas pour 90%. Peut-être est-ce aussi une raison supplémentaire inavouée pourquoi un effondrement de la zone euro déclenché par un défaut souverain suscite une telle « horreur »?: une hyperinflation possible.

Vincent

8 juillet 2011 à 08:11

@Finckh
Le « petit rien » aux USA représente quand même 2700 milliards de dollars

http://research.stlouisfed.org/fred2/series/BASE

Je ne connais pas le montant actuel de la base monétaire ( monnaie centrale) en zone euro, mais ça doit être de l’ordre de 400 milliards (réserves obligatoires équivalentes à 2% des dépôts + facilités de dépôts) pour le scriptural et 800 milliards pour le fiduciaire… on doit trouver les chiffres exacts sur le dernier bulletins mensuel de la BCE

Vincent

8 juillet 2011 à 08:27

@Finckh
Trouvé les chiffres de mars 2011.
M1 : 4715 Md€ (dont 824 Md€ de billets), donc DAV = 3891 Md€
Base monétaire (monnaie centrale): 1058 Md€ (dont 824 Md de billets) donc 234 Md€ scripturaux

johannes finckh

8 juillet 2011 à 23:02

En clair, il existe quelques 824 milliards d’euros, simplement faits avec du papier et de l’encre. Sachant que 90% ne circulent pas (thésaurisations), il suffit, pour la zone euro, un total de 82,4 milliards en billets circulants pour assurer la totalité des échanges monétaires!
Cela tient au fait que ces billets changent constamment de mains et génèrent, chacun, un chiffre de transaction absolument phénoménal.
Je distingue cela soigneusement de tous les échanges faits par virements bancaires qui ne sont pas monétaires du tout, car il s’agit toujours de transferts de créances avec la seule promesse d’un solde liquide sur simple demande d’un protagoniste.

chris06

9 juillet 2011 à 02:35

@johannes finckh,

voila typiquement le genre d’aberrations auxquelles on arrive quand on s’obstine à vouloir considérer comme monnaie les seuls billets de banque :

la totalité des échanges monétaires de la zone euro est effectuée grâce à la circulation de 82,4 milliards d’euros en billets de banque.

Chaque fois qu’une personne fait ses courses et paie avec une carte de crédit ou un chèque ou qu’une entreprise paie une livraison par virement bancaire, il ne s’agit pas d’échanges monétaires!

A quoi ce genre de « théorie monétaire » peut il bien servir, je me le demande bien?

johannes finckh

9 juillet 2011 à 17:57

Chris 06 écrit ceci, cela me donne l’occasion de préciser:
« Chaque fois qu’une personne fait ses courses et paie avec une carte de crédit ou un chèque ou qu’une entreprise paie une livraison par virement bancaire, il ne s’agit pas d’échanges monétaires!
A quoi ce genre de « théorie monétaire » peut il bien servir, je me le demande bien? »

jf répond:
Effectivement, vous commencez à saisir!
En toute rigueur, les achats par chèque ou par carte de crédit ne sont pas des échanges monétaires, que cela vous plaise ou non!
Il s’agit de transferts de créances, d’un échange entre une créance et un bien, en fait d’un troc.
La monnaie liquide seule solde une affaire totalement sans qu’il n’y ait à y revenir. Chaque fois que vous aurez la désagréable surprise d’être payé par un chèque non provisionné vous saisirez, ou alors, faut-il que je recommence?
Pour la carte de crédit, l’opération ne se fera que si le compte est provisionné, autrement dit, il faut que le commerçant puisse interroger ma banque. Pour des petits montants, il existe une garantie, mais la banque ne manquera pas de punir ceux qui trichent ou qui auraient » payé » avec un compte non provisionné. Autrement dit, en droit, et aussi dans les FAITS, une affaire n’est pas soldée par les cartes de crédit tant que mon compte n’est pas débité et, donc, celui du vendeur crédité.
Vous le savez, évidemment, mais vous oubliez, évidemment!
Pour la monnaie liquide, c’est un échange entre deux, les autres moyens de paiement font intervenir un tiers. Vous vous en foutez peut-être, mais, cela change cependant tout.
A quoi ça sert?
Ce genre de « théorie monétaire » sert déjà à dire comment sont les choses au lieu de nourrir la confusion qui confond monnaie et crédit.
Ce genre de « théorie monétaire » sert aussi à faire sentir pourquoi notre monnaie fonctionne si mal dès lors que la monnaie (en billets et pièces) peut être monnaie et pourtant cesser d’être monnaie en étant thésaurisée, c’est-à-dire en ayant matériellement disparu de la circulation pour un temps long et pour environ 90% du volume émis par la banque centrale.
Ce genre de « théorie monétaire » explique aussi mieux qu’aucune autre pourquoi la monnaie exige toujours un intérêt pour circuler. Elle explique mieux qu’aucune autre que le capitalisme prend sa racine dans le fait que cette monnaie peut être monnaie et n’être pas pas monnaie à la fois en étant thésaurisée comme réserve valeur.
Elle explique mieux qu’aucune autre comment on peut et comment on doit finir avec le capitalisme, si on le souhaite : en émettant une monnaie marquée par le temps (monnaie fondante).
Je vous suggère de prendre connaissance de mon petit livre que viens de publier à ce sujet.
Je me ferai un plaisir de vous l’offrir si vous me transmettez par mail votre adresse postale à l’adresse suivante: Johannes.Finckh@wanadoo.fr

chris06

9 juillet 2011 à 18:41

@johannes finckh,

le fait qu’un minuscule pourcentage d’échanges monétaires effectués par cartes de crédit, chèques et virement bancaires ne soient pas soldés ne change pas le fait que ceux qui le sont sont des échanges monétaires en bonne et due forme.

Vous préférez ignorer plus de 90% des échanges monétaires effectués dans la zone euro sous prétexte qu’un minuscule pourcentage de ces échanges sont fallacieux.

Concernant le « a quoi ça sert », je ne voit pas comment vous arrivez une seule de ces conclusions en définissant la monnaie comme étant les billets de banque. Une définition ne fait pas démonstration.

Par exemple le fait que plus de 90% des billets de banque sont thésaurisés ne découle pas du fait que vous définissez la monnaie comme étant les seuls billets de banque!

