240 – Jean Jégu: des mots pour le dire

18 avril 2012

Du site de Jean Jégu

La circulation de monnaies souveraines
… et des mots pour le dire.

De toute évidence, la monnaie fiduciaire ( pièces et billets) circule. On est tenté de dire que la monnaie scripturale ( celle qui est « écrite » dans les comptes ) , elle aussi, circule de comptes en comptes. On voit bien toutefois qu’il ne s’agit pas tout à fait de la même circulation. Qu’est-ce qui constitue vraiment la circulation des monnaies modernes ? Comment mettre des mots intelligibles sur cette circulation ? Pourrait-il exister des monnaies qui ne circuleraient pas ?

Telles sont les questions auxquelles nous tenterons de répondre avec l’objectif avoué d’en tirer une proposition d’explication rationelle, juridique en réalité, du fait monétaire aujourd’hui ou du moins de ce qu’il pourrait ou devrait être.

La circulation des espèces.

Que les monnaies anciennes aient tiré leur valeur d’une qualité intrinsèque ( le métal précieux ) ou que celle-ci ne soit que de nature symbolique ( les billets ), leur circulation s’effectue en quelque sorte dans le sens inverse des biens matériels ou immatériels qu’elles permettent d’échanger : l’un donne son argent ; l’ autre lui donne ce qu’il vend. L’échange marchand traditionnel porte sur des valeurs jugées équivalentes par les deux parties prenantes : je te donne cet objet et tu me remets la même valeur en monnaie.

Ainsi la monnaie fiduciaire est traitée comme un objet. Elle passe de ma bourse à la tienne ou inversement selon le cas. On peut la donner , la perdre, la retrouver, la voler, la cacher comme n’importe quel objet Comme pour un objet, voire bien davantage car elle n’est pas identifiable ( elle est fongible ), celui qui la détient, son porteur , est réputé en être le propriétaire.

La monnaie fiduciaire peut se caractériser par :

- un émetteur qui en est le garant ( la banque centrale concernée )

- une valeur faciale quantifiée dans une unité définie par l’émetteur

- un propriétaire qui en est le porteur.

Quelles difficultés, quels abus peuvent survenir dans ces conditions ?

On pense bien sûr à des contrefaçons lorsque l’émission ne provient pas de l’autorité légitime mais de l’activité frauduleuse de faux-monnayeurs.

Cependant le risque n’est-il pas aussi du coté du porteur ? Où et comment celui-ci a-t-il acquis cette monnaie ? Si l’on s’en tient au seul examen de l’échange le pire des truands apparait aussi blanc que le plus vertueux des hommes. Cela ne pose pas qu’une question théorique ; on connait hélas de tristes réalités : contrefaçons comme on l’a dit, mais aussi : rackets, blanchiments divers et évasions fiscales parfois jusqu’aux paradis du même nom.

La « circulation » de la monnaie de compte.

La monnaie scripturale – la monnaie de compte – ne circule pas comme les espèces : elle « circule » ( les guillemets sont ici volontaires ) de compte en compte.

Regardons cela de plus près.

Une liaison subsiste entre les flux de biens et services dans un sens et les flux monétaires dans l’autre. Les parties prenantes à l’échange apparaissent clairement en tant que détenteurs de compte ; le compte du vendeur augmente ; celui de l’acheteur diminue et cela d’une valeur acceptée par les deux parties.

Comment déplace-t-on la monnaie scripturale ? On ne la remet pas ; on ne la donne pas. On remet un chèque ; on utilise sa carte bleue, un ordre de virement, un TIP ( titre interbancaire de paiement) ou toute autre moyen de transmission d’ordre aux teneurs de comptes. Ce qui circule c’est l’information sur les rôles et les identités des intervenants dans l’échange et la valeur échangée. Les teneurs des comptes en prennent acte dans les comptes. Ils agissent un peu comme les notaires qui établissent des titres de propriétés actant des changements de propriétaires. La monnaie scripturale est avant tout une réalité juridique ; ce n’est en aucun cas un objet qui circule.

Outre le fait qu’elle soit écrite – et cela peut aujourd’hui se faire en bits élémentaires dans les ordinateurs – la monnaie scripturale, dite encore monnaie de compte, semble pouvoir être caractérisée par :

- une autorité garante de l’authenticité ( nature et provenance ) des valeurs mises en comptes

- une garantie sur la rigueur absolue des modifications apportées aux comptes.

- une identification certaine de la personne physique ou morale titulaire du compte

Quels sont les problèmes potentiels avec ce type de monnaie ? Il semble qu’il y en ait bien moins qu’avec les espèces. En effet, tous les mouvements monétaires ( mouvements purement comptables comme on l’a vu ) sont ainsi totalement connus pour autant qu’une autorité légitime ait accès à tous les comptes et à toutes les modifications de ces comptes. C’est une question de gouvernance si l’on ne veut pas dire de gouvernement.

Trois observations s’imposent :

- la « circulation » de la monnaie scripturale est directement ouverte sur la circulation des espèces. Il faudrait donc un contrôle des retraits ( motif à déclarer par exemple ) et des dépôts ( origine à justifier ) d’espèces, ou bien la suppression totale des espèces comme les technologies modernes le permettraient.

- la « circulation » de la monnaie scripturale emprunte aussi des circuits internationaux hors de portée d’un contrôle national. Il faudrait donc un contrôle des entrées et des sorties de capitaux hors la zone monétaire concernée.

- enfin et surtout , le méli-mélo que constitue le système à réserves fractionnaires ( qu’une petite minorité seulement comprend ) est une porte ouverte à bien des abus. Il faut savoir qu’ aujourd’hui il n’existe pas, comme on le pense spontanément, qu’une seule monnaie de compte ; il en existe autant qu’il existe de banques commerciales indépendantes plus une, celle de la Banque Centrale dite monnaie de base. Néanmoins tous ces comptes comptabilisent des valeurs portant le même nom, et cela de manière parfaitement trompeuse . Quand vous détenez 1000 € sur votre compte à la BNP, ceux-ci ne sont pas strictement équivalent à 20 billets de 50 €. C’est un engagement de la BNP à vous fournir jusqu’à 1000 € en espèces, c’est à dire en monnaie centrale, si vous le lui demandez , mais cela ne veut en aucun cas dire que ces espèces existent et sont aux mains de la banque. Vous n’êtes pas son seul client et comme, en temps normal, ceux-ci ne demandent aujourd’hui en moyenne que 15 % environ de leurs dépôts en espèces, on peut sans se tromper affirmer que si vous avez 1000 € en compte, la BNP n’en détient réellement en moyenne que 150 dans ses comptes. Il serait trop long ici de réexpliquer en détail le système des réserves fractionnaires mais on peut résumer celui-ci de la manière suivante : les monnaies de compte bancaires sont des monnaies scripturales privées normalement garanties par chaque banque et à qui ne correspond que 15 % en moyenne de monnaie de base ( monnaie de compte en Banque Centrale échangeable en espèces ) . Ce système résulte d’une longue évolution historique combinant les besoins de l’économie réelle et la soif de profit des banques. Les monnaies étant désormais totalement dématérialisées ( sans liens avec la rareté des métaux précieux qui n’ont plus que leur valeur propre ), il est non seulement possible mais hautement souhaitable pour assainir la situation que ne soit plus utilisée qu’une seule monnaie de compte, la monnaie de Banque Centrale garantie par la puissance publique. Cette proposition est connue depuis longtemps dans les théories monétaires sous le nom de «  100 % monnaie ».

Résumons-nous.

La monnaie scripturale ne circule pas comme les espèces ; ce sont des informations qui circulent et il en est pris acte au niveau des comptes en monnaie scripturale ou monnaie de compte.

Un compte bancaire doit garantir la valeur des quantités de monnaie comptabilisées, la rigueur des modifications qui y sont apportées et identifier sans ambiguité le titulaire.

Pour éviter les fraudes, il faut surveiller l’origine des dépôts et la destination des retraits en espèces, surveiller et réglementer les entrées et sorties de capitaux aux frontières de la zone monétaire, et n’utiliser qu’un seule monnaie de compte, c’est à dire mettre en place le « 100 % monnaie ».

Comment « dire » une monnaie moderne ?

Techniquement on pourrait, aujourd’hui, supprimer la circulation des espèces. Elle a été, historiquement, au coeur des systèmes monétaires traditionnels liés aux métaux précieux et pourrait disparaitre avec eux. Les billets de banques n’ont d’ailleurs été initialement que des engagements d’une autorité – une banque ou un état – à fournir, en échange de ces billets, une certaine quantité de métal précieux.

Une monnaie de compte ne circule pas vraiment. Elle n’est que l’enregistrement des états successifs des avoirs monétaires de personnes physiques ou morales identifiées. Dans l’économie réelle ces états successifs sont directement induits par des échanges réels. Ils signifient aussi, en principe, l’accord de deux parties sur un niveau de valeur.

Le teneur de compte est un peu comme le notaire qui enregistre et modifie les titres de propriétés. Les titres de propriété sont constitués de plusieurs pages identifiant les vendeurs et acheteurs, décrivant en détail l’état du bien immobilier, les conditions financières de la vente …

Si l’on devait produire un texte à propos d’un compte en banque, que pourrait-il être ? L’exercice aurait le mérite de nous obliger à en bien comprendre la nature qui est d’ordre juridique.

Conformément à ce qui a été dit précédemment, faisons cet exercice dans le cadre d’une monnaie souveraine ( émise par la puissance publique ) et du « 100% monnaie » ( taux de couverture bancaire de 100 %, c’est à dire une seule monnaie de compte).

Mettons d’abord des mots sur un simple « mouvement » entre deux comptes.

Il y a obligatoirement deux agents économiques, en tout cas deux comptes courants. Il peut aussi y avoir deux teneurs de comptes. L’agent qui va diminuer son compte ( donc celui qui a reçu le bien ou service réel ) diffuse aux teneurs de comptes une information portant que son identité, celle de son partenaire à l’échange et la valeur échangée. Les teneurs de compte s’exécutent sans que la masse monétaire soit en quoique ce soit changée.

Chaque compte garde sa signification, les valeurs monétaires s’ajoutant ou se soustrayant au total existant préalablement. Cette signification est : « L’autorité monétaire publique reconnaît devoir à l’agent identifié X la valeur monétaire Sx portée au bilan de son compte. »

Cependant il arrive que la masse monétaire change ou soit appelée à changer.

On imagine aisément que l’autorité monétaire puisse accorder un prêt à un agent Y selon le processus habituel qui est un échange croisé de dettes. L’emprunteur reconnaît devoir au prêteur une somme de valeur p ; et le prêteur-émetteur ( ici l’autorité monétaire publique ) approvisionne le compte de Y, ce qui revient à dire : « L’autorité monétaire publique reconnaît devoir à l’agent identifié Y la valeur monétaire Sy portée au bilan de son compte. »

Si au lieu d’un prêt à Y, on considère un fournisseur Z de l’état, il apparaît évident que l’autorité monétaire agissant au nom de l’état peut aussi le payer tout simplement en approvisionnant son compte, ce qui revient à dire : « L’autorité monétaire publique reconnaît devoir à l’agent identifié Z la valeur monétaire Sz portée au bilan de son compte. »

Ce second cas est au moins aussi justifié que le précédent et de toute façon plus compréhensible et logique ; quelle est en effet la logique d’un échange de dettes croisées ? Il serait bon que quelqu’un y mette des mots ! Au contraire, le paiement d’un fournisseur de l’état est la monétisation simple et légitime d’une dette publique.

Il est de plus en plus connu que la masse monétaire accessible à l’économie est augmentée par les emprunts auprès des banques et se trouve diminuée par leurs remboursements. Quel processus diminuera la masse monétaire si on l’augmente par monétisation de dépenses publiques ?

Il s’agit bien entendu de la démonétisation des recettes publiques.

Quand l’état doit faire une recette, c’est qu’il détient une créance qui signifie :«  L’ agent identifié X reconnaît devoir à l’autorité monétaire publique la somme s »

Cette créance est à considérer face au compte de X qui signifie quant à lui, comme on le sait : « L’autorité monétaire publique reconnaît devoir à l’agent identifié X la valeur monétaire Sx portée au bilan de son compte. »

Il est donc parfaitement logique de procéder à l’annulation réciproque de créances pour la valeur s, tout simplement en diminuant le compte de X de la valeur s. La masse monétaire – en fait le total de la dette publique non chargée d’intérêts – est donc réduite de s.

Notre propos est donc susceptible de décrire un circuit monétaire autonome et fermé au sein d’une zone monétaire donnée. La monnaie souveraine qui y circule nait des dépenses collectives en faveur des citoyens et disparaît dans les contributions citoyennes à la collectivité. Elle est donc disponible à volonté, sans charges financières et dans la quantité souhaitable. Entre son émission et sa destruction elle circule entre les agents économiques sans préjuger du type d’économie en place.

Comment, dans ces conditions, concevoir les échanges avec les autres zones monétaires. Celles-ci sont autant d’autorités différentes usant d’unités monétaires différentes. Il convient donc d’être encore plus précis dans la signification d’un compte.

On pourrait le dire ainsi : « L’autorité monétaire publique reconnaît devoir à l’agent identifié X la valeur monétaire Sxα exprimée en unités de compte Uα et portée au bilan de son compte . »

On est ainsi en présence de quatre caractéristiques :

- l’autorité qui s’engage

- l’agent bénéficiaire

- la valeur monétaire

- l’unité de valeur monétaire.

Considérons ici le cas d’une exportateur X payé par son partenaire étranger Y en monnaie étrangère de l’autorité publique β. Il reçoit donc un titre qui signifie : « L’autorité monétaire publique β reconnaît devoir à l’agent identifié X la valeur monétaire Sxβ en unités de compte Uβ à porter au bilan du compte de cet agent X. » Or ce compte est exprimé en unités Uα. Il y a donc nécessité d’un taux de change entre Uβ et Uα. Mais cela n’est pas suffisant car c’est aussi l’autorité α qui est engagée vis à vis de X dans son compte en unités Uα et non pas l’autorité β. Si donc X ne dispose pas d’un autre compte en unités Uβ ( ce qui est le cas général ), il faut que l’autorité α rachète la créance de X sur l’autorité β à un taux de change « interne» défini par elle-même. A l’issue de l’opération

- l’agent x est propriétaire d’une créance sur α , soit en la verbalisant et de manière tout à fait classique : « L’autorité monétaire publique α reconnaît devoir à l’agent identifié X la valeur monétaire Sxα exprimée en unités de compte U et portée au bilan de son compte . ».

- l’autorité monétaire α détient une créance sur l’ autorité monétaire β , créance qui peut être exprimée par : « L’autorité monétaire publique β reconnaît devoir à l’autorité monétaire publique α la valeur monétaire Sxβ en unités de compte Uβ , valeur à porter au bilan des avoirs de α. ».

Les avoirs monétaires de l’agent X sont donc ainsi intégrés à l’économie « intérieure », celle relevant de l’autorité monétaire α .

>Pour traiter du devenir de la créance de l’autorité α sur l’autorité β , il convient de considérer que cette dernière détient de son coté des créances sur l’autorité α , que l’on exprimera par :« L’autorité monétaire publique α reconnaît devoir à l’autorité monétaire publique βla valeur monétaire Syα en unités de compte Uα, valeur à porter au bilan des avoirs de β. ». Les autorités α etβ sont donc en situation de négocier une annulation réciproque de créances à un taux de change « externe » sur lequel elles ont à s’entendre. L’accord nécessaire se fera soit au cas par cas, soit par convention d’une « unité de compte commune » souvent qualifiée à tort de « monnaie commune ». Une monnaie est en effet une reconnaissance de dette, tandis qu’une unité de compte commune n’ est qu’un accord sur un taux de change entre au moins deux parties.

Les taux de change, aussi bien « interne » que « externe » sont des actes politiques. Ceci ne signifie pas qu’ils puissent totalement ignorer les taux de change éventuellement pratiqués par ailleurs, à leurs risques et périls et en transactions privées, entre les agents économiques. Cependant la monnaie souveraine marquerait la fin de la « pénurie monétaire entretenue » sur laquelle repose le fonctionnement dévastateur de nos sociétés actuelles.

Conséquences pratiques :

Utopie dirons certains. Est-ce si sûr ?

Car aujourd’hui, c’est déjà la puissance publique, les contribuables en fait, qui garantissent la monnaie. Celle-ci est émise par le truchement d’une Banque Centrale Européenne, laquelle est bizarrement déclarée totalement indépendante des pouvoirs publics bien qu’ elle apartienne à diverses banques centrales nationales (dont certaines hors de la zone euro). Tant pis pour la cohérence d’une telle logique.

Que se passe-t-il régulièrement ? L’état est légalement obligé d’emprunter aux banques les sommes qui lui manquent, ne serait-ce que parce qu’il va rembourser un emprunt précédant ( ce qui serait le cas même si le déficit était récuit à zéro ! ). Il reçoit donc des banques S euros prêtés pour une durée fixée et au taux I, contre la remise de titres de reconnaissance de dette à ces banques. Celles-ci en échange de ces titres souverains peuvent se refinancer auprès de la BCE au taux i et pour un total de S euros. Résultat : il existe bien S euros supplémentaires ( ceux issus du refinancement ). Il y a création monétaire de S euros comme conséquence de l’emprunt de l’état mais celui-ci est contraint de payer des intérêts aux banques qui bénéficient de l’écart de taux I – i .

En résumé : l’état émet sa monnaie mais par un processus que le conduit, d’une part à payer des intérêts aux banques et d’autre part à devoir périodiquement leur ré-emprunter.

Ce système génère un alourdissement progressif et indéfini de la dette publique. C’est une pénurie monétaire organisée qui permet à quelques très riches – n’ayons pas peur de mots – de tenir l’économie et par là la société. A supposer même qu’une admirable « règle d’or » en vienne à permettre de stabiliser cette dette publique, nous atteindrions un état permanent dans lequel nous payerions tous indéfiniment notre monnaie aux plus riches. Dit autrement, les producteurs continueront obligatoirement de payer indéfiniment leur tribu aux possédants. Est-ce bien cela l’avenir que nous choisissons ?

Donc nous payons collectivement pour notre monnaie, celle que nous garantissons. Mais, le plus souvent, nous payons aussi individuellement un deuxième fois. Car non seulement l’état emprunte aux banques, mais toute l’économie le fait aussi. Certes tous les agents économiques ne sont pas endettés, mais savez-vous que toute l’épargne des uns vient des emprunts des autres ?

Quand le système bancaire dispose de S euros, croyez-vous qu’il le laisse en Banque Centrale ? Ne va-t-il pas plutôt le prêter pour engranger des intérêts ? La réponse est inattendue : oui, la monnaie des banques est reprêtée ; chaque euro est même prêté plusieurs fois ( 4 à 6 fois ! ) parce que, justement, il reste en Banque Centrale ! Ainsi, en pratiquant des taux, par exemple, de 5 % , les rentrées d’intérêts atteignent en fait 20 à 30 % !

Comment cela peut-il se faire ? C’est très simple quoique fort subtil. Sur les comptes des banques en Banque Centrale, il y a de « vrais euros », des euros dits « de base », ceux garantis par les états. Mais sur les comptes des agents économiques en banques commerciales, il n’y a pas de vrais euros, mais uniquement les promesses de chaque banque commerciale de fournir de vrais euros sur demande des clients. Ayant constaté que ces clients ne demandent pas si souvent des euros « de base » les banques commerciales peuvent se permettre dans les faits de faire environ 4 à 6 fois plus de promesses que ce dont elles disposent réellement en Banque Centrale. Statistiquement ce système fonctionne correctement en général et en situation normale, c’est à dire qu’il fournit effectivement de vrais euros quand on le lit demande. De vrais euros sont demandés dans deux cas : quand on retire des billets et quand on fait un chèque ou un virement vers une autre banque ( car il faut savoir que les banques n’utilisent entre elles que de vrais euros, des « euros de base » et non pas des euros bancaires qui ne sont que des « promesses d’euros de base »). Les euros bancaires étant au contraire largement utilisés dans l’économie, les intérêts versés aux banques proportionnellement aux crédits accordés en euros bancaires permettent à ces banques d’acquérir l’équivalent en richesses réelles produites par l’économie.

En résumé, les banques sont autorisées à prêter communément beaucoup plus que leurs avoirs monétaires. C’est le principe bancaire qui distingue clairement une banque d’un simple établissement financier lequel n’est habilité qu’à prêter l’épargne préalablement collectée. Cependant une banque est aussi un établissement financier mais un établissement financier n’est pas toujours une banque. (Ceci ne manque pas d’embrouiller encore plus la compréhension du fonctionnement des banques, y compris, hélas, pour des banquiers et des économistes ! )

Serait-il si utopique que l’état n’accepte plus de payer les banques pour la monnaie que lui-même garantit ? Serait-il si injuste et irréaliste que les banques ne puissent, comme tout un chacun, prêter qu’une seule fois leurs avoirs monétaires ? C’est ce en quoi consiste la proposition connue en économie sous le nom de «100 % monnaie ». Il ne suffit pas de s’insurger contre le capitalisme ; il faut exiger le passage au « 100 % monnaie » – qui correspond à la logique que nous avons tenté d’ expliciter ci-dessus. C’est sans doute la seule issue pour sortir de l’effondrement mortel qui semble se préparer. Surtout, c’est l’espoir de pouvoir libérer les efforts de toute sorte, absolument nécessaires pour faire face aux défis réels de notre temps : le changement climatique, l’épuisement des matières premières, l’alimentation des populations humaines, la résorption d’inégalités de plus en plus intolérables, et plus généralement l’avènement de sociétés humaines harmonieuses et pacifiées.

Une colère compréhensible monte chez ceux qui prennent conscience des méfaits de la pénurie monétaire entretenue et de la finance qui en joue. Ils doivent la muer en une détermination sereine mais inflexible à mettre en oeuvre les moyens qui changeraient enfin durablement la donne.

Jean Jégu.
4 avril 2012


237 – Chartalisme (extraits wikipedia)

9 avril 2012

Le chartalisme, du latin charta signifiant « papier, écrit » est une théorie monétaire dans laquelle la monnaie est un bon, un avoir, un coupon pour des taxes à payer. L’argent ainsi créé est appelé monnaie fiduciaire, sa valeur découle des taxes dont il permet de s’acquitter, puis du désir qu’ont les individus d’en épargner pour se les échanger avant même de payer de ces taxes. L’État crée la monnaie en dépensant, et détruit cette monnaie en la taxant : la fiscalité sert alors à revendiquer la monnaie et à contrôler la masse totale de monnaie en circulation. La fiscalité devient un outil monétaire essentiel au maintien de la valeur d’échange de la monnaie. Le chartalisme connait un approfondissement et un renouveau important depuis les années 1990 avec le néochartalisme

Le Chartalisme

La théorie originale fut développée par l’économiste Georg Friedrich Knapp au début du 20e siècle avec d’importantes contributions de la part du juriste Alfred Mitchell-Innes. En 1930, elle a influencé le Traité sur la monnaie de John Maynard Keynes1. Pour insister sur le fait que cette monnaie résulte d’actes souverains, cette monnaie fiduciaire est souvent renommée monnaie souveraine, Knapp donne sa définition et l’appelle monnaie valuta : c’est le moyen de paiement définitif, c’est-à-dire n’impliquant aucun paiement ultérieur, au contraire des monnaies de crédit. La portée empirique de cette théorie est très particulière : elle est universelle car il est impossible de ne pas décider en premier d’émettre cet artefact humain qu’est la monnaie, pour qu’ensuite on puisse ne dépenser que ce qu’on a acquis ; mais elle est presque aussi universellement méconnue au point que, le plus souvent, le souverain s’encombre de contraintes artificielles, comme la convertibilité en or à taux fixe, ou de l’emprunter au préalable. Ces contraintes supplémentaires n’influent pas sur les mécanismes de création et de destruction monétaire, uniquement sur les décisions de le faire. Ainsi, un souverain peut décider de cesser d’émettre de la monnaie simplement parce qu’il s’effraie de la faiblesse de la couverture en or de sa monnaie. Il peut aussi recouvrer sa pleine souveraineté simplement en refusant de promettre une quantité fixe d’or pour chaque unité monétaire, par exemple à l’occasion d’une guerre. Knapp avait prévu avec sept décennies d’avance que ce ne serait pas éternellement temporaire et réservé aux crises, mais deviendrait la règle, et il le déplorait.

