223 – Revenir à la réflexion d’Allais

15 décembre 2011

Maurice Allais

Voici un texte essentiel d’un homme important, Maurice Allais , résumé par Étienne Chouard qui présente ainsi ce résumé : “ce fut d’abord un article clairvoyant et décapant publié dans Le Figaro des 12, 19 et 26 octobre 1998, dans la rubrique Opinions ; puis il fut repris et annoté dans un livre passionnant publié aux courageuses éditions Clément Juglar : de nombreuses notes et annexes supplémentaires que vous trouverez dans le livre (pas ici) permettent à l’auteur de répondre aux objections qu’on lui a présentées. L’ensemble est remarquable, vivant, utile : c’est de l’économie politique, à usage citoyen. “

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 http://etienne.chouard.free.fr/Europe/messages_recus/La_crise_mondiale_d_aujourd_hui_Maurice_Allais_1998.pdf

PLAN

1. La grande dépression de 1929-1934 et ses enseignements essentiels
1.1. La hausse des cours et leur effondrement
1.2. Une hausse des cours de bourse démesurée au regard de l’économie réelle1.3. La dépression1.4. Un endettement excessif
1.5. Des mouvements massifs de capitaux et des dévaluations compétitives1.6. Facteurs psychologiques et facteurs monétaires1.7. La grande dépression de 1929-1934 et le mécanisme du crédit
1.8. Rien de fondamentalement nouveau dans la crise de 1929

2. La crise mondiale d’aujourd’hui
2.1. La propagation de la crise2.2. La crise mondiale d’aujourd’hui et la Grande Dépression. De profondes similitudes2.3. La création et la destruction de moyens de paiement par le mécanisme du crédit
2.4. Le financement d’investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme2.5. Le développement d’un endettement gigantesque2.6. Une spéculation massive2.7. Un système financier et monétaire fondamentalement instable2.8. L’effondrement de la doctrine laissez-fairiste mondialiste

3. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires3.1 Des facteurs majeurs3.2. Le système du crédit
3.3. La réforme de l’indexation. La stabilisation de la valeur réelle de l’unité de compte3.4. La réforme des marchés boursiers3.5. La réforme du système monétaire international
3.6. Les vérités établies [les dogmes] contre la raison

 

OOOOO

La crise mondiale d’aujourd’hui
Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires

1. La grande dépression de 1929-1934 et ses enseignements essentiels

La crise de 1929 a été la conséquence de l’expansion déraisonnable des crédits boursiers qui l’a précédée aux États-Unis et de la montée extravagante des cours de Bourse qu’elle a suscitée.

Au regard de la crise mondiale actuelle, rien n’est plus instructif, à bien des égards, que la Grande dépression de 1929-1934. Comme l’a écrit autrefois Vilfredo PARETO : « Il est tout aussi certain que l’histoire ne se répète jamais identiquement qu’il est certain qu’elle se répète toujours en certaines parties que nous pouvons dire principales […] Les faits du passé et ceux du présent se prêtent un mutuel appui […] pour leur compréhension réciproque. »

1.1. La hausse des cours et leur effondrement

Aux États-Unis, l’indice Dow Jones des valeurs industrielles est passé de 121 le 2 janvier 1925 à 381 le 3 septembre 1929, soit une hausse de 215 % en quatre ans et huit mois. Il s’est effondré à 230 le 30 octobre, soit une baisse de 40 % en deux mois correspondant pour certaines actions à des baisses bien plus grandes encore.

L’indice Dow Jones n’a atteint son minimum de 41,2 que le 8 juillet 1932, soit une baisse de 89 % en trois ans. Il n’a retrouvé son cours du 2 janvier 1925 que le 24 juin 1935, et son cours du 3 septembre 1929 que le 16 novembre 1954.

La baisse des cours de Bourse de 1929 à 1932, avec toutes ses séquelles, représente probablement un des plus spectaculaires effondrements d’une hausse spéculative des cours que le monde ait jamais connu.

Tant que la Bourse a monté, ceux qui achetaient, le plus souvent à crédit, voyaient leurs prévisions confirmées le lendemain par la hausse des cours, et jour après jour la hausse venait justifier les prévisions de la veille.

La hausse s’est poursuivie jusqu’à ce que certains opérateurs aient été amenés à considérer que les actions étaient manifestement considérablement surévaluées, et ils se sont mis à vendre, voire même à spéculer à la baisse. Dès que les cours n’ont plus monté, ils ont commencé à baisser, et la baisse a alors justifié la baisse, en entraînant à sa suite un pessimisme généralisé. La baisse ne pouvait plus alors que s’amplifier.

1.2. Une hausse des cours de bourse démesurée au regard de l’économie réelle

À la veille même du Jeudi noir du 24 octobre 1929, où le Dow Jones est tombé à 299, en baisse de 22 % depuis son maximum de 381 du 3 septembre 1929, la presque totalité des meilleurs économistes, dont par exemple le grand économiste américain Irving FISHER, considérait que la hausse de la Bourse américaine était parfaitement justifiée par la prospérité de l’économie, la stabilité générale des prix et les perspectives favorables de l’économie américaine.

Cependant, à première vue, la hausse des cours de Bourse de 215 %, de 1925 à 1929, apparaît incompréhensible au regard de l’évolution de l’économie américaine, en termes réels. En effet, de 1925 à 1929, en quatre ans, le produit national brut réel ne s’était élevé que de 13 %, la production industrielle de 21 % seulement, et le taux de chômage était resté stationnaire au niveau de 3 %. Dans la même période, le produit national brut nominal ne s’était élevé que de 11 % ; le niveau général des prix avait baissé de 2 % ; la masse monétaire (monnaie en circulation plus dépôts à vue et à temps) ne s’était élevée que d’environ 11 % [1] .

Cependant, de janvier 1925 à août 1929, la vitesse de circulation des dépôts dans les banques américaines à New York s’était élevée de 140 %. C’est cette augmentation de la vitesse de circulation des dépôts dans les banques de New York qui a permis l’augmentation des cours de Wall Street. [2]

1.3. La dépression

La vague de pessimisme que le krach boursier de 1929 a engendré, a entraîné, de 1929 à 1932, une contraction d’environ 20 % de la masse monétaire et d’environ 30 % des dépôts bancaires [3]. Dans le même temps, la Federal Reserve essayait, mais vainement, de s’opposer à cette contraction en accroissant la monnaie de base de 9 %.

Les spéculateurs, qui avaient acheté des actions avec des fonds empruntés à court terme, se sont vus contraints d’emprunter à nouveau à des taux d’intérêt très élevés, voire à vendre à n’importe quel prix pour faire face à leurs engagements. Des retraits massifs de certains dépôts ont entraîné les faillites d’un grand nombre de banques [4], d’où une contraction accrue de la masse monétaire.

Ce pessimisme, ce climat de détresse et cette contraction de la masse monétaire ont entraîné une diminution du produit national brut nominal de 44 %, du produit national brut réel de 29 %, de la production industrielle de 40 %, et de l’indice général des prix de 21 %.

Le taux de chômage est passé de 3,2 % en 1929 à 25 % en 1933, soit 13 millions de chômeurs, [5] pour une population active de 51 millions. La population totale des États-Unis n’était alors que d’environ 120 millions.

1.4. Un endettement excessif

La Grande Dépression a été considérablement aggravée dans son déroulement par le surendettement qui s’était développé avant le krach boursier de 1929, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des États-Unis.

  • · À l’intérieur des États-Unis, le montant global des dettes des particuliers et des entreprises[6], correspondant en grande partie à des crédits bancaires, s’était considérablement accru de 1921 à 1929. En 1929, il représentait environ 1,6 fois le produit national brut américain. Au regard de la baisse des prix et de la diminution de la production au cours de la Grande Dépression, le poids de ces dettes s’est révélé insupportable.

Parallèlement, de 1921 à 1929, l’endettement de l’État fédéral et celui des États et des municipalités s’étaient également considérablement accrus. En 1929, ils représentaient respectivement environ 16,3 % et 13,2 % du PNB américain.

  • · À l’extérieur des États-Unis, le montant des réparations dues par l’Allemagne avait été fixé en 1921 à 33 milliards de dollars, représentant environ 32 % du PNB américain en 1929. Au titre des dettes de guerre, [7] les nations européennes devaient aux États-Unis environ 11,6 milliards de dollars, représentant environ 11 % du PNB américain.

Enfin, des prêts privés, principalement bancaires, avaient été consentis, principalement à l’Allemagne, pour un montant global de 14 milliards de dollars en 1929, représentant environ 13,5 % du PNB américain.

Les dettes de guerre s’étaient révélées impayables. L’Allemagne n’avait pu s’acquitter que très partiellement de ses obligations, et cela principalement avec des fonds empruntés.

Le développement de la Grande Dépression a été considérablement aggravé par les charges de toutes ces dettes et par les mouvements internationaux de capitaux à court terme qui en sont résultés, par suite des interdépendances complexes de toutes sortes entre les économies européennes et l’économie américaine. En fait, toutes ces dettes ont dû être réduites et rééchelonnées au cours de la Grande Dépression.

1.5. Des mouvements massifs de capitaux et des dévaluations compétitives

À partir des États-Unis, la Grande Dépression s’est étendue dans tout l’Occident, générant partout l’effondrement des économies, le chômage, la misère et la détresse.

À la suite de l’abandon de l’étalon or, en septembre 1931, par la Grande-Bretagne, se sont succédé des dévaluations en chaîne. La plus spectaculaire a correspondu à l’abandon de l’étalon or par les États-Unis en avril 1933.

Toute cette période peut se caractériser à la fois par des spéculations sur les monnaies, des mouvements massifs de capitaux, des dévaluations compétitives et des politiques protectionnistes des différents pays pour essayer de se protéger des désordres extérieurs.

Finalement, vers la fin de 1936, les relations de change entre les principales monnaies n’étaient pas très différentes de ce qu’elles étaient en 1930, avant que le cycle des dévaluations n’ait commencé.

1.6. Facteurs psychologiques et facteurs monétaires

Si la hausse des cours de Bourse, de 1925 à 1929, a quelque chose d’incompréhensible au regard de l’évolution de l’économie américaine en termes réels pendant la même période, la baisse de l’activité économique en termes réels, de 1929 à 1932, n’en apparaît pas moins aussi étonnante, au moins à première vue. Comment est-il donc possible que la chute des cours boursiers ait pu induire par elle-même une telle diminution de l’activité économique ?

En réalité, ces deux phénomènes, qui à première vue apparaissent quelque peu paradoxaux, s’éclairent parfaitement dès que l’on considère à la fois les facteurs psychologiques et les facteurs monétaires.

Lorsque la conjoncture est favorable, les encaisses désirées diminuent et, de ce fait, la dépense globale augmente. Lorsqu’elle est défavorable, les encaisses désirées augmentent et la dépense globale diminue [8]. De même, la croyance dans la hausse suscite la création ex nihilo de moyens de paiements bancaires et l’appréhension de la baisse engendre la destruction des moyens de paiement antérieurement créés ex nihilo.[9]

La hausse entraîne la hausse et la baisse entraîne la baisse. Pour les spéculateurs à la hausse ou à la baisse des actions, ce n’était pas les « fondamentaux » qui étaient considérés, mais c’était l’appréciation psychologique de ce que les autres allaient faire.

1.7. La grande dépression de 1929-1934 et le mécanisme du crédit

L’origine et le développement de la Grande Dépression de 1929-1934 représentent certainement la meilleure illustration que l’on puisse donner des effets nocifs du mécanisme du crédit :

  • Øla création de monnaie ex nihilo par le système bancaire ;
  • Øla couverture fractionnaire des dépôts ;
  • Øle financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme ;
  • Øle financement de la spéculation par le crédit
  • Øet les variations de la valeur réelle de la monnaie et de l’activité économique qui en résultent.

L’ampleur de la crise de 1929 a été la conséquence inévitable de l’expansion déraisonnable des crédits boursiers qui l’a précédée aux États-Unis et de la montée extravagante des cours de Bourse qu’elle a permise, sinon suscitée.

Au regard de la prospérité de l’économie et de la montée des cours jusqu’en 1929, le diagnostic de l’opinion dominante était aussi général qu’affirmatif. Il s’agissait d’une « New Era », d’une nouvelle ère de prospérité générale, qui s’ouvrait au monde entier.

Cependant, l’analyse qui précède montre avec quelle prudence on doit considérer la prospérité d’une économie en termes réels, dès lors que se développent des déséquilibres potentiels, à première vue mineurs en valeur relative, mais susceptibles d’entraîner, lorsqu’ils se concrétisent et se cumulent, de profondes modifications de la psychologie collective.

1.8. Rien de fondamentalement nouveau dans la crise de 1929

Ce qui, pour l’essentiel, explique le développement de la New Era, aux États-Unis et dans le monde, dans les années qui ont précédé le krach de 1929, c’est l’ignorance, une ignorance profonde de toutes les crises du XIXème siècle et de leur signification réelle.

La crise de 1929-1934 n’était en fait qu’une répétition particulièrement marquée des crises qui s’étaient succédé au XIXème siècle[10], et dont sans doute la crise de 1873-1879 avait été une des plus significatives.

En fait, toutes les grandes crises des XVlIIème, XIXème et XXème siècles ont résulté du développement excessif des promesses de payer et de leur monétisation. [11] [12]

Partout et à toute époque, les mêmes causes génèrent les mêmes effets et ce qui doit arriver arrive.

Les économistes les plus lucides, comme Clément Juglar et Irving Fisher [13], ont analysé avec pénétration les mécanismes des crises, leur génération et leur développement. Malheureusement, ils sont restés méconnus et ils n’ont pas été écoutés. Si on avait pleinement reçu leurs messages, si on avait pleinement compris leurs analyses, la situation d’aujourd’hui serait tout autre.

2. La crise mondiale d’aujourd’hui

2.1. La propagation de la crise

À partir de juin 1997 une crise monétaire et financière s’est déclenchée en Asie et elle se poursuit actuellement. Le déroulement de cette crise, dont nul n’avait prévu la soudaineté et l’ampleur, a été très complexe, mais en 1997 et 1998, et pour l’essentiel, on peut distinguer trois phases : de juin à décembre 1997, de janvier à juin 1998 et de juin 1998 à octobre 1998[14].

  • · La première phase, de juin à décembre 1997, purement asiatique, a débuté avec une très forte spéculation à la baisse de la monnaie thaïlandaise, aboutissant à sa dévaluation de 18 % le 2 juillet 1997. Cette période a été marquée par la chute des monnaies et des Bourses des pays asiatiques : la Thaïlande, la Malaisie, l’Indonésie, les Philippines, Taïwan, Singapour, Hongkong, la Corée du Sud. La chute moyenne de leurs indices boursiers a été d’environ 40 %. Par rapport au dollar, les monnaies de la Thaïlande, de la Corée, de la Malaisie et de l’Indonésie se sont dépréciées respectivement d’environ 40 %, 40 %, 50 % et 70 %.
  • · La deuxième phase, de décembre 1997 à juin 1998, a donné lieu, après une courte reprise en janvier-février, à de nouvelles chutes des Bourses asiatiques. Pour l’ensemble de la période, la chute moyenne des cours a été d’environ 20 %.

Le fait marquant de cette période a été le rapatriement aux États-Unis et en Europe des capitaux prêtés à court terme en Asie, entraînant par-là même des hausses des cours de bourse aux États-Unis et en Europe. La hausse a été particulièrement marquée à Paris, où le CAC 40 a augmenté d’environ 40 % de décembre 1997 à juillet 1998, hausse deux fois plus forte qu’à New York.

La fin de cette période a été marquée par une très forte baisse des matières premières et un effondrement de la Bourse de Moscou d’environ 60 %.

Au cours de cette période, les difficultés des intermédiaires financiers au Japon se sont aggravées et le yen a continué à se déprécier. De fortes tensions monétaires se sont également manifestées en Amérique latine.

  • · La troisième phase a débuté en juillet 1998, avec de très fortes tensions politiques, économiques et monétaires en Russie[15]. Le rouble n’a plus été convertible. Le 2 septembre, il avait perdu 70 % de sa valeur et une hyperinflation s’était déclenchée.

Cette situation a suscité de très fortes baisses des actions aux États-Unis et en Europe. La baisse à Paris du CAC 40, d’environ 30 %, a été spectaculaire.

Elle s’est répandue rapidement dans le monde entier. Personne aujourd’hui n’apparaît réellement capable de prévoir l’avenir avec quelque certitude.

  • · Dans les pays asiatiques, qui ont subi des baisses considérables de leurs monnaies et de leurs Bourses, les fuites spéculatives de capitaux ont entraîné de très graves difficultés sociales. Ce qui est pour le moins affligeant, c’est que les grandes institutions internationales sont bien plus préoccupées par les pertes des spéculateurs (indûment qualifiés d’investisseurs) que par le chômage et la misère suscités par cette spéculation.
  • · De profondes similitudes apparaissent entre la crise mondiale d’aujourd’hui et la Grande Dépression de 1929-1934 : la création et la destruction de moyens de paiement par le système du crédit, le financement d’investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme, le développement d’un endettement gigantesque, une spéculation massive sur les actions et les monnaies, un système financier et monétaire fondamentalement instable.

2.2. La crise mondiale d’aujourd’hui et la Grande Dépression. De profondes similitudes

Cependant, des différences majeures existent entre les deux crises. Elles correspondent à des facteurs fondamentalement aggravants.

  • · En 1929 , le monde était partagé entre deux zones distinctes : d’une part, l’Occident, essentiellement les États-Unis et l’Europe et, d’autre part, le monde communiste, la Russie soviétique et la Chine. Une grande part du tiers-monde d’aujourd’hui était sous la domination des empires coloniaux, essentiel­lement ceux de la Grande-Bretagne et de la France.

Aujourd’hui, depuis les années 70, une mondialisation géographiquement de plus en plus étendue des économies s’est développée, incluant les pays issus des anciens empires coloniaux, la Russie et les pays de l’Europe de l’Est depuis la chute du Mur de Berlin en 1989. La nouvelle division du monde se fonde sur les inégalités de développement économique.