Vincent

9 juillet 2011 à 20:36

@Finckh
Il y a aussi certainement quelques pourcents de faux billets qui se trimballent en permanence … « La dame de Condé » (cf livre de Paul Jorion) vous montre à l’évidence que ça n’a aucune importance en fait …

Vincent

7 juillet 2011 à 19:55

Schumpeter : « Théorie de la monnaie et de la banque » (éd l’Harmattan – 2008)
tome 2 , intitulé « Théorie appliquée », pages 211 à 220.
« Compléments pour l’étude de la monnaie et de la banque : L’expansion du crédit »

Le problème de la création de crédit est habituellement présenté au néophyte sous l’aspect du paradoxe du système totalement « prêté », dans lequel les dépôts sont un multiple des réserves – un multiple égal à l’inverse du ratio de réserves – et dans lequel la banque individuelle, dont les dépôts sont aussi un multiple des réserves, ne peut pas, sur la base d’une augmentation donnée de ses réserves, étendre ses dépôts plus que d’un montant égal aux réserves extra excédentaires. La banque individuelle est dépourvue du pouvoir de « multiplier » les dépôts, bien que d’une manière ou d’une autre le système ait ce pouvoir et en réalité la banque individuelle, dans l’équilibre final, semble avoir multiplié les dépôts.

johannes finckh

8 juillet 2011 à 00:38

non, le système non plus n’a pas ce pouvoir!

Vincent

8 juillet 2011 à 14:13

@Finckh
Et depuis quand ne l’aurait-il donc plus ?

johannes finckh

8 juillet 2011 à 23:07

Il ne l’a jamais eu!
Les créances sont toujours des dettes en face, et une dette non recouvrable est und créance perdue.
Aucune multiplication via le délire des dépôts successifs n’a la moindre réalité.
car il s’agit toujours de ce que l’un doit à l’autre.
La banque doit à ses déposants tout ce que ceux-ci déposent, et les emprinteurs doivent donc, via les banques, ces sommes aux déposants.
Faire croire autre chose, c’est embrouiller tout.
Pourquoi craindrait-on à ce point le « défaut grèc » ou autre?

Vincent

9 juillet 2011 à 17:29

@Finckh

Savez vous comment une banque peut se retrouver insolvable (y compris les banques grecques) ?

http://www.alternatives-economiques.fr/comment-une-banque-devient-insolvable_fr_art_799_40605.html

Vincent

9 juillet 2011 à 19:18

@Finckh
Désolé, le lien est réservé aux lecteurs de Alternatives économiques . En posant la question  » comment une banque devient insolvable  » sur google, vous trouverez d’autres réponses

Paul Jorion

10 juillet 2011 à 09:49

Lisez soigneusement ce passage, vous verrez qu’il se contredit : il décrit deux options dont l’une doit être vraie et l’autre fausse, pour conclure que les deux sont vraies. C’est « surprenant », dit le passage, pour parler de cette contradiction. Les contradictions créent toujours la surprise : c’est une disposition très utile chez les êtres humains : l’allergie à l’anomalie.

Question subsidiaire : « … En fait, l’essentiel de la masse monétaire est constitué par les dépôts auprès du système bancaire commercial. » Combien ? 60%, 90%, 95% ? Un exemplaire de L’argent mode d’emploi à celui qui donne la réponse exacte !

En réalité, la source de tout ce confusionnisme est bien connue : le grand Schumpeter. Écoutons-le :

« Aussi peut-il paraître plus naturel de dire que les banquiers augmentent non pas la vitesse mais la quantité de la monnaie – ou des moyens de paiement qui, en de certaines limites, font aussi bien office de monnaie, si l’on souhaite réserver ce terme pour les pièces de monnaie, ou pour les pièces plus le papier d’État » (Schumpeter [1954], 1983, Histoire de l’analyse économique, tome I : 445).

« Plus naturel » ! Je procède à l’autopsie de ces cornichonneries dans L’argent mode d’emploi (Fayard 2009), pages 151 à 157.

Vincent

10 juillet 2011 à 10:36

Merci pour l’offre de « l’argent mode d’emploi » mais je l’ai déjà.;)
Les pourcentages que vous citez dépendent de ce que vous considérez comme « masse monétaire » : M1, M2 ou M3 ??? si tant est que M2 et M3 font sens en tant que monnaie.
En ce qui concerne M1, je peux vous redonner les chiffres que je citais à Monsieur Finckh:
M1= 4715 Md€ (dont 824 Md€ de billets), donc DAV = 3891 Md€
Donc les dépôts scripturaux sont de 82% de la masse monétaire M1 (ou également de 3,68 fois la monnaie banque centrale dont le montant est de 1058 Md€) et ceux ci représentent une partie des créances aux banques commerciales (les billets également puisqu’ils ne peuvent être à l’origine obtenus que contre un débit d’un compte au bénéfice des banques qui elles mêmes les achèteront à la banque Centrale)
Tiens, à propos de billets, je n’ai toujours pas de réponse à ma question de votre avis sur la différence entre banknotes et bank notes. Merci d’avance

Vincent

8 juillet 2011 à 11:45

Je me permets, Monsieur Jorion, de renouveler ma demande.
Vous écrivez plus haut « Ne pas confondre « banknotes » = billets de banques et « bank notes ». »
Je vous remercie donc de bien vouloir m’indiquer, pour mieux comprendre votre pensée, ce que vous entendez par  » bank notes » si ces mots ne sont pas l’équivalent absolu de « banknotes »
(PS: j’ai lu votre livre « l’argent mode d’emploi » et je n’ai trouvé nulle part cette différenciation si ce n’est que vous considérez donc que dans la phrase de Schumpeter – où il écrit ce terme en deux mots – il ne veut pas parler de « billets de banque » au sens de monnaie fiduciaire émise par la Banque Centrale, mais de « monnaie de banque commerciale »)

Or, je lis sur wikipedia

National Bank Notes were United States currency banknotes issued by National banks chartered by the United States Government. The notes were usually backed by United States bonds the bank deposited with the United States Treasury.

Vincent

10 juillet 2011 à 14:26

Schumpeter, cité par Paul Jorion, écrit

« Aussi peut-il paraître plus naturel de dire que les banquiers augmentent non pas la vitesse mais la quantité de la monnaie – ou des moyens de paiement qui, en de certaines limites, font aussi bien office de monnaie, si l’on souhaite réserver ce terme pour les pièces de monnaie, ou pour les pièces plus le papier d’État » (Schumpeter [1954], 1983, Histoire de l’analyse économique, tome I : 445).

Et Paul Jorion y trouve contradiction en omettant de signaler qu’il s’agit de l’explication de la pensée de Cantillon.