Le Néochartalisme

Divers auteurs sont parvenus à leur tour jusqu’aux découvertes de Knapp, mais avec un grand enthousiasme. Warren Mosler le fit grâce à son expérience de financier américain et l’appela soft currency economics (science économique de la monnaie douce, littéralement). Le professeur australien William Mitchell le fit en recherchant les conditions du plein emploi, et l’appela Modern Monetary Theory (Théorie Monétaire Moderne, ou MMT). Larry Randall Wray le fit en redécouvrant les travaux de Knapp, via Keynes, et l’appela Neochartalism, mais reprit plus tard à son compte le terme Modern Monetary Theory avec les autres professeurs américains l’ayant rejoint. Il semble donc que l’appellation de ce jeune courant de pensée (initié dans les années 1990) formé de la fusion de ces différentes approches semblables se stabilise autour de Modern Monetary Theory. Toutefois, c’est comme neochartalism qu’il fut publicisé par The Economist, et néochartalisme est la seule traduction française connue. Les néochartalistes se sont encore nourris de précurseurs ayant fait en leur temps la redécouverte des trouvailles de Knapp, comme Abba Patchya Lerner après-guerre en poursuivant la quête de stabilité économique de Keynes, et sa finance fonctionnelle. Ce dernier était alors si hégémonique que des libéraux aussi fermement convaincu que Milton Friedman ont prôné la création monétaire souveraine pure et simple.

Transactions verticales

Sont ainsi appelées toutes les transactions impliquant l’État, c’est-à-dire principalement le Trésor, et éventuellement la Banque Centrale. Peu importe ici que l’autre partie soit nationale ou étrangère, ce qui compte c’est que l’un soit émetteur de la monnaie souveraine, alors que l’autre n’est qu’utilisateur de cette monnaie. De manière inhérente à la construction comptable, la dépense nette de l’État ajoute son montant à la trésorerie de l’utilisateur de la monnaie, et la recette nette de l’État ôte son montant à la trésorerie de l’utilisateur de la monnaie ; on dit que le déficit public est enregistré comme actif net supplémentaire pour les autres secteurs, et qu’à l’inverse, le surplus budgétaire de l’État est enregistré comme diminution des actifs nets des autres secteurs. Aussi, par définition, le revenu net de l’État, celui du secteur privé et celui de l’étranger s’annulent : (T – G) + (S – I) – BC = 0, avec T les recettes de l’État, G ses dépenses, S l’épargne privée, I l’investissement privé, et BC la balance courante donnant le revenu net dégagé par l’économie nationale sur l’étranger (il faut donc l’inverser pour avoir le revenu net de l’étranger). C’est une équation comptable, et non une équation de modélisation économique, elle est universellement vérifiée. On peut la lire ainsi : (S – I) = (G – T) + BC, c’est-à-dire que l’épargne privée nette est égale à la somme du déficit public et de la balance courante, donc que le secteur privé ne peut épargner que si un État s’autorise un déficit ou si l’étranger est lui-même en déficit.

Cette constatation va à l’encontre de l’opinion dominante affirmant que l’État doit rembourser tôt ou tard ses déficits budgétaires. Il faut un déficit pour monétariser une économie, un déficit pour financer la croissance, et encore un déficit pour financer l’épargne du secteur privé lorsqu’il souhaite rembourser ses dettes avant de croître à nouveau. Il se peut qu’il soit souhaitable, pour un néochartaliste, que le budget public fasse un surplus (l’inverse d’un déficit), mais en pratique, ce sera éphémère, de faible volume, et en aucun cas la somme de tous les surplus budgétaires n’égaliseront la somme de tous les déficits précédents. Voici le cas des États-Unis résumé par le professeur Wray :

« À une brève exception près, le gouvernement fédéral a été endetté chaque année depuis 1776. En janvier 1835, pour la première et seule fois de toute l’histoire des U.S.A., la dette publique fut éliminée, et un surplus budgétaire fut maintenu les deux années suivantes pour accumuler ce que le Secrétaire au Trésor Levi Woodbury appela « un fond pour faire face aux futurs déficits. » En 1837 l’économie s’effondra en une grande dépression qui mit le budget en déficit, et le gouvernement a toujours été endetté depuis. Depuis 1776 il y eut exactement sept périodes de surplus budgétaires substantiels avec une réduction significative de la dette. De 1817 à 1821 la dette nationale baissa de 29 % ; de 1823 à 1836 elle fut éliminée (les efforts de Jackson) ; de 1852 à 1857 elle chuta de 59 %, de 1867 à 1873 de 27 %, de 1880 à 1893 de plus de 50 %, et de 1920 à 1930 d’environ un tiers. Bien sûr, la dernière fois que nous avions un surplus budgétaire était durant les années Clinton. Je ne connais pas de ménage qui fut capable d’avoir un budget en déficit pendant approximativement 190 des 230 et quelques dernières années, et d’accumuler des dettes virtuellement sans limite depuis 1837.
Les États-Unis ont également connu six périodes de dépression. Les dépressions commencèrent en 1819, 1837, 1857, 1873, 1893, et 1929. (Ne remarquez-vous rien ? Jetez un œil aux dates listées au-dessus.) À l’exception des surplus de Clinton, chaque réduction significative de la dette en cours fut suivie d’une dépression, et chaque dépression fut précédée par une réduction de dette significative. Le surplus de Clinton fut suivi par la récession de Bush, une euphorie spéculative, et maintenant l’effondrement dans lequel nous nous trouvons. Le jury délibère encore pour savoir si nous pourrions réussir à en faire une nouvelle grande dépression. Bien qu’on ne puisse jamais éluder la possibilité d’une coïncidence, sept surplus suivis par six dépressions et demi (avec encore quelque possibilité pour en faire la parfaite septième) devrait faire hausser quelques sourcils. Et, au passage, nos moins graves récessions ont presque toujours été précédées par des réductions du budget fédéral. Je ne connais aucun cas de dépression engendrée par un surplus du budget des ménages. » Source de la traduction.

Cette histoire traverse divers systèmes monétaires (étalon or, étalon change or, monnaie souveraine) et on peut y constater le hiatus entre la nature irrévocablement néochartaliste de la monnaie de l’État et l’utilisation que l’État en fait dans le cas de la dépression de 1837 : non seulement les surplus budgétaires ont totalisé tous les déficits en 1835, mais le Trésor accumula encore deux années de surplus, jusqu’à la dépression de 1837. Cela s’explique par le fait que le système adopté était celui de l’étalon-or, donc, l’État pouvait épuiser son secteur privé à lui fournir inutilement de l’or, drainant la trésorerie du secteur privé, alors même qu’il n’y avait de risque futur de défaut étatique que par ce choix de l’or. Comme toujours, lorsque l’économie devient trop fragile, les agents économiques simples utilisateurs de la monnaie restreignent leurs dépenses de peur de faire faillite à leur tour, ce qui perpétue la dépression… Dans le cas d’une monnaie souveraine (l’État ne s’est pas encombré d’un autre moyen de paiement définitif dans lequel sa monnaie est convertible à taux fixe et dont il n’est pas l’émetteur, c’est-à-dire dans lequel il s’est mis en position de faire éventuellement défaut), il n’aurait pas été possible d’arriver jusqu’en 1835, car la monnaie souveraine perdue (pièce de monnaie dans la nature, billet brûlé par Serge Gainsbourg) ou farouchement épargnée n’aurait pas pu être récupérée…

Fondé sur ces constatations, le néochartalisme recommande un budget fortement contra-cyclique, une monnaie fiduciaire dont l’État dispose du monopole d’émission, la taxation en cette seule monnaie, de ne jamais administrer des plans d’austérité en période de crise mais de faire des stimulus. Elle prône également, pour que les stabilisateurs soient encore plus efficaces, l’instauration d’une agence d’État employeuse type WPA chargée d’employer à salaire universel fixe tous ceux qui le désirent, ce qui constituerait un stock-tampon d’employés pour le privé autrement plus efficace et plus humain que la masse actuelle des chômeurs… Cette dernière, dénommée Job Guarantee (JG) ou Employer of Last Resort (ELR) en anglais est généralement traduite par Employeur en Dernier Ressort (EDR) en français.

(à suivre)


233 – Mythes et dogmes (2)

24 février 2012

De l’excellent site d’Alain Grandjean
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Pour en finir avec le Dogme

Posté le janvier 19th, 2012

(Cet article fait suite à une série de posts sur le Dogme)

Nul ne peut affirmer que l’Euro va survivre à 2012, année de très grosses émissions obligataires de la part des Etats européens  et des banques. La perte du  Triple A[1] est de mauvais augure tout comme le blocage de la négociation avec les créanciers privés de l’Etat grec ; il semble bien que certains fonds, « gavés » de CDS n’aient pas intérêt à apporter leurs titres sur la table[2]. Sur un plan complètement différent, nul ne sait si la combinaison d’un durcissement des opinions publiques américaines et israéliennes,  de tensions avec l’Iran, et de pression sur le pétrole ne va pas conduire aux scénarios malheureusement les plus classiques de sortie de crise économique : des conflits qui réactivent les dépenses militaires. En revanche, il est clair que nous vivons les derniers jours de la toute-puissance du Dogme. Il montre chaque jour un peu plus sa nocivité et son inadéquation aux réalités. Mais il est cependant encore vivace, et son agonie pourrait être longue et coûteuse pour ceux et celles dont il exige le sacrifice. Il reste donc essentiel de l’achever !

Au fait de quoi s’agit-il ? Il y a quelque temps on parlait de « pensée unique », certains évoquent «l’ ultra-libéralisme ou le néo-libéralisme [3] ». Si vous avez la chance de parler en petit comité avec un thuriféraire de cette « pensée » il va vous présenter comme scientifiquement acquises[4] quelques idées simples. Le dogme tient en ces quelques idées, évidemment abondamment justifiées par moult études et « exemples archétypiques »[5] et par ailleurs adroitement compliquées pour que le commun des mortels ait le sentiment que tout cela c’est du solide mais que ça le dépasse …

Ce  Dogme a évidemment des variantes en fonction des contextes historiques géographiques et institutionnels. On doit à John Williamson de l’avoir formulé dans le cadre des plans de restructuration (dits également « plans d’ajustement structurels ») pilotés par le FMI. C’est le « consensus de Washington ». En voici une version en quelques phrases[6].

  1. Stricte discipline budgétaire visant à équilibrer les comptes publics en limitant les dépenses publiques
  2. Discipline budgétaire s’accompagne d’une réorientation[7] des dépenses publiques des secteurs offrant à la fois un fort retour économique sur les investissements, et la possibilité de diminuer les inégalités de revenu (soins médicaux de base, éducation primaire, dépenses d’infrastructure) ;
  3. Réforme fiscale (élargissement de l’assiette fiscale, diminution des taux marginaux) visant en théorie à favoriser la création de richesses[8] ; en pratique elle conduit à augmenter massivement les inégalités.
  4. Libéralisation des taux d’intérêt et leur  fixation sur le marché
  5. Taux de change unique et compétitif et bien sûr mise en place de changes flottants
  6. Libéralisation du commerce extérieur  pour mettre en place le libre-échange des marchandises
  7. Elimination des barrières aux investissements extérieurs (libre circulation des capitaux)
  8. Privatisation des monopoles ou participations ou entreprises de l’État, qu’il soit — idéologiquement — considéré comme un mauvais actionnaire ou — pragmatiquement — dans une optique de désendettement ; l’Etat doit se limiter aux fonctions régaliennes (sécurité intérieure, armée, justice) et au plan économique à assurer une concurrence libre et non faussée entre les agents économiques.
  9. Dégréglementation des marchés (par l’abolition des barrières à l’entrée ou à la sortie) ;
  10. Protection de la propriété privée, dont la propriété intellectuelle. Plus généralement l’idée que l’entreprise doit être gérée en fonction des intérêts exclusifs de ses actionnaires[9].

Dans le cadre de l’Euro[10], se rajoute ce qui concerne la gestion de la monnaie qu’on peut résumer en quelques phrases :

  • 11 : La monnaie (M1 celle qui circule dans l’économie) est créée par les banques secondaires et c’est bien ainsi. La Banque centrale ne doit créer que la monnaie centrale (M0, pour assurer la liquidité du système bancaire) et agir sur les taux d’intérêt pour piloter la création monétaire de second rang. Techniquement elle doit appliquer la « règle de Taylor «  qui permet de calculer, en théorie, le taux à court terme souhaitable en fonction de quatre critères simples[11].
  • 12 : Le problème économique majeur c’est l’inflation, source de distorsions économiques et potentiellement de graves désordres. L’inflation est toujours un phénomène d’origine monétaire. La monnaie ne peut avoir d’effet sur l’activité économique.
  • 13 : La banque centrale doit avoir  pour mission exclusive de limiter la hausse des prix à une cible étroite (2 à 2,5%) ; pour ce faire elle doit rester indépendante des gouvernements. Il en résultera des taux d’intérêt à long terme les plus bas possibles
  • 14 : Elle ne doit en aucun cas financer les déficits publics (par monétisation de la dette)  pour éviter tout dérapage budgétaire  et être un des garants du point 1 de la doxa.

Un échec retentissant

Ce dogme a effectivement bien été mis en œuvre dans les dernières décennies. Concernant la zone Euro, il a même acquis la force d’un traité : c’est le cœur technique du Traité de Maastricht, transformé en traité de l’Union Européenne. Il a conduit à un désastre économique, social et écologique. Certaines des réformes qu’il a permises étaient de bon sens : mettre de la concurrence quand on peut et sortir des monopoles (ou pire de la domination d’administrations corrompues) est évidemment souhaitable.

Mais aucune des assertions qu’il considère comme « toujours vraies » ne résiste à l’analyse critique. Les économistes les ont toutes  démontées.[12] Le problème du Dogme c’est bien son caractère dogmatique… Limitons nous à trois  exemples.

  1. Il est faux de dire que l’inflation est toujours d’origine monétaire. La hausse des prix que nous avons subie dans la décennie 70 provient évidemment du choc pétrolier. Inversement c’est le contre-choc pétrolier et non la hausse des taux d’intérêt décidée par  le président de la Banque Fédérale américaine Paul Volcker en 1979 qui a permis de retrouver une inflation basse à partir de la fin des années 80.
  2. Il est faux de dire que la « grande modération » c’est-à-dire la faible hausse des prix de détail (hors logement) que les économies occidentales ont connue depuis la fin des années 80 est due à la politique monétaire des banques centrales. C’est une coïncidence. La pression sur les prix due à la concurrence des pays émergents et la désindexation des salaires en est une explication bien plus convaincante.
  3. Le libre-échange ne conduit pas à un optimum économique ni en théorie[13] , ni en pratique. Le protectionnisme s’est pratiqué sous bien des formes (via les normes, la gestion des prélèvements obligatoires, ou via les tarifs) et dans bien des cas au bénéfice des parties considérées.

Les faits ont démontré l’échec du Dogme. La crise écologique et la tension sur les ressources s’aggravent. Les crises financières se multiplient et montrent que les marchés financiers ne sont pas efficients (points 7 et  9 du Dogme). Les dettes publiques et privées échappent à tout contrôle.  La Banque Centrale est amenée à contrevenir à sa propre doctrine en prêtant massivement  aux banques pour leur éviter la faillite. Le chômage et  la sous-activité non choisie  restent  un fléau majeur de nos économies. Les inégalités s’accroissent au point de devenir socialement intolérables. Les revenus financiers deviennent aberrants, leur part du revenu national sans rapport démontrable avec leur intérêt social…Cette croissance est évidemment due à la  possibilité pour ces acteurs de bénéficier d’effets de levier considérables (la création monétaire bancaire permettant de développer l’activité de crédit vers les opérations de marché les plus rentables et les plus risquées. Elle a permis la création de mastodontes bancaires « too bigs too fail » se mettant en position de chantage et dont le sauvetage a nécessité une intervention massive des Etats et a engendré une part significative de leurs difficultés actuelles en Europe.

Mettre au pas la finance.

Ayant fait table rase du Dogme,  il nous reste maintenant à proposer des solutions pour sortir du guêpier.  A l’évidence il va falloir agir sur le cœur du capitalisme financier actuel qui est à l’origine de nombre de nos désordres et qui est le plus ardent défenseur du Dogme. Il va falloir en particulier réarmer financièrement les Etats face aux puissances financières considérables des marchés et des banques[14]. L’ampleur et la vitesse de la crise énergétique et écologique nécessitent un programme d’investissements que seul les puissances publiques pourront assumer, par création monétaire directe de la Banque Centrale[15]. Mais sans régulation simultanée des marchés financiers ces liquidités finiront par se retrouver dans les « trous noirs » que constituent ces marchés, alimenter la production de bulles et tous les désordres qui en résultent.

Les propositions centrales, au plan monétaire et financier[16],  vont consister à :

  • mettre la création monétaire au service d’un grand plan de transition énergétique et écologique pour accélérer la transition de notre modèle de développement vers un modèle soutenable, bas carbone et sobre en ressources.
  • faire la chasse aux paradis fiscaux, interdire les opérations de gré à gré pour que la réglementation des activités bancaires et financières redeviennent possible, abolir la directive M.I.F.[17].
  • mettre en place des règles qui interdisent les activités les plus déstabilisantes[18], permettent de réduire l’effet de levier et encadrent les activités spéculatives légitimes.
  • séparer les activités bancaires socialement indiscutables  (prêts aux particuliers et aux entreprises de l’économie réelle, gestion de l’épargne, gestion des couvertures de risques ..) qui peuvent et doivent bénéficier de garanties publiques (notamment des dépôts bancaires) des activités de marché ou des activités de capital investissement.
  • imposer des règles comptables  qui ne permettent pas de camoufler une situation désastreuse [19]et des ratios prudentiels qui soient plus exigeants et contracycliques [20]

Il faut évidemment rentrer dans le détail de ces mesures pour qu’elles puissent être applicables.

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Notes :

[1]Qui a comme effet principal d’augmenter le coût du crédit, à la fois pour l’Etat français, mais en cascade aux administrations territoriales, au FEFS (car la décision ne concerne pas que la France,) et aux grandes entreprises. Cette perte n’est en soit pas la fin du monde mais elle contribue, dans le cadre de la pensée unique, à renforcer des mesures d’austérité, absurdes. Voir par exemple l’article d’Henri Sterdyniak dans le journal LIbération du 17 janvier

[2] Voir la Tribune du …

[3] En Allemagne on parle aussi d’ordolibéralisme

[4] Et il pensera que si vous ne les partagez pas c’est sans doute que votre formation économique laisse à désirer…

[5] Comme l’hyperinflation de Weimar en 1923 supposée démontrer que la « planche à billets » c’est toujours inflationniste…alors que la cause des difficultés économiques de l’Allemagne est tout simplement l’exorbitant montant des réparations de guerre exigées lors du traite de Versailles (voir la monnaie dévoilée) . Ou comme le danger du protectionnisme « démontré » par la crise de 1929, qui a en effet conduit à des comportements protectionnistes, sans que ceux-ci soient la cause de la dite crise (voir inévitable protectionnisme).

[6] Je me suis inspiré de l’article correspondant dans Wikipédia

[7] On ne peut qu’être favorable à ce point 2 qui vise les Etats de la planète les plus corrompus où les « dépenses publiques » visent essentiellement l’enrichissement des dirigeants

[8] Poussé dans ses retranchements le « néolibéral » affirmera que les inégalités sont nécessaires à la croissance économique. Position très proches des économistes classiques pour qui la pauvreté était un stimulant économique indispensable…

[9] Suivant les recommandations de Milton Friedmann dans un article célèbre paru en 1970 dans le New York Times  Magazine.

[10] Qui est paradoxalement d’essence plus disciplinaire encore que la vision anglo-saxonne du rôle des banques centrales. Ce paradoxe est lié à la difficulté d’une politique monétaire unique dans une « zone monétaire » évidemment non optimale où la compétition entre Etats pourrait conduire certains d’entre eux à des comportements de passagers clandestins, bénéficiant des efforts des autres sans les faire eux-mêmes.

[11] Le taux de croissance, le « différentiel de croissance » (out-put gap) entre la croissance observée et la croissance potentielle, le taux d’inflation  observé et le taux d’inflation cible. N’insistons pas ici sur le fait que le PIB est un très mauvais indicateur macroéconomique puisqu’il ne tient aucun compte des enjeux écologiques…

[12] La littérature académique est abondante sur ce sujet. Il suffit de lire les ouvrages de quelques auteurs comme Gael Giraud, Jean-Luc Gréau , Jacques Sapir, ou les livres des Economistes Atterrés pour se convaincre de la distance entre le Dogme et les réalités économiques.

[13] Voir entre autres G. Giraud, « Plaidoyer pour un protectionnisme européen », Revue Projet n° 321, avril 2011.

[14] Les actifs des 3 plus grandes banques françaises représentent 250 % du PIB,  soit  5000 milliards d’euros…

[15] Voir « financer l’avenir sans creuser la dette »

[16] Les propositions visant à « internaliser » les coûts de la dérive climatique par une taxe carbone ou un marché carbone efficace, ceux de l’érosion de la biodiversité restent plus que jamais d’actualité !

[17] La directive européenne MIF est entrée en vigueur en 2007. Elle a permis la création de des Systèmes multilatéraux de transactions (MTF) et des «  dark pools », et rendu impossibles la connaissance globale d’opérations comme les ventes de CDS. Une entreprise peut ne pas savoir maintenant à quel cours sont échangés ses titres. Elle peut se voir rationner l’accès au crédit parce que des fonds ont spéculé sur des CDS sur son titre…Bref cette directive a organisé l’opacité, au moment même où il fallait faire l’inverse.

[18] Comme le trading algorithmique haute fréquence

[19] Suite à la crise de 2008, les banques ne pouvaient plus comptabiliser leurs actifs en valeur de marché (puisque ces actifs ne faisaient plus l’objet de transactions) ; elles ont été autorisées à les comptabiliser à partir de modèles internes, évidemment discutables…Il est évident du coup que le niveau souhaité de  distribution de bonus n’est pas étranger aux hypothèses retenues dans ces modèles.

[20] Les ratios imposés par l’actuel règlement Bale III poussent les banques à limiter drastiquement leurs concours à l’économie, c’est exactement l’inverse de ce qu’il faudrait faire aujourd’hui.


225 – Rocard et Larrouturou (article du Monde)

3 janvier 2012

Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus (d’intérêts) que les banques ?

Point de vue | LEMONDE | 02.01.12 | 16h00   •  Mis à jour le 02.01.12 | 18h15

par Michel Rocard, ancien premier ministre, et Pierre Larrouturou, économiste

La Réserve fédérale a secrètement prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards au taux incroyablement bas de 0,01 %.

Ce sont des chiffres incroyables. On savait déjà que, fin 2008, George Bush et Henry Paulson avaient mis sur la table 700 milliards de dollars (540 milliards d’euros) pour sauver les banques américaines. Une somme colossale. Mais un juge américain a récemment donné raison aux journalistes de Bloomberg qui demandaient à leur banque centrale d’être transparente sur l’aide qu’elle avait apportée elle-même au système bancaire.

Après avoir épluché 20 000 pages de documents divers, Bloomberg montre que la Réserve fédérale a secrètement prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards au taux incroyablement bas de 0,01 %.

Au même moment, dans de nombreux pays, les peuples souffrent des plans d’austérité imposés par des gouvernements auxquels les marchés financiers n’acceptent plus de prêter quelques milliards à des taux d’intérêt inférieurs à 6, 7 ou 9 % ! Asphyxiés par de tels taux d’intérêt, les gouvernements sont “obligés” de bloquer les retraites, les allocations familiales ou les salaires des fonctionnaires et de couper dans les investissements, ce qui accroît le chômage et va nous faire plonger bientôt dans une récession très grave.

Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ? “Etre gouverné par l’argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé”, affirmait Roosevelt. Il avait raison. Nous sommes en train de vivre une crise du capitalisme dérégulé qui peut être suicidaire pour notre civilisation. Comme l’écrivent Edgar Morin et Stéphane Hessel dans Le Chemin de l’espérance (Fayard, 2011), nos sociétés doivent choisir : la métamorphose ou la mort ?