Il y a ainsi entre la situation de 1929 et la situation actuelle une différence considérable d’échelle, c’est le monde entier qui actuellement est concerné. 

  • · Depuis les années 70, une seconde différence, majeure également et sans doute plus aggravante encore, apparaît relativement à la situation du monde de 1929.

Une mondialisation précipitée et excessive a entraîné par elle-même des difficultés majeures. Une instabilité sociale potentielle est apparue partout, une accentuation des inégalités particulièrement marquée aux États-Unis, et un chômage massif en Europe occidentale.

La Russie et les pays de l’Europe de l’Est ont rencontré également des difficultés majeures en raison d’une libéralisation trop hâtive.

Alors qu’en 1929 le chômage n’est apparu en Europe qu’à la suite de la crise financière et monétaire, un chômage massif se constate déjà aujourd’hui au sein de l’Union européenne, pour des causes très différentes, et ce chômage ne pourrait qu’être très aggravé si la crise financière et monétaire mondiale d’aujourd’hui devait se développer.

  • · En fait, on ne saurait trop insister sur les profondes similitudes, tout à fait essentielles, qui existent entre la crise d’aujourd’hui et les crises qui l’ont précédée, dont la plus significative est sans doute celle de 1929. Ce qui est réellement important, en effet, ce n’est pas tant l’analyse des modalités relativement complexes, des « technicalities » de la crise actuelle, qu’une compréhension profonde des facteurs qui l’ont générée.

De cette compréhension dépendent en effet un diagnostic correct de la crise actuelle et l’élaboration des réformes qu’il conviendrait de réaliser pour mettre fin aux crises qui ne cessent de ravager les économies depuis au moins deux siècles, toujours de plus en plus fortes en raison de leur extension progressive au monde entier.

2.3. La création et la destruction de moyens de paiement par le mécanisme du crédit

  • Fondamentalement, le mécanisme du crédit aboutit à une création de moyens de paiement ex nihilo, car le détenteur d’un dépôt auprès d’une banque le considère comme une encaisse disponible, alors que, dans le même temps, la banque a prêté la plus grande partie de ce dépôt qui, redéposée ou non dans une banque, est considérée comme une encaisse disponible par son récipiendaire. À chaque opération de crédit il y a ainsi duplication monétaire. Au total, le mécanisme du crédit aboutit à une création de monnaie ex nihilo par de simples jeux d’écriture [16]. Reposant essentiellement sur la couverture fractionnaire des dépôts, il est fondamentalement instable.

Le volume des dépôts bancaires dépend en fait d’une double décision, celle de la banque de s’engager à vue et celle des emprunteurs de s’endetter. Il résulte de là que le montant global de la masse monétaire est extrêmement sensible aux fluctuations conjoncturelles. Il tend à croître en période d’optimisme et à décroître en période de pessimisme,d’où des effets déstabilisateurs.

En fait, il est certain que, pour la plus grande part, l’ampleur de ces fluctuations résulte du mécanisme du crédit et que, sans l’amplification de la création (ou de la destruction) monétaire par la voie bancaire, les fluctuations conjoncturelles seraient considérablement atténuées, sinon totalement supprimées [17].

  • · De tout temps, on a pu parler des « miracles du crédit ». Pour les bénéficiaires du crédit, il y a effectivement quelque chose de miraculeux dans le mécanisme du crédit puisqu’il permet de créer ex nihilo un pouvoir d’achat effectif qui s’exerce sur le marché, sans que ce pouvoir d’achat puisse être considéré comme la rémunération d’un service rendu.

Cependant, autant la mobilisation d’« épargnes vraies » par les banques pour leur permettre de financer des investissements productifs est fondamentalement utile, autant la création de « faux droits » par la création monétaire est fondamentalement nocive, tant du point de vue de l’efficacité économique qu’elle compromet par les distorsions de prix qu’elle suscite que du point de vue de la distribution des revenus qu’elle altère et rend inéquitable.

2.4. Le financement d’investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme

Par l’utilisation des dépôts à vue et à court terme de ses déposants, l’activité d’une banque aboutit à financer des investissements à moyen ou long terme correspondant aux emprunts qu’elle a consentis à ses clients. Cette activité repose ainsi sur l’échange de promesses de payer à un terme donné de la banque contre des promesses de payer à des termes plus éloignés des clients moyennant le paiement d’intérêts.

Les totaux de l’actif et du passif du bilan d’une banque sont bien égaux, mais cette égalité est purement comptable, car elle repose sur la mise en parallèle d’éléments de nature différente : au passif, des engagements à vue et à court terme de la banque ; à l’actif, des créances à plus long terme correspondant aux prêts effectués par la banque.

De là résulte une instabilité potentielle permanente du système bancaire dans son ensemble puisque les banques sont à tout moment dans l’incapacité absolue de faire face à des retraits massifs des dépôts à vue ou des dépôts à terme arrivant à échéance, leurs actifs n’étant disponibles qu’à des termes plus éloignés.

Si tous les investissements dans les pays sous-développés avaient été financés par les banques, grâce à des prêts privés d’une maturité au moins aussi éloignée, et si le financement des déficits de la balance des transactions courantes des États-Unis était uniquement assuré par des investissements étrangers à long terme aux États-Unis, tous les déséquilibres n’auraient qu’une portée beaucoup plus réduite, et il n’existerait aucun risque majeur.

Ce qui, par contre, est éminemment dangereux, c’est l’amplification des déséquilibres par le mécanisme du crédit et l’instabilité du système financier et monétaire tout entier, sur le double plan national et international, qu’il suscite. Cette instabilité a été considérablement aggravée par la totale libération des mouvements de capitaux dans la plus grande partie du monde.

2.5. Le développement d’un endettement gigantesque

À partir de 1974, le développement universel des crédits bancaires et l’inflation massive qui en est résultée ont abaissé pour une décennie les taux d’intérêt réels à des valeurs très faibles, voire négatives, génératrices à la fois d’inefficacité et de spoliation. À des épargnes vraies se sont substitués des financements longs à partir d’une création monétaire ex nihilo. Les conditions de l’efficacité comme celles de l’équité s’en sont trouvées compromises. Le fonctionnement du système a abouti tout à la fois à un gaspillage de capital et à une destruction de l’épargne.

  • · C’est grâce à la création monétaire que, pour une large part, les pays en voie de développement ont été amenés à mettre en place des plans de développement trop ambitieux, et à vrai dire déraisonnables, et à remettre à plus tard les ajustements qui s’imposaient, tant il est facile d’acheter, dès lors qu’on peut se contenter de payer avec des promesses de payer.

Par nécessité, la plupart des pays débiteurs ont été amenés à se procurer par de nouveaux emprunts les ressources nécessaires à la fois pour financer les amortissements et les intérêts de leurs dettes et pour réaliser de nouveaux investissements. Peu à peu, cependant, la situation est devenue intenable.

  • · Parallèlement, l’endettement des administrations publiques des pays développés en pourcentage du produit national brut et la charge des intérêts en pourcentage des dépenses publiques ont atteint des niveaux difficilement supportables.

2.6. Une spéculation massive

Depuis 1974, une spéculation massive s’est développée à l’échelle mondiale. La spéculation sur les monnaies et la spéculation sur les actions, les obligations et les produits dérivés en représentent deux illustrations significatives.

  • · La substitution, en mars 1973, du système des changes flottants au système des parités fixes, mais révisables, a accentué l’influence de la spéculation sur les changes alimentée par le crédit. Associé au système des changes flottants, le système du crédit tel qu’il fonctionne actuellement a puissamment contribué à l’instabilité profonde des taux de change depuis 1974.

Pendant toute cette période, une spéculation effrénée s’est développée sur les taux de change relatifs des principales monnaies, le dollar, le deutschemark et le yen, chaque monnaie pouvant être achetée à crédit contre une autre, grâce au mécanisme du crédit.

  • · La spéculation sur les actions et les obligations a été tout aussi spectaculaire. À New York, et depuis 1983, se sont développés à un rythme exponentiel de gigantesques marchés sur les « stock-index futures », les « stock-index options », les « options on stock-index futures », puis les « hedge funds » et tous « les produits dérivés » présentés comme des panacées.

Ces marchés à terme, où le coût des opérations est beaucoup plus réduit que sur les opérations au comptant et où pour l’essentiel les positions sont prises à crédit, ont permis une spéculation accrue et généré une très grande instabilité des cours. Ils ont été accompagnés d’un développement accéléré de fonds spéculatifs, les “hedge-funds”.

En fait, sans la création de monnaie et de pouvoir d’achat ex nihilo que permet le système du crédit, jamais les hausses extraordinaires des cours de bourse que l’on constate avant les grandes crises ne seraient possibles, car à toute dépense consacrée à l’achat d’actions, par exemple, correspondrait quelque part une diminution d’un montant équivalent de certaines dépenses, et tout aussitôt se développeraient des mécanismes régulateurs tendant à enrayer toute spéculation injustifiée.

  • · Qu’il s’agisse de la spéculation sur les monnaies ou de la spéculation sur les actions, ou de la spéculation sur les produits dérivés, le monde est devenu un vaste casino où les tables de jeu sont réparties sur toutes les longitudes et toutes les latitudes. Le jeu et les enchères, auxquelles participent des millions de joueurs, ne s’arrêtent jamais. Aux cotations américaines se succèdent les cotations à Tokyo et à Hongkong, puis à Londres, Francfort et Paris.

Partout, la spéculation est favorisée par le crédit puisqu’on peut acheter sans payer et vendre sans détenir. On constate le plus souvent une dissociation entre les données de l’économie réelle et les cours nominaux déterminés par la spéculation.

Sur toutes les places, cette spéculation, frénétique et fébrile, est permise, alimentée et amplifiée par le crédit. Jamais dans le passé elle n’avait atteint une telle ampleur.

2.7. Un système financier et monétaire fondamentalement instable

L’économie mondiale tout entière repose aujourd’hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s’était constatée. Jamais sans doute il n’est devenu plus difficile d’y faire face. Jamais sans doute une telle instabilité potentielle n’était apparue avec une telle menace d’un effondrement général.

Toutes les difficultés rencontrées résultent de la méconnaissance d’un fait fondamental, c’est qu’aucun système décentralisé d’économie de marchés ne peut fonctionner correctement si la création incontrôlée ex nihilo de nouveaux moyens de paiement permet d’échapper, au moins pour un temps, aux ajustements nécessaires. Il en est ainsi toutes les fois que l’on peut s’acquitter de ses dépenses ou de ses dettes avec de simples promesses de payer, sans aucune contrepartie réelle, directe ou indirecte, effective.

Devant une telle situation, tous les experts sont à la recherche de moyens, voire d’expédients, pour sortir des difficultés, mais aucun accord réel ne se réalise sur des solutions définies et efficaces.

Pour l’immédiat, la presque totalité des experts ne voient guère d’autre solution, au besoin par des pressions exercées sur les banques commerciales, les Instituts d’émission et le FMI, que la création de nouveaux moyens de paiement permettant aux débiteurs et aux spéculateurs de faire face au paiement des amortissements et des intérêts de leurs dettes, en alourdissant encore par là même cette charge pour l’avenir.

Au centre de toutes les difficultés rencontrées, on trouve toujours, sous une forme ou une autre, le rôle néfaste joué par le système actuel du crédit et la spéculation massive qu’il permet. Tant qu’on ne réformera pas fondamentalement le cadre institutionnel dans lequel il joue, on rencontrera toujours, avec des modalités différentes suivant les circonstances, les mêmes difficultés majeures. Toutes les grandes crises du XIXème et du XXème siècle ont résulté du développement excessif des promesses de payer et de leur monétisation.

Particulièrement significative est l’absence totale de toute remise en cause du fondement même du système de crédit tel qu’il fonctionne actuellement, savoir la création de monnaie ex nihilo par le système bancaire et la pratique généralisée de financements longs avec des fonds empruntés à court terme.

En fait, sans aucune exagération, le mécanisme actuel de la création de monnaie par le crédit est certainement le “cancer” qui ronge irrémédiablement les économies de marchés de propriété privée.

2.8. L’effondrement de la doctrine laissez-fairiste mondialiste

Depuis deux décennies, une nouvelle doctrine s’était peu à peu imposée, la doctrine du libre-échange mondialiste, impliquant la disparition de tout obstacle aux libres mouvements des marchandises, des services et des capitaux.

  • · Suivant cette doctrine, la disparition de tous les obstacles à ces mouvements serait une condition à la fois nécessaire et suffisante d’une allocation optimale des ressources à l’échelle mondiale. Tous les pays et, dans chaque pays, tous les groupes sociaux verraient leur situation améliorée.

Le marché, et le marché seul, était considéré comme pouvant conduire à un équilibre stable, d’autant plus efficace qu’il pouvait fonctionner à l’échelle mondiale. En toutes circonstances, il convenait de se soumettre à sa discipline.

Les partisans de cette doctrine, de ce nouvel intégrisme, étaient devenus aussi dogmatiques que les partisans du communisme avant son effondrement définitif avec la chute du Mur de Berlin en 1989. Pour eux, l’application de cette doctrine libre-échangiste mondialiste s’imposait à tous les pays et, si des difficultés se présentaient dans cette application, elles ne pouvaient être que temporaires et transitoires.

Pour tous les pays en voie de développement, leur ouverture totale vis-à-vis de l’extérieur était une condition nécessaire et la preuve en était donnée, disait-on, par les progrès extrêmement rapides des pays émergents du Sud-Est asiatique. Là se trouvait, répétait-on constamment, un pôle de croissance majeur pour tous les pays occidentaux.

Pour les pays développés, la suppression de toutes les barrières tarifaires ou autres était une condition de leur croissance, comme le montraient décisivement les succès incontestables des tigres asiatiques, et, répétait-on encore, l’Occident n’avait qu’à suivre leur exemple pour connaître une croissance sans précédent et un plein-emploi [18]. Tout particulièrement la Russie et les pays ex-communistes de l’Est, les pays asiatiques et la Chine en premier lieu, constituaient des pôles de croissance majeurs qui offraient à l’Occident des possibilités sans précédent de développement et de richesse.

Telle était fondamentalement la doctrine de portée universelle qui s’était peu à peu imposée au monde et qui avait été considérée comme ouvrant un nouvel âge d’or à l’aube du XXIeme siècle. Cette doctrine a constitué le credo indiscuté de toutes les grandes organisations internationales ces deux dernières décennies, qu’il s’agisse de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international, de l’Organisation mondiale du commerce, de l’Organisation de coopération et de développement économiques, ou de l’Organisation de Bruxelles.

  • · Toutes ces certitudes ont fini par être balayées par la crise profonde qui s’est développée à partir de 1997 dans l’Asie du Sud-Est, puis dans l’Amérique latine, pour culminer en Russie en août 1998 et atteindre les établissements bancaires et les Bourses américaines et européennes en septembre 1998.

Cette crise a entraîné partout, tout particulièrement en Asie et en Russie, un chômage massif et des difficultés sociales majeures. Partout les credo de la doctrine du libre-échange mondialiste ont été remis en cause.

Deux facteurs majeurs ont joué un rôle décisif dans cette crise mondiale d’une ampleur sans précédent après la crise de 1929 :

Þ l’instabilité potentielle du système financier et monétaire mondial ;

Þ la mondialisation de l’économie à la fois sur le plan monétaire et sur le plan réel [19].

En fait, ce qui devait arriver est arrivé. L’économie mondiale, qui était dépourvue de tout système réel de régulation et qui s’était développée dans un cadre anarchique, ne pouvait qu’aboutir tôt ou tard à des difficultés majeures.

La doctrine régnante avait totalement méconnu une donnée essentielle : une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible, elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés, et de développement économique et social comparable.

  • · En fait, le nouvel ordre mondial, ou le prétendu ordre mondial, s’est effondré et il ne pouvait que s’effondrer. L’évidence des faits a fini par l’emporter sur les incantations doctrinales.


3. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires

3.1. Des facteurs majeurs

Si nous considérons non seulement l’Histoire de ces dernières décennies, mais également celle des deux derniers siècles, et sans doute celle de ceux qui les ont précédés, les facteurs monétaires et financiers apparaissent certainement comme ayant une importance tout à fait exceptionnelle dans le fonctionnement de toute économie.

Si en effet des conditions monétaires et financières appropriées ne sont pas assurées, l’expérience montre qu’il ne saurait y avoir ni efficacité de l’économie, ni équité de la distribution des revenus. L’instabilité économique, la sous-production, l’iniquité, le sous-emploi, la détresse et la misère qui en résultent, sont des fléaux majeurs.

Cependant, les profonds désordres qui se sont constatés ne peuvent en aucune façon être considérés comme le résultat inévitable du fonctionnement d’une économie de marchés; ils ont été, et ils sont généralement, les conséquences des politiques financières et monétaires mises en œuvre dans un cadre institutionnel inapproprié.

Plus que jamais, des réformes, très profondes et radicales, sont nécessaires :

-réforme du système du crédit ;

-stabilisation de la valeur réelle de l’unité de compte ;

-réforme des marchés boursiers ;

-réforme du système monétaire international.

3.2. Le système du crédit

En fait, le système actuel du crédit, dont l’origine historique a été tout à fait contingente [accidentelle, non nécessaire], apparaît comme tout à fait irrationnel, et cela pour huit raisons au moins :

- la création (ou la destruction) irresponsable de monnaie et de pouvoir d’achat par les décisions des banques et des particuliers ;

- le financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme ;

- la confusion de l’épargne et de la monnaie ;

- la très grande sensibilité du mécanisme du crédit à la situation conjoncturelle ;

- l’instabilité foncière qu’il engendre ;

- l’altération des conditions d’une efficacité maximale de l’économie ;

- l’altération de la distribution des revenus ;

- et enfin l’impossibilité de tout contrôle efficace du système du crédit par l’opinion publique et le Parlement, en raison de son extraordinaire complexité.