En effet
L’extrait est inclus dans la 5° partie intitulée « LE CRÉDIT ET LA BANQUE» de l’ Histoire de l’analyse économique, tome I

Replaçons d’abord cette phrase dans son contexte de ce livre dans lequel on peut lire en particulier page 440, juste avant votre extrait

« Cantillon, qui à ma connaissance fut le premier à parler de vitesse de la circulation [en fr.], fut aussi le premier à déclarer en termes exprès que la vitesse de circulation de la monnaie était équivalente à l’accroissement de sa quantité. Il tira aussi cette conclusion, que les mesures propres à réduire la vitesse devaient contrecarrer les effets de l’inflation. Ni Hume ni Smith n’y ajoutèrent rien d’important.
On verra que le concept évolua dès le début selon les deux voies suivies dans son extension ultérieure. Petty et Locke utilisèrent l’optique de l’encaisse, Cantillon celle du roulement. Sans aucun doute, Locke et Cantillon envisagent non seulement la vitesse (velocity) au sens précis du mot, mais aussi la vitesse (rate) de la dépense. Du fait de la prépondérance que le concept apparenté de Propension à Consommer s’est assurée relativement à l’analyse du multiplicateur, il peut être intéressant de montrer, par deux exemples supplémentaires, que ce concept, lui aussi, était bien connu des économistes de cette époque. Comme nous le savons déjà, Boisguilbert (Dissertation sur la nature des richesses) signalait qu’une pièce de monnaie, si elle est à un très petit commerçant, est dépensée beaucoup plus promptement qu’une pièce appartenant à un riche, lequel a plus de chances de la serrer dans ses coffres [en fr.]: les riches thésauriseurs ne sont évidemment pas une invention de ces dix dernières années. Et Galiani (dans le deuxième) Dialogue sur le commerce des blés) faisait une distinction entre la propension à consommer du fermier, qui épargne et thésaurise, et celle de l’artisan, qui dépense avec empressement (qui dissipe [en fr.l).

En fait votre extrait est inclus dans une analyse de la pensée de Cantillon par Schumpeter
En effet (page 442 et suivantes )

(a) Le crédit et le concept de vitesse: Cantillon.
Le premier de ces deux fronts, les docteurs scolastiques auraient pu le choisir eux-mêmes, si l'économie scolastique avait évolué à partir de ses propres bases au long des xviie et xviiie siècles. Autrement dit, une conception strictement métalliste de la monnaie invitait, si elle n'y contraignait pas absolument, à tenter de tracer une ligne de démarcation rigoureuse entre la monnaie et les instruments légaux qui renferment tel droit à telle monnaie ou telle opération en monnaie, et de faire entrer ces instruments dans le tableau par le moyen de constructions auxiliaires dont les concepts juridiques ci-dessus évoqués faisaient naître l'idée. Dans une certaine mesure, il est toujours possible d'adopter cette ligne de conduite1, dans notre cas plus encore qu'à l'ordinaire. La construction auxiliaire dont on a ici besoin consiste en une extension du concept de vitesse. Du banquier qui émet des billets en excédent de son encaisse, on n'estime pas qu'il crée ou qu'il augmente les moyens de paiement, sans parler de la « monnaie ». Tout ce qu'il fait, c'est augmenter la vitesse de circulation de ces espèces qu'il a en caisse, lesquelles, pour ainsi dire par procuration, effectuent beaucoup plus de paiements qu'elles n'en pourraient faire en passant de main en main. Avoir clairement aperçu cette vérité, qu'un billet de banque et un dépôt en banque sont fondamentalement la même chose, voilà en vérité l'un des points forts de cette théorie. Ainsi la monnaie demeure strictement définie. Le crédit, particulièrement le crédit bancaire, n'est qu'une méthode pour utiliser la monnaie avec plus d'efficacité. Je ne puis m'arrêter à montrer, mais le lecteur peut aisément s'en rendre compte par lui-même, que l'on peut décrire de cette manière la plupart des phénomènes rangés sous la rubrique du crédit. Aussi peut-on inclure le papier-monnaie émis par l'État dans le total de la quantité de monnaie, avec la monnaie de poids; ou bien l'expliquer comme une dette de l'État — c'est-à-dire comme une promesse de payer un jour ou l'autre en espèces sonnantes. C'est cette dernière façon de voir qui l'a emporté, et tout au long du xixe on a l'exemple de gouvernements qui émettent des billets portant cette suscription : « Ce billet fait partie de la dette flottante du gouvernement »; ce qui donne à penser qu'il y avait analogie avec les bons du trésor, surtout quand les billets portaient intérêt, comme il arrivait assez souvent.
Le porte-parole le plus autorisé et le plus éminent de cette théorie, c'est Cantillon, qui l'appliqua en détail, et avec autant de bon sens que d'éclat. Ses banquiers sont au premier chef des intermédiaires, prêteurs de l'argent d'autrui. Ils prêtent les dépôts qu'ils reçoivent et, ce faisant, ils accélèrent le mouvement et font baisser le taux d'intérêt. Des difficultés logiques sont tapies dans cet énoncé fort simple en apparence: il les réduit quelque peu en insis tant sur le cas où les banquiers prêtent seulement ce dont les déposants n'ont pas besoin pour le moment — le cas des dépôts temporaires, comme nous dirions —, en sorte qu'une somme donnée ne fait qu'un usage à la fois. De plus il ne faut pas oublier que Cantillon vivait dans un milieu où, mis à part le commerce de gros, le paiement en espèces était la règle irrésistible; où les gens n'arrêtaient pas d'apporter des sacs de pièces à la banque et d'en emporter; où il était aussi courant d'acquérir un dépôt en déposant réellement des pièces de monnaie qu'il l'est aujourd'hui d'en acquérir par emprunt ou par un transfert en provenance d'un autre emprunteur. Quoi qu'il en soit, son enseignement est à la source de ce qui demeura la théorie bancaire officielle à peu près jusqu'à la Première Guerre mondiale. Galiani et Turgot — indépendamment ou non l'un de l'autre — soutinrent la même doctrine. En firent autant nombre d'intelligences de moindre rayonnement, un Justi, par exemple, ou d'« économistes d'entreprise », tel Marperger.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que cette façon d'interpréter les réalités de la pratique bancaire n'est pas la seule possible. Même le banquier qui prête en décaissant la vraie monnaie déposée chez lui fait plus que la recueillir en d'innombrables petites mares où elle stagne, pour la faire écouler jusqu'à ceux qui s'en serviront. Il prête les mêmes sommes à maintes reprises avant que le premier emprunteur les ait remboursées: c'est-à-dire qu'il ne se borne pas à trouver des emplois successifs à la somme qu'on lui a confiée, mais de multiples emplois que cette somme remplit simultanément. S'il prête en décaissant des billets — ou en créditant un compte bancaire de la somme prêtée à l'emprunteur —, instruments pour lesquels son avoir en espèces joue simplement le rôle de réserve, le même fait ressort plus clairement encore. De même s'il prête des pièces de monnaie qu'il a reçues en dépôt, et que le déposant propose d'employer exactement comme il les aurait employées s'il les avait gardées".