Allons-nous attendre qu’il soit trop tard pour ouvrir les yeux ? Allons-nous attendre qu’il soit trop tard pour comprendre la gravité de la crise et choisir ensemble la métamorphose, avant que nos sociétés ne se disloquent ? Nous n’avons pas la possibilité ici de développer les dix ou quinze réformes concrètes qui rendraient possible cette métamorphose. Nous voulons seulement montrer qu’il est possible de donner tort à Paul Krugman quand il explique que l’Europe s’enferme dans une “spirale de la mort”. Comment donner de l’oxygène à nos finances publiques ? Comment agir sans modifier les traités, ce qui demandera des mois de travail et deviendra impossible si l’Europe est de plus en plus détestée par les peuples ?

Angela Merkel a raison de dire que rien ne doit encourager les gouvernements à continuer la fuite en avant. Mais l’essentiel des sommes que nos Etats empruntent sur les marchés financiers concerne des dettes anciennes. En 2012, la France doit emprunter quelque 400 milliards : 100 milliards qui correspondent au déficit du budget (qui serait quasi nul si on annulait les baisses d’impôts octroyées depuis dix ans) et 300 milliards qui correspondent à de vieilles dettes, qui arrivent à échéance et que nous sommes incapables de rembourser si nous ne nous sommes pas réendettés pour les mêmes montants quelques heures avant de les rembourser.

Faire payer des taux d’intérêt colossaux pour des dettes accumulées il y a cinq ou dix ans ne participe pas à responsabiliser les gouvernements mais à asphyxier nos économies au seul profit de quelques banques privées : sous prétexte qu’il y a un risque, elles prêtent à des taux très élevés, tout en sachant qu’il n’y a sans doute aucun risque réel, puisque le Fonds européen de stabilité financière (FESF) est là pour garantir la solvabilité des Etats emprunteurs…

Il faut en finir avec le deux poids, deux mesures : en nous inspirant de ce qu’a fait la banque centrale américaine pour sauver le système financier, nous proposons que la “vieille dette” de nos Etats puisse être refinancée à des taux proches de 0 %.

Il n’est pas besoin de modifier les traités européens pour mettre en oeuvre cette idée : certes, la Banque centrale européenne (BCE) n’est pas autorisée à prêter aux Etats membres, mais elle peut prêter sans limite aux organismes publics de crédit (article 21.3 du statut du système européen des banques centrales) et aux organisations internationales (article 23 du même statut). Elle peut donc prêter à 0,01 % à la Banque européenne d’investissement (BEI) ou à la Caisse des dépôts, qui, elles, peuvent prêter à 0,02 % aux Etats qui s’endettent pour rembourser leurs vieilles dettes.

Rien n’empêche de mettre en place de tels financements dès janvier ! On ne le dit pas assez : le budget de l’Italie présente un excédent primaire. Il serait donc à l’équilibre si l’Italie ne devait pas payer des frais financiers de plus en plus élevés. Faut-il laisser l’Italie sombrer dans la récession et la crise politique, ou faut-il accepter de mettre fin aux rentes des banques privées ? La réponse devrait être évidente pour qui agit en faveur du bien commun.

Le rôle que les traités donnent à la BCE est de veiller à la stabilité des prix. Comment peut-elle rester sans réagir quand certains pays voient le prix de leurs bons du Trésor doubler ou tripler en quelques mois ? La BCE doit aussi veiller à la stabilité de nos économies. Comment peut-elle rester sans agir quand le prix de la dette menace de nous faire tomber dans une récession “plus grave que celle de 1930″, d’après le gouverneur de la Banque d’Angleterre ?

Si l’on s’en tient aux traités, rien n’interdit à la BCE d’agir avec force pour faire baisser le prix de la dette. Non seulement rien ne lui interdit d’agir, mais tout l’incite à le faire. Si la BCE est fidèle aux traités, elle doit tout faire pour que diminue le prix de la dette publique. De l’avis général, c’est l’inflation la plus inquiétante !

En 1989, après la chute du Mur, il a suffi d’un mois à Helmut Kohl, François Mitterrand et aux autres chefs d’Etat européens pour décider de créer la monnaie unique. Après quatre ans de crise, qu’attendent encore nos dirigeants pour donner de l’oxygène à nos finances publiques ? Le mécanisme que nous proposons pourrait s’appliquer immédiatement, aussi bien pour diminuer le coût de la dette ancienne que pour financer des investissements fondamentaux pour notre avenir, comme un plan européen d’économie d’énergie.

Ceux qui demandent la négociation d’un nouveau traité européen ont raison : avec les pays qui le veulent, il faut construire une Europe politique, capable d’agir sur la mondialisation ; une Europe vraiment démocratique comme le proposaient déjà Wolfgang Schäuble et Karl Lamers en 1994 ou Joschka Fischer en 2000. Il faut un traité de convergence sociale et une vraie gouvernance économique.

Tout cela est indispensable. Mais aucun nouveau traité ne pourra être adopté si notre continent s’enfonce dans une “spirale de la mort” et que les citoyens en viennent à détester tout ce qui vient de Bruxelles. L’urgence est d’envoyer aux peuples un signal très clair : l’Europe n’est pas aux mains des lobbies financiers. Elle est au service des citoyens.

Michel Rocard est aussi le président du conseil d’orientation scientifique de Terra Nova depuis 2008. Pierre Larrouturou est aussi l’auteur de “Pour éviter le krach ultime” (Nova Editions, 256 p., 15€)


223 – Revenir à la réflexion d’Allais

15 décembre 2011

Maurice Allais

Voici un texte essentiel d’un homme important, Maurice Allais , résumé par Étienne Chouard qui présente ainsi ce résumé : “ce fut d’abord un article clairvoyant et décapant publié dans Le Figaro des 12, 19 et 26 octobre 1998, dans la rubrique Opinions ; puis il fut repris et annoté dans un livre passionnant publié aux courageuses éditions Clément Juglar : de nombreuses notes et annexes supplémentaires que vous trouverez dans le livre (pas ici) permettent à l’auteur de répondre aux objections qu’on lui a présentées. L’ensemble est remarquable, vivant, utile : c’est de l’économie politique, à usage citoyen. “

Lien sur une version plus soignée et plus complète de cette page

 ou

 http://etienne.chouard.free.fr/Europe/messages_recus/La_crise_mondiale_d_aujourd_hui_Maurice_Allais_1998.pdf

PLAN

1. La grande dépression de 1929-1934 et ses enseignements essentiels
1.1. La hausse des cours et leur effondrement
1.2. Une hausse des cours de bourse démesurée au regard de l’économie réelle1.3. La dépression1.4. Un endettement excessif
1.5. Des mouvements massifs de capitaux et des dévaluations compétitives1.6. Facteurs psychologiques et facteurs monétaires1.7. La grande dépression de 1929-1934 et le mécanisme du crédit
1.8. Rien de fondamentalement nouveau dans la crise de 1929

2. La crise mondiale d’aujourd’hui
2.1. La propagation de la crise2.2. La crise mondiale d’aujourd’hui et la Grande Dépression. De profondes similitudes2.3. La création et la destruction de moyens de paiement par le mécanisme du crédit
2.4. Le financement d’investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme2.5. Le développement d’un endettement gigantesque2.6. Une spéculation massive2.7. Un système financier et monétaire fondamentalement instable2.8. L’effondrement de la doctrine laissez-fairiste mondialiste

3. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires3.1 Des facteurs majeurs3.2. Le système du crédit
3.3. La réforme de l’indexation. La stabilisation de la valeur réelle de l’unité de compte3.4. La réforme des marchés boursiers3.5. La réforme du système monétaire international
3.6. Les vérités établies [les dogmes] contre la raison

 

OOOOO

La crise mondiale d’aujourd’hui
Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires

1. La grande dépression de 1929-1934 et ses enseignements essentiels

La crise de 1929 a été la conséquence de l’expansion déraisonnable des crédits boursiers qui l’a précédée aux États-Unis et de la montée extravagante des cours de Bourse qu’elle a suscitée.

Au regard de la crise mondiale actuelle, rien n’est plus instructif, à bien des égards, que la Grande dépression de 1929-1934. Comme l’a écrit autrefois Vilfredo PARETO : « Il est tout aussi certain que l’histoire ne se répète jamais identiquement qu’il est certain qu’elle se répète toujours en certaines parties que nous pouvons dire principales […] Les faits du passé et ceux du présent se prêtent un mutuel appui […] pour leur compréhension réciproque. »

1.1. La hausse des cours et leur effondrement

Aux États-Unis, l’indice Dow Jones des valeurs industrielles est passé de 121 le 2 janvier 1925 à 381 le 3 septembre 1929, soit une hausse de 215 % en quatre ans et huit mois. Il s’est effondré à 230 le 30 octobre, soit une baisse de 40 % en deux mois correspondant pour certaines actions à des baisses bien plus grandes encore.

L’indice Dow Jones n’a atteint son minimum de 41,2 que le 8 juillet 1932, soit une baisse de 89 % en trois ans. Il n’a retrouvé son cours du 2 janvier 1925 que le 24 juin 1935, et son cours du 3 septembre 1929 que le 16 novembre 1954.

La baisse des cours de Bourse de 1929 à 1932, avec toutes ses séquelles, représente probablement un des plus spectaculaires effondrements d’une hausse spéculative des cours que le monde ait jamais connu.

Tant que la Bourse a monté, ceux qui achetaient, le plus souvent à crédit, voyaient leurs prévisions confirmées le lendemain par la hausse des cours, et jour après jour la hausse venait justifier les prévisions de la veille.

La hausse s’est poursuivie jusqu’à ce que certains opérateurs aient été amenés à considérer que les actions étaient manifestement considérablement surévaluées, et ils se sont mis à vendre, voire même à spéculer à la baisse. Dès que les cours n’ont plus monté, ils ont commencé à baisser, et la baisse a alors justifié la baisse, en entraînant à sa suite un pessimisme généralisé. La baisse ne pouvait plus alors que s’amplifier.

1.2. Une hausse des cours de bourse démesurée au regard de l’économie réelle

À la veille même du Jeudi noir du 24 octobre 1929, où le Dow Jones est tombé à 299, en baisse de 22 % depuis son maximum de 381 du 3 septembre 1929, la presque totalité des meilleurs économistes, dont par exemple le grand économiste américain Irving FISHER, considérait que la hausse de la Bourse américaine était parfaitement justifiée par la prospérité de l’économie, la stabilité générale des prix et les perspectives favorables de l’économie américaine.

Cependant, à première vue, la hausse des cours de Bourse de 215 %, de 1925 à 1929, apparaît incompréhensible au regard de l’évolution de l’économie américaine, en termes réels. En effet, de 1925 à 1929, en quatre ans, le produit national brut réel ne s’était élevé que de 13 %, la production industrielle de 21 % seulement, et le taux de chômage était resté stationnaire au niveau de 3 %. Dans la même période, le produit national brut nominal ne s’était élevé que de 11 % ; le niveau général des prix avait baissé de 2 % ; la masse monétaire (monnaie en circulation plus dépôts à vue et à temps) ne s’était élevée que d’environ 11 % [1] .

Cependant, de janvier 1925 à août 1929, la vitesse de circulation des dépôts dans les banques américaines à New York s’était élevée de 140 %. C’est cette augmentation de la vitesse de circulation des dépôts dans les banques de New York qui a permis l’augmentation des cours de Wall Street. [2]

1.3. La dépression

La vague de pessimisme que le krach boursier de 1929 a engendré, a entraîné, de 1929 à 1932, une contraction d’environ 20 % de la masse monétaire et d’environ 30 % des dépôts bancaires [3]. Dans le même temps, la Federal Reserve essayait, mais vainement, de s’opposer à cette contraction en accroissant la monnaie de base de 9 %.

Les spéculateurs, qui avaient acheté des actions avec des fonds empruntés à court terme, se sont vus contraints d’emprunter à nouveau à des taux d’intérêt très élevés, voire à vendre à n’importe quel prix pour faire face à leurs engagements. Des retraits massifs de certains dépôts ont entraîné les faillites d’un grand nombre de banques [4], d’où une contraction accrue de la masse monétaire.

Ce pessimisme, ce climat de détresse et cette contraction de la masse monétaire ont entraîné une diminution du produit national brut nominal de 44 %, du produit national brut réel de 29 %, de la production industrielle de 40 %, et de l’indice général des prix de 21 %.

Le taux de chômage est passé de 3,2 % en 1929 à 25 % en 1933, soit 13 millions de chômeurs, [5] pour une population active de 51 millions. La population totale des États-Unis n’était alors que d’environ 120 millions.

1.4. Un endettement excessif

La Grande Dépression a été considérablement aggravée dans son déroulement par le surendettement qui s’était développé avant le krach boursier de 1929, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des États-Unis.

  • · À l’intérieur des États-Unis, le montant global des dettes des particuliers et des entreprises[6], correspondant en grande partie à des crédits bancaires, s’était considérablement accru de 1921 à 1929. En 1929, il représentait environ 1,6 fois le produit national brut américain. Au regard de la baisse des prix et de la diminution de la production au cours de la Grande Dépression, le poids de ces dettes s’est révélé insupportable.

Parallèlement, de 1921 à 1929, l’endettement de l’État fédéral et celui des États et des municipalités s’étaient également considérablement accrus. En 1929, ils représentaient respectivement environ 16,3 % et 13,2 % du PNB américain.

  • · À l’extérieur des États-Unis, le montant des réparations dues par l’Allemagne avait été fixé en 1921 à 33 milliards de dollars, représentant environ 32 % du PNB américain en 1929. Au titre des dettes de guerre, [7] les nations européennes devaient aux États-Unis environ 11,6 milliards de dollars, représentant environ 11 % du PNB américain.

Enfin, des prêts privés, principalement bancaires, avaient été consentis, principalement à l’Allemagne, pour un montant global de 14 milliards de dollars en 1929, représentant environ 13,5 % du PNB américain.

Les dettes de guerre s’étaient révélées impayables. L’Allemagne n’avait pu s’acquitter que très partiellement de ses obligations, et cela principalement avec des fonds empruntés.

Le développement de la Grande Dépression a été considérablement aggravé par les charges de toutes ces dettes et par les mouvements internationaux de capitaux à court terme qui en sont résultés, par suite des interdépendances complexes de toutes sortes entre les économies européennes et l’économie américaine. En fait, toutes ces dettes ont dû être réduites et rééchelonnées au cours de la Grande Dépression.

1.5. Des mouvements massifs de capitaux et des dévaluations compétitives

À partir des États-Unis, la Grande Dépression s’est étendue dans tout l’Occident, générant partout l’effondrement des économies, le chômage, la misère et la détresse.

À la suite de l’abandon de l’étalon or, en septembre 1931, par la Grande-Bretagne, se sont succédé des dévaluations en chaîne. La plus spectaculaire a correspondu à l’abandon de l’étalon or par les États-Unis en avril 1933.

Toute cette période peut se caractériser à la fois par des spéculations sur les monnaies, des mouvements massifs de capitaux, des dévaluations compétitives et des politiques protectionnistes des différents pays pour essayer de se protéger des désordres extérieurs.

Finalement, vers la fin de 1936, les relations de change entre les principales monnaies n’étaient pas très différentes de ce qu’elles étaient en 1930, avant que le cycle des dévaluations n’ait commencé.

1.6. Facteurs psychologiques et facteurs monétaires

Si la hausse des cours de Bourse, de 1925 à 1929, a quelque chose d’incompréhensible au regard de l’évolution de l’économie américaine en termes réels pendant la même période, la baisse de l’activité économique en termes réels, de 1929 à 1932, n’en apparaît pas moins aussi étonnante, au moins à première vue. Comment est-il donc possible que la chute des cours boursiers ait pu induire par elle-même une telle diminution de l’activité économique ?

En réalité, ces deux phénomènes, qui à première vue apparaissent quelque peu paradoxaux, s’éclairent parfaitement dès que l’on considère à la fois les facteurs psychologiques et les facteurs monétaires.

Lorsque la conjoncture est favorable, les encaisses désirées diminuent et, de ce fait, la dépense globale augmente. Lorsqu’elle est défavorable, les encaisses désirées augmentent et la dépense globale diminue [8]. De même, la croyance dans la hausse suscite la création ex nihilo de moyens de paiements bancaires et l’appréhension de la baisse engendre la destruction des moyens de paiement antérieurement créés ex nihilo.[9]

La hausse entraîne la hausse et la baisse entraîne la baisse. Pour les spéculateurs à la hausse ou à la baisse des actions, ce n’était pas les « fondamentaux » qui étaient considérés, mais c’était l’appréciation psychologique de ce que les autres allaient faire.

1.7. La grande dépression de 1929-1934 et le mécanisme du crédit

L’origine et le développement de la Grande Dépression de 1929-1934 représentent certainement la meilleure illustration que l’on puisse donner des effets nocifs du mécanisme du crédit :

  • Øla création de monnaie ex nihilo par le système bancaire ;
  • Øla couverture fractionnaire des dépôts ;
  • Øle financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme ;
  • Øle financement de la spéculation par le crédit
  • Øet les variations de la valeur réelle de la monnaie et de l’activité économique qui en résultent.

L’ampleur de la crise de 1929 a été la conséquence inévitable de l’expansion déraisonnable des crédits boursiers qui l’a précédée aux États-Unis et de la montée extravagante des cours de Bourse qu’elle a permise, sinon suscitée.

Au regard de la prospérité de l’économie et de la montée des cours jusqu’en 1929, le diagnostic de l’opinion dominante était aussi général qu’affirmatif. Il s’agissait d’une « New Era », d’une nouvelle ère de prospérité générale, qui s’ouvrait au monde entier.

Cependant, l’analyse qui précède montre avec quelle prudence on doit considérer la prospérité d’une économie en termes réels, dès lors que se développent des déséquilibres potentiels, à première vue mineurs en valeur relative, mais susceptibles d’entraîner, lorsqu’ils se concrétisent et se cumulent, de profondes modifications de la psychologie collective.

1.8. Rien de fondamentalement nouveau dans la crise de 1929

Ce qui, pour l’essentiel, explique le développement de la New Era, aux États-Unis et dans le monde, dans les années qui ont précédé le krach de 1929, c’est l’ignorance, une ignorance profonde de toutes les crises du XIXème siècle et de leur signification réelle.

La crise de 1929-1934 n’était en fait qu’une répétition particulièrement marquée des crises qui s’étaient succédé au XIXème siècle[10], et dont sans doute la crise de 1873-1879 avait été une des plus significatives.

En fait, toutes les grandes crises des XVlIIème, XIXème et XXème siècles ont résulté du développement excessif des promesses de payer et de leur monétisation. [11] [12]

Partout et à toute époque, les mêmes causes génèrent les mêmes effets et ce qui doit arriver arrive.

Les économistes les plus lucides, comme Clément Juglar et Irving Fisher [13], ont analysé avec pénétration les mécanismes des crises, leur génération et leur développement. Malheureusement, ils sont restés méconnus et ils n’ont pas été écoutés. Si on avait pleinement reçu leurs messages, si on avait pleinement compris leurs analyses, la situation d’aujourd’hui serait tout autre.

2. La crise mondiale d’aujourd’hui

2.1. La propagation de la crise

À partir de juin 1997 une crise monétaire et financière s’est déclenchée en Asie et elle se poursuit actuellement. Le déroulement de cette crise, dont nul n’avait prévu la soudaineté et l’ampleur, a été très complexe, mais en 1997 et 1998, et pour l’essentiel, on peut distinguer trois phases : de juin à décembre 1997, de janvier à juin 1998 et de juin 1998 à octobre 1998[14].

  • · La première phase, de juin à décembre 1997, purement asiatique, a débuté avec une très forte spéculation à la baisse de la monnaie thaïlandaise, aboutissant à sa dévaluation de 18 % le 2 juillet 1997. Cette période a été marquée par la chute des monnaies et des Bourses des pays asiatiques : la Thaïlande, la Malaisie, l’Indonésie, les Philippines, Taïwan, Singapour, Hongkong, la Corée du Sud. La chute moyenne de leurs indices boursiers a été d’environ 40 %. Par rapport au dollar, les monnaies de la Thaïlande, de la Corée, de la Malaisie et de l’Indonésie se sont dépréciées respectivement d’environ 40 %, 40 %, 50 % et 70 %.
  • · La deuxième phase, de décembre 1997 à juin 1998, a donné lieu, après une courte reprise en janvier-février, à de nouvelles chutes des Bourses asiatiques. Pour l’ensemble de la période, la chute moyenne des cours a été d’environ 20 %.

Le fait marquant de cette période a été le rapatriement aux États-Unis et en Europe des capitaux prêtés à court terme en Asie, entraînant par-là même des hausses des cours de bourse aux États-Unis et en Europe. La hausse a été particulièrement marquée à Paris, où le CAC 40 a augmenté d’environ 40 % de décembre 1997 à juillet 1998, hausse deux fois plus forte qu’à New York.

La fin de cette période a été marquée par une très forte baisse des matières premières et un effondrement de la Bourse de Moscou d’environ 60 %.

Au cours de cette période, les difficultés des intermédiaires financiers au Japon se sont aggravées et le yen a continué à se déprécier. De fortes tensions monétaires se sont également manifestées en Amérique latine.

  • · La troisième phase a débuté en juillet 1998, avec de très fortes tensions politiques, économiques et monétaires en Russie[15]. Le rouble n’a plus été convertible. Le 2 septembre, il avait perdu 70 % de sa valeur et une hyperinflation s’était déclenchée.

Cette situation a suscité de très fortes baisses des actions aux États-Unis et en Europe. La baisse à Paris du CAC 40, d’environ 30 %, a été spectaculaire.

Elle s’est répandue rapidement dans le monde entier. Personne aujourd’hui n’apparaît réellement capable de prévoir l’avenir avec quelque certitude.

  • · Dans les pays asiatiques, qui ont subi des baisses considérables de leurs monnaies et de leurs Bourses, les fuites spéculatives de capitaux ont entraîné de très graves difficultés sociales. Ce qui est pour le moins affligeant, c’est que les grandes institutions internationales sont bien plus préoccupées par les pertes des spéculateurs (indûment qualifiés d’investisseurs) que par le chômage et la misère suscités par cette spéculation.
  • · De profondes similitudes apparaissent entre la crise mondiale d’aujourd’hui et la Grande Dépression de 1929-1934 : la création et la destruction de moyens de paiement par le système du crédit, le financement d’investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme, le développement d’un endettement gigantesque, une spéculation massive sur les actions et les monnaies, un système financier et monétaire fondamentalement instable.

2.2. La crise mondiale d’aujourd’hui et la Grande Dépression. De profondes similitudes

Cependant, des différences majeures existent entre les deux crises. Elles correspondent à des facteurs fondamentalement aggravants.

  • · En 1929 , le monde était partagé entre deux zones distinctes : d’une part, l’Occident, essentiellement les États-Unis et l’Europe et, d’autre part, le monde communiste, la Russie soviétique et la Chine. Une grande part du tiers-monde d’aujourd’hui était sous la domination des empires coloniaux, essentiel­lement ceux de la Grande-Bretagne et de la France.

Aujourd’hui, depuis les années 70, une mondialisation géographiquement de plus en plus étendue des économies s’est développée, incluant les pays issus des anciens empires coloniaux, la Russie et les pays de l’Europe de l’Est depuis la chute du Mur de Berlin en 1989. La nouvelle division du monde se fonde sur les inégalités de développement économique.

Il y a ainsi entre la situation de 1929 et la situation actuelle une différence considérable d’échelle, c’est le monde entier qui actuellement est concerné. 

  • · Depuis les années 70, une seconde différence, majeure également et sans doute plus aggravante encore, apparaît relativement à la situation du monde de 1929.

Une mondialisation précipitée et excessive a entraîné par elle-même des difficultés majeures. Une instabilité sociale potentielle est apparue partout, une accentuation des inégalités particulièrement marquée aux États-Unis, et un chômage massif en Europe occidentale.

La Russie et les pays de l’Europe de l’Est ont rencontré également des difficultés majeures en raison d’une libéralisation trop hâtive.