Au regard d’une expérience d’au moins deux siècles quant aux désordres de toutes sortes et à la succession sans cesse constatée de périodes d’expansion et de récession, on doit considérer que les deux facteurs majeurs qui les ont considérablement amplifiées, sinon suscitées, sont la création de monnaie et de pouvoir d’achat ex nihilo par le mécanisme du crédit et le financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme.

Il pourrait cependant être facilement pallié à ces deux facteurs par une réforme d’ensemble qui permettrait, sinon de mettre fin aux fluctuations conjoncturelles, tout au moins d’en diminuer considérablement l’ampleur.

Cette réforme doit s’appuyer sur deux principes tout à fait fondamentaux :

1 - La création monétaire doit relever de l’État et de l’État seul. Toute création monétaire autre que la monnaie de base par la Banque centrale doit être rendue impossible, de manière que disparaissent les « faux droits » résultant actuellement de la création de monnaie bancaire.

2 – Tout financement d’investissement à un terme donné doit être assuré par des emprunts à des termes plus longs, ou tout au moins de même terme.

La réforme du mécanisme de crédit doit ainsi rendre impossibles à la fois la création de monnaie ex nihilo et l’emprunt à court terme pour financer des prêts à plus long terme, en ne permettant que des prêts à des échéances plus rapprochées que celle correspondant aux fonds empruntés.

Cette double condition implique une modification profonde des structures bancaires et financières reposant sur la dissociation totale des activités bancaires telles qu’elles se constatent aujourd’hui et leur attribution à trois catégories d’établissements distincts et indépendants :

1. des banques de dépôt assurant seulement, à l’exclusion de toute opération de prêt, les encaissements et les paiements, et la garde des dépôts de leurs clients, les frais correspondants étant facturés à ces derniers, et les comptes des clients ne pouvant comporter aucun découvert ;

2. des banques de prêt empruntant à des termes donnés et prêtant les fonds empruntés à des termes plus courts, le montant global des prêts ne pouvant excéder le montant global des fonds empruntés ;

3. des banques d’affaires empruntant directement au public ou aux banques de prêt et investissant les fonds empruntés dans les entreprises

.

  • · Dans son principe, une telle réforme rendrait impossibles la création monétaire et de pouvoir d’achat ex nihilo par le système bancaire et l’emprunt à court terme pour financer des prêts de terme plus long. Elle ne permettrait que des prêts de maturité plus courts que ceux correspondant aux fonds empruntés.

Les banques de prêt et les banques d’affaires serviraient d’intermédiaires entre les épargnants et les emprunteurs. Elles seraient soumises à une obligation impérative : emprunter à long terme pour prêter à plus court terme, à l’inverse de ce qui se passe aujourd’hui[20].

Une telle organisation du système bancaire et financier permettrait la réalisation simultanée de conditions tout à fait fondamentales :

1 – l’impossibilité de toute création monétaire et de pouvoir d’achat en dehors de celle de la monnaie de base par les autorités monétaires ;

2 – la suppression de tout déséquilibre potentiel résultant du financement d’investissements à long terme à partir d’emprunts à court ou à moyen terme ;

3 – l’expansion de la masse monétaire globale, constituée uniquement par la monnaie de base, au taux souhaité par les autorités monétaires[21] ;

4 – une réduction majeure, sinon totale, de l’amplitude des fluctuations conjoncturelles[22] ;

5 – l’attribution à l’État, c’est-à-dire à la collectivité, des gains provenant de la création monétaire, et l’allègement en conséquence des impôts actuels ;

6 – un contrôle aisé par l’opinion publique et par le Parlement de la création monétaire de la création monétaire et de ses implications.

Tous ces avantages seraient essentiels. Les profonds changements que leur obtention implique se heurteraient naturellement à de puissants intérêts et à des préjugés fortement enracinés.

Mais, au regard des crises majeures que le système actuel du crédit n’a cessé de susciter depuis au moins deux siècles, et continue à susciter aujourd’hui, et que les autorités monétaires se révèlent toujours incapables de maîtriser, cette réforme apparaît comme une condition nécessaire de survie d’une économie décentralisée et de son efficacité.

3.3. La réforme de l’indexation. La stabilisation de la valeur réelle de l’unité de compte

  • · Le fonctionnement d’une économie de marché repose sur un très grand nombre d’engagements sur l’avenir. L’efficacité de l’économie, comme l’équité, implique que ces engagements soient respectés, que les calculs économiques ne soient pas faussés, et que ni les créanciers ni les débiteurs ne soient spoliés. Il convient donc que l’application de tous les contrats ne soit pas pervertie par les variations du pouvoir d’achat de l’unité de compte.

En fait, face à ces variations, seule une indexation en valeur réelle de tous les engagements sur l’avenir, et en particulier de tous les prêts et emprunts et de tous les contrats de salaire à durée limitée[23], pourrait assurer un fonctionnement à la fois efficace et équitable de l’économie.

Elle impliquerait l’obligation légale d’assortir à l’avenir tous les emprunts à moyen et long terme de l’État, des entreprises et des particuliers, d’une garantie en pouvoir d’achat, en principal et en intérêts, cette garantie étant assurée par l’indexation en valeur réelle des remboursements et des intérêts, par référence à l’indice général des prix.

Une telle indexation reviendrait à introduire implicitement dans l’économie, pour toutes les opérations sur l’avenir, une unité de compte de valeur stable, unité dont l’utilisation est indispensable pour son fonctionnement correct, tant pour assurer son efficacité que pour ne pas compromettre l’équité de la répartition des revenus [24].

  • · Il importe de bien comprendre la nature d’un tel système d’indexation. Il ne s’agit pas d’enserrer l’économie dans un système de contraintes incompatibles et impossibles à supporter. Il s’agit simplement de la rendre plus efficace, de la libérer, pour une large part, de toutes les contraintes attachées à l’incertitude de l’avenir, et d’établir pleinement le principe de l’honnêteté dans l’exécution des contrats. Le fonctionnement d’un tel système tendrait à rendre impossible toute distorsion des prix et des revenus. Il permettrait de préserver à la fois l’efficacité de l’économie et l’équité de la répartition des revenus[25].

Par elle-même, l’indexation serait fondamentalement réductrice d’incertitude quant à l’avenir, et elle serait ainsi génératrice d’efficacité[26]. En tout cas, refuser l’indexation des engagements sur l’avenir équivaudrait à institutionnaliser la perversion de tous les calculs économiques et la spoliation des débiteurs ou celle des créanciers.

3.4. La réforme des marchés boursiers

Que les bourses soient devenues de véritables casinos, où se jouent de gigantesques parties de poker, ne présenterait guère d’importance après tout, les uns gagnant ce que les autres perdent, si les fluctuations générales des cours n’engendraient pas, comme elles le font, de profondes vagues d’optimisme et de pessimisme, qui influent considérablement sur l’économie réelle. Là apparaît le caractère déraisonnable et nocif du cadre institutionnel actuel des marchés boursiers. Le système actuel est fondamentalement antiéconomique et défavorable à un fonctionnement correct des économies. Il ne peut être avantageux que pour de très petites minorités.

Pour être fondamentalement utiles, ce qu’ils peuvent être, les marchés boursiers doivent être réformés :

- le financement des opérations boursières par la création de moyens de paiement ex nihilo par le système bancaire, doit être rendu impossible ;

- les marges correspondant aux achats et ventes à terme doivent être considérablement augmentées et elles doivent consister en liquidités ;

- la cotation continue des cours doit être sup­primée et remplacée sur chaque place financière par une seule cotation par jour pour chaque valeur ;

- les programmes automatiques d’achat et de vente doivent être supprimés ;

- la spéculation sur les indices et les produits dérivés doit être supprimée.

Une seule cotation par jour sur chaque place pour chaque valeur serait de loin préférable ; elle réduirait considérablement les coûts, et elle serait favorable à tous les investisseurs, petits et grands. Plus un marché est étendu et plus les cours qui s’y établissent sont significatifs et équitables.

3.5. La réforme du système monétaire international

La structure monétaire internationale d’aujourd’hui est marquée par des perversions majeures :

- l’instabilité des taux de change flottants ;
- les déséquilibres des balances de paiements courants ;
- des dévaluations compétitives ;
- le développement d’une spéculation effrénée sur les marchés des changes ;
- l’utilisation mondiale, comme unité de valeur, du dollar dont la valeur réelle sur le plan international est extraordinairement instable et imprévisible ;
- la contradiction fondamentale entre une libération totale des mouvements de capitaux à court terme et l’autonomie des politiques monétaires nationales.

Une réforme du système monétaire international, un nouveau Bretton-Woods, est absolument nécessaire. Elle impliquerait notamment :

-l’abandon total du système des changes flottants et son remplacement par un système de taux de change fixes, mais éven­tuellement révisables ;

-des taux de change assurant un équilibre effectif des balances des paiements [27] ;

-l’interdiction de toute dévaluation compétitive ;

-l’abandon total du dollar comme monnaie de compte, comme monnaie d’échange, et comme monnaie de réserve sur le plan international ;

-la fusion en un même organisme de l’Organisation mondiale du commerce et du Fonds monétaire international ;

-la création d’organisations régionales ;

-l’interdiction pour les grandes banques de spéculer pour leur propre compte sur les changes, les actions, et les produits dérivés ;

et finalement l’établissement progressif d’une unité de compte commune sur le plan international, par un système approprié d’indexation.

3.6. Les vérités établies [les dogmes] contre la raison

  • · On ne peut décider valablement pour le futur que si l’on consent à dégager du passé les enseignements qu’il comporte. Les désordres monétaires et financiers que l’on a sans cesse constatés dans le passé ont été considérablement aggravés, sinon provoqués, par l’absence d’institutions monétaires et financières appropriées, permettant un fonctionnement à la fois efficace et équitable d’une économie de marchés.

En fait, des institutions qui génèrent en elles-mêmes les germes de leur propre destruction doivent être réformées.

  • · Il est bien certain que les intérêts très puissants des groupes de pression monétaires et financiers et les doctrines régnantes ne sont guère favorables à ces réformes, tant est forte la tyrannie du statu quo.

Ces cinquante dernières années ont été dominées par toute une succession de doctrines dogmatiques, toujours soutenues avec la même assurance, mais tout à fait contradictoires les unes avec les autres, tout aussi irréalistes, et abandonnées les unes après les autres sous la pression des faits. À l’étude de l’Histoire, à l’analyse approfondie des erreurs passées, on n’a eu que trop tendance à substituer de simples affirmations, trop souvent appuyées sur de purs sophismes, sur des modèles mathématiques irréalistes, et sur des analyses superficielles des circonstances du moment.

En dernière analyse, tous les moyens mis en œuvre, toutes les mesures prises n’ont toujours eu qu’un même objet : remettre à plus tard les ajustements nécessaires, grâce à l’octroi de nouveaux prêts et à la création ex nihilo de nouveaux moyens de paiement, se traduisant par de nouvelles augmentations du volume global des promesses de payer. Il ne s’agit là en réalité que d’expédients, éminemment déstabilisateurs par eux-mêmes, et qui ne font qu’augmenter l’instabilité potentielle générale du système, en la rendant toujours plus dangereuse.

En fait, la presque totalité des difficultés actuelles résulte d’une part d’une méconnaissance totale des conditions monétaires et financières d’un fonctionnement efficace et équitable d’une économie de marchés, et d’autre part d’une structure inappropriée des institutions bancaires et des marchés financiers.

  • · Les quatre réformes que je propose, du sys­tème monétaire et financier, de l’indexation, des marchés boursiers, et du système monétaire international, sont indépendantes les unes des autres, et elles peuvent être appliquées séparément dans certains pays ou dans tous les pays. Chacune d’elles serait très bénéfique pour l’ensemble de l’économie. Mais, si elles étaient appliquées conjointement, leurs effets bénéfiques s’en trouveraient considérablement renforcés les uns par les autres.

Ces réformes ne sont pas de quelconques réformes s’ajoutant à des milliers d’autres, chacune s’efforçant simplement de réparer les dégâts résultant des précédentes, en en suscitant de nouveaux. Il s’agit de réformes fondamentales qui intéressent la vie de tous les jours de millions de citoyens. Ces réformes indispensables n’ont été réalisées, ni même envisagées, ni par les libéraux justement préoccupés de favoriser l’efficacité de l’économie, ni par les socialistes, justement attachés à l’équité de la distribution des revenus.

La raison en est toute simple. Les uns et les autres n’ont cessé d’être aveuglés par la répétition incessante de toutes parts de pseudo vérités et par des préjugés erronés. En fait, plus les idées dominantes sont répandues, plus elles se trouvent en quelque sorte enracinées dans la psychologie des hommes. Si erronées qu’elles puissent être, elles finissent par acquérir, par leur simple et incessante répétition, le caractère de vérités établies qu’on ne saurait mettre en doute sans s’opposer à l’ostracisme actif de groupes de pression de toutes sortes. Le seul résultat de cette situation n’a été que de grands malheurs pour des millions et des millions de gens, les plus modestes étant les plus durement frappés[28].


[1] La masse monétaire MI (monnaie en circulation plus dépôts à vue) s’était accrue de 3,8 % et la masse monétaire M2 (MI plus dépôts à temps) de 10,8 %. La monnaie de base B (monnaie manuelle + dépôts auprès du Federal Reserve System) ne s’était accrue que de 0,9 %. Les différences M1-B et M2-B correspondant aux dépôts bancaires, ne s’étaient élevées que de 5,0 % et 12,8 %.

[2] La dépense globale est en effet égale au produit de la masse monétaire par la vitesse de circulation.

[3] En fait la masse monétaire M1 a diminué de 21 % et la masse monétaire M2 de 23 %, les différences M1-B et M2-B diminuant respectivement de 31 % et 28 %.

[4] Dans un système de couverture fractionnaire des dépôts, aucune banque de peut faire face à des retraits massifs. En 1931, 2 550 banques américaines ont fait faillite.

[5] Pour aider les chômeurs, il n’y avait alors que la charité privée.

[6] Consumer credit, mortgages, et corporate liabilities

[7] Considérées indûment par les États-Unis comme de simples dettes commerciales.

[8] La variation de la dépense globale D comporte deux éléments : le premier proportionnel à l’écart relatif entre le montant global des encaisses détenues M (égal à la masse monétaire) et le montant global des encaisses désirées Md (égal au montant des encaisses que l’ensemble des opérateurs désirent détenir) ; et le second égal à l’accroissement relatif de la masse monétaire M.

L’encaisse globale désirée dépend essentiellement de facteurs psychologiques. Dans une période d’optimisme, Md diminue et dans une période de pessimisme Md augmente. À toute diminution de Md correspond ainsi une augmentation de la dépense globale D, et à toute augmentation de Md correspond une diminution de la dépense globale D. La récession se trouve ainsi aggravée. (Allais, 1968, Monnaie et Développement. I. L’équation fondamentale de la dynamique monétaire, p. 83). [Un appendice dans le livre explique l’équation fondamentale de la dynamique monétaire.]

[9] La création de monnaie scripturale dépend d’une double volonté, la volonté des banques de prêter, et la volonté des agents économiques d’emprunter.  En temps de prospérité, cette double volonté existe et la monnaie scripturale augmente. En temps de récession, cette double volonté disparaît et la monnaie scripturale diminue.

[10] Lors de la crise de 1837, le révérend Leonard Bacon déclarait dans son sermon du 21 mai : « A few months ago, the unparalleled prosperity of our country was the theme of universal gratulation. Such a development of resources, so rapid an augmentation of individual and public wealth, so great a manifestation of the spirit of enterprise, so strong and seemingly rational a confidence in the prospect of unlimited success, were never known before. But how suddenly bas all this prosperity been arrested ! That confidence, which in modern times, and especially in our own country, is the basis of commercial intercourse, is fai­ling in every quarter ; and all the financial interests of the country seem to be convulsed and disorganized. The merchant whose business… [was] conducted on safe principIes… [finds that] loss succeeds to loss, till he shuts up his manufactory and dismisses his laborers. The speculator who dreamed himself rich, finds his fancied riches disappearing like an! exhalation… What more may before us… It is enough to know that this distress is hourly becoming wider and more intense…»(in Irving Fisher, Booms and Depressions, 1932).

[11] Sur les crises du XIXe siècle, Clément Juglar écrivait déjà en 1860 : « Les crises commerciales sont le résultat d’altérations profondes dans le mouvement du crédit… Qu’est-ce que le crédit, le simple pouvoir d’acheter en échange d’une promesse de payer ? … La fonction d’une banque ou d’un banquier est d’acheter des dettes avec des promesses de payer… La pratique seule du crédit amène ainsi, par l’abus qu’on est porté à en faire, aux crises commerciales.

Le crédit est le principal moteur, il donne l’impulsion; c’est lui qui, par la signature d’un simple effet de commerce, d’une lettre de change, donne une puissance d’achat qui paraît illimitée… Ce qui favorise le développement des affaires et la hausse des prix, c’est le crédit… Chaque échange d’un produit donne lieu à une nouvelle promesse de payer… » (in Clément Juglar. Des Crises commerciales et leur retour périodique. 1860. 2ème édition, 1889).

[12] J’ai présenté une analyse synthétique des relations de cause à effet de la dynamique monétaire dans l’Introduction à la deuxième édition de mon ouvrage Économie et intérêt, pp. 115-174. (Éditions Clément Juglar, 62, avenue de Suffren. Paris 15e. Tél : 01.45.67.48.06). Pour une bibliographie étendue de mes analyses, voir pp. 116 et 117, 154 et 164-165.

[13] Voir notamment Fisher, 1932, Booms and Depressions ; Stamp Scrip, 1933 ; Stable Money. A History of the Movement, 1934; 100% Money, 1935.

[14] Je rappelle que mon analyse ne porte ici que sur la période juin 1997-octobre 1998. La rédaction de ce chapitre s’est achevée le 1er novembre 1998.