Il doit sûrement y avoir d'autres moyens d'exprimer ces pratiques que d'appeler ces billets de banque incarnations de la vitesse de circulation — d'une vitesse si grande qu'elle permet à une chose d'être en différents lieux au même moment. Plus important que cet inconvénient terminologique est le fait que la vitesse de circulation, au sens technique du mot, n'est pas accrue du tout: les prêts du banquier ne changent rien aux « stations » par lesquelles une unité de pouvoir d'achat doit passer, ni n'abrège le temps qu'il lui faut pour y passer, ni — à eux seuls — n'affectent l'habitude qu'ont les gens de détenir certaines sommes de ce qu'ils considèrent comme argent comptant, comme argent liquide. Aussi peut-il paraître plus naturel de dire que les banquiers augmentent non pas la vitesse, mais la quantité de la monnaie — ou des moyens de paiement qui, en de certaines limites, font aussi bien office de monnaie, si l'on souhaite réserver ce terme pour les pièces de monnaie, ou pour les pièces plus le papier d'État. Cela s'accorde parfaitement avec la pratique: les emprunteurs ont véritablement le sentiment de disposer de moyens liquides qui sont, normalement, tout aussi bons que la monnaie. On ne dit plus que les banques « prêtent leurs dépôts » ou l'« argent des autres », mais qu'elles « créent » des dépôts ou des billets de banque: elles paraissent fabriquer la monnaie plutôt qu'en augmenter la vitesse ou agir — c'est une idée absolument irréaliste — pour le compte de leurs dépositaires. En tout cas, il est clair et il est réellement hors de discussion que l'on ne peut faire avec aucune autre marchandise — ou, comme certains d'entre nous préféreraient le dire, avec une marchandise — ce que le banquier fait avec de l'argent, car on ne peut accroître de cette manière ni la quantité ni la vitesse d'aucune autre marchandise. À la question de savoir pourquoi il en est ainsi, la seule réponse à faire, c'est qu'il n'y a aucun autre cas où le droit sur une chose puisse, en de certaines limites, bien entendu, faire le même office que la chose elle-même: on ne peut chevaucher le droit à un cheval, mais on peut payer avec le droit qu'on a sur de l'argent. Mais c'est une raison majeure d'appeler monnaie une chose qui est donnée comme étant un droit sur de la monnaie légale, pourvu que cette chose serve bien de moyen de paiement. En règle générale, une lettre de change ordinaire ne sert pas de moyen de paiement; cette lettre n'est donc pas de la monnaie, et elle ressortit à la parti « demande » du marché monétaire. Toutefois, il arrive que certaines classes de lettres de change servent de moyens de paiement; en ce cas, selon cette manière de voir, elles sont de la monnaie et font partie de l'offre sur le marché monétaire. Billets de banque et dépôts en banque font en tout point ce que fait la monnaie; partant, ils sont de la monnaie. Ainsi, les instruments de crédit, ou certains d'entre eux, s'ingèrent dans le système monétaire; et, de plus, la monnaie à son tour n'est qu'un instrument de crédit, un droit qu'on fait valoir sur le seul moyen de paiement qui soit définitif: le bien de consommation. On peut dire qu'aujourd'hui c'est cette théorie qui a cours: naturellement, elle est susceptible de prendre des formes multiples et elle a besoin de multiples approfondissements.

[Schumpeter passe ensuite à l’analyse de la pensée de John Law, ancêtre de l’idée d'une monnaie gérée.]

On peut simplifier cette phrase sans en dénaturer le sens « Aussi peut-il paraître plus naturel de dire que les banquiers augmentent non pas la vitesse mais la quantité de la monnaie – ou des moyens de paiement qui, en de certaines limites, font aussi bien office de monnaie »

Schumpeter signale donc ici que la quantité de monnaie (la monnaie ce n’est pas seulement les pièces plus le papier d’État, mais également d’autres moyens de paiement qui font aussi bien office de monnaie)…
Je vous trouve très injuste avec Schumpeter qui a très bien décrit dans un autre ouvrage « l’expansion du crédit »

Paul Jorion

10 juillet 2011 à 15:08

Oui, il s’agit d’un chapitre intitulé « Valeur et monnaie », où Schumpeter explique sa propre théorie à ce sujet et dont il peut dire : « Le porte-parole le plus autorisé et le plus éminent de cette théorie, c’est Cantillon ».

Il ne s’agit pas d’une explication de la pensée de Cantillon, il s’agit d’un exposé de la théorie de Schumpeter, dont il dit que Cantillon en fut « Le porte-parole le plus autorisé et le plus éminent ». Vous aurez noté que l’intertitre à la page 442 : « (a) Le crédit et le concept de vitesse : Cantillon » est une interpolation propre à la traduction française (sous la direction de Jean-Claude Casanova, je le rappelle).

Vincent

10 juillet 2011 à 15:46

Je ne lis pas du tout à travers ces chapitres la propre pensée de Schumpeter, mais une analyse historique d’une école (celle des banquiers « dignement » représentés par Cantillon qui préfèrent parler d’augmentation de la vitesse de circulation de la monnaie). La pensée de Schumpeter sur la monnaie et le crédit bancaire est développée et démontré dans la référence déjà donnée « Théorie de la monnaie et de la banque » (éd l’Harmattan – 2008) et en particulier les pages 211 à 220 du tome 2 que vous ne pouvez manquer d’avoir lu.
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[Note Postjorion : Vous trouvez ces pages citées dans cette dernière intervention de "Vincent" dans cet article sur ce blog:     http://postjorion.wordpress.com/2010/01/26/58-scoop-schumpeter-lexpansion-du-credit/  ]


171 – Balances des transactions en 2010

8 mai 2011

Les graphiques sont ceux de l’excellent site: http://eco-france.over-blog.com/

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La balance des transactions courantes représente les flux d’argents qui rentrent et sortent du pays. On la subdivise en quatre "sous balances" :
1 – balance des échanges de biens (commerce extérieur),
2 – balance des échanges de services
3 – balance des revenus
4 – balance des transferts courants

1 – La balance du commerce extérieur est à -55 milliards d’euros sur un an, avec un secteur industriel sinistré :

Wikipedia

La balance commerciale d’un pays est l’élément de comptabilité nationale qui répertorie et résume ses exportations et importations de biens, et de services marchands (on parle de la balance des biens et services). Toutefois, dans certaines nomenclatures, dont la comptabilité nationale française, le terme de balance commerciale est limité aux échanges de biens, hors services.