Alors qu’en 1929 le chômage n’est apparu en Europe qu’à la suite de la crise financière et monétaire, un chômage massif se constate déjà aujourd’hui au sein de l’Union européenne, pour des causes très différentes, et ce chômage ne pourrait qu’être très aggravé si la crise financière et monétaire mondiale d’aujourd’hui devait se développer.

  • · En fait, on ne saurait trop insister sur les profondes similitudes, tout à fait essentielles, qui existent entre la crise d’aujourd’hui et les crises qui l’ont précédée, dont la plus significative est sans doute celle de 1929. Ce qui est réellement important, en effet, ce n’est pas tant l’analyse des modalités relativement complexes, des « technicalities » de la crise actuelle, qu’une compréhension profonde des facteurs qui l’ont générée.

De cette compréhension dépendent en effet un diagnostic correct de la crise actuelle et l’élaboration des réformes qu’il conviendrait de réaliser pour mettre fin aux crises qui ne cessent de ravager les économies depuis au moins deux siècles, toujours de plus en plus fortes en raison de leur extension progressive au monde entier.

2.3. La création et la destruction de moyens de paiement par le mécanisme du crédit

  • Fondamentalement, le mécanisme du crédit aboutit à une création de moyens de paiement ex nihilo, car le détenteur d’un dépôt auprès d’une banque le considère comme une encaisse disponible, alors que, dans le même temps, la banque a prêté la plus grande partie de ce dépôt qui, redéposée ou non dans une banque, est considérée comme une encaisse disponible par son récipiendaire. À chaque opération de crédit il y a ainsi duplication monétaire. Au total, le mécanisme du crédit aboutit à une création de monnaie ex nihilo par de simples jeux d’écriture [16]. Reposant essentiellement sur la couverture fractionnaire des dépôts, il est fondamentalement instable.

Le volume des dépôts bancaires dépend en fait d’une double décision, celle de la banque de s’engager à vue et celle des emprunteurs de s’endetter. Il résulte de là que le montant global de la masse monétaire est extrêmement sensible aux fluctuations conjoncturelles. Il tend à croître en période d’optimisme et à décroître en période de pessimisme,d’où des effets déstabilisateurs.

En fait, il est certain que, pour la plus grande part, l’ampleur de ces fluctuations résulte du mécanisme du crédit et que, sans l’amplification de la création (ou de la destruction) monétaire par la voie bancaire, les fluctuations conjoncturelles seraient considérablement atténuées, sinon totalement supprimées [17].

  • · De tout temps, on a pu parler des « miracles du crédit ». Pour les bénéficiaires du crédit, il y a effectivement quelque chose de miraculeux dans le mécanisme du crédit puisqu’il permet de créer ex nihilo un pouvoir d’achat effectif qui s’exerce sur le marché, sans que ce pouvoir d’achat puisse être considéré comme la rémunération d’un service rendu.

Cependant, autant la mobilisation d’« épargnes vraies » par les banques pour leur permettre de financer des investissements productifs est fondamentalement utile, autant la création de « faux droits » par la création monétaire est fondamentalement nocive, tant du point de vue de l’efficacité économique qu’elle compromet par les distorsions de prix qu’elle suscite que du point de vue de la distribution des revenus qu’elle altère et rend inéquitable.

2.4. Le financement d’investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme

Par l’utilisation des dépôts à vue et à court terme de ses déposants, l’activité d’une banque aboutit à financer des investissements à moyen ou long terme correspondant aux emprunts qu’elle a consentis à ses clients. Cette activité repose ainsi sur l’échange de promesses de payer à un terme donné de la banque contre des promesses de payer à des termes plus éloignés des clients moyennant le paiement d’intérêts.

Les totaux de l’actif et du passif du bilan d’une banque sont bien égaux, mais cette égalité est purement comptable, car elle repose sur la mise en parallèle d’éléments de nature différente : au passif, des engagements à vue et à court terme de la banque ; à l’actif, des créances à plus long terme correspondant aux prêts effectués par la banque.

De là résulte une instabilité potentielle permanente du système bancaire dans son ensemble puisque les banques sont à tout moment dans l’incapacité absolue de faire face à des retraits massifs des dépôts à vue ou des dépôts à terme arrivant à échéance, leurs actifs n’étant disponibles qu’à des termes plus éloignés.

Si tous les investissements dans les pays sous-développés avaient été financés par les banques, grâce à des prêts privés d’une maturité au moins aussi éloignée, et si le financement des déficits de la balance des transactions courantes des États-Unis était uniquement assuré par des investissements étrangers à long terme aux États-Unis, tous les déséquilibres n’auraient qu’une portée beaucoup plus réduite, et il n’existerait aucun risque majeur.

Ce qui, par contre, est éminemment dangereux, c’est l’amplification des déséquilibres par le mécanisme du crédit et l’instabilité du système financier et monétaire tout entier, sur le double plan national et international, qu’il suscite. Cette instabilité a été considérablement aggravée par la totale libération des mouvements de capitaux dans la plus grande partie du monde.

2.5. Le développement d’un endettement gigantesque

À partir de 1974, le développement universel des crédits bancaires et l’inflation massive qui en est résultée ont abaissé pour une décennie les taux d’intérêt réels à des valeurs très faibles, voire négatives, génératrices à la fois d’inefficacité et de spoliation. À des épargnes vraies se sont substitués des financements longs à partir d’une création monétaire ex nihilo. Les conditions de l’efficacité comme celles de l’équité s’en sont trouvées compromises. Le fonctionnement du système a abouti tout à la fois à un gaspillage de capital et à une destruction de l’épargne.

  • · C’est grâce à la création monétaire que, pour une large part, les pays en voie de développement ont été amenés à mettre en place des plans de développement trop ambitieux, et à vrai dire déraisonnables, et à remettre à plus tard les ajustements qui s’imposaient, tant il est facile d’acheter, dès lors qu’on peut se contenter de payer avec des promesses de payer.

Par nécessité, la plupart des pays débiteurs ont été amenés à se procurer par de nouveaux emprunts les ressources nécessaires à la fois pour financer les amortissements et les intérêts de leurs dettes et pour réaliser de nouveaux investissements. Peu à peu, cependant, la situation est devenue intenable.

  • · Parallèlement, l’endettement des administrations publiques des pays développés en pourcentage du produit national brut et la charge des intérêts en pourcentage des dépenses publiques ont atteint des niveaux difficilement supportables.

2.6. Une spéculation massive

Depuis 1974, une spéculation massive s’est développée à l’échelle mondiale. La spéculation sur les monnaies et la spéculation sur les actions, les obligations et les produits dérivés en représentent deux illustrations significatives.

  • · La substitution, en mars 1973, du système des changes flottants au système des parités fixes, mais révisables, a accentué l’influence de la spéculation sur les changes alimentée par le crédit. Associé au système des changes flottants, le système du crédit tel qu’il fonctionne actuellement a puissamment contribué à l’instabilité profonde des taux de change depuis 1974.

Pendant toute cette période, une spéculation effrénée s’est développée sur les taux de change relatifs des principales monnaies, le dollar, le deutschemark et le yen, chaque monnaie pouvant être achetée à crédit contre une autre, grâce au mécanisme du crédit.

  • · La spéculation sur les actions et les obligations a été tout aussi spectaculaire. À New York, et depuis 1983, se sont développés à un rythme exponentiel de gigantesques marchés sur les « stock-index futures », les « stock-index options », les « options on stock-index futures », puis les « hedge funds » et tous « les produits dérivés » présentés comme des panacées.

Ces marchés à terme, où le coût des opérations est beaucoup plus réduit que sur les opérations au comptant et où pour l’essentiel les positions sont prises à crédit, ont permis une spéculation accrue et généré une très grande instabilité des cours. Ils ont été accompagnés d’un développement accéléré de fonds spéculatifs, les “hedge-funds”.

En fait, sans la création de monnaie et de pouvoir d’achat ex nihilo que permet le système du crédit, jamais les hausses extraordinaires des cours de bourse que l’on constate avant les grandes crises ne seraient possibles, car à toute dépense consacrée à l’achat d’actions, par exemple, correspondrait quelque part une diminution d’un montant équivalent de certaines dépenses, et tout aussitôt se développeraient des mécanismes régulateurs tendant à enrayer toute spéculation injustifiée.

  • · Qu’il s’agisse de la spéculation sur les monnaies ou de la spéculation sur les actions, ou de la spéculation sur les produits dérivés, le monde est devenu un vaste casino où les tables de jeu sont réparties sur toutes les longitudes et toutes les latitudes. Le jeu et les enchères, auxquelles participent des millions de joueurs, ne s’arrêtent jamais. Aux cotations américaines se succèdent les cotations à Tokyo et à Hongkong, puis à Londres, Francfort et Paris.

Partout, la spéculation est favorisée par le crédit puisqu’on peut acheter sans payer et vendre sans détenir. On constate le plus souvent une dissociation entre les données de l’économie réelle et les cours nominaux déterminés par la spéculation.

Sur toutes les places, cette spéculation, frénétique et fébrile, est permise, alimentée et amplifiée par le crédit. Jamais dans le passé elle n’avait atteint une telle ampleur.

2.7. Un système financier et monétaire fondamentalement instable

L’économie mondiale tout entière repose aujourd’hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s’était constatée. Jamais sans doute il n’est devenu plus difficile d’y faire face. Jamais sans doute une telle instabilité potentielle n’était apparue avec une telle menace d’un effondrement général.

Toutes les difficultés rencontrées résultent de la méconnaissance d’un fait fondamental, c’est qu’aucun système décentralisé d’économie de marchés ne peut fonctionner correctement si la création incontrôlée ex nihilo de nouveaux moyens de paiement permet d’échapper, au moins pour un temps, aux ajustements nécessaires. Il en est ainsi toutes les fois que l’on peut s’acquitter de ses dépenses ou de ses dettes avec de simples promesses de payer, sans aucune contrepartie réelle, directe ou indirecte, effective.

Devant une telle situation, tous les experts sont à la recherche de moyens, voire d’expédients, pour sortir des difficultés, mais aucun accord réel ne se réalise sur des solutions définies et efficaces.

Pour l’immédiat, la presque totalité des experts ne voient guère d’autre solution, au besoin par des pressions exercées sur les banques commerciales, les Instituts d’émission et le FMI, que la création de nouveaux moyens de paiement permettant aux débiteurs et aux spéculateurs de faire face au paiement des amortissements et des intérêts de leurs dettes, en alourdissant encore par là même cette charge pour l’avenir.

Au centre de toutes les difficultés rencontrées, on trouve toujours, sous une forme ou une autre, le rôle néfaste joué par le système actuel du crédit et la spéculation massive qu’il permet. Tant qu’on ne réformera pas fondamentalement le cadre institutionnel dans lequel il joue, on rencontrera toujours, avec des modalités différentes suivant les circonstances, les mêmes difficultés majeures. Toutes les grandes crises du XIXème et du XXème siècle ont résulté du développement excessif des promesses de payer et de leur monétisation.

Particulièrement significative est l’absence totale de toute remise en cause du fondement même du système de crédit tel qu’il fonctionne actuellement, savoir la création de monnaie ex nihilo par le système bancaire et la pratique généralisée de financements longs avec des fonds empruntés à court terme.

En fait, sans aucune exagération, le mécanisme actuel de la création de monnaie par le crédit est certainement le “cancer” qui ronge irrémédiablement les économies de marchés de propriété privée.

2.8. L’effondrement de la doctrine laissez-fairiste mondialiste

Depuis deux décennies, une nouvelle doctrine s’était peu à peu imposée, la doctrine du libre-échange mondialiste, impliquant la disparition de tout obstacle aux libres mouvements des marchandises, des services et des capitaux.

  • · Suivant cette doctrine, la disparition de tous les obstacles à ces mouvements serait une condition à la fois nécessaire et suffisante d’une allocation optimale des ressources à l’échelle mondiale. Tous les pays et, dans chaque pays, tous les groupes sociaux verraient leur situation améliorée.

Le marché, et le marché seul, était considéré comme pouvant conduire à un équilibre stable, d’autant plus efficace qu’il pouvait fonctionner à l’échelle mondiale. En toutes circonstances, il convenait de se soumettre à sa discipline.

Les partisans de cette doctrine, de ce nouvel intégrisme, étaient devenus aussi dogmatiques que les partisans du communisme avant son effondrement définitif avec la chute du Mur de Berlin en 1989. Pour eux, l’application de cette doctrine libre-échangiste mondialiste s’imposait à tous les pays et, si des difficultés se présentaient dans cette application, elles ne pouvaient être que temporaires et transitoires.

Pour tous les pays en voie de développement, leur ouverture totale vis-à-vis de l’extérieur était une condition nécessaire et la preuve en était donnée, disait-on, par les progrès extrêmement rapides des pays émergents du Sud-Est asiatique. Là se trouvait, répétait-on constamment, un pôle de croissance majeur pour tous les pays occidentaux.

Pour les pays développés, la suppression de toutes les barrières tarifaires ou autres était une condition de leur croissance, comme le montraient décisivement les succès incontestables des tigres asiatiques, et, répétait-on encore, l’Occident n’avait qu’à suivre leur exemple pour connaître une croissance sans précédent et un plein-emploi [18]. Tout particulièrement la Russie et les pays ex-communistes de l’Est, les pays asiatiques et la Chine en premier lieu, constituaient des pôles de croissance majeurs qui offraient à l’Occident des possibilités sans précédent de développement et de richesse.

Telle était fondamentalement la doctrine de portée universelle qui s’était peu à peu imposée au monde et qui avait été considérée comme ouvrant un nouvel âge d’or à l’aube du XXIeme siècle. Cette doctrine a constitué le credo indiscuté de toutes les grandes organisations internationales ces deux dernières décennies, qu’il s’agisse de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international, de l’Organisation mondiale du commerce, de l’Organisation de coopération et de développement économiques, ou de l’Organisation de Bruxelles.

  • · Toutes ces certitudes ont fini par être balayées par la crise profonde qui s’est développée à partir de 1997 dans l’Asie du Sud-Est, puis dans l’Amérique latine, pour culminer en Russie en août 1998 et atteindre les établissements bancaires et les Bourses américaines et européennes en septembre 1998.

Cette crise a entraîné partout, tout particulièrement en Asie et en Russie, un chômage massif et des difficultés sociales majeures. Partout les credo de la doctrine du libre-échange mondialiste ont été remis en cause.

Deux facteurs majeurs ont joué un rôle décisif dans cette crise mondiale d’une ampleur sans précédent après la crise de 1929 :

Þ l’instabilité potentielle du système financier et monétaire mondial ;

Þ la mondialisation de l’économie à la fois sur le plan monétaire et sur le plan réel [19].

En fait, ce qui devait arriver est arrivé. L’économie mondiale, qui était dépourvue de tout système réel de régulation et qui s’était développée dans un cadre anarchique, ne pouvait qu’aboutir tôt ou tard à des difficultés majeures.

La doctrine régnante avait totalement méconnu une donnée essentielle : une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible, elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés, et de développement économique et social comparable.

  • · En fait, le nouvel ordre mondial, ou le prétendu ordre mondial, s’est effondré et il ne pouvait que s’effondrer. L’évidence des faits a fini par l’emporter sur les incantations doctrinales.


3. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires

3.1. Des facteurs majeurs

Si nous considérons non seulement l’Histoire de ces dernières décennies, mais également celle des deux derniers siècles, et sans doute celle de ceux qui les ont précédés, les facteurs monétaires et financiers apparaissent certainement comme ayant une importance tout à fait exceptionnelle dans le fonctionnement de toute économie.

Si en effet des conditions monétaires et financières appropriées ne sont pas assurées, l’expérience montre qu’il ne saurait y avoir ni efficacité de l’économie, ni équité de la distribution des revenus. L’instabilité économique, la sous-production, l’iniquité, le sous-emploi, la détresse et la misère qui en résultent, sont des fléaux majeurs.

Cependant, les profonds désordres qui se sont constatés ne peuvent en aucune façon être considérés comme le résultat inévitable du fonctionnement d’une économie de marchés; ils ont été, et ils sont généralement, les conséquences des politiques financières et monétaires mises en œuvre dans un cadre institutionnel inapproprié.

Plus que jamais, des réformes, très profondes et radicales, sont nécessaires :

-réforme du système du crédit ;

-stabilisation de la valeur réelle de l’unité de compte ;

-réforme des marchés boursiers ;

-réforme du système monétaire international.

3.2. Le système du crédit

En fait, le système actuel du crédit, dont l’origine historique a été tout à fait contingente [accidentelle, non nécessaire], apparaît comme tout à fait irrationnel, et cela pour huit raisons au moins :

- la création (ou la destruction) irresponsable de monnaie et de pouvoir d’achat par les décisions des banques et des particuliers ;

- le financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme ;

- la confusion de l’épargne et de la monnaie ;

- la très grande sensibilité du mécanisme du crédit à la situation conjoncturelle ;

- l’instabilité foncière qu’il engendre ;

- l’altération des conditions d’une efficacité maximale de l’économie ;

- l’altération de la distribution des revenus ;

- et enfin l’impossibilité de tout contrôle efficace du système du crédit par l’opinion publique et le Parlement, en raison de son extraordinaire complexité.

Au regard d’une expérience d’au moins deux siècles quant aux désordres de toutes sortes et à la succession sans cesse constatée de périodes d’expansion et de récession, on doit considérer que les deux facteurs majeurs qui les ont considérablement amplifiées, sinon suscitées, sont la création de monnaie et de pouvoir d’achat ex nihilo par le mécanisme du crédit et le financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme.

Il pourrait cependant être facilement pallié à ces deux facteurs par une réforme d’ensemble qui permettrait, sinon de mettre fin aux fluctuations conjoncturelles, tout au moins d’en diminuer considérablement l’ampleur.

Cette réforme doit s’appuyer sur deux principes tout à fait fondamentaux :

1 - La création monétaire doit relever de l’État et de l’État seul. Toute création monétaire autre que la monnaie de base par la Banque centrale doit être rendue impossible, de manière que disparaissent les « faux droits » résultant actuellement de la création de monnaie bancaire.

2 – Tout financement d’investissement à un terme donné doit être assuré par des emprunts à des termes plus longs, ou tout au moins de même terme.

La réforme du mécanisme de crédit doit ainsi rendre impossibles à la fois la création de monnaie ex nihilo et l’emprunt à court terme pour financer des prêts à plus long terme, en ne permettant que des prêts à des échéances plus rapprochées que celle correspondant aux fonds empruntés.

Cette double condition implique une modification profonde des structures bancaires et financières reposant sur la dissociation totale des activités bancaires telles qu’elles se constatent aujourd’hui et leur attribution à trois catégories d’établissements distincts et indépendants :

1. des banques de dépôt assurant seulement, à l’exclusion de toute opération de prêt, les encaissements et les paiements, et la garde des dépôts de leurs clients, les frais correspondants étant facturés à ces derniers, et les comptes des clients ne pouvant comporter aucun découvert ;

2. des banques de prêt empruntant à des termes donnés et prêtant les fonds empruntés à des termes plus courts, le montant global des prêts ne pouvant excéder le montant global des fonds empruntés ;

3. des banques d’affaires empruntant directement au public ou aux banques de prêt et investissant les fonds empruntés dans les entreprises

.

  • · Dans son principe, une telle réforme rendrait impossibles la création monétaire et de pouvoir d’achat ex nihilo par le système bancaire et l’emprunt à court terme pour financer des prêts de terme plus long. Elle ne permettrait que des prêts de maturité plus courts que ceux correspondant aux fonds empruntés.

Les banques de prêt et les banques d’affaires serviraient d’intermédiaires entre les épargnants et les emprunteurs. Elles seraient soumises à une obligation impérative : emprunter à long terme pour prêter à plus court terme, à l’inverse de ce qui se passe aujourd’hui[20].

Une telle organisation du système bancaire et financier permettrait la réalisation simultanée de conditions tout à fait fondamentales :

1 – l’impossibilité de toute création monétaire et de pouvoir d’achat en dehors de celle de la monnaie de base par les autorités monétaires ;

2 – la suppression de tout déséquilibre potentiel résultant du financement d’investissements à long terme à partir d’emprunts à court ou à moyen terme ;

3 – l’expansion de la masse monétaire globale, constituée uniquement par la monnaie de base, au taux souhaité par les autorités monétaires[21] ;

4 – une réduction majeure, sinon totale, de l’amplitude des fluctuations conjoncturelles[22] ;

5 – l’attribution à l’État, c’est-à-dire à la collectivité, des gains provenant de la création monétaire, et l’allègement en conséquence des impôts actuels ;

6 – un contrôle aisé par l’opinion publique et par le Parlement de la création monétaire de la création monétaire et de ses implications.

Tous ces avantages seraient essentiels. Les profonds changements que leur obtention implique se heurteraient naturellement à de puissants intérêts et à des préjugés fortement enracinés.

Mais, au regard des crises majeures que le système actuel du crédit n’a cessé de susciter depuis au moins deux siècles, et continue à susciter aujourd’hui, et que les autorités monétaires se révèlent toujours incapables de maîtriser, cette réforme apparaît comme une condition nécessaire de survie d’une économie décentralisée et de son efficacité.

3.3. La réforme de l’indexation. La stabilisation de la valeur réelle de l’unité de compte

  • · Le fonctionnement d’une économie de marché repose sur un très grand nombre d’engagements sur l’avenir. L’efficacité de l’économie, comme l’équité, implique que ces engagements soient respectés, que les calculs économiques ne soient pas faussés, et que ni les créanciers ni les débiteurs ne soient spoliés. Il convient donc que l’application de tous les contrats ne soit pas pervertie par les variations du pouvoir d’achat de l’unité de compte.

En fait, face à ces variations, seule une indexation en valeur réelle de tous les engagements sur l’avenir, et en particulier de tous les prêts et emprunts et de tous les contrats de salaire à durée limitée[23], pourrait assurer un fonctionnement à la fois efficace et équitable de l’économie.

Elle impliquerait l’obligation légale d’assortir à l’avenir tous les emprunts à moyen et long terme de l’État, des entreprises et des particuliers, d’une garantie en pouvoir d’achat, en principal et en intérêts, cette garantie étant assurée par l’indexation en valeur réelle des remboursements et des intérêts, par référence à l’indice général des prix.

Une telle indexation reviendrait à introduire implicitement dans l’économie, pour toutes les opérations sur l’avenir, une unité de compte de valeur stable, unité dont l’utilisation est indispensable pour son fonctionnement correct, tant pour assurer son efficacité que pour ne pas compromettre l’équité de la répartition des revenus [24].

  • · Il importe de bien comprendre la nature d’un tel système d’indexation. Il ne s’agit pas d’enserrer l’économie dans un système de contraintes incompatibles et impossibles à supporter. Il s’agit simplement de la rendre plus efficace, de la libérer, pour une large part, de toutes les contraintes attachées à l’incertitude de l’avenir, et d’établir pleinement le principe de l’honnêteté dans l’exécution des contrats. Le fonctionnement d’un tel système tendrait à rendre impossible toute distorsion des prix et des revenus. Il permettrait de préserver à la fois l’efficacité de l’économie et l’équité de la répartition des revenus[25].

Par elle-même, l’indexation serait fondamentalement réductrice d’incertitude quant à l’avenir, et elle serait ainsi génératrice d’efficacité[26]. En tout cas, refuser l’indexation des engagements sur l’avenir équivaudrait à institutionnaliser la perversion de tous les calculs économiques et la spoliation des débiteurs ou celle des créanciers.

3.4. La réforme des marchés boursiers

Que les bourses soient devenues de véritables casinos, où se jouent de gigantesques parties de poker, ne présenterait guère d’importance après tout, les uns gagnant ce que les autres perdent, si les fluctuations générales des cours n’engendraient pas, comme elles le font, de profondes vagues d’optimisme et de pessimisme, qui influent considérablement sur l’économie réelle. Là apparaît le caractère déraisonnable et nocif du cadre institutionnel actuel des marchés boursiers. Le système actuel est fondamentalement antiéconomique et défavorable à un fonctionnement correct des économies. Il ne peut être avantageux que pour de très petites minorités.