[15] L’échec de l’économie soviétique n’était que trop prévisible. Le passage brutal, suivant les conseils d’experts américains, à une économie de marchés de propriété privée après soixante-douze ans de collectivisme ne pouvait qu’échouer.

Dans mon mémoire du 3 avril 1991, La construction européenne et les pays de l’Est dans le contexte d’aujourd’hui présenté au troisième symposium de la Construction, j’écrivais :

« On ne saurait sans danger se dissimuler tous les risques qu’implique le passage, même graduel, à une économie de marchés de propriété privée : l’apparition pratiquement inévitable de nouveaux riches, la génération d’inégalités criantes et peu justifiées que le marché ne pourra réellement réduire que lorsque la concurrence deviendra suffisante, des formes plus ou moins brutales de gestion des entreprises privées, le chômage, l’inflation, la dissolution des mœurs, etc. Ce sont là des risques majeurs à l’encontre desquels les Pays de l’Est doivent se prémunir.

(…) Ce passage doit faire l’objet d’un Plan de décollectivisation. Il peut sembler paradoxal, au moins à première vue, que le libéral que je suis puisse préconiser une planification pour sortir de la planification collectiviste centralisée. Cependant, c’est là une nécessité éclatante. (…) »

C’est là ce qu’il aurait fallu faire au lieu de la chienlit laisser-fairiste qui a été appliquée. Aujourd’hui encore, je suis convaincu que seule une planification pourrait sortir la Russie de la crise profonde où elle se trouve.

[16] Ce n’est qu’à partir de la publication en 1911 de l’ouvrage fondamental d’Irving Fisher, The purshasing power of money, qu’il a été pleinement reconnu que le mécanisme du crédit aboutit à une création de monnaie.

[17] Comme les variations de la dépense globale dépendent à la fois de l’excès de la masse monétaire sur le volume global des encaisses désirées et des variations de la masse moné­taire, le mécanisme du crédit a globalement un effet désta­bilisateur puisqu’en temps d’expansion de la dépense globale la masse monétaire s’accroît alors que les encaisses désirées diminuent et qu’en temps de récession la masse monétaire décroît alors que les encaisses désirées s’accroissent.

[18] Les taux de croissance élevés des tigres asiatiques étaient mal interprétés. En fait, pour l’essentiel, ils résultaient du fait que ce économies étaient en retard par rapport aux économies développées et qu’une économie se développe d’autant plus vite qu’elle est en retard. Sur la démonstration de cette proposition tout à fait essentielle, voir mon ouvrage de 1974 « L’inflation française et la croissance. Mythologie et réalité », chapitre II, p. 40-45.

[19] Voir mon ouvrage, Combats pour l’Europe, 1994, Éditions Juglar

[20] Avec ce système, il n’y aurait plus aucune création de monnaie, sauf par la Banque centrale et les revenus provenant de la création monétaire par la Banque centrale seraient rétrocédés à l’État, ce qui lui permettrait dans les conditions actuelles de supprimer la presque totalité de l’impôt progressif sur le revenu. Voir mon ouvrage « Pour la réforme de la fiscalité », 1990, éditions Clément-Juglar.

Une telle réforme aurait l’avantage de la clarté et de la transparence. Aujourd’hui, les revenus provenant de la création monétaire sont distribués de façon anonyme entre une foule de parties prenantes, sans que personne ne puisse réellement identifier qui en profite. Ces revenus ne font que susciter iniquité et instabilité et, en favorisant les investissements non réellement rentables pour la collectivité, ils ne font que susciter un gaspillage de capital. Dans son essence, la création de monnaie ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique, je n’hésite pas à le dire pour bien faire comprendre ce qui est réellement en cause, à la création de monnaie par les faux monnayeurs, si justement condamnée par la loi. Concrètement, elle aboutit aux mêmes résultats. La différence est que ceux qui en profitent sont différents.

[21] Le taux d’accroissement de la monnaie de base serait égal au taux d’accroissement du PNB réel, augmenté du taux souhaité de hausse de prix, en principe de 2 %. [AA : on retrouve le K % de Milton Friedman.]

[22] Comme le montre une étude économétrique approfondie.

[23] En fait la répartition des gains réalisés par l’entreprise entre ses salariés et ses actionnaires serait certainement facilitée si le salaire comprenait trois éléments :

-un élément principal indexé sur le niveau général des prix, suivant un contrat de salaire limité dans le temps ;

-un élément spécifique intéressant les salariés à la bonne gestion et différencié suivant leurs activités dans l’entreprise ;

-enfin, un élément complémentaire indexé sur le revenu réel de l’entreprise et susceptible de varier, en plus ou en moins, suivant les résultats de l’entreprise.

[24] L’indexation obligatoire en valeur réelle de tous les engagements sur l’avenir au-delà d’une certaine durée, qui pourrait être raisonnablement prise égale à une année, apparaît à la fois comme une exigence de l’efficacité et de l’équité. Les encaisses ne seraient pas indexées. L’indexation pourrait se fonder avantageusement sur la considération du déflateur du produit national brut nominal, qui tient compte de toutes les transactions. Les encaisses, par nature non indexées, se dévaloriseraient au taux souhaité de hausse des prix, soit 2 % en principe. Leur thésaurisation ne pourrait donc être avantageuse.

[25] Voir mon ouvrage, « Pour l’indexation », 1990, Éditions Clément Juglar. Si leur valeur réelle était garantie, les valeurs à revenu fixe constitueraient probablement le placement, sinon le plus avantageux, du moins le mieux adapté aux préoccupations de l’épargnant moyen, en raison de la simplicité de la gestion et de la sécurité du capital et du revenu dans le cas des fonds d’État et des obligations des grandes sociétés. En fait, un puissant besoin existe actuellement d’une protection efficace contre les variations de la valeur réelle de la monnaie par un système approprié d’indexation, et il existe potentiellement un immense marché pour des obligations indexées en principal et en intérêts.

[26] Toutes les obligations en monnaie étant indexées, les taux d’intérêt réels s’établiraient à des niveaux qui assureraient à l’économie toute l’épargne réelle qui lui serait nécessaire, et l’expérience historique de toutes les périodes de stabilité monétaire suggère que ces taux seraient relativement bas, de l’ordre de 3 à 4 %.

[27] Le maintien par les États-Unis, depuis 1984, d’un déficit moyen annuel de leur balance des paiements de plus de 100 milliards de dollars est tout à fait inadmissible. Comment admettre que le pays le plus puissant du monde exerce un tel prélèvement sur le reste du monde ?

[28] Sur tous les développements qui précèdent et les objections susceptibles d’être présentées, du point de vue de la Construction européenne notamment, voir tout particulièrement :
-Maurice Allais, « Les conditions monétaires d’une économie de marchés », Revue d’économie politique, mai-juin 1993.
-Voir également l’introduction à la seconde édition de mon ouvrage « Économie et Intérêt », 1998, éd. Clément Juglar (pp. 154-186).
-Voir surtout mes deux ouvrages :
1999, « La Crise mondiale d’aujourd’hui. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires » ;
1999, « L’Union européenne, la mondialisation et le chômage », Éd. Clément-JUGLAR 62, avenue de Suffren, 75015 Paris


220 – Bruno Lemaire : argent-dette des banques

7 décembre 2011
Ici nous savons, presque tous, presque tout cela… mais il n’est pas inutile de le rappeler de temps à autre sous une autre “plume”
Postjorion
_____________________________
L’argent-dette des banques… Peut-on changer le rôle de nos banques
(Article de Bruno Lemaire )Q. Quel est vraiment le rôle actuel des banques dans la création de monnaie ?

Supposons que vous vouliez emprunter dix mille euros à votre banque. Celle-ci va vous avancer cet argent, vous « prêter » cet argent, en écrivant ce montant de 10 000€ sur votre compte courant, votre DAV (dépôt à vue), en contrepartie de la reconnaissance de dettes que vous lui signerez. En fait elle vous prête de l’argent maintenant, contre votre promesse de remboursement « plus tard ».

Q. Mais d’où sort cet argent ?

Votre banque, comme toute autre banque commerciale, dite à tort de dépôts, crée cet argent, à partir de rien, car elle anticipe que vous pourrez la rembourser, avec des intérêts bien sûr…

On peut dire, d’une certaine façon, que cette pratique correspond à une avance de trésorerie, que tout entrepreneur, commerçant ou artisan connaît bien. La banque ‘escompte’ – dans tous les sens du terme – que vous lui rembourserez ce prêt.

Q. Mais y a-t-il une limite à cette création monétaire ? Et quels sont les risques éventuels pris par la banque ?

Une banque doit avoir au moins, en monnaie centrale garantie par la banque centrale (Banque de France ou BCE), 2% de réserves ‘gelées’ à la banque centrale. Par ailleurs, elle est censée avoir en fonds ou capitaux propres, un certain pourcentage de son passif.

Deux risques peuvent se produire : tout d’abord un risque de liquidité, ou plutôt d’illiquidité, si chacun veut convertir en billets, en « argent liquide », le montant total de ses dépôts à vue.

Ce risque est lié au fait que l’on vous prête immédiatement de l’argent, que vous ne rembourserez que plus tard, voire beaucoup plus tard. Tant que vous vous contentez de faire des chèques (monnaie scripturale), qui circulent donc de compte en compte, d’une banque à une autre, il n’y a évidemment aucun problème, sauf entre les banques elles-mêmes, si certaines banques prêtent relativement plus que d’autres.

Mais si vous utilisez ‘trop’ de billets relativement à cette monnaie scripturale, votre banque va devoir se réapprovisionner auprès de la banque centrale, seule capable d’émettre des billets et de les mettre en circulation. Pour cela, elle va s’endetter elle aussi auprès de la banque centrale, en déposant en garantie soit ses propres obligations, ses propres « reconnaissances » de dettes, soit des garanties venant de ses propres clients.

Q. Et si la banque centrale refuse cette création monétaire ?

Votre banque va essayer de trouver ces liquidités auprès d‘une banque concurrente – marché interbancaire – ou sur le marché monétaire. Mais ce risque d’illiquidité est beaucoup moins grave, même s’il peut être ennuyeux, que le risque d’insolvabilité, qui, comme pour une entreprise normale, correspond au fait que trop de clients de la banque se trouvent dans l’impossibilité de rembourser leurs prêts.

Si une banque a prêté 100 milliards d’euros – dont éventuellement en achetant pour 10 milliards d’euros de dettes publiques (donc en ayant prêté 10 milliards à un état) – avec seulement 6 milliards de fonds propres, et si le 1/5 de ces prêts, soit 20 milliards, se retrouvent avec une valeur diminuée de moitié, la banque va devoir encaisser sur son bilan cette différence de valorisation de 10 milliards, et passer d’une situation nette de 6 milliards de fonds propres à une situation d’une perte nette de 4 milliards, donc en situation de faillite.

Q. Mais y a-t-il une solution, pour éviter ce scénario catastrophe ?

Oui, et de nombreux économistes, parmi les plus prestigieux, dont plusieurs prix Nobel, ont soutenu que la seule solution serait de revenir à une seule banque émettrice, cette banque ayant seule le privilège – à encadrer soigneusement – de créer de la monnaie. Cette seule banque émettrice serait la banque centrale de la zone monétaire considérée, la BCE si la zone s’étend à l’Europe des 27, ou des 17, la Banque de France si, pour diverses raisons, la zone monétaire considérée se réduit à la France. Les banques commerciales actuelles n’auraient plus comme fonction que celle de gérer au mieux l’argent déjà existant, que cet argent soit utilisé comme moyen de paiement ou placée en épargne.

Q. Et ce n’est pas déjà le cas ?

Hélas non. Près de 90% de l’argent actuellement en circulation est de l’argent qui a été émis – contre reconnaissances de dettes prenant diverses formes – par les banques commerciales. Avec cette banque unique d’émission, 100% de la monnaie devenant centrale, au lieu de moins de 10% actuels , le risque d’illiquidité n’existerait évidemment plus. Le risque d’insolvabilité, lui, serait diminué très fortement, et, de plus, n’aurait pas comme conséquence potentielle d’entraîner le système bancaire tout entier dans sa chute.

Q. Mais si c’est tellement efficace, pourquoi cela n’a-t-il jamais été expérimenté ?

Il est clair que ce sera moins rentable, mais beaucoup plus sûr, pour les banques commerciales, qui perdront ainsi de nombreuses possibilités de spéculer.

Par ailleurs, jusqu’à maintenant, de nombreuses banques se croyaient « trop grosses pour tomber » (too big to fall). Ainsi l’actif de la BNP est du même ordre de grandeur que le PIB de la France, les 2 plus grandes banques suisses ont un bilan global supérieur à 7 fois le PIB suisse. Mais l’exemple de Lehman Brothers et de Dexia va sûrement les inciter à réfléchir. Et la situation économique actuelle, avec des obligations souveraines (les dettes publiques) qui ont perdu entre le 1/3 et les 2/3 de leurs valeurs, va évidemment dans le sens d’une reprise en mains totale du système bancaire et financier.

Bruno Lemaire


218 – Le 100% monnaie pour tous

18 novembre 2011

LE « 100% MONEY » POUR TOUS

Pourquoi il faut essayer de comprendre cette « vieille » proposition
qui est peut-être l’idée capable de sauver l’économie mondiale

« a banking plan designed to keep checking banks 100% liquid; to prevent inflation and deflation; largely to cure or prevent depressions; and to wipe out much of the national debt” (fisher, 1935, 3ème édition 1945)

_____________________

VOUS ÊTES SCANDALISÉS PAR LES CRISES FINANCIÈRES
ET DE LEURS CONSÉQUENCES DRAMATIQUES !

                                                   VOUS VOULEZ

  • Un système insubmersible qu’il ne faudra pas secourir si certaines de ses composantes prennent trop de risques ;
  • Un système qui vous donne un vrai contrôle des agrégats monétaires et sorte la politique monétaire de sa totale inefficacité
  • Un système qui accroisse l’efficacité de l’économie en donnant aux taux d’intérêt leur vrai rôle d’ajustement de l’épargne  et de l’investissement
  • Un système qui redonne à l’état son pouvoir régalien en lui faisant se réapproprier la rente monétaire abandonnée aux banques

et en plus, en « sous-produit » de la réforme

  • Un système qui permette de neutraliser une large part de la dette publique

C’EST POSSIBLE !

De très grands économistes ont fait des  propositions pour nous aider a le concevoir
(quelques noms : Mises, Simons, Fisher, Friedman, Allais)                          

VOUS N’Y CROYEZ PAS ?  ON VA VOUS LE DÉMONTRER

Pour effectuer vos transactions quotidiennes et vos opérations financières, vous disposez :

  • Des billets de banque que vous avez en poche
  • De dépôts à vue que vous avez en compte dans vos banques

les deux types de monnaies sont très différents :

(1)   Les billets de banque :

-          Ils sont émis par la banque centrale

-          Ils sont absolument sûrs (…sauf en cas de perte ou de vol)

-          Le bénéfice de leur émission (valeur faciale –coût de fabrication) revient à l’etat (à travers les dividendes versés par la banque centrale)

(2)   Les dépôts à vue

-          Ils sont créés par les banques commerciales et dépendent crucialement des crédits distribués par elles =>leur volume dépend du désir d’emprunter et des banques de prêter, d’où l’instabilité monétaire et économique

-          Les dépôts à vue dont vous disposez sont en risque si la banque fait de « mauvaises affaires »  => suite aux crises récurrentes et aux paniques, nécessité pour l’ État de les garantir dans certaines limites

-          Les bénéfices de la création des dépôts sont appropriés par les banques

Dans la réforme du « 100% money » ou de « couverture intégrale des dépôts », il s’agit de créer des dépôts à vue qui ont tous les avantages de ces derniers pour effectuer tous les types de paiement en ayant toutes les propriétés des billets de banque (régularité de leur croissance, sûreté totale sans garantie étatique, bénéfices de leur émission réservés à la collectivité)

CE QUE VOUS DEVEZ COMPRENDRE :

(1)   Aujourd’hui le système bancaire mêle de manière consubstantielle :

-          Le système de paiement

-          L’intermédiation financière c’est-à-dire le circuit de l’épargne

-          Les opérations de marché (mais ce n’est pas notre objet ici)

=>    C’est un système instable par essence car vos dépôts sont liquides mais les actifs qu’ils « financent » ne le sont pas ;

=>   C’est un système dangereux car lorsqu’une banque tombe, c’est tout le système de paiement qui est mis à mal en raison des interconnections entre toutes les banques ;

=>  C’est un système incontrôlable car l’alimentation en liquidités (les dépôts à vue) dépendent des « humeurs » des agents économiques : abondantes en période d’optimisme, rares en période de pessimisme

=>   C’est un système inefficace car il brouille les frontières entre les encaisses transactionnelles et l’épargne et distord le niveau et la structure des taux d’intérêt

=>  C’est un système injuste car il donne un pouvoir exorbitant aux banques de battre monnaie avec les bénéfices afférents et aux emprunteurs un pouvoir d’achat sur les marchés non gagés par une production préalable (revenu)

(2)    DEMAIN, LE SYSTÈME PROPOSÉ PERMETTRA :

=>      De dissocier les circuits de paiement et d’épargne (intermédiation financière)

=>      D’alimenter l’économie en instruments monétaires d’une manière régulière en fonction de règles bien établies, sans intervention des banques commerciales

=>    D’ajuster au mieux l’épargne et l’investissement sur les différentes maturités

POUR RENDRE CONCRET L’IMPACT DE LA RÉFORME

ET SON PROCESSUS DE MISE EN PLACE

PRENONS UN EXEMPLE : LE BILLET DE BANQUE

  • Tout le mode le connait car il est facile de s’en procurer auprès de sa banque qui elle-même se les procure auprès de la Banque Centrale qui les lui « vend » en débitant le compte qu’elle tient dans ses livres pour cette banque ;
  • C’est un bon exemple car la réforme aura pour effet de transformer les dépôts à vue dans des « équivalents- billets de banque » ayant les avantages des deux mondes, car les dépôts à vue détenus par tout un chacun auront un miroir dans les comptes de la Banque Centrale et circuleront comme les dépôts actuels ;
  • C’est aussi un bon exemple parce qu’il va permettre de bien dissocier ce qu’est un outil transactionnel (la monnaie) d’un instrument d’épargne (le dépôt à terme ou d’épargne ou l’investissement dans un titre).