Les biens et services marchands peuvent comprendre : biens manufacturés, matières premières, produits agricoles (tous inclus dans la balance commerciale), voyages et transport, tourisme, prestations de sociétés de service et de conseil , (parfois exclus),…

Le solde de la balance commerciale est la différence entre les valeurs des exportations et des importations de biens et de services. Une balance commerciale positive signifie que le pays exporte plus de biens et services qu’il n’en importe : on parle alors d’« excédent commercial » ou de « balance excédentaire ». Quand elle est négative, on parle de « déficit commercial ».

2 – La balance des échanges de services (dite aussi balance des invisibles) la différence entre la somme des services exportés et la somme des services importés. On retrouve par exemple dans cet agrégat les revenus issus du tourisme (logement, transport, etc.), les revenus issus de la vente des licences.

La balance des échanges de service est étroitement liée au secteur tertiaire et ne montre plus qu’un un excédent en baisse à +11,5 milliards d’euros sur un an :

3 – La balance des revenus  permet de mesurer les échanges de revenu (salaires versés ou reçus de l’étranger, revenus tirés des investissements à l’étranger ou versés aux étrangers ayant investi dans le pays).  Elle se redresse (+29,3 milliards d’euros) car certains pays renouent avec la croissance et les investisseurs en profitent :

4 – La balance des transferts courants: l’argent continue de sortir du pays, avec -26 milliards d’euros sur un an pour la balance des transferts courants :

Au global, une balance des transactions courantes déficitaire

La balance des transactions courantes retrouve presque son plus bas de 2008, à -40 milliards d’euros sur un an :

Sur le long terme n’est pas une bonne chose. Cela signifie qu’on doit toujours plus d’argent à l’étranger, et qu’on en devient donc de plus en plus dépendant. C’est toute la différence entre l’Espagne et le Japon. Avec un taux d’endettement incroyablement haut, l’état japonais n’a aucun mal à se financer, car les devises rentrent en masse dans le pays. Au contraire, avec un faible niveau d’endettement (relatif), l’Espagne doit emprunter à l’exterieur à des taux prohibitifs car sa balance des transactions courantes est catastrophique

Balance des transactions courantes en dollars et % de PIB (2008):


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156 – Neuf questions d’un citoyen français…

25 février 2011

… aux candidats à la présidence de la République

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Tout ne se réduit pas à l’argent.

Mais à cause de l’argent il nous faut réduire le nombre  de policiers, réduire le nombre d’enseignants, réduire le nombre d’hôpitaux, réduire le déficit et la dette abyssalle qu’il a généré, bref pratiquer la Réduction, pardon la Révision Générale des Politiques Publiques ( RGPP). L’argent ne peut pas tout mais bloque presque tout. Nous avons, aujourd’hui,  le sentiment de subir l’esclavage de l’argent

« Esclavage de l’argent » ?  L’expression serait-elle outrancière ? En 0,27 secondes, Google  trouve 45400 occurrences, en français, pour cette expression. Nous sommes donc quelques-uns à nous percevoir comme esclaves de la finance.

C’est le fil directeur des questions qui suivent. Elles touchent au coeur de notre société.

oooOOOooo

1. Réduirez-vous les écarts de  revenus ? Si oui, comment ?

Dans ma vie d’adulte, sur un demi-siècle ( 1960-2010), j’ai vu cet écart passer, disons, de 30 à 300.  Il continue de croître et semble n’avoir aucune limite. La majorité de nos compatriotes recoivent un salaire mais vous savez que les plus hauts revenus ne sont pas faits que de salaires, que dans certains milieux la corruption rôde.

Faut-il rechercher la transparence sur tous les revenus ? Si oui, comment ?

Faut-il retenir la notion de revenu maximum ? Si oui, comment en gérer démocratiquement le niveau ?

2. Modifierez-vous le système fiscal ? Si oui, selon quels principes ?

Si les écarts de revenus sont énergiquement  réduits, il est envisageable  que chacun accepte de participer proportionnellement à son revenu jusqu’au  niveau du revenu maximal au delà duquel il y aurait reversement entier ( 100 % ). Dans le cas contraire quel serait, selon vous, le niveau    d’imposition de la tranche supérieure ?

Comment traiterez-vous du point de vue fiscal  les patrimoines et les héritages ? Suffit-il de considérer les revenus du patrimoine ? Un héritage est-il à considérer comme un revenu ?

3. Faut-il décourager la spéculation ? Si oui, comment ?

Les revenus tirés de la spéculation semblent souvent dissimulés dans des paradis fiscaux et des banques complices. Qu’est-ce que la spéculation apporte à la société ? Comment lutterez-vous contre ce fléau ?

Envisagez-vous des mesures dissuasives comme par exemple de porter la durée minimale de détention d’une action à une année entière ?

Tous les gains boursiers seront-ils soumis à la fiscalité commune ?

4. Estimez-vous utile de réglementer les taux d’intérêt  ?

La première des règles de modération n’est-elle pas la définition légale d’un taux d’usure  ? Pour les prêts à la consommation ce taux d’usure est voisin de 20 %. Pensez-vous utile de réduire notablement le taux d’usure pour les prêts à la consommation  ?

Approuveriez-vous  la mise en place d’un système de prêts directement accordés par l’Etat à des taux officiels économiquement intéressants pour les emprunteurs, taux destinés à jouer le rôle de taux directeurs pour les prêts sur le marché financier ?

Pour décourager la détention d’encaisses abusives freinant les échanges  et pour encourager au contraire l’activité économique, accepteriez-vous  de soumettre ces encaisses à une taxe communément associée à la notion de monnaie fondante ?