Pour être fondamentalement utiles, ce qu’ils peuvent être, les marchés boursiers doivent être réformés :

- le financement des opérations boursières par la création de moyens de paiement ex nihilo par le système bancaire, doit être rendu impossible ;

- les marges correspondant aux achats et ventes à terme doivent être considérablement augmentées et elles doivent consister en liquidités ;

- la cotation continue des cours doit être sup­primée et remplacée sur chaque place financière par une seule cotation par jour pour chaque valeur ;

- les programmes automatiques d’achat et de vente doivent être supprimés ;

- la spéculation sur les indices et les produits dérivés doit être supprimée.

Une seule cotation par jour sur chaque place pour chaque valeur serait de loin préférable ; elle réduirait considérablement les coûts, et elle serait favorable à tous les investisseurs, petits et grands. Plus un marché est étendu et plus les cours qui s’y établissent sont significatifs et équitables.

3.5. La réforme du système monétaire international

La structure monétaire internationale d’aujourd’hui est marquée par des perversions majeures :

- l’instabilité des taux de change flottants ;
- les déséquilibres des balances de paiements courants ;
- des dévaluations compétitives ;
- le développement d’une spéculation effrénée sur les marchés des changes ;
- l’utilisation mondiale, comme unité de valeur, du dollar dont la valeur réelle sur le plan international est extraordinairement instable et imprévisible ;
- la contradiction fondamentale entre une libération totale des mouvements de capitaux à court terme et l’autonomie des politiques monétaires nationales.

Une réforme du système monétaire international, un nouveau Bretton-Woods, est absolument nécessaire. Elle impliquerait notamment :

-l’abandon total du système des changes flottants et son remplacement par un système de taux de change fixes, mais éven­tuellement révisables ;

-des taux de change assurant un équilibre effectif des balances des paiements [27] ;

-l’interdiction de toute dévaluation compétitive ;

-l’abandon total du dollar comme monnaie de compte, comme monnaie d’échange, et comme monnaie de réserve sur le plan international ;

-la fusion en un même organisme de l’Organisation mondiale du commerce et du Fonds monétaire international ;

-la création d’organisations régionales ;

-l’interdiction pour les grandes banques de spéculer pour leur propre compte sur les changes, les actions, et les produits dérivés ;

et finalement l’établissement progressif d’une unité de compte commune sur le plan international, par un système approprié d’indexation.

3.6. Les vérités établies [les dogmes] contre la raison

  • · On ne peut décider valablement pour le futur que si l’on consent à dégager du passé les enseignements qu’il comporte. Les désordres monétaires et financiers que l’on a sans cesse constatés dans le passé ont été considérablement aggravés, sinon provoqués, par l’absence d’institutions monétaires et financières appropriées, permettant un fonctionnement à la fois efficace et équitable d’une économie de marchés.

En fait, des institutions qui génèrent en elles-mêmes les germes de leur propre destruction doivent être réformées.

  • · Il est bien certain que les intérêts très puissants des groupes de pression monétaires et financiers et les doctrines régnantes ne sont guère favorables à ces réformes, tant est forte la tyrannie du statu quo.

Ces cinquante dernières années ont été dominées par toute une succession de doctrines dogmatiques, toujours soutenues avec la même assurance, mais tout à fait contradictoires les unes avec les autres, tout aussi irréalistes, et abandonnées les unes après les autres sous la pression des faits. À l’étude de l’Histoire, à l’analyse approfondie des erreurs passées, on n’a eu que trop tendance à substituer de simples affirmations, trop souvent appuyées sur de purs sophismes, sur des modèles mathématiques irréalistes, et sur des analyses superficielles des circonstances du moment.

En dernière analyse, tous les moyens mis en œuvre, toutes les mesures prises n’ont toujours eu qu’un même objet : remettre à plus tard les ajustements nécessaires, grâce à l’octroi de nouveaux prêts et à la création ex nihilo de nouveaux moyens de paiement, se traduisant par de nouvelles augmentations du volume global des promesses de payer. Il ne s’agit là en réalité que d’expédients, éminemment déstabilisateurs par eux-mêmes, et qui ne font qu’augmenter l’instabilité potentielle générale du système, en la rendant toujours plus dangereuse.

En fait, la presque totalité des difficultés actuelles résulte d’une part d’une méconnaissance totale des conditions monétaires et financières d’un fonctionnement efficace et équitable d’une économie de marchés, et d’autre part d’une structure inappropriée des institutions bancaires et des marchés financiers.

  • · Les quatre réformes que je propose, du sys­tème monétaire et financier, de l’indexation, des marchés boursiers, et du système monétaire international, sont indépendantes les unes des autres, et elles peuvent être appliquées séparément dans certains pays ou dans tous les pays. Chacune d’elles serait très bénéfique pour l’ensemble de l’économie. Mais, si elles étaient appliquées conjointement, leurs effets bénéfiques s’en trouveraient considérablement renforcés les uns par les autres.

Ces réformes ne sont pas de quelconques réformes s’ajoutant à des milliers d’autres, chacune s’efforçant simplement de réparer les dégâts résultant des précédentes, en en suscitant de nouveaux. Il s’agit de réformes fondamentales qui intéressent la vie de tous les jours de millions de citoyens. Ces réformes indispensables n’ont été réalisées, ni même envisagées, ni par les libéraux justement préoccupés de favoriser l’efficacité de l’économie, ni par les socialistes, justement attachés à l’équité de la distribution des revenus.

La raison en est toute simple. Les uns et les autres n’ont cessé d’être aveuglés par la répétition incessante de toutes parts de pseudo vérités et par des préjugés erronés. En fait, plus les idées dominantes sont répandues, plus elles se trouvent en quelque sorte enracinées dans la psychologie des hommes. Si erronées qu’elles puissent être, elles finissent par acquérir, par leur simple et incessante répétition, le caractère de vérités établies qu’on ne saurait mettre en doute sans s’opposer à l’ostracisme actif de groupes de pression de toutes sortes. Le seul résultat de cette situation n’a été que de grands malheurs pour des millions et des millions de gens, les plus modestes étant les plus durement frappés[28].


[1] La masse monétaire MI (monnaie en circulation plus dépôts à vue) s’était accrue de 3,8 % et la masse monétaire M2 (MI plus dépôts à temps) de 10,8 %. La monnaie de base B (monnaie manuelle + dépôts auprès du Federal Reserve System) ne s’était accrue que de 0,9 %. Les différences M1-B et M2-B correspondant aux dépôts bancaires, ne s’étaient élevées que de 5,0 % et 12,8 %.

[2] La dépense globale est en effet égale au produit de la masse monétaire par la vitesse de circulation.

[3] En fait la masse monétaire M1 a diminué de 21 % et la masse monétaire M2 de 23 %, les différences M1-B et M2-B diminuant respectivement de 31 % et 28 %.

[4] Dans un système de couverture fractionnaire des dépôts, aucune banque de peut faire face à des retraits massifs. En 1931, 2 550 banques américaines ont fait faillite.

[5] Pour aider les chômeurs, il n’y avait alors que la charité privée.

[6] Consumer credit, mortgages, et corporate liabilities

[7] Considérées indûment par les États-Unis comme de simples dettes commerciales.

[8] La variation de la dépense globale D comporte deux éléments : le premier proportionnel à l’écart relatif entre le montant global des encaisses détenues M (égal à la masse monétaire) et le montant global des encaisses désirées Md (égal au montant des encaisses que l’ensemble des opérateurs désirent détenir) ; et le second égal à l’accroissement relatif de la masse monétaire M.

L’encaisse globale désirée dépend essentiellement de facteurs psychologiques. Dans une période d’optimisme, Md diminue et dans une période de pessimisme Md augmente. À toute diminution de Md correspond ainsi une augmentation de la dépense globale D, et à toute augmentation de Md correspond une diminution de la dépense globale D. La récession se trouve ainsi aggravée. (Allais, 1968, Monnaie et Développement. I. L’équation fondamentale de la dynamique monétaire, p. 83). [Un appendice dans le livre explique l’équation fondamentale de la dynamique monétaire.]

[9] La création de monnaie scripturale dépend d’une double volonté, la volonté des banques de prêter, et la volonté des agents économiques d’emprunter.  En temps de prospérité, cette double volonté existe et la monnaie scripturale augmente. En temps de récession, cette double volonté disparaît et la monnaie scripturale diminue.

[10] Lors de la crise de 1837, le révérend Leonard Bacon déclarait dans son sermon du 21 mai : « A few months ago, the unparalleled prosperity of our country was the theme of universal gratulation. Such a development of resources, so rapid an augmentation of individual and public wealth, so great a manifestation of the spirit of enterprise, so strong and seemingly rational a confidence in the prospect of unlimited success, were never known before. But how suddenly bas all this prosperity been arrested ! That confidence, which in modern times, and especially in our own country, is the basis of commercial intercourse, is fai­ling in every quarter ; and all the financial interests of the country seem to be convulsed and disorganized. The merchant whose business… [was] conducted on safe principIes… [finds that] loss succeeds to loss, till he shuts up his manufactory and dismisses his laborers. The speculator who dreamed himself rich, finds his fancied riches disappearing like an! exhalation… What more may before us… It is enough to know that this distress is hourly becoming wider and more intense…»(in Irving Fisher, Booms and Depressions, 1932).

[11] Sur les crises du XIXe siècle, Clément Juglar écrivait déjà en 1860 : « Les crises commerciales sont le résultat d’altérations profondes dans le mouvement du crédit… Qu’est-ce que le crédit, le simple pouvoir d’acheter en échange d’une promesse de payer ? … La fonction d’une banque ou d’un banquier est d’acheter des dettes avec des promesses de payer… La pratique seule du crédit amène ainsi, par l’abus qu’on est porté à en faire, aux crises commerciales.

Le crédit est le principal moteur, il donne l’impulsion; c’est lui qui, par la signature d’un simple effet de commerce, d’une lettre de change, donne une puissance d’achat qui paraît illimitée… Ce qui favorise le développement des affaires et la hausse des prix, c’est le crédit… Chaque échange d’un produit donne lieu à une nouvelle promesse de payer… » (in Clément Juglar. Des Crises commerciales et leur retour périodique. 1860. 2ème édition, 1889).

[12] J’ai présenté une analyse synthétique des relations de cause à effet de la dynamique monétaire dans l’Introduction à la deuxième édition de mon ouvrage Économie et intérêt, pp. 115-174. (Éditions Clément Juglar, 62, avenue de Suffren. Paris 15e. Tél : 01.45.67.48.06). Pour une bibliographie étendue de mes analyses, voir pp. 116 et 117, 154 et 164-165.

[13] Voir notamment Fisher, 1932, Booms and Depressions ; Stamp Scrip, 1933 ; Stable Money. A History of the Movement, 1934; 100% Money, 1935.

[14] Je rappelle que mon analyse ne porte ici que sur la période juin 1997-octobre 1998. La rédaction de ce chapitre s’est achevée le 1er novembre 1998.

[15] L’échec de l’économie soviétique n’était que trop prévisible. Le passage brutal, suivant les conseils d’experts américains, à une économie de marchés de propriété privée après soixante-douze ans de collectivisme ne pouvait qu’échouer.

Dans mon mémoire du 3 avril 1991, La construction européenne et les pays de l’Est dans le contexte d’aujourd’hui présenté au troisième symposium de la Construction, j’écrivais :

« On ne saurait sans danger se dissimuler tous les risques qu’implique le passage, même graduel, à une économie de marchés de propriété privée : l’apparition pratiquement inévitable de nouveaux riches, la génération d’inégalités criantes et peu justifiées que le marché ne pourra réellement réduire que lorsque la concurrence deviendra suffisante, des formes plus ou moins brutales de gestion des entreprises privées, le chômage, l’inflation, la dissolution des mœurs, etc. Ce sont là des risques majeurs à l’encontre desquels les Pays de l’Est doivent se prémunir.

(…) Ce passage doit faire l’objet d’un Plan de décollectivisation. Il peut sembler paradoxal, au moins à première vue, que le libéral que je suis puisse préconiser une planification pour sortir de la planification collectiviste centralisée. Cependant, c’est là une nécessité éclatante. (…) »

C’est là ce qu’il aurait fallu faire au lieu de la chienlit laisser-fairiste qui a été appliquée. Aujourd’hui encore, je suis convaincu que seule une planification pourrait sortir la Russie de la crise profonde où elle se trouve.

[16] Ce n’est qu’à partir de la publication en 1911 de l’ouvrage fondamental d’Irving Fisher, The purshasing power of money, qu’il a été pleinement reconnu que le mécanisme du crédit aboutit à une création de monnaie.

[17] Comme les variations de la dépense globale dépendent à la fois de l’excès de la masse monétaire sur le volume global des encaisses désirées et des variations de la masse moné­taire, le mécanisme du crédit a globalement un effet désta­bilisateur puisqu’en temps d’expansion de la dépense globale la masse monétaire s’accroît alors que les encaisses désirées diminuent et qu’en temps de récession la masse monétaire décroît alors que les encaisses désirées s’accroissent.

[18] Les taux de croissance élevés des tigres asiatiques étaient mal interprétés. En fait, pour l’essentiel, ils résultaient du fait que ce économies étaient en retard par rapport aux économies développées et qu’une économie se développe d’autant plus vite qu’elle est en retard. Sur la démonstration de cette proposition tout à fait essentielle, voir mon ouvrage de 1974 « L’inflation française et la croissance. Mythologie et réalité », chapitre II, p. 40-45.

[19] Voir mon ouvrage, Combats pour l’Europe, 1994, Éditions Juglar

[20] Avec ce système, il n’y aurait plus aucune création de monnaie, sauf par la Banque centrale et les revenus provenant de la création monétaire par la Banque centrale seraient rétrocédés à l’État, ce qui lui permettrait dans les conditions actuelles de supprimer la presque totalité de l’impôt progressif sur le revenu. Voir mon ouvrage « Pour la réforme de la fiscalité », 1990, éditions Clément-Juglar.

Une telle réforme aurait l’avantage de la clarté et de la transparence. Aujourd’hui, les revenus provenant de la création monétaire sont distribués de façon anonyme entre une foule de parties prenantes, sans que personne ne puisse réellement identifier qui en profite. Ces revenus ne font que susciter iniquité et instabilité et, en favorisant les investissements non réellement rentables pour la collectivité, ils ne font que susciter un gaspillage de capital. Dans son essence, la création de monnaie ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique, je n’hésite pas à le dire pour bien faire comprendre ce qui est réellement en cause, à la création de monnaie par les faux monnayeurs, si justement condamnée par la loi. Concrètement, elle aboutit aux mêmes résultats. La différence est que ceux qui en profitent sont différents.

[21] Le taux d’accroissement de la monnaie de base serait égal au taux d’accroissement du PNB réel, augmenté du taux souhaité de hausse de prix, en principe de 2 %. [AA : on retrouve le K % de Milton Friedman.]

[22] Comme le montre une étude économétrique approfondie.

[23] En fait la répartition des gains réalisés par l’entreprise entre ses salariés et ses actionnaires serait certainement facilitée si le salaire comprenait trois éléments :

-un élément principal indexé sur le niveau général des prix, suivant un contrat de salaire limité dans le temps ;

-un élément spécifique intéressant les salariés à la bonne gestion et différencié suivant leurs activités dans l’entreprise ;

-enfin, un élément complémentaire indexé sur le revenu réel de l’entreprise et susceptible de varier, en plus ou en moins, suivant les résultats de l’entreprise.

[24] L’indexation obligatoire en valeur réelle de tous les engagements sur l’avenir au-delà d’une certaine durée, qui pourrait être raisonnablement prise égale à une année, apparaît à la fois comme une exigence de l’efficacité et de l’équité. Les encaisses ne seraient pas indexées. L’indexation pourrait se fonder avantageusement sur la considération du déflateur du produit national brut nominal, qui tient compte de toutes les transactions. Les encaisses, par nature non indexées, se dévaloriseraient au taux souhaité de hausse des prix, soit 2 % en principe. Leur thésaurisation ne pourrait donc être avantageuse.

[25] Voir mon ouvrage, « Pour l’indexation », 1990, Éditions Clément Juglar. Si leur valeur réelle était garantie, les valeurs à revenu fixe constitueraient probablement le placement, sinon le plus avantageux, du moins le mieux adapté aux préoccupations de l’épargnant moyen, en raison de la simplicité de la gestion et de la sécurité du capital et du revenu dans le cas des fonds d’État et des obligations des grandes sociétés. En fait, un puissant besoin existe actuellement d’une protection efficace contre les variations de la valeur réelle de la monnaie par un système approprié d’indexation, et il existe potentiellement un immense marché pour des obligations indexées en principal et en intérêts.

[26] Toutes les obligations en monnaie étant indexées, les taux d’intérêt réels s’établiraient à des niveaux qui assureraient à l’économie toute l’épargne réelle qui lui serait nécessaire, et l’expérience historique de toutes les périodes de stabilité monétaire suggère que ces taux seraient relativement bas, de l’ordre de 3 à 4 %.

[27] Le maintien par les États-Unis, depuis 1984, d’un déficit moyen annuel de leur balance des paiements de plus de 100 milliards de dollars est tout à fait inadmissible. Comment admettre que le pays le plus puissant du monde exerce un tel prélèvement sur le reste du monde ?

[28] Sur tous les développements qui précèdent et les objections susceptibles d’être présentées, du point de vue de la Construction européenne notamment, voir tout particulièrement :
-Maurice Allais, « Les conditions monétaires d’une économie de marchés », Revue d’économie politique, mai-juin 1993.
-Voir également l’introduction à la seconde édition de mon ouvrage « Économie et Intérêt », 1998, éd. Clément Juglar (pp. 154-186).
-Voir surtout mes deux ouvrages :
1999, « La Crise mondiale d’aujourd’hui. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires » ;
1999, « L’Union européenne, la mondialisation et le chômage », Éd. Clément-JUGLAR 62, avenue de Suffren, 75015 Paris


222 – Harribey: monnaie, inflation et dette

14 décembre 2011

Un papier d’Harribey sur la monnaie, l’inflation et la dette publique

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De la création monétaire et des décisions arrêtées lors du sommet européen des 8-9 décembre 2011

Jean-Marie Harribey

9 décembre 2011

Version 2

La crise du capitalisme mondial se décline en Europe sous une forme qui ne laisse pas de surprendre le citoyen, tellement le discours ambiant la pare de qualificatifs trompeurs : crise grecque, crise des dettes publiques, crise de l’euro, et dernièrement crise de gouvernance européenne. Beaucoup de questions que tous (non-économistes comme économistes) se posent portent sur la création monétaire dont on pressent qu’elle est sous-jacente aux rapports de force qui s’expriment pour résoudre la crise.

I- Préliminaires

Il y a quelques principes monétaires qui peuvent être énoncés en préalable. Le premier des cinq présentés ci-dessous est facile à comprendre, les quatre autres sont plus complexes.

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218 – Le 100% monnaie pour tous

18 novembre 2011

LE « 100% MONEY » POUR TOUS

Pourquoi il faut essayer de comprendre cette « vieille » proposition
qui est peut-être l’idée capable de sauver l’économie mondiale

« a banking plan designed to keep checking banks 100% liquid; to prevent inflation and deflation; largely to cure or prevent depressions; and to wipe out much of the national debt” (fisher, 1935, 3ème édition 1945)

_____________________

VOUS ÊTES SCANDALISÉS PAR LES CRISES FINANCIÈRES
ET DE LEURS CONSÉQUENCES DRAMATIQUES !

                                                   VOUS VOULEZ

  • Un système insubmersible qu’il ne faudra pas secourir si certaines de ses composantes prennent trop de risques ;
  • Un système qui vous donne un vrai contrôle des agrégats monétaires et sorte la politique monétaire de sa totale inefficacité
  • Un système qui accroisse l’efficacité de l’économie en donnant aux taux d’intérêt leur vrai rôle d’ajustement de l’épargne  et de l’investissement
  • Un système qui redonne à l’état son pouvoir régalien en lui faisant se réapproprier la rente monétaire abandonnée aux banques

et en plus, en « sous-produit » de la réforme

  • Un système qui permette de neutraliser une large part de la dette publique

C’EST POSSIBLE !

De très grands économistes ont fait des  propositions pour nous aider a le concevoir
(quelques noms : Mises, Simons, Fisher, Friedman, Allais)                          

VOUS N’Y CROYEZ PAS ?  ON VA VOUS LE DÉMONTRER

Pour effectuer vos transactions quotidiennes et vos opérations financières, vous disposez :

  • Des billets de banque que vous avez en poche
  • De dépôts à vue que vous avez en compte dans vos banques

les deux types de monnaies sont très différents :

(1)   Les billets de banque :

-          Ils sont émis par la banque centrale

-          Ils sont absolument sûrs (…sauf en cas de perte ou de vol)

-          Le bénéfice de leur émission (valeur faciale –coût de fabrication) revient à l’etat (à travers les dividendes versés par la banque centrale)

(2)   Les dépôts à vue

-          Ils sont créés par les banques commerciales et dépendent crucialement des crédits distribués par elles =>leur volume dépend du désir d’emprunter et des banques de prêter, d’où l’instabilité monétaire et économique

-          Les dépôts à vue dont vous disposez sont en risque si la banque fait de « mauvaises affaires »  => suite aux crises récurrentes et aux paniques, nécessité pour l’ État de les garantir dans certaines limites

-          Les bénéfices de la création des dépôts sont appropriés par les banques

Dans la réforme du « 100% money » ou de « couverture intégrale des dépôts », il s’agit de créer des dépôts à vue qui ont tous les avantages de ces derniers pour effectuer tous les types de paiement en ayant toutes les propriétés des billets de banque (régularité de leur croissance, sûreté totale sans garantie étatique, bénéfices de leur émission réservés à la collectivité)

CE QUE VOUS DEVEZ COMPRENDRE :

(1)   Aujourd’hui le système bancaire mêle de manière consubstantielle :

-          Le système de paiement

-          L’intermédiation financière c’est-à-dire le circuit de l’épargne

-          Les opérations de marché (mais ce n’est pas notre objet ici)

=>    C’est un système instable par essence car vos dépôts sont liquides mais les actifs qu’ils « financent » ne le sont pas ;

=>   C’est un système dangereux car lorsqu’une banque tombe, c’est tout le système de paiement qui est mis à mal en raison des interconnections entre toutes les banques ;

=>  C’est un système incontrôlable car l’alimentation en liquidités (les dépôts à vue) dépendent des « humeurs » des agents économiques : abondantes en période d’optimisme, rares en période de pessimisme

=>   C’est un système inefficace car il brouille les frontières entre les encaisses transactionnelles et l’épargne et distord le niveau et la structure des taux d’intérêt

=>  C’est un système injuste car il donne un pouvoir exorbitant aux banques de battre monnaie avec les bénéfices afférents et aux emprunteurs un pouvoir d’achat sur les marchés non gagés par une production préalable (revenu)

(2)    DEMAIN, LE SYSTÈME PROPOSÉ PERMETTRA :

=>      De dissocier les circuits de paiement et d’épargne (intermédiation financière)

=>      D’alimenter l’économie en instruments monétaires d’une manière régulière en fonction de règles bien établies, sans intervention des banques commerciales

=>    D’ajuster au mieux l’épargne et l’investissement sur les différentes maturités

POUR RENDRE CONCRET L’IMPACT DE LA RÉFORME

ET SON PROCESSUS DE MISE EN PLACE

PRENONS UN EXEMPLE : LE BILLET DE BANQUE

  • Tout le mode le connait car il est facile de s’en procurer auprès de sa banque qui elle-même se les procure auprès de la Banque Centrale qui les lui « vend » en débitant le compte qu’elle tient dans ses livres pour cette banque ;
  • C’est un bon exemple car la réforme aura pour effet de transformer les dépôts à vue dans des « équivalents- billets de banque » ayant les avantages des deux mondes, car les dépôts à vue détenus par tout un chacun auront un miroir dans les comptes de la Banque Centrale et circuleront comme les dépôts actuels ;
  • C’est aussi un bon exemple parce qu’il va permettre de bien dissocier ce qu’est un outil transactionnel (la monnaie) d’un instrument d’épargne (le dépôt à terme ou d’épargne ou l’investissement dans un titre).

En bref, qui aura compris cet exemple aura compris 95% de la réforme proposée et ce qu’elle implique

SUPPOSONS QUE, DU JOUR AU LENDEMAIN, UN DÉCRET IMPOSE LE BILLET DE BANQUE DANS TOUTES LES TRANSACTIONS. QUE VA-T-IL SE PASSER ?