En bref, qui aura compris cet exemple aura compris 95% de la réforme proposée et ce qu’elle implique

SUPPOSONS QUE, DU JOUR AU LENDEMAIN, UN DÉCRET IMPOSE LE BILLET DE BANQUE DANS TOUTES LES TRANSACTIONS. QUE VA-T-IL SE PASSER ?

SUIVONS LE RAISONNEMENT

ÉTAPE 1 : les banques commerciales dans lesquelles vous détenez vos avoirs liquides en vue des transactions prévues  vont faire face à des demandes de conversion en billets….

                           (Oubliez vos comptes d’épargne pour l’instant)

Vous avez besoin de billets pour faire vos transactions => vous allez les chercher à votre banque en convertissant vos dépôts à vue (ou autres) en billets de banque.

Comment la banque peut-elle vous satisfaire ? Sans aide, elle ne le peut pas car, contrairement aux dépôts a vue, elle ne peut pas créer cette monnaie.

A l’actif de son bilan, elle a des crédits qui sont à maturités données et qu’elle ne peut pas rappeler. Elle a en théorie deux possibilités a priori :

(1)   Elle pourrait les vendre sur le marché (via titrisation ou autres), mais toutes les banques faisant la même chose car ayant les mêmes besoins au même moment, il n’y aurait aucun marché. En plus, c’est juridiquement complexe.

(2)    Elle pourrait les vendre/escompter à la Banque Centrale contre les billets, mais seulement  dans la limite de ses effets de première catégorie (Bons du Trésor notamment).

Elle  a une troisième solution toute simple et que la Banque Centrale lui propose dans le cadre de sa réforme : Emprunter à terme auprès de la Banque Centrale les billets dont elle a besoin :

=>    La Banque Centrale lui livre par fourgon blindé les billets dont elle a besoin pour satisfaire ses (ex-) déposants

=>      La banque dans son bilan remplace à son passif les dépôts à vue (et assimilés) de ses clients par le prêt de la Banque Centrale

QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES D’UNE TELLE OPÉRATION ?

La masse monétaire a-t-elle change ?  NON : Les dépôts à vue sont remplacés par les billets mis en circulation

Les crédits a l’économie en ont-ils pâti ? NON : C’est totalement transparent pour les emprunteurs auprès des banques

En fait, à l’issue de l’opération, les transformations des bilans sont les suivants :

(1)   Banque Centrale :

-          A son actif : le prêt aux banques

-          A son passif : les billets imprimés pour satisfaire les besoins

(2)    Banques :

-          A leur actif (prêts à l’économie) : Aucun changement

-          A leur passif : Emprunt auprès de la banque centrale (en lieu et place des dépôts

(3)   Agents économiques :

-          A l’actif : les billets remplacent les dépôts à vue à montant constant

-          Au passif : aucun changement

QUE VONT FAIRE LES DÉTENTEURS DE BILLETS ?

Les détenteurs des billets de banques vont avoir des besoins pour la gestion des  encaisses en billets:

-          Sécurité (dépôts des billets dans des coffres)

-           Des besoins de « clearing » pour regrouper les transactions et n’effectuer que le transfert des soldes

-          Des convoyeurs…. etc

 => IL VA SE CRÉER DES COMPAGNIES DE SERVICES MONÉTAIRES QUI AURONT LES CARACTÉRISTIQUES SUIVANTES :

-          Leur seul rôle sera de faire que le système de paiement fonctionne au mieux et au moindre coût (concurrence)

-          Elles ne joueront aucun rôle dans la distribution du credit et ne seront que dépositaires des billets de banque que vous leur avez confiés

=> Bien entendu, ces sociétés ayant un coût de fonctionnement et rendant un service a la collectivité, les utilisateurs paieront pour ce service des frais de tenue de compte et des charges liées au nombre de transactions.

QUE VA-T-IL SE PASSER AVEC CE PRÊT DE LA BANQUE CENTRALE AUX BANQUES ?

C’est très simple : il devra être remboursé sur un rythme à définir en fonction :

(1)          Des remboursements des crédits préalablement accordés par les banques

(2)          De leur capacité à remplacer les ressources fournies par le prêt de la banque centrale par des ressources d’épargne apportées par le marché, pour qu’elles puissent maintenir et augmenter leur capacité de crédit à l’économie

ATTENTION SUIVEZ-BIEN, CAR IL VA SE PRODUIRE UN « PETIT MIRACLE » QUI N’EST PAS UN TOUR DE PASSE-PASSE…..

L’étape préalable  du miracle qui va s’accomplir

Dans le cours normal des opérations, Un emprunteur auprès de la banque rembourse son crédit et la banque décide de rembourser son propre emprunt à la Banque Centrale :

(1)    Le client de la banque  ramène les liasses de billets à la banque pour  rembourser son prêt

(2)    La banque prend les liasses, annule le crédit à son client et va les porter à la banque centrale en remboursement de son propre emprunt à la Banque Centrale

=>     Ce n’est pas très bon pour l’économie :

-   La quantité de monnaie entre les mains des agents économiques baisse

-   La masse des crédits accordés par les banques diminue

LA SITUATION EST GRAVE :  QUE FAIRE ?

EN FAIT, C’EST L’ACTION DE LA BANQUE CENTRALE QUI VA RÉTABLIR LA SITUATION ET ACCOMPLIR LE “MIRACLE”

L’accomplissement du “miracle”:
Le coup de baguette de la banque centrale et l’évanouissement de la dette publique !

OUI, VOUS AVEZ BIEN LU : ÉVANOUISSEMENT DE LA DETTE PUBLIQUE !

En fait,  c’est très simple

Comme la Banque centrale veille à ce que les moyens de paiement en circulation ne baissent pas, elle ne veut pas que le remboursement de son prêt aux banques entraîne une baisse des billets entre les mains du public,  elle va donc AGIR

=>   Elle prend les liasses de billets de la banque qui rembourse son crédit

-      Elle annule à son actif, le prêt donné à la banque

-          Elle annule à son passif les billets émis et qui sont maintenant revenus dans ses coffres

=>     … Mais elle va immédiatement faire une opération en sens inverse en achetant des titres publics sur le marché

-          Le vendeur des titres publics reçoit son paiement en billets de banque

-          La Banque centrale inscrit à son actif les titres publics achetés et à son passif les nouveaux billets qu’elle vient d’imprimer en remplacement des anciens.

AVEZ-VOUS COMPRIS L’IMPORTANCE DU “MIRACLE” ? !

=> La masse monétaire (les billets en circulation) n’a pas varié mais…

=> Une partie de la dette publique a été neutralisée

Cette opération de neutralisation de la dette publique a des conséquences majeures dans les circonstances d’aujourd’hui :

-          Le montant du prêt de la banque centrale aux banques correspond au montant de dette publique qui peut être neutralisé

-          Ce montant correspond au montant de la masse des dépôts à vue et assimilés qui ont dû être échangés contre des billets de banque

LE “MIRACLE”, C’EST QU’AUJOURD’HUI, PAR CETTE RÉFORME MONÉTAIRE, LES 2/3 DES DETTES PUBLIQUES EN MOYENNE POURRAIENT ÊTRE NEUTRALISÉS.

          QUE FAUT-IL ENTENDRE PAR NEUTRALISATION DE LA DETTE PUBLIQUE?

Une part importante de la dette publique est rachetée par la Banque Centrale qui l’inscrit à l’actif de son bilan ;

=>    En compte de résultats, la banque Centrale va inscrire en revenus les intérêts de la dette ;

=>      Or, les profits de la Banque Centrale sont DES REVENUS BUDGÉTAIRES POUR L’ETAT

 La dette publique est parquée, elle sera renouvelée à perpétuité et donc jamais remboursée
et son coût est neutralisé.    Miraculeux, non ?

C’est d’autant plus miraculeux que la masse monétaire n’a pas varié

Quid des crédits a l’économie quand les banques ne peuvent plus créer de monnaie ?

C’est simple : les banques redeviennent de « purs » intermédiaires financiers, mobilisatrices de ressources d’épargne pour financer l’ensemble des besoins de financement…..

Il ne faut pas oublier :

(1)    La masse monétaire en circulation est toujours la même=> le niveau de revenu dans l’économie n’a aucune raison de varier puisque les agents économiques n’ont aucune raison de faire varier le montant de leurs encaisses inactives => donc, le niveau d’épargne ne change pas ;

(2)    Par l’achat de la dette publique, la Banque Centrale a non seulement créé des billets en remplacement de ceux qui lui avaient été remis, mais elle a libéré l’épargne auparavant investie dans de la dette publique, et ce, pour des montants considérables au fur et à mesure du remboursement du prêt fait par la Banque Centrale aux banques.

Il vient donc : les agents économiques épargnants (sur toutes les échéances de 1 jour à x ans) vont :

-      Déposer en banque les billets qu’ils souhaitent épargner a un horizon donné ou…

-      …souscrire à des titres émis par les banques ou d’autres types d’institutions financières pour bénéficier d’une liquidité plus élevée si nécessaire

… ET CE SERA AUX BANQUES DE REPRÊTER CES SOMMES/BILLETS AUX AGENTS QUI ONT DES BESOINS DE FINANCEMENT A COÛT DES RESSOURCES + MARGE

MONNAIE, ÉPARGNE, CE QU’IL FAUT BIEN COMPRENDRE DE LA RÉFORME…

L’exemple utilisant les billets de banque est intéressant car il permet de bien mettre en évidence la distinction entre monnaie et épargne

Le billet de banque est le moyen de paiement qui est le support des transactions quelles qu’elles soient, financières ou non. Les agents économiques les gardent « en caisse » pour faire face aux différences entre les recettes qu’ils perçoivent et les débours qu’ils doivent faire, avec un « coussin de sécurité » s’il y a des ratés dans les prévisions d’entrées et de sorties d’argent. Dans le cas du billet de banque, chaque agent va chercher à en garder le minimum :

-      Pour des raisons de sécurité  ( risque de vol)

-      Pour des raisons de coût (pour les billets traités par les CSM)

-      Pour des raisons de coûts d’opportunité car il pourrait en retirer des intérêts s’il le plaçait à une échéance qui lui convient

Un instrument d’épargne résulte d’un acte qui est d’une autre nature, car il s’agit d’une renonciation claire à un pouvoir d’achat (un certain montant de billets de banque) pendant une durée déterminée et le transfert à un autre agent contre le paiement d’un intérêt. Cet autre agent va le faire fructifier et c’est pour cela que la richesse ne peut se créer que par l’épargne.

Si pour une raison ou une autre, l’instrument d’épargne pouvait être converti sans délai, sans coût et à prix garanti, il y aurait fongibilité entre cet instrument d’épargne et le billet de banque , donc possibilité de réduire le montant de billets à de fins de transactions du fait de la substitution possible billets/dépôts sans conditions, ni risques de confusion entre monnaie et encaisse,  donc création monétaire par duplication de pouvoir d’achat (Allais)

Dans la réforme, il y aura une frontière claire entre instruments monétaires et Instruments d’épargne (coûts, délais, risque de marché) pour éviter toute création monétaire en dehors du billet de banque.

 

LE DEUXIÈME APPORT (MIRACLE ?) DE LA RÉFORME…..

L’alimentation en moyens de paiement devient une ressource à la disposition de la collectivité en lieu et place des banques

Comme la monnaie n’est constituée que de billets de banques, SEULE LA BANQUE CENTRALE PEUT LA CRÉER. COMMENT ?

-          Par simple inscription au crédit du compte du Trésor comme une avance non remboursable (ressources budgétaires) et en livrant les billets aux Comptables du Trésor pour payer les dépenses de l’Etat;

-          En suivant une règle stricte d’accroissement inscrite dans la Constitution pour éviter les abus (4.5% par an soit Produit National Brut  potentiel +2.5% + dérive inflationniste 2%)

=>   C’EST DONC UNE NOUVELLE RESSOURCE BUDGÉTAIRE (2 ème MIRACLE)

Ce processus peut-il être comparé à la « planche à billets » classique employé par tous les gouvernements aux abois de sinistre mémoire ? NON, aucunement

-    Auparavant, les banques s’appropriaient la rente monétaire grâce a ce privilège extraordinaire de pouvoir créer de la monnaie ex nihilo, donc un pouvoir d’achat non gagés sur des revenus préalablement gagnés, donc un « faux-monnayage » légal en quelque sorte (Rothbard, Allais).

-    Maintenant, c’est l’État  qui se réapproprie cette rente au profit de toute la collectivité en récupérant son pouvoir régalien de battre monnaie.

N’EST CE PAS PLUS JUSTE ?

                     RÉCAPITULONS LES AVANTAGES DE LA RÉFORME

1)     Le système de paiement de l’économie est complètement insubmersible , donc les problèmes de stabilité du système bancaire ne se posent plus de la même manière (les banques de financement et d’investissement peuvent faire faillite sans problème, plus de « moral hazard »)

2)     Une capacité de régulation économique accrue du fait d’une maitrise totale de la masse monetaire en circulation

3)     Une efficacité augmentée de l’économie du fait de la plus grande représentativité des taux d’intérêt sur les différentes échéances sans interférences monétaires comme aujourd’hui

4)     La fin des distorsions dans la répartition des revenus du fait de la création monétaire par les banques et récupération de la rente monétaire au profit de la collectivité

5)     En produit-joint de la réforme, une neutralisation de la plus grande partie de la dette publique dans les grands pays industrialisés.

En 2007, en combinant les deux effets, recettes budgétaires et neutralisation de la dette publique, mes estimations (à mettre à jour) pour la zone   euro donnaient un gain fiscal annuel de 400 milliards d’euros

SI VOUS AVEZ COMPRIS CET EXEMPLE AVEC LES BILLETS DE BANQUES ALORS, VOUS AVEZ COMPRIS 95% DU « 100% MONEY » .à l’heure de la dématérialisation et des flux électroniques.

Dans le modèle réel, on distingue :

-          Les CSM qui recueillent les dépôts à vue et assimilés avec obligation de les maintenir couverts à 100% par de la monnaie de base (Monnaie Banque Centrale/ compte auprès de l’Institut d’Émission)

-          Des banques de financement, qui jouent le « pur » rôle » d’intermédiaire financier

-          Les banques d’investissement

Aujourd’hui, nous ne parlons plus de billets de banque car les banques sont en ligne et les débits/crédits se font à la vitesse de la lumière, mais, ce que crée la réforme c’est un type de dépôt qui est l’ «équivalent- billet de banque » électronique qui a beaucoup de vertus dont celui de ne pas être une monnaie de crédit privée

COMPARAISON DU CAS/EXEMPLE DES BILLETS DE BANQUES AVEC LA VRAIE RÉFORME DE LA COUVERTURE INTÉGRALE (« 100% Money) :

(1) les CSM reçoivent le monopole de toutes les opérations de paiement avec interdiction de faire un quelconque crédit et de prendre le moindre risque, donc tout dépôt d’un client a sa contrepartie en monnaie banque centrale (Les CSMs ont des comptes à la Banque Centrale qui sont l’exact reflet des dépôts de leurs clients) et sont donc l’ équivalent à l’imposition des billets comme moyens de circulation

(2)  au jour j du transfert des dépôts à vue (et assimilés), les banques commerciales actuelles recevront un prêt de la Banque Centrale pour continuer à assurer le financement de leur actif tout en assurant le transfert en monnaie banque centrale vers les CSM, c’est-à-dire exactement la même situation que dans le cas des billets de banque (les comptes à la Banque Centrale jouent EXACTEMENT le même rôle que les billets avec lesquels ils sont fongibles)

(3) Le prêt de la BC sera ensuite amorti sur autant de temps qu’il faudra (10 ans ?) pour que le système s’ajuste, mais la dette publique sera absorbée dans sa plus large partie (aucun remboursement à prévoir et remontée progressive des intérêts au niveau de la BC et donc de l’État). Il n’y a donc aucun changement dans le processus par rapport à l’exemple donnée

POUR APAISER VOS CRAINTES, IL FAUT BIEN RETENIR

(1)   Tous les crédits et actifs détenus aujourd’hui a l’actif des banques seront maintenus sans aucune perturbation pour les emprunteurs

ET

(1b) leur croissance sera assurée par le jeu normal épargne-investissement dans une économie où la croissance monétaire est assurée de manière régulière (4.5% par an)

(2) La masse monétaire ne subit pas de variations du fait de la réforme, l’augmentation de la monnaie de base étant compensée par une augmentation du taux de réserves à 100% è aucun risque d’inflation du fait de la réforme

ET

(2b) l’accroissement de la masse monétaire peut-être inscrit dans la constitution (4.5%) et représente un gain net pour la collectivité (Recettes Budgétaires) è Réappropriation du pouvoir régalien et de la rente monétaire auparavant appropriée par les banques

(3) La dette publique est dans une très large partie neutralisée. Elle ne sera donc jamais remboursée et les intérêts payés par l’ État lui seront reversés à travers les dividendes et impôts payés par la Banque Centrale.

Y-A-T’IL QUAND MÊME DES INCONVÉNIENTS À LA MISE EN ŒUVRE DE LA RÉFORME ?

1- Le paiement du coût des services bancaires nécessaire à l’équilibre financier des CSM est-il un problème ?  Non

-          Le paiement des services est largement engagé dans la plupart des    pays, particulièrement en France (frais de tenue de compte, commissions sur transactions)

-          Ce paiement correspond à un condition d’efficacité maximale (tout coût lié à un service rendu doit être payé par son usager)

-          Plus subtilement, ce coût intervient comme une « taxe » sur les encaisses poussant les agents économiques à une utilisation optimale de ces dernières et, à freiner toute tendance à la thésaurisation.