5. Etes-vous satisfait du système monétaire dit «  des réserves fractionnaires » ? Sinon, connaissez-vous le « 100 % monnaie » et qu’en ferez-vous ?

Notre système monétaire actuel est  structuré sur deux niveaux : au sommet la Banque Centrale ou « banque des banques » ( chez nous, la Banque de France agissant pour la Banque Centrale Européenne )  gère les comptes de ces banques et celui de l’Etat ( le Trésor Public) ; en dessous, les banques privées ou publiques  gèrent les comptes des autres agents économiques.

La monnaie de base est délivrée par la Banque Centrale qui accorde des prêts ou achète, contre monnaie de base, des titres de qualité  (« éligibles au refinancement »). Les banques ne connaissent entre elles que cette monnaie de base. Cependant les banques  ne comptabilisent pas de monnaie de base dans les comptes des agents économiques mais de la monnaie bancaire qui est un engagement de fournir, sur demande, la même quantité de monnaie de base, autrement dit « une promesse de monnaie de base ».  En conditions normales, ce système fonctionne correctement quoique le total des promesses de monnaie de base dépasse de plusieurs fois ( 5 à 7  fois selon la valeur du « multiplicateur de crédit ») le total de la monnaie de base existante. Ceci vient du fait, bien connu, que les banques comptent sur les comportements observés de leurs clientèles qui – en conditions normales -  ne réclament jamais simultanément la réalisation de toutes les  promesses qui leur ont été faites.

Ce système est basé sur une réalité soigneusement tenue dans l’ombre comme si elle était inavouable. Il permet surtout aux banques dans leur ensemble de prêter  jusqu’à 5000  à 7000 € alors qu’elles ne détiennent  (en propriété ou par  emprunt) que 1000  €. Même si on doit retenir que les euros de base, s’ils ont été empruntés à la Banque Centrale, amènent des intérêts vers cette Banque Centrale et donc vers ses actionnaires qui sont en Europe des Etats, il n’en demeure pas moins que 4000 à 6000 € prêtés par les banques leur rapportent des intérets sans leur avoir rien coûté si ce n’est quelques dépenses de gestion. Voilà la base systémique des bénéfices considérables constatés dans le secteur bancaire.

Plus encore : si les banques manquent de monnaie de base, il leur suffit de se munir, par exemple,  de titres de la dette publique ou de s’en procurer sur le marché et de les revendre à la Banque Centrale. Ainsi elles se « refinancent » c’est à dire regarnissent leurs comptes en monnaie de base et se donnent les moyens de placer des crédits supplémentaires et donc d’encaisser davantage d’intérêts.

Ce système, dit « à réserves fractionnaires »,  autorise les banques à ne tenir en réserve qu’une fraction ( moins de 20 % ) de ce qui peut leur être demandé. Il a été analysé et discuté depuis près de deux siècles, dès la  querelle du « currency principle » et du « banking principle » en Angleterre en 1810. En effet, il remet de fait aux  banques  la création de la monnaie en usage dans l’économie. On lui oppose le système dit « 100 % monnaie » qui obligerait les banques à ne prêter qu’à hauteur de la monnaie de base préalablement acquise auprès d’une Banque Centrale. Celle-ci aurait ainsi le contrôle sur la quantité et, potentiellement, sur la destination de la monnaie émise, ce qui n’est pas du tout le cas aujourd’hui.

Souhaitez-vous conserver le système « à réserves fractionnaires » ou bien envisagez-vous d’ évoluer vers le « 100 % monnaie » ?  Ce dernier système fut étudié par Irving Fisher aux USA suite à la crise de 1929, et préconisé  par Maurice Allais, éminent économiste français qui vient de décéder. Il est  aujourd’hui exposé, par exemple,  par un universitaire et banquier tel que Christian Gomez.

6. Seriez-vous prêt à dénoncer l’article 1.2.3 du traité de Lisbonne ?

Nous avons vu que, dans notre système monétaire actuel, le Trésor Public est situé au niveau des banques. Celles-ci se refinancent auprès de la Banque Centrale. Si le Trésor Public faisait  de même, il émettrait une dette dont la Banque Centrale, c’est  dire lui-même ( du moins au prorata de sa part du capital de la Banque Centrale ) percevrait les intérêts. Il s’agirait donc d’un prêt à l’Etat à taux zéro ou à taux très réduit.

Ceci fut d’ailleurs pratiqué en France entre le Trésor Public et la Banque de France jusqu’au 3 janvier 1973 date à laquelle fut votée une loi l’interdisant, sous la Présidence de Monsieur Georges Pompidou et Monsieur Giscard d’Estaing étant ministre des finances. Les traités  de Maastricht et de Lisbonne n’ont fait que la reprendre au niveau européen. Or une analyse fine  montre qu’il s’agit là du signal de la fin des Trente Glorieuses et du début de l’endettement progressif de la puissance publique. Le premier choc pétrolier, souvent invoqué, n’intervient qu’un an plus tard.

Dans ces conditions il serait  décisif soit d’abolir l’article 1.2.3 du Traité de Lisbonne au niveau de l’eurozone, article  pénalisant tous les états de cette zone, soit à défaut, de le faire seul au niveau national quitte, si nécessaire,  à  revenir à une monnaie nationale. Ecartez-vous, oui ou non,  cette éventualité ?

7. Que choisiriez-vous entre un retour à l’étalon or et une monnaie garantie par l’Etat ?

La crise financière actuelle  fait resurgir des propositions de retour à l’étalon or. Celui-ci est apprécié depuis toujours ; il ne peut être créé sur demande. Ce serait une base incontestée pour  les monnaies  et donc une source de confiance.

La rareté de l’or peut aussi être vue comme un handicap car que ne feraient pas les Etats  pour s’en procurer ? Cependant chacun sait qu’on peut mourir de faim sur un tas d’or … Ce regain d’intérêt pour l’or constitue une occasion de s’interroger sur la véritable nature de la monnaie.

Sans développer les attributs traditionnels de la monnaie ( unité de valeur, moyen d’échange et possibilité de thésaurisation ),  disons que la valeur d’une monnaie tient essentiellement à sa capacité d’échange. C’est le droit détenu par une personne physique ou morale  de transmettre ce droit à une autre personne physique ou morale contre la livraison d’un bien ou la jouissance d’un service de  valeur identifiée. Cette définition conserve les notions de définition de valeur, de moyen d’échange,  et de persistance dans le temps entre et au cours des  échanges. Mais on y trouve aussi le rattachement  à  une personne de telle sorte que la monnaie peut être gérée en tenant les comptes de monnaie des personnes. La monnaie scripturale est largement la plus utilisée aujourd’hui. Nos moyens techniques permettraient d’ailleurs de supprimer toute la monnaie fiduciaire laquelle,  rattachée à son porteur,  autorise encore trop de transactions inavouables et d’actes de corruption.