SUIVONS LE RAISONNEMENT

ÉTAPE 1 : les banques commerciales dans lesquelles vous détenez vos avoirs liquides en vue des transactions prévues  vont faire face à des demandes de conversion en billets….

                           (Oubliez vos comptes d’épargne pour l’instant)

Vous avez besoin de billets pour faire vos transactions => vous allez les chercher à votre banque en convertissant vos dépôts à vue (ou autres) en billets de banque.

Comment la banque peut-elle vous satisfaire ? Sans aide, elle ne le peut pas car, contrairement aux dépôts a vue, elle ne peut pas créer cette monnaie.

A l’actif de son bilan, elle a des crédits qui sont à maturités données et qu’elle ne peut pas rappeler. Elle a en théorie deux possibilités a priori :

(1)   Elle pourrait les vendre sur le marché (via titrisation ou autres), mais toutes les banques faisant la même chose car ayant les mêmes besoins au même moment, il n’y aurait aucun marché. En plus, c’est juridiquement complexe.

(2)    Elle pourrait les vendre/escompter à la Banque Centrale contre les billets, mais seulement  dans la limite de ses effets de première catégorie (Bons du Trésor notamment).

Elle  a une troisième solution toute simple et que la Banque Centrale lui propose dans le cadre de sa réforme : Emprunter à terme auprès de la Banque Centrale les billets dont elle a besoin :

=>    La Banque Centrale lui livre par fourgon blindé les billets dont elle a besoin pour satisfaire ses (ex-) déposants

=>      La banque dans son bilan remplace à son passif les dépôts à vue (et assimilés) de ses clients par le prêt de la Banque Centrale

QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES D’UNE TELLE OPÉRATION ?

La masse monétaire a-t-elle change ?  NON : Les dépôts à vue sont remplacés par les billets mis en circulation

Les crédits a l’économie en ont-ils pâti ? NON : C’est totalement transparent pour les emprunteurs auprès des banques

En fait, à l’issue de l’opération, les transformations des bilans sont les suivants :

(1)   Banque Centrale :

-          A son actif : le prêt aux banques

-          A son passif : les billets imprimés pour satisfaire les besoins

(2)    Banques :

-          A leur actif (prêts à l’économie) : Aucun changement

-          A leur passif : Emprunt auprès de la banque centrale (en lieu et place des dépôts

(3)   Agents économiques :

-          A l’actif : les billets remplacent les dépôts à vue à montant constant

-          Au passif : aucun changement

QUE VONT FAIRE LES DÉTENTEURS DE BILLETS ?

Les détenteurs des billets de banques vont avoir des besoins pour la gestion des  encaisses en billets:

-          Sécurité (dépôts des billets dans des coffres)

-           Des besoins de « clearing » pour regrouper les transactions et n’effectuer que le transfert des soldes

-          Des convoyeurs…. etc

 => IL VA SE CRÉER DES COMPAGNIES DE SERVICES MONÉTAIRES QUI AURONT LES CARACTÉRISTIQUES SUIVANTES :

-          Leur seul rôle sera de faire que le système de paiement fonctionne au mieux et au moindre coût (concurrence)

-          Elles ne joueront aucun rôle dans la distribution du credit et ne seront que dépositaires des billets de banque que vous leur avez confiés

=> Bien entendu, ces sociétés ayant un coût de fonctionnement et rendant un service a la collectivité, les utilisateurs paieront pour ce service des frais de tenue de compte et des charges liées au nombre de transactions.

QUE VA-T-IL SE PASSER AVEC CE PRÊT DE LA BANQUE CENTRALE AUX BANQUES ?

C’est très simple : il devra être remboursé sur un rythme à définir en fonction :

(1)          Des remboursements des crédits préalablement accordés par les banques

(2)          De leur capacité à remplacer les ressources fournies par le prêt de la banque centrale par des ressources d’épargne apportées par le marché, pour qu’elles puissent maintenir et augmenter leur capacité de crédit à l’économie

ATTENTION SUIVEZ-BIEN, CAR IL VA SE PRODUIRE UN « PETIT MIRACLE » QUI N’EST PAS UN TOUR DE PASSE-PASSE…..

L’étape préalable  du miracle qui va s’accomplir

Dans le cours normal des opérations, Un emprunteur auprès de la banque rembourse son crédit et la banque décide de rembourser son propre emprunt à la Banque Centrale :

(1)    Le client de la banque  ramène les liasses de billets à la banque pour  rembourser son prêt

(2)    La banque prend les liasses, annule le crédit à son client et va les porter à la banque centrale en remboursement de son propre emprunt à la Banque Centrale

=>     Ce n’est pas très bon pour l’économie :

-   La quantité de monnaie entre les mains des agents économiques baisse

-   La masse des crédits accordés par les banques diminue

LA SITUATION EST GRAVE :  QUE FAIRE ?

EN FAIT, C’EST L’ACTION DE LA BANQUE CENTRALE QUI VA RÉTABLIR LA SITUATION ET ACCOMPLIR LE “MIRACLE”

L’accomplissement du “miracle”:
Le coup de baguette de la banque centrale et l’évanouissement de la dette publique !

OUI, VOUS AVEZ BIEN LU : ÉVANOUISSEMENT DE LA DETTE PUBLIQUE !

En fait,  c’est très simple

Comme la Banque centrale veille à ce que les moyens de paiement en circulation ne baissent pas, elle ne veut pas que le remboursement de son prêt aux banques entraîne une baisse des billets entre les mains du public,  elle va donc AGIR

=>   Elle prend les liasses de billets de la banque qui rembourse son crédit

-      Elle annule à son actif, le prêt donné à la banque

-          Elle annule à son passif les billets émis et qui sont maintenant revenus dans ses coffres

=>     … Mais elle va immédiatement faire une opération en sens inverse en achetant des titres publics sur le marché

-          Le vendeur des titres publics reçoit son paiement en billets de banque

-          La Banque centrale inscrit à son actif les titres publics achetés et à son passif les nouveaux billets qu’elle vient d’imprimer en remplacement des anciens.

AVEZ-VOUS COMPRIS L’IMPORTANCE DU “MIRACLE” ? !

=> La masse monétaire (les billets en circulation) n’a pas varié mais…

=> Une partie de la dette publique a été neutralisée

Cette opération de neutralisation de la dette publique a des conséquences majeures dans les circonstances d’aujourd’hui :

-          Le montant du prêt de la banque centrale aux banques correspond au montant de dette publique qui peut être neutralisé

-          Ce montant correspond au montant de la masse des dépôts à vue et assimilés qui ont dû être échangés contre des billets de banque

LE “MIRACLE”, C’EST QU’AUJOURD’HUI, PAR CETTE RÉFORME MONÉTAIRE, LES 2/3 DES DETTES PUBLIQUES EN MOYENNE POURRAIENT ÊTRE NEUTRALISÉS.

          QUE FAUT-IL ENTENDRE PAR NEUTRALISATION DE LA DETTE PUBLIQUE?

Une part importante de la dette publique est rachetée par la Banque Centrale qui l’inscrit à l’actif de son bilan ;

=>    En compte de résultats, la banque Centrale va inscrire en revenus les intérêts de la dette ;

=>      Or, les profits de la Banque Centrale sont DES REVENUS BUDGÉTAIRES POUR L’ETAT

 La dette publique est parquée, elle sera renouvelée à perpétuité et donc jamais remboursée
et son coût est neutralisé.    Miraculeux, non ?

C’est d’autant plus miraculeux que la masse monétaire n’a pas varié

Quid des crédits a l’économie quand les banques ne peuvent plus créer de monnaie ?

C’est simple : les banques redeviennent de « purs » intermédiaires financiers, mobilisatrices de ressources d’épargne pour financer l’ensemble des besoins de financement…..

Il ne faut pas oublier :

(1)    La masse monétaire en circulation est toujours la même=> le niveau de revenu dans l’économie n’a aucune raison de varier puisque les agents économiques n’ont aucune raison de faire varier le montant de leurs encaisses inactives => donc, le niveau d’épargne ne change pas ;

(2)    Par l’achat de la dette publique, la Banque Centrale a non seulement créé des billets en remplacement de ceux qui lui avaient été remis, mais elle a libéré l’épargne auparavant investie dans de la dette publique, et ce, pour des montants considérables au fur et à mesure du remboursement du prêt fait par la Banque Centrale aux banques.

Il vient donc : les agents économiques épargnants (sur toutes les échéances de 1 jour à x ans) vont :

-      Déposer en banque les billets qu’ils souhaitent épargner a un horizon donné ou…

-      …souscrire à des titres émis par les banques ou d’autres types d’institutions financières pour bénéficier d’une liquidité plus élevée si nécessaire

… ET CE SERA AUX BANQUES DE REPRÊTER CES SOMMES/BILLETS AUX AGENTS QUI ONT DES BESOINS DE FINANCEMENT A COÛT DES RESSOURCES + MARGE

MONNAIE, ÉPARGNE, CE QU’IL FAUT BIEN COMPRENDRE DE LA RÉFORME…

L’exemple utilisant les billets de banque est intéressant car il permet de bien mettre en évidence la distinction entre monnaie et épargne

Le billet de banque est le moyen de paiement qui est le support des transactions quelles qu’elles soient, financières ou non. Les agents économiques les gardent « en caisse » pour faire face aux différences entre les recettes qu’ils perçoivent et les débours qu’ils doivent faire, avec un « coussin de sécurité » s’il y a des ratés dans les prévisions d’entrées et de sorties d’argent. Dans le cas du billet de banque, chaque agent va chercher à en garder le minimum :

-      Pour des raisons de sécurité  ( risque de vol)

-      Pour des raisons de coût (pour les billets traités par les CSM)

-      Pour des raisons de coûts d’opportunité car il pourrait en retirer des intérêts s’il le plaçait à une échéance qui lui convient

Un instrument d’épargne résulte d’un acte qui est d’une autre nature, car il s’agit d’une renonciation claire à un pouvoir d’achat (un certain montant de billets de banque) pendant une durée déterminée et le transfert à un autre agent contre le paiement d’un intérêt. Cet autre agent va le faire fructifier et c’est pour cela que la richesse ne peut se créer que par l’épargne.

Si pour une raison ou une autre, l’instrument d’épargne pouvait être converti sans délai, sans coût et à prix garanti, il y aurait fongibilité entre cet instrument d’épargne et le billet de banque , donc possibilité de réduire le montant de billets à de fins de transactions du fait de la substitution possible billets/dépôts sans conditions, ni risques de confusion entre monnaie et encaisse,  donc création monétaire par duplication de pouvoir d’achat (Allais)

Dans la réforme, il y aura une frontière claire entre instruments monétaires et Instruments d’épargne (coûts, délais, risque de marché) pour éviter toute création monétaire en dehors du billet de banque.

 

LE DEUXIÈME APPORT (MIRACLE ?) DE LA RÉFORME…..

L’alimentation en moyens de paiement devient une ressource à la disposition de la collectivité en lieu et place des banques

Comme la monnaie n’est constituée que de billets de banques, SEULE LA BANQUE CENTRALE PEUT LA CRÉER. COMMENT ?

-          Par simple inscription au crédit du compte du Trésor comme une avance non remboursable (ressources budgétaires) et en livrant les billets aux Comptables du Trésor pour payer les dépenses de l’Etat;

-          En suivant une règle stricte d’accroissement inscrite dans la Constitution pour éviter les abus (4.5% par an soit Produit National Brut  potentiel +2.5% + dérive inflationniste 2%)

=>   C’EST DONC UNE NOUVELLE RESSOURCE BUDGÉTAIRE (2 ème MIRACLE)

Ce processus peut-il être comparé à la « planche à billets » classique employé par tous les gouvernements aux abois de sinistre mémoire ? NON, aucunement

-    Auparavant, les banques s’appropriaient la rente monétaire grâce a ce privilège extraordinaire de pouvoir créer de la monnaie ex nihilo, donc un pouvoir d’achat non gagés sur des revenus préalablement gagnés, donc un « faux-monnayage » légal en quelque sorte (Rothbard, Allais).

-    Maintenant, c’est l’État  qui se réapproprie cette rente au profit de toute la collectivité en récupérant son pouvoir régalien de battre monnaie.

N’EST CE PAS PLUS JUSTE ?

                     RÉCAPITULONS LES AVANTAGES DE LA RÉFORME

1)     Le système de paiement de l’économie est complètement insubmersible , donc les problèmes de stabilité du système bancaire ne se posent plus de la même manière (les banques de financement et d’investissement peuvent faire faillite sans problème, plus de « moral hazard »)

2)     Une capacité de régulation économique accrue du fait d’une maitrise totale de la masse monetaire en circulation

3)     Une efficacité augmentée de l’économie du fait de la plus grande représentativité des taux d’intérêt sur les différentes échéances sans interférences monétaires comme aujourd’hui

4)     La fin des distorsions dans la répartition des revenus du fait de la création monétaire par les banques et récupération de la rente monétaire au profit de la collectivité

5)     En produit-joint de la réforme, une neutralisation de la plus grande partie de la dette publique dans les grands pays industrialisés.

En 2007, en combinant les deux effets, recettes budgétaires et neutralisation de la dette publique, mes estimations (à mettre à jour) pour la zone   euro donnaient un gain fiscal annuel de 400 milliards d’euros

SI VOUS AVEZ COMPRIS CET EXEMPLE AVEC LES BILLETS DE BANQUES ALORS, VOUS AVEZ COMPRIS 95% DU « 100% MONEY » .à l’heure de la dématérialisation et des flux électroniques.

Dans le modèle réel, on distingue :

-          Les CSM qui recueillent les dépôts à vue et assimilés avec obligation de les maintenir couverts à 100% par de la monnaie de base (Monnaie Banque Centrale/ compte auprès de l’Institut d’Émission)

-          Des banques de financement, qui jouent le « pur » rôle » d’intermédiaire financier

-          Les banques d’investissement

Aujourd’hui, nous ne parlons plus de billets de banque car les banques sont en ligne et les débits/crédits se font à la vitesse de la lumière, mais, ce que crée la réforme c’est un type de dépôt qui est l’ «équivalent- billet de banque » électronique qui a beaucoup de vertus dont celui de ne pas être une monnaie de crédit privée

COMPARAISON DU CAS/EXEMPLE DES BILLETS DE BANQUES AVEC LA VRAIE RÉFORME DE LA COUVERTURE INTÉGRALE (« 100% Money) :

(1) les CSM reçoivent le monopole de toutes les opérations de paiement avec interdiction de faire un quelconque crédit et de prendre le moindre risque, donc tout dépôt d’un client a sa contrepartie en monnaie banque centrale (Les CSMs ont des comptes à la Banque Centrale qui sont l’exact reflet des dépôts de leurs clients) et sont donc l’ équivalent à l’imposition des billets comme moyens de circulation

(2)  au jour j du transfert des dépôts à vue (et assimilés), les banques commerciales actuelles recevront un prêt de la Banque Centrale pour continuer à assurer le financement de leur actif tout en assurant le transfert en monnaie banque centrale vers les CSM, c’est-à-dire exactement la même situation que dans le cas des billets de banque (les comptes à la Banque Centrale jouent EXACTEMENT le même rôle que les billets avec lesquels ils sont fongibles)

(3) Le prêt de la BC sera ensuite amorti sur autant de temps qu’il faudra (10 ans ?) pour que le système s’ajuste, mais la dette publique sera absorbée dans sa plus large partie (aucun remboursement à prévoir et remontée progressive des intérêts au niveau de la BC et donc de l’État). Il n’y a donc aucun changement dans le processus par rapport à l’exemple donnée

POUR APAISER VOS CRAINTES, IL FAUT BIEN RETENIR

(1)   Tous les crédits et actifs détenus aujourd’hui a l’actif des banques seront maintenus sans aucune perturbation pour les emprunteurs

ET

(1b) leur croissance sera assurée par le jeu normal épargne-investissement dans une économie où la croissance monétaire est assurée de manière régulière (4.5% par an)

(2) La masse monétaire ne subit pas de variations du fait de la réforme, l’augmentation de la monnaie de base étant compensée par une augmentation du taux de réserves à 100% è aucun risque d’inflation du fait de la réforme

ET

(2b) l’accroissement de la masse monétaire peut-être inscrit dans la constitution (4.5%) et représente un gain net pour la collectivité (Recettes Budgétaires) è Réappropriation du pouvoir régalien et de la rente monétaire auparavant appropriée par les banques

(3) La dette publique est dans une très large partie neutralisée. Elle ne sera donc jamais remboursée et les intérêts payés par l’ État lui seront reversés à travers les dividendes et impôts payés par la Banque Centrale.

Y-A-T’IL QUAND MÊME DES INCONVÉNIENTS À LA MISE EN ŒUVRE DE LA RÉFORME ?

1- Le paiement du coût des services bancaires nécessaire à l’équilibre financier des CSM est-il un problème ?  Non

-          Le paiement des services est largement engagé dans la plupart des    pays, particulièrement en France (frais de tenue de compte, commissions sur transactions)

-          Ce paiement correspond à un condition d’efficacité maximale (tout coût lié à un service rendu doit être payé par son usager)

-          Plus subtilement, ce coût intervient comme une « taxe » sur les encaisses poussant les agents économiques à une utilisation optimale de ces dernières et, à freiner toute tendance à la thésaurisation.

« Dans le domaine monétaire, tous ces réformateurs qui ont cherché des remèdes fondés sur la création de coûts de détention de la monnaie (Carrying costs)…. Ont été sur la bonne voie » (Keynes, propos recueillis par Watkins, 1938)

2 – L’établissement d’une frontière claire et nette entre instruments monétaires et véhicules d’épargne représente-t-il une gêne insurmontable ?    Non

Par rapport à la situation d’aujourd’hui, c’est le point qui implique un changement dans les habitudes car il faudra bien ajuster la gestion de ses encaisses pour les minimiser (minimisation des coûts de portage) et maximiser le montant de ses placements sur les différentes échéances, sachant que toute rupture des contrats de placement entrainera des coûts pour éviter les arbitrages incompatibles avec l’esprit de la réforme.

PENSEZ-VOUS QUE CES  CHANGEMENTS D’HABITUDE IMPLIQUÉS PAR LA RÉFORME CONTREBALANCENT SES AVANTAGES ? 

NOUS NE LE PENSONS PAS

Vous êtes séduit, conquis, convaincu ?

Si c’est le cas…. Bravo ! vous venez de rejoindre le club des initiés, ceux qui ont compris que le fonctionnement du système bancaire était la plaie du système libéral et le cancer de nos démocraties

Ne craignez rien, vous allez vous retrouver en excellente compagnie parmi les plus grands

David Ricardo, les économistes de la Currency School, Léon Walras, Ludwig Von Mises et tous ses successeurs, notamment Murray Rothbard, Friedrich Von Hayek (Prix Nobel 1974) , les économistes de Chicago, en premier lieu Henry Simons, Frank Knight et Jacob Viner, Irving Fisher, qui y a consacre toutes ses forces jusqu’a sa mort en 1947, Fritz Machlup, Jacob Marshak, George Stiegler (Prix Nobel 1982), Milton Friedman (prix Nobel 1976), James Tobin (Prix Nobel 1981), sous la forme du ≪ narrow banking ≫, Maurice Allais ( Prix Nobel 1988), Hyman Minsky…. Et des centaines d’autres moins connus.

CHRISTIAN GOMEZ, Septembre 2011

(Docteur d’État en Sciences Économiques et ancien élève de Maurice Allais, Christian Gomez a d’abord suivi une carrière universitaire- Maître de Conférences à l’Université de Rennes – avant de rejoindre en 1983 le secteur bancaire ou il a exercé des fonctions de responsabilité importantes dans l’activité de Banque d’investissement d’une grande Institution Financière Internationale tant en Europe – Paris, Londres et Zurich – qu’en Asie – Tokyo et Hong-Kong).


213 – le projet MES

22 octobre 2011

Peut être est-il trop tôt pour parler du M.E.S. … peut être est-il trop tard aussi.
En tous cas voici, pompé sans scrupule du forum de Jacques Roman (sur lequel vous pouvez intervenir) ,  la version française de ce “fameux” projet

__________________________

Jacques Roman présente ainsi son post
Texte français original (document T/ESM/fr, légèrement reformaté pour la typographie seulement) . Je suppose que la raison pour laquelle ce traité ne se trouve pas sur les sites officiels français tient au fait qu’il est considéré en quelque sorte comme un traité administratif dispensé de la procédureparlementaire de ratification (par conséquent, pas de projet de loi de ratification ni de trace dans les débats parlementaires – mais il est assez curieux que les comptes rendus des réunions du conseil des ministres ne le mentionne pas. Volonté d’intransparence ?

Nul doute qu’il y a plusieurs points éclaircir, en particulier concernant la procédure suivie en France. 

Le traité a déjà été “accepté” ou “approuvé” par la France (quand ?) et par les 16 autres États de l’eurozone (la Slovaquie en dernier lieu, tout récemment je crois – mais là encore, rien sur Google). JR

_____________________________________

TRAITÉ INSTITUANT LE MÉCANISME EUROPÉEN DE STABILITÉ (MES) ENTRE LE ROYAUME DE BELGIQUE, LA RÉPUBLIQUE FÉDÉRALE D’ALLEMAGNE, LA RÉPUBLIQUE D’ESTONIE, L’IRLANDE, LA RÉPUBLIQUE HELLÉNIQUE, LE ROYAUME D’ESPAGNE, LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, LA RÉPUBLIQUE ITALIENNE, LA RÉPUBLIQUE DE CHYPRE, LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG, MALTE, LE ROYAUME DES PAYS-BAS, LA RÉPUBLIQUE D’AUTRICHE, LA RÉPUBLIQUE PORTUGAISE, LA RÉPUBLIQUE DE SLOVÉNIE, LA RÉPUBLIQUE SLOVAQUE, LA RÉPUBLIQUE DE FINLANDE

LES PARTIES CONTRACTANTES, le Royaume de Belgique, la République fédéraled’Allemagne, la République d’Estonie, l’Irlande, la République hellénique, le Royaume d’Espagne, la République française, la République italienne, la République de Chypre, le Grand-Duché de Luxembourg, Malte, le Royaume des Pays-Bas, la République d’Autriche, la République portugaise, la République de Slovénie, la République slovaque et la République de Finlande (ci-après dénommés “États membres de la zone euro” ou “membres du MES”) ;

DÉTERMINÉES à assurer la stabilité financière de la zone euro,

RAPPELANT les conclusions du Conseil européen du 25 mars 2011 sur l’institution d’unmécanisme européen de stabilité,

CONSIDÉRANT CE QUI SUIT :

1) Le Conseil européen est convenu le 17 décembre 2010 qu’il était nécessaire que les États membres de la zone euro mettent en place un mécanisme permanent de stabilité. Ce mécanisme européen de stabilité assumera le rôle actuellement attribué à la Facilité européenne de stabilité financière (“FESF”) et au Mécanisme européen de stabilization financière (“MESF”) en fournissant, pour autant que de besoin, une assistance financière aux États membres de la zone euro après juin 2013.

2) Le 25 mars 2011, le Conseil européen a adopté la décision 2011/199/UE modifiant l’article 136 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne en ce qui concerne un mécanisme de stabilité pour les États membres dont la monnaie est l’euro, ajoutant à l’article 136 le paragraphe suivant : “Les États membres dont la monnaie est l’euro peuvent instituer un mécanisme de stabilité qui sera activé si cela est indispensable pour préserver la stabilité de la zone euro dans son ensemble. L’octroi, au titre du mécanisme, de toute assistance financière nécessaire, sera subordonné à une stricte conditionnalité”.

3) Le strict respect du cadre mis en place par l’Union européenne, de la surveillance macroéconomique intégrée, et en particulier du pacte de stabilité et de croissance, du cadre applicable aux déséquilibres macroéconomiques et des règles de gouvernance économique de l’Union européenne, devrait rester le premier rempart contre les crises de confiance qui affectent la stabilité de la zone euro dans son ensemble.