« Dans le domaine monétaire, tous ces réformateurs qui ont cherché des remèdes fondés sur la création de coûts de détention de la monnaie (Carrying costs)…. Ont été sur la bonne voie » (Keynes, propos recueillis par Watkins, 1938)

2 – L’établissement d’une frontière claire et nette entre instruments monétaires et véhicules d’épargne représente-t-il une gêne insurmontable ?    Non

Par rapport à la situation d’aujourd’hui, c’est le point qui implique un changement dans les habitudes car il faudra bien ajuster la gestion de ses encaisses pour les minimiser (minimisation des coûts de portage) et maximiser le montant de ses placements sur les différentes échéances, sachant que toute rupture des contrats de placement entrainera des coûts pour éviter les arbitrages incompatibles avec l’esprit de la réforme.

PENSEZ-VOUS QUE CES  CHANGEMENTS D’HABITUDE IMPLIQUÉS PAR LA RÉFORME CONTREBALANCENT SES AVANTAGES ? 

NOUS NE LE PENSONS PAS

Vous êtes séduit, conquis, convaincu ?

Si c’est le cas…. Bravo ! vous venez de rejoindre le club des initiés, ceux qui ont compris que le fonctionnement du système bancaire était la plaie du système libéral et le cancer de nos démocraties

Ne craignez rien, vous allez vous retrouver en excellente compagnie parmi les plus grands

David Ricardo, les économistes de la Currency School, Léon Walras, Ludwig Von Mises et tous ses successeurs, notamment Murray Rothbard, Friedrich Von Hayek (Prix Nobel 1974) , les économistes de Chicago, en premier lieu Henry Simons, Frank Knight et Jacob Viner, Irving Fisher, qui y a consacre toutes ses forces jusqu’a sa mort en 1947, Fritz Machlup, Jacob Marshak, George Stiegler (Prix Nobel 1982), Milton Friedman (prix Nobel 1976), James Tobin (Prix Nobel 1981), sous la forme du ≪ narrow banking ≫, Maurice Allais ( Prix Nobel 1988), Hyman Minsky…. Et des centaines d’autres moins connus.

CHRISTIAN GOMEZ, Septembre 2011

(Docteur d’État en Sciences Économiques et ancien élève de Maurice Allais, Christian Gomez a d’abord suivi une carrière universitaire- Maître de Conférences à l’Université de Rennes – avant de rejoindre en 1983 le secteur bancaire ou il a exercé des fonctions de responsabilité importantes dans l’activité de Banque d’investissement d’une grande Institution Financière Internationale tant en Europe – Paris, Londres et Zurich – qu’en Asie – Tokyo et Hong-Kong).


215 – Résumé 100% monnaie

4 novembre 2011

Nota: Ce texte est paru le 25  juillet 2011 sur le blog « Financer l’avenir » de La Fondation pour la Nature et l’Homme

Nous l’avions déjà cité sur ce blog 

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Le « 100% monnaie » n’est pas (encore) dans un quelconque programme politique, mais il est probable que vous en entendrez de plus en plus parler. Il a donc semblé intéressant de vous faire partager un résumé concernant cette possible « révolution » monétaire et bancaire.

Aujourd’hui

Le secteur bancaire n’est pas une industrie comme les autres car son fonctionnement produit des « externalités » qui peuvent être dommageables pour les autres secteurs, et le produit qu’il crée, la monnaie, n’est pas un produit comme les autres car il permet d’exercer sur les marchés un pouvoir d’achat déstabilisateur . Or, le système de paiements et l’intégrité du moyen d’échange sont des biens publics essentiels. Il est dès lors normal que la société dessine le système de paiement et de financement le plus sécurisé et le plus efficace possible tout en s’appropriant les gains de la création monétaire, ce mécanisme générateur par nature de « faux droits » sur la production. Le contrôle de la monnaie doit faire partie de l’arsenal de protection des intérêts des citoyens.

Il existe une différence fondamentale entre les deux types de monnaies que nous utilisons, nous les « agents non bancaires » (État, entreprises et ménages). La première monnaie est  fiduciaire (de « fidus », confiance en latin), ce sont les billets de banque (espèces) [NOTA : Les billets de banque (espèces) sont la seule monnaie de base (monnaie centrale) qui circule dans la sphère des agents non bancaires. Ce n'est pas pour autant que c'est la seule forme de monnaie centrale qui, lorsqu'elle circule DANS le système bancaire (banques et banques centrales) prends évidemment des formes dites "scripturales" (en fait "électroniques")]. La seconde est scripturale (les montants qui apparaissent sur vos comptes bancaires et vos dépôts d’épargne). La première est donc une monnaie émise directement par la  Banque centrale (pour nous la BCE) qui encaisse donc directement les bénéfices de cette création, la seconde est une monnaie émise (créée « ex nihilo par chaque banque commerciale à l’occasion d’une opération de crédit ou d’un achat d’actifs sur le marché et c’est  donc elle qui encaisse les gains de cette création (les intérêts perçus sur le prêt d’une ressource qu’elle crée !). De ce fait il existe donc des monnaies BNP, SG, CA, Banque Postale, Crédit Mutuel, etc, et même si celles-ci sont toutes libellées en euro, vous ignorez la provenance du crédit les ayant créées et à qui il devra être remboursé à son terme. Tous ces dépôts, qu’ils soient au passif de la  BNP, SG, CA, Banque Postale, Crédit Mutuel, etc, sont bien sûr fongibles entre eux et les banques, par définition, se sont engagées à effectuer pour leurs clients toutes les transactions que ceux-ci leur commandent de faire : virements de banque à banque ou  retraits en espèces (monnaie banque centrale). Pour ce faire, dans les conditions normales, elles n’ont besoin que d’un coussin de sécurité en monnaie banque centrale (les réserves). C’est le principe même de fonctionnement de nos systèmes bancaires : un système bancaire à couverture fractionnaire des dépôts. Mais les banques commerciales se sont engagées à transformer en monnaie centrale (espèces), à tout moment, l’équivalent de vos dépôts bancaires : c’est la raison pour laquelle certains économistes définissent la monnaie comme « une dette de banque qui circule ».
Enfin, pour ne pas trop rentrer dans les détails de la création monétaire, sachez que le seul pilotage de la masse monétaire actuelle tient d’une part au taux d’intérêts de refinancement des banques (besoins en monnaie centrale) et au montant des réserves obligatoires (équivalent à 2% des dépôts)

De cette description, il faut retenir 2 points essentiels:

  1. La création d’un pouvoir d’achat « ex nihilo »par le crédit est une ponction sur la production ne correspondant à aucune épargne préalable, un gain pour la banque lié à un privilège, cause d’une instabilité fondamentale du système ;
  2. La création comme la destruction de monnaie sont complètement dépendantes du désir des  agents économiques d’emprunter et de la volonté des banques de prêter ;

Aujourd’hui on peut dire que la quantité de ce que nous considérons comme monnaie en circulation est indéterminée : les banquiers centraux classent celle-ci dans des agrégats (M1, M2, M3) du plus « liquide » (immédiatement disponible) au moins liquide, la limite en zone euro étant fixée à 2 ans sans aucune justification (pourquoi pas 1 pourquoi pas 3 ; d’ailleurs les USA ne comptabilisent plus M3 alors que les Anglais ont un agrégat M4, comme nous l’avions avant 1984).
Même si la garantie des dépôts est fixée en France à 100 000 €, cette garantie est très insuffisante pour nombre d’entreprises.

Le « 100% monnaie » : de quoi s’agit-il ?

La critique du principe de la création monétaire via les opérations de crédit bancaire s’inscrit dans une longue tradition qui remonte à Ricardo, la « Currency School », Walras, Mises et Hayek. Depuis la crise des années 30, elle a été prolongée par toute une lignée d’économistes parmi les plus prestigieux de  Simons et Fisher à Allais en passant par  Friedman, Tobin (sous la forme du « narrow banking ») et Minsky, et a donné lieu à des propositions concrètes de réforme. Notons que Christian Gomez, élève d’Allais, a fait la synthèse des propositions existantes en cherchant à les actualiser.

Comme l’écrit Maurice Allais « Au regard d’une expérience d’au moins deux siècles quant aux désordres de toutes sortes et à la succession sans cesse constatée de périodes d’expansion et de récession, on doit considérer que les deux facteurs majeurs qui les ont considérablement amplifiées, sinon suscitées, sont la création de monnaie et de pouvoir d’achat ex nihilo par le mécanisme du crédit et le financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme. »

Tous estiment qu’il faut dissocier la monnaie du crédit dans le but d’obtenir une couverture intégrale par de la monnaie de base (monnaie de Banque centrale) des dépôts considérés comme des disponibilités monétaires par les agents économiques (les dépôts à vue et assimilés).

Le 100% monnaie propose donc la séparation très claire entre d’un coté la monnaie qui doit être totalement « liquide » et garantie à 100% par de la monnaie Banque centrale, et de l’autre l’épargne à court, moyen ou long terme (d’une journée à plusieurs années).

L’augmentation de la masse monétaire ne pourrait plus avoir lieu comme actuellement par des émissions de nouveaux crédits des banques commerciales, mais seulement par une émission monétaire de la Banque centrale, par exemple à destination du Trésor public, monnaie qui ensuite, au cours de son circuit d’utilisation, va diffuser dans toute l’économie en créant le revenu des agents économiques à travers leurs opérations de production et d’échange.  Puis, en fonction du choix de chacun des agents, une partie de cette nouvelle monnaie se retrouvera dans les banques de prêts sous forme d’épargne.

Le système bancaire serait nécessairement scindé en trois types d’institutions :

  1. Les banques de dépôts (« Compagnies de Services Monétaires » dans la terminologie plus appropriée utilisée par Christian Gomez) dont les réserves en Banque centrale doivent nécessairement couvrir exactement les quantités de monnaie « scripturale » (en fait électronique), d’où l’expression « 100% monnaie ». Ces institutions, par construction, ne peuvent faire aucun crédit et leur seule fonction est d’assurer l’ensemble des paiements dans l’économie de la manière la plus efficace  et la moins coûteuse possible sous l’effet de la concurrence. Cette monnaie qui représente par exemple vos soldes de compte bancaire actuels serait ainsi au même niveau de confiance que les billets de banque (monnaie fiduciaire) auxquels d’ailleurs ils pourraient être substitués sans aucun dommage pour les institutions qui les gèrent (contrairement à ce qui se passerait dans le système actuel dans lequel la monnaie fiduciaire ne représente que quelques pourcents des dépôts à vue). Toute la monnaie scripturale serait ainsi « fiduciaire » et les banques de dépôts/CSM pourraient être assimilées à de purs gestionnaires de véritable monnaie, assurant sa conservation (« coffres-forts ») et sa circulation le tout dans l’environnement technologique le plus avancé (c’est-à-dire que ces CSM prendraient dans la plupart des cas la forme de banques en ligne).
  2. Les banques de prêts dont le rôle serait celui des actuelles « sociétés financières », c’est-à-dire des intermédiaires entre l’offre d’épargne et la demande de prêts, sachant qu’elles ne pourraient pas prêter plus que les épargnes dont elles sont les dépositaires.
  3. Les banques d’affaire ou d’investissement travaillant sur fonds propres, empruntant directement au public ou aux banques de prêt,  et investissant si elles le souhaitent les fonds empruntés dans les entreprises.

Réponses aux objections

  • Les banques sont des générateurs de liquidités pour les agents économiques et le nouveau système serait trop rigide.

En fait,  le « 100% Monnaie » permettrait de faire face aux besoins imprévus de liquidité dans un système complètement sécurisé. Simplement, les lignes de crédit, qui continueraient bien entendu à exister, seraient gérées différemment.

  • Il y a risque d’une insuffisance de financements disponibles pour satisfaire aux besoins des agents économiques.

Cette critique dénote une mauvaise compréhension du système proposé :

a) il n’y aura aucun changement dans la masse de crédits en place au moment de la réforme et ces crédits pourront être renouvelés sans problème.
b)  La masse monétaire en circulation continuera à augmenter selon le rythme souhaité, dont une partie accroitra l’épargne existante,
c) Les taux d’intérêt ajusteront l’offre et la demande sur les différentes échéances, créant ainsi les conditions d’une véritable efficience dans l’économie
d)  Les besoins d’épargne financière peuvent aussi être régulés à travers les mouvements de capitaux internationaux, sachant que la Banque centrale – sous contrôle et sur ordre du Parlement – devra veiller à ce que la masse monétaire en circulation, égale par définition à la monnaie de base dans le nouveau système, reste sur la pente requise (qui devrait être de l’ordre de 4 à 5 % l’an)

  • Le système actuel pourrait être amendé.

Hélas, vouloir amender le système actuel c’est comme mettre un cautère sur une jambe de bois ;  il n’empêcherait pas les crises :
a) Le  système bancaire à couverture fractionnaire est totalement impossible à contrôler ni par la politique monétaire, ni par des dispositifs réglementaires comme l’a montré toute l’expérience historique et comme le démontrent encore les discussions actuelles sur les dispositifs à mettre en œuvre pour le « rendre plus sûr »
b) La mise en place du nouveau système serait pratiquement transparent pour les agents économiques (changements très marginaux dans leurs habitudes) et n’entrainerait de véritables changements que pour les banques, sachant que, sur le plan interne, les activités à séparer sont déjà largement sectorisées ;
c) Certains proposent aussi le retour au système instauré en France après guerre jusqu’en 1984 (connu également sous le terme de « Glass Steagall Act ») simple séparation des banques de dépôts/prêt des banques d’affaires: ceci n’a rien à voir avec le 100% monnaie car il n’empêche nullement l’émission de crédit par les banques de dépôts/prêts.

  • Le 100% monnaie n’empêcherait pas les mouvements spéculatifs (boursiers ou autres)

C’est exact, mais il les atténuerait :
a) les achats ne pourraient être financés que sur les fonds disponibles et l’épargne courante, de telle sorte qu’un emballement spéculatif entraînerait immédiatement une montée des taux d’intérêt,
b) les fluctuations violentes de la bourse n’ont que peu d’impact sur l’économie  si elles ne déstabilisent pas le système financier, ce qui serait le cas dans le « 100% monnaie ».

L’application d’une telle réforme aurait cinq conséquences très positives.

1.  Une capacité de régulation économique sensiblement accrue par une maîtrise totale de la masse monétaire.

a) la  quantité de monnaie pourrait être dirigée selon une règle définie a priori (stabilité des prix ou taux volontaires de hausse des prix)- la quantité de monnaie deviendrait inélastique au pessimisme ou à l’optimisme irraisonné des agents économiques
b) la quantité de monnaie en circulation deviendrait une variable totalement sous le contrôle de Banque Centrale sans que le comportement des banques  ou des agents économiques  puisse influer sur elle. L’ampleur du « Boom » immobilier et financier de la dernière décennie serait quasiment inconcevable dans un système de ce type.

2. Une meilleure efficacité de l’économie.

a) des taux d’intérêt véritablement représentatifs des préférences des agents économiques
b) le paiement du prix des services monétaires
c) l’interdiction de la transformation financière.

3. La fin des distorsions dans la répartition des revenus

Toute création monétaire ex nihilo par un système bancaire privé et commercial donne un droit sur la production qui n’a pas été acquis par un produit ou un service vendu. Elle est par nature un « faux droit », un revenu non gagné,

4. Un contrôle aisé par l’opinion publique et par le Parlement de la création monétaire et de ses implications.

Dans le « 100% monnaie» l’État récupèrerait les gains de la création monétaire mais pas le contrôle. Celui-ci serait confié à la Banque Centrale agissant sous un mandat impératif protégé par la Constitution, mais plusieurs types de décision et de contrôle citoyen sont envisageables.

5. L’attribution annuelle à l’État, c’est-à-dire à la collectivité, de 70 à 80 milliards de  gains provenant de la création monétaire

a) au travers de l’affectation de la création monétaire aux ressources de l’État, comme une recette budgétaire qui peut être estimé à 40 milliards d’euros par an pour la France (environ 80% de l’IRPP)
b) au travers de la neutralisation instantanée de 800 à 1000 milliard d’euros de la dette publique française, permettant d’éviter une dépense annuelle d’intérêts de 30 à 40 milliards d’euros par an, qui, il est vrai, sont systématiquement empruntés avec pour conséquence l’augmentation de la dette.

André-Jacques Holbecq
, Économiste et auteur de :
Argent, dettes et banques, éditions Yves Michel, 2010
La dette publique, une affaire rentable, en collaboration avec Philippe Derudder (préface d’Étienne Chouard) – rééditions Yves Michel 2011

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Complément important inséré le 6 février 2012

PRÉCISIONS DE CHRISTIAN GOMEZ

Sur la substitution dette publique/dette privée

1) Lors de la mise en place de la réforme, les banques ont bien besoin de se procurer de la monnaie de base pour satisfaire à leurs nouvelles obligations de réserves (100%). Donc la Banque Centrale prête aux banques cette somme qui est donc égale aux nouvelles réserves obligatoires des banques ( prêt = monnaie de base requise = M )

2) Quand les banques vont rembourser ce prêt à la Banque Centrale, il va y avoir nécessairement une destruction de monnaie de base et donc, si rien est fait, une destruction de monnaie (c’est ce qu’il faut éviter), puisque dans le nouveau système M (masse monétaire) = monnaie de base

3) Pour recréer cette monnaie de base détruite par le remboursement du prêt aux banques, afin d’éviter une baisse de la Masse monétaire qui ne pourrait avoir que des effets défavorables, la Banque Centrale doit donc regonfler son bilan en prêtant à nouveau ou en achetant des actifs sur le marché , ces actifs pouvant être la dette publique existante: donc en faisant cela, pour maintenir la monnaie de base à son niveau initial, la BC va donc substituer au prêt fait aux banques un prêt fait à la puissance publique (en devenant le créancier de l’État, suite au rachat de la DETTE EXISTANTE).