On constate que les mesures suscitées par  la crise financière l’ont été, principalement, au niveau des Etats, comme si chaque Etat était le garant de sa monnaie.

Seriez-vous pour la confirmation de cette tendance : chaque Etat est garant de sa monnaie ou bien souhaitez-vous le retour à l’or ou à tout autre matière marchande bien identifiée ?

8. La collectivité qui garantit la monnaie doit-elle en être l’émetteur ?

Si une collectivité garantit sa monnaie ceci ne signifie-t-il pas qu’elle s’engage a tout faire pour conserver son pouvoir d’achat d’abord en interne et éventuellement auprès des collectivités voisines ? Or le pouvoir d’achat d’une monnaie est lié  notamment à la quantité de monnaie qui circule. Il y a deux façons de réguler la quantité de monnaie. On peut en créer et on peut en détruire.

Accepteriez-vous qu’ une collectivité garante de sa monnaie jouisse de manière exclusive  du droit de la créer et de la détruire ?

9. Une collectivité émettrice peut-elle « monétiser » ses besoins ?

Si la nature de la monnaie est essentiellement d’être un droit accordé par l’émetteur, ici une collectivité, à quelles occasions et dans quelles conditions cette collectivité devrait-elle accorder ou  supprimer ce droit ?

La théorie monétaire retient généralement que la monnaie est issue d’un crédit. La banque « monétise » l’engagement de l’emprunteur à rembourser capital et intérêts. Mais il existe une autre façon de créer de la monnaie, en « monétisant » l’achat d’un actif par exemple ou l’acquittement d’une dette, autrement dit en « monétisant » pour les besoins propres de la banque.

La même théorie monétaire fait état de destruction monétaire lors des remboursements des prêts mais aussi lors de la vente d’actifs et lors de la perception de recettes.

Etes-vous conscient qu’un Etat, sous réserve de le faire avec l’intelligence et la mesure exigées par la préservation du pouvoir d’achat – cela s’appelle gouverner – peut « monétiser » selon ses besoins et « démonétiser » selon ses recettes, c’est à dire s’exempter de  tout endettement public ?

oooOOOooo

Ces questions ne définissent pas une politique mais le problème monétaire n’est-il pas  le préalable à régler avant de prétendre proposer de vrais choix politiques ? Actuellement la seule option possible se réduit à : produire et payer. Il nous faut donc, en premier,  nous libérer du carcan monétaire qui, à l’insu  du  plus  grand nombre,  nous retient.

J.J. / Février   2011

Bien évidemment ce document peut être diffusé et éventuellement complété selon vos propositions…

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129 – Les mesures des "économistes atterrés"…

14 septembre 2010

Voici les mesures préconisées (ça vaut Jorion, non ? ;) ) dans le "Manifeste d’économistes atterrés" que vous trouverez en intégralité sur le site de l’AFEP

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Mesure n°1: cloisonner strictement les marchés financiers et les activités des acteurs financiers, interdire aux banques de spéculer pour leur compte propre, pour éviter la propagation des bulles et des krachs

Mesure n°2: Réduire la liquidité et la spéculation déstabilisatrice par des contrôles sur les mouvements de capitaux et des taxes sur les transactions financières

Mesure n°3: limiter les transactions financières à celles répondant aux besoins de l’économie réelle (ex.: CDS uniquement pour les détenteurs des titres assurés, etc.)

Mesure n°4 : plafonner la rémunération des traders

Mesure n°5: renforcer significativement les contre-pouvoirs dans les entreprises pour obliger les directions à prendre en compte les intérêts de l’ensemble des parties prenantes

Mesure n°6: accroître fortement l’imposition des très hauts revenus pour décourager la course aux rendements insoutenables

Mesure n°7: réduire la dépendance des entreprises vis-à-vis des marchés financiers, en développant une politique publique du crédit (taux préférentiels pour les activités prioritaires au plan social et environnemental)

Mesure n°8: les agences de notation financière ne doivent pas être autorisées à peser arbitrairement sur les taux d’intérêt des marchés obligataires en dégradant la note d’un État : on devrait réglementer leur activité en exigeant que cette note résulte d’un calcul économique transparent.

Mesure n°8bis : affranchir les États de la menace des marchés financiers en garantissant le rachat des titres publiques par la BCE.

Mesure n° 9: Réaliser un audit public et citoyen des dettes publiques, pour déterminer leur origine et connaître l’identité des principaux détenteurs de titres de la dette et les montants détenus.

Mesure n°10: Maintenir le niveau des protections sociales, voire les améliorer (assurance-chômage, logement…) ;

Mesure n°11: accroître l’effort budgétaire en matière d’éducation, de recherche, d’investissements dans la reconversion écologique… pour mettre en place les conditions d’une croissance soutenable, permettant une forte baisse du chômage.

Mesure n°12: redonner un caractère fortement redistributif à la fiscalité directe sur les revenus (suppression des niches, création de nouvelles tranches et augmentation des taux de l’impôt sur le revenu…)

Mesure n°13: supprimer les exonérations consenties aux entreprises sans effets suffisants sur l’emploi

Mesure n°14: autoriser la Banque centrale européenne à financer directement les États (ou à imposer aux banques commerciales de souscrire à l’émission d’obligations publiques) à bas taux d’intérêt, desserrant ainsi le carcan dans lequel les marchés financiers les étreignent

Mesure n°15: si nécessaire, restructurer la dette publique, par exemple en plafonnant le service de la dette publique à un certain % du PIB, et en opérant une discrimination entre les créanciers selon le volume des titres qu’ils détiennent: les très gros rentiers (particuliers ou institutions) doivent consentir un allongement sensible du profil de la dette, voire des annulations partielles ou totales. Il faut aussi renégocier les taux d’intérêt exorbitants des titres émis par les pays en difficulté depuis la crise.