4) Si cela est indispensable pour préserver la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble, l’accès à l’assistance financière fournie par le MES sera accordé sur la base d’une stricte conditionnalité de politique économique dans le cadre d’un programme d’ajustement macroéconomique et sur la base d’une analyse rigoureuse de la soutenabilité de l’endettement public. La capacité de prêt maximale initiale du MES après dissolution complète de la FESF est fixée à 500 milliards d’EUR.

5) Tous les États membres de la zone euro deviendront membres du MES. Tout État membre de l’Union européenne adhérant à la zone euro devrait devenir membre du MES avec les mêmes pleins droits et obligations que ceux des parties contractantes.

6) Le MES coopérera très étroitement avec le Fonds monétaire international (“FMI”) dans le cadre de l’octroi d’une assistance financière. Dans tous les cas, une participation active du FMI sera recherchée, sur le plan tant technique que financier. Il est attendu d’un État membre de la zone euro demandant l’assistance financière du MES qu’il adresse une demande similaire au FMI.

7) Les États membres de l’Union européenne dont la monnaie n’est pas l’euro (États membres hors zone euro) qui participent au cas par cas, aux côtés du MES, à une opération d’assistance financière en faveur d’États membres de la zone euro, seront invités à participer, en qualité d’observateurs, aux réunions du MES qui portent sur cette assistance financière et son suivi.

Ils auront accès en temps utile à toutes les informations et seront dûment consultés.

8 ) Le 20 juin 2011, les représentants des gouvernements des États membres de l’Union européenne ont autorisé les parties contractantes au présent traité à demander à la Commission européenne et à la Banque centrale européenne (“BCE”) d’exécuter les tâches prévues en vertu du présent traité.

9) Dans sa déclaration du 28 novembre 2010, l’Eurogroupe a annoncé que des clauses d’action collective (“CAC”) standardisées et identiques seront incluses dans les modalités et conditions de tous les nouveaux titres émis par les États membres de la zone euro à compter de juillet 2013, de manière à préserver la liquidité des marchés. De plus, les modalités de fonctionnement du MES, telles qu’entérinées par le Conseil européen du 25 mars 2011, indiquent que les dispositions juridiques précises pour l’inclusion de CAC dans les titres d’État de la zone euro seront finalisées d’ici à la fin de 2011.

10) Comme le FMI, le MES fournira une assistance financière à ceux de ses membres qui ne peuvent plus accéder normalement au financement par le marché. C’est pourquoi les chefs d’État ou de gouvernement ont déclaré que le MES bénéficiera d’un statut de créancier privilégié comme le FMI, tout en acceptant que le FMI soit privilégié par rapport au MES. Ce statut est effectif à partir du 1er juillet 2013. Dans le cas improbable d’une assistance financière du MES à la suite d’un programme européen d’assistance financière existant à la date de la signature du présent traité, le MES bénéficie de la même séniorité que celle de tous les autres prêts et obligations du membre du MES bénéficiaire, à l’exception des prêts du FMI.

11) Les États membres de la zone euro appuieront l’octroi d’un statut de créancier équivalent au MES et aux autres États membres de l’Union européenne accordant un prêt bilatéral aux côtés du MES.

12) Conformément à l’article 273 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (“TFUE”), la Cour de justice de l’Union européenne est compétente pour connaître de tout litige entre les parties contractantes ou entre celles-ci et le MES au sujet de l’interprétation et de l’application du présent traité.

13) Une surveillance postérieure au programme sera exercée par la Commission européenne et le Conseil de l’Union européenne dans le cadre établi par les articles 121 et 136 du TFUE,

SONT CONVENUES DE CE QUI SUIT :

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212 – 15 choses qu’ils ne vous disent pas

18 octobre 2011

Une traduction libre (et un peu complétée) d‘une page du site “positive money”

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15 choses qu’ils ne vous disent pas sur l’argent

1. Ceux des gouvernements disposant du plein contrôle de leur devise peuvent créer suffisamment d’argent pour assurer le plein emploi  et pour financer toutes leurs activités dans la limite des ressources physiques disponibles. Il n’y a aucune limite à la création d’argent et de dire que « il n’y a  plus d’argent» est aussi absurde que faux.

2. Les gouvernements souverains, n’ont pas besoin d’emprunter d’argent, ni aux institutions financières privées, ni au FMI. Qu’ils empruntent et cherchent ensuite à «apaiser les marchés financiers» est une contrainte auto-imposée, un peu comme lacer vos lacets ensemble et prétendre que vous ne pouvez pas marcher.

3. Les gouvernements ne contrôlent pas l’offre d’argent, mais au contraire ont choisi de sous-traiter l’approvisionnement en fonds publics aux banques privées.

4. Les gouvernements ont volontairement renoncé aux recettes publiques substantielles de la création monétaire appelée seigneuriage. En France ceci revient à une subvention aux banques privées de l’ordre de 40 milliards d’euros par an

5. L’argent n’est pas une «chose», mais une relation juridique, une création de l’État. Il s’agit d’un système de jeton (aujourd’hui électronique), qui instaure des droits sur les ressources.

6. L’argent n’est pas la richesse. La richesse est la terre, les ressources naturelles et les produits du travail humain. L’argent est seulement  un droit sur la richesse.

7. La véritable richesse provient de la production de biens et de services socialement utiles, et des investissements dans les infrastructures et les compétences. La spéculation sur les prix des biens ou des actions, et la promotion de la vente pyramidale (le processus appelé «libéralisation financière» ou «dérégulation»), sont prédatrices et ces activités  parasites ne créent pas de richesse.

8. Les banques sont la progéniture de l’État. Elles ont un quasi-monopole de création monétaire et les privilèges et protections légales de sociétés à responsabilité limitée. Elles font semblant d’être indépendantes et autonomes, mais comme des adolescents gâtés, au premier signe de difficulté, elles courent la maison en pleurant et en exigeant une protection illimitée.

9. Les banques ne prêtent rien. Ils créent de l’argent par le crédit à partir de rien et facturent des intérêts sur quelque chose qui ne coûte rien à produire. L’intérêt est ce qui leur reste lorsque le crédit est remboursé. Le crédit crée une surcharge de dette supplémentaire qui s’ajoute aux coûts de l’économie, et il faut de nouveaux crédits pour le couvrir, et permettre aux dettes d’être remboursées, provoquant faillites, récession et  chômage,  ainsi que l’enrichissement sans cause des banques .

10. Une partie du crédit bancaire ne va pas vers l’investissement productif, mais dans la spéculation des prix des actifs et des «prêts» à d’autres banques. Lorsque les commentateurs se réfèrent à la crise bancaire ils font allusion à l’effondrement continu de cette pyramide ou chaîne de Ponzi.

11. Les banques dilatent et contractent l’offre d’argent avec pour conséquence des bulles des prix des actifs qui s’effondreront ensuite dans les récessions. C’est ce qu’on appelle «le cycle économique», mais il n’y a rien d’inévitable à ce sujet.
Cette instabilité est la conséquence  d’un système ayant une contre-réaction positive, comme un régulateur de vitesse qui appuierait sur l’accélérateur au-dessus d’une certaine vitesse.

12. Il doit toujours y avoir une dette dans les secteurs privé ou public pour que le système de l’argent fonctionne – quelqu’un quelque part doit toujours dépenser plus qu’il ne gagne.

13. L’argent ne peut actuellement entrer dans l’économie que d’une seule façon: le crédit émis par des banques privées. Si l’assèchement du crédit se produit, le gouvernement devrait pouvoir remédier à l’insuffisance, ou bien il y aura une récession.

14. Si vous pensez que vous avez « de l’argent à la banque », dans un compte courant ou dans un compte d’épargne, détrompez-vous. Les comptes bancaires ne sont que des écritures comptables qui représentent la promesse de la banque de payer, pas de l’argent réel.

15. Contrairement au crédit bancaire, il n’y a rien d’intrinsèquement inflationniste dans une émission monétaire par le gouvernement. La quantité de monnaie émise peut toujours être contrôlée par la fiscalité.


210 – A-J Holbecq: création monétaire (en 15′)

5 octobre 2011

La “création monétaire” (en 15 minutes et 4 pages !)

Mais d’abord, qu’est ce que la monnaie ?

C’est, dans une définition simplifiée, un moyen de paiement, une unité de compte commune, et une réserve de valeur. C’est un palliatif aux nombreux problèmes du troc direct ou indirect.

La monnaie possède deux grandes qualités qui la rendent indispensable:
- immédiatement disponible et sans coût (elle est « liquide »),
- présente peu de risque de perte de valeur en l’absence d’une inflation forte.

Le fondement de l’existence de la monnaie est la confiance

Maintenant admettez avec moi, ce qui est la stricte réalité, que de la même manière qu’un informaticien produit un programme informatique à partir d’un ordinateur, ou  qu’un fabriquant de chaussure fabrique des chaussures, un réseau bancaire fabrique de la monnaie  Les banques sont des fabricants de monnaie, sous leur marque de fabrique : la monnaie BNP, la monnaie SG, la monnaie crédit agricole, etc…

Les crédits sont  la principale source de création de monnaie

Le mécanisme de création de monnaie trouve son origine dans les crédits accordés par la banque. Le principe du crédit consiste à transformer des créances sur les agents non bancaires en moyens de paiement immédiatement utilisables. Concrètement, lorsqu’une banque consent un crédit à un client X, ce dernier dispose immédiatement d’un dépôt à vue (compte de dépôt), dans cette banque, égal au montant de la somme prêtée. De son côté, la banque acquiert en contrepartie une créance sur le client X ( la créance peut être une reconnaissance de dette, une hypothèque, une obligation, une caution, etc… c’est une garantie au banquier qu’il sera remboursé avec les intérêts demandés . Certains actifs sont pourris car leur valeur à l’actif du bilan de la banque est considérée comme non récupérable en totalité ou partie).

Mais ici il y a une petite astuce. Le compte du client X est inscrit dans son compte nominatif qui est, dans le bilan de la banque, à son passif. En effet à partir du moment où elle a accepté le crédit, elle doit ce montant à son client X qui peut d’abord effectuer ses paiements mais aussi  lui demander un remboursement « en espèces », espèces que notre banque commerciale ne peut pas produire (c’est une monnaie dite « fiduciaire » seulement produite par la banque centrale)

Il y a donc création de monnaie : la banque n’a pas ponctionné dans ses réserves ou emprunté à ses déposants ou à la Banque Centrale pour prêter le montant au client X : elle a simplement  inscrit une créance dans son bilan : elle a fait de la « monétisation d’actifs »

[Vous trouverez souvent le terme « monétiser », de quoi s’agit-il ? C’est simplement le droit (légal) des banques de transformer « quelque chose » en monnaie et procéder ainsi à l’introduction de nouveaux moyens de paiement dans l’économie (création monétaire). Ce « quelque chose » peut être reconnaissance de dette, une hypothèque, un actif existant, etc..]

Destruction monétaire : le remboursement du crédit

Lorsque le client X rembourse le crédit, la banque efface la créance de son bilan : il y a donc à ce moment destruction de monnaie. La création de monnaie n’aura été que provisoire. Il y a donc “création nette” de monnaie uniquement lorsque les nouveaux crédits l’emportent sur les crédits remboursés : c’est l’image du robinet et de la bonde plus ou moins ouverts ou fermés : la masse monétaire est le niveau de la baignoire

On peut donc préciser que la monnaie est une dette de banque qui circule, un élément (un morceau) du passif d’une banque accepté comme moyen de paiement. Même la monnaie fiduciaire que nous utilisons doit son existence à une création de monnaie scripturale originelle qui a été détruite et remplacée par cette monnaie fiduciaire.

Toute monnaie est une dette, toute la monnaie est issue d’une création monétaire bancaire « ex nihilo », par l’opération de « monétisation d’actif »

Autres méthodes de monétisation (création  monétaire)

Les banques peuvent créer de la monnaie de plusieurs autres façons, mais avec le même mécanisme.

- les banques peuvent créditer le compte d’un agent en échange de devises (exportations) en  acquérant une créance sur les États-Unis s’il s’agit par exemple de dollars. La balance commerciale d’un pays est excédentaire, l’entrée nette de devises sur le territoire entraîne de la création de monnaie, et inversement en cas de déficit commercial.

Au final les banques (commerciales) ont de nombreuses manières de créer de la monnaie:
- Opération de crédit

- Acquisition d’un actif réel (terrain, immeuble…)
- Acquisition d’un actif financier (actions, obligations d’entreprises)

- Acquisition des bon du Trésor (créances sur le Trésor).
- Conversion des devises (suite exportation d’une entreprise cliente)
- Opération d’escompte
- Paiements pour compte propre (ex : loyers, salaires et charges diverses)

Je disais que chaque réseau bancaire crée sa monnaie sous sa marque de fabrique. Les autres banques ne vont donc pas l’accepter, ce qui implique que chaque banque dispose de monnaie dite « de base » (ou monnaie centrale) car chaque réseau bancaire  qui monétise est obligé de tenir compte des « fuites » vers ses concurrents si sa part de marché de monétisation (de crédit) dépasse sa part de marché des dépôts, car ses concurrentes se font payer la différence (la compensation) en monnaie centrale.

Les banques doivent aussi tenir compte de la demande d’espèces (qui représente environ 13% des crédits) et des réserves obligatoires de 2% du montant des dépôts qui correspondent à de la monnaie centrale, ce qui limite leur capacités de création monétaire

A propos de ce multiplicateur, il est tout théorique: on préfère dans l’état actuel parler de « diviseur », sachant que les banques font tous les crédits qu’elles veulent (dont elles ont la demande), dans la limite théorique des règles prudentielles, et se tournent ensuite vers la banque centrale en disant « on a besoin de monnaie centrale sinon le système explose… »

Et le rôle de la banque centrale  dans tout cela ?

De la même manière que les banques commerciales monétisent des créances, la banque centrale monétise des titres de dette dits « éligibles » (titres de dettes souveraines, par exemple) afin de :

-  constituer leurs réserves (obligatoires ou non)
- disposer de soldes de compensation
- obtenir de la monnaie fiduciaire pour satisfaire les besoins d’espèces des clients des banques commerciales

Pour information : la monnaie scripturale centrale ne quittera pas le compte des banques à la Banque centrale (elle ne peut être transformée en monnaie secondaire que dans une exception notable ; que par le « tuyau » du Trésor Public qui est « la banque de l’État)

Donc si les banques fabriquent de la monnaie, elles peuvent acheter le monde ?

Ce serait presque exact s’il n’y avait qu’un seul réseau bancaire, mais heureusement

1 – Une banque est limitée dans ses crédits par les règles de Bâle (Bâle II) qui  imposent de détenir en fonds propres 8% des crédits accordés.

2 – Comme il y a, dans la réalité, plusieurs réseaux bancaires et donc un type de « fuite » supplémentaire

Un réseau bancaire A qui émets un crédit à son client Monsieur Dupont, sait bien que tous les fournisseurs ou commerçants que payera Monsieur Dupont ne sont pas tous dans son réseau bancaire… il lui faudra donc payer les réseaux bancaire B, C, E, etc des paiements qui s’échappent de son réseau.

Mais il en est de même pour les autres réseaux dont une partie des clients payent des fournisseurs ayant leur compte dans le réseau A.

Chaque jour donc, une « compensation » est faite entre les différentes banques, qui ne payeront à leur concurrentes que le solde : quand elles ont besoin de monnaie centrale, elles peuvent également l’emprunter à leurs concurrentes (le marché interbancaire)

Ce solde est de zéro si toutes les banques « marchent au même pas » (Keynes), c’est à dire si – statistiquement – la part de marché des crédits émis est égale à la part de marché des dépôts de leurs clients (nous parlons bien de crédits et de dépôts scripturaux. Des dépôts de monnaie fiduciaire -billets et pièces – sont une augmentation du stock de « monnaie de base » détenue par le réseau qui en bénéficie)

Enfin, il faut bien comprendre que le banquier directeur d’agence (trésorier d’agence), ne s’inquiète pas de savoir s’il crée de la monnaie ou pas : le banquier-trésorier va uniquement chercher à équilibrer ses comptes à la Banque Centrale (la « banque des banques »), par rapport aux autres banques. Si sa banque prête trop par rapport aux autres, c’est le système qui va la rappeler à l’ordre, car il faudra soit qu’il s’endette auprès des autres banques (et les lignes de crédit ne sont pas illimitées), soit qu’il mobilise des actifs sur le marché monétaire (et là non plus, son bilan n’est pas inépuisable….).

Comment la banque centrale peut-elle influer sur la création monétaire ?

La demande de crédit, et donc la création monétaire, suit de près l’activité économique. En période d’expansion, la masse monétaire, dopée par les investissements et les dépenses des agents économiques, va augmenter, et inversement en période de repli de l’activité.

Le principal instrument des banques centrales occidentales est la modulation des taux d’intérêt. En augmentant ou en baissant ses taux directeurs, la banque influe sur le coût de refinancement des banques commerciales sur le marché monétaire, sur lequel s’échangent la monnaie “banque centrale”.

La banque centrale peut également jouer sur le taux de réserve obligatoire imposé aux banques commerciales : plus de réserves obligatoires bloque les banques (c’est l’outil utilisé en particulier par la Banque centrale chinoise)

Toutefois, l’impact de la politique monétaire sur l’activité n’est pas garanti. Par exemple, si les agents économiques n’ont pas confiance même une baisse des taux (et donc du coût du crédit) n’a pas d’effet significatif sur la reprise de l’activité.

Le système actuel est instable

Le « 100% monnaie », principe général développé par Irving Fisher et Maurice Allais, dans lequel toute la monnaie nouvelle est créée par la Banque Centrale (banque de France) permettrait d’éviter les à-coups de croissance économique, supprimerait instantanément 2/3 de la dette publique, et générerait l’équivalent d’une recette fiscale supplémentaire de l’ordre de 70 à 80 milliards d’euros par an.

A-J Holbecq – 24 septembre 2011

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Conséquence de l’article 25 de  la loi du 3 janvier 1973 interdisant à la Banque de France des avances de trésorerie directes au Trésor Public et de son application dans les traités européens (article 104 de Maastricht et 123 de Lisbonne) : l’accumulation des intérêts a un effet boule de neige sur la dette. C’est environ 1400 milliards d’intérêts (qu’il a fallu emprunter depuis 1980), grosse part de la dette publique de 1591 milliards d’euros à fin 2010

http://www.faux-monnayeurs.orghttp://monnaie.wikispaces.com
http://postjorion.wordpress.com – http://osonsallais.wordpress.com
http://tinyurl.com/3c6czc6 (résumé 100% monnaie)

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207 – Généreux: trois pages de son dernier livre

24 septembre 2011

Ce billet est à double titre :
- parce qu’il montre encore une fois que soit Jorion  se trompe lourdement sur la création monétaire ce que nous savons tous ici ,  ou bien que Jacques Généreux fait-il aussi parti des milliers d’économistes qui n’ont rien compris (pourquoi donc n’a-t-il pas lu « l’argent mode d’emploi » ?) , – et surtout parce que l’auteur montre qu’il est possible, même dans le cadre de l’article 123 du Traité de Lisbonne  (et à condition de désobéir à l’esprit) de financer directement les besoins de financement par création monétaire ; c’est sensiblement ce qui avait été proposé il y a plusieurs mois par la FNH dans le projet « financer l’avenir sans creuser la dette »

 

Extrait du livre de Jacques Généreux « Nous on peut ! » (ed Seuil) . Pages 123-125

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L’attraction spontanée exercée par cet argument [seule la restauration de la drachme, du franc, de la peseta, etc., permettrait aux gouvernements concernés de mener une politique de crédit autonome] vient de l’ignorance des mécanismes élémentaires de la création monétaire, et plus particulièrement d’une croyance erronée selon laquelle ce serait la banque centrale qui détiendrait le pouvoir de créer la monnaie. Ainsi, pense-t-on, le seul moyen de retrouver des marges de manœuvre nationales en matière de crédit serait de disposer d’une monnaie nationale et de la banque centrale qui va avec.

Or, en réalité — comme l’apprend tout étudiant en première année d’économie -, ce sont les banques ordinaires qui créent la monnaie en octroyant des crédits, par un simple jeu d’écritures. Le système bancaire n’a besoin des concours de la banque centrale que pour faire face aux retraits en billets (dont l’émission est un monopole de la banque centrale), retraits qui ne représentent que de 10 à 15 % de la monnaie créée (l’essentiel de la monnaie circule entre comptes bancaires par virements, chèques et cartes bancaires). Une banque particulière, outre ses besoins en billets, doit aussi s’assurer que son compte à la banque centrale reste suffisamment créditeur (et éventuellement emprunter des liquidités à la banque centrale) pour effectuer le règlement de ses dettes à l’égard des autres banques (les soldes de compensation de tous les chèques, virements, paiements par carte réalisés par les détenteurs des comptes bancaires sont réglés par virement entre les comptes des banques à la banque centrale).

Dans ce système, des banques publiques ont le même pouvoir de création monétaire que n’importe quelle banque privée, mais peuvent orienter leurs crédits vers des priorités définies par le gouvernement national, et ce, à des conditions plus avantageuses (du seul fait qu’elles n’ont pas besoin de prélever un profit à la charge des débiteurs). Certes, comme toute banque, une banque publique doit avoir un compte à la banque centrale suffisamment créditeur pour faire face à des retraits en billets (si c’est une banque de dépôts) ou pour régler ses soldes de compensation avec les autres banques. Toutefois, si les crédits des banques publiques financent principalement des organisations (entreprises, administrations, etc.) astreintes à détenir leur compte principal auprès des banques publiques, alors ces crédits n’engendrent aucun retrait de billets et peu de sorties nettes de liquidités hors du pôle public bancaire. La monnaie créée par les crédits publics circule principalement par virements de compte à compte au sein des banques publiques et génère très peu de besoin de liquidités en compte à la banque centrale.

Donc si vous souhaitez orienter l’argent vers d’autres priorités que celles des banques privées d’aujourd’hui, rien n’est plus simple : utilisez et soutenez financièrement les banques publiques ou coopératives qui ne cherchent pas à maximiser leur profit, ou créez ces banques si elles n’existent pas ! Ce n’est pas l’euro ou le franc qui font ici la vraie différence : c’est une politique du crédit.

Enfin, l’autonomie de la politique financière à l’égard des marchés et de la BCE peut être étendue par une réforme de la banque centrale nationale : celle-ci est autorisée à concourir directement au financement des budgets publics ; elle peut monétiser une partie de la dette excessive ; elle peut consentir des conditions de refinancement à taux réduit pour des secteurs prioritaires [ note de J.G.:  Cette reprise en main partielle de la politique monétaire par la banque centrale nationale ne pose aucun problème pratique, puisque toutes les opérations d'émission monétaire et d'intervention sur les marchés monétaires sont réalisées par les banques centrales respectives des États membres de l'UE. La BCE n'a que le pouvoir de décider les instructions données aux banques centrales nationales, qui, quant à elles, disposent seules des moyens techniques d'action.]

On peut donc sortir du carcan néolibéral d’une politique monétaire inadaptée à un pays particulier, sans sortir de l’UE ou de l’euro. Notons au passage que, devant la détermination du gouvernement français à reprendre ainsi partiellement le contrôle public de .sa création monétaire interne, et face au «risque» que d’autres pays (Espagne, Portugal, Grèce notamment) suivent alors cet exemple, il est probable que la Commission européenne, l’Allemagne et la BCE proposeraient de renégocier les statuts de la BCE et les conditions de mise en œuvre de la politique monétaire européenne.

Ainsi, au total, si, d’une part, l’on a mieux que la dévaluation pour soutenir un progrès économique, écologique et social, si, d’autre part, on peut s’appuyer sur des banques publiques pour réorienter le financement de l’économie, alors la restauration d’une monnaie nationale n’est pas une condition nécessaire pour changer de politique. Il est en revanche nécessaire de s’affranchir unilatéralement de l’application d’un certain nombre de dispositions du traité de Lisbonne. Telle est la stratégie alternative.


201 – Rudo de Ruijter: Sortir de l’euro, et puis?

25 août 2011

Par Rudo de Ruijter, Chercheur indépendant, Pays-Bas

L’euro est une monnaie très pratique, mais elle fait des millions de victimes. Cet article explique d’une  façon simple pourquoi l’euro ne peut pas marcher et expose les avantages d’un passage vers un système d’argent d’État.