CELA NE MARCHE QU’UNE FOIS…

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197 – Résumé explicatif du 100% monnaie

26 juillet 2011

Notre ami André-Jacques Holbecq a écrit un billet paru sur le blog  “Financer l’avenir” de la Fondation pour la Nature et l’Homme,  résumé explicatif du “100% monnaie”
Vous le trouverez ici: http://financerlavenir.fnh.org/billet-invite/la-proposition-cent-pour-cent-monnaie-andre-jacques-holbecq/


191 – AJ Holbecq: L’arnaque de la dette

23 juin 2011

Article paru sur le site de “Debout La République“  le mardi 10 mai 2011
La réactualisation des données de la dette publique à fin 2010 est sur le site “dette et monnaie

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Jusqu’en 1973, lorsque l’État avait besoin de trésorerie, il demandait à la Banque de France de le financer, de la même manière que procède toute entreprise ou ménage envers sa banque commerciale : en lui signant une « reconnaissance de dette ».

L’exception européenne

C’est à Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre des finances, que nous devons la loi du 3 janvier 1973 dont l’article 25 précisait “Le trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France”, interdisant donc le financement direct de l’État par la Banque de France. Cette loi a été confirmée par l’article 104 du Traité de Maastricht – devenu 123 du Traité de Lisbonne. Cette interdiction, n’est, dans aucune autre zone monétaire, gravée ainsi dans le marbre d’un Traité !

En clair la France (de même que les pays de la zone euro) est obligée d’emprunter sur les marchés financiers, en payant des intérêts, les besoins monétaires qu’elle ne peut couvrir par des recettes budgétaires. Pourtant, des pays tels les USA, la Grande Bretagne ou le Japon, n’hésitent pas à se servir de la possibilité de monétisation directe par leur Banque Centrale lorsque les besoins de leur économie le nécessitent  [ A-J Holbecq: erreur de ma part dénoncée et argumentée par Chris06 dans les commentaire à partir de celui-ci le 1 er août : il n'y a pas de monétisation directe mais toujours monétisation indirecte: J'ai fait mon "mea culpa" dans l'article "198- perseverare diabolicum"]
. Chez nous, les banques peuvent emprunter à 1% à la BCE et prêter aux États à 3, 5 ou 7% et parfois plus.

L’augmentation annuelle de cette dette publique de 1980 à fin 2009 correspond, bon an mal an, aux intérêts de la dette, dans un effet boule de neige. En euros constants la dette est passée de 239 milliards d’euros (21% du PIB) fin 1979 à 1489 milliards d’euros (78% du PIB) fin 2009, soit une augmentation de 1250 milliards d’euros. Sur la même période, nous avons payé environ 1340 milliards d’euros d’intérêts aux différents prêteurs privés (banques et établissements de crédits, fonds de pension, assurances-vie…).

Mais direz vous, nous sommes bien obligés de payer des intérêts à nos prêteurs !

Oui, et justement puisque nous devons, dans le système actuel, emprunter chaque année sensiblement l’équivalent de ces intérêts qu’il faut payer, non seulement nous ne pourrons jamais rembourser, mais en plus la dette continuera à croitre alors que nous avons une obligation d’honnêteté envers les épargnants qui ont fait confiance à la signature de la France.

Pourtant, nous pourrions imposer à la Banque de France de monétiser chaque année une somme raisonnable pour alléger le poids de cette dette dont le paiement des intérêts pèse aujourd’hui sur les services publics essentiels de notre nation (éducation nationale, sécurité sociale, sécurité…) .

Ah, je vous entends « mais c’est la planche à billet, c’est l’inflation assurée… »

Tout d’abord, il faut noter qu’aujourd’hui, ce sont les banques privées qui ont la responsabilité de la création de la monnaie et qui ont provoqué une immense inflation du prix des actifs pendant les années 2000, qui a mené à la pire crise économique depuis 80 ans. En effet, la masse monétaire a progressé de près de 10% par an dans la zone euro jusqu’à la crise.
Aujourd’hui, la quantité de monnaie en circulation en France est d’environ 1900 milliards d’euros (agrégat M3). La BCE considère qu’une augmentation annuelle de plus ou moins 5% n’est pas inflationniste. C’est donc une centaine de milliards de monnaie nouvelle qui peuvent être émis chaque année sans effet inflationniste.
Comment pourrons-nous rembourser ces épargnants qui détiennent cette « dette de la France » sans les léser, qu’ils soient français ou étranger, qu’ils aient placés leur épargne au sein de fonds de pensions ou d’obligations détenues par des assurances vies ?

Bien que la vente par les administrations publiques des actifs monétaires qu’elles détiennent permettrait instantanément la réduction de plus de 700 milliards d’euros de la dette, restons dans l’hypothèse d’une nécessité de remboursement de la dette brute “au sens de Maastricht” estimée au début de cette année 2011 à 1600 milliards d’euros.

En fait la solution est simple et ne nécessite que la volonté politique.

Prenons les hypothèses d’un budget global dont le solde primaire est équilibré (recettes – dépenses hors charges d’intérêts) et d’un taux d’intérêt moyen sur les obligations d’État de 3%.
Si nous décidions de monétiser chaque année 100 milliards d’euros, la première année, 48 milliards d’euros serviront au paiement des intérêts et il resterait 52 milliards en remboursement du capital de la dette. Le solde résiduel deviendrait donc 1548 milliards d’euros. L’année suivante, c’est 46 milliards d’euros d’intérêts, 54 milliards de remboursement du capital et une dette ramenée à 1494 milliards d’euros. Et ainsi de suite.
En 22 ans la dette serait totalement remboursée aux actuels détenteurs, sans en léser aucun ni sur le capital investi, ni sur les intérêts attendus chaque année. La dette et les intérêts payés pendant cette période de remboursement seront simplement transférés sous forme de nouvelles obligations à l’actif du bilan de la Banque de France. Il est à noter qu’il faudrait 39 ans avec une monétisation annuelle de 70 milliards d’euros.

D’ailleurs, Maurice Allais, notre seul prix Nobel d’économie affirmait que : « La création monétaire doit relever de l’État et de l’État seul. Toute création monétaire autre que la monnaie de base par la Banque centrale doit être rendue impossible, de manière que disparaissent les « faux droits » résultant actuellement de la création de monnaie bancaire ». Cette création monétaire, bien public, actuellement confiée à des banques privées auxquelles il est pourtant difficile de faire confiance doit revenir dans le giron de la collectivité. C’est aussi ce qui permettra d’honorer la dette sans asphyxier notre économie.

André-Jacques Holbecq
Économiste et auteur de :
Argent, dettes et banques,
éditions Yves Michel, 2010
La dette publique, une affaire rentable,
en collaboration avec Philippe Derudder (préface d’Étienne Chouard) – éditions Yves Michel 2008 – 2° édition réactualisée mars 2011

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134 – Extrait Allais

8 novembre 2010

Du site “Osons Allais”

Le retour à l’État du privilège exclusif de la création monétaire

Extraits de « l’impôt sur le capital et la réforme monétaire » Maurice Allais – Ed Hermann  – Nouvelle édition octobre 1988 – pages 200 à 209

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Il résulte de l’analyse qui précède que le système du crédit est entaché de défauts essentiels et la question se pose de savoir si ces défauts ne sont pas inhérents à toute économie décentralisée et de propriété privée. En fait il n’en est rien, et une réforme relativement facile à mettre en œuvre pourrait affranchir le système actuel du crédit de ses inconvénients majeurs.

DÉFAUTS MAJEURS DU SYSTEME ACTUEL DE CRÉDIT

Pour six raisons au moins, la création (ou la destruction) irresponsable de monnaie par les décisions des banques et des particuliers, la très grande sensibilité du mécanisme du crédit à la situation conjoncturelle, l’instabilité foncière qu’il engendre, l’altération des conditions d’une efficacité maximale et l’altération de la distribution des revenus qui en sont les conséquences, et enfin l’impossibilité de tout contrôle efficace du système du crédit par l’opinion publique et le parlement en raison de son extraordinaire complexité, l’organisation actuelle du crédit, dont l’origine historique a été tout à fait contingente, apparaît comme tout à fait irrationnelle.

En tout état de cause, il serait souhaitable que la masse monétaire globale augmente à une allure régulière, ce qui, de toute évidence, paraît impossible au regard de la structure actuelle du système du crédit.

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119 – A-J Holbecq: 100% monnaie sur wikipedia

16 août 2010

J’ai mis sur wikipedia un petit article ” 100% monnaie“,  mais vu les réactions de certains administrateurs très “libéraux” (hum!) , je crains qu’il ne disparaisse; je le recopie donc ici…

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Le « 100 % monnaie » (100% money) est une proposition initiale de l’économiste américain Irving Fisher de 1935 qui consiste en un transfert de la création monétaire depuis les banques privées vers la banque centrale, en imposant aux banques commerciales des réserves de 100 % des dépôts monétaires.

Ce projet a été fortement défendu par les économistes Maurice Allais, David Ricardo, Milton Friedman ou Ludwig Von Mises et dans une certaine mesure (narrow banking) par James Tobin pour défendre ce qui devrait être une prérogative de l’État et seulement de l’État : l’émission de toute nouvelle monnaie.

Il s’agit d’une réforme radicale du système bancaire fondée sur la dissociation entre la monnaie et le crédit

Rappel

Dans le monde moderne, il existe plusieurs types de monnaie :

  • la monnaie centrale (monnaie de base), créée par la Banque Centrale et prêtée aux banques commerciales. Elle comprend d’une part les espèces (pièces et billets) ou monnaie fiduciaire, mais aussi les réserves obligatoires que les établissements financiers doivent détenir dans une certaine proportion (2 %, dans la zone Euro) du montant des dépôts qu’elles gèrent. Dans la zone Euro, la BCE (Banque centrale européenne) ne peut prêter qu’aux établissements financiers (le « refinancement »), à un taux d’intérêt qu’elle ajuste en fonction de la conjoncture (de 0,5 % à 1 % actuellement), mais la monnaie centrale peut ensuite être achetée par les agents non bancaires sous forme d’espèces ou monnaie fiduciaire.
  • la monnaie scripturale (monnaie secondaire) créée par les banques commerciales, par simple jeu d’écriture lorsqu’elles accordent un prêt à une administration, un particulier ou une entreprise, et qu’elles inscrivent le montant correspondant sur le compte de leur client, sans disposer nécessairement initialement de monnaie centrale ni de dépôts d’épargne. Cette forme de monnaie représente plus de 92 % du montant total des euros comptabilisés en tant que monnaie (Agrégat M3).

Passage au 100 % monnaie : deux mesures qui doivent être prises simultanément

Séparation des banques en trois types distincts selon les fonctions assurées

a – Banques de dépôts; Gestion des moyens de paiement (ces banques n’auraient la possibilité que de gérer la vraie monnaie en dépôts à vue)

b – Banques de prêts ou de financement; intermédiaires entre les épargnants et les emprunteurs

c – Banques d’affaires ou d’investissements; Proposition supplémentaire de Maurice Allais au plan initial d’Irving Fisher

Notes :

  • Tout rapprochement des trois fonctions serait interdit.
  • Il ne faut pas confondre cette proposition avec le Glass-Steagall Act qui distingue deux métiers bancaires et les déclare désormais incompatibles :
    • la banque dont l’activité est celle de dépôts et de prêts, lesquels sont séparés dans la proposition « 100 % monnaie »,
    • la banque d’investissement (investment banking, en anglais), c’est-à-dire les opérations sur titres et valeurs mobilières.

Couverture à 100 % des dépôts à vue par de la monnaie de base dans les banques de dépôts avec le soutien de la Banque Centrale

Les dépôts à vue dans les banques de dépôts devront être couverts à 100 % par de la monnaie de base. La banque Centrale émettra autant de monnaie de base que nécessaire sous une forme à déterminer (achat d’actifs, prêt, don)

Le rôle des banques de prêts serait limité à la seule intermédiation financière Dans leurs opérations de crédit, les banques devraient trouver des ressources à terme pour les financer

Par rapport à la situation d’aujourd’hui, trois points importants

  • D’une part, les ressources à temps des Intermédiaires Financiers ne devraient pas être confondues avec de la monnaie et se différencieraient des caractéristiques de celles d’aujourd’hui soit par une liquidité moindre (Dépôts à terme), soit par des prix de sortie avant l’échéance plus aléatoires.
  • La transformation financière doit être interdite.
  • Les banques de dépôts n’ayant plus les bénéfices de la création monétaire pour se rémunérer, les services monétaires seront payants. Les soldes de dépôts à vue ne pourront pas être considérées comme une épargne, même temporaire. Elles ont à être traitées comme de la « monnaie stockée » utilisé par les agents économiques pour harmoniser leurs flux d’entrée et de sortie de fonds dans le temps. Elles n’ont aucun besoin d’être rémunérées.

Une telle réforme permettrait

  • À l’Etat, donc au peuple dans son ensemble, de bénéficier intégralement des bienfaits des émissions monétaires, aussi bien concernant le choix de la quantité de monnaie en circulation, sa répartition et les intérêts qui représentent des sommes considérables sur les créances détenues par les banques (environ 100 à 120 milliards d’euros par an, pour la France).
  • De mettre fin au chaos monétaire que nos économies capitalistes subissent depuis des siècles.
  • De détruire le lien artificiel et pervers entre création et destruction de monnaie et le mécanisme de crédit bancaire – De permettre à nos économies de procéder à l’inévitable processus de désendettement public et privé sans passer par une phase destructrice de déflation subie ou d’hyperinflation organisée.
  • Que le taux d’intérêt puisse enfin jouer son rôle autorégulateur sur les marchés financiers et ainsi freiner les phénomènes de boom et de dépression.

Liens externes


110 – Article invité: A-J Holbecq “une erreur d’Allais?”

1 juillet 2010

1 ère partie

Vous savez tous qu’il y a création de monnaie (scripturale) ex nihilo par le système bancaire: celle qui est réalisée par une banque en émettant une dette sur elle-même, dette qui va servir de moyen de paiement et que cette création de monnaie bancaire (chaque banque émets en fait sa propre monnaie) consiste simplement à monétiser une créance, c’est-à-dire à porter en actif le montant de la reconnaissance de dette de l’emprunteur, et en passif, sur le compte courant (à vue) de l’emprunteur, le même montant. Il n’y a à ce stade aucun besoin de monnaie centrale pour ce faire.

Vous savez tous que les banques ne puisent pas dans les Dépôts à Vue (les comptes courants) pour les prêter – sans vous le dire  – à un emprunteur … non, en fonction de leurs parts de marché et des disponibilités en monnaie centrale (billets de banque ou excédent – existant ou potentiel -  en Banque Centrale)  elles peuvent ou non émettre de nouveaux crédits, c’est-à-dire procéder à une émission de monnaie nouvelle.

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89 – Allais: réformes…

2 mai 2010

Voici un texte essentiel d’un homme important, Maurice Allais , résumé par Étienne Chouard qui présente ainsi ce résumé : “ce fut d’abord un article clairvoyant et décapant publié dans Le Figaro des 12, 19 et 26 octobre 1998, dans la rubrique Opinions ; puis il fut repris et annoté dans un livre passionnant publié aux courageuses éditions Clément Juglar : de nombreuses notes et annexes supplémentaires que vous trouverez dans le livre (pas ici) permettent à l’auteur de répondre aux objections qu’on lui a présentées. L’ensemble est remarquable, vivant, utile : c’est de l’économie politique, à usage citoyen.

Lien sur une version plus soignée et plus complète de cette page

ou

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/messages_recus/La_crise_mondiale_d_aujourd_hui_Maurice_Allais_1998.pdf

PLAN

1. La grande dépression de 1929-1934 et ses enseignements essentiels
1.1. La hausse des cours et leur effondrement
1.2. Une hausse des cours de bourse démesurée au regard de l’économie réelle.
1.3. La dépression.
1.4. Un endettement excessif
1.5. Des mouvements massifs de capitaux et des dévaluations compétitives.
1.6. Facteurs psychologiques et facteurs monétaires.
1.7. La grande dépression de 1929-1934 et le mécanisme du crédit
1.8. Rien de fondamentalement nouveau dans la crise de 1929.

2. La crise mondiale d’aujourd’hui
2.1. La propagation de la crise.
2.2. La crise mondiale d’aujourd’hui et la Grande Dépression. De profondes similitudes.
2.3. La création et la destruction de moyens de paiement par le mécanisme du crédit
2.4. Le financement d’investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme.
2.5. Le développement d’un endettement gigantesque.
2.6. Une spéculation massive.
2.7. Un système financier et monétaire fondamentalement instable.
2.8. L’effondrement de la doctrine laissez-fairiste mondialiste.

3. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires.
3.1 Des facteurs majeurs.
3.2. Le système du crédit
3.3. La réforme de l’indexation. La stabilisation de la valeur réelle de l’unité de compte.
3.4. La réforme des marchés boursiers.
3.5. La réforme du système monétaire international
3.6. Les vérités établies [les dogmes] contre la raison.

OOOOO

La crise mondiale d’aujourd’hui

Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires

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79 – Billet invité: A-J Holbecq “Sortir de la spirale de la dette”

9 avril 2010

Pour que l’argent nous serve au lieu de nous asservir

1 – Le constat

Par notre participation directe ou indirecte aux recettes de l’État, nous devons collectivement payer un intérêt à ceux qui ont la possibilité de prêter aux administrations publiques, lorsque celles ci ont des besoins de trésorerie (investissement ou fonctionnement) supérieurs à leurs recettes. Ces créanciers détiennent ainsi des « titres de dette », tels que Bons du Trésor (BTF ou BTAN) et les Obligations (OAT). Au fil des années, cet argent distribué aux plus riches s’accumule et les intérêts qu’il faut payer plombent les finances publiques. Qui plus est, leur montant est tel, qu’ils nécessitent l’émission permanente de nouveaux titres de dette souvent proches d’ailleurs montant des intérêts des emprunts antérieurs,  et impose de couvrir, par de nouveaux emprunts, le besoin de trésorerie des  administrations publiques.