Mesure n°16: remettre en cause la libre circulation des capitaux et des marchandises entre l’Union européenne et le reste du monde, en négociant des accords multilatéraux ou bilatéraux si nécessaire

Mesure n°17: au lieu de la politique de concurrence, faire de « l’harmonisation dans le progrès » le fil directeur de la construction européenne. Mettre en place des objectifs communs à portée contraignante en matière de progrès social comme en matière macroéconomique (des GOPS, grandes orientations de politique sociale)

Mesure n°18: assurer une véritable coordination des politiques macroéconomiques et une réduction concertée des déséquilibres commerciaux entre pays européens

Mesure n°19 : compenser les déséquilibres de paiements en Europe par une Banque de Règlements (organisant les prêts entre pays européens)

Mesure n°20: si la crise de l’euro mène à son éclatement, et en attendant la montée en régime du budget européen (cf. infra), établir un régime monétaire intraeuropéen (monnaie commune de type « bancor ») qui organise la résorption des déséquilibres des balances commerciales au sein de l’Europe

Mesure n°21: développer une fiscalité européenne (taxe carbone, impôt sur les bénéfices, …) et un véritable budget européen pour aider à la convergence des économies et tendre vers une égalisation des conditions d’accès aux services publics et sociaux dans les divers États membres sur la base des meilleures pratiques.

Mesure n°22: lancer un vaste plan européen, financé par souscription auprès du public à taux d’intérêt faible mais garanti, et/ou par création monétaire de la BCE, pour engager la reconversion écologique de l’économie européenne.


126 – bilans, actifs et passifs

27 août 2010

Qu’est ce qu’un bilan (principe général) ?

Un bilan comptable est un document qui synthétise ce que l’entreprise possède (terrains, immeubles… : l’actif) et l’ensemble de ses ressources (capital, réserve, crédits… : le passif) à un moment donné.

Imaginons un individu curieux de faire le bilan de son patrimoine. Il peut se dire en toute vérité:
Mon patrimoine = ce dont je dispose + ce que l’on me doit – ce que je dois
soit PATRIMOINE = AVOIRS + CRÉANCES – DETTES.
ou encore AVOIRS + CRÉANCES = DETTES + PATRIMOINE.
soir en langage comptable ACTIF = PASSIF

En clôture du bilan (fin d’année), les bénéfices (affublés du signe "plus") ou les pertes (avec le signe "moins" ) sont portées au passif du bilan

Ressources (financières) = Passif = Droite du Bilan
Emplois (physiques ou virtuels: exemple du know how) = Actif = Gauche du Bilan

RETENIR que dans un bilan de banque, les créances, c’est à dire les dettes des clients de la banque envers elle, sont à l’actif, et les "dépôts" (de la clientèle; dépôts à vue ou dépôts à terme) sont au passif, de même que le "capital" (c’est une dette de la personne morale "banque" envers ses actionnaires).

À l’origine, le bilan de cette banque est vide:

Actif
(Les dettes à la banque) Ce que les banquiers appellent "les emplois"
Passif
(Les dettes de la banque) Ce que les banquiers appellent " les ressources"
0 0

Lorsqu’une banque émets de la monnaie ("sa monnaie" scripturale) par un prêt, elle porte à l’actif le montant de la créance (qui est en principe représentée par une ou des garanties que lui offre l’emprunteur) et au passif, en compte courant au nom de l’emprunteur, le montant correspondant. A partir de cet instant, l’emprunteur pourra utiliser cette monnaie comme il le souhaite (payer ses fournisseurs, retirer des espèces), faisant ainsi varier le poste passif de la banque et l’obligeant éventuellement à se "refinancer" auprès de la banque centrale..

Admettons que cette banque accepte la demande d’un client (Mr X) emprunteur de lui fournir 100000 € en échange d’une créance (créance garantie par exemple par une hypothèque ou une assurance) comprenant l’obligation de rembourser aussi les intérêts…

Le bilan de cette banque devient:

Actif
(Les dettes à la banque)
Passif
(Les dettes de la banque)
100000 €
(créance de Mr X)
100000 €,
(nouveau montant du compte courant de Mr X)

… à partir de cet instant, Mr X pourra se servir de son compte courant comme il lui plait (payer des fournisseurs, effectuer des virement, retirer des espèces, ou même rembourser une partie de son prêt, sans oublier les intérêts…)
_______________________

Bilans consolidés

Les dimensions des zones ne sont pas significatives de la réalité des volumes

(cliquez sur l’image pour accéder à une image de meilleure qualité, ou ce lien : http://monnaie.wikispaces.com/file/view/bilans-consolides.gif/75804367/bilans-consolides.gif )


124 – Bilan de la BCE

25 août 2010

Il faut noter que la BCE inclue dans son bilan 8% des billets en circulations, les BCN se partageant le solde au prorata de leurs parts dans le Système Européen des Banques Centrales (SEBC)

Actif BCE 2009

Actif BCE 2009

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passif BCE 2009

Passif BCE 2009

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Compte de résultat BCE 2009

Compte de résultat BCE 2009


123 – Condition de l’homme moderne (Hannah Arendt)

23 août 2010

A la demande générale ;)

Copie d’un article Wikipédia

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Condition de l’homme moderne (titre original The Human Condition) est un ouvrage d’Hannah Arendt paru en 1958.

Hannah Arendt y étudie la vita activa (titre initialement prévu pour ce livre et qui fut ensuite choisi pour l’édition allemande) pour elle-même, indépendamment de la vita contemplativa : cela l’amène à rétablir la hiérarchie parmi les différentes activités de la vita activa, et plus précisément à réaffirmer la priorité de l’action sur le travail et l’œuvre. Cette affirmation du rôle primordial de l’action vise à redonner aux hommes le souci de laisser une trace dans le monde au-delà de leur propre mort, à sauver de l’oubli la quête de l’immortalité. Autrement dit, Hannah Arendt redonne dans ce livre tout son sens à l’action politique en s’appuyant sur une pensée conceptuelle précise de la condition humaine et en particulier de la question philosophique par excellence, le rapport à la mort.

Le livre est composé de deux parties. Une étude systématique, assise sur la distinction conceptuelle entre le domaine public et le domaine privé, permet de préciser la signification politique des trois principales activités de la vita activa, le travail, l’œuvre et l’action ; leur rôle quant à la quête d’immortalité. Puis une étude historique, assise sur la présentation les deux événements de l’époque moderne que sont le progrès scientifique et la sécularisation, qui permet de comprendre « ce que nous sommes en train de faire » à la condition humaine : la menace de l’inertie totale, de la disparition progressive de toute action, rend particulièrement important pour l’avenir de l’homme de sauver de l’oubli la quête de l’immortalité.

Prologue

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