- Non, la coopération Européenne ne s’arrêtera pas sans l’euro!

- Et oui, nous serions bien mieux avec de l’argent d’État!

L’euro a un problème insoluble. Les pays qui sont sévèrement endettés maintenant, s’ils réussissent à s’en sortir à coups de réductions de dépenses d’État, s’endetteront de manière prévisible à nouveau.

C’est parce que ces pays sont victimes d’un défaut fondamental dans l’euro. Déjà avant le démarrage de l’euro des économistes ont averti, qu’une monnaie unique ne peut fonctionner que lorsque tous les pays participants sont économiquement homogènes. [1] [2] [3]

En ce moment il n’y a rien qui empêche des consommateurs grecs de préférer des produits d’Allemagne meilleurs et moins chers. Et lorsque la Grèce importe plus qu’elle n’exporte, ses dettes augmentent. La même chose vaut pour tous les pays moins productifs dans la zone euro. Ils pourront réduire leurs dépenses autant qu’ils voudront et privatiser toutes les infrastructures, mais la prochaine crise de dettes ne sera jamais loin!

Voici pourquoi. Lorsque les consommateurs dans des pays moins productifs préfèrent des produits importés moins chers et meilleurs, la dette extérieure augmentera, tandis que la productivité du pays diminuera. Lorsqu’un pays dispose de sa propre monnaie, il peut la dévaluer. Cela augmentera le prix des produits importés et diminuera le prix de ses propres produits à l’exportation. La dette diminuera et la productivité augmentera de nouveau. Des dévaluations étaient habituelles avant le début de l’euro.

Avec l’euro les dévaluations ne sont plus possibles et les pays finissent coincés dans les dettes. Mais lorsque les pays signent pour faire part de la zone euro, ils s’obligent à réduire leur dette publique en dessous de 60% de leur produit national brut (PNB) et leur déficit fiscal en dessous de 3% du PNB. Lorsqu’ils dépassent ces limites les autres pays considèrent cela comme un danger pour la stabilité de l’euro. Ces autres pays imposeront des sanctions au gouvernements endettés pour les obliger à prendre des mesures adéquates (comme si une solution durable existait) et si cela ne fonctionne pas, ces autres pays fourniront des prêts (qui, soit dit en passant, augmentent la dette extérieure!), accompagnés de conditions sévères, comme des réductions de dépenses publiques – licenciements de fonctionnaires, coupures dans les budgets d’éducation, de culture, d’affaires sociales, de l’armée etc. – et des obligations de vendre des propriétés d’État et des infrastructures et services publics! (Méfiez-vous, lorsque vous entendez dire des politiciens de pays plus riches, qu’ils vont aider les plus faibles!)

Ce n’est pas un hasard que ce soit la Grèce, l’Espagne et l’Irlande qui sont touchés le plus sévèrement aujourd’hui. Économiquement ces pays ne peuvent être comparés à un pays comme l’Allemagne. Dès qu’une crise frappe la zone euro, il devient clair que la zone n’est pas homogène; il y a des pays forts et des pays faibles. L’Europe est composée de pays très différents avec des économies très différentes avec des potentiels de productivité très différents.

En fait, il est impossible d’utiliser une monnaie unique dans une zone si hétérogène comme les 23 pays actuels de la zone euro [voir note]. Malgré les avertissements des économistes, les politiciens ont décidé de l’introduire quand-même. Pour les partisans ce n’était qu’une question d’inventer des règles de jeu et de convaincre les pays de signer des accords, comme quoi ils se tiendraient à ces règles. Eh bien, on peut mettre des signatures sur des bouts de papiers, mais cela ne rend pas possible ce qui ne l’est pas. Aujourd’hui, 20 des 27 pays de l’Union Européenne ne peuvent satisfaire aux exigences budgétaires. [4] Lire la suite »


198 – perseverare diabolicum

2 août 2011

A-J Holbecq fait son mea culpa

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Dans l’article 191  , j’ai écrit

En clair la France (de même que les pays de la zone euro) est obligée d’emprunter sur les marchés financiers, en payant des intérêts, les besoins monétaires qu’elle ne peut couvrir par des recettes budgétaires. Pourtant, des pays tels les USA, la Grande Bretagne ou le Japon, n’hésitent pas à se servir de la possibilité de monétisation directe par leur Banque Centrale lorsque les besoins de leur économie le nécessitent

je me dois de remercier “Chris06″ des précisions qu’il a pu apporter et qui font donc l’objet de ce présent billet.

Le “litige” concernait le terme “monétisation directe”. Il faut dire que des économistes de la “recherche économique ” de Natixis écrivent eux-mêmes

La crise financière, mutant en crise des dettes souveraines a chamboulé les schémas de pensée, et les banques centrales ont toutes octroyé un crédit aux Etats (900 Mds USD de la Fed, 198 Mds GBP de la BOE, 74 Mds EUR de la BCE).

… alors je pense que j’ai quelques excuses mais il serait diabolique de persévérer dans cette erreur.

En effet, comme” Chris06″ le démontre:

1 – la FED ne dispose pas du droit de monétisation directe:

Pour la FED : voir cette Note en fin de l’article publié par une de ses branches
http://research.stlouisfed.org/publications/es/10/ES1014.pdf

The Fed is forbidden by law to purchase government securities directly from the government. The government first sells securities to the private sector and the Fed then purchases securities from the private sector, specifically, government securities dealers.

D’ailleurs il n’y a aucun « mystère » sur la manière dont la FED conduit ses OMO (Open Market Operations), c’est à dire l’achat et la vente d’obligations du trésor et d’autres titres des agences fédérales ou des GSE toutes sont effectuées via le marché secondaire auprès des primary dealers (les 18 banques qui sont autorisées à le faire par décret).
Absolument aucun titre émis par le gouvernement des Etats Unis ou toute autre institution publique américaine n’est acheté par la FED directement à l’émetteur ou autrement que par des OMO, c’est à dire via les primary dealers
http://www.newyorkfed.org/aboutthefed/fedpoint/fed32.html

« The Federal Reserve conducts open market operations with primary dealers—government securities dealers who have an established trading relationship with the Federal Reserve. »

http://www.newyorkfed.org/markets/pridealers_current.html

« Primary dealers serve as trading counterparties of the New York Fed in its implementation of monetary policy. This role includes the obligations to: (i) participate consistently in open market operations to carry out U.S. monetary policy pursuant to the direction of the Federal Open Market Committee (FOMC); and (ii) provide the New York Fed’s trading desk with market information and analysis helpful in the formulation and implementation of monetary policy. Primary dealers are also required to participate in all auctions of U.S. government debt and to make reasonable markets for the New York Fed when it transacts on behalf of its foreign official account-holders. »

Quand au texte de loi qui oblige la FED a conduire tous ces achats de dette publique des Etats Unis via le second marché, et non directement auprès du trésor, c’est tout simplement le Federal Reserve Act – section 14b

http://www.federalreserve.gov/aboutthefed/section14.htm

Purchase and Sale of Obligations of United States, States, Counties, etc., and of Foreign Governments
(b)
To buy and sell, at home or abroad, bonds and notes of the United States, bonds issued under the provisions of subsection (c) of section 4 of the Home Owners’ Loan Act of 1933, as amended, and having maturities from date of purchase of not exceeding six months, and bills, notes, revenue bonds, and warrants with a maturity from date of purchase of not exceeding six months, issued in anticipation of the collection of taxes or in anticipation of the receipt of assured revenues by any State, county, district, political subdivision, or municipality in the continental United States, including irrigation, drainage and reclamation districts, and obligations of, or fully guaranteed as to principal and interest by, a foreign government or agency thereof, such purchases to be made in accordance with rules and regulations prescribed by the Board of Governors of the Federal Reserve System. Notwithstanding any other provision of this chapter, any bonds, notes, or other obligations which are direct obligations of the United States or which are fully guaranteed by the United States as to the principal and interest may be bought and sold without regard to maturities but only in the open market.
To buy and sell in the open market, under the direction and regulations of the Federal Open Market Committee, any obligation which is a direct obligation of, or fully guaranteed as to principal and interest by, any agency of the United States.

2 -Il en est de même de la Banque d’Angleterre

« 1. Overdraft facilities or any other type of credit facility with the European Central Bank or with the central banks of the Member States (hereinafter referred to as ‘national central banks’) in favour of Union institutions, bodies, offices or agencies, central governments, regional, local or other public authorities, other bodies governed by public law, or public undertakings of Member States shall be prohibited, as shall the purchase directly from them by the European Central Bank or national central banks of debt instruments. »

Et sur le site de la BoE:

http://www.bankofengland.co.uk/monetarypolicy/qe/askqa.htm voyez la réponse à la question 6

« The key point is that the Bank is not being forced to create money in order to cover the gap between the government’s tax income and its spending commitments. If it were carried out to finance the budget deficit, it would be a violation of Article 123 of the Treaty on the Functioning of the European Union. Rather, the Bank is undertaking quantitative easing in order to meet the inflation target and will sell the government debt back to the private sector once the economy recovers, thus unwinding the original increase in the money supply.

Central banks routinely buy and sell government debt in the secondary market as part of their normal operations in the money markets and such operations are not deemed to amount to monetary financing under the Treaty on the Functioning of the European Union. The only thing that distinguishes quantitative easing from normal operations is their scale and the length of time for which the assets are likely to be held. »

J’ai ensuite argumenté que le Royaume Uni “disposait depuis Maastricht d’un  « opt out » ce qui permet justement à la Bank of England de financer directement.” . Comme l’a bien montré “Chris06″ cette dérogation est très limitée dans son montant

10. Par dérogation à l’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne et à l’article 21.1 des statuts, le gouvernement du Royaume-Uni peut conserver la ligne de crédit « Ways and Means » dont il dispose auprès de la Banque d’Angleterre si et aussi longtemps que le Royaume-Uni n’adopte pas l’euro.

La ligne de crédit « ways and means », c’est une ligne de crédit dont le montant est fixé à un grand total de £370 millions. Sur une dette publique de près de £1000 milliards, ça fait 0,037% de la dette qui n’est pas concernée par l’article 123!

vous la trouverez au bilan de la Bank of England :

http://www.bankofengland.co.uk/statistics/bankstats/2011/jul/tabb1.1.1.xls
voir le tab « consolidated assets amount out » colonne B72A

Et  la conclusion de “Chris06″ est sans appel, je ne puis qu’y souscrire : “Ce que je veux dire c’est qu’on ne peut pas simplement relâcher l’interdiction faites aux banques centrales de financer directement leurs gouvernements respectifs : il faut aussi complètement abandonner ce système des changes flottants. L’un ne va pas sans l’autre.

La loi Pompidou-Giscard de 73 est la conséquence de l’adoption d’un système de changes flottants, c’est à dire où les taux de changes ne sont pas déterminés par les gouvernements mais par les marchés interbancaires privés : pour qu’un tel marché puisse fonctionner il faut bien que les états empruntent sur ces mêmes marchés.
Ce fut une erreur monumentale d’adopter ce système de changes flottants depuis 1971, il est grand temps d’en changer, avant que tout n’explose!”


195 – Que pense Galbraith du lien intérêts – inflation?

17 juillet 2011

P 63 à 69 de «  Les mensonges de l’économie » John Kenneth Galbraith (Ed Grasset 2005)

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J’en viens maintenant à notre mensonge le plus prestigieux, à notre plus élégante esquive de la réalité. Dans le système économique moderne, on l’a vu, le passage des bonnes aux mauvaises périodes puis, finalement, des mauvaises aux bonnes périodes est imprévisible. Le boom, la bulle et l’inflation sont suivis d’une baisse de la production avec hausse du chômage, diminution des revenus, stabilisation des prix à un niveau inférieur. Puis, à un certain moment, il y a reprise – l’emploi s’accroît, les revenus augmentent, l’inflation réapparaît dans le discours sinon dans la réalité. Aux Etats-Unis, l’effort pour limiter le chômage et la récession, ainsi que le risque d’inflation, incombe à la Fédéral Reserve, la Banque centrale. Cette institution et son chef constituent la réponse officielle tant au boom et à l’inflation quà la récession ou à la dépression, avec production en baisse et chute des investissements et de l’emploi. On estime que les mesures discrètes prises par la Fédéral Reserve sont les plus approuvées et les mieux acceptées des interventions sur l’économie. Elles n’en sont pas moins parfaitement inefficaces, elles n’ont pas l’effet qu’elles sont censées avoir. La récession et le chômage – ou le boom et l’inflation – se poursuivent.

La réputation aussi flatteuse que fausse de la Fédéral Reserve s’appuie sur un solide fondement : la puissance et le prestige des banques et des banquiers, et le pouvoir magique qu’on prête à la monnaie. C’est cela qui accompagne et soutient la Fédéral Reserve et les établissements bancaires qui en dépendent. Si, face à une récession, la Banque centrale réduit le taux d’intérêt, les banques affiliées sont chargées de répercuter cette baisse de taux sur leurs clients, et de les encourager ainsi à emprunter, Les entreprises vont alors produire des biens et des services, acheter les usines et les équipements qu’elles peuvent désormais s’offrir et qui leur font gagner de l’argent ; la consommation, financée par des prêts aux meilleurs taux, va s’accroître. L’économie réagira positivement, et la récession prendra fin. S’il y a plus tard une expansion avec menace d’inflation, une hausse du coût de l’emprunt, elle aussi décidée par la Fédéral Reserve et appliquée à ses prêts aux banques affiliées, relèvera les taux d’intérêt. Les entreprises restreindront alors leurs investissements, les consommateurs leurs emprunts, l’optimisme excessif sera contré, les prix stabilisés, et on sera donc garanti contre l’inflation.

La difficulté, c’est que ce processus, aussi plausible que satisfaisant, est un credo économique bien ancré qui n’existe pas dans la vie réelle. Cette croyance repose sur une théorie apparemment convaincante, mais pas sur la réalité ni sur l’expérience pratique. Les entreprises empruntent quand elles peuvent gagner de l’argent, et non parce que les taux d’intérêt sont bas. À l’heure où j’écris ces lignes, en 2003, en pleine récession, le taux des prêts de la Fédéral Reserve a récemment été réduit une bonne douzaine de fois. Comme elles étaient une réaction sage et efficace à la récession, ces réductions ont été vigoureusement approuvées. Quoi de mieux que ce mécanisme simple, indolore, apolitique, aux mains de professionnels responsables et respectés que la politique ne souille pas ! Aucun débat déplaisant, aucune controverse absurde. Et aussi – mais on le souligne moins – aucun effet économique.

En matière de récession, notamment, l’espoir dépend toujours de la prochaine réunion de la Fédéral Reserve. On aura alors une promesse, des prévisions et, finalement, un résultat nul. Il n’y a guère d’autre question économique où l’histoire se répète plus sûrement. Mais soyons justes : toute mesure prise est honorable et bien dosée ; elle est unanimement soutenue par les membres du conseil de la Fédéral Reserve et approuvée par le monde financier ; simplement, elle n’a aucun impact perceptible. La reprise arrive, mais sans aucun lien détectable avec l’action de la Fédéral Reserve. Le marché du logement va mieux quand les taux des prêts immobiliers baissent. Les autres secteurs restent hélas indifférents à cette mesure. Lorsque les ventes sont mauvaises, les taux d’intérêt ne sont qu’un détail. Les entreprises ne vont pas emprunter pour accroître une production invendable.

Depuis 1913, date à laquelle la Fédéral Reserve a commencé à exister pleinement, le bilan de sa lutte contre l’inflation et particulièrement contre la récession a été d’une insignifiance totale et continue. On l’a vu pendant la Première Guerre mondiale : les prix ont doublé au cours des deux années où les Etats-Unis ont participé au conflit. Les pouvoirs magiques de la Banque centrale, alors toute neuve, n’ont trouvé aucun remède. Dans les années vingt, en Floride, puis à Wall Street, une folle spéculation s’est déchaînée de manière désastreuse, entraînant des lendemains terribles. La Fédéral Reserve ne lui a opposé aucun frein efficace en temps opportun. Ensuite, pendant une décennie, ce fut la Grande Crise – sans que Washington trouve de remède pour guérir l’économie. La déflation et la dépression persistèrent.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, avec l’expérience du conflit précédent, on redoutait beaucoup l’inflation. Finalement, elle a été maintenue sous contrôle étroit et n’a laissé aucun souvenir vraiment désagréable. Les historiens ne voient même plus le problème. Un facteur de poids a pesé dans cet heureux résultat : on a tiré les leçons du passé et l’on n’a fait aucune confiance à la Fédéral Reserve. Il n’était pas question, dans cette période si difficile, de fonder la politique économique sur l’espoir ou la mythologie. Contenir l’inflation était l’une de mes tâches principales pendant ces années (j’étais administrateur adjoint chargé de la politique des prix à l’Office de contrôle des prix, donc immédiatement concerné par la lutte anti inflation), et j’étais bien persuadé, moi aussi, que la Fédéral Reserve n’avait pas la moindre importance. Et c’était exact.

Dans les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, les menaces d’inflation et de récession ont été moins graves. La Fédéral Reserve, après des débats internes savants et souvent acharnés, a pris des mesures. Elles ont été très applaudies, ont donné lieu à des prévisions optimistes, et n’ont eu aucun effet.

La confiance en toute action jouant sur la monnaie est si ancrée que la Fed, comme on l’appelle affectueusement, se verra créditée du succès dès qu’une vigoureuse reprise se produira. Néanmoins, les faits resteront ce qu’ils sont. En période faste, la hausse des taux d’intérêt ne ralentit pas l’investissement des entreprises. Elle n’a pas grande importance. Ce qui compte, c’est la perspective de profits. Et, en temps de récession ou de dépression, le facteur déterminant est la perspective de recettes faibles. Si les taux d’intérêt baissent, il y aura refinancement des prêts immobiliers, ils trouveront de nouveaux financements ; mais, globalement, les sommes que les débiteurs y gagneront seront assez minimes, et ils en épargneront peut-être une partie. Autant dire que l’effet sur l’ensemble de l’économie sera nul ou insignifiant.

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191 – AJ Holbecq: L’arnaque de la dette

23 juin 2011

Article paru sur le site de “Debout La République“  le mardi 10 mai 2011
La réactualisation des données de la dette publique à fin 2010 est sur le site “dette et monnaie

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Jusqu’en 1973, lorsque l’État avait besoin de trésorerie, il demandait à la Banque de France de le financer, de la même manière que procède toute entreprise ou ménage envers sa banque commerciale : en lui signant une « reconnaissance de dette ».

L’exception européenne

C’est à Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre des finances, que nous devons la loi du 3 janvier 1973 dont l’article 25 précisait “Le trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France”, interdisant donc le financement direct de l’État par la Banque de France. Cette loi a été confirmée par l’article 104 du Traité de Maastricht – devenu 123 du Traité de Lisbonne. Cette interdiction, n’est, dans aucune autre zone monétaire, gravée ainsi dans le marbre d’un Traité !

En clair la France (de même que les pays de la zone euro) est obligée d’emprunter sur les marchés financiers, en payant des intérêts, les besoins monétaires qu’elle ne peut couvrir par des recettes budgétaires. Pourtant, des pays tels les USA, la Grande Bretagne ou le Japon, n’hésitent pas à se servir de la possibilité de monétisation directe par leur Banque Centrale lorsque les besoins de leur économie le nécessitent  [ A-J Holbecq: erreur de ma part dénoncée et argumentée par Chris06 dans les commentaire à partir de celui-ci le 1 er août : il n'y a pas de monétisation directe mais toujours monétisation indirecte: J'ai fait mon "mea culpa" dans l'article "198- perseverare diabolicum"]
. Chez nous, les banques peuvent emprunter à 1% à la BCE et prêter aux États à 3, 5 ou 7% et parfois plus.

L’augmentation annuelle de cette dette publique de 1980 à fin 2009 correspond, bon an mal an, aux intérêts de la dette, dans un effet boule de neige. En euros constants la dette est passée de 239 milliards d’euros (21% du PIB) fin 1979 à 1489 milliards d’euros (78% du PIB) fin 2009, soit une augmentation de 1250 milliards d’euros. Sur la même période, nous avons payé environ 1340 milliards d’euros d’intérêts aux différents prêteurs privés (banques et établissements de crédits, fonds de pension, assurances-vie…).

Mais direz vous, nous sommes bien obligés de payer des intérêts à nos prêteurs !

Oui, et justement puisque nous devons, dans le système actuel, emprunter chaque année sensiblement l’équivalent de ces intérêts qu’il faut payer, non seulement nous ne pourrons jamais rembourser, mais en plus la dette continuera à croitre alors que nous avons une obligation d’honnêteté envers les épargnants qui ont fait confiance à la signature de la France.

Pourtant, nous pourrions imposer à la Banque de France de monétiser chaque année une somme raisonnable pour alléger le poids de cette dette dont le paiement des intérêts pèse aujourd’hui sur les services publics essentiels de notre nation (éducation nationale, sécurité sociale, sécurité…) .

Ah, je vous entends « mais c’est la planche à billet, c’est l’inflation assurée… »

Tout d’abord, il faut noter qu’aujourd’hui, ce sont les banques privées qui ont la responsabilité de la création de la monnaie et qui ont provoqué une immense inflation du prix des actifs pendant les années 2000, qui a mené à la pire crise économique depuis 80 ans. En effet, la masse monétaire a progressé de près de 10% par an dans la zone euro jusqu’à la crise.
Aujourd’hui, la quantité de monnaie en circulation en France est d’environ 1900 milliards d’euros (agrégat M3). La BCE considère qu’une augmentation annuelle de plus ou moins 5% n’est pas inflationniste. C’est donc une centaine de milliards de monnaie nouvelle qui peuvent être émis chaque année sans effet inflationniste.
Comment pourrons-nous rembourser ces épargnants qui détiennent cette « dette de la France » sans les léser, qu’ils soient français ou étranger, qu’ils aient placés leur épargne au sein de fonds de pensions ou d’obligations détenues par des assurances vies ?

Bien que la vente par les administrations publiques des actifs monétaires qu’elles détiennent permettrait instantanément la réduction de plus de 700 milliards d’euros de la dette, restons dans l’hypothèse d’une nécessité de remboursement de la dette brute “au sens de Maastricht” estimée au début de cette année 2011 à 1600 milliards d’euros.

En fait la solution est simple et ne nécessite que la volonté politique.

Prenons les hypothèses d’un budget global dont le solde primaire est équilibré (recettes – dépenses hors charges d’intérêts) et d’un taux d’intérêt moyen sur les obligations d’État de 3%.
Si nous décidions de monétiser chaque année 100 milliards d’euros, la première année, 48 milliards d’euros serviront au paiement des intérêts et il resterait 52 milliards en remboursement du capital de la dette. Le solde résiduel deviendrait donc 1548 milliards d’euros. L’année suivante, c’est 46 milliards d’euros d’intérêts, 54 milliards de remboursement du capital et une dette ramenée à 1494 milliards d’euros. Et ainsi de suite.
En 22 ans la dette serait totalement remboursée aux actuels détenteurs, sans en léser aucun ni sur le capital investi, ni sur les intérêts attendus chaque année. La dette et les intérêts payés pendant cette période de remboursement seront simplement transférés sous forme de nouvelles obligations à l’actif du bilan de la Banque de France. Il est à noter qu’il faudrait 39 ans avec une monétisation annuelle de 70 milliards d’euros.

D’ailleurs, Maurice Allais, notre seul prix Nobel d’économie affirmait que : « La création monétaire doit relever de l’État et de l’État seul. Toute création monétaire autre que la monnaie de base par la Banque centrale doit être rendue impossible, de manière que disparaissent les « faux droits » résultant actuellement de la création de monnaie bancaire ». Cette création monétaire, bien public, actuellement confiée à des banques privées auxquelles il est pourtant difficile de faire confiance doit revenir dans le giron de la collectivité. C’est aussi ce qui permettra d’honorer la dette sans asphyxier notre économie.

André-Jacques Holbecq
Économiste et auteur de :
Argent, dettes et banques,
éditions Yves Michel, 2010
La dette publique, une affaire rentable,
en collaboration avec Philippe Derudder (préface d’Étienne Chouard) – éditions Yves Michel 2008 – 2° édition réactualisée mars 2011

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