Les intérêts payés entre 1980 et 2008 représentent 1306 milliards d’euros, et la dette brute sur la même période est passée de 239 à 1327 milliards d’euros, soit une multiplication par 5,5 (37 000 € par foyer fiscal). Elle atteint, en 2010 les 1500 milliards d’euros.

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78 – La dette: l’éternel refrain!

8 avril 2010

Ce qui suit est extrait de commentaires par “Hadrien” sur le blog d’Etienne Chouard

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2009/11/30/102-largent-mode-demploi-un-commentaire-par-andre-jacques-holbecq#c4091

______________________________________________________

L’ÉTERNEL REFRAIN DE JEAN PEYRELEVADE : LA DETTE !

Le commentateur krimo nous rappelait dans http://peyrelevade.blog.lemonde.fr/2010/02/26/actualite-7/#comments la propagande effrénée de notre cher banquier tout au long de ses billets:
- Demain la rigueur !
- Le pêché originel
- L’illusion collectiviste
- Au secours l’industrie!
- La rigueur est incontournable…

La logique est toujours la même : prendre argument de la dette pour interdire le déficit public. Et c’est ainsi tout le secteur public et les prestations sociales qui trinqueront… réservant aux grands patrons et aux banquiers de généreuses marges et de mirifiques bonus! Car la dette publique et la compétitivité sont les pierres angulaires de cet édifice argumentaire patiemment construit par notre banquier, invitant le bas peuple à se serrer la ceinture pendant qu’il évolue sur les pistes de ski comme il nous l’a fait joyeusement savoir au retour de ses vacances d’hiver…(nous sommes contents pour lui!).

On a déjà indiqué sur son blog ce qu’il fallait penser (et ce que Maurice Allais pensait) en matière de compétitivité dans le contexte actuel de l’Europe et de la Mondialisation telles que mises en place par son vénéré collègue et banquier Pascal Lamy, d’abord à la tête du commerce international au sein de la Commission Européenne, puis à la tête de l’OMC plus récemment.

Concernant la dette, je n’ai encore que partiellement rapporté ce que révèle au grand jour le petit livre d’André-Jacques Holbecq “Argent, dettes et banques” qui vient de sortir.

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72 – Merci Étienne Chouard

14 mars 2010

Mises à jour consistantes signalées :

http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?pid=8530#p8530

Compilations sur la monnaie

Chers amis,

Je viens de mettre à jour trois compilations :

1) La compilation du présent fil de forum “Reprendre le pouvoir sur notre monnaie”,
fil formidable, richissime, créé il y a trois ans par notre précieux André-Jacques : 1 204 pages :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/R … onnaie.pdf
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/R … onnaie.doc

2) La compilation des débats sur la monnaie chez Paul Jorion depuis deux ans : 7 800 pages :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/T … Jorion.pdf
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/T … Jorion.doc

Ça, c’est du boulot…

3) la compilation en image des livres que j’ai à la maison  en deux piles,
ceux qui confirment et ceux qui infirment le pouvoir de création de monnaie consenti aux banques commerciales :

Février 2009 : Bibliographie chouardesque comparée : pour ou contre la création monétaire des banques commerciales
•à gauche, “les banques commerciales (privées) créent la monnaie (publique)”,
•à droite, “les banques commerciales ne créent pas de monnaie” :


Mars 2010 : Bibliographie étoffée :
en un an les deux piles ont doublé ;-)

J’attends impatiemment
le dernier livre d’AJH, “Argent, dette et banques”,
pour le poser au dessus de ma pile de gauche

Étienne.


69 – Billet invité: A-J Holbecq “considérations…”

1 mars 2010

Cet article est volontairement en deux parties.. une première  diffusable partout, une seconde (la suivante) plus spécifique à ce blog « postjorion » . Évidemment, je ne puis empêcher personne de diffuser les deux mais ce n’est pas souhaitable.

1 ère partie

Vous savez tous qu’il y a  création de monnaie (scripturale) ex nihilo par le système bancaire, celle qui est réalisée par une banque en émettant une dette sur elle-même, dette qui va servir de moyen de paiement (dépôt à vue) et que cette création de monnaie bancaire (chaque banque émets en fait sa propre monnaie) consiste simplement à monétiser une créance, c’est-à-dire à porter en actif le montant de la reconnaissance de dette de l’emprunteur, et en passif, sur le compte courant (à vue) de l’emprunteur, le même montant. Il n’y a à ce stade aucun besoin de monnaie centrale pour ce faire.

Vous savez tous que les banques ne puisent pas dans les Dépôts à Vue (les comptes courants) pour les prêter sans vous le dire à un emprunteur … non, en fonction de leurs parts de marché et des disponibilités en monnaie centrale (billets de banque ou excédent – existant ou potentiel –  en Banque Centrale)  elles peuvent ou non émettre de nouveaux crédits, c’est-à-dire procéder à une émission de monnaie nouvelle.

Mais  Maurice Allais écrit

« Fondamentalement, le mécanisme du crédit aboutit à une création de moyens de paiement ex nihilo, car le détenteur d’un dépôt auprès d’une banque le considère comme une encaisse disponible, alors que, dans le même temps, la banque a prêté la plus grande partie de ce dépôt qui, redéposée ou non dans une banque, est considérée comme une encaisse disponible par son récipiendaire. À chaque opération de crédit, il y a ainsi duplication monétaire. Au total, le mécanisme du crédit aboutit à une création de monnaie ex nihilo par de simples jeux d’écriture. »

Parfois, certains se servent de cette explication pour nous dire : vous voyez bien que vous vous trompez (les banques prêtent bien les dépôts sans vous le dire et ne font donc pas de création monétaire: il y a donc conservation des quantités)

Qu’en est t’il ?

Je dois à Christian Gomez de pouvoir vous donner cette explication sur ce qui a longtemps été un sujet de doute pour moi.

Un dépôt à terme par exemple,  est un “proche substitut” d’un dépôt à vue et il peut être considéré par son détenteur, pour tout ou partie,  comme faisant partie de ses liquidités dont il peut avoir besoin pour équilibrer ses recettes et ses dépenses dans tous les cas de figures (y  compris des chocs imprévus).  [N’oublions pas qu’en théorie c'est cette fonction qui distingue la monnaie de l'épargne]

Le principe du raisonnement est simple:

- je fais un dépôt à terme dans une banque et je considère que, compte tenu de ses caractéristiques (préavis pour retrait, intérêts, frais, etc…) et de mes projets d’épargne à long terme, par exemple 20% (chiffre arbitraire lié à la psychologie de chaque détenteur) de ce dépôt équivaut en fait à une disponibilité immédiate (encaisse)  que je peux mobiliser en cas de besoin urgent:

- En fixant mon plan de recettes et dépenses sur une période, je détermine mon encaisse désirée comme étant 100% dépôt à vue + 20% dépôt à terme ( une autre manière de le voir est la suivante: si ce dépôt n’avait pas ses caractéristiques de liquidité et était très illiquide – un titre à  2 ans par exemple – , il faudrait que j’accroisse mes dépôts à vue du montant équivalent à 20% de mon dépôt à terme.)

- En prêtant ce dépôt à terme, la banque va « pour moi » (de mon point de vue) dupliquer les encaisses dans la proportion de 20% de mon dépôt à terme:
* pour 80%, il s’agit d’une épargne vraie, donc une abstention de consommer, donc un montant non dépensé que je TRANSFERE à un autre agent;
* pour les 20% restant, ils vont bien sûr être utilisés par l’emprunteur et entrer dans ses disponibilités « en caisse » , tandis que moi je considère (d’un point de vue psychologique) la même somme comme immédiatement disponible également

Allais aurait simplement pu être plus précis et préciser  «dépôt à terme »  au lieu du simple « dépôt ».

Pour bien comprendre, on peut repartir des schémas ultra-simples d’Allais qui reprennent en fait l’activité bancaire à ses débuts:
Point de départ: Une banque reçoit 100 en lingots d’or.
Elle peut agir de 2 manières pour accroître les encaisses en supposant que, du fait de la loi des grands nombres, elle ait besoin d’une encaisse-or de 10%.
1 – elle prête 900 en escomptant des traites et en multipliant les billets de banque  (création ex nihilo dans sa forme historique)
2 – elle prête  90  en  livrant l’or physique  (création par duplication) ==> on voit bien dans ce cas qu’il y a les déposants initiaux qui eux considèrent bien que 100 est disponible à la banque alors que 90 se baladent dans la nature pour financer de nouvelles transactions :  La masse monétaire en circulation est bien 190 (dépôt initial + 90 montant prêté)

2° partie

Même un esprit aussi affûté que Paul Jorion s’est laissé prendre, mais c’est simplement parce qu’il n’a jamais voulu admettre que les banques créaient bien de la monnaie par le simple fait de la monétisation de créances.

Voyons d’ailleurs ce qu’écrit Jorion dans « l’argent mode d’emploi »

« La confusion, chez Allais, réside bien sûr dans le verbe « considère ». Le fait que quelqu’un « considère » quelque chose  ne  veut  pas dire  que  ce  soit  vrai,  à preuve : « Oscar considère qu’on fabrique le gruyère en coulant le fromage autour des trous. » Là, « le détenteur d’un dépôt auprès d’une banque le considère comme une encaisse disponible » : Eusèbe a de l’argent sur son compte à vue et est convaincu qu’il peut retirer cet argent s’il se rend à la banque. La banque a en réalité prêté l’argent qui se trouvait sur son compte à Casimir : « La banque a prêté la plus grande partie de ce dépôt qui, redéposée ou non dans une banque, est considérée comme une encaisse disponible par son récipiendaire. » Voici deux larrons, Eusèbe et Casimir, qui « considèrent » qu’ils possèdent le même argent. « Quel scandale, s’écrie Maurice Allais : la banque a dupliqué l’argent d’Eusèbe ! » Pas vraiment : le « même argent » ne se trouve jusqu’ici que dans les « considérations » de nos deux compères. Le lendemain matin, ils vont tous deux à la banque et retirent « leur » argent. Casimir reçoit l’ex-argent d’Eusèbe, et celui-ci reçoit de l’argent qu’il « considère » comme sien mais qui n’est en réalité pas le sien, le sien étant dans la poche de Casimir. Quel argent reçoit-il alors ? Je suppose que, selon Maurice Allais, la banque effectue une opération « scripturale » et donne à Eusèbe cet argent ex nihilo.

Note :

1 – Le fait que quelqu’un « considère », nous dit Jorion , ne veut pas dire que ce soit vrai ! Jorion a raison, justement, c’est faux comme je l’ai expliqué dans la première partie.

2- pour lui il s’agit bien du compte à vue : il écrit bien « Eusèbe a de l’argent sur son compte à vue »

3 – « Quel argent reçoit-il alors ? »s se demande Jorion. Et là il nous parle d’argent scriptural alors que dans tout son livre, le seul argent qui vaille est de l’argent banque centrale

En fait, la position défendue par Maurice Allais s’identifie à celle de l’économiste « anarcho-capitaliste » (il est lui-même à l’origine du terme) Murray Rothbard (1926-1995) pour qui un système bancaire sain requiert des réserves fractionnaires de 100 %, autrement dit un système qui cantonne les banques commerciales dans un rôle de coffre-fort, sans jouer le rôle d’intermédiation qui leur est généralement reconnu.

Note  :

Jorion n’a vraiment rien compris : un  système bancaire à réserves « fractionnaires » de 100 % (elles ne sont plus fractionnaires dans ce cas , mais passons), ne permet à ce système de prêter QUE les sommes dont disposent les banques en dépôts à terme mais qui sont couvertes par la même quantité de monnaie centrale. Les banques gardent, dans ce système, le même rôle d’intermédiation qu’actuellement, mais ne peuvent plus monétiser des reconnaissances de dettes en créant de ce fait de la nouvelle monnaie scripturale qui viendrait s’ajouter à celle existante dans les différents types de dépôts.

Le système des réserves fractionnaires permet en fait une démultiplication monétaire qu’on aurait cependant tort de confondre avec une « création monétaire », le principe de conservation des quantités restant d’application, sans être jamais enfreint.

Bien que les réserves fractionnaires soient aujourd’hui en général de 2 %, les illustrations de la manière dont opère le système avancent le plus souvent le chiffre de 10 % et je ne faillirai pas à la tradition. La raison justifiant une fraction plus élevée se comprendra aisément.

Voici comment le système fonctionne : Eusèbe dépose 100 € sur son compte à la banque. La banque est obligée de constituer sur cette somme des réserves fractionnaires de 10 % sur un compte en banque centrale. Le reste, elle a le droit de le prêter. Ce qu’elle fait : Casimir avait besoin de 90 €, et elle les lui accorde. On se retrouve dans la situation décrite par Maurice Allais : deux clients de la banque qui « considèrent » qu’ils possèdent le même argent. Eusèbe « considère » qu’il possède toujours ses 100 €, alors que 90 d’entre eux sont désormais dans la poche de Casimir, qui « considère » lui aussi – et à plus juste titre – qu’il possède cet argent. La somme disponible n’a pas changé : il n’y a toujours que 100 € entre Eusèbe et Casimir, mais, si l’on tient compte maintenant des « considérations » des uns et des autres, la somme de ces « considérations » est de 190 €. Cette somme est très théorique, puisque les 190 € ne peuvent pas être mobilisés simultanément, mais il y a néanmoins, dans les représentations, multiplication de la somme initiale par un facteur 1,9, même s’il n’y a pas eu création de 90 € supplémentaires.

Note : 2 erreurs fondamentales de Jorion :

1 – La banque ne prélève pas 10% sur le compte de d’Eusèbe pour les déposer en banque Centrale : il n’y a aucun lien possible entre monnaie scripturale centrale et monnaie scripturale bancaire (sauf au niveau du compte du Trésor Public). La banque commerciale mets en pension des obligations et en échange la Banque Centrale créditera son compte du montant, ici 10 € . Le système est le même pour la monétisation d’une créance entre banque centrale et banque secondaire, qu’entre banque secondaire et emprunteur.

2 – Si… Les 190 qui sont sur des comptes scripturaux peuvent être mobilisés simultanément, et il y a bien eu création de 90 € scripturaux supplémentaires au compte de Casimir, sans aucun prélèvement sur le compte de Eusèbe. La masse monétaire est devenue 190€

Jorion oublie que la monnaie est un instrument de paiement spécialisé accepté de façon générale par les membres d’une communauté en règlement d’un achat, d’une prestation ou d’une dette.

En fait, c’est simplement parce que la monnaie (scripturale ou fiduciaire/manuelle) est acceptée avec confiance par toute une communauté qui a confiance dans ses banques et dans le système monétaire chapeauté par l’État au travers de sa banque Centrale (qui, faut-il le rappeler est une structure dont le capital appartient à 100% à l’État, c’est-à-dire à nous tous) que la monnaie détient ce rôle et une communauté moderne ne pourrait s’en passer sauf à transférer toute la création monétaire à la Banque Centrale


67 – Christian Gomez : 100% money

22 février 2010

Cet article est un résumé, préparé par A-J Holbecq, d’un article plus complet en téléchargement pdf de Christian Gomez auquel vous pouvez vous référer pour avoir plus de détails. Il est publié avec l’accord de l’auteur.

L’article complet est intitulé : Une « vieille » idée peut-elle sauver l’économie mondiale ?
Un réexamen de la proposition d’une réforme radicale du système bancaire : L’imposition d’un coefficient de réserves de 100%
et a été présenté lors du colloque « LA CRISE : TROIS ANS APRÈS QUELS ENSEIGNEMENTS ? »

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Les banques doivent-elles disposer du pouvoir de créer de la monnaie ?  Non, car une telle possibilité que permet un système bancaire à couverture fractionnaire, induit l’instabilité économique et financière, une mauvaise allocation des ressources et des distorsions injustifiées dans la répartition des revenus…

Le principe actuellement en vigueur est nommé « système de crédit à couverture fractionnaire » est le vice fondamental de nos systèmes bancaires :  la création monétaire qui lui est liée permet aux banques de faire du crédit en promettant de payer à vue des sommes  pour lesquelles elles n’ont en réserve qu’une fraction de ces exigibilités, en jouant sur « la loi des grands nombres » et les compensations entre les entrées et les sorties de fonds.

Ce mécanisme du crédit bancaire considéré comme frauduleux a été critiqué pour:

(1)son caractère structurellement instable, puisque des actifs non liquides sont financés par des dépôts à vue volatiles par essence, d’où les crises financières à répétition,

(2)son extraordinaire capacité à amplifier les mouvements économiques, prix et activité, à la hausse et à la baisse ;

(3)les déformations qu’il engendre dans la structure des taux d’intérêt et dans l’appareil de production,

(4)les distorsions qu’il induit dans la répartition des revenus puisque, par le pouvoir d’achat qu’il crée « ex nihilo », il permet à ceux qui en bénéficient de « prendre sans offrir », détruisant ainsi les équilibres

Les plus grands économistes ont proposé de nouveaux systèmes pour le réformer en cherchant à dissocier la création de monnaie et la  distribution du crédit, afin que l’investissement s’ajuste au mieux à l’épargne et que soit ainsi mis fin à l’instabilité chronique des économies. La plupart d’entre eux sont fondés sur un principe :  la monnaie en circulation doit être couverte à 100% soit par des espèces métalliques [Ricardo (1820), « Currency School » (1844), Walras (1892), Von Mises (1928), Hayek… Rothbard (1962), de Soto (1998)], soit par de la monnaie de base (« groupe de Chicago » (1933), Currie (1932,1934), Fisher (1935), Friedman (1959), Allais (depuis 1947, 1977), le privilège de la création monétaire étant récupéré dans ce cas là par l’Etat.

Le 100% money permettrait de réguler les économies plus efficacement qu’à présent, d’améliorer leur productivité, de donner une solution aux problèmes budgétaires et de dette publique. Elle pourrait être la base d’une refondation d’un nouveau capitalisme. Le « 100% Money », impose aux banques un taux de réserve de 100% sur les dépôts à vue et assimilés.

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